11 décembre, 2018

Robert Spaemann est mort le lundi 10 décembre 2018 : défenseur de la messe traditionnelle, il dénonçait aussi “Amoris laetitia”

Le Pr Robert Spaemann a été rappelé à Dieu le lundi 10 décembre, au terme d'une longue maladie. Cet ami personnel du pape émérite, Benoît XVI, était un penseur catholique attaché à la philosophia perennis,  et – par un goût somme toute voisin parce que cohérent – à la forme traditionnelle de la liturgie latine, et en particulier de la messe. Il fut conseiller de Jean-Paul II, mais c’est seulement après l’élection au pontificat de son cher compatriote Josef Ratzinger qu’il a vu la messe tridentine retrouver son droit de cité. Après l'élection du pape François, il devait annoncer clairement son opposition non seulement aux interprétations hétérodoxes d’Amoris laetitia mais à au moins une contradiction directe à l'égard de l'enseignement traditionnel de l'Eglise contenue dans cette Exhortation apostolique.

J'emprunte à Rorate-Caeli quelques éléments de la biographie insolite de ce philosophe profondément traditionnel. Né en 1927 à Berlin, il fait son entrée dans le monde dans un milieu on ne peut plus éloigné du catholicisme. Son père, Heinrich Spaemann, est un écrivain socialiste d'origine protestante ; sa mère, Ruth Krämer, disciple de Mary Wigman, est danseuse d’avant-garde. Leur conversion en 1930 va bouleverser leur vie. Cette année-là, le petit Robert est baptisé catholique. Ruth meurt en 1936 ; Heinrich se plonge dans des études de théologie et sera ordonné prêtre en 1942 par le bienheureux Clemens von Galen, évêque de Münster. Robert a 15 ans.

Lui-même a étudié la philosophie, histoire, la théologie et les langues latines avant d'entamer une carrière d'universitaire dont la mise en place le mènera de Louis de Bonald et des origines de la sociologie qu'il explore dans sa thèse de doctorat, à une monographie sur la controverse entre Fénelon et Bossuet qui lui vaudra sa nomination de professeur. Les universités de Münster, Stuttgart, Heidelberg et Münich l'accueilleront au fil des ans.

Robert Spaemann, en une époque malade du relativisme et du nominalisme – qui atteint son paroxysme dans l'idéologie du genre – s'est imposé comme un penseur réaliste dans le sillage d'Aristote dont il défend la réflexion téléologique sur la nature. En 1978, dans un essai remarqué, Nature, Spaemann explique même que l'oubli de cette compréhension de la nature appuyée sur la finalité a dès les débuts de la modernité ouvert la voie à la crise actuelle de la civilisation.
Il n'est pas non plus affecté par le défaut du moralisme – choses à avoir à l'esprit en considérant sa manière d'aborder les confusions actuelles dans l’Eglise –  puisqu'avec Aristote et  la pensées chrétiennes il voit dans le bonheur le fondement de l’éthique. Le bonheur selon sa conception classique, s’entend… Cohérence toujours : c'est au nom de cette éthique du bonheur il s'oppose aux utopies marxistes et même à toutes les utopies politiques en général. En tant que philosophe, il a vigoureusement défendu le droit de vivre des enfants à naître.

Rorate-Caeli rappelle que Spaemann avait assisté à la conférence liturgique de 2001 à Fontgombault avec son ami le ardinal Ratzinger. La nécrologie publiée par ce site anglophone rapporte une anecdote contée par Robert Spaemann à sa rédaction en 2016 :
« J’ai assisté un jour à une procession de Fête-Dieu dans le diocèse de Feltkirch en Autriche. Elle était présidée par l’évêque, qui est membre de l’Opus Dei. Aux autels reposoirs, l’évêque tournait le dos à l'ostensoir en récitant les prières. Je me suis dit que si un enfant voyait cela, il lui serait désormais impossible de croire que le Seigneur est présent dans la sainte Hostie, car les petits savent très bien que lorsqu'on parle à quelqu'un, on ne lui tombe pas le dos. Des choses comme celles-là sont très importantes. Cela ne sert à rien que l'enfant étudie son catéchisme si ce qu'il apprend est contredit sous ses propres yeux. Je crois donc que la première chose à faire est de retourner l’autel. Il me semble que cela est plus important que le retour au latin. Personnellement, j'ai de nombreuses raisons d'apprécier le latin, mais ce n'est pas la question la plus fondamentale. Pour ma part, j'aimerais mieux une messe traditionnelle dite en allemand à une nouvelle messe dite en latin. »
Ces dernières années, Robert Spaemann s'est exprimé à plusieurs reprises sur la confusion semée par Amoris laetitia à la suite des deux synodes sur la famille.

Homme à la pensée claire, attaché au sens des mots et à leur relation avec la réalité, Spaemann refusait ainsi de tourner autour du pot en ce qui concerne certains propos contenus dans le cette exhortation apostolique du pape François. Interrogé sur le fait de savoir si une lecture d’Amoris laetitia conforme à la tradition de l’Eglise est possible, il répondait en avril 2016 à la Catholic News Agency :

« Cela est possible pour la majeure partie, et ce même alors que sa ligne générale permet des interprétations qu'il n'est pas possible de rendre compatibles avec l'enseignement de l'Eglise. Mais l'article 305 ainsi que la note 351, où il est dit que les fidèles qui se trouvent dans une “situation objective de péché” peuvent être admis aux sacrements en raison de “circonstances atténuantes”, contredit directement l'article 84 de l'exhortation Familiaris consortio de Jean-Paul II. »

J'ai traduit l'ensemble de cet entretien sur ce blog, c'est vraiment à lire dans son intégralité. Spaemann achevait ses propos par un appel à professer droitement l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et l’eucharistie :

« Chaque cardinal, mais aussi chaque évêque et chaque prêtre est appelé à la mesure de son pouvoir de maintenir pleinement la discipline catholique des sacrements et de la professer publiquement. Dans l'hypothèse où le pape n'est pas disposé à apporter des corrections, il appartiendra à un pontificat ultérieur de remettre officiellement de l’ordre. »
Il n'avait pas manqué au passage d'avertir du risque de schisme dans la situation actuelle, ajoutant cette mise en garde :

« Il faut s’attendre à une nouvelle poussée vers la sécularisation et à une nouvelle diminution du nombre des prêtres dans d’importantes parties du monde. On constate déjà depuis longtemps que les évêques et les diocèses qui ont une attitude sans équivoque en matière de foi et de morale ont aussi le plus de prêtres pour la relève. On pense aux paroles de Saint-Paul dans sa lettre aux Corinthiens : “Si la trompette ne rend qu’un son confus, qui se préparera au combat (du Saint Esprit) ?” (1 Cor, 14, 8). »

Sur le même sujet, Robert Spaemann avait confié dès août 2014 une tribune à First Things, que j’ai traduite ici – c’était à la suite des propositions Kasper en vue du  synode extraordinaire sur la famille qui allait se tenir quelque mois plus tard.

Le site « benoit-et-moi » publiait en 2016 la traduction française de l'interview donnée par Spaemann à La nuova bussola où il apportait son soutien aux cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner qui venaient d’adresser leurs questions sur Amoris laetitia sous forme de « doutes » (Dubia) au pape François – des questions toujours restées sans réponse. Il disait, notamment : « Il est regrettable que quatre cardinaux seulement aient pris l'initiative dans cette histoire. »

N’oublions pas de prier pour le repos de l’âme de ce grand défenseur de la foi, de la vérité et de l’intelligence occidentale.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



06 décembre, 2018

Jamie Schmidt, martyre de la chasteté ? Cette femme est morte pour avoir refusé de céder à son violeur, « au nom de Dieu »


Jamie Schmidt : plutôt la mort
que la souillure
 L’histoire que je vais vous raconter est terrifiante et magnifique – et surtout, elle est vraie. C’est celle d’une femme ordinaire, la cinquantaine, mariée, trois enfants. Elle s’appelle Jamie Schmidt. S’appelait, plutôt. Car elle est morte assassinée, pour avoir préféré la pudeur, la chasteté et la fidélité conjugale à la souillure. Il y a quelque chose de sainte Maria Goretti dans cette histoire, quelque chose de saint Charles Lwanga et ses compagnons ; peut-être bien la foi et le sang d’une martyre… La première sainte martyre née sur le sol des Etats-Unis ? Déjà, un prêtre plaide sa cause…

Tout s’est déroulé très vite, le 19 novembre dernier à Saint-Louis, Missouri. Jamie Schmidt, 53 ans, paroissienne zélée, aimable et pieuse, mais aussi discrète et modeste, allait faire ses courses au Catholic Supply local de la Manchester Road où elle s’apprêtait à acheter des fournitures pour fabriquer des chapelets – son apostolat à elle. Sur place, deux employées, l’une d’une vingtaine d’années, l’autre, la cinquantaine aussi. En ce milieu d’après-midi, le magasin était calme. Il n’y avait personne d’autre.

Thomas Bruce, identifié
comme le tueur
Voici pourtant qu’entre un homme trapu, d’âge moyen. Il jette un coup d’œil, constate la présence des trois femmes, puis annonce qu’il a laissé sa carte de crédit dans la voiture. Il dit qu’il va la chercher parce qu’il voudrait faire quelques achats. Mais ce n’est pas une carte bancaire qu’il rapporte : il revient dans le magasin, revolver au poing.

C’est sous la menace de son arme qu’il oblige les trois femmes à se rassembler dans l’arrière-boutique, terrorisées. Là, horreur, il oblige sa première victime à se dévêtir entièrement. Et la viole, ou plus exactement la sodomise. La deuxième femme subit le même traitement.

Mais lorsque vient le tour de Jamie, celle-ci – malgré le choc, malgré le revolver braqué sur sa tête et la mort qui menace – refuse, calmement, avec assurance. Elle regarde son agresseur droit dans les yeux. Et elle dit (les deux autres victimes en ont témoigné) : « Au nom de Dieu, je n’enlèverai pas mes vêtements. »

(« En nom Dieu, je ne crains pas les gens d’armes », disait Jeanne d’Arc…)

Cela met son agresseur en rage : le coup de feu part aussitôt, à bout portant ; Jamie est gravement blessée à  la tête. Elle s’écroule. Mais alors qu’elle gît là, mortellement touchée, elle murmure le Notre Père – l’une des survivantes en atteste.

Le criminel, lui, s’est enfui. L’ambulance est arrivée vite, Jamie a été emmenée toutes sirènes hurlantes à l’hôpital le plus proche, mais il n’y avait aucun espoir pour elle. De l’espérance, ça oui… Le soir même, en rendant son dernier soupir, Jamie avait encore sur les lèvres les mots, à peine audibles, du Notre Père. Sa Volonté, elle l’avait acceptée, elle l’avait faite. Elle a préféré la résistance héroïque, au prix du sacrifice de sa vie, aux exigences démoniaques d’un sadique, à la solution apparemment plus facile : se soumettre sous la contrainte.

Le criminel a été retrouvé grâce aux descriptions précises fournies par les deux victimes survivantes dès le mercredi 21 novembre. Thomas Bruce – désormais incarcéré – est un ancien pasteur chrétien, marié, vivant dans un parc à caravanes avec sa femme à Imperial à trente kilomètres de Saint-Louis. Il ne connaissait pas les victimes, il n’avait rien contre elles sur le plan personnel. Pourquoi a-t-il choisi un magasin catholique ? L’instruction de son procès pour meurtre, séquestration et sodomie le dira peut-être.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le geste héroïque de Jamie Schmidt a été dicté par sa foi. Elle n’a pas transigé. Elle n’a pas choisi l’option de subir d’abord, et de se plaindre ensuite. Elle n’a rien cédé. Elle a proclamé, haut et fort, son attachement à la décence et à la chasteté conjugale, son refus de l’adultère et de la perversion.

Par les temps qui courent, quelle leçon ! « En nom Dieu »…


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



04 décembre, 2018

Mgr Carlo Maria Viganò répond aux accusations d'escroquerie à l'héritage utilisées pour discréditer son témoignage à propos du pape François

Les avocats de Mgr Carlo Maria Viganò viennent de réagir de manière très précise aux informations qui ont circulé à propos d'un différend judiciaire qui l'opposait à un de ses frères, prêtre et handicapé, dans le cadre du règlement d'une succession un peu compliqué. Mgr Viganò nie catégoriquement avoir escroqué son frère, Lorenzo, de la somme de 1,8 million d’euros qu'un récent jugement du tribunal de Milan vient d'ordonner à l’ancien nonce apostolique à Washington de rétrocéder à son frère. S’il n'a pas été fait appel de ce jugement, devenu de ce fait définitif, celui qui a fait les gros titres de la presse à travers ses témoignages mettant en cause le pape François, notamment dans le dossier de l’ex-cardinal Theodore McCarrick, a tenu à fournir des explications. Le jugement du 9 octobre dernier du tribunal de Milan a en effet été largement utilisé, depuis que les journaux en ont eu connaissance à la mi-novembre, pour discréditer ces témoignages.

Les médias italiens avaient ouvert le bal en accusant Mgr Viganò de « fraude », d’« escroquerie », de « détournements de fonds » et de « vol » à l’encontre du P. Lorenzo, faisant apparaître l’affaire comme preuve de la fondamentale malhonnêteté du prélat :  le grand accusateur pris la main dans le sac, en quelque sorte.

Il faut savoir que le jugement de Milan est tombé neuf ans après l’ouverture de la procédure par le P. Lorenzo, prêtre du diocèse de Pavie vivant actuellement à Chicago, et six semaines après  la publication du premier témoignage de Mgr Viganò. Le 19 octobre suivant, celui-ci publiait son  troisième et dernier témoignage en date. La concordance des dates est  pour le moins troublante : disons que l'affaire judiciaire tombe à point nommé pour permettre l'allumage d'un contre-feu.

Le  communiqué rendu public par les avocats de Mgr Viganò explique que celui-ci ne fait pas appel dans l'intérêt de la paix et qu'il espère retrouver de bonnes relations avec son frère. La somme de 1,8 million d’euros ainsi que les frais judiciaires afférents ont déjà été versés.

Pour comprendre la lecture du communiqué, il faut d'abord connaître certains faits tels qu’ils ont été résumés par LifeSiteNews.

