Affichage des articles dont le libellé est suicide assisté. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est suicide assisté. Afficher tous les articles

03 mars, 2016

Theo Boer, spécialiste d’éthique médicale aux Pays-Bas, plaide pour davantage de suicides et moins d’euthanasies


En tant qu’ancien membre de la commission régionale de contrôle de l’euthanasie aux Pays-Bas, Theo Boer a assisté aux premières loges à la réalité de la mise à mort de ceux qui souffrent. Le spécialiste d’éthique médicale a d’ailleurs quitté ce poste en raison de ses interrogations croissantes à propos d’une pratique de plus en plus banalisée. Aujourd’hui, il estime que le recours à l’euthanasie devrait céder la place au suicide assisté : avec davantage de gestes mortels assumés par les patients eux-mêmes, il y aurait moins de pression sur les médecins, estime-t-il.
A l’heure actuelle, aux Pays-Bas, aussi bien le suicide assisté que l’euthanasie sont autorisés par la loi sous réserve du respect de conditions posées par la loi ; mais c’est l’euthanasie – l’administration d’une injection létale par le médecin – qui est de très loin la plus fréquente parmi les personnes qui demandent (ou ont demandé) à mourir : pas moins de 96 %.
Theo Boer et les affres de la conscience
Le suicide assisté, où le patient ingère lui-même un « médicament », ou plutôt un poison mortel, devrait remplacer une bonne part de ces euthanasies, hormis les cas où le candidat serait incapable de boire lui-même la potion.
Le premier avantage de ce basculement vers davantage de suicides assistés et moins d’euthanasies serait, selon Theo Boer, de permettre une meilleure certitude quant à la volonté réelle du patient : du moins est-on sûr que le patient qui avale lui-même la boisson mortelle désire vraiment arrêter de vivre. En outre, on éviterait ainsi nombre de gestes qui ne seraient pas « nécessaires » : le patient qui procède ainsi serait plus conscient de la portée de son acte.
Mais on devine que l’autre avantage mis en avant par Theo Boer est à son sens le plus important. Il assure que de nombreux médecins préfèrent la procédure du suicide assisté. Des médecins s’en sont ouverts auprès de lui : « Le fait que le patient fait la chose lui-même me soulage car dans ce cas de figure ce n’est pas moi qui tue quelqu’un », disent-ils selon Boer. Et ce même si le médecin est censé rester avec le patient « jusqu’à la fin » ; même si la boisson létale met plusieurs heures à agir.
Boire une potion létale en présence du médecin est considéré légalement comme un « suicide assisté » ; mais en cas de problème ou de contestation, le régime légal est plus léger. La peine encourue est trois fois moins lourde que pour une euthanasie. En prenant les choses entre leurs propres mains, les malades contribuent ainsi à ne pas faire porter le poids de leur décision au médecin – et ils le font davantage encore lorsqu’ils choisissent ce que Boer appelle la « voie autonome ». Le patient organise dans ce cas son propre décès, soit en cessant délibérément de boire et de manger en vue de mourir, soit en thésaurisant des médicaments pour obtenir une dose létale.
Theo Boer faisait ces remarques mercredi soir devant la « ChristenUnie », une organisation protestante.
Il s’est ému à cette occasion de l’augmentation régulière du nombre d’euthanasiés (quelque 15 % d’année en année) et de l’élargissement continuel des justifications de l’euthanasie. Aujourd’hui on fait campagne aux Pays-Bas pour le droit à l’euthanasie pour ceux qui estiment leur vie « accomplie ». La chose est inquiétante, estime Boer.
« Parlons-en : il faut réfléchir au fait de savoir s’il ne faut pas savoir accepter la vieillesse, avec se vulnérabilité », affirme aujourd’hui Theo Boer.
Mais il est déjà bien tard.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



04 août, 2015

Gill Pharaoh, 75 ans, en pleine santé, obtient le suicide assisté en Suisse parce que la vieillesse est « épouvantable »

Gill Pharaoh, 75 ans, était infirmière, et même infirmière de soins palliatifs. Elle vient de mettre fin à sa vie dans une clinique liée à l’association « Lifecircle » qui travaille avec l’établissement « Eternal SPIRIT » à Bâle. Cette femme britannique, mère de deux enfants et vivant avec un compagnon, n’était atteinte d’aucune maladie grave. Elle ne prenait aucun médicament et était, au fond, en très bonne santé malgré quelques épisodes de mal au dos et des acouphènes. La seule raison de sa mort choisie : elle ne voulait pas se transformer en « vieille dame boitillante ». La vieillesse, dit-elle encore, est « épouvantable ».
Le suicide assisté s’est déroulé le 21 juillet dernier, sans doute après un parcours imposé par l’association « Lifecircle » qui affirme « défendre la vie » et qui à ce titre « ne propose pas d’aide au suicide », mais qui « par conséquent » (sic) « travaille avec la Fondation Eternal SPIRIT pour aider les personnes dont la souffrance est devenue insupportable, pour qu’elles puissent décider pour elles-mêmes de leur vie et de leur mort, en choisissant la mort volontaire assistée. »
Ladite Fondation n’assiste que les membres encartés de LifeCircle et possède son propre organe d’évaluation des demandes, parfois par le biais du recours à un médecin extérieur.
Gill Pharaoh, répétons-le, n’avait pas d’autre « souffrance épouvantable » que la conscience de régresser et la connaissance intime des difficultés de la vieillesse fréquemment côtoyées au titre de son métier d’infirmière des soins palliatifs.
Elle qui avait écrit deux livres sur les soins pour les personnes très âgées se sentait simplement en bout de course et elle voulait « agir tant qu’elle le pouvait encore », persuadée que les choses ne pouvaient plus aller mieux. « J’ai tant d’amis dont les partenaires sont évidemment un poids. Je sais qu’il ne faudrait pas le dire mais j’ai dans la tête l’image mentale de ce qu’il suffit, à mon âge, de se casser le col du fémur, après quoi on dégringole très vite », a-t-elle expliqué dans une interview qu’il faut bien qualifier de militante, à quelques semaines de la date programmée de son suicide.
Elle-même se sentait diminuer « d’une manière presque imperceptible » en vieillissant. Elle ne voulait en aucun cas imposer à ses enfants son éventuelle dépendance : « Beaucoup de personnes âgées s’attendent à obtenir, voire exigent de l’aide de la part de leurs enfants mais à mon avis il s’agit d’une manière de voir à la fois très égoïste et déraisonnable. » « Si vous travaillez dans une maison de soins et que vous êtes face à des personnes incontinentes, qui jurent, qui déambulent dans les pièces et de servent de tout, c’est très difficile. Ce n’est pas un travail auquel vous prenez plaisir », ajoutait-elle
D’où le voyage en Suisse. Elle était accompagnée de son partenaire, John : la veille du suicide, ils se sont promenés en ville, ont fait un bon repas sur les bords du Rhin. Le suicide a eu lieu comme prévu, après quoi John a confirmé aux deux filles de Gill que leur mère était morte.
Mme Pharaoh a elle-même organisé la cérémonie « humaniste » qui aura lieu ce mois-ci.
La décision de Gill Pharaoh, largement commentée par la presse britannique – et pas de manière très négative – s’inscrit dans une mobilisation médiatique en faveur du choix de mourir et de la rédaction de directives anticipées (les fameux « testaments de vie »).
Un sondage en ligne laisse penser que le discours soit efficace – même s’il faut tenir compte des limites évidentes de ce genre de sondage « ouvert » où chacun donne son avis, sans souci de pondérer les résultats. 44 % des répondants affirment qu’ils n’envisageraient le suicide qu’en cas de « maladie en phase terminale », mais un total de 26 % de personnes répondent « oui » (16 %) ou « peut-être » à la question : « Envisageriez-vous l’euthanasie en étant en bonne santé ? »
C’est à peine moins que le pourcentage (27 %) de personnes qui n’envisageraient l’euthanasie en aucun cas.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



