14 février, 2019

“Sodoma”, de Frédéric Martel : un livre de combat contre la tradition de l'Eglise et ses défenseurs comme le cardinal Burke

Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand. Ce sont les premiers mots qui viennent à l'esprit lorsqu'on lit les « bonnes feuilles » de Sodoma (pas besoin de vous faire un dessin), le livre à paraître du militant homosexuel Frédéric Martel. Oui, insignifiant comme les mensonges de celui qui est « père du mensonge », insignifiant comme ce qui procède par insinuation, suggestion, fabrication d'images, rumeurs, ouï-dire, insignifiant comme la grosse artillerie que l'on sort pour détourner l’attention d’un problème précis en essayant de détruire, en même temps, celui qui le pose.

L'idée force de Sodoma tient en quelques lignes : le Vatican est le plus vaste club « gay » au monde, car 80 % de ses clercs – prélats, cardinaux, monsignore y compris – sont homosexuels, actifs ou refoulés. Et même, insinue-t-il, trois papes récents : Pie XII, Jean XXIII et Paul VI… Et comme c’est un secret maladivement gardé, c’est cette « culture du secret » qui explique le choix de « couvrir » les prêtres pédophiles au cours de ces dernières décennies – la crainte de se faire soi-même « outer ».

Mais outre que cela apparaît comme une exagération délibérée, il s’agit avant tout d’une charge massive contre tout ce qu’il y a de traditionnel dans l’Eglise : notamment sa doctrine morale, sa liturgie de jadis, ses interdits sexuels, « l’hypocrisie » et la « double vie » des opposants conservateurs au pape François. Tout cela ne s’expliquerait que par un seul biais : l’homosexualité active ou refoulée, forcément cachée, de ses prêtres, évêques, cardinaux, papes qui font partie d’une société essentiellement homosexuelle dont les décisions ont été, au bout du compte, dictées par cette situation. On n’en finirait pas de donner des exemples de ces analyses psychologiques de comptoir qui émaillent le livre de Martel.

Une grille de lecture homosexuelle plaquée


Ce livre est d’ailleurs une grille de lecture, assumée, plaquée comme telle sur toute l’histoire récente de l’Eglise catholique. Il lui faut des homosexuels partout, certains réels sans aucun doute, d’autres sont peut-être « de la paroisse », comme il le dit ironiquement, parmi ceux qui sont évoqués nommément ou non – mais imaginés pour bien d’autres. Cela procède d’un raisonnement explicite : l’Eglise est sociologiquement homosexuelle parce qu’elle impose le célibat sacerdotal et que la continence est «  contre nature ». Donc, le prêtre soumis à ce régime a toutes les chances d’être un homosexuel qui se cache.

Dans un entretien avec Le Point, Martel va même plus loin : « Bien sûr qu’il y a des hétérosexuels au Vatican ; d’ailleurs, certains harcèlent les bonnes sœurs, comme vient de le reconnaître le pape François. » La chasteté, la pureté, sont tenues pour impossibles, exceptionnelles, voire ridicules – ou simplement le fait des unstraight : ceux qui sans avoir de pulsions sexuelles à l’égard des femmes, sont des hétérosexuels maniérés ou efféminés qui ne passent pas à l’acte avec des hommes.

Fondamentalement, et au-delà de son optique « pro-gay » qui ne reproche nullement aux clercs leurs attirances et leur activité homosexuelles, Sodoma est une gigantesque entreprise de souillure de l’Eglise catholique, insultée dans son être et dans ses enseignements. Paradoxalement, Martel l’a reconnu lui-même, c’est une défense et une illustration des options et de la pastorale du pape François. D’ailleurs s’il y a des cardinaux qu’il apprécie, ils se trouvent dans l’aile libérale de l’Eglise : Schönborn, Kasper, Cupich, Tobin, Farrell…

Alors, gigantesque ou insignifiant ? Insignifiant dans le fond, parce qu’on a l’impression de se trouver face à cette variété la plus insidieuse de la désinformation, qui enrobe le mensonge de demi vérités – mais ici, les mensonges paraissent caricaturaux. Gigantesque dans la manière, puisque Frédéric Martel y travaille depuis quatre ans, passant une semaine par mois à Rome, se rendant dans une trentaine de pays pour des entretiens «  à domicile », assisté de quelque 80 petites mains dans le monde pour mener ses recherches, le tout avec la complicité avouée de « quatre proches collaborateurs du pape François » qui étaient au courant «  depuis longtemps » de la teneur de son projet.

Imagine-t-on ce que cela demande comme financement ? L’éditeur Robert Laffont a-t-il, seul, les reins aussi solides ?  Qui a coordonné la traduction simultanée en huit langues – un peu comme le Da Vinci Code qui m’est immédiatement venu à l’esprit en lisant ce brûlot et avec lequel les journalistes du Point font aussi le rapprochement ? La sortie dans 20 pays ? Tout cela demande des moyens fabuleux (du point de vue des journalistes qui peinent à faire rembourser la moindre note de frais), des réseaux sur une même ligne, une volonté commune, dotée de riches moyens, pour passer à l’acte.

Mais pourquoi Le Montage de Vladimir Volkoff me vient-il à l’esprit de manière aussi lancinante ?

Le livre sort, oh combien opportunément, le 21 février, le jour même de l’ouverture du sommet sur les abus sexuels au Vatican, en huit langues et dans 20 pays. Il paraît que la sortie française était prévue en septembre, mais qu’elle a été retardée pour en faire un événement international. Mais que la date  définitive n’ait pas été choisie pour coïncider avec la réunion organisée à Rome paraît difficilement croyable.

L'attaque contre les « tradi » et les « dubia »


Alors que la « droite » de l’Eglise répète qu’on ne peut aborder la question des abus sexuels et de la « pédophilie » de certains prêtres – en fait, les abus, voire la séduction exercés sur des adolescents, l’éphébophilie, donc – sans évoquer le fléau de l’homosexualité des clercs, Sodoma est une riposte. Ils « en » sont tous. Ils sont d’autant plus homosexuels qu’ils dénoncent l’homosexualité. C’est la droite : «  Ces  conservateurs, ces “tradi”, ces “dubia”,  sont bien les fameux “rigides qui mènent une double vie”  dont parle si souvent François », écrit Martel. Donc, l’homosexualité n’est pas le problème. Le problème, c’est la droite. Le problème, ce sont les interdits sexuels – interdit de la contraception comprise – que l’Eglise a décrétés parce qu’elle abrite tant d’homophiles cachés qui sont des homophobes de façade.

Et qu’ils sont donc imbéciles ou escroqués, ces catholiques qui tentent de suivre ces règles inhumaines imposées par des hommes de double vie ! Tel est le message à peine voilé de Frédéric Martel, un message qu’il attribue d’ailleurs d’une certaine manière au pape François en citant ses nombreuses diatribes contre la corruption à la Curie.

Est-ce une « bombe », comme l’écrit déjà la presse internationale ? Ce le serait si tout était rigoureusement vrai – ce dont on peut très légitimement douter, vu la personnalité de l’auteur et la teneur de son message. Il y a du roman à thèse dans cet ouvrage… Mais il n’y a aucun doute que le livre a été fait pour être exploité comme tel, et que les gros médias vont s’en donner à cœur joie.

Si l’on s’en tient à la lettre de Sodoma, non, ce n’est pas une bombe, tant il y a d’insinuations risibles et d’accusations ou allégations sans fondement. Elles visent prioritairement ceux qui ont participé à la claire réaffirmation de la doctrine catholique face à la lente montée de l’idéologie du genre et des « droits LGBT » au cours de ces dernières décennies, et ceux qui sont perçus comme menant l’opposition face à la libéralisation « pastorale » soutenue par le pape François : du cardinal Burke à Mgr Viganò dont « l’affaire » est présentée comme « la guerre du vieux placard contre le nouveau placard » !

