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04 mai, 2025

Le cardinal Burke appelle les catholiques à réciter quotidiennement sa prière pour le conclave


Le cardinal Burke récite en français sa prière pour le conclave

Il n’est pas trop tard pour se joindre à lui !

Le cardinal Burke appelle les catholiques à dire quotidiennement la prière pour le conclave qu’il a composée, et ce jusqu’à l’élection :


Lors de la Congrégation générale du lundi 28 avril dernier, le Sacré Collège des cardinaux a fixé au 7 mai 2025 la date du début du conclave. En raison de la gravité de la situation, je demande à ceux qui termineront la neuvaine le 5 mai prochain d’en commencer aussitôt une deuxième, et de continuer à réciter la prière de la neuvaine jusqu’à l’élection du nouveau successeur de saint Pierre. Quant à ceux qui ont commencé la neuvaine après le 26 avril, je leur demande de continuer à réciter la prière de la neuvaine jusqu’à l’élection du nouveau successeur de saint Pierre. Si vous n’avez pas encore commencé à réciter la prière de la neuvaine, je vous exhorte à le faire immédiatement. 
J’exprime ma gratitude à tous ceux qui ont déjà commencé à réciter la prière de la neuvaine, comme à ceux qui commenceront à la réciter à partir d’aujourd’hui. Nous pouvons compter avec confiance sur la puissante intercession de Notre Dame de Guadalupe en faveur de l’élection d’un bon et saint pasteur pour l’Église universelle. 
Cardinal Raymond Leo BURKE
29 avril 2025

Voici sa prière, publiée sur le site du sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe construit par le cardinal dans le Wisconsin : 






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08 octobre, 2023

La conférence du cardinal Burke au colloque international “La Tour de Babel synodale” (Traduction intégrale)

Le cardinal Raymond Burke a participé à Rome, le 3 octobre, à la veille de l’ouverture du synode sur la synodalité, à un colloque organisé par La Nuova Bussola Quotidiana où il a pris la parole avec le P. Gerald Murray et du Pr Stefano Fontana, sous la conduite de Riccardo Cascioli, pour évoquer divers aspects inquiétants de cette réunion vaticane qui vise clairement à transformer l’Eglise.

Le cardinal Burke a plus particulièrement abordé la question de la nature de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique en laquelle nous croyons, qui est une « communion hiérarchique », chose aujourd’hui contestée au nom d’une « synodalité » dont on n’a pas de définition claire.

Je vous propose ci-dessous la traduction intégrale de cette conférence, visée par le cardinal Burke, que je remercie de son aimable autorisation de publier ici ses propos. Lr texte original italien, avec toutes les références des documents cités,  se trouve ici sur le site du cardinal. – J.S.

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La Nuova Bussola Quotidiana

Conférence internationale “La Tour de Babel synodale”
Teatro Ghione, Via delle Fornaci 37, Rome
3 octobre 2023

La Synodalité face à la véritable identité de l’Eglise en tant que Communion hiérarchique


Je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs de cette conférence, en particulier Riccardo Cascioli, ainsi que toute l’équipe de La Nuova Bussola Quotidiana de nous avoir donné aujourd’hui l’occasion de traiter de sujets qui sont de la plus grande importance pour chacun d’entre nous, parce qu’ils touchent au bien le plus fondamental de notre Sainte Mère à tous, l’Église catholique, le Corps mystique du Christ qui seul est le Sauveur du monde. Je voudrais remercier tout particulièrement le père Gerald Murray et le professeur Stefano Fontana pour les réflexions essentielles qu’ils nous ont présentées aujourd’hui. Ils viennent d’exposer, de démasquer je dirais, de manière très convaincante, les erreurs philosophiques, canoniques et théologiques, aujourd’hui largement répandues, concernant le Synode des évêques et sa prochaine session intitulée « Pour une Église synodale : communion - participation – mission ».

Je voudrais d’emblée recommander à votre lecture le livre de Julio Loredo et José Antonio Ureta, Le Processus synodal : Une boîte de Pandore. 100 questions et 100 réponses, disponible en italien et dans de nombreuses autres langues. L’étude sereine et profonde qui sous-tend ce livre offre une aide très précieuse pour affronter la confusion généralisée régnant autour de la session du Synode des évêques qui s’ouvrira demain.

Le professeur Fontana a déclaré : « La nouvelle synodalité, considérée suivant ses catégories propres de temps, de pratique et de procédure, est le moment final d’un long parcours qui a englobé toute la modernité. » En attirant notre attention sur les sources philosophiques de la soi-disant synodalité, il démasque sa mondanité. C’est pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ, qui seul est notre Sauveur, n’est ni la racine ni le centre de la synodalité. C’est pourquoi la nature divine de l’Église dans sa fondation et dans sa vie organique et durable est laissée de côté et, à dire vrai, oubliée.

Le Saint-Esprit est très souvent invoqué dans la perspective du synode. L’ensemble du processus synodal est présenté comme une œuvre du Saint-Esprit qui guidera tous les membres du synode, mais on ne trouve pas un seul mot sur l’obéissance due aux inspirations du Saint-Esprit qui sont toujours conformes à la vérité de la doctrine pérenne et à la bonté de la discipline pérenne qu’Il a inspirée au cours des siècles. Il est malheureusement tout à fait manifeste que l’invocation, par certains, du Saint-Esprit a pour but de faire avancer un programme qui est plus politique et humain qu’ecclésial et divin. Le programme de l’Église est un, c’est la poursuite du Bien commun de l’Église, c’est-à-dire le salut des âmes, le salus animarum, qui « in Ecclesia suprema semper lex esse debet » [« doit toujours être la loi suprême de l’Église »].

Le Synode sur la « synodalité » est à la remorque de certaines perspectives très répandues dans l’Église d’aujourd’hui, qui ont également été illustrées par la récente reconstruction de la Curie romaine au moyen de la Constitution Apostolique Praedicate Evangelium. Celle-ci insiste principalement sur la nature missionnaire et la synodalité de l’Église comme étant les « caractéristiques »  [marques], les « traits essentiels » de la vie ecclésiale, et semble faire découler la structure de la Curie romaine de ce point de départ. Mais, comme nous le professons dans le Credo et comme l’enseigne la Constitution dogmatique du Concile œcuménique Vatican II sur l’Église, Lumen Gentium, la Sainte Mère Église est, dans ses caractéristiques, dans ses caractères essentiels, « une, sainte, catholique et apostolique ».

La confusion qui règne dans les domaines de la théologie, de la morale et même de la philosophie élémentaire est alimentée par un important manque de clarté du vocabulaire utilisé, et cela est probablement voulu par certains. On assiste à un glissement sémantique de certains mots ou expressions, qui rend incompréhensible l’enseignement de l’Église sur certains points. Je pourrais citer l’expression « miséricorde de Dieu », par exemple. Mais parfois, de nouveaux mots sont lancés ou exagérés sans définition claire, comme c’est le cas pour le mot synodalité. Dans un tel état de confusion au sujet des caractères essentiels de l’Église, le risque existe de perdre l’identité de l’Église, et notre identité en tant que membres du Corps mystique du Christ, en tant que sarments de la « vraie vigne » qu’est le Christ, dont le Père éternel « est le vigneron ».

Dès lors que ces concepts prennent une place centrale et ne sont pas clairement définis, la porte est ouverte à tous ceux qui veulent les interpréter d’une manière qui rompt avec l’enseignement constant de l’Église en la matière. En effet, l’histoire de l’Église nous enseigne que la résolution des crises les plus graves, comme la crise arienne, commence toujours par une grande précision dans le vocabulaire et les concepts utilisés.

Revenons aux caractères essentiels de l’Église que propose Praedicate Evangelium pour mieux comprendre l’orientation que prend le synode : la nature missionnaire et la synodalité. Il s’agit de deux caractéristiques en un sens connues, mais leur élévation au rang de caractéristiques essentielles de l’Église et, par conséquent, de critères fondamentaux de la restructuration de la Curie romaine – et désormais, par ce synode, des caractères essentiels de la totalité de l’Église universelle – conduit à des ambiguïtés et à des malentendus qu’il est nécessaire de reconnaître et dissiper.

