15 avril, 2021

Le cardinal Marc Ouellet prépare un symposium sur le sacerdoce revisité à la sauce synodale

Synodalité, nouvelle approche des vocations au sein du « peuple de Dieu », réflexion sur le rôle des femmes dans l’Eglise et sur le célibat sacerdotal : lors d’un symposium sur le sacerdoce et les vocations à venir en février prochain au Vatican, aucun débat ne sera exclu. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, car ce que l’on sait de cet événement organisé par le cardinal Marc Ouellet, l’actuel préfet de la Congrégation pour les évêques, c’est qu’il entend revisiter la théologie du sacerdoce à l’aune de Vatican II, non sans s’appesantir sur le fameux « sacerdoce des baptisés » et la complémentarité des vocations dont le mariage ferait partie. Le tout en présence de plusieurs cardinaux et culminant dans un « envoi en mission » assuré par le pape François lui-même.

Le cardinal Marc Ouellet, qui semble devoir être remplacé à la tête de la Congrégation pour les évêques d’ici au mois de juin, n’en est pas moins très proche du pape, et il restera, on le comprend, à un poste clef du dispositif actuellement déployé à Rome en vue d’un renouveau généralisé, et qui pourrait bien culminer à l’automne 2022 avec le synode des évêques sur la synodalité. Ces réformes que tout annonce (en particulier le synode pour les jeunes qui avait pour leitmotiv incongru cette même « synodalité », et le synode pan-amazonien) font l’objet de travaux convergents.

Le Symposium pour une théologie fondamentale du sacerdoce a été présenté lundi à la Salle de Presse du Vatican par le cardinal Ouellet et il vise notamment à examiner la relation entre le sacerdoce ordonné et le sacerdoce des fidèles, comme l’indique Michael Haynes dans un article de LifeSiteNews dont je vais m’inspirer assez largement en traduisant librement plusieurs passages de ses propos.

C’est Ouellet lui-même qui a déclaré que la conférence qui se déroulera à Rome du 17 au 19 février prochains répondra au désir de « synodalité » du pape François, en s’appuyant sur les thèmes proposés par le concile Vatican II ; c’est encore lui qui a révélé que des sujets tels que les femmes diacres et le célibat clérical seraient également abordés, manière de dire que la discussion à leur propos n’est pas close, alors que certains les imaginaient définitivement réglés.

Le symposium s’adresse tout particulièrement aux évêques, aux clercs, aux religieux et aux religieuses, et se démarque par la place donnée aux cardinaux « poulains » de François. L’ouverture des trois jours de réunion a ainsi d’ores et déjà été confiée au cardinal philippin Luis Antonio Tagle qui assurera la première conférence sur « Foi et sacerdoce aujourd’hui ». Très apprécié dans les cercles « LGBT » parce qu’il a déclaré à des jeunes en 2015 que l’Eglise devait tirer des leçons des attitudes et des actes dommageables dont elle faisait jadis preuve à l’égard de groupes « marginalisés », tels les « gays », les « divorcés », les « mères célibataires »…

Tagle, qui est à la tête de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, est proche de la très progressiste « Ecole de Bologne » partisane d’une « rupture » dans la tradition de l’Eglise, avec Vatican II pour point de départ. Selon le vaticaniste Giuseppe Nardi, Tagle entre dans la logique du refus du « prosélytisme » cher au pape François, qui passe par une dévalorisation de la volonté de « convertir » les non catholiques, et dans la logique du document d’Abu Dhabi sur la fraternité humaine, qui présente la diversité des religions comme une « sage volonté divine ».

D’autres cardinaux présideront les demi-journées suivantes : le préfets de la Congrégation du clergé (à nommer), le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements (le remplaçant, lui aussi à nommer, du cardinal Sarah), le préfet de la Congrégation pour l’Education catholique (pas davantage identifié), la « Congrégation pour la cause des saints, et enfin le préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie (actuellement présidé par le très progressiste cardinal Kevin Joseph Farrell, proche de l’ex-cardinal McCarrick qui s’est distingué récemment en soulignant que l’Eglise ne peut bénir des unions homosexuelles comme des mariage sacramentels mais qu’elle « accompagne » tout le monde, ce qui a été perçu comme une manière de contourner l’interdit).

Lors de la conférence de presse de lundi, le cardinal Ouellet était flanqué de Michelina Tenace, professeur de théologie, l’une des multiples femmes qui prendront la parole lors du symposium, tandis que le P. Vincent Siret recteur du Séminaire pontifical français de Rome intervenait par vidéo.

Tous trois ont déclaré que le symposium à venir n’avait pas pour but "d’offrir des solutions pratiques à tous les problèmes pastoraux et missionnaires de l’Église", mais plutôt de comprendre et de réexaminer la vocation du sacerdoce, Tenace affirmant qu’il offrirait une nouvelle réflexion et une nouvelle compréhension du sacerdoce.

Les trois jours du symposium seront consacrés à différents thèmes : « Tradition et nouveaux horizons » le premier jour, « Trinité, mission et sacramentalité » le deuxième jour, et « Célibat, charisme et spiritualité » le troisième jour.

À la lumière du manque de vocations sacerdotales, le cardinal Ouellet a indiqué que le symposium porterait principalement sur la relation entre les laïcs et le clergé ordonné.

Décrivant le lien entre le sacerdoce du Christ et la participation de l’Église à ce sacerdoce comme une « question cruciale pour notre temps », Ouellet a fait remarquer qu’il ne pouvait être compris qu’en examinant le « rapport fondamental entre le sacerdoce des baptisés, que le Concile Vatican II a mis en valeur, et le sacerdoce des ministres, des évêques et des prêtres, que l’Église catholique a toujours affirmé et spécifié ».

Ce « rapport » nécessiterait des « réajustements pastoraux », impliquant « des questions œcuméniques à ne pas négliger, ainsi que les mouvements culturels qui remettent en question la place des femmes dans l’Église », a expliqué le septuagénaire.

Il a fait référence à la pénurie généralisée de vocations, aux « tensions » locales découlant de « visions pastorales divergentes », ainsi qu’au « multiculturalisme et aux migrations » et aux « idéologies qui conditionnent le témoignage des baptisés et l’exercice du ministère sacerdotal dans les sociétés sécularisées ».

« Dans ce contexte, comment vivre une conversion missionnaire de tous les baptisés sans une nouvelle conscience du don de l’Esprit Saint à l’Église et au monde par le Christ ressuscité ? », a-t-il demandé.

Mais pas un mot de l’extraordinaire chute des entrées au séminaire depuis l’accession du pape François, ni de sa « négativité » à l’égard des séminaristes et des prêtres décrite récemment par le P. Peter Stravinskas dans Catholic World Report. Celui-ci citait notamment une étude sur les attitudes épiscopales menée actuellement par Francis X. Maier de l’université Notre Dame aux Etats-Unis : « Aucun des évêques que j’ai interrogés n’a pu faire état d’un seul séminariste diocésain inspiré par le pape actuel pour entrer dans la vie sacerdotale. Aucun n’a pris plaisir à reconnaître ce fait », note ce chercheur.

Le père Siret, qui a déclaré qu’« il ne suffit pas de répéter » l’enseignement antérieur sur le sacerdoce et la communion de toute l’Église, mais a appelé à répéter « sans cesse » cette réflexion, et toujours de manière renouvelée.

Le symposium est proposé comme une réponse au « cléricalisme », un thème cher au pape François, et qui fait doucement sourire quand on considère la manière dont Rome s’en prend depuis l’accession au pontificat de Bergoglio à des congrégations traditionnelles comme les Franciscains de l’Immaculée ou à des évêques, des prêtres, des religieux ou des religieuses attachés à l’enseignement traditionnel de l’Eglise ou à la spiritualité traditionnelle de leur communauté. Le cardinal Ouellet lui-même n’est pas étranger à ces procédés on ne peut plus « cléricaux »…

Mais on comprend mieux en constatant que le pape François, si proche de Ouellet et réciproquement, a directement lié le « cléricalisme » à la « rigidité », terme par lequel il s’en prend au clergé traditionnel, en particulier ceux qui sont attachés aux rites liturgiques traditionnels de l’Église latine et portent les vêtements sacerdotaux traditionnels, comme la soutane.

