02 août, 2020

Père Bruckberger : “Sermon pour la Sainte-Madeleine”

De passage à l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, l'histoire de l'« apôtre des apôtres » qui vint finir ses jours dans cette belle Provence, chrétienne dès les tout débuts, prend un relief particulier. Elle est aussi une sainte pour notre temps, celle qui avec la Sainte Vierge représente l'Eglise : l'Immaculée est image et mère de l'Eglise sainte, tandis que Marie-Madeleine, la repentie, la figure dans sa dimension humaine et imparfaite, composée de pécheurs, mais recevant avec abondance la grâce du Christ qu'il lui appartient de répandre. Qu'elle intercède pour l'Eglise en ces temps troublés.

Bien volontiers je publie ci-dessous une note de lecture qu'Olivier Figueras m'a confiée alors que nous venons, il y a quelques jours, de fêter la Sainte-Madeleine avec les participants de l'université d'été du Centre Charlier. – J.S.



*

Nous venons de fêter Marie-Madeleine. Et à cette occasion je me suis replongé dans le sermon que le R.P. Bruckberger avait donné, pour la même fête, il y a trente-cinq ans, au monastère du Barroux qui, justement, est consacré à Marie-Madeleine. 
Marie-Madeleine, c’est une histoire d’amour, du péché – des péchés – à la rédemption. Une histoire d’amour qui a été totalement, absolument, centrée (ou re-centrée) sur le Christ. 
Cette histoire d’amour, le P. Bruckberger l’a puissamment fait revivre à nos oreilles dans ce sermon que les moines du Barroux ont publié – et à deux reprises. Un court texte – à peine vingt pages – assurément vite lues, mais dont l’écho résonne longuement au cœur.
Je n’en retiendrai, pour ne pas en déflorer la lecture que je vous recommande chaleureusement, qu’une phrase. Une phrase qui m’a particulièrement frappé. 
« Au fond, dans notre vie la faute la plus grave que nous ayons commise est peut-être de ne pas avoir assez donné et peut-être, plus grave encore, de ne pas savoir recevoir. » 
L’amour n’est pas univoque. Si aimer, c’est tout donner, comme l’a si bien dit la petite Thérèse, cela n’est possible que si nous avons accepté de tout recevoir. Que donnerions-nous d’ailleurs s’il devait en être autrement ?
Olivier Figueras


“Sermon pour la Sainte-Madeleine est disponible à la boutique en ligne de l'Abbaye Sainte Madeleine, et à l'excellente librairie en ligne « Livres en famille », partenaire de ce blog.


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25 juillet, 2020

Epée de la conquête, sourates antichrétiennes : première prière musulmane à Sainte Sophie depuis 86 ans

L'islam ne connaît pas la tentation de l'« enfouissement ». C'est en conquérants que les musulmans sont entrés dans la basilique Sainte-Sophie à Istanbul, le 24 juillet, pour la première prière du vendredi depuis que la basilique byzantine fut transformée en musée il y 86 ans… après une longue occupation islamique violemment commencée dès la prise de Constantinople en 1453. Sainte-Sophie est « redevenue » mosquée, annonce la presse. Non, c'est une église, l'une des plus vénérables de la chrétienté… La « reprise » du lieu par une foule de dignitaires, Recep Tayyip Erdogan en tête, tandis que des milliers de fidèles suivaient les prières depuis les abords de l'édifice, a été fortement marqué par un antichristianisme affirmé. L'imam Ali Erbaş, président des Affaires religieuses de la République turque, est monté au midram pour donner son prêche, l'épée de la conquête à la main.


Cette épée est censée représenter la « conquête » du bâtiment, et les versets de la conquête y sont gravés.

Voici l'image d'Ali Erbaş, l'épée à la main : il venait de la saisir en arrivant en haut des marches de la « chaire » musulmane installée dans Sainte-Sophie il y a plusieurs siècles :


On peut voir le film de ces moments ici :



Le même Ali Erbaş a récité – en arabe bien sûr – cinq sourates, dont quatre identifiées par la presse turque. Et cela vaut la peine d'être analysé.

Toutes les traductions françaises de ces sourates se trouvent aisément sur Internet.

La première est la sourate Maryam : elle raconte la naissance de Jean-Baptiste, vaguement selon le récit biblique, puis l'« annonciation » par l'ange Gibril à « Maryam » de la naissance (plus ou moins) virginale de son fils. Rien à voir avec le récit de l'Annonciation, comme l'explique bien notre ami Moh-Christophe Bilek de Notre-Dame de Kabylie, ce n'est pas notre Très Sainte Mère Marie…

Première remarque (ce fait m'avait frappé il y a bien longtemps), l'assentiment de Maryam n'est pas demandé. Exit le Fiat

20 Elle dit: « Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m'a touchée, et que je ne suis pas prostituée ? » 
21 Il dit: « Ainsi sera-t-il ! Cela M'est facile, a dit ton Seigneur ! Et Nous ferons de lui un signe pour les gens, et une miséricorde de Notre part. C'est une affaire déjà décidée. » 
22 Elle devint donc enceinte [de l'enfant], et elle se retira avec lui en un lieu éloigné.

Plus loin, on lit :

35 Il ne convient pas à Allah de S'attribuer un fils. Gloire et Pureté à Lui ! Quand Il décide d'une chose, Il dit seulement: « Sois ! » et elle est.
Et :

37 [Par la suite,] les sectes divergèrent entre elles. Alors, malheur aux mécréants lors de la vue d'un jour terrible !
Et surtout :

85 (Rappelle-toi) le jour où Nous rassemblerons les pieux sur des montures et en grande pompe, auprès du Tout Miséricordieux, 
86 et pousserons les criminels à l'Enfer comme (un troupeau) à l'abreuvoir, 
87 ils ne disposeront d'aucune intercession, sauf celui qui aura pris un engagement avec le Tout Miséricordieux. 
88 Et ils ont dit: « Le Tout Miséricordieux S'est attribué un enfant ! » 
89 Vous avancez certes là une chose abominable ! 
90 Peu s'en faut que les cieux ne s'entrouvrent à ces mots, que la terre ne se fende et que les montagnes ne s'écroulent, 
91 du fait qu'ils ont attribué un enfant au Tout Miséricordieux, 
92 alors qu'il ne convient nullement au Tout Miséricordieux d'avoir un enfant !
La sourate Ikhlas lui a fait suite. Elle est courte :

1 Dis: « Il est Allah, Unique. 
2 Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. 
3 Il n'a jamais engendré, n'a pas été engendré non plus. 
4 Et nul n'est égal à Lui. »
Puis la sourate Al-Falaq, courte elle aussi :

1 Dis: « Je cherche protection auprès du Seigneur de l'aube naissante, 
2 contre le mal des êtres qu'Il a créés, 
3 contre le mal de l'obscurité quand elle s'approfondit, 
4 contre le mal de celles qui soufflent [les sorcières] sur les nœuds, 
5 et contre le mal de l'envieux quand il envie. »

Enfin, la sourate Nas :

1 Dis: « Je cherche protection auprès du Seigneur des hommes. 
2 Le Souverain des hommes, 
3 Dieu des hommes, 
4 contre le mal du mauvais conseiller, furtif, 
5 qui souffle le mal dans les poitrines des hommes, 
6 qu'il (le conseiller) soit un djinn, ou un être humain. »

On est évidemment aux antipodes du dialogue inter-religieux, mais surtout dans un rejet bruyant, explicite, de la foi et du culte chrétiens. C'est moins une prière qu'un message très précisément adressé…

Comme ce sera le cas pendant toutes les prières récitées à la « Mosquée Sainte-Sophie », les mosaïques figurant Notre Seigneur et sa Très Sainte Mère ont été voilées. Et deux drapeaux verts ornent le midram, sous les inscriptions arabes qui sont toujours restées dans Sainte-Sophie, même depuis 1934.




Voilà, c'est le moment d'aller lire sur le blog d'Yves Daoudal son article sur cette affaire, intitulé « Constantinople ». Avec les paroles de l'hymne Acathiste, composée pour célébrer la victoire de Constaninople sur les Perses en 626.



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Nouvelles accusations de Mgr Viganò sur l'affaire McCarrick, les abus sexuels dans l'Eglise et les “milliards” versés par la Chine au Saint-Siège : traduction intégrale de son entretien avec Marco Tosatti

Mgr Carlo Maria Viganò s'exprime une nouvelle fois sur l'affaire McCarrick, en évoquant notamment le rôle joué par ce dernier dans la conclusion de l'accord entre la Chine et le Vatican, avec des « milliards » à la clef.  Je vous propose ci-dessous ma traduction  l'entretien accordée par Mgr Viganò au vaticaniste Marco Tosatti, précédé par l'introduction signée par celui-ci. Il s'agit de la traduction officielle, relue et autorisée par Mgr Viganò. Et c'est encore une bombe… 


Voir la version italienne sur Stilum curiae, le blog de Marco Tosatti, et la version anglaise, publiée également à 7 h 00 (heure de Rome) ce samedi matin, sur LifeSiteNews

Je n'ai pas encore eu le temps de traduire l'important appareil de notes. Elles sont disponibles dans les versions italienne et anglaise.  – J.S.


*

La détermination de Mgr Carlo Maria Viganò, ancien nonce apostolique aux États-Unis d’Amérique, à dénoncer le voile du silence et les dissimulations dans la gestion des cas d’abus par des membres du clergé, est bien connue. La réaction pimentée et énervée des autorités du Vatican – et en particulier de divers prélats – aux réfutations bien argumentées du combatif prélat est également bien connue. Dans cette interview, nous nous penchons avec Son Excellence sur les développements de l’affaire de l’ex-cardinal McCarrick, notamment  à la lumière d’un article récent de Church Militant intitulé « The McCarrick Bombshell » (« La bombe McCarrick) ».

Mais avant d’entrer dans le vif de cet article, faisons un bref rappel. Du 21 au 24 février 2019, une réunion de tous les présidents des conférences épiscopales s’est tenue à Rome sur le thème de la protection des mineurs dans l’Église.  Quelques jours auparavant, le 16 février 2019, la Congrégation pour la Doctrine de la foi a annoncé le renvoi de l’état clérical de Theodore McCarrick, accusé d’autres crimes graves, et a ajouté : « Le Saint-Père a reconnu le caractère définitif de cette décision prise en accord avec la loi, la rendant res iudicata (c’est-à-dire n’admettant aucun autre recours). » – M.T.


Marco Tosatti : Excellence, quelles sont aujourd’hui les nouvelles à propos de l’affaire McCarrick ?