Il est légitime de dire que l’Église tout entière est missionnaire. Tous les fidèles sont appelés, en fonction de leur vocation et de leurs dons personnels, à témoigner du Christ dans le monde. Mais pour témoigner du Christ, les fidèles ont besoin de le rencontrer vivant dans l’Église à travers la Sainte Tradition, qui est doctrinale, liturgique et disciplinaire. Ils ont besoin de bons pasteurs – le Pontife romain et les évêques en communion avec lui, ainsi que les prêtres, principaux collaborateurs des évêques – qui les guident vers le Christ et qui sauvegardent pour eux la vie dans le Christ, en particulier par l’enseignement de la saine doctrine et de la bonne morale et, de façon plus parfaite et plus complète, par la sainte liturgie, le culte de Dieu « en esprit et en vérité ».   En effet, ce sont l’enseignement de la vérité et le culte divin « en esprit et en vérité » qui favorisent la croissance de la vie dans le Christ de chaque croyant et de l’Église tout entière. Comme nous l’enseigne saint Paul, dans l’Église, il faut que « nous ne soyons plus des enfants ballottés et que nous ne soyons plus emportés à tout vent de doctrine, par la malice des hommes, par les artifices séduisants de l’erreur », mais que, « pratiquant la vérité dans la charité, nous croissions à tout égard en celui qui est le chef, le Christ ».

Selon l’enseignement constant de l’Église, le Christ a institué l’Office pétrinien pour que tous les évêques, et donc tous les fidèles, soient unis dans la foi.   Le Concile Vatican II, dans la Constitution dogmatique sur l’Église, a déclaré que « pour que l’épiscopat lui-même fût un et indivis, il a mis saint Pierre à la tête des autres Apôtres, instituant, dans sa personne, un principe et un fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion ».  Voici comment le Concile définit l’Office pétrinien : « Le pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles. »

La Curie romaine est l’instrument principal du Pontife romain dans le cadre de son service irremplaçable à l’Église universelle. Selon les mots des Pères du Concile : « Dans l’exercice de son pouvoir suprême, plénier et immédiat sur l’Église universelle, le Pontife romain se sert des dicastères de la Curie romaine ; c’est donc en son nom et par son autorité que ceux-ci remplissent leur tâche pour le bien des Églises et le service des pasteurs sacrés. »  Le successeur de saint Pierre, par l’intermédiaire de la Curie romaine, aide les évêques à accomplir leur service fondamental, que le Concile décrit en ces termes : « Tous les évêques, en effet, doivent promouvoir et servir l’unité de la foi et la discipline commune de l’ensemble de l’Église, former les fidèles à l’amour envers tout le Corps mystique du Christ, surtout envers ses membres pauvres, souffrants, et envers ceux qui souffrent persécution pour la justice (cf. Mt 5, 10), ils doivent enfin promouvoir toute l’activité qui est commune à l’ensemble de l’Église, surtout en vue du progrès de la foi et pour que la lumière de la pleine vérité se lève sur tous les hommes. »

La nature missionnaire de l’Église est le fruit de cette unité de doctrine, de liturgie et de discipline ; elle est le fruit du Christ vivant qui est dans l’Église, dans les membres de son Corps mystique dont Il est la tête. C’est le Christ seul qui est proclamé et prêché à toutes les nations pour que beaucoup soient baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Telle est la mission de l’Église qui lui a été confiée par le Seigneur :

« Toute puissance M’a été donnée dans le Ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur enseignant à observer tout ce que Je vous ai commandé. Et voici que Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles. »

La mission du Christ est antérieure à toute activité missionnaire, à n’importe quelle caractéristique de la nature missionnaire. En réalité, la nature missionnaire n’est qu’une manifestation de la présence vivante du Christ dans l’Église pour faire « de toutes les nations des disciples », le Christ qui demeure toujours vivant dans l’Église « jusqu’à la consommation des siècles ».

La synodalité, en tant que terme abstrait, est un néologisme dans la doctrine relative à l’Église. Il est bien connu que le Concile Vatican II a voulu éviter les termes abstraits de conciliarité et de collégialité, qui ne se trouvent pas dans les textes conciliaires. On doit supposer que le Concile lui-même aurait cherché à éviter un terme abstrait comme celui de synodalité, s’il l’avait seulement connu.

La tradition canonique connaît l’institution du Synode comme un instrument chargé de conseiller les pasteurs sacrés ; l’Église n’est pas décrite comme synodale, mais au contraire comme communion hiérarchique.  Ce sont les pasteurs au sein de la communion sauvegardée et renforcée par l’Office pétrinien, c’est-à-dire la hiérarchie, qui ont la responsabilité de la conduite doctrinale, liturgique et morale de l’Église. Le synode est une aide offerte aux pasteurs pour qu’ils puissent accomplir leur service. Il ne remplace jamais et ne peut pas remplacer l’office pastoral voulue et instituée par le Christ lui-même.

Le Synode des évêques est décrit comme « la réunion des Évêques qui, (…) se rassemblent à des temps fixés afin de favoriser l’étroite union entre le Pontife Romain et les Évêques et d’aider de ses conseils le Pontife Romain pour le maintien et le progrès de la foi et des mœurs, pour conserver et affermir la discipline ecclésiastique, et aussi afin d’étudier les questions concernant l’action de l’Église dans le monde. »   Le P. Murray nous a magistralement rappelé la nature du Synode des évêques, suivant le canon 342 du Code de droit canonique que je viens de citer.

Je me contenterai d’ajouter que, dans le même ordre d’idées, le synode diocésain est décrit comme « la réunion des délégués des prêtres et des autres fidèles de l’Église particulière qui apportent leur concours à l’Évêque diocésain pour le bien de la communauté diocésaine tout entière ».  Le synode, en tant qu’institut canonique, désigne un moyen solennel parmi plusieurs autres par lesquels tous les fidèles, par leur vocation et au moyen de leurs talents, aident leurs pasteurs sacrés à remplir leurs responsabilités en tant que véritables maîtres de la foi. Le canon 212 du Code de droit canonique, qui a sa source originelle dans l’enseignement du Seigneur sur la correction fraternelle,  fournit les normes qui régissent les rapports entre les pasteurs sacrés et les fidèles au sein de la communion hiérarchique de l’Église. Parmi ces modes, l’institution du synode est extraordinaire, exigeant une préparation longue et adéquate, et une célébration bien disciplinée afin d’éviter les malentendus qui peuvent facilement, surtout dans une culture totalement sécularisée et mondaine, rendre le processus synodal néfaste pour l’Église.

Je voudrais maintenant partager avec vous quelques réflexions que j’ai exposées aux autres vénérables confrères du Collège des Cardinaux lors de la réunion des Cardinaux, il y a un peu plus d’un an. Elles concernent plus directement la structure de la Curie romaine, mais elles sont très étroitement liées à notre sujet.

La nature missionnaire et la synodalité en tant que qualités, et non pas en tant qu’« attributs » ou « caractères essentiels » [marques] de la vie ecclésiale, ne changent pas la nature de l’Office pétrinien ou le service que rend la Curie romaine au Successeur de Pierre en tant que « fondement perpétuel et visible d’unité de la foi et de communion ». En effet, ils présupposent l’Office pétrinien assisté par la Curie romaine. À la lumière de ce qui précède, voici quelques observations.

Premièrement. La Constitution apostolique insiste sur le fait que la Curie romaine « est au service du Pape, Successeur de Pierre, et des évêques, successeurs des apôtres ».  Mais le service de la Curie romaine se rapporte au successeur de saint Pierre. En servant le Pontife romain, la Curie romaine sert également les évêques dans leur relation avec le Pape. Il n’est pas réaliste d’exiger que la Curie romaine soit au service de tous les évêques. En réalité, ceux-ci ont leurs propres curies pour les aider à remplir leurs responsabilités de vrais pasteurs. En cela, le service distinct du successeur de saint Pierre doit demeurer clairement perceptible.

En même temps, définir la Curie romaine comme étant au service des évêques individuels risquerait d’aboutir à une vision mondaine de l’Église dans laquelle les Églises particulières seraient des branches ou des filiales de l’Église de Rome, toutes servies par la même Curie romaine. Ce serait une distorsion de la relation du Successeur de Pierre avec les évêques.

Deuxièmement. Utiliser le terme dicastère, en tant que terme générique séculier, tiré du droit romain, pour les divers offices de nature différente au sein de la Curie romaine, n’exprime pas suffisamment l’aspect de communion hiérarchique inhérent au traitement des questions doctrinales, liturgiques, éducatives, missionnaires, etc. et n’exprime pas la différence réelle, non pas de rang (tous les dicastères sont juridiquement égaux), mais de matière et de compétence.

