04 juillet, 2020

Mgr Carlo Maria Viganò répond à John-Henry Westen sur la validité du Concile Vatican II et l'attitude à avoir à son égard

Alors que Mgr Athanasius Schneider propose de rectifier certaines expressions ambiguës ou trompeuses du concile Vatican II, Mgr Viganó a adopté des termes plus radicaux à propos desquels le fondateur et directeur de LifeSiteNews, John-Henry Westen, l'a récemment interrogé. Je publie volontiers ci-dessous ma traduction des lettres qu'ils ont échangées ; traduction authentifiée par Mgr Viganò.

C'est une nouvelle étape dans les discussions à cœur ouvert sur « le Concile » menées désormais par ceux qui ont en quelque sorte longtemps vécu sous son empire. Certains, je le sais, notent que rien de très nouveau ne se dit par rapport aux critiques formulées dès les années 1960 par des ecclésiastiques et des laïcs qui avaient tout de suite perçu les menaces dont les textes conciliaires étaient porteurs vis-à-vis de la doctrine traditionnelle de l'Eglise, et qui se sont battus contre le saccage de la liturgie : je pense à Jean Madiran, à Mgr Marcel Lefebvre, à l'abbé Berto et tant d'autres, en France notamment.

Mais la nouveauté réside dans une libération de la parole et une prise de conscience qui ont, paradoxalement, été favorisées par le pontificat actuel. Des frontières se redessinent ou plus exactement deviennent plus perméables entre ceux qui ont le souci de l'Eglise et du salut des âmes.

Forcément, les approches sont diverses, comme en témoigne justement la différence des solutions proposées par Mgr Schneider et Mgr Viganò. Mais il faut comprendre qu'elles ne sont pas marginales : elles ont du poids, un poids que je qualifierais de providentiel dans les circonstances actuelles. – J.S.

*


Cher Monseigneur Viganò,

J’espère obtenir une clarification de votre part sur vos derniers textes concernant le concile Vatican II.

Dans votre texte du 9 juin, vous dites qu’« il est indéniable qu’à partir de Vatican II, une église parallèle a été construite, superposée et diamétralement opposée à la véritable Église du Christ »

Dans l’interview que vous avez ensuite accordée à Phil Lawler, celui-ci a posé la question suivante : « Quelle est la solution ? Mgr Schneider propose qu’un futur Pontife rejette les erreurs ; votre Excellence trouve cela insuffisant. Mais alors comment corriger les erreurs, de manière à maintenir l’autorité d’enseignement du Magistère ? »

Vous avez répondu : « Il appartiendra à l’un de ses Successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de sa puissance apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du Successeur du Prince des Apôtres ressortiront intactes et reconfirmées. »

Il n’en résulte pas clairement si vous croyez que Vatican II est un concile invalide, et qui doit donc être complètement rejeté, ou si vous croyez que, tout en étant valide, ce concile contenait de nombreuses erreurs et qu’il serait plus profitable pour les fidèles qu’on le fasse oublier, afin qu’ils puissent plutôt s’inspirer de Vatican I et d’autres conciles pour s’en nourrir.
Je crois que cette clarification serait utile.

Dans le Christ et sa Mère bien-aimée,
JH

*


1er juillet 2020
In festo Pretiosissimi Sanguinis
Domini Nostri Iesu Christi


Cher John-Henry,

Je vous remercie pour votre lettre, qui me donne l’occasion de clarifier ce que j’ai déjà exprimé à propos de Vatican II. Cette question délicate fait intervenir d’éminentes personnalités ecclésiastiques, et un nombre non négligeable de laïcs érudits : j’espère que ma modeste contribution pourra aider à lever la chape d’équivoques qui pèse sur le Concile, et ainsi à aboutir à une solution partagée. 
Votre lettre part de ma première observation : « Il est indéniable qu’à partir de Vatican II, une église parallèle a été construite, superposée et diamétralement opposée à la véritable Église du Christ », puis je cite mes paroles sur la solution à l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui : « Il appartiendra à l’un de ses Successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de son pouvoir apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du Successeur du Prince des Apôtres ressortiront intactes et reconfirmées. » 

Vous affirmez ensuite que ma position n’est pas claire – « si vous croyez que Vatican II est un concile invalide, et qui doit donc être complètement rejeté, ou si vous croyez que, tout en étant valide, ce concile contenait de nombreuses erreurs et qu’il serait plus profitable pour les fidèles qu’on le fasse oublier ». Je n’ai jamais pensé et encore moins affirmé que Vatican II ait été un Concile œcuménique invalide : il a en effet été convoqué par l’autorité suprême, par le Souverain Pontife, et tous les évêques du monde y ont pris part. Vatican II est un concile valide, qui bénéficie de la même autorité que Vatican I et le Concile de Trente. Cependant, comme je l’ai déjà écrit, dès son origine, il a fait l’objet d’une grave manipulation par une cinquième colonne qui a pénétré au cœur même de l’Église et qui en a perverti les objectifs, comme le confirment les résultats désastreux que chacun peut voir. Rappelons que lors la Révolution française, le fait que les états généraux aient été légitimement convoqués le 5 mai 1789 par Louis XVI n’a pas empêché leur dégénérescence en la Révolution et en la Terreur (la comparaison n’est pas déplacée, puisque le cardinal Suenens a appelé l’événement du Concile « le 1789 de l’Église  »).

Dans sa récente intervention, Son Éminence le cardinal Walter Brandmüller a soutenu que le Concile se situe dans la continuité de la Tradition, et il en veut ceci pour preuve : « Il suffit de jeter un coup d’œil aux notes du texte. On peut ainsi constater que dix conciles antérieurs sont cités par le document. Parmi ceux-ci, Vatican I est cité 12 fois, et Trente 16 fois. De cela il ressort déjà clairement que, par exemple, toute idée de “distanciation par rapport au Concile de Trente” est absolument exclue. Le rattachement à la Tradition apparaît encore plus étroit si l’on pense que, parmi les papes, Pie XII est cité 55 fois, Léon XIII en 17 occasions, et Pie XI à douze reprises. S’y ajoutent Benoît XIV, Benoît XV, Pie IX, Pie X, Innocent I et Gélase. Le fait le plus impressionnant, cependant, est la présence des Pères de l’Eglise dans les textes de Lumen Gentium. Le Concile fait référence à l’enseignement des Pères à 44 reprises. Parmi eux : Augustin, Ignace d’Antioche, Cyprien, Jean Chrysostome et Irénée. En outre, les grands théologiens et docteurs de l’Église sont cités : Thomas d’Aquin est cité dans 12 passages au moins, avec sept autres personnes de poids. »

Comme je l’ai souligné pour le cas analogue du Synode de Pistoie, la présence d’un contenu orthodoxe n’exclut pas la présence d’autres propositions hérétiques et n’en atténue pas la gravité ; d’ailleurs la vérité ne peut servir à couvrir ne serait-ce qu’une seule erreur. Au contraire, les nombreuses citations d’autres conciles, d’actes magistériels ou des Pères de l’Église peuvent précisément servir à dissimuler, avec une intention malicieuse, les points controversés. À cet égard, il est utile de rappeler les paroles du Tractatus de Fide orthodoxa contra Arianos, cité par Léon XIII dans son encyclique Satis Cognitum


« Rien ne saurait être plus dangereux que ces hérétiques qui, conservant en tout le reste l’intégrité de la doctrine, par un seul mot, comme par une goutte de venin, corrompent la pureté et la simplicité de la foi que nous avons reçue de la tradition dominicale, puis apostolique. »

Léon XIII commente ensuite :


« Telle a été toujours la coutume de l’Eglise, appuyée par le jugement unanime des saints Pères, lesquels ont toujours regardé comme exclu de la communion catholique et hors de l’Eglise quiconque se sépare le moins du monde de la doctrine enseignée par le magistère authentique. »

Dans les pages de L’Osservatore Romano, dans un article du 14 avril 2013, le cardinal Kasper a reconnu qu’« en de nombreux endroits [les Pères du Concile] ont dû trouver des formules de compromis dans lesquelles, bien souvent, les positions de la majorité (les conservateurs) se trouvent à côté de celles de la minorité (les progressistes), pour les circonscrire. Par conséquent, les textes conciliaires portent en eux-mêmes un énorme potentiel de conflit, ouvrant la porte à une réception sélective dans chacun des deux sens ». Voilà d’où proviennent les ambiguïtés qui en résultent, les contradictions manifestes et les graves erreurs doctrinales et pastorales.

On pourrait objecter que la prise en considération de la présomption de dol dans un acte du Magistère doit être rejetée avec dédain, dès lors que le Magistère doit viser à confirmer les fidèles dans la Foi ; mais peut-être est-ce précisément la fraude délibérée qui fait qu’un acte puisse s’avérer comme n’appartenant pas au Magistère, et qu’il puisse être condamné ou déclaré nul. Son Éminence le cardinal Brandmüller a conclu son commentaire par ces mots : « Il conviendrait d’éviter l’“herméneutique du soupçon” qui accuse d’emblée l’interlocuteur d’avoir des conceptions hérétiques. » Je partage certes ce sentiment dans l’abstrait et en général, mais je pense qu’il convient d’établir une distinction pour mieux cerner un cas concret. Pour ce faire, il est nécessaire d’abandonner l’approche, un peu trop légaliste, selon laquelle il faut considérer que toutes les questions doctrinales appartenant à l’Église doivent être traitées et résolues principalement sur le fondement d’une référence normative : n’oublions pas que la loi est au service de la Vérité, et non l’inverse. Et il en va de même pour l’Autorité qui de cette loi, est la ministre, et de cette Vérité, la gardienne. D’autre part, lorsque Notre Seigneur se trouva face à la Passion, la Synagogue avait déserté sa fonction propre de guide du Peuple Elu dans la fidélité à l’Alliance, tout comme une partie de la hiérarchie le fait depuis soixante ans. 

Cette attitude légaliste est à la base de la duperie des Novateurs, ceux qui ont conçu une manière très simple de mettre la Révolution en marche, en l’imposant par l’autorité d’un acte que l’Ecclesia docens adoptait afin de définir les vérités de la Foi avec force contraignante pour l’Ecclesia discens, et en reprenant cet enseignement dans d’autres documents tout aussi contraignants, bien qu’à un degré différent. En somme, il a été décidé d’apposer l’étiquette “ Concile ”sur un événement conçu par certains dans le but de démolir l’Église, et pour ce faire, les conspirateurs ont agi avec une intention malveillante et dans un but subversif. Le P. Edward Schillebeeckx op l’a affirmé franchement : « Aujourd’hui nous nous exprimons de façon diplomatique, mais après le Concile, nous tirerons les conclusions implicites » (De Bazuin, n.16, 1965).