Faisant écho au cardinal Ouellet, l’abbé Siret a déclaré que le symposium se situe « dans la voie de la synodalité ». « Cette voie est en effet le seul moyen d’échapper au cléricalisme ecclésial », a-t-il ajouté :il s’agit donc de dénoncer la conception et l’expression traditionnelle du sacerdoce.

Décrivant les thèmes particuliers qui seront abordés lors du symposium, Mme Tenace a pour sa part révélé qu’il s’agira d’examiner la relation entre le « sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun » des fidèles, une idée qui a déjà donné lieu à de nombreux abus liturgiques depuis Vatican II, et « d’approfondir la théologie du sacerdoce », réaffirmant ainsi les « traits essentiels de la tradition catholique de l’identité du prêtre, et peut-être de la libérer d’une certaine cléricalisation ». Celle que le modernisme dénonce en le faisant remonter au Concile de Trente…

Elle a ajouté que le cléricalisme était un danger à la fois pour les prêtres et pour l’Église dans son ensemble, car il associe le sacerdoce au « pouvoir » au lieu du service, et considère le sacerdoce comme un « privilège » au lieu d’une « responsabilité ».

Elle a ajouté que « la question du célibat sacerdotal doit être abordée » : « La question soulevée est que la fonction sacerdotale n’exige pas le célibat », a-t-elle déclaré, notant toutefois qu’il est requis dans la « tradition latine ».

Le programme du symposium révèle également qu’une table ronde est effectivement prévue pour aborder “les femmes et le ministère”, tandis qu’une autre session est consacrée à l’examen du sacerdoce et du célibat dans l’Église d’aujourd’hui.

En outre, Mme Tenace a fait allusion à d’éventuels changements dans « la théologie sacramentelle et la liturgie », affirmant qu’il s’agissait de domaines qui devaient être « reproposés » lors de la conférence. Elle a appelé à un mouvement de l’Église avec les temps actuels, affirmant que « chaque époque élabore une ecclésiologie actualisée ».

Michael Haynes note :

Tenace a mentionné l’image du prêtre comme le ministre ordonné qui dirige la paroisse et administre les sacrements, comme relevant d’« une vision très limitative », suggérant qu’« il y a urgence » pour le symposium à corriger cette vision, « parce que la communauté entière doit être considérée ».

L’insistance de Tenace sur une nouvelle compréhension du sacerdoce en référence à la communauté, semble s’aligner étroitement sur une erreur condamnée par le pape Pie XII dans son encyclique Mediator Dei (1947), qui mettait en garde contre la faussete de la position suivante : « Ils affirment que le peuple possède un véritable pouvoir sacerdotal, tandis que le prêtre n’agit qu’en vertu d’une fonction qui lui est confiée par la communauté. »

Dans son ouvrage Mass and the Sacraments, le théologien du XXe siècle, le père John Laux, a mis en garde contre les dangers inhérents à la promotion répandue et non clarifiée du sacerdoce des fidèles, puisque c’est sur cette base que Martin Luther s’est rebellé contre les autorités ecclésiales.

Laux a également noté que s’il existe un sacerdoce universel des fidèles, ce n’est pas la seule forme de sacerdoce puisqu’il existe la plus grande forme de sacrifice et de sacerdoce instituée par le Christ, la messe et les descendants ordonnés des apôtres :

« Tous les fidèles sont bien “une race élue, un sacerdoce royal”, mais ils ne sont pas les représentants du Christ à l’autel, ils ne changent pas, à la messe, le pain et le vin en Corps et Sang du Christ, ils ne sont pas les “dispensateurs des mystères de Dieu”, ce n’est pas à eux que le Christ a dit : “Faites ceci en mémoire de moi”. »

La question de la « complémentarité des vocations » qui sera centrale au symposium mérite également une mention. Traditionnellement, la « vocation » désigne dans le langage de l’Eglise l’appel singulier de Dieu à ceux qu’Il veut exclusivement à son service dans la vie sacerdotale ou religieuse, une plus haute voie de sainteté (ce qui ne veut pas dire que les consacrés sont forcément de plus grands saints !) que celle de l’état de vie commun, le mariage. On semble s’orienter, d’après l’allure générale de ce symposium, vers un certain nivellement.


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11 avril, 2021

Le SARS-CoV-2 peut modifier l’ADN, selon des chercheurs de Harvard et du MIT. Mais alors, le vaccin ARNm aussi ?

Je vous propose ici ma traduction de travail intégrale d’un article repris par LifeSiteNews sur les capacités des vaccins à ARN messager de modifier l’ADN de ceux qui les reçoivent. Il s’agit pour le moins d’une hypothèse qui n’est pas à exclure, à en croire un article en « préprint » dans une revue scientifique, portant sur la retranscription d’ARN dans l’ADN par le coronavirus sauvage, signé par des chercheurs de Harvard et du MIT. Leur curiosité avait été éveillée par le fait que des personnes qui n’étaient plus infectées par le SARS-CoV-2 avaient pourtant des tests positifs.

Mais quid alors de  l’ARNm des vaccins Pfizer et Moderna ? Il est plus résistant que celui du coronavirus sauvage… – J.S.

*

Au cours de ces douze derniers mois, il aura été pour ainsi dire impossible pour les Américains de ne pas remarquer la décision des médias de faire des vaccins le thème central du COVID : ils l’ont fait avant même que ne survienne le moindre décès imputé au coronavirus.

Une couverture médiatique tendancieuse a donné un coup de pouce de « com » particulièrement avantageux aux vaccins à ARN messager (ARNm) – dont la mise au point remonte à plusieurs décennies mais qui n’ont jamais été approuvés pour un usage humain – contribuant ainsi à rapprocher cette technologie expérimentale de la ligne d’arrivée réglementaire.

Dans les conditions normales, le corps fabrique (« transcrit ») l’ARNm à partir de l’ADN dans le noyau d’une cellule. L’ARNm quitte ensuite le noyau pour se rendre dans le cytoplasme, où il fournit des instructions sur les protéines à fabriquer.

Pour leur part, les vaccins à ARNm envoient leur charge utile d’ARNm synthétisée chimiquement (accompagnée d’instructions pour la fabrication de protéines de pointe) directement dans le cytoplasme.

Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et la plupart des scientifiques spécialisés dans les vaccins à ARNm, les choses s’arrêtent là : les vaccins à ARNm « n’affectent pas notre ADN et n’interagissent pas avec lui de quelque manière que ce soit », affirment les CDC. Les CDC assurent d’abord que l’ARNm ne peut pas pénétrer dans le noyau de la cellule (où se trouve l’ADN), et ensuite que la cellule – un peu comme dans Mission Impossible – « se débarrasse de l’ARNm peu après avoir fini d’utiliser les instructions ».

Un préprint de décembre sur le SARS-CoV-2, réalisé par des scientifiques de Harvard et du Massachusetts Institute of Technology (MIT), présente des résultats relatifs au coronavirus sauvage qui soulèvent des questions sur le mode de fonctionnement de l’ARN viral.

Les scientifiques ont effectué cette analyse parce qu’ils étaient « intrigués par le fait qu’un nombre non négligeable de personnes sont testées positives pour le COVID-19 par PCR longtemps après la disparition de l’infection ».

Leurs principales conclusions sont les suivantes : les ARN du SARS-CoV-2 « peuvent faire l’objet d’une transcription inverse dans les cellules humaine », « ces séquences d’ADN peuvent être intégrées dans le génome cellulaire et être ensuite transcrites » (un phénomène appelé « rétro-intégration ») – et il existe des voies cellulaires capables d’expliquer comment cela se produit.

Selon le docteur Doug Corrigan, biochimiste et biologiste moléculaire, ces découvertes importantes (qui vont à l’encontre du « dogme biologique actuel ») appartiennent à la catégorie des « choses dont nous étions absolument et sans équivoque certains qu’elles ne pouvaient pas se produire, mais qui se sont effectivement produites ».

