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19 décembre, 2023

“Fiducia supplicans” : le pape François autorise la bénédiction de couples homosexuels, sous conditions

Pour les médias 
mainstream, l’affaire est dans le sac. « Le Vatican autorise la bénédiction hors-liturgie des couples de même sexe », proclamait article après article le 18 décembre ; BFMTV ajoutait : « Une première. » L’idée que l’Eglise catholique accepte désormais de bénir les paires homosexuelles en tant que telles est dès lors acquise dans les esprits ; d’ailleurs Vatican News dit à peu près la même chose…

La suite de l’analyse de Fiducia supplicans que j’ai écrite hier pour reinformation.tv est accessible ici dans son intégralité.

Une nouvelle fois, le pape introduit une révolution au moyen de la confusion. Les concubins et les divorcés remariés sont aussi concernés…


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05 octobre, 2023

“Laudate Deum”, ou le travestissement de notre foi

Le pape François publie “Laudate Deum”, ou le travestissement de notre foi

François Laudate Deum foiSans doute les commentaires au sujet de l’exhortation apostolique Laudate Deum se focaliseront-ils sur les recommandations du pape François pour la sauvegarde de la « Maison Commune » – expression forgée par Gorbatchev au temps de la chute de l’Union soviétique – dans la suite qu’il a voulu donner à l’encyclique « écologique » Laudato si’. Mais quoi que l’on pense de cette ingérence du pape dans un domaine qui ne relève pas de son devoir de conforter ses frères dans la foi, il y a bien plus grave, précisément au sujet de la foi. Et c’est cela qui devrait être l’objet de nous inquiétudes et de nos supplications à Dieu pour mettre fin à une crise qui semble atteindre ces jours-ci dans l’Eglise un point climatérique.

Lire la suite de mon commentaire ici, sur reinformation.tv.



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02 octobre, 2023

La réponse du pape François aux premiers “dubia” soumis par les cardinaux Burke, Sarah, Brandmüller, Sandoval et Zen

Après la publication des dubia au sujet de thèmes à traiter par le synode, et de leur version reformulée, je vous propose ci-dessous la version intégrale de la réponse adressée dans un premier temps par le pape François : celle qui a conduit les cardinaux Brandmüller, Burke, Sandoval, Sarah et Zen a reformuler leurs questions et à demander ce qu'il est d'usage d'obtenir en ce cas de figure, des réponses par oui ou par non.

La réponse du pape n'est en effet plus considérée comme privée depuis que le Dicastère pour la Doctrine de la foi en a publié de larges extraits. La réponse du pape était datée du lendemain du jour où les premiers dubia étaient soumis. Vu son style, ses idées force et ses méandres, je soupçonne à titre privé Mgr Victor Manuel Tucho Fernandez d'en être l'auteur.  Si je me trompe, j'observe en tout cas que c'est le dicastère qu'il préside qui, ne perdant guère de temps, a réagi aussitôt que les cinq cardinaux ont rendu leurs dubia publics.

Voici ce texte, dont une apparente maladresse de traduction (« Je crois que ces réponses pourront satisfaire vos questions ») correspond au charabia du texte original…

Saluons tout de même le tour de force de que constitue cette réponse de plus de 2.700 mots en moins de 24 heures après la soumission des dubia.  Il faut croire que tous les dossiers sont prêts pour justifier la grande révolution en cours.

J.S.

*

Vatican, Santa Marta, 11 juillet 2023


Aux très éminents cardinaux
Walter BRANDMÜLLER
Raymond Leo BURKE


Mes chers frères,

Je vous écris pour faire suite à votre lettre du 10 juillet dernier. Dans cette lettre, vous avez voulu attirer mon attention sur quelques dubia qui, à votre avis, sont liés, dans une certaine mesure, au processus mis en œuvre en vue du prochain Synode des évêques sur le thème de la synodalité.

À cet égard, je voudrais partager avec vous quelques apects très importants. Avec le prochain synode, j’ai fortement désiré mettre en œuvre un processus qui implique la participation d’une partie vraiment significative de tout le peuple de Dieu.

Tout au long de ce chemin, avec l’aide et l’inspiration de l’Esprit Saint, nous avons pu recueillir « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes d’aujourd’hui, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » et nous avons pu, une fois de plus, faire l’expérience que ces joies, ces espoirs, ces tristesses et ces angoisses « sont ont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (Gaudium et spes, 1).

C’est précisément pour répondre pleinement à tout cela que, dans ce processus – dont il est bon de rappeler qu’il se poursuivra jusqu’en octobre 2024 – ont été également recueillies des questions et des consultations sur la structure (participation et communion) et la mission de l’Église dans le temps qu’il nous revient de vivre.

Avec une grande sincérité, je vous dis qu’il n’est pas très bon d’avoir peur de ces points d’interrogation et de ces questions. Le Seigneur Jésus, qui a promis à Pierre et à ses successeurs une assistance indéfectible dans la tâche de prendre soin du peuple saint de Dieu, nous aidera, également grâce à ce Synode, à nous maintenir toujours davantage dans un dialogue constant avec les hommes et les femmes de notre temps et dans une fidélité totale au saint Évangile.

Cela dit, bien qu’il ne me semble pas toujours prudent de répondre aux questions qui me sont directement adressées (parce qu’il serait impossible de répondre à chacune d’entre elles), dans le cas présent, je pense qu’il est opportun de le faire en raison de la proximité du Synode.

Concrètement :

Question 1

a) La réponse dépend du sens que vous, vous donnez au mot « réinterpréter ». Si l’on entend par là « mieux interpréter », l’expression est valide. En ce sens, le Concile Vatican II a affirmé qu’il est nécessaire que le travail des exégètes – et j’ajoute, celui des théologiens – « mûrisse le jugement de l’Église » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, 12).

b) Par conséquent, s’il est vrai que la Révélation divine est immuable et qu’elle lie toujours, l’Église doit être humble et reconnaître qu’elle n’en épuise jamais l’insondable richesse et qu’elle a besoin de grandir dans sa compréhension.

c) Par conséquent, elle mûrit également dans la compréhension de ce qu’elle a elle-même affirmé dans son Magistère.

d) Les changements culturels et les nouveaux défis de l’histoire ne modifient pas la Révélation, mais ils peuvent en revanche nous stimuler à mieux expliquer certains aspects de sa richesse débordante qui offre toujours davantage.

