20 avril, 2019

La pédophilie, une “orientation sexuelle” ? Nous y voilà !


Le cardinal Joseph Tobin, archevêque de Newark, Etats-Unis, aimerait bien que l'on  modifie le Catéchisme de l'Eglise catholique. En qualifiant l'attraction homosexuelle d’« intrinsèquement désordonnée », a-t-il déclaré lors d'une interview sur une chaîne nationale, l’Eglise se rend coupable d’une formulation « très malencontreuse », et il espère qu'elle saura tenir à l'avenir un discours moins « blessant », quels que soient les résultats de sa réflexion sur les relations homosexuelles en elle-mêmes.

Sans doute le cardinal « gay-friendly » ne pensait-il point justifier ainsi la pédophilie.
Mais les mots ont un sens et les concepts des prolongements logiques.

Rien ne l'illustre mieux que cette autre information, rapportée par l’excellent Newman Report sur les aberrations pédagogiques aux Etats-Unis, aussi présentes outre-Atlantique qu'en France.

Les responsables gouvernementaux des écoles publiques en Californie estiment « vraiment important » d'apprendre aux collégiens ce que sont la pédophilie et la pédérastie parce qu’il s'agit d'une « orientation sexuelle ». C'est ce qu'a reconnu une responsable du district scolaire de Brea Olinda, sur interpellation de parents indignés. Et pas question de mettre un terme à cet enseignement dans les classes, a-t-elle ajouté.

C’est donc en classe de troisième (le « 9th grade américain ») que les élèves des écoles publiques seront amenés à découvrir les relations sexuelles entre adultes et adolescents comme une possibilité culturelle. «  Nous faisons cela parce que il est question ici de perspectives historiques ; ne savoir comment les relations entre genres et des différents types d'orientation sexuelle ont existé au cours de l’histoire », a déclaré la vice-surveillante des programmes, Kerrie Torres.

C'était au cours d'une réunion avec les parents d'élèves et on comprend que cet aveu ait provoqué des réactions indignées. Une mère d’élève a aussitôt demandé : « Alors des relations sexuelles entre un homme et un garçon, c'est une orientation sexuelle ? »

Réponse de Torres, qui s'est bien gardé de démentir : « C'est une chose qui  s'est produite au cours de l'histoire, et donc, c'est très important pour nous de l'inclure dans les programmes. »

Des programmes américains par ailleurs formidablement indigents en ce qui concerne d'autres faits historiques, comme par exemple « la naissance, la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ ou le texte complet du traité du Mayflower », ironise Alex Newman.

L'orientation sexuelle est aujourd’hui de plus en plus protégée par des déclarations de droits et autres chartes de non-discrimination. L’enseignement en Californie prépare objectivement le chemin à une reconnaissance de la pédophilie comme une « orientation sexuelle » parmi d'autres, ce qui devrait interdire en toute logique de qualifier les pulsions sexuelles à l'égard des enfants ou des adolescents comme intrinsèquement désordonnées.

C'est exactement de cette manière que l'on protège « l'orientation sexuelle » constituée par des pulsions sexuelles vis-à-vis de personnes du même sexe. Le simple fait de les considérer « désordonnées » est déjà « blessant », n'est-ce pas, Votre Eminence, Joseph cardinal Tobin ?

En fait, c'est la notion de consentement qui s'est substituée à celle de moralité, pour ce qui est des actes, et l'idée d’une inclination naturelle en elle-même moralement neutre qui remplace l’existence de désirs non conformes à la nature de l’homme.


Cette logique de la neutralité morale de l'attirance homosexuelle s’applique déjà dans des écoles américaines à la neutralité morale de l'attirance pédophile, ou plus exactement à l'attirance éphébophile éprouvée par certains homosexuels. En s'interdisant tout jugement de valeur sur l'attirance homosexuelle, on ouvre la porte à une appréciation analogue d'autres attirances, dès lors que le critère de référence se réduit à la possibilité du libre consentement.

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16 avril, 2019

Au chevet de Notre Dame comme au chevet d'une mourante…

Le 16 avril 2019. Merci à ©Jérôme Triomphe pour la photo.
Au chevet de Notre Dame comme au chevet d’une mourante, les Français sont redevenus ce qu’ils sont, une famille. Le silence unit les cœurs, angoissés. Passera-t-elle la nuit ? L’ont-ils assez aimée ? Ont-ils su lui dire combien elle était belle ? Ont-ils pensé à lui rendre visite, à cette vieille Dame, expression de la foi et de l’amour de tout un peuple – et en cela toujours rayonnante de jeunesse et de splendeur ?
Comme au chevet d’une mourante, ils ont laissé couler leurs larmes. Ils ont prié – et c’était la jeunesse qui priait, à genoux, le chapelet à la main, les mots des cantiques anciens et nouveaux sur les lèvres. Elle n’allait pas partir, n’est-ce pas ? Elle n’allait pas laisser Paris sans sa figure de Mère tutélaire ? Et la Sainte Couronne ? Cette coiffe de Roi, ces cruels roseaux tressés qui jadis lacéraient la Face du divin Fils de Marie, aujourd’hui source de grâces parce qu’elle fit couler son Sang adorable… serait-elle dévorée par les flammes ? Et les statues, et toutes ces merveilles rappelant à la France qu’elle est d’une famille baptisée, qu’elle est toujours une famille baptisée ?
Comme au chevet d’une mourante, on s’est souvenu des joies de Notre Dame. Soudain, une nation s’est rappelée quelle est sa culture. Sa richesse. Son âme… Quand l’être cher disparaît, on pense au bien qu’il fit, au vide qu’il laisse, à l’au-delà qu’il rejoint. On se serre. On se retrouve.
En brûlant, Notre Dame de Paris, cet être de pierres et de bois, de bronze et de verre, a embrasé le cœur des foules, et les foules ne se sont pas déchaînées. Elles ont, peut-être malgré elles mais sûrement grâce à Marie, renoué avec ce qui a civilisé, cimenté, amendé leur nature déchue.
La mourante était-elle de toute façon déjà morte, faite de pierres mortes et de bois morts et de matières minérales qui jamais ne connurent la vie ? Non ! Car elle était le cadeau de tout un peuple à sa Mère, à sa Reine, et en son cœur – le tabernacle – battait le Cœur de Celui qui est la Vie. Depuis des siècles.
Non ! Tout n’est pas perdu en France, puisque les pompiers et leur aumônier, ce héros, ont bravé tous les dangers pour aller mettre à l’abri non seulement les riches trésors du Trésor de Notre Dame, mais aussi les humbles hosties consacrées, qui sont ici-bas notre bien le plus précieux. Notre Dame est un écrin de beauté, mais plus encore elle est l’écrin de cette Vérité qu’elle enserre et qu’elle montre. Elle est témoin, familière et proche, majestueuse et tout offerte à ce qui nous dépasse. Elle est lieu du Sacrifice et lieu du Salut. Au kilomètre zéro de la France, elle est aussi le début du chemin vers le Ciel.
Alors, en ce Lundi Saint, les Français ont retenu leur souffle : des Français redevenus France. De partout dans le monde venaient les messages saluant – en fait – le rayonnement de la Fille aînée de l’Eglise dont la capitale – malgré elle sans doute, mais vraiment – est centrée sur le Christ, à travers sa Mère.
Et la mourante n’est pas morte. Elle est abîmée mais debout. Les portes préservées de Notre Dame de Paris se sont ouvertes dans la nuit sur sa nef restée vaillante, son maître autel, intact, les grandes orgues, sauvées ; sa grande croix dorée brillait, paisible, sous les projecteurs, sa Vierge médiévale veillait toujours, royale, tandis que dehors les jeunes de France invoquaient encore la Mère de Dieu. Même le coq, la girouette au sommet de la flèche, a eu le bon goût d'aller s'écraser à l'abri. Il est vrai qu'il contient une épine de la Sainte Couronne, une relique de saint Denis et une autre de sainte Geneviève.
Marie si délicate – avec l’aide de la foi des priants et du courage des pompiers – a préservé la merveille gothique construite en son honneur, et, bonne Mère, continue de l’offrir à ses enfants. Ses cloches toutes neuves – à l’échelle des siècles – n’ont pas souffert. Ses voûtes sont à peine ébranlées – 48 heures de soins intensifs, et elles seront tirées d’affaire, espère-t-on. La grisaille ne s’est pas définitivement abattue sur Notre Dame, jadis lumineuse et colorée comme une miniature du Moyen-Age : ses rosaces, ses vitraux les plus anciens ont incroyablement résisté à la chaleur de la fournaise. Miracle ? Je ne sais. Je pense bien que les anges ont pu les garder de leurs ailes, puisque le peuple était à genoux…
Marie si pédagogue a clôturé le Grand Débat. Elle a fait taire les hommes et leurs intérêts mesquins. Elle a montré – un rien joueuse – que l’argent public, l’argent des Français, doit servir au bien commun et mieux encore, à la plus grande gloire de Dieu. Et si possible de plein gré, généreusement, sans se tromper de priorité ! La souscription nationale sera l’élan d’une nation, le vote avec le porte-monnaie plutôt que le référendum d’initiative citoyenne. L’adhésion à la France immortelle plutôt que le financement de son déclin…
Cela fait trop longtemps que les Français paient pour la mise à mort de leurs tout-petits, la corruption de leur jeunesse, la déchristianisation de leur terre.
Ils ont regardé, et avec quelle affection, Notre Dame, la mourante qui ne voulut pas mourir ; qu’ils contemplent maintenant Marie et l’Enfant donné depuis la crèche jusqu’à la croix. Et tout le reste leur sera donné par surcroît.



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14 avril, 2019

Analyse: quelques réflexions à propos du texte de Benoît XVI sur les abus sexuels

Le texte du pape émérite, Benoît XVI, sur la crise des abus sexuels, suscite des critiques à « droite » comme à « gauche ». Il me semble que ni à droite, ni à gauche, on n’en a perçu la véritable portée qui va bien au-delà des abus sexuels du clergé, point de focalisation d’une désagrégation sociétale qui dépasse l’entendement.

