14 septembre, 2021

“StopTraditionisCustodes.org” : chacun peut désormais signer la lettre aux catholiques demandant la liberté pour la messe tridentine

















Après une première parution avec un nombre restreint de signatures, la Lettre aux Catholiques du monde entier, signée par des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle, dispose désormais d’un site propre et de dizaines de signatures supplémentaires de personnalités venues du monde entier. La lettre est d’ores et déjà traduite en anglais, espagnol, portugais, italien et allemand et accessible via le même site.

Filiale mais très ferme, cette lettre répond à Traditionis Custodes dont elle dénonce la « brutalité » et l’« intransigeance » :

La volonté affirmée du pape François, dans le Motu Proprio Traditionis Custodes du 16 juillet 2021 est de voir disparaître la célébration de la messe de la Tradition de l’Eglise. Cette décision nous plonge dans la consternation. Comment comprendre cette rupture avec le Missel traditionnel, réalisation « vénérable et antique » de la « loi de la foi », qui a fécondé tant de peuples, tant de missionnaires et tant de saints ? Quel mal font les fidèles qui souhaitent, simplement, prier comme le firent leurs pères depuis des siècles ? Peut-on ignorer que la messe tridentine convertit de nombreuses âmes, qu’elle attire des assemblées jeunes et ferventes, qu’elle suscite de nombreuses vocations, qu’elle a fait surgir des séminaires, des communautés religieuses, des monastères, qu’elle est la colonne vertébrale de nombreuses écoles, œuvres de jeunesse, catéchismes, retraites spirituelles et pèlerinages ?

Chacun peut désormais signer en ligne : le but est d’obtenir des milliers, et pourquoi pas des dizaines de milliers de signatures de catholiques attachés au rite traditionnel… pour réclamer « du pain plutôt que des pierres ».

Je suis heureuse d’avoir pu moi-même signer cette lettre tant que directrice de ce blog, aux côtés de nombreux amis très chers. 


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01 septembre, 2021

Grand entretien avec Monseigneur Athanasius Schneider sur le passe sanitaire : « Une préfiguration de la marque de la Bête »


Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Sainte-Marie d’Astana (aujourd’hui Noursoultan) au Kazakhstan, a accordé à reinformation.tv une interview essentielle sur le passe sanitaire et l’obligation vaccinale, dont l’emprise ne cesse de croître en France – avec peu d’espoir d’en sortir, dans l’état actuel des choses. Il aborde ces questions dans les lignes ci-dessous du point de vue spirituel mais aussi dans leurs répercussions sur les droits fondamentaux – ces « droits de l’homme » qui trouvent leur source non dans une sorte de contrat social ou dans l’expression de la volonté majoritaire, mais dans notre statut de créatures de Dieu dotées d’une âme immortelle et unique. L’agression et sa nature sont telles que nous avons demandé à Mgr Schneider s’il ne s’agit pas d’une préfiguration, au moins, de la « marque de la Bête » annoncée par l’Apocalypse.
 
Mgr Schneider ne l’exclut pas. Lui qui a grandi au Kirghizistan, sous le pouvoir totalitaire de l’Union soviétique, reconnaît dans les événements qui se produisent aujourd’hui une nouvelle forme de communisme qui voudrait faire du corps de l’homme la « propriété de l’Etat ». Et il invite clairement à y résister, avec tous les hommes de bonne volonté.

L’intégralité de cet entretien est à lire ici, sur reinformation.tv


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29 août, 2021

Une lettre de gratitude du cardinal Raymond Burke

J’ai grand plaisir à vous communiquer ci-dessous la traduction d’une lettre circulaire du cardinal Burke à tous ceux qui ont prié pour lui à l’occasion de son hospitalisation des suites du COVID-19. Cette traduction a été réalisée à sa demande, par le biais d’un collaborateur. – J.S.

Une lettre de gratitude du cardinal Burke

Loué soit Jésus-Christ !

Dans le Cœur Sacré de Jésus et par le Cœur Immaculé de Marie, j’exprime ma profonde gratitude à Dieu qui m’a permis d’arriver à ce stade de guérison et de rétablissement. Conformément à ce qui a été communiqué précédemment par la direction et par le personnel du Sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, à qui j’exprime également ma profonde gratitude, je ne suis plus intubé au moyen d’un respirateur médical. J’ai été transféré depuis l’unité de soins intensifs et installé dans une chambre d’hôpital où médecins, infirmières et d’autres membres, nombreux, du personnel hospitalier m’ont fourni sans relâche des soins médicaux excellents et attentifs. J’adresse mes remerciements les plus sincères à ces professionnels dévoués, ainsi qu’aux prêtres qui ont exercé leur ministère sacramentel à mon égard. À ceux qui ont offert d’innombrables chapelets et prières, allumé des cierges et demandé la célébration de la Sainte Messe à mon intention, j’exprime ma sincère gratitude et je demande au Seigneur et à sa Mère de vous bénir tous. Je remercie également mes frères évêques et prêtres qui ont offert la Messe pour moi ou qui ont prié pour moi devant l’autel.

Cette généreuse effusion de grâces m’unit à vous d’une manière particulière, tout comme je suis aussi particulièrement uni à toutes les victimes qui souffrent des effets du virus COVID-19. Du fond du cœur, je vous dis combien je souhaiterais pouvoir répondre à chaque appel téléphonique, à chaque SMS, à chaque courriel.  Cependant, en raison de la rééducation intensive que je vais bientôt entamer, il ne me sera pas possible de le faire autrement que par ces lettres circulaires. Dans votre charité, je sais que vous comprendrez cette situation et que vous accepterez que je doive préserver mon énergie afin de retrouver ma santé et mes forces. Le règlement de l’hôpital limite les visites aux membres de la famille la plus proche. Pendant la longue période de convalescence qui s’annonce, j’ai l’intention de ne fournir que des nouvelles occasionnelles, lorsqu’il y aura quelque chose d’important à partager avec vous.

Le Sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe a accepté de se charger de la tâche nécessaire et cruciale de communiquer directement en mon nom.  Une fois de plus, je vous demande dans votre grande bonté de m’adresser toutes vos communications par le biais du site Internet du Sanctuaire, à GuadalupeShrine.org/MessageCardinalBurke.

Ces derniers temps, je me suis souvenu de la devise que j’ai adoptée lorsque j’ai été élevé à l’épiscopat : « Secundum Cor Tuum » (Selon ton cœur). Toutes les choses ordonnées dans et par la Volonté Divine ont pour origine le Cœur Sacré de Notre Sauveur, dont la motivation fondamentale est son Amour éternel pour son Père et pour les enfants de son Père.  Puisque la Divine Providence a voulu que je reste hospitalisé pour le moment, je réaffirme aujourd’hui cette même conviction épiscopale : la souffrance, unie à la souffrance de Jésus-Christ, est vraiment efficace dans Son Plan Divin pour notre salut lorsqu’elle est acceptée volontiers et de tout cœur.  Saint Paul, sous l’inspiration du Saint-Esprit, nous enseigne le sens de notre souffrance : « Maintenant je me réjouis dans mes souffrances pour vous, et ce qui manque aux souffrances du Christ, je le complète dans ma chair pour son corps, qui est l’Eglise » (Col 1, 24).

Uni à Jésus-Christ, Prêtre et Victime, j’offre toutes mes souffrances pour l’Église et pour le monde. Je demande à Dieu de vous bénir, vous et votre famille, et je confie vos intentions à l’intercession de Notre Dame de Guadalupe et de saint Juan Diego, de saint Michel Archange, de saint Joseph, des saints Pierre et Paul, et de vos saints patrons.

