24 juin, 2019

Appel réussi contre l'avortement forcée d'une handicapée mentale au Royaume-Uni

Miracle… Une cour d'appel du Royaum-Uni a entendu l'appel de la mère de la jeune femme handicapée, enceinte de 22 semaines, qu'une juge de la soi-disant Court of Protection avait dédidé de contraindre à avorter malgré son propre désir de garder son enfant et l'accord sur ce point de sa propre mère, des services sociaux, et de l'avocat chargé de la défense des incapables majeurs.

C'est la NHS (service de santé socialisé britannique) qui réclamait l'avortement pour la patiente.

La juge, Justice Nathalie Lieven, avait estimé vendredi que la jeune handicapée mentale souffrirait davantage de devoir être séparée de son enfant si celui-ci devait être confié à l'adoption que de l'avortement tardif (l'avortement est légal jusqu'à 24 semaines en Grande-Bretagne).

On a appris grâce à une militante pro-vie nigériane que Lieven avait elle-même travaillé plusieurs années au service du lobby britannique de l'avortement, plaidant pour des associations de Planning familial et impliquée dans les affaires d'avortement les plus connues passées dans les cours britanniques. Elle a été nommée juge à la fin de 2018.

La mère, une Nigériane catholique, sage-femme à la retraite, était disposée à s'occuper de l'enfant de sa fille.

La décision des juges McCombe, King et Jackson a été rendue dans des délais très courts ; ils ont d'ailleurs indiqué qu'ils la motiveront plus tard.

C'est une nouvelle magnifique… une vie sauvée. A moins que, comme pour Vincent Lambert, cette affaire ne reçoive une suite judiciaire.

Les évêques catholiques d'Angleterre ont rompu leur silence à propos de l'affaire ce lundi matin seulement, avant la décision de la cour d'appel.

Voici l'essentiel de leur communiqué, signé par Mgr John Sherrington :

« Chaque avortement est une tragédie. Cette tragédie est aggravée par la récente décision judiciaire de la Cour de protection qui a statué qu'une mère, âgée d'une vingtaine d'années, ayant un trouble d'apprentissage “modérément grave” et qui souhaite garder son enfant à 22 semaines, doit subir un avortement.
« La mise au monde naturelle de son enfant est soutenue par sa mère – qui a dit qu'elle s'occuperait de l'enfant – son travailleur social et son équipe juridique.
« Obliger une femme à avorter contre sa volonté et contre celle de sa famille proche viole ses droits humains, sans parler du droit de son enfant à naître à vivre dans une famille qui s'est engagée à prendre soin de cet enfant. Dans une société libre comme la nôtre, il existe un équilibre délicat entre les droits de l'individu et les pouvoirs de l'Etat.
« C'est une décision triste et pénible pour toute la famille que nous gardons dans nos prières. Cette affaire, pour laquelle toute l'information n'est pas disponible, soulève de sérieuses questions quant à la signification de “l'intérêt supérieur”„ lorsqu'une patiente souffre d'un défaut de capacité mentale et qu'elle est assujettie à la décision du tribunal contre son gré. »
Voilà qui s'appelle protester mollement. « C'est le strict minimum. Pathétique », a déclaré le commentateur catholique Damian Thompson.

Dimanche, un évêque catholique d'Ecosse s'était davantage montré empli d'une sainte colère : « C'est une décision horrifique qui, ironie, réunit les pro-vie et les pro-choix », déclarait Mgr John Keenan, invitant chacun à pétitionner contre cette décision « mauvaise à tant de niveaux ».

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23 juin, 2019

Avortement forcé au Royaume-Uni pour une handicapée (et une anecdote personnelle)

Les spécialistes ont parlé : une jeune femme d'origine nigériane va être soumise à un avortement forcé au Royaume-Uni en raison de son handicap mental, et ce malgré l'opposition de sa propre mère, qui s'est pourtant engagée à s'occuper de l'enfant. La « cour de protection » de Londres chargée de prendre des décisions pour le compte ce qu'on appelle en France les « incapables majeurs » a suivi vendredi leur avis, passant outre les convictions catholiques des proches de la jeune femme et sa propre volonté de donner le jour à l'enfant qu'elle porte.
On ne sait pas bien comment la jeune femme s'est retrouvée enceinte ; une enquête policière est en cours.
La cour avait été saisie par des responsables de la NHS (National Health Service), le système de santé socialisé du Royaume-Uni, dans le but de faire ordonner l'avortement. Ils ont expliqué que la poursuite de la grossesse risquait de rendre la jeune femme psychotique et qu'elle vivrait très mal l'accouchement de la césarienne faute de bien comprendre ce qui lui arriverait.
Tous les détails sont terrifiants dans cette affaire caractéristique du véritable totalitarisme de la culture de mort : cette « tyrannie bienveillante » qui prétend œuvrer pour le bien de tous, y compris et surtout en donnant la mort.
Ainsi, le juge Lieven a-t-elle longuement justifié sa décision en reconnaissant ce qu'elle avait d’« intrusif » et de difficile : elle a suivi l'avis d'experts pour qui le fait de mettre un terme à cette grossesse traumatiserait moins la jeune femme que la décision de confier l'enfant à l'adoption.
Mais la proposition de la grand-mère du bébé de s'en occuper a été rejetée par la cour. Cette femme, catholique affirmée, sage-femme qui plus est, était prête à joindre les actes à ses convictions pro-vie solidement ancrées. Elle s'estimait parfaitement à même de prendre soin de l'enfant et de l'aimer, en se faisant évidemment aider de sa fille, âgée d'une vingtaine d'années, qui vit chez elle.
C'était d'ailleurs aussi l’avis d'une travailleuse sociale qui s'occupe de la jeune femme enceinte.
Les avocats de la grand-mère ont plaidé pour la vie de l'enfant à naître, et d'après ce que l'on sait malgré le huis clos qui protège l'identité de tous les acteurs de cette tragédie, l'intéressée elle-même souhaite mener sa grossesse à terme. La jeune fille était par ailleurs représentée par des avocats intervenant au titre du bureau de l’« Official Solicitor » chargé de défendre en justice les intérêts des personnes souffrant d'un handicap mental : Susanna Rickard, responsable de cette équipe de juristes, a estimé devant la cour qu'il était dans l'intérêt de la jeune femme de mener sa grossesse à terme.
Mme le juge Lieven a expliqué ne pas être sûre que les travailleurs sociaux qui s'occupent de la jeune femme soient d'accord pour « tolérer une telle situation » en raison de ses problèmes comportementaux.
Présentant un âge mental de six à neuf ans, souffrant également de troubles de l'apprentissage et de l'humeur, elle risquerait de se retrouver obligée par les services sociaux à quitter sa propre mère dans les intérêts de l'enfant, a insisté le juge. A l'inverse, le bébé pourrait devoir être placé dans une famille d'accueil ou confié à l'adoption.
Cela fait déjà beaucoup d'hypothèses mais la magistrate en a ajouté encore une relevant de son propre avis : elle pense que la jeune mère aurait davantage encore à souffrir si le bébé était éloigné que si on met un terme à la grossesse.
Elle a eu cette phrase d'anthologie : « Je pense qu'elle souffrirait un plus grand traumatisme de ce qu'on lui enlève le bébé : à ce stade là, ce serait un vrai bébé. »
Parce qu'à 22 semaines de grossesse, cet enfant ne serait donc pas un « vrai bébé » ?
Mais alors, qu'est-ce ?
La juge a ajouté : « Bien que la grossesse soit réelle pour elle, il n'y a pas de bébé en dehors de son corps qu'elle peut toucher. » Il faut croire que Mme Lieven n'a jamais attendu d'enfant…
« Je suis vivement consciente de ce que le fait pour l'Etat d'ordonner à une femme de subir un avortement lorsqu'il semblerait qu'elle n'en veut pas constitue une énorme intrusion. Je dois agir au service de ses intérêts bien compris et non en fonction de la manière dont la société considère l'avortement », a-t-elle également déclaré.
La jeune femme n'avait aucune idée de ce que « voulait dire » le fait d'avoir un bébé, a ajouté le juge dans sa décision, avec cette précision condescendante : « Je crois qu'elle aimerait avoir un bébé de la même manière qu'elle aimerait avoir une jolie poupée. »
Donc, on élimine, sur ordre de l'Etat…
Avant que la décision ne fut rendue vendredi,  SPUC britannique, la plus ancienne association de protection des enfants à naître face aux crimes de l'avortement, qualifiait ainsi la prétention des médecins de la NHS d'obtenir un avortement forcé pour cette patiente en raison de son handicap mental  :
« C'est un scandale qui devrait choquer n'importe quelle personne sensée. On atteint là un niveau de cruauté et de barbarie qui fait penser à la manière dont des personnes handicapées mentales étaient traitées dans les années 1930 en Allemagne nazie. Obliger quiconque à avorter est odieux ; le faire au nom de la médecine étend une méconnaissance totale des valeurs religieuses et culturelles de la mère remet en question les structures de la loi et de la justice dans notre société », a déclaré un porte-parole de l'association, John Deighan.
Cette affaire me rappelle le souvenir d'une histoire vraie que me racontait mon père.
En poste à l'ambassade des Pays-Bas à Londres au tout début des années 1960, il s'était trouvé confronté au cas d'une jeune fille Néerlandaise handicapée mentale, et, je crois, mineure, qui pour une raison pour une autre s'était retrouvée à Londres. On l'avait internée dans une institution – mixte – pour déficients mentaux, et c'est dans ce cadre supposément surveillé qu'elle était tombée enceinte.
Mon cher Papa, l'an dernier,
60 ans plus tard…
16-05-1919  -  12-08-2018
Déjà à cette époque-là, les autorités sanitaires et sociales n'avaient qu'une « solution » en tête : faire soumettre la jeune femme à l'avortement. Mais du fait de sa nationalité, il avait été fait appel à l'ambassade pour joindre sa famille et obtenir les autorisations. Mon père l'avait rencontrée, et avait pu parler avec elle de l'enfant qu'elle attendait.
Le hasard – ou la Providence – a voulu que mon père se rende rapidement compte qu'il avait été avant la guerre en classe avec le père de la jeune fille, un homme désormais assez connu du fait de sa réussite dans les affaires.
Outré par le projet d'avortement, mon père a remué ciel et terre pour entrer en contact avec ce vieux camarade perdu de vue. Ayant réussi, il a plaidé la cause de la jeune mère et de son enfant, expliquant qu'elle serait malheureuse pour le restant de ses jours si on lui faisait subir le traumatisme d'un avortement, mais ajoutant aussi que son père – le vieil ami – ne se le pardonnerait jamais.