Les incohérences du chapitre sur le cardinal Raymond Burke


Parmi les chapitres déjà disponibles en ligne se trouve celui consacré avec gourmandise au cardinal Raymond Burke, qui serait franchement hilarant s’il n’était aussi odieux et faux.

Martel assure avoir eu un rendez-vous avec le cardinal Burke (un « dubia », comme il dit) dans son appartement, rendez-vous manqué car à ce moment-là, Burke aurait été appelé par le pape en vue d’une remontée de bretelles. Du coup, on a droit à une description de l’appartement romain du cardinal, présenté comme une « vaste garçonnière »  munie d’« art ornemental des vieux dandys », « et des napperons ! »,  Martel décrit « un autel particulier dans un décor de faux iceberg, un retable en forme de triptyque coloré, comme une petite chapelle ouverte, agrémentée d’une guirlande illuminée qui clignote, avec, posé en son milieu, le célèbre chapeau rouge du Cardinal. Un chapeau ? Que dis-je : une coiffe ! »

Bref, c’est le décor d’un appartement d'une précieuse surannée forcément narcissique. Après avoir visité, comme il le raconte, la « luxueuse » salle de bains et repéré «  des dizaines de bouteilles de champagne, Martel «  devine une armoire à glace, ou bien est-ce une psyché, ces grands miroirs inclinables qui  permettent de se voir en totalité », « ce qui m’enchante », dit-il. « Si j’avais fait l’expérience d’ouvrir les trois portes en même temps, je me serais vu comme le cardinal chaque matin : sous toutes les coutures, environné de son image, enlacé de lui-même. »

Oui, tels sont des procédés de ce journaliste et chercheur, ancien collaborateur de Michel Rocard, conseiller de Martine Aubry, attaché culturel à l’ambassade de France aux Etats-Unis, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques… Militant politique et haut fonctionnaire, parfaitement introduit dans la jet-set mondialiste.

Il consacre des pages et des pages aux vêtures liturgiques du cardinal Burke : cappa magna et « galero cardinalice » qui lui donne « l’air d’une vieille femme vindicative », chapes et « robes à vertugadin »… Je vous épargne la suite, grotesque et diffamatoire.  Voilà le cardinal assimilé à une drag-queen, présenté comme l’incarnation de la théorie du genre… On perçoit trop le ressentiment d’un militant gay contre un homme qui a qualifié l’homosexualité de « grave péché » pour se laisser prendre.

Mais une certaine presse s’y laissera prendre, elle, trop heureuse de l’aubaine. Le Point a déjà publié des extraits de ce chapitre délirant.

Il serait tentant de traiter cela par le mépris. Mais il faut quand même apporter quelques petites précisions, car elles jettent une lumière révélatrice sur la manière de travailler de Frédéric Martel.

A propos du cardinal Burke, on note à quelques pages d'intervalle ces deux descriptions contradictoires : d’abord, c’est un « cardinal américain, petit homme trapu ». Un peu plus loin, on apprend que « l’homme est grand – en cappa magna, il devient géant – on dirait une dame viking ! » Martel le connaît-il seulement, cet homme accessible et affable, tellement plus facile à aborder que bien des évêques français ?

Le connaît-il, cet homme pour qui la pastorale ne s'exerce que dans la vérité, mais avec proximité et une attention véritablement paternelle, comme en a attesté notamment un jeune homme homosexuel que Burke, alors évêque au Wisconsin, a ramené à la foi ?

Benoît XVI, Gänswein et Fellini,
ou comment les idées germent dans l'esprit de Frédéric Martel


Martel assimile clairement les ornements traditionnels de l'Eglise à une expression homosexuelle. Dans le cas de Frédéric Martel, cela est très net. Quand il s’attaque à Benoît XVI, « dandy homosexualisé », et Georg Gänswein, son secrétaire, il présente la messe du sacre épiscopal de ce dernier comme une « cérémonie fellinienne ». Quand il voit des chapes et des chasubles à l’ancienne, Martel pense aussitôt à Fellini Roma, avec le défilé de mode du clergé.

« Ne délirez-vous pas ? », l’interroge Le Point. « Mais ce sont eux qui délirent ! Pour la consécration de son secrétaire particulier Georgh Gänswein, Benoît XVI a organisé l’une des messes les plus extravagantes de l’histoire », répond Martel Cette messe, on peut la voir ici. Voilà un jugement qui suffit à disqualifier Martel – vous pourrez vérifier vous-même.


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10 février, 2019

Erratum dans le Manifeste pour la foi du cardinal Müller

Des lecteurs attentifs – que je remercie chaleureusement – me signalent un malencontreux oubli de mot dans le texte français du récent Manifeste pour la Foi.

Là où il est écrit : « Il résulte clairement de la logique interne du Sacrement que les chrétiens divorcés civilement, dont le mariage sacramentel existe devant Dieu (…)ne reçoivent pas avec fruit la Sainte Eucharistie (1457) »

il faut évidemment lire :

« Il résulte clairement de la logique interne du Sacrement que les chrétiens divorcés et remariés civilement… »

Cela va sans dire mais le sens en est tellement altéré que je me devais de vous signaler cette coquille.

Le texte a été rectifié sur mon blog où je l'ai publié intégralement dans la nuit de vendredi à samedi, il est à lire ici.


Analyse critique du Document d'Abou Dhabi signé par le pape François et l'imam Al-Tayeb d'Al-Azhar

Le Document d’Abou Dhabi sur la Fraternité humaine, pour la paix mondiale et la coexistence commune signée par le pape François pose nombre de questions qui ont été largement soulevées dans la presse française, notamment à propos de cette phrase :

« Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. »

L’intrusion des « diversités de religion » dans ce catalogue du vouloir divin a suscité de justes réserves, et même des indignations : comment peut-on dire que Dieu a « voulu » l’erreur, et encore, en mettant cela sur le même plan que sa volonté de créer la différence des sexes ?

S’il ne manque pas de commentateurs qui tentent de sauver le propos en expliquant, soit qu’il s’agit en réalité de la manière dont Dieu « permet » l’erreur et le mal, soit qu’il y soit fait référence au plan où la diversité des religions témoigne du désir naturel de l’homme de connaître Dieu, ces interprétations semblent bien téméraires.

Il suffit de lire la suite du document : « Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture, comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas. »

Une fois de plus il y a un monde entre la « liberté d’être différents » et le prétendu droit à l’erreur qui se profile ici : un droit qui n’existe pas. Il s’agit d’une possibilité tolérée afin que l’homme puisse librement adhérer au vrai et au bien : qu’il puisse librement aimer Dieu, Dieu-Trinité qui est le vrai Dieu, en somme.

On ne « condamne » donc pas « le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion » parce que Dieu a voulu la diversité des religions, mais parce que Dieu veut que l’homme adhère à lui par un libre acte de la volonté.

