Affichage des articles dont le libellé est conscience. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est conscience. Afficher tous les articles

27 novembre, 2015

A l'Institut catholique, Mgr Brunin et Mgr Bordeyne parlent du synode sur la famille, qu'ils ont vécu. Révélateur…

Mgr Brunin, évêque du Havre, et Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut catholique, ont participé mercredi soir à l’Institut catholique à une conférence-débat sur le synode sur la famille, auquel ils ont tous deux assisté. La modératrice de la soirée était Isabelle de Gaulmyn, de La Croix, ce qui donnait déjà le ton. Une sorte de débriefing ou deux figures d’un « catholicisme de cheminement » sont venus expliquer ce qui a pu, et ce qui n’a pas pu se faire au synode.

Ils partaient en effet d’un présupposé que les faits n’allaient pas démentir : la salle attendait une évolution, des « avancées » au sein de l’Eglise.

Mode de travail, questions qui fâchent, que peut-on faire en attendant le document papal, probablement au mois de mars si la rumeur romaine se confirme : telle était la structure donnée à la soirée par Isabelle de Gaulmyn. Il s’agissait d’apprendre à la fois comment les choses s’étaient passées « à l’intérieur » et ce que cela pourra changer, « à l’extérieur ». Le public ? Nombre de jeunes, sans doute de nombreux étudiants à l’Institut catholique parmi lesquels beaucoup de Noirs, des religieuses en civil, mais majoritairement un public grisonnant qui a pu connaître des enthousiasmes de jeunesse pour la révolution liturgique.

Mgr Brunin était au synode en tant que père synodal élu par ses pairs, revêtu de l’autorité de président du conseil famille et société de la conférence des évêques de France. Mgr Bordeyne avait été appelé par le pape François en tant qu’expert théologique, sans droit de vote. Présent lors de toutes les sessions – notamment lors des circuli minores, affecté à celui présidé par le cardinal George Pell – il a notamment participé à la rédaction du rapport final qui est passé entre les mains d’une commission spécialisée. Ces groupes où « tout s’est joué », comme l’a dit l’évêque du Havre ?

Savez-vous pourquoi les évêques africains ont eu le sentiment de ne pas être pris en compte, ajoutant au sentiment de départ de « positions clivées » ? Mais c’est tout simplement parce que leur rapport « est arrivé hors délais », a expliqué Mgr Brunin ! (Serait-on un peu pélagien, à la secrétairerie du synode, faisant trop confiance aux structures et aux règles rigides ?)

Vous me permettrez de faire un compte-rendu linéaire, en soulignant typographiquement quelques moments-clefs de cette soirée peu encourageante… Il m'a paru utile de vous donner tous ces éléments très révélateur sur l'esprit de certains au synode et sur leur volonté de l'utiliser déjà dans un sens dynamique.