Bien vôtre dans le Cœur sacré de Jésus et le Cœur immaculé de Marie, et dans le Cœur très pur de saint Joseph,


Raymond Leo Cardinal Burke
28 août 2021
Fête de saint Augustin, évêque et docteur de l’Église

© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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21 août, 2021

Meilleures nouvelles du cardinal Raymond Burke ! (Bulletin de santé officiel)


L’annonce faite hier par Michael Matt à propos de l’amélioration de l’état de santé du cardinal Raymond Burke, sous assistance respiratoire depuis plusieurs jours après un test COVID positif, était donc vraie, grâce à Dieu ! Voici ma traduction du communiqué officiel publié il y a quelques heures sur le compte Twitter du cardinal :




La famille du Cardinal a la joie d’annoncer que Son Eminence n’est plus sous assistance respiratoire et qu’il quittera aujourd'hui l’unité de soins intensifs pour retourner dans sa chambre d’hôpital. Sa sœur a pu s’entretenir avec lui par téléphone ce matin ; Son Eminence lui a exprimé sa très profonde gratitude pour les nombreuses prières qui ont été dites à son intention. Sa famille nous demande de poursuivre ces prières pour son rétablissement rapide et complet ; elle remercie Dieu des soins médicaux de qualité exceptionnelle qui lui ont été prodigués par les médecins et les infirmières dévoués qui continuent de lui prêter assistance.

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18 août, 2021

Bulletin de santé officiel du cardinal Raymond Burke, hospitalisé aux Etats-Unis

Beaucoup d’informations circulent au sujet de l’état de santé du cardinal Burke, actuellement hospitalisé dans le Minnesota aux Etats-Unis dans un état « sérieux mais stable » à la suite d’une infection COVID. Je vous propose ci-dessous ma traduction du bulletin de santé officiel de Son Eminence, diffusé, à la demande de sa famille, par le Sanctuaire Notre-Dame de Guadalupe qu’il fonda dans le Wisconsin en 1995 alors qu’il était évêque de La Crosse. Il est précisé qu’en dehors de celles diffusées par le Sanctuaire et par les médias propres au cardinal (site personnel et Twitter), les informations qui circulent peuvent être « incomplètes ou fausses ».

Prions pour lui ! C’est, demain, la saint Jean Eudes, qui œuvra tant pour la dévotion au Cœurs de Jésus et de Marie. La dévotion au Sacré Cœur et au Cœur Immaculé de Marie est particulièrement chère au cardinal Burke, comme ont pu le constater tous ceux qui l’ont écouté ou qui ont échangé avec lui. Que saint Jean-Eudes intercède donc pour que ce grand serviteur de l’Eglise, pilier de stabilité dans un monde qui semble s’effondrer partout, sorte victorieusement de cette bataille contre la maladie. – J.S.


Bulletin de santé du Cardinal Burke

17 août 2021

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, et qu’il ne s’effraye pas. (Jn 14, 27) 

Les effusions d’amour, de prières et de sympathie reçues à l’occasion de l’hospitalisation de Son Éminence ont apporté une grande consolation à sa famille, et édifié ceux qui sont à son service au Sanctuaire et ailleurs. Elles témoignent de la bonté et de la vertu de l’homme que tant de personnes considèrent comme un père spirituel.  Cette charité nous touche tout particulièrement et nous remercions notre Père céleste et lui rendons gloire, spécialement pour  ce que le Cardinal Burke accomplit si magnifiquement et fidèlement au service de cette Eglise qu’il aime d’une manière si profonde. 

Depuis le 17 août, Son Éminence est dans un état sérieux, mais stable.  Sa famille qui, accompagnée d'une équipe de médecins, prend la responsabilité de toutes les décisions médicales tant que le Cardinal demeure sous sédatif et sous respirateur médical, a grande confiance dans les soins qui lui sont prodigués.  Le Cardinal a reçu les sacrements, donnés par des prêtres qui lui sont proches. Il y a plusieurs reliques dans sa chambre. 

Bien que la famille du Cardinal apprécie les bonnes intentions de ceux qui ont recommandé des traitements, des consultations, etc., elle demande qu’on s’abstienne désormais d'envoyer quelque autre suggestion. Elle demande également qu’on ne prenne plus contact avec elle, ni avec les membres du personnel du sanctuaire, ni avec la résidence du cardinal à Rome pour discuter de son état.  Les SMS, les appels téléphoniques et les courriels – alors même qu’ils manifestent certainement la sollicitude de leurs auteurs et sont souvent empreints de bienveillance – peuvent, par inadvertance, devenir un fardeau.  La famille n’a pas l’intention de divulguer le lieu où se trouve Son Éminence afin d’éviter les évidentes difficultés que cela pourrait entraîner.

Afin de mettre à disposition une source sûre pour les bulletins de santé du Cardinal, la famille a demandé que le Sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe – en complément des médias personnels du Cardinal – soit la seule plateforme autorisée pour la diffusion d'informations précises et opportunes.  Toute autre annonce risque d’être incomplète ou fausse et pourrait troubler inutilement les esprits et les cœurs de ceux qui sont attachés à Son Éminence. 

La famille du Cardinal a également demandé que seules les annonces concernant des changements significatifs de l'état de santé de Son Eminence soient publiées sur les plateformes autorisées. En toute humilité, nous reconnaissons qu’il n’est pas nécessaire que nous soyons au courant de tous les détails du traitement du Cardinal.  Bien que sa famille ait conscience de ce que le Cardinal « appartienne » à l'Eglise, elle nous demande aussi de respecter sa vie privée.  La période d’hospitalisation, et pour l’instant d’isolement à cause du virus COVID, est susceptible de se prolonger alors que le corps de Son Eminence combat l’infection et récupère des forces.  Pour l’instant, la sédation contribue à lui procurer paix et repos.   

Rien n’échappe à la providence de Dieu.  Rien n’est hors de portée de sa grâce.  Ce sont des vérités spirituelles que nous connaissons, et que le Cardinal nous a enseignées par son propre exemple de fidélité dans la confiance et l’abandon au Bon Dieu.  La confiance en ces vérités nous fait accéder à cette paix que le monde ne peut ni donner ni enlever.  S’il pouvait nous parler maintenant, il nous dirait ce qu’il nous a toujours enseigné :  notre Père céleste est bon, miséricordieux, juste, prévoyant et souverain ; nous sommes ses enfants bien-aimés et Il ne nous laissera jamais orphelins ; nous ne devons pas craindre la Croix qui est le chemin vers la vie éternelle ; les Sacrements sont les canaux les plus directs de la grâce et nous faisons le plus grand bien à notre âme en communiant souvent et en nous confessant régulièrement ; nous devons dire nos prières quotidiennes ; et nous devons nous aimer comme Jésus-Christ nous a aimés : généreusement, même jusqu’au sacrifice héroïque.

Encore une chose, si importante et si chère à Son Éminence : il nous faut dire notre chapelet fréquemment et avec ferveur, et nous placer ainsi sous le manteau de la Vierge, confiants en son amour maternel et en son intercession.

Nous vous remercions de continuer de prier pour le cardinal Burke et pour sa famille, en particulier lors de la Sainte Messe et par la prière du Rosaire.  Nous sommes emplis de gratitude devant l’abondance de prières et d’amour pour ce fils et serviteur fidèle de l’Église.

Que Dieu vous bénisse.

Révérend Paul N. Check

Directeur exécutif

Sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe


© leblogdejeannesmits pour la traduction.
© photo : Olivier Figueras

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14 août, 2021

Les fidèles ont plein droit de se défendre contre des agressions liturgiques – même lorsqu’elles émanent du Pape

Je publie volontiers ci-dessous l’intégralité de la traduction d’une réflexion de José Antonio Ureta publiée en italien il y a quelques semaines sur le blog d’Aldo Maria Valli. Je remercie vivement l’auteur de m’avoir adressé pour publication sa propre traduction française de ce texte important, qui donne les raisons précises pour lesquelles il est permis aux catholiques de résister à l’application du Motu proprio
Traditionis Custodes.

