13 janvier, 2023

Décès du cardinal George Pell : la réaction attristée du cardinal Burke, qui lui avait rendu visite la veille

Je publie volontiers ci-dessous le communiqué du cardinal Raymond Burke publié le 11 janvier à la suite du décès du cardinal George Pell, mort à l’âge de 81 ans de complications cardiaques au cours d’une opération de la hanche.


Avec le cardinal Pell disparaît un grand serviteur du Christ, un prince de l’Eglise profondément atteint par la confusion régnant aujourd’hui. – J.S.











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Décès du Cardinal George PELL
11 janvier 2023

Le décès soudain du cardinal George Pell a privé l’Église du compagnonnage terrestre d’un pasteur sage et aimant, plein de joie et de courage. J’ai quant à moi perdu le compagnonnage terrestre d’un grand ami, qui fut un exemple au sein du Sacré Collège des Cardinaux. J’ai longuement rendu visite au cardinal Pell l’après-midi qui a précédé son hospitalisation pour une opération de remplacement de la hanche, et j’en garde le vif souvenir de son amour ardent pour le Christ et pour l’Église, son Épouse.

Le cardinal Pell était un défenseur infatigable et intrépide des vérités de la foi, à commencer par les préceptes fondamentaux de la loi morale relatifs à l’inviolabilité de la vie humaine innocente et sans défense, à la sauvegarde du sens intégral du mariage et de sa fructification dans la famille, et à la liberté de pratique de la religion, non pas en raison de quelque conviction idéologique mais parce que, prêtre du Christ, il L’aimait et désirait Le servir fidèlement. La « divine jalousie » de saint Paul à l’égard de l’Eglise l’animait, il ne cessait d’œuvrer pour la « présenter au Christ comme une vierge pure » (2 Co 11, 2). Je l’ai ainsi trouvé, à la veille de son hospitalisation, plein d’énergie pour aider toutes ces personnes qui souffrent aujourd’hui de la confusion et de la division qui règnent dans l’Eglise et qui sont, par conséquent, profondément découragées, se sentant même abandonnées par ceux qui ont été ordonnés pour être leurs pères spirituels.

La vie du cardinal Pell au service du Christ et de son Epouse, l’Eglise, fut remarquablement féconde. Je ne chercherai pas à décrire toute la richesse de sa vie sacerdotale et épiscopale, de peur d’omettre quelque aspect important du mystère du Christ à l’œuvre en lui afin qu’il enseigne, sanctifie et gouverne le troupeau qui lui fut confié. La biographie de Tess Livingstone, George Pell : Defender of the Faith Down Under (Ignatius Press, 2005), son article, « A life lived for the Church and its founder » dans The Australian (11 janvier 2023), et les trois volumes du Journal de Prison de la plume-même du cardinal (Ignatius Press, 2020-2021) offrent d’excellentes ressources pour connaître et réfléchir au mystère du saint sacerdoce dans la vie du Cardinal Pell.

Je ne proposerai qu’une seule réflexion. Au cours des nombreuses années pendant lesquelles j’ai connu le cardinal Pell et bénéficié de son amitié, j’ai tout particulièrement admiré la romanité de son cœur. Il a toujours été un fier fils de l’Australie et il parlait volontiers de sa patrie, mais son cœur était romain. Son cœur appartenait au Cœur du Christ qui guide son Église, une dans le monde entier, depuis le Siège de Pierre, à travers le ministère de son Vicaire sur la terre, le Successeur de saint Pierre, et des Évêques en communion avec le Pontife romain. Comme chez tout catholique fidèle originaire des contrées les plus diverses de notre monde, le cœur de George Pell, sans oublier les précieuses racines le reliant à sa patrie, battait de l’amour-même du Christ qui embrasse le monde entier. En rendant grâce à Dieu pour la vie et la vocation sacerdotale du cardinal Pell, je chéris, tout spécialement, son cœur romain. 

Prions pour le repos éternel de l’âme immortelle du cardinal Pell. Qu’il repose en paix.

Raymond Leo cardinal BURKE

© leblogdejeannesmits pour la traduction autorisée. Le texte original en anglais est ici.

©Olivier Figueras pour la photo.

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01 janvier, 2023

Requiescat in pace, Benoît XVI ! L'hommage du cardinal Raymond Burke


Benoît XVI a été rappelé par le Père le 31 décembre. Que Dieu l’accueille dans sa miséricorde infinie, et qu’Il lui fasse partager la joie ineffable de son paradis de gloire !

Le cardinal Raymond Burke vient de rendre un hommage à ce pape de la douceur et de la clarté qu’il a fidèlement servi pendant son pontificat, de 2005 à 2013. Je publie volontiers ci-dessous son communiqué « à l’occasion de la mort du Pape émérite », en sa version française.

C’est avec les plus profonds sentiments de tristesse et de gratitude que j’ai appris la nouvelle du décès du Pape émérite Benoît XVI. Il est triste de perdre la compagnie terrestre d'un Successeur de Saint Pierre qui, même après son abdication de la charge pétrinienne, a continué à être une source de nombreuses grâces pour l’Église, en particulier par l’offrande de ses prières et de ses souffrances pour tant de besoins de l’Église de notre temps. En même temps, je suis profondément reconnaissant à Dieu tout-puissant pour la vie de Joseph Ratzinger. Celui-ci a répondu fidèlement à la vocation à la sainte prêtrise, jusqu’à accepter le poids inimaginable de servir comme évêque de l’Église universelle, et il a mis ses talents considérables entièrement au service du Christ Bon Pasteur comme prêtre et évêque agissant en sa personne pour l’enseignement, la sanctification et le gouvernement du troupeau du Père, et finalement comme Vicaire du Christ sur terre. Il était un enseignant particulièrement doué de la foi catholique, avec une appréciation particulière de l'expression la plus élevée et la plus parfaite de la foi : le Culte divin. Son enseignement sûr, notamment en ce qui concerne la sainte Liturgie, demeure un héritage durable et vivant.

J’ai eu l'honneur de le servir en tant que Préfet du Suprême Tribunal de la Signature Apostolique. Lors de mes rencontres avec lui, alors qu’il était encore Pontife Romain et après son abdication, j’ai toujours été impressionné par son intelligence et sa connaissance extraordinaires, associées à une douceur rappelant celle du Christ. Il a vraiment servi, selon les mots inspirés de sa devise épiscopale, comme l’un des « cooperatores veritatis » [« compagnons de travail dans la vérité »] de Notre-Seigneur (3 Jn 8).

Je vous invite à prier avec moi pour le repos éternel de son âme immortelle. Qu’il repose en paix.


Raymond Leo Cardinal BURKE



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21 novembre, 2022

Vient de paraître : « La conquête du pouvoir », le livre qui fait comprendre où le pape François cherche à mener l'Eglise

J’ai à cœur de vous présenter un livre qui a tout de la « bombe ». Il n’a pourtant rien d’un pamphlet, rien d’une charge hostile par principe au pape François : non, c’est une mise en lumière rigoureuse de la pensée qui l’anime, des maîtres à penser qui l’ont formé, du « maître à faire » qui a été son modèle dans la praxis de la conquête du pouvoir.

Les éditions Contretemps viennent en effet de publier François, la conquête du pouvoir – Itinéraire d’un pape sous influence, de Jean-Pierre Moreau.

L’auteur, spécialiste de la théologie de la libération – il réalisa dans les années 1980 d’importants reportages sur les ténors de cette entreprise de dévoiement marxiste de l’Evangile – y met à nu les liens de Jorge Mario Bergoglio avec la théologie du peuple, qui en dérive mais avec la marque spécifique de l’hérésie moderniste plutôt que celle de la lutte des classes.

C’est à mon sens le meilleur livre français sur le pape actuel, puisqu’il permet de comprendre les raisons profondes de ses actions, de ses déclarations, de ses préférences, de ses choix.

Alors que le synode sur la synodalité entre dans sa phase romaine, La conquête du pouvoir offre une analyse serrée et précise d’une théologie qui développe une « ecclésiologie du peuple de Dieu » comme l’expliquent aujourd’hui ses tenants, parmi lesquels le théologien laïque Rafael Luciani s’est justement vu nommer à un poste de responsabilité au synode.

Théologiens de la libération, théologiens « du peuple », jésuites partisans d’une réforme radicale en vue d’une « Eglise de demain » comme le Père Arrupe (dont la cause en béatification a été ouverte sous François, il y a trois ans), tous ont joué un rôle pour former l’idéologie et la praxis du pape régnant.