Mgr C.M. Viganò : Je crains qu’il n’y ait pas de nouvelles, et la nouvelle est précisément celle-là. Avec le renvoi à l’état laïque de McCarrick, on a voulu mettre fin à une longue affaire qui a été révélée par mon témoignage en 2018, mais tout a été fait pour que les résultats et les détails du procès n’apparaissent pas. La tromperie mise en œuvre par une stratégie consistant à procéder par voie administrative et non par voie judiciaire, et la décision de Bergoglio de confirmer la sentence avec autorité, ont en fait empêché de mettre au jour, en même temps que les fautes objectives de McCarrick, les responsabilités de ceux qui, pendant des années, ont contribué à dissimuler la nature et l’étendue des crimes commis par lui, et à protéger ses complices et ceux qui, par leur silence, ont couvert ses crimes. C’est ainsi que la condamnation du coupable n’a pas fait la lumière sur les points obscurs. En tant que laïc, il jouit désormais d’une totale liberté de mouvement et d’action, et peut encore intervenir à tous les niveaux : au niveau ecclésial – et ce même auprès de ceux qui l’ont couvert et soutenu, au Vatican et ailleurs ; au niveau politique, social et financier, par l’intermédiaire des personnes qui sont restées en relation avec lui et qui ont reçu des faveurs de sa part. Le renvoi à l’état laïque ne constitue en aucun cas une sanction médicinale (n’étant que sa prémisse nécessaire, en raison de l’indignité avérée du délinquant), elle n’implique aucune forme de pénalité réparatrice, ni ne rend justice aux victimes, mais permet à M. McCarrick de poursuivre ses activités criminelles sans être dérangé, y compris celles de prédateur sexuel.

La procédure administrative a également empêché l’audition des victimes, alors que les témoignages recueillis tout récemment par Maître Jeffrey Lena, avocat du Saint-Siège, semblent avoir été rédigés sous la dictée : ceux qui ont subi le harcèlement viennent s’excuser de la lenteur de la publication du Rapport en l’attribuant à la masse de témoignages, avec un ton indulgent et justificateur qui ne correspondent pas à l’extrême gravité des crimes qui lui sont reprochés. On peut penser que certaines victimes, protégées par un pseudonyme, se sont prêtées à une opération visant à décharger le Saint-Siège de ses responsabilités et à valider la version que celui-ci fait valoir devant l’opinion publique. On soupçonne aussi ces témoignages anonymes d’être de la pure fiction. C’est en tout cas une tromperie qui doit être dénoncée avec force, car si la corruption de ce prélat en tant que prélat est scandaleuse, le silence coupable de ceux qui représentent l’Église l’est d’autant plus. Si ces épisodes s’étaient produits sous le pontificat de Benoît XVI, ils auraient déclenché la fureur des médias : tant de compassion pour Jorge Mario est révélatrice de l’attitude complice des médias dominants.

Marco Tosatti : La convocation de la réunion au Vatican a été annoncée comme une occasion d’apporter des réponses fermes et déterminées aux scandales sexuels du clergé. Dans son discours d’introduction, le pape François déclarait : « Le poids de la responsabilité pastorale et ecclésiale qui nous oblige à discuter ensemble de manière synodale, sincère et approfondie sur la façon d’affronter ce mal, qui afflige l’Église et l’humanité, pèse sur notre rencontre. Le saint Peuple de Dieu nous regarde et attend de nous, non pas de simples et faciles condamnations, mais des mesures concrètes et efficaces à préconiser. Il faut être concret. »

Mgr C.M. Viganò : Les proclamations solennelles qui ont précédé, accompagné et suivi cette réunion n’ont en aucune façon donné lieu à une action concrète et pratique, comme on le souhaitait.  De même, lors de la réunion, les questions légitimes et insistantes des journalistes posées à Bergoglio le 26 août 2018 après ma dénonciation sont restées sans réponse.

Pour ce qui est du contenu de ce qui a été dit, il semble que, plus qu’à aggraver les peines et à rendre les discours plus incisifs, les scandales sexuels du clergé eux-mêmes aient servi à réaffirmer presque obsessionnellement la nouvelle structure « synodale » de l’Église, qui sert une intention précise de réécrire sa constitution selon une clef démocratique. L’archevêque de Chicago, Blase Cupich lui-même – ami de Theodore McCarrick et président de la réunion au Vatican – a centré son discours à la conférence sur la « synodalité », comme passage obligé d’une « réforme structurelle, juridique et institutionnelle » de l’action dont l’objectif de freiner les abus est de pure forme.

Marco Tosatti : De quelle manière la « synodalité » peut-elle aider les évêques à résoudre le problème des abus du clergé ?

Mgr C. M. Viganò : La proposition d’établir une commission de laïcs indépendants qui aurait supervisé le travail des évêques, formulée lors de l’assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis en novembre 2018, a été bloquée par le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques.  Cette intervention du Vatican a démenti les proclamations de « synodalité » dès lors que les décisions des conférences épiscopales ne coïncidaient pas avec ce que voulait Rome. Cependant, je considère que Son Éminence le Cardinal Ouellet n’a été que l’exécuteur de manœuvres qui lui ont été imposées d’en haut.

Marco Tosatti : N’est-il pas bon que le Vatican garde pour lui des décisions impliquant des questions doctrinales et morales ?

Mgr C. M. Viganò : L’autorité du Pontife romain, qui s’exprime également à travers les Congrégations romaines, ne peut évidemment pas être déléguée à de simples organes consultatifs qui n’ont aucune compétence et qui ne font pas partie de la structure hiérarchique de l’Église telle que le Christ l’a instituée : nous devons être clairs sur ce point. Il est cependant significatif que la « voie synodale » souhaitée par les dirigeants romains ne rencontre aucun obstacle, sauf au moment où elle risque de devenir médiatiquement gênante, comme dans le cas d’une commission spéciale nommée pour recevoir les plaintes contre les évêques.

Cette référence à la « synodalité » est un thème cher au courant théologique progressiste qui veut dénaturer la structure hiérarchique de l’Église. Les récents articles de Massimo Fagggioli, professeur à l’Université de Villanova, sont très révélateurs à cet égard. C’est là que le 11 octobre 2013 McCarrick a prétendu avoir favorisé l’élection du cardinal Bergoglio lors des Congrégations générales précédant le Conclave, qui s’étaient tenues quelques mois plus tôt, et avoir parlé avec « un monsieur italien très influent » qui lui a confié que dans cinq ans le nouveau Pape aurait réformé l’Eglise.

On ferait bien de s’alarmer du fait que cette même école donne aujourd’hui des signes inquiétants de mécontentement à l’égard de l’œuvre de Bergoglio, dont le pontificat est défini comme étant « en crise » par des « gens déçus » – peut-être parce que les cinq années auxquelles McCarrick faisait allusion n’ont pas donné les résultats escomptés.

Marco Tosatti : Dans le rapport qu’il a présenté lors de la réunion du Vatican, le cardinal Reinhard Marx a déclaré : « Les procédures légales correctes servent à établir la vérité et constituent une base pour imposer une sanction proportionnée à l’infraction. On a besoin de voir de quelle manière le juge arrive à un jugement ; le plus souvent, ce n’était pas le cas et je pense que dans notre situation, ce n’est pas une bonne chose. Elles renforcent également la confiance dans son organisation et sa hiérarchie. Les doutes persistants sur le bon déroulement des procédures judiciaires ne font que nuire à la réputation et au fonctionnement d’une institution. Ce principe s’applique également à l’Église. »

Mgr C.M. Viganò :
La publication des actes de procédure devrait être une des pierres angulaires d’une opération de transparence et d’honnêteté envers les victimes d’abus de la part des membres du clergé. Il me semble évident que les paroles du cardinal Marx ont été ignorées, à commencer par l’affaire McCarrick, précisément à l’initiative de Bergoglio.

Je rappelle en outre que le cardinal Daniel DiNardo, président de la conférence épiscopale des États-Unis, a été désavoué sans guère de ménagements par l’intervention du Vatican, qui l’a remplacé lors de la rencontre à Rome en février de l’année 2019 par les cardinaux Blase Cupich et Joseph William Tobin, qui ne sont pas non plus au-dessus de tout soupçons sur leur compte personnel. Ces ingérences, manifestement souhaitées d’en haut, ont fabriqué une image médiatique qui ne correspond pas à la réalité, dans laquelle Bergoglio est présenté comme l’architecte d’une réforme inexistante, à de simples fins de propagande. Même la demande de démission de tout l’épiscopat chilien faite par François s’inscrit dans une opération de façade qui est clairement démentie par les faits.

Je pense que le « deux poids, deux mesures » réservé aux Conférences épiscopales américaine et française est emblématique : du côté américain, l’interventionnisme bergoglien a empêché une opération de transparence de la part des autorités ; tandis que du côté français, il a permis des violations claires du droit canonique et civil, en permettant de confier les enquêtes du propres au for ecclésiastique à un juge maçonnique qui est également favorable à l’euthanasie. L’esprit jacobin qui a présidé à la poursuite des clercs français accusés de pédophilie ne prend cependant pas en compte la responsabilité des Ordinaires et des Supérieurs religieux, qui sont coupables des mêmes dissimulations qui s’installent également dans la pratique à Rome.

Marco Tosatti : Mais nous avons aussi entendu le Pape rappeler, dans son discours final, les paroles qu’il avait déjà prononcées devant la Curie romaine en 2018 : « L’Eglise ne tentera jamais de couvrir ou de minimiser quelque cas que ce soit. »

Mgr C.M. Viganò : Cette affirmation solennelle a été contredite par le cas le plus emblématique, celui de Theodore McCarrick, et laisse penser que d’autres intérêts ont mené à la décision de liquider l’affaire par voie administrative et, ce qui est encore plus grave, sans publication d’actes judiciaires.

Marco Tosatti : Quels sont ces intérêts, à votre avis ?

Mgr C.M. Viganò : On a voulu focaliser l’attention sur les abus dont des enfants ont été l’objet, en la détournant de la condamnation claire et légitime des comportements homosexuels qui sont souvent à l’origine de ces abus. Pour Bergoglio et son entourage, la sodomie n’est pas un péché qui crie vengeance devant Dieu, comme l’enseigne le Catéchisme. Les propos de Bergoglio sur le sujet – et plus encore les actes et les paroles des personnes dont il s’entoure – confirment, hélas, qu’un travail de légitimation est en cours au sujet de l’homosexualité, et que ce sont les prélats et les théologiens qui font avancer cette discussion qui ont manifesté sans ambiguïté qu’ils n’étaient pas fidèles à l’enseignement catholique.