José Antonio Ureta fait appel à des éléments anciens et nouveaux détaillant la doctrine de l’Eglise sur sa liturgie et sur l’impossibilité, même pour un pape, d’interdire la célébration des rites traditionnels, comme prétend le faire le pape François à travers la nouvelle obligation qu’il fait peser sur les prêtres de rite romain d’obtenir une autorisation préalable, de l’évêque ou même du Saint-Siège pour les nouveaux ordonnés, pour célébrer selon l’Usus antiquior. – J.S.

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Les fidèles ont plein droit de se défendre contre des
agressions liturgiques – même lorsqu’elles émanent du Pape

par José Antonio Ureta

D’un trait de plume, le pape François a pris des mesures concrètes pour abolir dans la pratique le rite romain de la Sainte Messe, qui était en vigueur essentiellement depuis saint Damase à la fin du IVe siècle – avec des ajouts par saint Grégoire le Grand à la fin du VIe siècle – jusqu’au missel de 1962, promulgué par Jean XXIII. L’intention de restreindre progressivement, jusqu’à son extinction, l’usage de ce rite immémorial est évidente dans la lettre qui accompagne le motu propio Traditionis Custodes, dans laquelle le pontife régnant exhorte les évêques du monde entier à « pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et ont besoin de temps pour revenir au Rite Romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II », qui devient « la seule expression de la lex orandi du Rite Romain ». Sa conséquence pratique est que les prêtres de rite romain n’ont plus le droit de célébrer la messe traditionnelle, et ne peuvent le faire qu’avec la permission de l’évêque – et du Saint-Siège, pour ceux qui seront ordonnés dorénavant !

La question évidente qui se pose face à cette mesure drastique est la suivante : un Pape a-t-il le pouvoir de déroger à un rite en vigueur dans l’Église depuis 1400 ans et dont les éléments essentiels proviennent des temps apostoliques ? Car, si, d’une part, le Vicaire du Christ a la plena et suprema potestas dans les questions « qui touchent à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier » (1), comme l’enseigne le Concile Vatican I, d’autre part il doit respecter les coutumes universelles de l’Église en matière liturgique.

Une réponse péremptoire est donnée au paragraphe 1125 du Catéchisme de l’Église catholique promulgué par Jean-Paul II : « Aucun rite sacramentel ne peut être modifié ou manipulé au gré du ministre ou de la communauté. Même l’autorité suprême dans l’Église ne peut changer la liturgie à son gré, mais seulement dans l’obéissance de la foi et dans le respect religieux du mystère de la liturgie. »

Commentant ce texte, le cardinal Joseph Ratzinger écrivait alors : « Il me semble très important que le Catéchisme, lorsqu’il mentionne les limites du pouvoir de l’autorité suprême de l’Église en ce qui concerne la réforme, rappelle ce qui est l’essence de la primauté de Pierre telle qu’elle est soulignée par les Conciles Vatican I et II : le Pape n’est pas un monarque absolu dont la volonté fait loi, mais plutôt le gardien de l’authentique Tradition et par là même, le premier garant de l’obéissance. Il ne peut pas faire ce qu’il veut, et c’est justement pour cela qu’il peut s’opposer à ceux qui entendent faire ce qu’ils veulent. La loi à laquelle il doit s’en tenir n’est pas d’agir ad libitum, mais l’obéissance à la foi. C’est pourquoi, par rapport à la liturgie, il exerce la tâche du jardinier, et non pas celle du technicien qui construit des machines neuves en jetant les vieilles. Le “rite”, c’est-à-dire la forme de célébration et de prière qui mûrit dans la foi et dans la vie de l’Église, est une forme condensée de la Tradition vivante dans laquelle la sphère du rite exprime l’ensemble de sa foi et de sa prière, permettant ainsi en même temps d’expérimenter la communion entre les générations, la communion avec ceux qui priaient avant nous et prieront après nous. Ainsi le rite apparaît comme un don fait à l’Église, une forme vivante de paradosis. » (2)

Dans son excellent ouvrage La Réforme liturgique en question, Mgr. Klaus Gamber – considéré par le cardinal Joseph Ratzinger comme l’un des plus grands liturgistes du XXe siècle – développe cette pensée. Il part du constat que les rites de l’Église catholique, au sens de formes obligatoires du culte, remontent définitivement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais ils se sont progressivement développés et différenciés à partir de la coutume générale, corroborée plus tard par l’autorité ecclésiastique.

De cette réalité, le liturgiste allemand tire les conclusions suivantes :

1. « Si le rite est né de la coutume générale – et cela ne fait aucun doute pour le connaisseur de l’histoire de la liturgie –, il ne peut être recréé dans sa totalité. » Cela ne s’est même pas produit au début de l’Église, car « les formes liturgiques des jeunes communautés chrétiennes ne se sont que progressivement séparées du rituel juif ».

2. « Comme le rite s’est toujours développé au cours des temps, il pourra continuer à le faire à l’avenir. Mais ce développement devra tenir compte de l’intemporalité de chaque rite et s’effectuer de façon organique (…) sans rupture avec la tradition et sans intervention dirigiste de la part des autorités ecclésiastiques. Celles-ci n’avaient d’autre souci, lors des conciles pléniers ou provinciaux, que d’écarter les irrégularités dans l’exercice du rite. »

3. « Il y a dans l’Église plusieurs rites indépendants. En Occident, outre le rite romain, il y a les rites gallican (disparu), ambrosien et mozarabe ; en Orient, entre autres, les rites byzantin, arménien, syriaque et copte. Chacun de ces rites a parcouru une évolution autonome, au cours de laquelle ses particularités se sont formées. Voilà pourquoi on ne peut simplement échanger entre eux des éléments de ces différents rites. »

4. « Chaque rite constitue une unité homogène. Aussi, la modification de quelques-unes de ses composantes essentielles signifie la destruction du rite tout entier. C’est ce qui s’est passé pour la première fois au temps de la Réforme, lorsque Martin Luther fit disparaître le canon de la messe et relia le récit de l’Institution directement à la distribution de la communion. »

5. « Le retour à des formes primitives ne signifie pas, dans des cas isolés, qu’on modifie le rite, et de ce fait, ce retour est possible dans certaines limites. C’est ainsi qu’il n’y a pas eu rupture avec le rite romain traditionnel, lorsque le pape saint Pie X a rétabli le chant grégorien dans sa forme primitive. »

Le fondateur de l’Institut théologique de Ratisbonne poursuit en commentant que, « alors que la révision de 1965 avait laissé intact le rite traditionnel », « on créait avec l’ordo de 1969 un nouveau rite », qu’il appelle le ritus modernus. Car « il ne suffit pas que quelques parties du missel antérieur aient été conservées dans le nouveau (…) pour parler d’une continuité du rite romain, même si l’on essaie sans cesse d’en apporter la preuve ».

Pour le démontrer d’un point de vue strictement liturgique – car les graves erreurs théologiques, telles l’abaissement du caractère sacrificiel et propitiatoire de la messe, mériteraient un article séparé – il suffit de citer ce que le Pr Roberto de Mattei a écrit sur cette véritable dévastation liturgique :

« Au cours de la Réforme on introduisit progressivement toute une série de nouveautés et de variantes, un certain nombre d’entre elles non prévues ni par le Concile ni par la constitution Missale Romanum de Paul VI. Le quid novum ne saurait être limité à la substitution des langues vulgaires au latin. Il consiste également dans la volonté de concevoir l’autel comme une “table”, pour souligner l’aspect du banquet à la place du sacrifice ; dans la celebratio versus populum, substituée au versus Deum, avec, pour conséquence, l’abandon de la célébration vers l’Orient, c’est-à-dire vers le Christ symbolisé par le soleil naissant ; dans l’absence de silence et de recueillement pendant la cérémonie et dans la théâtralité de la célébration accompagnée souvent de chants qui tendent à désacraliser une Messe dans laquelle le prêtre est souvent réduit à un rôle de “président de l’assemblée” ; dans l’hypertrophie de la liturgie de la parole par rapport à la liturgie eucharistique ; dans le “signe” de la paix qui remplace les génuflexions du prêtre et des fidèles, comme action symbolique du passage de la dimension verticale à celle horizontale de l’action liturgique ; dans la sainte communion reçue par les fidèles debout et dans la main ; dans l’accès des femmes à l’autel ; dans la concélébration, tendant à la “collectivisation” du rite. Il consiste surtout et enfin dans le changement et la substitution des prières de l’Offertoire et du Canon. L’élimination en particulier des mots Mysterium Fidei de la formule eucharistique, peut être considérée, comme l’observe le cardinal Stickler, comme le symbole de la démythification et donc de l’humanisation du noyau central de la Sainte Messe. »