Troisièmement. Il semble juste de rendre à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous une forme ou sous une autre, au plus tard au cours de la prochaine phase de mise en œuvre de la Constitution apostolique, la première place parmi toutes les Congrégations de la Curie romaine, en vertu de sa mission qui est « d’aider le Pontife romain et les évêques dans l'annonce de l'Évangile dans le monde entier, en promouvant et en sauvegardant l'intégrité de la doctrine catholique sur la foi et les mœurs, en puisant au dépôt de la foi et en cherchant à l'approfondir toujours davantage face aux nouvelles questions. »

Quatrièmement. Il serait important de mettre au premier plan des qualités requises des Officiers et des Consulteurs, la saine doctrine et la cohérence à l’égard de la saine discipline ecclésiastique.

Il ne me semble pas nécessaire d’aller dans le détail pour comprendre que le synode qui s’ouvrira demain n’est rien d’autre que le prolongement direct de ce qui a déjà été exposé dans la Constitution Apostolique Praedicate Evangelium. Il est donc pour le moins étrange de dire que l’on ne sait pas dans quelle direction ira le synode, alors qu’il est à ce point manifeste que ce qui est recherché, c’est de modifier profondément la constitution hiérarchique de l’Église. Un processus similaire a été employé dans l’Église d’Allemagne en vue d’atteindre le même, et si néfaste objectif.

On entend souvent dire que cette insistance sur la synodalité de l’Église n’est rien d’autre que la réappropriation d’une caractéristique ecclésiale que l’Église d’Orient a toujours sauvegardée. J’ai des contacts réguliers avec des évêques et des prêtres orientaux, tant catholiques qu’orthodoxes, qui m’ont tous dit que la manière dont le synode actuel est organisé n’a rien à voir avec les synodes orientaux. Cela vaut non seulement en ce qui concerne la place des laïcs dans ces assemblées, mais aussi, plus généralement, pour ce qui est de leur mode de fonctionnement et même des questions qu’elles abordent. Il y a une confusion autour du terme de synodalité, que l’on tente artificiellement de rattacher à une pratique orientale, alors qu’il a en réalité toutes les caractéristiques d’une invention récente, concernant notamment le laïcat.

Un tel changement dans la compréhension que l’Église a d’elle-même a encore pour conséquence l’affaiblissement de l’enseignement de la morale ainsi que de la discipline dans l’Église. Je ne m’attarde pas sur ces points, dont chacun connaît le caractère dramatique : la théologie morale a perdu tous ses repères. Il est urgent de considérer l’acte moral dans sa totalité, et non pas seulement dans son aspect subjectif. L’anniversaire tout proche de la publication de Veritatis Splendor peut nous y aider. Je salue et encourage les initiatives dont j’ai pris connaissance à ce sujet. Les commandements du Décalogue sont et resteront valides comme ils l’ont toujours été, de tout temps, simplement parce qu’ils sont inhérents à la nature humaine.

Compte tenu de tout ce que j’ai observé et que nous approfondissons dans le cadre de notre réunion d’aujourd’hui, j’ai présenté au cours de l’été, avec quatre autres cardinaux, Leurs Éminences le Card. Walter Brandmüller, le Card. Juan Sandoval Íñiguez, le Card. Robert Sarah et le Card. Joseph Zen, tous issus de continents différents, des dubia au Souverain Pontife afin de clarifier un certain nombre de points fondamentaux relatifs au dépôt de la foi qui sont aujourd’hui remis en question, tout particulièrement dans le cadre de ce que l’on appelle la synodalité. De nombreux frères dans l’épiscopat et dans le Collège des cardinaux soutiennent cette initiative, même s’ils ne figurent pas dans la liste officielle des signataires.

Il Giornale a publié aujourd’hui un article du journaliste du Vatican Fabio Marchese Ragona sur les dubia soumis au Pape François. À la fin de l’article, il cite les commentaires sur les dubia de « deux pères synodaux » qu’il a interviewés. Je cite leur commentaire :

Nous sommes désolés, les temps de l’Église ne sont pas ceux de ces frères ! Ils ne peuvent pas dicter l’ordre du jour au Pape, qui plus est en infligeant des blessures et en sapant l’unité de l’Église. Mais nous y sommes désormais habitués : ils cherchent seulement à frapper François.

Ces commentaires révèlent l’état de confusion, d’erreur et de division qui imprègne la session du Synode des évêques qui débutera demain. Les cinq dubia traitent exclusivement de la doctrine et de la discipline pérennes de l’Église, et non d’un programme du pape. Ils ne traitent pas des « temps » passés. Le langage utilisé est très révélateur d’une vision mondaine. Les dubia ne traitent pas non plus de la personne du Saint-Père. Au contraire, ils sont par leur nature même l’expression d’une juste vénération de l’Office pétrinien et du successeur de saint Pierre.

Ces commentaires semblent refléter une erreur fondamentale récemment exprimée par le nouveau Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi dans une interview qu’il a accordée à Edward Pentin du National Catholic Register. Au cours de cette interview, il a déclaré qu’au-delà du dépôt de la foi, le pontife romain jouit d’un « don vivant et actif » qui se traduit par ce qu’il appelle « la doctrine du Saint-Père ».   Il accuse même d’hérésie et de schisme ceux qui critiquent cette « doctrine du Saint-Père ».

Mais l’Église n’a jamais enseigné que le Pontife romain eût le don spécial de constituer sa propre doctrine. Le Saint-Père est le premier maître du dépôt de la foi, qui est en lui-même toujours vivant et dynamique. C’est ce qu’enseigne la Constitution dogmatique de Divina Revelatione Dei verbum du Concile œcuménique Vatican II :

La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église ; en s’attachant à lui, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières (cf. Ac 2, 42 grec), si bien que, pour le maintien, la pratique et la profession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, un remarquable accord.

Il est indispensable de réfléchir à la gravité de la situation de l’Eglise lorsque le Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi accuse d’hérésie et de schisme ceux qui demandent au Saint-Père d’exercer l’Office pétrinien pour sauvegarder et promouvoir le Depositum Fidei.

On nous dit que l’Église dont nous professons, en communion avec nos ancêtres dans la foi depuis le temps des Apôtres, qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique, doit maintenant être définie par la synodalité, un terme qui n’a pas d’histoire dans la doctrine de l’Église et dont il n’y a pas de définition raisonnable. Il s’agit manifestement d’une construction artificielle, qui ressemble davantage à une construction humaine qu’à l’Église bâtie sur le roc qu’est le Christ (cf. 1 Cor. 10, 4). L’Instrumentum Laboris de la prochaine session du Synode des évêques contient incontestablement des déclarations qui s’écartent de manière frappante et grave de l’enseignement pérenne de l’Église. Tout d’abord, nous devons réaffirmer publiquement notre foi. En cela, les évêques ont le devoir de confirmer leurs frères. Les évêques et les cardinaux d’aujourd’hui ont besoin de beaucoup de courage pour affronter les graves erreurs qui viennent de l’intérieur même de l’Église. Les brebis sont tributaires du courage des bergers qui doivent les protéger du poison de la confusion, de l’erreur et de la division.

Je voudrais cependant conclure en vous exhortant à prier pour implorer l’aide du Ciel contre toutes les puissances, humaines et préternaturelles, qui rêvent de la destruction de l’Église. Non prevalebunt !   Nous savons que le bien est toujours tenu en estime aux yeux de Dieu et qu’il sera justement récompensé, tout comme le mal sera puni. De nombreux jeunes en sont conscients et cherchent à vivre, avec le soutien des sacrements, une vie authentique de Foi, d’Espérance et de Charité ; à vivre toujours plus pleinement dans le Christ, avec un cœur qui s’offre toujours davantage, avec le Cœur Immaculé de Marie, à son Sacré Cœur. Voilà où se situe clairement le véritable avenir de l’Église, le seul qui portera vraiment du fruit (cf. Mt 7, 15-17).