Brunin comme Bordeyne ont insisté sur le consensus qui est arrivé non au terme d’affrontements et d’oppositions, mais d’un « discernement » décidément omniprésent dans leur discours et dans le document synodal.
Puis Bordeyne raconte les sessions en aula, la salle plénière. Elles ont participé, dit-il, à une dynamique constituée par l’interaction au sein des groupes linguistiques et par l’interaction entre l’aula et le pape. Celui-ci restait immobile, impassible. « Il y a eu quelques interventions marquantes où on voyait le pape se déplier et écouter, surtout si c’était concret » : d’où ce poids lié à sa présence, même s’il ne parlait pas.
Personnellement, Mgr Bordeyne estime que la lecture par les 17 rapporteurs des textes issus des groupes linguistiques a « fait bouger les lignes » ; l’idée était donc bien de faire changer les choses.
On comprend mieux la logique de l’ensemble lorsque Bordeyne raconte comment il a eu « la chair de poule » en écoutant le discours du pape à l’occasion du 50e anniversaire du l’institution du synode des évêques que d’aucuns avaient « séché », pensant à leur fatigue et au peu de rapport que cela semblait avoir avec le synode sur la famille. En réalité on devine qu’il était absolument central, partie intégrante de l’ensemble de par la volonté du pape François. A-t-il choisi la date du synode pour coïncider – à quelques semaines près – avec cet anniversaire ? Quoi qu’il en soit, Mgr Bordeyne a vu dans cette annonce d’une certaine décentralisation et d’une accentuation de la synodalité un « grand texte ecclésiologique ».
Cela veut sans doute dire que les partisans du changement vont s’appuyer fortement sur lui.
Mgr Brunin a pris le relais pour répondre à la question de savoir quel avait été le rôle du pape dans ce synode. Important, à l’en croire : c’est François qui a voulu qu’il s’étale sur une durée de deux ans, avec des consultations des fidèles, des « remontées ».
Pour un texte aussi longuement préparé les quidams que nous sommes peuvent être frappés par son manque de souffle, de profondeur, de nouveauté dans le bon sens du terme, celle qu’on aurait pu espérer pour trouver des réponses et des stratégies doctrinalement solides face à l’apostasie immanente en Occident par exemple. Ce n’est pas ce qui saute aux yeux dans le rapport final du synode qui n’a donc pas été fait pour cela…
Mgr Brunin estime, lui, que le synode aura été l’occasion de faire « travailler la collégialité, le sensus fidei, le travail des théologiens ». Tout au long de la soirée à l’Institut catholique, ces derniers étaient décidément à l’honneur, ce qui ne manquera pas d’inquiéter. La lecture des réponses de 26 théologiens aux questions sur la famille dans un ouvrage francophone paru quelques semaines avant l’ouverture du synode à l’initiative de Mgr Brunin et de Mgr Bordeyne ne laisse aucun doute quant à leur orientation. Je m’étais attelée au pensum : face à la centaine de réponses à des questions posées de manière à valoriser les positions progressistes, ou plus exactement hétérodoxes, la quasi totalité des réponses que j’avais voulu classer, de manière optimiste, de -4 à +4, ont récolté des -4. J’ai relevé deux +1.
Cette manière de « faire synode », Mgr Brunin l’impute au pape et estime que la méthode a été annoncée dès Evangelii Gaudium, le « discours programmatique » de François. Où « le temps est supérieur à l’espace » (il faut « sortir et rejoindre pour initier des processus ») ; « l’unité prévaut sur le conflit » (« le pape habite sereinement la pluralité, alors que souvent la pluralité fait peur »). François « invite à ce que les différences et les divergences soient exprimées : ce n’est pas du relativisme mais un acte de foi ; l’unification sans le Christ, c’est Babel ».
Troisième ligne de force : « La réalité est plus importante que l’idée » : c’est ce qui explique le temps d’une semaine du synode donnée aux défis de la famille, que de nombreux pères synodaux ont, soit dit en passant, dénoncée comme trop sociologique. Et enfin : « Revisiter la tradition à partir des réalités concrètes », ce qui constitue tout de même une inversion du chemin où l’on cherche à transformer les réalités concrètes en trouvant le moyen pour qu’y passe la grâce.
C’est ce qui aboutit à la « parabole du polyèdre », plus riche avec ses facettes que la sphère lisse, et à cette assertion qui est en effet, si l’on veut bien regarder les choses en face, centrale dans le discours issu du synode : « Même les personnes qui sont dans l’erreur ont quelque chose à apporter. » Ce n’est pas faux, mais utilisé à l’envers : comme forme de justification.
Sur les théologiens, Mgr Bordeyne est tout aussi enthousiaste, d’autant qu’il en fait partie. La « réussite » du synode est « une mayonnaise qui a pris », mettant en présence des gens très différents.
Il rapporte ainsi une anecdote qu’il considère extraordinaire : il a rencontré parmi les auditeurs laïcs du synode des personnes d’autres continents qui ont donné raison aux évêques qui estiment avoir la mission d’enseigner » ; des laïcs qui ont raconté comment cet enseignement avait provoqué et soutenu leur conversion. Pour Mgr Bordeyne, cela est presque exotique…
Mais il a vu aussi des évêques « accepter de changer d’avis », grâce au travail entre évêques et théologiens pour faire passer des amendements.
Mgr Bordeyne a voulu mettre l’auditoire sur une piste de recherche en soulignant qu’un élément du paragraphe 4 du rapport final est à son avis dû à un théologien qui n’était pas au synode : Eberhard Schockenhoff. Il a cru en tout cas reconnaître ses paroles dans les mots utilisés comme amendement par un père synodal : « L’amour ne se réduit pas à l’illusion du moment. L’amour n’est pas une fin en soi. L’amour cherche la fiabilité d’un “tu donné personnellement. Dans la promesse réciproque d’amour, pour le meilleur et pour le pire, l’amour se veut continu pour toute la vie, jusqu’à la mort. »
Schockenhoff fait justement partie de ceux qui veulent une « approche différente » de l’Eglise à l’égard des divorcés remariés, comme il le prêche depuis longtemps.
Bordeyne s’est également félicité de la composition de la commission finale composée de théologiens et de cinq évêques ou cardinaux : dont Baldisseri, Erdö, Forte (« très grand théoligien », celui qui avait imposé la thématique de l’homosexualité au premier synode) et « un petit nombre d’experts qui ont beaucoup apporté dans la rédaction.
Il a salué également un « 5e protagoniste » au terme d’un « raisonnement par l’absurde » : le texte de l’Instrumentum laboris, « suffisamment mauvais » et donc « formidable puisque tout le monde pouvait crier dessus : cela a généré une créativité,  la logique de fabriquer des amendements ».
Le processus de synodalité (on l’a entendu plusieurs fois au cours de la réunion) devrait « inspirer les relations internationales ».