Les conclusions des chercheurs de Harvard et du MIT ont également fait vaciller les présupposés des CDC au sujet des vaccins à ADNm, selon Corrigan. En fait, un mois avant la publication du préprint de Harvard-MIT, Corrigan avait déjà écrit un blog décrivant les mécanismes et les voies possibles par lesquels les vaccins à ARNm pourraient produire ce même phénomène.

Dans un deuxième article, écrit après la publication du document préliminaire, Corrigan souligne que les conclusions du Harvard-MIT sur l’ARN du coronavirus ont des implications majeures pour les vaccins à ARNm – un fait qu’il décrit comme « le gros éléphant dans la pièce ». Sans prétendre que l’ARN des vaccins se comportera nécessairement de la même manière que l’ARN du coronavirus, c’est-à-dire en altérant de manière permanente l’ADN génomique, Corrigan estime que cette possibilité existe et qu’elle mérite d’être examinée de près.

Selon Corrigan, ce qu’apporte le préprint, c’est qu’il « valide le fait que cela est au moins plausible, et même plutôt probable ».

Comme l’indique l’expression « transcription inverse », le passage de l’ADN à l’ARNm n’est pas toujours à sens unique. Des enzymes appelées transcriptases inverses peuvent également convertir l’ARN en ADN, permettant à ce dernier d’être intégré à l’ADN dans le noyau cellulaire.

La transcription inverse n’est pas non plus rare. Les généticiens signalent que « plus de 40 % des génomes de mammifères sont constitués des produits de la transcription inverse ».

Les données préliminaires citées par les chercheurs du Harvard-MIT indiquent que les enzymes endogènes de la transcriptase inverse peuvent faciliter la transcription inverse des ARN des coronavirus et déclencher leur intégration dans le génome humain.

Les auteurs avancent que si les conséquences cliniques doivent être étudiées de manière plus approfondie, les effets néfastes constituent une réelle possibilité et – selon les « sites d’insertion dans le génome humain » des fragments viraux intégrés et l’état de santé sous-jacent d’un individu – pourraient comporter « une réponse immunitaire plus sévère... telle qu’une “tempête de cytokines” ou des réactions auto-immunes ».

En 2012, une étude a ainsi suggéré que l’intégration du génome viral pouvait « entraîner des conséquences drastiques pour la cellule hôte, notamment la perturbation des gènes, la mutagenèse insertionnelle et la mort cellulaire ».

Corrigan tient à dire que les voies supposées faciliter la rétro-intégration de l’ARN viral – ou vaccinal – dans l’ADN « ne sont pas inconnues des personnes qui comprennent la biologie moléculaire à un niveau plus profond ».

Malgré cela, la présentation de la transcription inverse et de l’intégration du génome dans le préprint a suscité un maelström de commentaires négatifs de la part de lecteurs peu enclins à remettre en question le dogme biologique, certains d’entre eux ayant même plaidé en faveur d’une rétractation (bien que les préprints soient, par définition, non publiés) au motif que « les théoriciens du compôt… considéreront cet article comme une “preuve” que les vaccins ARNm peuvent en fait modifier le code génétique ».

Des lecteurs plus avisés ont convenu avec Corrigan que l’article soulève d’importantes questions. Par exemple, un lecteur a déclaré qu’il manquait des données de confirmation « qui permettraient de montrer que la protéine spike n’est exprimée que pendant une courte période (disons 1 à 3 jours) après la vaccination », ajoutant : « Nous pensons que c’est le cas, mais rien ne le prouve. »

En fait, la durée pendant laquelle l’ARNm synthétique des vaccins – et donc les instructions pour que les cellules continuent à fabriquer la protéine spike – persiste à l’intérieur des cellules est une question qui reste à trancher.

D’ordinaire, l’ARN est une molécule « notoirement fragile » et instable. Selon les scientifiques, « cette fragilité est vraie de l’ARNm de tout être vivant, qu’il appartienne à une plante, une bactérie, un virus ou un être humain ».

Mais pour l’ARNm synthétique contenu dans les vaccins COVID, c’est une autre histoire. En fait, l’étape qui a finalement permis aux scientifiques et aux fabricants de vaccins de sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvaient depuis des décennies en matière de vaccins à ARNm, c’est le moment où ils ont compris comment modifier chimiquement l’ARNm pour augmenter sa stabilité et sa longévité – en d’autres termes, produire un ARN « qui traîne dans la cellule beaucoup plus longtemps que l’ARN viral, ou même que l’ARN que notre cellule produit normalement pour la production normale de protéines ».

Nul ne peut vraiment savoir ce que fait l’ARNm synthétique pendant qu’il « traîne » ainsi, mais Corrigan suppose que sa longévité accrue augmente la probabilité qu’il soit « converti en ADN ».

En outre, étant donné que l’ARNm du vaccin est également conçu de manière à être plus efficace pour être traduit en protéine, « les effets négatifs pourraient être plus fréquents et plus prononcés avec le vaccin par rapport au virus naturel ».

Corrigan reconnaît que certaines personnes pourraient balayer ses mises en garde en disant : « Si le virus est capable de réaliser cela, alors pourquoi devrais-je m’inquiéter si le vaccin fait la même chose ? »

Il a une réponse toute prête, et convaincante :

« Il y a une grande différence entre le scénario où des personnes voient leur patrimoine génétique modifié au hasard, et sans le vouloir, parce qu’elles ont été exposées au coronavirus, et le scénario où nous vaccinons délibérément des milliards de personnes en leur disant que cela n’arrive jamais. »

Malheureusement, l’attitude dominante semble être que la « course à la vaccination du public » justifie de prendre ces risques supplémentaires.

À la mi-novembre, après que le Jerusalem Post a déclaré à ses lecteurs que « lorsque le monde commencera à s’inoculer ces vaccins totalement nouveaux et révolutionnaires, il ne saura pratiquement rien de leurs effets à long terme », un directeur d’hôpital israélien a soutenu qu’il ne valait pas la peine d’attendre deux ans de plus pour débusquer les « risques uniques et inconnus » ou les effets potentiels à long terme des vaccins à ARNm.

Aux États-Unis, l’enthousiasme pour la technologie ARNm est tout aussi débridé. Quelques jours à peine après la publication par les CDC de données actualisées montrant que plus de 2.200 décès de personnes ayant reçu les vaccins à ARNm de Pfizer ou Moderna avaient été signalés au 26 mars, The Atlantic a fait l’éloge de cette technologie, suggérant que l’« ingénieuse » technologie synthétique à ARNm derrière les vaccins COVID de Pfizer et Moderna représentait une « percée » qui pourrait « changer le monde ».

Plutôt que de rejeter la perspective de la rétro-intégration d’ADN étranger comme une « théorie du complot », les scientifiques devraient mener des études avec les vaccinés à l’ARNm pour en évaluer les risques réels.

Par exemple, Corrigan pense que si les données in vitro sur les lignées cellulaires humaines (l’une des sources de données examinées par les chercheurs de Harvard-MIT) offrent des résultats « sans faille », il reste à démontrer de manière concluante l’altération génomique dans la vie réelle par « PCR, séquençage de l’ADN ou Southern Blot… sur l’ADN génomique purifié des patients COVID-19 » – et des personnes vaccinées.

Pourtant, au lieu de combler ces lacunes dans la recherche, les entreprises salivent devant la possibilité d’utiliser l’ARNm modifié par l’homme pour « réquisitionner notre machinerie cellulaire » et « fabriquer à peu près n’importe quelle protéine sous le soleil ».

Dans un communiqué de presse du 10 mars, les vaccins à ARNm ont été déclarés vainqueurs de la course au vaccin COVID-19, et toutes les grandes sociétés pharmaceutiques « testent actuellement la technologie [de l’ARNm] en concluant des accords de licence et/ou en collaborant avec des sociétés d’ARN bien établies ».