Sa dénonciation du « cléricalisme », son engagement pour les peuples premiers, sa traque de la liturgie traditionnelle avec Traditionis custodes et Desiderio desideravi, son adhésion à la lutte « pour la planète », sa vision des jeunes, et du « peuple », et de l’histoire comme « lieux théologiques » y trouvent leur explication ultime et bien plus cohérente qu’on ne l’imagine.

Il faut lire ce livre, qui transmet de manière claire et précise le fruit d’une érudition encyclopédique et de lectures dont témoigne une bibliographie impressionnante, pour s’armer face aux turbulences que le synode sur la synodalité va faire subir à l’Eglise. C’est seulement en nommant les choses qu’on peut les comprendre, et s’il le faut, les combattre.

Je vous propose d’acquérir ce livre via ce blog.

François, La Conquête du pouvoir, Jean-Pierre Moreau, éd. Contretemps, 388 pages. 
Prix unitaire : 25 euros.
Expédition : 
France : ajouter 5 € pour l’envoi d’un exemplaire (soit 30,00 € frais d’envoi inclus) ; 7,50 € pour deux exemplaires (soit 57,50 €). 
Etranger : ajouter 3 € pour l’envoi d’un exemplaire (soit 28,00 € frais d’envoi inclus) ; 5 € pour l’envoi de deux exemplaires (soit 55 €).

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Commandes par chèque :  à Jeanne Figueras, 1 Boulevard du Roi, 78000 Versailles, en indiquant l’adresse d’envoi et si possible votre courriel. 

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Virement : d’abord bien préciser l’adresse d’envoi en écrivant à jeanne.smits.blog@gmail.com, et je vous adresserai par retour mes coordonnées bancaires. Les paiements depuis l’étranger peuvent se faire en euros, dollars US ou dollars canadiens, merci de préciser.

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Commandes par carte bancaire : merci d’écrire à jeanne.smits.blog@gmail.com ou d’envoyer un SMS au +33 7 56 90 52 40 en précisant l’adresse d’expédition, et je vous enverrai un lien de paiement CB sécurisé par mail ou SMS, selon votre préférence. Vous pouvez également commander plusieurs exemplaires (ou ajouter d’autres livres disponibles) et je vous adresserai une proposition de forfait d’envoi groupé et un lien de paiement personnalisé pour l’ensemble.

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Commandes par Paypal : suivez le lien correspondant (les prix affichés comprennent le forfait d’envoi)

France (hors DOM-TOM)

• 1 exemplaire, envoi France métropolitaine, 30,00 €.


• 2 exemplaires, envoi France métropolitaine, 57,50 €.


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         Etranger

• 1 exemplaire, envoi « reste du monde » (hors DOM-TOM), 28,00 €.

• 2 exemplaires, envoi « reste du monde » (hors DOM-TOM), 49,00 €.


Pour toute demande particulière (envois multiples, expédition dans les DOM-TOM, expédition conjointe avec d’autres livres annoncés sur ce blog) merci de m’écrire à jeanne.smits.blog@gmail.com.


Autres livres disponibles

“La Messe catholique”, par Mgr Athanasius Schneider, éd. Contretemps, traduction Jeanne Smits : 22 € + frais d'envoi.

– “Le Pape dictateur”, par Henry Sire, éd. de la Délivrance, traduction Jeanne Smits : 22 € + frais d’envoi.

“Christus vincit”, par Mgr Athanasius Schneider, éd. Contretemps, traduction Jeanne Smits : 25 € + frais d’envoi.

“Bref examen de la communion dans la main”, ouvrage collectif, éd. Contretemps, 15 € + frais d’envoi.


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12 novembre, 2022

Conférence exceptionnelle de Mgr Schneider à Paris le dimanche 20 novembre !

J'espère avoir le plaisir de vous y retrouver !



Pour s’inscrire, rendez-vous ici : https://renaissancecatholique.fr/conference-monseigneur-schneider/#iframe_assoconnect




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11 novembre, 2022

Synode sur la synodalité : “Le Saint-Esprit n’a strictement rien à voir avec ça”, affirme Mgr Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc

Mgr Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire du diocèse brabançon de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, a publié il y a quelques jours une critique sentie du « processus synodal » qui se met en place en vue des deux sessions du « Synode sur la synodalité » qui se tiendront à Rome en 2023 et 2024. Sous l’invocation trompeuse du Saint-Esprit, il s’agit selon lui d’une opération destinée à modifier en profondeur l’enseignement de l’Eglise en « écoutant » les opinions des fidèles (ou pas) recueillies par des évêques privés, de fait, de leur charge d’enseignement.

Mgr Mutsaerts a annoncé qu’il avait « décroché » du processus, après en avoir exposé les erreurs et les risques. Je vous propose ici ma traduction de ce texte publié le 4 novembre dernier sur son blog ; une traduction a déjà été publiée quelque part en français (?), mais les propos de Mgr Mutsaerts méritent mieux ! – J.S.

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Le processus synodal est-il un instrument pour transformer l’Église ?

Le jeudi 27 octobre à Rome, le Secrétariat du Synode des évêques à Rome a présenté le document de travail en vue de la « phase continentale » du synode Pour une Église synodale : communion, participation et mission. La présentation eut lieu à l’occasion d’une conférence de presse à la Salle de presse du Saint-Siège, présidée par le cardinal Grech. Le document s’intitule Elargis l’espace de ta tente (Is 54, 2). Le Secrétariat du Synode des évêques doit par la suite, en s’appuyant sur l’ensemble des documents finaux issus des rencontres qui se sont tenues sur les différents continents, établir l’Instrumentum Laboris, le document de travail qui servira aux réunions synodales de 2023 et 2024.

Un mot sert de mantra à ce processus : « écouter ». Ecouter qui ? Tout le monde. Le document de travail contient un nombre important de citations. « Ces citations ont (…) été choisies parce qu’elles expriment de manière particulièrement puissante, heureuse ou précise un sentiment qui revient dans de nombreux résumés. (…) L’expérience du synode peut être lue comme un parcours de la reconnaissance pour ceux qui ne se sentent pas suffisamment reconnus dans l’Église. » Les contours du processus synodal se font de plus en plus nets. Celui-ci sert de mégaphone aux opinions non conformes à l’enseignement de l’Eglise. Le document souligne ce à quoi devra aboutir le chemin synodal : « une Église synodale qui apprend de l’écoute comment renouveler sa mission évangélisatrice à la lumière des signes des temps, afin de continuer à offrir à l’humanité une manière d’être et de vivre dans laquelle tous peuvent se sentir inclus et protagonistes ».

Qui sont ceux qui se sentent exclus ? « Parmi ceux qui demandent un dialogue plus significatif et un espace plus accueillant, nous trouvons également ceux qui, pour diverses raisons, ressentent une tension entre l’appartenance à l’Église et l’expérience de leurs propres relations affectives, comme par exemple : les divorcés remariés, les familles monoparentales, les personnes vivant dans un mariage polygame, les personnes LGBTQ, etc. » Tous ceux, en somme, qui ne sont pas d’accord avec les enseignements de l’Église catholique. Le document de travail semble proposer que nous dressions une liste de doléances, pour ensuite en débattre. La mission de l’Église est tout autre. Elle n’est pas d’examiner toutes les opinions, après quoi on peut se contenter de trouver un petit arrangement. Notre Seigneur nous a laissé un commandement bien différent : annoncez la vérité ; c’est la vérité qui vous rendra libres. La remarque selon laquelle l’Église ne prête pas attention à la polygamie est particulièrement frappante. Notons au passage que le document ne prête aucune attention aux traditionalistes, qui eux aussi se sentent exclus. Ils l’ont même littéralement été par le pape François (Traditionis Custodes). Il s’agit manifestement d’un groupe qui ne bénéficie pas de la moindre empathie.