Retour à Mgr Brunin. « Ce synode a débloqué une situation présentée comme clivante, entre ceux venus pour affirmer la doctrine et pour l’approuver, et ceux venus pour le pastoral », a-t-il expliqué. C’est une « troisième voie » qui a été choisie entre « la simple fourniture de repères normatifs, doctrinaux », et celle d’un « accueil bienveillant », « un peu niais », « aux évolutions sociétales ».
La voie choisie est celle de « la vocation, du cheminement, de l’accompagnement ». Où le mariage n’est pus un « modèle à suivre mais une vocation à laquelle il faut répondre ». Relisez cela : ce ne sont que des mots…
Il parle du « contenu d’une parole de miséricorde, une parole qui appelle, qui dévoile une vocation, qui pose des exigences mais ne désespère jamais de la personne ». Mais où a-t-on vu le catholicisme traditionnel désespérer de la personne ?
Il faut croire que Mgr Bordeyne l’a rencontré ; pour lui, les oppositions aux perspectives de la « pédagogie divine » (sa spécialité) sont le signe que, « hélas, des chrétiens, des évêques, n’ont sans doute pas encore assimilé Vatican II ».
Aujourd’hui, grâce au synode, on affirme que « la mission des familles se fonde sur le baptême plus que sur le sacrement de mariage ». C’est intéressant. C’est ainsi que le pape François a parlé à la femme luthérienne d’un mari catholique qui regrettait de ne pas communier avec lui à la même « Cène du Seigneur » : « un seul baptême » les unit. Donc…
Dans la logique de Vatican II, a-t-il poursuivi, il faut insister sur « l’acceuil pastoral », tout rattacher au « mystère pascal » : « Ne pas s’étonner si un homme et une femme qui adhèrent à cette folie d’amour, qu’il puisse leur arriver des bricoles. »
Sur la question de la communion pour les divorcés « engagés dans une nouvelle union civile », Isabelle de Gaulmyn observe dans sa transition vers la deuxième partie du débat qu’on s’est peut-être arrêté en chemin au fameux paragraphe 86.
« Précisément parce que c’est un chemin », répond Mgr Brunin. « Si on avait posé comme terme l’accès à la réconciliation, à l’Eucharistie, ça aurait bloqué. » Il a concédé que la raison en était « stratégique », « mais pas seulement ».
Il estime que le passage d’un « chemin pénitentiel » (proposé par Kasper) et un « chemin de discernement » retenu au synode a permis d’aboutir à quelque chose de « tout à fait différent ».
« On a posé quelques balises sur ce chemin : l’anamnèse de l’échec, prendre la mesure de sa part de responsabilité, (…). Un chemin pénitentiel, c’est trop réducteur, il y a aussi la reconstruction, avoir pardonné, ne plus être dans la haine… »
« On n’a pas posé le terme parce qu’on ne sait pas où cela va mener. Dans ce synode on a réintroduit la conscience, c’est une référence à Gaudium et spes », a-t-il dit. « On a réintroduit la dimension de la conscience personnelle, éclairée avec un accompagnement spirituel » (comme si la conscience avait disparu entre-temps).
Rien de tout cela n’est très explicite et n’a pas voulu l’être : si la conscience éclairée doit aboutir quelque part, c’est au discernement de la vérité et au constat de ses propres manquements par rapport à une vérité donnée par Dieu – et c’est ce que Mgr Brunin a évité de dire.
Il a ainsi parlé de la responsabilité dans le cadre de la contraception et de la nécessité de formation de la conscience qui est « le centre le plus secret de l’homme », « sans liste d’interdits ». « Il y a eu un échec de la réception d’Humanae vitae car il n’y pas eu suffisamment de renvoi à la responsabilité de la conscience », a-t-il dit de manière sibylline, et que c’était un peu la même chose « pour les personnes divorcées engagées dans une deuxième union civile ».
En tout cas, a répété Mgr Brunin, « le terme du chemin, on n’a pas à le poser d’emblée ». Manière prudente de dire que plusieurs solutions sont possibles.
A Mgr Bordeyne, Isabelle de Gaulmyn demande : « Ya-t-il eu une inflexion de la morale familiale ? »
Réponse : « Au fond, ce n’était pas possible. Mais il faut voir ce qu’il y a à la place. » Le paragraphe 84 parle du baptême comme « point de référence » pour les divorcés, « rien sur la communion ». « Ce sont des baptisés. Ils ont des dons et des charismes pour le bien de tous. » Et de se féliciter qu’on ne parle plus de « situations irrégulières » mais de « situations matrimoniale complexe »…
La référence au baptême ouvre selon lui une « autres pistes qu’il faut creuser ».
Quant à la nouvelle unions visible, « si elle n’a pas la possibilité d’être sacramentelle, elle a la capacité de faire passer un message »…
Mgr Brunin renchérit. « Les divorcés remariés ne sont pas dans une impasse. Ils sont toujours appelés à avancer » (c’est vrai). Mais il ajoute que le regard sur eux est modifié : « On cherche à découvrir ce qu’il y a de positif, dans ce qu’il y a de complexe ou difficile – même chose pour la cohabitation. »
Sur celle-ci aussi, qui concerne « 80 % des couples » qui demandent le mariage, il faut un « regard positif » et « non un regard qui condamne, qui enferme, qui rejette », qui sait regarder ce qui est déjà opéré « par la grâce » : « C’est un acquis du synode », pense Mgr Brunin.
Un acquis effectif, selon Mgr Bordeyne puisque pour lui, la relatio synodii n’est pas un texte de propositions, mais un texte synodal adopté à la majorité des deux tiers qui « fait partie du processus de synodalité », le « produit d’une interaction », « l’attestation forte d’un travail synodal » qui devra entrer en « interaction » avec l’exhortation post-synodale ou « autre chose » que le pape choisira de publier.
Mgr Brunin est d’accord : puisque le pape a choisi de faire publier le rapport final, « celui-ci demande à être reçu dans les Eglises locales ». Et donc déjà mis en œuvre. Tout cela est dans la logique du discours du 17 octobre sur le cinquantenaire du synode des évêques. « L’attente de l’exhortation ne doit pas être passive, l’Esprit continue de travailler ! »
La séance de questions subséquente a porté sur le rôle des laïcs, la remontée de leurs prises de positions, parfois un « défouloir » parce que c’était la première fois ; elle a porté sur la « décentralisation » pour laquelle Mgr Bordeyne « ne sen(t) pas les choses très mûres pour un pouvoir donné » ; mais voit plutôt « une étape préalable à travers le discernement ». Qui passe par « le mouvement anthropologique de l’écoute et de la parole » qui correspond à la volonté du pape ».
On comprend mieux en écoutant Brunin. Il pense que le pape parle de « conférences épiscopales continentales », avec « la nécessité qu’il soit au service de l’unité, mais avec des facettes différentes ». « Ce qui peut apparaître comme juste dans un endroit comme décision pastorale peut paraître, ailleurs, inacceptable » : voilà une manière de relativiser la vérité.
Le pape « est le garant de l’unité, mais il nous dit de ne pas nous contenter d’entendre le peuple de Dieu, mais de l’écouter » : ce qui veut dire, quelque part, le suivre.
(à suivre…)
• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