02 février, 2015

Deux cousins écossais ont obtenu l'assistance au suicide en Suisse pour ne pas être séparés

Cela faisait 40 ans que Stuart Henderson, 86 ans, et Phyllis McConachie, 89, vivaient sous un même morts le 10 novembre en Suisse, dans un établissement de « suicide assisté », en se tenant par la main. Ils ont choisi cette « sortie » de la vie à deux pour ne pas risquer d'être séparés en raison de leur état de santé.
toit, dans un logement protégé pour personnes âgées ou vulnérables. Les deux cousins s'apportaient une aide mutuelle et comptaient l'un sur l'autre pour la vie de tous les jours : pas seulement pour les besoins matériels, mais aussi pour conserver une forme de vie de famille. Ils sont

Ni l'un, ni l'autre, n'était en phase terminale d'une quelconque maladie douloureuse ou insupportable. Mme McConachie était tombée, elle s'était fracturée la hanche. Lui, Stuart Henderson, commençait à montrer des signes de démence. Les deux cousins, depuis lors, n'avait qu'une crainte : celle d'être séparés afin d'être placés dans des maisons de retraite différentes. C'est cette perspective qui les a poussés vers la « mort choisie ».

Venus de Troon, dans l'Ayshire, Stuart et Phyllis avaient de toute manière décidé que la mort était la seule issue : un suicide à n'importe quel prix. Ils ont fini par faire appel à l'association « Eternal Spirit », une association qui fait la promotion de la mort choisie et de l'autonomie du patient dans le monde, et à sa clinique de suicide assisté, LifeCircle, qui opère près de Bâle, en Suisse, sous la conduite du Dr Erika Preisig qui pose elle-même la perfusion contenant le poison qui tue, avant de laisser ses clients actionner eux-mêmes la molette pour que le geste mortel soit de leur responsabilité. A 8.500 francs suisses par dossier, en général, le coût de l'acte est loin d'être négligeable. Il comprend une visite médicale assurée par l'association au domicile des demandeurs, et une dernière visite médicale obligatoire en Suisse.

Pour autant il n'est pas du tout exigé que la candidate au suicide ait atteint un certain degré de maladie ou de souffrance effective. Dans le cas de Henderson et McConachie, la crainte d'une solitde ou d'un désarroi futur aura suffi.

Et leur cas suscite, comme il n'est pas rare en Suisse dans le monde très codifié et très officiel du suicide assisté, des envolées lyriques. « La manière dont ils sont partis, emplis de paix et de joie, est fabuleuse. Voilà ce qui arrive lorsque des personnes qui ont vécu ensemble vraiment très longtemps s'en vont ensemble. »

Au Royaume-Uni, leur histoire a suscité comme on pouvait s'y attendre des débats sur l'euthanasie : une militante pour le droit de choisir sa propre mort, le Dr Libby Wilson, du groupe « Friends at the End » (Amis à la fin), a réclamé un changement de la loi britannique afin que les candidats au suicide ne soient plus obligés d'aller se faire suicider en Suisse : « Ils auraient dû pouvoir mourir dans leur propre appartement. »

Mais ce n'est pas tant mourir qu'ils voulaient, que de ne pas être cruellement séparés par un système qui broie les identités et les affections. Le Dr Peter Saunders, directeur de campagne de l'alliance « Care not Killing » (soigner et non tuer), a qualifié la mort des deux cousins de « grande tragédie ». « Le suicide assisté, dans de tels cas, est la forme ultime de l'abandon. Ce cas tragique souligne fortement le besoin de soins complets, abordables et centrés sur le patient, où l'on s'occuper non seulement des besoins physiques des gens, mais aussi de leurs besoins sociaux et spirituels. »

Voilà qui met une fois de plus en évidence l'hypocrisie des lois promues sous la pression des champions de l'ingénierie sociale et de la culture de mort. Car s'il avait vraiment été question de venir en aide à ces deux vieux cousins en plein désarroi, on aurait d'abord cherché à leur assurer une fin de vie paisible en compagnie l'un de l'autre.

De même on aurait pu imaginer, plutôt que la mise en place d'une « union civile » sanctionnant une relation d'ordre sexuel, et plus spécialement une relation homosexuelle, un contrat de cohabitation affective et effective. L'union civile – ce pseudo mariage qui existe au Royaume-Uni comme le pacs existe en France – est frappée des mêmes interdits (de consanguinité par exemple) que le mariage. Pourtant, à notre époque d'isolement et d'éclatement familial, la reconnaissance fiscale, médicale, sociale du lien de protection mutuelle et de compagnonnage entre frères, sœurs, cousins, amis… aurait un vrai sens. Elle aurait peut-être permis d'éviter la tragédie des cousins de Troon. Elle aurait permis d'éviter le scandale de la reconnaissance officielle des unions homosexuelles.