Aujourd’hui, les bons chrétiens doivent être prêts à souffrir le martyre blanc de l’incompréhension, du rejet et de la persécution, et parfois le martyre rouge de l’effusion de sang, afin d’être des témoins fidèles du Christ, ses « coopérateurs dans la vérité ».   Bien que la confusion actuelle soit particulièrement grande, et même d’importance historique, pour ne pas dire sans précédent, nous ne pouvons pas croire que la situation soit irréversible. Comme je viens de le dire, les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre l’Église. Le Seigneur a promis de demeurer avec nous dans l’Église « jusqu’à la consommation des siècles ».   Il ne ment pas. Il est toujours fidèle à ses promesses. Nous pouvons toujours faire confiance au Seigneur qui vit pour nous dans l’Église. Et il est certain que nous ne devons jamais abandonner le Seigneur, mais rester avec lui dans l’Église qui est son Corps mystique. Nous devons toujours demeurer des sarments fermement unis à la vigne qu’est le Seigneur. Cependant, force est de constater que beaucoup d’âmes prennent le chemin de la perdition à cause de cette confusion, c’est pourquoi nous devons beaucoup prier et agir pour la dissiper au plus vite.

Invoquons la Bienheureuse Vierge Marie, en particulier son Cœur Immaculé, saint Joseph, Protecteur de la Sainte Église, les saints Apôtres Pierre et Paul, et tous les saints, afin que chacun de nous reste fidèle au Christ et à Son Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, la Sainte Église Romaine ; et que l’Église elle-même, sans tache ni ride, puisse se libérer au plus vite de l’état actuel de confusion et de division pour abréger ces temps où le risque de perte d’âmes est grand. Salus animarum « in Ecclesia suprema semper lex esse debet ».
Je vous remercie de votre attention. Que Dieu vous bénisse toujours, vous et vos foyers, et que la Vierge Mère de Dieu, saint Joseph, les saints Pierre et Paul et tous les saints vous guident et protègent votre chemin.

Raymond Leo Cardinal BURKE



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13 janvier, 2023

Décès du cardinal George Pell : la réaction attristée du cardinal Burke, qui lui avait rendu visite la veille

Je publie volontiers ci-dessous le communiqué du cardinal Raymond Burke publié le 11 janvier à la suite du décès du cardinal George Pell, mort à l’âge de 81 ans de complications cardiaques au cours d’une opération de la hanche.


Avec le cardinal Pell disparaît un grand serviteur du Christ, un prince de l’Eglise profondément atteint par la confusion régnant aujourd’hui. – J.S.











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Décès du Cardinal George PELL
11 janvier 2023

Le décès soudain du cardinal George Pell a privé l’Église du compagnonnage terrestre d’un pasteur sage et aimant, plein de joie et de courage. J’ai quant à moi perdu le compagnonnage terrestre d’un grand ami, qui fut un exemple au sein du Sacré Collège des Cardinaux. J’ai longuement rendu visite au cardinal Pell l’après-midi qui a précédé son hospitalisation pour une opération de remplacement de la hanche, et j’en garde le vif souvenir de son amour ardent pour le Christ et pour l’Église, son Épouse.

Le cardinal Pell était un défenseur infatigable et intrépide des vérités de la foi, à commencer par les préceptes fondamentaux de la loi morale relatifs à l’inviolabilité de la vie humaine innocente et sans défense, à la sauvegarde du sens intégral du mariage et de sa fructification dans la famille, et à la liberté de pratique de la religion, non pas en raison de quelque conviction idéologique mais parce que, prêtre du Christ, il L’aimait et désirait Le servir fidèlement. La « divine jalousie » de saint Paul à l’égard de l’Eglise l’animait, il ne cessait d’œuvrer pour la « présenter au Christ comme une vierge pure » (2 Co 11, 2). Je l’ai ainsi trouvé, à la veille de son hospitalisation, plein d’énergie pour aider toutes ces personnes qui souffrent aujourd’hui de la confusion et de la division qui règnent dans l’Eglise et qui sont, par conséquent, profondément découragées, se sentant même abandonnées par ceux qui ont été ordonnés pour être leurs pères spirituels.

La vie du cardinal Pell au service du Christ et de son Epouse, l’Eglise, fut remarquablement féconde. Je ne chercherai pas à décrire toute la richesse de sa vie sacerdotale et épiscopale, de peur d’omettre quelque aspect important du mystère du Christ à l’œuvre en lui afin qu’il enseigne, sanctifie et gouverne le troupeau qui lui fut confié. La biographie de Tess Livingstone, George Pell : Defender of the Faith Down Under (Ignatius Press, 2005), son article, « A life lived for the Church and its founder » dans The Australian (11 janvier 2023), et les trois volumes du Journal de Prison de la plume-même du cardinal (Ignatius Press, 2020-2021) offrent d’excellentes ressources pour connaître et réfléchir au mystère du saint sacerdoce dans la vie du Cardinal Pell.

Je ne proposerai qu’une seule réflexion. Au cours des nombreuses années pendant lesquelles j’ai connu le cardinal Pell et bénéficié de son amitié, j’ai tout particulièrement admiré la romanité de son cœur. Il a toujours été un fier fils de l’Australie et il parlait volontiers de sa patrie, mais son cœur était romain. Son cœur appartenait au Cœur du Christ qui guide son Église, une dans le monde entier, depuis le Siège de Pierre, à travers le ministère de son Vicaire sur la terre, le Successeur de saint Pierre, et des Évêques en communion avec le Pontife romain. Comme chez tout catholique fidèle originaire des contrées les plus diverses de notre monde, le cœur de George Pell, sans oublier les précieuses racines le reliant à sa patrie, battait de l’amour-même du Christ qui embrasse le monde entier. En rendant grâce à Dieu pour la vie et la vocation sacerdotale du cardinal Pell, je chéris, tout spécialement, son cœur romain. 

Prions pour le repos éternel de l’âme immortelle du cardinal Pell. Qu’il repose en paix.

Raymond Leo cardinal BURKE

© leblogdejeannesmits pour la traduction autorisée. Le texte original en anglais est ici.

©Olivier Figueras pour la photo.

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01 janvier, 2023

Requiescat in pace, Benoît XVI ! L'hommage du cardinal Raymond Burke


Benoît XVI a été rappelé par le Père le 31 décembre. Que Dieu l’accueille dans sa miséricorde infinie, et qu’Il lui fasse partager la joie ineffable de son paradis de gloire !

Le cardinal Raymond Burke vient de rendre un hommage à ce pape de la douceur et de la clarté qu’il a fidèlement servi pendant son pontificat, de 2005 à 2013. Je publie volontiers ci-dessous son communiqué « à l’occasion de la mort du Pape émérite », en sa version française.

C’est avec les plus profonds sentiments de tristesse et de gratitude que j’ai appris la nouvelle du décès du Pape émérite Benoît XVI. Il est triste de perdre la compagnie terrestre d'un Successeur de Saint Pierre qui, même après son abdication de la charge pétrinienne, a continué à être une source de nombreuses grâces pour l’Église, en particulier par l’offrande de ses prières et de ses souffrances pour tant de besoins de l’Église de notre temps. En même temps, je suis profondément reconnaissant à Dieu tout-puissant pour la vie de Joseph Ratzinger. Celui-ci a répondu fidèlement à la vocation à la sainte prêtrise, jusqu’à accepter le poids inimaginable de servir comme évêque de l’Église universelle, et il a mis ses talents considérables entièrement au service du Christ Bon Pasteur comme prêtre et évêque agissant en sa personne pour l’enseignement, la sanctification et le gouvernement du troupeau du Père, et finalement comme Vicaire du Christ sur terre. Il était un enseignant particulièrement doué de la foi catholique, avec une appréciation particulière de l'expression la plus élevée et la plus parfaite de la foi : le Culte divin. Son enseignement sûr, notamment en ce qui concerne la sainte Liturgie, demeure un héritage durable et vivant.

J’ai eu l'honneur de le servir en tant que Préfet du Suprême Tribunal de la Signature Apostolique. Lors de mes rencontres avec lui, alors qu’il était encore Pontife Romain et après son abdication, j’ai toujours été impressionné par son intelligence et sa connaissance extraordinaires, associées à une douceur rappelant celle du Christ. Il a vraiment servi, selon les mots inspirés de sa devise épiscopale, comme l’un des « cooperatores veritatis » [« compagnons de travail dans la vérité »] de Notre-Seigneur (3 Jn 8).

Je vous invite à prier avec moi pour le repos éternel de son âme immortelle. Qu’il repose en paix.