Diane Montagna cite dans LifeSiteNews le commentaire d’un Dominicain à propos de la phrase sur la diversité des religions : pour lui, le passage controversé « est faux dans son sens obvie, et il est en réalité hérétique ».
« Les différentes religions disent des choses incompatibles à propos de qui est Dieu et comment il veut être adoré. Elles ne peuvent donc toutes être vraies. Donc Dieu, qui est vérité, ne peut vouloir toutes les religions », a expliqué ce théologien qui a préféré garder l’anonymat : « Dieu permet aux religions non catholiques d’exister, mais permettre une chose n’est pas une manière de la vouloir, c’est une manière de ne pas vouloir l’empêcher. Ainsi Dieu permet que de nombreuses personnes innocentes soient tuées, mais Il ne le veut pas. Nous ne parlerions pas par exemple de la volonté permissive de Dieu de voir les Juifs être gazés, par exemple. (…) Même la diversité des langues, si elle fut à l’origine une punition, a été voulue et causée par Dieu ? Mais la diversité des religions est due au péché et ainsi, elle n’est ni voulue ni causée par Dieu. Nous pouvons dire qu’elle “tombe sous le coup de sa providence” mais cela est vrai de tout, même les pires crimes. »
Le même Dominicain a souligné l’usage problématique du mot « foi » dans le document, appliqué à tous les croyants, car il s’agit de la « vertu par laquelle Dieu nous  amène à l’assentiment vis-à-vis de ce qu’Il a révélé à travers les prophètes de l’Ancien Testament et les apôtres du Nouveau, et par-dessus tout à travers son Fils. Les personnes qui croient en des religions non chrétiennes ne le font pas par la foi, comme le souligne Dominus Iesus 7, mais par quelque opinion humaine. »

Eh oui : quand le pape signe solennellement un document, ès-qualités, il le fait en tant que chef des catholiques et gardien de la doctrine, et les mots doivent correspondre à leur sens précis, sous peine d’en laisser abâtardir la signification.

C’est là pourtant l’économie de tout le document d’Abou Dhabi, qui met les croyants et les croyances sur le même plan, au nom d’une « fraternité » onze fois citée mais privée de la seule chose qui puisse la causer et la justifier : la présence d’un Père.

Vu que ce texte évoque les relations entre les catholiques et les musulmans – et plus exactement entre l’Eglise catholique et « Al-Azhar », l’université islamique du Caire comme représentant de l’islam, qui lui n’est pas nommé – cette absence du Père n’a rien d’étonnant. L’islam considère l’adoration de la Sainte Trinité comme une activité d’« associateurs » – une abomination – et pour lui qualifier Dieu de Père est en soi un blasphème.

Certes le pape François a mentionné Dieu, Père de tous les hommes,  lors de sa conférence de presse dans l’avion du retour. Mais cela ne pouvait figurer dans le document.

La fraternité, ici, c’est la « coexistence commune » (mais que cela veut-il donc dire ? – « pacifique », on aurait compris !) et une volonté d’en finir avec l’effusion du sang des innocents. Et aussi, en passant, l’appel à la justice sociale, à l’arrêt de la « dégradation environnementale », où « les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune » sont présentées comme « ancre de salut ».

Et non plus Jésus-Christ, notre unique Salut…

Les deux signataires renvoient dos à dos les extrémismes et fondamentalismes pour mieux vanter la tolérance et la fraternité : « L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une “troisième guerre mondiale par morceaux” ». Manière de rejeter la responsabilité des malheurs actuels pareillement sur certains chrétiens et certains musulmans, sans s’autoriser le moindre regard de comparaison et de critique sur le contenu de leurs deux religions.

Et comme décidément nous sommes en politique – une politique qui fleure le discours habituel de l’ONU – le document dénonce « l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles dont bénéficie seulement une minorité de riches », ce qui soit dit en passant ne manque pas de sel vu que le texte a été signé dans l’une des richissimes monarchies pétrolières du Proche Orient.

Oui, le texte rappelle l’importance de la famille, dénonce l’avortement et l’euthanasie : on peut en effet se retrouver avec des non-catholiques au service de la loi naturelle et du bien commun. Mais la notion de famille est bien différente en islam et dans le christianisme, tout comme l’avortement qui est toléré pour les musulmanes pour éviter le scandale ou pendant les premières semaines de grossesse…

Ecoutez ceci :
« Nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. »
La manière dont Mahomet a fondé l’islam et présidé à sa première expansion était-elle donc une première « déviation » – au demeurant conforme aux textes de l’islam, eux-mêmes déjà déviants ?

On lit aussi : « En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens. » Et pourtant, les pays de charia condamnent de mort l’apostat.

Une fois de plus, l’ironie du propos mérite d’être souligné : le même Al-Tayeb, imam d’Al-Azhar, appelait en 2015 à « tuer, crucifier et amputer les mains et les pieds » des « terroristes » de l’Etat islamique, « conformément au Coran ». Mémoire sélective, décidément.

Le site hispanophone Infovaticana de son côté, citant le spécialiste du Proche-Orient Raymond Ibrahim, affirme même que l’imam Al-Tayeb est coutumier du double langage. Le site rapporte les propos que celui-ci est accusé d’avoir tenus au cours de sa propre émission télévisée lors du dernier ramadan : « Les docteurs de l’islam et les imams des quatre écoles de jurisprudence considèrent que l’apostasie est un crime et sont d’accord pour dire que l’apostat doit renoncer à son apostasie ou être exécuté. »

S’il est vrai que le document d’Abou Dhabi affirme la « liberté de croyance » de chacun, il n’y est nullement question de la conversion – et surtout pas de la conversion de l’islam au christianisme qui constitue précisément, selon le Coran, une apostasie.

L’imam, de l’université islamique du Caire, et le pape, chef de l’Eglise universelle fondée par Jésus-Christ, le Verbe de Dieu, ont aussi vanté la citoyenneté :

« Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant. »

Il faut comprendre ces mots dans le contexte où les emploie l’imam Al-Tayeb. Rapportant en janvier 2017 ses propos, un journaliste de Radio Vatican expliquait : « Le cheikh Ahmed Al Tayeb est revenu sur le concept de la dhimma, la protection que l’Etat musulman accordait aux minorités non-musulmanes à l’époque médiévale. » Une protection qui passait par la soumission…

Radio Vatican poursuivait : « La dhimma impliquait que les non-musulmans devaient s’acquitter d’un impôt (la jizya) en contrepartie d’une protection des autorités civiles. Ce qui revenait, de fait, à instaurer une inégalité administrative entre les citoyens. Mais selon le grand imam, appliquer la dhimma aujourd’hui, dans un contexte profondément différent, constituerait une “forme d’injustice et un manque de raisonnement scientifique”. Pour le cheikh Al Tayeb, tous les citoyens sont égaux, et les chrétiens, précise-t-il, “ne peuvent être considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives”. »

Où l’on voit que la déclaration d’Abou Dhabi ne sort pas du néant, où l’on retrouve des expressions propres aux deux signataires – ainsi des mots « troisième guerre mondiale par morceaux » cités plus haut qui avaient été prononcés par le pape François et  qui sont ici appliqués à « l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance ».

Ce vocabulaire a pour particularité de renvoyer dos à dos tous les « extrémismes », réels ou imaginaires, comme je le notais plus haut. Il désigne de manière suffisamment claire pour qu’on puisse y faire référence les réactions populaires (pour ne pas dire « populistes ») que l’on constate dans des pays d’Occident face à l’arrivée massive de migrants musulmans.

Ou pour le dire autrement : en recherchant la « diffusion de la culture de la tolérance » et la protection de tous les lieux de culte et de tous les croyants, il s’agit de mettre toutes les religions sur un pied d’égalité – et pas seulement sur le plan politique.

Qu’une entente se fasse pour en finir avec la persécution violente des chrétiens au Proche-Orient – dans des pays, soit dit en passant, évangélisés au temps des premiers chrétiens et où ils sont chez eux depuis des temps immémoriaux – qui pourrait s’en plaindre ? Et si pratiquement, cela leur vaut un peu plus de libertés et de droits, on ne peut qu’applaudir.

Mais cela ne dispense pas d’essayer de comprendre ce qui se passe. De percevoir, notamment, que c’est un accord à deux faces, « équilibré » si on veut, qui revendique aussi des droits pour les « minorités » – qu’on ne devrait donc  plus appeler ainsi – musulmanes en Occident. De comprendre, aussi, que le relativisme de la phrase « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains » affleure à plusieurs reprises dans le document.

