15 février, 2020

Les financiers potentiels du Pacte pour l'éducation du pape François selon Jeffrey Sachs : l'ONU, le FMI, l'UE, Bill Gates et quelques autres grands de ce monde

L’économiste américain, Jeffrey Sachs, partisan avoué du contrôle de la population, a annoncé au Vatican le nom de certains partenaires financiers potentiels du Pacte mondial pour l’éducation que le pape François lancera le 14 mai prochain en vue de créer un « nouvel humanisme ». Sur la liste – présentée sur écran lors d’un atelier sur ledit Pacte organisé à l’Académie pontificale des sciences les 6 et 7 février derniers – figurent le milliardaire américain Bill Gates, le magnat des affaires le plus riche de Chine, Jack Ma, Mukesh Ambani, patron de la plus grosse société pétrochomique de l’Inde et l’homme le plus riche d’Asie, l’UNESCO et plusieurs autres agences des Nations Unies, ainsi que la Banque islamique de développement.

Une grande partie des informations et des développements de cet article sont repris dans l’excellent article publié hier par Diane Montagna sur LifeSiteNews, en particulier le compte-rendu de son très révélateur entretien avec Mgr Sanchez Sorondo, organisateur de l'atelier.

Entre l’éducation et la réduction de la fertilité, il y a un lien que les malthusiens contemporains soulignent volontiers. Le propre chancelier de l’Académie pontificale des sciences, Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, avait affirmé lors d’un précédent colloque sur la biodiversité – où il n’avait pas hésité à inviter des partisans de premier plan de la contraception et de l’avortement – que les femmes ayant un plus haut degré d’instruction ont en moyenne moins d’enfants que les autres. Il présentait cela comme une sorte de solution éthique pour que les femmes « aient un ou deux enfants au lieu de sept ».

Notez qu’un tel taux de fécondité serait globalement suicidaire : pour remplacer les générations dans les pays développés, il faut 2,1 enfant par femme, nettement plus dans les pays pauvres. Même là où mortalité maternelle et infantile sont peu importantes, ce sont les familles nombreuses qui doivent compenser l’absence d’enfants chez les femmes qui pour diverses raisons ne peuvent ou ne veulent en avoir.

Sachs et plusieurs de ces bailleurs de fonds potentiels mettent égalemennt l’éducation en avant comme un moyen essentiel pour réduire à terme la population mondiale, au motif que les couples – et surtout les femmes – instruits ont des bébés plus tard et comprennent l’avantage matériel qu’il peut y avoir à avoir moins d’enfants.

Les ambitions du Pacte mondial pour l’éducation sont extrêmement élevées. Jeffrey Sachs a ainsi déclaré qu’il avait « parlé avec certaines des personnes les plus riches du monde » : il se dit convaincu de la possibilité de faire abonder un fonds pour l’éducation à hauteur de 26 milliards de dollars par an.

« Voici où nous allons trouver les fonds », a-t-il proclamé en présentant une diapositive intitulée « Partenaires pour le Pacte mondial pour l’éducation et un nouveau fonds pour l’éducation ». En voici la transcription :
Gouvernements donateurs
L’Union européenne
Les grands philanthropes (Bill Gates, Jack Ma, Mukesh Ambani)
Banque islamique de développement
UNESCO, UNICEF, autres agences des Nations unies
Fonds monétaire international
Les promoteurs des ODD du Secrétaire général de l’ONU
L’ONG Global Citizens
« Youth for the Future »
La plupart de ces financeurs potentiels se distinguent par leur hostilité militante à l’égard des principes du catholicisme : on les retrouve généralement à travers le monde dans les entreprises de promotion de la « santé reproductive ». Parmi leur nombre : le programme 2030 des Objectifs du développement durable (ODD) de l’ONU.

« Global Citizens » se présente comme un « mouvement de citoyens » ayant pour objectif de combattre l’extrême pauvreté. Ses leaders, financiers et artistes sont un véritable catalogue des grands de ce monde. Cette ONG milite pour les « droits gays » et a félicité le Canada pour son action en faveur de « l’avortement sûr ». Parmi ses sponsors, pas une seule institution ou association caritative catholique.

Outre ses entretiens apparemment fructueux avec Bill Gates, Jack Ma et Mukesh Ambani, ainsi que les responsables de la Banque islamique de développement, Jeffrey Sachs a évoqué ses pourparlers avec le Fonds monétaire international. Il estime donc pouvoir compter sur le FMI qui l’a assuré, dit-il, de son « engagement total » au service du Pacte. Le conseiller du pape François en matière de « changement climatique » a également annoncé aux participants à l’« Atelier sur l’éducation : le Pacte mondial » que l’ONG Global Citizens comprend « de nombreuses stars du rock et certains des artistes les plus célèbres du monde ».

Mieux : Greta Thunberg et d’autres jeunes sont « prêts à s’y joindre ». Youpi !

Jeffrey Sachs a en outre déclaré qu’en consacrant 26 milliards de dollars à l’Afrique on pourrait de « scolariser tous les enfants africains jusqu’au niveau secondaire ». Avec les programmes d’éducation de l’UNESCO ?

« Le pape François est notre plus grand mobilisateur de (vie) décente dans le monde, et lorsque le pape François appelle à un Pacte mondial pour l’éducation, profitons de l’occasion pour mobiliser le financement de base afin que cela devienne une réalité, et pas seulement une grande idée », a-t-il lancé aux participants.

Jeffrey Sachs, désormais figure incontournable des réunions de l’Académie pontificale des sciences, a également déclaré : « Je crois que si nous nous recommandons du pape François, avec son leadership unique au monde, pour aller chercher ces fonds, si chacun d’entre nous va frapper à la porte de son milliardaire préféré, de ses voisins, des gens qui peuvent faire la différence, nous y arriverons, même d’ici au mois de mai. »

Sachs a ajouté que « certaines personnalités les plus riches du mondeé veulent être à Rome lors du lancement du Pacte mondial pour l’éducation de mai 2020. « Mais je pense qu’il faut clarifier le fait qu’une partie de l’objectif n’est pas seulement le merveilleux but de l’amélioration du contenu, mais qu’il s’agit en fait de faire en sorte que les enfants aient une salle de classe et un siège pour qu’ils puissent bénéficier de ce contenu. »

Si l’objectif d’offrir une éducation de qualité aux enfants du monde entier est incontestablement noble, note Diane Montagna, il est souvent assorti de conditions.

Jeffrey Sachs préconise depuis longtemps la réduction de la population, en particulier en Afrique subsaharienne, en éduquant les filles à « la santé sexuelle et reproductive, et sur les options de contraception ». Il est lui-même favorable à l’avortement légal, en particulier pour réparer les ratés de la contraception.

D’ailleurs, le « lien de causalité » entre le niveau d’éducation et le contrôle de la population a été soulevé lors de cet atelier de deux jours à l’Académie pontificale des sciences.

Dans un exposé sur « l’interaction de l’éducation avec la santé et la démographie de la population », David E. Bloom, professeur d’économie et de démographie à Harvard, a souligné comme un élément positif le fait que l’éducation « réduit les taux de fécondité et de croissance de la population ».
Le développement de l’éducation « est probablement mieux abordé de manière multisectorielle, par un mélange de politiques de santé, de population et d’éducation – en particulier celles qui promeuvent la santé des enfants comme les soins prénataux, la vaccination des enfants et les investissements dans les infrastructures d’eau et d’assainissement des écoles », a-t-il ajouté.
Bloom a cependant évité d’exprimer en ce lieu sa conviction – développée de longue date – selon laquelle la promotion de l’éducation implique également, selon ses propres termes, de fournir « un accès accru aux services de planification familiale » et de « répondre aux besoins considérables non satisfaits en matière de contraception », ainsi qu’il l’écrivait dans une tribune publiée par le New York Times en mai 2011.

Il y affirmait que le « défi de taille » de la croissance démographique en Afrique (selon ses estimations, les femmes africaines ont 4,5 enfants en moyenne) implique également de « modérer les taux élevés de fécondité désirée » observés sur une grande partie du continent. Cela « se produira naturellement à mesure que le statut et l’éducation des femmes s’amélioreront et que les couples reconnaîtront de plus en plus qu’ils seront mieux lotis avec des familles moins nombreuses », écrivait-il.

L’annonce par Jeffrey Sachs que Bill Gates était un partenaire financier potentiel pour le Pacte mondial pour l’éducation du pape François a été suivie quelques jours plus tard, le 10 février, par la publication de la lettre annuelle de la Fondation Bill et Melinda Gates annonçant que « la crise climatique et l’égalité des sexes » sont devenues des priorités pour leurs futurs dons « philanthropiques ».

Melinda Gates affirme dans cette lettre qu’elle veut concentrer ses propres efforts sur l’égalité des sexes, y compris les « droits reproductifs ». « Mon parcours d’engagement public a commencé avec le planning familial », écrit-elle. « Il y a plus de 200 millions de femmes dans les pays en développement qui ne veulent pas tomber enceintes mais qui n’utilisent pas de contraceptifs modernes. »

Elle y déclare en outre  que sa fondation, qui travaille en étroite collaboration avec Jeffrey Sachs, a depuis lors renforcé ses « engagements en matière de planning familial » tout en développant « des stratégies qui donnent la priorité à l’égalité des sexes ».

Au début de ce mois, Edward Pentin du National Catholic Register a indiqué que le Vatican s’était « rapproché » de la Fondation Gates au cours des derniers mois. Des sources fiables ont indiqué au Register qu’en novembre dernier, le pape François avait reçu Melinda Gates lors d’une audience privée qui n’a reçu aucune publicité.

Dans une interview accordée en 2018, Obianuju Ekeocha, militante pro-vie et auteur de Target Africa, notait que le pape François (à l’instar de Jean-Paul II) avait dénoncé le phénomène croissant des pays, entités et fondations occidentales qui viennent en Afrique avec de l’« aide » et des « dons » assortis de « conditions ».

Mme Ekeocha, une scientifique de la médecine biomédicale née au Nigeria et résidant actuellement au Royaume-Uni, expliquait alors :
« Ils avancent dans leurs projets d’aide humanitaire, nous font des cadeaux, et en même temps essaient de nous amener à nous aligner avec eux sur le plan idéologique sur des questions qui sont assez importantes pour les Africains : des questions comme l’avortement, la contraception, le contrôle de la population, ce qui se passe avec la jeunesse et la sexualité humaine, l’identité sexuelle. (…) Ils introduisent cela dans le cadre de leurs projets d’aide aux pays en développement, et c’est en fait assez dangereux pour nous parce que c’est nous qui sommes leur cible. Non seulement nous recevons l’argent, mais nous recevons aussi tout ce qui va avec, tout ce qui menace maintenant de porter atteinte à notre propre vision et à nos valeurs culturelles. »
Elle ajoutait que l’Église est « en plein cœur de la tempête », identifiant la Fondation Gates comme l’une des principales fondations qui se présentent comme « amie » et essaient de « s’associer avec l’Église, parce que l’Église dispose d’un si grand réseau partout sur le continent africain ». « L’Eglise voit alors des programmes de contraception, des programmes de préservatifs cibler les enfants. Les évêques s’expriment et appellent cela par son nom : de l’impérialisme culturel ou du néocolonialisme idéologique. »

« L’Eglise doit être le rempart face à ces initiatives », ajoutait-elle.

En 2012, Mme Ekeocha écrivait une lettre ouverte à Melinda Gates en réponse à son plan et à sa promesse de « planter les graines » de son « héritage » – en rassemblant 5 milliards de dollars de promesses – dans 69 des pays les plus pauvres du monde, dont la plupart se trouvent en Afrique subsaharienne, afin d’obtenir que la femme africaine soit moins fertile. La « Lettre ouverte d’une femme africaine à Melinda Gates » est disponible intégralement sur le site du Conseil pontifical pour les laïcs.