La plus grande révolution liturgique a effectivement eu lieu à l’Offertoire et au Canon. L’offertoire traditionnel, qui préparait et préfigurait l’immolation sans effusion de sang de la Consécration, fut remplacé par le Beràkhôth du Kiddouch, c’est-à-dire par les bénédictions du repas pascal des Juifs. Le Père Pierre Jounel, du Centre Pastoral Liturgique et de l’Institut Supérieur de Liturgie de Paris, l’un des spécialistes du Consilium qui a préparé la réforme liturgique, a décrit dans le journal La Croix l’élément fondamental de la réforme de la Liturgie de l’Eucharistie : « La création de trois nouvelles prières eucharistiques, alors que jusque-là il n’en existait qu’une, la Prière eucharistique I, fixée dans le canon romain dès le IVe siècle. La deuxième a été reprise de la prière d’Hippolyte (IIIe siècle) telle qu’elle fut découverte dans une version éthiopienne à la fin du XIXe siècle. La troisième s’est inspirée du schéma des liturgies orientales. La quatrième a été élaborée en une nuit par une petite équipe autour du P. Gelineau. » (3)

Le P. Joseph Gelineau, S.J. susmentionné ne s’est pas trompé lorsqu’il a salué avec enthousiasme la réforme en déclarant : « Non seulement les paroles, les mélodies et certains gestes sont différents mais à dire la vérité, il s’agit d’une liturgie différente de la Messe. Ceci doit être dit sans ambiguïté : le rite romain tel que nous l’avons connu n’existe plus : il est détruit. » (4)

Comment, alors, le pape François entend-il affirmer, dans sa récente lettre aux évêques, que « quiconque désire célébrer avec dévotion selon la forme liturgique antécédente n’aura aucune difficulté à trouver dans le Missel Romain réformé selon l’esprit du Concile Vatican II, tous les éléments du Rite Romain, en particulier le canon romain, qui constitue un des éléments les plus caractéristiques » ? Cela semble une ironie aussi amère que le titre du motu propio Traditionis Custodes...

Si le Novus Ordo Missae n’est pas une simple réforme et implique une telle rupture avec le rite traditionnel, la célébration de ce dernier ne peut être interdite, comme Mgr Klaus Gamber le souligne : « Pas un seul document, pas même le Codex iuris canonici, n’a déclaré expressément que le pape, en tant que pasteur suprême de l’Église, avait le droit d’abolir le rite traditionnel. Il n’est même nulle part question d’un droit à modifier des coutumes liturgiques particulières. Ce silence est, dans le cas présent, lourd de signification. »

De plus, s’il le faisait, il risquerait de se séparer de l’Église. Mgr Gamber écrit, en effet, que « le célèbre théologien Suarez († 1617), se réclamant d’auteurs plus anciens comme Cajetan († 1534), pense que le pape serait schismatique “s’il ne voulait pas – comme il est de son devoir – maintenir l’unité et le lien avec le corps tout entier de l’Église, par exemple s’il essayait d’excommunier l’Église tout entière ou s’il voulait modifier tous les rites confirmés par la tradition apostolique” ».

C’est probablement pour éviter ce risque de schisme que huit des neuf cardinaux de la Commission nommée par Jean-Paul II en 1986 pour étudier l’application de l’Indult de 1984 ont déclaré que Paul VI n’avait pas réellement interdit l’ancienne messe. Par ailleurs, à la question : « Un évêque, quel qu’il soit, peut-il interdire à un prêtre, en règle avec les autorités, de célébrer, à nouveau, la messe tridentine ? », le Cardinal Stickler a répondu que « à l’unanimité, les neuf cardinaux ont admis qu’aucun évêque ne pouvait interdire à un prêtre catholique de dire la messe tridentine. Il n’y a pas d’interdiction officielle et je pense que jamais le pape ne décrèterait un interdiction officielle ». (5)

Dans le motu propio Traditionis Custodes, le pape François a néanmoins autorisé les évêques à interdire cette célébration. À tel point que la Conférence épiscopale du Costa Rica s’est empressée de décréter collectivement que « l’usage du Missale Romanum de 1962 ou de l’une quelconque des expressions de la liturgie antérieures à 1970 n’est pas autorisé », de sorte qu’« aucun prêtre n’est autorisé à continuer de célébrer selon l’ancienne liturgie ». (6)

Pour tout ce qui précède, nous souscrivons pleinement aux conclusions tirées par l’Abbé Francisco José Delgado : « Je pense que la chose intelligente à faire maintenant est de défendre d’une façon calme et pacifique la vérité sur les lois iniques. Le Pape ne peut pas changer la Tradition par décret ou dire que la liturgie post-Vatican II est la seule expression de la lex orandi dans le Rite Romain. Comme cela est faux, la législation qui découle de ce principe est invalide et, selon la morale catholique, elle ne doit pas être observée, ce qui n’implique pas la désobéissance. » (7)

Il n’est pas nécessaire d’être spécialiste en ecclésiologie pour comprendre que l’autorité et l’infaillibilité papales ont des limites et que le devoir d’obéissance n’est pas absolu. De nombreux théologiens de la meilleure espèce reconnaissent explicitement la légitimité de la résistance publique aux mauvaises décisions ou enseignements des pasteurs, y compris du Souverain Pontife. Ils ont été largement cités dans l’étude d’Arnaldo Xavier da Silveira intitulée « La résistance publique aux décisions de l’autorité ecclésiastique », publiée par la revue Catolicismo en août 1969.

Dans le cas présent, il est permis non seulement de « ne pas observer » le motu proprio du Pape François, mais même de résister à son application, selon le modèle enseigné par saint Paul (Ga 2, 11). Il ne s’agit pas de remettre en cause l’autorité pontificale, pour laquelle notre amour et notre vénération doivent toujours grandir. C’est l’amour pour la papauté elle-même qui doit nous conduire à dénoncer Traditionis Custodes, pour avoir tenté d’éliminer dictatorialement le rite le plus ancien et le plus vénérable du culte catholique, dans lequel tous les fidèles ont le droit de s’abreuver.

L’illustre théologien Francisco de Vitoria (1483-1546) observe : « Selon la loi naturelle, il est licite de repousser la violence par la violence. Or, par des ordres et des dispenses de ce genre, le pape fait violence parce qu’il agit contre la loi, comme nous l’avons prouvé. Il est donc légitime de s’opposer à lui. Ainsi que le fait remarquer Cajetan, nous affirmons tout cela non pas parce que quelqu’un a le droit de juger le pape, ou possède une autorité sur lui – prima Sedes a nemine judicatur –, mais plutôt parce qu’il est légitime de se défendre. De fait, n’importe qui a le droit de résister à un acte injuste, d’essayer de l’empêcher, et de se défendre. » (8)

Pour formuler leur désaccord, les catholiques fidèles peuvent s’inspirer du modèle, tout à la fois ferme et empreint de respect pour le souverain Pontife, utilisé en avril 1974 par le regretté professeur Plinio Corrêa de Oliveira pour sa déclaration de résistance à l’Ostpolitik du pape Paul VI. Les paragraphes clés de cette déclaration, intitulée « La politique de détente du Vatican avec les gouvernements communistes : pour les TFP, s’abstenir ou résister ? » disaient :
« Le lien d’obéissance au successeur de Pierre, que nous ne romprons jamais, que nous aimons dans les profondeurs de notre âme, et auquel nous rendons notre plus haut hommage d’amour, ce lien nous l’embrassons au moment même où, submergés par le chagrin, nous affirmons notre position. Et à genoux, contemplant avec vénération la figure de Sa Sainteté Paul VI, nous lui exprimons toute notre fidélité.