Le cardinal Tobin lui-même – dont les messages embarrassants sur son téléphone portable parlent d’eux-mêmes – a clairement déclaré qu’il n’adhérait pas à la condamnation de la sodomie dans le Catéchisme, refusant de définir les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés ». Et ces déclarations font suite au soutien de ce cardinal au livre Building a Bridge du père James Martin s.j., qui affirme la même chose. On retrouve donc un cardinal ami de McCarrick qui se montre favorable aux mouvements LGBT et le jésuite que Bergoglio a nommé consulteur du Secrétariat pour les communications du Saint-Siège, l’invitant même à prendre la parole à la Rencontre mondiale des familles à Dublin en 2018 et le recevant en audience. Le cardinal Cupich s’est également exprimé en faveur des homosexuels à plusieurs reprises, et lors du Synode de la jeunesse – auquel il a été invité à participer par le Pape sans avoir été désigné par les évêques américains – le sujet controversé des relations homosexuelles a été inclus dans l’Instrumentum laboris sans qu’aucun groupe de jeunes ne l’ait demandé. Je rappelle, en passant, que Cupich a été imposé au siège de Chicago par Bergoglio, contre l’avis de la nonciature.

Les intérêts sont donc clairement ceux du « lobby gay » qui s’est infiltré dans l’Eglise et qui est littéralement terrifié à l’idée que de bons Pasteurs fassent la lumière sur l’influence qu’il exerce à la Secrétairerie d’Etat, dans les Congrégations, dans les Diocèses et sur l’Eglise tout entière. La fresque homo-érotique obscène, voire sacrilège, que Mgr Paglia a commandée pour la cathédrale de Terni est un manifeste idéologique arrogant qu’aucune autorité n’a jamais censuré ou déploré ; les trop nombreuses affaires financières du Substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr Edgar Peña Parra – liées au Card. Maradiaga (impliqué dans le scandale des abus homosexuels de son évêque auxiliaire, Pineda, sans qu’on n’ait de nouvelles d’une initiative ecclésiastique contre lui) – ainsi que les très graves accusations de Sexto qui pèsent sur lui et que j’ai largement dénoncées, n’ont en rien interrompu son cursus honorum au Vatican ; il en va de même pour Mgr Gustavo Óscar Zanchetta, que Bergoglio a promu et qui, en attendant son procès pénal, a récemment été renommé au poste d’assesseur pour l’Administration du patrimoine du Siège apostolique. Après l’ordre de transférer tous les comptes courants des Diocèses et des Congrégations religieuses du monde à l’APSA, Zanchetta se retrouve à gérer les finances de l’Eglise – lui qui peut aujourd’hui se vanter dans son CV d’avoir un diplôme faisant autorité, celui de mécanicien électricien – ce qui fait de lui en même temps l’objet facile de chantage interne et externe. Et n’oublions pas le travail de Mgr Ilson de Jesus Montanari, archevêque, secrétaire de la Congrégation des évêques, secrétaire du Sacré Collège et vice-camerlingue de la Sainte Église Romaine, au nom et pour le compte de ceux qui l’ont ensuite élevé aux plus hauts rangs de la Curie romaine en récompense de sa fidélité.

Je crois qu’il est essentiel de mettre en lumière une fois pour toutes le lien étroit entre la sodomie et la pédophilie, qui est également confirmé par les statistiques elles-mêmes : un lien que le sommet qui s’est tenu au Vatican a scrupuleusement passé sous silence afin de ne pas heurter la mentalité actuelle, répandue jusque parmi de nombreux prélats. Mais il serait hypocrite et coupable de condamner la pédophilie dans le sillage de la législation civile actuelle, sans condamner également la sodomie, que la pensée unique de ce temps ne considère pas comme pénalement pertinente mais que l’Église compte au nombre des péchés qui crient vengeance devant Dieu.

Mais il y a aussi un autre intérêt, de nature politique, qu’il ne faut pas sous-estimer le moins du monde…

Marco Tosatti : A quoi faites-vous référence ?

Mgr C.M. Viganò : Je parle du rôle politique de McCarrick, qui est également mentionné dans le dernier article de Church Militant : « C’est McCarrick qui a rédigé l’accord Vatican-Chine, une mission qui lui a été confiée personnellement par le pape François. François a suspendu les restrictions imposées par Benoît quelques semaines après être devenu pape – un fait confirmé par Mgr Viganò. De même, des sources chinoises […] montrent que McCarrick pourrait avoir joué un rôle déterminant par rapport à des milliards de dollars de paiements secrets en cours, envoyés par les communistes chinois au Vatican de François. Si cela est vrai (et cela semble plausible, étant donné les liens communistes de McCarrick et son amitié avec Pékin), cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi le rapport reste sur le bureau du Pape, sans être publié. »

Ces derniers jours, Christian Today a divulgué la nouvelle selon laquelle « la Chine a ordonné à des villageois chrétiens de renoncer à leur foi et d’adorer à la place les dirigeants du Parti communiste de la nation ».  Face à cette persécution des chrétiens – et des catholiques fidèles au Saint-Siège – par la dictature communiste, le silence de Santa Marta est littéralement assourdissant, comme il l’était il y a quelques jours lorsque, dans son message pour l’Angelus, Bergoglio a omis l’appel en faveur de Hong Kong qui avait été remis à la presse.  L’accord secret conclu entre le Saint-Siège et Pékin, dénoncé publiquement par le cardinal Zen, démontre la soumission de l’Église bergoglienne aux diktats de la dictature communiste, livrant la Hiérarchie locale à ses persécuteurs et gardant le silence sur les violations des droits de l’homme perpétrées par le régime.

Je me rappelle qu’au printemps 2014, j’ai écrit au secrétaire d’État Parolin pour lui demander si les mesures prises par Benoît XVI contre McCarrick étaient toujours valables ou non, suite à un article du Washington Times rapportant qu’il s’était rendu en République Centrafricaine au nom du département d’État américain. Le cardinal Parolin ne m’a jamais répondu, mais les nouvelles qui émergent ces jours-ci semblent aussi mettre en évidence ces aspects. La liberté de circulation accordée à McCarrick était bien connue, et il a lui-même écrit en 2012 : « J’étais à Doha la semaine dernière et je suis allé en Irlande… et ensuite… j’ai entamé l’un de mes plus longs voyages – Beyrouth, Jordanie, Égypte, Thaïlande, Myanmar, Cambodge et Hong Kong… avant de recommencer en Terre Sainte et au Belarus. » Et en 2014 : « Je pars pour la Chine le jeudi 27… Je suis sûr que le cardinal Parolin me recevra puisqu’il est impliqué dans mon voyage en Chine. »

Entre autres choses, la participation de la Compagnie de Jésus aux démarches diplomatiques du Vatican auprès de la dictature de Pékin – à commencer par l’édition spéciale en chinois de Civiltà Cattolica – confirme la volonté du Saint-Siège de cautionner la Chine, au moment même où se concrétisent les soupçons sur sa responsabilité dans la propagation du COVID pour déstabiliser l’équilibre géopolitique international. Le rôle d’Antonio Spadaro et d’autres jésuites – qui, tous, fréquentent assidûment l’université de Villanova – est emblématique et révèle le fil conducteur qui lie le progressisme doctrinal à la perversion morale et à la corruption politique. D’autre part, ces trois éléments – hérésie, sodomie, corruption – sont tellement récurrents qu’ils sont presque une marque de fabrique du deep state et de la deep church.

Puisque nous évoquons le deep state, il n’est pas surprenant que l’OMS soit complice de cette opération d’ingénierie sociale pour plaire à la Chine, ni que le président Trump ait décidé de révoquer les financements qu’elle a reçus jusqu’à présent. Ce qui est surprenant et scandaleux, c’est le silence complice du Vatican face à une sorte de coup d’État qui vise à faire de l’église bergoglienne le bras spirituel du Gouvernement Mondial, sous l’égide de la tyrannie communiste et avec la complicité des partis mondialistes. L’Italie, avec son gouvernement non élu, alors que la majorité se trouve dans une crise politique très grave, semble suivre le programme et ne semble pas vouloir revoir ses positions vis-à-vis de Pékin : les menaces continues d’un retour de l’urgence COVID et du confinement sont clairement instrumentalisées pour maintenir un pouvoir qui, en présence d’élections convoquées démocratiquement, ferait la preuve de sa propre inconsistance. Ce qui est certain, c’est qu’une opposition un peu plus incisive et moins alignée sur le discours dominant pourrait être perçue positivement tant par l’électorat que par les partenaires internationaux de l’Italie.

Marco Tosatti : Revenons sur la question des scandales au sein du clergé. Précisément le 19 février, deux jours avant le début de la réunion présidée par le cardinal Cupich, une lettre ouverte des cardinaux Raymond Burke et Walter Brandmüller aux présidents des conférences épiscopales était publiée : « Face à la dérive actuelle de l’Église, il semble que le problème se réduise à celui des abus commis sur des enfants, qui ne sont qu’un élément d’une crise beaucoup plus vaste. Le cléricalisme est désigné comme étant la cause d’abus sexuels, mais la première responsabilité du clergé ne réside pas dans les abus de pouvoir, mais dans le fait de s’être éloigné de la vérité de l’Evangile. Face à cette situation, les cardinaux et les évêques gardent le silence. Garderez-vous également le silence ? A la suite de nos Dubia, il n’y a pas eu de réponse du Pape ; nous vous encourageons à élever la voix pour sauvegarder l’intégrité de la doctrine de l’Église. Quel a été le résultat de l’appel de ces éminents prélats ?

Mgr C.M. Viganò : Les cardinaux Burke et Brandmüller, comme d’autres prélats, n’ont fait que réaffirmer de façon louable la doctrine catholique : ce qui est inouï, c’est que ce sont eux qui sont considérés comme « étranges » dans la structure ecclésiale, alors que la parole est donnée à des personnalités qui, en raison de leur présence, de leur « cautionnement » de l’agenda LGBT et dans certains cas aussi en raison des ombres qui pèsent sur leur conduite, devraient être retirées de l’Eglise et sévèrement censurées.

En avril 2019, Benoît XVI a publié un vigoureux discours dans Klerusblatt, repris ensuite en Italie par le Corriere della Sera ;  ce discours a été férocement critiqué par Marco Politi dans Il Fatto Quotidiano. Cet article était en fait destiné à la réunion de Rome par l’intermédiaire de la Secrétairerie d’État, mais il a été boycotté, ce qui confirme l’intervention de la « lavender mafia » pour empêcher le Saint-Père de faire connaître sa propre position sur le sujet aux évêques.

Marco Tosatti : Pouvez-vous nous rappeler en quoi consistait cette intervention de Benoît XVI ?