Il ne s’agit donc pas d’une « herméneutique du soupçon », mais au contraire de quelque chose de beaucoup plus grave qu’un soupçon, chose que corroborent une évaluation sereine des faits, et aussi l’aveu des protagonistes eux-mêmes. À cet égard, qui fait davantage autorité parmi eux que celui qui était alors le cardinal Ratzinger ?

« On avait de plus en plus l’impression que rien n’était stable dans l’Eglise, que tout était à revoir. Le Concile apparaissait de plus en plus comme un grand parlement d’Eglises capable de tout modifier et de tout remodeler à sa manière. Un ressentiment montait contre Rome et contre la Curie, désignées comme ennemi réel de toute nouveauté et de tout progrès. Le débat du Concile fut de plus en plus présenté selon le schéma partisan propre au système parlementaire moderne. Lorsque l’information était présentée de cette manière, la personne qui la recevait se voyait obligée de prendre parti pour l’un ou l’autre camp. (…) Si les évêques qui étaient à Rome pouvaient changer l’Église, et même la foi elle-même (comme ils semblaient pouvoir le faire), pourquoi cela serait-il réservé aux seuls évêques ? En tout cas, la foi pouvait, là, être changée, et contrairement à tout ce que nous pensions jusqu’alors, cette possibilité ne paraissait plus soustraite aux décisions humaines, mais selon toutes les apparences, elle était désormais apparemment déterminée par celles-ci. Désormais, on savait que les nouveautés proposées par les évêques avaient été apprises auprès des théologiens. Pour les croyants, ce fut un phénomène étrange : leurs évêques semblaient montrer à Rome un visage différent de celui qu’ils montraient chez eux » (d’après J. Ratzinger, Ma vie, éd. Fayard 2005). 

À ce stade, il convient d’attirer l’attention sur un paradoxe récurrent dans les questions mondiales : le courant dominant (le mainstream) appelle « théoriciens du complot » ceux qui révèlent et dénoncent le complot que le courant dominant lui-même a conçu, afin de détourner l’attention du complot et de nier toute légitimité à ceux qui le dénoncent. De même, il me semble qu’il y a un risque de qualifier de coupables d’« herméneutique du soupçon » tous ceux qui révèlent et dénoncent la fraude conciliaire, comme s’il s’agissait de personnes qui accusent sans motif et « d’emblée leur interlocuteur de conceptions hérétiques ». Il faut au contraire déterminer si l’action des protagonistes du Concile peut justifier la suspicion à leur égard, voire prouver que cette suspicion est fondée ; et si le résultat qu’ils ont obtenu justifie qu’on évalue négativement l’ensemble du Concile, ou certaines de ses parties, ou encore d’aucune d’entre elles. Si nous persistons à penser que ceux qui ont conçu Vatican II comme un événement subversif rivalisaient de piété avec saint Alphonse et de doctrine avec saint Thomas, nous faisons preuve d’une naïveté qui cadre mal avec le précepte évangélique, et qui frise certainement, sinon la connivence, au moins l’insouciance. Je ne parle évidemment pas de la majorité des Pères du Concile, qui étaient certainement animés d’intentions pieuses et saintes ; je parle des protagonistes de l’événement conciliaire, des soi-disant théologiens qui, jusqu’à Vatican II, ont été frappés de censures canoniques et interdits d’enseigner, et qui, pour cette raison même, ont été choisis, promus et aidés, de sorte que leur réputation d’hétérodoxie est devenue pour eux un motif de gloire, tandis que l’orthodoxie incontestée du cardinal Ottaviani et de ses collaborateurs du Saint-Office a été une raison suffisante pour jeter au feu les schémas préparatoires du Concile, avec le consentement de Jean XXIII.

Je doute qu’à l’égard de Mgr Bugnini – pour ne citer que lui – une attitude de suspicion prudente soit critiquable ou dépourvue de charité ; bien au contraire, la malhonnêteté de l’auteur du Novus Ordo dans la poursuite de ses objectifs personnels, son adhésion à la Maçonnerie et ses propres aveux dans ses journaux intimes donnés à la presse, montrent que les mesures prises par Paul VI à son égard n’ont été que trop indulgentes et inefficaces, puisque tout ce qu’il a fait dans les Commissions conciliaires et à la Congrégation des Rites est resté intact et, malgré tout cela, est devenu partie intégrante des Acta Concilii et des réformes qui leur sont liées. Ainsi, l’herméneutique du soupçon est tout à fait bienvenue si elle sert à démontrer qu’il existe des raisons valables de soupçonner et que ces soupçons se matérialisent souvent dans la certitude d’une fraude intentionnelle. 

Revenons maintenant à Vatican II, pour mettre en évidence le piège dans lequel les bons Pasteurs sont tombés, induits en erreur avec leur troupeau par un travail de tromperie des plus astucieux de la part de personnes notoirement infectées par le Modernisme, et dont il n’est pas rare que leur conduite morale ait été elle aussi dévoyée. Comme je l’ai écrit plus haut, la fraude consiste à avoir recours à un Concile comme l’emballage d’une manœuvre subversive, et à utiliser l’autorité de l’Église pour imposer la révolution doctrinale, morale, liturgique et spirituelle qui est ontologiquement contraire au but pour lequel le Concile a été convoque et son autorité magistrale exercée. Je le répète : l’étiquette « Concile » apposée sur l’emballage ne reflète pas son contenu. 

Nous avons assisté à une manière nouvelle et différente de comprendre les mots du lexique catholique eux-mêmes : l’expression « concile œcuménique » utilisée pour le Concile de Trente ne coïncide pas avec le sens qui lui a été donné par les partisans de Vatican II, pour qui le terme « concile » fait allusion à la « conciliation » et le terme « œcuménique » au dialogue inter-religieux. L’« esprit du concile » est l’« esprit de conciliation, de compromis », tout comme l’assemblée conciliaire a été une attestation solennelle et publique du dialogue conciliateur avec le monde, pour la première fois dans l’histoire de l’Église.

Bugnini écrivait : « Nous devons dépouiller nos prières catholiques et la liturgie catholique de tout ce qui pourrait être l’ombre d’une pierre d’achoppement pour nos frères séparés, les protestants » (cf. L’Osservatore Romano, 19 mars 1965). A partir de ces paroles, nous comprenons que la réforme qui a été le fruit de la mens conciliare avait pour but d’atténuer la proclamation de la Vérité catholique afin de ne pas offenser les hérétiques : et c’est exactement ce qui a été fait, non seulement dans la Sainte Messe – horriblement défigurée au nom de l’œcuménisme – mais aussi dans l’exposé des dogmes dans les documents au contenu doctrinal ; l’utilisation du subsistit in en est un exemple très clair.

Il sera peut-être possible de débattre des motifs qui ont pu conduire à cet événement unique, si lourd de conséquences pour l’Église ; mais nous ne pouvons plus nier l’évidence et prétendre que Vatican II n’était pas quelque chose de qualitativement différent de Vatican I, malgré les tentatives héroïques, nombreuses et documentées, y compris de la part de la plus haute autorité, pour l’interpréter de force comme un normal Concile œcuménique. Toute personne dotée de bon sens peut voir que c’est une absurdité que de vouloir interpréter un Concile, puisqu’il est et doit être une norme claire et sans équivoque de la Foi et de la Morale. En second lieu, si un acte magistériel soulève des arguments sérieux et raisonnés selon lesquels il pourrait manquer de cohérence doctrinale avec les actes du Magistère qui l’ont précédé, il est évident que la condamnation d’un seul point hétérodoxe discrédite de toute façon l’ensemble du document. Si l’on ajoute à cela le fait que les erreurs formulées, ou que l’on comprend indirectement entre les lignes, ne se limitent pas à un ou deux cas, et que les erreurs affirmées correspondent à l’inverse à une énorme masse de vérités non réaffirmées, on peut se demander s’il ne serait pas juste d’expurger le catalogue des Conciles canoniques de cette dernière assemblée. Au bout du compte, c’est l’histoire qui jugera, et le sensus fidei du peuple chrétien, avant même qu’une sentence ne soit prononcée par un document officiel. L’arbre est jugé à ses fruits, et il ne suffit pas de parler d’un printemps conciliaire pour cacher le rude hiver qui s’abat sur l’Église ; ni d’inventer des prêtres mariés et des diaconesses pour remédier à l’effondrement des vocations ; ni d’adapter l’Évangile à la mentalité moderne pour obtenir plus de consensus. La vie chrétienne est un combat, pas une sympathique promenade à la campagne, et cela est vrai à plus forte raison pour la vie sacerdotale. 

Je conclus par une demande adressée à ceux qui interviennent avec profit dans le débat sur le Conseil : je voudrais que nous cherchions avant tout à proclamer à tous les hommes la Vérité salvifique, parce que leur et notre salut éternel en dépend ; et que nous ne nous préoccupions que subsidiairement des implications canoniques et juridiques soulevées par Vatican II : anathema sit ou damnatio memoriae, cela importe peu. Si le Concile n’a vraiment rien changé à notre foi, alors reprenons le Catéchisme de saint Pie X, retournons au Missel de saint Pie V, restons devant le tabernacle, ne désertons pas le confessionnal, et pratiquons la pénitence et la mortification dans un esprit de réparation. C’est de là que jaillit l’éternelle jeunesse de l’Esprit. Et surtout : faisons-le en sorte que nos œuvres témoignent de manière solide et cohérente de ce que nous prêchons.

+ Carlo Maria Viganò, archevêque

Traduction officielle par Jeanne Smits

© photo: Olivier Figueras

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01 juillet, 2020

Mgr Negri écrit à Mgr Viganò : nouvel épisode des discussions à cœur ouvert sur Vatican II

Après la violente charge de Sandro Magister contre les récentes réflexions de Mgr Carlo Maria Viganò à propos de « l'herméneutique de la continuité  » (qu'il rejette) appliquée à Vatican II, il est intéressant de prendre connaissance de l'échange de lettres entre Mgr Luigi Negri, archevêque émérite de Ferrara, et Mgr Viganò qui eut lieu à la mi-juin, où Mgr Negri disait son soutien à l'appel du 5 mai. Cet échange ne concerne pas les propos de Mgr Viganò sur le Concile, a précisé Mgr Negri. Mais la charge de Magister s'applique aussi explicitement à cet appel du 5 mai, d'où le lien.