A gauche, on reproche à Benoît de prendre le contre-pied du pape François. Comment, il ose accuser l’idéologie de mai 68 ? Le tweet d’Isabelle de Gaulmyn de La Croix est emblématique : « Abus sexuels, un texte troublant de Benoît XVI : au final, le P.Marie-Dominique Philippe serait un dangereux soixante-huitard. »

A droite, on lui reproche plutôt de ne pas en faire assez, de se borner à des réflexions théologiques qui ne vont pas au cœur du sujet, et de ne pas s’opposer assez frontalement à la confusion semée par le pape François – même si l’explication de celui-ci sur les agressions sexuelles, le « cléricalisme », est remarquablement absente du texte du pape émérite.

D’autres, plus iréniques, jugent qu’il y a une complémentarité entre l’un et l’autre : si François aborde l’affaire des agressions de la part des prêtres depuis l’angle du pouvoir, Benoît le fait depuis la perspective théologique.

A moins que son texte n’ait été dans une certaine mesure manipulée par d’autres – c’est ce que semble croire Louis Daufresne à propos de la dénonciation de « cliques homosexuelles dans différents séminaires (en fait Benoît XVI a évoqué des « clubs homosexuels » dans le texte d’origine), qui écrit : « Benoît XVI emploie un vocabulaire inhabituel qui pourrait laisser penser que ce texte n’est pas de lui, même si on ne peut pas le prouver. »

En Italie, le théologien Massimo Faggioli est allé plus loin : « Si l’entourage de Benoît XVI n’est pas démantelé ou mis dans la condition de ne pas faire de mal après ce qui s’est passé dans les deux derniers jours, je ne sais pas quel genre d’incident il faudrait. »

Cela rejoint cet autre tweet d’Isabelle de Gaulmyn : « L’intervention de #BenoîtXVI pose la question du statut du pape émérite. Si on veut que les papes démissionnent alors ils doivent ensuite observer un devoir de réserve. Sinon on va au schisme. » Cette analyse se distingue par l’adhésion à la thèse selon laquelle le pape émérite a voulu faire un rappel à l’ordre quant aux causes de l’immoralité qui a sévi dans le clergé, liées à la révolution sexuelle plutôt qu’au « cléricalisme », et en ce sens je l’estime intéressante, car elle reconnaît l’insatisfaction de tout un pan de l’Eglise face aux réponses officiellement apportées.

Le risque serait de voir certains s’accrocher à un pape qui ne l’est plus. Risque réel, fomenté à la fois par la renonciation du pape Benoît et la confusion semée par le pape François qui à l’inverse du précédent, n’a pas abordé les questions morales avec clarté.

Il faut lire à tout prix la note de Peter Butler sous l’article consacré par mon confrère Yves Daoudal à l’affaire qui propose la traduction d’une information donnée par Sandro Magister en italien : Benoît XVI destinait ce texte aux participants à la rencontre des évêques réunis à Rome pour évoquer la crise des abus du 21 au 24 février, mais François n’a pas consenti à ce qu’il fût distribué. Une autre lectrice du blog d’Yves Daoudal commente : « C'est bien ce que j'avais compris en lisant son introduction, mais comme personne ne semblait l'avoir remarqué, j'ai cru m'être trompée… »

La relecture des premières lignes du texte de Benoît XVI semble lui donner raison ; cette interprétation permet en tout cas une lecture cohérente.


*


Les explications proposées par Benoît XVI de l’explosion des agressions sexuelles méritent qu’on s’y arrête. Il ne s’agit évidemment pas de trouver une cause unique à tous les crimes commis : les comportements immoraux de la part de prêtres ne datent ni d’hier, ni de 1968. Il semble clair que le pape émérite se soit intéressé à la soudaine montée des cas répertoriés et du nombre de prêtres impliqués, d’après les statistiques des Etats-Unis : la courbe augmente visiblement dès le début des années 1950, pour s’élever très vite à partir de 1960 à un pic atteint en 1980 ; la courbe descend ensuite encore plus brusquement.

Que s’est-il donc passé ? On s’amuse de ce que Benoît XVI évoque la révolution de mai 1968, date à laquelle la multiplication des abus avait déjà commencé, et de fait il évoque d’emblée les films d’éducation sexuelle » réalisés en Allemagne à la demande du ministre des affaires familiales, Käte Strobel – c’était en 1967, 1968 et 1969. Mais il souligne bien que « tout commence » avec l’éducation sexuelle promue par l’Etat.

Sous sa forme radicale elle a commencé dans les écoles en 1919 en Hongrie à la faveur de la révolution bolchevique de Béla Kuhn. La première révolution sexuelle, il ne faut pas l’oublier, date de la révolution communiste en Russie qui prônait l’amour libre et rejetait le modèle familial – et qui dépénalisa l’homosexualité et l’avortement dès ses premières années.

Quant à la justification de tous les comportements possibles – y compris ceux lié à la sexualité infantile – elle a été (frauduleusement) apportée par Alfred Kinsey, dès la fin des années 1940, dans plusieurs best-sellers dont le but était de montrer que tout ce qui était considéré comme déviant par la morale traditionnelle et judéo-chrétienne était pratiqué par le plus grand nombre.

Autrement dit, la révolution sexuelle qui a éclaté si visiblement à Paris en Mai 68 était en gestation depuis des décennies. Et elle était soutenue par la culture populaire : le cinéma d’après-guerre ne prônait sans doute pas systématiquement l’adultère et le libertinage, mais il montrait avec une insistance croissante l’intimité physique – fût-elle légitime, dans le cadre du scénario – qui apparaissait comme le passage obligé pour un couple amoureux.

Qu’on me permette une anecdote personnelle : mes parents, qui ont vécu au Portugal entre 1946 et 1959, allaient volontiers au cinéma à cette époque-là… qui nous semble aujourd’hui bien innocente. Ils ont cessé de fréquenter les salles au cours des années 1950, ne supportant pas la mise à l’écran de plus en plus d’images sensuelles – qui à la différence des images de violence, par exemple, ne permettent pas la distanciation.

Je relis les pages de la Réclamation au Saint-Père de Jean Madiran ; elles datent de 1974 ; elles montrent que le diagnostic était déjà posé. Il dénonce l’éducation sexuelle des enfants à laquelle l’Eglise ne s’opposait plus depuis Pie XII.

« Mais depuis 1958, et plus encore depuis 1963, le Saint-Siège n'a plus opposé une ferme résistance au mouvement clérical, se développant à l'intérieur de l'Eglise, en faveur de la manipulation sexuelle des enfants. La nouvelle mode était qu'il ne fallait plus de digue contre les courants modernes. Ma réclamation, ici non plus, ne se trompe donc pas d'adresse. C'est la non résistance de l'Eglise, ici aussi, qui a entraîné la débandade universelle. Aucune autorité politique, législative ou judiciaire n'aura le courage, ni même ne croira justifier, de paraître plus “rigide” ou “réactionnaire” que l'Eglise elle-même, spécialement en matière de mœurs ; de paraître plus catholique que le pape, surtout quand on est même pas catholique… 
« Ce pourrissement dans la luxure qui toujours accompagne et accélère la fin des civilisations, des sociétés, des nations, ne peut être considéré comme un phénomène marginal ni par l'autorité politique ni par l'autorité religieuse. C'est un phénomène central dans toute décadence religieuse et politique. La luxure, dès qu’elle est publiquement suscitée, ou seulement tolérée, envahit tout, corrompt tout. Nous voyons bien qu'elle a tout envahi et tout corrompu autour de nous, les travaux et les jours, les rues et les chansons, le commerce et les loisirs, la littérature et l’art ; elle a envahi jusqu'aux livres d'enfants et jusqu'aux livres de prières. Une infection généralisée n'est pas un problème simplement moral, au sens d'ailleurs erroné ou un problème moral relèverait de la conscience individuelle en son particulier, à l'intérieur de la vie privée. C'est une affaire politique ; c'est une affaire religieuse. La contagion universelle de la luxure est un fléau social. Le devoir politique s'impose au gouvernement, aux institutions et aux lois de la réfréner au lieu de la faciliter. Les pouvoirs temporels ne peuvent évidemment pas la guérir : ils peuvent et doivent la faire reculer, et salutairement la contraindre au moins à se cacher. C'est là une vérité très certaine, qui devrait être très courante : les pouvoirs responsables ont cessé de l'enseigner, de la défendre, de la faire respecter, de la mettre en œuvre. Répétée par tous les siècles, c'est aujourd'hui seulement qu’elle se tait, par la trahison des pouvoir temporels et spirituels. 
« Mais guérir la luxure n'est possible qu'à la sainteté, selon le théorème de Chesterton :
« “L'humanité est déséquilibrée à l'endroit du sexe, et la santé véritable ne lui est permise que dans la sainteté.” »
Madiran poursuivait :

« Toute hérésie, quel que soit son degré d'abstraction, tend à devenir révolution. Toute révolution, si sanglante soit-elle, tend à être une révolution culturelle. Et toute révolution culturelle aspire à la révolution sexuelle. Non que le sexe soit l'unique ou le principal secret de la vie, même dans l'ordre de la révolution et chez les révolutionnaires ; il n'est pas vrai non plus que le motif ou le moteur des hérésies soit forcément et toujours le désir de la licence sexuelle. Chez les grands de ce monde, et chez les grands révolutionnaires, les péchés les plus graves et les plus profonds ne sont pas les péchés de la chair, lesquels se rattrapent en étant la damnation du plus grand nombre. Mais chez les uns comme chez les autres, pour prendre le corollaire du théorème de Chesterton, l'obturation ou la rupture des canaux de la sanctification laisse sans recours contre le déséquilibre du sexe. Et ce déséquilibre, plus encore qu'un déséquilibre d'essence, est un déséquilibre de l'imagination. La sexualité autonome, la sexualité séparée du mariage et de l'ordre des fins du mariage, est un irréalisme, qui se crée un monde imaginaire. Et de même que la démocratie moderne est la mise au pluriel du péché originel, comme je l'ai expliqué ailleurs, de même, mais je ne l'expliquerai pas plus avant, car le papier ne supporte pas tout, la culture audiovisuelle du monde moderne est la mise en commun du péché de la chair au niveau de l'imagination. 
« A ce point, l'histoire humaine semble s'achever. »
Pourquoi ? Parce qu'elle n'accepte plus de normes, répond Jean Madiran dans les lignes qui suivent.
Ce lien entre ce que l'on pourrait appeler l'explosion publique de la sexualité et l'irruption de la violence, entre révolution sexuelle et Révolution tout court, caractérisée par son rejet de toute norme inscrite au cœur de l'homme, Benoît XVI le met également en évidence dans son texte. Cet effondrement moral caractéristique de ces années-là était également étroitement lié à une propension à la violence.