Dans les vieux dessins animés de Disney, les téléspectateurs voyaient souvent les « yeux globuleux » de Scrooge McDuck, le richissime oncle de Donald Duck, « se transformer en signes de dollars surdimensionnés pour machines à sous de Vegas’ lorsqu’il envisageait les occasions d’accroître sa richesse déjà immense.

À en juger par la volonté des dirigeants des sociétés pharmaceutiques d’ignorer les risques à long terme – et peut-être multigénérationnels – des vaccins à ARNm, ils doivent être tout autant envoûtés par les visions de signes de dollars d’un pipeline sans fin de produits à ARNm « prêts à l’emploi ».

© du texte original anglais, 8 avril 2021 Children’s Health Defense, Inc. Voulez-vous en savoir plus sur Children’s Health Defense ? Inscrivez-vous pour recevoir des nouvelles et des mises à jour gratuites de Robert F. Kennedy, Jr. et de Children’s Health Defense. Votre don contribuera à nous soutenir dans nos efforts.

© leblogdejeannesmits pour la traduction française.

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10 avril, 2021

Cardinal Burke : Déclaration concernant la réception de la Sainte Communion par ceux qui persistent dans le péché public grave

Avec l’aimable autorisation du cardinal Burke, je publie volontiers ci-dessous la traduction française que j’ai réalisée à sa demande de sa Déclaration concernant la réception de la Sainte Communion par ceux qui persistent dans le péché public grave, et qu’il a approuvée. La Déclaration est d’ordre général mais il est difficile de ne pas y voir une application très actuelle à la situation où se trouvent les Etats-Unis, avec à leur tête un président, Joe Biden, qui met en avant sa foi et sa pratique catholiques, mais qui les contredit par ses choix et actes politiques, en particulier en faveur de l’avortement

On notera que par rapport aux paroles de cardinaux (voire mieux) exprimant des préférences et des idées personnelles (voire une idéologie personnelle) qui s’éloignent très visiblement de l’enseignement de l’Eglise, on a ici affaire à un rappel clair et documenté de la doctrine et des lois de l’Eglise par un cardinal qui ne recherche en rien la mise en avant d’opinions personnelles. – J.S.

*

De nombreux catholiques, mais aussi des non-catholiques qui, tout en n’embrassant pas la foi catholique, respectent l’Église catholique pour son enseignement en matière de foi et de morale, m’ont demandé comment il est possible pour des catholiques de recevoir la sainte communion, alors que dans le même temps ils soutiennent publiquement et obstinément des programmes, des politiques et des lois qui sont en contradiction directe avec la loi morale. En particulier, mes interlocuteurs posent la question de savoir comment des responsables politiques et des autorités civiles catholiques qui défendent et soutiennent publiquement et obstinément la pratique de l’avortement volontaire peuvent s’approcher de la sainte communion. Leur question s’applique clairement de la même façon aux catholiques qui font publiquement la promotion de politiques et de lois portant atteinte à la dignité de la vie humaine de ceux qui sont frappés par une maladie grave, l’âge ou le handicap, et de celles qui violent la nature propre de la sexualité humaine, du mariage et de la famille, ainsi que la libre pratique de la religion.

Leur question mérite une réponse, d’autant plus qu’elle touche aux fondements mêmes de l’enseignement de l’Église en matière de foi et de morale. Elle touche surtout à la sainte Eucharistie, « Sacrement de l'amour, … le don que Jésus Christ fait de lui-même, nous révélant l’amour infini de Dieu pour tout homme. … dans le Sacrement de l'Eucharistie, Jésus continue de nous aimer “jusqu'au bout”, jusqu'au don de son corps et de son sang. » (1)

J’espère que les points suivants de l’enseignement de l’Église seront utiles à ceux qui sont à juste titre déroutés, et même souvent scandalisés, par la trahison publique trop fréquente de l’enseignement de l’Église en matière de foi et de morale par ceux qui se proclament catholiques. Je me pencherai sur la question de l’avortement provoqué, mais les mêmes points s’appliquent à d’autres violations de la loi morale.

1. En ce qui concerne la sainte Eucharistie, l’Église a toujours cru et enseigné que la sainte hostie est le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité du Christ, le Fils de Dieu Incarné. La foi de l’Église est ainsi exprimée par le Concile de Trente : « Parce que le Christ notre Rédempteur a dit que c’était vraiment son corps qu’il offrait sous l’espèce du pain [voir Mt 26, 26-29 ; Mc 14, 22-25 ; Lc 22, 19s ; 1 Co 11, 24-26], on a toujours été persuadé dans l’Église de Dieu – et c’est que déclare de nouveau aujourd’hui ce saint concile – que par la consécration du pain et du vin se fait un changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang » (Session 13, Chapitre 4) (2).  Par conséquent, comme l’enseigne clairement saint Paul dans sa Première Lettre aux Corinthiens : « C’est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur » (1 Co 11, 27).

2. La réception de la sainte communion par ceux qui violent publiquement et obstinément la loi morale dans ses préceptes les plus fondamentaux constitue une forme particulièrement grave de sacrilège. Selon les termes du Catéchisme de l’Église catholique, « le sacrilège est un péché grave surtout quand il est commis contre l’Eucharistie puisque, dans ce sacrement, le Corps même du Christ nous est rendu présent substantiellement » (n° 2120). Non seulement ce péché mérite une punition éternelle pour celui qui reçoit indignement, mais il constitue un scandale des plus graves pour les autres, c’est-à-dire qu’il leur fait croire à tort qu’on peut violer publiquement et obstinément la loi morale dans un domaine grave et quand même recevoir Notre Seigneur dans la sainte communion. Devant une telle situation, une personne réfléchie en vient forcément à la conclusion que la sainte hostie n’est pas le Corps du Christ, ou bien que la promotion de l’avortement provoqué, par exemple, n’est pas un péché grave.

3. Le Can. 915 du Code de droit canonique, qui reprend l’enseignement pérenne et immuable de l’Église, dispose : « Les excommuniés et les interdits, après l’infliction ou la déclaration de la peine et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion. » (3) Le refus de la sainte communion n’est pas une sanction ecclésiastique mais la reconnaissance de la situation d’une personne qui n’est objectivement pas digne de s’approcher de la sainte communion. La discipline contenue dans le Can. 915 vise à sauvegarder la sainteté de la réalité la plus sacrée de l’Église, la sainte Eucharistie, à empêcher la personne qui persévère obstinément dans le péché grave de commettre un péché supplémentaire plus grave encore, le sacrilège, en profanant le Corps du Christ, et à prévenir le scandale inévitable qui résulte de la réception indigne de la sainte communion.

4. Il est du devoir des prêtres et des évêques d’instruire et d’admonester les fidèles qui se trouvent dans la condition décrite par le Can. 915, de peur qu’ils ne s’approchent de la sainte communion et qu’ils ne commettent ainsi un sacrilège très grave, qui leur portera un préjudice éternel et qui, de même, entraînera d’autres personnes dans l’erreur, voire dans le péché, en une matière aussi grave. Si une personne a été admonestée et persévère encore dans un péché public grave, elle ne peut être admise à recevoir la sainte communion.

5. Il est clair qu’aucun prêtre ou évêque ne peut accorder la permission de recevoir la sainte communion à une personne qui persiste obstinément dans un état de péché public grave. Il ne peut s’agir non plus d’une discussion entre le prêtre ou l’évêque et celui qui commet le péché, mais d’une question d’admonition concernant les vérités de la foi et de la morale, de la part du prêtre ou de l’évêque, et d’une question de la rectification d’une conscience erronée du côté du pécheur.