Les Viganò étaient des industriels de Lombardie, à la tête d’une fortune considérable, fruit de l’aciérie familiale. A la mort du père, les actifs furent partagés parmi les huit enfants, chacun recevant ce qui correspondait à son sens le mieux à leur état de vie : les affaires industrielles échurent aux garçons, d'autres actifs revinrent aux filles, tandis que les deux fils prêtres, Carlo Maria et Lorenzo héritèrent de très riches terres agricoles à proximité de Milan, dont la gestion pourrait être confiée à un bon intendant, de telle sorte que les deux  hommes puissent se vouer sans réserve à leur mission sacerdotale. Ils disposaient d'un pouvoir conjoint sur leur part qu'ils administraient de concert : celle-ci représentait 20 millions d’euros pour ce qui est des terres et de 6 millions d'euros en liquidités. Chaque frère pouvait  agir au nom de l’autre. Ensemble, ils avaient décidé d'allouer une part importante de leurs biens à des œuvres charitables : des bourses étudiantes pour des jeunes venant de pays pauvres, la construction du monastère carmélite « Fiat Pax » à Gitega, au Burundi…

Les bâtiments de ce monastère ont coûté plus de 2 millions d'euros : les deux frères les ont dédiés à leurs parents, Adeodato et Sophia, comme le rappelle une plaque commémorative sur place :

Le carmel “Fiat Pax” à Gitega, Burundi, financé par les frères Viganò



La plaque commémorative au carmel “Fiat Pax”
En 1996, le P. Lorenzo a été victime d’un AVC qui l’a laissé dans le coma pendant deux semaines. Il devait en sortir mais garder des séquelles importantes, puisqu'il était désormais hémiplégique. Mais pour ce qui est des relations avec son frère, elles se dégradèrent, comme l'explique le communiqué des avocats de Carlo Maria, en novembre 2008, date à laquelle le père Lorenzo cessa subitement et totalement de communiquer avec Mgr Viganò, affirmant que ce dernier cherchait à le kidnapper. C'est à ce moment-là qu'il devait fuir Milan.

LifeSite a appris qu'en 2009, le père Lorenzo annula la procuration réciproque qui permettait aux deux frères de gérer leur héritage l’un pour l’autre. C'est depuis ce moment-là que tout leur patrimoine immobilier a été géré par des avocats, Lorenzo refusant définitivement de reprendre contact avec son frère.

Au cours de la procédure qui a abouti à la décision du tribunal de Milan évoquée plus haut, selon LifeSite, le P. Lorenzo a nié qu'il eût accepté d'allouer des fonds pour la construction du monastère carmélite du Burundi. En faisant le bilan de leur héritage commun, il a donc été décidé par le tribunal que cette dépense devait être intégralement imputée sur la part de Mgr Viganò ;  c'est notamment pour cette raison qu'il lui a été ordonné de restituer 1,8 millions d’euros à son frère.

Voici ma traduction complète du communiqué des avocats de Carlo Maria Viganò, à l’aide notamment de la traduction officielle en anglais publié par LifeSiteNews dans le cadre d'un article signé Diane Montagna. – J.S.

« Au vu de récentes informations sans fondement publiées par de multiples journaux et médias, relative à une supposée condamnation pour « fraude », « vol » ou détournement de fonds, au détriment de son frère, le P. Lorenzo Viganò, Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque, déclare ce qui suit : 
1. Le tribunal de Milan, par un jugement numéro 10.359/2018 du 9 octobre 2018, a commandé à Mgr Vigano de payer, à la suite d'une requête judiciaire en vue de la division des actifs et de l'ajustement des débits et crédits mutuels avec son frère Don Lorenzo Viganò, la somme principale d’environ 1,8 million, 1 m en regard avec une demande initiale de don Lorenzo Viganò portant sur près de 40 millions d’euros, chiffre macroscopiquement irréaliste compte tenu de la valeur effective des biens détenus en commun par les deux frères ; 
2. Dans le cadre de ladite sentence, dont aucune des deux parties n'a fait appel et qui est donc devenue définitive, le tribunal de Milan a rejeté toutes les autres demandes présentées par Don Lorenzo Viganò, qui avait enclenché la procédure contre son frère en refusant toute médiation de la part de la famille ; 
3. Mgr Viganò a déjà spontanément soldé toutes les sommes fixées par la sentence ; 
4. Don Lorenzo Viganò, à l'issue de cette sentence, a perçu substantiellement ce qu'il aurait reçu s'il avait accepté les propositions de transaction formulées par son frère, pro bono pacis, au cours de la procédure ; 
5. Depuis plus de dix ans Don Lorenzo Viganò a soumis Mgr Viganò à un siège judiciaire et à une véritable campagne de diffamation dans la presse, omettant d'informer les journalistes complaisants que les accusations du P. Lorenzo Viganò  ont dû être abandonnées ou ont été écartées dans le cadre des 10 poursuites civiles, criminelles et administratives intentées à ce jour ; 
6. Néanmoins, Mgr Viganò a toujours subi en silence ces agressions, pour éviter de futures instrumentalisations des affaires judiciaires familiales, qui n’ont rien à voir avec les autres « affaires » institutionnelles bien connues dans lesquelles il a été impliqué ;
7. Les biens meubles et immeubles sont parvenus aux deux frères en tant qu’héritage indivis de leurs parents, qui étaient entrepreneurs dans le domaine industriel ; 
8. Mgr Viganò a affecté la plus grande partie du dit patrimoine à des œuvres caritatives et religieuses, parmi lesquelles la construction d’un séminaire au Nigeria et un Carmel au Burundi, et il continuera de le faire ; 
9. Quant aux douloureux rapports personnels avec son frère, Mgr Viganò aime profondément son frère Don Lorenzo et il ne cessera jamais d’espérer et de prier pour que son frère refasse la paix avec lui et reprenne avec lui les relations que celui-ci a unilatéralement, totalement et subitement fait cesser à la fin novembre 2008, lorsqu’il s’est enfui de Naples en accusant son frère, Mgr Carlo Maria, de chercher à le séquestrer. C’est aussi pour ce motif, alors qu’il avait des raisons valables pour ce faire, que Mgr Viganò n’a pas fait appel du jugement de première instance alors même qu’il l’estime, par de nombreux côtés, erronée et injuste. 
10. Mgr Viganò a l’intention de confier à ses avocats la charge de poursuivre en correctionnelle toute tentative de diffamation à son égard. »
Communiqué traduit par Jeanne Smits

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner





© leblogdejeannesmits





28 novembre, 2018

Je donnerai une conférence à Saumur vendredi à 19:00





1 ex. du “Pape dictateur” forfait de livraison inclus :




• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



27 novembre, 2018

Conférence de Jeanne Smits à Saumur le 30 novembre

L'association « Français, réveillez-vous » de Saumur
m'invite à donner une conférence sur l'actualité de Rome et du Vatican,

le 

Vendredi 30 novembre 2018 à 19 h 00

en tant qu'animatrice de ce blog et 
traductrice d’un ouvrage sur le pape Francois
par Henry Sire, 
ancien chevalier de l’Ordre de Malte.


Salle de la Cocasserie, rue Bonnemère, 49400 Saumur


Parking place de la Mairie
entrée 6 euros ( réduc pour couples et ados)



• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



22 novembre, 2018

Le cardinal Gerhard Müller s’exprime sur la crise des abus sexuels et sur celle de la foi dans l’Eglise : une interview de Maike Hickson pour LifeSiteNews

Dans un important entretien mené par Maike Hickson pour LifeSiteNews, l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Müller parle avec franchises des problèmes actuels au sein de l’Eglise, qu’il s’agisse de la gestion de la crise des abus sexuels de la part de clercs, de la question de l’homosexualité et de la reconnaissance dont celle-ci bénéficie de plus en plus, de sa propre éviction de ce qui était jadis le Saint-Office. Le problème n’est pas le cléricalisme, dit-il, mais l’athéisme qui s’est répandu au sein même de l’Eglise à travers le rejet de ce que l’on pourrait résumer sous les termes, droits de Dieu. Il n’est guère besoin de lire beaucoup entre les lignes pour comprendre que l’ancien gardien de la Doctrine estime celle-ci gravement menacée par la faute de la hiérarchie ecclésiastique elle-même. Voilà une interview importante, menée de la manière la plus directe par Maike Hickson, longue certainement mais qui mérite d’être lue attentivement jusqu’au bout. – J.S.

Le cardinal Müller répond aux questions de Maike Hickson pour LifeSiteNews


LifeSite : Les évêques des Etats-Unis viennent d’achever leur session d’automne à Baltimore ; à cette occasion ils n’ont pas été autorisés à voter sur les directives nationales à propos de l’implication épiscopale dans des cas d’abus sexuels (que ce soit par commission ou par omission ou par occultation), parce que le Vatican leur a dit de ne pas le faire. Les nouvelles directives auraient été notamment constituées d’un code de conduite et elles prévoyaient la mise en place d’un organisme de surveillance sous direction laïque chargé d’enquêter sur les évêques accusés d’inconduite. De nombreux catholiques aux Etats-Unis étaient dans l’attente de mesures concrètes, et ils sont aujourd’hui indignés. Pensez-vous que cette décision soit sage, ou pensez-vous que les évêques des Etats-Unis auraient dû pouvoir mettre en place leurs propres directives nationales et leur propre commission, de même que l’ont fait les évêques de France au début du mois ?

Cardinal Gerhard Müller : Il faut faire une distinction stricte entre les crimes sexuels et les enquêtes à leur sujet par la justice civile – aux yeux de laquelle tous les citoyens sont égaux (de telle sorte qu’une lex séparée pour l’Eglise catholique contredirait l’état moderne, démocratique du droit) – et les procédures canoniques visant les clercs, où l’autorité ecclésiastique établit les pénalités relatives à toute inconduite qui contredit frontalement l’éthique sacerdotale.

L’évêque dispose de la juridiction canonique vis-à-vis de chaque clerc au sein de son diocèse, en lien, pour les cas spéciaux, avec la Congrégation pour la Doctrine de la foi, qui agit de par l’autorité du pape. Si un évêque n’agit pas conformément à sa responsabilité, alors il peut être tenu pour responsable par le pape. Les conférences épiscopales peuvent établir des directives pour la prévention et pour les poursuites canoniques, ces deux choses constituant pour l’évêque dans son propre diocèse un instrument de valeur.

Nous devons  garder l'esprit clair au milieu de cette situation de crise aux Etats-Unis. Nous n'arriverons à rien en nous aidant d’une loi de lynchage ou dans le cadre d’une suspicion générale visant l'épiscopat tout entier, ou « Rome ». Je ne considère pas que ce soit une bonne solution de voir les laïcs prendre le contrôle désormais, simplement parce que les évêques (comme le croient certains) ne sont pas capables de le faire de leurs propres forces. Nous ne pouvons pas compenser les manques en mettant sens dessus dessous la constitution hiérarchique-sacramentelle de l’Eglise. Catherine de Sienne en a appelé franchement et sans cesse aux consciences des papes et des évêques, mais elle ne les a pas remplacés dans leur position hiérarchique. C'est toute la différence avec Luther, à cause duquel nous souffrirons toujours de la scission de la chrétienté. Il serait important de voir la conférence des évêques des Etats-Unis assumer sa responsabilité avec indépendance et de manière autonome. Les évêques ne sont pas des employés du pape, sujets à des directives ; ils ne sont pas non plus, comme dans l'armée, des généraux qui doivent une obéissance absolue au haut commandement. Au contraire, ils portent ensemble avec le successeur de Pierre, en tant que pasteurs désigné par le Christ lui-même, la responsabilité de l'Eglise universelle. Mais nous pouvons attendre de Rome qu'elle serve l'unité dans la foi et dans la communion des sacrements. L’heure est à la bonne collaboration en vue de surmonter la crise, et non à la polarisation et au compromis, qui font qu'à Rome on est en colère à propos des évêques des Etats-Unis, et qu'aux Etats-Unis, les gens sont en colère à propos de Rome.

LifeSite : Une part essentielle des discussions au cours de la réunion de la conférence des évêques des Etats-Unis a continué de porter sur le scandale McCarrick,  et sur le fait de savoir comment il a été possible qu'une personne comme McCarrick ait pu s'élever aux plus hautes sphères de l'Eglise catholique aux Etats-Unis, disposant par voie de conséquence d’une importante influence à Rome. Quelles sont vos propres réflexions sur l’affaire McCarrick et sur ce que l'Eglise devrait apprendre du fait  qu'un réseau de silence ait entouré un homme qui au cours de sa vie, a constamment bravé les lois de l'Eglise en pratiquant l'homosexualité, en  séduisant des séminaristes qui dépendaient de lui, les conduisant vers le péché, et pire que tout, en abusant de mineurs ?

Müller : Je ne le connais pas et je veux m'abstenir de tout jugement. J'espère qu'il aura bientôt un procès canonique à la Congrégation pour la foi, qui permette aussi de faire la lumière sur les crimes sexuels commis avec de jeunes séminaristes. Lorsque j'étais préfet de la Congrégation pour la foi (2012-2017) personne ne m'a rien dit de ce problème, très probablement parce qu'on aurait craint de ma part une réaction trop « rigide ». Que McCarrick, avec son clan et au moyen d'un réseau homosexuel, ait pu faire des ravages, telle une mafia, au sein de l'Eglise, cela est lié à la sous-estimation de la dépravation morale des actes homosexuels entre adultes. Même si à Rome on a supposément seulement eu connaissance de quelques rumeurs, il fallait enquêter sur l’affaire et vérifier la véracité des accusations, et s'abstenir également de toute promotion épiscopale au très important diocèse de la ville capitale, et s'abstenir de la même manière de le nommer cardinal de la Sainte Eglise romaine. Etant donné qu'en outre on a même acheté le silence de certains – ce qui constitue l'aveu de ses crimes sexuels  à l'égard de jeunes hommes – toute personne raisonnable se demande comment une telle personne ait pu être conseiller du pape pour les nominations épiscopales. Je ne sais pas si cela est vrai, mais  c'est une chose qu'il faut clarifier. Le mercenaire aide à chercher de bons pasteurs pour le troupeau de Dieu : nul ne peut comprendre cela. Dans un tel cas, il faut une explication publique très claire à propos de ces événements et des liens personnels, sans compter la question de savoir quel était le degré de connaissance des autorités ecclesiales impliquées à chaque étape. Une telle explication pourrait très bien inclure la reconnaissance d’une mauvaise évaluation des personnes et des situations.

LifeSite : Avez-vous au cours de ces cinq dernières années été témoin de cas où celui qui était alors le cardinal McCarrick s’est vu attribuer influence importante ou a été chargé de missions spécifiques, soit par le pape, soit par le Vatican ?

Müller : Comme je l'ai déjà dit, je n'étais informé de rien. On disait que la Congrégation de la foi était simplement responsable des abus sexuels sur mineurs, mais non des affaires concernant des adultes – comme si les infractions sexuelles commises par un clerc, soit avec un autre clerc ou bien avec un laïc ne constituaint pas également une grave violation de la foi et du caractère sacré des sacrements. J'ai insisté encore et encore pour dire que la conduite homosexuelle des clercs ne peut en aucun cas être tolérée ; et que la moralité sexuelle de l’Eglise ne saurait être relativisée par l'acceptation mondaine de l’homosexualité. Il faut également faire la différence entre la conduite peccamineuse dans un cas individuel, un crime, et une vie vécue dans un état peccamineux continuel.