Il avait, faut-il le préciser, des convictions solides et une foi contagieuse.
Et ainsi, l'enfant fut sauvé. 

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20 juin, 2019

Synode pan-amazonien : non, les tribus de l'Amazonie ne sont pas de « Bons Sauvages » corrompus par l'Occident (Steve Mosher)

Non, les tribus d'Amazonie ne sont pas les « bons sauvages » que dépeignent le Document préparatoire et l'Instrumentum Laboris pour le synode pan-amazonien qui se déroulera à Rome au mois d'octobre. Ces textes voudraient faire passer la colonisation pour responsable de la perte de l'équilibre et du « bien vivre » que ces peuples autochtones auraient trouvé dans leurs rapports avec la nature. Peu avant la parution de l'Instrumentum Laboris, lundi, LifeSiteNews publiait un commentaire du Document préparatoire paru en 2018 et dont la tonalité est très similaire.

Ce commentaire, nous le devons au sociologue américain Steve Mosher, qui a tenu à réduire à néant ce mythe des tribus « pacifiques » corrompues par l'Occident. Son texte est roboratif.

Steve Mosher est le premier sociologue américain à avoir pu se rendre en Chine pour constater l'œuvre de la révolution culturelle : il était alors athée et pro-avortement. L'assistance à un avortement forcé l'avait bouleversé ; il s'est converti à la religion catholique et, toujours spécialiste de la Chine, a également fondé le Population Research Institute qui lutte contre les entreprises malthusiennes de contrôle de la population à travers le monde.

Je vous propose ici ma traduction rapide de ce texte publié le 13 juin dernier. – J.S.



A l'approche du Synode pan-amazonien de 2019, prévu en octobre, les organisateurs révèlent de pus en plus ouvertement leurs objectifs. Au nom de ce qu'il faudrait apprendre des peuples tribaux d'Amazonie et de leur protection, le synode semble vouloir promouvoir un écologisme radical qui confine au culte de la nature, sans parler d’une présentation romantique des chasseurs-cueilleurs eux-même, promus au rang de Bons Sauvages.

Les peuples autochtones vivant dans le bassin amazonien offrent, selon le Document préparatoire, « modèle de développement alternatif, intégral et solidaire, basé sur une éthique qui inclut la responsabilité pour une authentique écologie naturelle et humaine ». Et surtout, poursuit le document, ils méritent d'être loués pour leur supposée « spiritualité et sagesse » :

« Pour les peuples autochtones d’Amazonie, le “bien vivre” existe lorsqu’ils sont en communion avec les autres personnes, avec le monde, avec les êtres qui les entourent, et avec le Créateur. Les peuples autochtones, en effet, vivent dans la maison que Dieu lui-même a créée et leur a donné en cadeau : la Terre. Leurs diverses spiritualités et croyances les incitent à vivre en communion avec la terre, avec l’eau, avec les arbres, avec les animaux, avec le jour et la nuit. Les anciens sages, appelées indifféremment payés, mestres, wayanga ou chamanes – entre autres – encouragent l’harmonie des personnes entre elles et avec le cosmos » [Pape François, Discours à Puerto Maldonado, NDT].

C’est du lourd.  On pourrait presque y voir la description d’une sorte de jardin d'Eden – avant la faute, bien sûr – un jardin peuplé exclusivement de nouveaux Adam et de nouvelles Eve.

Mais la forêt amazonienne est-elle vraiment une sorte de paradis sur terre ? Et les chasseurs-cueilleurs primitifs qui y vivent depuis des siècles – en harmonie avec le cosmos lui-même, nous dit-on – sont-ils réellement les êtres sages et spirituels qu’on nous décrit? Sont-ils plus purs, plus nobles ou tout simplement meilleurs que nous, Occidentaux enténébrés ?

En tant qu’anthropologue ayant vécu dans le monde moins développé pendant de nombreuses années et qui ai visité des peuples tribaux en Papouasie-Nouvelle-Guinée et ailleurs, je dis qu’il y a tricherie.

Certaines parties du Document préparatoire sont vraies ; d'autres sont nouvelles. Malheureusement, les parties qui sont vraies ne sont pas propres aux Amazoniens, alors que les parties qui leur attribuent des vertus nouvelles et uniques sont tout simplement fausses.

Prenons l’affirmation selon laquelle les habitants de la forêt tropicale vivent dans une sorte de « communion » avec le « sol, l’eau, les arbres et les animaux », qui serait unique parmi les peuples. Il est clair que cette attitude générale de respect de la nature n’est pas l’apanage des Amazoniens. Tous les chrétiens croyants sont conscients de vivre « dans la maison que Dieu lui-même a créée et leur a donné en cadeau ».

Je crois me rappeler que c'est un catholique italien, et non un « sage » amazonien, qui a le mieux exprimé cette attitude de louange et d'action de grâce pour les merveilles de la création de Dieu que nous admirons tous. On pourrait penser qu’un Vatican dirigé par un admirateur de saint François le comprenne.

L’affirmation selon laquelle les Amazoniens sont en quelque sorte en droit de revendiquer une vertu unique est tout aussi frauduleuse. Il se peut qu’il y ait d’« anciens sages » – il s’agit invariablement d’hommes, soit dit en passant – qui courent dans la forêt tropicale pour promouvoir l'harmonie des gens entre eux et avec le cosmos (quoi que cela veuille dire), mais l'histoire suggère le contraire.

Lors de leur première arrivée au XVIe siècle, les Européens ont trouvé les tribus amazoniennes dans un état de guerre constante. De « sages aînés » menaient des raids sur les colonies voisines, dans le but de capturer des femmes et des territoires. La pratique du cannibalisme n'était pas rare et fournissait un autre motif pour faire la guerre aux peuples voisins.

Selon une étude réalisée en 2012 par l'anthropologue Robert Walker de l’Université du Missouri, environ un tiers de tous les décès parmi les tribus amazoniennes avant l'arrivée des Européens étaient dus à des conflits violents. « Les mêmes raisons – la vengeance, l'honneur, le territoire et la jalousie à à propos des femmes – qui ont alimenté les conflits meurtriers en Amazonie continuent d’alimenter la violence dans le monde d'aujourd’hui », affirme Walker.