Le processus synodal tient plutôt à ce jour de l’expérience sociologique, et n’a pas grand-chose à voir avec le Saint Esprit, censé ici se faire entendre à travers n’importe quel bruit. Une telle approche peut quasiment être qualifiée de blasphématoire. Ce qui devient de plus en plus évident, c’est que le processus synodal sera utilisé pour faire changer un certain nombre de positions de l’Église, et pour couronner le tout, le Saint-Esprit Lui-même sera jeté dans la bagarre en tant que promoteur des idées nouvelles, alors qu’à travers les siècles, le Saint-Esprit a tout de même soufflé leur exact contraire. Ce que l’on peut surtout constater à travers les séances d’écoute, c’est une foi vidée de son contenu, qu’on ne met plus en pratique et qui n’accepte pas les prises de position de l’Eglise. On s’y plaint de ce que l’Église n’accepte pas les points de vue de ces personnes. Au demeurant, ce n’est pas tout à fait exact. Les évêques flamands et allemands font avec elles un bon bout de chemin, ce qui est finalement encore bien plus tragique. Ils ne veulent plus appeler le péché, péché. C’est pour cette raison que la conversion et la contrition sont exclues du débat.

On pourra s’attendre à des appels à admettre les femmes au sacerdoce : « le rôle actif des femmes dans les structures de gouvernance des organes de l’Église, la possibilité pour les femmes ayant reçu une formation adéquate de prêcher dans le cadre paroissial, le diaconat féminin, (…) l’ordination sacerdotale des femmes ». Exercice vain, étant donné que les trois derniers pontificats ont explicitement proclamé que cela est impossible. Dans le domaine de la politique, tout est susceptible d’être discuté et débattu. Il n’en va pas de même dans l’Église. Nous disposons d’une chose qu’on appelle la doctrine de l’Église, et qui ne dépend ni du temps ni du lieu. Mais le document de travail semble véritablement vouloir tout remettre en question. On lit par exemple au paragraphe 60 : « L’appel à une conversion de la culture ecclésiale, pour le salut du monde, est lié concrètement à la possibilité d’établir une nouvelle culture, avec de nouvelles pratiques, structures et habitudes. » Et encore ceci : « Les évêques sont invités à identifier les moyens appropriés pour mener à bien leur tâche de validation et d’approbation du Document final, en s’assurant qu’il soit bien le fruit d’un chemin authentiquement synodal, respectueux du processus qui a eu lieu et fidèle aux différentes voix exprimées par le Peuple de Dieu sur chaque continent. » Visiblement, on réduit la fonction épiscopale à la simple mise en œuvre de ce qui représentera, au bout du compte, le plus grand dénominateur commun résultant d’une espèce de tombola des opinions. L’étape finale du processus synodal ne pourra qu’aboutir à une foire d’empoigne. On peut affirmer dès aujourd’hui que tous ceux qui n’auront pas obtenu ce qu’ils voulaient se plaindront d’avoir été exclus. C’est par nature une formule qui mène au désastre. Si chacun obtient ce qu’il veut – ce qui en réalité, n’est pas possible – le désastre sera complet. L’Église se sera alors reniée elle-même, et elle aura saccagé son identité.

Lors de la présentation du document de travail, le cardinal Grech a vraiment dépassé les bornes en affirmant que la tâche de l’Église est d’agir comme un amplificateur de tout bruit provenant de l’Église, même si ce bruit contredit frontalement ce que l’Église a toujours proclamé. Jadis, on procédait autrement. À l’époque de la Contre-Réforme, l’Eglise ne laissait aucune place au manque de clarté quant à l’expression de ses positions. On peut convaincre les gens en défendant la foi catholique de manière argumentée et avec une entière conviction. On ne convainc personne en se contentant d’écouter et de s’en tenir là. Ce qui est fâcheux, c’est que les évêques ont été chargés d’écouter, puis de consigner ce qui avait été dit. Leurs résumés ont ensuite été regroupés au niveau des provinces ecclésiastiques pour être transmis à Rome. Ces résumés portent la signature de la conférence épiscopale au pied de leurs lots d’hérésies. Nous ne pouvions pas faire autrement, mais je n’en suis décidément pas ravi. D’ailleurs, de nombreux cardinaux ont fait entendre de telles critiques à Rome, demandant une nouvelle fois ce qu’est exactement la synodalité. Il n’y a pas eu de réponse claire à ce jour.

Jésus avait une approche très différente. Il écouta, sur le chemin d’Emmaüs, les deux disciples déçus. Mais à un moment donné, Il prit la parole, et Il leur fit comprendre qu’ils étaient en train de faire fausse route. Cela les amena à faire demi-tour et à retourner à Jérusalem. Si nous ne faisons pas demi-tour, nous atterrirons à Emmaüs, encore plus égarés que nous ne le sommes déjà.

Une chose, cependant, me saute aux yeux. Dieu est en dehors du cadre de ce navrant processus synodal. Le Saint-Esprit n’a strictement rien à voir avec lui. Parmi les protagonistes de ce processus figurent, à mon sens, un petit peu trop de défenseurs du mariage homosexuel, des individus qui ne pensent pas vraiment que l’avortement est un problème et qui ne se montrent jamais les authentiques défenseurs du riche héritage de foi de l’Eglise ; et qui veulent avant tout être aimés par leur entourage mondain. Quel manque d’esprit pastoral, quel manque d’amour. Les gens veulent des réponses justes et droites. Ils ne veulent pas rentrer chez eux alourdis d’encore plus de questions. Cela aboutit à empêcher les gens d’accéder au salut. Entre-temps, pour ma part, j’ai décroché du processus synodal.

+Rob Mutsaerts

© leblogdejeannesmits pour la traduction.


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30 octobre, 2022

“Une certaine forme de catacombes” : Mgr Athanasius Schneider appelle les fidèles “chassés” par “Traditionis custodes” à conserver la messe traditionnelle

Dans un récent entretien avec John-Henry Westen de LifeSiteNews, dont je vous propose ci-dessous une rapide traduction quasi intégrale (hormis les salutations), Mgr Athanasius Schneider affirme le devoir des laïcs catholiques de chercher des lieux de culte alternatifs pour pouvoir continuer d’assister à la messe traditionnelle en cas de “persécution” de la part de leurs pasteurs, et demande aux prêtres de s’interroger “en conscience” quant aux décisions à prendre lorsque la célébration de la messe tridentine leur est interdite.

Il appelle également tous les fidèles à participer à des prières à travers le monde afin que Dieu accorde à son Eglise un « pape catholique fidèle, fort et courageux ». Voici le texte de cet entretien que vous trouverez ici en anglais. – J.S.

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John-Henry Westen : L’Église traverse actuellement des temps difficiles, des temps spirituellement difficiles. Vous avez souvent fait allusion à l’Église clandestine, et au fait qu’il faudrait peut-être entrer dans la clandestinité. Je sais que vous avez vous-même vécu cela quand vous étiez enfant. Pour cette raison, mais aussi en raison de votre position actuelle dans l’Église, il serait à mon avis très fructueux pour les fidèles d’entendre de votre bouche comment cela fonctionne en pratique. En Chine, par exemple, l’Église vit dans la clandestinité depuis longtemps, et encore aujourd’hui. Nous nous trouvons dans une situation un peu analogue. En Chine, des évêques infidèles font la promotion du communisme au mépris de la vérité du Christ. Mais il demeure des évêques nommés et approuvés par le pape François, et les prêtres doivent donc exister sous leur autorité, tout comme les fidèles, ce qui les place dans une situation de clandestinité.

En Occident, nous n’avons pas vraiment fait cette expérience. Mais il semble que nous y arrivions désormais, car nous avons des évêques infidèles qui ont pourtant été nommés par le pape François. Et ainsi, les prêtres et les fidèles doivent en quelque sorte vivre dans cette situation. Vous avez indiqué qu’il s’agit peut-être d’un temps où il faut vivre de manière clandestine. À quoi cela ressemble-t-il en pratique ? Comment y arriver ? Comment les prêtres et les fidèles peuvent-ils savoir à quel moment ils doivent se mettre à pratiquer de manière clandestine ? Et comment cela fonctionne-t-il ? 

Mgr Athanasius Schneider : Un exemple de ce type de situation, tant pour les fidèles que pour les prêtres – d’être en quelque sorte persécutés et marginalisés par ceux qui occupent les postes de haut rang dans l’Église, par les évêques – est celle que nous avons connue au quatrième siècle, avec l’arianisme. À cette époque, les évêques valides, les évêques licites, en tout cas la majorité d’entre eux, persécutaient les vrais catholiques qui gardaient la tradition de la foi en la divinité de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Telle était la question de vie et de mort, de la vérité, de la tradition de la foi. Et donc ceux-ci étaient chassés des églises, ils étaient obligés de descendre aux « racines », aux messes en plein air.