LifeSite : L'un des problèmes de l’affaire McCarrick est que, en 2005 déjà, et en 2007, il y eut des règlements judiciaires pour certaines de ses victimes, et pourtant l'archidiocèse de Newark – à l'époque sous la conduite de Mgr John J. Meyers – n’en a pas informé le public, ni ses propres prêtres. Il a tu ainsi une information vitale pour ceux qui continuaient de travailler avec McCarrick ou qui lui faisait confiance. Il en a été de même pour le cardinal Joseph Tobin,  lorsqu'il est devenu en janvier 2017 archevêque de Newark. A ma connaissance, ni Myers ni Tobin n'ont  présenté d’excuses pour cette omission ni pour la rupture de la confiance à l'égard de leurs prêtres. Pensez-vous que l'archidiocèse aurait dû rendre publique l'existence de ces règlements judiciaires, spécialement dans la mesure où  en 2002, la charte de Dallas avait exigé davantage de transparence ?

Müller : En des temps plus anciens, on partait du principe que de tels cas difficiles pouvaient être réglé de manière silencieuse et discrète. Mais cela permettait aussi au coupable de continuer d'abuser de la confiance de son évêque. Dans la situation actuelle, les catholiques et le public ont un droit moral de voir ces choses rendues publiques. Il ne s'agit pas d'accuser quiconque, mais de tirer les leçons des erreurs.

LifeSite : Un tel problème moral trouvera-t-il jamais une solution par la mise en place de nouvelles directives, ou avons-nous besoin dans l'Eglise d'une conversion plus profonde des cœurs ?

Müller : L'origine de toute cette crise se situe dans une sécularisation de l'Eglise et dans la réduction du prêtre au rôle de fonctionnaire. C'est au bout du compte l'athéisme qui s'est répandu au sein de l’Eglise. Conformément à cet esprit mauvais, la Révélation au sujet de la foi et de la morale est en train d’être adaptée au monde sans Dieu afin qu’elle n'interfère plus avec une vie menée selon les convoitises et les besoins de chacun. Seuls 5 % environ des coupables sont considérés comme souffrant de pédophilie pathétique [pathologique ? NDT], alors que la grande majorité des contrevenants ont largement piétiné le Sixième commandement en raison de leur propre immoralité, défiant ainsi de manière blasphématoire la sainte Volonté de Dieu.

LifeSite : Que pensez-vous de l’idée d'établir une nouvelle loi de l’Eglise proposant d’excommunier les prêtres coupables d’abus sexuels ?

Müller : L'excommunication est une peine coercitive qui doit être levée immédiatement en cas de repentir du coupable. Dans le cas d’abus sérieux et d'autres offenses à l'égard de la foi et de l'unité de l’Eglise, on peut imposer un renvoi permanent de l'état clérical, c'est-à-dire une interdiction permanente d’agir comme prêtre.

LifeSite : L'ancien code de droit canonique de 1917 définissait des peines précises encourues par le prêtre responsable d’abus, ainsi que par un prêtre activement homosexuel. Ces peines concrètes ont largement disparu du code de 1983 qui est plus vague et qui ne mentionne même plus explicitement les actes homosexuels. Pensez-vous, à la lumière de la grave crise des abus sexuels, que l'Eglise doive revenir à un ensemble plus rigoureux de peines automatiques dans  ce type d'affaires ?

Müller : Ce fut une erreur désastreuse. Les contacts sexuels entre personnes du même sexe contredisent complètement et directement le sens et la finalité de la sexualité fondée dans la création. Ils sont l’expression d'un désir et d'un instinct désordonné, et en même temps le signe de la relation brisée entre l'homme et son Créateur depuis la chute de l’homme.

Le prêtre célibataire et le prêtre marié de rite oriental doivent être des modèles pour le troupeau et ils doivent aussi donner l’exemple de la rédemption qui englobe également le corps et les passions corporelles. Ce n'est pas la convoitise déchaînée de la satisfaction, mais le don de soi charnel et spirituel dans l’agapè à une personne de l'autre sexe qui constitue le sens et la finalité de la sexualité. Cela conduit à la responsabilité à l'égard de la famille et des enfants que Dieu a donnés.

LifeSite : Au cours de la récente réunion de Baltimore, le cardinal Blase Cupich a déclaré qu'il fallait « faire la différence » entre les actes sexuels consentis entre adultes et les abus sur mineurs, suggérant que les relations homosexuelles d'un prêtre avec un autre adulte ne constituent pas un problème majeur. Quelle est votre propre réponse à ce type d'approche ?

Müller : On peut tout différencier – et même se considérer alors comme un grand intellectuel – mais pas un péché grave qui exclut une personne du Royaume de Dieu, du moins en tant qu’évêque que le devoir contraint de ne pas afficher les goûts de son temps mais qui doit au contraire défendre la vérité des Evangiles. Il semble que le temps est venu où « les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils amasseront autour d’eux des docteurs selon leurs désirs ; et éprouvant aux oreilles une vive démangeaison, ils détourneront l’ouïe de la vérité, et ils la tourneront vers des fables » (2 Tim. 4, 3-4).

LifeSite : Dans le cadre de votre travail comme préfet de la CDF, vous aviez à  surveiller les nombreux cas d’abus sexuels de la part du clergé sur lesquels la CDF a enquêté. Est-il vrai que la majorité des victimes dans ces affaires étaient des adolescents mâles ?

Müller : Plus de 80 % des victimes de ces délinquants sexuels sont des adolescents de sexe mâle. On ne peut pas en déduire, cependant, que la majorité des prêtres sont enclins à la fornication homosexuelle, mais au contraire, simplement que la majorité des délinquants ont recherché, dans le profond désordre de leur passion, des victimes mâles. De la totalité des statistiques relatives à cette criminalité, nous pouvons savoir que la majorité des responsables d'abus sexuels sont les parents proches, et même les pères à l'égard de leurs propres enfants. Mais nous ne pouvons pas en conclure que la majorité des pères sont enclins à de tels crimes. Il faut toujours faire très attention de ne pas faire de généralisation à partir de cas concrets de manière à ne pas tomber dans les slogans et les préjugés anticléricaux.

LifeSite : Si tel est le cas – et l'enquête sur les abus sexuels menés par les évêques d'Allemagne, tout comme le rapport John Jay – ont fait état de chiffres similaires, l'Eglise ne devrait-elle pas alors s'occuper  plus directement du problème de la présence de prêtres homosexuels ?

Müller : De mon point de vue, il n'existe pas d'hommes homosexuels ni même de prêtres homosexuels. Dieu a créé l'être humain homme et femme. Mais il peut y avoir les hommes et des femmes ayant des passions désordonnées. La communion sexuelle a exclusivement sa place dans le mariage entre un homme et une femme. En dehors de cela, il n'existe que la fornication et l’abus de la sexualité, les deux choses soit avec des personnes du sexe opposé ou dans l’intensification contre nature du péché avec les personnes du même sexe. Seul celui qui a appris à se contrôler lui-même remplit la pré-condition morale  en vue de la réception de l'ordination sacerdotale (voir 1 Tim. 3, 1-7).

LifeSite :  Nous semblons actuellement confrontés à une situation dans l'Eglise où il ne semble même pas y avoir de consensus sur le fait que des prêtres ayant une activité homosexuelle jouent un rôle important dans la crise des abus sexuels. Même certains documents du Vatican continuent de parler de «  pédophilie » ou de « cléricalisme » comme constituant l'essentiel du problème. Le journaliste italien Andrea Tornielli va jusqu’à prétendre que McCarrik n'avaient pas de relations homosexuelles, mais que tout cela consistait plutôt une manière d'exercer son pouvoir sur autrui. En même temps, nous en avons d'autres : tel le P. James Martin SJ, qui parcourt le monde (et qui a même été invité à la rencontre mondiale des familles en Irlande) pour promouvoir l'idée des « catholiques LGBT » et qui prétend même que certains saints étaient probablement homosexuels. Tout cela pour dire qu'il existe aujourd'hui une forte tendance au sein de l’Eglise à minimiser le caractère peccamineux des relations de même sexe. Etes-vous d’accord pour dire cela, et si c'est le cas, comment peut-on et doit-on y remédier ?

Müller : Cela fait partie de la crise que de refuser d’en voir les vraies causes et de les occulter à l’aide des termes de propagande du lobby homosexuel. La fornication avec des adolescentes et des adultes est un péché mortel qu’aucune puissance au monde ne peut qualifier de moralement neutre. C’est le travail du diable – contre lequel le pape François met fréquemment en garde – que de déclarer le péché, bon. « Quelques-uns abandonneront la foi, s’attachant à des esprits d’erreur et à des doctrines de démons, par suite de l’hypocrisie d’hommes proférant le mensonge et dont la conscience porte la marque de l’infamie (cautérisée) » (1 Tim. 4, 1 et ss.). Il est en effet absurde que subitement, des autorités ecclésiastiques utilisent les slogans de combat anti-Eglise des jacobins, des nazis et des communistes contre des prêtres sacramentellement ordonnés. Les prêtres ont l’autorité pour proclamer le les Évangiles et administrer les sacrements de la grâce. Si l'un d'entre eux abuse de sa juridiction en vue d'atteindre des buts égoïstes, il n'est pas lui-même clérical de manière exagérée, mais au contraire, il est plutôt anticlérical car il renie le Christ qui veut œuvrer à travers lui. L'abus sexuel de la part de clercs devrait donc être tout au plus qualifié d’anticlérical. Mais il est évident – et cela ne peut être nié que par celui qui veut demeurer aveugle – que les péchés contre le Sixième commandement du décalogue trouvent leurs racines dans des inclinations désordonnées et constituent ainsi des péchés de fornication qui excluent du Royaume de Dieu, du moins tant que l’on ne s'en est pas repenti et qu'on ne les a pas réparés, et tant que n'existe pas la ferme résolution d'éviter de tels péchés à l’avenir. Toute cette tentative d'obscurcissement de ces choses et un mauvais signe de la sécularisation de l’Eglise. On pense comme le monde, et non comme Dieu le veut.

LifeSite : Lors du récent synode sur la jeunesse à Rome, on a pu entendre un ton analogue. Le document de travail utilise pour la première fois le terme « LGBT » et le document final insiste sur  la nécessité  d'accueillir des homosexuels dans l’Eglise ;  il a même rejeté « toute forme de discrimination » à leur encontre. Mais de telles déclarations ne sapent-elles pas en fait la pratique établie de l’Eglise de ne pas engager des homosexuels pratiquants, par exemple comme enseignant dans les écoles catholiques ?

Müller : L’idéologie LGBT est fondée sur une fausse anthropologie qui nie Dieu comme Créateur. Puisqu'elle est dans son principe athée, ou n'a peut-être de rapport avec une conception chrétienne de Dieu qu’à la marge, elle n’a aucune place dans les documents de l’Eglise. Il s'agit là d'un exemple de l'influence rampante de l'athéisme au sein de l’Eglise, qui a été responsable de la crise de l’Eglise pendant un demi-siècle. Malheureusement, il  ne cesse pas de fonctionner dans les esprits de certains pasteurs qui, croyant naïvement être modernes, ne se rendent pas compte du poison qu’ils avalent jour après jour, et qu’ensuite ils proposent à boire aux autres.

LifeSite :  Ne pouvons-nous pas dire maintenant que nous avons affaire à un fort « lobby gay » parmi les rangs de l'Eglise catholique ?

Müller : Je ne peux pas le savoir car de telles personnes ne se montrent pas à moi. Mais il se pourrait que cela leur ait fait plaisir que je ne sois plus chargé à la Congrégation pour la Doctrine de régler les affaires de crimes sexuels, spécialement aussi à l'encontre d'adolescents mâles.

LifeSite : Vous avez récemment révélé que, alors que vous travailliez à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le pape a mis sur pied une commission qui devait conseiller la CDF à propos des peines possibles pour les prêtres coupables d’abus sexuels. Cette commission a cependant eu tendance à se montrer plus indulgent à l’égard de tels prêtres, contrairement à vous qui souhaitiez la réduction à l'état laïc dans les cas graves (comme l'affaire du P. Mauro Inzoli). Il se trouve que le magazine jésuite America a révélé l'an dernier – au moment de votre renvoi de votre position de préfet de la CDF – que «  nombre de cardinaux avaient demandé à François de renvoyer le cardinal Muller de ce poste parce qu'il avait à diverses occasions manifesté publiquement son désaccord où s'était éloigné des positions du pape, et ils avaient le sentiment que cela portait atteint à l’office et au magistère pontificaux ». Voyez-vous à titre personnel un lien possible entre vos normes plus strictes et  votre attitude à l'égard des prêtres coupables d'abus sexuels et un groupe de cardinaux proches du pape qui souhaitaient une approche plus clémente ? Si ce n'est pas le cas, diriez-vous tout de même que vous avez été renvoyé en raison de votre défense plus ferme de l’orthodoxie ?

Müller : La primauté du pape est sapée par les sycophantes et les carriéristes à la cour pontificale – c'est ce que disait déjà le célèbre théologien Melchior Cano au XVIe siècle – et non par ceux qui conseillent le pape de manière compétente et responsable. S'il est vrai qu'il y a un groupe de cardinaux qui m'a accusé devant le pape d'idées déviantes, alors l'Eglise est en bien mauvais état. S'il s'était agi d’hommes courageux et droits, ils auraient parlé avec moi directement, et ils auraient su qu'en tant qu'évêque et cardinal je dois représenter l'enseignement de la foi catholique, et non pour justifier les opinions privées différentes d'un pape. Son autorité s’étend à la foi révélée de l'Eglise catholique et non aux opinions théologiques individuelles – les siennes ou celles de ses conseillers. Ils peuvent peut-être m’accuser d’interpréter Amoris laetitia d'une manière orthodoxe, mais ils ne peuvent pas prouver que je dévie de la doctrine catholique. En outre, il est irritant de voir des personnes sans éducation théologique promues au rang d’évêques qui à leur tour, pensent devoir en remercier le pape au moyen d’une soumission puérile. Peut-être auraient-ils pu lire mon livre Le pape, mission et mandat (édition Herder Verlag,  disponible en allemand et en espagnol ; les traductions italiennes et anglaises sont en voie de réalisation). Nous pourrions alors continuer de discuter à ce niveau-là.

Le magistère des évêques et du pape est établi sous la parole de Dieu dans la Sainte Ecriture et la Tradition, et Le sert. Il n'est pas du tout catholique de dire que le pape en tant que personne individuelle reçoit la Révélation directement du Saint Esprit est qu'il peut désormais l’interpréter selon ses propres caprices, tous les autres devant le suivre, aveugles et sourds. Amoris laetitia doit être absolument en accord avec la Révélation, et ce n'est pas à nous d’être en accord avec Amoris laetitia, du moins pas dans l'interprétation qui contredit, de manière hérétique, la Parole de Dieu. Et ce serait un abus de pouvoir que de sanctionner ceux qui insistent pour une interprétation orthodoxe de cette exhortation apostolique et de tous les documents magistériels pontificaux. Seul celui qui est en état de grâce peut aussi recevoir avec fruit la sainte communion. Cette vérité révélée ne peut être renversée par aucune puissance au monde, et aucun catholique ne peut jamais croire le contraire, ni être obligé d'accepter le contraire.