Par exemple, ici :
« La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituée ni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s’enrichir réciproquement de la civilisation de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures. L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. »
Tantôt « l’Eglise catholique et Al-Azhar », tantôt « Al-Azhar et l’Eglise catholique » – il faut bien ménager les susceptibilités – s’engagent à travailler à la mise en œuvre du document qui est présenté en réalité comme feuille de route pour les Etats et les politiques du monde entier :
« A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document aux Autorités, aux Leaders influents, aux hommes de religion du monde entier, aux organisations régionales et internationales compétentes, aux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ; et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux, en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication. 
« Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers. »
Une fois de plus, il s’agit de modifier les esprits et les cœurs pour arriver à la « fraternité » et à la « tolérance » universelles, tout cela « dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie ».

Ce vocabulaire ne détonnerait pas en loge et il coïncide parfaitement avec les documents internationaux, onusiens ou de l’Unesco, dans lesquels les religions traditionnelles et les différences nationales sont présentées comme les facteurs de perturbation de la paix et de l’harmonie entre les hommes. On est en réalité très loin de la phrase de Jésus-Christ : « Ne pensez pas que Je sois venu apporter la paix sur la terre ; Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. »

Jésus est venu arracher le monde aux ténèbres, notamment aux ténèbres des fausses religions, et Il a aussi prévenu ses disciples qu’ils devaient tous prendre leur croix pour le suivre. Prêcher la vérité et la servir expose à l’incompréhension et à la persécution, voire au martyre. Et en dernière analyse, la seule vraie paix est celle qui accompagne l’adhésion à la vérité. La paix sur cette terre est un bien auquel on peut aspirer, mais point au prix de la vérité…

Le fait d’un accord avec l’islam appelle d’autres questions, et notamment celle de la sincérité islamique ; puisque le Coran recommande et justifie la « taqiyya » ou la dissimulation de sa propre foi pour sauver sa peau, ou encore, selon des exégètes musulmans remontant au Xe siècle pour faciliter la conquête par la dissimulation stratégique, l’apparence de loyauté à l’égard des non musulmans.

Mais il y a aussi la question de la représentativité d’Al-Azhar, haut-lieu du sunnisme mais n’ayant pas autorité universelle sur les sunnites – et ne parlons même pas des chiites.

Plus encore que tout cela, le Document sur la Fraternité humaine témoigne d’une restructuration de l’islam en cours (sincère ou non, c’est une autre histoire). La tendance est nette aujourd’hui : il s’agit de vider l’islam de ses aspérités, de ses aspects incompatibles avec la modernité, de le rendre acceptable en le faisant renoncer à ce qu’il est et à réinterpréter le coran, ce qui est en soi impossible en islam puisqu’il s’agit du livré « incréé » exprimant – même dans ses contradictions internes – la parole d’Allah.

Cette marche vers la restructuration, on la note dans les discours du président al-Sissi en Egypte comme dans ceux d’Al-Tayeb, dans les modernisations en cours en Arabie saoudite à la déclaration conjointe de 1.829 théologiens islamiques au Pakistan au printemps dernier.

C’est une restructuration qui vise à rendre l’islam compatible avec le relativisme actuel, une démarche dont on peut raisonnablement dire que la religion catholique la subit aussi, avec l’idée qu’on peut croire ce qu’on veut, pourvu qu’on n’ait pas la prétention de se dire dans la vérité. Tous doivent alors se soumettre ensemble aux Lumières – ce n’est pas un hasard si les mots et les concepts de liberté, égalité, fraternité sont omniprésents dans le document – et se fondre dans une spiritualité globale présentée comme la religiosité commune capable d’assurer la paix.

On ne peut comprendre le Document d’Abou Dhabi en dehors de ce contexte, d’une série de démarches dont les rencontres précédentes entre le pape François et l’imam Al-Tayeb ne sont que des épisodes qui s’insèrent dans un ensemble qui mobilise des institutions internationales, des responsables d’Etat et des représentants de religions du monde entier.

Pas plus tard qu’en octobre dernier, Astana – la capitale du Kazakhstan – accueillait de telles personnalités (l’Eglise catholique était représentée par le cardinal Coccopalmerio), avec Al-Tayeb soi-même et quelques autres muftis de la Ligue Arabe ou de Russie. Ils se sont tous retrouvés dans la « Pyramide de la Paix » où une table ronde signifie la mise sur un pied d’égalité de toutes les religions, le tout parmi une lourde pléthore de symboles maçonniques.

J’ai consacré à cette rencontre une chronique que vous trouverez ici. Cette réunion éclaire d’une lumière singulière – et à mon sens inquiétante – l’accord auquel sont parvenus le pape François et l’imam Al-Tayeb. Et explique aussi le recours à la phrase « controversée » du Document d’Abou Dhabi sur la diversité des religions « voulue » par Dieu : c’en est en réalité la phrase pivot, l’affirmation inévitable, le fondement sur lequel tout le reste est construit.


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© leblogdejeannesmits



09 février, 2019

Le Manifeste pour la foi du cardinal Müller (texte français intégral) : une quasi « correction » du pontificat du pape François

Manifeste pour la foi

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14, 1)


Face à la confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi, de nombreux évêques, prêtres, religieux et fidèles laïcs de l’Eglise catholique m’ont demandé de rendre témoignage publiquement à la vérité de la Révélation. Les Pasteurs ont l’obligation de guider ceux qui leur sont confiés sur le chemin du Salut. Cela n'est possible que si cette voie est connue et qu’ils la suivent. A ce sujet, voici ce que l'Apôtre affirme : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu » (1 Co 15, 3). Aujourd'hui, beaucoup de chrétiens ne sont même plus conscients des enseignements fondamentaux de la foi, de sorte qu'ils risquent toujours plus de s’écarter du chemin qui mène à la vie éternelle. Pourtant, la mission première de l’Eglise est de conduire les hommes à Jésus-Christ, la Lumière des nations (cf. Lumen Gentium, 1). Une telle situation pose la question de la direction qu’il faut suivre. Selon Jean-Paul II, le « Catéchisme de l'Église catholique » est une « norme sûre pour l’enseignement de la foi » (Fidei Depositum, IV). Il a été publié pour renforcer la fidélité de nos frères et sœurs chrétiens dont la foi est gravement remise en question par la « dictature du relativisme » .

1. Le Dieu unique et trinitaire, révélé en Jésus-Christ

La confession de la Très Sainte Trinité se situe au cœur de la foi de tous les chrétiens. Nous sommes devenus disciples de Jésus, enfants et amis de Dieu, par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. La distinction entre les trois Personnes dans l'unité du même Dieu (254) établit une différence fondamentale entre le christianisme et les autres religions tant au niveau de la croyance en Dieu que de la compréhension de ce qu’est l'homme. Les esprits se divisent lorsqu’il s’agit de confesser Jésus le Christ. Il est vrai Dieu et vrai homme, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie. Le Verbe fait chair, le Fils de Dieu, est le seul Rédempteur du monde (679) et le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (846). Par conséquent, la première épître de saint Jean présente celui qui nie sa divinité comme l’Antichrist (1 Jn 2, 22), puisque Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est de toute éternité un seul et même Etre avec Dieu, son Père (663). La rechute dans les anciennes hérésies, qui ne voyaient en Jésus-Christ qu'un homme bon, un frère et un ami, un prophète et un moraliste, doit être combattue avec une franche et claire détermination. Jésus-Christ est essentiellement le Verbe qui était avec Dieu et qui est Dieu, le Fils du Père, qui a pris notre nature humaine pour nous racheter, et qui viendra juger les vivants et les morts. C’est Lui seul que nous adorons comme l’unique et vrai Dieu dans l’unité du Père et de l'Esprit Saint (691).