« Dans cet acte filial, nous disons au Pasteur des pasteurs : Notre âme est vôtre, notre vie est vôtre. Commandez-nous de faire ce que vous voulez. Mais ne nous commandez pas de ne rien faire face au loup rouge qui fonce. À cela, notre conscience s’oppose. » (9)


NOTES

1. Const. Pastor Aeternus, ch. 3
3. Paradosis est un terme grec utilisé 13 fois dans la Bible, qui peut être traduit par tradition, instruction, transmission.
5. Demain la liturgie — Essai sur l’évolution des assemblées chrétiennes, Cerf, 1979, in Christophe Geoffroy et Philippe Maxence,  Enquête sur la messe traditionnelle, La Nef hors-série n° 6, p. 51-52.
Ces déclarations du Cardinal Stickler ont paru pour la première fois dans la revue américaine The Latin Mass et ont été reproduites par La Nef, dans le numéro 53 de septembre 1995.
6. https://www.facebook.com/169949476400642/posts/4383320898396791/
8. Obras, p. 486-487


© José Antonio Ureta pour la traduction

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“Traditionis Custodes” : le Barroux commence aujourd'hui une neuvaine à Marie qui défait les nœuds


L’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux lance une grande neuvaine pour implorer « Marie qui défait les nœuds » d’intervenir à la suite du Motu proprio Traditionis Custodes et ses restrictions à l’encontre de la messe tridentine.
 
Cette dévotion a été choisie en raison de l’attachement de Jorge Bergoglio avait pour la Vierge qui vient dénouer les « nœuds » dans nos vies, au point que, évêque puis cardinal de Buenos Aires, il en avait fait la promotion dans son diocèse.

Il est donc raisonnable de demander à celle que le pape François avait rendu si populaire en Argentine de lui inspirer de revenir sur ce funeste Motu proprio, qui a porté à tant de catholiques un coup violent et injuste. Ci-dessous la prière proposée par les moines du Barroux, à réciter dès ce 14 août et jusqu’au 22 août, fête du Cœur Immaculé de Marie dans l’ancien calendrier depuis 1942.

Ce Cœur dont le triomphe nous a été promis… – J.S.










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26 juillet, 2021

“Traditionis Custodes” : Mgr Robert Mutsaerts réagit vivement contre cet « oukase maléfique »

Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, vient de publier un commentaire vif sur le Motu proprio Traditionis Custodes qui met la messe tridentine sous cloche avec l’objectif de l’éliminer. Je vous propose ici ma traduction intégrale de son analyse, parue le 23 juillet sur son blog. – J.S.

*


Un oukase maléfique du pape François



Le pape François veut propager la synodalité : tout le monde doit pouvoir participer au débat, tout le monde doit être entendu. Il n’en a guère été question dans son motu proprio Traditionis Custodes récemment publié : cet oukase qui vise à mettre un terme immédiat à la messe traditionnelle en latin. Ce faisant, François tire un trait sur Summorum Pontificum, le Motu proprio du pape Benoît qui a donné un large droit de cité à l'ancienne messe. Le fait que François s’empare ici de la parole du pouvoir sans aucune consultation montre qu’il est en train de perdre son autorité. C’était déjà devenu évident lorsque la Conférence épiscopale allemande n’a pas tenu compte des conseils du pape au sujet du processus de synodalité. La même chose s’est produite aux États-Unis lorsque le pape François a demandé à la Conférence des évêques de ne pas préparer un document sur la digne réception de la communion. Dès lors qu’il s’agit de la messe traditionnelle, on va se passer de conseils, et faire plutôt de l’injonction contraignante, a dû penser le pape, .

Le langage utilisé ressemble décidément beaucoup à une déclaration de guerre. Tous les papes depuis Paul VI ont toujours laissé des ouvertures pour l’ancienne messe. Si des modifications ont été apportées, elles étaient mineures : voir par exemple les indults de 1984 et 1989. Jean-Paul II croyait fermement que les évêques devaient être généreux quant à l’autorisation de la messe tridentine. Benoît XVI a même ouvert la porte en grand avec Summorum Pontificum : “Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste sacré pour nous.”

François, lui, claque violemment la porte au moyen de Traditionis Custodes. Cela ressemble à une trahison et c’est une gifle au visage de ses prédécesseurs. L’Église n'a jamais aboli les liturgies. Pas même le concile de Trente. François rompt complètement avec cette tradition. Le Motu proprio contient quelques propositions et injonctions brèves et fortes. Tout cela est rendu plus explicite par le biais d'une déclaration jointe,  plus longue. Cette déclaration contient un certain nombre d'erreurs factuelles. L’une d’elles est l'affirmation selon laquelle ce que Paul VI a fait après Vatican II serait identique à ce que Pie V a fait après Trente. C'est complètement faux. N’oubliez pas qu'avant cette époque, divers manuscrits (surchargés) circulaient et que des liturgies locales étaient apparues ici et là. C’était le bazar.

Le concile de Trente avait pour but de restaurer les liturgies, éliminer les inexactitudes et vérifier l'orthodoxie. Trente ne s’occupait pas de réécrire la liturgie, ni de faire de nouveaux ajouts, de nouvelles prières eucharistiques, un nouveau lectionnaire ou un nouveau calendrier. Il s’agissait simplement d’assurer une continuité organique ininterrompue. Le missel de 1517 est revenu au missel de 1474 et ainsi de suite jusqu’au 4ème siècle. Il y a eu une continuité à partir du 4ème siècle. Après le 15e siècle, il y a également quatre siècles de continuité. De temps en temps, il y avait tout au plus quelques changements mineurs ou l’ajout d'une fête, d’une mémoire ou d’une rubrique.

Vatican II, à travers le document conciliaire Sacrosanctum Concilium, a demandé des réformes liturgiques. C’est un document conservateur. Le latin y était maintenu, les chants grégoriens conservaient leur place légitime dans la liturgie. Cependant, les développements qui ont suivi Vatican II sont très éloignés des documents conciliaires. Le fameux « esprit du concile » ne se trouve nulle part dans les textes du concile eux-mêmes. On ne retrouve que 17 % des prières de l'ancien missel (Trente) dans le nouveau missel (Paul VI). Il est difficile de parler de la continuité d'un développement organique. Benoît XVI l’a reconnu et, pour cette raison, a donné une large place à l'ancienne messe. Il a même dit que personne n'avait besoin de sa permission (“Ce qui était sacré alors, l'est toujours aujourd'hui”).

Le pape François fait à présent comme si son Motu proprio s’inscrivait dans le développement organique de l'Église, ce qui est en contradiction totale avec la réalité. En rendant la messe en latin pratiquement impossible, il rompt avec la tradition liturgique séculaire de l’Église catholique romaine. La liturgie n’est pas un jouet des papes, mais l’héritage de l'Église. L’ancienne messe n’est pas une question de nostalgie ou de goût. Le pape doit être le gardien de la Tradition ; le pape est le jardinier, pas le fabricant. Le droit canonique n’est pas seulement une question de droit positif, il y a aussi le droit naturel et le droit divin, et il y a aussi, par dessus de le marché, la Tradition, qui ne peut pas être simplement balayée.