e) Il est inévitable que cela conduise à une meilleure expression de certaines déclarations passées du Magistère, et de fait, c’est ainsi que les choses se sont passées tout au long de l’histoire.

f) D’un autre côté, il est certain que le Magistère n’est pas supérieur à la Parole de Dieu, mais il est également vrai que tant les textes de l’Écriture que les témoignages de la Tradition nécessitent une interprétation qui permet de distinguer leur substance pérenne des conditionnements culturels. Cela est évident, par exemple, dans les textes bibliques (comme Ex. XXI, 20-21) et dans certaines interventions magistérielles qui toléraient l’esclavage (cf. Nicolas V, Bulle Dum Diversas, 1452). Il ne s’agit pas d’un thème mineur, étant donné son rapport intime avec la vérité éternelle de la dignité inaliénable de la personne humaine. Ces textes doivent être interprétés. Il en va de même pour certaines considérations du Nouveau Testament sur les femmes (1 Cor. XI, 3-10 ; 1 Tm II, 11-14) et pour d’autres textes de l’Écriture et témoignages de la Tradition qui aujourd’hui, ne peuvent être matériellement répétés.

g) Il est important de souligner que ce qui ne peut pas changer, c’est ce qui a été révélé « pour le salut de toutes les nations » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, 7). C’est pourquoi l’Église doit constamment discerner entre ce qui est essentiel au salut et ce qui est secondaire ou moins directement lié à cet objectif. À cet égard, je trouve intéressant de rappeler ce que disait saint Thomas d’Aquin : « plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances » (Summa Theologiae I-II, q. 94, art. 4).

h) Enfin, une formulation unique d’une vérité ne sera jamais correctement comprise si elle est isolée du contexte riche et harmonieux de l’ensemble de la Révélation. La « hiérarchie des vérités » implique également de placer chacune d’entre elles en relation avec les vérités plus centrales et avec la totalité de l’enseignement de l’Église. En fin de compte, cela peut donner lieu à différentes manières d’exposer la même doctrine, même si « à ceux qui rêvent une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite. Mais la réalité est que cette variété aide à manifester et à mieux développer les divers aspects de la richesse inépuisable de l’Évangile » (Evangelii Gaudium, 40). Chaque ligne théologique comporte ses risques, mais aussi ses opportunités.

Question 2

a) L’Eglise a une conception très claire du mariage : une union exclusive, stable et indissoluble entre un homme et une femme, naturellement ouverte à la génération d’enfants. Elle n’appelle « mariage » que cette seule union. Les autres formes d’union ne le réalisent qu’« en partie et par analogie » (Amoris Laetitia, 292), c’est pourquoi elles ne peuvent pas être appelées « mariage » au sens strict.

b) Il ne s’agit pas seulement d’une question de noms : au contraire la réalité que nous appelons mariage a une constitution essentielle unique qui requiert un nom exclusif, qu’on ne peut appliquer à d’autres réalités. Sans aucun doute s’agit-il de bien plus qu’un simple « idéal ».

c) C’est pourquoi l’Église évite toute forme de rite ou de sacramental qui pourrait contredire cette conviction et donner à entendre que l’on reconnaît comme mariage ce qui n’en est pas un.

d) Toutefois, dans les relations avec les personnes, il ne faut pas perdre la charité pastorale qui doit passer par toutes nos décisions et nos attitudes. La défense de la vérité objective n’est pas la seule expression de cette charité qui est aussi faite d’amabilité, de patience, de compréhension, de tendresse et d’encouragement. Nous ne pouvons donc pas nous constituer en juges qui ne font que refuser, rejeter, exclure.

e) La prudence pastorale doit donc correctement discerner s’il existe des formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne véhiculent pas une conception erronée du mariage. En effet, lorsqu’on demande une bénédiction, il s’agit d’une demande d’aide adressée à Dieu, d’une prière pour pouvoir vivre mieux, d’une confiance en un Père qui peut nous aider à vivre mieux.

f) D’autre part, même s’il existe des situations qui, d’un point de vue objectif, ne sont pas moralement acceptables, la même charité pastorale exige que nous ne traitions autrui de « pécheur », sans plus, alors que la culpabilité ou la responsabilité des personnes peut être atténuée par divers facteurs qui ont une incidence sur l’imputabilité subjective (cf. S. Jean-Paul II, Reconciliatio et Paenitentia, n. 17).

g) Les décisions qui, en des circonstances déterminées, peuvent relever de la prudence pastorale, ne doivent pas nécessairement être converties en normes. En d’autres termes, il n’est pas opportun qu’un diocèse, une Conférence des évêques ou toute autre structure ecclésiale autorise constamment et officiellement des procédures ou des règles pour chaque type d’affaire, puisque tout ce qui « fait partie d’un discernement pratique face à une situation particulière ne peut être élevé à la catégorie d’une norme », car cela « donnerait lieu à une casuistique insupportable » (Amoris Laetitia, n. 304). Le droit canonique ne doit pas et ne peut pas tout englober, et les Conférences épiscopales ne peuvent pas non plus prétendre faire cela avec leurs divers documents et protocoles, parce que la vie de l’Église passe par de nombreux canaux outre les canaux normatifs.

Question 3

a) S’il est vrai que vous reconnaissez bien que l’autorité suprême et pleine de l’Église est exercée soit par le Pape en vertu de sa charge, soit par le collège des évêques en union avec son chef, le Pontife romain (cf. Concile œcuménique II, Const. dogmatique Lumen Gentium, 22), cependant, avec ces dubia, vous manifestez vous-mêmes votre besoin de participer, de donner librement votre opinion et de collaborer, et vous revendiquez ainsi une certaine forme de « synodalité » dans l’exercice de mon ministère.

b) L’Église est un « mystère de communion missionnaire », mais cette communion n’est pas seulement affective ou éthérée, elle implique au contraire nécessairement une participation réelle : il faut que non seulement la hiérarchie, mais tout le Peuple de Dieu, de différentes manières et à différents niveaux, puisse faire entendre sa voix et se sentir partie prenante du cheminement de l’Église. En ce sens, nous pouvons vraiment dire que la synodalité, en tant que style et dynamisme, est une dimension essentielle de la vie de l’Église. Sur ce point, saint Jean-Paul II a dit de très belles choses dans Novo Millennio Ineunte.

c) Il en va tout autrement de sacraliser ou d’imposer une méthodologie synodale particulière qui plaît à un groupe, pour en faire la norme et le canal obligatoire pour tous, car cela ne conduirait qu’à « congeler » le chemin synodal, en ignorant les caractéristiques diverses des différentes Églises particulières et la richesse variée de l’Église universelle.