D’une certaine manière, nous pouvons nous aussi nous trouver face à de telles situations. Et c’est déjà arrivé, surtout après Traditionis custodes. Il y a des endroits où les gens sont littéralement chassés des églises paroissiales où ils avaient eu, pendant plusieurs années, la messe traditionnelle en latin approuvée par le pape Benoît XVI et par les évêques locaux. Aujourd’hui, dans le nouveau contexte de Traditionis custodes, certains évêques – je le répète – expulsent littéralement des églises, des églises paroissiales, les meilleurs fidèles, les meilleurs prêtres : ils les expulsent de l’église paroissiale qu’on appelle l’église mère. Et ces fidèles sont donc obligés de chercher de nouveaux lieux de culte, des gymnases, des écoles ou des salles de réunion, etc.

C’est une situation qui s’apparente à une certaine forme de temps de catacombes. Ce ne sont pas littéralement des catacombes, car ils peuvent encore célébrer publiquement, mais on peut comparer cela au temps des catacombes parce qu’ils ne peuvent pas utiliser les structures et bâtiments officiels de l’Église.

Cependant, chaque situation de persécution de l’histoire de l’Église a apporté de nombreuses bénédictions et a renforcé davantage la foi des personnes persécutées. Celles-ci n’ont pas seulement fortifié leur propre foi, en étant expulsées et en cherchant d’autres lieux, mais leur fidélité a renforcé l’Église entière. Et cela est important : grâce à la fidélité de ces fidèles, cette injustice et ce traitement injuste de ces catholiques en notre temps par le Vatican, par les ordres du Pape François, et par les évêques – certains d’entre eux, malheureusement, ont dû simplement exécuter les ordres qui venaient du nonce ou du Vatican de fermer les églises et de mettre fin à des messes, des messes traditionnelles –produisent vraiment beaucoup de fruits pour l’Église tout entière.

J.-H. W : L’un des effets de ce phénomène se manifeste de deux manières différentes, l’une du côté des fidèles et l’autre du côté des prêtres. J’aimerais d’abord parler des fidèles. Lors de la Conférence sur l’Identité Catholique où nous étions tous les deux, on m’a demandé comment il se peut que des catholiques, connus pour leur obéissance au Pape, prennent maintenant la parole pour résister au Pape. Comment est-ce seulement possible ? Nous en sommes même à prier ouvertement chaque jour à LifeSite – depuis que vous l’avez fait vous-même – pour la conversion du Pape. Je le fais avec mes propres enfants, et pour triste que soit cette situation, cette attitude témoigne tout de même d’un grand amour pour le pape. C’est pourquoi nous prions pour lui, non pour le haïr, mais bien pour lui. Mais nous traversons une période difficile, très difficile. Que conseillez-vous spécifiquement aux fidèles quant à la manière dont nous devons faire face à cette situation, y compris avec nos enfants ?

A.S. : Tout d’abord, nous il faut préciser le véritable concept et la signification de l’obéissance. Saint Thomas d’Aquin dit que l’obéissance absolue, inconditionnelle, nous ne la devons qu’à Dieu seul, et à aucune créature, fût-ce le Pape lui-même. L’obéissance envers le Pape et les évêques dans l’Église est donc une obéissance limitée.

Ainsi, lorsque le pape ou les évêques ordonnent une chose qui portera manifestement atteinte à la plénitude de la foi catholique et à la plénitude de la liturgie catholique – ce trésor de l’Église, la messe traditionnelle en latin – cela est nuisible puisque cela porte atteinte à la pureté de la foi ; en portant atteinte à la pureté du caractère sacré de la liturgie, on porte atteinte à l’Église tout entière. Nous diminuons le bien de l’Église, le bien spirituel de l’Église. Nous diminuons le bien de nos âmes. Et à cela, nous ne pouvons pas collaborer.
Comment pourrions-nous collaborer à une diminution de la pureté de la foi, comment pourrions-nous collaborer à une diminution du caractère sacré, sublime de la liturgie de la sainte Messe, la Messe traditionnelle millénaire de tous les saints ? Dans une telle situation, nous avons une obligation (il ne s’agit pas seulement de dire que nous « pouvons » dans certaines occasions) de dire au Saint-Père, aux évêques, « avec tout le respect et l’amour que nous vous devons, nous ne pouvons pas exécuter ces ordres que vous donnez parce qu’ils nuisent au bien de notre Sainte Mère l’Église ».

Nous devons donc chercher d’autres lieux en étant néanmoins en quelque sorte formellement désobéissants. Mais en fait nous serons obéissants à notre Sainte Mère l’Église, qui est plus grande qu’un pape en particulier. La Sainte Mère Église est plus grande qu’un Pape particulier ! Et donc, nous obéissons à notre Sainte Mère l’Église. Nous obéissons aux Papes de tous les âges qui ont promu, défendu, protégé la pureté de la foi catholique, inconditionnellement, sans compromis, et qui ont également défendu le caractère sacré et la liturgie immuable de la sainte Messe à travers les siècles.

J.-H. W : Pour les prêtres, la question est encore plus grave,  car les prêtres doivent obéir à leur évêque. Et pourtant, certains de ces évêques leur donnent des instructions, en exigeant qu’ils éloignent les fidèles, qu’ils leur refusent la messe traditionnelle, qu’ils refusent même les activités pro-vie à l’intérieur des paroisses, en les qualifiant de politiques. Dans le même temps, nous avons des paroisses qui font la promotion de la lutte contre le changement climatique et tout le reste, toutes ces absurdités qui se passent dans les paroisses. Mais ces prêtres ont un sentiment qu’on pourrait exprimer ainsi : « Je dois obéir à l’évêque. Que puis-je faire d’autre ? J’avais l’habitude de célébrer la messe traditionnelle en latin. Maintenant, nous n’avons plus le droit de le faire. » Que peuvent faire les prêtres quant à l’obéissance ? Peuvent-ils, eux aussi, entrer en quelque sorte dans la clandestinité, se cacher de leurs évêques et faire les choses d’une manière un peu cachée ?

A.S. : C’est une question très délicate, et je pense que qu’elle touche à la conscience de ces prêtres. La réponse pourrait bien être différente pour chaque prêtre. Mais chaque prêtre doit demander à Dieu en conscience ce qu’il doit faire en ce moment. Il se peut aussi que certains prêtres obéissent, et en ce cas, ils ne peuvent pas aider les catholiques traditionnels, peut-être parce qu’ils veulent au moins rester dans les structures officielles, pour faire du bien. Cela pourrait en tout cas être une option.

Mais il y a une autre option, qui serait également légitime, si en conscience ils décidaient devoir désobéir à l’évêque de manière formelle en continuant de célébrer la messe et les sacrements traditionnels – pas seulement la sainte messe, mais aussi les sacrements, que ce soit de manière clandestine ou d’une manière peut-être officielle mais non approuvée.
Mais ce ne sera que pour une courte période : ce sera une solution temporaire. Et ils doivent pour autant garder leur amour pour l’évêque qui les persécute. Ils doivent prier pour cet évêque, ils doivent garder leur amour pour le pape François et prier pour lui. Ce temps passera. Ce phénomène n’est que temporaire. Dieu nous donnera de nouveau un Pape fort qui défendra la messe traditionnelle et la foi traditionnelle, et ensuite des évêques. Cela adviendra sûrement, sans aucun doute. Nous devons simplement supporter cette situation temporelle, tout comme ces prêtres, en ayant foi en l’intervention divine.

J.-H. W : Vous avez dit à propos de l’Eglise qu’elle aura un nouveau Saint-Père qui embrassera la vérité dans la plénitude de la foi. Et je sais que cette supposition est la vôtre, venant de votre propre cœur et de votre propre discernement dans la prière. Mais quelle est votre pensée à ce sujet ? On dit beaucoup aujourd’hui que le Pape François semble avoir noyauté le collège des cardinaux, et l’élection ne va évidemment pas tarder. Le pape François est un homme âgé et sa santé n’est pas bonne. Nombreux sont ceux qui considèrent que le collège est à ce point rempli des siens qu’on peut s’attendre à voir arriver un nouveau pape de la même veine que la sienne. Que faire de tout cela ? La situation semble assez désespérée. Lorsque vous parlez de quelque chose de temporaire, le délai correspond-il dans votre esprit à plusieurs décennies ? Ou pensez-vous à un temps plus court ?