6. Saint Jean Paul II a présenté l’enseignement constant de l’Eglise concernant l’avortement provoqué dans sa lettre encyclique Evangelium Vitae. Se référant à la consultation des évêques de l’Église universelle en la matière par sa lettre de Pentecôte de 1991, il a déclaré : « C’est pourquoi, avec l’autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Evêques — qui ont condamné l’avortement à différentes reprises et qui, en réponse à la consultation précédemment mentionnée, même dispersés dans le monde, ont exprimé unanimement leur accord avec cette doctrine —, je déclare que l’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d’un être humain innocent. » (4) Il précisait que son enseignement est « fondé sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel. » (5)

7. On avance parfois qu’un homme politique catholique peut croire personnellement à l’immoralité de l’avortement, tout en favorisant une politique publique qui prévoit l’avortement dit « légalisé ». Ce fut le cas, par exemple, aux États-Unis d’Amérique, lors du sommet entre certains théologiens moraux catholiques qui épousaient la théorie morale erronée du proportionnalisme ou du conséquentialisme, et d’hommes politiques catholiques, qui s’était tenu dans la propriété de la famille Kennedy à Hyannisport, Massachusetts, au cours de l’été 1964. (6)  Saint Jean Paul II répond clairement à une telle pensée morale erronée dans Evangelium Vitae : « Aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite dans le cœur de tout homme, discernable par la raison elle-même et proclamée par l’Eglise. » (7) Dans sa lettre encyclique Veritatis Splendor, saint Jean-Paul II corrige l’erreur fondamentale du proportionnalisme et du conséquentialisme. (8)

8. On dit parfois que refuser la sainte communion aux hommes politiques qui persistent obstinément dans le péché grave constitue l’utilisation par l’Eglise de la sainte communion à des fins politiques. Bien au contraire, il incombe solennellement à l’Église de sauvegarder la sainteté de la sainte Eucharistie, d’empêcher les fidèles de commettre un sacrilège, et d’éviter le scandale parmi les fidèles et les autres personnes de bonne volonté.

9. C’est bien plutôt l’homme politique catholique, qui prône publiquement et obstinément ce qui est contraire à la loi morale et qui ose pourtant recevoir la sainte communion de manière sacrilège, qui utilise la sainte Eucharistie à des fins politiques. En d’autres termes, le politicien se présente comme un catholique fervent, alors que la vérité est tout autre.

10. Outre la question du refus de la sainte communion aux personnes qui violent publiquement et obstinément la loi morale, se pose aussi celle de l’imposition ou de la déclaration d’une juste peine ecclésiastique, afin d’appeler la personne à la conversion et de réparer le scandale provoqué par ses actes.

11. Ceux qui violent publiquement et obstinément la loi morale sont, à tout le moins, en état d’apostasie, c’est-à-dire qu’ils ont effectivement abandonné la foi par le refus obstiné, dans la pratique, de vivre en accord avec les vérités fondamentales de la foi et de la morale (cf. Can. 751). L’apostat de la foi encourt automatiquement la peine d’excommunication (cf. Can. 1364). L’évêque d’une telle personne doit vérifier les conditions de la déclaration de la peine d’excommunication automatiquement encourue.

12. Ils peuvent également être en état d’hérésie, s’ils s’obstinent à nier ou à douter de la vérité sur le mal intrinsèque de l’avortement tel qu’elle « doit être crue de foi divine et catholique » (Can. 751). (9) L’hérésie, tout comme l’apostasie, encourt automatiquement la peine d’excommunication (cf. Can. 1364). De même, dans le cas d’hérésie, l’évêque doit vérifier les conditions de la déclaration de la peine d’excommunication automatiquement encourue.

En conclusion, la discipline de l’Église, depuis l’Apôtre Paul, a toujours enseigné la disposition de conscience nécessaire pour la réception de la sainte communion. Le non-respect de cette discipline entraîne la profanation de la réalité la plus sacrée de l’Église – le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité du Christ –, il constitue le péché si grave de sacrilège, et il cause le plus grave des scandales en ne témoignant pas de la vérité de la sainte communion et de la vérité morale : par exemple, la dignité inviolable de la vie humaine, l’intégrité du mariage et de la famille, et la liberté d’adorer Dieu « en esprit et en vérité ». (10)

La réponse à la question qui m’est si fréquemment posée est claire : un catholique qui s’oppose publiquement et obstinément à la vérité en matière de foi et de morale ne doit pas se présenter pour recevoir la sainte communion et le ministre de la sainte communion ne doit pas non plus lui donner le sacrement.

Raymond Leo Cardinal BURKE
Rome, 7 avril 2021

Traductrice : Jeanne SMITS

(1)  “[s]acramentum caritatis, … donum est Iesu Christi se ipsum tradentis, qui Dei infinitum nobis patefacit in singulos homines amorem… Eodem quidem modo in eucharistico Sacramento Iesus ‘in finem’, usque scilicet ad corpus sanguinemque tradendum, diligere nos pergit.” Benedictus PP. XVI, Adhortatio Apostolica Postsynodalis Sacramentum caritatis, De Eucharistia vitae missionisque Ecclesiae fonte et culmine, 22 Februarii 2007, Acta Apostolicae Sedis 99 (2007) 105, n. 1. Traduction française : Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis, 22 février 2007. http://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/apost_exhortations/documents/hf_ben-xvi_exh_20070222_sacramentum-caritatis.html

 (2) “Quoniam autem Christus redemptor noster corpus suum id, quod sub specie panis offerebat [cf. Mt 26:26-29; Mc 14:22-25; Lc 22:19s; 1 Cor 11:24-26], vere esse dixit, ideo persuasum semper in Ecclesia Dei fuit, idque nunc denuo sancta haec Synodus declarat: per consecrationem panis et vini conversionem fieri totius substantiae panis in substantiam corporis Christi Domini nostri, et totius substantiae vini in substantiam sanguinis eius.” Heinrich Denzinger, Symboles et définitions de la foi catholique, ed. Peter Hünermann, tr. Joseph Hoffmann (Paris: Les Éditions du Cerf, 2010), pp. 440-441, n. 1642.

(3) “Can. 915  Ad sacram communionem ne admittantur excommunicati et interdicti post irrogationem vel declarationem poenae aliique in manifesto gravi peccato obstinate perseverantes.” http://www.vatican.va/archive/FRA0037/_P36.HTM.

(4) “Auctoritate proinde utentes Nos a Christo Beato Petro eiusque Successoribus collata, consentientes cum Episcopis qui abortum crebrius respuerunt quique in superius memorata interrogatione licet per orbem disseminati una mente tamen de hac ipsa concinuerunt doctrina – declaramus abortum recta via procuratum, sive uti finem intentum seu ut instrumentum, semper gravem prae se ferre ordinis moralis turbationem, quippe qui deliberata exsistat innocentis hominis occisio.” Ioannes Paulus PP. II, Litterae Encyclicae Evangelium vitae, “De vitae humanae inviolabili bono,” 25 Martii 1995, Acta Apostolicae Sedis 87 (1995) 472, n. 62. Traduction française : Jean Paul II, Lettre encyclique Evangelium Vitae, 25 mars 1995. http://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_25031995_evangelium-vitae.html

(5) “… naturali innititur lege Deique scripto Verbo, transmittitur Ecclesiae Traditione atque ab ordinario et universali Magisterio exponitur.” Evangelium vitae, 472, n. 62. Traduction française : ibid.

(6) Cf. Albert R. Jonsen, The Birth of Bioethics (New York: Oxford University Press, 1998), pp. 290-291.

(7) “Nequit exinde ulla condicio, ulla finis, ulla lex in terris umquam licitum reddere actum suapte natura illicitum, cum Dei Legi adversetur in cuiusque hominis insculptae animo, ab Eccesia praedicatae, quae potest etiam ratione agnosci.” Evangelium vitae, 472, n. 62. Traduction française : ibid.

(8) Cf. Ioannes Paulus PP. II, Litterae Encyclicae Veritatis splendor, De quibusdam quaestionibus fundamentalibus doctrinae moralis Ecclesiae, 6 Augusti 1993, Acta Apostolicae Sedis 85 (1993) 1192-1197, nn. 74-78. Traduction française : Jean Paul II, Lettre encyclique Veritatis Splendor, 6 août 1993, nos. 74-78. http://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_06081993_veritatis-splendor.html.

(9) “Can 751  … fide divina et catholica credendae.” Traduction française : https://www.droitcanonique.fr/codes/cic-1983-1/c-751-cic-1983-751.