Raymond Leo Cardinal BURKE



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21 janvier, 2022

Le cardinal Burke s’exprime sur le COVID, la vaccination obligatoire et “Traditionis Custodes” chez Raymond Arroyo sur EWTN

Bien remis de son épisode de COVID-19 cet été, le cardinal Raymond Burke a accordé une interview d’une demi-heure à Raymond Arroyo dans son émission The World Over sur EWTN, jeudi. Le cardinal, désormais de retour à Rome, y évoque sa guérison qu’il juge miraculeuse, sa volonté d’accomplir le travail que Notre-Seigneur lui confie au travers de cette guérison, et son opposition non au « vaccin » mais aux mesures de vaccination forcée, notamment à travers la perte d’emploi en cas de refus : il les juges contraires aux droits humains fondamentaux. Il précise que la réception du vaccin COVID constitue la participation à une expérimentation compte tenu de leur état actuel.

Le cardinal Burke s’exprime également avec vigueur sur le motu proprio Traditionis custodes et sur le droit de cité de la messe traditionnelle dans l’Eglise, invitant les prêtres et les fidèles qui en tirent leur nourriture spirituelle à se battre pour ce droit.

J’ai retranscrit et traduit l’essentiel de cette interview, omettant seulement la dernière partie consacrée à l’Ordre de Malte que le Saint-Siège est en train de priver de sa souveraineté. – J.S.

*

Cardinal Burke. – De manière générale, je me sens très bien et je retrouve plus ou moins un rythme de vie normal. L’effet persistant concerne mes poumons. Les médecins m’ont dit qu’ils n’en savent pas beaucoup à ce sujet, et qu’ils ne savent pas combien de temps cela prendra, mais que cela pourrait durer environ un an. Je reprends des forces chaque jour, mais cet effet persistant continue d’être présent. Bien sûr, j’ai été sous respirateur pendant neuf jours, neuf jours perdus pour moi – je n’en ai aucun souvenir – et quand je suis sorti de l’intubation, je ne pouvais même pas me tenir debout. J’ai dû retrouver toute ma capacité à me tenir debout, à marcher, à monter ou descendre des escaliers, et grâce à Dieu, cela s’est bien passé, et c’est en partie la raison de ce rétablissement prolongé. Et puis, comme les personnes qui ont vécu cela vous le diront, j’ai ressenti une fatigue extrême. J’ai quitté l’hôpital le 3 septembre et pendant environ un mois, j’étais tout le temps fatigué : peu importe le nombre d’heures de sommeil la nuit, je me réveillais le matin fatigué. C’est une chose terrible, mais cela aussi est passé, grâce à Dieu, et oui, je suis fatiguée un peu plus tôt dans la journée qu’avant, mais pendant la journée, je vais très bien.

(...)

Je suis tombé malade assez brusquement et on m’a très vite mis sous respirateur, mais quand j’en suis sorti, je crois que c’était le 20 août, et que j’ai commencé à lire ces messages et à apprendre que tant de personnes priaient pour moi, j’ai été vraiment bouleversé et rempli d’une profonde gratitude. Je dois dire que lorsqu’ils m’ont désintubé et que j’ai repris conscience, j’ai immédiatement eu le sentiment que notre Sainte Mère avait pris soin de moi pendant tout ce temps, et je dis cela très sincèrement. Les médecins avaient informé ma chère sœur Marie qu’il n’y avait vraiment aucun espoir que je survive à cela, et qu’elle devait mettre mes affaires en ordre, et je n’ai aucun doute dans mon esprit que ce sont toutes ces prières qui ont été adressées à Notre Seigneur et les prières qu’Il a entendues, qui m’ont sauvé pour quelque travail qu’Il attend désormais de moi. Mais j’ai eu immédiatement ce sentiment très fort et il est resté en moi ; c’était vraiment miraculeux, et nous ne devrions jamais douter de la puissance de la prière. Mais dans ce cas précis, je l’ai vécu d’une manière remarquable, car je savais que j’étais mourant et je n’étais vraiment pas du tout certain de survivre. Lorsque j’ai repris conscience, j’ai appris que toutes ces prières avaient été offertes et j’ai compris ce qui s’était passé.

Raymond Arroyo. – Dans de nombreux articles rapportant votre maladie, vous avez été dépeint, Votre Éminence, comme un négationniste et un sceptique des vaccins. Même le pape a fait référence à vous en tant que négationniste dans l’avion papal au retour de son voyage de Slovaquie en septembre. Il a dit : « Même dans le collège des cardinaux, il y a quelques négationnistes et l’un d’entre eux, le pauvre, est hospitalisé avec le virus : ironie de la vie. » Qu’avez-vous pensé en entendant ces commentaires selon lesquels vous étiez négationniste et sceptique à l’égard vaccins ? L’êtes-vous ?

Eh bien non, je n’ai jamais dit à personne qu’il ne fallait pas se faire vacciner. J’ai insisté sur le fait que la question de la vaccination est une décision personnelle, c’est l’exercice d’un droit humain fondamental, et je suis absolument opposé à la vaccination forcée, à ces contraintes. Mais je n’ai pas pris position contre le vaccin. D’autre part, nous n’avons qu’un seul Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ : nous nous en remettons à Lui, et ce n’est pas en vaccinant le monde entier que l’on va sauver le monde. Et il y a aujourd’hui ce genre de rhétorique où les gens pensent que si tout le monde était vacciné, tout irait bien ; pour un chrétien ce n’est pas une pensée juste.

Et scientifiquement non valide, pourrais-je ajouter, comme les événements l’ont prouvé en particulier avec le variant Omicron. Cependant, Eminence, le Vatican, rend actuellement obligatoire la vaccination de tous ses employés. Il encourage la vaccination de tous, y compris des enfants. Plusieurs membres de la Garde suisse pontificale ont perdu leur emploi pour ne pas avoir reçu le vaccin. Nous ne disposons d’aucun chiffre sur les autres emplois perdus jusqu’à présent, nous n’en savons rien. Quelle est votre réaction à l’obligation vaccinale au Vatican, en particulier maintenant que, comme nous l’avons mentionné, il a été largement rapporté que le vaccin n’est pas efficace contre l’omicron, et que plusieurs pays européens – notamment l’Angleterre et l’Espagne – ont maintenant levé leurs contraintes de vaccination ?

La position du Vatican à ce sujet est très sévère, il n’y a aucun doute là-dessus. Vous ne pouvez pas entrer, par exemple, dans le palais apostolique ou dans d’autres bureaux du Vatican, à moins de pouvoir prouver que vous êtes vacciné. Je crois savoir – je n’en ai pas la connaissance personnelle mais c’est ainsi que je comprends la situation – qu’il y a un certain nombre de personnes qui ne peuvent pas venir travailler parce qu’elles ne sont pas vaccinées, et bien sûr leur absence du travail est considérée comme injustifiée et elles ne sont donc pas payées. J’ai également entendu dire qu’un certain nombre de gardes suisses ont dû quitter le service des gardes parce qu’ils avaient choisi de ne pas être vaccinés. Comme je l’ai déjà dit, je crois que la vaccination forcée est une violation des droits de l’homme, et il y a par ailleurs des précautions normales qui peuvent être prises en ce qui concerne la propagation de n’importe quel type de maladie, et ces précautions doivent être prises. Mais c’est vrai : il y a beaucoup de personnes qui ont été vaccinées qui ont maintenant contracté apparemment ce variant Omicron. Pour moi, l’essentiel est que la vaccination, telle qu’elle se présente aujourd’hui, est expérimentale. Nous n’avons pas l’expérience nécessaire par rapport à ce vaccin, et donc les personnes qui se font vacciner acceptent de faire partie d’une expérience.

Oui, et comme vous l’avez mentionné, il y a même eu des fonctionnaires du Vatican qui ont maintenant contracté le COVID, beaucoup d’entre eux ayant reçu une triple vaccination dans certains cas. Dites-moi comment cela s’accorde avec l’enseignement catholique, car le document de la CDF de l’année dernière, de décembre dernier, disait que vous pouvez en bonne conscience et en tant que bon catholique décider de ne pas prendre ces vaccins, et que cela est parfaitement licite. Mais maintenant nous semblons recevoir un message différent, au moins en paroles, du Vatican, sans parler de ces obligations qu’ils ont imposées aux employés.

Ce qu’a dit la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est l’enseignement catholique. Une vaccination forcée des gens ne fait pas partie de l’enseignement catholique et c’est tout ce que je peux dire : cela n’a jamais fait partie de l’enseignement de l’Église, y compris dans le document de la Congrégation. La CDF a été claire à ce sujet et je pensais que cela avait été compris. Mais le Vatican lui-même a adopté cette position qui ne correspond pas à cet enseignement et qui entraîne beaucoup de souffrances.