Mgr C.M. Viganò : Le point central de l’article de Ratzinger, celui qui a exaspéré les partisans de Bergoglio, était précisément la mise en évidence du lien entre homosexualité et pédophilie, ainsi que l’assouplissement de la morale à la suite du Concile, et la propagation du fléau des abus.

Fermant obstinément les yeux devant les preuves, le progressiste Politi écrivait : « Quel est le rapport entre l’abandon par l’Eglise d’une éthique basée sur la loi naturelle et la pédophilie ? Qu’est-ce que les changements dans la théologie morale catholique ont à voir avec cela, qu’est-ce que les bandes d’homosexuels dans les séminaires ont à voir avec cela, qu’est-ce que les films pornographiques ont à voir avec cela, qu’est-ce que la relativisation des valeurs et du jugement moral a à voir avec cela ? » Pourtant, il est évident que là où la formation des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse supprime la discipline et la vie intérieure, les vices et les péchés se multiplient et dégénèrent ensuite en crimes très graves contre les mineurs, mais pas seulement.

La cause de ce changement réside précisément dans « l’esprit du Concile », que Benoît XVI a seulement voulu mentionner, mais qui n’a pas manqué d’être aussitôt saisi par ceux qui ont vu le superdogme mis en cause : « Elle est vraiment grotesque [sic], la tentative de l’ancien pontife de mettre sur le compte de l’esprit “conciliaire” le garantisme extrême des procès ecclésiastiques, visant à la protection de l’accusé “au point d’exclure pratiquement – comme il est écrit dans l’essai – la condamnation du coupable”. Ce serait donc la faute des partisans du Concile, ou pour le dire plus simplement, celle des réformateurs, si le réseau des spécialistes de la dissimulation et des juristes madrés, qui ont essayé et essaient encore par tous les moyens d’empêcher le procès et la condamnation des clercs prédateurs, s’est toujours avéré si écrasant et puissant ?

Marco Tosatti : Pensez-vous que Marco Politi ait raison ?

Mgr C.M. Viganò : Je crois que la réponse à cette question rhétorique du vaticaniste Politi peut être affirmative, incontestablement : il existe une relation très étroite entre la crise doctrinale de l’Eglise et l’immoralité du clergé, qui atteint scandaleusement les plus hauts rangs de la Hiérarchie. Mais il est également évident que cette crise est utilisée par l’aile ultra-progressiste non seulement pour imposer une fausse morale accompagnée d’une fausse doctrine, mais aussi pour discréditer irrémédiablement la Sainte Église et la papauté devant les fidèles et le monde, par l’action de ses propres dirigeants.

Marco Tosatti : Ne pensez-vous pas qu’à la fin, le rapport que tout le monde attend sera publié ?

Mgr C.M. Viganò : S’il est possible de faire la lumière sur cette affaire, cela se fera malgré le Vatican : les intérêts en jeu sont énormes et touchent directement le sommet de l’Eglise, et pas seulement pour des questions de nature doctrinale, morale ou canonique, mais en raison des aspects politiques et diplomatiques qui ont vu le Saint-Siège faire l’objet d’un coup d’Etat avec la complicité de ceux qui auraient dû au contraire le défendre dans sa souveraineté et son indépendance. Ce qui avait échoué pendant le pontificat de Benoît XVI a été mené à terme après sa démission. Comment pouvons-nous espérer que ceux qui sont redevables, y compris de leur propre élection, à McCarrick – qui était l’un des principaux partisans de l’accord secret avec la Chine – puissent faire la lumière sur une série d’événements qui l’impliqueraient personnellement, démontrant la connivence avec la dictature chinoise contre les catholiques fidèles au Siège apostolique et peut-être aussi la responsabilité de ce régime dans la démission du pape Benoît ? Comment peut-on imaginer que les sombres événements de Saint-Gall aient été éclaircis alors que c’est précisément là que les conspirateurs ont organisé l’élection de Bergoglio ? Et comment croire que l’Église sera purifiée de la corruption et du vice de ses clercs et prélats, alors que ce sont eux qui ont pris le pouvoir et qui arrivent à être promus au plus haut niveau, dans un tissu de complicité entre hérétiques, traîtres et pervers ?

Ceux qui sont chargés d’enquêter sur les scandales sont fortement impliqués dans la nomination, la promotion et la protection des coupables : Bergoglio s’est entouré de personnages compromis, et par conséquent sujets au chantage, dont il n’a aucun scrupule à se débarrasser dès qu’ils risquent de compromettre son image médiatique.

N’oublions pas que la légitimation de l’homosexualité fait partie du programme du Nouvel Ordre Mondial – auquel l’église bergoglienne adhère ouvertement et inconditionnellement – non seulement en raison de sa valeur déstabilisatrice dans le corps social, mais aussi parce que la sodomie est le principal instrument avec lequel l’ennemi entend détruire le sacerdoce catholique, en corrompant les âmes des ministres de Dieu.

C’est pourquoi, du moins dans la mesure où cela semble possible, toute la vérité sur McCarrick ne sera jamais officiellement révélée.

Marco Tosatti : Comment pouvons-nous réagir face à cette corruption ?

Mgr C.M. Viganò : Ce qu’on ne peut désormais plus remettre à plus tard, c’est une action commune du bien – ceux que dans la Lettre ouverte au Président Trump j’ai appelés, en termes bibliques, « les enfants de la Lumière » – afin que la complicité et les crimes de ceux qui font la guerre au Bien pour établir le Nouvel Ordre Mondial soient mis en lumière. Dans cette opération de vérité et de transparence, le rôle des États-Unis peut être décisif, surtout lorsque ceux qui devraient et pourraient contribuer du côté du Vatican restent silencieux. Comme l’a dit le Seigneur : « Je vous le dis : s’ils se taisent, les pierres crieront. »

Mais il y a un aspect plus important, de nature spirituelle. Nous devons comprendre que la crise de l’Église a été provoquée par le fait d'avoir retiré sa couronne à son Roi, Notre Seigneur : il est nécessaire qu’Il revienne pour régner non seulement dans nos cœurs et dans nos familles, mais aussi dans la société civile et surtout dans l’Église. Oportet illum regnare. Et avec le Roi des rois, doit aussi régner Notre-Dame, Reine et Mère de l’Eglise, à qui celle-ci a désobéi en ne consacrant pas la Russie à son Cœur Immaculé. C’est mon souhait le plus sincère, auquel je demande à toutes les personnes de bonne volonté de s’unir.

+ Carlo Maria Viganò, archevêque
22 juillet 2020
En la fête de sainte Marie-Madeleine


© leblogdejeannesmits pour la traduction.


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23 juillet, 2020

Le bidonville de Dharavi (Inde) a battu la pandémie du COVID-19 grâce à l’hydroxychloroquine

Dharavi est l’un des bidonvilles les plus peuplés du sous-continent indien, avec une densité de population parmi les plus importantes au monde. Pas moins de 650 000 âmes – sur le million de personnes que compte ce concentré de pauvreté – se pressent sur 2,5 km2 dans sa « poche » la plus dense, dans Mumbai (Bombay). Quand le coronavirus chinois y a débarqué le 1er avril, faisant de Dharavi un haut-lieu potentiel d’infection et de contagion, on avait toute raison de craindre le pire. Un foyer était découvert et menaçait de faire de Dharavi une zone sinistrée par le COVID-19, à la mesure de sa population entassée dans la pauvreté et le manque d’hygiène. Les eaux usées coulent au milieu des rues. Pourtant, trois mois plus tard, le 9 juillet, on n’y enregistra pourtant qu’un (1) nouveau test positif au coronavirus.
Dharavi est aujourd’hui mis en avant, jusque par l’OMS, comme l’un de ces lieux exemplaires qui ont su stopper la diffusion du coronavirus chinois. Evidemment, ce n’est pas par hasard.
Les grands médias, rapporte The American Thinker, ont attribué cette victoire d’abord à une politique de tests à grande échelle associée au traçage des contacts. Ils ont bien dû reconnaître que les malades étaient massivement soignés à l’hydroxychloroquine. Mais ils sont passés à côté de plusieurs facteurs décisifs, qui expliquent qu’après un fort démarrage, Dharavi ait réussi à maîtriser la situation.
Ainsi, les testés positifs, à l’instar de ce qui s’est passé dans le reste de l’Inde, ont été traités d’emblée à l’hydroxychloroquine associée à la vitamine D et au cachets de zinc, le tout soutenu par des traitements homéopathiques.
Mais en outre, et suivant en cela les recommandations du Conseil indien de la recherche médicale, chargé de gérer la crise du COVID-19, on y a donné l’hydroxychloroquine à titre préventif pour les personnes à risque, notamment les médecins et tous les soignants risquant d’être en contact avec des personnes contagieuses. Cela comprend les soignants « asymptomatiques » travaillant directement avec des personnes contaminées, mais aussi tous ceux travaillant des les zones « non-COVID » des hôpitaux ou des blocs affectés aux patients COVID.
L’hydroxychloroquine est également recommandée en Inde pour tous les « travailleurs des lignes de fronts » présentant quelque symptôme, notamment les policiers chargés des zones de confinement. Et encore pour les familiers de personnes testées positives.
D’aucuns se sont émus de voire les pauvres de Dharavi servir de « cobayes », disaient-ils, pour l’hydroxychloroquine, et ont prétendu faire interdire judiciairement son utilisation.
La Haute Cour de Bombay leur a donné tort, en juin, en ces termes fleuris : « Or, si dans un cas donné, le respect de la loi stricto sensu dans l'attente d'un essai clinique d'un médicament doit entraîner une perte de temps précieux pour sauver un patient, et qu'il faut choisir entre le diable et la haute mer que représenterait la HCQ, à défaut de tout autre médicament, bien qu'il n'ait pas fait l'objet d'un essai clinique pour le traitement de la maladie, n'est-ce pas la dernière option qui reste au médecin pour sauver la vie d'un tel patient ; le médecin doit-il se croiser les bras et laisser le patient à la merci du Tout-Puissant au motif que le médicament en question n'a pas été enregistré pour être utilisé à titre prophylactique ? Nous pensons que la réponse doit être négative. »
Vijay Jayaraj, universitaire chercheur en sciences de l’environnement, auteur de l’article, signale qu’il habite à Delhi à 10 minutes d’un hôpital où une étude a montré la moindre incidence du coronavirus chez les soignants traités de manière préventive à l’hydroxychloroquine, statistiques confirmées par des études similaires dans trois autres hôpitaux de la ville.
A la date du 19 juillet, l’Inde ne déplorait que 27.497 morts du COVID-19 : pour une population totale de 1,3 milliards d’âmes, cela représente 19 morts par million d’habitants (à comparer avec 607 pour un million en Espagne et 461 pour un million en France).