Ce que fait ici le pape François n'a rien à voir avec l’évangélisation et encore moins avec la miséricorde. Il s’agit plutôt d'une idéologie. Allez donc dans une paroisse où l’ancienne messe est célébrée. Qu’y trouverez-vous ? Des gens qui veulent simplement être catholiques. Ce ne sont généralement pas des personnes qui s'impliquent dans des disputes théologiques, pas plus qu’elles ne sont opposées à Vatican II (bien qu’elles soient contre sa mise en œuvre). Elles aiment la messe latine en raison de son caractère sacré, de sa transcendance, du salut des âmes qui s’y trouve au centre, et de la dignité de la liturgie. Vous y rencontrerez des familles nombreuses, et les gens s’y sentent les bienvenus. Elle n’est célébrée qu’en un petit nombre de lieux. Pourquoi le pape veut-il priver les gens de cela ? Je reviens à ce que j'ai dit précédemment : c’est de l’idéologie. C’est Vatican II, y compris sa mise en œuvre avec toutes ses aberrations, ou rien ! Le nombre relativement faible de croyants (qui, soit dit en passant, augmente, alors que le Novus Ordo s’effondre) qui se sentent chez eux à la messe traditionnelle doit être et sera éliminé. C'est de l’idéologie et du mal par nature.

Si vous voulez vraiment évangéliser, si vous voulez vraiment faire preuve de miséricorde, si vous voulez vraiment soutenir les familles catholiques, alors vous garderez la messe tridentine à l’honneur. Dès aujourd'hui, l’ancienne messe n’a plus le droit d'être célébrée dans les églises paroissiales (mais alors, où ?), il faut obtenir une permission explicite de son évêque, qui ne peut l’autoriser que pour des jours déterminés ; pour ceux qui seront ordonnés à l’avenir et qui voudraient célébrer l’ancienne messe, l’évêque doit demander l’avis de Rome. Peut-on faire plus dictatorial ? Moins pastoral et miséricordieux ?

François appelle dans l'art. 1 de son motu proprio le Novus Ordo (la messe actuelle) « la seule expression de la Lex Orandi du Rite Romain ». Il ne fait donc plus de distinction entre la forme ordinaire (Paul VI) et la forme extraordinaire (messe tridentine). Il a toujours été dit que les deux sont des expressions de la Lex Orandi, donc pas seulement le Novus Ordo. Encore une fois, l’ancienne messe n’a jamais été abolie ! Je n'entends jamais Bergoglio parler des nombreux abus liturgiques qui existent ici et là dans d’innombrables paroisses. Dans les paroisses, tout est possible, sauf la messe tridentine. Toutes les armes sont jetées dans la bataille pour bannir la Messe traditionnelle. Pourquoi ? Pour l’amour de Dieu, pourquoi ? Quelle est cette obsession de François à vouloir éradiquer ce petit groupe de traditionalistes ? Le pape doit être le gardien de la tradition, et non le gardien de la prison. Alors qu’Amoris Laetitia excellait dans le flou, Traditionis Custodes est une déclaration de guerre parfaitement claire.

Je tends à penser que le pape François se tire une balle dans le pied avec ce Motu proprio. Pour la Fraternité Saint-Pie X, ce sera une bonne nouvelle. Ils n’auraient jamais pu deviner qu’ils devraient cela au pape François…

+ Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire



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“Traditionis custodes” : Mgr Schneider répond aux questions de Diane Montagna (traduction intégrale)

Je vous propose, à la demande de Mgr Schneider, ma traduction française et officielle de l’entretien qu’il vient de donner à Diane Montagna pour “The Remnant”, sur le Motu proprio Traditionis Custodes. C’est un texte vigoureux, où le prélat invite les catholiques attachés à la messe traditionnelle de combattre les velléités des « inquisiteurs de la liturgie » de faire disparaître la messe tridentine. – J.S.

*


Diane Montagna : Excellence, la nouvelle lettre apostolique du pape François, publiée sous forme de Motu proprio le 16 juillet 2021, s’intitule Traditionis Custodes (Gardiens de la Tradition). Quelle a été votre première impression quant au choix de ce titre ?

Mgr Schneider : Cela m’a d’emblée fait l’impression d’un berger qui, au lieu de porter l’odeur de ses brebis, les frappe rageusement avec un bâton.

Quelles sont vos impressions générales à propos de ce Motu proprio et de la Lettre du Pape François aux évêques du monde entier qui l’accompagne, où il explique ses raisons pour restreindre la Messe latine traditionnelle ?

Dans son exhortation apostolique programmatique Evangelii Gaudium, le Pape François recommande certaines « dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas » (n. 165). Pourtant, à la lecture du nouveau Motu proprio et de la Lettre qui l’accompagne, on a l’impression inverse, à savoir que le document, dans son ensemble, fait preuve d’intolérance pastorale et même de rigidité spirituelle. Le Motu proprio et la Lettre qui l’accompagne communiquent un esprit réprobateur et peu accueillant. Dans le document sur la fraternité humaine (signé à Abu Dhabi le 4 février 2019), le pape François embrasse la « diversité des religions », alors que dans son nouveau Motu proprio, il rejette résolument la diversité des formes liturgiques du rite romain.
Ce Motu proprio présente un contraste d’attitude, ô combien flagrant, par rapport au principe directeur du pontificat du Pape François, à savoir l’inclusion et l’amour préférentiel pour les minorités et ceux qui se trouvent à la périphérie de la vie de l’Église. Et quelle position étonnamment étroite d’esprit ne découvre-t-on pas dans le Motu Proprio, en contradiction avec les propres mots du Pape François : « Nous savons que de différentes parts nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare – en séparant, qui nous exclue – en excluant, qui nous enferme – en enfermant les rêves et la vie de tant de nos frères » (Homélie aux Vêpres, 31 décembre 2016). Les nouvelles normes du Motu proprio dénigrent la forme millénaire de la lex orandi de l’Église romaine et, en même temps, elles « enferment les rêves et la vies de tant » de familles catholiques, et en particulier des jeunes et des jeunes prêtres, dont la vie spirituelle et l’amour pour le Christ et l’Église ont grandi et ont grandement bénéficié de la forme traditionnelle de la sainte messe.

Le Motu proprio établit le principe d’une rare exclusivité liturgique, en déclarant que les nouveaux livres liturgiques promulgués sont la seule expression [unica] de la lex orandi du Rite Romain (Art. 1). Quel contraste cette position n’offre-t-elle pas, aussi, par rapport à ces paroles du pape François : « C’est vrai, l’Esprit Saint suscite les différents charismes dans l’Église ; apparemment, cela semble créer du désordre, mais en réalité, sous sa conduite, cela constitue une immense richesse, parce que l’Esprit Saint est l’Esprit d’unité, qui ne signifie pas uniformité » (Homélie du pape François à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

Quelles sont les plus grandes inquiétudes que suscitent chez vous le nouveau document ?

En tant qu’évêque, l’une de mes principales préoccupations est celle-ci : qu’au lieu de favoriser une plus grande unité par la coexistence de diverses formes liturgiques authentiques, le Motu proprio ne crée une société à deux vitesses dans l’Église, avec des catholiques de première classe et des catholiques de seconde classe. Les privilégiés de première classe sont ceux qui adhèrent à la liturgie réformée, c’est-à-dire au Novus Ordo, tandis que les catholiques de seconde classe, qui seront désormais à peine tolérés, comprennent un grand nombre de familles, d’enfants, de jeunes et de prêtres catholiques qui, au cours des dernières décennies, ont grandi dans la liturgie traditionnelle et ont fait l’expérience, avec un grand bénéfice spirituel, de la réalité et du mystère de l’Église grâce à cette forme liturgique, que les générations précédentes considéraient comme sacrée et qui a formé tant de saints et de catholiques exceptionnels au cours de l’histoire.

Le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne commettent une injustice à l’égard de tous les catholiques qui adhèrent à la forme liturgique traditionnelle, en les accusant d’être source de division et de rejeter le Concile Vatican II. En fait, une partie considérable de ces catholiques se tient loin des discussions doctrinales à propos de Vatican II, du nouvel ordre de la Messe (Novus Ordo Missae), et d’autres problèmes liés à la politique ecclésiastique. Ils veulent simplement adorer Dieu dans la forme liturgique par laquelle Dieu a touché et transformé leurs cœurs et leurs vies. L’argument invoqué dans le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne, à savoir que la forme liturgique traditionnelle crée des divisions et menace l’unité de l’Église, est contredit par les faits. En outre, le ton désobligeant adopté dans ces documents à l’encontre de la forme liturgique traditionnelle conduirait tout observateur impartial à conclure que ces arguments ne sont qu’un prétexte et une ruse, et que quelque chose d’autre est ici en jeu.