Éminence, je voudrais passer à un autre sujet : le soutien à et les attaques continuelles contre la messe latine traditionnelle depuis le motu proprio « Gardiens de la tradition » du pape François, publié en juillet. Dans l’archidiocèse de Chicago, où la messe en latin est pratiquement interdite, le cardinal Blase Cupich a publié le mois dernier, le jour de Noël, des règles interdisant l’utilisation de la liturgie traditionnelle à Noël, le dimanche de Pâques, le premier dimanche de chaque mois et lors d’autres jours saints, « pour favoriser et rendre manifeste l’unité de cette église locale et aussi pour fournir à tous les catholiques de l’archidiocèse une occasion d’offrir une manifestation concrète de l’acceptation de l’enseignement du Concile Vatican II et de ses livres liturgiques ». Cardinal Burke, sur quoi se fonde la peur de l’ancien rite, et la célébration actuelle de la messe en latin est-elle dans votre esprit un défi pour le concile Vatican II ou des livres liturgiques qui en sont issus ?

Absolument pas. Dans de nombreux diocèses, depuis de nombreuses années, certains fidèles assistent à la célébration de la sainte messe, en particulier les jours de fête, selon l’usage le plus ancien, l’usus antiquior, la forme extraordinaire comme on l’appelle aujourd’hui. Cela n’a pas été une cause de désunion. De fait, j’ai servi dans deux diocèses et c’était une grande bénédiction d’avoir ces communautés qui suivaient ces anciens rites tels qu’ils nous ont été transmis depuis l’époque du pape Grégoire le Grand et même avant, et je ne veux pas en parler comme s’il s’agissait de simples antiquités, pas du tout ! La sainte liturgie est une réalité vivante : c’est le Christ lui-même qui agit au milieu de nous pour nous sanctifier, et dans la sainte messe de la manière la plus merveilleuse qui soit, en renouvelant sacramentellement son sacrifice sur le calvaire, puis en nous nourrissant de son propre corps et de son sang. Et cela reste la réalité, de sorte que la forme de la Messe telle qu’elle a été établie après le Concile de Trente mais telle qu’elle avait existé pendant des siècles auparavant est une réalité vivante, et nul ne peut le nier.

En ce qui concerne le Concile Vatican II, de nombreuses choses qui se sont produites après le Concile en ce qui concerne la sainte liturgie n’ont aucun fondement dans les documents sur la sainte liturgie, et les personnes intelligentes qui ont étudié ces questions savent bien qu’il y a eu de nombreux abus après le Concile – le soi-disant esprit du Concile, et toute la manière dont la liturgie a été réformée, dont les rites ont été réformés. Il y a donc des questions légitimes. Certaines d’entre elles ont été abordées, d’autres doivent encore l’être. Mais le pape saint Jean-Paul II, par exemple, dans les dernières années de son pontificat, n’a cessé d’insister sur la nécessité de s’occuper de la sainte liturgie et de restaurer la transcendance de l’action liturgique, à savoir que c’est Jésus-Christ lui-même qui agit au milieu de nous, qui entre en nous par la liturgie sacrée. Et bien sûr, le pape Benoît XVI a été un merveilleux professeur à cet égard, et Summorum Pontificum, son motu proprio par lequel il a rendu plus accessible la célébration de la forme extraordinaire, comme il l’a appelée, a été un grand cadeau et a été le résultat de l’exercice de ce cadeau. L’utilisation de ce don était un grand don dans l’Eglise. Je ne comprends pas la situation actuelle. J’ai beaucoup de contacts avec les oratoires et les paroisses qui célèbrent la forme extraordinaire, et avec les prêtres, et tout est positif. Ils ne se considèrent pas comme la véritable Église ou comme de meilleurs catholiques que quiconque : ils trouvent simplement une formidable nourriture spirituelle dans ces rites anciens, la forme traditionnelle de la messe. Et pourquoi cela devrait-il leur être refusé ?

Votre Éminence, un prêtre du diocèse de Chicago a demandé à être autorisé à utiliser la posture ad orientem, faisant face à l’Est pendant la messe : cela lui a été refusé. Lorsqu’il a protesté, il a été accusé d’incitation à la désobéissance contre l’évêque diocésain. La posture ad orientem a-t-elle été abrogée, interdite par le Concile ou l’Église et qu’est-ce que tout cela a à voir avec la messe en latin ?

Toute messe peut être célébrée face au Seigneur ou face à l’Orient, ad orientem versus Dominum, et en fait, beaucoup de gens me disent, et c’est parfaitement logique, que c’est une très belle chose d’avoir le prêtre à la tête de l’assemblée qui offre la messe lorsque tout le monde est face à Notre Seigneur, et cela montre clairement que le sacrifice est le sacrifice de Notre Seigneur. Nous adorons en esprit et en vérité en Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est vrai que l’usage le plus ancien était certainement de célébrer la Messe face au Seigneur, face à l’est, mais je ne trouve rien dans les documents du Concile Vatican II qui puisse conduire à l’interdiction de la manière traditionnelle, de la posture ou de la position traditionnelle du prêtre pendant la célébration de la Messe ; et je ne comprends pas pourquoi cela est maintenant remis en cause.

Votre Éminence, l’effet pratique de ceci, je pense que les gens n’y ont pas prêté attention à Rome, ce que j’entends, c’est que beaucoup de ces communautés catholiques – ce sont certes de petits groupes de catholiques mais ils sont fervents, l’église est remplie pour ces messes traditionnelles en latin – beaucoup d’entre eux se dirigent maintenant vers ces chapelles de la Fraternité Saint-Pie X. L’intention de certains à Rome est-elle de pousser ces catholiques attachés à ce rite vers la Fraternité Saint-Pie X et de les déclarer schismatiques à une date ultérieure ? Pourquoi créer cette division tout en parlant d’accompagnement ?

Je ne sais pas. On m’a dit aussi que la pensée de certains est que toute personne qui est attirée par l’usage plus ancien devrait simplement se rendre à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, mais c’est absolument faux parce que l’usage plus ancien fait partie intégrante de la vie de l’Église ; il l’a été tout au long des siècles. Même après l’introduction du Novus Ordo, comme on l’appelle dans l’usage plus récent, l’Église a toujours permis aux individus et aux groupes la possibilité de suivre l’usage plus ancien. Et donc cette idée que d’une certaine manière si vous êtes attiré par l’usus antiquior vous êtes un schismatique, je veux dire que c’est tout simplement faux et c’est mal de pousser les gens dans cette direction. Mais Notre Seigneur est avec nous dans l’Église : Il nous a dit qu’il resterait toujours avec nous dans l’Église, et donc nous devons rester dans l’Église et lutter pour préserver, promouvoir et cultiver la vie liturgique de l’Église, y compris à travers la forme extraordinaire. Et donc je dis aux gens que nous n’avons pas le choix.

Saint Athanase a été exilé, il a été excommunié, il a subi tant d’humiliations pour avoir défendu la vérité de la foi, mais il n’a jamais quitté l’Église. Padre Pio est un autre exemple plus récent : il a beaucoup souffert aux mains du Vatican et pourtant il est resté fidèlement dans l’Église, et c’est ce que nous devons faire. Notre Seigneur ne va pas permettre – je le sais – Notre Seigneur ne va pas permettre que ce beau cadeau de l’usage plus ancien, le beau cadeau de ces rites soit perdu. Il est clair qu’Il ne l’a pas permis et depuis l’époque du Concile, il y a eu une croissance continue et un intérêt grandissant pour l’usage plus ancien. Je connais tant de fidèles laïcs et de prêtres qui m’ont dit que le fait de pouvoir assister à la sainte messe selon l’usus antiquior les a aidés à approfondir leur compréhension, leur appréciation et leur participation à la sainte messe.