Lors de la session du matin de l’atelier du 6 février (avant que Sachs n’ait fait son annonce), Diane Montagna s’est entretenu au nom de LifeSiteNews avec Monseigneur Vincenzo Zani, secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique, que le pape François a chargé de superviser le Pacte global pour l’éducation.

A la question de savoir qui allait financer cet événement, Mgr Zani a répondu : « Nous recherchons des fondations qui nous donneront un coup de main. Le Vatican n’a presque rien, nous cherchons une aide extérieure. »

Après la conférence de Jeffrey Sachs, LifeSite s’est entretenu dans l’après-midi avec le chancelier de l’Académie pontificale des sciences, l’Argentin Mgr Marcelo Sánchez Sorondo.

Celui-ci a déclaré à LifeSite que l’atelier des 6 et 7 février avait été organisé en réponse à une demande de la Congrégation pour l’éducation catholique et constituait une sorte de réunion consultative sur le contenu du Pacte mondial pour l’éducation. Il a ajouté que l’académie est « très heureuse » de voir l’enseignement obligatoire se répandre dans le monde entier. Mais d’ajouter : « Comme l’a expliqué Jeffrey Sachs, le grand problème est l’argent. Nous n’avons pas l’argent nécessaire. »

Mgr Sánchez a confirmé que les personnes et les organisations citées par Jeffrey Sachs étaient des collaborateurs potentiels du Pacte éducatif. Il a ajouté que « ce n’est rien en réalité pour les personnes qui ont de l’argent réel. »

« Il y a un milliard de personnes sans instruction, et celle-ci est la clé du développement des personnes et de la personne », a-t-il déclaré.

À la question de savoir si le Pacte mondial pour l’éducation est donc un moyen de mobiliser des fonds afin de les orienter vers l’éducation, Mgr Sánchez a répondu : « Cela en fait partie. L’autre question est celle-ci : quel type d’éducation ? »

Le prélat argentin a affirmé que selon le pape François, en matière d’éducation « nous avons besoin du langage de l’esprit » mais aussi « du langage des valeurs, du langage du cœur ». Il est très important, a dit Sánchez Sorondo, d’avoir une éducation qui mette la personne humaine, la dignité de la personne humaine au centre », ainsi que « la question du genre, la question de la femme ».
Il a précisé que le contenu du Pacte mondial pour l’éducation sera particulièrement axé sur les femmes, en partie pour lutter contre les nouvelles formes d’esclavage et de traite des êtres humains.

Le chancelier de la PAS a également déclaré qu’il espérait que le Pacte se focalisera sur « la vérité qui vient des sciences », telles que « le changement climatique » et « l’évolution ». Soit deux théories…

Sánchez Sorondo a également reconnu que la relation entre le Pacte mondial pour l’éducation et la réalisation des objectifs de développement durable pour 2030 est « très étroite », mais il a ajouté que « le pape veut mettre davantage l’accent sur la question des valeurs et de l’éthique, et sur la question de la femme. En ce sens, il y a des différences ».

Diane Montagna a alors rappelé que ce certains ODD, notamment ceux concernant l’égalité des sexes, la santé et l’éducation, sont en contradiction avec l’enseignement de l’Église. En particulier, a-t-elle rappelé, les Nations unies aimeraient former les filles africaines à l’utilisation de la contraception, et leur conseiller d’avorter si elles tombent enceintes et ne veulent pas garder leur bébé. Rappelant également l’enseignement des Écritures sur le combat entre le monde et l’Église, elle a demandé à Mgr Sánchez comment l’Église pouvait collaborer avec les Nations unies sur cette question.

« Ça, c’est typique du peuple américain, en particulier de la droite : exagérer idée selon laquelle l’avortement est inclus dans ces objectifs, et ce n’est pas vrai », a-t-il rétorqué.

Diane Montagna lui a alors fait remarquer que les organisations que Sachs pressent comme partenaires financiers du pacte sont les mêmes que celles contre lesquelles Ekeocha et d’autres se battent parce qu’elles font la promotion de la contraception et de l’avortement auprès des populations africaines, et ceci contre leur gré.

Réponse de Mgr Sanchez Sorondo : « Oui, mais cela dépend du pays. Cela ne dépend pas des Nations unies, c’est la question. Les Nations unies ne sont pas favorables à l’avortement. Peut-être certains des bureaucrates, mais ce n’est pas dans les documents. Les documents ne parlent pas de l’avortement. »

Confronté au fait que l’ONU a recours au langage des « droits reproductifs » et de la « santé reproductive » pour signifier la contraception et l’avortement, Mgr Sorondo a une fois de plus nié. « C’est une question typique. Ils ne disent pas cela », a-t-il dit.

Mais ils le font – et même explicitement. L’ODD 3 de l’ONU sur la santé vise à « élargir l’accès aux méthodes modernes de contraception » d’ici à 2030, et présente cela comme « essentiel pour assurer l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive ».

L’ODD sur l’égalité des sexes (5.6.1) vise, d’ici à 2030, à « assurer l’accès universel à la santé sexuelle et reproductive et aux droits reproductifs », y compris « l’utilisation de la contraception » et « les soins de santé » – terme que la Fédération internationale Planned Parenthood utilise volontiers pour désigner l’avortement.

L’ODD sur l’éducation (4.7) vise à garantir que « tous les apprenants acquièrent les connaissances et les compétences nécessaires pour promouvoir… des modes de vie durables (et) l’égalité des sexes ». Selon des économistes comme Sachs et Bloom, la réduction de la fécondité des femmes africaines est essentielle pour atteindre cet objectif.

Mais les « droits reproductifs » renvoient à la famille selon l’interprétation de l’Eglise », a insisté Mgr Sánchez. « Nous pouvons avoir une interprétation et pas l’autre ».

D’où la question de savoir comment l’Eglise pourra garantir qu’un pacte d’éducation financé par les personnes et les organisations figurant sur la liste de Sachs ne conduira pas à ce que les filles africaines reçoivent un enseignement sur la contraception et l’avortement.

Mgr Sánchez a répondu en rappelant une rencontre qu’il avait eue avec un prêtre catholique en 1971 à l’université du Latran. Mgr Sánchez a déclaré que le prêtre lui avait dit que « la solution au problème de la reproduction est la nécessité pour la femme d’étudier, car ayant étudié, elle aura un esprit critique, et lorsqu’elle se mariera, elle sera plus intelligente et n’épousera pas le premier venu. Ensuite, elle pourra avoir un ou deux enfants, mais pas plus. »

« C’est la vérité », a dit Sanchez Sorondo en riant.

Oui, en riant…

Diane Montagna a insisté auprès du prélat sur le problème de la participation aux ateliers de personnalités tel David Bloom, qui souligne le « lien de causalité » entre l’éducation et le contrôle de la population, notamment à la lumière des écrits et des déclarations de Jeffrey Sachs sur la nécessité de réduire la fécondité en Afrique.

« Pas ici », a rétorqué Mgr Sánchez à propos des déclarations de Sachs. « C’est un autre mythe » que Jeffrey Sachs soutienne la contraception et l’avortement en Afrique, a-t-il ajouté.

En 2011, Sachs déclarait à CNN que l’éducation est l’un des meilleurs moyens de parvenir à une baisse « volontaire » de la fécondité. Et dans son ouvrage de 2015, The Age of Sustainable Development, il préconisait d’instruire les filles en Afrique sub-saharienne quant à  « la santé sexuelle et reproductive, et sur les options de contraception ».

Interrogé sur la sagesse de conclure un pacte éducatif avec des personnes dont la vision des ODD prévoit d’inonder les Africains de contraceptifs et d’entreprises de lobbying pour l’avortement légal, Sánchez Sorondo a rétorqué que « l’Église a une politique complètement différente ».

Le pape François n’est d’accord qu’« en partie » avec l’objectif d’éducation des ODD, car « il n’y a rien à propos des valeurs », a déclaré Sánchez Sorondo, qui a ajouté avoir « critiqué » Jeffrey Sachs « à de nombreuses reprises » pour « ne pas avoir mis la famille au centre » de ses objectifs.

Interrogé sur la manière dont le Vatican va garantir, dans le cadre du Pacte mondial pour l’éducation, que les filles africaines soient informées de la véritable signification de la famille et non de la contraception, Mgr Sánchez a répondu que l’« accord » vise à « garantir ces choses ». C’est, selon lui, la « différence entre l’accord du Pape et l’accord des Nations unies ».

Interrogé sur le fait de savoir s’il pensait que Melinda Gates serait d’accord avec cela, Sánchez a répondu « non ». « Nous n’avons pas d’accord avec Melinda Gates », a-t-il déclaré. « C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas l’argent de ces gens ».

Lorsqu’il a été souligné que Jeffrey Sachs avait inscrit la Fondation Gates et d’autres organisations pro-contraception et pro-avortement sur la liste des bailleurs de fonds potentiels du Pacte mondial pour l’éducation, le prélat a affirmé que ces partenaires étaient « pour les objectifs [de Sachs] ».
Lorsqu’on lui a fait remarquer que Sachs avait intitulé sa liste « Partenaires pour le Pacte mondial pour l’éducation et un nouveau fonds pour l’éducation », Mgr Sánchez a répondu : « Je ne sais pas, mais il est clair que le pape est contre cela ; le pape l’a dit, à maintes reprises. »

« Beaucoup d’Américains nous critiquent pour les mêmes raisons. Alors pourquoi le pape collaborerait-il avec ces gens ? », a-t-il demandé, perplexe.

Et Diane Montagna de répondre :

« Je ne sais pas. Nous voyons qu’il y a une coopération croissante entre les Nations unies et le Vatican. Saint Paul parle de l’inimitié entre l’Église et le monde. Les valeurs de l’Église catholique ne sont souvent pas en accord avec les valeurs de ces organismes supranationaux, comme les Nations unies. Nous ne voulons pas donner l’esprit de nos enfants aux Nations unies pour que celles-ci les éduquent. Car que vont-ils leur enseigner ? Si j’avais une petite fille, on lui enseignerait qu’à 13 ou 14 ans, elle peut être sous contraception. Et on ne lui apprendra rien sur la famille. On lui apprendra qu’elle a des “droits”. »

« Alors, quelle est la solution pour vous, ne collaborer en rien avec quoi que ce soit ? », a rétorqué Sánchez Sorondo.

Lorsque Diane Montagna lui a répondu que la solution est la clarté et que les catholiques pratiquants voient bien qu’une bataille fait rage à propos de la famille, il a répondu : « Désolé, quelle est la solution, ne pas parler avec ces gens ? Dire : nous ne voulons pas parler avec vous, vous êtes complètement entre les mains du diable ? »

Lorsqu’elle a répété que l’Église et l’Académie pontificale avaient besoin de clarté, il a insisté : « C’est très clair, il n’y a aucune ambiguïté. Jeffrey Sachs connaît parfaitement notre position. Parfaitement. »

Il reste donc à savoir si les organisations pressenties au nom du Vatican par Jeffrey Sachs vont ouvrir leur tiroir-caisse. Car on le sait bien : qui paye décide.