Mais c'est cette reconnaissance qui était recherchée, bien davantage que l'intérêt des braves gens, tout comme le suicide assisté ou l'euthanasie sont en train de s'imposer médiatiquement au point d'oublier qu'il faut d'abord chercher à soigner les malades, les inquiets, les isolés, et à leur apporter le réconfort d'une humanité partagée.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



14 décembre, 2014

Rapport Leonetti-Claeys sur la fin de vie : l’euthanasie lente

Alliance Vita, mais aussi la Fondation Lejeune et
d'autres ont tôt prévenu du danger.
Ni piqûre létale, ni suicide assisté : le rapport Leonetti-Claeys sur la fin de vie recommande d’instituer un « droit » à la sédation terminale continue qui assure à chaque citoyen la possibilité d’éviter des souffrances insupportables au moment de la mort. Ces souffrances doivent aussi être évitées par la généralisation de l’accès aux soins palliatifs, aussi bien dans un établissement de soins qu’à domicile. François Hollande, qui a promis dans son engagement de campagne n°21 de faire bénéficier toute personne en phase terminale d’une maladie incurable et cause de souffrances « physiques ou psychiques » insupportables d’une « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité », en a été content. La proposition de loi sera discutée au mois de janvier devant le Parlement, a-t-il promis. Alors, la France échappe-t-elle à l’euthanasie ?
Non, on lui applique une sédation anesthésique qui est bien dans la ligne de ce qui se passe dans des pays où l’euthanasie est légale, comme la Belgique ou les Pays-Bas. L’euthanasie y est de plus en plus fréquente, mais c’est surtout l’extension de son champ d’application qui est remarquable. En revanche, les sédations appelées, à tort et à travers, « palliatives », « terminales » ou « profondes » ont fortement progressé. Aucun formalisme ne s’y attache, ce ne sont pas des actes criminels dépénalisés, elles permettent d’« endormir » le patient pour le faire mourir tout comme elles peuvent être légitimement administrées pour éviter une agonie atroce. Je décrivais cela dès 2007 ici, en me demandant si ce glissement vers la zone grise entre soins et mise à mort n’allait pas s’imposer de plus en plus.
Avec la proposition Leonetti-Claeys nous y sommes, en tout cas pour ce qui concerne la France. Le rapport suggère que le « droit » des patients de prendre part à cette décision de fin de vie assurera non seulement leur « autonomie » mais évitera que des sédations terminales ne soient pratiquées à leur insu ou à l’insu de leurs proches, évitant ainsi des euthanasies ou des procédures de fin de vie pratiquées contre le gré des patients.
Zone grise : la sédation continue en phase terminale, « lorsque le pronostic vital est engagé à court terme » comme le dit le rapport, peut se justifier sur le plan moral, tant qu’elle n’a pas pour objectif de procurer la mort et qu’elle ne la cause pas délibérément.
Mais avec un droit à la sédation terminale, l’ambiguïté entrerait de plain-pied dans le droit français, légalisant en même temps l’« euthanasie lente » par laquelle une personne qui le demande, sans même être forcément mourante, obtient un ensemble d’actes médicaux qui débouchent nécessairement et à brève échéance sur la mort. La mort programmée.
Il s’agit en fait d’un simple élargissement, mais plus codifié, de ce que la loi Leonetti en vigueur depuis 2005 permet déjà en termes d’euthanasie : le refus de nourriture (et, depuis moins longtemps, d’hydratation) en vue de faire mourir une personne qui tire encore profit de son alimentation, et qui n’en souffre pas. C’est le cas de Vincent Lambert, qui est tout sauf mourant : pour Jean Leonetti, sa loi de 2005 s’applique pleinement à son cas pour permettre de le « laisser mourir », comme ils disent, mais d’inanition et de déshydratation.
Au nom du droit à une mort « digne et apaisée », et au terme d’une « longue marche vers la citoyenneté totale, y compris jusqu’au dernier instant de sa vie », la proposition Leonetti-Claeys veut créer un droit opposable qui puisse aller bien plus loin que le cas des personnes à l’article de la mort et souffrant des affres d’une agonie et d’une douleur que rien ne peut soulager.
Elle doit en effet, selon le rapport, pouvoir s’appliquer à ceux qui n’entreront en « fin de vie » que du fait de leur exercice du droit de refuser tout traitement, y compris – c’est explicite – le « traitement » que constitueraient l’hydratation et la nourriture : il est question de la « demande du patient d’arrêter tout traitement et de ce fait entrant en phase terminale. La situation visée ici est celle du patient qui décide de demander l’arrêt de tous les traitements qui le maintiennent en vie parce qu’il estime qu’ils prolongent inutilement sa vie, étant trop lourds ou ayant trop duré ». Il aura droit aux sédatifs profonds et aux antalgiques. Mais il aura bien choisi la mort, la mort aura bien été procurée.
Que cela puisse aller loin est mis en évidence par le rapport lui-même. « Préserver la dignité de leur fin de vie, c’est leur permettre, alors qu’ils sont proches de la mort, s’ils le demandent, de s’endormir plutôt que d’être confrontés à la souffrance ou à un état qu’ils considèrent comme une déchéance. » Déchéance de la douleur ? De l’incontinence ? De la dépendance ? Dans les pays où l’euthanasie est légale, tout cela est déjà admis, et le champ s’étend.
Les patients hors d’état d’exprimer leur volonté ne sont pas oubliés. La proposition Leonetti-Claeys insiste sur l’obligation du médecin de ne pas pratiquer « l’obstination déraisonnable » : il devra suivre les « directives anticipées » du patient, en recherchant sa volonté et en respectant une procédure collégiale. La sédation profonde et continue sera alors mise en place « jusqu’au décès ». Cela vaut, précise le rapport, pour les personnes en « état végétatif chronique ou en état pauci-relationnel » – c’est-à-dire sans conscience constatée (mais la science médicale est loin d’être absolue sur ce point), dans le premier cas, ou en situation de conscience minimale.
Ici il faut citer le rapport à propos de ces personnes profondément handicapées, mais ni mourantes ni en fin de vie :
« Le ministère de la Santé estime à 1500 le nombre de personnes actuellement dans cette situation. Ces personnes sont “hors d’état d’exprimer sa volonté” selon les termes de la loi de 2005 et sont nombreuses à n’avoir pas rédigé de directives anticipées. Or, il est permis de penser que ces personnes pourraient qualifier ces situations d’obstination déraisonnable si elles pouvaient s’exprimer. Dans ces cas d’une grande complexité, il est nécessaire de rechercher la volonté du patient, à la lumière des éléments qu’il est possible de recueillir sur la volonté de la personne tout en prenant le temps nécessaire d’une décision apaisée. »
Le rapport précise encore ceci, et c’est à retenir :
« La sédation profonde et continue doit nécessairement donner lieu l’arrêt de tout traitement de maintien en vie et tout arrêt de traitement de maintien en vie engageant le pronostic vital à court terme doit nécessairement être associé à une sédation profonde et continue pour le patient inconscient et à la demande de tout patient conscient. Ne pas associer ces deux actes médicaux serait incohérent, les effets de l’un contrariant les effets de l’autre. Il s’agit de l’arrêt de tout traitement thérapeutique : techniques invasives de réanimation, traitements antibiotiques ou anticoagulants mais également traitements dits “de survie”, parmi lesquels la nutrition et l’hydratation artificielles, ainsi que le Conseil d’Etat l’a confirmé dans un arrêt du 24 juin 2014. »
Autrement dit : pas de sédation terminale sans mort certaine dont la survenue est assurée par l’arrêt de la nourriture, et plus encore de l’hydratation. Quoi qu’en dise le Conseil d’Etat ce sont là des soins ordinaires, et non des traitements, toujours dus dans la mesure où ils répondent à leur finalité propre, qu’ils ne causent pas de souffrances indues et qu’ils ne sont pas absurdes du fait que le patient est effectivement en train de mourir.
La volonté homicide est ici on ne peut plus claire.
D’autant que Jean Leonetti et Alain Claeys manifestent leur volonté de traquer l’obstination déraisonnable où qu’elle se trouve, et notamment dans les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Là, les deux auteurs, dans un bel élan d’humanisme fraternel, estiment « que la possibilité de mettre en place ou de poursuivre des traitements ne devrait être envisagée que si elle a du sens pour le malade ». Quel sens peut avoir un traitement pour une personne profondément atteinte d’une maladie neurodégénérative comme Alzheimer ? Poser la question, c’est deviner l’objectif. Le rapport trouve d’ailleurs que trop de personns en EHPAD sont conduites aux urgences pendant les 15 derniers jours de leur vie, on ne sait pas assez y prévoir leur mort inéluctable. C’est sans doute vrai, mais dans la logique inverse ne risque-t-on pas de pousser des gens vers la sortie ?
Les auteurs du rapport expliquent une des raisons de leur choix : « La sédation est profonde pour garantir l’altération totale de la conscience, cet endormissement prévenant toute souffrance, y compris celle résultant de “se voir mourir”. Selon les termes de Jean-Claude Ameisen, président du CCNE, lors de son audition “je ne suis pas obligé d’être le témoin de ce qui va advenir”. »
Il s’agit d’annihiler la conscience du moment suprême de la vie des hommes. Il me semble bien qu’il s’agit de leur voler leur mort. Pour qui croit que la vie ne s’arrête pas là, mais que justement c’est le grand moment de la conscience, c’est une régression mortelle.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