Et il est même allé jusqu'à oser la mise en cause d’« excès dans le domaine de l’habillement » : l'indécence, la disparition de la modestie – concept devenu largement incompréhensible et même rarement évoqué depuis les années 1970 – ont contribué à changer les regards et les comportements.

Aujourd'hui, les médias se focalisent sur les abus sexuels commis par des prêtres, et il est vrai qu'ils sont particulièrement répugnants dans la mesure où le prêtre est supposé communiquer la grâce confiée à l'Eglise par le Christ et conduire ceux dont il a la charge vers Lui. Il semble que ce type de comportements soit aujourd'hui moins fréquents ; on peut dire en tout cas que le cardinal Ratzinger lui-même, alors qu'il était à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a beaucoup fait pour que l'impunité ne fût plus de mise.



Mais le climat de licence, lui, n'a fait que progresser et s'aggraver. Les statistiques relatives aux contacts sexuels non désirés – allant de la caresse à la sodomie – dans les écoles américaines font état de 3.300 victimes entre 2013 et 2014, et encore sont-elles incomplètes, n'étant basées que sur les signalements d'une partie des Etats. Plus de la moitié des étudiants britanniques – 56 % ! – disent avoir fait l'objet d'avances explicites non désirées et d'agressions allant jusqu'au viol, au terme d'une enquête réalisée auprès de 5.649 personnes, dont les résultats ont été publiés au début de 2019. Près de la moitié des femmes précisaient qu’elles avaient déjà été touchées de manière déplacée ; les deux tiers des étudiantes interrogées ont avoué qu'elles n'osaient pas dire non à des avances ou à des actes sexuels de peur de subir des violences.

Où est le tollé ? Où est la mise en cause des autorités éducatives ?

Le curseur a été déplacé : aujourd'hui, on se focalise sur le consentement, même si à l'évidence ce consentement peut être faussé. Tout est permis, pourvu qu'on soit d'accord. C'est en ce sens que la révolution sexuelle évoquée par Benoît XVI est véritablement entrée dans les mœurs du plus grand nombre. C'est une victoire du démon autrement plus grande et insidieuse que celle des « agressions cléricales », pour abominables qu'elle soit. Et même celles-ci ne pourront véritablement être évitées, signalées, punies que dans un contexte où l’exercice de la sexualité humaine sera remise à sa juste place ; où la promiscuité ne sera plus favorisée par les pouvoirs publics ; où la prévention ne se bornera plus à l'évitement de la grossesse ou des infections sexuellement transmissibles. C'est l'éducation à la chasteté qui est urgente.


*


Dans la deuxième partie de cette réflexion sur l’état de la morale, le pape émérite évoque l'effondrement de la théologie morale catholique. Benoît XVI désigne une volonté qui s'est traduite notamment par les efforts du concile Vatican II de fonder la morale sur la Bible plutôt que sur la loi naturelle.

Il me semble qu'il faut notamment voir ici le rejet d'une « morale de l'interdit » – c'est la morale du Décalogue qui fulmine : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne feras pas de faux témoignages, tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, tu ne feras pas d’impureté… Morale qui est inscrite au cœur de l'homme et qui constitue son bien et donc son bonheur.

Et il est vrai qu'on nous a parlé d'une morale plus « positive », axée sur la bienveillance, plus ouverte, fondée sur les valeurs. J'ai entendu des exégètes opposer la négativité du Décalogue au Sermon sur la montagne. Mais la morale des béatitudes, chemin de sainteté et de ressemblance à Dieu, n'abolit pas la loi et les interdits. La morale chrétienne à sa dimension propre mais elle assume la loi naturelle.
L'idée de revenir à ce socle indispensable qu'est la loi naturelle est une préoccupation de longue date du cardinal Ratzinger, puis de Benoît XVI. Dans notre monde déchristianisé elle est même un préalable à tout redressement moral et intellectuel. La loi naturelle s'oppose radicalement au relativisme moral, par lequel on en arrive à proclamer que les interdits fondamentaux peuvent varier selon les civilisations, les époques, les religions.

Benoît XVI écrit, décrivant l'époque qui a suivi le concile Vatican II et la pensée d’une majorité de théologiens d’alors  : « Finalement, c'est dans une large mesure l’hypothèse selon laquelle la morale devait être exclusivement déterminée en vue des fins de l'action humaine qui devait prévaloir. La vieille expression “la fin justifie les moyens” n’était certes pas affirmée sous cette forme grossière, mais la manière de penser qui y correspond était devenue déterminante. Par voie de conséquence, plus rien ne pouvait désormais constituer un bien absolu, pas plus qu'il ne pouvait y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais,  mais seulement des jugements de valeur relatifs. Le bien n’existait plus, mais seulement le mieux relatif, dépendant du moment et des circonstances. »
Le pape émérite décrit comment il s'est battu à l'époque, avec Jean-Paul II, contre cette idée selon laquelle il n'y a pas d’acte qui soit toujours et en toutes circonstances mauvais. Cette question est au cœur des « Dubia » présentées, à ce jour sans réponse, au pape François, à la suite des interprétations relativistes d’Amoris laetitia.

On peut dire que ce relativisme moral est au cœur de la culture mondiale aujourd'hui, après l'avoir été dans le communisme pour qui la vérité et le bien intrinsèque n'existent pas, n'étant bon que ce qui sert la Révolution où le Parti. L'avortement ? Cette mise à mort d'un petit d’homme est aujourd'hui légalement tolérée voire proclamée comme un droit, quand elle n’est pas une obligation, dans un grand nombre de pays : l'Europe, l'Amérique du Nord, la Russie, la Chine… Peu de pays osent encore interdire ou compliquer l’accès au divorce. L'homosexualité jouit d'une nouvelle « normalité », elle est même considérée comme une espèce de plus-value dans les sociétés occidentales. Contester tout cela vous classe irrémédiablement parmi les ringards, les inquisiteurs, les coupables de discrimination, crime suprême de notre époque. Il n'y a plus de norme généralement acceptée. Il n'y a plus de vérité.

On a pu gloser sur le fait que Benoît XVI, abordant la douloureuse affaire des abus sexuels de la part de prêtres, se soit égaré dans une sorte de hors sujet qu'il apportait à déplorer le relativisme moral, y compris au sein de l'Eglise. Mais c'est le cœur du sujet. Ce relativisme est avant tout une manière d'ouvrir les vannes. Notre époque est particulièrement sensible aux abus commis par des prêtres majeurs sur des mineurs, et il s’agit de fait d'un scandale sans nom. Mais elle permet d'attenter à l'innocence des petits par une multitude de moyens, et comme le dit Benoît XVI, cette réalité est aussi le fait des pouvoirs publics. Des organismes publiquement subventionnés sont autorisés à inciter à la débauche dans les salles de classe. Et cela forme un tout.

A cet égard un passage particulièrement intéressant du texte du pape émérite est celui-ci :

« La foi est un voyage et une façon de vivre. Dans l’Eglise ancienne, le catéchuménat fut créé comme un lieu de vie face à une culture de plus en plus démoralisée, où les aspects particuliers et nouveaux de la manière de vivre chrétienne étaient mis en pratique, et en même temps protégés de la manière de vivre ordinaire. Je pense qu'encore aujourd’hui il faut quelque chose qui ressemble à des communautés catéchumènes, de telle sorte que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa propre façon. »

Comment comprendre cela : comme un appel à vivre dans des réserves ou des ghettos communautaristes ? A défaut de précision, on peut au moins répondre à cette question en soulignant que dans une culture relativiste et hyper-sexualisée comme celle qui nous entoure, il importe de créer des environnements moralement sains, à la fois du point de vue de la simple morale naturelle et de la pratique ordinaire de la religion, pour protéger l'innocence et la vie droite. Cela vaut évidemment particulièrement pour les plus jeunes, pour les institutions de formation.

On pourrait objecter que c'est souvent dans de telles institutions religieuses ou organisations pour jeunes que les abus cléricaux ont été perpétrés. Ce qui est sûr, c'est que la prise de conscience à leur égard pourrait permettre une meilleure protection de la jeunesse.


*


La deuxième grande partie du texte de Benoît XVI évoque les « réactions ecclésiales initiales ». De manière intéressante, il évoque un « processus, préparé de longue date est toujours en cours de réalisation, de la liquidation de la conception chrétienne de la morale ».

On comprend qu’il y a eu selon le pape émérite une démarche délibérée visant à détruire la morale chrétienne, y compris à l’intérieur de l’Eglise.

Voilà qui fait penser, au moins indirectement, à la volonté des marxistes « de corrompre la jeunesse, à la focaliser sur le sexe, à l’éloigner de la religion » évoquée par un ancien du KGB, Youri Bezmenov, passé à l’ouest en 1970, et pour ce qui est de l'Eglise catholique elle-même, à Bella Dodd, convertie en 1952 grâce à Fulton Sheen, qui a témoigné devant le Sénat américain de l'infiltration de plus de 1.000 membres du Parti dans les séminaires dans les années 1930.