2. L’Eglise

Jésus-Christ a fondé l'Église en tant que signe visible et instrument du Salut. Cette Eglise est réalisée dans l'Église catholique (816). Il a donné une constitution sacramentelle à son Église, qui est née « du côté du Christ endormi sur la croix » (766), et qui demeure jusqu'au plein achèvement du Royaume (765). Le Christ-Tête et les fidèles de l’Eglise en tant que membres du Corps, constituent le « Christ total » (795) ; c'est pourquoi l'Église est sainte, parce que le seul et unique Médiateur a constitué et soutient continuellement sa structure visible (771). Par l’Eglise, l'œuvre de la Rédemption du Christ est rendue présente dans le temps et dans l'espace dans la célébration des sacrements, en particulier dans le Sacrifice eucharistique, la Sainte Messe (1330). Par l’autorité du Christ, l'Église transmet la Révélation divine qui s'étend à tous les éléments qui composent sa doctrine, « y compris morale, sans lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou observées » (2035).

3. L’ordre sacramentel

L'Église est le sacrement universel du Salut en Jésus-Christ (776). Elle ne brille pas par elle-même, mais elle reflète la lumière du Christ qui resplendit sur son visage. Cette réalité ne dépend ni de la majorité des opinions, ni de l'esprit du temps, mais uniquement de la vérité qui est révélée en Jésus-Christ et qui devient ainsi le point de référence, car le Christ a confié à l'Église catholique la plénitude de la grâce et de la vérité (819) : Lui-même est présent dans les sacrements de l'Église.
L'Église n'est pas une association créée par l’homme, dont la structure serait soumise à la volonté et au vote de ses membres. Elle est d'origine divine. « Le Christ est Lui-même la source du ministère dans l'Église. Il l'a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité » (874). L'avertissement de l'Apôtre, selon lequel « soit anathème quiconque annonce un Evangile différent, y compris nous-mêmes ou un ange du ciel » (Ga 1,8), est toujours d’actualité. La médiation de la foi est indissociablement liée à la fiabilité de ses messagers qui, dans certains cas, ont abandonné ceux qui leur avaient été confiés, les ont déstabilisés et ont gravement abîmé leur foi. A ce propos, la Parole de la Sainte Ecriture s'adresse à ceux qui ne se conforment pas à la vérité et, ne suivant que leurs propres caprices, flattent les oreilles de ceux qui ne supportent plus l’enseignement de la saine doctrine (cf. 2 Tm 4, 3-4).

La tâche du Magistère de l'Église est de « protéger le peuple des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique » (890). Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les sept sacrements. La Sainte Eucharistie est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (1324). Le Sacrifice eucharistique, dans lequel le Christ nous unit à son Sacrifice accompli sur la Croix, vise à notre union la plus intime avec le Christ (1382). C'est pourquoi, au sujet de la réception de la sainte Communion, la Sainte Ecriture contient cette mise en garde : « Celui qui mange le pain ou boit à la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du Corps et du Sang du Seigneur » (1 Co 11, 27). « Celui qui est conscient d’un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d’accéder à la communion » (1385). Il résulte clairement de la logique interne du Sacrement que les chrétiens divorcés et remariés civilement, dont le mariage sacramentel existe devant Dieu, de même que les chrétiens qui ne sont pas pleinement unis à la foi catholique et à l'Église, comme tous ceux qui ne sont pas aptes à communier, ne reçoivent pas avec fruit la Sainte Eucharistie (1457) ; en effet, celle-ci ne leur procure pas le Salut. Affirmer cela fait partie des œuvres spirituelles de miséricorde.

L’aveu des péchés dans la sainte confession, au moins une fois par an, fait partie des commandements de l'Eglise (2042). Lorsque les croyants ne confessent plus leurs péchés et ne font plus l'expérience de l’absolution des péchés, alors la Rédemption tombe dans le vide, car Jésus-Christ s'est fait homme pour nous racheter de nos péchés. Le pouvoir de pardonner, que le Seigneur ressuscité a conféré aux apôtres et à leurs successeurs dans le ministère des évêques et des prêtres, s'applique autant aux péchés graves que véniels que nous commettons après le baptême. La pratique actuelle de la confession montre clairement que la conscience des fidèles n'est pas suffisamment formée. La miséricorde de Dieu nous est offerte afin qu’en obéissant à ses commandements, nous ne fassions qu'un avec sa sainte Volonté, et non pas pour nous dispenser de l'appel à nous repentir (1458).
« Le prêtre continue l'œuvre de la Rédemption sur la terre » (1589). L'ordination sacerdotale « lui confère un pouvoir sacré » (1592), qui est irremplaçable, parce que par elle Jésus-Christ devient sacramentellement présent dans son action salvifique. C'est pourquoi les prêtres choisissent volontairement le célibat comme « signe d’une vie nouvelle » (1579). En effet, il s'agit du don de soi-même au service du Christ et de son Royaume à venir. Pour conférer les trois degrés de ce sacrement, l'Eglise se sait « liée par le choix du Seigneur lui-même. C'est pourquoi l’ordination des femmes n’est pas possible » (1577). Ceux qui estiment qu’il s’agit d’une discrimination à l'égard des femmes ne font que montrer leur méconnaissance de ce sacrement, qui n’a pas pour objet un pouvoir terrestre, mais la représentation du Christ, l'Epoux de l'Eglise.

4. La loi morale

La foi et la vie sont inséparables, car la foi privée des œuvres accomplies dans le Seigneur est morte (1815). La loi morale est l'œuvre de la Sagesse divine et elle mène l'homme à la Béatitude promise (1950). Ainsi, « la connaissance de la loi morale divine et naturelle montre à l’homme la voie à suivre pour pratiquer le bien et atteindre sa fin » (1955). Pour obtenir le Salut, tous les hommes de bonne volonté sont tenus de l’observer. En effet, ceux qui meurent dans le péché mortel sans s'être repentis sont séparés de Dieu pour toujours (1033). Il en résulte, dans la vie des chrétiens, des conséquences pratiques, en particulier celles-ci qui, de nos jours, sont souvent occultées (cf. 2270-2283; 2350-2381). La loi morale n'est pas un fardeau, mais un élément essentiel de cette vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32), grâce à laquelle le chrétien marche sur le chemin qui le conduit au Salut ; c’est pourquoi, elle ne doit en aucun cas être relativisée.

5. La vie éternelle

Face à des évêques qui préfèrent la politique à la proclamation de l'Évangile en tant que maîtres de la foi, beaucoup se demandent aujourd'hui à quoi sert l'Eglise. Pour ne pas brouiller notre regard par des éléments que l’on peut qualifier de négligeables, il convient de rappeler ce qui constitue le caractère propre de l’Eglise. Chaque personne a une âme immortelle, qui, dans la mort, est séparée de son corps ; elle espère que son âme s’unira de nouveau à son corps lors de la résurrection des morts (366). Au moment de la mort, la décision de l'homme pour ou contre Dieu, est définitive. Immédiatement après sa mort, toute personne doit se présenter devant Dieu pour y être jugée (1021). Alors, soit une purification est nécessaire, soit l'homme entre directement dans le Béatitude du Ciel où il peut contempler Dieu face à face. Il y a aussi la terrible possibilité qu'un être humain s’obstine dans son refus de Dieu jusqu'au bout et, en refusant définitivement son Amour, « se damne immédiatement pour toujours » (1022). « Dieu nous a créés sans nous, Il n’a pas voulu nous sauver sans nous » (1847). L'existence du châtiment de l'enfer et de son éternité est une réalité terrible qui, selon le témoignage de la Sainte Ecriture, concerne tous ceux qui « meurent en état de péché mortel » (1035). Le chrétien préfère passer par la porte étroite, car « elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent » (Mt 7,13).