09 décembre, 2014

Avortement post-natal : l’idée commence à gagner du terrain

Udo Schuklenk. Epargner la souffrance en tuant.
Il y a une justification à ce que des médecins choisissent de mettre un terme à la vie de certains nouveau-nés porteurs d’une affection terminale, a déclaré un bioéthicien canadien intervenu de manière radicale dans l’actuel débat autour du suicide assisté au Canada. Udo Schuklenk est professeur de philosophie et non de médecine, et il n’est pas le premier chercheur de son espèce à avoir soulevé la question de l’euthanasie natale en l’assimilant à un « avortement post-natal ». Ce qui frappe, ici, c’est le choix de la publication scientifique où il a fait cette proposition : il s’agit du Journal of Thoracic and Cardiovascular Surgery.
Ce n’est pas quelque obscure feuille de réflexions pour gens qui s’adressent mutuellement à leurs bonnets : non, c’est une revue médicale des plus pratiques, vouée à donner aux médecins de terrain les dernières informations sérieuses sur leur spécialité.
« Les parents devraient avoir le droit de décider librement à propos de ce qui reviendrait à un avortement postnatal », écrit-il.
Et de préciser : l’euthanasie serait dans ce cas préférable à la « sédation terminale » où l’on prive le patient de nourriture et d’hydratation, car elle épargnerait aux parents et aux équipes médicales la « détresse » de voir le bébé s’étioler sur des jours ou même des semaines. Le Pr Schuklenk soutient que le bébé ne souffre pas dans ce dernier cas de figure, qui peut se produire et qui se produit effectivement au Canada aujourd’hui, « mais c’est terrible d’en être le témoin ».
L’euthanasie pour abréger la souffrance des parents, et que, de préférence, elle soit rapide ? Il s’agit bien de cela.
Mais la question de l’euthanasie des enfants est et reste sensible. De même que les promoteurs de l’initiative écologiste de légalisation de l’euthanasie ne veulent pas qu’on en parle tout de suite, de peur de ralentir l’ensemble du processus, de même faudra-t-il au Canada se focaliser « d’abord » sur les adultes consentants, a précisé le Pr Schuklenk.
L’exemple sur lequel portait sa proposition d’« avortement post-natal » était celui d’un nouveau-né dont l’état physique d’hétérotaxie permettait d’envisager plusieurs réponses médicales : aux moins trois opérations lourdes permettant au mieux la vie pendant une petite quinzaine d’année, un traitement non chirurgical permettant quelques années de vie, des soins de simple confort conduisant jusqu’à une mort probable en moins d’un an, ou l’euthanasie.
Schuklenk opte bien entendu pour la solution finale, soulignant au passage qu’aux Pays-Bas où l’euthanasie des nouveau-nés est légale il n’y en a eu qu’une poignée – alors que la « sédation terminale » est utilisée « 299 » fois par an. Celle-ci, faut-il le rappeler, est véritablement une euthanasie par omission, une euthanasie lente mais non moins réelle.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



30 novembre, 2014

J'étais au colloque du lobby de l’euthanasie à l’Assemblée nationale


Véronique Massonneau, élue EELV, tenait colloque jeudi soir dans le grand salon Victor Hugo de l’Assemblée nationale pour présenter sa proposition de loi visant à « assurer aux patients en fin de vie de mourir dans la dignité » : en clair, une loi dépénalisant l’euthanasie. La salle était comble : un public très majoritairement féminin et grisonnant, aux allures de militantes gauchistes parisiennes. Des quatre tables rondes qui ont ponctué l’après-midi, j’ai retiré deux choses principales : pour les parlementaires comme pour l’ADMD, largement représentée, le catholique, c’est l’ennemi. Et, deuxième point : l’intention est clairement d’obtenir une loi, même insatisfaisante à leurs yeux, car il sera toujours temps de la faire évoluer par la suite.
En attendant le rapport Leonetti-Claeys en décembre, et un éventuel texte gouvernemental qui n’arrivera probablement pas avant le printemps, les Verts autour de l’élue de la Vienne entendent profiter de leur niche parlementaire pour présenter la proposition Massonneau à l’Assemblée à la fin du mois de janvier. Quelles sont les chances de leur texte ? Pas très grandes, me semble-t-il, il y a fort à croire que le gouvernement privilégiera le sien. Mais il traduira en tout cas un état d’esprit et mettra la pression. Ce n’est pas un hasard si Claude Bartolone, président PS de l’Assemblée nationale, a honoré la réunion de sa présence et d’un discours complaisant.
Vous raconter l’ensemble de cette après-midi militante ? C’est ce que je vais essayer de faire, en essayant de dégager la logique qui anime les partisans de la « mort choisie » : elle tient en réalité en deux mots, libre arbitre. Laisser les hommes « définir ce qui à leurs yeux constitue leur propre dignité », comme l’a dit Mme Massonneau lors de ses propos introductifs. On pourrait la traduire de manière plus exacte : « Ni Dieu, ni maître. » Si l’euthanasie est aujourd’hui socialement mieux acceptée – s’il faut en croire les sondages – par une partie de la population qui y voit une réponse à des souffrances insupportables, ses théoriciens et promoteurs, eux, disent clairement que l’homme doit être la fin et la mesure de toute chose, parfaitement autonome, affranchi de toutes les pesanteurs et de tous les « paternalismes », qu’ils soient religieux, moraux ou même médicaux. « C’est moi qui décide. »
Cela était résumé à la fin du colloque par Véronique Massonneau qui réclamait un nouveau droit humain universel : « Tous les hommes meurent libres et égaux en droits »…

I.