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12 février, 2020

Querida Amazonia, chère Amazonie, l'exhortation du Pape François plus ambiguë qu'il n'y paraît

Poésie, envolées lyriques, rêves – ils sont au nombre de quatre –, l'exhortation apostolique post-synodale publiée ce mercredi sous la signature du pape François a pris une forme étonnante et remarquable. C'est une liste de souhaits, de recommandations entrecoupée de citations littéraires, sans visée révolutionnaire immédiatement visible. Les viri probati sont passés à la trappe (mais le texte ne parle en fait pas du tout du célibat sacerdotal ni du mariage des prêtres) ; les femmes n’auront pas de ministère ordonné et c'est à travers leur génie propre qu'elles serviront (comme elles l'ont d’ailleurs toujours fait) le Christ, son Eglise et son troupeau. Ouf. Ou plutôt : grâce à Dieu.

En fait, Querida Amazonía prend tout le monde à contre-pied. Les évêques d’outre-Rhin, qui dans leur majorité, derrière le cardinal Marx, pensaient que le synode sur l'Amazonie allait ouvertement permettre l'introduction d'innovations impossibles au sein de l'Eglise, à telle enseigne que Mgr Overbeck put annoncer que “rien ne serait plus jamais comme avant”, ont pris une douche froide d'une rare violence. Totalement inespérée au cours de ce pontificat.

Cela n'a pas empêché le cardinal Marx de dire que l'ordination des hommes mariés n'avait pas été écartée par le texte, et il me semble qu'il n'a pas tort.

Le cardinal Hummes, rapporteur général du synode, a d'ailleurs boudé la présentation de l'Exhortation en restant au Brésil, à moins qu'il n’ait pas été invité. Quand on sait que c'est lui qui a fait circuler une première version de l'Exhortation avec une mention explicite du paragraphe 111 du Document final prévoyant  la possibilité de l'ordination sacerdotale des diacres permanents, on peut imaginer qu'il l’ait mauvaise.

Toutes les expressions les plus contestables qui ont émaillé des divers documents officiels encadrant le synode, depuis le document préparatoire de 2018 jusqu'au document final en passant par l’Instrumentum laboris brillent plutôt par leur absence. Pensez : il n'est même pas question de la « Terre-Mère », sinon dans une citation et indirectement, par le biais d’une note de bas de page !

Quant aux contestataires, tous ceux qui ont été consternés par la cérémonies païennes aux jardins du Vatican, la présence de statuettes de la Pachamama jusque dans la basilique Saint-Pierre et tant d'autres manifestations inacceptables, en sont-ils pour autant pour leurs frais ? Peut-on dire au contraire qu'ils ont « gagné » dans ce qui apparaît assez clairement comme le résultat d'une lutte d'influences sur un homme qui semble avoir renoncé à sa manière habituelle de s'exprimer ?

Disons d'abord ceci. En n’allant pas explicitement dans la direction souhaitée par le riche et puissant épiscopat allemand dans sa quasi-totalité, pour ce qui est des deux éléments les plus spectaculaires mis en évidence autour de ce synode, à savoir l'ordination sacerdotale d’hommes mariés et la possibilité d'un ministère ordonné pour les femmes, et ce en termes francs, le pape a sauvé quelque chose d'important et de primordial. Il a choisi de ne pas installer une confusion encore plus grande que celle régnant aujourd’hui ; il n'a pas touché à ces fondamentaux. Cette confusion aurait pu mener à une fracture irréversible. Même si à certains égards le propos reste ambigu.

Cela a-t-il toujours été son intention ? Nul ne le sait. On peut relever quelques incohérences – qu’il s’agisse des déclarations ici ou là laissant entendre qu’une exception amazonienne pour les prêtres mariés pouvait être envisagée, ou à travers la colère qui l’a animé lors de la parution du livre du cardinal Sarah et de Benoît XVI, Des profondeurs de nos cœurs, sur le célibat sacerdotal – il semblait manifeste que François voulait aller dans une autre direction, fût-ce en faisant de tous petits pas.
Il n'en a rien été, mais il me semble que les prières de tant de catholiques – parmi lesquels vous tous, lecteurs de mon blog qui avait participé aux prières du 12 décembre à NotreDame de Guadalupe – et les protestations attristées qui ont secoué sites, blogs et réseaux sociaux et catholiques ces derniers mois n'auront pas été vaines. Dieu protège son Eglise ; qu’Il la protège toujours.

Cela dit, il m’a semblé depuis le début que l’ambition réelle du synode sur l’Amazonie n’était pas tant de toucher au célibat sacerdotal ou de promouvoir le diaconat, et même à terme le sacerdoce des femmes, que d’agir sur le plan politique en « internationalisant » la question amazonienne et sur le plan religieux en soutenant une spiritualité globale aux relents panthéistes.

Une lecture attentive de Querida Amazonía – un peu moins horripilante, il faut le dire, que celle de Laudato sí,  même si cette encyclique est abondamment citée – laisse beaucoup de questions ouvertes et agit discrètement dans le sens que j’au souligné. Les mots de l’écologisme amazoniste et mondialiste s’y font relativement discrets ; l’évangélisation est évoquée explicitement ; la culture amazonienne ne reçoit pas un blanc-seing absolu qui la rendrait exemplaire en tant que telle pour le monde entier. mais les concepts de cette nouvelle théologie ne sont pas absents, loin s'en faut.

Toutes proportions gardées et pour prendre un exemple léniniste, on a un peu l'impression d’une « Nouvelle économie politique » mise en avant lorsque le bolchevisme radical s'avère inopérant ou inacceptable.

Je ne souhaite pas évidemment préjuger des intentions du pape François, et si Querida Amazonía – mais on a ici un langage plus subtil que celui auquel il nous a habitués, et il me semble que l'insinuation et l'ambiguïté sont cultivées avec assiduité.

Je vous propose  une analyse de texte qui tente de tenir compte de sa lettre mais aussi de ce que l'on sait des déclarations précédentes – qui vont de l’ambigu à l’ahurissant – du pape François. En prenant tout le monde à contrepied, comme je le disais plus haut, il a produit un texte habile et malgré tout porteur d’inquiétudes pour les catholiques attachés à l’intégralité et à la clarté de la doctrine catholique. Habile notamment en ce qu’il fait amplement référence à Jean-Paul II – qui a eu également des paroles pour le moins ambiguës… – pour justifier des idées modernistes qui ont été mises en évidence et dénoncées tout au long du processus synodal. A plusieurs reprises et très nettement, François « répond » à ces objections. Une première lecture m’a même laissé l’impression que son texte est taillé sur mesure pour rassurer, voire pour couper l’herbe sous le pied des critiques, sans pour autant rejeter une certaine vision révolutionnaire.

Rappelons que le texte est construit autour de quatre « rêves » pour l’Amazonie (et depuis quand les rêveries pontificales font-ils de la doctrine sûre ?) : un rêve social, un rêve culturel, un rêve écologique, un rêve ecclésial. Ceux qui auront des dubia à leur sujet repasseront… 

Je retiendrai ici certains des 111 paragraphes de l’Exhortation pour les commenter très brièvement. 


*

Cela commence très fort, avec une référence explicite et très positive au calamiteux document final qui occupe les paragraphes 2, 3 et 4. C’est donc la première injonction du pape François, sans l’ombre d’une critique ou d’une mise en garde.

2. J’ai écouté les interventions pendant le Synode et j’ai lu avec intérêt les contributions des cercles mineurs. Dans cette Exhortation, je souhaite exprimer les résonnances qu’a provoquées en moi ce parcours de dialogue et de discernement. Je ne développerai pas toutes les questions abondamment exposées dans le Document de conclusion. Je ne prétends pas le remplacer ni le répéter. Je désire seulement fournir un bref cadre de réflexions qui incarne, dans la réalité amazonienne, une synthèse de certaines grandes préoccupations que j’ai exprimées dans mes documents antérieurs, et qui aide et oriente vers une réception harmonieuse, créative et fructueuse de tout le chemin synodal.

3. En même temps, je veux présenter officiellement ce Document qui nous expose les conclusions du Synode auquel ont collaboré de nombreuses personnes qui connaissent, mieux que moi et que la Curie romaine, la problématique de l’Amazonie, parce qu’elles y vivent, elles y souffrent et elles l’aiment avec passion. J’ai préféré ne pas citer ce Document dans cette Exhortation parce que j’invite à le lire intégralement.

4. Dieu veuille que toute l’Église se laisse enrichir et interpeler par ce travail ; que les pasteurs, les personnes consacrées et les fidèles laïcs de l’Amazonie s’engagent pour son application et qu’il puisse inspirer, d’une manière ou d’une autre, toutes les personnes de bonne volonté.

C’est plus qu’une simple référence. Celui-ci réclamait une « conversion à la terre », la prise en compte des religions indigènes, de la « théologie indienne » et de la « cosmovision » indienne,  le tout teinté d'anticolonialisme primaire, et comportait de nombreuses références au réseau pan amazonien REPAM, au progressisme flamboyant. En vérité, tout cela n'est pas absent de l'Exhortation elle-même mais sous une forme plus atténuée. 
 Quelle est la valeur d'un document final de synode ? Le P. Raymond De Souza note dans le National Catholic Register  qu'en 2018, le pape François a promulgué une nouvelle constitution apostolique selon laquelle si le pontife romain l’approuve expressément, le document final participe du magistère ordinaire du successeur de Pierre. » 
Ici le pape dit vouloir « présenter officiellement ce document ». Interrogé lors de la conférence de presse sur l'exhortation, le cardinal Baldisseri a affirmé avec insistance que le document final ne fait pas partie du magistère, faute d'une « parole canonique claire d'approbation. » Mais que veut dire alors : « présenter officiellement » ?
Selon Baldisseri, le document final a simplement une « autorité morale » et doit être lu « à la lumière de l'exhortation apostolique… 
5.  L’Amazonie est une totalité plurinationale interconnectée, un grand biome partagé par neuf pays : le Brésil, la Bolivie, la Colombie, l’Équateur, la Guyane, le Pérou, le Surinam, le Venezuela et la Guyane Française. Cependant, j’adresse cette Exhortation à tous. Je le fais, d’une part en vue d’aider à réveiller l’affection et la préoccupation pour cette terre qui est aussi la « nôtre » et vous inviter à l’admirer et à la reconnaître comme un mystère sacré. (…)

Voilà, discrètement, l'internationalisation de la zone amazonienne. Cette terre est qualifiée de « mystère sacré » non comme la Terre Sainte, qui doit son nom au fait qu'elle a été foulée par Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, mais en tant que telle. Comme si elle était distincte des autres terres de par sa végétation, sa luxuriance, sa beauté, et enfermait un sens spirituel. Rien n'est dit, ni ici ni plus loin dans l'exhortation, de ses dangers, de ce milieu terriblement hostile à l'homme dans ses zones les plus reculées.


*

Rêve social


8. Notre rêve est celui d’une Amazonie qui intègre et promeuve tous ses habitants pour qu’ils puissent renforcer un “bien-vivre.” Mais un cri prophétique est nécessaire et une tâche exigeante est à accomplir en faveur des plus pauvres. Parce que même, si l’Amazonie se trouve devant un désastre écologique, il convient de souligner qu’« une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ». Un conservatisme « qui se préoccupe du biome mais qui ignore les peuples amazoniens » est inutile.
Notons ici la référence au “bien-vivre” qui est une notion indigène à inscrire  fondamentalement dans l'idée qu'il existe un Grand Tout entre l’homme, la nature et les esprits. C'est la recherche de l'harmonie avec la terre, sans notion de transcendance. Notons aussi le parallélisme entre l'approche écologique et l'approche sociale : en fait, c'est tout le sens de l'écologie à la mode onusienne qui dans ses objectifs de développement durable pour 2030 intègre clairement des choix politiques tenant à la redistribution des richesses ou, pour le dire plus crûment, au socialisme.