LifeSite : Dans quel domaine avez-vous été vous-même en tant que préfet de la CDF le plus opposé à des innovations proposées pour l’Eglise ? Quels éléments de votre témoignage vous paraissent, avec le recul, avoir contribué le plus à votre renvoi et au fait que vous avez été traité de manière telle qu'on ne vous a même pas donnée une autre charge au Vatican ?

Müller : Je ne me suis opposé à aucune innovation ou réforme. Parce que la réforme signifie le renouveau dans le Christ, et non l'adaptation au monde. On ne m'a pas dit la raison du non renouvellement de mon mandat. Cela est inhabituel parce que le pape laisse par ailleurs tous les préfets continuer leur travail. Il n'y a pas de raison que l'on oserait évoquer sans se rendre ridicule. On ne peut, après tout, déclarer en  contredisant frontalement Benoît XVI, que Müller manque des qualifications théologiques suffisantes, qu’il n'est pas orthodoxe, ou qu’il est négligent dans la poursuite des crimes contre la foi et dans les cas de crimes sexuels. C'est pourquoi on préfère rester silencieux et laisser les médias de la gauche libérale faire des commentaires rancuniers et d'une malveillante satisfaction.

LifeSite : Certains observateurs comparent actuellement votre renvoi de votre position importante au Vatican – qui est certainement dû, aussi, à votre propre résistance polie à propos d’Amoris laetitia – avec le traitement indulgent réservé à quelqu’un comme l'ancien cardinal McCarrick. Même aujourd’hui, il n'a jusqu’ici même pas été réduit à l'état laïc, en dépit de sa conduite criminelle. Ainsi certains peuvent penser que ceux qui tentent de préserver l'enseignement catholique sur le mariage et la famille tel qu'il a toujours été enseigné sont mis de côté, tandis que ceux qui favorise les innovations dans ce domaine moral bénéficient d’un traitement indulgent, voire sont promus – tels le cardinal Cupich et le P. James Martin.  Souhaitez-vous commenter cela ?

Müller : Chacun peut réfléchir aux critères selon lesquels certains sont promus et protégés, tandis que d’autres sont combattus et éliminés.

LifeSite : Dans le contexte de l'apparente suppression des ecclésiastiques orthodoxes et de la promotion de représentants progressistes, le père Ansgar Wucherpfennig, SJ, vient de recevoir du Vatican la permission de reprendre sa position de recteur d’une école universitaire de troisième degré jésuite à Francfort, malgré le fait qu'il  soutient l'ordination des femmes et la bénédiction des couples homosexuels. On lui demande même de publier des articles sur ces sujets. Quel serait votre commentaire à ce propos ?

Müller : C'est un exemple de la manière dont l'autorité de l'Eglise romaine se sape elle-même, et dont  les connaissances expertes et claires de la congrégation pour la foi sont mises de côté. Si ce prêtre qualifie la bénédiction de relations homosexuelles de développement plus avant de la doctrine, au service de laquelle il continue de travailler, ce n'est rien d'autre que la présence de l’athéisme au sein du christianisme. Il ne nie pas théoriquement l'existence de Dieu, mais plutôt, il lui dénie d'être la source de la moralité en présentant ce qui est péché devant Dieu comme une bénédiction.
Le fait que le récipiendaire du sacrement de l’ordre doive être de sexe mâle n'est pas le résultat de circonstances culturelles ou d'une loi de l’Eglise, positive mais modifiable, il est au contraire fondé dans la nature de ce sacrement et dans son institution divine, de même que la nature du sacrement du mariage requiert la différence des deux sexes.

LifeSite : A partir de vos observations, pensez-vous que l'Eglise se rapproche du moment où elle aura un contrôle suffisant et cohérent sur la crise des abus, et qu'elle a trouvé le bon remède, et si ce n’est pas le cas quel est à votre avis à ce stade le plus important obstacle à une amélioration substantielle ? Comment l'Eglise peut-elle regagner la confiance des familles catholiques ?

Müller : Toute l’Eglise, avec ses prêtres et ses évêques, doit plaire à Dieu plutôt qu'à l'homme. L'obéissance dans la foi est notre salut.

Propos recueillis par Maike Hickson, traduction par Jeanne Smits


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



17 novembre, 2018

Le 22 novembre au Port-Marly, conférence de Michael O'Brien, avec Jeanne Smits, à l'école Saint-Dominique du Pecq

Rome, mai 2015 : Michael D. O'Brien m'accordait une grande interview pour “Reconquête”

Rendez-vous à ne pas manquer, jeudi prochain 22 novembre au Port-Marly : le Canadien Michael D. O'Brien, auteur de la trilogie du Père Elijah et de nombreux autres romans bouleversants (Une île au cœur du monde, Theophilos, Etrangers et de passage, L'Odysée du Père) donnera une conférence-interview que j'aurai le grand plaisir d'animer et traduire.


Il est sans aucun doute l'un des plus grands, sinon le plus grand romancier catholique contemporain. Son dernier livre paru en français aux éditions Salvator, Le journal de la peste, en est un exemple frappant, traversé qu'il est par les thèmes de la dictature du relativisme, la paternité, la famille, la littérature, la transmission en une époque de totalitarisme culturel. C'est une réflexion terriblement actuelle sur la dissidence, le bien, le mal… Un livre que j'ai dévoré. Vous pourrez le découvrir à l'occasion de cette conférence et le faire dédicacer par l'auteur qui présentera ses livres à l'occasion de sa seule intervention publique au cours de son bref séjour à Paris.




Jeudi 22 novembre 2018
à 20 h 30

Ecole Saint-Dominique,

Grande Salle bâtiment Saint-Jean Bosco
22 rue de Saint-Germain
78560 Le Port-Marly



La conférence est organisée par

“Le Club Saint-Do”

et

La Chapellenie Notre-Dame de France




Voici l'affiche officielle de sa conférence. N'hésitez pas à partager ce rendez-vous !








• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



11 novembre, 2018

Le document final du synode sur les jeunes : Jean-Pierre Maugendre interroge Jeanne Smits sur “Terres de Mission”

Merci à Jean-Pierre Maugendre, directeur de Renaissance catholique, qui m'a invitée à commenter le document final du synode sur les jeunes qui s'est déroulé au mois d'octobre à Rome dans le cadre de l'émission qu'il anime sur TV Libertés, Terres de mission. La vidéo est en ligne depuis aujourd'hui.




Mon analyse écrite du document final (qui n'existe pour l'heure qu'en version italienne) est accessible sur ce blog : j'ai traduit les parties qui « posent question », et commenté à chaud, c'est par ici.

*

L'émission Terres de mission se poursuit avec une séquence marquant les 100 ans de l'armistice de 1918 et présente également la prochaine fête du livre de Renaissance catholique où j'aurai le plaisir, si Dieu veut, de rencontrer de nombreux lecteurs de ce blog le 9 décembre !

Et voici la synopsis de l'émission…

Eglise universelle : L’inquiétant document final du synode des évêques sur la jeunesse
Le 27 octobre a été rendu public, après 4 semaines de travaux et de rencontres, le document final du synode des évêques sur la jeunesse. Ce texte, dont l’autorité magistérielle a été renforcée par la constitution apostolique Episcopalis communio, présente de nombreuses nouveautés doctrinales et pastorales. Ainsi, les jeunes y sont identifiés comme un nouveau lieu théologique, la synodalité est présentée comme “le chemin que Dieu attend de l’Eglise du 3ème millénaire”, un appel est lancé à accroître la “présence féminine dans les organes ecclésiaux (…) y compris aux processus de décisions ecclésiaux”, etc. Rédactrice en chef de Réinformation TV, Jeanne Smits analyse ce copieux document de 60 pages.
Eglise en France : Centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918
Ancien aumônier national des Anciens Combattants, le père Michel Viot nous expose l’état des relations entre l’Eglise catholique et l’Etat français à la veille de la Première guerre mondiale. Il montre les conséquences sur l’opinion publique et le gouvernement du comportement héroïque des milliers de prêtres et de religieux qui, chassés quelques années auparavant de France, sont revenus volontairement servir sous les drapeaux alors que leur patrie était en danger. Il traite également du rôle actuel des aumôniers militaires catholiques dans les armées françaises.
Eglise en Marche : Fête du livre de Renaissance Catholique le 9 décembre à Villepreux (78)
A l’approche des fêtes de Noël, Renaissance Catholique organise sa traditionnelle fête du livre à Villepreux. Cent auteurs sont attendus pour dédicacer leurs ouvrages. Trois conférenciers : Eric Zemmour, François-Xavier Bellamy et Philippe de Villiers présenteront leurs derniers livres. Jean Guéry présente ici le déroulement de cette journée familiale qui commencera par la célébration de la messe à 10h30 et permettra d’offrir des cadeaux personnalisés et originaux à l’occasion de Noël.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner





© leblogdejeannesmits



28 octobre, 2018

Le document final du synode sur les jeunes : larges extraits traduits et analyse critique

On attendait avec anxiété de savoir si le synode des jeunes allait promouvoir l’homosexualité et l’idéologie LGBT, acronyme de combat mise en avant dans l’Instrumentum laboris qui a servi de canevas au travaux des pères synodaux. Le document final, qui a été publié samedi soir 27 octobre à 21 heures, s'est révélé sur ce plan plus subtil qu'on ne le prévoyait. Mais dans l’ensemble, c'est le document lui-même qui est un instrument au service de la révolution dans l'Eglise – révolution démocratique, liturgique, doctrinale. Son langage, très largement calqué sur les expressions familières au pape François, ouvre multitude de portes. Il donne aux éléments les plus progressistes des armes et des outils de pression affûtés d'avance par l'intégration automatique des travaux du synode dans le « magistère ordinaire » : c'est le tour de passe-passe inventé à son orée, à travers la publication d'une nouvelle constitution synodale, Episcopalis communio.

Cette arme, c'est la « synodalité », leit-motiv lancinant du texte alors que la notion n'a guère été présente pendant les débats qui ont résonné depuis début octobre. Elle occupe à elle seul un tiers du document final. Elle est l'outil de la révolution en ce qu’elle institue un pouvoir décisionnaire de la base, une participation au pouvoir vertical clairement affirmé pour les jeunes, les femmes, les laïcs…

A l'ouverture du synode, le pape François avait évoqué les « rêves » des jeunes qu'il allait falloir écouter, accueillir, valoriser. Les jeunes, en exprimant leurs désirs, serviraient de fil rouge  et de référence aux réflexions des évêques et cardinaux. Absurde en soi, l’idée était d’emblée aggravée par le recours à des jeunes qui, dans leur majorité, souffrent du même déficit de formation catholique que l'ensemble de leur génération et de quelques générations de jeunes qui les précèdent, depuis l'écroulement de la catéchèse doublée d'un décervelage  délibérément favorisé par tant de méthodes pédagogiques néfastes employées dans un grand nombre d'écoles du monde, et notamment du monde développé. L’« écoute des jeunes » est au cœur du document : mais un jeune, comme un vieux, peut dire n’importe quoi…

D'ailleurs, le document final reconnaît ce fait, comme nous allons le voir.

Complaisant envers la modernité, truffé de références à la lutte environnementale au détriment du sens des fins dernières, le document final mérite certainement une analyse serrée que je veux entamer avec vous aujourd’hui. Pour cela, j'ai traduit rapidement nombre des passages les plus contestables, confus, ou tout simplement vides, sachant seul le texte italien officiel existe pour l’heure, complété d’une synthèse qui a été distribuée à la presse et à laquelle je ne ferai pas référence.

Il faut savoir que les Pères synodaux eux-mêmes se sont heurtés au problème de la langue. Samedi matin, alors qu'ils devaient découvrir l'ensemble du document final à l'aide d'une traduction simultanée orale, en disposant de quelque temps de réflexion pour déterminer leur vote paragraphe par paragraphe, le temps s'est révélé court, rapporte Diane Montagna de LifeSiteNews. De ce fait, la troisième  et dernière partie a été rapidement abordée dans l'après-midi, avec vote immédiat après la traduction simultanée qui était aussi le moment de la découverte du texte. Ainsi s'élabore en octobre 2018 le « magistère ordinaire ».

Tous les paragraphes ont été adoptés à une majorité des deux tiers au moins, Certains avec plus de voix que d'autres. Sandro Magister détaille les paragraphes le moins bien adoptés.

Mais de toute façon, mieux qu'une majorité, ce document final serait le résultat de l'action de l’Esprit Saint dans « l'espace protégé » ou Il pouvait agir, notamment parce que rien ne pouvait en sortir qui ne soit contrôlé. L'Esprit soufflant à travers la jeunesse édictant leur conduite aux membres de la hiérarchie de l’Eglise, et qu'il faut donc écouter : c'est à peu près cela, si l’on veut bien comprendre ce qu’a dit le pape François à la fin des votes.

Bien sûr, il y a  dans le document final des expressions heureuses, des rappels nécessaires de la beauté de la vocation chrétienne… mais ils n'en forment pas l’essentiel. De toute façon, les médias consensuels en parleront amplement. N'est-ce pas La Croix qui annonce en titre un document final « consensuel » ? en vérité, il n'est pas, ou ne le serait pas si on en analysait le détail.

Je vous propose de découvrir, avec un peu de patience, ce que j'y ai décelé d’inquiétant. A noter avant de commencer : le plus gros des références dans ce document de 60 pages se trouve dans les documents de Vatican II dont on perçoit qu'il cherche à en imposer une sorte d’aboutissement.

A beaucoup d’égards, on regrette que le document final ne puise pas dans la riche expérience des saints qui ont travaillé auprès des jeunes –  car ni les saints ni les jeunes n'ont changé de nature – ni dans celle des environnements catholiques où la foi est effectivement transmise et où les vocations sacerdotales et religieuses éclosent. Il est vrai que les jeunes d'esprit traditionnel se plaignent de n’avoir pas été sollicités ni écoutés lorsqu'il s'agissait de choisir des représentants pour les travaux préparatoires du synode sur les jeunes. 

Les textes traduits (traduction non officielle par mes soins) sont en maigre, renvoyant à chaque fois au paragraphe concerné, dont la traduction est partielle ou complète selon les cas. Mes commentaires sont en gras. – J.S.


***

1. « Vos fils et vos filles prophétiseront. »

Dès la première ligne, cette phrase tirée de l'Ecriture sainte accorde à ce qui a été exprimé par les jeunes une valeur religieuse et une sorte de garantie d’authenticité catholique née du fait qu'il serait en ligne directe avec le Saint Esprit. On ne saurait contredire le Saint Esprit.

3. Il est important de clarifier la relation entre l’Instrumentum laboris et le Document final. Le premier est le cadre de référence unitaire et synthétique produit par deux années d’écoute ; le second est le fruit du discernement réalisé et il recueille les noyaux nucléaires « engendrants » sur lesquels les Pères synodaux se sont concentrés avec une intensité et une passion particulières. Nous reconnaissons donc la différence et la complémentarité de ces deux textes.