16 novembre, 2015

Le pape François répond à une luthérienne qui demande comment accéder à la communion eucharistique avec son mari catholique : conscience et unité de foi…


Tout serait-il question de conscience ? Et donc de libre examen ? En soi ce blog n’a pas vocation a accueillir le texte qui suit : la traduction de la réponse du pape François à une femme luthérienne qui regrettait de ne pouvoir communier à la même « Cène du Seigneur » que son mari, catholique. Il s’agit d’une question religieuse. Mais des ballons d’essai ont été lâchés dans l’Instrumentum laboris en même temps que ceux sur la communion des divorcés « remariés », ce qui nous rapproche du sujet, et par ailleurs, la réponse du pape qui invite son interlocutrice à chercher elle-même la solution rappelle les ambiguïtés sur le « for interne » dans le rapport final du synode.
La vidéo a été mise en ligne ici sur le blog de Rocco Palma, chroniqueur catholique de Whispers in the Loggia. Il propose une traduction en anglais des propos du pape, par endroits erronée.

Pour accéder à la vidéo, c'est par là.

A cette femme, donc, qui dit sa « douleur » de ne pas pouvoir communier en même temps que son mari, le pape François a fait la réponse suivante. C’était lors de sa visite, ce 15 novembre, à l’église évangélique luthérienne de Rome à l’occasion d’un dialogue économique, en présence notamment du cardinal Kasper et du cardinal Kurt Koch. « Que pouvons-nous faire pour atteindre enfin la communion sur ce point ? », dit-elle.
Pape François : « La question sur le fait de partager la Cène du Seigneur, il n’est pas facile pour moi d’y répondre. Surtout [gloussement] devant un théologien comme le cardinal Kasper. J’ai peur ! » [Rires dans l’assistance, puis applaudissements.] 
« Je pense que le Seigneur nous a dit, lorsqu’il nous a donné ce commandement, “Faites ceci en mémoire de moi”. Et lorsque nous partageons la Cène du Seigneur, nous rappelons et nous imitons, nous faisons la même chose que ce que le Seigneur Jésus-Christ a fait. La Cène du Seigneur y sera : le banquet final dans la Nouvelle Jérusalem. Il y sera. Mais ce sera le dernier. En attendant, je me demande et je ne sais comment répondre : votre question, je la fais mienne, et je me la pose. Partager la Cène du Seigneur : est-ce la fin d’un chemin ou est-ce le viatique pour cheminer ensemble ? Je laisse la question aux théologiens et à ceux qui comprennent. 
« Il est vrai que dans un certain sens, partager signifier qu’il n’y a pas de différences entre  nous, que nous avons la même doctrine – je souligne ce mot, un mot difficile à comprendre. Mais je me demande : mais n’avons-nous pas le même baptême ? Et si nous avons le même baptême, nous devons cheminer ensemble. Vous êtes vous-même le témoignage d’un chemin tout aussi profond, car c’est un chemin conjugal, un vrai chemin familial, d’amour humain et de foi partagée, non ? Nous avons le même baptême. 
« Quand vous vous sentez pécheresse – et moi je me sens si pécheur –, que votre mari se sent pécheur, vous, vous allez devant le Seigneur, vous demandez pardon. Votre mari fait la même chose, et il va aussi devant le prêtre, et il demande l’absolution. Ce sont des remèdes pour maintenir vivant le baptême. Lorsque vous priez ensemble, ce baptême grandit, il devient fort. Lorsque vous enseignez à vos enfants qui est Jésus, pourquoi Jésus est venu, ce qu’a fait Jésus, vous faites la même chose, que ce soit dans la langue luthérienne ou dans la langue catholique. Mais c’est la même chose. 
« La question ? [Ici le pape dessine un point d’interrogation dans l’air avec son index.] La Cène ? Ce sont des questions auxquelles, seulement si l’on est sincère avec soi-même, et avec le peu de lumières théologiques que j’ai, il faut répondre la même chose. Voyez, vous. 
« “Ceci est mon corps, ceci est mon sang, a dit le Seigneur. Faites ceci en mémoire de moi.” Ceci est un viatique qui nous aide à cheminer. 
« J’ai eu une grande amitié avec un évêque épiscopalien, 48 ans, marié, deux enfants. Il y avait en lui cette inquiétude. Une femme catholique, les enfants catholiques, lui, évêque. Le dimanche, il accompagnait sa femme et ses enfants à la messe. Et après il allait faire le culte avec sa communauté. C’est un pas de participation à la Cène du Seigneur. Puis il est allé de l’avant, puis le Seigneur l’a appelé, un homme juste. 
« A votre question, je réponds seulement par une question. Comment puis-je faire avec mon mari pour que la Cène du Seigneur m’accompagne sur ma route ? C’est un problème auquel chacun doit répondre. Mais un pasteur, ami, me disait : “Mais nous croyons que le Seigneur est présent là. Il est présent. Vous, vous croyez que le Seigneur est présent. Quelle est la différence ?” – “Ce sont les explications, les interprétations…” 
La vie est plus grande que les explications, les interprétations. Faites toujours référence au baptême. Une foi, un baptême, un Seigneur ! C’est ce que nous dit Paul ; et à partir de là, tirez les conséquences. 
« Moi, je n’oserais jamais vous donner la permission de faire cette chose parce que ce n’est pas de ma compétence. Un baptême, un Seigneur, une foi : parlez avec le Seigneur, et allez de l’avant. 
« Je n’ose pas, je n’ose pas dire davantage. » [Forts applaudissements.]
La réaction de la salle, les sourires de la femme qui avait posé la question et d’un homme dans l’assistance sur lesquels la caméra vaticane s’attarde semblent indiquer que les paroles du pape ont été comprises comme une approbation.
Savoir ce qu’est l’Eucharistie, selon la doctrine catholique, serait-ce donc une question à laquelle seuls les théologiens sauraient répondre ? La « présence » est-elle la même ? Alors que les luthériens professent la « consubstantiation », et que pour eux le pain et le vin restent du pain et du vin ?
Demander simplement pardon de ses fautes à Dieu aurait-il la même valeur, la même efficacité que la confession au prêtre, et l’absolution que celui-ci donne ?
Suffit-il de répondre à la question de la communion en se fondant sur l’idée que catholiques et luthériens ont « un même baptême, une même foi, un même Seigneur », et enseignent « la même chose » dans des langues différentes ? Subjectivisme de la conscience, confusion quant au contenu de la foi : il est difficile de voir autre chose dans le discours du pape.
J’en ai délibérément gardé certaines expressions maladroites, car elle est caractéristique de la confusion de son discours.
Tony Palmer (au centre) reçu à Sainte-Marthe en juillet dernier
Quant à l’ami « évêque épiscopalien » évoqué par le pape, il me semble impossible qu’il ne s’agisse pas de Tony Palmer, mort accidentellement à l’âge de 48 ans l’an dernier. Celui-ci a été – comme en témoigne Michael Daly, membre de la communauté franciscaine christiano-syncrétiste « non-dénominationnelle » Companions of Jesus – enterré le 6 août 2014 dans la ville anglaise de Bath en l’église catholique de St John the Evangelist en présence « d’évêques et de prêtres [et prêtresses] de la communion des Eglises épiscopaliennes » avec qui Daly a pu constater une « similarité de vues » à propos de « l’unité dans le Corps du Christ ».
Le curé (catholique) de l’église, le chanoine David Ryan, a dit son regret de ne pas pouvoir concélébrer avec ces évêques et pasteurs, expliquant qu’il avait dû demander la permission à son évêque de célébrer la messe de requiem bien que la veuve et les enfants de Palmer fussent catholiques. « L’évêque était d’accords mais il a dit que Tony ne pouvait être enterré en tant qu’évêque parce qu’il n’était pas un évêque catholique romain. Cependant, le pape François a dit qu’il devait et pouvait être enterré en tant qu’évêque – et cela a donc mis fin à ce petit épisode de balivernes ecclésiastiques. »



• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits



22 août, 2015

Avortement : la justice de l’Uruguay donne raison aux gynécologues objecteurs de conscience