20.  La lutte sociale implique une capacité de fraternité, un esprit de communion humaine. Sans diminuer l’importance de la liberté personnelle, on constate que les peuples autochtones de l’Amazonie ont un sens communautaire fort. Ils vivent de cette manière « le travail, le repos, les relations humaines, les rites et les célébrations. Tout se partage, les espaces privés – typiques de la modernité – sont minimes. La vie est un cheminement communautaire dans lequel les tâches et les responsabilités sont réparties et partagées en fonction du bien commun. On ne conçoit pas l’individu détaché de la communauté ou de son territoire ». Ces relations humaines sont imprégnées de la nature environnante parce qu’ils la sentent et la perçoivent comme une réalité qui s’intègre dans leur société et dans leur culture, comme un prolongement de leur corps personnel, familial et de groupe:

« Cette étoile du matin s'approche,
les colibris battent des ailes,
plus que la chute d'eau, mon cœur bat.
Avec tes lèvres, j'arroserai la terre
que le vent joue en nous ».
Communautarisme, vie en commun non choisie (jusqu'à soumettre le départ d'un membre de la tribu à l'approbation des anciens), communisme sont sous-jacents ici.  L'idée de la nature prolongement du « corps personnel, familial et de groupe » renvoie logiquement à un « corps collectif »  qui n'est nullement la communauté nationale où la communauté religieuse mais l'ensemble du monde matériel. Cela s'inscrirait sans difficulté dans les approches orientales qui ne distinguent pas entre sujet et objet. D'ailleurs le choix du poème est significatif. Il est joli et évocateur, mais il ne constitue pas un enseignement chrétien. 
L'auteur du poème, Yana Lucila Lema, une Equatorienne de la jolie ville d’Otavalo,  a fait ses études de journalisme à Cuba, cela mérite d'être souligné. Quant au site auquel renvoie l’Exhortation par une note de bas de page, siwarmayu.com (« une rivière de colibris »), voué à la publication de textes indigènes venant des « sept directions de la Terre Mère », publie notamment des poèmes à la gloire de celle-ci. Ainsi tel poème encourage ceux qui ont des difficultés à demander de l'aide aux anges, aux saints mais aussi aux ancêtres, aux oiseaux et aux pierres. Des artistes graphiques y publient des représentations de la Terre Mère. Il fallait quand même qu'elle y soit !

22.  Le Christ a sauvé l’être humain tout entier et veut restaurer en chacun sa capacité d’entrer en relation avec les autres. L’Évangile propose la charité divine qui jaillit du Cœur du Christ engendrant une recherche de la justice qui est inséparablement un chant de fraternité et de solidarité, une stimulation pour la culture de la rencontre. La sagesse de la manière de vivre des peuples autochtones – malgré toutes ses limites – nous pousse à approfondir cette aspiration. Pour cette raison, les évêques de l’Équateur ont réclamé « un nouveau système social et culturel qui privilégie les relations fraternelles, dans un cadre de reconnaissance et de valorisation des différentes cultures et écosystèmes, capable de s’opposer à toute forme de discrimination et de domination entre les êtres humains ».

Voilà la Novlangue sacerdotale qui s'accorde tellement bien avec celle des politiques réclamant la fin de toute discrimination et domination, qui est au bout du compte l'interdiction de toute différence de traitement même pour des motifs justes, et du juste exercice de l’autorité, du pouvoir qui vient pourtant de Dieu. J'exagère ? Non, c'est avec ces mots que le marxisme culturel s'est imposé et qu'il est aujourd'hui de bon ton de dénoncer tout « patriarcat ».

27.  Le dialogue ne doit pas seulement privilégier l’option préférentielle pour la défense des pauvres, des marginalisés et des exclus, mais il doit les respecter comme des protagonistes. Il s’agit de reconnaître l’autre et de l’apprécier « comme autre », avec sa sensibilité, ses opinions plus intimes, sa manière de vivre et de travailler. Autrement, le résultat sera, comme toujours, « un projet de quelques-uns destiné à quelques-uns », quand il ne sera pas « un consensus de bureau ou une paix éphémère, pour une minorité heureuse ». Si cela se produit, « une voix prophétique est nécessaire » et, comme chrétiens, nous sommes appelés à la faire entendre.

 « L'option préférentielle pour les pauvres » est une expression chargée, évidemment lié à la théologie de la libération. « Respecter les pauvres comme des protagonistes » n'est évidemment pas révolutionnaire en soi, mais ici les références multiples en notes de bas de page à l’Instrumentum laboris encore plus calamiteux que le document final donnent un contexte éclairant.
*

Rêve culturel

On pourra être séduit par les références aux « racines » qui abondent dans cette partie. Ou la dénonciation  d'une « colonisation postmoderne »

29.  En Amazonie il y a de nombreux peuples et nationalités et plus de cent dix peuples indigènes en état d’isolement volontaire (PIAV). Leur situation est très fragile, et beaucoup sentent qu’ils sont les derniers dépositaires d’un trésor destiné à disparaître, comme si on leur permettait seulement de survivre sans déranger pendant que la colonisation post-moderne avance. Il faut éviter de les considérer comme des sauvages « non civilisés ». Ils ont simplement donné vie à des cultures différentes et à d’autres formes de civilisations qui autrefois étaient très développées.

Il y a ici une forme de relativisme culturel est aussi d'abandon de populations qui vive comme des primitifs. L'homme est aussi appelé à se développer, à soumettre et à dominer la terre qui existe pour lui. Et puis, quid de l’évangélisation de ces tribus ? Faudrait-il les laisser à leur culture loin du vrai Dieu (et sans  doute, à travers les cultes chamaniques, contre Lui) sous prétexte de respecter leur histoire ?

31. Les peuples qui ont réussi à survivre en Amazonie conservent leur identité culturelle et une richesse unique, dans un univers multiculturel qui est dû à l’étroite relation que les habitants établissent avec leur environnement, dans une symbiose – non déterministe – difficile à comprendre avec les schémas mentaux étrangers :

« Il était une fois un paysage qui se dévoilait avec son fleuve,
ses animaux, ses nuages et ses arbres.
Mais parfois, quand on ne voyait nulle part
le paysage avec son fleuve et ses arbres,
il fallait que les choses sortent de l’imagination d'un garçon ».
« De la rivière, fais ton sang [...]
Ensuite, plante-toi,
germe et croîs.
Que ta racine
s’accroche à la terre
pour toujours et à jamais.
Et enfin,
sois un canoë,
une barque, un radeau,
une liane, une jarre,
un enclos et un homme ».


On retrouve dans cette littérature indigène cette confusion entre l’homme, corps et âme, et la matière, même inerte. La poésie a certes ses images, mais la vérité à ses droits, surtout dans une exhortation apostolique.

36. Comme toute réalité culturelle, les cultures de l’Amazonie profonde ont leurs limites. Les cultures urbaines de l’Occident les ont aussi. Des facteurs comme le consumérisme, l’individualisme, la discrimination, l’inégalité, et beaucoup d’autres, sont des aspects fragiles des cultures prétendument plus évoluées. Les ethnies qui ont développé un trésor culturel en étant liées à la nature, avec un fort sens communautaire, perçoivent facilement nos ténèbres que nous ne reconnaissons pas au milieu du prétendu progrès. Par conséquent, recueillir leur expérience de vie nous fera du bien.
Voici un exemple d'une réponse aux détracteurs du romantisme amazonien. Le mal occidental est simplement mis en parallèle avec les limites des bonnes cultures amazoniennes, sans qu'il soit question du christianisme qui a « fait » la civilisation et dans l'oubli conduit à sa déroute. Au contraire, le lien avec la nature – en l'occurrence, un lien religieux puisque la nature est vénérée et qu'on lui attribue des pouvoirs spirituels – est mis en avant comme source de rectification.

40. (…) Mon intention n’est donc pas de proposer un indigénisme complètement fermé, anhistorique, figé, qui se refuserait à toute forme de métissage. Une culture peut devenir stérile lorsqu’ « elle se ferme sur elle-même et cherche à perpétuer des manières de vivre vieillies, en refusant tout échange et toute confrontation au sujet de la vérité de l'homme ». Il est vrai que cela pourrait sembler peu réaliste, puisqu’il est difficile de se protéger de l’invasion culturelle. C’est pourquoi la sauvegarde des valeurs culturelles des groupes indigènes devrait être une préoccupation de tous, parce que leur richesse est aussi la nôtre. Si on ne progresse pas dans ce sens de coresponsabilité face à la diversité qui embellit notre humanité, on ne pourra demander aux groupes qui habitent la forêt de s’ouvrir naïvement à la « civilisation ».

C’est vrai que le refus du « métissage » ferait désordre. Comme quoi il est parfois difficile de tenir les deux bouts !

Rêve écologique


42.  La protection des personnes et celle des écosystèmes sont inséparables. Cela signifie en particulier que là où « la forêt n’est pas une ressource à exploiter, elle est un être, ou plusieurs êtres avec qui entrer en relation ». La sagesse des peuples autochtones d’Amazonie encourage « la protection et le respect de la création, avec la conscience claire de ses limites, interdisant d’en abuser. Abuser de la nature c’est abuser des ancêtres, des frères et sœurs, de la création et du Créateur, en hypothéquant l’avenir ». Les autochtones, « quand ils restent sur leurs territoires, ce sont précisément eux qui les préservent le mieux », tant qu’ils ne se laissent pas piéger par le chant des sirènes et par les offres intéressées des groupes de pouvoir. Les dommages faits à la nature les touchent de façon très directe et visible, parce que – disent-ils – « Nous sommes eau, air, terre et vie du milieu ambiant créé par Dieu. Par conséquent, nous demandons que cessent les mauvais traitements et les destructions de la Mère terre. La terre a du sang et elle saigne, les multinationales ont coupé les veines à notre Mère terre ».

On retrouve ici le langage du paganisme qui « personnifie » les choses et confond les ordres du créé pour aboutir de fait à un panthéisme où tout est dans tout et réciproquement. Et voici donc la « Merre Terre » à travers un « apport au synode » du  diocèse de San José del Guaviare.

44. L’eau est éblouissante dans le grand Amazone qui rassemble et vivifie tout alentour :

« Amazone
capitale des syllabes de l’eau,
père patriarche, tu es
la mystérieuse éternité
des fécondations,
les fleuves choient en toi comme des vols d’oiseaux… ».


Tout un paragraphe d’une Exhortation apostolique de la main de Pablo Neruda, Prix Nobel de littérature et membre du parti communiste chilien, ce n’est pas banal. D’autant que ce thème du fleuve mâle et fécondant laisse rêveur quand on pense au symbolisme de la jeune femme transportée en barque (symbole du sexe féminin dans l’imaginaire amazonien) dans l’église de Santa Maria in Traspontina à Rome ; idem pour la statuette de la Pachamama, une femme nue et enceinte, promenée elle aussi à travers Rome et dans Saint-Pierre dans une petite barque…

46. (…) « Le monde souffre de la transformation des pieds en caoutchouc, des jambes en cuir, du corps en tissu et de la tête en acier [...] Le monde souffre de la transformation de la bêche en fusil, de la charrue en char de guerre, de l'image du semeur qui sème en celle de l'automate avec son lance-flammes, dont le semis germe en désert. Seule la poésie, grâce à l'humilité de sa voix, pourra sauver ce monde ».

Ah, l’état de nature ! Ces images, quand on y réfléchit, sont fondamentalement anti-humaines en ce sens qu’elles prônent un homme « membre » de la nature. En célébrant cette poésie qui sauvera le monde, ce paragraphe ferme clairement la porte au seul Sauveur et Rédempteur.