 D’emblée, la portée du document final est élargie, puisque l’Instrumentum laboris,  vivement critiqué pour son langage sociologisant et l'introduction de l’acronyme LGBT dans un document d’Eglise, est explicitement intégré et invoqué comme texte permettant d'éclairer la lecture du document final. C'est par cette entourloupe que ses aspects les plus controversés ont été introduits par la bande.

Note : « Dans le présent document l’emploi du terme « synode » désigne tour à tour la totalité du processus synodal ou bien l’Assemblée générale qui s’est déroulée du 3 au 28 octobre 2018.

Cette annonce s'accompagne d'une note tout aussi révélatrice : dans les multiples références au synode – et par conséquent à la synodalité – il faut  comprendre qu'elles peuvent parfaitement renvoyer aux travaux préparatoires, au prè-synode, à l’Instrumentum laboris,  et à leurs graves et multiples défauts, sans que l'on sache exactement quand c'est le cas et quand cela ne l'est pas. Comble de la confusion.

7. Les jeunes veulent être écoutés. (…) Ils sont nombreux à faire l’expérience de ce que leur voix ne soit pas reconnue comme intéressante et utile dans le contexte social et ecclésial. Dans différents contextes on remarque une faible attention pour leur cri, en particulier celui des plus pauvres et des plus défavorisés, ainsi que le manque d’adultes disponibles et capables d’écouter.

Les jeunes ne  se sentent-ils pas écoutés ? Mais où sont-ils, pour qu'on les écoute ? Dans de nombreux pays du monde, la pratique religieuse des jeunes  catholique est voisine de zéro. Ce fait n'est nulle part mentionné dans le document final.

9. Croire à la valeur théologique et pastorale de l’écoute implique de repenser pour rénover les formes au moyen desquelles le ministère presbytéral s’exprime, et une vérification de ses priorités. En outre, le synode reconnaît la nécessité de préparer des consacrés et des laïcs, hommes et femmes, qui soient qualifiés pour l'accompagnement des jeunes. Le charisme que l'Esprit Saint fait surgir au sein de la communauté pourrait aussi recevoir une forme de reconnaissance institutionnelle pour le service ecclésial.

 La valeur théologique de l’écoute de ceux qui ne croient pas, de ceux qui croient mais qui sont largement ignorants de leur foi – je demande qu'on explique. De toute façon, ce paragraphe 9 sacralise avant tout le « renouveau »,  au sens charismatique croit-on deviner, y compris celui du ministère presbytèral. Comment ? Par la démocratie dans l'Eglise : cette idée est déjà en germe dans ce paragraphe.

10. Evoquant  « la question œcuménique et interreligieuse », affirme ce paragraphe, « le synode reconnaît et accueille la richesse de la diversité des cultures et se met au service de la communion de l’Esprit ».

 A garder en mémoire pour la suite.

13. On ne peut pas oublier la différence entre les hommes et les femmes avec leur dons particuliers, leur sensibilité spécifique leur expérience du monde. Cette différence peut créer un contexte où naissent des formes de domination, d'exclusion et des discrimination dont toute la société et l’Eglise elle-même ont besoin de se libérer.

La Bible présente l'homme et la femme comme des « partners » (sic) égaux devant Dieu ; toute domination et discrimination fondée sur le sexe est une offense à la dignité humaine. Celle-ci présente la différence entre les sexes elle-même comme un mystère tout aussi constitutif de l'être humain qu'elle est irréductible à des stéréotypes. La relation entre l'homme et la femme est donc comprise selon les termes d'une vocation à vivre ensemble dans la réciprocité et le dialogue, dans la communion et dans la fécondité dans tous les cadres de l'expérience humaine : vie de couple, travail, éducation et d'autres encore. C'est à leur alliance que Dieu a confié la terre.

Domination, exclusion, discrimination, stéréotypes : c'est le langage du féminisme de l'idéologie du genre. Il est toujours dangereux d’adopter les mots de l’adversaire. Faut-il vraiment, par ailleurs, qu’hommes et femmes  vivent ensemble dans tous les cadres de l'expérience humaine ? Pris littéralement, ce paragraphe dévalorise l'éducation non mixte, les environnements proprement masculins ou féminins. C'est pour le moins une rédaction imprudente ; au pire, elle pourrait être comprise comme une dénonciation des congrégations religieuses où les hommes sont d'un côté, les femmes de l’autre, Ce qu'elle n'est probablement pas.

14. De nombreux Pères synodaux provenant de contextes non occidentaux signalent comment dans leur pays la globalisation apporte avec elle d'authentiques formes de colonisation culturelle, qui déracinent les jeunes par rapport à leur appartenance culturelle et religieuse. Un engagement de l’Eglise pour les accompagner dans ce passage sans que disparaissent les traits les plus précieux de leur propre identité est nécessaire.

L’appréciation du processus de sécularisation se révèle diverse. Alors  qu'elle est vue par certains comme une occasion précieuse de se purifier d'une religiosité de l'habitude ou bien fondée sur l'identité ethnique et nationale, elle représente pour d’autres un obstacle à la transmission de la foi. Mais dans les sociétés  sécularisées nous assistons aussi à une redécouverte de Dieu et de la spiritualité. Cela constitue pour les un encouragements à retrouver l'importance des dynamismes propres de la foi, de l’annonce et de l'accompagnement pastoral.

 On notera que l'appartenance religieuse peut ici être comprise comme l'appartenance à n'importe quelle religion traditionnelle. On parle aussi d’une redécouverte de Dieu et de la spiritualité sans les définir. Certes, on devine une volonté d’évangélisation en même temps qu'une dénonciation de la  foi transmise de génération en génération et donnée aux tout-petits par le baptême dans les pays catholiques et chrétiens.

15. (…) Les institutions éducatives de l'Eglise cherchent à accueillir tous les jeunes, indépendamment de leur choix religieux, de leur provenance culturelle et de leur situation personnelle, familiale ou sociale… Lorsqu'elle est inspirée par le dialogue interculturel et interreligieux, l'action éducative de l’Eglise est appréciée également par les non chrétiens comme une forme d'authentique promotion humaine.

Encore une dévalorisation de l'école catholique en tant que telle, qui doit pouvoir protéger son identité suffisamment pour pouvoir être aussi missionnaire.

18. [Situation des paroisses.] Tout en restant la première est la principale forme de l’être-Eglise dans le territoire, plusieurs voix se sont élevées pour montrer comment la paroisse peine à être un lieu significatif pour les jeunes et comment il est nécessaire de repenser la vocation missionnaire. Leur peu de signification dans les espaces urbains, le dynamisme peu important des propositions, ainsi que les changements spatio-temporels des styles de vie exigent un renouveau. Alors que les tentatives d'innovation sont diverses, souvent le fleuve de la vie juvénile court aux marges de la communauté, sans la rencontrer.

Je vous laisse méditer sur ce jargon jargonnant. Notez qu’on dénonce une situation sans proposer des formes concrètes d'appel aux jeunes qui se sont éloignés de l’Eglise. On ne se demande surtout pas pourquoi certaines paroisses (ou prieurés ou chapelles) attirent, et attirent même des jeunes non chrétiens.

19. Nombreux sont ceux qui notent que les parcours d'initiation chrétienne ne réussissent pas toujours à faire connaître aux  enfants, aux adolescents et aux jeunes la beauté de l'expérience de la foi. Lorsque la communauté se constitue comme lieu de communion et comme vraie famille des enfants de Dieu, elle exprime une force génératrice qui transmet la foi ; là ou au contraire elle cède à la logique de la délégation, là où prévaut l'organisation bureaucratique, l'initiation chrétienne est mal interprétée et devient un cours d'instruction religieuse qui d'habitude s'achève avec le sacrement de la confirmation. Il est donc urgent de repenser à fond d'enseignement de la catéchèse et le lien entre la transmission familiale et communautaire de la foi, en se servant des processus d’accompagnement personnel comme d’un levier.

 C'est donc mal, le cours d'instruction religieuse ? Il n'a pas été question de la pauvreté des « catéchèses », du manque de connaissance précise de la doctrine, mais qu’importe, puisqu'on demande du « communautaire » en même temps que de l'accompagnement personnel. Comprenne qui pourra.

20 . Séminaires : «  Parfois ils ne tiennent pas convenablement compte des expériences précédentes des candidats, en sous-évaluant leur importance. Cela bloque la croissance de la personne… »

Un peu plus loin, il sera question de la « relecture de la vie » des candidats dans les séminaires. On ne s'interroge guère sur le manque cruel de  candidats ni sur le vieillissement du clergé.

24 . [Sur le monde digital, dénonciation de] « la prolifération des fake news…beaucoup de plateformes favorisent la rencontre  entre personnes qui pensent de la même manière, empêchant la confrontation entre les différences ».

Bien vu. Mais la référence aux fake news vise aussi ceux qui émettent des doutes sur les innovations dans l'Eglise.

25. «  Les phénomènes migratoires constituent au niveau mondial un phénomène structurel et non une urgence transitoire. (…) En général ils sont à la recherche d’opportunités pour eux-mêmes et pour leurs propres familles. (…) De nombreux Pères synodaux ont souligné que les migrants sont un paradigme  capable d'illuminer notre temps et en particulier la condition des jeunes ; il nous rappellent la condition originelle de la foi, c’est-à-dire d’être « des étrangers et des pèlerins sur la terre ».

 Le mot paradigme est décidément employé à toutes les sauces. Ici il faut le comprendre comme l'annonce d'un changement culturel mondial et une remise en cause de l’identité propre de chaque nation, pourtant affirmée ailleurs. Le document final n'est pas à une contradiction près. La recherche du migrant – paix, fuite de la misère, prospérité – n'est de toute façon comparable que de très loin au voyage vers l’Eternité, qui n'abolit pas les patries charnelles.

26. Dans certains pays d’arrivée, les phénomènes migratoires suscitent la crainte et la peur, souvent fomentées et exploitées à des fins politiques. Se diffuse ainsi une mentalité xénophobe, de fermeture et de repli sur soi, face à laquelle il convient de réagir avec détermination.

Voir plus haut. Le document final, tout comme l'ensemble des dispositifs antiracistes, considère l'accueil des migrants comme un devoir qui ne souffre pas de contradiction, même lorsque les « peurs » sont fondées face à l'arrivée massive d'une population jeune et étrangère à la foi et à la culture d’origine du pays vers lequel ils émigrent.

39.  [Education sexuelle et affective] L’Eglise a une riche tradition sur laquelle construire et à partir de laquelle proposer son propre enseignement dans cette matière : par exemple le Catéchisme de l'église catholique, la théologie du corps développée par Saint Jean-Paul II, l’encyclique Deus caritas est de Benoît XVI,  l'exhortation apostolique Amoris laetitia de François. Mais les jeunes, même ceux qui connaissent et qui vivent un tel enseignement, expriment le désir de recevoir de l'Eglise une parole claire, humaine et empathique. Souvent, en effet, la morale sexuelle est cause d’incompréhension et d'éloignement par rapport à l'Eglise, dans la mesure où elle est perçue comme un espace de jugement et de condamnation. Face aux changements sociaux et des modes de vivre l’affectivité, et la multiplicité des perspectives éthiques, les jeunes se montrent sensibles aux valeurs de l'authenticité et de l’engagement, mais ils sont souvent désorientés. Ceux-ci expriment plus particulièrement un désir explicite de confrontation à propos des questions relatives à la différence entre l'identité masculine et féminine, à la réciprocité entre hommes et femmes, à l’homosexualité.

Bref, il faut discuter de tout cela et rencontrer leur désorientation avec « empathie ». Cette notion revient souvent dans le document final, et elle est à double tranchant. Car elle peut renvoyer aussi bien à une bienveillance qui doit accompagner la transmission du vrai, qu'à une complicité. Hélas, cette deuxième acception se révèle dans de nombreuses déclarations actuelles d'évêques et même de cardinaux ouverts à l’homosexualité et à la « jeunesse LGBT ».

45. Les jeunes générations sont porteuses d'une approche de la réalité qui présente traits spécifiques. Les jeunes demandent à être accueillis et respectés dans leur originalité. Parmi les traits spécifiques les plus évidents de la culture des jeunes on a signalé la préférence accordée à l'image par rapport aux autres langages de communication, l'importance des sensations et des émotions comme voie d'approche de la réalité et la priorité de la dimension concrète de l’action par rapport à l'analyse théorique. Les rapports d'amitié et l’appartenance au groupe du même âge revêtent une grande importance, cultivée grâce au réseaux sociaux. Les jeunes sont généralement porteurs d'une ouverture spontanée lorsqu'ils sont confrontés aux différences, ce qui les rend attentifs aux thématiques de la paix, de l'inclusion et du dialogue entre les cultures et les religions. De nombreuses expériences dans de nombreuses parties du monde témoignent de ce que les jeunes savent être pionniers dans la rencontre et le dialogue interculturel et interreligieux, dans la perspective de la cohabitation pacifique.

 Paragraphe très important. D'une part, il prend acte du « changement anthropologique » (comme l'appelait Benoît XVI) en cours chez les jeunes qui n'ont pas appris à raisonner, à verbaliser, et qui préfèrent l’image à la parole. En ôtant qu'ils se réfèrent aux sensations et aux émotions, ce  paragraphe confirme que les jeunes ne savent plus analyser ni juger, mais réagissent avec leur « cerveau émotionnel » » ce qu'on appelle le « cerveau droit » qui les rend surtout sensibles à leur ressenti. C'est ce qui explique d'ailleurs leur ouverture aux autres cultures et religions qui ne s'autorisent pas à analyser parce qu'il faut accueillir l’autre. C'est en gros ce que reconnaît ce paragraphe, mais ce sont les derniers mots qui en sont les plus importants : la perspective de la cohabitation pacifique. C'est tout le sens du mondialisme qui, comme le montrent tant de documents des institutions internationales, juge la religion conçue comme vraie et exclusive de toutes les autres comme menace pour la paix et fauteuse de guerres et autres troubles. Des jeunes bloqués dans les sensations et les émotions sont les cibles idéales de ce discours et le démontre par le fait qu'ils « savent être pionniers dans la rencontre et le dialogue interculturel et interreligieux ». CQFD.

46 : Sensibilité à l'égard des thèmes de l’écologie et du développement durable que l’encyclique Laudato si’ a su catalyser.

C'est un peu la même chose que dans le paragraphe précédent. Manipulables par l’émotion, les jeunes sens singulièrement ouverts au langage sur le changement climatique qui mène droit vers une certaine divinisation de la nature à laquelle il faut sacrifier l’homme, son principal ennemi dans le langage de l'écologie profonde.

47. Le synode reconnaît et apprécie l'importance que les jeunes donnent à l'expression artistique sous toutes ses formes : nombreux sont les jeunes qui utilisent dans ce domaine des talents qu'ils ont reçus, promouvant la beauté, la vérité et la bonté, grandissant en humanité et dans leurs rapports avec Dieu. Pour beaucoup l'expression artistique est aussi une authentique vocation professionnelle. Nous ne pouvons oublier  qu'à travers les siècles la « voie de la beauté » a été un des moyens privilégiés de l'expression de la foi et de l’évangélisation.