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21 juillet, 2020

Mgr Schneider lance une croisade de réparation eucharistique en raison des péchés contre le Saint-Sacrement


Mgr Athanasius Schneider, bien connu pour sa dénonciation de la communion dans la main, vient de lancer une Croisade eucharistique pour laquelle il propose une prière qu'il a lui-même composée ; vous en trouverez le texte ci-dessous.

Dans une explication qu'il m'a demandé de traduire, enrichie de nombreuses citations de saints, Mgr Schneider donne les raisons de son appel qui s'achève sur les mots de saint Pierre Julien Eymard : « Un âge prospère ou décline en proportion de sa dévotion à l'Eucharistie. »


A ce propos : n'ayant pas sous la main toutes les versions françaises originales ou les traductions admises de tous les textes cités (je signale cela par les mots « d'après » placés avant la source) je se serais très reconnaissante à ceux de mes lecteurs qui pourraient me fournir l'une ou l'autre de ces citations, car je n'ai pas tous les livres cités sous la main.

Voici en tout cas ma traduction de l'appel et de la prière de Mgr Schneider, relue et autorisée par ce dernier. – J.S.


*

Les péchés contre le Saint-Sacrement
et la nécessité d’une croisade de réparation eucharistique

Par Mgr Athanasius Schneider


JAMAIS, dans toute l’histoire de l’Eglise, il n’y a eu de moment où le sacrement de l’Eucharistie a été bafoué et outragé à un degré aussi alarmant et grave qu’au cours des cinq dernières décennies, en particulier depuis l’introduction officielle de la pratique de la communion dans la main, qui a reçu l’approbation du Pape en 1969. Ces abus sont en outre aggravés, par la pratique répandue dans de nombreux pays où des fidèles qui n’ont pas reçu le sacrement de Pénitence depuis de nombreuses années, reçoivent néanmoins régulièrement la sainte communion. Le summum des outrages vis-à-vis de la sainte Eucharistie est l’admission à la sainte communion de couples vivant dans un état public et objectif d’adultère, qui violent ainsi leurs liens sacramentels indissolubles et valides, comme c’est le cas des personnes dites « divorcées et remariées ». Cette admission est officiellement légalisée dans certaines régions par des normes spécifiques ; dans la région de Buenos Aires en Argentine, de telles normes ont même été approuvées par le Pape. À ces abus s’ajoute la pratique de l’admission officielle des conjoints protestants dans les mariages mixtes à la Sainte-Cène, par exemple dans certains diocèses en Allemagne.

Affirmer que le Seigneur ne souffre pas à cause des outrages commis contre Lui dans le sacrement de la sainte Eucharistie peut conduire à minimiser la gravité des atrocités commises. Certains disent : Dieu est offensé par l’outrage au Saint-Sacrement, mais le Seigneur ne souffre pas personnellement. Il s’agit là toutefois d’une vision trop étroite sur le plan théologique et spirituel. Bien que le Christ se trouve désormais dans son état glorieux, n’étant donc plus sujet à la souffrance d’une manière humaine, Il est néanmoins affecté et touché en son Sacré-Cœur par les abus et les outrages contre sa majesté divine et l’immensité de son amour dans le Saint-Sacrement. Notre Seigneur a confié à nombre de saints ses plaintes et sa douleur face aux sacrilèges et aux outrages par lesquels les hommes L’offensent. On peut comprendre cette vérité à partir des paroles adressées par Notre Seigneur à sainte Marguerite Marie Alacoque, comme le rapporte Pie XI dans son encyclique Miserentissimus Redemptor :

« Dans ses apparitions à Marguerite-Marie, quand Il lui dévoilait son infinie charité, le Christ laissait en même temps percevoir comme une sorte de tristesse, en se plaignant des outrages si nombreux et si graves que Lui faisait subir l’ingratitude des hommes. Puissent les paroles qu'Il employait alors ne jamais s’effacer de l’âme des fidèles : “Voici ce Cœur ― disait-Il ― qui a tant aimé les hommes, qui les a comblés de tous les bienfaits, mais qui, en échange de son amour infini, non seulement ne reçoit pas de reconnaissance, mais ne recueille que l’oubli, la négligence et des injures, et cela parfois de la part de ceux-là même qui sont tenus de lui témoigner un amour spécial.” » (n. 12)

Frère Michel de la Sainte Trinité a donné une explication théologique profonde du sens de la « souffrance » ou de la « tristesse » de Dieu à cause des offenses que les pécheurs commettent contre Lui :
« Cette “souffrance”, cette “tristesse” du Père céleste, ou de Jésus depuis son Ascension, doivent être comprises de manière analogique. Elles ne sont pas subies passivement comme chez nous, mais au contraire librement voulues et choisies comme l’expression ultime de leur miséricorde envers les pécheurs appelés à la conversion. Elles ne sont qu’une manifestation de l’amour de Dieu pour les pécheurs, un amour souverainement libre et gratuit, et qui n’est pas irrévocable. » (d’après Toute la vérité sur Fatima, vol. I, pp. 1311-1312)

Cette signification spirituelle analogique de la « tristesse » ou de la « souffrance » de Jésus dans le mystère eucharistique a été confirmée par les paroles de l’Ange lors de son apparition en 1916 aux enfants de Fatima et surtout par les paroles et l’exemple de la vie de saint Francisco Marto. Les enfants ont été invités par l’Ange à réparer les offenses faites à Jésus Eucharistie et à le consoler, comme on peut le lire dans les Mémoires de sœur Lucie :

« Pendant que nous étions là, l’Ange nous apparut une troisième fois, tenant à la main un calice, et, au-dessus de celui-ci une Hostie, d’où tombaient dans le calice quelques gouttes de sang. Laissant le calice et l’Hostie suspendus en l'air, il se prosterna à terre, et répéta trois fois cette prière : “Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint Esprit…” Puis, se levant, il prit de nouveau le calice et me donna l’hostie, et donna à boire ce que contenait le calice à Jacinthe et à François, en disant en même temps : “Prenez et buvez le Corps et le Sang de Jésus Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu !” » (Mémoires de sœur Lucie, éd. Pierre Téqui.)

Dans son récit de la troisième apparition du 13 juillet 1917, sœur Lucie a souligné comment François percevait le mystère de Dieu et la nécessité de le consoler à cause des offenses des pécheurs :

« Ce qui l’a le plus impressionné [François] et l’a entièrement absorbé, c’est Dieu, la Très Sainte Trinité, perçu dans cette lumière qui a pénétré au plus profond de nos âmes. Il a dit ensuite : “Nous étions en feu dans cette lumière qui est Dieu, et pourtant nous n’avons pas été brûlés ! Qu’est-ce que Dieu ? Nous n’avons jamais pu le mettre en mots. Oui, c’est effectivement une chose que nous ne pourrons jamais exprimer ! Mais quel dommage qu’Il soit si triste ! Si seulement je pouvais Le consoler !” (d’après les Mémoires de sœur Lucie).

Sœur Lucie a décrit comment François a perçu la nécessité de consoler Dieu, ayant compris qu’Il était « triste » à cause des péchés des hommes :

« Un jour, je lui demandai :
— François, qu’est-ce que tu aimes le mieux : consoler Notre-Seigneur ou convertir les pécheurs afin qu’il n’y ait plus d’âmes à aller en enfer ?
— J’aime mieux consoler Notre-Seigneur. Tu n’as pas remarqué combien Notre-Dame, le mois dernier, est devenue triste lorsqu’Elle nous a dit qu’il ne fallait plus offenser Dieu, Notre-Seigneur, car Il est déjà trop offensé ? Je voudrais consoler Notre-Seigneur et, ensuite, convertir les pécheurs afin qu’ils ne L’offensent plus » (d'après les Mémoires de sœur Lucie).
Dans ses prières et dans l’offrande de ses souffrances, saint Francisco Marto a donné la priorité à l’intention de « consoler Jésus caché », c’est-à-dire Jésus-Eucharistie. Sœur Lucie a rapporté ces paroles que François lui a dites : « Quand tu quittes l’école, va et reste un moment près de Jésus caché, et ensuite, rentre à la maison toute seule. » Lorsque Lucie a interrogé François sur ses souffrances, il lui a répondu : « Je souffre pour consoler Notre Seigneur. Je le fais d’abord pour consoler Notre Seigneur et Notre Dame, puis, ensuite, pour les pécheurs et pour le Saint-Père. (…) Plus que toute autre chose, je veux Le consoler » (d’après les Mémoires de sœur Lucie).

Jésus-Christ continue de façon mystérieuse sa Passion à Gethsémani à travers les âges dans le mystère de son Église et aussi dans le mystère eucharistique, le mystère de son immense Amour. Elle est bien connue, l’expression de Blaise Pascal : « Jésus est sera en agonie jusqu’à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps‑là » (Pensées, n. 553). Le cardinal Karol Wojtyła nous a laissé une réflexion profonde sur le mystère des souffrances du Christ à Gethsémani, qui, en un certain sens, se poursuivent dans la vie de l’Église. Le cardinal Wojtyła a également parlé du devoir de l’Église de consoler le Christ :

« Et maintenant l’Église cherche à recouvrer cette heure à Gethsémani – l’heure perdue par Pierre, Jacques et Jean – afin de remédier au manque de compagnie du Maître, qui a augmenté la souffrance de son âme. Le désir de recouvrer cette heure est devenu un besoin réel pour de nombreux cœurs, en particulier pour ceux qui vivent aussi pleinement que possible le mystère du cœur divin. Le Seigneur Jésus nous permet de Le rencontrer à cette heure-là, il nous invite à partager la prière de son cœur.  Face à toutes les épreuves que l’homme et l’Église doivent subir, il existe un besoin constant de retourner à Gethsémani et de prendre part ainsi à la prière du Christ, Notre Seigneur » (Le signe de contradiction, chapitre 17, « La prière à Gethsémani »).