51. Pour sauvegarder l’Amazonie, il est bon de conjuguer les savoirs ancestraux avec les connaissances techniques contemporaines, mais toujours en cherchant à intervenir sur le terrain de manière durable, en préservant en même temps le style de vie et les systèmes de valeurs des habitants. À eux, et de manière spéciale aux peuples autochtones, il revient de recevoir – en plus de la formation de base - une information complète et transparente sur les projets, leur étendue, leurs effets et risques, afin de pouvoir confronter cette information avec leurs intérêts et leur connaissance des lieux, et ainsi donner ou non leur consentement, ou bien proposer des alternatives.

Toujours cette vision des « peuples premiers », et une question à laquelle nous ne trouvons pas ici de réponse : dans les différents pays qui forment la zone pan-amazonienne, qui se chargera de mettre en œuvre ce nouveau droit ? Au nom de quelle loi locale ou internationale ?

55.  Apprenant des peuples autochtones, nous pouvons contempler l’Amazonie, et pas seulement l’étudier, pour reconnaître ce mystère qui nous dépasse. Nous pouvons l’aimer, et pas seulement l’utiliser, pour que l’amour réveille un intérêt profond et sincère. Qui plus est, nous pouvons nous sentir intimement unis à elle, et pas seulement la défendre, et alors l’Amazonie deviendra pour nous comme une mère. Car « le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres ».

Cette citation de Laudato sí’ indique que tous les catholiques et tous les gens de bonne volonté à qui s’adresse l’Exhortation doivent considérer l’Amazonie comme une mère. Très peu pour moi.

57. Jésus disait : « Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux sous ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu » (Lc 12, 6). Dieu le Père, qui a créé chaque être de l’univers avec un amour infini, nous appelle à être ses instruments pour écouter le cri de l’Amazonie. Si nous nous rendons présents à cette clameur déchirante, il sera manifeste que les créatures de l’Amazonie n’ont pas été oubliées par le Père du ciel. Pour les chrétiens, Jésus lui-même nous interpelle à partir d’elles « parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse ».[ C’est pourquoi les croyants trouvent dans l’Amazonie un lieu théologique, un espace où Dieu lui-même se montre et appelle ses enfants.

Encore une citation de Laudato sí’. Et un nouveau « lieu théologique » (ainsi furent aussi désignés les jeunes lors du synode sur la jeunesse, c’est-à-dire « un lieu de l'on pense la foi », source qui vient se surajouter à l'écriture sainte et à la tradition. Mais si l’Amazonie est « lieu théologique »,  pourquoi pas les Alpes, le Sahara ou le champ du voisin ?

Rêve ecclésial


62. Face à tant de besoins et d’angoisses qui crient du cœur de l’Amazonie, nous pouvons répondre par des organisations sociales, des ressources techniques, des espaces de discussion, des programmes politiques, et tout cela peut faire partie de la solution. Mais nous ne renonçons pas, en tant que chrétiens, à la proposition de la foi que nous recevons de l’Évangile. Même si nous voulons lutter avec tous, coude à coude, nous n’avons pas honte de Jésus-Christ. Pour ceux qui l’ont rencontré, vivent dans son amitié et s’identifient à son message, il est impossible de ne pas parler de lui et de proposer aux autres sa proposition de vie nouvelle : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1Co 9, 16).

Au moins, c'est dit. Mais il y a de la part d'un pape une approche inversée. Nous savons qu'il faut d'abord chercher le royaume, et que le reste sera donné par surcroît.

66. L’Église, alors même qu’elle annonce encore et encore le kérygme, doit se développer en Amazonie. Pour cela elle reconfigure toujours sa propre identité par l’écoute et le dialogue avec les personnes, les réalités et les histoires de leur terre. De cette façon, pourra se développer de plus en plus un processus nécessaire d’inculturation qui ne déprécie rien de ce qu’il y a de bon dans les cultures amazoniennes, mais qui le recueille et le porte à sa plénitude à la lumière de l’Évangile. [Gaudium et Spes] Il ne dépréciera pas non plus la richesse de la sagesse chrétienne transmise pendant des siècles, comme si l’on prétendait ignorer l’histoire dans laquelle Dieu a œuvré de multiples manières, car l’Église a un visage multiforme « non seulement dans une perspective spatiale […] mais aussi dans sa réalité temporelle ». Il s’agit de l’authentique Tradition de l’Église qui n’est pas un dépôt statique ni une pièce de musée, mais la racine d’un arbre qui grandit. C’est la tradition millénaire qui témoigne de l’action de Dieu dans son Peuple et qui « a la mission d’entretenir vivant le feu plus que de conserver les cendres ».

Un aparté : La version anglaise de l'exhortation donne la citation correcte telle qu'attribuée à Gustave Mahler : « Tradition ist nicht die Anbetung der Asche, sondern die Weitergabe des Feuers. » La tradition n’est pas l’adoration des cendres, mais la tranmission de la flamme. 
Pour le reste, ce paragraphe fait partie de ceux qui pourront être interprétés assez librement. N'oublions pas que le document final suggéré d'autoriser l'entrée de la médecine indigène dans les établissements de santé catholiques, y compris au travers de ses rituels païens. 

71.       Dans ce contexte, les peuples autochtones amazoniens expriment la qualité authentique de la vie comme un “bien-vivre” qui implique une harmonie personnelle, familiale, communautaire et cosmique, et qui s’exprime dans leur manière communautaire de concevoir l’existence, dans la capacité de trouver la joie et la plénitude au milieu d’une vie austère et simple, comme dans la protection responsable de la nature qui préserve les ressources pour les futures générations. Les peuples aborigènes pourraient nous aider à percevoir ce qu’est une heureuse sobriété et, dans ce sens, « ils ont beaucoup à nous enseigner ». [Evangelii Gaudium] Ils savent être heureux avec peu, ils jouissent des petits dons de Dieu sans accumuler beaucoup de choses, ils ne détruisent pas sans nécessité, ils prennent soin des écosystèmes et reconnaissent que la terre, en même temps qu’elle est offerte pour soutenir leur vie comme une source généreuse, a un sens maternel qui éveille à une tendresse respectueuse. Tout cela doit être valorisé et repris dans l’évangélisation. 

 Revoilà l'harmonie cosmique. on notera que la deuxième citation est tirée du Rapport sur la foi de Vittorio Messori et de Joseph Ratzinger. tout cela n'est pas absolument nouveau même si aujourd'hui on va bien plus loin. 

73  Mais l’inculturation élève et apporte plénitude. Certainement, il faut valoriser cette mystique autochtone de l’interconnexion et de l’interdépendance de toute la création, une mystique de gratuité qui aime la vie comme un don, une mystique d’admiration sacrée devant la nature qui déborde de tant de vie. Cependant, il s’agit aussi de faire en sorte que cette relation avec Dieu présent dans le cosmos se transforme toujours plus en une relation personnelle avec un Tu qui soutient sa réalité et qui veut lui donner un sens, un Tu qui nous connaît et qui nous aime :

« Mon ombre flotte, au milieu des bois morts.
Mais l’étoile est née sans reproche
sur les mains de cet enfant, expertes,
qui conquièrent les eaux et la nuit.
Il doit me suffire de savoir
que tu me connais
tout entier, bien avant ma naissance ».


Beaucoup d'ambiguïté dans ce paragraphe qui flirte avec le panthéisme tout en s'en défendant. Le poème est de Pedro Casaldeliga, évêque d'origine espagnole souvent en délicatesse avec le Vatican pour cause d'esprit de « subversion », réduit au silence médiatique pour cause de militantisme politique. Ce théologien de la libération est notamment connu pour avoir fait la promotion de l’anneau noir « tucum » associée à l'adhésion à cette théologie ; on l’a vu partout lors du synode sur l’Amazonie.

74. De même, la relation avec Jésus-Christ, Dieu et vrai homme, libérateur et rédempteur, n’est pas contraire à cette vision du monde fortement cosmique qui caractérise ces peuples, parce qu’il est aussi le Ressuscité qui pénètre toute chose.[105] Pour l’expérience chrétienne, « toutes les créatures de l’univers matériel trouvent leur vrai sens dans le Verbe incarné, parce que le Fils de Dieu a intégré dans sa personne une partie de l’univers matériel, où il a introduit un germe de transformation définitive ».[106] Il est glorieux et mystérieusement présent dans le fleuve, dans les arbres, dans les poissons, dans le vent, comme le Seigneur qui règne dans la création sans perdre ses plaies transfigurées, et dans l’Eucharistie il assume les éléments du monde en donnant à chacun le sens du don pascal.

Toujours ce panthéisme latent. L'exhortation fait appel à Saint Thomas d'Aquin pour justifier ces dires, encore dans une note de bas de page : « Saint Thomas d’Aquin l’explique de cette manière : “La triple manière dont Dieu est dans les choses : l’une est commune, par essence, présence et puissance ; une autre par la grâce dans ses saints, la troisième, singulière dans le Christ, par l’union » (Ad Colossenses, c. II, I. 2).”  Ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

78. Un processus d’inculturation, qui implique des chemins non seulement individuels mais aussi populaires, exige un amour du peuple plein de respect et de compréhension. Dans une bonne partie de l’Amazonie, ce processus a déjà été initié. Il y a plus de quarante ans, les évêques de l’Amazonie du Pérou soulignaient que, dans bon nombre de groupes présents dans cette région, « le sujet évangélisateur, modelé par une culture multiple et changeante, est initialement évangélisé », il possède « certains traits du catholicisme populaire qui, bien que peut-être promus à l’origine par des agents pastoraux, sont actuellement une réalité que les gens ont fait leur, et même en ont changé la signification et les ont transmis de génération en génération ». Ne nous précipitons pas pour qualifier de superstition ou de paganisme certaines expressions religieuses qui surgissent spontanément de la vie des peuples. Il faut plutôt savoir reconnaître le blé qui grandit au milieu de l’ivraie, parce que « dans la piété populaire, on peut comprendre comment la foi reçue s’est incarnée dans une culture et continue à se transmettre ».

On devine ici une réponse à la dénonciation des épisodes de la Pachamama à Rome. Le sens du paganisme est proprement d'adorer de faux dieux, par l'idolâtrie de choses créées alors que seul le créateur est digne d’adoration. Ici, c'est un peuple déjà évangélisé qui est montré comme ayant intégré des éléments de sa culture et de sa fausse religion, et il est demandé de ne pas qualifier cela « de superstition ou de paganisme » pour la simple raison que c'est une expression de foi populaire. Fausse, mais issue du peuple, et par conséquent à respecter.
79. Il est possible de recueillir d’une certaine manière un symbole autochtone sans le qualifier nécessairement d’idolâtrie. Un mythe chargé de sens spirituel peut être utilisé et pas toujours être considéré comme une erreur païenne. Certaines fêtes religieuses contiennent une signification sacrée et sont des espaces de rencontre et de fraternité, bien qu’un lent processus de purification ou de maturation soit requis. Un missionnaire zélé essaie de trouver quelles aspirations légitimes cherchent une voie dans des manifestations religieuses parfois imparfaites, partielles ou équivoques, et veut répondre à partir d’une spiritualité inculturée.

 La réponse aux dénonciateurs de la Pachamama continue…  Il faudrait préciser que s'il est vrai que la religion catholique ne rejette pas les bonnes coutumes des peuples évangélisés, elle n'a jamais christianisé les amulettes, les grigris et autres statuettes à consonance religieuse, mettant au contraire toujours sévèrement en garde contre la superstition qui détourne de Dieu.

81. L’inculturation de la spiritualité chrétienne dans les cultures des peuples autochtones trouve, dans les sacrements, un chemin d’une valeur particulière parce que le divin et le cosmique, la grâce et la création s’unissent en eux. En Amazonie, ils ne devraient pas être interprétés comme séparés de la création. Ils « sont un mode privilégié de la manière dont la nature est assumée par Dieu et devient médiation de la vie surnaturelle ». Ils sont un accomplissement de la création où la nature est élevée pour qu’elle soit le lieu et l’instrument de la grâce afin d’« embrasser le monde à un niveau différent ».