De manière générale, on peut se demander si nous assistons à l'alignement de camps adverses en pleine crise doctrinale alimentée par nombre d'actes et d'écrits du pape François – comme la signature du funeste Document d'Abu Dhabi ? Il me semble que les choses ne sont pas si simples. La liberté de ton des discussions à un moment où l'on assiste à de nombreuses aberrations dans l'Eglise n'est pas en soi une rupture.

Je note d'ailleurs dans le texte de Sandro Magister – pour qui j'ai par ailleurs un grand respect – une manière d'exacerber la tension lorsqu'il accuse Mgr Viganò d'être « au bord du schisme » parce qu'il propose de rejeter en bloc Vatican II, concile pastoral, plutôt que de rectifier fermement certaines de ses propositions comme le souhaite Mgr Schneider. A l'heure où un vent de folie moderniste et pire souffle dans l'Eglise (pensez aux Jésuites hispanophones qui publient l'article d'un confrère regrettant l'absence de Gay Prides cette année…), on assiste une nouvelle fois à la marginalisation de ceux qui ont pour souci l'intégrité doctrinale, dans leur amour pour l'Eglise.

L'article de Magister contient d'ailleurs une fâcheuse phrase floue, puisqu'il affirme que Mgr Viganò propose, pour ceux qui s'attachent à de « vaines tentatives » de récupérer ce qui peut l'être de Vatican II,  de « “bouter hors du Temple” dans le même temps toutes les autorités de l’Église qui, reconnues coupables de cette tromperie et “invitées à s’amender” ne se raviseraient pas ». D'après le contexte de l'article de Magister, on comprend que Mgr Viganò voudrait même voir Benoît XVI « bouté hors du Temple ».

Or ce qu'écrivait Viganò s'appliquait à ceux qui « par mauvaise foi ou même par malice » ont « trahi l'Eglise », et il précisait clairement que d'autres ont pu tromper ou être trompés pour d'autres motifs, y compris de bonne foi.

On peut lire un commentaire intéressant sur le texte de Sandro Magister sur le site benoit-et-moi.

Voici donc l'échange de lettres entre Mgr Viganò et Mgr Negri, publié sur le site de ce dernier. Ma traduction a été révisée et autorisée par Mgr Viganò. – J.S.


*

Lettre de Mgr Luigi Negri


Très chère Excellence,

Au fur et à mesure que les circonstances de la vie tendent à révéler un nombre croissant d’éléments de dégradation tant dans la vie de l’Eglise que dans la vie sociale, je voudrais vous faire part de mon adhésion à votre message qui me semble avoir recueilli le cœur même de notre expérience ecclésiale. Ce cœur vivant de notre expérience ecclésiale est de plus en plus marqué par la conscience quotidienne de ce que le temps qui nous est donné fuit, et que notre existence reste fortement conditionnée par la temporalité des événements et des faits.

Il me semble que l’Eglise, par moments, selon un rythme souvent ponctuel, reprend conscience de sa propre identité et de la tâche missionnaire qui caractérise sa vie et son histoire.

Nous ressentons chaque jour plus fortement la pression des événements qui demandent à être jugés selon la clarté de la Parole du Seigneur et vécus comme une obéissance à sa volonté. De tout cela, nous sommes heureux : nous sommes heureux parce que nous nous abandonnons chaque jour au Seigneur avec la conscience profonde que sa présence nous soutient à tout moment et qu’il n’y a aucune possibilité que notre existence soit arrachée à la compagnie de Notre Seigneur Jésus-Christ. Vraiment, c’est l’abandon de notre vie à sa volonté, qui est notre force ; elle est surtout le désir que notre vie puisse vibrer du grand élan de la mission et que notre vie considère l’avenir comme une réalité à remplir à chaque instant de la prise de conscience de la présence du Christ, en demandant que cette présence du Christ fasse vivre chaque jour l’aventure de la mission. En cela et par cela notre vie commence chaque matin avec le grand désir de soutenir la vie chrétienne en nous-mêmes et en nos semblables ; elle s’achève chaque soir avec la conscience que nous avons contribué, pauvrement mais toujours sincèrement, à la maturation de la conscience chrétienne dans le monde.

Nous nous attachons à vous, Excellence, et nous aimerions pouvoir vous accompagner, en tant que derniers disciples, vos pas très sûrs sur le chemin du vrai, du beau et du bien. Que le Seigneur fasse de votre présence dans l’Église et parmi les hommes une présence pleine de vérité, de capacité de sacrifice et de bienveillance envers tous les hommes ; ainsi nous aurons l’impression de correspondre de façon pauvre mais réelle à la grande invitation de la liturgie de à chaque instant : celle de ne pas perdre le temps mais de le rendre chaque jour avec une pleine volonté et avec une grande ouverture au cœur même de Dieu, parce que dans notre vie quotidienne nous sommes précisément appelés à faire l’expérience de la grandeur de Dieu et du désir de contribuer quelque peu, mais de façon bien réelle cependant, à l’établissement du Royaume de Dieu dans le monde.

Que le Seigneur nous bénisse et nous réconforte sur le chemin de nos jours.

+Luigi Negri - Archevêque émérite de Ferrara - Comacchio
Milan, le 16 juin 2020


*

Monseigneur Carlo Maria Viganò répond à Monseigneur Luigi Negri

Excellence,

J’ai lu avec beaucoup d’émotion vos paroles, qui m’ont beaucoup touché. C’est une consolation de voir que Votre Excellence a saisi, avec la perspicacité et la lucidité qui ont toujours caractérisé votre jugement, le cœur du problème.

Le temps présent, surtout pour ceux qui ont un regard surnaturel, nous ramène aux choses fondamentales de la vie, à la simplicité du Bien et à l’horreur du Mal, à la nécessité de choisir le camp dans lequel mener nos petites et grandes batailles quotidiennes. Certains y voient une dévalorisation, comme si la clarté de l’Evangile était désormais incapable de donner des réponses satisfaisantes à une humanité complexe et structurée ; pourtant, alors que certains de nos frères évêques sont presque obsédés par l’inclusion et la green theology, appelant de leurs vœux un Nouvel Ordre Mondial et une Maison commune pour les religions abrahamiques, parmi le peuple et les prêtres le constat  l’idée que les Pasteurs eux-mêmes – heureusement, pas tous – s’éloignent au moment même d’une confrontation historique, gagne du terrain.

C’est vrai : le temps nous échappe, Excellence, et avec lui s’effritent les châteaux de sable de la rhétorique presque initiatique de ceux qui ont voulu construire leur propre succès dans le temps si fugace et dans la fragilité des choses qui passent. Il y a quelque chose d’inexorable dans ce qui arrive aujourd’hui : les mirages éphémères qui étaient censés remplacer les vérités éternelles nous apparaissent, à la lumière crue de la réalité, dans leur misérable et artificielle imposture, dans leur fausseté ontologique et inexorable. Nous nous découvrons tels des enfants, selon les paroles de Notre Seigneur ; nous reconnaissons presque instinctivement le bien et le mal, la récompense et le châtiment, le mérite et la culpabilité. Mais la sérénité de l’enfant reposant sur le sein de sa mère, la fière confiance de l’enfant accroché à la main de son père, peuvent-elles être considérées comme insignifiantes ?

Combien de paroles futiles ont été dites, combien de palliatifs inutiles nous ont été servis, en pensant que la Parole éternelle du Père ne convenait plus, qu’il fallait la mettre au goût du jour pour la rendre plus séduisante aux oreilles sourdes du monde ! Et pourtant, il aurait suffi de la faire nôtre, cette Parole, pour n’avoir besoin de rien d’autre. Si jusqu’à présent nous nous sommes laissés troubler par la confusion du siècle, désormais nous pouvons nous abandonner avec une confiance filiale et nous laisser guider, car nous reconnaissons la voix du divin Pasteur et nous le suivons là où il veut nous conduire. Même lorsque les autres, qui devraient parler, restent silencieux.

Notre pauvreté n’est pas un obstacle, mais plutôt une aide en ces temps : plus nous sommes humbles, plus resplendit la maîtrise de l’Artiste qui nous tient comme un instrument entre ses mains habiles, comme la plume avec laquelle l’Ecrivain compose sagement la page.

Je demande à Votre Excellence de prier afin que nous tous, que le Seigneur, dans la plénitude du sacerdoce appelle non pas serviteurs mais des amis, puissions devenir des instruments dociles de Sa Grâce, en redécouvrant la divine simplicité de la Foi qu’Il nous a commandé de prêcher à tous les peuples. Tout ce que nous y ajouterions par orgueil n’est qu’une pathétique parure dont nous devons apprendre à nous débarrasser dès maintenant, si nous ne voulons pas que les flammes du Purgatoire s’en chargent, là où nos quelques paillettes d’or seront purifiées des scories, pour nous rendre dignes de la vision béatifique. Ne perdons pas les jours précieux où la maladie et la vieillesse nous donnent l’occasion d’expier nos fautes et celles des autres : ce sont des jours bénis que nous pouvons offrir à la Majesté de Dieu pour l’Église et ses ministres.

Recevez, très chère Excellence, l’expression de ma profonde gratitude pour vos paroles inspirées, avec l’assurance de mon souvenir dans le Saint Sacrifice de l’Autel. Et priez pour moi.

Nunc dimittis servum Tuum,
Domine, secundum verbum Tuum in pace…

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque
17 juin 2020


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30 juin, 2020

Michèle Madiran, R.I.P.



























Michèle Arfel Madiran a été rappelée à Dieu ce matin, 30 juin, au terme d'une longue maladie, sept ans après le décès de son époux, Jean Madiran, qui lui manquait tant.

Elle s'est éteinte après plusieurs mois d'hospitalisation, ayant reçu la grâce des derniers sacrements, très entourée.

De Michèle, je garde le souvenir lumineux d'une femme chaleureuse, amicale, droite. Elle avait une belle admiration pour Jean Madiran, elle était son soutien ; que de jolie complicité entre eux deux !

Je me souviens de sa voix posée, grave et rassurante. De son accueil si amical, de son humour pince-sans-rire.