Ouvrant les débats lors d’une première table ronde intitulée « La France a-t-elle besoin d’une loi sur la fin de vie ? », Jean-Luc Roméro a dit son inquiétude de voir le projet gouvernemental se borner à une « loi Leonetti de gauche ». La crainte des euthanasieurs semble être de voir légaliser la « sédation terminale » irréversible qui plonge le patient dans le coma et le fait mourir – au bout de quelques jours ou de quinze – par arrêt de l’alimentation et de l’hydratation.
« Il faudra nous expliquer la différence entre une sédation terminale et l’euthanasie : il y a des actes, c’est, pour moi, une euthanasie active sauf qu’on ne sait pas à quelle heure la personne meurt », a dit, non sans bon sens, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.
C’est évidemment un point de vue intéressant par rapport à l’affaire Vincent Lambert : on peut dire que c’est un spécialiste qui vient confirmer la nature euthanasique de l’arrêt de la nourriture et de l’hydratation.
On comprend bien que les partisans de la légalisation explicite de l’euthanasie ne sont pas satisfaits de la loi Leonetti : Roméro la qualifie de « loi faite par des médecins pour des médecins ». L’argument de fond ? Il y a déjà des euthanasies en France (il en donne l’évaluation à 4.800) mais décidées 4 fois sur 5 par les médecins. Sur ce plan-là aussi, on ne peut que lui donner raison : la loi Leonetti donne en effet pouvoir de vie et de mort au médecin qui décide seul.
Roméro dit aussi sa colère face au fait que les médecins, « par choix personnel ou religieux », puissent aujourd’hui passer outre à des directives anticipées : « C’est le médecin qui décide de l’obstination déraisonnable, et de la durée de la sédation terminale », déplore-t-il. Hermétique à la notion du « double effet » (qui est un aspect juste de la loi Leonetti), Roméro n’accepte pas que l’on puisse distinguer entre l’intention de soulager une souffrance au risque de hâter la mort et celle de provoquer la mort directement : pour lui tout est euthanasie.
Rappelant qu’en France, avec le plus fort taux de suicide de l’OCDE, 15 % des suicides seulement sont médicamenteux, Jean-Luc Roméro a enfin adopté un argument qui est aujourd’hui très en vogue aux Pays-Bas pour réclamer un élargissement expresse de la loi aux patients souffrant d’affections psychiatriques : il faut donner une autre option aux malades que le « suicide violent ». « Se suicider de cette manière-là, c’est inacceptable. »
Eh oui : aux Pays-Bas, on souligne même que les gens qui se jettent sous le train… perturbent la circulation des trains. Une piqûre létale, c’est plus propre.
Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement, voit dans la résistance à une loi légalisant l’euthanasie différentes « peurs » : « la peur de certains d’être euthanasiés de manière illégale, peur de ceux qui pensent pouvoir être suicidés contre leur volonté ». Peut-on avoir une objection religieuse à l’euthanasie ? Oui ; c’est « très légitime » – « mais on ne doit pas créer une obligation qui s’imposerait à tous ».
L’« écolo de droite » développe à son tour une argumentation qui n’est pas neuve, elle est toujours répétée à propos de l’avortement pour expliquer le refus d’abroger la loi Veil : « Il est choquant que ceux qui ont les moyens puissent aller en Suisse, d’autres non. C’est la dernière des injustices. Si certains recourent au système suisse, c’est qu’on a besoin de quelque chose de comparable ici, au nom d’un humanisme, même si celui-ci peut être interprété différemment. »
(Tiens, pourquoi n’a-t-on pas étendu à la France le secret bancaire qui avait cours en Suisse, alors ?)
Mais l’urgent est de légiférer sur l’euthanasie : « Contrôler et sanctionner pour éviter qu’on tue des personnes qui ne le souhaitent pas. »
Comme pour l’« IVG », la loi, en encadrant la pratique, en développant les soins palliatifs, va à la fois diminuer le nombre d’euthanasies effectivement pratiquées et assurer la sécurité des patients face à des médecins tout-puissants – il fallait y penser !

II.

La deuxième table ronde était consacrée à l’état de l’opinion en France, avec une première intervention de Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’IFOP dont le dernier sondage donne « 96 % » des Français favorables à l’euthanasie : une aide active à mourir dans « certains cas » de souffrances insupportables. Si elles sont, par définition, insupportables, comment oser passer pour un sans-cœur en imposant cette peine à autrui ? Dabi décrit l’augmentation de l’acceptation sociale depuis 2001 (+ 8%) et souligne « l’absence de clivage, un consensus très fort : il n’y a pas de famille politique où la tendance ne soit pas majoritaire ». Y compris le FN où la chose est même mieux acceptée qu’à l’AFP.
Si c’est exact, d’où ces hésitations des politiques ? Dabi enfonce le clou : 40 % des électeurs seraient prêts selon les énquêtes qu’il cite à « sanctionner » un candidat pour le seul motif qu’il ne serait pas favorable à la légalisation, en ne votant pas pour lui… A croire que tout le monde n’ajoute pas foi à ces résultats étrangement massifs.
Comment dire… Ce directeur-adjoint d’institut de sondage semblait avoir une opinion personnelle forte sur le sujet.
Rappelons aussi que Mme Laurence Parisot, dont les options politiques et libérales sont fortement affichées, est actionnaire majoritaire de l’IFOP.
Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique à Liège et ancien membre du Comité consultatif de bioéthique dont le rapport allait déboucher sur la légalisation de l’euthanasie en Belgique en 2002. Il a montré comment les Belges ont pu s’affranchir de la première position possible – le refus, avec les seules options des soins palliatifs et de la sédation – qu’avec la défaite des partis catholiques écartés des coalitions de gouvernement. Oui, décidément, ce sont les catholiques, les ennemis de l’euthanasie, et ils semblent bien être les seuls à écouter ces militants.
« Il faut une même logique pour les soins palliatifs et l’euthanasie faussement passive (la sédation terminale), et l’euthanasie active : les soins ultimes », affirme-t-il, expliquant la nécessité d’une « objectivation » avec l’accord de deux médecins pour l’euthanasie qui se justifie par une « situation sans issue », « toujours la clause de conscience », une déclaration subséquente de l’euthanasie auprès de la commission compétente.
« Il n’y a pas eu de pente glissante. Même les opposants en Belgique – s’il y en a encore – n’en sont pas à ces arguments », affirme le professeur. Il va jusqu’à dire que la légalisation de l’euthanasie, en libérant les gens de la « peur » et en libérant la parole entre médecins et patients, peut avoir pour effet de faire diminuer ou de retarder la demande de mort. On sait que la possibilité est là, cela suffit.
Pour ce qui est de la pente glissante, je vous propose de faire une recherche sur ce blog sur l’euthanasie en Belgique et aux Pays-Bas : vous serez édifiés…
Muguette Dini, ancienne sénatrice centriste, était là au titre de son appartenance à l’ADMD. Elle devait simplement parler des précédentes propositions et des navettes parlementaires de ces lois dont elle souhaite qu’elles aboutiront à remplacer un jour la loi Leonetti, « un texte pour mourir en souffrant moins ».