Dans le même ordre d'idées, un ancien agent du FBI, W. Cleon Skousen, détaillait en 1958 dans The Naked Communist le plan de démoralisation marxiste qui visait à libérer la pornographie, promouvoir l'homosexualité, discréditer la famille, et à favoriser de toutes les manières les comportements immoraux. Ainsi l’Occident serait-il affaibli par l’affaissement des mœurs.

Rien ne dit que Benoît XVI ait eu ce type de réflexion à l'esprit, mais elle me semble éclairante.
Il affirme en revanche qu'il y a eu un grave problème de formation au sacerdoce, et évoque à ce propos l'existence de « clubs homosexuels » dans « divers séminaires », et dans un séminaire allemand, la projection de films pornographiques prétendument pour aguerrir les jeunes hommes face aux agressions du monde moderne. Ailleurs, c'était la promiscuité de jeunes hommes se préparant à une vie de célibat chaste avec des couples mariés et des laïques engagés accompagnés de leurs « petites amies », qui créait une atmosphère peu propice à un engagement durable. La question qui se pose est évidemment de savoir comment tout cela a pu se produire. Mais que les faits soient dits ouvertement par un homme qui fut pape est important.

Dans son développement sur la réponse apportée par l'Eglise au cas de « pédophilie », le pape émérite cite la phrase de Jésus : « Mais si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît autour du cou une de ces meules que les ânes tournent, et qu’on le jetât dans la mer » (Marc, 9, 41).

Il tient à en redonner le sens premier : « L’expression “ces petits” dans le langage de Jésus signifie les fidèles ordinaires qui peuvent être amenés à chuter par l'arrogance intellectuelle de ceux qui se pensent intelligents dans leur foi. » On comprend qu'au-delà du mal fait aux enfants et aux jeunes par des prêtres qui agissent mal, il y a quelque chose de fondamentalement plus grave : la présentation faussée de la foi et de ses exigences qui amène les fidèles ordinaires à commettre le mal parce qu’on leur dit ou qu’on leur permet de le considérer comme un bien.

C'est tout le mal de notre époque : ainsi, pour prendre l'exemple le plus extrême, l'homosexualité est aujourd'hui présentée comme un bien, une expression légitime d'un amour conçu comme une « valeur », cette approche étant aujourd'hui exprimée par des religieux, des prêtres, des évêques, et même par un cardinal tel Reinhard Marx qui plaide pour une vision renouvelée de la morale sexuelle. On pense au Dominicain Adriano Oliva qui justifie les actes homosexuels des personnes ayant cette « orientation », et dont Frédéric Martel affirme que ces travaux ont été encouragés en haut lieu dans l'Eglise, voire par le pape François lui-même.

Tout ce qu'écrit l'auteur de Sodoma est à prendre avec des pincettes, puisqu'il s'agit d'un idéologue qui s'exprime au nom de son activisme homosexuel, mais on est bien obligé de constater qu’Oliva peut tenir ce discours sans être officiellement retoqué ni par son ordre ni par les autorités ecclésiastiques au sens plus large.
L'insistance du pape émérite sur le détournement de la foi, utilisée pour justifier le péché, me porte à penser que son utilisation du mot « pédophilie » – qui au sens strict, n'est justifiée que de manière extrêmement marginale aujourd'hui – est peut-être une manière de prendre la partie pour le tout. Il était bien placé à la Congrégation pour la Doctrine de la foi pour savoir que les crimes de pédophilie visant des garçons et des filles prépubères ne représentaient qu'une minorité des agressions contre les mineurs ; environ 80 % concernaient des garçons adolescents, relevant donc de l’éphébophilie.
Si des comportements extrêmes se sont multipliés, c'est qu'au sens large, le péché grave n'a plus été dénoncé comme tel.


*


Dans la troisième grande partie de son texte, Benoît XVI propose de répondre à la question « que devons-nous faire ? » « Faudrait-il que nous créions une autre Eglise pour tout remettre à l'endroit ? », demande-t-il, visant clairement ceux qui encourage à modifier la l’institution par divers moyens – on pense à l'abolition du célibat sacerdotal, l'ordination des femmes, les prises de décisions démocratiques, pourquoi pas la « synodalité » et la « désacralisation » de la fonction sacerdotale, des bouleversements hiérarchiques pour en finir avec un édifice sclérosé… tout cela, nous l'avons entendu. « Cette expérience-là a déjà été faite et elle a déjà échoué » : on pense bien sûr aux différentes formes de protestantisme qui ont cru pouvoir répondre a des effondrements moraux dans l'Eglise. Mais c'est toujours celle-ci qui a les promesses de la vie éternelle.

Le pape émérite s'attache ensuite à montrer que la reconnaissance de l'existence de Dieu – un Dieu qui fixe des règles du bien et qui ne peut aller contre la vérité, puisqu'Il est la vérité – est un préalable nécessaire à l'existence de « normes du bien ou du mal ».

L'idée que la morale puisse exister sans Dieu, sans principe transcendant, a été théorisée par le juriste Grotius qui posait la question : « Et si daretur Deus non esse » (« et si par hasard, Dieu n’existait pas ») et qui y répondait en affirmant que des normes de conduite s'imposeraient de toute façon à l'homme.

Benoît XVI rejette cette idée, parce que sans Dieu, l'homme n'a « ni but ni sens ». Et il ajoute : « Alors, seul ce qui est plus fort que l’autre peut s’auto-affirmer. Alors, la puissance est le seul principe. »

On rétorquera : il y a bel et bien une morale aujourd'hui, et des normes de conduite, une affirmation du bien et du mal qui transparaît d'ailleurs dans la dénonciation des abus sexuels.

Mais il faut bien reconnaître la part de ce qui reste de culture traditionnelle, chrétienne en ce qui concerne les pays d'ancienne chrétienté, dans ces jugements moraux. Et il faut reconnaître aussi tout ce que cela peut avoir de parcellaire : de nombreux comportements que l'humanité dans son ensemble jugeait fautifs, criminels ou peccamineux il y a moins de 100, 50 ou 30 ans sont aujourd'hui acceptés par à peu près tout le monde.

Lorsque le pape émérite parle de la loi du plus fort, il fait penser à l'analyse du professeur de psychologie Jordan Peterson, qui s’attache à expliquer que lorsque la vérité disparaît en tant que catégorie, et que le bien s'exprime en tant que reconnaissance des droits des minorités, on aboutit précisément à une morale de rapports de force. Il ne s'agit pas d'être les plus nombreux, mais les mieux protégés : c'est ainsi qu'on en arrive à punir ceux qui ne respectent pas les droits des homosexuels, des transgenres, des femmes, de telle ethnie, de telle catégorie, et qu'au bout du compte tous ces groupes sont mis en concurrence. En dernière analyse, c'est la foire d'empoigne : on ne s'intéresse plus au bien et au mal et au nom de son groupe, ou mieux, de son groupe « intersectionnel » (la proverbiale lesbienne noire handicapée, et on méprise ou on détruit les droits et libertés des autres.

Aussitôt après avoir décrit cette société sans Dieu, Benoît XVI affirme :

« Sur des points précis, il devient soudain visible que ce qui est mal et détruit l’homme est devenu la norme acceptée. »

Et il enchaîne :

« Il en va ainsi de la pédophilie. Théorisée il n'y a pas très longtemps comme étant tout à fait légitime, elle s'est étendue de plus en plus loin. Et nous nous rendons compte aujourd'hui avec effroi qu'il advient des choses à nos enfants et à nos jeunes qui menacent de les détruire. Le fait que cela ait pu aussi s'étendre dans l'Eglise et parmi les prêtres devrait nous troubler tout particulièrement. »

Cela paraît ne pas correspondre à la réalité. La pédophilie est elle réellement considérée comme « légitime » aujourd’hui, au-delà de ce qui a été le fait des minorités révolutionnaires de Mai 68 ?

On serait tenté de dire : la pédophilie, non, mais la sexualité consensuelle sous toutes ses formes, et même parmi des mineurs, oui. Et si Benoît XVI dit que la cause de tout cela est l’absence de Dieu – et par conséquent, l’absence de normes morales stables fondée sur la vérité et le bien voulu par Dieu pour l’homme – c’est pour mettre en évidence la catastrophe morale qui dépasse de très loin le cadre des crimes commis à l’intérieur de l’Eglise, mais qui les a forcément favorisés.

Pourquoi parler de l’Eucharistie dans ce contexte – et de sa distribution sa réception à la légère ? Le rapport avec le sujet me semble direct : le prêtre est fait pour l’Eucharistie, il a le pouvoir faramineux, miraculeux d’obtenir la transsubstantiation du pain et du vin en Corps et Sang de Notre-Seigneur. En abusant de jeunes, il viole leur innocence mais il profane aussi ce qu’il y a de plus sacré en lui. L’habitude de mépriser le don de l’Eucharistie entraîne le mépris de tout bien.

La mort du culte entraîne la culture de mort.

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11 avril, 2019

Benoît XVI parle des abus sexuels dans l'Eglise : traduction française intégrale

Le pape émérite Benoît XVI a publié un long texte sur la crise des abus sexuels dans l'Eglise dans une revue catholique allemande, Klerusblatt, qui s'adresse surtout au clergé bavarois. Mais la portée du texte va bien au-delà, évoquant à la fois les causes du mal et la manière dont l'Eglise a réagi alors que Jozef Ratzinger était encore à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.

La « monstrueuse » libéralisation des mœurs de mai 1968, la perte du sens de Dieu, l'impossibilité de fonder une morale dans un monde d'où Dieu est absent, le manque de considération pour la Présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie, la morale de situation, l'existence d'actes bons en soi et mauvais en soi, la présence de « clubs » (ou de cliques) homosexuelles au sein de certains séminaires, tout est évoqué.

En particulier, l'insistance sur l'existence d'un bien et d'un mal objectifs reprend le thème central des « Dubia » adressés au pape François par les cardinaux Burke et Brandmüller, et feu les cardinaux Caffarra et Meisner.