Beaucoup de prières l'ont accompagnée vers son grand départ dans l'autre monde, le vrai, où Dieu daigne l'accueillir et la réunir au plus vite avec ceux qu'elle a tant aimés et qui l'ont précédée là-haut.

Requiescat in pace.

Le site de Notre-Dame de Chrétienté a publié une version plus longue de cet hommage ce matin : on peut le retrouver ici.

© photo : Olivier Figueras


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29 juin, 2020

Jeunes mariés, restez à 2 mètres l'un de l'autre : la distanciation sociale COVID-19 selon l'évêque de Prince Albert, Canada

Parmi la longue liste de mesures absurdes adoptées pour freiner la propagation du coronavirus – qu’il soit présent ou non d’ailleurs, selon les régions – la plus ubuesque nous est venue d’un évêque catholique du Canada. Mgr Albert Thevenot du diocèse de Prince Albert, Saskatchewan, a pris sur lui au mois d’avril de suivre scrupuleusement les indications des autorités sanitaires concernant les offices religieux publics, précisant que cela devrait au moins jusqu’à la fin juin.  Et cela valait pour les mariages. Par exception, 10 personnes en tout et pour tout (prêtre, organiste, mariés, famille, invités y compris) seraient autorisées à participer à une telle cérémonie dans l’église, mais cela restait fortement déconseillé. Car tous, je dis bien tous les participants devraient observer la distanciation sociale de 2 mètres. Y compris les jeunes mariés !

Vous avez déjà essayé, vous, d’enfiler une alliance à une personne se trouvant à deux mètres de vous ? De lui tenir la main droite ? Et je vous fais grâce du reste…

On se demande évidemment ce que Mgr Thevenot peut bien avoir dans la tête pour imaginer qu’il puisse être d’une quelconque utilité de « distancier socialement » deux fiancés qui – par les temps qui courent – ont très probablement cohabité pendant des mois ou des années (ils seraient 40 % dans le diocèse de Prince Albert d’après la correspondance d’un fidèle du diocèse adressée à One Peter Five).

Même dans le cas contraire, et en s’en tenant à un code moral strictement victorien, il est probable qu’ils se soient frôlé la main de temps en temps. Assez pour faire circuler le coronavirus, mais enfin on se partage tout, non, quand on s’aime ?

Cela dit il n’y a guère de risque. Le Saskatchewan est grand comme la France mais ne compte qu’un peu plus d’un million d’habitants ; le nombre total de cas de COVID-19 dans la province à ce jour est de 778, pour un total de 13 décès ; et le diocèse Prince Albert ne représente que le quart de son secteur nord. Modeste pandémie.

Peut-être les célébrants des mariages covidiens de Prince Albert enjoignaient-ils aux amoureux de ne surtout pas s’embrasser. De ne surtout pas partager la table et le lit.  De respecter la règle des deux mètres en toute circonstance. Histoire de ne pas donner la mort. Histoire de ne pas donner la vie…
C’est le paroxysme du principe de précaution, de l’épidémie de la peur. Dans cette terreur qui met fin à la vie comme elle va, c’est la mort qui gagne en réalité. Le message est clair : on a arrêté de laisser les jeunes vivre leur vie, de s’engager, de recevoir la grâce propre au mariage, on les a peut-être même poussé à cohabiter encore plus qu’avant, parce que les portes des églises leur étaient pour ainsi dire fermées !

Et les baptêmes ? Et la confession ? Et la communion ? Et la confirmation ? N’y pensez même pas. Dans certains pays, les catholiques ont été invités à remettre cela aux calendes, et cela continue dans de nombreuses régions. Là où le confinement se lève progressivement, il se trouve des conférences épiscopales pour interdire la communion sur les lèvres, comme en Autriche.

Notre religion étant celle du réel, appuyée sur la nature et sur les réalités tangibles, elle est frappée de plein fouet par la folie « distanciatrice ». On nous dit – comme aux Pays-Bas où une loi est en gestation qui veut imposer, sous peine d’amende, 1,5 mètres de distance entre les citoyens dans l’espace public – qu’il y a lieu par temps de COVID-19 de proscrire toute proximité humaine, tout geste d’onction, le soufflet donné au confirmand, tout contact commun avec le pain, le vin, l’huile, le sel…

(Et pourtant Notre Seigneur a rendu la vue à un aveugle en oignant ses paupières de sa salive…)

La dictature de l’empathie mise sur pied par la grâce inversée du coronavirus est celle de la stérilité. De l’asepsie totale et au demeurant impossible : ne sommes-nous pas faits du limon de la terre ?

Cette stérilité qui proscrit les embrassades, les poignées de mains, le pain partagé et le sel qu’on se passe, eh bien finalement, ces mariés « distanciés » de deux mètres en sont l’exemple le plus exact, le plus abouti.


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27 juin, 2020

Mgr Carlo Maria Viganò décrypte “l'esprit du Concile” dans un entretien avec Phil Lawler (traduction intégrale et autorisée)

L'“esprit du Concile” est-il le résultat d'une interprétation biaisée des actes du concile Vatican II ou au contraire l'essence même de cet évènement dont on fait une frontière entre l'« avant » et l'« après » de l'Eglise catholique ? Mgr Carlo Maria Viganò répond à ce sujet aux questions de Phil Lawler, fondateur du plus ancien site d'informations catholiques américain, Catholic Culture.

Vous trouverez ci-dessous une traduction complète de l'entretien, révisée par mes soins d'après le texte original en italien à la demande de Mgr Viganò qui me l'a communiquée, puis autorisée par lui. C'est une nouvelle pièce dans ce qu'on pourrait appeler les « discussions doctrinales » publiques à propos de Vatican II qui ont surgi sur internet à la faveur de prises de position de diverses personnalités : Mgr Schneider, le cardinal Brandmüller, Mgr Viganò, et dont plusieurs ont été traduites sur ce blog. (Voir ici ou ici.)

 Mgr Viganò y explique pourquoi il pense que « ceux qui ont affirmé que “l’esprit du Concile” représentait une interprétation peu orthodoxe de Vatican II se sont livrés à une opération inutile et nuisible, même si, ce faisant, ils étaient mus par la bonne foi ».
– J.S.


*

Philip Lawler : D’abord, quelle est opinion de votre Excellence sur Vatican II ? Que les choses se soient détériorées rapidement depuis lors est certainement vrai. Mais si l’ensemble du Concile pose problème, comment cela a-t-il pu se produire ? Comment concilier cela avec ce que nous croyons de l’inerrance du Magistère ? Comment les Pères du Concile ont-ils tous pu être ainsi trompés ? Même si seules certaines parties du Concile posent problème (par exemple Nostra Ætate, Dignitatis Humanæ), nous sommes toujours confrontés aux mêmes questions. Beaucoup d’entre nous disent depuis des années que « l’esprit de Vatican II » est erroné. Votre Excellence affirme-t-elle à présent que ce faux « esprit » libéral reflète fidèlement le Concile en tant que tel ?

Que le Concile représente un problème, je pense qu’il n’est pas nécessaire de le démontrer : le simple fait que nous nous posions cette question sur Vatican II et non sur le concile de Trente ou Vatican I, me semble confirmer un fait évident reconnu par tous. En réalité, même ceux qui défendent le Concile l’arme à la main en viennent à le faire en faisant abstraction de tous les autres conciles œcuméniques, dont aucun n’a été défini comme un concile pastoral. Et notez bien ceci : on l’appelle bien le Concile par antonomase, presque comme si c’était le seul et unique concile de toute l’histoire de l’Église, ou du moins le considère-t-on comme un hapax, à la fois pour ce qui est de la formulation de sa doctrine et de l’autorité de son magistère. Une assemblée qui, à la différence  de celles qui l’ont précédé, se définit elle-même précisément comme pastorale en déclarant qu’elle n’entend pas proposer de nouvelle doctrine, mais qui a de fait créé une discrimination entre l’avant et l’après, entre concile dogmatique et concile pastoral, entre canons sans équivoque et verbiage, entre anathème et clins d’œil au monde.

En ce sens, je crois que le problème de l’infaillibilité du Magistère – (l’inerrance que vous avez mentionnée est propre à l’Écriture Sainte) – ne se pose même pas, car le Législateur, c’est-à-dire le Pontife Romain autour duquel le Concile est convoqué, a solennellement et clairement indiqué qu’il ne voulait pas utiliser l’autorité doctrinale qu’il aurait pu exercer s’il l’avait voulu. Je voudrais souligner que rien n’est plus pastoral que ce qui est proposé comme dogmatique, car l’exercice du munus docendi dans sa forme la plus élevée correspond à l’ordre que Notre Seigneur a donné à Pierre de paître ses brebis et ses agneaux. Pourtant, cette opposition entre dogmatique et pastorale a été approuvée par celui qui, dans son discours d’ouverture du Concile, a voulu donner un sens strict (au sens de sévère) au dogme et un sens plus doux et plus conciliant à la pastorale. On retrouve la même approche dans les discours de Bergoglio, lorsqu’il voit dans l’esprit pastoral une version soft, douce, de l’enseignement catholique en matière de foi et de morale, rigide et inflexible, au nom du discernement. Il est douloureux de reconnaître que le recours à un lexique équivoque, ou à des termes certes catholiques, mais compris dans un sens impropre, s'est imposé dans l’Église depuis Vatican II, qui est le premier et le plus emblématique exemple de circitérisme, c’est-à-dire du
 caractère équivoque, l’imprécision souhaitée de la langue. Cela s’est produit parce l’Aggiornamento, terme lui-même équivoque, et que le Concile a recherché idéologiquement comme un absolu, avait posé le dialogue avec le monde comme une priorité.

Il y a une autre équivoque qui doit être levée. Si, d’une part, Jean XXIII et Paul VI ont déclaré qu’ils ne voulaient pas engager le Concile dans la définition de nouvelles doctrines, souhaitant qu’il se borne à être uniquement pastoral, d’autre part, il est vrai que vu de l’extérieur – médiatiquement, dirait-on aujourd’hui – l’importance donnée à ses actes fut énorme. Cela a servi à véhiculer l’idée d’une supposée autorité doctrinale, d’une infaillibilité magistérielle implicite qui avaient pourtant été clairement exclues dès le départ. Si cela se produisit, c’était pour permettre à ses instances plus ou moins hétérodoxes d’être perçues comme faisant autorité et donc acceptées par le clergé et les fidèles. Mais cela suffirait à discréditer les auteurs d’une telle supercherie, qui aujourd’hui encore protestent bruyamment si on touche à Nostra Ætate, alors qu’ils se taisent devant ceux qui nient la divinité de Notre-Seigneur ou la virginité perpétuelle de la Très Sainte Vierge. Souvenons-nous de ce qu’un catholique n’adore pas un concile, ni Vatican II ni le concile de Trente, mais la Sainte Trinité, le seul vrai Dieu; il ne vénère pas non plus une déclaration conciliaire ou une exhortation post-synodale, mais la Vérité que véhiculent ces actes du Magistère.