En d’autres termes, les peuples de l’Amazonie, plutôt que d’être des avatars représentant ce que notre nature a de meilleur, étaient frappés des mêmes insuffisances pécheresses que l'humanité en général. Ils n’étaient – et ne sont – ni meilleurs ni pires que nous tous.

Alors, qu’est-ce qui a mis fin à ce cycle mortel de violence et de mort ?

Selon Walker, ce n’est rien d'autre que « la propagation du christianisme et l'imposition de structures juridiques nationales ».

A mesure que les missionnaires européens commençaient à atteindre l’intérieur des terres, le niveau de violence a commencé à baisser, alors que bon nombre de ces tribus primitives ont appris le Cinquième Commandement et se sont converties au catholicisme. Le « tu ne tueras point » a été renforcé par la mise en place de gouvernements nationaux – Brésil, Pérou, Venezuela, etc. – qui fronçaient également les sourcils lorsque les peuples sous leur juridiction s’entretuaient et, dans certains cas, se dévoraient entre eux.

En d’autres termes, ce qui a mis fin à la violence, c’est l'arrivée de la civilisation chrétienne.
Aujourd'hui, les descendants actuels de ces mêmes missionnaires, des prélats comme le cardinal Pedro Barreto, veulent inverser ce processus. Au lieu de continuer à convertir les peuples amazoniens, ils veulent, sous des aspects importants, que le peuple amazonien nous convertisse.
Ce manque d’engagement pour l’évangélisation s’illustre le mieux dans le point de vue des organisateurs du Synode sur ce que l’on appelle « les peuples autochtones en isolement volontaire ». (PIAV). Ce sont des tribus qui se sont retirées dans les endroits les plus inaccessibles de la forêt tropicale afin d’éviter tout contact avec le monde extérieur. On estime à environ 150 le nombre de ces tribus, dont la plupart comptent quelques centaines de personnes.

Le Réseau ecclésial pan-amazonien (REPAM), qui organise le Synode amazonien, a consacré beaucoup de temps et d’énergie à promouvoir le droit de ces tribus à vivre dans un isolement total. De fait, le principal objectif de la réunion du REPAM l’an dernier à Puerto Maldonado, au Pérou, était précisément de discuter de la manière de faire en sorte que les tribus indigènes qui se coupent du reste du monde puissent être « protégées » des contacts avec la société, y compris l'Eglise catholique, afin de « vivre en liberté ».

C’est une prise de position qui me semble très étrange de la part d’un membre de l’Eglise catholique – une Eglise qui existe pour le salut des âmes. Le REPAM soutiendrait-il que saint François Xavier a eu tort d’essayer d'évangéliser la Chine, qui à l'époque préférait vivre dans l'isolement ?
La tâche d’évangélisation qu’impose le « grand envoi en mission » ne souffre pas qu’il y ait des exceptions à ce que l’on appelle à juste titre le « principe d »universalité ». Jésus-Christ n'a pas dit : « Faites de toutes les nations des disciples, mais laissez tomber les peuples qui choisissent de vivre dans l'isolement. »

Pourtant, les organisateurs du Synode amazonien croient apparemment qu’il vaut mieux laisser tranquilles les bons sauvages – pour reprendre l’expression de Rousseau – de la forêt amazonienne. L'idée semble être qu’il vaut mieux les aider à maintenir leur propre identité ethnique, culturelle et religieuse, les rites païens et tout le reste, plutôt que de leur enseigner, à eux et à leurs enfants, la grâce salvifique de l'Evangile.

Il n’est donc pas surprenant que l’aspect de l’Amazonie dont les organisateurs du synode sont particulièrement amoureux est que ses centaines de tribus et de langues différentes en font un paradis « multi-ethnique, multiculturel et multi-religieux ».

On pourrait imaginer que le fait d’être « multireligieux » ne soit pas le genre de chose que des cardinaux catholiques comme Barreto puissent applaudir, puisque l’Église existe pour proclamer « l’unique vraie foi ».

Mais ce n’est plus, apparemment, ce que certains dirigeants de l’Eglise croient aujourd'hui.  Si « toutes les religions sont voulues par Dieu », alors il est évidemment ethnocentrique de donner la primauté à la sienne.

Je suppose que nul parmi nous ne devrait en être surpris. Après tout, il est clair depuis longtemps que le principal centre d'intérêt du synode n’est pas du tout la foi catholique, mais plutôt l’élaboration de ce que l’on appelle « une éthique qui inclut la responsabilité pour une authentique écologie naturelle et humaine ».

A la lecture du Document préparatoire, un tel « code éthique » sonne presque comme une religion à part entière.

Pour beaucoup, bien sûr, c'est le cas.

Steve Mosher

© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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L’Instrumentum Laboris du synode sur l’Amazonie : au service du néo-paganisme

Voici une passionnante critique synthétique de l’Instrumentum Laboris en vue du prochain synode pan-amazonien. J’en publie ma traduction avec l’aimable autorisation de son auteur, José Antonio Ureta de l’Institut Plinio Corrêa de Oliveira – de l’association Tradition, Famille, Propriété – dont l’implantation sud-américaine lui a permis de connaître et d’étudier de près la théologie du peuple et la théologie indienne.

Le commentaire de José Antonio Ureta a d’abord paru en anglais sur le blog du vaticaniste Edward Pentin.

C’est un véritable néo-paganisme qui est promu, à travers la glorification de la spiritualité indigène. De mon côté, j’ai commencé à traduire et commenter les éléments les plus significatifs de l’Instrumentum Laboris et poursuivrai ce travail dès que possible. – J.S.

*

Le Synode au service néo-paganisme 

Le journaliste Edward Pentin du National Catholic Register a eu la gentillesse de me demander mes premières impressions sur l'Instrumentum Laboris pour la prochaine Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques, rendu public lundi. Je suis heureux de le faire en tant qu'éditorial pour le site panamazonsynodwatch.org.

A mon avis, l'Instrumentum Laboris représente l'ouverture en grand des portes du Magistère à la théologie et à l'éco-théologie indiennes, toutes deux des dérivées latino-américaines de la Théologie de la Libération (TL). Les tenants de celle-ci, après la chute de l'URSS et l'échec du « socialisme réel », ont attribué aux peuples indigènes et à la nature, selon une clef de lecture marxiste, le rôle historique de la force révolutionnaire.

Comme la TL, l'Instrumentum Laboris prend comme base de ses élucubrations non pas la Révélation de Dieu contenue dans la Bible et dans la Tradition, mais la réalité de la prétendue « oppression » à laquelle l'Amazonie serait soumise. De simple zone géographique et culturelle, la voici transformée en « interlocutrice privilégié », en « lieu théologique », un « lieu épiphanique », en « source de la révélation divine » (n° 2, 18 et 19).

Du point de vue théologique, l'Instrumentum Laboris recommande non seulement l'enseignement de la théologie indienne « dans toutes les institutions éducatives » en vue d’« une meilleure et plus grande compréhension de la spiritualité indigène », et afin de « prendre en considération les mythes, traditions, symboles, rites et célébrations originels » (n° 98), mais il en reprend tous les principes dans le document. En d'autres termes, les « semences de la Parole » ne sont pas seulement présentes dans les croyances ancestrales des peuples autochtones, mais elles ont déjà « poussé et porté du fruit » (n° 120), de sorte que l'Eglise, au lieu d’accomplir l'évangélisation traditionnelle qui cherche leur conversion, doit se limiter au « dialogue » avec eux puisque « le sujet actif de l'inculturation, ce sont les peuples autochtones eux-mêmes » (n° 122).

Dans ce dialogue inter-culturel, l'Eglise doit aussi s'enrichir des éléments clairement païens et (ou) panthéistes de ces croyances, tels « la foi en Dieu Père-Mère créatrice », « les relations avec les ancêtres », « la communion et l'harmonie avec la terre » (n° 121) et la connexion avec « les différentes forces spirituelles » (n° 13). Même la sorcellerie n’est pas exclue de cet « enrichissement ». Selon le document, « la richesse de la flore et de la faune de la forêt contient de véritables “pharmacopées vivantes” et des principes génétiques inexplorés » (n° 86). Dans ce contexte, « les rituels et cérémonies indigènes sont essentiels pour la santé intégrale car ils intègrent les différents cycles de la vie humaine et de la nature. Ils créent l'harmonie et l'équilibre entre les êtres humains et le cosmos. Ils protègent la vie contre les maux qui peuvent être causés à la fois par les êtres humains et les autres êtres vivants. Ils aident à guérir les maladies qui nuisent à l'environnement, à la vie humaine et aux autres êtres vivants » (n° 87).