Garder le silence sur ces vérités et d'autres vérités de la foi, et enseigner avec cette disposition d’esprit, est la pire des impostures au sujet de laquelle le « Catéchisme » nous met en garde avec vigueur. Elle fait partie de l'épreuve finale de l'Église et conduit à une forme d’imposture religieuse de mensonge, « au prix de l’apostasie de la vérité » (675) ; c’est la duperie de l'Antichrist. « Il séduira avec toute la séduction du mal, ceux qui se perdent du fait qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés » (2 Th 2, 10).

Appel


En tant qu'ouvriers envoyés dans la vigne du Seigneur, nous tous avons la responsabilité de rappeler ces vérités fondamentales en adhérant fermement à ce que nous-mêmes avons reçu. Nous voulons encourager les hommes de notre temps à suivre le chemin de Jésus-Christ avec détermination afin qu’ils puissent obtenir la vie éternelle en obéissant à ses commandements (2075).

Demandons au Seigneur de nous faire connaître la grandeur du don de la foi catholique, qui nous ouvre la porte de la vie éternelle. « Car celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges » (Mc 8,38). Par conséquent, nous nous engageons à renforcer la foi en confessant la vérité qui est Jésus-Christ Lui-même.

Nous, évêques et prêtres, nous sommes plus particulièrement interpellés par cet avertissement que saint Paul, l'Apôtre de Jésus-Christ, adresse à son collaborateur et successeur Timothée : « Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère » (2 Tm 4, 1-5).

Que Marie, la Mère de Dieu, implore pour nous la grâce de demeurer fidèles à la vérité de Jésus-Christ sans vaciller.

Unis dans la foi et la prière.


Gerhard Cardinal Müller



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Mgr Athanasius Schneider rappelle que la foi chrétienne est la seule religion voulue par Dieu (traduction intégrale)

Je vous propose bien volontiers ma traduction d'un texte que m'a communiqué Mgr Athanasius Schneider, paru sur Rorate-cæli et LifeSiteNews en anglais et sur Corrispondenza romana en italien. C'est une réaction au document d'Abou Dhabi signé au nom de la paix et de la lutte contre la violence par le pape François et l'imam al-Tayyeb de l'université Al-Azhar du Caire, dans lequel on peut lire que « les diversités de religion (…) sont une sage volonté divine ».

Sans citer directement ce texte, l'évêque auxiliaire d'Astana rappelle la doctrine multi-séculaire de l'Eglise à ce sujet, fondée sur les paroles mêmes de Dieu. 

On y remarquera de clairs rappels du Magistère et d'heureuses formules sur le « changement climatique » contre laquelle la lutte est la plus urgente : le « changement climatique spirituel ».

Mgr Schneider rappelle aussi que si Dieu avait voulu la diversité des religions, et que saint Remi se fût conformé à cette « volonté », il n'y aurait pas eu de France, « Fille aînée de l'Eglise ».

Plus fondamentalement, il conteste la notion faussée de l'homme « fils de Dieu », oublieuse de la nécessité de la foi et du baptême. – J.S.


Le don de l’adoption filiale

La foi chrétienne, seule religion valide et voulue par Dieu

La Vérité de l'adoption filiale en Jésus-Christ, vérité intrinsèquement surnaturelle, constitue la synthèse de toute la Révélation divine. Etre adopté par Dieu comme fils constitue toujours un don gratuit de la grâce, le don le plus sublime de Dieu à l'humanité. On ne l'obtient, cependant, qu'à travers la foi personnelle en Jésus-Christ et par la réception du baptême, ainsi que le Seigneur l'a lui-même enseigné : « En vérité, en vérité, je te le dis, aucun homme, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit. Ne t’étonnes pas de ce que je t’ai dit : “Il faut que vous naissiez de nouveau.” » (Jn 3, 5-7).

Au cours de  ces dernières décennies on a souvent entendu – y compris de la bouche de certains représentants de la hiérarchie de l'Eglise – des déclarations à propos de la théorie des « chrétiens anonymes ». Cette théorie affirme ce qui suit : la mission de l'Eglise dans le monde consisterait au bout du compte à faire naître la conscience que tous les hommes doivent avoir de leur salut en Jésus-Christ, et par voie de conséquence, de leur adoption filiale en Jésus-Christ. Car, selon cette même théorie, chaque être humain possède déjà la filiation divine dans les profondeurs de sa personnalité. Cependant, une telle théorie contredit directement la Révélation divine, telle que le Christ l'a enseignée, et que ses apôtres et l'Eglise l'ont toujours transmise au long de plus de 2.000 ans, sans changement et sans l'ombre d'un doute.

Dans son essai Le mystère des juifs et des gentils dans l’Eglise (Die Kirche aus Juden und Heiden) Erik Peterson, converti et exégète bien connu, a depuis bien longtemps – c'était en 1933 – mis en garde contre le danger d'une telle théorie, affirmant que l'on ne peut réduire le fait d'être chrétien (« Christsein ») à l'ordre naturel, où les fruits de la rédemption acquise par Jésus-Christ seraient généralement imputés à chaque être humain comme une sorte d'héritage du seul fait que celui-ci partagerait la nature humaine avec le Verbe incarné. Mais l'adoption filiale en Jésus-Christ n'est pas un résultat automatique qui serait garanti par l'appartenance à la race humaine.

Saint Athanase (cf. Oratio contra Arianos II, 59) nous a laissé une explication à la fois simple et pertinente à propos de la différence entre l'état naturel des hommes en tant que créatures de Dieu et la gloire de celui qui est fils de Dieu en Jésus-Christ. Saint Athanase tire son explication des paroles du saint Evangile selon saint Jean, qui affirment : « Mais, à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ; à ceux qui croient en son nom, qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. » Jean utilise l'expression « ils sont nés » pour dire que les hommes deviennent fils de Dieu non par nature, mais par adoption. Cela montre l'amour de Dieu, le fait que Celui qui est leur créateur devient aussi alors, par la grâce, leur Père. Cela se produit lorsque, comme le dit l'Apôtre, les hommes reçoivent dans leur cœur l'esprit du Fils incarné, qui crie en eux : « Abba, Père ! »

Saint Athanase poursuit son explication en disant qu'en tant qu'être créé, les hommes ne peuvent devenir fils de Dieu que par la foi et le baptême, lorsqu'ils reçoivent l'Esprit du véritable Fils de Dieu, le Fils de Dieu par nature (verus et naturalis Filius Dei). C'est précisément pour cette raison que le Verbe est devenu chair, afin de rendre les hommes capables d'adoption en tant que fils de Dieu et de participation à la nature divine. Par conséquent, par nature, Dieu n'est pas au sens propre le Père de tous les êtres humains. C'est seulement si une personne accepte consciemment le Christ et est baptisée qu'elle pourra crier en vérité : « Abba, Père » (Rom 8, 15 ; Gal 4, 6).

Depuis les débuts de l'Eglise cette affirmation a existée, comme en témoignait Tertullien : « On ne naît pas chrétien, mais on devient chrétien » (Apol., 18, 5). Et saint Cyprien de Carthage a formulé cette vérité avec justesse, en affirmant : « Il ne peut pas avoir Dieu pour père, celui qui n'a pas l'Eglise pour mère » (De unit., 6).