J'avoue ne pas comprendre très bien ce jargon. que veut dire : « En Amazonie, il ne devrait pas être interprété comme séparer de la création » ? Les sacrements sont-ils différents en Amazonie ?

82. Dans l’Eucharistie, Dieu « au sommet du mystère de l’Incarnation, a voulu rejoindre notre intimité à travers un fragment de matière. […] [Elle] unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création ». C’est pourquoi elle peut être une « motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création ». Ainsi, « nous ne nous évadons pas du monde, et nous ne nions pas la nature quand nous voulons rencontrer Dieu ». Cela nous permet de retrouver dans la liturgie beaucoup d’éléments propres de l’expérience des indigènes dans leur contact intime avec la nature et de favoriser des expressions autochtones en chants, danses, rites, gestes et symboles. Déjà le Concile Vatican II avait demandé cet effort d’inculturation de la liturgie chez les peuples autochtones, mais plus de cinquante ans se sont écoulés et nous avons fait peu de progrès dans cette ligne. 

 Voilà donc le rite amazonien, évoqué ici par une note de bas de page. Chants, danses, rites, gestes et symboles devrait donc s'inspirer de la « culture » autochtone amazonienne. Ce qui veut dire en clair : des rituels religieux, sinon cela n'a pas de sens. On notera que le pape François invoque le concile Vatican II qu'il veut amener à son aboutissement, et qu'il semble regretter ces «  peu de progrès ».

86. Il faudra veiller à ce que la ministérialité se configure de telle manière qu’elle soit au service d’une plus grande fréquence de la célébration de l’Eucharistie, même dans les communautés les plus éloignées et cachées. Aparecida a invité à écouter la plainte de nombreuses communautés de l’Amazonie « privées de l’Eucharistie dominicale durant de longues périodes ». Mais en même temps, il faut des ministres qui puissent comprendre de l’intérieur la sensibilité et les cultures amazoniennes.

Comment arriver à cette plus grande fréquence ? Comment avoir des ministres qui comprennent la sensibilité et les cultures amazoniennes de l’intérieur, sinon en ordonnant massivement des indigènes ? L’exhortation ne va pas jusqu'à répondre à ces questions.

87.  La manière de configurer la vie et l’exercice du ministère des prêtres n’est pas monolithique, et acquiert diverses nuances en différents lieux de la terre. C’est pourquoi il est important de déterminer ce qui est spécifique au prêtre, ce qui ne peut pas être délégué. La réponse se trouve dans le sacrement de l’Ordre sacré qui le configure au Christ prêtre. Et la première conclusion est que ce caractère exclusif reçu dans l’Ordre le rend capable, seulement lui, de présider l’Eucharistie. C’est sa fonction spécifique principale et qui ne peut être déléguée. Certains pensent que ce qui distingue le prêtre est le pouvoir, le fait d’être l’autorité suprême de la communauté. Mais saint Jean-Paul II a expliqué que, même si le sacerdoce est considéré comme “hiérarchique”, cette fonction n’équivaut pas à le mettre au-dessus des autres, mais l’ordonne « totalement à la sainteté des membres du Christ ». Lorsqu’on affirme que le prêtre est signe du “Christ tête”, le sens principal est que le Christ est la source de la grâce : il est la tête de l’Église « parce qu’il peut communiquer la grâce à tous les membres de l’Église ».

Ou pour résumer : il faut être ordonné et donc configuré au Christ pour pouvoir célébrer la messe et consacrer.  Ce que semble-t-il personne ne mettait en doute. En fait, dans les paragraphes qui traitent de la question du manque de prêtres en Amazonie, on pourrait résumer la réponse du pape en quelques mots : un laïc ne peut pas être prêtre. C'est bien de le rappeler mais en réalité, la question du célibat sacerdotal n'est  pas explicitement évoqué. Mais il est vrai qu'une image mentale se forme : laïc étant peu ou prou assimilé à « homme marié ». Il n'en est rien en réalité.
Il me semble au contraire que la porte est laissée ouverte par cette phrase sibylline : « La manière de configurer la vie et l’exercice du ministère des prêtres n’est pas monolithique, et acquiert diverses nuances en différents lieux de la terre. » Porte ouverte à des exceptions certes, mais porte ouverte quand même. car s'il est vrai que l'homme marié est un laïc, il n'est pas de prêtre qui n'ait été d'abord laïc.
90.  Cette nécessité urgente m’amène à exhorter tous les évêques, en particulier ceux de l’Amérique Latine, non seulement à promouvoir la prière pour les vocations sacerdotales, mais aussi à être plus généreux en orientant ceux qui montrent une vocation missionnaire à choisir l’Amazonie. En même temps, il convient de réviser complètement la structure et le contenu tant de la formation initiale que de la formation permanente des prêtres, afin qu’ils acquièrent les attitudes et les capacités que requiert le dialogue avec les cultures amazoniennes. Cette formation doit être éminemment pastorale et favoriser le développement de la miséricorde sacerdotale. 

Quel sera le contenu de cette formation initiale et de cette formation permanente : voilà encore un champ libre pour l’expérimentation. Avec l'insistance sur la pastorale et la miséricorde sacerdotale, on retrouve des relents d’Amoris laetitia, au demeurant citée un peu plus haut dans le paragraphe 84 : « Dans les situations difficiles que vivent les personnes qui sont le plus dans le besoin, l’Église doit surtout avoir à cœur de les comprendre, de les consoler, de les intégrer, en évitant de leur imposer une série de normes, comme si celles-ci étaient un roc, avec pour effet qu’elles se sentent jugées et abandonnées précisément par cette Mère qui est appelée à les entourer de la miséricorde de Dieu. »

94. Une Église aux visages amazoniens requiert la présence stable de responsables laïcs adultes et dotés d’autorité qui connaissent les langues, les cultures, l’expérience spirituelle et la manière de vivre en communauté de chaque lieu et qui laissent en même temps un espace à la multiplicité des dons que l’Esprit Saint sème en tous. Car là où il y a des besoins particuliers, l’Esprit a déjà répandu les charismes qui permettent de leur donner une réponse. Cela demande à l’Église une capacité d’ouvrir des chemins à l’audace de l’Esprit, pour faire confiance et pour permettre de façon concrète le développement d’une culture ecclésiale propre, nettement laïque. Les défis de l’Amazonie exigent de l’Église un effort particulier pour assurer une présence capillaire qui est possible seulement avec un rôle important des laïcs.

Une culture ecclésiale nettement laïque (mots en italique dans le texte original) : voilà qui laisse aussi rêveur. Certes des laïcs ont souvent su transmettre la flamme de la foi dans des zones dépourvues de prêtres, mais c'est toujours en s'appuyant solidement sur la Révélation et sur au moins le souvenir de la pratique sacramentelle de l’Eglise, et non en cherchant à adapter le message.

96.  Les communautés de base, quand elles ont su intégrer la défense des droits sociaux à l’annonce missionnaire et à la spiritualité, ont été de vraies expériences de synodalité dans le cheminement d’évangélisation de l’Église en Amazonie. Elles ont souvent « aidé à former des chrétiens engagés dans la foi, disciples et missionnaires du Seigneur, comme en témoigne le don généreux, jusqu’au sang versé, de tant de leurs membres ».

Rappelons que les communautés de base sont issues de la théologie de la libération.

97. J’encourage l’approfondissement du travail commun qui se réalise à travers le REPAM et d’autres associations, avec l’objectif de renforcer ce que demandait Aparecida : « Établir entre les Églises locales des divers pays sud-américains qui sont dans le bassin de l’Amazonie une pastorale d’ensemble aux priorités différenciées ».[138] Cela vaut particulièrement pour les relations entre les Églises limitrophes.

REPAM est à l'œuvre depuis 2014 pour promouvoir les idées les plus progressistes et la promotion de la spiritualité indienne.

100. Cela nous invite à élargir le champ de vision pour éviter de réduire notre compréhension de l’Église à des structures fonctionnelles. Ce réductionnisme nous conduirait à penser qu’on n’accorderait aux femmes un statut et une plus grande participation dans l’Église seulement si on leur donnait accès à l’Ordre sacré. Mais cette vision, en réalité, limiterait les perspectives, nous conduirait à cléricaliser les femmes, diminuerait la grande valeur de ce qu’elles ont déjà donné et provoquerait un subtil appauvrissement de leur apport indispensable.

En effet. Si le cléricalisme est l'ennemi, pourquoi ajouter des clercs aux clercs ! Le paragraphe suivant dit plus clairement que le rôle du prêtre est configuré à Jésus en tant qu’homme.

103.     Dans une Église synodale, les femmes qui jouent un rôle central dans les communautés amazoniennes devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux, qui ne requièrent pas l’Ordre sacré et qui permettent de mieux exprimer leur place. Il convient de rappeler que ces services impliquent une stabilité, une reconnaissance publique et l’envoi par l’évêque. Cela donne lieu aussi à ce que les femmes aient un impact réel et effectif dans l’organisation, dans les décisions les plus importantes et dans la conduite des communautés, mais sans cesser de le faire avec le style propre de leur empreinte féminine.

Quels sont les services ecclésiaux qui ne requièrent pas l'ordre sacré ? Baptiser, par exemple. N'importe quel laïc peut le faire en cas de besoin,  avec ou sans reconnaissance publique. Avec un « envoi » épiscopal, il y a tout de même un petit risque de confusion des genres. Mais enfin réjouissons-nous : unité de la femme diacre est bien rejetée.

107. Nous, les catholiques, nous avons un trésor dans les Saintes Ecritures que d’autres religions n’acceptent pas, même si elles sont parfois capables de les lire avec intérêt et même de valoriser certaines parties de leur contenu. Nous essayons de faire quelque chose de semblable devant les textes sacrés des autres religions et communautés religieuses où l’on trouve « ces règles et ces doctrines qui, […] reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes ».[144] Nous avons aussi une grande richesse dans les sept sacrements que certaines communautés chrétiennes n’acceptent pas dans leur totalité ou de manière identique. En même temps que nous croyons fermement en Jésus comme unique Rédempteur du monde, nous cultivons une profonde dévotion envers sa Mère. Bien que nous sachions que cela n’existe pas dans toutes les confessions chrétiennes, nous avons le devoir de communiquer à l’Amazonie la richesse de cet ardent amour maternel dont nous sommes les dépositaires. Et je finirai cette Exhortation par quelques mots à l’intention de Marie.