Jésus-Christ n’est pas indifférent et insensible dans le mystère eucharistique au comportement que les hommes adoptent à son égard dans ce sacrement de l’amour. Le Christ est présent dans ce sacrement également avec son âme, qui est unie à sa Personne divine par l’union hypostatique. Le théologien romain Antonio Piolanti a présenté une solide explication théologique à cet égard. Même si le corps du Christ dans l’Eucharistie ne peut pas voir ni percevoir sensiblement ce qui se passe ou ce qui est dit dans le lieu de sa présence sacramentelle, le Christ dans l’Eucharistie « entend tout et voit avec une connaissance supérieure ». Piolanti cite alors le cardinal Franzelin :

« La bienheureuse humanité du Christ voit toutes choses en elles-mêmes en vertu de l’abondante connaissance infuse due au Rédempteur de l’humanité, au Juge des vivants et des morts, au Premier-né de toute créature, au Centre de toute l’histoire céleste et terrestre. Tous ces trésors de la vision béatifique et de la connaissance infuse sont certainement dans l’âme du Christ, y compris dans la mesure où elle est présente dans l’Eucharistie. En plus de ces raisons, à un autre titre spécial, précisément parce que l’âme du Christ est formellement dans l’Eucharistie, et dans le même but que celui de l’institution du mystère, elle voit tous les cœurs des hommes, toutes les pensées et les affections, toutes les vertus et tous les péchés, tous les besoins de l’Église entière et de ses membres individuels, les travaux, les angoisses, les persécutions, les triomphes – en un mot, toute la vie interne et externe de l’Église, son Épouse, nourrie de sa chair et de son Précieux Sang. Ainsi, à un triple titre (si l’on peut dire), le Christ à l’état sacramentel voit et perçoit d’une certaine manière divine toutes les pensées et les affections, le culte, les hommages et aussi les insultes et les péchés de tous les hommes en général, de tous ses fidèles et de ses prêtres en particulier ; Il perçoit les hommages et les péchés qui se réfèrent directement à ce mystère ineffable de l’amour » (d'après De Eucharistia, pp. 199-200, cité dans Il Mistero Eucaristico, Firenze 1953, pp. 225-226).

L’un des plus grands apôtres de l’Eucharistie des temps modernes, saint Pierre Julien Eymard, nous a laissé ces profondes réflexions sur les affections de l’amour sacrificiel du Christ dans l’Eucharistie :

« En instituant son Sacrement, Jésus a perpétué les sacrifices de sa Passion. (…) Il connaissait tous les nouveaux Judas ; Il les comptait parmi les siens, parmi ses enfants bien-aimés. Mais rien de tout cela ne pouvait l’arrêter ; Il voulait que Son amour aille plus loin que l’ingratitude et la malice de l’homme ; Il voulait dépasser la malice sacrilège de l’homme. Il connaissait d’avance la tiédeur de Ses disciples : Il connaissait la mienne ; Il savait le peu de fruits que nous tirerions de la sainte communion. Mais Il voulait aimer tout de même, aimer plus qu’Il n’était aimé, plus que l’homme ne pouvait rendre. Y a-t-il autre chose ? Mais n’est-ce rien d’avoir adopté cet état de mort alors qu’Il a la plénitude de la vie, une vie glorifiée et surnaturelle ? N’est-ce rien que d’être traité et considéré comme un mort ? Dans cet état de mort, Jésus est sans beauté, sans mouvement et sans défense ; Il est enveloppé dans les espèces sacrées comme dans un linceul et déposé dans le tabernacle comme dans un tombeau. Mais Il est là, Il voit tout et entend tout. Il se soumet à tout comme s’Il était mort. Son amour jette un voile sur sa puissance, sa gloire, ses mains, ses pieds, son beau visage et ses lèvres sacrées ; son amour a tout caché. Il ne Lui a laissé que son Cœur pour nous aimer et son état de victime pour intercéder en notre faveur » (d’après La présence réelle, 29. Le Très Saint Sacrement n’est pas aimé !, III).

Saint Pierre Julien Eymard a écrit cette profession, émouvante et quasi mystique, de l’amour eucharistique du Christ, avec un appel ardent à la réparation eucharistique :

« Le Cœur qui a enduré les souffrances avec tant d’amour est ici, dans le Saint Sacrement ; il n’est pas mort, mais vivant et actif ; il n’est pas insensible, mais encore plus affectueux. Jésus ne peut plus souffrir, c’est vrai ; mais hélas ! l’homme peut encore être coupable envers Lui d’ingratitudes monstrueuses. Nous voyons les chrétiens mépriser Jésus dans le Très Saint Sacrement et faire preuve de mépris pour le Cœur qui les a tant aimés et qui se consume d’amour pour eux. Pour le mépriser librement, ils profitent du voile qui le cache. Ils l’insultent par leurs irrévérences, leurs pensées pécheresses et leurs regards criminels en sa présence. Pour exprimer leur mépris à son égard, ils se servent de sa patience, de la bonté qui souffre tout en silence, comme ce le firent les soldats impies de Caïphe, d’Hérode et de Pilate. Ils blasphèment de manière sacrilège contre le Dieu de l’Eucharistie. Ils savent que son amour le rend muet. Ils le crucifient même dans leurs âmes coupables. Ils le reçoivent. Ils osent prendre ce Cœur vivant et le lier à un cadavre immonde. Ils osent le livrer au diable qui est leur seigneur ! Non ! Jamais, même aux jours de sa Passion, Jésus n’a reçu autant d’humiliations que dans son Sacrement ! Pour Lui, la terre est un calvaire d’ignominie. Dans son agonie, il a cherché un consolateur ; sur la Croix, il a demandé quelqu’un pour compatir à ses afflictions. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons faire amende honorable au Cœur adorable de Jésus. Répandons en abondance nos adorations et notre amour sur l’Eucharistie. Au Cœur de Jésus vivant dans le Très Saint Sacrement, l’honneur, la louange, l’adoration et la puissance royale pour les siècles des siècles ! » (d’après La présence réelle, 43. Le Sacré-Cœur de Jésus, III).

Dans sa dernière encyclique Ecclesia de Eucharistia, le pape Jean-Paul II nous a laissé des exhortations lumineuses par lesquelles il a souligné l’extraordinaire sainteté du mystère eucharistique et le devoir des fidèles de traiter ce sacrement avec le plus grand respect et un amour ardent. De toutes ses exhortations, cette déclaration est la plus importante : « Il n’y a aucun risque d'exagération dans l’attention que l’on porte à ce Mystère, car “dans ce Sacrement se résume tout le mystère de notre salut” (Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, III, q. 83, a. 4c) » (n. 61).

Que l’Eglise établisse dans tous les diocèses du monde une « Journée annuelle de réparation des crimes contre la Très Sainte Eucharistie » serait une mesure pastoralement urgente et spirituellement fructueuse. Ce pourrait être le jour de l’octave de la Fête-Dieu. L’Esprit Saint donnera des grâces spéciales de renouveau à l’Église de notre temps là où – et seulement quand ce sera la cas – le Corps eucharistique du Christ sera adoré avec tous les honneurs divins, aimé, traité avec prévenance et défendu comme étant réellement le Saint des Saints. Saint Thomas d’Aquin dit dans l’hymne Sacris solemniis : « O Seigneur, visitez-nous dans la mesure où nous vous vénérons dans ce sacrement » (sic nos Tu visita, sicut Te colimus). Nous pouvons dire sans le moindre doute : O Seigneur, vous visiterez votre Église en notre temps dans la mesure où la pratique moderne de la communion dans la main reculera et dans la mesure où nous vous offrirons des actes de réparation et d’amour. »

Dans l’actuelle « urgence de la pandémie COVID-19 », les horribles offenses à l’égard du Très Saint Sacrement ont encore augmenté. De nombreux diocèses à travers le monde ont imposé la communion dans la main, et dans ces lieux, le clergé, souvent de manière humiliante, refuse aux fidèles la possibilité de recevoir le Seigneur à genoux et sur la langue, faisant ainsi preuve d’un cléricalisme déplorable et affichant un comportement de néo-pélagiens rigides. En outre, dans certains endroits, l’adorable Corps eucharistique du Christ est distribué par le clergé et reçu par les fidèles avec des gants de ménage ou jetables. Le fait de toucher le Saint-Sacrement avec des gants conçus pour le traitement des ordures est un abus eucharistique inqualifiable.

Au vu des horribles mauvais traitements infligés à Jésus Eucharistie –continuellement piétiné à cause de la communion dans la main, au cours de laquelle de petits fragments de l’hostie tombent presque toujours sur le sol ; traité de manière minimaliste, privé de son caractère sacré, comme un biscuit, ou traité comme un déchet par l’utilisation de gants ménagers – aucun véritable évêque catholique, prêtre ou fidèle laïc ne peut rester indifférent et se contenter de rester passif.

Il faut lancer une croisade mondiale de réparation et de consolation du Seigneur eucharistique. Comme manière concrète d’offrir à Jésus Eucharistie des actes de réparation et de consolation dont Il a un besoin urgent, chaque catholique pourrait promettre de consacrer chaque mois au moins une heure complète à l’adoration eucharistique, soit devant le Saint Sacrement dans le tabernacle, soit devant le Saint Sacrement exposé dans l’ostensoir. La Sainte Écriture dit : « Là où le péché abonde, la grâce surabonde » (Rm. 5:20), et nous pouvons ajouter par analogie : « Là où les offenses à l’Eucharistie ont abondé, les actes de réparation surabonderont. »

Le jour où, dans toutes les églises du monde catholique, les fidèles recevront le Seigneur eucharistique, caché sous les espèces de la petite hostie sacrée, avec une foi véritable et un cœur pur, dans le geste biblique d’adoration (proskynesis), c’est-à-dire à genoux, et dans l’attitude d’un enfant, ouvrant la bouche et se laissant nourrir par le Christ lui-même dans un esprit d’humilité, alors sans aucun doute se rapprochera l’authentique printemps spirituel de l’Église. L’Église grandira dans la pureté de la foi catholique, dans le zèle missionnaire du salut des âmes et dans la sainteté du clergé et des fidèles. Le Seigneur visitera son Église en acte, avec ses grâces, dans la mesure où nous le vénérerons dans son ineffable sacrement d’amour (sic nos Tu visita, sicut Te colimus).

Dieu fasse que, grâce à la croisade eucharistique de réparation, le nombre d’adorateurs, d’amoureux, de défenseurs et de consolateurs de Jésus Eucharistie augmente. Que les deux petits apôtres eucharistiques de notre temps, saint Francisco Marto et le futur bienheureux Carlo Acutis (qui sera béatifié le 10 octobre 2020), ainsi que tous les saints de l’Eucharistie, soient les protecteurs de cette croisade eucharistique. Car voici, comme le rappelle saint Pierre Julien Eymard, la vérité irrévocable : « Un âge prospère ou décline en proportion de sa dévotion à l’Eucharistie. C’est la mesure de sa vie spirituelle, de sa foi, de sa charité et de sa vertu. »

+ Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte Marie à Astana

*

Prière de la Croisade de réparation au Cœur eucharistique de Jésus


Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne t’aiment pas. (3 fois)

Ô Divin Cœur Eucharistique de Jésus, regardez-nous qui nous prosternons avec un cœur contrit et plein d’adoration devant la majesté de votre amour rédempteur dans le Très Saint Sacrement. Nous sommes prêts à réparer par l’expiation volontaire, non seulement nos offenses personnelles, mais aussi et spécialement les indignes outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels vous êtes offensés en ces temps dans le Très Saint Sacrement de votre amour divin, spécialement par la pratique de la communion dans la main et la réception de la sainte communion dans un état d’incrédulité et de péché mortel.