Il faut noter que Benoît XVI utilise exclusivement le terme de « pédophilie », y compris – me semble-t-il – pour désigner des actes et des manières de penser qui ne se bornent pas aux agressions commises sur des enfants pré-pubères. Une lecture attentive du texte suggère qu'il voit cette « pédophilie » au sens plus large, visant aussi des adolescents comme toujours excusée dans une certaine mesure par l'anti-morale moderne, et répandue parmi les jeunes. S'il s'agit de la liberté sexuelle de faire ce que l'on veut avec qui on veut, du même sexe ou non – la seule exigence contemporaine étant le libre consentement, peut-être une certaine « égalité » d'âge et l'absence d'abus de la part de personnes ayant autorité – on comprend mieux. Mais il ne s'agit là que de mon appréciation. 

Le texte a paru en allemand et il est repris in extenso dans cette langue sur le site vatican.news.

Je l'ai pour ma part traduit depuis la traduction anglaise de Anian Christoph Wimmer publiée par EWTN et reprise notamment sur LifeSiteNews, mais pour éviter toute erreur, j'ai donc tout vérifié, ligne à ligne, au regard du texte allemand, et apporté quelques modifications. Cependant je ne maîtrise pas complètement cette langue et reporterai avec plaisir les corrections que des lecteurs germanophones voudraient bien me faire parvenir via le formulaire de contact de ce blog.

Pour l'agrément de la lecture en ligne, j'ai ajouté des alinéas. 

Comment vous dire le bonheur spirituel, intellectuel, linguistique que l'on ressent à traduire un texte de Benoît XVI ?

Ma traduction n'est pas officielle, et elle est certainement perfectible. Merci, si vous y faites référence, de renvoyer sur ce blog afin que cette précision soit claire pour tous. – J.S.


Du 21 au 24 février, à l'invitation du pape François, les présidents des conférences épiscopales du monde entier se sont réunis au Vatican pour évoquer la crise actuelle de la Foi et de l'Eglise ; une crise qui s’est fait ressentir dans le monde entier à la suite des révélations fracassantes d'abus cléricaux à l’égard de mineurs.

L’étendue et la gravité des incidents signalés ont très profondément troublé prêtres et laïcs, et elles en ont conduit plus d'un à remettre en question la Foi même de l'Eglise. Il était nécessaire de diffuser un message fort, et de chercher à prendre un nouveau départ, de manière à rendre l'Eglise de nouveau crédible en tant que lumière parmi les peuples, et force au service de la lutte contre les puissances de la destruction.

Comme j’ai moi-même eu à servir dans une position de responsabilité en tant que Pasteur de l'Eglise au moment de la manifestation publique de la crise, et pendant qu’elle se préparait, je me devais de me demander – bien qu’en tant qu'émérite, je ne porte plus directement cette responsabilité – ce que je peux apporter par ce regard en arrière en vue de ce nouveau départ.

Ainsi, après l’annonce de la rencontre des présidents des  conférences épiscopales, j'ai compilé quelques notes qui pourraient me permettre de contribuer quelques remarques utiles en ces heures graves.

Ayant pris contact avec le secrétaire d’Etat, le cardinal Parolin et le Saint-Père lui-même, il m’a semblé opportun de publier ce texte dans le Klerusblatt [un mensuel destiné au clergé des diocèses, pour la plupart de la région de Bavière].

Mon travail est divisé en trois parties.

Dans la première partie, je vise à présenter brièvement le contexte social plus étendu de la question, sans lequel il est impossible de comprendre le problème. Je cherche à montrer qu'au cours des années 1960 il s'est produit un événement monstrueux, à une échelle sans précédent au cours de l'histoire. On peut dire qu'au cours des vingt années entre 1960 et 1980, les critères normatifs de la sexualité se sont entièrement effondrés ; une nouvelle absence de normes est née qu’entre-temps on s’est employé à redresser.

Dans une deuxième partie, je tente d’indiquer les effets qu'a eus cette situation sur la formation et la vie des prêtres.

Pour conclure, dans la troisième partie, je voudrais développer quelques perspectives en vue d'une réponse droite de la part de l’Eglise.

I.

1. Tout commence avec l’introduction, prescrite par l’État et soutenu par lui, des enfants et des jeunes aux réalités de la sexualité. En Allemagne, celle qui était alors ministre de la Santé, Mme [Käte] Strobel, fit réaliser un film où tout ce qui jusqu'alors était interdit de présentation publique, y compris les rapports sexuels, était désormais montré à des fins d’éducation. Ce qui au départ visait seulement l’information des jeunes devait bien entendu par la suite être accepté comme une possibilité généralisée.

Des résultats similaires furent atteints à travers la publication du Sexkoffer par le gouvernement autrichien [une « valisette » controversée de matériaux d'éducation sexuelle utilisée dans les écoles autrichiennes à la fin des années 1980]. Des films de sexe et pornographiques se répandirent entre-temps, à tel point qu'on les montrait dans des cinémas de gare [Bahnhofskinos]. Je me rappelle encore avoir vu, alors que je me déplaçais un jour à pied dans Ratisbonne, une masse de gens faisant la queue devant un grand cinéma – comportement qu'auparavant nous ne voyions qu'en temps de guerre, alors  qu'on pouvait espérer quelque distribution spéciale. Je me rappelle également être arrivé dans cette ville le Vendredi Saint de l’année 1970 et d'avoir vu tous les panneaux publicitaires recouverts de posters montrant deux personnes totalement nues, grandeur nature, étroitement enlacées.

Parmi les libertés que la Révolution de 1968 s'est battue pour conquérir, il y avait aussi cette liberté sexuelle absolue, qui ne tolérait plus aucune norme.

Cet effondrement moral caractéristique de ces années-là était également étroitement lié à une propension à la violence. C'est pour cette raison que les films de sexe n’ont plus été autorisés dans les avions car la violence éclatait alors parmi la petite communauté de passagers. Et puisque les excès dans le domaine de l'habillement portaient également à l’agression, des directeurs d’école ont également tenté de mettre en place des uniformes scolaires pour rendre possible un environnement propice à l’étude.

Faisait partie de la physionomie de la révolution de 1968, le fait que la pédophilie fut alors jugée acceptable et raisonnable.

Pour les jeunes dans l’Eglise au moins, mais pas seulement pour eux, ce fut à bien des égards une époque très difficile, et de plus d'une manière. Je me suis toujours demandé comment des jeunes dans cette situation pouvaient se diriger vers le sacerdoce et l'accepter, avec toutes ses conséquences. L'effondrement important qui a frappé la nouvelle génération de prêtres dans ces années-là, et le nombre très élevé de réductions à l'état laïc, furent la conséquence de tout ce processus.

2.  Dans le même temps, et indépendamment de cette évolution, la théologie morale catholique s’est effondrée, laissant l'Eglise sans défense face à ces changements sociétaux. Je vais essayer d’esquisser brièvement la trajectoire de cette évolution.

Jusqu’au concile Vatican II, la théologie morale catholique était dans une large mesure fondée sur la loi naturelle, tandis que l'Ecriture sainte n’était citée que pour fournir un contexte ou une confirmation. Dans les efforts du Concile en vue d’une nouvelle compréhension de la Révélation, l'option de la loi naturelle fut largement abandonnée, et on exigea une théologie morale fondée entièrement sur la Bible.

Je me rappelle encore que la faculté jésuite de Francfort permit à un jeune père extrêmement doué (Bruno Schüller) de développer une morale entièrement fondée sur l'Ecriture sainte. La belle dissertation du P. Schüller constitue un premier pas vers la construction d'une morale fondée sur l’Ecriture. Le P. Schüller fut alors envoyé en Amérique pour faire des études supplémentaires ; il en revint en reconnaissant qu’en partant de la seule Bible, la morale ne pouvait être présentée de manière systématique. Il tenta alors d'établir une théologie morale plus pragmatique, sans pour autant parvenir à apporter une réponse à la crise de la morale.

Finalement, c'est dans une large mesure l’hypothèse selon laquelle la morale devait être exclusivement déterminée en vue des fins de l'action humaine qui devait prévaloir. La vieille expression « la fin justifie les moyens » n’était certes pas affirmée sous cette forme grossière, mais la manière de penser qui y correspond était devenue déterminante. Par voie de conséquence, plus rien ne pouvait désormais constituer un bien absolu, pas plus qu'il ne pouvait y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais,  mais seulement des jugements de valeur relatifs. Le bien n’existait plus, mais seulement le mieux relatif, dépendant du moment et des circonstances.

La crise du fondement et de la présentation de la morale catholique atteignit des proportions dramatiques à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Le 5 janvier 1989, la « Déclaration de Cologne » signée par 15 professeurs catholiques de théologie était publiée. Elle avait pour objet les différents points de crise dans la relation entre le magistère épiscopal et le travail de la théologie. Ce texte, qui dans un premier temps ne dépassa pas le niveau habituel de contestation, se transforma rapidement en tollé contre le magistère de l’Eglise, rassemblant de manière audible et visible tout le potentiel de protestation contre les textes doctrinaux de Jean-Paul II qui étaient alors attendus (cf. D. Mieth,  Kölner Erklärung, LThK, VI3, p. 196) [LTHK désigne le Lexikon für Theologie und Kirche, un « Lexique de la théologie et de l’Eglise » de langue allemande, qui comptait parmi ses rédacteurs en chef Karl Rahner et le cardinal Walter Kasper, note du traducteur d’EWTN.]

Le pape Jean-Paul II, qui connaissait très bien la situation de la théologie morale et qui la suivait avec vigilance, commanda des travaux en vue d'une encyclique qui remettrait ces choses à l’endroit. Elle fut publiée sous le titre Veritatis splendor le 6 août 1993, et provoqua de vives contre-réactions de la part de théologiens moraux. Auparavant, le Catéchisme de l'Eglise catholique avait déjà présenté de manière convaincante et systématique la morale proclamée par l’Eglise.