Vous me demandez : « Comment les Pères du Concile ont-ils tous pu être trompés ? » Je vous réponds en m’appuyant sur mon expérience de ces années-là et sur les paroles des confrères avec lesquels je me suis confronté. Personne n’aurait pu imaginer qu’au sein du corps ecclésial il y eût des forces hostiles si puissantes et organisées qu’elles pussent réussir à rejeter les schémas préparatoires parfaitement orthodoxes préparés par les cardinaux et les prélats d’une sûre fidélité vis-à-vis de l’Eglise, en les remplaçant par un conglomérat d’erreurs habilement déguisées dissimulés au sein de discours prolixes et volontairement équivoques. Personne ne pouvait croire que, sous les voûtes de la Basilique vaticane, on avait pu convoquer des états généraux qui décréteraient l’abdication de l’Église catholique et l’instauration de la Révolution (comme je l’ai rappelé dans un de mes écrits antérieurs, le cardinal Suenens a défini Vatican II comme « le 1789 de l’Eglise »). Les Pères conciliaires ont fait l’objet d’une tromperie spectaculaire, d’une fraude savamment perpétrée avec les moyens les plus subtils : ils se sont retrouvés en minorité dans les groupes linguistiques, exclus des réunions convoquées au dernier moment, poussés à donner leur « placet » quand on leur faisait croire que le Saint-Père le voulait ainsi. Et ce que les novateurs n’ont pas pu réaliser dans l’Aula Conciliaire, ils l’ont fait dans les Commissions et les Conseils, grâce à l’activisme des théologiens et des experts accrédités et acclamés par une puissante machine médiatique. Il y a une masse énorme d’études et de documents qui témoignent de cette intention systématique malveillante, d’une part, et de l’optimisme naïf ou de la négligence des bons d’autre part. L'activité du Cœtus Internationalis Patrum n’a réussi à faire que peu de chose, voire rien, lorsque les violations du règlement par les progressistes ont été ratifiées à la Table Sacrée.

Ceux qui ont affirmé que « l’esprit du Concile » représentait une interprétation peu orthodoxe de Vatican II se sont livrés à une opération inutile et nuisible, même si, ce faisant, ils étaient mus par la bonne foi. Il est compréhensible, pour un cardinal ou un évêque, de vouloir défendre l’honneur de l’Église et d’essayer de ne pas la discréditer devant les fidèles et devant le monde : on pensait donc que ce que les progressistes attribuaient au Concile était en réalité un travestissement abusif, un forçage arbitraire. Mais si à l’époque il pouvait être difficile de penser que la liberté religieuse condamnée par Pie IX dans Mortalium animos pouvait être affirmée par Dignitatis humanæ, ou que le Pontife romain pouvait voir son autorité usurpée par un fantomatique Collège épiscopal, nous comprenons aujourd’hui que ce qui était alors habilement dissimulé dans Vatican II, est aujourd’hui affirmé ore rotundo dans les documents pontificaux précisément au nom de l’application cohérente du Concile.

D’autre part, communément, lorsque nous évoquons l’esprit d’un événement, nous voulons dire exactement ce que cet événement constitue dans son âme et dans son essence. Nous pouvons donc affirmer que l’esprit du Concile est le Concile lui-même, que les erreurs du post-Concile sont contenues in nuce dans les Actes conciliaires, tout comme il est dit à juste titre que le Novus Ordo Missæ est la messe du Concile, même si en présence des Pères on célébrait la messe que les progressistes appellent significativement préconciliaire. Et encore : si Vatican II ne représentait vraiment pas un point de rupture, pourquoi parlons-nous d’une Église préconciliaire et d’une église postconciliaire, comme s’il s’agissait de deux entités différentes, définies dans leur essence par le Concile ? Et si le Concile était vraiment dans la droite ligne du Magistère infaillible ininterrompu de l’Église, pourquoi est-il le seul à poser des problèmes d’interprétation aussi graves, démontrant son hétérogénéité ontologique par rapport aux autres conciles ?

Ph. Lawler : Deuxièmement, quelle est la solution ? Mgr Schneider propose qu’un futur Pontife rejette les erreurs ; votre Excellence trouve cela insuffisant. Mais alors comment corriger les erreurs, de manière à maintenir l’autorité du magistère d’enseignement ?

La solution, à mon avis, réside avant tout dans un acte d’humilité que chacun d’entre nous, à commencer par la Hiérarchie et le Pape, doit mener : reconnaître l’infiltration de l’ennemi au sein de l’Église, l’occupation systématique des postes clefs de la Curie romaine , des séminaires et des universités, la conspiration d’un groupe de rebelles – parmi lesquels, en première ligne, la dévoyée Compagnie de Jésus – qui a réussi à donner l’apparence de légitimité et de légalité à un acte subversif et révolutionnaire. Nous devons également reconnaître l’insuffisance de la réponse des bons, la naïveté de beaucoup, la peur des autres, l’intérêt de ceux qui, grâce à ce complot, ont pu obtenir quelque avantage.

Devant la triple négation du Christ dans la cour du grand prêtre, Pierre « flevit amare », il pleura amèrement. La tradition nous dit que le Prince des Apôtres avait deux sillons sur les joues à cause des larmes qu’il a abondamment versées pour le restant de ses jours, se repentant de sa trahison. Il appartiendra à l’un de ses Successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de sa puissance apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du Successeur du Prince des Apôtres ressortiront intactes et reconfirmées. En fait, elles n’ont pas été délibérément remises en cause lors de Vatican II, alors qu’elles le seraient le jour où un Pontife corrigerait les erreurs que le Concile a engendrées en jouant sur l’équivoque d’une autorité officiellement niée, mais que toute la Hiérarchie, à commencer par les papes du Concile, à subrepticement laissée croire aux fidèles.

Je voudrais vous rappeler que pour certains de ces éléments, ce qui précède peut sembler excessif, car cela remettrait en question l’autorité de l’Église et des Pontifes romains. Pourtant, aucun scrupule n’a empêché la violation de la Bulle Quo primum tempore de saint Pie V abolissant du jour au lendemain toute la liturgie romaine, le vénérable trésor millénaire de la doctrine et de la spiritualité de la Messe traditionnelle, l’immense patrimoine du chant grégorien et de la musique sacrée, la beauté des rites et des ornements sacrés, défigurant l’harmonie architecturale, même dans les basiliques les plus insignes, supprimant les balustrades, les autels monumentaux et les tabernacles : tout a été sacrifié sur l’autel du coram populo du renouveau conciliaire, avec la circonstance aggravante de ne l’avoir fait que parce que cette liturgie était admirablement catholique et incompatible avec l’esprit de Vatican II.

L’Église est une institution divine, et tout en elle doit partir de Dieu et revenir à Lui. Ce n’est pas le prestige d’une classe dirigeante qui est en jeu, ni l’image d’une entreprise ou d’un parti : il s’agit ici de la gloire de la majesté de Dieu, de ne pas réduire à néant la Passion de Notre-Seigneur sur la croix, ses souffrances et celles de Sa Très Sainte Mère, le sang des Martyrs, le témoignage des saints, le salut éternel des âmes. Si par orgueil ou par une misérable obstination nous ne savons pas reconnaître l’erreur et la tromperie dans lesquelles nous sommes tombés, nous devrons en rendre compte à Dieu, qui est aussi miséricordieux envers son peuple quand il se repent, qu’implacable dans sa justice quand il poursuit Lucifer pour son non serviam.

Cher Docteur Lawler, à vous et à vos lecteurs, j’envoie cordialement la bénédiction de Notre Seigneur, par l’intercession de Sa Très Sainte Mère, qui est aussi la nôtre.

+ Carlo Maria Viganò


© photo: Olivier Figueras

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26 juin, 2020

Le pape François accuse les prêtres « adolescents » qui ont bravé le confinement pour donner les sacrements

Le pape François a adressé samedi un discours aux médecins et soignants de Lombardie : un touchant hommage à leur dévouement et même leur heroïsme dans la région la plus durement touchée par la pandémie du COVID-19. Mais à côté de belles expressions sur la prière, l’espérance, le besoin de Dieu, le pape a également envoyé quelques piques contre les prêtres qui ont bravé les interdits COVID pour donner les sacrements, épinglant leur esprit « adolescent ».

Y a-t-il tâche plus importante pour un prêtre que de baptiser, confesser, donner la communion, marier ou apporter l’extrême onction à un mourant ? Même en temps de crise sanitaire ? Surtout en temps de crise sanitaire ?

A en croire le pape François, oui. Alors que les Italiens, comme tant d’autres catholiques à travers le monde, ont été privés pendant de longs mois de l’assistance à la messe et de la réception des sacrements, il a cru pouvoir dire :
« Au cours de ces mois, les personnes n’ont pas pu participer physiquement aux célébrations liturgiques, mais elles n’ont pas cessé de se sentir membre d’une communauté. Elles ont prié individuellement ou en famille, également à travers les moyens de communication sociale, spirituellement unies et en percevant que l’étreinte du Seigneur allait au-delà des limites de l’espace. Le zèle pastoral et la sollicitude créative des prêtres ont aidé les personnes à poursuivre le chemin de la foi et à ne pas demeurer seuls face à la douleur et à la peur. »
Et de préciser, à propos de la « sollicitude créative » :

« Cette créativité sacerdotale qui a vaincu quelques rares expressions “adolescentes” contre les mesures de l’autorité, qui a l’obligation de protéger la santé du peuple. »

En l’empêchant de rendre physiquement et matériellement le culte rendu à Dieu, alors que les temples de la consommation, supermarchés et autres débits de tabac et de boisson, étaient ouverts et accessibles ?