Plus l’incrédulité attentera à votre Divinité et à votre Présence réelle dans l’Eucharistie, plus nous croirons en vous et plus nous vous adorerons, ô Cœur eucharistique de Jésus, en qui réside toute la plénitude de la Divinité !

Plus vos sacrements seront outragés, plus nous croirons fermement en eux et plus nous voulons les recevoir avec respect, ô Cœur eucharistique de Jésus, source de vie et de sainteté !

Plus votre Très Saint Sacrement sera dénigré et blasphémé, plus nous le proclamerons solennellement : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et ne vous aiment pas », ô Cœur eucharistique de Jésus, très digne de toutes les louanges !

Plus vous serez abandonné et oublié dans vos églises, plus nous voulons vous visiter, vous qui habitez parmi nous dans les tabernacles de nos églises, ô Cœur eucharistique de Jésus, Maison de Dieu et Porte du Ciel !

Plus la célébration du Sacrifice Eucharistique sera privée de son caractère sacré, plus nous voulons soutenir une célébration respectueuse de la Sainte Messe, extérieurement et intérieurement orientée vers vous, ô Cœur Eucharistique de Jésus, Tabernacle du Très-Haut !

Plus vous serez reçu dans la main par des communiants debout, d’une manière dépourvue de tout signe d’humilité et d’adoration, plus nous voulons vous recevoir à genoux et sur la langue, avec la petitesse du publicain et la simplicité de l’enfant, ô Cœur eucharistique de Jésus, d’une majesté infinie !

Plus vous serez reçu dans la Sainte Communion par des cœurs non purifiés en état de péché mortel, plus nous voulons faire des actes de contrition et purifier notre cœur par une réception fréquente du sacrement de Pénitence, ô Cœur Eucharistique de Jésus, notre Paix et notre Réconciliation !

Plus l’enfer travaillera à la perte des âmes, plus notre zèle pour leur salut brûlera par le feu de votre amour, ô Cœur eucharistique de Jésus, le salut de ceux qui espèrent en vous !

Plus la diversité des religions sera déclarée comme étant la volonté positive de Dieu et comme un droit fondé sur la nature humaine, et plus le relativisme doctrinal grandira, plus nous confesserons avec intrépidité que vous êtes l’unique Sauveur de l’humanité et l’unique chemin vers Dieu le Père, ô Cœur eucharistique de Jésus, Roi et centre de tous les cœurs !

Plus les autorités de l’Eglise continueront à ne pas se repentir de l’étalage des idoles païennes dans les églises, même à Rome, plus nous confesserons la vérité : « Quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et des idoles ? » (2 Cor. 6:16), plus nous condamnerons avec vous « l’abomination de la désolation, établie dans le lieu saint » (Matt. 24:15), ô Cœur Eucharistique de Jésus, Temple saint de Dieu !

Plus vos saints commandements seront oubliés et transgressés, plus nous voulons les observer avec l’aide de votre grâce, ô Cœur eucharistique de Jésus, abîme de toutes les vertus !

Plus la sensualité, l’égoïsme et l’orgueil règneront parmi les hommes, plus nous voulons vous consacrer notre vie dans un esprit de sacrifice et d’abnégation, ô Cœur eucharistique de Jésus, rassasié d'opprobres !

Plus les portes de l’enfer s’ouvriront violemment sur votre Église et le rocher de Pierre à Rome, plus nous croirons en l’indestructibilité de votre Église, ô Cœur eucharistique de Jésus, source de toute consolation, qui n’abandonnez pas votre Église et le rocher de Pierre même dans les plus grandes tempêtes !

Plus les gens se sépareront les uns des autres dans la haine, la violence et l’égoïsme, plus nous voulons, en tant que membres de l’unique famille de Dieu dans l’Église, nous aimer les uns les autres en vous, ô Cœur eucharistique de Jésus, plein d'amour et de bonté !

Ô Divin Cœur Eucharistique de Jésus, accordez-nous votre grâce, afin que nous soyons des adorateurs fidèles et humbles, amoureux, défenseurs et consolateurs de votre Cœur Eucharistique dans cette vie, et que nous puissions recevoir les gloires de votre amour dans la vision béatifique pour l’éternité. Amen.

Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et ne vous aiment pas. (3 fois)

Notre-Dame du Saint-Sacrement, priez pour nous !

Saint Thomas d’Aquin, saint Pierre Julien Eymard, saint Francisco Marto, saint Padre Pio et tous les saints de l’Eucharistie, priez pour nous !

Écrit par Mgr Athanasius Schneider
pour cette Croisade eucharistique de réparation




© leblogdejeannesmits pour la traduction.
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20 juillet, 2020

Mgr Joseph Strickland (Tyler, Texas), bouleversé lors de sa première célébration de la messe tridentine