(10) Jn 4, 23-24.



© leblogdejeannesmits pour la traduction.

© Photo : Olivier Figueras

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09 avril, 2021

Alors, les vaccinés contre le COVID risquent-ils davantage de mourir ? Oui, selon deux documents officiels.



J’ai dû me pincer en lisant cette phrase attribuée par Europe 1 à Olivier Véran, citée à de multiples reprises dans les médias français et non démentie à ce jour :

« Les personnes vaccinées sont aussi celles qui sont les plus exposées aux formes graves et aux décès en cas d’inefficacité initiale du vaccin ou de réinfection post-vaccinale ou de la virulence d’un variant. »

 

Il s’agit de la citation d’un mémoire, auquel Europe 1 a eu accès, produit par le ministre de la santé pour contester la demande d’un octogénaire qui prétendait obtenir en référé du Conseil d’Etat le droit de ne pas se soumettre aux nouvelles restrictions COVID en mars, du fait qu’il avait reçu ses deux doses du vaccin Pfizer en janvier.

Relisez bien les propos de Véran : il reconnaît qu’être vacciné entraîne un risque plus grand de faire un COVID grave et d’en mourir pendant (suppose-t-on) la période où ledit vaccin n’a pas atteint sa pleine efficacité. Combien de temps ? Pour le requérant, cela faisait entre 6 et 8 semaines. Et puis il y a les ratés. Les cas où le vaccin n’est pas efficace du tout, et ils existent puisqu’aucun vaccin COVID n’affiche une efficacité à 100 %, et par ailleurs on sait que les défenses immunitaires des personnes très âgées – celles qui ne faisaient pas partis des essais initiaux de ces vaccins qui en sont encore à la phase expérimentale – ne répondent pas aussi bien que celles des jeunes.

Donc, au moins pour une partie de la population, le vaccin conduit à plus de risques, et non à moins, de mourir du COVID, puisqu’elles sont (je cite Olivier Véran) « les plus exposées aux formes graves et aux décès » dans certaines conditions.

Il faut y ajouter, toujours avec Olivier Véran, les cas de « réinfection post-vaccinale » : en termes clairs, les personnes qui ont eu le COVID, en le sachant ou non, et qui se font vacciner, ont un risque plus grand de mourir en cas de réinfection après le vaccin (qui donc n’est même pas supposé protéger de ce risque).

Vous me suivez ? Direction Royaume-Uni, maintenant, et un article d’un journal mainstream, le Daily Telegraph, qui s’étonne d’un « paragraphe extraordinaire » au sein d’un rapport de modélisation pessimiste soumis par l’Imperial College de Londres et publié sur un site du gouvernement britannique. Tout comme les prédictions fumeuses de Neil Ferguson au printemps dernier avaient entraîné le monde dans ses premiers confinement, c’est ce rapport qui a conduit Boris Johnson à retarder l’allégement prévu des mesures COVID au nom d’une troisième vague meurtrière qu’il s’agirait d’éviter.

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Le Telegraph dénonce les « données défectueuses » retenues pour l’établissement de ce rapport, et s’étrangle devant cette phrase :

« La recrudescence des hospitalisations et des décès est dominée par les personnes qui ont reçu deux doses du vaccin, soit environ 60 % et 70 % de la vague respectivement. Cela peut être attribué aux niveaux élevés de prise du vaccin dans les groupes d’âge les plus à risque. »

 Le rapport fonde son calcul sur une efficacité à 90 % des vaccins, donc 10 % des plus de 50 ans non protégés, soit 2,9 millions de personnes vaccinées et non protégées dans cette catégorie d’âge, avec à la clef près de 40.000 morts en cas de levée complète des restrictions, voire 59.900 selon un autre modèle signé Warwick, qui prévoit tout cela à la centaine près ! On arriverait ainsi à un décès sur 70 dans la catégorie des personnes de plus de 50 ans ou vulnérables, au lieu de 1 décès sur 200 dans cette même catégorie au cours des 1e et 2e vagues. 

Bien sûr, on navigue en pleine science-fiction. Mais cela mérite tout de même d’être souligné : les vaccins étaient supposés conditionner la levée des restrictions, et voilà que les modélisateurs commencent à dire que la couverture vaccinale associée à cette levée peut encore aggraver la situation.

Ne trouvez-vous pas que cela commence à faire un peu beaucoup ?

 


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Le pape François réclame une « Gouvernance globale » dans une lettre à la Banque mondiale et au FMI sur le monde post-COVID

Le pape François a adressé le 4 avril dernier une lettre aux participants à la Réunion de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui se tient actuellement en ligne du 5 au 11 avril dans le contexte de la « relance » à la suite de la crise créée autour du COVID-19. Le pape y souhaite la mise en place de « solutions nouvelles », « inclusives et durables », par le biais notamment de la création ou de la « regénération » d’institutions de « gouvernance globale ».

Je vous propose ci-dessous ma traduction de cette lettre dont le texte original est en anglais et qui n’a pas bénéficié de traductions officielles par le Saint-Siège. Elle est importante en effet, en ce qu’elle montre une nouvelle fois comment le pape François soutient et promeut les solutions supranationales aux problèmes de notre temps – ceux, en tout cas, mis en avant par les institutions internationales, les puissants, les (très) riches et les médias. La pandémie du COVID-19, la dégradation écologique, la perte de la biodiversité, les inégalités, la dette du Nord envers le Sud et même la solidarité vaccinale sont toutes présentes et au garde-à-vous. Les solutions : solidarité économique, égalité, inclusion, développement durable, paiement de la dette écologique par les pays développés, « culture de la rencontre », tout cela a également un goût de déjà vu aussi bien dans les documents pontificaux que dans le lancinant discours des mondialistes. Les droits des nations indépendantes sont passés sous silence : tout doit passer par des régulations internationales, les nouveaux pouvoirs des institutions politiques et financières supranationales, au service d’objectifs qui peuvent sembler bons ou généreux, mais dont le contenu est plus que discutable tel qu’il est conçu par ces pouvoirs, et aussi utopique que les diverses révolutions visant à créer un homme nouveau et une société nouvelle qui ont ensanglanté notre monde depuis 1789.

Le mythe de l’égalité est peut-être le pire d’entre eux : il contredit les inégalités fécondes qui sont propres à l’humanité. Certes il y a des inégalités injustes, criantes d’injustice même, mais le socialisme – leur effacement institutionnel, au demeurant irréaliste – ne les a jamais fait disparaître, sinon en nivelant par le bas, tout en laissant en place des Nomenklaturas privilégiées.

A lire la lettre du pape, on a une fois encore l’impression de vertus chrétiennes devenues folles : le maniement de concepts comme le « bien commun universel », de la « dette » envers les plus pauvres, qui relève d’ailleurs abord de la responsabilité individuelle, d’une saine régulation des marchés ne sont pas contestables en tant que tels mais le deviennent lorsque leur mise en œuvre est confiée à des institutions qui font la promotion systématique de la culture de mort sous toutes ses formes.

Est-il nécessaire de rappeler que la Banque mondiale et le FMI ont été au premier rang des institutions qui ont promu le contrôle de la population dans les pays en voie de développement comme condition des aides qui leur étaient apportés, avec contraception et propagande pour le planning familial à la clef ? Quelle confiance faire à la Banque mondiale qui promeut l’avortement légal dans ses documents officiels ?

Pas plus tard que le 10 novembre dernier, un média pro-avortement argentin anglophone notait, en soulignant qu’il était difficile d’y voir une simple coïncidence, que l’annonce d’une demande de fonds au FMI venait de se faire à une heure d’intervalle par rapport à l’annonce de la nouvelle présentation du projet de loi de légalisation de l’avortement, qui a abouti depuis lors, comme on le sait.