III.

Nous voici à la troisième table ronde : « Une loi enfin, une loi comment ? »
Jacqueline Herremans est présidente de l’ADMD Belgique, mais aussi membre de la commission fédérale d’évaluation et de contrôle des euthanasies, et du comité consultatif de bioéthique en Belgique. Parole énergique, mots crus, attitude détendue : cette militante supplie les Français de réussir leur projet. « Tous les jours, nous recevons des demandes d’euthanasie de la part de Français. Ayez une loi qui nous permettra d’écarter 10 % de notre travail à répondre à ces Français ! »
« Notre grande chance en 1999 a été que les partis catholiques aient été rejetés dans l’opposition. Cela a été une période “bénie” (rires) pour les problèmes de société : mariage homo, adoption par des couples de même sexe… »
Jacqueline Herremans, comme Delruelle, insiste sur le meilleur dialogue entre patients et médecins, la fin du « paternalisme » (en Flandres, du moins), le côté rassurant d’avoir une « porte de sortie » qui permet de « profiter d’une qualité de vie le plus longtemps possible ». Et puis des « rituels » s’intallent : « Une dernière fête, parfois accompagnée par des prêtres. » « Les clivages doctrinaux se décident au Vatican, mais les oukazes du Vatican ne sont pas forcément suivis sur le terrain », se félicite l’oratrice.
Elle plaide pour ce « changement de paradigme » : « Le médecin proposait le traitement, disposait parfois ; pour l’euthanasie, c’est le patient qui propose. » « Ces questions – à part quelques villages réfractaires de Gaulois, sont entendues, discutées, débattues. »
Mme Herremans a soulevé la question des euthanasies d’enfants récemment légalisées en Belgique (avec la même majorité, 75 %, que la première loi d’euthanasie il y a une décennie). « Cela a choqué en France, mais nous avons une expérience de 10 ans par rapport aux adultes », assure-t-elle.
Aujourd’hui, en Belgique, la loi d’euthanasie fait qu’« on ne meurt plus seul ». La France doit suivre son exemple, mais Mme Herremans s’inquiète de voir le débat contourner la question de l’euthanasie : « Vous avez déjà le laisser-mourir, je crains que vous n’ayez le faire dormir ! »
François de Rugy, député écologiste, a noté que c’est aux politiques de faire « franchir des caps ». « Le consensus, faut-il y arriver ? Dans la société, il est déjà beaucoup plus large que sur d’autres sujets. Mais l’histoire – la loi Veil nous l’a montré : le consensus vient après. Sur la loi sur “le mariage pour tous” le consensus est beaucoup plus large qu’il y a trois ans, et même depuis son adoption. »
On ne saurait mieux mettre en évidence le rôle de « moteur social » de la loi qui ne répond pas à un état de fait mais contribue très largement à le créer.
Mais… « Il y a des gens qui rendent certains débats virulents. Notamment par cette obsession permanente sur la période du nazisme, genre de référence qui rend le débat impossible. »
L’élue socialiste Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée, a confirmé que Véronique Massonneau, auteur de la proposition de loi, vient d’être nommée rapporteur. Elle a souligné l’existence de « voix discordantes » dans chaque camp : « Dès lors que chacun laissera ses convictions religieuses sur le bord du chemin, cela ira mieux. (…) C’est toujours difficile pour eux de se départir de leurs convictions religieuses… Il y a ceux qui fréquentent Sainte-Clotilde, à côté, ce n’est pas pareil. »
Encore les catholiques ! Sainte-Clotilde, pour ceux des lecteurs de ce blog qui ne connaissent pas la géographie de l’Assemblée nationale, est la paroisse la plus voisine du Palais-Bourbon, où depuis longtemps les élus catholiques sont volontiers accueillis et accompagnés.

IV.