La justice uruguayenne a donné raison à un groupe de 100 gynécologues face au gouvernement de l’Uruguay en reconnaissant leur droit à l’objection de conscience par rapport à l’avortement. Le groupe de médecins avait introduit un recours, il y a deux ans, contre la loi dépénalisant l’avortement dans le pays et qui limitait leur droit au seul geste abortif et à la prescription de pilules abortives.
Le Tribunal du contentieux administratif (TCA), par une décision définitive, permet à tous les gynécologues du pays, de s’abstenir de participer à n’importe quel étape que doit franchir une femme en vue d’obtenir un avortement, s’ils sont opposés à cet acte : l’ensemble sera considéré comme relevant de l’objection de conscience.
La loi obligeait tout médecin, même objecteur de conscience, à participer à la première consultation de la femme demandant un avortement légal devant une commission interdisciplinaire ; il ne pouvait pas non plus refuser de signer le formulaire autorisant l’« interruption volontaire de grossesse ».
Le TCA a suivi l’argumentation des 100 gynécologues en constatant que « quiconque signe un tel formulaire participe activement et directement au processus de l’interruption de la grossesse, il n’a pas le droit de formuler son objection, au contraire, on l’oblige à intervenir ». Il a jugé que la loi « restreignait de manière illégitime le droit à l’exercice de l’objection de conscience du personnel de santé ».
Le tribunal a annulé sept articles de la loi contestés par les médecins ; de ce fait ces obligations seront levées, y compris celle qui est faite aux médecins objecteurs d’adresser leur patiente à un médecin plus complaisant disposé à pratiquer l’avortement. En revanche, ils seront  tenus d’informer les femmes sur les autres options : l’adoption ou « le recours à une organisation d’aide aux femmes enceintes », à la grande satisfaction des avocats des objecteurs qui ont expliqué tout cela à la presse. Gianni Gutiérrez et Agustín Amonte ont souligné que « la sentence de la TCA est conforme à la défense de la liberté et à l’exercice de la profession médicale » dans la mesure où l’objection pourra s’exprimer de la manière la plus large.
C’est, de fait, une victoire dans la victoire : obliger les médecins objecteurs à exposer aux femmes les options qui existent pour garder leur bébé va encore plus loin que la simple reconnaissance de leur droit de ne pas participer à un crime.
L’un des articles controversés de la loi d’origine, obligeant les médecins objecteurs à s’inscrire sur un registre public, avait été suspendu provisoirement dès octobre dernier, mais il n’a finalement pas été annulé par le tribunal. Mais dans un contexte d’objection large, cela est (un peu) moins gênant.
Le ministère de la Santé publique de l’Uruguay a annoncé dès ce vendredi qu’il établira un registre des gynécologues objecteurs de conscience.
Car on reste tout de même dans la logique d’un « droit » à l’avortement, comme l’a souligné le porte-parole du ministère.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



17 juin, 2015

Mgr Johan Bonny, partisan d'une forme de “reconnaissance” des unions homosexuelles, sera père synodal

La nomination de Mgr Johan Bonny, évêque d'Anvers, comme représentant de la Belgique au prochain synode sur la famille, a été confirmée par le service de presse du Vatican.

Il a plaidé ces derniers mois pour une meilleure « pastorale » à l''égard des divorcés remariés et pour les couples qui cohabitent sans être mariés, mais aussi pour une forme de reconnaissance de la part de l'Eglise à l'égard des paires homosexuelles – sans aller toutefois jusqu'à bénédiction de ces couples. Il a déclaré que les « valeurs » que l'on rencontre dans ces couples « sont plus importantes » pour lui que la question « institutionnelle » lors d'un entretien en décembre dernier.

Contrairement à d'autres qui prétendent vouloir changer la pastorale sans modifier la doctrine, Mgr Bonny a souligné que vouloir opposer les deux est contraire à la tradition de l'Eglise : « Le soin pastoral a tout à voir avec la doctrine et la doctrine a tout à voir avec le soin pastoral. »

En toute logique, il plaide donc pour une nouvelle approche des droits de la conscience individuelle et verrait bien un petit changement par rapport à Humanae vitae. Voir ici l'analyse que j'avais faite de ses déclarations pour LifeSite au début de l'année.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



06 novembre, 2014

Suisse : les foyers pour personnes âgées vont devoir accueillir “Exit”


Le Grand Conseil du canton de Neuchâtel a décidé, par 80 voix contre 16, une modification de la loi obligeant les institutions d’utilité publique à accepter l’aide au suicide dans leurs murs. Sont directement visés les « homes » ou foyers pour personnes âgées du canton qui vont donc devoir accueillir l’association Exit qui se charge d’aider ses membres à mourir.
La liberté de choix des patients ou des résidents prime sur tout le reste, a décidé le Parlement cantonal : y compris sur le règlement intérieur des EMS (établissements médico-sociaux) et des homes. Pas question de prévoir une possibilité d’objection de conscience ou de dérogation dans les maisons recevant des fonds publics ; seules les foyers privés pourront refuser l’assistance au suicide.
Deux organismes avaient appelé à la reconnaissance de leur droit de refuser la mise à mort délibérée de leurs patients ou résidents : l’Association neuchâteloise des établissements pour personnes âgées (ANEMPA) et l’Armée du Salut, qui ont mis en avant des questions de religion ou de philosophie.
En cas de demande de mort de la part d’un résident, pourvu qu’il soit capable de discernement, les homes et EMS devront mettre à sa disposition une chambre, mais le personnel ne devra ni intervenir directement ni assister au décès programmé, pris en charge entièrement par Exit, dès lors que le résident n’a plus de domicile ou que son retour dans son logement ne peut être raisonnablement exigé.
Il n’en reste pas moins que cette nouvelle loi oblige les personnes qui travaillent auprès des personnes âgées à se rendre complices de l’assistance à leur suicide, quelles que soient leurs convictions et leur répugnance à voir délibérément donner la mort.
En cas de refus, la loi prévoit que le patient puisse déposer plainte auprès de l’autorité de surveillance de ces institutions.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



18 octobre, 2014

Avortement : les médecins uruguayens obtiennent le droit à l’objection de conscience contre la loi