 On est un peu étonné de cette manière de presque s’excuser : « Bien que nous sachions que cela n’existe pas dans toutes les confessions chrétiennes, nous avons le devoir de communiquer… »

111.     Après avoir partagé quelques rêves, j’encourage chacun à s’engager sur des chemins concrets qui permettront de transformer la réalité de l’Amazonie et de la libérer des maux qui l’affectent. À présent, levons les yeux vers Marie. La Mère que le Christ nous a laissée est l’unique Mère de tous, mais se manifeste en Amazonie de différentes manières. Nous savons que « les autochtones rencontrent vitalement Jésus-Christ par différentes voies ; mais la voie mariale a le plus contribué à cette rencontre ». Devant la merveille de l’Amazonie que nous avons découverte de mieux en mieux dans la préparation et le déroulement du Synode, je crois qu’il est préférable de conclure cette Exhortation en nous adressant à elle :

Mère de la vie,
dans ton sein maternel s’est formé Jésus,
qui est le Seigneur de tout ce qui existe.
Ressuscité, il t’a transformée par sa lumière
et t’a faite reine de toute la création.
C’est pourquoi nous te demandons de régner, Marie,
dans le cœur palpitant de l’Amazonie.
Montre-toi comme mère de toutes les créatures,
dans la beauté des fleurs, des rivières,
du grand fleuve qui la traverse
et de tout ce qui vibre dans ses forêts.
Prends soin avec tendresse de cette explosion de splendeur.
Demande à Jésus de répandre son amour
sur les hommes et les femmes qui y vivent,
pour qu’ils sachent l’admirer et prendre soin d’elle.
Fais naître ton Fils dans leurs cœurs
pour qu’il resplendisse en Amazonie,
dans ses peuples et ses cultures,
par la lumière de sa Parole, par le réconfort de son amour,
par son message de fraternité et de justice.
Que dans chaque Eucharistie
s’élève aussi une telle merveille
pour la gloire du Père.
Mère, regarde les pauvres de l’Amazonie,
parce que leur maison est en cours de destruction
pour des intérêts mesquins.
Que de douleur et que de misère,
que d’abandon et que de violations
en cette terre bénie,
débordante de vie !
Touche la sensibilité des puissants
parce que, même si nous sentons qu’il est tard,
tu nous appelles à sauver
ce qui vit encore.
Mère au cœur transpercé,
toi qui souffres dans tes enfants abusés
et dans la nature blessée,
règne toi-même en Amazonie
avec ton Fils.
Règne pour que personne ne se sente plus jamais maître
de l’œuvre de Dieu.
Nous nous confions à toi, Mère de la vie,
ne nous abandonne pas
en cette heure sombre.
Amen.


Même dans cette prière il y a un panthéisme pas si subtil où il est demandé à Marie de se montrer comme mère dans les fleurs et dans le fleuve pour régner non sur les cœurs, mais « dans le cœur palpitant de l’Amazonie ».

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08 février, 2020

Communion pour le président argentin, pro-IVG et adultère manifeste: Mgr Sanchez Sorondo justifie. Et traite ceux qui s'en scandalisent de “fanatiques”




Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, chancelier de l’Académie pontificale des sciences, s’est défendu d’avoir eu tort de donner la communion au président pro-avortement de l’Argentine et à sa maîtresse lors de leur récente visite au Vatican.Ce n’est un « problème » que pour les catholiques américains et le cardinal Raymond Burke, a-t-il déclaré à Diane Montagna de LifeSiteNews.

Je traduis librement son article paru ici.

Le prélat a plusieurs fois accusé cette journaliste d’être une « fanatique » parce qu’elle lui demandait des explications à ce sujet.

Au cours de cet entretien qui s’est déroulé le 6 février, Mgr Sánchez Sorondo, a vivement soutenu que le droit canon « oblige » un prêtre à donner l’Eucharistie aux hommes politiques ouvertement pro-avortement qui se présentent à la table de communion. Le prélat argentin soutenait que seule une personne qui a été formellement excommuniée peut se voir refuser le sacrement.

« Le président (Fernandez) n’est pas excommunié, donc je peux lui donner la communion », a insisté Mgr Sorondo. Sa politique de légalisation de l’avortement n’a « rien à voir avec cela », a-t-il déclaré.

Les autres approches ne sont que « l’opinion de certains évêques de votre pays », a déclaré Mgr Sorondo à la journaliste américaine, en épinglant au passage le cardinal américain Raymond Burke.

Le canon 915 du Code de droit canonique dispose: « Les excommuniés et les interdits, après l’infliction ou la  déclaration de la peine et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion. »

Clairement, le président Alberto Fernandez affiche sa volonté de demeurer dans une situation de péché grave et manifeste, de par sa cohabitation assumée avec Fabiola Yañez bien qu’il soit marié religieusement.

En février 2007, le cardinal Burke a écrit un article détaillé de 55 pages pour Periodica De Re Canonica intitulé « Canon 915 : la discipline concernant le refus de la Sainte Communion à ceux qui persévèrent obstinément dans le péché grave manifeste ». Il devait par la suite prendre la tête de la plus haute juridiction du Vatican, la Signature apostolique, pendant plus d’une décennie (2008-2014).

Le 31 janvier, une vidéo a circulé sur les médias sociaux montrant le moment où le président argentin Alberto Fernandez, 61 ans, et de sa maîtresse, Fabiola Yañez, 38 ans, recevaient la Communion lors d’une messe célébrée par Sanchez Sorondo dans la crypte de la basilique Saint-Pierre.

Au cours de cette messe, le prélat a fait l’éloge du péronisme et pris des positions politiques très favorables au nouveau président argentin au cours de son homélie : voir ici la traduction d’un article de la Nuova Bussola Quotidiana sur benoit-et-moi.

Après la messe, Fernandez a eu une réunion de 45 minutes avec le pape François au cours de laquelle la question de l’avortement n’aurait pas été soulevée.

Le nouveau président argentin a fait de la légalisation de l’avortement l’une de ses priorités politiques. Lors d’une conférence de presse suivant sa rencontre avec le Pape, Alberto Fernandez a confirmé qu’il ne renoncera pas à la légalisation de l’avortement et a déclaré que la proposition de loi serait envoyée au Parlement le 1er mars.

Fernandez a divorcé de sa femme en 2005 et vit avec l’actrice Fabiola Yanez, 38 ans, depuis 2014 (après avoir vécu avec une autre femme pendant près de 10 ans). Après son élection en décembre 2019, Yañez a déménagé au Palais présidentiel de Buenos Aires et joue le rôle de Première Dame, bien que le couple ne soit pas marié.

La vidéo du couple recevant la communion a provoqué un scandale international parmi les catholiques. Un prélat de haut rang a déclaré à LifeSite que plusieurs Argentins s’étaient dits choqués et consternés par les actions de leurs compatriotes.

A la suite de cette controverse, LifeSite s’est entretenu avec Mgr Sorondo au siège de l’Académie pontificale des sciences (PAS) au Vatican, lors d’un atelier de deux jours sur le Pacte global pour l’éducation, cette initiative du pape François qui sera lancée en mai 2020 en vue promouvoir un « nouvel humanisme ».

Au cours de son échange avec Diane Montagna, l’évêque Sorondo a déclaré que refuser la Sainte Communion à un homme politique pro-avortement est contraire non seulement à « l’interprétation commune de l’Église », mais aussi à la pratique des « conférences épiscopales des États-Unis, d’Italie et d’Argentine – et du Pape ».

Lorsque Diane Montagna a souligné que les conférences épiscopales n’ont guère d’autorité en la matière, le prélat argentin a modifié son angle d’attaque, justifiant sa position en se fondant sur les prédécesseurs du pape François.

« Le pape Jean-Paul II a donné la communion à tous ceux qui sont en faveur de l’avortement – tous les présidents », a-t-il déclaré.

Le chancelier du PAS a également affirmé que le cardinal Joseph Ratzinger (avant de devenir Benoît XVI), a envoyé en tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, une « seconde lettre » aux évêques américains, « approuvant la conclusion » selon laquelle « nous pouvons donner la Communion aux [responsables politiques pro-avortement] parce qu’ils ne sont pas excommuniés ».

Mais si on la compare avec les faits, la thèse de Mgr Sorondo concernant le cardinal Ratzinger semble plutôt légère. En réalité, le texte principal de ce dernier sur la question s’oppose fermement à ce que la communion soit donnée à des hommes politiques pro-avortement.

En 2004, le cardinal Ratzinger a envoyé une lettre sur la réception de la communion à la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) alors qu’ils discutaient de la question de la communion pour les politiciens pro-avortement en raison de la candidature présidentielle de John Kerry, un démocrate catholique pro-avortement.

Ratzinger avait envoyé la lettre à l’ex-cardinal Theodore McCarrick, alors archevêque de Washington, D.C. et président du groupe de travail de l’USCCB sur les évêques et les politiciens catholiques, et à l’évêque Wilton Gregory, alors président de l’USCCB, pour clarifier la doctrine de l’Église et aider les évêques lors de leur réunion du 14 au 19 juin à Denver.

Dans cette lettre, le cardinal Ratzinger a déclaré, en se basant sur le canon 915 du Code de droit canonique :
« En considération du grave péché de l’avortement ou de l’euthanasie, quand la coopération formelle d’une personne devient manifeste (c’est à dire dans le cas d’un homme politique, qui fait campagne constamment et vote pour permettre les lois sur l’avortement et l’euthanasie), son pasteur doit le rencontrer et l’instruire de l’enseignement de l’Eglise, en l’informant qu’il ne doit pas se présenter à la Sainte Communion jusqu’à ce qu’il mette une fin à sa situation objective de péché, et l’avertir que dans le cas contraire l’Eucharistie lui sera refusée. »
Ayant reçu la lettre de Ratzinger, McCarrick décida de la dissimuler à ses frères évêques, d’en tempérer la vigueur et d’en déformer le contenu.

« J’étais à cette réunion, nous ne l’avons jamais vue », a déclaré le cardinal Burke à LifeSite le 7 février.

À la fin de la réunion de juin 2004, l’USCCB a publié une déclaration intitulée « Les catholiques dans la vie politique ». Le passage en question concernant les politiciens pro-avortement affirme que la « décision prudentielle » de leur refuser la communion incombe « personnallement à l’évêque conformément aux principes canoniques et pastoraux établis ».

La déclaration, quoique faible, note donc bien que la décision d’un évêque doit être « conforme aux les principes canoniques et pastoraux établis ». Le cardinal Ratzinger avait énoncé ces principes dans sa lettre.

Le cardinal Ratzinger aurait envoyé un deuxième mémorandum à l’USCCB affirmant que leur déclaration était « en harmonie avec » sa lettre initiale. Pour autant, il n’était pas d’accord, comme l’a au contraire laissé entendre Mgr Sorondo, pour dire que les évêques et les prêtres « peuvent donner la Sainte Communion aux politiciens pro-avortement ».

Mgr Sorondo a encore minimisé le scandale Fernandez en pointant du doigt des politiciens américains pro-avortement comme l’ancien vice-président Joe Biden, déclarant à Diane Montagna : « C’est votre problème, encore une fois ; c’est un problème de vos évêques, mais ce n’est pas un problème de l’Église. »

Diane Montagna est revenue à la charge en évoquant le grave scandale public provoqué par le fait qu’un président pro-avortement et sa maîtresse aient reçu la communion, et ce au cœur de la chrétienté. Le prélat argentin a déclaré qu’il avait organisé la messe parce que Fernandez voulait offrir à son peuple un « exemple » lors de sa visite à Rome.

Le détail de leur joute est à lire dans la traduction complète de l’entretien, ci-dessous.

*

Diane Montagna (DM) : Monseigneur, pourquoi autorise-t-on Jeffrey Sachs à critiquer autant – ce
n’est pas la première fois, je l’ai entendu en 2017 – à critiquer autant le président Trump ? Il dit des choses terribles sur le président Trump dans cette salle [où se tiennent les réunions de l’Académie pontificale des sciences], alors que le président Trump est le président le plus pro-vie que nous ayons eu. Il est pour le libre choix de l’école, pour l’aide apportée aux jeunes enfants noirs.

Mgr Sorondo (MS) : Il n’est pas critiqué pour cela. Il est critiqué pour d’autres choses.

DM : Pour sa politique en matière de changement climatique ?

MS : Par exemple.

DM : Et quoi d’autre ?

MS : Pour le changement climatique et parce qu’il ne collabore pas du tout collaboration au dialogue avec les autres cultures.

DM : Ce n’est pas vrai.

MS : Eh bien je ne sais pas, ce n’est pas mon problème.