Sur le plan ecclésiologique, l'Instrumentum Laboris est un véritable tremblement de terre pour la structure hiérarchique donnée à l'Eglise par mandat divin. Au nom de l'« incarnation » dans la culture amazonienne, le document nous invite à reconsidérer « l'idée que l'exercice de la juridiction (pouvoir du gouvernement) doive être lié dans tous les domaines (sacramentel, judiciaire, administratif) et de manière permanente au sacrement de l'ordre » (n° 127). Il est inconcevable que le document de travail d'un Synode puisse remettre en question une doctrine de foi, telle que la distinction, dans la structure de l'Église, entre clercs et laïcs, affirmée dès le premier Concile de Nicée et fondée sur la différence essentielle entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel des religieux, qui a ses racines dans la succession apostolique, et qui est doté de pouvoirs sacrés.

L'appel à reconsidérer le caractère obligatoire du célibat (n° 129 § 2) et, en outre, la demande d'identifier quel type de « ministère officiel » peut être conféré aux femmes (§ 3), font partie de cette dilution du sacerdoce catholique pour en faire quelque chose de semblable au « sacerdoce » du pasteur protestant. Le cardinal Joseph-Albert Malula du Zaïre et l'évêque Samuel Ruiz du Chiapas ont dû se retourner dans leurs tombes en voyant que les projets qu'ils ont essayé de mettre en œuvre (et qui ont été vite stoppés par le Vatican) sont maintenant proposés dans un Synode qui, selon ses organisateurs, a une certaine valeur universelle.

D'un point de vue écologique, l'Instrumentum Laboris représente l'acceptation par l'Eglise de la divinisation de la nature promue par les conférences des Nations unies sur l'environnement.

En effet, dès 1972, à Stockholm, des documents officiels de l’ONU indiquaient que l'homme avait mal géré les ressources naturelles, principalement en raison d'une « certaine conception philosophique du monde ». Alors que les « théories panthéistes… attribuaient aux êtres vivants une partie de la divinité… les découvertes de la science ont conduit à… une sorte de désacralisation des êtres naturels », pour laquelle la meilleure justification a été trouvée « dans les conceptions judéo-chrétiennes selon lesquelles Dieu aurait créé l'homme à son image et lui aurait donné la terre à soumettre ». A l’inverse, selon l'ONU, les pratiques du culte des ancêtres « constituaient un rempart pour l'environnement, dans la mesure où les arbres, ou cours d'eau, étaient protégés et vénérés comme réincarnation des ancêtres » (Aspects éducatifs, sociaux et culturels des problèmes de l'environnement et questions de l'information, ONU, Assemblée générale, Stockholm, 5-6 juin 1972, A/CONF.48.9, p.8 et 9).

En outre, dans le discours de clôture de l'Eco92 de Rio de Janeiro, le Secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros-Ghali, a déclaré que « pour les anciens, le Nil était un Dieu à vénérer, ainsi que le Rhin, source infinie des mythes européens, ou la jungle amazonienne, mère des jungles. Partout, la nature était la demeure des dieux. Ils ont donné à la jungle, au désert, à la montagne, une personnalité qui imposait l'adoration et le respect. La Terre avait une âme. La trouver, la ressusciter, telle est l'essence même de [la Conférence inter-gouvernementale de Rio] » (A/CONF.151/26, vol. IV, p. 76).
Ce programme néo-païen de l'ONU est désormais proposé par une Assemblée synodale de l'Eglise catholique !

L'Instrumentum Laboris, citant un document bolivien, affirme que « la forêt n'est pas une ressource à exploiter, c'est un être ou plusieurs êtres avec lesquels se relier » (n° 23), et il poursuit en affirmant : « La vie des communautés amazoniennes non encore affectées par l'influence de la civilisation occidentale (sic !) se reflète dans la foi et dans les rites relatifs à l'action des esprits, de la divinité – à qui l’on donne tant de noms différents – avec et dans le territoire, avec la nature et dans la relation avec elle. Cette cosmovision est recueillie dans le “mantra” de François : “Tout est lié” (n° 25). »

Du point de vue économique et social, l'Instrumentum Laboris est une apologie du communisme, déguisé en « communautarisme ». C’est en outre la pire forme de communisme : le collectivisme des petites communautés. En effet, selon le document, le projet du « bien vivre » (sumak kawsay) des aborigènes suppose  qu'il y a « une intercommunication à l’intérieur de tout le cosmos, où il n'y a ni excluants ni exclus ». La note explicative à propos du mot indigène renvoie à une déclaration de plusieurs entités indigènes, intitulée « Le cri du sumak kawsay en Amazonie », qui affirme que ce mot « est la Parole la plus ancienne et la plus nouvelle » (avec un P majuscule dans le texte ; c'est-à-dire, une Révélation divine) qui nous propose « un style de vie communautaire avec un seul et même SENS, PENSER et AGIR » (ici également, les majuscules sont dans le texte).

Cette phrase nous rappelle la dénonciation par Plinio Corrêa de Oliveira, en 1976, du tribalisme indigène comme une nouvelle étape encore plus radicale de la Révolution anarchique : « Le structuralisme voit dans la vie tribale une synthèse illusoire entre l’apogée de la liberté individuelle et du collectivisme consensuel, dans lequel ce dernier finit par dévorer la liberté. Dans un tel collectivisme, les différents « moi » et personnes individuelles, avec leur pensée, leur volonté, leur sensibilité et manières d'être, caractéristiques et divergentes, se fondent et se dissolvent, selon eux, dans la personnalité collective de la tribu qui engendre une pensée, une volonté, et manière d’être intensément communes ».

Ce que propose l'Instrumentum Laboris n'est pas autre chose, en définitive, qu’une invitation à l'humanité à faire le dernier pas vers l'abîme final de la Révolution anti-chrétienne : l'anarcho-primitivisme de John Zerzan et du terroriste Unabomber.

José Antonio Ureta

© leblogdejeannesmits pour la traduction.



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19 juin, 2019

“Instrumentum Laboris” du synode pan-amazonien : une lecture critique

L’Instrumentum Laboris (instrument de travail) en vue du synode Pan amazonien qui se tiendra en octobre prochain à Rome a été publié en langue espagnole le 17 juin. Il tient (hélas) les promesses du document préparatoire, déjà imprégné de syncrétisme religieux que j'ai commenté ici : (« Le synode pour l'Amazonie sur un vecteur pour la théologie indienne ») et ici : (« anticolonialisme et prise en compte des spiritualités païennes »).

Dans ses premières parties que je vous propose de découvrir succinctement ici, l’Instrumentum Laboris adopte un langage de reconnaissance et d'appréciation systématique, jusqu'à l’absurde, des formes de vie indigènes en Amazonie. Le mythe du bon sauvage n'est pas loin, pas plus que celui de l'avènement ici-bas d'un monde idéal atteint grâce à l'harmonie avec la nature.

J'ai traduit quelques passages de ces premières parties : les citations ci-dessous ne constituent donc pas la traduction officielle du texte et elles sont choisies de manière à mettre en évidence certaine constantes. Arrivée à peu près à la moitié de l’Instrumentum – j'espère avoir le temps d'aller plus loin dans les jours qui viennent – je suis bien obligée de constater que les notions classiques de l'évangélisation sont spectaculairement absentes.

Première remarque : l'Amazonie devient ici une sorte de lieu idéal et idéalisé, victime d'indicibles injustices qu'il faut réparer en revenant le plus possible au statu quo antérieur, en même temps qu'elle est présentée comme une sorte d'idéal de la vie religieuse en tant que lien avec le Dieu créateur.

Dans la suite de cet article, je retiens la numérotation du document. Les citations traduites intégralement sont en caractères romains, les résumés sont en italique, mes éventuels commentaires sont en gras.

Enfin, la traduction n'est pas des plus élégantes, je suis allée vite pour aller à l'essentiel. Pardon pour les fautes de frappe !

*

2. Reconnaître l’irruption de l'Amazonie comme un sujet nouveau. Ce nouveau sujet, qui n'a pas été considéré suffisamment dans le contexte national ou mondial ni dans la vie de l’Eglise est aujourd'hui un interlocuteur privilégié.