Je n'oublierai jamais comment le théologien moral allemand le plus reconnu à l’époque, Franz Böcke, qui était retourné dans sa Suisse natale pour sa retraite, déclara au vu des choix possibles de l’encyclique Veritatis splendor, que si cette encyclique devait affirmer que certaines actions doivent toujours et en toutes circonstances être qualifiées de mauvaise, il élèverait la voix contre elle avec toute la force dont il disposait.

 C’est Dieu qui dans sa bienveillance lui épargna la mise en œuvre de cette résolution ; Böcke mourut le 8 juillet 1991. L'encyclique fut publiée le 6 août 1993, et elle comporta en effet l’affirmation selon laquelle il existe des actions qui ne peuvent jamais devenir bonnes.

Le pape était alors pleinement conscient de l'importance de cette décision, et pour cette partie de son texte, il avait de nouveau consulté des spécialistes de premier plan qui ne participaient pas à la rédaction de l’encyclique. Il savait qu'il ne pouvait et ne devait laisser subsister aucun doute quant au fait que la morale de la pondération des intérêts doit respecter une limite ultime. Il y a des biens qui ne sont jamais sujets à une mise en balance.

Il y a des valeurs qui ne doivent jamais être abandonnées en vue d'une plus grande valeur, et qui surpassent même la préservation de la vie physique. Il y a le martyre. Dieu est davantage, davantage même que la survie physique. Une vie achetée par la négation de Dieu, une vie fondée sur un mensonge ultime, est une non-vie.

Le martyre est une catégorie fondamentale de l'existence chrétienne. Le fait que le martyre n'est plus moralement nécessaire dans la théorie avancée par Böckle et tant d’autres montre que c'est l'essence même du christianisme qui est ici en jeu.

En théologie morale, cependant, une autre question était entre-temps devenue pressante : la thèse selon laquelle le magistère de l'Eglise devait avoir la compétence finale (« infaillibilité ») seulement dans des matières concernant la foi elle-même avait obtenu une adhésion très large ; les questions relatives à la morale ne devaient pas faire partie du champ des décisions infaillibles du magistère de l’Eglise. Il y a probablement quelque chose de vrai dans cette hypothèse qui mérite d’en discuter plus avant. Mais il existe un ensemble minimum de principes moraux qui est indissolublement liée au principe fondateurs de la Foi et qui doit être défendu si la Foi ne doit pas être réduite à une théorie mais au contraire reconnue dans ses droits par rapport à la vie concrète.

Tout cela rend visible  à quel point fondamental l'autorité de l'Eglise en matière de morale est remise en question. Ceux qui nient à l’Eglise une compétence d’enseignement ultime dans ce domaine l'obligent à rester silencieuse précisément là où la frontière entre la vérité et les mensonges est en jeu.

Indépendamment de cette question, on a développé dans de nombreux cercles de théologie morale, la thèse selon laquelle l'Eglise n’a pas, et ne peut avoir sa morale en propre. On soutenait cela en faisant remarquer que toutes les thèses morales connaîtraient également des parallèles dans d'autres religions et que par conséquent, une morale proprement chrétienne ne pouvait exister. Mais la question du caractère propre d'une morale biblique n'est pas réglée par le fait que pour chaque phrase apparaissant ici ou là, on peut aussi trouver un parallèle dans d'autres religions. Il s'agit plutôt de la totalité de la morale biblique, qui en tant que telle est nouvelle et différente de ses éléments individuels.

La doctrine morale de la Sainte Ecriture trouve en dernière analyse le fondement de son caractère unique dans son ancrage dans l'image de Dieu, dans la foi au Dieu unique qui s’est montré en Jésus-Christ et qui a vécu comme être humain. Le Décalogue est une application de la foi biblique en Dieu à la vie humaine. L'image de Dieu et la morale sont indissociables et sont ainsi cause de l’extraordinaire nouveauté de l'attitude chrétienne à l'égard du monde et de la vie humaine. En outre, le christianisme a été désigné depuis le début par le mot « hodós » [le mot grec signifiant voie, souvent utilisée dans le nouveau testament dans le sens de chemin de progrès].

La foi est un voyage et une façon de vivre. Dans l’Eglise ancienne, le catéchuménat fut créé comme un lieu de vie face à une culture de plus en plus démoralisée, où les aspects particuliers et nouveaux de la manière de vivre chrétienne étaient mis en pratique, et en même temps protégés de la manière de vivre ordinaire. Je pense qu'encore aujourd’hui il faut quelque chose qui ressemble à des communautés catéchumènes, de telle sorte que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa propre façon.

II.

 Les réactions ecclésiales initiales.

1.  Le processus, préparé de longue date et toujours en cours de réalisation, de la liquidation de la conception chrétienne de la morale a été, comme j'ai essayé de le montrer, marquée par un radicalisme sans précédent au cours des années 1960. Cette liquidation de l’autorité d’enseignement moral de l'Eglise devait nécessairement produire des effets dans divers domaines de l’Eglise. Dans le contexte de la rencontre des présidents des  conférences épiscopales du monde entier avec le pape François, la question de la vie sacerdotale comme celle des séminaires est d'un intérêt primordial. Pour ce qui est du problème de la préparation au ministère sacerdotal dans les séminaires, il existe dans les faits un vaste effondrement de la forme antérieure de cette préparation.

Dans divers séminaires des clubs homosexuels furent établis, qui agissaient plus ou moins ouvertement et qui ont significativement modifié le climat des séminaires. Dans un séminaire en Allemagne du Sud, les candidats à la prêtrise et les candidats au ministère laïc du référent pastoral [Pastoralreferent] vivaient ensemble. Lors des repas pris en commun, les séminaristes et les référents pastoraux mangeaient ensemble, et ceux des laïcs qui étaient mariés étaient parfois accompagnés de leurs femme et enfants, et même à l'occasion par leur petite amie. Le climat de ce séminaire ne pouvait apporter un soutien à la préparation à la vocation sacerdotale. Le Saint-Siège avait connaissance de tels problèmes, sans en être informé précisément. Comme première étape, une visite apostolique des séminaires des États-Unis fut organisée.

Comme les critères de sélection et de nomination des évêques avaient également été modifiés après le concile Vatican II, la relation des évêques vis-à-vis de leurs séminaristes était également très variable. Par-dessus tout, le critère pour la nomination des nouveaux évêques était désormais leur « conciliarité », ce qui peut évidemment être compris de façons assez différentes.

Dans les faits, dans de nombreuses parties de l'Eglise, les attitudes conciliaires étaient comprises comme le fait d'avoir une attitude critique négative à l'égard de la tradition existant jusqu’alors, et qui devait  désormais être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, au monde. Un évêque, qui avait précédemment été recteur de séminaire, avait organisé la projection de films pornographiques pour les séminaristes, prétendument dans l’intention de les rendre ainsi résistants aux comportements contraires à la foi.

Certains évêques – et pas seulement aux Etats-Unis d’Amérique – rejetèrent la tradition catholique dans son ensemble, cherchant à faire advenir une nouvelle forme moderne de « catholicité » dans leurs diocèses. Cela vaut peut-être la peine de mentionner que dans un nombre non négligeable de séminaires, des étudiants pris sur le fait d'avoir lu mes livres furent jugés inaptes au sacerdoce. On cachait mes livres comme de la mauvaise littérature, et ils n’étaient lus que sous le manteau.

La visite qui eut lieu alors n’apporta pas de nouvelles perspectives, apparemment parce que diverses forces s'étaient réunies afin de dissimuler la situation réelle. Une deuxième visite fut ordonnée, qui permit d’obtenir bien plus d’informations, mais dans son ensemble elle n’eut pas de retombées. Cependant, depuis les années 1970 la situation dans les séminaires s'est améliorée de manière générale. Et pourtant, il n'y eut que des cas rares d’un nouveau renforcement des vocations sacerdotales parce que la situation dans son ensemble avait pris un chemin différent.

2.  La question de la pédophilie, telle que je m'en souviens, n'est devenue aiguë qu'au cours de la seconde moitié des années 1980. Entre-temps, elle était déjà devenue une affaire publique aux États-Unis, de telle sorte que les évêques recherchèrent l'aide de Rome, puisque le droit canonique, tel qu'il est écrit dans le nouveau code [de 1983], ne semblait pas suffire pour prendre les mesures nécessaires.

Rome et les canonistes romains eurent dans un premier temps des difficultés à prendre en compte ces préoccupations ; dans leur opinion, la suspension temporaire de l'office sacerdotal devait suffire à produire la purification et la clarification. Cela, les évêques américains ne purent l’accepter, puisque les prêtres restaient ainsi au service de l’évêque et pouvaient donc être supposés rester en association directe avec lui. Ce n'est que lentement qu'un renouveau et un approfondissement de la loi pénale du nouveau code, construite délibérément de manière souple, commencèrent à prendre forme.

Outre cela, cependant, il y avait un problème fondamental de perception de la loi pénale. Seul ce qu'on appelait le garantisme était encore considéré comme « conciliaire ». Cela signifie que par-dessus tout, les droits de l'accusé devaient être garantis, à tel point que de fait, toute condamnation était exclue. Comme contrepoids aux options de défense souvent inadéquates offerte aux théologiens accusés, leur droit à la défense par le biais du garantisme s'étendit à tel point que les condamnations n'étaient guère possibles.

Permettez-moi ici de faire une brève digression. A la lumière de l’étendue des transgressions pédophiles, une parole de Jésus est de nouveau présente dans les esprits, qui affirme : « Mais si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît autour du cou une de ces meules que les ânes tournent, et qu’on le jetât dans la mer » (Marc, 9, 41).

L’expression « ces petits » dans le langage de Jésus signifie les fidèles ordinaires qui peuvent être amenés à chuter par l'arrogance intellectuelle de ceux qui se pensent intelligents dans leur foi. Donc ici, Jésus protège le dépôt de la foi avec une menace insistante de punition adressée à ceux qui lui portent atteinte.