A.S. : Eh bien, il ne nous appartient pas de connaître le temps, ainsi que Jésus-Christ l’a dit aux Apôtres dans les Actes des Apôtres. Il ne nous appartient pas de connaître le temps. Dieu sait déjà quand il donnera de nouveau à son Église un pape catholique fort, cent pour cent traditionnel, et Il sait que tout pape doit être cent pour cent catholique, cent pour cent traditionnel. Ce fut le cas de saint Pierre, et ce fut le cas de tous les papes à travers l’histoire, à de très rares exceptions près. Il est inhérent à la nature de la fonction papale d’être vraiment un défenseur traditionnel à cent pour cent de la foi et du caractère sacré de la sainte liturgie. Et cela viendra, parce que c’est, je le répète, la nature de la fonction papale. Actuellement, au cours des dernières décennies, cette nature a été obscurcie par la crise actuelle de l’Église.

Nous ne connaissons donc pas exactement l’heure, mais il nous faut prier pour que le temps soit abrégé. Et l’intervention de Dieu dépend de nos prières. Nous devons faire une coalition, une alliance, peut-être une alliance mondiale de prières, une chaîne de prières, de chapelets pour implorer une intervention très rapide de Dieu pour accorder à l’Eglise un Pape catholique fidèle, fort et courageux.

*

• Pour approfondir le sens de la messe avec Mgr Athanasius Schneider, rien de mieux que son dernier livre, La Messe catholique, que j’ai eu le grand honneur de traduire. Je gage qu’il vous fera encore davantage aimer la messe, et en particulier la messe traditionnelle. A découvrir absolument ! On peut se le procurer ici via ce blog.




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15 octobre, 2022

Mgr Athanasius Schneider appelle à résister, dans la charité et dans l’Eglise, à “Traditionis custodes”, quitte à rejoindre la Fraternité Saint-Pie X (traduction intégrale de son entretien avec Michael Matt)

A l’occasion de la Conférence sur l’identité catholique organisée à Pittsburgh, Etats-Unis, par
The Remnant, Mgr Athanasius Schneider a accordé à son directeur, Michael Matt, un long entretien pour évoquer la crise de l’Eglise, de la papauté et de la liturgie. Il a exhorté les fidèles à se battre pour la liturgie traditionnelle, mais dans la charité, en priant pour que le pape François se repente de la confusion qu’il a laissé grandir dans l’Eglise. Mgr Schneider a également exhorté les prêtres à défendre le trésor de la liturgie, mais en prenant garde de se placer toujours sous l’autorité d’un évêque, d’une communauté reconnue, voire de la Fraternité Saint-Pie X, pour ne pas partir en roue libre. Feuille de route de résistance d’une grande vigueur, mais marquée par l’esprit catholique : Mgr Schneider a souligné l’importance de tenir à la fois la vérité et la charité, et mis en garde contre la tentation de la colère, ou celle de quitter l’Eglise.

Lisez cet entretien que j’ai retranscrit et traduit à votre intention, il est magnifique ; Michael Matt pose de nombreuses questions qu’on aurait voulu poser et Mgr Schneider ne se dérobe devant aucune. Et partagez, en copiant ce lien !

C’est aussi le moment de lire son dernier livre que j’ai eu l’honneur de traduire, La Messe catholique, disponible ici.

Lisez cet entretien jusqu’au bout, il est plein d’espérance et de confiance en Dieu qui tient son Eglise « entre ses mains ». – J.S.

*

– Michael Matt. Nous avons eu de nombreuses discussions sur l’attitude à adopter, notamment en ce qui concerne les différences entre un prêtre, un évêque et les laïcs, face à la terrible situation que connaît l’église : une crise dans la hiérarchie, une crise au niveau du commandement. Je sais que vous avez fait part de vos préoccupations. Par exemple, au Kazakhstan, vous avez dit certaines choses avant l’arrivée du Saint-Père au sujet de la réunion [inter-religieuse, NdT] qui devait avoir lieu là-bas, et je me demande si vous pouvez peut-être commencer par expliquer à quoi vous pensiez lorsque vous avez fait ces déclarations à la presse au sujet des problèmes possibles de la visite et de la réunion avec le Saint-Père au Kazakhstan.

– Mgr Athanasius Schneider. J’ai considéré que c’était un devoir de ma conscience d’évêque que d’aborder un problème manifestement grave pour l’intégrité de la foi catholique et la vie de l’Eglise que constituent de telles rencontres interreligieuses, et que j’avais le devoir de l’aborder. Je l’ai donc fait, au nom de cette conscience, pour aider le pape à réfléchir plus profondément à ce problème et à le corriger à l’avenir. C’était là mon intention. En général, lorsque, en tant qu’évêque, je vois et constate un danger évident pour la pureté de la foi, de la morale ou de la liturgie, je dois intervenir – avec le respect qui s’impose, bien sûr, toujours sous une forme respectueuse, et dans une optique surnaturelle. Et j’ai donc également dit aux journalistes présents que nous autres évêques, ne sommes pas simplement des employés du Pape, telle n’est pas la structure divine de l’Eglise ; mais les évêques sont les frères du Pape, et faire une correction ou une admonestation est un geste fraternel de charité. Telle est toujours mon intention, faire cela comme un acte de charité envers le Pape.

– J’ai vu les titres, et bien sûr vous n’êtes pas responsable des titres que la presse mondiale a inventés après cet événement, où ils ont essayé de vous présenter comme un très grand critique du Saint-Père, et je crois que vous aviez déclaré à un moment donné que la charité vous demande de faire entendre votre voix. Pourriez-vous nous donner une bonne règle de base sur la façon de suivre notre conscience pour dire la vérité, même à l’autorité, sans pour autant violer la charité chrétienne ?

– Oui. D’abord nous devons savoir que l’Eglise, et nous-mêmes, ne sommes pas un parti politique. Nous sommes l’Eglise de Dieu ici sur terre, et l’Eglise de Dieu est une famille. Et donc avec cette attitude familiale, nous ne devons pas avoir peur d’être punis si nous élevons la voix. C’est ce qui se passe dans une dictature : lorsque vous êtes dans une dictature, tout le monde a peur d’élever la voix parce que les dirigeants de la dictature vous puniront sans prévenir. Mais cela ne devrait pas être l’atmosphère au sein de l’Eglise, et le Pape comme le Saint-Siège ne devraient pas donner l’impression qu’ils vont vous punir parce que vous avez élevé votre voix à cause de votre conscience. Ils doivent donc avoir, eux aussi, une vision surnaturelle de l’Eglise. Et comme vous l’avez déjà mentionné, lorsque nous faisons des corrections, des admonitions ou des appels, quel que soit le nom que vous leur donnez, ils doivent être motivés par la charité, sans quoi la démarche restera trop humaine et ne portera pas de fruits. L’Eglise, en effet, n’est pas une simple société humaine, et dans l’Eglise, seuls les actes de véritable charité surnaturelle porteront des fruits. Voilà qui est important : qu’est-ce qui portera des fruits durables pour le bénéfice authentique de l’Eglise ? C’est toujours cela qui devrait nous animer.

Quant à l’attitude des laïcs, elle est un peu différente de l’attitude des évêques. Les évêques sont membres du magistère, de l’office d’enseignement de l’Eglise, et ils sont membres du collège épiscopal, et par là, frères du Pape, qu’ils doivent aider, ensemble pasteurs, à conduire l’Eglise. Les laïcs sont également membres de l’Église. Ils ont leur dignité, et aussi la charge de défendre la foi à leur manière, en vertu des grâces du sacrement de la confirmation. Mais ils doivent toujours garder à l’esprit ce respect de l’autorité. Il faut toujours le faire avec respect, sinon cela peut dégénérer en simples émotions, passions, colère et ainsi de suite, et cela n’aidera personne en rien. Cela n’aidera personne, et ne restera toujours qu’une frustration. Et donc je suggère aux laïcs : oui, vous pouvez élever votre voix, et je vous en prie, faites-le alors que sévit cette terrible crise de l’Eglise. Vous devez écrire, mais faites-le, avec insistance bien sûr, clairement, sans peur, mais toujours, s’il vous plaît, en trouvant des formes de respect ; comme l’a dit saint Paul : pratiquez la vérité dans la charité. Il est plus facile pour l’être humain de choisir l’un des extrêmes. Le premier extrême, c’est la charité seulement : ou bien je ne parlerai pas parce que je ne suis qu’un subordonné le pape et les évêques se chargeront de tout dans l’Eglise ; ou bien je dois simplement obéir, aveuglément. Telle n’est pas la véritable attitude d’un catholique. Et l’autre extrême, c’est seulement la vérité, sans charité : cela va nuire, cela ne convaincra personne, et donc ce n’est pas la voie de Dieu : la voie de Dieu est la synthèse, et elle est plus difficile. Il est plus facile de vociférer et de les maudire, et ainsi de suite : ce n’est pas la voie de Dieu, jamais. Nous devons unir les deux choses. Donc, essayez d’élever la voix, je vous en prie !