La tâche la plus urgente de l'Eglise en notre temps est de se soucier du changement climatique spirituel et de la migration spirituelle, à savoir de ce que le climat de non croyance en Jésus-Christ, le climat du rejet de la royauté du Christ, puissent être changés en climat de foi explicite en Jésus-Christ, en climat d’acceptation de sa royauté, et que les hommes puissent migrer depuis la misère de l'esclavage spirituel de l'incroyance vers le bonheur d'être fils de Dieu, et depuis une vie de péché vers l'état de grâce sanctifiante. Voilà les migrants dont il est urgent que nous prenions soin.

Le christianisme est la seule religion voulue par Dieu. Donc, il ne peut jamais être mis côte à côte avec les autres religions comme s'il en était complémentaire. Ceux-là violeraient la vérité de la révélation divine, telle qu'elle est affirmée sans équivoque dans le Premier commandement du Décalogue, qui affirmeraient que la diversité des religions est voulue par Dieu. Selon la volonté du Christ, la foi en lui et en son enseignement divin doit remplacer les autres religions, cependant non pas par la force, mais par la persuasion aimante, tel que cela est exprimé dans l’hymne des Laudes de la fête du Christ Roi : “Non Ille regna cladibus, non vi metuque subdidit : alto levatus stipite, amore traxit omnia” (« Il assujettit les peuples ni par l'épée, ni par la force ni la peur, mais élevé sur la croix Il attire amoureusement toutes choses à Lui »).

Il n'y a qu'un chemin vers Dieu, et c'est Jésus-Christ, car Lui-même a dit : « Je suis le chemin » (Jn 14, 6). Il n'y a qu'une vérité, et c'est Jésus-Christ, car Lui-même a dit : « Je suis la vérité » (Jn 14, 6). Il n'y a qu'une vraie vie surnaturelle de l’âme, et c'est Jésus-Christ, car Lui-même a dit : « Je suis la vie » (Jn, 14, 6).

Le Fils incarné de Dieu a enseigné qu'en dehors de la foi en Lui il ne peut y avoir de religion vraie et agréable à Dieu : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn, 10, 9). Dieu a commandé à tous les hommes, sans exception, d’écouter son Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-Le ! » (Marc, 9, 7). Dieu n'a pas dit : « Vous pouvez écouter mon fils ou vous pouvez écouter d'autres fondateurs de religion, car c'est ma volonté qu’il y ait diverses religions. » Dieu nous a interdit de reconnaître la légitimité de la religion d'autres dieux : « Tu n’auras point d’autres dieux (étrangers) devant moi » (Ex. 20, 3) et : « Ne portez pas un même joug avec les infidèles ; car quelle union y a-t-il entre la justice et l'iniquité ? ou quelle association entre la lumière et les ténèbres ? ou quel accord entre le Christ et Bélial ? ou quelle part entre le fidèle et l'infidèle ? quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles ? » 52 Cor. 6, 14-16).

Si d'autres religions correspondaient de la même manière à la volonté de Dieu, il n'y aurait jamais eu la condamnation divine de la religion du Veau d'or au temps de Moïse (cf. Ex. 32, 4-20) ; et s’il en était ainsi, les chrétiens d'aujourd'hui pourraient impunément cultiver la religion d'un nouveau Veau d'or, puisque toutes les religions sont, selon cette théorie, des chemins qui plaisent aussi à Dieu. Dieu a donné aux Apôtres, et à travers eux à l'Eglise, pour tous les temps, l'ordre solennel d'instruire toutes les nations et les croyants de toutes les religions dans l'unique Foi véritable, en leur apprenant à observer tous ses commandements divins et en les baptisant (cf. Mt. 28, 19-20). Depuis les prédications des Apôtres et du premier pape, l'apôtre saint Pierre, l'Eglise a toujours proclamé qu'il n'y a de salut en aucun autre nom, c'est-à-dire, en aucune foi sous le ciel, par lequel les hommes doivent être sauvés, mais au Nom et dans la Foi en Jésus-Christ (cf. Actes 4, 12).

Avec les mots de saint Augustin l'Eglise a enseigné de tout temps [à propos de la religion chrétienne] : « Voilà cette religion qui nous ouvre la voie universelle de la délivrance de l’âme, voie unique, voie vraiment royale, par où on arrive à un royaume qui n’est pas chancelant comme ceux d’ici-bas, mais qui est appuyé sur le fondement inébranlable de l’éternité » (La Cité de Dieu, 10, 32, 1).

Ces paroles du grand pape Léon XIII témoignent du même enseignement immuable du Magistère de tous les temps, lorsqu'il affirmait : « Mettre sur le pied de l'égalité toutes les formes religieuses (…) à lui seul, ce principe suffit à ruiner toutes les religions, et particulièrement la religion catholique, car, étant la seule véritable, elle ne peut, sans subir la dernière des injures et des injustices, tolérer que les autres religions lui soit égalées » (Encyclique Humanum genus n°16).

A une époque récente, le Magistère a présenté en substance le même enseignement immuable dans le document Dominus Iesus (6 août, 2000), dont nous citons ces affirmations pertinentes :

« Cette distinction n'est pas toujours présente dans la réflexion actuelle, ce qui provoque souvent l'identification entre la foi théologale, qui est l'accueil de la vérité révélée par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une expérience religieuse encore à la recherche de la vérité absolue, et encore privée de l'assentiment à Dieu qui se révèle. C'est là l'un des motifs qui tendent à réduire, voire même à annuler, les différences entre le christianisme et les autres religions » (n° 7). 
«  Les solutions qui envisageraient une action salvifique de Dieu hors de l'unique médiation du Christ seraient contraires à la foi chrétienne et catholique » (n° 14). 
« On se propose souvent d'éviter en théologie des termes comme “unicité”, “universalité”, “absolu”, parce qu'ils donneraient l'impression d'une insistance excessive sur le sens et la valeur de l'événement salvifique de Jésus-Christ vis-à-vis des autres religions. Or, ce langage exprime en fin de compte la fidélité à la Révélation » (n° 15). 
« Il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Eglise comme un chemin de salut parmi d'autres. Les autres religions seraient complémentaires à l'Eglise, lui seraient même substantiellement équivalentes, bien que convergeant avec elle vers le Royaume eschatologique de Dieu » (n° 21). 
« Cette vérité de foi (…) exclut radicalement la mentalité indifférentiste “imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que ‘toutes les religions se valent’ (Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio 36)” » (n° 22).
On aurait épargné le martyre aux Apôtres et aux innombrables martyrs chrétiens de tous les temps, spécialement ceux des trois premiers siècles, s'ils avaient dit : « La religion païenne et son culte est un chemin qui correspond aussi à la volonté de Dieu. » Il n'y aurait pas eu par exemple de France chrétienne, pas de « Fille aînée de l'Eglise », si saint Remi avait dit à Clovis, roi des Francs : « Ne méprisez pas la religion païenne que vous avez adorée jusqu'à présent, et adorez désormais le Christ que vous avez persécuté jusqu'à maintenant. » Le saint évêque a en réalité parlé très différemment, même si c'est d'une manière assez rude : « Adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. »

La vraie fraternité universelle ne peut se réaliser qu’en Jésus-Christ, et précisément entre personnes baptisées. La pleine gloire de fils de Dieu ne sera atteinte que dans la vision béatifique de Dieu au ciel, comme l'enseigne la Sainte Ecriture : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et que nous le soyons en effet. Si le monde ne nous connaît pas, c’est parce qu’il ne l’a pas connu. Bien-aimés, nous sommes dès maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que, lorsque ce sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jn 3, 1-2).