L'utilisation moderne de la phrase n'est pas en elle-même erronée, mais elle ne doit pas obscurcir la signification originale. Selon cette signification il devient clair, contrairement à tous garantisme, que ce n'est pas seulement le droit de l'accusé qui est important et qui a besoin d'une garantie. De grands biens, telle la Foi, sont également importants.

Un droit canonique équilibré, qui corresponde à l'intégralité du message de Jésus, ne doit donc pas seulement  fournir une garantie aux accusés, dont le respect est un bien légal. Il doit également protéger la Foi, qui est elle aussi un bien légal important. Un droit canonique correctement constitué doit donc contenir une double garantie – une protection légale des accusés, une protection légale du bien qui est en jeu. On fait généralement la sourde oreille à Celui qui aujourd’hui propose cette conception intrinsèquement claire, dès lors qu'il s'agit de la question de la protection de la foi en tant que bien légal. Dans la conscience générale qu’on a de la loi, la Foi ne semble plus avoir le rang d'un bien qui doit être protégé. Il s'agit là d'une situation alarmante qui doit être sérieusement prise en considération par les pasteurs de l’Eglise.

J’aimerais ici ajouter aux brèves notes sur la situation de la formation sacerdotale au moment où la crise a éclaté de manière publique, quelques remarques concernant l’évolution du droit canonique en cette matière.

En principe, la Congrégation pour le clergé est responsable du traitement des crimes commis par des prêtres. Mais puisque le garantisme dominait à ce point la situation à l’époque, je me suis accordé avec le pape Jean-Paul II pour dire qu'il était opportun d’assigner la compétence de ces infractions à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, et sous l’intitulé : « Delicta maiora contra fidem. »

Cette assignation donnait également la possibilité d'imposer la peine maximale,  à savoir l'expulsion du clergé, qui n'aurait pas pu être imposé selon d’autres dispositions juridiques. Ce n'était pas un tour de passe-passe permettant d'imposer la peine maximale, mais une conséquence de l'importance de la Foi pour l’Eglise. Il est en réalité important de comprendre que de telles transgressions de la part de clercs nuisent en dernier ressort à la Foi.

C'est seulement là où la Foi ne détermine plus les actions de l'homme que de tels crimes sont possibles.

La sévérité de la punition présuppose cependant aussi une preuve claire de la réalité de l’infraction : cet aspect du garantisme reste en vigueur.

Pour le dire autrement: pour pouvoir imposer la peine maximale de manière légale, il faut une authentique procédure criminelle. Mais à la fois les diocèses et le Saint-Siège étaient dépassés par une telle exigence. Nous avons mis en place une forme minimale des procédures criminelles, laissant ouverte la possibilité pour le Saint-Siège de prendre en main le procès dès lors que le diocèse ou l’administration métropolitaine n'est pas en mesure de le mener. Dans tous les cas, le procès doit être revu par la Congrégation de la Doctrine de la foi de manière à garantir les droits de l’accusé. Pour finir, à la Feria IV (c'est-à-dire l'assemblée des membres de la Congrégation), nous avons établi une instance d’appel de manière à offrir une possibilité d’appel.

Dans la mesure où tout cela allait en réalité au-delà des capacités de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, et parce que des retards se sont faits jour qu'il fallait empêcher en raison de la nature du sujet, le pape François a entrepris des reformes supplémentaires.


III.

1.  Que devons-nous faire ? Faudrait-il que nous créions une autre Eglise pour tout remettre à l’endroit ? Eh bien, cette expérience-là a déjà été faite et elle a déjà échoué. Seuls l'obéissance et l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ peuvent indiquer le droit chemin. Essayons donc d’abord de comprendre de nouveau et de l’intérieur [en nous-mêmes] ce que veut Notre Seigneur, et ce qu'Il a voulu de nous.

Je voudrais suggérer d'abord ceci : si nous voulons vraiment résumer très brièvement le contenu de la Foi tel qu'il est exposé dans la Bible, nous pourrions le faire en disant que Notre Seigneur a entamé avec nous une histoire d’amour dans laquelle Il veut récapituler toute la création. La force antagoniste face au mal qui nous menace et qui menace le monde entier, ne peut au bout du compte consister que dans notre entrée dans cet amour. Il est la vraie force antagoniste face au mal. Le pouvoir du mal dérive de notre refus de l’amour de Dieu. Celui qui se confie à l'amour de Dieu est racheté. Le fait que nous ne soyons pas rachetés est une conséquence de notre incapacité à aimer Dieu. Apprendre à aimer Dieu est par conséquent la voie de la rédemption des hommes.

Essayons maintenant d'exposer un peu plus ce contenu essentiel de la Révélation de Dieu. Nous pourrions dire alors que le premier don fondamental que nous offre la Foi est la certitude que Dieu existe.

Un monde sans Dieu ne peut être qu'un monde sans signification. Car alors, d'où vient tout ce qui est ? En tout cas, il n'a pas de fondement spirituel. Il est tout simplement là, on ne sait trop comment, et n'a ni but ni sens. Dès lors, il n'y a pas de normes du bien ou du mal. Alors, seul ce qui est plus fort que l’autre peut s’auto-affirmer. Alors, la puissance est le seul principe. La vérité ne compte pas – en fait, elle n'existe même pas. Ce n'est que si les choses ont une raison d’être spirituelle, ayant été voulues et conçues – c'est seulement s'il y a un Dieu créateur qui est bon et qui veut le bien – que la vie de l'homme peut aussi avoir un sens.

Qu'il existe un Dieu créateur, mesure de toutes choses, est tout d’abord un besoin primordial. Mais un Dieu qui ne s'exprimerait pas du tout, qui ne se ferait pas connaître, resterait à l'état d’intuition et ne pourrait ainsi déterminer la forme de notre vie.

Pour que Dieu soit réellement Dieu dans cette création délibérée, nous devons nous tourner vers lui afin qu'Il s’exprime d'une façon ou d'une autre. Il l’a fait de multiples façons, mais ce fut de manière décisive dans cet appel fait à Abraham qui donna aux personnes à la recherche de Dieu l’orientation qui mène au-delà de tout ce qu’on pouvait attendre : Dieu lui-même devient créature, et parle comme un homme avec nous autres êtres humains.

Ainsi la phrase « Dieu est » se transforme en dernière analyse véritablement en Bonne Nouvelle, tant Il est plus qu’une idée, parce qu'Il créé l’amour et qu’Il est l’amour. Rendre de nouveau conscient de cela est la tâche première et fondamentale que nous confie le Seigneur.

Une société sans Dieu – une société qui ne le connaît pas et qui le considère comme n'existant pas – est une société qui perd sa mesure. C'est à notre époque que le slogan «  Dieu est mort » a été forgé. Lorsque Dieu meurt effectivement au sein d'une société, elle devient libre, nous assurait-on. En réalité, la mort de Dieu dans une  société signifie aussi la fin de la liberté, parce que ce qui meurt est la finalité qui permet l’orientation. Et aussi parce que disparaît le compas qui nous indique la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal. La société occidentale est une société dont Dieu est absent de la sphère publique et qui n’a plus rien à lui dire. Et c'est pourquoi il s'agit d'une société où la mesure de l’humanité se perd de plus en plus. Sur des points précis, il devient soudain visible que ce qui est mal et détruit l’homme est devenu la norme acceptée.

Il en va ainsi de la pédophilie. Théorisée il n'y a pas très longtemps comme étant tout à fait légitime, elle s'est étendue de plus en plus loin. Et nous nous rendons compte aujourd'hui avec effroi qu'il advient des choses à nos enfants et à nos jeunes qui menacent de les détruire. Le fait que cela ait pu aussi s'étendre dans l'Eglise et parmi les prêtres devrait nous troubler tout particulièrement.

Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En dernière analyse, la raison en est l'absence de Dieu. Nous autres chrétiens et prêtres préférons aussi ne pas parler de Dieu, parce que ce discours ne semble pas pratique. Après le bouleversement de la Seconde Guerre mondiale, nous avons continué en Allemagne de placer expressément notre constitution sous le signe de la responsabilité vis-à-vis de Dieu en tant que principe conducteur. Un demi-siècle plus tard, il ne fut plus possible d'inclure la responsabilité vis-à-vis de Dieu comme critère de référence de la constitution européenne. Dieu est considéré comme la préoccupation partisane d'un petit groupe et ne peut plus constituer le critère de référence de la communauté dans son ensemble. Cette décision est le reflet de la situation en Occident, où Dieu est devenu l'affaire privée d'une minorité.

Une tâche essentielle, qui doit résulter des bouleversements moraux de notre temps, est de commencer nous-mêmes de nouveau à vivre par Dieu et pour Lui. Par-dessus tout, nous devons apprendre de nouveau à reconnaître Dieu comme fondement de notre vie au lieu de le laisser de côté comme une phrase  d'une certaine manière inopérante. Je n'oublierai jamais la mise en garde que m’adressa un jour  dans une de ses lettres le grand théologien Hans Urs von Balthazar. « Ne présupposez pas le Dieu trine, Père, Fils et Saint Esprit – présentez-les ! »

De fait, dans la théologie Dieu est souvent tenu pour acquis, comme si cela allait de soi, mais concrètement on n'en traite pas. Le thème de Dieu semble si irréel, si éloigné des choses qui nous préoccupent. Et pourtant tout change si l'on ne présuppose pas Dieu, mais qu'on le présente. En ne le laissant pas d'une certaine manière à l’arrière-plan, mais en le reconnaissant comme le centre de nos pensées, de nos paroles et de nos actions.


2.   Dieu est devenu homme pour nous. L’homme, sa créature, est si près de son Cœur qu'Il s'est uni à lui, entrant ainsi dans l'histoire humaine d'une manière très pratique. Il parle avec nous, Il vit avec nous, Il souffre avec nous et Il a pris la mort sur lui pour nous. Nous parlons de cela dans le détail en théologie, avec des pensées et des mots savants. Mais c'est précisément de cette manière que nous courons le risque de devenir maîtres de la Foi au lieu d'être renouvelés et gouvernés par la Foi.