Nous savons maintenant dans quel rôle le pape François a préféré voir les prêtres de l’ère COVID :
La plupart ont été obéissants et créatifs. J’ai admiré l’esprit apostolique de nombreux prêtres, qui partaient avec leur téléphone, frapper aux portes, sonner aux foyers : “Avez-vous besoin de quelque chose ? Je vous fais les courses…” Mille choses. La proximité, la créativité, sans gêne. Ces prêtres qui sont restés aux côtés de leur peuple dans le partage prévenant et quotidien : ils ont été des signes de la présence consolante de Dieu. Ils ont été des pères, non pas des adolescents. »
Mais ils n’ont pas répandu et communiqué Jésus-Christ dans l’Eucharistie, ni sa grâce dans les autres sacrements, ce qu’ils sont seuls capables de faire. C’était interdit. Ceux qui l’ont fait quand même ont eu des « expressions adolescentes » de leur foi, pour ce pape qui préfère des prêtres livreurs de courses.

En Italie, l’Eglise catholique a même devancé l’appel des autorités pour suspendre les célébrations publiques ; les consignes officielles ont visé le culte avant d’interdire l’accès aux restaurants et aux piscines ; le 8 mars, jour où les rassemblements publics ont été déclarés hors-la-loi, les responsables ecclésiastiques sont allés jusqu’à fermer les églises.

C’est la colère de l’aumônier pontifical, le cardinal Konrad Krajewski, très proche de François, qui a fait renverser cette décision le 13 mars en refusant de fermer les portes de son église titulaire dans laquelle il exposa le Saint-Sacrement. « C’est une acte de désobéissance, oui, c’est moi qui ai sorti le Saint-Sacrement et qui ai ouvert mon église. Cela ne s’est produit ni sous le fascisme, ni sous le régime communiste ou soviétique en Pologne : les églises n’étaient pas fermées. Cet acte doit donner du courage aux autres prêtres », avait-il déclaré.

Alors, « adolescent », lui aussi ?

Fallait-il donc considérer le coronavirus comme le pire malheur qui puisse arriver aux hommes ?

Il y a pourtant un virus pire que celui de Wuhan, une maladie autrement mortelle que le COVID-19 – et pour l'éternité. C’est la marque du péché originel qui prive l’homme de sa capacité d’entrer au ciel et de jouir de la vision béatifique – sauf à être racheté par le Christ – ; c’est la tache du péché mortel qui entraîne la mort de l’âme et la damnation éternelle – sauf à recevoir le pardon du Christ.

Le virus mortel de la séparation d’avec Dieu, c’est avant tout par le pouvoir du sacerdoce (qui participe du sacerdoce parfait et souverain de Notre Seigneur) qu’il peut être soigné et guéri. Et à côté de lui, la mort physique, cette mort qui est certaine et à laquelle nul d’entre nous n’échappera, n’est rien.

Les médecins soignent, les âmes charitables secourent, adoucissent les souffrances… Mais les prêtres sauvent les âmes, et aident à donner un sens à la souffrance et à la mort.

Mais voilà que la « diaconie » – le service charitable qui vient au secours des besoins matériels des hommes – prend le pas sur la médecine des âmes. On s’inquiète de voir le célibat sacerdotal bouleversé par l’ordination des diacres mariés. Un autre danger se profile : voir les prêtres réduits à la diaconie !

Traduction française du discours du pape François : Osservatore Romano



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24 juin, 2020

Exclusif : une réflexion approfondie de Mgr Athanasius Schneider sur le concile Vatican II et la crise actuelle de l'Eglise

Mgr Athanasius Schneider publie ce jour un texte intitulé « Quelques réflexions sur le concile Vatican II et la crise actuelle de l'Eglise », afin de clarifier sa position sur le Concile. Il y insiste respectueusement sur le fait qu’il n’est pas favorable au rejet radical de Vatican II, une position récemment exprimée ouvertement par certains membres du clergé. Les présentes réflexions de Mgr Schneider, tirées pour partie du chapitre correspondant de son livre d’entretiens avec Diane Montagna, Christus Vincit, Christ’s Triumph Over the Darkness of the Age, développent certains points de sa discussion à propos de Vatican II, à la lumière des débats récents.

D’abord publié en anglais par Angelico Press en octobre 2019, Christus Vincit doit paraître cette semaine en allemand et en portugais. La version française, Christus vincit, Le triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps paraîtra à la rentrée et sera disponible via ce blog.

[Pour recevoir l’annonce de la parution de ce livre qui propose une vaste réflexion sur la situation présente de l’Eglise et ses rapports avec le monde, mais aussi des propos plus personnels de Mgr Schneider sur son enfance, sa vocation, l’islam, la perte du sens du surnatural, Fatima, les anges et bien d’autres sujets, je vous invite à m’envoyer une courriel à jeanne.smits.blog@gmail.com et je vous avertirai le moment venu.]

Son Excellence Mgr Schneider a donné le texte officiel de ces réflexions en exclusivité à The Remnant pour l’anglais, à Corrispondenza Romana pour l’italien et l’espagnol, et au Blog de Jeanne Smits pour le français. Tous droits réservés, reproduction interdite par égard pour l'éditeur français de Christus vincit, lien partageable : https://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2020/06/exclusif-une-reflexion-approfondie-de.html. – J.S.

*

Quelques réflexions sur le Concile Vatican II et la crise actuelle de l'Église

par Mgr Athanasius Schneider

Au cours des dernières décennies, ce ne sont pas seulement les modernistes déclarés, mais aussi les théologiens et les fidèles qui aiment l’Église, qui ont fait preuve d'une attitude qui ressemble à une sorte de défense aveugle de tout ce qui a été dit par le Concile Vatican II. Une telle attitude semblait parfois exiger des acrobaties mentales, voire une « quadrature du cercle ». Même maintenant, la mentalité générale des bons et fidèles catholiques correspond, à mon avis, à une infaillibilisation totale de facto de tout ce que le concile Vatican II a affirmé, ou de ce que le pontife actuel dit et fait. Ce genre d’ultramontanisme extrême, de centrisme papal malsain, était déjà présent depuis plusieurs générations chez les catholiques, depuis deux siècles. Mais la critique a toujours été présente et permise dans la grande tradition de l’Église, puisque c’est la vérité et la fidélité à la révélation divine et à la tradition constante que nous devons rechercher, ce qui implique par soi-même le recours à la raison et à la rationalité, et suppose d’éviter les acrobaties mentales erronées. Certaines explications de certaines expressions manifestement ambiguës et trompeuses que contiennent les textes du Concile semblent artificielles et peu convaincantes, surtout lorsque l’on y réfléchit d’une manière intellectuellement plus honnête, à la lumière de la doctrine ininterrompue et constante de l’Eglise.

Instinctivement, tout argument raisonnable qui aurait pu même de la façon la plus minime remettre en cause n’importe quelle parole ou expression des textes du Concile a été réprimé . Mais une telle attitude n’est pas saine et elle contredit la grande tradition de l’Église, comme nous le constatons chez les Pères, les Docteurs et les grands théologiens de l’Église au long de ses deux mille ans d’histoire.

Une opinion différente de celle enseignée par le concile de Florence sur la question du sacrement de l'ordre, c'est-à-dire la traditio instrumentorum, a été admise dans les siècles qui ont suivi ce concile, et a conduit le pape Pie XII à se prononcer dans la Constitution apostolique Sacramentum Ordinis de 1947, par laquelle il a corrigé l'enseignement non infaillible du Concile de Florence, en déclarant que la seule matière strictement nécessaire à la validité du sacrement de l'Ordre est l'imposition des mains par l'évêque. Par cet acte, Pie XII n'a pas mis en œuvre une herméneutique de continuité, mais bien une correction, car la doctrine du concile de Florence en la matière ne reflétait pas la doctrine et la pratique liturgiques constantes de l'Église universelle. Déjà en 1914, le cardinal W.M. van Rossum écrivait à propos de l'affirmation du concile de Florence sur la question du sacrement de l'Ordre, que cette doctrine du concile était réformable et devait même être abandonnée (cf. De essentia sacramenti ordinis, Freiburg 1914, p. 186). Il n'y avait donc pas de place pour une herméneutique de continuité dans ce cas concret.

Lorsque le magistère pontifical ou un concile œcuménique a corrigé des doctrines non infaillibles de conciles œcuméniques antérieurs (cela ne s'est produit que rarement), on n'a pas sapé les fondements de la foi catholique par un tel acte, ni opposé le magistère de demain à celui d'aujourd'hui, comme l'histoire l'a prouvé. Par une Bulle de 1425, Martin V a approuvé les décrets du concile de Constance et même le décret « Frequens » - de la 39e session du concile (en 1417). Ce décret affirmait l'erreur du conciliarisme, c'est-à-dire l'erreur selon laquelle un concile est supérieur à un Pape. Cependant, en 1446, son successeur, le pape Eugène IV, a déclaré qu'il acceptait les décrets du concile œcuménique de Constance, à l'exception de ceux (des sessions 3 - 5 et 39) qui « portent atteinte aux droits et à la primauté du Siège Apostolique » (absque tamen praeiudicio iuris, dignitatis et praeeminentiae Sedis Apostolicae). Le dogme de Vatican I sur la primauté du pape a ensuite rejeté définitivement l'erreur conciliaire du concile œcuménique de Constance. Comme mentionné plus haut, le pape Pie XII a corrigé l'erreur du Concile œcuménique de Florence concernant la question du sacrement de l'Ordre. Les fondements de la foi n'ont pas été sapés par ces rares actes de correction des affirmations antérieures du magistère non infaillible, précisément parce que ces affirmations concrètes (par exemple des conciles de Constance et de Florence) n'étaient pas infaillibles.

Plusieurs expressions des textes du Concile Vatican II ne sont pas aussi facilement conciliables avec la tradition doctrinale constante de l'Église. Citons par exemple certaines expressions du Concile sur le thème de la liberté religieuse (comprise comme un droit naturel, et donc positivement voulue par Dieu, de pratiquer et de répandre une fausse religion, qui peut aussi inclure l'idolâtrie ou pire encore) ; sa distinction entre l'Église du Christ et l'Église catholique (le problème du « subsistit in » donne l'impression qu'il existe deux réalités : d'un côté, l'Église du Christ, et de l'autre, l'Église catholique) ; et sa position à l'égard des religions non chrétiennes et du monde contemporain. Bien que la Congrégation pour la Doctrine de la foi, dans ses réponses à certaines questions concernant certains aspects de la doctrine sur l'Église (29 juin 2007), ait proposé une explication de l'expression « subsistit in », elle a malheureusement évité de dire clairement que l'Église du Christ est véritablement l'Église catholique. C'est-à-dire qu'elle a évité de déclarer explicitement l'identité entre l'Église du Christ et l'Église catholique. En effet, il reste un élément de flou.