Aucune autorité sur terre – pas même l'autorité suprême de l'Eglise – n’a le droit de dispenser les gens d'autres religions de la foi explicite en Jésus-Christ en tant que Fils incarné de Dieu et seul sauveur de l'humanité, et ce avec l'assurance que les différentes religions sont voulues en tant que telles par Dieu lui-même. Elles restent indélébiles – car écrites du doigt de Dieu et d’une clarté cristalline – les paroles du Fils de Dieu : « Celui qui croit en Lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu » (Jn, 3, 18). Cette vérité a valu jusqu'à maintenant pour toutes les générations chrétiennes, et elle restera valide jusqu'à la fin des temps, indépendamment du fait que certaines personnes dans l'Eglise en notre temps si capricieux, si lâche, si avide de sensationnel et conformiste, réinterprète cette vérité dans un sens contraire à sa formulation évidente, présentant ainsi cette réinterprétation comme si elle constituait une continuité du développement de la doctrine.

En dehors de la foi chrétienne, aucune autre religion ne peut être un chemin vrai, voulu par Dieu, puisque la volonté explicite de Dieu est celle-ci : que tous croient en son Fils : « La volonté de mon Père qui m’a envoyé, c’est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle » (Jn 6, 40). En dehors de la foi chrétienne, aucune autre religion n'est capable de transmettre la vraie vie surnaturelle : « Or la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Jn, 17, 3).

8 février 2019
+ Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Sainte-Marie à Astana

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© Jeanne Smits pour la traduction.

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31 janvier, 2019

“Ecclesia Dei” : l'étrange commentaire de Mgr de Moulins-Beaufort sur sa suppression

Mgr Eric de Moulins-Beaufort
La suppression de la commission Ecclesia Dei par le récent Motu proprio du pape François nous vaut un étrange commentaire de Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France et archevêque de Reims. C'est le signe, dit-il, que « le Saint-Père (…) ne se résout pas au schisme », dans la mesure où l'intégration du champ d'action  d'Ecclesia Dei dans les compétences de la Congrégation pour la Doctrine de la foi montre que les communautés qui en dépendaient « relèvent du droit ordinaire de l'Eglise » et que la « nécessité de discussions doctrinales approfondies avec la Fraternité Saint-Pie-X » existe toujours.

Dans son texte publié sur le site de la Conférence des évêques de France, il conclut :

« Les points en jeu ne sont pas des détails. Il ne suffit pas d’insister sur la réalité sacrificielle de l’Eucharistie, encore faut-il préciser ce qu’est ce sacrifice qui, en régime chrétien, ne saurait être une prolongation des sacrifices païens ni même des sacrifices du Temple ; il ne suffit pas de se réclamer de la Tradition, encore faut-il rendre clair ce qu’est la Tradition du Christ à ses Apôtres qui ne saurait n’être que le poids du passé s’imposant à toutes les générations ; il ne suffit pas d’affirmer que la religion catholique est la seule vraie, encore faut-il expliquer en quoi cette vérité exclusive honore la puissance salvifique du Christ qui a acquis le pouvoir de répandre son Esprit-Saint en tous les hommes pour attirer tous les hommes. »

Voilà des mots bien lapidaires, et finalement bien courts, qui semblent considérer la Fraternité Saint-Pie X dans l'ensemble attachée au fixisme.

Ils révèlent une gêne certaine à l'égard de la notion de la messe et tant que sacrifice, non sanglant certes, mais réel, du Fils unique de Dieu à son Père, sacrifice propitiatoire qui détourne des hommes la condamnation pour leurs péchés : la « colère de Dieu », en somme, autre notion volontiers considérée aujourd'hui comme inconvenante.

Le sacrifice païen n'est-il pas un sacrifice « en négatif », vrai sacrifice qui se trompe de cible, offert aux fausses divinités (aux démons) ? Mais le sacrifice d'Abraham plaît à Dieu qui de fait, va substituer à Isaac l'Agneau véritable, son propre « Premier-né ». Et si les sacrifices du Temple ne pouvaient être le Sacrifice parfait, parfaitement expiatoire, ils étaient voulus par Dieu et Lui étaient agréables. En ce sens, il est difficile de dire que le sacrifice toujours renouvelé de Notre Seigneur n'en est pas, d'une certaine manière, le prolongement : il les dépasse, mais accomplit pleinement le sacrifice voulu par le Père.


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12 janvier, 2019

Des étudiants d’Oxford veulent la peau d’un professeur : John Finnis, catholique, a critiqué l’homosexualité

A 77 ans, John Finnis, professeur émérite de droit et de philosophie du droit dans l’une des plus prestigieuses universités au monde n’a plus rien à prouver sur le plan de l’érudition et du savoir. Mais des étudiants d’Oxford réclament son licenciement – il enseigne toujours – en raison de propos « discriminatoires » qu’il aurait tenus à l’égard de l’homosexualité. Cet enseignant catholique, assurent ces étudiants de la génération « flocon de neige », constitue par sa présence sur le campus une menace pour les gays. John Finnis est « particulièrement connu », paraît-il, pour son « homophobie » et sa « transphobie ». Il « a même conseillé au gouvernement des Etats-Unis de ne pas offrir de protection légale aux personnes LGBTQ+ qui souffrent de discrimination ».

Près de 500 étudiants ont à ce jour signé la pétition demandant le départ de John Finnis, accusé pour le simple fait d’avoir affirmé – en 1994 et 2011 notamment – la loi naturelle dans des écrits universitaires. Loi naturelle conforme à la doctrine catholique, forcément. Etant donné, donc, qu’il affirme simplement la loi naturelle et la morale catholique, cela veut bien dire que ce sont elles qui sont en réalité dans le viseur des nouveaux censeurs.

La bonne nouvelle, c’est que les autorités académiques ont décidé de soutenir le professeur – et ce n’était pas gagné par les temps qui courent – au nom de la liberté propre à la recherche universitaire. « Le débat académique vigoureux ne constitue pas du harcèlement dès lors qu’il est mené de manière respectueuse et sans violation de la dignité d’autrui », selon les autorités d’Oxford.

La pétition sur change.org donne quelques exemples des déclarations « haineuses » de John Finnis : on lui reproche d’avoir comparé les relations homosexuelles à la bestialité, de qualifier le fait d’être gay de « mauvais » et « destructeur », entre autres affirmations certes vigoureuses. Mais il est également dans le collimateur pour avoir dénoncé les malheurs à venir liés à la « diversité culturelle » et qualifié l’immigration moderne à une sorte de « colonisation à l’envers ».

Choses d’autant plus graves, selon les pétitionnaires, que Finnis assure des séminaires obligatoires pour les étudiants en droit de troisième cycle – il serait grand temps que l’université d’Oxford révise et étende ses mesures de protection des minorités et de politique d’égalité.

La citation complète concernant la bestialité est celle-ci, issue de Loi, moralité et orientation sexuelle, un essai publié en 1994 : « La copulation d’êtres humains avec des animaux est rejetée parce qu’elle traite l’activité de la sexualité humaine et de sa satisfaction comme recherchée d’une manière appropriée alors qu’à l’instar de l’accouplement des animaux, elle est séparée de l’expression d’un bien commun intelligible – et traite de la sorte la vie humaine corporelle, dans l’une de ses activités les plus intenses, comme simplement animale. L’accouplement génital délibéré de personnes du même sexe est rejetée pour une raison très similaire. »

Le Pr Finnis a réagi à la pétition dans les colonnes de The Oxford Student en déclarant :
« La pétition travestit ma position ainsi que mon témoignage dans le cadre du litige constitutionnel américain. Quiconque consulte le site internet de la faculté de droit ou suite les liens fournis par la pétition peut constater les nombreuses erreurs de celle-ci. J’assume tous ces écrits. Ils ne contiennent pas l’ombre d’une phrase “phobique”. L’essai de 1994 met en avant une critique classique et strictement philosophique de tout acte sexuel non marital et il a été republié à de nombreuses reprises. »
Mais pourquoi essayer de réfléchir lorsque la pensée unique est de votre côté ?

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