Trouvez-vous probante la comparaison faite par le pape François (dans sa lettre d’accompagnement aux évêques) entre ses nouvelles mesures et celles prises par saint Pie V en 1570 ?

L’époque du concile Vatican II et de l’Église dite « conciliaire » a été caractérisée par une ouverture à la diversité et à l’inclusion des spiritualités et des expressions liturgiques locales, ainsi que par le rejet du principe d’uniformité de la pratique liturgique de l’Église. Tout au long de l’histoire, la véritable attitude pastorale a été celle de la tolérance et du respect envers une diversité de formes liturgiques, à condition qu’elles expriment l’intégrité de la foi catholique, la dignité et le caractère sacré des formes rituelles, et qu’elles portent un véritable fruit spirituel dans la vie des fidèles. L’Église romaine reconnaissait jadis la diversité des expressions dans sa lex orandi. Dans la constitution apostolique promulguant la liturgie tridentine, Quo Primum (1570), le pape Pie V, en approuvant toutes les expressions liturgiques de l’Église romaine qui avaient plus de deux cents ans, les reconnaissait comme une expression également digne et légitime de la lex orandi de l’Église romaine. Dans cette bulle, le pape Pie V a déclaré qu’il n’annulait en aucun cas les autres expressions liturgiques légitimes de l’Église romaine. La forme liturgique de l’Église romaine qui était valide jusqu’à la réforme de Paul VI n’est pas née avec Pie V, mais est restée essentiellement inchangée même pendant des siècles avant le Concile de Trente. La première édition imprimée du Missale Romanum remonte à 1470, soit cent ans avant le missel publié par Pie V. L’ordre de la messe des deux missels est presque identique ; la différence réside davantage dans des éléments secondaires, tels que le calendrier, le nombre de préfaces et des normes rubriques plus précises.

Le nouveau Motu Proprio du pape François est également très préoccupant en ce qu’il manifeste une attitude discriminatoire à l’égard d’une forme liturgique quasi millénaire de l’Église catholique. L’Église n’a jamais rejeté ce qui, au cours de nombreux siècles, a exprimé le caractère sacré, la précision doctrinale et la richesse spirituelle, et a été exalté par de nombreux papes, de grands théologiens (par exemple saint Thomas d’Aquin) et de nombreux saints. Les peuples d’Europe occidentale et, en partie, d’Europe orientale, d’Europe du Nord et du Sud, des Amériques, d’Afrique et d’Asie ont été évangélisés et formés doctrinalement et spirituellement par le rite romain traditionnel, et ces peuples ont trouvé dans ce rite leur demeure spirituelle et liturgique. Le pape Jean-Paul II a donné un exemple d’appréciation sincère de la forme traditionnelle de la Messe, lorsqu’il a affirmé : « Dans le Missel Romain, dit de Saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, on trouve de très belles prières avec lesquelles le prêtre exprime le plus profond sens d’humilité et de révérence face aux saints mystères: celles-ci révèlent la substance même de toute liturgie » (Message aux participants à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, 21 septembre 2001).

Ce serait aller contre le véritable esprit de l’Église de tous les temps que d’exprimer aujourd’hui du mépris pour cette forme liturgique, de la désigner comme « source de division » et comme dangereuse pour l’unité de l’Église, et d’émettre des normes visant à faire disparaître cette forme à terme. Les normes établies par le Motu proprio du pape François cherchent à arracher sans pitié la liturgie traditionnelle des âmes et des vies de tant de catholiques, elle qui est sainte en soi et représente la patrie spirituelle de ces catholiques. Avec ce Motu Proprio, les catholiques qui ont été aujourd’hui spirituellement nourris et formés par la liturgie traditionnelle de la Sainte Mère l’Eglise, ne vivront plus l’Eglise comme une mère mais plutôt comme une « marâtre », conformément à la description qu’en a faite le pape François lui-même : « Une mère qui critique, qui dit du mal de ses enfants n’est pas une mère ! Je crois que l’on dit “marâtre” en italien… Elle n’est pas une mère » (Discours aux religieux du diocèse de Rome, 16 mai 2015).

La lettre apostolique du pape François a été publiée le jour de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, patronne des carmélites (comme sainte Thérèse de Lisieux), qui prient particulièrement pour les prêtres. À la lumière de ces nouvelles mesures, que diriez-vous aux séminaristes diocésains et aux jeunes prêtres qui espéraient célébrer la messe traditionnelle en latin ?

Le cardinal Joseph Ratzinger a abordé la question de la limitation des pouvoirs du pape en matière de liturgie, en donnant cette explication éclairante : « Le Pape n’est pas un monarque absolu dont la volonté fait loi, mais plutôt le gardien de l’authentique Tradition et par là même, le premier garant de l’obéissance. Il ne peut pas faire ce qu’il veut, et c’est justement pour cela qu’il peut s’opposer à ceux qui entendent faire ce qu’ils veulent. La loi à laquelle il doit s’en tenir n’est pas d’agir ad libitum, mais l’obéissance à la foi. C’est pourquoi, par rapport à la liturgie, il exerce la tâche du jardinier, et non pas celle du technicien qui construit des machines neuves en jetant les vieilles. Le “rite”, c’est-à-dire la forme de célébration et de prière qui mûrit dans la foi et dans la vie de l’Église, est une forme condensée de la Tradition vivante dans laquelle la sphère du rite exprime l’ensemble de sa foi et de sa prière, permettant ainsi en même temps d’expérimenter la communion entre les générations, la communion avec ceux qui priaient avant nous et prieront après nous. Ainsi le rite apparaît comme un don fait à l’Église, une forme vivante de paradosis, de transmission de la Tradition » (Préface du livre The Organic Development of the Liturgy.  The Principles of Liturgical Reform and Their Relation to the Twentieth-century Liturgical Movement Prior to the Second Vatican Council par Dom Alcuin Reid, San Francisco 2004).

La Messe traditionnelle est un trésor qui appartient à toute l’Église, puisque les prêtres et les saints l’ont célébrée et profondément estimée et aimée depuis mille ans au moins. En fait, la forme traditionnelle de la Messe était déjà presque la même pendant des siècles avant la publication du Missel du pape Pie V en 1570. Un trésor liturgique valide et hautement estimé, vieux de près de mille ans, n’est pas la propriété privée d’un pape, dont il pourrait librement disposer. Par conséquent, les séminaristes et les jeunes prêtres doivent demander le droit d’utiliser ce trésor commun de l’Église, et si ce droit leur était refusé, ils pourraient néanmoins l’utiliser, peut-être de manière clandestine. Ce ne serait pas un acte de désobéissance, mais plutôt d’obéissance à la Sainte Mère l’Église qui nous a donné ce trésor liturgique. Le ferme rejet d’une forme liturgique quasi millénaire par le pape François représente, en effet, un phénomène éphémère par rapport à l’esprit et à la praxis constants de l’Église.

Excellence, quelle a été votre impression jusqu’à présent quant à la mise en œuvre de Traditionis Custodes ?

En quelques jours à peine, des évêques diocésains et même une conférence épiscopale entière ont déjà commencé à supprimer systématiquement toute célébration de la forme traditionnelle de la Sainte Messe. Ces nouveaux « inquisiteurs de la liturgie » ont fait preuve d’un cléricalisme étonnamment rigide, semblable à celui décrit et déploré par le pape François, lorsqu’il a déclaré : « Il existe cet esprit de cléricalisme dans l’Église, que l’on sent : les clercs se sentent supérieurs, les clercs s’éloignent des gens, les clercs disent toujours : “cela se fait ainsi, ainsi, ainsi, et vous, allez vous-en!” » (Méditation quotidienne de la sainte messe du 13 décembre 2016).