Un certain nombre de prêtres m’ont dit que ce n’est que lorsqu’ils ont assisté à l’ancien rite ou l’ont célébré qu’ils ont pleinement compris et apporté une nouvelle sacralité et une nouvelle dévotion au nouveau rite, parce que l’un nourrit l’autre, il se tient sur les épaules de l’autre. Mais comme vous l’avez mentionné, Votre Éminence – et j’ajouterais le nom de Mère Angelica à cette liste de martyrs de la foi qui se sont battus et ont été abusés par les autorités à propos de la liturgie, soyons réalistes – il est curieux et bizarre pour moi qu’au moment même où le Vatican invite les protestants et les anglicans à marcher avec l’Église catholique romaine dans ce synode, nous traitions les catholiques très fidèles d’une belle tradition vivante de l’Église comme s’ils étaient des lépreux, et que nous disions qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’auberge. George Weigel a qualifié Traditionis custodes de « théologiquement incohérent, pastoralement diviseur et inutile ». L’évêque Thomas Tobin de Providence appelle l’Église à soutenir ceux qui sont attachés à l’ancien rite. Pensez-vous qu’il s’agira d’une lutte permanente ici, et comment la combattre au mieux ?

Ce sera le cas, et mon conseil aux gens est le suivant : continuez à faire ce que vous avez fait. C’est ainsi que vous nourrissez votre foi, que vous nourrissez votre proximité avec votre évêque et votre proximité avec toute l’Église, et c’est ainsi que nous pouvons le mieux mener cette bataille. Ensuite il faut faire valoir nos droits dans l’Église, faire des recours lorsque des injustices sont commises envers des communautés légitimes de fidèles. Et bien sûr, il y a aussi des instituts de vie consacrée ou des sociétés de vie apostolique dont le charisme particulier est la célébration de la liturgie selon le rite romain selon l’usage le plus ancien, et de la promouvoir. C’est leur droit de le faire. Je crois donc qu’il continuera à y avoir une réponse très forte à la situation, et si Dieu veut –et je suis sûr que Notre Seigneur bénira cela – nous reviendrons à un usage régulier et libre de l’usage plus ancien du rite romain.

En attendant, cela va être très difficile quand beaucoup de ces prêtres ne seront pas autorisés à célébrer la Messe en latin dans une paroisse ; alors je suppose que cela deviendra clandestin comme c’était le cas autrefois et en Chine communiste – je suppose que c’est dans cette situation que le monde entier se trouve désormais.

Votre Éminence, en décembre, le pape François a écrit une lettre louant le travail de la sœur Jeannine Gramick, qui dirige les très controversés New Ways Ministries, un groupe condamné par la Conférence des évêques des États-Unis et par les deux pontificats précédents. Le pape a fait l’éloge de son travail pour son action auprès des catholiques LGBTQ. Sa lettre contredit totalement les admonitions de Jean-Paul II et de Ratzinger en 1999 contre son travail. Que pensez-vous de cette lettre et du message qu’elle envoie à l’Église et au monde entier ?

Eh bien, la réponse de l’Église au New Ways Ministry, et à l’époque où il étaitt encore en vie, le père Nugent et à sœur Jeanine Gramick, se trouve dans un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui a été publié dans les Acta Apostolici Sedes, l’organe officiel de communication de l’Église, en 1999, et vous pouvez l’y lire. Ce qui y est écrit est aussi vrai aujourd’hui que lorsque cela a été écrit. Ce que sont ces actes personnels du pape, c’est exactement cela : ce sont des actes qu’il assume personnellement, mais qui n’ont rien à voir avec l’enseignement de l’Église, en ce qui me concerne. Ce que j’ai lu et qui a été cité dans les médias de cette lettre – ou  ces lettres, je ne suis pas sûr – écrite à sœur Jeanine, ce sont simplement les opinions d’un homme, mais celles-ci n’ont rien à voir avec le magistère de l’Église. C’est ce qu’on trouve exposé très soigneusement dans ce document : lorsqu’un document est publié dans les Acta Apostolici Sedes, c’est très significatif : cela nous indique qu’il est, d’une manière particulière, l’expression de la doctrine et de la discipline de l’Église.

Propos recueillis par Raymond Arroyo


© leblogdejeannesmits pour la traduction

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12 décembre, 2021

Homélie du cardinal Raymond Burke au Sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe à La Crosse, Wisconsin, le 11 décembre (traduction intégrale)

Je vous propose ci-dessous ma traduction intégrale de l’homélie prononcée le samedi 11 décembre au Sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, dans le Wisconsin, par le cardinal Burke, à l’occasion de sa première messe publique depuis son hospitalisation et sa convalescence à la suite d’une infection consécutive au COVID-19 survenue au mois d’août. Il a célébré cette messe d’action de grâces selon le rite traditionnel. Le texte original en anglais est ici sur le site du cardinal Burke. Quelques photos de la messe ont été mises en ligne par le site du Sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe, ici.

La traduction ci-dessous a été visée et approuvée par Son Eminence, le cardinal Burke. – J.S.


*






Sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe
La Crosse, Wisconsin
Samedi 11 décembre 2021


Is 7, 10-15
Lc 1, 26-38

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Mon cœur est empli d’une profonde gratitude envers Dieu tout-puissant qui, depuis le 10 août dernier, m’a permis, ayant traversé une grande souffrance qui semblait devoir se terminer par la mort, de célébrer aujourd’hui la Sainte Messe pontificale de Notre-Dame le samedi de l’Avent, selon l’usage le plus ancien de notre bien-aimé Rite romain. En remerciant Dieu de m’avoir gardé en vie, je remercie également Notre Dame de Guadalupe, la Vierge Mère de Dieu, et saint Joseph, son Véritable et Très Chaste Époux, ainsi que la multitude des saints qui ont intercédé si puissamment pour moi pendant mon épreuve. Lorsque j’ai repris conscience après avoir passé neuf jours critiques sous assistance respiratoire, j’étais tout saisi de la certitude que Notre Dame de Guadalupe m’avait constamment tenu dans ses bras, en me gardant uni de cœur avec le glorieux Cœur transpercé de son Divin Fils, le Cœur Sacré de Jésus.

J’ai également aussitôt pris conscience des innombrables fidèles qui priaient et offraient des souffrances à Notre Seigneur, pendant la période de ma maladie et de mon rétablissement, lui demandant de me guérir et de me donner des forces. S’il est vrai que j’ai eu la chance de bénéficier d’excellents soins médicaux, que je n’oublierai jamais dans mes prières reconnaissantes, c’est Dieu qui a répondu à ces nombreuses prières et accepté ces nombreuses souffrances, me gardant en vie et m’aidant à recouvrer mes forces. En remerciant Dieu aujourd’hui, j’offre des prières reconnaissantes pour tous ceux qui ont imploré Notre Seigneur en ma faveur, en invoquant l’intercession de Notre Dame, de saint Joseph et de tous les saints.

En célébrant cette sainte messe dans l’église du Sanctuaire, je m’empresse d’exprimer ma profonde gratitude au Père Paul Check, son directeur général, et au personnel du Sanctuaire pour tous les encouragements et le soutien qui m’ont été prodigués, ainsi qu’à ma famille, durant les jours les plus critiques de ma maladie et de mon rétablissement. J’exprime également ma gratitude à l’Oratoire Sainte-Marie de Wausau et, en particulier, au chanoine Aaron Huberfeld, recteur de l’Oratoire, au chanoine Heitor Mateus, son vicaire, ainsi qu’au personnel de l’Oratoire pour m’avoir accueilli durant la période de près de trois mois complets de ma convalescence. Il me plaît tout particulièrement que le chœur de l’Oratoire Sainte-Marie assure la musique sacrée de la messe pontificale de ce jour, et que tant de fidèles de l’Oratoire soient présents.

Je suis profondément reconnaissant à l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre dont les chanoines Huberfeld et Matheus sont membres, et dont mon secrétaire personnel, le chanoine Stephen Michael Sharpe, est également membre, pour l’aide très fidèle et généreuse qui m’a été offerte de tant de manières. Monseigneur Gilles Wach, Prieur général de l’Institut, et Monseigneur Michael Schmitz, son Vicaire général, n’ont rien épargné pour me procurer l’assistance de l’Institut. Je remercie également Mère Maria Regina, mon ancienne secrétaire, aujourd’hui Supérieure des Filles de l’Œuvre de Marie, pour tout ce que ses Sœurs et elle-même ont fait avec tant de générosité et de compétence pour m’assister. Que Dieu récompense abondamment tous ceux qui m’ont aidé et continuent à m’aider, afin que je puisse retourner pleinement au service actif de Notre Seigneur et de son Corps Mystique, l’Église.