Question 4

a) « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel (…) ont entre eux une différence essentielle » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, 10). Il ne convient pas de soutenir une différence de degré qui implique de considérer le sacerdoce commun des fidèles comme étant de « deuxième catégorie » ou de moindre valeur (« un degré inférieur »). Les deux formes de sacerdoce s’éclairent et se soutiennent mutuellement.

b) Lorsque saint Jean-Paul II a enseigné que l’impossibilité de conférer l’ordination sacerdotale aux femmes doit être affirmée « de manière définitive », il ne dénigrait nullement les femmes et ni ne donnait un pouvoir suprême aux hommes. Saint Jean-Paul II a également affirmé d’autres choses. Par exemple, que lorsque l’on parle de pouvoir sacerdotal, « nous sommes dans le concept de la fonction, non de la dignité et de la sainteté » (saint Jean Paul II, Christifideles Laici, 51). Ce sont des mots que nous n’avons pas suffisamment accueillis. Il a aussi clairement maintenu que s’il est vrai que seul le prêtre préside l’Eucharistie, les tâches « ne justifient aucune supériorité des uns sur les autres » (St. Jean Paul II, Christifideles Laici, note 190 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la foi, Déclaration Inter Insigniores, VI). Il a également déclaré que si la fonction sacerdotale est « hiérarchique », elle ne doit pas être comprise comme une forme de domination, mais comme étant « totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ » (saint Jean-Paul II, Mulieris Dignitatem, 27). Si l’on ne comprend pas cela et qu’on ne tire pas les conséquences pratiques de ces distinctions, il sera difficile d’accepter que le sacerdoce soit réservé aux seuls hommes, et nous ne pourrons pas reconnaître les droits des femmes ni la nécessité pour elles de participer, de diverses manières, à la conduite de l’Église.

c) D’autre part, pour être rigoureux, nous devons reconnaître qu’on n’a pas encore développé une doctrine claire, et qui fasse autorité, sur la nature exacte d’une « déclaration définitive ». Il ne s’agit pas d’une définition dogmatique, et pourtant elle doit être respectée par tous. Personne ne peut la contredire publiquement, et elle peut néanmoins faire l’objet d’études, comme c’est le cas pour la question de la validité des ordinations dans la Communion anglicane.

Question 5

a) Le repentir est nécessaire à la validité de l’absolution sacramentelle et implique l’intention de ne pas pécher. Mais ici il n’y a pas de mathématiques, et une fois de plus je dois vous rappeler que le confessionnal n’est pas un bureau de douane. Nous ne sommes pas des maîtres, mais d’humbles intendants des sacrements qui nourrissent les fidèles, car ces dons du Seigneur, plutôt que des reliques à conserver avec soin, sont des aides de l’Esprit Saint pour la vie des personnes.

b) Il y a de nombreuses façons d’exprimer le repentir. Souvent, chez les personnes dont l’estime de soi est très blessée, se déclarer coupable est une torture cruelle, mais le fait même de s’approcher de la confession est une expression symbolique du repentir et de la recherche de l’aide divine.

c) Je voudrais également rappeler que « parfois, il nous coûte beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu dans la pastorale » (Amoris Laetitia, 311), mais nous devons apprendre à le faire. À la suite de saint Jean-Paul II, je soutiens non seulement que nous ne devons pas exiger des fidèles des objectifs d’amendement trop précis et certains, qui finissent au fond par être abstraits, voire égocentriques, mais aussi que même la prévisibilité d’une nouvelle chute ne préjuge pas de l’authenticité de l’intention (saint Jean-Paul II, Lettre au cardinal William W. Baum et aux participants au cours annuel de la Pénitencerie apostolique, 22 mars 1996, 5).

d) Enfin, il doit être clair que toutes les conditions habituellement attachées à la confession ne sont généralement pas applicables lorsque la personne se trouve dans une situation d’agonie ou lorsque ses capacités mentales et psychiques sont très limitées.


Mes chers frères,
Je crois que ces réponses pourront satisfaire vos questions.
N’oubliez pas de prier pour moi. Je le fais pour vous.

Fraternellement,
Francisco



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18 mars, 2022

Consécration de la Russie et de l'Ukraine au Cœur Immaculé de Marie : le pape François invitera tous les évêques du monde à y participer

Icône de Notre Dame de Fatima
par Hilary White.
Le pape François a l’intention d’inviter tous les évêques du monde à s’unir avec lui pour consacrer la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie. C’est ce qu’a fait savoir le nonce apostolique à Washington D.C. dans une lettre adressée à Mgr José Gomez, président de la conférence épiscopale, dans laquelle il souligne la volonté du pape de voir se joindre le 25 mars prochain, si possible à l'heure où la consécration sera faite par le pape lui-même à Rome, tous les évêques du monde à cette démarche si attendue.

La lettre du nonce, Mgr Christophe Pierre, est parvenue hier au président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis (USCCB) avec la mention : « Urgent ».






En voici la traduction :

Excellence,

Dans le contexte des événements tragiques qui se déroulent en Ukraine, le Saint-Père, le pape François conduira un Acte de Consécration de la Russie et de l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie en la fête de l’Annonciation, le 25 mars prochain.

Le Saint-Père a l’intention d’inviter chaque évêque, ou ceux qui lui sont équiparés par le droit, de se joindre à cet acte de consécration, si possible, à une heure correspondant à 17 heures, heure de Rome. Au cours des jours à venir le Saint-Père adressera une lettre d’invitation aux évêques, à laquelle sera joint le texte de la Prière de Consécration en différentes langues. Je vous écris d’ores et déjà en vous priant de bien vouloir informer les membres de l’USCCB, et par leur truchement, les prêtres des différents diocèses et éparchies de ce pays, de la décision du Saint-Père.

Cette même information sera partagée avec les autorités fédérales à Washington D.C. et au Corps diplomatique de cette capitale. En même temps s’adresse aux membres ce dernier une invitation à assister à la messe qui sera célébrée par le cardinal Wilton Gregory, archevêque de Washington en la Basilique du Sanctuaire national de l’Immaculée Conception le vendredi 25 mars prochain, à midi.