Pardon pour le charabia : je restitue ce que je lis. L'Amazonie est donc devenu une entité avec laquelle on dialogue « en Eglise »

3. (…) Se laisser interpeller sérieusement par les périphéries géographiques existentielles. Ce processus doit se poursuivre pendant et après le synode comme un élément central de la vie future de l’Eglise. (…)

Central, vous avez bien lu. Si l'Eglise est désorientée,  serait-ce parce qu'elle se tourne insuffisamment vers l’Amazonie ?

5. L'Eglise toujours plus synodale est en contact avec « la réalité contrastée d'une Amazonie pleine de vie et de sagesse »; il faut voir et écouter dans la logique d’Evangelii Gaudium,  juger et agir à travers la conversion écologique de Laudato si’;  juger et agir à travers la conversion à la synodalité ecclésiale exposée dans Episcopalis communio.

 Tout cela constituait-il donc un plan dont on espère nous faire vivre l'aboutissement à l'automne prochain ?

6.  Ce paragraphe reconnaît le don de la Providence que fut l’évangélisation de l’Amérique latine malgré la colonisation militaire, politique et culturelle et au-delà de l’avarice et de l’ambition des colons. Rappel du don de leur vie par de nombreux missionnaires. Mais : « Fréquemment, l'annonce du Christ s’est réalisée en connivence avec les pouvoirs qui exploitaient les ressources et opprimer les populations. »

7. Aujourd’hui l'Eglise a l'occasion historique de se différencier nettement des nouveaux pouvoirs colonisateurs en écoutant les peuples d'Amazonie pour pouvoir exercer avec transparence son rôle prophétique. La crise socio-environnementale ouvre de nouvelles opportunités pour présenter le Christ dans toute sa potentialité libératrice et humaine. (…)

Heureuse faute, acte II ? Amazonie est ensuite présentée comme « source de vie ».

8. La vie en Amazonie s’identifie entre autres choses avec l’eau. L'Amazonie est comme l'artère du continent et du monde, elle coule comme les veines de la flore et de la faune du territoire, comme demeure de ses peuples, de ses cultures et de ses expressions spirituelles. Comme dans l'Eden, l'eau est source de vie, mais aussi connexion entre les différentes manifestations de la vie, où tout est lié.

On n'est pas loin de la divinisation des éléments de la nature, qui est d'ailleurs propre aux « expressions spirituelles » indigènes.

9. Elle régule les cycles de l'eau, de l'énergie et du carbone au niveau planétaire…  Selon des experts internationaux l'Amazonie est la deuxième zone la plus vulnérable de la planète après l'Arctique, relativement au changement climatique d'origine anthropogénique.

 On l’attendait, celui-là !

Vie en abondance

11. Jésus offre une vie en plénitude, une vie pleine de Dieu, vite salvifique (zoe) qui commence dans la création et qui se manifeste dans ce qu’il y a de plus élémental dans la vie (bios). En Amazonie, elle se reflète en son abondante biodiversité et les cultures. C'est-à-dire une vie pleine et intègre, une vie qui chante, un chant à la vie, comme le chant des rivières. C'est une vie qui danse et qui représente la divinité dans notre relation à elle. (…)

??? Je répète : ???

Le bien vivre

12. La recherche par les peuples indigènes d'Amazonie de la vie en abondance se concrétise dans ce qu'ils appellent le « bien vivre ». Il s'agit de vivres en « harmonie avec soi-même, avec la nature, avec les êtres humains et avec l'être suprême, puisqu'il y a une intercommunication entre tout le cosmos, où il n'y a ni excluant ni exclu, où nous puissions tous forger un projet de pleine vie.”

Une note précise qu’il s’agit là du « cri du sumak kawsay en Amazonie » : les enseignements ancestraux des peuples indigènes. Cette expression traduite par « bien vivre » signifie le rejet de la modernité capitaliste. S'il faut en croire ce site,  cette notion « associe des apports culturels occidentaux et modernes tels que le marxisme, anarchisme, féminisme et l'écologie ». Son langage est très présent dans l'ensemble du document.

13. Une telle compréhension de la vie se caractérise par la connectivité et l'harmonie des relations entre l'eau, le territoire et la nature, la vie communautaire et la culture, Dieu et les différentes forces spirituelles. Pour eux, « bien vivre » c'est comprendre la centralité du caractère relationnel transcendant des êtres humains et de la création, et cela suppose un « bien faire ».  On ne peut pas déconnecter les dimensions matérielles et spirituelles. Ce mode intégral s'exprime dans leurs propres manières de s'organiser, qui part de la famille et de la communauté, et qui embrasse un usage responsable de tous les biens de la création. Certains d'entre eux parlent de cheminer vers la « terre sans maux » ou à la recherche de « la colline sainte » ; des images qui reflètent le mouvement et la notion communautaire de l’existence.

« Dieu et les différentes forces spirituelles » ? Quelles sont-elles ? Quelle est cette marche vers un paradis communautaire ici-bas ? Je crois qu'il n'est pas nécessaire de faire un dessin.

Vie menacée

14 Tous les droits fondamentaux des peuples originels menacés. Responsables:  Les entreprises d'extraction, souvent en connivence avec les autorités locales nationales et même les autorités traditionnelles indiennes. “ Comme le dit le pape François, ceux qui suivent de tels intérêts paraîtraient être déconnectés ou indifférents par rapport aux cris des pauvres de la terre.

15  Parmi tous les malheurs causés par cette situation d’exploitation, la vie en Amazonie est menacée par « la perte de sa culture originelle et  de son identité ( langue, pratiques spirituelles et coutumes) ».

La perte des  pratiques spirituelles animistes, polythéistes, chamaniques, immanentistes, avec le culte de la terre serait donc un grand malheur…

Défendre la vie, confronter l’exploitation

17  Les communautés consultées ont aussi insisté sur le lien entre la menace contre la vie biologique et la vie spirituelle, c'est-à-dire menace intégrale. (…) Prendre soin de la vie s’oppose à la culture du déchet, du mensonge, de l'exploitation et de l’oppression. En même temps, cela suppose de s’opposer à une vision insatiable de la croissance sans limites, à l'idolâtrie de l’argent, un monde déconnecté ( de ses racines, de son environnement), à une culture de mort. Pour résumer, la défense de la vie suppose la défense du territoire, de ses ressources ou biens naturels, mais aussi de la vie et de la culture des peuples,  la fortification de son organisation, la pleine exigibilité de ces droits et la possibilité d’être écouté. Pour reprendre les paroles de ces mêmes indigènes : « Nous, indigènes de Guaviare (Colombie) sommes-faisons partie de la nature parce que nous sommes eau, air, terre et vie du milieu ambiant créé par Dieu. C'est pourquoi, nous demandons que cessent les mauvais traitements et l'extermination de la Terre Mère. La terre a du sang et elle se vide de son sang, les multinationales ont coupé les veines de notre Terre Mère. Nous voulons que notre clameur indigène soit écoutée par tout le monde. »

« Nous sommes-faisons partie de la nature parce que nous sommes eau, air, terre et vie du milieu ambiant créé par Dieu.  »Relisez encore cette phrase: bien plus que « tout est lié », il s'agit de dire que tout est dans tout et réciproquement, de rejoindre l'idée selon laquelle l'homme n'est qu'un élément de la vie intégrale, voire de la conscience universelle.

Une clameur pour vivre

18.  Les menaces et les agressions contre la vie entraînent des clameurs, aussi bien des peuples que de la terre. Partant de ces clameurs comme lieu théologique (un lieu d'où l'on pense la foi) on peut entreprendre des chemins de conversion, de communion et de dialogue, des chemins de l’Esprit, d’abondance et du « bien vivre ». L'image de la vie et du « bien vivre » comme « chemin vers la colline sainte » implique une communion avec les pèlerins et avec la nature dans son ensemble, c’est-à-dire, un chemin d’intégration avec l'abondance de la vie, avec histoire et avec l’avenir. Ces nouveaux chemins se font nécessaires, vu que les grandes distances géographiques et la méga-diversité culturelle de l'Amazonie sont des réalités qui n'ont pas encore été résolues dans le domaine pastoral. (…)

Encore le charabia. Mais notez la qualification des « clameurs » comme « lieux théologiques » d'où part la conversion. La conversion écologique, cela va de soi.