Quant à la concentration du pouvoir financier décriée par le pape François, c’est elle qui précisément permet la promotion et la mise en œuvre de ces objectifs : chez Bill Gates, les grosses fondations et les méga-sociétés qui prônent plus ou moins ouvertement le contrôle de la population, et qui dont très visiblement la promotion des droits « inclusifs », qu’il s’agisse des migrants ou des « LGBT », le pouvoir de l’argent sert précisément de levier.  S’il y a une « structure » de péché dans notre pauvre monde, elle est là, précisément, et pas dans le fait pour un Africain d’avoir une famille nombreuse, pour un Français de rouler au diesel ou pour un Américain d’affectionner les voyages en avion.

Autre élément à considérer dans la situation actuelle, qui s’oriente vers le « Great Reset » ou « Grande réinitialisation » voulue par les grands de ce monde, de l’ONU au Forum économique mondial : la mise en avant de la Chine, toujours communiste et persécutrice des religions, particulièrement l’Eglise catholique. Lors de la première réunion formelle en vue du Great Reset qui s’est tenue au début de l’année, le premier à qui la parole fut donnée était Xi Jinping, et il est difficile là aussi de croire à un hasard.

On trouve ainsi, quasiment à la tête de l’organigramme de la Banque Mondiale, Shaolin Yang, directeur général et chef de l’Administration du Groupe de la Banque. Chinois. Ancien membre des institutions de pouvoir de la Chine communiste (et peut-on l’être sans avoir sa carte du Parti ?), il a par exemple « exercé les fonctions de directeur général de la Coopération économique et financière internationale au ministère chinois des Finances, et était chargé à ce titre des relations bilatérales de la Chine ainsi que de sa coopération avec les institutions financières internationales », apprend-on sur le site de la Banque mondiale.

A la tête du FMI, c’est une Bulgare qui est aux commandes : Kristalina Georgieva est au nombre des figures de proue du mondialisme et elle figurait parmi les quelques personnalités qui, les premières, ont prôné le Great Reset aux côtés de Klaus Schwab du Forum économique mondial dès juin dernier. Son idée : utiliser un « stimulus fiscal vraiment massif » – prélevé sur le contribuable, bien sûr, il faut bien que l’argent vienne de quelque part – pour soutenir les seules industries désignées comme « vertes » dans le plan de relance global, au moyen notamment de la taxe carbone, pour redessiner en réalité l’équilibre économique mondial en précipitant bon nombre d’industries traditionnelles vers l’échec et en fragilisant des économies nationales au moyen d’un outil parfaitement acéré. Kristalina Georgevia est également partisane de l’augmentation drastique des « droits de tirage spéciaux » du FMI de manière à pouvoir doubler ses capacités d’injecter des fonds dans l’économie mondiale, selon ses conditions bien sûr. Elle l’annonçait dès le début de la crise du COVID, dont on comprend ainsi l’utilité comme levier idéologique et politique.

Il semblerait que le pape soit du même avis : loin de souhaiter une diffusion internationale et solidaire des moyens de traiter le COVID-19 et d’en réduire, par des remèdes peu chers et une prophylaxie simple les capacités meurtrières (modestes eu égard à la population mondiale, moins de 3 millions de morts attribuées au COVID pour une population globale de 7,83 milliards, soit une mortalité de moins de 0,04 %), loin même de demander que ces moyens soient reconnus là où ils sont au contraire interdits, il réclame la vaccination universelle. Sans même rappeler les procédés éthiquement douteux qui président à la conception et (ou) à la production de la plupart des « vaccins » anti-COVID, souillés par l’utilisation de cellules fœtales produites au moyen d’avortements, force est de constater que le pape François soutient une campagne d’inoculation expérimentale dont on n’a certainement pas fini de voir les effets néfastes, ou dont le risque d’effets néfastes est à tout le moins assumé.

Mais si c’est pour une œuvre… L’économie verte, inclusive et solidaire ?

Sans surprise, la Sainte Trinité et même Notre Seigneur Jésus-Christ sont aux abonnés absents de la lettre du pape au FMI et à la Banque mondiale. Mais le pape ferait sans le moindre doute davantage de bien à l’humanité en cessant de déclarer, de manière parfaitement horizontale, que nul n’est sauvé seul, comme il le fait depuis des mois, mais en proclamant que Jésus-Christ est mort pour les hommes sur la Croix pour offrir à chacun, de manière individuelle, le salut éternel. – J.S.

*

Voici ma traduction de la lettre du pape François
à la Banque mondiale et au FMI.

Je vous remercie de l’aimable invitation qui m’a été faite de m’adresser aux participants aux Réunions de printemps 2021 du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international par le biais de cette lettre, que j’ai confiée au cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère du Saint-Siège pour la promotion du développement humain intégral.

Au cours de ces douze derniers mois, notre monde a été contraint en raison de la pandémie de Covid-19 d’affronter une série de crises socio-économiques, écologiques et politiques graves et interdépendantes. J’espère que vos discussions contribueront à l’élaboration d’un modèle de « relance » capable de faire émerger des solutions nouvelles, plus inclusives et durables pour soutenir l’économie réelle, aider les individus et les communautés à réaliser leurs aspirations les plus profondes et le bien commun universel. La notion de relance ne peut se contenter d’un retour à un modèle de vie économique et sociale inégalitaire et non durable, où une infime minorité de la population mondiale possède la moitié des richesses.

En dépit de nos convictions profondes selon lesquelles tous, hommes et femmes, sont créés égaux, un grand nombre de nos frères et sœurs au sein de la famille humaine, en particulier ceux qui sont en marge de la société, sont de fait exclus du monde financier. La pandémie nous a cependant une nouvelle fois rappelé que personne n’est sauvé seul. Si nous voulons qu’à l’issue de cette crise notre monde soit meilleur, plus humain et plus solidaire, il faut concevoir des formes nouvelles et créatives de participation sociale, politique et économique, qui soient attentives à la voix des pauvres et qui s’engagent à les inclure dans la construction de notre avenir commun (cf. Fratelli Tutti, 169). En tant qu’experts en finance et en économie, vous savez bien que la confiance, née de l’interconnexion entre les personnes, est la pierre angulaire de toutes les relations, y compris les relations financières. Ces relations ne peuvent être établies que par le développement d’une « culture de la rencontre », où chaque voix peut se faire entendre et où tous peuvent s’épanouir, en trouvant des points de contact, en construisant des ponts et en imaginant des projets inclusifs à long terme (cf. ibid., 216).

Alors que de nombreux pays consolident actuellement leurs plans de relance individuels, il subsiste toujours le besoin urgent d’un plan mondial capable de créer de nouvelles institutions ou de régénérer les institutions existantes, en particulier celles de la gouvernance globale, et d’aider à construire un nouveau réseau de relations internationales pour faire progresser le développement humain intégral de tous les peuples. Cela implique nécessairement de donner aux nations plus pauvres et moins développées une participation réelle à la prise de décision et de faciliter leur accès au marché international. Un esprit de solidarité mondiale exige également au minimum une réduction significative du fardeau de la dette des nations les plus pauvres, dette exacerbée par la pandémie. Alléger le fardeau de la dette de tant de pays et de communautés aujourd’hui, constitue un geste profondément humain qui peut aider les populations à se développer, à avoir accès aux vaccins, à la santé, à l’éducation et à l’emploi.

Nous ne pouvons pas non plus ignorer un autre type de dette : la « dette écologique » qui existe surtout entre le Nord et le Sud de la planète. Nous sommes, en effet, débiteurs envers la nature elle-même, mais aussi envers les personnes et les pays touchés par la dégradation écologique d’origine humaine et la perte de biodiversité. À cet égard, je suis convaincu que l’industrie financière, qui se distingue par sa grande créativité, se montrera capable de développer des mécanismes agiles pour calculer cette dette écologique, afin que les pays développés puissent la payer, non seulement en limitant de manière significative leur consommation d’énergie non renouvelable ou en aidant les pays plus pauvres à adopter des politiques et des programmes de développement durable, mais aussi en assumant les coûts de l’innovation nécessaire à cette fin (cf. Laudato Si’, 51-52).