En vous remerciant pour votre collaboration, je vous assure de mes vœux les meilleurs et vous adresse mes sincères salutations.
Christophe Pierre
Nonce apostolique


Le secrétaire général de l'USCCB a aussitôt adressé par courrier électronique un Memorandum à tous les évêques, avec ladite lettre en pièce jointe.

D’ores et déjà, les évêques d’Amérique latine et des Caraïbes et des Philippines ont annoncé qu’ils s’uniront à cette consécration, ainsi que divers évêques d’Irlande, du Canada et des Etats-Unis.

(Je vois circuler des commentaires très négatifs sur cette consécration, présentée (notamment dans les cercles sédévacantistes) comme une opération de relations publiques de la Rome apostate, ou comme insuffisante, ou non conforme aux demandes de Notre Dame, par exemple parce que l’Ukraine y sera nommée en même temps que la Russie…  Je crois pour ma part qu’on n’implore jamais sa Mère en vain – n’est-il pas vrai que les consécrations précédentes, quoiqu’insuffisantes, ont eu d’heureuses suites ? – et que cette décision du pape est une grâce imméritée et aussi un appel à chacun de répondre aux demandes de la Mère de Dieu : prière et pénitence. – J.S.)


Pour en savoir plus sur les demandes de Notre Dame de Fatima, je vous signale ce livre d’Yves de Lassus où le fondateur de l’association Cap Fatima (www.fatima100.fr), a rédigé un petit argumentaire expliquant ce qu’a demandé très exactement Notre-Dame, comment les différents papes ont répondu à cette demande et pourquoi il est urgent de continuer à réclamer au Saint-Siège cette consécration, comme nous y incitent le cardinal Burke et Mgr Schneider. Il est disponible ici à Livres en famille.







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17 mars, 2022

Participez à la neuvaine de Mgr Athanasius Schneider pour que les évêques du monde entier s'unissent au pape pour la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie

Le pape François consacrera le 25 mars prochain, fête de l’annonciation, l’Ukraine et la Russie au Cœur Immaculé de Marie. D
écision bouleversante, à vrai dire, tant il devient de jour en jour plus évident que la solution aux crises successives que notre pauvre monde traverse ne se trouve qu’auprès de Celle qui est « forte comme une armée en rangée en bataille », la sainte Mère de Dieu toujours vierge, à qui dès la chute de nos premiers parents fut donné le pouvoir – et la mission – d’écraser la tête du serpent. La cérémonie aura lieu le vendredi 25 mars, jour de l’Annonciation, lors d’une « célébration de pénitence » prévue à 17 heures en la Basilique Saint-Pierre. J’ai présenté et commenté cela ici sur reinformation.tv, en rappelant le contexte actuel de cette demande de Notre Dame de Fatima ainsi que son histoire.

Je rappelais aussi l’urgence de prier pour que cette consécration se fasse comme elle l’a désirée, c’est-à-dire en union avec les évêques du monde entier. Reinformation.tv publie une humble supplique au Saint-Père en ce sens, et donne cette première information : la Conférence des évêques d’Amérique latine s’est déjà associée à l’initiative du pape et participera à cette consécration, le 25 mars. La supplique est ici sur RITV.

Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire du diocèse catholique de Sainte Marie in Astana au Kazakhstan, s’est réjoui de la décision du pape François et propose la récitation par tous les catholiques d’une  neuvaine – elle commence aujourd’hui – afin de demander que tous les évêques du monde se joignent à la consécration de la Russie qui sera faite par le 25 mars à Rome et à Fatima.

Voici la traduction complète de son communiqué et du texte de la neuvaine.

*

Communiqué de Mgr Athanasius Schneider

Le Saint-Siège a annoncé que le pape François consacrera la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie le vendredi 25 mars, en la fête de l’Annonciation, au cours d'un office pénitentiel à 17 heures dans la basilique Saint-Pierre. Cette nouvelle devrait remplir tous les catholiques d’une joie profonde, de consolation et d'encouragement, et nous espérons qu’elle apportera également joie et réconfort à nos chers frères et sœurs orthodoxes de Russie et d’Ukraine. Comme nous le savons par la demande de la Vierge à sœur Lucie, le Pape doit inviter tous les évêques à s'unir à lui pour faire cette consécration. Nous espérons que, même en l’absence d'une invitation formelle du Pape, de nombreux évêques s’uniront à cet acte de consécration. À une époque où l’Église et le monde traversent une crise spirituelle sans précédent, l’acte collégial commun de consécration au Cœur Immaculé, accompli par le Pape en union avec les évêques du monde entier, sera un instrument puissant pour que la Providence divine déverse ces grâces spéciales dont l’Église et le monde ont un besoin si urgent.

*

Neuvaine préparatoire à la consécration de la Russie
et de l'Ukraine au Cœur Immaculé de Marie


Cœur Immaculé de Marie, Sainte Mère de Dieu et notre très tendre Mère, portez votre regard sur la détresse où se trouvent l’Église et toute l’humanité en raison de la propagation de l’impiété, du matérialisme et de la persécution de la foi catholique, ces erreurs contre lesquelles vous avez mis en garde à Fatima.

Vous êtes la Médiatrice de toutes les grâces. Obtenez-nous la grâce de voir tous les évêques du monde, en union avec le Pape, consacrer la Russie et l’Ukraine à votre Cœur Immaculé le 25 mars 2022. Par cette consécration, nous espérons – comme vous nous l'avez annoncé à Fatima – qu’au moment fixé par Dieu, la Russie sera convertie et que l’humanité pourra obtenir une ère de paix. Nous espérons que, grâce à cette consécration, le triomphe de votre Coeur Immaculé pourra être hâté et que l’Eglise sera authentiquement renouvelée dans la splendeur de la pureté de la foi catholique, du caractère sacré de la liturgie et de la sainteté de la vie chrétienne.

O Reine du Saint Rosaire, notre très tendre Mère, tournez votre regard miséricordieux vers le Pape, les évêques et chacun d’entre nous, et écoutez avec bienveillance notre prière fervente et confiante. Amen.



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26 juillet, 2021

“Traditionis custodes” : Mgr Schneider répond aux questions de Diane Montagna (traduction intégrale)

Je vous propose, à la demande de Mgr Schneider, ma traduction française et officielle de l’entretien qu’il vient de donner à Diane Montagna pour “The Remnant”, sur le Motu proprio Traditionis Custodes. C’est un texte vigoureux, où le prélat invite les catholiques attachés à la messe traditionnelle de combattre les velléités des « inquisiteurs de la liturgie » de faire disparaître la messe tridentine. – J.S.