Sans l’ombre d’une pause, nous voici arrivés à la quatrième table ronde : « Quels choix, quelle loi ? »
Bernard Lebeau, professeur de médecine, cancérologue et pneumologue, a vu plus de « 4.000 » patients mourir au fil des ans.
Pour bien parler de la question, il affirme deux a priori. « D’abord, revenir sur les convictions religieuses. J’ai été élevé à Stanislas (rires). On m’a donné de bons sentiments, mais je suis devenu adulte ». Et voilà le médecin devenu exégète : il y a une erreur de traduction des tables de la loi données à Moïse : « Ce n’est pas tu ne tueras pas, mais tu ne commettras pas de meurtre. » Voilà qui, à ses yeux, change tout ! Il faut « aimer l’autre », c’est le premier commandement, primordial, qui va permettre de l’éliminer.
Deuxième a priori : « Ce n’est pas au mari de tuer sa femme, c’est à nous, médecins, de prendre nos responsabilités… Il faut légaliser l’aide à mourir. »
Après les deux a priori, trois principes. Sans surprise, il nomme la liberté, l’égalité et la fraternité : « Avec cela, tous les problèmes sont résolus. »
Puis « quatre pilliers ». Le premier est l’« accompagnement » – des psychologues, peut-être, pour « les proches et les soignants ». Le médecin n’est pas fait pour tuer : peut-être faut-il un nouveau métier de « praticien de fin de vie » ? Il n’osera pas le mot bourreau… Mais il assure que le cocktail lytique était fréquemment utilisé depuis les années 1970 ; que « débrancher un malade c’est de l’euthanasie ». La banalisation affirmée est aussi un moyen de pousser à la roue…
Le deuxième pillier, ce sont les soins palliatifs.
« Mais ça ne résout pas tout : c’est l’insuffisance de la loi Leonetti. Il y a les maladies neurodégénératives (« les 900.000 Français atteints d’Alzheimer »…), les « handicapés majeurs comme Vincent Lambert », « les malades psychiatriques » (on a « l’exemple belge »), « l’enfant » et « le grand vieillard ».
Troisième pillier, donc, légalisation et non dépénalisation : « Il faut étendre la loi aux patients inconscients s’ils ont laissé des directives anticipées, ou accord d’une commission de médecins. » La salle ne paraissait pas particulièrement choquée par le propos…
Quatrième pillier : dans les cas « non-urgents », le Pr Lebeau rêve d’un contrôle a priori par une commission à la fois médicale, juridique et comportant des représentants de la société civile.
Venu du Luxembourg, l’ancien parlementaire européen Jean Huss, vice-président de l’ADMD dans son pays, est venu dire combien les conditions politiques n’étaient pas favorables au départ au vote de la loi en 2009 en raison de la « domination » des catholiques, avec le « parti chrétien social de Juncker, totalement opposé ». C’est en organisant des débats dans la société civile que les choses ont avancé, « souvent face à des oppositions médicales et catholiques, dont les arguments étaient durs et hypocrites, surtout sur l’euthanasie non volontaire.
L’ADMD Luxembourg a pris espoir lorsque Juncker a annoncé, en 2007, qu’il n’y aurait pas de consigne de vote sur la question. L’Eglise mobilise « ses dernières forces » ; il y a même « des lettres du Vatican aux députés » ; il faut venir à bout de l’opposition du Grand Duc qui refuse de signer, une fois le texte adopté, en changeant la Constitution luxembourgeoise.
Ah, ces cathos…
La loi luxembourgeoise est largement calquée sur la loi belge, reposant sur l’élément objectif : l’absence de perspective d’amélioration pour un patient, constatée par le médecin, et l’élément subjectif de la perception d’une souffrance « insupportable ». Il paraît que tout le monde en est content : « Seuls quelques médecins fanatisés du tout palliatifs, catholiques, ont continué d’intimider leurs confrères. » Il y a « peu d’euthanasies » ; « les prévisions alarmistes d’une hécatombe étaient infondées, d’origine purement idéologique ».
Pour conclure, Véronique Massonneau répétait l’argument récurrent : sans loi, il y a des euthanasies « sans l’accord du patient » et même les 3/5 d’entre elles, affirme-t-elle.
Née en Belgique, Mme Massonneau explique son engagement par son expérience personnelle : sa mère, catholique, a choisi la sédation terminale pour mettre fin à ses souffrances, son père, qui ne l’était pas, s’est fait euthanasier. « Ce droit de choisir, j’espère que ce sera un droit de l’homme du XXIe siècle ! »
Et l’euthanasie des enfants ? « Non, pas en France ; pas tout de suite, car c’est un argument qui est utilisé pour décrédibiliser la loi. »
Véronique Massonneau tient à son projet, elle appelle « les Français » à se manifester ; « c’est souvent les anti qu’on entend ».
Répondant à une question de la salle, elle s’est expliquée sur sa tactique. « Il faut faire rencontrer le plus large consensus. Et aller plus loin ensuite. » La loi est un cadre qui peut dériver…
Le Pr Lebeau était du même avis : « Faisons passer la loi comme les Belges ; les enfants suivront. Surtout que les pédiatres font déjà ce qu’il faut, mais surtout ne le dites pas ! »
Comment « aider » le lobby de l’euthanasie ? Mme Massonneau : « Il faut inonder l’Assemblée nationale de pétitions ! Il y a une conscientisation de la population, on en parle, c’est l’important. Vous n’imaginez pas combien les réseaux sociaux nous ont aidé pour le mariage pour tous, à ne rien lâcher ! »

*                   *
*

Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, est venu clore le débat avec un discours au départ essentiellement politique et ne disant donc quasiment rien. On notera qu’il rêve d’un débat « sans attaques ad nominem » (sic), qu’il faut aller dans la direction du « progrès social », qu’il « ne faut pas faire perdurer le mythe d’une société qui n’existe déjà plus » et qui a causé déjà bien des « retards français », sur la dépénalisation de l’avortement par exemple. Il s’est avancé bien davantage en estimant que la demande des Français est « quasi unanime », ils sont « passionnés d’égalité » surtout en fin de vie, « à un moment où les inégalités sont exacerbées et intolérables ». « Elu d’une République laïque, je place haut le respect de la volonté de chaque individu. Faut-il aller plus loin ? Je le pense et je le crois ; et il ne faut pas laisser les médecins décider seuls. (…) C’est un sujet qui mérite un débat noble et digne. » Il faut, assure Bartolone, « des soins palliatifs égaux », le « suicide assisté », et « la légalisation de l’acte dans des cas précis ; pour les inconscients ou ceux qui sont incapables de se suicider, avec le respect de directives anticipées opposables » (c’est-à-dire créant un droit).
Voilà la couleur de ce qui nous attend.
Avec trois grandes lignes sur lesquelles il va falloir travailler ou plutôt continuer de travailler.
• Le passage sous silence de la part du lobby de la « mort choisie » des dérives évidentes dans les pays où l’euthanasie est légale montre qu’il faut au contraire les montrer, les expliquer, les commenter.
• Leurs prises de positions confirment la confusion des genres recherchée : rassembler sous une même logique comme s’ils étaient l’expression d’une même préoccupation et d’une même « bienveillance » les soins palliatifs, les « sédations terminales » qui sont la zone grise entre les soins palliatifs et l’euthanasie, et l’acte létal délibéré qui se manifeste dans l’empoisonnement volontaire pour faire mourir. Il s’agit de bien montrer que tout cela ne relève pas des « soins ultimes », une panoplie où il serait légitime de se servir à volonté, mais que la ligne de partage est ailleurs, avec d’un côté la volonté de soigner et de soulager, et de l’autre l’intention de tuer.
• On ne saurait négliger l’appel à l’action des catholiques ; adversaires redoutables, incontournables obstacles quand il s’agit de s’en prendre à la vie humaine pour des motifs humanistes, ils sont, de l’avis des euthanasieurs, les vrais adversaires qui se dressent face à eux. Ne nous gênons donc pas, même si c’est au prix de quelques noms d’oiseaux. Ils nous trouvent forts ? C’est que nous le sommes !
Mais attention, il y a un grave piège dans ce discours. C’est celui de faire croire que seul un catholique rétrograde peut s’opposer à un bienfait aussi universel que la légalisation de l’euthanasie. C’est aussi une manière de circonscrire l’opposition et d’en réduire la portée. Si les catholiques sont forts pour défendre la vie, c’est qu’ils savent que la loi naturelle n’est pas d’ordre révélé et qu’elle est inscrite dans le cœur de chaque homme. « Tu ne tueras pas » ou « tu ne commettras pas de meurtre » : la formule est en réalité la même et c’est sur ce plan naturel qu’il faudra aussi œuvrer. Sans rougir d’être catholiques, montrer que des non-catholiques rejettent aussi la médecine qui tue.
Cette bataille ne pourra pas non plus faire l'économie d'une réflexion catholique sur la souffrance et la douleur. Sur la condition humaine, tout simplement. 