La compréhension profonde de l’objectif et de la finalité essentiels de toute vie économique, à savoir le bien commun universel, se trouve au cœur d’un développement juste et intégral. Il s’ensuit que l’argent public ne peut jamais être dissocié du bien public, et que les marchés financiers doivent être encadrés par des lois et des règlements visant à garantir qu’ils travaillent véritablement pour le bien commun. Un engagement en faveur de la solidarité économique, financière et sociale suppose donc bien davantage que des actes sporadiques de générosité. « C’est penser et agir en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens de la part de certains. C’est également lutter contre les causes structurelles de la pauvreté, de l’inégalité, du manque de travail, de terre et de logement, de la négation des droits sociaux et du travail. C’est faire face aux effets destructeurs de l’Empire de l’argent. […] La solidarité, entendue dans son sens le plus profond, est une façon de faire l’histoire » (Fratelli Tutti, 116).

Il est temps de reconnaître que les marchés – en particulier les marchés financiers ¬– ne se gouvernent pas eux-mêmes. Les marchés doivent être encadrés par des lois et des réglementations garantissant qu’ils travaillent pour le bien commun, que la finance – plutôt que d’être simplement spéculative ou de se financer elle-même – travaille pour les objectifs sociétaux si nécessaires dans le contexte de l’urgence sanitaire mondiale actuelle. À cet égard, nous avons particulièrement besoin d’une solidarité vaccinale financée de manière juste, car nous ne pouvons pas permettre que la loi du marché prenne le pas sur la loi de l’amour et de la santé de tous. Ici, je réitère mon appel aux chefs de gouvernement, aux entreprises et aux organisations internationales pour qu’ils travaillent ensemble à la fourniture de vaccins pour tous, en particulier pour les plus vulnérables et les plus nécessiteux (cf. Message Urbi et Orbi, jour de Noël 2020).

J’espère qu’à l’occasion de votre réunion, vos délibérations officielles et vos rencontres personnelles porteront beaucoup de fruits pour le discernement de solutions sages au service d’un avenir plus inclusif et plus durable. Un avenir où la finance est au service du bien commun, où les personnes vulnérables et marginalisées sont placées au centre, et où l’on prend bien soin de la terre, notre maison commune.

En vous adressant mes meilleurs vœux et mes prières pour que ces réunions portent des fruits, j’invoque sur tous les participants les bénédictions divines de sagesse et d’intelligence, de bon conseil, de force et de paix.


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06 avril, 2021

Hans Küng est mort. Le théologien progressiste jadis condamné par Rome, a reçu l'hommage du président de la Conférence épiscopale d’Allemagne

Hans Küng, l’un des théologiens les plus connus au monde et fondateur de la Global Ethic Foundation, est mort paisiblement mardi à son domicile de Tübingen à l’âge de 93 ans. Le Suisse, qui a enseigné à Tübingen de 1960 à 1996, a joué un rôle majeur dans la propagation des idées progressistes au sein de l’Église catholique. Et s’il a été condamné par Rome pour diffusion d’idées non conformes à la doctrine, il est aujourd’hui salué par Mgr Georg Bätzing, président de la Conférence des évêques d’Allemagne.

Ses livres sont devenus des best-sellers, note la presse allemande. Au cours de ces 30 dernières années, Küng s’était particulièrement engagé dans le dialogue des religions du monde, notamment dans le « Global Ethic Project » créé à l’université de Tübingen en 2011 parce qu’il souhaitait que l’œuvre de sa vie soit poursuivie après sa mort, ainsi qu’il l’avait déclaré à l’époque.

Le projet repose sur la conviction que sans la paix entre les religions, il ne peut y avoir de paix entre les États : une idée promue par l’UNESCO depuis sa fondation et que l’on retrouve chez les promoteurs de la spiritualité globale comme Robert Muller, secrétaire de plusieurs Secrétaires généraux de l’ONU. Küng avait d’ailleurs voisiné avec Muller et le Dalai Lama au bureau de la « United Religions Initiative ».  En 1990, Küng publiait notamment le livre Projekt Weltethos (« Projet d’éthique mondiale »), dans lequel, suivant la philosophie d’Emmanuel Kant, il explorait la question d’un ensemble de valeurs unissant tous les peuples et toutes les religions. 

A l’époque, Rome lui avait déjà retiré sa licence d’enseignement, entre autres en raison de ses critiques à l’égard de la doctrine de l’infaillibilité du pape. C’était en 1979. Par la suite, Küng se fit le féroce adversaire de Jean-Paul II. Il était bien sûr favorable à l’abolition du célibat sacerdotal et à l’ordination des femmes. Mais comme l’écrivait Le Monde en 2006, il était surtout le partisan de l’entrée de l’Eglise catholique (et de l’islam, et du judaïsme) dans le « paradigme de l’âge moderne ».

Ce même article citait les paroles irritées de Küng à la suite du discours de Ratisbonne de Benoît XVI : 

« Il n’a jamais travaillé la théologie de la Réforme ni l’exégèse historico-critique du Nouveau Testament. Comment ose-t-il aujourd’hui faire la leçon aux musulmans sur la raison ? Vous croyez que, pour eux, notre religion chrétienne, avec son Dieu fait homme et son Dieu en trois personnes, est une religion rationnelle ? »

Moderniste, Küng l’a toujours été. Avant même le concile Vatican II, Küng  plaidait pour un renouveau intérieur de l’Eglise et une ouverture œcuménique avec pour objectif l’unification des églises. Il était cofondateur de la revue de théologie Concilium.

Küng avait résumé ses griefs à l’égard de l’Eglise dans le journal populaire Der Spiegel. « Il y a un bouillonnement dans l’Eglise depuis longtemps. Cela s’est manifesté le plus clairement dans la dissimulation, pendant des décennies, des agressions sexuelles commises par des clercs contre des enfants », a-t-il déclaré dans une interview en 2011. « Nous avons perdu des dizaines de milliers de prêtres depuis le Concile des années 1960, des centaines de paroisses sont sans pasteurs, les ordres religieux masculins et féminins s’éteignent, ils ne trouvent plus de sang neuf. La fréquentation des services religieux est en baisse constante. »

Mais même ce constat d’échec ne l’a pas porté à remettre en cause l’aggiornamento dans l’Eglise : au contraire, il en demandait toujours davantage, pour finir de la diluer dans la spiritualité globale.

Le président de la Conférence épiscopale d’Allemagne, Mgr Georg Bätzing, lui a rendu cet hommage posthume et appuyé sur le site officiel de l’Eglise catholique en Allemagne :

« Avec le décès du Prof. Dr. Hans Küng, la science théologique perd un chercheur reconnu et controversé. Dans son travail de prêtre et de scientifique, Hans Küng s’est attaché à rendre compréhensible le message de l’Évangile et à lui donner une place dans la vie des fidèles. Je pense en particulier à ses efforts pour promouvoir un œcuménisme vivant, à son engagement en faveur du dialogue inter-religieux et interculturel, et à la Fondation Global Ethic qu’il a fondée, avec ses importantes recherches et projets sur la paix, la justice et l’intégrité de la création.

« Hans Küng n’a jamais manqué de défendre ses convictions. Même s’il y a eu des tensions et des conflits à cet égard, je le remercie tout spécialement en cette heure d’adieu pour ses nombreuses années d’engagement en tant que théologien catholique dans la communication de l’Évangile. Le dialogue des religions dans l’effort d’une éthique globale était, pour lui, un grande préoccupation. Hans Küng a été profondément influencé par le Concile Vatican II, dont il s’est efforcé d’assurer la réception théologique.

« En cette heure, je me souviens également de la visite du professeur Hans Küng au pape Benoît XVI en septembre 2005, peu après son élection. Hans Küng laisse derrière lui un riche héritage théologique. Nous pleurons cette personnalité ; puisse-t-elle désormais trouver sa paix dans la main de Dieu. »

 

(Feue ?) l’Académie pontificale pour la vie a également tweeté sa tristesse devant la disparition du théologien hétérodoxe :


« Disparaît une grande figure de la théologie du siècle dernier,
dont les idées et les analyses doivent toujours
nous conduire à réfléchir sur
l’Eglise catholique, les Eglises, la société, la culture. »


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