*


Diane Montagna : Excellence, la nouvelle lettre apostolique du pape François, publiée sous forme de Motu proprio le 16 juillet 2021, s’intitule Traditionis Custodes (Gardiens de la Tradition). Quelle a été votre première impression quant au choix de ce titre ?

Mgr Schneider : Cela m’a d’emblée fait l’impression d’un berger qui, au lieu de porter l’odeur de ses brebis, les frappe rageusement avec un bâton.

Quelles sont vos impressions générales à propos de ce Motu proprio et de la Lettre du Pape François aux évêques du monde entier qui l’accompagne, où il explique ses raisons pour restreindre la Messe latine traditionnelle ?

Dans son exhortation apostolique programmatique Evangelii Gaudium, le Pape François recommande certaines « dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas » (n. 165). Pourtant, à la lecture du nouveau Motu proprio et de la Lettre qui l’accompagne, on a l’impression inverse, à savoir que le document, dans son ensemble, fait preuve d’intolérance pastorale et même de rigidité spirituelle. Le Motu proprio et la Lettre qui l’accompagne communiquent un esprit réprobateur et peu accueillant. Dans le document sur la fraternité humaine (signé à Abu Dhabi le 4 février 2019), le pape François embrasse la « diversité des religions », alors que dans son nouveau Motu proprio, il rejette résolument la diversité des formes liturgiques du rite romain.
Ce Motu proprio présente un contraste d’attitude, ô combien flagrant, par rapport au principe directeur du pontificat du Pape François, à savoir l’inclusion et l’amour préférentiel pour les minorités et ceux qui se trouvent à la périphérie de la vie de l’Église. Et quelle position étonnamment étroite d’esprit ne découvre-t-on pas dans le Motu Proprio, en contradiction avec les propres mots du Pape François : « Nous savons que de différentes parts nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare – en séparant, qui nous exclue – en excluant, qui nous enferme – en enfermant les rêves et la vie de tant de nos frères » (Homélie aux Vêpres, 31 décembre 2016). Les nouvelles normes du Motu proprio dénigrent la forme millénaire de la lex orandi de l’Église romaine et, en même temps, elles « enferment les rêves et la vies de tant » de familles catholiques, et en particulier des jeunes et des jeunes prêtres, dont la vie spirituelle et l’amour pour le Christ et l’Église ont grandi et ont grandement bénéficié de la forme traditionnelle de la sainte messe.

Le Motu proprio établit le principe d’une rare exclusivité liturgique, en déclarant que les nouveaux livres liturgiques promulgués sont la seule expression [unica] de la lex orandi du Rite Romain (Art. 1). Quel contraste cette position n’offre-t-elle pas, aussi, par rapport à ces paroles du pape François : « C’est vrai, l’Esprit Saint suscite les différents charismes dans l’Église ; apparemment, cela semble créer du désordre, mais en réalité, sous sa conduite, cela constitue une immense richesse, parce que l’Esprit Saint est l’Esprit d’unité, qui ne signifie pas uniformité » (Homélie du pape François à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

Quelles sont les plus grandes inquiétudes que suscitent chez vous le nouveau document ?

En tant qu’évêque, l’une de mes principales préoccupations est celle-ci : qu’au lieu de favoriser une plus grande unité par la coexistence de diverses formes liturgiques authentiques, le Motu proprio ne crée une société à deux vitesses dans l’Église, avec des catholiques de première classe et des catholiques de seconde classe. Les privilégiés de première classe sont ceux qui adhèrent à la liturgie réformée, c’est-à-dire au Novus Ordo, tandis que les catholiques de seconde classe, qui seront désormais à peine tolérés, comprennent un grand nombre de familles, d’enfants, de jeunes et de prêtres catholiques qui, au cours des dernières décennies, ont grandi dans la liturgie traditionnelle et ont fait l’expérience, avec un grand bénéfice spirituel, de la réalité et du mystère de l’Église grâce à cette forme liturgique, que les générations précédentes considéraient comme sacrée et qui a formé tant de saints et de catholiques exceptionnels au cours de l’histoire.

Le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne commettent une injustice à l’égard de tous les catholiques qui adhèrent à la forme liturgique traditionnelle, en les accusant d’être source de division et de rejeter le Concile Vatican II. En fait, une partie considérable de ces catholiques se tient loin des discussions doctrinales à propos de Vatican II, du nouvel ordre de la Messe (Novus Ordo Missae), et d’autres problèmes liés à la politique ecclésiastique. Ils veulent simplement adorer Dieu dans la forme liturgique par laquelle Dieu a touché et transformé leurs cœurs et leurs vies. L’argument invoqué dans le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne, à savoir que la forme liturgique traditionnelle crée des divisions et menace l’unité de l’Église, est contredit par les faits. En outre, le ton désobligeant adopté dans ces documents à l’encontre de la forme liturgique traditionnelle conduirait tout observateur impartial à conclure que ces arguments ne sont qu’un prétexte et une ruse, et que quelque chose d’autre est ici en jeu.

Trouvez-vous probante la comparaison faite par le pape François (dans sa lettre d’accompagnement aux évêques) entre ses nouvelles mesures et celles prises par saint Pie V en 1570 ?

L’époque du concile Vatican II et de l’Église dite « conciliaire » a été caractérisée par une ouverture à la diversité et à l’inclusion des spiritualités et des expressions liturgiques locales, ainsi que par le rejet du principe d’uniformité de la pratique liturgique de l’Église. Tout au long de l’histoire, la véritable attitude pastorale a été celle de la tolérance et du respect envers une diversité de formes liturgiques, à condition qu’elles expriment l’intégrité de la foi catholique, la dignité et le caractère sacré des formes rituelles, et qu’elles portent un véritable fruit spirituel dans la vie des fidèles. L’Église romaine reconnaissait jadis la diversité des expressions dans sa lex orandi. Dans la constitution apostolique promulguant la liturgie tridentine, Quo Primum (1570), le pape Pie V, en approuvant toutes les expressions liturgiques de l’Église romaine qui avaient plus de deux cents ans, les reconnaissait comme une expression également digne et légitime de la lex orandi de l’Église romaine. Dans cette bulle, le pape Pie V a déclaré qu’il n’annulait en aucun cas les autres expressions liturgiques légitimes de l’Église romaine. La forme liturgique de l’Église romaine qui était valide jusqu’à la réforme de Paul VI n’est pas née avec Pie V, mais est restée essentiellement inchangée même pendant des siècles avant le Concile de Trente. La première édition imprimée du Missale Romanum remonte à 1470, soit cent ans avant le missel publié par Pie V. L’ordre de la messe des deux missels est presque identique ; la différence réside davantage dans des éléments secondaires, tels que le calendrier, le nombre de préfaces et des normes rubriques plus précises.