Il est clair que si Notre Seigneur m’a gardé en vie, Il désire que je sois toujours plus fidèle, généreux et pur en travaillant avec Lui pour le salut des âmes. D’une manière particulière, outre mes responsabilités d’évêque et de membre du Sacré Collège des Cardinaux, je veux concentrer ici au Sanctuaire le service que je dois rendre à Notre Seigneur et à son Corps Mystique, l’Église, en aidant le Sanctuaire à être un phare de la vérité et de l’amour de Dieu dans un monde assailli par tant de mensonges et tant d’actions haineuses. Avec l’assistance de Notre Dame de Guadalupe et de son saint messager, saint Juan Diego, je veux aider les pèlerins du Sanctuaire à y vivre la rencontre la plus complète possible avec Notre Seigneur, une rencontre qui les soutiendra lorsqu’ils retourneront chez eux, à leur travail et à leurs autres activités. De manière particulière, je me consacrerai à la réalisation de la maison de retraite qui sera construite à côté de l’église, afin que les pèlerins puissent régulièrement y passer plusieurs jours avec Notre Seigneur, surtout aux moments les plus importants ou critiques de leur vie.

À l’issue de la messe pontificale, je serai présent dans la crypte de l’église du Sanctuaire pour vous saluer. Il me sera agréable de saluer et de remercier personnellement le plus grand nombre possible d’entre vous. À tous ceux qui assistent à cette sainte messe ou qui se sont joints à nous par le biais des moyens de communication, sachez que vous resterez toujours dans mes prières reconnaissantes. Je vous prie de continuer à prier pour moi.

Le temps de l’Avent et, d’une manière particulière, la messe votive de Notre-Dame du samedi de l’Avent, nous orientent vers notre besoin fondamental d’une relation profonde et durable avec Dieu. Sans Dieu, nous sommes en effet comme une terre desséchée, inféconde et sans vie. En même temps, l’Avent et la messe votive d’aujourd’hui témoignent de la présence de Dieu avec nous dans l’Église, fruit incomparable et toujours présent de l’Incarnation rédemptrice de Dieu le Fils pour notre salut. Dans l’introït de la sainte messe d’aujourd’hui, nous avons prié : « Cieux, repandez d’en haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le juste ; que la terre s’ouvre et donne naissance au Sauveur. Vous avez béni, Seigneur, votre terre, vous avez délivré Jacob de la captivité ». [1]

Dom Prosper Guéranger, dans son commentaire sur le temps de l’Avent, prie :

« Ô Sauveur ! venez vite nous donner de cette Eau dont votre Cœur est la source… Cette Eau est votre Grâce ; qu’elle arrose notre aridité, et nous fleurirons aussi ; qu’elle désaltère notre soif, et nous courrons la voie de vos préceptes et de vos exemples… Non, désormais nos bras ne sont plus abattus ; nos genoux ne tremblent plus ; nous savons que c’est dans l’amour que vous venez. Une seule chose nous attriste : c’est de voir que notre préparation n’est pas parfaite. Nous avons encore des liens à rompre ; aidez-nous, ô Sauveur des hommes ! » [2]

Il nous exhorte : « [D]emandons, avec la sainte Église, la rosée qui rafraîchira notre cœur, la pluie qui le rendra fécond » [3].

Combien de fois n’éprouvons-nous pas une absence de sens et de direction dans nos vies ? Combien de fois nos vies ne ressemblent-elles pas à ces terres arides et desséchées qui n’ont reçu ni rosée ni pluie ? C’est alors que nous devons lever les yeux pour regarder Notre Seigneur avec nous dans l’Église, surtout dans la Sainte Eucharistie, et contempler la manière dont Il nous a sauvés par son Incarnation rédemptrice et dont Il continue à déverser dans nos cœurs, de son glorieux Cœur transpercé, la grâce qui rend notre vie féconde, faisant de nous une bénédiction pour notre prochain.

C’est la Mère de Dieu qui nous aide à voir et à chercher auprès de son Divin Fils la grâce qui transforme une vie devenue comme un désert, en vie qui donne la vie et qui favorise la vie d’autrui. Lorsque le roi Achaz a refusé de se tourner vers Notre Seigneur à un moment où la mort et la destruction portées par des puissances étrangères étaient imminentes, Notre Seigneur, par l’intermédiaire du prophète Isaïe, a promis : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » [4] La promesse de Notre Seigneur s’est définitivement accomplie, lorsque l’Archange Gabriel a annoncé à la Vierge Marie :

« Voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. 32Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob, 33et son règne n’aura pas de fin. » [5]

Notre Sainte Mère, vase d’élection dans lequel Dieu le Fils a pris notre nature humaine, l’unissant à sa nature divine, afin de nous sauver du péché et de nous faire accéder à la vie éternelle, ne cesse, dans son amour maternel pour nous, de nous porter à lever les yeux et à voir le salut que Notre Seigneur opère au milieu de nous.

Aujourd'hui, ils sont si nombreux, ceux qui cèdent au découragement, voire délaissent Notre Seigneur dans l'Église, pour Le chercher ailleurs. La tentation du découragement ou même celle d’abandonner Notre Seigneur est compréhensible, d’un point de vue purement humain. Si tout ce que nous sommes et possédons ne relève que de cette terre, alors nous n’avons aucune raison d’espérer. Mais notre Sainte Mère attire notre regard vers le haut, de peur que nous ne voyions que le monde terrestre et passager qui nous entoure, et que nous ne voyions pas notre destin éternel. Avec son aide, non seulement nous acceptons, mais nous embrassons avec joie la souffrance du temps présent, car elle nous permet de participer aux souffrances du Christ pour notre salut et le salut du monde.

Avec saint Paul, nous nous réjouissons de compléter dans notre corps les souffrances du Christ en vue de la vie éternelle, en vue du « mystère qui est le Christ en [nous], l’espérance de la gloire ». [6] Notre seul souci doit être de donner plus complètement notre cœur au Cœur Sacré de Jésus, de vivre dans le Christ, individuellement et dans nos foyers. Rappelons-nous chaque jour les paroles de saint Paul qui nous écrit comme à ses « petits enfants », éprouvant pour nous « les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en [nous]. » [7]

« Ayez du goût pour les choses d’en haut, non pour celles qui sont sur la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Lorsque le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez vous aussi avec lui dans la gloire. » [8].

Que l’observance du saint temps de l’Avent et de la messe votive de Notre-Dame de l’Avent de ce jour nous apporte la grâce de toujours savoir qui nous sommes dans le Christ et de vivre dans le Christ, les yeux fixés sur la destination de notre pèlerinage terrestre : la vie éternelle avec Dieu – Père, Fils et Saint-Esprit –, en compagnie des anges, dans la communion des saints.

La beauté de la sainte liturgie de ce jour est un avant-goût de la beauté éternelle « de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habitera » [9], que Notre Seigneur établira définitivement lors de son dernier avènement et qui est la destination de notre pèlerinage terrestre. En nous poussant à entrer de tout notre cœur dans la sainte liturgie, notre Sainte Mère nous enseigne à considérer toute vie sub specie aeternitatis, à considérer tout ce qui se passe sur cette terre dans le contexte du Mystère de la Foi, auquel nous participons de la manière la plus parfaite à travers la sainte messe en attendant de prendre part pour toujours au « repas de noces de l’Agneau ». [10].

Unissant nos cœurs au Cœur Immaculé de Marie, élevons-les vers le glorieux Cœur transpercé de Jésus. Il est toujours prêt à recevoir nos cœurs, à les guérir dans sa miséricorde incommensurable et incessante, et à les enflammer de son amour pur et désintéressé. Que le Christ, par l’intercession de sa Vierge Mère, répande sur nos cœurs la rosée et la pluie de sa grâce, qui les renouvelle et qui les rend féconds pour notre prochain et pour notre monde.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.


Raymond Leo Cardinal Burke



[1] « Rorate, caeli, desuper, et nubes pluant iustum : aperiatur terra, et germinet Salvatorem. » Ps. 84,2 « Benedixisti, Domine, terram tuam : avertisti captivitatem Iacob. » Missale Romanum, Missa de Sancta Maria in Sabbato, I, Tempore Adventus, Antiphona ad Introitum.
[2] Dom Prosper Guéranger, L’Année liturgique, L’Avent, 21ème éd. (Tours, Maison Alfred Mame et Fils, 1926), p. 250.
[3] Dom Prosper Guéranger, p. 251.
[4] Is 7, 14.
[5] Lc 1, 31-33.
[6] Col 1, 27.
[7] Gal 4, 19.
[8] Col 3, 2-4.
[9] 2 P 3, 13 ; cf. Ap 21, 1-8.
[10] Ap 19, 9.



© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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