Le tribunal du contentieux administratif de l’Uruguay vient d’exempter les gynécologues de l’obligation légale de participer à des procédures liées à l’avortement, leur permettant en outre de donner des informations destinées à aider la mère à poursuivre sa grossesse, y compris par la prescription d’échographies. Ce faisant les juges ont contesté la légalité de la loi d’avortement de l’Uruguay, en soulignant que celle-ci méconnaît le droit au libre exercice de la médecine et le droit humain à la liberté de conscience. Son application a été suspendue en attendant l’examen complet des recours présentés.
Illégale, encore, l’obligation faite aux médecins objecteurs de consigner leur refus de participer à l’avortement dans des registres tenus dans les établissements où ils exercent.
Autrement dit, c’est une loi de tyrannie.
Elle avait été d’emblée contestée lors de son adoption ; une centaine de gynécologues avaient saisi la justice pour contester 11 de ses 42 articles qui les obligeaient notamment à participer non pas directement à l’avortement, mais aux procédures préalables ou postérieures.
Les médecins qui ont formé ce recours contre la loi l’accusent notamment de ne pas tenir compte de leur liberté de diagnostic et de traitement, et d’être tout entière orientée vers « un seul objectif : la concrétisation de l’avortement ». Et les juges ont d’ores et déjà estimé que le tort qui leur est causée est « grave », plus important que celui potentiellement engendré par le maintien en vigueur de ces dispositions contestées. Ces préjudices avaient été qualifiés par les médecins comme « affectant l’agir moral des personnes et la vocation à laquelle ils ont voué leur vie ».
C’est un important revers pour les autorités du ministère de la santé publique qui n’ont jamais cessé de contester le droit à l’objection de conscience des médecins.
Il reste cependant un élément de l’objection de conscience qui est refusé aux médecins : là où un « risque grave pour la vie de la femme » est supposé rendre nécessaire un avortement.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



20 août, 2014

Pour Mgr Luigi Negri, les lois anti-homophobes rappellent le fascisme

Mgr Negri revient à la charge, et insiste. Après avoir évoqué le lien entre les totalitarismes – tel le fascisme – et les lois pénalisant l'homophobie dans une interview à La Nuova Bussola (traduction intégrale ici chez Benoit-et-moi), l'évêque du diocèse italien de Ferrara-Comacchio a carrément expliqué que la proposition de loi anti-homophobe en cours le fait penser à une résurgence du fascisme et à la « noire époque de l'idéologie d'Etat » en Italie.

Il répondait cette fois aux questions de l'hebdomadaire Tempi.

La loi de pénalisation de l'homophobie, a-t-il expliqué, va introduire « pour la première fois depuis la fin du fascisme il y a 70 ans, un crime d'opinion évocateur des temps noirs et troublés, longtemps vaincus et que l'on a cru révolus, des idéologies d'Etat. Des temps où l'Etat identifiait des positions idéologiques qu'il imposait par la force, supprimant tous ceux qui n'étaient pas conformes. »

Voilà qui est intéressant : dans bien des pays, à commencer par la France qui est voisine de l'Italie, le délit d'homophobie existe depuis plusieurs années. La France est-elle donc un Etat fasciste ? La réponse s'impose d'elle-même.

« En prenant la défense d'un certain style de vie et de ses promoteurs, et spécialement ceux qui professent l'homosexualité en théorie et la pratiquent dans la société, l'Etat se rend coupable de discriminations graves et irréparable envers d'autres opinions et styles de vie », a déclaré Mgr Luigi Negri. « Notre peuple risque de perdre la liberté fondamentale d'expression, la liberté de ses choix, des options, du regard sur la vie et des conceptions de la vie qui forment le cœur de l'expérience des gens. »

Comme d'autres cardinaux et évêques en Italie, il pense que les prêtres et autres ecclésiastiques qui se bornent à citer simplement l'Ecriture sainte ou le Catéchisme de l'Eglise catholique « pourraient un jour être amenés devant les autorités ». Il n'a pas hésité à rappeler que plus de 100.000 chrétiens ont perdu la vie dans le monde ces trois dernières années par mépris de la liberté de conscience : une claire façon de faire un parallèle avec ce qui pourrait arriver si la dictature du relativisme devient plus pesante dans les temps à venir.

Source : LifeSiteNews.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



14 août, 2014

Flandres et Pays-Bas : “Ne me réanimez pas !”

C’est encore une retombée de la « société euthanasique » où par définition, se répand une propagande pro-mort qui est véritablement une culture de mort. Aux Pays-Bas comme en Belgique néerlandophone, le nombre de porteurs d’un refus de réanimation augmente de manière « explosive ». Plaque d’identité ou format carte de crédit, c’est un petit document que l’on garde sur soi en toute circonstance pour décourager toute tentative de secours en cas de crise cardiaque, arrêt respiratoire ou autre AVC.
Les partisans de la non-réanimation ont entendu dire que les chances de guérir après une réanimation sont modestes. Et même si les statistiques affichées sont un peu meilleures lorsque les soins sont donnés à l’hôpital, leur crainte est de survivre à l’état de « légume ».
Le risque de devenir totalement dépendant à la suite d’une réanimation est pourtant minime : 1 % (la probabilité d’y survivre, elle, se situe entre 10 et 20 %).
Aux Pays-Bas comme en Flandres, ce sont les associations pour la « mort digne » ou la « fin de vie choisie »  (c’est équivalent) qui font la promotion et la distribution de ces documents non officiels mais qui sont généralement respectés par les soignants puisque cela leur est imposé par la loi. Aux Pays-Bas, la NVVE commercialise les plaques d’identité marquées de la photo, du nom et des coordonnées du porteur, pour la modique somme de 37,50 €. On ne peut l’obtenir sans devenir membre. Il suffit ensuite de les porter.
En Belgique, la procédure est plus compliquée : il faut faire préciser ses directives anticipées (refus de
réanimation, demande d’euthanasie en cas de coma, don d’organes, directives pour l’enterrement, don du corps à la science) et les mettre en sécurité chez une personne de confiance. La « Leifkaart » portée sur soi renvoie vers cette personne. Et c’est gratuit, grâce au concours de plusieurs associations « humanistes ».
Aux Pays-Bas, le nombre total de plaques commandées atteint désormais plus de 20.000 ; le nombre d’enregistrements est passé de 1.200 en 2007 à 5.000 en 2013. En Belgique l’augmentation des demandes a été encore bien plus rapide et le nombre de porteurs avoisine les 30.000. L’association LEIF annonce une attente de deux mois pour la fourniture des cartes.
Cette nouvelle mode n’est certainement pas sans rapport avec la propagande médiatique et les réunions d’information, souvent organisées par les associations pour l’euthanasie, visant à sensibiliser la population sur le risque de la démence ou de la dépendance. Aux Pays-Bas, beaucoup de directives anticipées sont rédigées en ces occasions.
L’association néerlandaise du cœur a réagi à l’information en invitant les Néerlandais à bien réfléchir avant de faire un tel choix, rappelant que la réanimation offre la chance d’une seconde vie. Elle cite le cas d’un cycliste amateur réanimé l’an dernier à 58 ans à la suite d’une défaillance cardiaque. Il est aujourd’hui en pleine santé.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