Le nouveau Motu Proprio du pape François est également très préoccupant en ce qu’il manifeste une attitude discriminatoire à l’égard d’une forme liturgique quasi millénaire de l’Église catholique. L’Église n’a jamais rejeté ce qui, au cours de nombreux siècles, a exprimé le caractère sacré, la précision doctrinale et la richesse spirituelle, et a été exalté par de nombreux papes, de grands théologiens (par exemple saint Thomas d’Aquin) et de nombreux saints. Les peuples d’Europe occidentale et, en partie, d’Europe orientale, d’Europe du Nord et du Sud, des Amériques, d’Afrique et d’Asie ont été évangélisés et formés doctrinalement et spirituellement par le rite romain traditionnel, et ces peuples ont trouvé dans ce rite leur demeure spirituelle et liturgique. Le pape Jean-Paul II a donné un exemple d’appréciation sincère de la forme traditionnelle de la Messe, lorsqu’il a affirmé : « Dans le Missel Romain, dit de Saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, on trouve de très belles prières avec lesquelles le prêtre exprime le plus profond sens d’humilité et de révérence face aux saints mystères: celles-ci révèlent la substance même de toute liturgie » (Message aux participants à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, 21 septembre 2001).

Ce serait aller contre le véritable esprit de l’Église de tous les temps que d’exprimer aujourd’hui du mépris pour cette forme liturgique, de la désigner comme « source de division » et comme dangereuse pour l’unité de l’Église, et d’émettre des normes visant à faire disparaître cette forme à terme. Les normes établies par le Motu proprio du pape François cherchent à arracher sans pitié la liturgie traditionnelle des âmes et des vies de tant de catholiques, elle qui est sainte en soi et représente la patrie spirituelle de ces catholiques. Avec ce Motu Proprio, les catholiques qui ont été aujourd’hui spirituellement nourris et formés par la liturgie traditionnelle de la Sainte Mère l’Eglise, ne vivront plus l’Eglise comme une mère mais plutôt comme une « marâtre », conformément à la description qu’en a faite le pape François lui-même : « Une mère qui critique, qui dit du mal de ses enfants n’est pas une mère ! Je crois que l’on dit “marâtre” en italien… Elle n’est pas une mère » (Discours aux religieux du diocèse de Rome, 16 mai 2015).

La lettre apostolique du pape François a été publiée le jour de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, patronne des carmélites (comme sainte Thérèse de Lisieux), qui prient particulièrement pour les prêtres. À la lumière de ces nouvelles mesures, que diriez-vous aux séminaristes diocésains et aux jeunes prêtres qui espéraient célébrer la messe traditionnelle en latin ?

Le cardinal Joseph Ratzinger a abordé la question de la limitation des pouvoirs du pape en matière de liturgie, en donnant cette explication éclairante : « Le Pape n’est pas un monarque absolu dont la volonté fait loi, mais plutôt le gardien de l’authentique Tradition et par là même, le premier garant de l’obéissance. Il ne peut pas faire ce qu’il veut, et c’est justement pour cela qu’il peut s’opposer à ceux qui entendent faire ce qu’ils veulent. La loi à laquelle il doit s’en tenir n’est pas d’agir ad libitum, mais l’obéissance à la foi. C’est pourquoi, par rapport à la liturgie, il exerce la tâche du jardinier, et non pas celle du technicien qui construit des machines neuves en jetant les vieilles. Le “rite”, c’est-à-dire la forme de célébration et de prière qui mûrit dans la foi et dans la vie de l’Église, est une forme condensée de la Tradition vivante dans laquelle la sphère du rite exprime l’ensemble de sa foi et de sa prière, permettant ainsi en même temps d’expérimenter la communion entre les générations, la communion avec ceux qui priaient avant nous et prieront après nous. Ainsi le rite apparaît comme un don fait à l’Église, une forme vivante de paradosis, de transmission de la Tradition » (Préface du livre The Organic Development of the Liturgy.  The Principles of Liturgical Reform and Their Relation to the Twentieth-century Liturgical Movement Prior to the Second Vatican Council par Dom Alcuin Reid, San Francisco 2004).

La Messe traditionnelle est un trésor qui appartient à toute l’Église, puisque les prêtres et les saints l’ont célébrée et profondément estimée et aimée depuis mille ans au moins. En fait, la forme traditionnelle de la Messe était déjà presque la même pendant des siècles avant la publication du Missel du pape Pie V en 1570. Un trésor liturgique valide et hautement estimé, vieux de près de mille ans, n’est pas la propriété privée d’un pape, dont il pourrait librement disposer. Par conséquent, les séminaristes et les jeunes prêtres doivent demander le droit d’utiliser ce trésor commun de l’Église, et si ce droit leur était refusé, ils pourraient néanmoins l’utiliser, peut-être de manière clandestine. Ce ne serait pas un acte de désobéissance, mais plutôt d’obéissance à la Sainte Mère l’Église qui nous a donné ce trésor liturgique. Le ferme rejet d’une forme liturgique quasi millénaire par le pape François représente, en effet, un phénomène éphémère par rapport à l’esprit et à la praxis constants de l’Église.

Excellence, quelle a été votre impression jusqu’à présent quant à la mise en œuvre de Traditionis Custodes ?

En quelques jours à peine, des évêques diocésains et même une conférence épiscopale entière ont déjà commencé à supprimer systématiquement toute célébration de la forme traditionnelle de la Sainte Messe. Ces nouveaux « inquisiteurs de la liturgie » ont fait preuve d’un cléricalisme étonnamment rigide, semblable à celui décrit et déploré par le pape François, lorsqu’il a déclaré : « Il existe cet esprit de cléricalisme dans l’Église, que l’on sent : les clercs se sentent supérieurs, les clercs s’éloignent des gens, les clercs disent toujours : “cela se fait ainsi, ainsi, ainsi, et vous, allez vous-en!” » (Méditation quotidienne de la sainte messe du 13 décembre 2016).