Chapitre II. Territoire

Territoire,  Vie et révélation de Dieu

19. (…) Nous pouvons dire que l’Amazonie – ou tout autre espace territorial indigène ou communautaire –  n'est pas seulement un ubi (un espace géographique), mais que c'est aussi un quid,  c’est-à-dire, un lieu de sens pour la foi ou l'expérience de Dieu dans l'histoire. Le territoire est un lieu théologique depuis lequel on vit la foi, c'est aussi une source singulière de révélation de Dieu. Ces espaces sont des épiphanies où se manifeste la réserve de vie et de sagesse pour la planète, une vie et une sagesse qui parle de Dieu. En Amazonie se manifestent les « caresses de Dieu » qui s'incarne dans l’histoire.

« Epiphanie », la jungle amazonienne et ses dangers terrifiants, ses tribus soumises aux sorciers (qui ne sont décidément pas des enfants de chœur) ?

Un territoire où tout est lié

21. (…) Dans le territoire amazonien il n'existe pas de partie qui puisse subsister par elle-même avec seulement des relations extérieures, il s'agit plutôt de dimensions qui existent constitutivement en relation, formant un tout vital. D’où vient que le territoire amazonien offre un enseignement vital pour comprendre intégralement nos relations avec les autres, avec la nature et avec Dieu, comme l'affirme le pape François.

Enfoncés, Aristote et saint Thomas – et toute l'indicible richesse de notre héritage chrétien !

Territoire d'espérance et du « bien vivre »

24.  L’Amazonie est le lieu de la proposition du « bien vivre », de promesses et d'espérance pour de nouveaux chemins de vie. La vie en Amazonie est intégrée et unie au territoire, il n'y a ni séparation ni division entre les parties. Cette unité englobe toute l'existence : le travail, le repos, les relations humaines, les rites et les célébrations. Tous se partage, les espaces privés – typiques de la modernité – sont minimes. La vie est un chemin communautaire où les tâches et les responsabilités se divisent et se  partage en fonction du bien commun. Il n'y a pas de place pour l'idée de l’individu détaché de la communauté ou de son territoire.

Relisez bien : le mirage communiste n'est pas loin.

25. La vie des communautés amazoniennes qui n'ont pas encore été affectées par l'influence de la civilisation occidentale, se reflète dans la croyance et dans les rites concernant l'action des esprits, de la divinité –  que l'on nomme de nombreuses manières – avec et dans le territoire, avec la nature et en relation avec elle. Cette cosmovision se résume dans le mantra de François : « Tout est lié. »

Le vocabulaire est ici intéressant, puisque le pape François est crédité d'un « mantra » quasi panthéiste et que les croyances en l’action des esprits que l'on obtient grâce à des rites ne sont pas critiquées. Est-il nécessaire de dire qu'elles sont pourtant très gravement contraires à notre foi et que ces rites d'appel des esprits sont tout aussi gravement interdits comme relevant du commerce avec les démons ?

26. L'intégration de la création, de la vie considérée comme une totalité qui embarque toute l’existence, est au fondement de la culture traditionnelle qui se transmet de génération en génération à travers l'écoute de la sagesse ancestrale, réserves vives de la spiritualité et de la culture indigène. Cette sagesse inspire le soin et le respect de la création, avec une conscience claire de ses limites, interdisant qu’on en abuse. Abuser de la nature, c'est abuser des ancêtres, des frères et des sœurs, la création et du créateur, en hypothéquant l’avenir.

Bons sauvages… Mais attention, plus loin on dénonce justement ce nom de « sauvages ».

27.  Les cosmovisions  amazoniennes et chrétiennes sont toutes les deux en crise…

CHAPITRE III Le temps (Kairos)

Temps de grâce

28.  L’Amazonie vit un moment de grâce, un Kairos. Le synode d'Amazonie est ainsi le temps où l’Esprit Saint ouvre de nouveaux chemins…

29.  Les peuples amazoniens originels ont beaucoup à nous apprendre. Reconnaissons que depuis des milliers d’années ils prennent soin de leur terre, de l'eau et de la forêt, et qu'ils ont réussi jusqu'à aujourd'hui à les préserver pour que l'humanité puisse bénéficier de la jouissance des dons gratuits de la création de Dieu. Les nouveaux chemins d'évangélisation doivent se construire en dialogue avec ces sagesses ancestrales où se manifestent les semences du Verbe.

J’ai acheté il n'y a pas si longtemps un livre sur les us et coutumes de certaines tribus d’Amazonie. Les sagesses ancestrales laissent, je vous l'assure, pas mal de choses à désirer.

Temps d’inculturation et d’interculturalité

30. L'Eglise s'est faite chair en montant sa boutique – son “tapiri” (?) – en Amazonie. Se confirme ainsi un cheminement qui a commencé avec le concile Vatican II pour toute l’Eglise…  ( dialogue interculturel)  La diversité originelle qu'offre la région de l’Amazonie – biologique, religieux et culturel – évoque une nouvelle Pentecôte.

Le ton de ce paragraphe est étrange mais aboutit bien à la  glorification d'une nouvelle approche de l’évangélisation. On y voit surtout la contradiction entre la Pentecôte qui est la venue du Saint Esprit après la mort et la résurrection du Christ et son  assimilation à la « diversité originelle » qui serait en quelque sorte constitutive d’un bien en soi.

Temps d’espérance

33.  Le synode d'Amazonie se convertit ainsi en un signe d'espérance pour le peuple d'Amazonie et pour toute l'humanité. C'est une grande occasion pour que l'Eglise puisse découvrir la présence incarnée et active de Dieu : dans les manifestations les plus diverses de la création, dans la spiritualité des peuples originels ; dans les expressions de la religiosité populaire ; dans les différentes organisations populaires qui résistent aux grands projets ; dans la proposition d'une économie productive, durable et solidaire qui respecte la nature. Ces dernières années la mission de l'Eglise est réalisée dans l'alliance avec les aspirations et les luttes pour la vie et pour le respect de la nature des peuples amazoniens et de leurs propres organisations.

La présence incarnée et active de Dieu n'est plus ici le Christ vrai Dieu et vrai homme avec nous jusqu'à la fin des temps : elle se manifeste à travers la matière de la création et la « spiritualité des peuples originels ». Nous nageons ici, ce me semble, en pleine hérésie relativiste.

34.  Par la force du Saint Esprit, l'Eglise, identifiée avec cette histoire de croix et de résurrection, veut apprendre, dialoguer et répondre avec espérance et allégresse au signe des temps, ensemble avec les peuples d’Amazonie. Nous espérons qu’un tel apprentissage, que ce dialogue et cette co-responsabilité, puissent aussi s'étendre à tous les coins de la planète qui aspire à la plénitude intégrale de la vie dans tous les sens du mot. Nous croyons que ce Kairos de l’Amazonie, comme temps de Dieu, convoque et provoque, c'est un temps de grâce de libération, de mémoire et de conversion, de défis et d’espérance.

Tous en pagne !
Et puis, quelle étrange manière de parler de l'histoire du salut (« cette histoire de croix et de résurrection »)… 

Chapitre IV. Dialogue.

36. Comme l'Amazonie est un monde pluriethnique, pluriculturel et pluri-religieux, la communication, et par tant l’évangélisation exigent des rencontres et des convivialités qui favorisent le dialogue. …

37.  Le dialogue pour tous.  Le dialogue de recherche l’échange, le consensus et la communication, les accords et les alliances, « mais sans perdre la question de fond », c’est-à-dire la « préoccupation pour une société juste, capable de mémoire et sans exclusion”.  Pacte social et culturel : Pour ce pacte, l'Amazonie représente un pars pro toto,  un paradigme, une espérance pour le monde.

Depuis quand la question de fond est-elle la préoccupation pour une société juste, capable de mémoire et sans exclusion ? La grande question n'est-elle pas celle de notre salut individuel dans le bonheur éternel auprès de Dieu ?

Dialogue avec les peuples amazoniens.

38. Il faut un dialogue à propos des blessures infligées par les longues périodes de colonisation aux peuples amazoniens.  De nombreux obstacles à une évangélisation dialogique et ouverte à l'altérité culturelle sont de caractère historique et se cachent derrière certaines doctrines pétrifiées.

L’important, c’est de bouger, ensemble et différents mais toujours en mouvement ! C'est la dimension hégélienne qui se cache derrière cette Novlangue.