Il existe aussi une attitude qui rejette a priori toutes les objections possibles visant les déclarations douteuses susmentionnées dans les textes du concile. Au lieu de cela, la seule solution présentée est la méthode dite d'« herméneutique de la continuité ». Malheureusement, les doutes relatifs aux problèmes théologiques inhérents à ces déclarations du Concile ne sont pas pris au sérieux. Nous devons toujours garder à l’esprit le fait que la fin principale du Concile était de nature pastorale, et que le Concile n’avait pas l’intention de proposer ses propres enseignements définitifs.

Les déclarations des papes d’avant le Concile, même celles des XIXe et XXe siècles, reflètent fidèlement celles de leurs prédécesseurs et la tradition constante de l’Église d’une manière ininterrompue. Les papes des XIXe et XXe siècles, c’est-à-dire après la Révolution française, ne représentent pas une période « exotique » en comparaison avec la tradition bi-millénaire de l’Eglise. On ne saurait prétendre qu’il existe une quelconque rupture dans les enseignements de ces papes (Grégoire XVI, etc.) par rapport au Magistère antérieur. Par exemple, concernant le thème de la royauté sociale du Christ et du caractère objectivement faux des religions non chrétiennes, on ne peut pas trouver de rupture perceptible entre l’enseignement des papes Grégoire XVI à Pie XII d’une part, et celui du pape Grégoire le Grand (VIe siècle) et de ses prédécesseurs et successeurs d’autre part. On peut vraiment voir une ligne continue sans aucune rupture depuis l’époque des Pères de l’Eglise jusqu’à Pie XII, en particulier sur des sujets tels la royauté sociale du Christ, la liberté religieuse et l’œcuménisme au sens où il existe un droit naturel, positivement voulu par Dieu, de pratiquer la seule vraie religion qui est la foi catholique.

Avant le Concile Vatican II, il n'était pas nécessaire de faire un effort colossal pour présenter des études volumineuses montrant la parfaite continuité de la doctrine entre un Concile et un autre, entre un pape et ses prédécesseurs, car la continuité était évidente. Par exemple, le fait même qu'une « nota explicativa previa » au document Lumen Gentium ait été nécessaire montre que le texte de Lumen Gentium, au n. 22, est ambigu en ce qui concerne le sujet des relations entre la primauté du pape et la collégialité épiscopale. Les documents clarifiant le magistère à l'époque post-conciliaire, tels les encycliques Mysterium Fidei, Humanae Vitae, et le Credo du Peuple de Dieu du Pape Paul VI, ont été d'une grande valeur et d'une grande aide, mais ils n'ont pas clarifié les déclarations ambiguës du  concile Vatican II mentionnées ci-dessus.

Peut-être la crise actuelle – avec Amoris Laetitia et le Document d’Abou Dhabi – nous oblige-t-elle à approfondir cette considération quant à la nécessité de clarifier ou de corriger certaines déclarations du Concile évoquées ci-dessus. Dans la Summa Theologiae, saint Thomas d’Aquin a toujours présenté des objections (« videtur quod ») et des contre-arguments (« sed contra »). Saint Thomas était intellectuellement très honnête ; il faut en effet savoir accepter les objections et les prendre au sérieux. Nous devrions utiliser sa méthode sur certains des points controversés des textes du Concile qui sont en discussion depuis près de soixante ans. La plupart des textes du Concile présentent une continuité organique par rapport au magistère antérieur. Mais en dernière analyse, le magistère papal doit clarifier de manière convaincante les éléments controversés de certaines expressions des textes du Concile. A ce jour, cela n’a pas toujours été fait d’une manière honnête et intellectuellement convaincante. Si cela s’avérait nécessaire, un pape ou un futur Concile œcuménique devrait alors ajouter des explications (comme des « notae explicativae posteriores »), voire des amendements et des corrections de ces expressions controversées, puisqu’elles n’ont pas été présentées par le Concile comme un enseignement infaillible et définitif. Ainsi que Paul VI l’a déclaré, le Concile a « évité de donner des définitions dogmatiques solennelles, engageant l’infaillibilité du magistère ecclésiastique » (Audience générale, 12 janvier 1966).

L’histoire nous le dira, avec le recul. Nous ne sommes qu’à cinquante ans du Concile. Peut-être y verrons-nous plus clair quand cinquante nouvelles années se seront écoulées. Cependant, du point de vue des faits, de ce que l’on a pu constater, d’un point de vue global, Vatican II n’a pas apporté la floraison d’un réel progrès spirituel dans la vie de l’Église. Et même s'il y avait déjà des problèmes au sein du clergé avant le Concile, au nom de l'honnêteté et de la justice, nous devons reconnaître que les problèmes moraux, spirituels et doctrinaux du clergé avant le Concile n'étaient pas aussi répandus, d'une aussi grande ampleur et d'une aussi grande intensité, qu'ils l'ont été à l'époque post-conciliaire et jusqu'à aujourd'hui. Compte tenu du fait qu'il y avait déjà des problèmes avant le Concile, le premier objectif du Concile Vatican II aurait dû être précisément d'émettre des normes et des doctrines les plus claires possibles, voire exigeantes, et exemptes de toute ambiguïté, comme l'ont fait tous les Conciles de Réforme par le passé. L’objectif et les intentions du Concile étaient avant tout pastoraux, et pourtant, malgré cet objectif pastoral, il s’en est suivi des conséquences désastreuses que nous voyons encore aujourd’hui. Bien sûr, le Concile comprend beaucoup de beaux textes, précieux même. Mais les conséquences négatives et les abus commis au nom du Concile ont été si importants qu’ils ont éclipsé les éléments positifs qui s’y trouvent.

Il y avait des éléments positifs dans Vatican II : c’est la première fois qu’un Concile œcuménique a lancé un appel solennel aux laïcs, afin qu’ils prennent au sérieux les vœux de leur baptême pour tendre à la sainteté. Le chapitre de Lumen Gentium sur les laïcs est beau et profond. Les fidèles y sont appelés à vivre leur baptême et leur confirmation en tant que témoins courageux de la foi au milieu d’une société sécularisée. Cet appel était prophétique. Cependant, depuis le Concile, cet appel aux laïcs a été détourné par l’establishment progressiste de l’Église, et aussi par de nombreux fonctionnaires et bureaucrates qui travaillaient dans les bureaux et les chancelleries de l’Église. Souvent, les nouveaux bureaucrates laïcs (dans certains pays européens) n’étaient pas eux-mêmes des témoins ; ils ont au contraire contribué à la destruction de la foi dans les conseils paroissiaux et diocésains et dans d’autres comités officiels. Hélas, ces bureaucrates laïcs ont souventes fois été induits en erreur par le clergé, les évêques et les pasteurs.

La période qui a suivi le Concile a laissé l’impression que l’un des principaux fruits du Concile était la bureaucratisation. Cette bureaucratisation mondaine, au cours des décennies qui ont suivi le Concile, a paralysé dans une large mesure la ferveur spirituelle et surnaturelle. Au lieu du printemps annoncé, est survenu un temps de stérilité spirituelle généralisée, un hiver spirituel. Ces mots par lesquels Paul VI a fait un diagnostic honnête de l’état de santé spirituelle de l’Eglise sont toujours bien connus, et même inoubliables : « On croyait qu’après le Concile viendrait une journée de soleil pour l’histoire de l’Église. C’est au contraire une journée de nuages, de tempête, d’obscurité, de recherche, d’incertitude. Nous prêchons l’œcuménisme et nous nous distançons de plus en plus des autres. Nous cherchons à creuses des abîmes au lieu de les combler » (Sermon du 29 juin 1972).

Dans ce contexte, c’est surtout Mgr Lefebvre (bien qu’il ne soit pas le seul à l’avoir fait) qui a commencé, à plus grande échelle et avec une franchise semblable à celle de certains des grands Pères de l’Église, à protester contre la destruction de la foi catholique et de la sainte messe qui se produisait dans l’Église et qui était soutenue, ou du moins tolérée, jusque par de hautes autorités du Saint-Siège. Dans une lettre adressée au pape Jean-Paul II au début de son pontificat, Mgr Lefebvre a décrit avec réalisme et justesse, dans un bref synopsis, la véritable ampleur de la crise de l’Église. Je reste toujours impressionné par la clairvoyance et le caractère prophétique des affirmations suivantes : « Le flot des nouveautés dans l’Eglise accepté et encouragé par l’épiscopat, flot ravageant tout sur son passage : la foi, la morale, les institutions de l’Eglise, ne pouvait pas admettre la présence d’un obstacle, d’une résistance. Nous avions donc le choix ou de nous laisser emporter par le courant dévastateur et d’accroître le désastre, ou de résister contre vents et marées pour sauvegarder notre foi catholique et le sacerdoce catholique. Nous ne pouvions pas hésiter. (…) Les ruines de l’Eglise s’accumulent : l’athéisme, l’immoralité, l’abandon des églises, la disparition des vocations religieuses et sacerdotales sont tels que les Evêques commencent à s’émouvoir. »  Nous assistons aujourd’hui à l’apogée du désastre spirituel au sein de la vie de l’Église, que Mgr Lefebvre a souligné avec tant de vigueur il y a quarante ans déjà.

En abordant les questions relatives au Concile Vatican II et à ses documents, il faut éviter les interprétations forcées ou la méthode de la « quadrature du cercle », tout en conservant l’attitude respectueuse qui s’impose et le sens de l’Eglise (sentire cum ecclesia). L’application du principe de « l’herméneutique de la continuité » ne saurait être utilisée aveuglément en vue d’éliminer sans poser de questions des problèmes qui existent bel et bien, ou pour créer une image d’harmonie, alors que demeurent des ombres d’imprécision dans l’herméneutique de la continuité. En effet, une telle approche transmettrait artificiellement et de manière peu convaincante le message selon lequel chaque mot du concile Vatican II est inspiré par Dieu, infaillible et en parfaite continuité doctrinale avec le magistère antérieur. Une telle méthode violerait la raison, les données du réel et l’honnêteté, et ne ferait pas honneur à l’Église, car tôt ou tard (même s’il y faut un siècle) la vérité sera énoncée telle qu’elle est réellement. Il existe des livres dont les sources sont documentées et reproductibles, qui donnent un aperçu historiquement plus réaliste et plus vrai des faits et des conséquences relatifs à l’événement du concile Vatican II lui-même, mais aussi de la manière dont ses documents ont été édités, et du processus d’interprétation et d’application de ses réformes au cours des cinq dernières décennies. Je recommande, par exemple, les livres suivants qui peuvent être lus avec profit : Romano Amerio, Iota Unum, Etude des variations de l’Église catholique au XXe siècle (1996) ; Roberto de Mattei, Vatican II : Une histoire à écrire (2012) ; Alfonso Gálvez, El Invierno eclesial (2011).