Le Motu proprio anti-traditionnel du pape François partage certaines similitudes avec les décisions liturgiques fatidiques et extrêmement rigides prises par l’Église russe-orthodoxe sous le patriarche Nikon de Moscou entre 1652 et 1666. Elles avaient fini par aboutir à un schisme durable connu sous le nom de « Vieux Ritualistes » (en russe : staroobryadtsy), qui ont maintenu les pratiques liturgiques et rituelles de l’Église russe telles qu’elles existaient avant les réformes du patriarche Nikon. Résistant à l’adaptation de la piété russe aux formes contemporaines du culte grec-orthodoxe, ces vieux ritualistes ont été anathématisés, ainsi que leur rituel, lors du synode de 1666-67, ce qui a provoqué une division entre les vieux ritualistes et ceux qui ont suivi l’Église d’État dans sa condamnation du vieux rite. Aujourd’hui, l’Église orthodoxe russe regrette les décisions draconiennes du patriarche Nikon, car si les normes qu’il a mises en œuvre avaient réellement été pastorales, et qu’elles avaient permis l’utilisation de l’ancien rite, il n’y aurait pas eu un schisme de plusieurs siècles, avec de nombreuses souffrances inutiles et cruelles.

Nous assistons aujourd’hui à un nombre croissant de célébrations de la sainte messe, qui sont devenues une plate-forme pour promouvoir le mode de vie pécheur de l’homosexualité – les « messes LGBT », une expression qui, en soi, est déjà un blasphème. De telles messes sont tolérées par le Saint-Siège et de nombreux évêques. Il est urgent d’adopter un Motu proprio avec des normes strictes supprimant la pratique de ces « messes LGBT », car elles sont un outrage à la majesté divine, un scandale pour les fidèles (les petits) et une injustice envers les personnes homosexuelles sexuellement actives qui, par ces célébrations, sont confirmées dans leurs péchés et dont le salut éternel est ainsi mis en danger.

Pourtant, un certain nombre d’évêques, notamment aux Etats-Unis mais aussi ailleurs, comme en France, ont soutenu les fidèles de leur diocèse attachés à la messe latine traditionnelle. Que diriez-vous pour encourager ces frères évêques ? Et quelle attitude les fidèles doivent-ils avoir à l’égard de leurs évêques, dont beaucoup ont été eux-mêmes surpris par le document ?

Ces évêques ont fait preuve d’une véritable attitude apostolique et pastorale, comme ceux qui sont « des bergers avec l’odeur des brebis ». J’encourage ces évêques et beaucoup d’autres à poursuivre cette noble attitude pastorale. Que ni les louanges des hommes ni la crainte des hommes ne les animent, mais seulement la plus grande gloire de Dieu, et le plus grand bénéfice spirituel des âmes et leur salut éternel. De leur côté, les fidèles doivent manifester à l’égard de ces évêques, gratitude, respect et amour filial.

Quel effet produira selon vous le Motu Proprio ?

Le nouveau Motu proprio du Pape François est finalement une victoire à la Pyrrhus ; il aura un effet boomerang. Les nombreuses familles catholiques et le nombre toujours croissant de jeunes et de prêtres – en particulier de jeunes prêtres – qui assistent à la messe traditionnelle, ne pourront pas permettre que leur conscience soit violée par un acte administratif aussi radical. Dire à ces fidèles et à ces prêtres qu’ils doivent simplement être obéissants à ces normes ne fonctionnera pas avec eux, en définitive, parce qu’ils comprennent qu’un appel à l’obéissance perd son pouvoir quand le but est de supprimer la forme traditionnelle de la liturgie, le grand trésor liturgique de l’Église romaine.

Avec le temps, une chaîne mondiale de messes-catacombes va certainement apparaître, comme cela se produit en période d’urgence et de persécution. Il se peut que nous assistions à une ère de messes traditionnelles clandestines, semblables à celle, si impressionnante, dépeinte par Aloysius O’Kelly dans son tableau Mass in Connemara (Ireland) during Penal Times. Ou peut-être vivrons-nous une époque semblable à celle décrite par saint Basile le Grand, lorsque les catholiques traditionnels étaient persécutés par un épiscopat arien libéral au quatrième siècle. Saint Basile écrivait : « Les bouches des vrais croyants sont muettes, tandis que toute langue blasphématoire s’agite librement ; les choses saintes sont foulées aux pieds ; les meilleurs laïcs fuient les églises comme des écoles d’impiété ; et ils lèvent leurs mains dans les déserts avec des soupirs et des larmes vers leur Seigneur dans le ciel. Vous avez dû entendre ce qui se passe dans la plupart de nos villes, comment nos gens, avec femmes et enfants, et même nos vieillards, sortent en courant devant les murs, et font leurs prières en plein air, supportant avec une grande patience tous les inconvénients du temps, et attendant le secours du Seigneur » (Lettre 92).

La diffusion admirable, harmonieuse et tout à fait spontanée de la forme traditionnelle de la Messe et sa croissance continue, dans presque tous les pays du monde, y compris dans les terres les plus reculées, est sans aucun doute l’œuvre de l’Esprit Saint, et un véritable signe de notre temps. Cette forme de la célébration liturgique porte de véritables fruits spirituels, en particulier dans la vie des jeunes et des convertis à l’Église catholique, car beaucoup de ces derniers ont été attirés à la foi catholique précisément grâce au pouvoir irradiant de ce trésor de l’Église. Le pape François et les autres évêques qui exécuteront son Motu proprio devraient sérieusement prendre en considération le sage conseil de Gamaliel, et se demander s’ils ne sont pas en train de lutter contre une œuvre de Dieu : « Et maintenant je vous dis : Retirez-vous de ces hommes, et laissez-les aller ; car si ce conseil ou cette œuvre vient des hommes, elle (se) dissoudra ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas la dissoudre, et vous risquez de combattre contre Dieu même ! » (Actes 5, 38-39). Puisse le pape François reconsidérer, en vue de l’éternité, son acte draconien et tragique, et rétracter courageusement et humblement ce nouveau Motu proprio, en rappelant ses propres paroles : « En réalité, l’Église se montre fidèle à l’Esprit Saint dans la mesure où elle n’a pas la prétention de le régler ni de le domestiquer » (Homélie à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

En attendant, de nombreuses familles catholiques, des jeunes et des prêtres de tous les continents pleurent maintenant, car le Pape – leur père spirituel – les a privés de la nourriture spirituelle de la Messe traditionnelle, qui a tant renforcé leur foi et leur amour pour Dieu, pour la Sainte Mère l’Église et pour le Siège Apostolique. Ils peuvent, pour un temps, « s’en aller en pleurant, jetant la semence ; 
ils s’en viennent, ils s’en viennent dans la joie, ils rapporte les gerbes. » (Psaume 126, 6).

Ces familles, ces jeunes et ces prêtres pourraient adresser au pape François des mots semblables à ceux-ci : « Très Saint Père, rendez-nous ce grand trésor liturgique de de l’Église. Ne nous traitez pas comme vos enfants de seconde zone. Ne violez pas nos consciences en nous obligeant à adopter une forme liturgique unique et exclusive, vous qui avez toujours proclamé au monde entier la nécessité de la diversité, de l’accompagnement pastoral et du respect de la conscience. N’écoutez pas les représentants d’un cléricalisme rigide qui vous ont conseillé de réaliser une action aussi impitoyable. Soyez un vrai père de famille, qui “tire de son trésor ce qui est nouveau et ce qui est ancien” (Mt 13, 52). Si vous voulez bien entendre notre voix, au jour de votre jugement devant Dieu, nous serons vos meilleurs intercesseurs. »


© leblogdejeannesmits pour la traduction.

Photo : “The Remnant”, avec le tableau cité par Mgr Schneider “Mass in Connemara”

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