D’une particulière importance est la musique, qui représente un environnement véritable en soi où les jeunes sont constamment immergés, en même temps qu'il s'agit d'une culture et d'un langage capable de susciter des émotions et de façonner l’identité. Le langage musical représente aussi une ressource pastorale, qui interpelle en particulier la liturgie et et son renouveau. La standardisation des goûts dans le contexte commercial risque  parfois de compromettre le lien avec les formes traditionnelles d’expression musicale et liturgique.

 On sent ici la résistance de certains pères synodaux devant les formes modernes que prennent l’art et la musique. Mais elle n'est qu’évoquée. Est-il bon que les jeunes soient « constamment immergés » dans la musique ? La question n'est même pas posée, alors que l'absence de silence est certainement l'un des fléaux les plus dramatiques dont ils sont victimes, et le moyen le plus sûr pour anéantir la vie intérieure. Si quelqu'un peut me retrouver la vidéo complète du concert d’ouverture du synode, malicieusement citée ici par Michael Matt de The Remnant, je suis preneuse.  Les quelques extraits que vous y verrez disent tout.

49. En général les jeunes déclarent être à la recherche du sens de la vie et font preuve d'intérêt pour la spiritualité. Mais cette attention devient parfois une recherche du bien-être psychologique plus qu'une ouverture à la rencontre avec le mystère du Dieu vivant. En particulier, dans certaines cultures, nombreux sont ceux qui font de la religion une question privée et qui choisissent au sein des diverses traditions spirituelles les éléments dans lesquels ils retrouvent leur propre conviction.  se diffuse ainsi un certain syncrétisme, qui se développe sur le présupposé relativiste selon lequel toutes les religions sont égales. L'adhésion à une communauté de foi n’est pas vue du tout comme la voie d'accès privilégié au sens de la vie, et elle est  assortie et parfois remplacée par l’idéologie ou par la recherche du succès sur le plan professionnel et économique, dans la logique d'une autoréalisation matérielle.

 Un petit miracle : dénonciation du syncrétisme et du relativisme. Sans doute de nombreux pères  synodaux n'ont-ils pas vu que ceux-ci n'étaient pas véritablement absents d'autres parties du document…

52. Face aux contradictions de la société, de nombreux jeunes désirent  faire fructifier leurs propres talents, compétence et créativité, et ils sont disposés à assumer des responsabilités. Parmi les thèmes qui leur tiennent le plus à cœur on note la durabilité sociale et environnementale, les discriminations et le racisme.

On revient aux mots-clefs de notre époque.

55.  Se fait jour aussi parmi les jeunes la demande de voir une plus grande reconnaissance et valorisation des femmes dans la société et dans l’Eglise. De nombreuses femmes jouent un rôle irremplaçable dans les communautés chrétiennes, mais dans de nombreux lieux on peine à leur donner  une place dans les processus décisionnels, même lorsque ceux-ci n’exigent pas des responsabilités ministérielles spécifiques. L'absence de la voix et du regard féminin appauvrit le débat et le chemin de l'Eglise, ôtant au discernement une contribution précieuse. Le synode recommande que tous soient plus conscients de l'urgence d'un changement inéluctable, et c'est à partir d'une réflexion anthropologique et théologique sur la réciprocité entre les hommes et les femmes.

Cette exigence sera mise en évidence plus loin dans les paragraphes sur la synodalité.

57.  Parmi les attentes des jeunes se détache en particulier le désir que dans l'Eglise on adopte un style de dialogue moins paternaliste et plus direct.

Ben oui, ici comme ailleurs,  le « patriarcat » est l’ennemi. Dieu le Père, le Saint-Père, les pères abbés et tous les autres pères n’ont qu'à bien se tenir…

64.  Les jeunes sont  l'un des lieux théologiques dans lesquels le Seigneur nous fait connaître quelques-unes de ses attentes et de ses défis pour construire demain.

Les jeunes, un « lieu théologique » ? Cela renvoie au premier paragraphe où ils sont désignés comme prophètes par le simple fait qu'ils sont jeunes.

69. Le don de soi, « seul chemin qui permette d’atteindre un bonheur authentique et durable ! ».

 C'est la petite respiration que je vous offre…

73. L'Eglise finit souvent par apparaître à de nombreux jeunes comme une institution qui impose des règles, des devoirs et des obligations. Le Christ au contraire « nous a libérés pour la liberté » (Gal 5,1), en faisant passer du régime de la Loi à celui de l’Esprit. A la lumière de l’Evangile, il est aujourd'hui opportun de reconnaître plus clairement que la liberté est de par sa constitution relationnelle et montrer que les passions et les émotions sont importantes dans la mesure où elles orientent vers l'authentique rencontre avec l’autre. Une telle  perspective atteste clairement que la vraie liberté est compréhensible et possible seulement dans sa relation à la vérité et surtout à la charité : la liberté, c'est être soi-même dans le cœur d'un autre.

Le rappel que la liberté se définit par rapport à la vérité est bienvenu. Mais on a de nouveau cette importance donnée aux passions et aux émotions sans rappeler que celles-ci doivent être avant tout gouvernées par la raison. C'est en mettant les émotions et les passions d'abord qu'on en arrive à la promotion et à la reconnaissance d'états de vie incompatibles avec la loi, que Notre Seigneur est venu non pas abolir mais accomplir, en demandant à l’homme de l’observer par amour et non de l'écarter au nom de l'amour.

74.  A travers la fraternité et la solidarité vécues, spécialement avec les plus petits, les jeunes découvrent que l'authentique liberté naît du fait de se sentir accueilli et grandi en faisant de l’espace à l’autre. Ils font une expérience analogue quand ils s'engagent à cultiver la sobriété ou le respect de l’environnement. L'expérience de la reconnaissance réciproque et de l’engagement partagé les conduits à découvrir que leur cœur est habité par un appel silencieux à l'amour qui provient de Dieu. Et il devient ainsi plus facile de reconnaître la dimension transcendante que la liberté porte originellement en soi et qui se révèle le plus clairement lors des expériences les plus intenses de la vie – la naissance et la mort, l'amitié et l’amour, la faute et le pardon. Ce sont précisément ces expériences qui ajoutent à reconnaître que la nature de la liberté est radicalement « responsoriale » (sic).

L’intrusion du « respect de l’environnement » qui répond à un projet politique mondial bien précis dans ce paragraphe est intéressante à noter : la terre est sur un plan d'analogie sinon d’égalité avec les autres hommes.

75.  Il y a plus de 50 ans, saint Paul VI a introduit l'expression « dialogue du salut » en interprétant la mission du Fils dans le monde comme expression d'une « formidable demande d'amour ». Mais il ajoutait que nous sommes « libres d'y répondre ou de la rejeter » (Ecclesiam suam 77). Dans cette perspective, l'acte de foi personnel apparaît comme libre et libérant : ce sera le point de départ pour une appropriation graduelle des contenus de la foi. La foi ne constitue donc pas un élément qui s'ajoute comme depuis l'extérieur à la liberté, elle comble  l'aspiration de la conscience à la vérité, ou bien et à la beauté, en la retrouvant pleinement en Jésus. Le témoignage de tant de jeunes martyrs du passé et du présent, qui a résonné avec force au synode, est la preuve la plus convaincante de ce que la foi rend libre dans la confrontation avec les puissances du monde, de ses injustices et enfin face à la mort.

« Formidable demande d’amour », certainement, et on ne regrettera pas ses références aux jeunes martyrs ni au fait que la foi en Dieu comble l'aspiration à la vérité. Mais la nature sacrificielle de la venue du Christ qui dans un acte propitiatoire, obtient pour les hommes le pardon de leurs péchés n'est pas très présente dans ce document final, alors qu'elle est au cœur de notre foi.

85. Le concile Vatican II, et le magistère depuis lors, offre des indications précieuses pour élaborer une théologie correcte des charismes et des ministères dans l'Eglise, de manière à accueillir avec reconnaissance et à valoriser avec sagesse les dons de la grâce que l'Esprit fait continuellement surgir dans l’Eglise pour la rajeunir.

C'est une nouveauté depuis Vatican II ? Avant, on ne savait donc pas accueillir les charismes ? Il semblerait plutôt qu'il s'agisse d'accueillir de nouvelles formes de charismes qui jadis n’eussent pas passé la barre…

88.  Le don de la vie consacrée, que ce soit dans sa forme contemplative ou active, que l'Esprit suscite dans l’Eglise, a une valeur prophétique particulière dans la mesure où elle est témoignage joyeux de la gratuité de l'amour. Lorsque les communautés religieuses et les nouvelles fondations vivent authentiquement la fraternité, celles-ci deviennent écoles de communion, centres de prière et de contemplation, lieu de témoignages des dialogues intergénérationnels et interculturels et des espaces pour l'évangélisation et la charité. La mission de nombreux consacrés et consacrées qui prennent soin des plus petits aux périphéries du monde manifestent concrètement le dévouement d'une Eglise en sortie. Si dans certaines régions on constate la réduction numérique et la fatigue du vieillissement, la vie consacrée continue d'être féconde et créative, y compris à travers la coresponsabilité avec tant de laïcs qui partagent l'esprit et la mission de divers charismes.

On évoque bien la vie contemplative mais en passant seulement, l'essentiel étant les périphéries et l'Eglise en sortie.

89.  L'Eglise a toujours eu  le souci particulier du ministère ordonné, consciente que ce dernier est un élément constitutif de son identité et qu'il est nécessaire à la vie chrétienne. C'est pour cette raison que celle-ci a toujours cultivé une attention spécifique à la formation et à l'accompagnement des candidats à la prêtrise. La préoccupation de nombreuses églises face à leur chute numérique rend nécessaire une réflexion rénovée sur la vocation au ministère ordonné et sur une pastorale des vocations qui sachent faire sentir la fascination de la personne de Jésus et de son appel à devenir pasteur de son troupeau. La vocation au diaconat permanent exige elle aussi davantage d'attention, parce qu'elle constitue une ressource dont toutes les potentialités ne se sont pas encore développées.

A propos des prêtres, comme des paroisses, le mot-clef est ici le renouveau (« réflexion rénovée »). Ne croyons pas que cela soit fortuit.

94. L'accompagnement ne peut pas se limiter au parcours de croissance spirituelle et à la pratique de la vie chrétienne. Bien plus fructueux est l’accompagnement tout au long du parcours progressif de prise de responsabilité  au sein de la société, par exemple dans l'environnement professionnel ou dans l'engagement  socio-politique. En ce sens l'assemblée synodale recommande la valorisation de la doctrine  sociale de l’église. A l'intérieur des sociétés et des communautés ecclésiales toujours plus interculturelles et multireligieuses, il  faut un accompagnement spécifique quant aux rapports avec la diversité, qui sache la valoriser comme enrichissement réciproque et possibilité de communion fraternelle, contre la double tentation du repli identitaire et du relativisme.

Revoici le repli identitaire et l'idée de l'enrichissement au contact des autres religions. C'est aussi une constante du document synodal, constante inquiétante dans la mesure où la pratique du dialogue interreligieux a largement démontré ses limites et ses dangers, qui se manifestent précisément dans l'ouverture des jeunes évoquée au paragraphe 45.

118.[Synodalité] « Nous pouvons décrire ce processus en parlant de synodalité pour la mission, ou encore de synodalité missionnaire : “La mise en acte d’une Eglise synodale est un présupposé indispensable pour un nouvel élan missionnaire qui implique l'ensemble du peuple de Dieu” (Commission théologique internationale, La synodalité  dans la vie et dans la mission de l’Eglise, 2 mars 2018) [en fait, «  la dimension collégiale relative à l'exercice du ministère épiscopal et le ministère primatial de l'évêque de Rome »]. Il s'agit de la prophétie du concile Vatican II, que nous n'avons pas encore assumée dans toute sa profondeur ni développée dans ses implications quotidiennes, à laquelle s'est référé le pape François en affirmant : « Le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire » (Discours pour la  commémoration du 50e anniversaire de l'institution du synode des évêques, 17 octobre 2015). Nous somme convaincus que ce choix, fruit de la prière et de la confrontation apportera à l'Eglise, par la grâce de Dieu, d’être et d'apparaître plus clairement comme la « jeunesse du monde ».

Voici donc le cœur du document, qui nous parle explicitement d'accomplissement de la « prophétie » de Vatican II.

119. (…)  Dans ce synode, nous avons  fait l'expérience de ce que la collégialité qui unit les évêques cum Petro et sub Petro dans la sollicitude pour le Peuple de Dieu est appelée à s’articuler et à s'enrichir à travers la pratique de la synodalité à tous les niveaux.

Synodalité renforcée à tous les étages : il est là, le passage à une Eglise démocratique, illustrée par le synode pour les jeunes qui a donné la parole à ces derniers et qui en a fait une parole prophétique.

120.  La fin des travaux en assemblée et le document qui en recueille les fruits ne ferment pas le processus synodal, ils en constituent une étape. Puisque les conditions concrètes, les possibilités réelles et les besoins urgents des jeunes sont très différents  d’un pays et d'un continent à l'autre, même si c'est dans la communauté de la foi unique, nous invitons les conférences épiscopales et les églises particulières à poursuivre ce parcours,  en s'engageant dans des processus de discernement communautaire qui inclut aussi ceux qui ne sont pas évêques dans les  délibérations, comme l'a fait ce synode. Le style de ces parcours ecclésiaux devra comprendre l'écoute fraternelle et le dialogue intergénérationnel, avec  l'objectif d'élaborer des orientations pastorales particulièrement attentives aux jeunes marginalisés et à ceux qui n’ont que peu, voire aucun contact avec les communautés ecclésiales. Nous  souhaitons qu'à ses parcours participent des familles, des instituts religieux, des associations, des mouvements et les jeunes eux-mêmes, de telle sorte que la «  flamme » de ce que nous avons vécu au cours de ces journées se diffuse.

Et voici l'extension de la synodalité à tous les pays et à tous les niveaux de la société catholique, la multiplicité des intervenants étant supposée de provoquer le « discernement », ce jugement qui en l'occurrence naît de la multiplicité des intervenants.

121.  L'expérience vécue a rendu les participants au synode conscients de l’importance d'une forme synodale de l'église pour l'annonce et la transmission de la foi. La participation des jeunes à contribuer à « réveiller » la synodalité, qui est une « dimension constitutive de l’Eglise. Comme le dit saint Jean Chrysostome, “Eglise et Synode sont synonymes” – parce que l'Eglise n'est pas autre chose que le “cheminer ensemble” du troupeau de Dieu sur les sentiers de l’histoire à la rencontre du Christ Seigneur » (François, discours du 17 octobre 2015). La synodalité caractérise aussi bien la vie que la mission de l'Eglise, qui est le Peuple de Dieu, formé de jeunes et d'anciens, d'hommes et de femmes de toutes cultures et de tout horizon, et le Corps du Christ, dans lequel nous sommes membres les uns des autres, à commencer par ceux qui sont marginalisés et piétinés. Au cours des échanges et à travers les témoignages, le synode a fait émerger certains traits fondamentaux d'un style synodal, auxquels nous sommes appelés à nous convertir.