Ces éléments – l’appel universel à la sainteté, le rôle des laïcs dans la défense et le témoignage de la foi, la famille en tant qu’église domestique, et l’enseignement sur Notre Dame  – sont ceux que je considère comme les contributions vraiment positives et durables du concile Vatican II.

Le magistère a été à ce point surchargé au cours des cent cinquante dernières années d’une papolâtrie malsaine, qu’il en a résulté une atmosphère où un rôle central est attribué aux hommes de l’Eglise au lieu de l’être au Christ et à son corps mystique, qui est à son tour un anthropocentrisme caché. Selon la vision des Pères de l’Eglise, l’Eglise est seulement la lune (mysterium lunae), et le Christ est le soleil. Le Concile, a malheureusement été une démonstration d’un très rare « magistériocentrisme », puisque par le simple fait du volume de ses documents interminables il a dépassé, et de loin, tous les autres conciles. Il a pourtant lui-même fourni une belle description de ce qu’est le magistère, qui n’avait jamais été donnée auparavant dans l’histoire de l’Église. On le trouve dans Dei Verbum, au n° 10, où il est écrit : « Ce Magistère n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service. »

Par « magistériocentrisme », j’entends que les éléments humains et administratifs – spécialement la production excessive et continue de documents et de forums de discussion (sous le slogan de la « synodalité ») – ont été placés au centre de la vie de l’Église. Même si les Pasteurs de l’Eglise doivent toujours exercer avec zèle l’exercice du munus docendi, l’inflation des documents, et souvent de documents interminables, s’est révélée asphyxiante. Des documents moins nombreux, plus courts et plus concis produiraient un meilleur effet.

Un exemple frappant de « magistériocentrisme », où les représentants du magistère se comportent non comme les serviteurs, mais comme les maîtres de la tradition, est la réforme liturgique de Paul VI. D’une certaine manière, Paul VI s’est placé au-dessus de la Tradition – non pas la Tradition dogmatique (lex credendi), mais la grande Tradition liturgique (lex orandi). Paul VI a osé entamer une véritable révolution de la lex orandi. Et dans une certaine mesure, il a agi en contradiction avec l’affirmation du concile Vatican II dans Dei Verbum (n° 10) qui affirme que le magistère est seulement au service de la Tradition. Nous devons mettre le Christ au centre. Il est le soleil : le surnaturel, la constance de la doctrine et de la liturgie, et toutes les vérités de l’Évangile que le Christ nous a enseignées.

Par le concile Vatican II, et déjà avec Jean XXIII, l’Église a commencé à se présenter au monde, à flirter avec le monde et à manifester un complexe d’infériorité envers le monde. Mais les clercs, en particulier les évêques et le Saint-Siège, ont pour mission de montrer le Christ au monde – et non pas eux-mêmes. Vatican II a donné l’impression que l’Église catholique commençait à mendier la sympathie du monde. Cela s’est poursuivi lors des pontificats postconciliaires. L’Église mendie la sympathie et la reconnaissance du monde ; cela est indigne d’elle, et ne lui gagnera pas le respect de ceux qui cherchent vraiment Dieu. Nous devons mendier la sympathie du Christ, de Dieu et du ciel.

Certains critiques du Concile affirment que, malgré ses bons aspects, il est un peu comme un gâteau dans lequel il y a un peu de poison, et qu’il faut donc le jeter tout entier. Je ne pense pas que nous puissions suivre cette méthode, ni celle qui consiste à « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Par rapport à un concile œcuménique légitime, même s’il y avait des points négatifs, il nous faut maintenir une attitude de respect. Nous devons évaluer et avoir de l’estime pour tout ce qui est réellement et vraiment bon dans les textes du Concile, sans fermer irrationnellement et malhonnêtement les yeux de la raison sur ce qui est objectivement et manifestement ambigu, voire erroné dans certains textes. Il faut toujours se rappeler que les textes du concile Vatican II ne sont pas la Parole inspirée de Dieu, ni des jugements dogmatiques définitifs ou des déclarations infaillibles du magistère, car le Concile lui-même n’avait pas cette intention.

Un autre exemple est celui d’Amoris Laetitia. Ce texte contient certes de nombreux points qu’il nous faut critiquer objectivement et doctrinalement. Mais certains de ses chapitres sont très utiles, vraiment bons pour la vie de famille, par exemple les parties sur les personnes âgées dans la famille : en soi, ils sont très bons. On ne doit pas rejeter l’ensemble du document, mais en recevoir ce qui est bon. Il en va de même pour les textes du Concile.

Même si avant le Concile, ils ont tous dû prêter le serment antimoderniste de saint Pie X, certains théologiens, prêtres, évêques et même des cardinaux l’ont fait avec des réserves mentales, comme les faits historiques ultérieurs l’ont démontré.

Avec le pontificat de Benoît XV a commencé une lente et prudente infiltration d’ecclésiastiques à l’esprit mondain et quelque peu moderniste dans les hautes sphères de l’Église. Cette infiltration s’est surtout développée parmi les théologiens, de sorte que le pape Pie XII a dû intervenir plus tard en condamnant des théologiens très connus de la soi-disant « nouvelle théologie » (Chenu, Congar, De Lubac, etc.) et en publiant l’encyclique Humani Generis en 1950. Néanmoins, à partir du pontificat de Benoît XV, le mouvement moderniste était latent et en constante progression. Ainsi, à la veille du concile Vatican II, une part considérable de l’épiscopat et des professeurs des facultés de théologie et des séminaires étaient imprégnés d’une mentalité moderniste, qui se définit essentiellement par le relativisme doctrinal et moral, et la mondanité, l’amour du monde. À la veille du Concile, ces cardinaux, évêques et théologiens aimaient la « forme » – les schémas de pensée – du monde (cf. Rm XII, 2) et ils voulaient plaire au monde (cf. Ga I, 10). Ils faisaient preuve d’un complexe d’infériorité évident vis-à-vis du monde.

Le pape Jean XXIII a lui aussi fait preuve d’une sorte de complexe d’infériorité à l’égard du monde. Il n’était pas un moderniste dans son esprit, mais il avait une façon politique de voir le monde et il a étrangement mendié au monde de lui témoigner sa sympathie. Il avait sûrement de bonnes intentions. Il a convoqué le concile Vatican II, qui a ensuite ouvert la porte au mouvement moderniste, protestant et mondain au sein de l’Église. Elle est très significative, cette observation aiguë de Charles de Gaulle, président de la République française de 1959 à 1969, à propos de Jean XXIII et du processus de réformes entamé avec le concile Vatican II : « Jean XXIII a ouvert toutes grandes les vannes et n’a pas pu les refermer. C’était comme si un barrage s’était effondré. Jean XXIII a été dépassé par ce qu’il avait déclenché » (voir Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Paris 1997, 2, 19).

Le discours sur l’« ouverture des fenêtres » avant et pendant le Concile était une illusion trompeuse et une cause de confusion. Ces paroles ont donné l’impression que l’esprit d’un monde incrédule et matérialiste – tel qu’on pouvait clairement le voir à cette époque – pouvait transmettre certaines valeurs positives pour la vie chrétienne. Les autorités de l’Église de cette époque auraient mieux fait d’affirmer expressément le sens véritable des mots « ouverture des fenêtres » : il consiste à ouvrir la vie de l’Église à la fraîcheur de la beauté de la vérité divine, aux trésors de la sainteté éternellement jeune, aux lumières surnaturelles du Saint-Esprit et des saints, à une liturgie célébrée et vécue ans un sens toujours plus surnaturel, sacré et révérent. Au fil du temps, pendant la période postconciliaire, la porte partiellement ouverte a fait place à un déluge désastreux qui a provoqué d’énormes dégâts dans la doctrine, la morale et la liturgie. Aujourd’hui, les eaux du déluge qui ont pénétré dans l’Eglise atteignent des niveaux dangereux. Nous vivons actuellement le pic de la catastrophe de l’inondation.

Aujourd’hui, le voile a été levé et le modernisme a révélé son vrai visage, qui consiste à trahir le Christ et à devenir ami du monde en adoptant sa manière de penser. Une fois la crise de l’Église passée, le magistère de l’Eglise aura la tâche de rejeter tous les phénomènes négatifs qui ont été présents dans la vie de l’Église au cours des récentes décennies. Et l’Église le fera, parce qu’elle est divine. Elle ne peut pas ne pas le faire. Elle le fera avec précision et elle corrigera toutes les erreurs qui se sont accumulées, à commencer par plusieurs expressions ambiguës dans les textes du Concile.

Le modernisme est comme un virus caché, partiellement blotti dans plusieurs affirmations du Concile, mais qui s’est aujourd’hui manifesté. Après la crise, après la grave infection virale spirituelle, la clarté et la précision de la doctrine, le caractère sacré de la liturgie et la sainteté de la vie sacerdotale brilleront davantage.

L’Église le fera sans ambiguïté, comme elle l’a fait en temps de graves crises doctrinales et morales au cours des deux derniers millénaires. Enseigner clairement les vérités du dépôt divin de la foi, défendre les fidèles contre le poison de l’erreur et les conduire sûrement à la vie éternelle appartient à l’essence même de la tâche divinement assignée au pape et aux évêques.

La Constitution du concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, nous rappelle la vraie nature de la véritable Eglise, qui est « de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons » (n° 2).

Le 24 juin, 2020-06-24
Fête liturgique de saint Jean-Baptiste.

© leblogdejeannesmits pour la traduction des passages ne faisant pas partie du livre “Christus vincit” ; les passages de ce livre sont couverts par le copyright de l'édition française à paraître.

© photo: Olivier Figueras

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