13 juillet, 2014

Pédophilie, célibat sacerdotal, œcuménisme: encore une interview du Pape avec Scalfari – et un rectificatif du Vatican

Le pape François a recommencé. Jeudi dernier, il a de nouveau reçu le journaliste Eugenio Scalfari – qui se dit athée et qui publie dans un quotidien de gauche, La Repubblica – pour un entretien à bâtons rompus. Il paraît que l’ambiance fut cordiale et d’ailleurs Scalfari, qui parle davantage de lui que de son interlocuteur pontifical dans le compte-rendu paru aujourd’hui, avoue affectionner ces rencontres en raison de la « spontanéité de cet assez étrange successeur de Pierre ». De la conversation, Scalfari a tiré nombre de « propos » du pape François, qu’il présente entre guillemets. Mais de mémoire comme la dernière fois.
Le père Lombardi, porte-parole du Vatican, a déjà publié un rectificatif…
Au cours de l’entretien qui a duré plus d’une heure, selon Scalfari, le pape François a surtout parlé de la pédophilie et de la mafia. Sert-il à quelque chose de rapporter les propos cités par ce journaliste qui travaille sans micro et sans notes ?
Je note les phrases suivantes :
« L’éducation comme nous l’entendons semble avoir quasiment déserté les familles. Chacun est prisonnier de ses propres soucis, souvent pour assurer à la famille un mode de vie supportable, parfois pour parvenir à un accomplissement personnel, d’autres fois en raison d’amitiés et d’amours alternatifs. L’éducation considérée comme obligation principale à l’égard des enfants semble avoir fui les foyers. Ce phénomène révèle une très grave omission mais nous ne sommes pas encore dans le mal absolu. » Celui-là, le pape le voit dans « la corruption, le vice, les turpitudes imposées à l’enfant ».
Scalfari raconte en effet comment le pape déplore que la pédophilie soit le plus souvent le fait des plus proches de l’enfant. Le phénomène est-il fréquent et répandu ?
« Il l’est bien trop souvent, et il s’accompagne d’autres vices comme la diffusion de la drogue. »
Et que fait l’Eglise ?
« L’Eglise lutte pour que le vice soit écrasé et l’éducation retrouve sa place. Mais même nous, nous avons cette lèpre chez nous. »
Certains collaborateurs rassurent le pape en affirmant que la pédophilie n’atteint que 2 % à l’intérieur de l’Eglise. Dans une phrase aux guillemets ouverts, mais non fermés, Scalfari cite François :
« Ce chiffre devrait me tranquilliser mais je dois dire qu’il ne le fait pas complètement. Je pense même qu’il est très grave. Deux pourcent des pédophiles sont prêtres et même évêques et cardinaux. Et d’autres, encore plus nombreux, le savent mais se taisent, punissent mais sans donner le motif. Je trouve cet état de choses insoutenable et c’est mon intention de l'affronter avec toute la sévérité qu’il requiert.
On notera l’étrange glissement entre « 2 % de pédophilie à l’intérieur de l’Eglise » et « 2 % des pédophiles sont prêtres… » Ce n’est pas la même chose.
Le pape a aussi, selon Scalfari, parlé de la conscience – on se souviendra que ses premiers libres entretiens avaient été très peu clairs sur la question. Voici ce qui Scalfari en a retenu, après avoir « relancé » François en lui disant que notre conscience est libre et autonome, qu’elle peut en parfaite bonne foi faire le mal tout en étant convaincue que de ce mal sortira un bien. Réponse de François, telle que la rapporte le journaliste :
« La conscience est libre. Si elle choisit le mal parce qu’elle est sûre qu’il fera descendre un bien du haut des cieux, ces intentions et leurs conséquences seront prises en compte. Nous, nous ne pouvons en dire davantage parce que nous n’en savons pas plus. La loi du Seigneur, il appartient au Seigneur de l’établir et non aux créatures. (…) Il faudrait examiner à fond les livres sapientiaux de la Bible, et l’Evangile quand il parle de Judas Iscariote. Ce sont des thèmes de fond de notre théologie. »
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette réponse rapportée n’est pas limpide. Si les propos sont exacts, il y a au moins un problème : ce n’est pas la finalité considérée bonne qui éventuellement justifie l’acte mauvais (si tel est bien le sens du propos rapporté par Scalfari). Ce qui peut l’excuser, c’est le fait d’avoir pensé que tel acte était bon dans telle circonstance.
Après des échanges à propos de la mafia, Scalfari, sur le point de partir, introduit un nouveau sujet : « Vous, Sainteté, vous travaillez assidument à intégrer la catholicité avec les orthodoxes, avec les anglicans… Il m’interrompt en continuant : “Avec les vaudois que je trouve religieux de premier ordre, avec les pentecôtistes et naturellement avec nos frères hébreux ”. »
Et donc, puisque nombre de leurs prêtres sont régulièrement mariés, l’Eglise de Rome va-t-elle changer ?
« Peut-être ne savez-vous pas que le célibat a été fixé de manière stable au Xe siècle, c’est-à-dire 900 ans après la mort de Notre Seigneur. L’Eglise catholique orientale a permis jusqu’à aujourd’hui que ses prêtres se marient. Le problème existe certainement mais il n’est pas d’une grande importance. Cela demande du temps, mais il y a des solutions et je les trouverai.
La Repubblica a été obligée de publier le rectificatif du P. Lombardi, qui a souligné (il commence à en avoir l’habitude) qu’on ne peut en aucun cas parler d’une « interview au sens habituel du terme » :
« La conversation est cordiale et très intéressante (…). Toutefois, comme cela s’est déjà produite dans une circonstance analogue, il faut faire remarquer que ce que Scalfari attribue au pape, rapportant ses propos “entre guillemets”, est le fruit de sa mémoire de journaliste expérimenté, mais non la transcription précise d’un enregistrement et encore moins de propos revus par l’intéressé, à qui ces affirmations sont attribuées. On ne peut ni on ne doit donc parler d’aucune façon d’une interview au sens habituel du terme, comme si elle rapportait une série de questions et de réponses qui respectent fidèlement et certainement la pensée précise de l’interlocuteur. 
Si donc on peut retenir que dans l’ensemble, l’article rapporte le sens et l’esprit de la conversation entre le Saint-Père et Scalfari, il faut redire avec force ce qui avait déjà été dit à l’occasion d’une précédente “interview” publiée par La Repubblica : les différentes expressions citées, dans leur formulation rapportée, ne peuvent être attribuées avec certitude au pape. 
Par exemple et en particulier, cela vaut pour deux affirmations qui ont beaucoup attiré l’attention et que l’on ne peut par contre attribuer au pape. Il s’agit de celle disant qu’il y a des “cardinaux” parmi les pédophiles, et du fait que le pape aurait affirmé certainement, à propos du célibat : “Les solutions, je les trouverai.” 
Dans l’article publié par La Repubblica ces deux affirmations sont clairement attribuées au pape, mais – curieusement – les guillemets sont ouverts au début, mais ils ne sont pas fermés. Il manque tout simplement les guillemets de fermeture… Oubli, ou reconnaissance explicite de ce que l’on est en train de faire une manipulation en direction des lecteurs ingénus. »
Mise au point assez vive, on le notera ; mais pourquoi donc le pape François a-t-il recommencé ?