Dialogue et apprentissage

39.  De nombreux peuples amazoniens sont constitutivement dialogiques et communicatifs. Il existe un ample et nécessaire champ de dialogue entre les spiritualités, les credos et les religions amazoniennes qui exigent un rapprochement cordial des diverses cultures. Le respect de cet espace ne signifie pas relativiser ses propres convictions, mais consiste à reconnaître d'autres chemins qui cherchent à élucider le mystère inépuisable de Dieu. L’ouverture non sincère à l’autre, ainsi qu'une attitude corporatiste, qui réserve le salut exclusivement à son propre credo, sont destructrices de ce même credo. C'est ce qu'a expliqué Jésus au docteur de la loi dans la parabole du bon samaritain. L'amour vécu dans n'importe quelle religion est agréable à Dieu. (…)

Je vous renvoie ici à la déclaration d'Abu Dhabi, on n'en est pas si loin.
Notons aussi que la mention d'une « attitude corporatiste » pour rejeter, sans la nommer, la vérité « Hors de l'Eglise, point de salut », confine au génie. Marxiste, bien sûr.

40.  Le dialogue en faveur de l’avenir de la Planète et de la vie relève de la Pentecôte…  Nous découvrons notre identité à partir de la rencontre avec l’autre, à partir des différences et des coïncidences qui nous montrent l'opacité de la réalité et du mystère de la présence de Dieu.


En clair : la vérité est bien trop complexe et multiforme pour que nous n'ayons pas besoin des trésors de la sagesse primitive, y compris pour comprendre nos propres croyances.

PARTIE II  la clameur de la terre et des pauvres

57  Voici les “PIAV”, peuples indigènes volontairement isolés du monde qui  résistent au modèle actuel de développement économique prédateur, génocide, écocide.


Et combien juste est leur résistance aux influences occidentales, comprend-on à travers ce paragraphe et les suivants.

61 Dénonce le défaut de reconnaissance des droits territoriaux des indigènes et des PIAV

62 Il faut défendre leurs droits et leurs territoires et prévoir une pastorale d’ensemble pour les grandes zones frontalières.

Les familles amazoniennes

75.  C’est dans les familles que palpite la cosmovivance. Il s'agit de diverses connaissances et pratiques millénaires dans des domaines variés comme l'agriculture, la médecine, la chasse et la pêche, en harmonie avec Dieu, la nature et la communauté. C'est aussi dans la famille que se transmettent les valeurs culturelles, comme l'amour de la terre, la réciprocité, la solidarité, le vécu du présent, le sens de la famille, la simplicité, le travail communautaire, l’organisation propre, la médecine et l'éducation ancestrale. En outre la culture orale (histoire, croyance et chant), avec ses couleurs, ses habits, son alimentation, ses langues et ses rites font partie de cet héritage qui se transmet en famille. En définitive, c'est dans la famille qu’on apprend à vivre en harmonie : entre peuples, entre générations, avec la nature, en dialogue avec les esprits.

Le « dialogue avec les esprits » est vraiment de trop, à moins qu'il ne s'agisse aux yeux des rédacteurs de l’essentiel. Je vous renvoie aux remarques ci-dessus sur le commerce avec les démons.

76.  Dénonciation du fait qu'on ait appelé des indigènes « sauvages » ou « primitifs ».
Parmi les recommandations de ce chapitre, il faut :

– écouter le chant qui s'apprend famille comme mode d'expression de la prophétie dans le monde amazonien.


Quelle prophétie ? Venant d'où ?

  Promouvoir le rôle de la femme en reconnaissant son rôle fondamental dans la formation et la continuité des cultures, dans la spiritualité, dans les communautés et les familles. Il est nécessaire d'assumer le rôle de leadership féminin au sein de l’Eglise.

Cela était déjà esquissé dans le document préparatoire : la spiritualité et la culture indigènes ne conçoivent pas l'homme sans la femme ni la femme sans l'homme ; c'est une dualité que l'Eglise devrait donc respecter, y compris sur le plan liturgique. Un point à creuser.

— Affirmer une pastorale familiale suivant les indications de l'exhortation apostolique Amoris laetitia… qui accompagne, intègre et n'exclut pas la famille blessée.  Une pastorale sacramentelle qui fortifie et console chacun sans exclure personne. Une formation permanente des agents pastoraux tenant compte des récents synodes et de la réalité familiale en Amazonie.


 La communion pour tous ?
*** 

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15 juin, 2019

Critique cinglante du document de la Congrégation pour l’éducation catholique sur l’idéologie du genre par le Pr Gerard van den Aardweg

La récente publication par la Congrégation pour l’éducation catholique d’un document intitulé “Il les créa homme et femme” ; pour un chemin de dialogue sur la question du “genre” dans l’éducation a suscité quelque enthousiasme du fait d’une certaine critique de l’idéologie du genre qu’on y trouve.

Ce document non-magistériel, publié le 10 juin, a suscité une vague de protestations dans le monde « LGBT », notamment parce qu’il affirme clairement que les personnes humaines sont soit mâles, soit femelles. D’aucuns accusent le Vatican d’en être resté à « l’âge des ténèbres, faisant la promotion d’un enseignement erroné qui repose sur le mythe, la rumeur et les mensonges ».

Mais il ne s’agit pas là d’une garantie d’orthodoxie. Le psychiatre néerlandais Gerard van den Aardweg (membre de la nouvelle Académie Jean-Paul II pour la vie humaine et la famille), auteur d’ouvrages sur la tromperie du mariage des couples de même sexe et des revendications du lobby LGBT, estime au contraire que la Congrégation pour l’éducation catholique a publié un texte « idéologique » qui se refuse à rappeler clairement l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité et le mariage, n’apportant aucun conseil vraiment utile aux parents catholiques qui ont le devoir d’éduquer leurs enfants aux « vertus nécessaires à la vie chrétienne ».

Comment « dialoguer », en effet, avec les tenants d’une idéologie aussi radicalement contraire à la vérité que la « théorie » (ou plutôt, l’idéologie) du genre, en opposition frontale avec la doctrine de l’Eglise, cherchant en même temps à pervertir le sens des réalités et les exigences objectives de la loi naturelle ?

Diane Montagna, correspondante de LifeSiteNews à Rome, a interrogé le Pr van den Aardweg à propos du document. Ça décape… Traduction par mes soins. – J.S.


Diane Montagna : Dr van den Aardweg, quelle impression générale vous a laissée le nouveau document du Vatican sur la théorie du genre ?

Gerard van den Aardweg : Il s'agit essentiellement d'un document idéologique. Il n'est pas spécifiquement catholique, en dépit de quelques vœux pieux. Il s'agit essentiellement d'un plaidoyer en faveur d'une sorte d'éducation sexuelle athée, humaniste et socialiste, présentée comme plus ou moins catholique. Il s’extasie sur les avantages d'un modèle social d'éducation sexuelle contrôlé par des « experts professionnels » sur le fondement d'une vision de la sexualité de la part des sciences humaines actuelles qu’il suppose naïvement toujours plus approfondie. Ce document est un exemple du genre de discours illusoire et sentimental sur l'éducation et l'« affectivité » caractéristique de la psychologie humaniste immature et superficielle des années 1960 : la voici élevée au rang de « sagesse supérieure » par une Congrégation du Vatican dont les membres ont cinquante ans de retard. On en revient une nouvelle fois au « dialogue », a l’« écoute », à l’« ouverture ». Mais il n’est pas question d'écouter les enseignements divins de l'Eglise catholique sur la sexualité, le mariage et la famille (car ceux-ci semblent avoir besoin d'une « restructuration »). Enseigner et prêcher ces enseignements à un monde paganisé ne serait pas, semble-t-il, la voie à suivre. Le grand rêve est celui d’une « alliance » avec le néo-paganisme qui caractérise l'idéologie sexuelle, conjugale et familiale de l'ONU et des pays européens anti-chrétiens.

« Ecouter » ? Eh bien, en écoutant attentivement les formulations et les suggestions vagues et ambiguës du document afin de discerner vers quoi il tend, on peut discerner son objectif principal : le changement révolutionnaire.

D.M. Que pensez-vous de son analyse de la théorie du genre ?

G.v.d.A. Les observations sur la théorie du genre sont ambiguës et peu claires, ce qui les rend suspectes. Au premier abord, certaines expressions semblent correctes et « orthodoxes », comme le rejet de l’affirmation selon laquelle l'identité sexuelle n'est pas un choix de l'individu [« L’identité humaine est laissée à une option individualiste »] et les platitudes comme  « la sexualité » (le sexe) est « une composante fondamentale de la personnalité » ou chaque cellule du corps est masculine ou féminine [« les cellules de l’homme sont différentes de celles de la femme dès la conception »].