Considérons cela par rapport à une question centrale, la célébration de la Sainte Eucharistie. La manière dont nous traitons l'Eucharistie ne peut que provoquer de la préoccupation. Le concile Vatican II était à juste titre centré sur la volonté de remettre ce sacrement de la présence du Corps et du Sang du Christ, de la présence de sa Personne, de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l'existence même de l’Eglise. En partie, cela a effectivement été réalisé, et nous devons en être reconnaissants au Seigneur du fond du cœur.

Et pourtant, c'est une attitude assez différente qui prévaut. Ce qui prédomine n'est pas une nouvelle révérence envers la présence de la mort et de la résurrection du Christ, mais une manière de Le traiter qui détruit la grandeur du mystère. Le déclin de la participation à la célébration dominicale de l’Eucharistie montre combien nous autres chrétiens d’aujourd'hui sommes devenus peu capables d’apprécier la grandeur du don que constitue sa Présence Réelle. L'Eucharistie a été dévaluée pour devenir un simple geste cérémoniel, lorsqu'on prend pour acquis que la courtoisie exige qu’elle soit offerte lors des célébrations familiales ou des occasions comme les mariages et les enterrements à tous les invités, pour des raisons familiales.

La manière dont les personnes présentes reçoivent facilement en maints endroits le Saint-Sacrement ; comme si cela allait de soi, montre que beaucoup ne voient plus dans la communion qu’un geste purement cérémoniel. Donc, lorsque nous pensons à l'action qui serait nécessaire avant tout, il devient évident que nous n'avons pas besoin d'une nouvelle Eglise de notre invention. Au contraire, ce qui faut d'abord et avant tout, c'est bien davantage le renouveau de la foi en la présence de Jésus-Christ qui nous est donnée dans le Saint-Sacrement.

Lors  de conversations avec des victimes de pédophilie, j'ai été amené à une conscience toujours plus aiguë de cette exigence. Une jeune femme qui avait été servante d’autel me dit que l’aumônier, qui était son supérieur en tant que servante d’autel, commençait toujours les abus sexuels commis à son encontre par les paroles : « Ceci est mon corps qui sera livré pour vous. »

Il est évident que cette femme ne peut plus entendre les paroles mêmes de la consécration sans ressentir à nouveau de manière terrifiante toute la torture des abus qu'elle a subis. Oui, nous devons d'urgence implorer le pardon du Seigneur ; et d'abord et avant tout nous devons l’invoquer et lui demander de nous enseigner de nouveau à tous la dimension de sa souffrance, de son sacrifice. Et nous devons tout faire pour protéger le don de la Sainte Eucharistie de tout abus.

3.  Pour finir, il y a le mystère de l’Eglise. La phrase par laquelle Romano Guardini, il y a près de 100 ans, exprimait l'espérance joyeuse qui avait été instillée en lui et en beaucoup d’autres, demeure inoubliée : « Un événement d'une importance incalculable a commencé : l'Eglise se réveille dans les âmes. »

Il voulait dire que l'Eglise n’était plus vécue et perçue simplement comme un système externe qui entre dans nos vies, comme une sorte d'autorité, mais qu'elle commençait plutôt à être perçue comme étant présente dans les cœurs – non comme quelque chose de simplement extérieur, mais comme nous touchant de l’intérieur. Environ un demi-siècle plus tard, reconsidérant ce processus et en regardant ce qui s'était produit, je fus tenté d'inverser la phrase : « L’Eglise meurt dans les âmes. »

De fait, l'Eglise aujourd'hui est largement considérée comme une simple sorte d'appareil politique. On en parle quasi exclusivement en catégories politiques, et cela concerne même les évêques, qui formulent leur conception de l'Eglise de demain en termes quasi exclusivement politiques. La crise causée par les nombreux cas d'abus commis par des prêtres nous pousse à considérer l'Eglise comme quelque chose de misérable : une chose que nous devons désormais reprendre en mains et restructurer. Mais une Eglise fabriquée par nous ne peut constituer l’espérance.

Jésus lui-même a comparé l'Eglise à un filet de pêche où à la fin, les bons poissons sont séparés des mauvais par Dieu lui-même. Il y a aussi la parabole de l’Eglise, figurée par un champ où pousse le bon grain semé par Dieu lui-même, mais aussi l’ivraie qu’« un ennemi » y a secrètement semé. Il est vrai que l’ivraie dans le champ de Dieu, l’Eglise, n'est que trop visible, et que les mauvais poissons dans le filet montrent également leur force. Néanmoins, le champ est toujours le champ de Dieu et le filet est toujours le filet de pêche de Dieu. Et dans tous les temps, il n'y a pas seulement l’ivraie et les mauvais poissons, mais également les moissons de Dieu et les bons poissons. Proclamer les deux choses avec insistance ne relève pas d’une fausse apologétique : c’est un service qu'il est nécessaire de rendre à la vérité.

Dans ce contexte il est nécessaire de se référer à un texte important de l'Apocalypse de saint Jean. Le diable est identifié comme l’accusateur qui accuse nos frères devant Dieu jour et nuit (Apoc. 12, 10). L’Apocalypse de saint Jean reprend ainsi une réflexion qui est au centre du cadre narratif du livre de Job (Job 1 et 2, 10 ; 42, 7-15). Dans ce livre, le diable cherche à rabaisser la droiture de Job devant Dieu, en disant qu’elle n’est qu’extérieure. Il s’agit exactement de ce que dit l’Apocalypse : le diable cherche à prouver qu'il n'y a pas de justes ; que toute la droiture des hommes ne se manifeste qu’à l’extérieur. Si on pouvait s'approcher davantage d'une personne, alors les apparences de droiture s’évanouiraient bien vite.

L’histoire de Job commence par une dispute entre Dieu et le diable, où Dieu avait désigné Job comme un homme vraiment juste. Celui-ci sera utilisé comme exemple, pour vérifier qui a raison. Enlevez-lui ce qu'il possède et vous verrez qu'il ne restera rien de sa piété, soutient le diable. Dieu lui permet de faire cette tentative, dont Job sort victorieux. Alors le diable va plus loin, disant : « L’homme donnera peau pour peau, et tout ce qu’il a pour sauver sa vie ; mais étendez votre main, et frappez ses os et sa chair, et vous verrez s’il ne vous maudira pas en face » (Job, 2, 4).

Dieu concède au diable un deuxième round. Il lui sera également permis de toucher la peau de Job. Il ne lui est interdit que de tuer Job. Pour les chrétiens, il est clair que ce Job, qui se dresse devant Dieu comme un exemple pour l'humanité tout entière, est Jésus-Christ. Dans l’Apocalypse de saint Jean, le drame de l'humanité nous est présenté dans toute son étendue.

Le Dieu créateur est face au diable qui médit de toute l'humanité et de toute la création. Il dit, non seulement à Dieu mais par-dessus tout aux êtres humains : Regardez ce qu’a fait ce Dieu. Cette création prétendument bonne, est en réalité pleine de misère et de répugnance.

Ce dénigrement de la création est en réalité un dénigrement de Dieu. Il cherche à prouver que Dieu n'est pas bon lui-même, et ainsi à nous détourner de lui.

L'actualité de ce que l'Apocalypse nous dit ici est évidente. Aujourd’hui, l’accusation adressée à Dieu vise par dessus tout à présenter son Eglise comme entièrement mauvaise, et ainsi, à nous en détourner. L'idée d’une Eglise meilleure, que nous créerions nous même, est en réalité une suggestion du diable, par laquelle il cherche à nous éloigner du Dieu vivant, au moyen d'une logique trompeuse par laquelle nous nous laissons trop facilement duper. Non, même aujourd'hui l'Eglise n'est pas composée seulement de mauvais poissons et d’ivraie. L'Eglise de Dieu continue d’exister aujourd’hui, et aujourd’hui, elle est l'instrument même par lequel Dieu nous sauve.

Il est très important de contrer les mensonges et demi-vérités du diable au moyen de la vérité tout entière : oui, il y a des péchés dans l’Eglise, il y a du mal. Mais aujourd'hui encore il y a la sainte Eglise, qui est indestructible. Aujourd'hui il y a beaucoup de gens qui croient, souffrent et aiment humblement, dans lesquels le vrai Dieu, le Dieu d’amour, se montre à nous. Aujourd'hui encore Dieu a ses témoins (ses « martyrs ») dans le monde. Nous devons simplement veiller, pour les voir et pour les entendre.

Le mot « martyr »  nous vient du droit procédural. Dans le procès contre le diable, Jésus-Christ est le premier et le véritable témoin de Dieu, Il est le premier martyr, suivi depuis lors par d'innombrables autres martyrs.

Aujourd'hui l'Eglise est plus que jamais une Eglise des martyrs, et elle est ainsi témoin du Dieu vivant. Si nous regardons autour de nous et que nous écoutons d'un cœur attentif, nous pouvons trouver des témoins partout aujourd’hui, spécialement parmi les gens ordinaires, mais aussi dans les plus hautes rangs de l’Eglise, qui par leur vie et leur souffrance, se lèvent pour Dieu. C'est une inertie du cœur qui nous conduit à ne pas vouloir les reconnaître. L'une des tâches les plus grandes et des plus essentielles de notre évangélisation est d’établir, autant que nous le pouvons, des lieux de vie de Foi, et par-dessus tout, de les trouver et de les reconnaître.

Je vis dans une maison, une petite communauté de personnes qui découvrent de tels témoins du Dieu vivant, encore et toujours, dans la vie quotidienne, et qui me le font remarquer à moi aussi avec joie. Voir et trouver l'Eglise vivante est une tâche merveilleuse qui nous rend plus forts et qui nous donne de nous réjouir de nouveau dans notre foi, toujours.

A la fin de mes réflexions je voudrais remercier le pape François pour tout ce qu'il fait pour nous montrer, encore et encore, la lumière de Dieu, qui n'a pas disparu, même aujourd’hui. Merci, Saint-Père !

Benoît XVI


© pour cette traduction, non officielle : Jeanne Smits.


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