DM : Je dis cela parce que dès qu’il a été élu président, l’une des premières choses qu’il a faites, en fait c’était juste avant de rendre visite au Pape, c’est d’aller rencontrer les dirigeants du monde musulman au sujet du terrorisme, afin de travailler avec eux pour diminuer le terrorisme. Donc, il y a beaucoup de choses… il serait préférable d’avoir une attitude positive. Tout ce qu’on entend ici, ce sont des choses négatives sur le président Trump alors qu’à bien des égards, il a été un très bon président pour tout le monde, pour les pauvres – pour tout le monde. Vous pouvez être en désaccord avec lui sur le climat ...

MS : Je ne veux pas me prononcer sur la question de votre pays, parce que je ne connais pas de choses…

DM : Oui.

MS : Mais Jeffrey Sachs est un Américain, et hier...

DM : J’ai entendu parler de ce qu’il a dit hier.

MS : C’était dans la même ligne.

DM : C’était pire.

MS : Oui, c’était pire… Donc, ce n’est pas mon problème. Mais il y a beaucoup d’Américains qui le critiquent.

DM : C’est vrai.

MS : Beaucoup d’Américains intelligents.

DM : C’est vrai. Je voudrais vous poser une autre question, celle de la récente visite du président argentin au Pape. Il a été scandalisé par le fait que vous lui ayez donné (la communion), ainsi qu’à sa maîtresse – parce qu’il est connu pour être pro-avortement et qu’il n’est pas marié avec cette femme, mais qu’ils vivent ensemble. Ils ont reçu la communion.

MS : C’est une autre discussion propre à votre pays. Nous n’avons pas ce problème.

DM : Comment pouvez-vous leur donner la communion ? C’est Jésus. C’est Jésus. Ils vivent ouvertement dans l’adultère et il soutient l’avortement.

MS : Désolé, désolé, connaissez-vous le droit canon ? Connaissez-vous le droit canon ? Nous devons suivre le droit canonique, pas l’opinion de certains évêques. Et le droit canonique dit qu’on ne peut pas ne pas donner – on est obligé de donner la communion si quelqu’un vous la demande. Seulement dans le cas où il est excommunié. Le Président n’est pas excommunié, donc je peux lui donner la communion s’il me demande de communier.

DM : Mais s’il est pour l’avortement...

MS : Rien à voir. Ils ne disent pas qu’on ne doit pas donner la communion à un politicien qui est pro-avortement. C’est l’opinion de certains évêques de votre pays, mais ce n’est pas l’opinion de la conférence des évêques.

DM : Le cardinal Raymond Burke…

MS : Cardinal Burke !

DM : Mais la conférence des évêques n’a aucune autorité.

MS : Le Pape ne dit pas cela. Le Pape Jean-Paul II a donné la communion à tous les gens qui sont en faveur de l’avortement – tous les présidents. Donc… c’est l’opinion de Burke seulement.

DM : Non... il y en a d’autres.

MS : Peut-être deux ou trois, mais ce n’est pas l’opinion de la conférence des évêques d’Argentine. Ce n’est pas l’avis de la conférence des évêques d’Italie. Ce n’est pas l’opinion du Pape.

DM : Donc n’importe qui, même quelqu’un qui vit dans un scandale public grave et manifeste, peut aller à la communion, et vous, en tant que prêtre, vous ne pouvez pas dire « Je suis désolé, mais… »

MS : Seulement s’il est excommunié !

DM : Mais s’il s’est excommunié par son acte public de scandale ?

MS : Il n’est pas excommunié ! Excommunié est une phrase très importante, et il faut que le fait qu’il est excommunié soit communiquer. Vous ne pouvez pas excommunier une personne.

DM : Non, je le sais.

MS : Seulement l’évêque.

DM : Je sais, mais il vit avec cette femme, ils vivent dans un état d’adultère manifeste…

MS : C’est un problème de conscience. Ce n’est pas mon problème. Je n’ai pas la possibilité de dire non.

DM : Mais ne serait-ce pas l’occasion pour le bien de son âme ...

MS : Vous avez le même problème dans votre pays avec le vice-président d’Obama, non ?

DM : Biden

MS : Biden

DM : Exactement, et Pelosi. Pelosi promeut ouvertement l’avortement et elle se dit catholique.

MS : Donc, c’est votre problème – encore une fois. C’est votre pratique. C’est un problème de vos évêques, mais ce n’est pas un problème de l’Eglise.

DM : Mais l’Eucharistie, c’est Jésus. Comment pouvez-vous donner Jésus ...

MS : Je crois en la conscience des gens. Si des gens me demandent la communion, je ne sais pas s’il est vraiment dans le péché ou non. Je n’ai pas la possibilité de le dire. Peut-être que ce jour-là, ils sont allés se confesser, et il ne veut pas avoir de relations avec sa dame. Donc, il y a beaucoup de questions qui sont impossibles à résoudre sous cette forme.

DM : Je sais, c’est juste que c’était une affaire publique… ça a fait le tour des médias sociaux que le président argentin, que tout le monde connaît, veut faire passer des (lois) pro-avortement…

MS : C’est un exemple que la première chose qu’il ait dit et fait quand il était ici à Rome, a été de parler au Pape et le matin, il voulait aller à la messe, et j’ai organisé cette messe.

DM : C’est merveilleux qu’il aille à la messe.

MS : Et je ne savais pas s’il voulait recevoir la communion. Il m’a demandé de communier, et je n’avais pas de raison de refuser.

DM : Même s’il est pour l’avortement et qu’il veut faire passer une loi en faveur de l’avortement.

MS : Non, ce n’est pas une raison pour refuser la communion selon le droit canon.

DM : Savez-vous de quel canon il s’agit ?

MS : Oui, je peux donner les canons. Il y a trois canons. Le premier canon dit que nous sommes obligés de donner la communion aux personnes qui la demandent. Il n’y a qu’une seule exception, et c’est lorsque la personne est excommuniée. Bien sûr, il y a des cardinaux comme le cardinal Burke, mais c’est l’opinion du cardinal.

DM : Oui, mais il sait ce que dit le droit canonique. Je veux dire qu’il était à la tête de la Signature Apostolique.

MS : Oui, mais c’est une interprétation du canon. Ce n’est pas l’interprétation commune de l’Eglise. C’est seulement son interprétation et elle va aussi contre celle de la Conférence des évêques américains.

DM : Mais tout le monde sait, et Benoît XVI l’a dit, que la conférence des évêques n’a pas vraiment d’autorité, pas dans ce domaine.

MS : Benoît XVI, lorsqu’il était cardinal, a dit : « Je suis d’accord avec la conclusion de la conférence des évêques américains. » Oui ! Oui ! Voilà la question.

DM : Je vais vérifier. Je vais vérifier. Si vous me dites ça, je vais vérifier.

MS : Oui, regardez ces choses.

DM : Vous dites que Benoît XVI a accepté qu’un pro-avortement...

MS : C’est une question que la Conférence épiscopale américaine a posée et après la déclaration du cardinal Ratzinger, celui-ci a envoyé une deuxième déclaration pour dire « Je suis d’accord avec la conclusion de la conférence des évêques d’Amérique. Nous pouvons le faire. Nous pouvons donner la Communion s’ils demandent la Communion parce qu’ils ne sont pas excommuniés ».

DM : Bon, je vais voir ça.

MS : Oui, donc seulement le Cardinal Burke.

DM : Il y en a d’autres aussi.

MS : Oui, peut-être un ou deux évêques. Mais ce n’est pas un problème. Ce n’est pas un problème en Italie. Ce n’est pas un problème pour le Pape. Saint Jean Paul II a donné la communion à [inaudible], à tous les gens qui promeuvent l’avortement. C’est la pratique [inaudible] Peut-être que je ne suis pas content de ça.

DM : Mais ce serait une occasion. C’était un scandale public. Le fait qu’un président pro-avortement qui couche avec sa maîtresse...

MS : C’est vous qui le dites...

DM : Il vit avec sa maîtresse !

MS : Je ne sais pas. Je ne sais pas.

DM : Tout le monde le sait. Elle vit avec lui. Elle agit en tant que Première Dame.

MS : Je ne sais pas.

DM : Comment pouvez-vous ne pas savoir ? Vous êtes argentin.

MS : Ecoutez, c’est son problème. Ce n’est pas mon problème. Et je n’ai aucune raison, aucune raison canonique, de dire non. Alors, qu’est-ce que je peux faire ?

DM : Ne profiteriez-vous jamais d’une telle occasion pour lui parler, avant ou après la messe ? Avant la messe, s’il veut aller à la messe. Tout cela était organisé…

MS : Non, je n’ai pas l’occasion de parler.

DM : Vous êtes prêtre. Vous pourriez créer l’occasion. C’était organisé...

MS : Je n’en dis pas plus, je n’en dis pas plus. Peut-être que j’aurai l’occasion de parler à l’avenir.

DM : Parce que ces choses sont organisées. Il ne s’est pas simplement présenté disant qu’il voulait aller à la messe.

MS : Ok, merci pour ça.

DM : Je pense juste au bien de son âme – et au le bien de son âme à elle. Saint Paul est très clair sur la façon dont nous pouvons manger notre propre condamnation (cf 1 Cor. 1:29)...

MS : Oui, mais Saint Paul est très clair aussi lorsqu’il dit : « Mon seul juge est ma conscience. » Saint Paul l’a dit.

DM : Non, non, il n’a pas dit cela. Il a dit que le Seigneur est son juge. Il a dit : « Même moi, je ne peux pas me juger moi-même. Le Seigneur est mon juge » (cf. 1 Cor. 4:4). [« Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me soumet au jugement, c’est le Seigneur. »]

MS : Le Seigneur est mon juge, mais le Seigneur est dans ma conscience.

DM : Le Seigneur n’y est pas nécessairement si nous n’avons pas ...

MS : Il n’est pas dans la conscience de l’évêque ou du cardinal...

DM : Mais si vous n’avez pas une conscience bien formée, où la grâce divine est réellement active, alors votre conscience vous ment probablement. L’obscurité de l’intellect...

MS : C’est votre interprétation. Désolé, je ne veux pas continuer à parler avec vous parce que vous êtes complètement… et vous voulez seulement faire des polémiques. Vous devez être très heureuse et dire à votre cardinal Burke : « Regardez, le président [de l’Argentine] va à la messe. » C’est là le fait important. Et votre président n’est pas allé à la messe.

DM : Comment ça, mon président ?

MS : Dites ceci.

DM : Mon président, vous voulez dire le président Trump ?

MS : Oui. Il ne va pas à la messe.

DM : Mais il n’est pas catholique. Il n’est pas catholique.

MS : Exactement ! C’est une grande différence.

DM : Il n’est pas catholique. Mais le président Trump est allé en janvier… il a été le premier président américain à aller à la Marche pour la Vie avec des milliers et des milliers de jeunes.

MS : Oui, pour avoir les votes des catholiques. Pour avoir les votes des catholiques. Dites cela au cardinal Burke. Et en fait, j’ai entendu dire que le cardinal Burke est contre le Président Trump.

DM : Il est contre ?

MS : Oui. Oui.

DM : Ou bien est-il allé le voir ?

MS : Il est contre beaucoup de choses que [Trump] dit.

DM : Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec tout ce que fait le président Trump. Mais il sauve des bébés. Il sauve des bébés.

MS : S’il vous plaît, Madame, comprenez les idées catholiques et ne soyez pas fanatique, ne soyez pas fanatique.

DM : D’accord...

MS : Si vous continuez à me parler, ne soyez pas fanatique. Essayez de faire appel à la raison.

DM : Je le fais. D’accord. Je vous remercie beaucoup.


© leblogdejeannesmits pour la traduction.


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