Le Motu proprio anti-traditionnel du pape François partage certaines similitudes avec les décisions liturgiques fatidiques et extrêmement rigides prises par l’Église russe-orthodoxe sous le patriarche Nikon de Moscou entre 1652 et 1666. Elles avaient fini par aboutir à un schisme durable connu sous le nom de « Vieux Ritualistes » (en russe : staroobryadtsy), qui ont maintenu les pratiques liturgiques et rituelles de l’Église russe telles qu’elles existaient avant les réformes du patriarche Nikon. Résistant à l’adaptation de la piété russe aux formes contemporaines du culte grec-orthodoxe, ces vieux ritualistes ont été anathématisés, ainsi que leur rituel, lors du synode de 1666-67, ce qui a provoqué une division entre les vieux ritualistes et ceux qui ont suivi l’Église d’État dans sa condamnation du vieux rite. Aujourd’hui, l’Église orthodoxe russe regrette les décisions draconiennes du patriarche Nikon, car si les normes qu’il a mises en œuvre avaient réellement été pastorales, et qu’elles avaient permis l’utilisation de l’ancien rite, il n’y aurait pas eu un schisme de plusieurs siècles, avec de nombreuses souffrances inutiles et cruelles.

Nous assistons aujourd’hui à un nombre croissant de célébrations de la sainte messe, qui sont devenues une plate-forme pour promouvoir le mode de vie pécheur de l’homosexualité – les « messes LGBT », une expression qui, en soi, est déjà un blasphème. De telles messes sont tolérées par le Saint-Siège et de nombreux évêques. Il est urgent d’adopter un Motu proprio avec des normes strictes supprimant la pratique de ces « messes LGBT », car elles sont un outrage à la majesté divine, un scandale pour les fidèles (les petits) et une injustice envers les personnes homosexuelles sexuellement actives qui, par ces célébrations, sont confirmées dans leurs péchés et dont le salut éternel est ainsi mis en danger.

Pourtant, un certain nombre d’évêques, notamment aux Etats-Unis mais aussi ailleurs, comme en France, ont soutenu les fidèles de leur diocèse attachés à la messe latine traditionnelle. Que diriez-vous pour encourager ces frères évêques ? Et quelle attitude les fidèles doivent-ils avoir à l’égard de leurs évêques, dont beaucoup ont été eux-mêmes surpris par le document ?

Ces évêques ont fait preuve d’une véritable attitude apostolique et pastorale, comme ceux qui sont « des bergers avec l’odeur des brebis ». J’encourage ces évêques et beaucoup d’autres à poursuivre cette noble attitude pastorale. Que ni les louanges des hommes ni la crainte des hommes ne les animent, mais seulement la plus grande gloire de Dieu, et le plus grand bénéfice spirituel des âmes et leur salut éternel. De leur côté, les fidèles doivent manifester à l’égard de ces évêques, gratitude, respect et amour filial.

Quel effet produira selon vous le Motu Proprio ?

Le nouveau Motu proprio du Pape François est finalement une victoire à la Pyrrhus ; il aura un effet boomerang. Les nombreuses familles catholiques et le nombre toujours croissant de jeunes et de prêtres – en particulier de jeunes prêtres – qui assistent à la messe traditionnelle, ne pourront pas permettre que leur conscience soit violée par un acte administratif aussi radical. Dire à ces fidèles et à ces prêtres qu’ils doivent simplement être obéissants à ces normes ne fonctionnera pas avec eux, en définitive, parce qu’ils comprennent qu’un appel à l’obéissance perd son pouvoir quand le but est de supprimer la forme traditionnelle de la liturgie, le grand trésor liturgique de l’Église romaine.

Avec le temps, une chaîne mondiale de messes-catacombes va certainement apparaître, comme cela se produit en période d’urgence et de persécution. Il se peut que nous assistions à une ère de messes traditionnelles clandestines, semblables à celle, si impressionnante, dépeinte par Aloysius O’Kelly dans son tableau Mass in Connemara (Ireland) during Penal Times. Ou peut-être vivrons-nous une époque semblable à celle décrite par saint Basile le Grand, lorsque les catholiques traditionnels étaient persécutés par un épiscopat arien libéral au quatrième siècle. Saint Basile écrivait : « Les bouches des vrais croyants sont muettes, tandis que toute langue blasphématoire s’agite librement ; les choses saintes sont foulées aux pieds ; les meilleurs laïcs fuient les églises comme des écoles d’impiété ; et ils lèvent leurs mains dans les déserts avec des soupirs et des larmes vers leur Seigneur dans le ciel. Vous avez dû entendre ce qui se passe dans la plupart de nos villes, comment nos gens, avec femmes et enfants, et même nos vieillards, sortent en courant devant les murs, et font leurs prières en plein air, supportant avec une grande patience tous les inconvénients du temps, et attendant le secours du Seigneur » (Lettre 92).

La diffusion admirable, harmonieuse et tout à fait spontanée de la forme traditionnelle de la Messe et sa croissance continue, dans presque tous les pays du monde, y compris dans les terres les plus reculées, est sans aucun doute l’œuvre de l’Esprit Saint, et un véritable signe de notre temps. Cette forme de la célébration liturgique porte de véritables fruits spirituels, en particulier dans la vie des jeunes et des convertis à l’Église catholique, car beaucoup de ces derniers ont été attirés à la foi catholique précisément grâce au pouvoir irradiant de ce trésor de l’Église. Le pape François et les autres évêques qui exécuteront son Motu proprio devraient sérieusement prendre en considération le sage conseil de Gamaliel, et se demander s’ils ne sont pas en train de lutter contre une œuvre de Dieu : « Et maintenant je vous dis : Retirez-vous de ces hommes, et laissez-les aller ; car si ce conseil ou cette œuvre vient des hommes, elle (se) dissoudra ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas la dissoudre, et vous risquez de combattre contre Dieu même ! » (Actes 5, 38-39). Puisse le pape François reconsidérer, en vue de l’éternité, son acte draconien et tragique, et rétracter courageusement et humblement ce nouveau Motu proprio, en rappelant ses propres paroles : « En réalité, l’Église se montre fidèle à l’Esprit Saint dans la mesure où elle n’a pas la prétention de le régler ni de le domestiquer » (Homélie à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

En attendant, de nombreuses familles catholiques, des jeunes et des prêtres de tous les continents pleurent maintenant, car le Pape – leur père spirituel – les a privés de la nourriture spirituelle de la Messe traditionnelle, qui a tant renforcé leur foi et leur amour pour Dieu, pour la Sainte Mère l’Église et pour le Siège Apostolique. Ils peuvent, pour un temps, « s’en aller en pleurant, jetant la semence ; 
ils s’en viennent, ils s’en viennent dans la joie, ils rapporte les gerbes. » (Psaume 126, 6).