Pour la première fois, le 11 juin denier, à l’occasion de Solennité de la Fête-Dieu, Mgr Joseph Strickland a célébré la « forme extraordinaire » du rite romain : fruit d’une lente maturation d’un désir nourri par son recentrage sur l’adoration eucharistique depuis son sacre épiscopal. Trop jeune pour avoir connu le rite tridentin dans son enfance, Mgr Strickland a découvert avec « émerveillement » – le mot anglais « awe » indique aussi la stupeur et la révérence – la profondeur de sa signification, tout orientée vers le Christ.
Je vous propose de découvrir l’émouvante description faite par Mgr Strickland de cette rencontre privilégiée avec Dieu à travers la messe de saint Pie V – a contrario, elle dit quelque chose des manques de la messe moderne, dont l’évêque de Tyler ne s’est pourtant pas détaché.
Dans son entretien avec Bree Dail du New Catholic Register, dont je vous propose ici une traduction intégrale, Mgr Strickland invite clairement chacun à découvrir le rite traditionnel, en même temps qu’il demande aux fidèles de ce dernier d’aller donner l’exemple de leur révérence dans des célébrations Novus Ordo. Signe d’une certaine naïveté, peut-être, mais on comprend à travers ses dires que l’évêque a pu être heurté par l’attitude de certains pratiquants de la « forme extraordinaire ».
La franchise de Mgr Strickland ne fait pas de doute. Il est tout aussi direct lorsqu’il s’agit de s’élever contre la culture de mort sous toutes ses formes. Son témoignage n’en est que plus fort. – J.S.
*
J’ai cru comprendre que le 11 juin, vous avez célébré la messe latine traditionnelle pour la première fois depuis que vous avez été ordonné prêtre. Pourquoi l’avoir fait ?
C’est une longue histoire. Je suis entré au séminaire en 1977, à l’âge de 18 ans, et à cette époque, la Messe latine était pratiquement reléguée aux oubliettes l’histoire. On ne parlait pas de ce rite, on n’y faisait pas allusion, on ne l’étudiait pas : il avait tout simplement disparu.
J’ai grandi dans une toute petite église de la mission Glenmary, et mon premier souvenir d’une messe se situe dans la grande salle municipale d’Atlanta, au Texas, que nous utilisions temporairement. Ces premiers souvenirs doivent remonter au début des années 1960 – probablement en 1963-64 - donc la liturgie, elle était très informelle. Je n’ai aucun souvenir de la messe en latin.
Je suis allé au séminaire en 1977 à Dallas - une université catholique assez solide ; et au Séminaire de la Sainte Trinité - ce qui était considéré comme un séminaire conservateur de huit ans. Je pense avoir de bonnes bases, mais je n’ai jamais assisté à une messe en latin.
J’ai passé la plupart de mes années de sacerdoce – et cela en fait beaucoup – ici même, à la cathédrale de Tyler. Ce n’est qu’avec Summorum Pontificum, de Benoît XVI, que j’ai vraiment commencé à comprendre ce que pouvait représenter le désir du latin traditionnel et de la liturgie. Je travaillais avec mon prédécesseur, Mgr Álvaro Corrada del Río, qui, bien sûr, connaissait la messe en latin. Une fois établi le motu proprio qui nous encourageait à rendre disponible la messe en latin, nous nous y sommes efforcés : comme son secrétaire était un prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, je sais que l’évêque était à l’aise avec ce rite. Mgr Corrada avait choisi de faire appel à la Fraternité pour établir une petite communauté ici, mais, encore une fois, cela m’était très étranger. Quand ces prêtres s’approchaient de la cathédrale je me suis souvent dit –­ et cela semble si péjoratif maintenant : « Ah, voilà ces gens-là. » Bien sûr, j’étais encouragé à être accueillant et ouvert en tant que recteur de la cathédrale. Plus tard, ils ont pu fonder leur paroisse, Saint-Joseph l’Ouvrier, et l’une des toutes premières choses que j’ai faites en tant qu’évêque a été d’y célébrer les confirmations en latin. C’était un peu différent pour moi, de célébrer une confirmation en dehors de la messe – comme on le fait dans le rite traditionnel. Ils plaisantaient en disant que mon latin avait un accent espagnol !
Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui vous a incité à apprendre la forme extraordinaire ?
Je suis évêque depuis sept ans et demi. Il y a chez nous des prêtres et des séminaristes qui ont exprimé leur intérêt pour la forme extraordinaire, ainsi que des familles – de jeunes familles – qui y participent, en allant dans les paroisses des fraternités. De plus en plus souvent, des fidèles me faisaient part de leur désir de me voir permettre la Messe en latin – ce que j’ai fait, bien sûr, conformément au motu proprio. Je me suis rendu compte de plus en plus, en me rendant compte de l’existence de la messe en latin et de l’attrait qu’elle exerce sur les gens, ce n’était pas un chose négative et désuète qui méritait de rester enterrée. Les écrits de Benoît XVI – Summorum Pontificum et L’Esprit de la Liturgie, que j’ai lus – et, honnêtement, le fait d’avoir été embarqué dans la prière d’adoration [eucharistique], tout cela m’a aidé à en approfondir mon appréciation. En fait, l’adoration est devenue le centre de ma vie d’évêque. J’essaie d’être en adoration devant le Saint-Sacrement le matin et le soir tous les jours où cela m’est possible, aussi longtemps que possible.
C’est donc l’adoration de l’Eucharistie qui vous a amené à la forme extraordinaire de la Messe ?
Absolument. C’est le fait de prier devant le Christ dans le Saint-Sacrement m’a attiré vers ce rite. J’ai fait l’expérience d’une montée en flèche de ma vie spirituelle depuis que je suis devenu évêque, et surtout depuis que je me suis centré sur Notre Seigneur eucharistique. Vous savez, j’essaie de faire une adoration deux fois par jour, pour accompagner mes prières du matin et du soir – et l’Office [divin] peut être bien long. Pourtant, je constate que je prie maintenant les psaumes comme si je Lui parlais. J’ai fait des Psaumes ma prière personnelle.
Ce que j’ai constaté, c’est que ce rite est tellement centré sur Lui. Il faut que vous compreniez qu’avant janvier de cette année, je n’avais même pas lu les prières de la forme extraordinaire. Je partais littéralement de zéro. Ce qui m’a incité à le faire, c’est que cette année avait été décrétée « Année de l’Eucharistie » dans mon diocèse. Franchement, c’est le fruit de quelque chose qui a grandi en moi depuis que je suis évêque, mais cette déclaration faite dès le début de l’Avent, l’année dernière, a été déterminante : dès lors j’ai encouragé à ce que l’accent soit mis sur l’Eucharistie de différentes manières, comme les processions et l’adoration. J’avais déjà décidé – ou plutôt encouragé, parce que je n’oblige jamais, mais j’encourage – que des processions eucharistiques aient lieu le jour de la Fête-Dieu. La plupart des prêtres en ont organisé, même en pleine folie du coronavirus. On peut penser que c’est « vieux jeu », mais regardez – c’est Lui. Pourquoi ne voudrions-nous pas Le célébrer dans les rues, et dans nos vies, à l’occasion de sa fête ?
Ainsi, tout au long de l’Avent, j’ai prié, et ce désir n’a cessé de croître : je voulais faire quelque chose pour honorer Jésus-Christ. Je pensais sans cesse à essayer d’apprendre la messe traditionnelle en latin pour la fête traditionnelle du Corpus Christi. Je me disais tout le temps : « Je peux le faire ! » J’ai appris plus tard que si et quand un évêque dit la messe en latin, c’est toujours une messe pontificale, où l’évêque représente toujours son peuple. C’est intense. Si vous connaissiez « Joe Strickland », un enfant de l’arrière-pays du Texas, vous sauriez que « ce type est simple ; il n’aime pas ces choses compliquées ». Pourtant, c’est une chose que je vois et que le désire pour Lui. Il est tellement clair que cette liturgie n’est pas centrée sur nous - elle l’est totalement sur Lui. Je veux L’honorer.
Racontez-moi comment vous avez commencé à apprendre le rite et ce qui vous a semblé le plus difficile. Vous a-t-on aidé ?
A l’origine, nous devions célébrer la grand-messe pontificale, mais nous n’avions pas le personnel nécessaire – je devais compter sur mes prêtres et certains de nos séminaristes pour nous aider. Je veux dire pour célébrer correctement – et c’est ce sur quoi j’insiste : nous respectons les règles, y compris en ce qui concerne les chaussures, les ornements, tout.
L’un de nos prêtres, le père Joshua Neu, qui a été ordonné il y a seulement cinq ans, connaît les deux rites. Il m’a servi de précepteur dès le début. Il savait ce dont nous avions besoin, et il m’a même aidé à comprendre le latin très difficile. Pour être honnête – et je le dit pour vous, prêtres et même évêques, qui envisagez de vous y  mettre – par moments c’est comme si vous suiviez un cours universitaire ; il y aura des devoirs à faire. Au début, cela demande de la concentration et des efforts, mais vous verrez que c’est riche de tant de grâces. Cela vaut tellement la peine d’apprendre.
Il existe de nombreuses ressources. J’ai lu le livre Treasure and Tradition –il s’adresse à tous les publics – qui vous fait voyager à travers la messe avec beaucoup de détails. Le blog du père John Zuhlsdorf contient de nombreux articles sur l’apprentissage de la liturgie et de certaines prières. J’ai regardé de nombreuses vidéos sur YouTube, dont certaines ont été publiées par la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre. Il y a tellement de ressources.
Avez-vous jamais été submergé par la complexité des rubriques et de la langue de la messe traditionnelle en latin ? Si oui, que conseilleriez-vous aux autres prêtres et évêques qui souhaitent l’apprendre ?
Je vais vous dire ce que le P. Neu et d’autres m’ont dit : c’est normal d’être un peu dépassé au début, mais vous pouvez et vous devez le faire. J’avais encore besoin d’aide, et le P. Neu devait parfois m’aider en m’indiquant où j’en étais ; mais, vraiment, c’est cela que les prêtres et diacres sont censés faire quand ils assistent à la messe. Je dirais que j’étais un peu nerveux à l’idée de dire la Séquence du Corpus Christi, mais le Père m’a même aidé en m’apprenant à le faire en utilisant un tempo. J’ai eu l’impression d’accomplir un voyage spirituel. J’ai toujours essayé de dire la forme ordinaire avec révérence – lentement, en toute conscience. Ce n’est pas ainsi qu’on m’a formé, c’était d’instinct. Je dois dire que cela doit être une grâce, car même quand j’étais jeune, je croyais vraiment à la présence réelle.
Il n’y a pas de raison pour que la forme ordinaire ne puisse pas être révérencieuse – c’est Lui ! Il y a peut-être eu des manipulations par le passé, mais nous pouvons et devons revenir à la révérence parce que la messe n’a jamais été concerné autre chose que Lui. C’est vraiment la mission que je me suis donnée, d’amener les deux liturgies à comprendre la révérence et à se concentrer sur l’Eucharistie. J’y pense, en un sens, comme à la musique. La façon dont je décris cela est que la forme ordinaire est comme la « mélodie de base » d’une symphonie. Elle est reconnaissable. La forme extraordinaire, c’est la même mélodie, accompagnée par l’orchestre complet.
Ce n’est probablement pas si facile à décrire. Ce sentiment d’émerveillement et d’admiration n’a cessé de croître tout au long du processus. Bien sûr, j’avais déjà entendu de nombreux termes en latin, mais je ne savais pas vraiment comment ils s’accordaient aussi profondément dans la forme extraordinaire. C’est presque comme s’il manquait quelques pièces dans un puzzle, et je ne m’en suis rendu compte que lorsque j’ai enfin dit la messe. La prise de conscience que l’on a, en tant que prêtre, de la signification profonde de ces prières, de ces mots, je peux la comprendre maintenant de façon profonde. Comme je l’ai dit, cette liturgie est entièrement consacrée à Lui, à l’adoration de Dieu. Il s’agit du Fils de Dieu descendant du ciel, descendant à l’autel pour prendre l’apparence du pain et du vin – il s’agit de Dieu. On peut y voir où la « ligne mélodique » du Novus Ordo a été reprise, mais on est pris par la splendeur, ici, de l’« orchestre » complet. Il n’y de place que pour l’émerveillement. Ne serait-ce que la beauté du corporal, et la façon dont l’hostie et le calice sont traités… et je dois dire [longue pause, pleine d’émotion] que je pouvais à peine prononcer les mots de la consécration, tant j’ai été submergé par l’émotion, tant j’ai été profondément touché par ces mots. Dieu merci, nous devons seulement les murmurer dans ce rite, parce que je ne suis pas sûr que j’aurais pu parler plus fort que ce murmure, tellement j’ai été frappé par la profondeur des mots. C’était la première fois de ma vie que je les prononçais en latin, et j’avais du mal à les faire sortir. En fait, c’est indescriptible.
Avez-vous un message à adresser aux communautés qui chérissent la messe traditionnelle en latin ?
Dans mon homélie, le 11 juin, j’ai dit à l’assistance : nous devons nous rappeler qui nous allons adorer, qui nous allons recevoir. La messe avance vers cette rencontre avec Lui, qui s’avance vers nous.
J’encourage ceux qui assistent à la forme extraordinaire… à envisager d’aller à une messe Novus Ordo pour témoigner de la révérence envers la liturgie et envers Notre Seigneur dans l’Eucharistie.
Je suis convaincu que l’Église doit dépasser ces groupes et chapelles à forme humaine, car, franchement, tout cela est devenu un obstacle et une distraction. Le Divin vient à notre rencontre là, à l’autel, mais, pendant ce temps, nous nous laminons les uns les autres et nous nous déchirons – et quels sont les fruits ? Ce n’est pas le Saint-Esprit, cette division.
J’encourage les membres des congrégations traditionnelles à se rappeler pourquoi ils aiment la liturgie, pourquoi et comment la révérence désignent le Christ… Il y a une si belle occasion de donner un exemple de révérence simple et joyeuse dans la forme extraordinaire. Ce sentiment d’émerveillement que j’ai éprouvé devrait être ressenti par tous. Je comprends bien que pour certains fidèles qui assistent à ces messes traditionnelles en latin, il se peut que le manque de respect dont ils ont été témoins [dans la forme ordinaire], voir la persécution dont ils ont pu été victimes depuis l’intérieur même de l’Église, pour avoir manifesté leur révérence, aient provoqué une réaction. Mais les fruits de la discorde, de la division, du sectarisme, de l’élitisme, voire de l’orgueil spirituel ne peuvent pas trouver leur source dans la liturgie – cele est pleinement humain, réactionnaire. Je pense que c’est par là que le diable s’infiltre, en détournant cette communauté de la focalisation sur Jésus pour la centrer sur le rituel, le légalisme et même l’élitisme. C’est une subtile tromperie.
Il me coûte de le dire ; je crois qu’une partie de mon hésitation à apprendre à célébrer selon la forme extraordinaire venait de mon expérience de la communauté qui y assiste. Si j’ai vécu cela, je sais que d’autres l’ont fait aussi. J’encourage les membres de ces communautés à prier et à méditer sur les paroles de saint Paul aux Galates, chapitre 5, 22-23. Il faut méditer, d’autant plus qu’ils ont un grand trésor de grâce à partager, sur la mise en garde de Jésus en Luc 12, 48. Demandez-vous : « Mes actions, mes paroles et mon attitude reflètent-elles vraiment les fruits de la messe des âges, ou se pourrait-il que j’empêche d’autres personnes de désirer en savoir davantage ? »
Après ce que j’ai vécu, en tant qu’évêque, je ne peux qu’encourager tout le monde à rencontrer Jésus dans l’émerveillement, dans la beauté de la forme extraordinaire de la Messe.
Photo prise lors de la messe de la Fête-Dieu, 1e 11 juin dernier : site du New Catholic Register.

© Jeanne Smits pour la traduction.


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