Un Père de l’Eglise, saint Césaire d’Arles, au sud de la France, s’est adressé - ainsi aux laïcs Ve siècle dans une de ses homélies : « Venez nous voir, nous les évêques, et exigez de nous avec insistance que nous vous donnions la vraie et saine nourriture de la foi. Ne cessez de nous le demander, même si vous devez nous frapper. » Et il a donné l’exemple d’une vache avec son veau auquel la mère vache ne donne pas de lait : alors le veau vient, et avec sa tête il frappe la vache jusqu’à ce qu’elle lui donne du lait. Saint Césaire ajoutait : « C’est ce que vous, les fidèles laïcs, devez faire : aller voir le pasteur – je veux dire les évêques ou même le pape – et frappez-le. » Mais un tel coup de tête ne fait pas mal, il ne blesse pas, c’est seulement un coup léger, il ne blesse pas le corps de la vache – mais elle se rend compte qu’elle doit donner du lait. Et de même pour le pape et les évêques… Donc vous pouvez faire cela : élevez votre voix, et dites : « Nous en avons le droit, s’il vous plaît, Saint Père, donnez-nous le vrai lait pur et intégral de la foi catholique, de connaissance catholique. Nous en avons le droit. Nous sommes les enfants de l’Eglise. S’il vous plaît, n’enfermez pas ces trésors, et s’il vous plaît, parlez clairement et enseignez-nous », et ainsi de suite ; en ce sens, vous pouvez le faire.

– Je me rappelle qu’au cours de la préparation du synode sur l’Amazonie, vous et Son Éminence le Cardinal Burke aviez publié un document de huit pages mettant en garde contre certaines propositions hérétiques ou en tout cas problématiques dans le document de travail du Synode, ce qui, je pense, était très important. Si vous n’êtes pas catholique, mais simplement un journaliste à Rome, et que vous voyez un cardinal et un évêque évoquer la possibilité d’une hérésie au sein même d’un synode, comment éviter qu’une action aussi nécessaire que la vôtre nuise à l’institution de la papauté elle-même dans le monde moderne, où les gens ne lisent pas beaucoup et ne sont pas formés ? Nous devons parler comme vous le dites, nous devons parler avec respect, mais nous courons le risque de nuire à la papauté parce que le monde peut regarder la papauté et dire qu’évidemment elle ne jouit d’aucune protection, qu’il s’agit d’une l’institution humaine puisqu’elle peut même tomber dans l’hérésie. Quelle serait dès lors une bonne approche ?

– Oui, ce que vous évoquez là est un vrai problème, et nous devons le reconnaître, et comprendre que nous faisons face à un véritable cas rare dans toute l’histoire de l’Eglise. Nous devons le dire simplement : notre crise morale doctrinale actuelle – au sein de la papauté aujourd’hui, c’est bien une crise de la papauté, et bien sûr dans l’épiscopat – est telle qu’il s’en est rarement produit de cette manière au niveau doctrinal au cours des 2.000 ans de l’histoire de l’Eglise. Nous avons eu des crises de la papauté, plusieurs même, et même des crises d’immoralité très profondes, toujours d’ordre moral. Au Xe siècle, le saeculum obscurum, le style de vie immoral de certains papes du Xe siècle, disons, et évidemment plus tard celui des papes de la Renaissance, furent de grands scandales qui souillèrent la papauté, le Saint-Siège et la chaire de Pierre. Mais des crises de la doctrine… qu’un pape sème la confusion doctrinale, c’est bien plus grave que le fait qu’un pape mène sa vie personnelle de façon immorale ; une telle crise fait un plus grand tort car elle sape les fondements de la foi elle-même parmi le peuple de Dieu. Nous n’avons eu que de rares cas de cette confusion doctrinale qui s’est répandue du fait de l’attitude erronée d’un pape ; le premier fut celui de Liberius au IVe siècle lors de la crise arienne. Le pape Liberius céda, acceptant de signer une formule de foi ambiguë : ce n’était pas une formule hérétique directe, grâce à Dieu, mais une formule ambiguë. Mais l’ambiguïté entraîne toujours la confusion et, par conséquent, Liberius est devenu le premier pape de l’histoire de l’Eglise qui n’a pas été canonisé. Tous ses prédécesseurs depuis saint Pierre ont été canonisés, soit comme martyrs, soit comme confesseurs de la foi. Liberius a aussi abandonné saint Athanase et accepté de consentir à ce qu’il soit excommunié.

L’autre problème doctrinal est celui que nous avons eu au XIVe siècle – vous voyez combien c’est rare, du IVe siècle au XIVe, mille ans, il n’y a pas eu de problème doctrinal au Saint-Siège en tant que tel. Des problèmes moraux, ça oui, il y en a eu. C’est le pape Jean XXII qui a commencé à répandre dans son magistère ordinaire, ou quotidien ainsi que nous l’appelons, dans ses discours et homélies, une hérésie de facto, affirmant que les saints et les âmes qui ont été purifiés après le purgatoire ou qui étaient déjà purifiés ici-bas, n’avaient pas la vision béatifique, mais l’auraient seulement quand le Christ reviendrait pour le jugement dernier, et quand Dieu créerait un nouveau ciel et une nouvelle terre : il affirmait que c’est alors seulement qu’ils entreraient tous dans la vision béatifique. Cela est faux, Jésus a dit au Bon Larron : « Aujourd’hui tu seras avec moi au paradis. » Jean XXII a répandu cette idée et certains ont résisté, mais le clergé n’a pas résisté parce que chacun avait peur de compromettre sa carrière. Un seul cardinal a résisté au Pape. Un seul cardinal...

– C’étaient surtout des laïcs qui résistaient.

– Principalement des laïcs, et parmi les laïcs qui ont le plus résisté, il y avait le roi de France. Celui-ci a déclaré que c’était un enseignement erroné, que nous ne pouvions pas l’accepter, et l’université de la Sorbonne l’a également condamné. On raconte même – je ne sais pas si c’est vrai – on raconte que le roi de France de l’époque aurait dit que si le pape venait à Paris et ne se repentait pas de son enseignement erroné, il serait brûlé comme un hérétique. Je ne sais pas si c’est vrai...

– Le bon vieux temps ! 

– C’est ce qu’on raconte. Et en tout cas il est démontré que les laïcs se sont inquiétés de ce mauvais enseignement. Comment imaginer que les saints ne soient pas avec Dieu, ne contemplent pas Dieu ? En tout cas, et grâce à Dieu, le pape s’est repenti avant de mourir ; il a rétracté ses erreurs et a appelé le collège des cardinaux et s’est repenti.

– Puis-je vous interrompre pour une question. Lorsque Jean XXII est tombé dans l’hérésie et a même prêché l’hérésie, a-t-il perdu sa charge ?

– Non.

– Temporairement ?

– Non, ce n’était pas une hérésie formelle, vous savez, parce que l’Eglise n’avait pas encore proclamé comme un dogme de la foi que tous ceux qui sont justifiés entreront dans la vision béatifique de Dieu immédiatement. Cela n’était pas encore proclamé comme dogme de manière formelle. C’était dans les Saintes Ecritures bien sûr, et donc il n’y a pas de question à se poser pour savoir s’il était un hérétique, mais pour être un hérétique formel, il faut aussi l’obstination. Cette notion signifie que pour qu’une personne soit déclarée formellement hérétique, il doit y avoir de l’obstination.

– Persévérer dans l’hérésie...