Ces familles, ces jeunes et ces prêtres pourraient adresser au pape François des mots semblables à ceux-ci : « Très Saint Père, rendez-nous ce grand trésor liturgique de de l’Église. Ne nous traitez pas comme vos enfants de seconde zone. Ne violez pas nos consciences en nous obligeant à adopter une forme liturgique unique et exclusive, vous qui avez toujours proclamé au monde entier la nécessité de la diversité, de l’accompagnement pastoral et du respect de la conscience. N’écoutez pas les représentants d’un cléricalisme rigide qui vous ont conseillé de réaliser une action aussi impitoyable. Soyez un vrai père de famille, qui “tire de son trésor ce qui est nouveau et ce qui est ancien” (Mt 13, 52). Si vous voulez bien entendre notre voix, au jour de votre jugement devant Dieu, nous serons vos meilleurs intercesseurs. »


© leblogdejeannesmits pour la traduction.

Photo : “The Remnant”, avec le tableau cité par Mgr Schneider “Mass in Connemara”

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22 juillet, 2021

“Traditionis custodes” : Le rite amazonien, oui, la messe tridentine, non

J’ai longtemps pensé que le pape François n’avait pas d’intérêt pour la liturgie. A la sortie de Traditionis custodes j'ai même pensé qaue le Motu proprio était principalement le reflet ou la conséquence de pressions exercées sur lui par des cardinaux désireux de réduire l’influence de la messe traditionnelle et de coincer les irréductibles critiques de François dans des réserves indiennes, isolées du reste du monde catholique et de plus en plus difficiles à rejoindre.

Est-il vrai, comme le disent certains, que les pressions des opposants à la messe tridentine (d’Andrea Grillo, le théologien italien, aux cardinaux Ouellet, Versaldi, Parolin et Stella) ont pu aboutir en raison de l’hospitalisation de François, victime en quelque sorte d’un abus de faiblesse dans cette affaire ? Cela est possible, mais ces pressions sont tombées sur un terrain favorable.

A la réflexion, il me semble que le ressentiment du pape de la « théologie du peuple » à l’égard du monde « tradi » dépasse la simple colère face à ceux qui pointent l’incompatibilité de nombre de ses enseignements avec la doctrine pérenne de l’Eglise.

Si nous sommes tant à avoir perçu la haine, la violence et la cruauté des termes du Motu proprio par lequel le pape François prétend enlever son droit de cité à la messe tridentine, pour se borner à la tolérer en l’encadrant, en l’écartant des églises paroissiales et en la soumettant à des autorisations préalables, c’est qu’elles caractérisent intrinsèquement Traditionis custodes, au nom si cynique.

Le pape ne confirme pas, en effet, les gardiens de la tradition, il institue des destructeurs de la tradition.

Pire, il institue les destructeurs de la tradition – comme les évêques partisans de la bénédiction des couples homosexuelles, ou de l’ordination des femmes, ou de l’intercommunion avec les luthériens – juges de ceux qui veulent la liturgie traditionnelle. Juges… ou tyrans dont les décisions arbitraires seront sans appel.

Hors de « son » église, point de salut.

Ce qu’il a fait est au fond en totale cohérence avec sa pensée et sa politique. Celle de la glorification du « rite amazonien » et de « l’Eglise à visage amazonien ».

Souvenez-vous : en octobre 2019, au moment du synode sur l’Amazonie, il fut beaucoup question de cette nouvelle manière de célébrer la messe que le pape appelle explicitement de ses vœux pour le bénéfice des « peuples premiers », des indigènes, du « peuple » en un mot. Si épatant qu’on pourrait même en exporter des éléments dans les pays développés. L’unique forme du rite romain, sa seule lex orandi dont parle Traditionis custodes, supporte du point de vue de François tous les aménagements dès lors qu’on se contente d’y ajouter des paroles, des coutumes et des symboles païens. Des expériences sont déjà en cours en Amazonie ou en Australie.

Vous me direz : nous aussi, nous sommes des peuples autochtones, au moins de quelque part. Alors pourquoi ne pas nous laisser nos traditions ancestrales ?

Il me semble que c’est parce que nous sommes la culture colonisatrice, « développée » qui a « imposé » son langage, ses savoirs, ses modes de vie, sa technologie aux « peuples premiers » et aux cultures propres des colonisés. C’est la culture blanche et patriarcale, dirait l’idéologie « Woke ». Sans affirmer que François va jusque-là, on peut constater qu’il s’inscrit dans cette logique. La sacralité propre, la masculinité, la spiritualité et l’ordre de notre liturgie latine traditionnelle, que nourrissent tout ensemble la foi et la raison, y sont contraires.

Son christocentrisme apparaît comme un frein à l’expression de la piété populaire (telle que la conçoit François, style fête de quartier), son grégorien trop cérébral ne tient pas la comparaison face à la guitare, l’accordéon ou le tam-tam.

Beaucoup ont commenté la « fracture » qu’introduit Traditionis custodes parmi les chrétiens. Il serait plus exact de parler d’un avatar de la lutte des classes : à ma gauche, les chrétiens populaires, divers, sentant éventuellement le bouc plus que la brebis ; à ma droite, les nostalgiques d’une société patriarcale, coupables d’avoir voulu imposer leur liturgie rigide partout sur leur passage. Oppresseurs du peuple de Dieu. Coupables, aussi, de contester le « populisme » du pape qui aménage la doctrine et la morale pour la rendre conforme à un monde qui s’est affranchi du caractère absolu de la vérité et du principe de non-contradiction.

Et aujourd’hui il fait bon être à la gauche du Père.

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Le vote solennel de la loi sur l’aide à mourir, dans l’oubli de l’essentiel

La loi sur l’aide à mourir sera solennellement votée mardi, dans l’oubli de l’essentiel   A deux jours de l’adoption solennelle de la loi su...