Mais ces affirmations sont dans le même temps affaiblies par des déclarations telles que (je résume) : « La bonne approche de la théorie du genre est la voie du dialogue. » Pourquoi en serait-il ainsi ? Il n’y a pas de réponse, parce que nous sommes dans le domaine de l'idéologie. A propos de quoi pourrait-on dialoguer ? Nous connaissons savons où mène le dialogue grâce à l’expérience avec les communistes. Les ennemis du christianisme vont dialoguer avec vous à leur manière, en imposant leurs conditions. Au bout du compte, on n’arrivera à rien d’autre qu’au le dialogue avec le diable. L'idéologie sexuelle néo-païenne agressive du monde n'a aucune sagesse que nous pourrions partager. La tâche de l'Eglise n'est pas de dialoguer mais d'enseigner et de corriger. Nous sommes au milieu d’une guerre spirituelle sans pitié dans le domaine de la sexualité, du mariage et de la famille.

Autre exemple : « Il ne manque pas de recherches sur le genre qui s’efforcent d’approfondir de manière appropriée », phrase suivie d’une vague référence à des ouvrages sur « la façon dont on vit dans les diverses cultures la différence sexuelle entre homme et femme ». Ici comme partout dans ce document, seules des suggestions ou des insinuations sont proposées, sans l’ombre d’une preuve. Alors, qu’entend-on ici par des « recherches » prétendument meilleures ? Je subodore que les auteurs se réfèrent aux écrits autrefois populaires de Ruth Benedict et Margaret Mead, les féministes lesbiennes qui ont tenté de montrer la relativité des rôles et fonctions sexuelles dans les sociétés non occidentales. Mais leurs affirmations ont longtemps été réfutées comme étant fondées sur des preuves fausses, et même en partie frauduleuses.

La relativisation de l’impopulaire vision biblique des relations homme-femme et des « rôles » sociaux, qui constitue un soutien apparent à l'indignation féministe (et gay ?), apparaît également dans l’invocation désinvolte de « subordinations injustes » qui auraient « tristement marqué l’histoire et  (…) eu une influence même à l’intérieur de l’Eglise ». L'Eglise aurait violé « l'égale dignité de l'homme et de la femme » du fait « d’un certain masculinisme plus ou moins camouflé derrière des motivations religieuses ». S'il ne s'agit pas d'une raillerie à l'égard des enseignements catholiques sur l'homme en tant que chef et la femme en tant que cœur de la famille, et sur le devoir de la femme d'obéir à son mari, que cherche-t-on à suggérer ? Ou bien, vu sous un angle différent, qui peut croire que les auteurs de ce texte sont encore capables de transmettre les enseignements divins immuables des Apôtres, de saint Augustin, des papes Léon XIII et de Pie XI ? Probablement, ces auteurs, aveuglés par l'esprit du temps (Zeitgeist), ne les comprennent même plus, et ils ne semblent pas non plus connaître et comprendre la vision anthropologique et psychologique correcte de sainte Edith Stein selon laquelle « la femme est par nature mère et compagne de l'homme ». Car tout catholique qui connaît et comprend cette vérité en aurait fait la pierre angulaire d'un discours sur la valeur égale de l'homme et de la femme.

Tout aussi inquiétante est l'appréciation discutable des auteurs de la famille naturelle : « La définir à travers des concepts de nature idéologique, qui n’ont une force qu’à un moment donné de l’histoire, puis périclitent signifie en trahir la valeur. » Les enseignements apostoliques susmentionnés appartiennent-ils à la catégorie des « idéologies » historiques temporaires relatives au masculin et au féminin ? Si ce n'est pas le cas, pourquoi ne sont-ils pas du tout recommandés ? Et quels sont les faux concepts idéologiques qui ont été attachés à la famille et qui ne sont pas essentiels ? Par exemple, le concept traditionnel de la famille chrétienne, considéré à la lumière des perspectives éclairées actuelles, a-t-il été rétréci par nos préjugés culturels ? En résumé, donnez une définition claire et sans ambiguïté de la famille naturelle et de la famille voulue par Dieu et rejetez sans ambiguïté la définition politique proposée par les démocrates chrétiens, entre autres.

D.M. Le document cite fréquemment Jean-Paul II. Que pensez-vous de l’utilisation de ses écrits ?

G.v.d.A. Le pape Jean-Paul II est cité, mais de manière assez hypocrite. On abuse de son prestige pour créer une impression d'orthodoxie, une caractéristique que l’écrit dans son ensemble n’est pas en droit de revendiquer. Les auteurs ont même le courage pervers de citer le nom de Don Bosco, dont les enseignements et les efforts étaient diamétralement opposés aux leurs et étaient donc vraiment exemplaires.

D.M. Le document part-il du principe que l'éducation sexuelle devrait toujours être disponible dans les écoles ? La position du document à cet égard est-elle conforme à l'enseignement constant de l'Église ?

G.v.d.A. Les droits parentaux en matière d’éducation sont professés avec des mots, mais dans son ensemble et par essence l'organisation socialiste-bureaucratique visant à éduquer la « sexualité et l'affectivité » des enfants et des jeunes dont rêvent ces utopistes va sans doute bientôt réduire les droits des parents jusqu’à les faire disparaître totalement. Les « professionnels » de l'éducation proposés à l'intérieur et à l'extérieur de l'école, avec leur « éducation permanente » qui leur vient des « universités », etc., forts de leur association étroite avec les organisations laïcistes (« locales, nationales et internationales » !) avec leurs nouveaux « supports, guides pédagogiques et
manuels didactiques », payés par qui d'autre que l'Etat, garantiront une éducation sexuelle politiquement correcte. Le document propose une « alliance éducative entre la famille, l'école et la société » idéalisée : venez aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Grande-Bretagne pour voir comme elle fonctionne bien... Personne ne s'y oppose : aucune école, aucun collectif de parents catholiques, sauf parfois tel rare professeur catholique, tel solitaire, quelques parents catholiques exceptionnels, qui refusent de coopérer avec ces joyeux « programmes » violent l'innocence de leurs élèves et de leurs enfants. En effet, comme le fait remarquer ce document du Vatican, « la famille ne peut être laissée seule face au défi éducatif. » Et l'« autorisation » des parents est un bon principe, mais « dans une certaine mesure ».

D.M. Avez-vous d'autres commentaires ?

G.v.d.A. La conclusion du document, bien qu'elle évite elle aussi un langage honnête, simple et sans ambiguïté, aide à en saisir le sens et les objectifs réels. Considérez ces déclarations de haut vol : « Les éducateurs ont la fascinante mission éducative d’“enseigner plutôt un cheminement quant aux diverses expressions de l’amour, à l’attention réciproque, à la tendresse respectueuse, à la communication riche de sens” » ; « coopérer à la formation de jeunes ouverts et intéressés par la réalité qui les entoure, capables de soin et de tendresse ».

C'est précisément l'argumentaire de vente du Mouvement néo-païen pour la réforme sexuelle depuis au moins un siècle. Toutes sortes de relations sexuelles ou « amoureuses » s'inscrivent dans cet idéal, qu'elles soient hors mariage ou homosexuelles. Il n'y a rien dans le texte du Vatican sur le péché sexuel, la lutte pour la chasteté, la masturbation, l'infidélité dans le mariage, la cohabitation hors mariage, la chasteté dans le mariage ; pas une phrase de conseils judicieux pour les parents qui essaient d'éduquer leurs enfants aux vertus nécessaires à une vie chrétienne et contre la pression du milieu néo-païen, de l'école, voire de l'église ; rien sur la contraception, la stérilisation, l'avortement.

Pour finir, le style de ce document est épouvantable : il est imprégné d'un langage pompeux et sentimental, d'une onction hypocrite. Le niveau intellectuel est médiocre. Aucun concept utilisé n'est défini, aucune affirmation n'est prouvée ni même soutenue par quelque argumentation ; les références et remarques relatives à l'anthropologie et à la psychologie (« les sciences humaines ») sont déplacées ou carrément absurdes, et pourtant elles sont présentées sans rire comme une sagesse supérieure.
Une Congrégation du Vatican qui ose produire et émettre un tel document devrait sérieusement envisager de mettre la clef sous la porte.

Propos recueillis par Diane Montagna pour LifeSiteNews© leblogdejeannesmits pour la traduction. Crédit photo : Steve Jalsevac.



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