– Persévérer après les admonitions et ainsi de suite : ce ne fut pas le cas. Peut-être était-il aussi obstiné : il a refusé, mais il s’est repenti, grâce à Dieu, et ensuite le cardinal qui l’avait admonesté a été élu son successeur, Benoît XII, lequel a proclamé formellement comme dogme de foi cette vérité que son prédécesseur sapait ou niait. Ce fut donc un de ces cas rares.
Le cas suivant, nous l’avons aujourd’hui. Après le XIVe siècle, nous avons maintenant, au XXIe siècle, la même chose, voire un cas plus grave que les deux cas précédents, mais Dieu interviendra comme Il est aussi intervenu dans les cas antérieurs. Nous devons faire notre travail pour admonester le pape avec persistance, et aussi prier pour lui. Je pense qu’il est important pour les laïcs, mais aussi pour les évêques, lorsqu’ils font des admonestations ou des appels, de toujours les accompagner de prières, et pas seulement de prières : je pense qu’il faut y ajouter des actes de réparation, parce que nous sommes une famille, nous sommes un corps. Quand un membre souffre, tous les autres membres souffrent. Quand la tête souffre – aujourd’hui c’est la tête de l’Eglise, la tête visible qui souffre, qui est en quelque sorte malade – alors nous le ressentons dans tout le corps. Notre tête traverse une maladie, une faiblesse, et nous devons l’aider, pour que le sang – la circulation surnaturelle des grâces dans le corps, le Corps mystique du Christ – atteigne ces parties malades de la tête, c’est-à-dire le Saint-Siège à notre époque. Nous devons les aider par des prières, et aussi par des actes de réparation.


– Je connais votre travail, et je vous ai vu au Kazakhstan, vous avez été très charitable envers le pape, l’aidant à voir les paysans du Kazakhstan et ainsi de suite. C’était un merveilleux exemple de ce nous sommes appelés à faire, je pense, et je suis curieux parce que c’est aussi important, tout aussi important, que lors de cet événement même, lorsqu’il était au Kazakhstan, vous ayez dit ce que vous avez dit quant aux dangers de ce genre de réunion – bien sûr, avec Mortalium animos, vous étiez largement soutenu par l’enseignement constant de l’Eglise. Beaucoup ont trouvé un grand réconfort dans le fait que vous ayez dit ce que vous avez dit, car si personne ne s’exprime, je pense qu’il y a une tentation de désespoir et de dépression, et de penser que l’Eglise a complètement déraillé. Je suppose que ma question est la suivante : il semble que le travail de prise de parole ne va pas pousser les gens hors de l’Eglise. Si nous parlons correctement selon vos recommandations, dans la charité mais avec intransigeance, je pense que cela aide les gens à rester dans l’Eglise. Cela correspond-il en quelque sorte à vos intentions ?

– Bien sûr. Nous ne pouvons pas quitter l’Eglise, nous sommes dans l’Eglise, nous sommes membres de l’Eglise, et lorsque l’Eglise souffre, et que le Saint-Siège est maintenant, dans une certaine mesure, occupé par des forces qui portent atteinte à la foi, qui sapent manifestement la foi, cela reste vrai. Mais c’est un phénomène temporaire, donc nous devons aussi voir de manière surnaturelle que l’Eglise est entre les mains de Dieu, entre les mains du Christ. Même lors de la plus grande tempête de la mer, lorsque Jésus est dans le bateau, endormi, mais dans le bateau, le bateau ne peut pas couler. Il faut avoir cette vision de l’indestructibilité de l’Eglise, et nous devons rester dans l’Eglise parce que nous n’avons pas d’autre endroit où aller ; nous ne devons pas créer une sorte de « notre église », ou une secte, ou une quelconque communauté indépendante : cela n’est pas catholique. Le catholique est toujours en union avec un pape et un évêque. Voilà ce qui est catholique. Même si nous devons, à regret, admonester le pape, ou lui adresser des appels et des corrections, il reste le pape, et nous continuerons à prier pour lui, nous continuerons même à l’aimer, peut-être même davantage, car il se trouve dans une situation pitoyable. Imaginez ce dont il devra répondre devant le Tribunal de Dieu – c’est effrayant ce dont il devra répondre pour avoir laissé dans l’Eglise un tel chaos, une telle confusion. Nous devons avoir vraiment pitié de son âme et l’aimer, aimer l’âme de François, prier pour lui, faire des sacrifices pour lui afin qu’il soit éclairé et reconnaisse les erreurs qu’il commet, comme Jean XXII a eu la grâce de se repentir avant de mourir. Ce serait une grande grâce : nous devons l’implorer pour le pape François et pour d’autres évêques qui sèment aussi la confusion dans l’Eglise.

Nous ne devons donc pas nous enfermer dans la colère, ou dire que désormais je n’aurai plus rien à voir avec ce pape, je n’aurai plus rien à voir avec cet évêque ; non, ce n’est pas l’attitude d’un catholique, c’est l’attitude d’un sectaire, en définitive, et nous devons éviter ces tentations. Nous devons continuer même si, dans certains cas, nous disons que nous ne pouvons pas obéir en ce moment au pape parce qu’il a émis ces commandements ou ces ordres qui, de toute évidence, sapent la foi, ou qui nous enlèvent le trésor de la liturgie ; elle est la liturgie de toute l’Eglise, non pas la sienne, mais celle de nos pères et de nos saints, donc nous y avons droit. Dans ces cas, même si nous désobéissons formellement, nous obéirons à l’église entière de tous les temps, et même, par une telle désobéissance formelle apparente, nous ferons honneur au Saint-Siège en gardant les trésors de la liturgie, qui est un trésor du Saint-Siège, mais qui est temporairement limité ou objet de discrimination de la part de ceux qui occupent actuellement de hautes fonctions au Saint-Siège.

Nous devons donc comprendre que le Saint-Siège est plus grand qu’un seul pape, et que tout cela est fait pour l’honneur du Saint-Siège et, en fin de compte, pour l’amour du Pape. Car lorsqu’un jour il comparaîtra devant le Tribunal de Dieu et que Dieu dira : « Parce que tu as donné ces ordres, tu as porté atteinte au bien spirituel de l’Eglise » ; et que le Seigneur dira au pape : « Parce que tu as interdit ou marginalisé et fait des discriminations à l’égard de la sainte liturgie des saints de tous les âges, ces véritables trésors, cela relève de ta responsabilité, et l’Eglise a perdu de nombreuses grâces parce que tu as confiné la liturgie des saints de tous les âges », alors le Seigneur lui montrera ceci : « Mais tu sais, pendant ton pontificat il y avait des groupes, des prêtres, qui ne t’ont pas obéi en collaborant à cette marginalisation de la liturgie, et ils ont néanmoins continué à célébrer la liturgie, et donc ta culpabilité peut être un peu diminuée, parce que sous ton pontificat il y avait encore des endroits où la liturgie de tous les âges était célébrée. » C’est seulement une imagination de ma part... Et donc nous dirons au Pape : « Saint-Père, même si nous vous désobéissons, nous le faisons par amour pour vous, pour le Saint-Siège, pour la liturgie de tous les saints, et ce sera pour vous, à l’heure de votre jugement, une consolation, car nous n’avons pas collaboré à vos ordres néfastes. »

– Votre Excellence, c’est magnifiquement dit, et je pensais à toutes les personnes qui nous contactent, jour après jour, des gens du monde entier qui regardent Remnant TV ou qui lisent notre journal : ce que vous venez de dire, j’aimerais le découper et l’envoyer aux prêtres qui se demandent ce qu’ils doivent faire dans le cadre de Traditionis custodes, car je pense qu’il est très important que les prêtres et les évêques réfléchissent vraiment à la situation des laïcs en ce moment ! Elle est tellement décourageante, parce que non seulement ils perdent leur messe en latin – je parle de pères et de mères avec sept, huit, neuf, dix jeunes enfants, qui ont fait 45 minutes, 50 minutes, une heure de route tous les dimanches, toutes les semaines pendant 25 ans, pour essayer d’élever leurs familles, sur plusieurs générations, et aujourd’hui même cette messe lointaine est supprimée par le pape sans aucune raison apparente qui puisse avoir un sens pour eux. Donc je pense que la désobéissance de ces prêtres qui ont la possibilité de continuer à offrir la messe traditionnelle en latin à ces beaux catholiques qui essaient simplement de rester fidèles, les aidera à rester dans l’Eglise.

– Exactement, et au cours de ces messes, même si elles ne sont pas formellement approuvées, ceci est toujours important : il faut prier pour le pape, François, prier pour l’évêque du diocèse, même à haute voix, avec une voix forte, pour qu’on voie que nous ne sommes pas schismatiques, que nous ne sommes pas une nouvelle secte ou autre, et que nous prions pour le pape. Et ainsi, nous l’aimons, mais nous ne pouvons pas, temporairement, suivre ses ordres préjudiciables, nuisibles.