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



13 novembre, 2013

Un témoignage effarant sur la déshydratation en “état végétatif”

“Paralysée mais pas impotente”
Rebondissant sur l’étude de l’université de Cambridge évoquée ici, selon laquelle certains patients diagnostiqués en « état végétatif » sont conscients de leur entourage et pourraient, avec les outils adéquats, communiquer avec lui, Wesley J. Smith, militant très actif contre l’euthanasie, vient de republier le témoignage de Kate Adamson, une femme qui sur la foi d’un tel diagnostic a été privée de nourriture à la suite d’une attaque du tronc cérébral : dans son cas, ce n’était même pas pour la faire mourir.

Cette femme décrit les douleurs et les souffrances abominables, atroces, liées à la faim et à la soif qui lui ont fait vivre une lente agonie alors qu’elle était supposée en état végétatif.

Ci-dessous l’essentiel de l’article de Wesley J. Smith repris avec sa permission sur LifeSite.

« Nous déshydratons à mort des gens sans défense dans ce pays parce qu’ils souffrent d’un déficit cognitif catastrophique. Les partisans de la déshydratation disent qu’il s’agit d’une simple question d’éthique médicale : le retrait d’un traitement médical constitué par l’alimentation par sonde. (A l’heure actuelle, une procédure est même en cours – aux Etats-Unis, NDLR – pour imposer une mise à mort par inanition en refusant une alimentation à la cuillère, qui n’est pas un traitement médical.) », écrit-il.

Petite précision : je ne suis pas d’accord avec la qualification d’alimentation par sonde comme un « traitement médical », l’alimentation est toujours un soin dû – au même titre que le toit, l’habillement, l’hygiène… – sauf dans la mesure où elle ne contribue pas ou plus à maintenir le patient en vie et qu’elle ne cause pas davantage de dommages que de bienfaits. Ce qui est le cas, par exemple, lorsque l’administration d’aliments solides, fût-ce par sonde, provoque aussitôt des vomissements et que la nourriture ne peut plus être assimilée par le patient.

« Déshydrater à mort des personnes sans défense était jadis impensable. C’est dans les années 1980 qui des bioéthiciens ont commencé à préconiser le retrait d’aliments et de fluides administrés par sonde. Et cela est advenu.

Les partisans de la déshydratation ont commencé par déclarer qu’il fallait la réserver à ceux qui sont en état d’inconscience. Ils ont depuis élargi la “caste” des intéressés. Mais des études scientifiques récentes ont montré désormais que beaucoup de personnes supposées inconscientes ne le sont pas du tout. »

Ce qui veut dire que nombre de ces patients entendent leur médecin ou le personnel soignant discuter de leur mise à mort prochaine, note Wesley Smith. Et par Kate Adamson, nous savons ce qui peut leur passer par la tête.

Victime d’une attaque qui l’avait laissée totalement paralysée – elle devait se retrouver avec un locked-in syndrome avant de retrouver l’usage de ses membres et de la parole – elle avait été jugée dans un premier temps inconsciente. Peu après l’attaque, elle avait subi une opération pour soigner une occlusion intestinale. Parce que les médecins la croyaient inconsciente, ils l’avaient insuffisamment anesthésiée. Puis ils l’avaient laissée sans nourriture, lui administrant des fluides uniquement par goutte-à-goutte.

Voici ce qu’elle a dit de cette expérience à Wesley Smith en 2005, en pleine affaire Terri Schiavo (évoquée dans Présent du 25 mai 2005) :

« L’agonie de vivre sans nourriture était une douleur constante qui n’a pas duré quelques heures, comme mon opération, mais plusieurs jours. Il vous faut endurer la douleur physique et en plus, il faut endurer la douleur émotionnelle. Tout votre corps hurle : “Donnez-moi à manger ! Je suis en vie, je suis une personne, pour l’amour de Dieu ne me laissez pas mourir ! Que quelqu’un me donne à manger ! »

Décrivant la souffrance liée au manque de nourriture et d’eau comme « bien pire » que la douleur ressentie au moment de la chirurgie abdominale, et ce malgré l’administration d’une solution saline en intraveineuse, Kate Adamson parlait d’une soif horrible :

« J’éprouvais une envie irrépressible de boire. De boire n’importe quoi. Je me visualisais de manière obsessionnelle en train de boire à une gigantesque bouteille de Gatorade orange. Et je déteste le Gatorade orange. On m’humectait bien la bouche avec une liquide au goût citronné pour atténuer le dessèchement mais cela ne faisait rien pour soulager ma soif insoutenable. »

Et on ose nous dire que ces procédures, appliquées à des personnes qui ne sont pas du tout en fin de vie, ont pour but de soulager leurs souffrances !

Bien sûr, on pense à Vincent Lambert. Vincent Lambert qui n’est même pas supposé dans un « état végétatif », mais qui est dans un état de « conscience minimale ». Cet homme qu’un médecin de Reims, le Dr Eric Kariger, prétend faire « bénéficier » d’une fin de vie programmée par arrêt de l’alimentation est capable de percevoir, dans une certaine mesure, ce qui l’entoure, de réagir à la présence de ses proches, d’éprouver certains sentiments et même de manifester son inconfort puisqu’au dire de son médecin, on peut avoir la « forte suspicion » de son refus de vivre au vu de ses réactions négatives devant certains types de soins…

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



 
[]