Il n'est pas sûr que la synodalité selon saint Jean Chrysostome corresponde à celle qui est actuellement promue. Jadis, les synodes rassemblaient les évêques chargés de fixer un point de doctrine sous la primauté du pape. Si l'Eglise « n'est pas autre chose » qu'un « cheminer ensemble » on s'éloigne tout de même beaucoup du Corps mystique du Christ qui est Lui-même la Vérité, vérité qui n’évolue pas, fût-ce sur des chemins. La synodalité selon François « commence » avec les marginalisés. Elle n'a rien à voir avec la doctrine mais elle aboutit à la doctrine, en l'occurrence au « magistère ordinaire ». Et nous sommes appelés à nous convertir à elle – plutôt qu’à Dieu ?

122. C'est dans la relation – avec le Christ, avec les autres, dans la communauté – que se transmet la foi. (… Eglise de l’écoute…) Ainsi l'Eglise se présente comme «  tente de l’alliance » dans laquelle est conservée l'arche d’Alliance : une Eglise dynamique et en mouvement, qui accompagne en cheminant, renforcée par tant de charismes et de ministères. C'est ainsi que Dieu se fait présent dans ce monde.

On retrouve ici en filigrane une idée fondamentale des synodes sur la famille : l'idée que l'Eglise doit bouger dans sa manière de faire et de présenter les choses, l'idée d'un Dieu de l’histoire qui doit évoluer pour être acceptable par l’homme au lieu d'un Dieu qui impose des dogmes rigides. C'est en effet sous couleur d’accompagnement que l'on justifie l'ouverture aux situations « dites irrégulières » : là est l'efficacité du mécanisme.

123. Un trait caractéristique de ce style d’Eglise est la valorisation du charisme que l'Esprit donne selon la vocation et le rôle de  chacun de ses membres, à travers un dynamisme de coresponsabilité. (…)  Animés de cet esprit, nous pourrons aller vers une église participative et coresponsable capable de valoriser la richesse de la variété de ses composantes, accueillant avec gratitude même l'apport des fidèles laïcs, parmi lesquels les jeunes et les femmes… personne ne doit être mis ou pouvoir se mettre à l’écart. C'est  de cette manière que l'on peut éviter aussi bien le cléricalisme, qui exclut un grand nombre des processus décisionnaires, que la cléricalisation des laïcs, qui les empêche en même temps de  à se lancer dans la tâche missionnaire au sein du monde.

Le synode demande de rendre effective et habituelle la participation active des jeunes dans les lieux de coresponsabilité des Eglises particulières, ainsi que dans les organismes des conférences épiscopales et de l'Eglise universelle. Il demande en outre que soit renforcée l'activité de l’Office des jeunes du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, notamment à travers la constitution d'un organisme de représentation des jeunes au niveau international.

Nous y voilà, c’est une explication de la synodalité qui insiste sur le rôle des laïcs, des jeunes, des femmes qui doivent pouvoir intervenir dans les « processus décisionnels ». Cela va jusqu'à créer des sortes d’assemblées pour peser sur ces processus : ici, ce sont les jeunes qui doivent être représentés au niveau international du seul fait qu'ils sont jeunes.


124. L'expérience du « cheminer ensemble » comme peuple de Dieu aide à comprendre toujours mieux le sens de l’autorité dans l’optique du service. Au pasteur il est demandé la capacité de faire croître la collaboration dans le témoignage et dans la mission, et d'accompagner des processus de discernement communautaire pour interpréter les signes des temps à la lumière de la foi et sous la conduite  de l’Esprit, avec la contribution de tous les membres de la communauté, à partir de ceux qui se trouve aux marges. Les responsables ecclésiaux ayant cette capacité ont besoin d'une formation spécifique à la synodalité. Semble prometteur de ce point de vue de structurer des parcours de formation commun entre jeunes laïcs, jeunes religieux et séminaristes, en particulier pour tout ce qui concerne les thématiques comme l'exercice de l'autorité ou du travail en équipe. (en français dans le texte).

Toujours dans le domaine de la synodalité,  et partant toujours de ceux qui sont « aux marges » de l’Eglise, la recherche de la vérité de la voie d’action est présentée ici comme le résultat d'un travail en équipe qu'il faut promouvoir. Il n'y a plus d'enseignement transmis du haut vers le bas, mais une élaboration faite selon des mécanismes à mettre en place au moyen d'une formation continue. Rappelons que cette question de la synodalité n’a guère été présente au cours des discussions qui se sont déroulées à Rome depuis le 3 octobre : elle est imposée au père synodaux malgré eux, comble d’ironie. Ils ont pu parler tant qu'ils ont voulu, ce qui est pris en compte semble être une volonté de départ imposée par le haut.

125.  La vie synodale de l'Eglise est essentiellement orientée vers la mission : c’est là le « signe et l’instrument de l'union ultime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain » (Lumen gentium) , jusqu'au jour où Dieu sera « tout en tous » (1 Cor 15,28). Les jeunes, ouvert à l'Esprit, peuvent aider l’Eglise à accomplir le passage pascal de la sortie « du “je” compris de manière individualiste au “nous” ecclésial, où chaque “je”,, étant revêtu du Christ, vit et chemine avec les frères et les sœurs comme sujet responsable et actif dans l'unique mission du Peuple de Dieu » (Commission théologique internationale, déjà citée). Le même passage, sous l'impulsion de l’esprit et la conduite des pasteurs, doit advenir pour la communauté chrétienne, appelé à sortir de l’autoréférentialité du « je » de sa propre autoconservation pour aller vers le service de la construction d’un « nous » inclusif aux confins de toute la famille humaine et de la création tout entière.

A l'heure où beaucoup de jeunes n'ont pas la conscience d’eux-mêmes ce paragraphe est véritablement tragique, écrasant quelque peu la dimension individuelle du salut et aboutissant à une perspective d’inclusion universelle. On notera que dans le « nous » chrétien souhaité par le document final, la création elle-même est comprise : c'est la dernière ligne, extrêmement révélatrice, de ce paragraphe. Il s'agit là d'une ouverture nette au grand tout, à la conscience collective des religions orientales où sujet et objet se confondent, où la spiritualité s’étend à toute la matérialité de l'univers confondue avec l’esprit.

126. Cette dynamique fondamentale a des conséquences précises sur la manière d'accomplir la mission ensemble avec les jeunes ; elle exige d'avoir, avec franchise et sans compromis, un dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. Comme l'a affirmé saint Paul VI, « L’Eglise se fait parole, l'Eglise se fait message, l'Eglise se fait dialogue » (Ecclesiam suam 67). dans un monde marqué par la diversité des peuples et la variété des cultures, « cheminer ensemble » est fondamental pour donner de la crédibilité et de l'efficacité aux initiatives de solidarité, d'intégration, de promotion de la justice, et pour montrer en quoi consiste une culture de la rencontre et de la gratuité.

Les jeunes eux-mêmes, qui vivent quotidiennement au contact des gens de leur âge d’autres confessions chrétiennes, religions, convictions et cultures, stimulent la communauté chrétienne tout entière à vivre l'œcuménisme et le dialogue interreligieux. Cela requiert le courage de la parresia dans l’expression, et celui de l'humilité dans l’écoute, assumant l’ascèse – et parfois le martyre – que cela implique.

Beaucoup de mots à la mode, et toujours ce « cheminer ensemble » qui est supposé à la racine de tout bien en diluant de fait la notion de vérité.

127.  La pratique du dialogue et la recherche de solutions partagées représente une priorité claire en un temps où les systèmes démocratiques souffrent de la défiance et d’un bas niveau de participation et d'une influence disproportionnée de petits groupes d’intérêts qui ne rencontrent pas une ample résonance avec la population, avec le danger de dérive réductionniste, technocratique et autoritariste. La fidélité à l'Évangile orientera ce dialogue vers la recherche de la manière de répondre aux doubles cris des pauvres et de la terre (Laudato si’) à l'égard desquels les jeunes montrent une sensibilité particulière, en insérant dans les processus sociaux l’inspiration des principes de la doctrine sociale : la dignité de la personne, la destination universelle des biens, l'option préférentielle pour les pauvres, le primat de la solidarité, l'attention à la subsidiarité, le soin de la maison commune. Aucune vocation à l'intérieur de l’Eglise ne peut se placer en dehors de cet dynamisme communautaire de sortie et de dialogue, et pour cette raison, tout effort d’accompagnement est appelé à ce mesurer à l'aune de cet horizon, en réservant une attention privilégiée aux plus pauvres et aux plus vulnérables.

On devine ici un écho à l'intérêt du pape François pour les peuples et en particulier les peuples indigènes, et bien sûr l’écologie de la « maison commune » promue par tous les grands de ce monde. Le plus inquiétant est cette assertion : « Aucune vocation à l'intérieur de l’Eglise ne peut se placer en dehors de cet dynamisme communautaire de sortie et de dialogue. » Quelle place reste-t-il pour les communautés purement contemplatives dont les membres sont orientés sur Dieu seul dans la prière et l'adoration ?

128. (…)  Nous vivons dans une culture « sans frontières », marquée par une nouvelle relation spatio-temporelle, notamment en raison des communications numériques, et caractérisée par une mobilité continuelle. Dans un tel contexte, une vision de l'action paroissiale limitée aux seuls confins territoriaux est incapable de s'adresser aux fidèles avec des propositions diversifiées, et en particulier les jeunes ; elle emprisonne la paroisse dans un immobilisme inacceptable et dans une préoccupante répétitivité pastorale. Il faut donc repenser pastoralement la paroisse, dans une logique de coresponsabilité ecclésiale et d'élan missionnaire, en développant des synergies sur le territoire. C'est seulement ainsi que pourra apparaître un environnement significatif qui puisse intercepter la vie des jeunes.

Veut-on détruire le maillage paroissial – qui s'autodétruit d'ailleurs très largement lui-même, en tout cas dans les pays développés qui semblent ici les premiers visés, à la fois par manque de prêtres et de catholiques pratiquants ? Au-delà du jargon, il n'y a cependant pas de proposition concrète, seulement une dénonciation d’une « répétitivité » qui est tout simplement et avant tout celle de la liturgie et des sacrements, du moins lorsque la paroisse les dispense. Pourtant, tant des paroisses que des monastères que les sanctuaires et que les pèlerinages, tous dans l'expression traditionnelle de l'organisation de l’Eglise, sont encore capables de toucher les jeunes. A l'occasion, ils se trouvent même dans le collimateur de la hiérarchie : pensons aux Franciscains de l’Immaculée.

131. Une Eglise synodale et missionnaire se manifeste à travers des communautés locales habitées de multiples façons. Depuis le début l’Eglise n'a pas eu une forme rigide et homologante (sic), mais elle s'est au contraire développée comme un polyèdre de personnes ayant des sensibilités, des origines et des cultures diverses. C’est précisément de cette manière que s’est manifesté le trésor incomparable de la vie trinitaire portée dans les vases d'argile de la fragilité humaine. L'harmonie qui est don de l’Esprit n'abolit pas les différences, mais les accorde en engendrant une richesse symphonique. Cette rencontre dans la foi unique à travers des personnes diverses constitue la condition fondamentale pour la rénovation pastorale de notre communauté. Cela a une incidence sur l'annonce, sur la célébration et sur le service, c'est-à-dire sur les domaines fondamentaux de la pastorale ordinaire.. La sagesse populaire dit que « pour éduquer un enfant il faut un village » : ce principe vaut aujourd’hui pour tous les domaines de la pastorale.

Jargon toujours, mais qui a pour particularité de placer sur le même plan prêtres et laïcs. Il faudrait interroger des prêtres confrontés aux bonnes dames des équipes liturgiques pour en parler davantage…

132. (…) Seule une communauté unie et plurielle sait se proposer en en mode ouvert et porter la lumière de l'Evangile dans les domaines de la vie sociale qui aujourd’hui nous lancent un défi : la question écologique, travail, soutien à la famille, la marginalisation, le renouveau de la politique, le pluralisme culturel et religieux, le chemin vers la justice et vers la paix, l'environnement numérique. Cela se produit déjà dans les associations et les mouvements ecclésiaux. Les jeunes nous demandent de ne pas affronter ces défis seuls et de dialoguer avec tous, non pour accaparer une tranche de pouvoir, mais pour contribuer au bien commun.

 Là encore, on ne dit pas grand-chose en réalité, il faut simplement noter les mots-clefs comme « plurielle », « mode ouvert », « question écologique », « marginalisation ». Pour ce qui est du travail auprès des plus pauvres, l'Eglise a déjà une très longue histoire de charité derrière elle, à travers les saints qui ne se sentaient pas obligés d'être pluriels et en mode ouvert !

134. [liturgie] On réaffirme avec clarté que la charge de célébrer avec une noble simplicité et avec l'implication de divers ministres laïcs constituent un moment essentiel de la conversion missionnaire de l’Eglise. Les jeunes ont montré qu'ils savent apprécier et vivre avec intensité les célébrations authentiques ou la beauté des signes, le soin dans la prédication et la participation communautaire parlent réellement de Dieu. Il est donc nécessaire de favoriser leur participation active, tout en gardant intact l’émerveillement devant le mystère, venir à la rencontre de leur sensibilité musicale et artistique, tout en aidant à faire comprendre que la liturgie n'est pas simplement expression de soi, mais action du Christ et de l’Eglise.

Et voici la sacralisation de la participation de « divers ministres laïcs » dans la liturgie comme une sorte de condition de la liturgie réussie  à travers la « conversion missionnaire de l’Eglise » qui passe par une adaptation aux participants et à leurs codes culturels, quelles que soient leur valeur et leur esthétique. Il y a certains un petit bémol à la fin. Mais quand on sait que la « sensibilité » traditionnelle a été tenue à l'écart de ce synode, on comprend encore mieux le sens de ce paragraphe.

143. (…) Dans le dynamisme d'une Eglise en sortie il est cependant nécessaire de penser un renouveau créatif et flexible de cette réalité, passant de l'idée de centres statiques, où les jeunes peuvent venir, à l'idée de sujets pastoraux en mouvement avec et en direction des jeunes, c'est-à-dire capables de les rencontrer dans leur lieu de vie ordinaire –  l’école et l'environnement numérique, les périphéries existentielles, le monde rural et celui du travail, l'expression musicale et artistique, etc. – engendrant un nouveau type d'apostolat plus dynamique et actif.

Aller rencontrer les jeunes là où ils sont ? C’est sans doute nécessaire. Mais pour que l'affaire fonctionne, il faut sans doute d’abord que l'Eglise accepte d'être nettoyée des scandales qui aujourd'hui la souillent – le plus souvent, les affaires de prédation homosexuelle –, qu'elle ne se laisse pas dénaturer par une adaptation au siècle, qu'elle pratique moins l’empathie que l'annonce de la Vérité. L’impression générale du document final est précisément que l’Eglise devrait mieux se faire comprendre des jeunes en adoptant leur langage et en acceptant leur jugement. Mauvais début.