En outre, ces prêtres doivent avoir un supérieur ; c’est très important. Ils ne peuvent pas être leur propre pape ou leur propre évêque : ce n’est pas catholique, tout simplement pas catholique. Cela ferait, avec le temps, dégénérer ce prêtre en une sorte de gourou. Nous en avons beaucoup d’exemples aujourd’hui, malheureusement, y compris dans le monde traditionnel : des prêtres qui sont complètement indépendants. Cela ne se peut pas. C’est contraire à l’esprit catholique. Un prêtre ne peut pas être indépendant. Il doit avoir un supérieur.

– Et s’il n’en a pas, que doit-il faire ?

– Il doit chercher un supérieur, il ne peut pas être indépendant : ce n’est pas catholique. Alors il doit aller dans une communauté, ou dans la Fraternité Saint-Pie X, ou s’affilier, pour avoir au moins un supérieur à qui il devra rendre des comptes. Un prêtre doit avoir un supérieur, sinon il commence à développer sa propre… qu’il est un pape, qu’il est un évêque, qu’il est tout ! Et c’est tellement dangereux. Alors cherchez, bien sûr, une communauté qui soit approuvée, même si cela doit être la Fraternité Saint-Pie X, qui est en partie approuvée par le Saint-Siège, grâce aux concessions que le Saint-Père leur a accordées. Alors il y aura bien une structure, une obéissance, une subordination. Ou dans des cas très rares, peut-être un évêque à la retraite, un évêque catholique à la retraite qui a encore des facultés, qui est en règle même s’il est à la retraite ; et le prêtre peut se soumettre à cet évêque pour recevoir de lui des ordres et rendre des comptes, de façon discrète et peut-être temporaire, jusqu’à ce que le Saint-Siège ait à nouveau ceux qui, à cette place, vont promouvoir et protéger la sainte tradition.

– Il est donc évidemment très important pour nous, un peu comme les chrétiens dans les catacombes d’autrefois, de nous réunir et d’avoir des discussions très sérieuses, car nous sommes dans un état d’urgence maintenant, dans le sens de ce que vous venez de dire. Comment allons-nous mener la discussion, et le rassemblement des prêtres et des évêques favorables ? La résolution de ce problème est extrêmement importante en ce moment, comme vous venez de le dire, nous devons avoir ces conversations plutôt que de nous rebeller, de réagir et de nous retrouver dans une situation problématique. L’année dernière, je crois que j’ai terminé notre entretien en vous posant une question au sujet des anges, car il est évident que les amis angéliques sont si importants en cette période sombre et je me demande si vous pourriez dire quelque chose... Je suis d’ailleurs frappé par le fait que la Sainte Vierge – de toute évidence, elle est la « personne à contacter » pour l’intercession de toute façon – comprend, elle qui est un être humain comme nous, ce que c’est que de perdre Jésus-Christ par la mort sur la croix, et aussi de perdre Pierre. Pendant cette période où elle s’est soudainement rendue compte que même Pierre, même l’apôtre numéro un du Christ, avait trahi son Fils avant de mourir sur la croix, et que son Fils était au courant de cette trahison, cela a dû profondément blesser son cœur, cela a dû être pour elle une chose très difficile. Pouvons-nous tirer quelque chose de ce que la Vierge a vécu à cet égard, pour savoir comment nous devons faire face au fait que nous perdons la messe et que nous perdons Pierre pour un temps ?

– C’est un très bon exemple que vous avez évoqué, oui, il est très profond. Je pense que nous devons demander à Notre Dame d’avoir son attitude, de ne pas désespérer ; quand elle a vu la trahison de Pierre, imaginez !, et que lui, Pierre, a même abandonné la croix – seul Jean est resté : un seul apôtre, et tous les apôtres ont fui – elle a continué à aimer les apôtres. Elle n’a pas réagi contre eux avec colère, elle a continué à prier pour eux, et puis elle a imploré à la Pentecôte, avec son Cœur Immaculé, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, elle était là. Voilà notre attitude : nous devons prier pour eux, les aimer même s’ils sont des traîtres, et faire réparation.

Vous avez également mentionné les anges. Nous sommes aujourd’hui dans un grand combat, une guerre, une guerre spirituelle entre les mauvais esprits et les bons esprits, les Anges ; entre la vérité et l’hérésie, l’erreur ; entre la sainteté et les péchés et les vices ; entre le caractère sacré de la liturgie et la désacralisation et les blasphèmes dans la liturgie. C’est un contraste, c’est un combat et dans ce combat, nous devons bien sûr invoquer les saints anges comme compagnons, nos co-combattants, nos co-équipiers. Et ils veulent nous aider. Nous devons donc construire une armée spirituelle avec les saints Anges, avec saint Michel-Archange, et les invoquer pour expulser les mauvais esprits présents, ainsi que l’influence des mauvais esprits dans nos communautés, dans l’Eglise, au Saint-Siège, dans les chancelleries et ainsi de suite. Nous devons les invoquer pour qu’ils envoient les anges car nous sommes une seule et même famille. De nombreux saints avaient cette attitude et cette pratique d’envoyer les anges gardiens à un autre ange gardien. Saint Padre Pio faisait souvent cela : il envoyait son saint ange aux autres saints anges de telle personne qui devait faire un travail important. Nous pouvons donc envoyer nos saints anges à l’ange gardien du pape ou de l’évêque, pour le renforcer, pour que l’ange gardien du pape puisse mieux influencer, pour que le pape soit ouvert et entende la voix de son ange gardien – de ses anges gardiens ! Car je pense que les papes reçoivent des anges spéciaux en plus de leur propre ange gardien, et les évêques aussi. Donc nous devons collaborer, faire une stratégie avec les Saints Anges.

Vous savez qu’aujourd’hui, dans le monde, dans et à l’intérieur de l’Eglise, au sein même de l’Eglise, les forces du mal sont les maîtres de la stratégie ; nous devons nous aussi élaborer des stratégies, mais des stratégies saintes, pas des stratégies du mal. Donc, nous devons envoyer les anges et les invoquer et établir ces stratégies avec les saints carburants dont nous disposons, et Dieu, avec ceux-ci, et avec nos saints protecteurs et aides, interviendra, et le temps viendra. Nous devons simplement faire confiance et faire ce que nous pouvons ;  et même si nous semons dans les larmes, Dieu nous donnera à nouveau une récolte, en son temps. Que devons-nous faire ? Ce que nous pouvons pour rester fidèles à la foi catholique, pour mener une vie vertueuse, avec la charité toujours pour protéger la foi, pour être des défenseurs de la foi, pour être des apologètes aussi : telle est notre mission. Nous devons accroître notre mission en tant qu’Église militante, faire grandir notre conscience, et nous rappeler que nous sommes ensemble une grande famille ; être toujours conscients et convaincus de ce que nous sommes les vainqueurs. La foi catholique gagnera malgré cette énorme, cette extraordinaire crise de la papauté à notre époque, elle gagnera.

– Merci beaucoup, Votre Excellence. Je termine cette interview en vous confessant qu’en tant que laïc et en regardant ce qui arrive à l’Eglise, céder à la colère est très, très facile, et j’y suis très porté. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui sont très frustrés et très découragés par ce qui se passe aux plus hauts niveaux de l’Eglise, et j’apprécie vos constantes orientations et votre exemple sur la façon dont nous devons, comme vous le dites, nous assurer que la stratégie, la résistance, l’admonestation, peu importe le nom qu’on lui donne, porte de bons fruits. Je pense que nous avons tous besoin qu’on nous le fasse comprendre, car nous risquons de nous mettre en colère, de perdre les pédales et de nuire à la cause du Christ. J’apprécie vraiment que vous soyez venu à la Conférence sur l’identité catholique pour nous rappeler comment nous battre comme des guerriers : une opposition loyale, mais des guerriers de Jésus-Christ.

– Alors, que Dieu vous bénisse, ainsi que tous vos amis et tous ceux qui sont avec nous dans leur cœur – et un cœur aimant – faisant le travail et œuvrant pour le vrai renouveau de l’Église, de notre sainte Mère, l’Église.

Propos recueillis par Michael Matt.

© leblogdejeannesmits pour la traduction.


• Pour approfondir le sens de la messe avec Mgr Athanasius Schneider, rien de mieux que son dernier livre, La Messe catholique, que j’ai eu le grand honneur de traduire. Je gage qu’il vous fera encore davantage aimer la messe, et en particulier la messe traditionnelle. A découvrir absolument ! On peut se le procurer ici via ce blog.






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