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



06 novembre, 2014

Suisse : les foyers pour personnes âgées vont devoir accueillir “Exit”


Le Grand Conseil du canton de Neuchâtel a décidé, par 80 voix contre 16, une modification de la loi obligeant les institutions d’utilité publique à accepter l’aide au suicide dans leurs murs. Sont directement visés les « homes » ou foyers pour personnes âgées du canton qui vont donc devoir accueillir l’association Exit qui se charge d’aider ses membres à mourir.
La liberté de choix des patients ou des résidents prime sur tout le reste, a décidé le Parlement cantonal : y compris sur le règlement intérieur des EMS (établissements médico-sociaux) et des homes. Pas question de prévoir une possibilité d’objection de conscience ou de dérogation dans les maisons recevant des fonds publics ; seules les foyers privés pourront refuser l’assistance au suicide.
Deux organismes avaient appelé à la reconnaissance de leur droit de refuser la mise à mort délibérée de leurs patients ou résidents : l’Association neuchâteloise des établissements pour personnes âgées (ANEMPA) et l’Armée du Salut, qui ont mis en avant des questions de religion ou de philosophie.
En cas de demande de mort de la part d’un résident, pourvu qu’il soit capable de discernement, les homes et EMS devront mettre à sa disposition une chambre, mais le personnel ne devra ni intervenir directement ni assister au décès programmé, pris en charge entièrement par Exit, dès lors que le résident n’a plus de domicile ou que son retour dans son logement ne peut être raisonnablement exigé.
Il n’en reste pas moins que cette nouvelle loi oblige les personnes qui travaillent auprès des personnes âgées à se rendre complices de l’assistance à leur suicide, quelles que soient leurs convictions et leur répugnance à voir délibérément donner la mort.
En cas de refus, la loi prévoit que le patient puisse déposer plainte auprès de l’autorité de surveillance de ces institutions.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



03 novembre, 2014

Brittany Maynard : chronique d'un suicide annoncé

Brittany Maynard, 29 ans, victime d’un cancer du cerveau incurable, s’est donnée la mort le 1er novembre en avalant des barbituriques qui lui avaient été légalement prescrits dans l’Etat de l’Oregon, où elle avait emménagé quelques mois plus tôt pour bénéficier de l’assistance légale au suicide. Elle était entourée de ses amis et de ses proches. Elle venait de fêter l’anniversaire de son mari deux jours plus tôt – elle avait attendu la Toussaint précisément pour être avec lui pour cette dernière fois.
C’est au début du mois d’octobre que Britanny Maynard a rendu son projet de mort public. Les médias internationaux ont aussitôt répercuté son annonce, faite en collaboration avec l’association de promotion du suicide assisté, Compassion and Choices. La vidéo qu’elle a diffusée pour raconter son histoire a été vue plus de neuf millions de fois.
Histoire poignante. Britanny s’est mariée l’an dernier avec Dan Diaz. Peu après son mariage, souffrant de terribles maux de tête, elle consulte. Le diagnostic est rude : elle a un cancer du cerveau, et peut-être dix ans à vivre. Mais au mois de janvier de cette année, les choses vont plus mal encore. Elle a en fait cancer terminal : un glioblastome multiforme. En avril les médecins lui donnent six mois, et la jeune femme apprend qu’elle va souffrir beaucoup, que sa mort sera pénible.
Non seulement elle va décider de se donner la mort, en fixant la date et en organisant son déménagement à cette fin, elle va utiliser son état pour promouvoir le « droit de mourir dans la dignité », comme ils disent, décidée à œuvrer pour promouvoir l’euthanasie.
Les reportages et les appels poignants se succéderont. Deux jours avant sa mort, Brittany publiait une vidéo tournée quinze jours plus tôt dans laquelle elle racontait l’un des derniers voyages faits avec son mari : elle se sentait bien ; « Ça ne semble pas être le bon moment », dit elle. « Je me sens encore assez bien, j’ai encore suffisamment de joie, je ris et je souris avec ma famille et mes amis » : l’annonce va susciter de l’espoir parmi les nombreux mouvements pro-vie qui ont dénoncé le choix de la jeune femme et qui ont prié pour elle. « Mais ce moment viendra, car je me sens plus malade. C’est pire chaque semaine. » Elle y expliquait notamment qu’elle ne voulait pas risquer d’être trop atteinte par son cancer pour pouvoir prendre une décision de suicide en possession de ses moyens.
C’est lors de cette deuxième vidéo que Brittany a révélé que derrière son choix, il y a avait un propos politique : obtenir des « changements positifs » afin que l’ensemble des Etats-Unis légalisent le « droit de mourir ». Sa famille a expliqué par la suite qu’elle avait été « dévastée » par l’idée que certains avaient pris ce deuxième récit pour une reculade.
Est-ce pour cela qu’elle a maintenu, coûte que coûte, sa décision de mourir samedi ? N’y a-t-il pas plutôt une volonté de culpabiliser ceux qui l’ont contestée ? Une chose est certaine : son histoire a fait l’objet d’une campagne médiatique parfaitement huilée et calculée.

Un séminariste catholique, Philip Johnson, avait plaidé pour la vie de Brittany Maynard dans une lettre bouleversante où il raconte comment il a lui-même connu les peurs et les souffrances d’un grave cancer du cerveau. Au moment du diagnostic, il préparait un bel avenir d’officier de marine. On lui donnait dix-huit mois. Rentré du Golfe en urgence, le voilà face aux rayons et à la chimiothérapie – et à une nouvelle question : répondre ou non à l’appel à la prêtrise qu’il entendait depuis l’âge de 19 ans. Six ans plus tard, il prépare le diaconat et attend son ordination l’an prochain : six années difficiles, marquées par les maux de têtes, les crises, les bouleversements continus.
« Comme Brittany, je n’ai pas envie de mourir, et je ne veux pas faire face à l’issue probable de cette maladie. Je crois que personne n’a envie de mourir ainsi. » Philip Johnson a été lui aussi averti ; il perdra le contrôle de ses fonctions corporelles, il passera de la paralysie à l’incontinence, il sait qu’il perdra très probablement ses facultés mentales et il éprouvera confusion et hallucinations avant de mourir.
« Cela me terrifie, mais je ne vaux pas moins comme personne pour autant. Ma vie a une signification pour moi, pour Dieu, pour la famille et mes amis ; et mis à part une guérison miraculeuse, elle continuera d’avoir une signification bien après que je serai paralysé, en soins palliatifs. Ma famille et mes amis m’aiment tel que je suis, et non pour les traits de ma personnalité qui vont peu à peu m’abandonner si cette tumeur progresse et prend ma vie. »
Le séminariste raconte ses doutes et même son désir de mort, mais aussi l’extraordinaire richesse que lui a apportée sa maladie qui l’a rendu capable de vraie compassion pour ceux qui souffrent, et de comprendre le sens de la souffrance – de la souffrance rédemptrice, « si oubliée de nos jours ». « Nous ne recherchons pas la souffrance pour elle-même, mais notre souffrance peut avoir une grande signification si nous essayons de l’associer à la Passion du Christ et que nous l’offrons pour la conversion ou les intentions d’autrui. »
Son appel passionné n’a pas été entendu.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



 
[]