144.  La synodalité et les méthodes avec laquelle l’Eglise peut confronter des défis anciens et nouveaux, en recueillant et en faisant dialoguer des dons de tous ses membres, à partir des jeunes.

Et c'est reparti : énième appel au dialogue synodal, cette synodalité qui naît cette fois non de l’écoute des marginalisés, mais des jeunes.

Le paragraphe 147 est précédé d’un titre ; « Migrants :  abattre des murs et construire des ponts », on avait déjà vu ça quelque part.

147.  Beaucoup de migrants sont jeunes. La diffusion universelle de l'Eglise lui offre la grande possibilité de faire dialoguer la communauté de ceux qui partent et celle de ceux qui arrivent, contribuant à dépasser les peurs et la défiance, et à renforcer les liens que les migrants risquent de perdre. « Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer », les quatre verbes avec lesquels le pape François synthétise les lignes d’action en faveur des migrants, sont des verbes synodaux.

Mettre cela en a exige l'action de l'Eglise à tous les niveaux et implique tous les membres de la communauté chrétienne. De leur côté, les migrants, opportunément accompagnés, pourront offrir des ressources spirituelles, pastorales et missionnaires aux communautés qui les accueillent. D’une particulière importance est l'engagement culturel et politique d’aller de l’avant à travers des structures adéquates, pour lutter contre la diffusion de la xénophobie, du racisme et du refus des migrants.

Verbes synodaux, si, si. Politiquement, on parlerait de l’accueil et du refus de la préférence nationale, notions eomplétées comme elles le sont ici par des dispositifs de lutte contre la xénophobie, racisme, le refus des migrants. C'est un même combat politique auquel l'Eglise est donc censée participer. Et si la synodalité, démocratie dans l’Eglise, était tout simplement l'ouverture aux idées du monde ?

148. Une Eglise qui cherche à vivre de manière synodale ne pourra se passer d'une réflexion sur la condition et le rôle des femmes en son sein,  et de leurs conséquences dans la société. Les jeunes, garçons et filles, demandent cela avec une grande force. Les réflexions développées exigent de trouver une réalisation à travers une œuvre de courageuse conversion culturelle et de changement dans la pratique pastorale quotidienne. Un domaine de particulière importance à cet égard est celui de la présence féminine dans les organes ecclésiaux à tous les niveaux, y compris à des postes de responsabilité, et de la participation des femmes au processus de décision ecclésiaux par rapport au rôle du ministère ordonné. Il s'agit d'un devoir de justice, qui trouve son inspiration aussi bien dans la manière dont Jésus a été en relation avec les hommes et les femmes de son temps, que dans  l’importance du rôle de certaines figures féminines dans la Bible, dans l'histoire du salut est dans la vie de l’Eglise.

On est toujours dans une logique démocratique avec, cette fois, la femme en première ligne des « processus de décision ». Saint Paul peut aller se coucher, l'Eglise doit courageusement se convertir. Et même s'il n'est pas question du sacerdoce des femmes, il y a ici un début d’adhésion à la révolution féministe puisque la logique adoptée est celle des jeunes réclamant l’égalité. On se demande bien pourquoi la Vierge Marie n'a pas alors participé aux prises de décisions des apôtres investis du pouvoir sur l'Eglise par le Christ lui-même… Quant au rôle des femmes dans l'Eglise, il a toujours été important. En cet instant précis, on pense à sainte Catherine de Sienne qui aurait sans doute eu son mot à dire sur la crise de l'autorité que prépare, fomente et assure cette promotion débridée de la « synodalité ».

Sexualité : une parole claire, libre, authentique

Ces paragraphes très attendus dans le contexte actuel brillent par l’absence d’un élément essentiel : la finalité de la différence sexuelle qui est à la racine de la seule « orientation » (le texte a préféré le mot « inclination » qui apparaît comme un… cache-sexe) acceptable, celle qui porte l'homme vers la femme et la femme vers l’homme pour que de leur union féconde puissent naître de nouvelles vies. Cette dimension essentielle est totalement escamotée au profit d'une présentation de la sexualité comme le simple désir que l'on peut, ou que l'on peut ne pas, ou que l'on ne peut pas satisfaire. Certes il est question de la « juste valeur de la chasteté », mais dans une dimension curieusement individualiste. Voyez plutôt :

149. Dans l'actuel contexte culturel l'Eglise peine à transmettre la beauté de la vision chrétienne de la corporéité et de la sexualité, telle qu'elle surgit de l’Ecriture sainte, de la tradition et du magistère des derniers papes. Il apparaît donc urgent de rechercher des modalités plus adéquates, qui se traduisent concrètement dans l'élaboration de chemins de formation  renouvelée. Il est opportun de proposer aux jeunes une anthropologie de l'affectivité et de la sexualité qui soit également capable de donner une juste valeur à la chasteté, leur montrant avec sagesse pédagogique la signification la plus authentique pour la croissance de la personne, dans tous les états de la vie. Il s'agit de mettre l'accent sur l'écoute empathique, l'accompagnement et le discernement, selon les lignes indiquées par le magistère récent. C'est pour cela qu’il est opportun de soigner la formation d’opérateurs pastoraux qui sachent se montrer crédibles, à partir de la maturation de leur propre dimension affective et sexuelle.

Ce magistère récent, l’empathie et le discernement renvoient de manière à peine voilée à Amoris laetitia. Former les jeunes ? Oui, c'est nécessaire. Mais on notera que dans ces paragraphes sur la sexualité, pas plus que dans l'ensemble du document final, il n'est fait mention du fait que la plupart des jeunes sont a priori appelés à devenir eux-mêmes, dans un avenir relativement proche, parents : tout au plus parle-t-on d'une préparation améliorée au mariage. Les enfants semblent ne pas exister. Il est vrai que si tout le monde est occupé à donner de la voix synodale dans l’Eglise, il ne reste pas beaucoup de temps pour la marmaille… Pour ce qui est des « modalités plus adéquates », le passé récent a hélas montré que l’Eglise elle aussi est capable de proposer des parcours de formation qui manquent de décence. On notera aussi que ce paragraphe passe totalement sous silence la responsabilité des parents dans le domaine de la formation de l’affectivité et de l'éducation à la pureté, autres mot absent.

150. Il existe des questions relatives au corps, à l'affectivité et à la sexualité qui  nécessitent un développement anthropologique, théologique et pastoral approfondie, qui doit être réalisé selon les modalités et les niveaux qui conviennent le mieux, depuis le niveau local jusqu’à l’universel. A ce propos surgissent en particulier des questions relatives à la différence et à l’harmonie entre l'identité masculine et féminine et aux inclinations sexuelles. A cet égard le synode a rappelle que Dieu aime chaque personne et c’est ainsi que fait l’Eglise, renouvelant son engagement contre toute discrimination et violence sur la base du sexe. Il rappelle également la pertinence anthropologique déterminante de la différence et de la réciprocité entre l'homme et la femme et considère comme réducteur de définir l'identité des personnes uniquement à partir de leur « orientation sexuelle » (Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre aux évêques de l'Eglise catholique sur le soin pastoral des personnes homosexuelles, 1er octobre 1986, numéro 16).

Il existe déjà dans de nombreuses communautés chrétiennes des chemins d’accompagnement dans la foi pour les personnes homosexuelles : le synode recommande de favoriser de tels parcours. Dans ces chemins les personnes sont aidées à lire leur propre histoire ; à adhérer avec liberté et responsabilité à leur propre appel baptismal ; à reconnaître le désir d’appartenir et de contribuer à la vie de la communauté ; à discerner les meilleures formes pour ce faire. De cette manière on aide tous les jeunes, sans en exclure aucun, à intégrer toujours davantage la dimension sexuelle de leur propre personnalité, grandissant dans la qualité des relations et cheminant vers le don de soi.

Ce paragraphe 150, plus long que celui consacré à la sexualité normale, s'intéresse de fait avant tout aux autres « inclinations », comme ils disent, sans le moindre rappel moral, enterrant des réalités souvent sordides sous un lisse langage d'accueil et de refus de « toute discrimination » là où le Catéchisme de l'Eglise catholique parle de « discrimination injuste ». C'est un glissement notable.

Ayant dit qu'il fallait éviter de réduire les personnes à leur orientation sexuelle, le même paragraphe propose un accompagnement spécifique dans la foi pour les personnes homosexuelles. Mais sans discernement. Certains d'entre eux proposent d'aider à sortir d'une situation dont on souffre. D'autres accompagnements valorisent au contraire ces choix de vie radicalement opposée au plan de Dieu pour l’homme. Tel qu'il est rédigé, le paragraphe ne donne pas la moindre garantie de rectitude.

153. La promotion de la justice interpelle aussi la gestion des biens de l'Eglise. Les jeunes se sentent chez eux dans une Eglise où l'économie et la finance sont vécues dans la transparence et dans la cohérence. Des choix courageux dans la perspective de la durabilité, comme ceux indiqués par l’encyclique Laudato si’,  sont nécessaires, dans la mesure où le défaut de respect de l'environnement engendre de nouvelles pauvretés, dont les jeunes sont les premières victimes. Les systèmes se changent aussi en montrant qu'il est possible de vivre différemment la dimension économique et financière. Les jeunes encouragent l'Eglise à être prophétique dans ce domaine, en paroles mais surtout à travers des choix qui montrent qu’une économie amie de la personne et de l'environnement est possible. Ensemble avec eux nous pouvons le faire.

Yes we can ! En filigrane, voici l'Eglise pauvre pour les pauvres, celle du serment des catacombes de Don Helder Camara, celle qui s’engouffre dans l'idéologie du développement durable qui est si fondamentalement hostile à l'empreinte de l'homme sur la terre. C'est toute la différence entre l'utopie et la radicalité d'un saint François qui renonce à ses richesses, mais pour Dieu, et qui n'a jamais rejeté la beauté de l’architecture, la richesse des ornements liturgiques comme le fait l'Eglise de l'ère polyester.

154. En ce qui concerne les questions écologiques, il sera important d'offrir des lignes directrices pour la réalisation concrète de Laudato si’  dans les pratiques ecclésiales. De nombreuses interventions ont souligné l'importance d'offrir aux jeunes une formation à l'engagement socio-politique et la ressource représente à cet égard la doctrine sociale de l’Eglise. Les jeunes engagés en politique sont soutenus et encouragés à œuvrer pour un réel changement des structures sociales injustes.

Revoici la doctrine sociale adaptée à la mise en œuvre de Laudato si’ qui repose sur le postulat que la terre se réchauffe – elle dont la température est stable depuis bientôt 20 ans et qui a été bien plus chaude dans un passé relativement récent et sans industrie, l'optimum médiéval – et que l'homme en est responsable. Cette doctrine nouvelle exige des sacrifices pour la terre, au lieu de proposer ouvertement et clairement la loi morale de l’Eglise pour la conduite de chacun, toujours présentée comme rigide alors qu'elle est maintes fois moins tyrannique que celle du « développement durable ».

155. Le pluralisme culturel et religieux est une réalité croissante dans la vie sociale des jeunes. Les jeunes chrétiens offrent un beau témoignage de l’Evangile lorsqu'ils vivent leur foi d’une manière qui transforme leurs vies et leurs actions quotidiennes. Ils sont appelés à s’ouvrir à des jeunes d'autres traditions religieuses et spirituelles, à maintenir avec des rapports authentiques qui favorisent la connaissance  réciproque et préserve des préjugés et des stéréotypes. Ils sont ainsi les pionniers d'une nouvelle forme de dialogue interreligieux et interculturel, qui puisse contribuer à libérer nos sociétés de l'exclusion, de l'extrémisme, du fondamentalisme et aussi des manipulations de la religion à des fins sectaires ou populistes. Témoins de l'Evangile, ces jeunes, avec ceux de leur âge, deviennent les promoteurs d'une citoyenneté inclusive de la diversité et d'un engagement religieux socialement responsable et  capable de construire le lien social et la paix.

Récemment, précisément sur proposition des jeunes, on a lancé des initiatives pour offrir l’occasion d’expérimenter la coexistence entre des personnes appartenant à des religions et à des cultures diverses, afin que tous dans un climat de convivialité et dans le respect des fois respectives soient acteurs d'un engagement commun et partagé dans la société.

On aurait presque envie de ne plus rien dire, tant s'accumulent ici les tartes à la crème de l’antiracisme. L'expérience dont il est question est probablement du genre de celle de Loppiano, ville des Focolari où tout le monde est tellement bienvenu qu'il n'y a plus de périphéries du tout… En attendant, la référence à la « citoyenneté inclusive de la diversité » met en lumière la réalité profondément politique de ce document final et donc de ce synode qui exalte davantage les différences horizontales que la vérité de notre appel au salut éternel obtenu au prix du Sang de Jésus-Christ. Il est vrai que de nombreux paragraphes de ce document auraient pu figurer n'importe où, et non dans un document d’Eglise.

156. En ce qui concerne le chemin de réconciliation entre tous les chrétiens, le synode des reconnaissants pour le désir de nombreux jeunes de faire croître l'unité entre les communautés chrétiennes séparées. S’engageant dans cette ligne, assez souvent les jeunes approfondissent les racines de leur propre foi et ils font l'expérience d'une réelle ouverture à tout ce que les autres peuvent donner. Ils ont l’intuition que le Christ nous unit déjà, même si quelques différences demeurent. Comme l'a affirmé le pape François a l'occasion de la visite du patriarche Bartholomé en 2014, ce sont les jeunes « qui aujourd'hui invitent à faire des pas en avant vers la pleine communion. Et ce n'est pas parce qu’ils ignorent la signification  des différences qui  nous séparent encore, mais parce qu'ils savent regarder plus loin, ils sont capables de saisir l'essentiel qui déjà nous unit » (François, intervention à l'occasion de la divine liturgie, église patriarcale de Saint-George, Istanbul, 30 novembre 2014).

Arrivé à la fin de ce document, on a l’impression que les jeunes ont été manipulés et instrumentalisés pour faire avancer le projet politique et religieux du pape François. C'est en leur nom que sont demandés des changements qui vont jusqu'à la révolution opérée dans la hiérarchie de l’Eglise. En gommant les différences avec les autres confessions chrétiennes, on justifie en effet le rapprochement tellement plus facile à opérer dans un cadre « synodal » où les différentes régions du monde et les différents pays sont dotés de leurs propres organes représentatifs et appelé à une écoute de la diversité, avec forcément des « processus décisionnaires » qui n'aboutiront pas aux mêmes solutions.

157. Tout est lié (…),  la défense de l'embryon et celle du migrant.

Entre empêcher qu'un embryon soit tué et autoriser et promouvoir l’entrée massive de populations étrangères dans un pays à travers un accueil quasi inconditionnel, il y a pourtant une petite différence, non ?

Mais il ne faut pas s'étonner des incohérences dans un document qui dans son ensemble, est une manifestation de volonté de changement

 Pour cela, les jeunes ont bon dos.


Jeanne Smits

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner






© leblogdejeannesmits


 
[]