Affichage des articles dont le libellé est conférence. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est conférence. Afficher tous les articles

29 octobre, 2019

La prière à Pachamama de la Fondation des missions des évêques italiens



Une prière à Pachamama, la « Terre Mère » vénérée par des tribus indigènes telles que les Aymaras et les Quechua dans les Andes mais aussi dans les plaines du nord de l'Argentine et au Brésil, près de la Bolivie et du Pérou, se trouve en bonne place dans un livret officiel de la Fondazione Missio de la Conférence des évêques d'Italie.
La prière est présentée sans la moindre mise en garde quant au fait qu'elle ne s'adresse pas au vrai Dieu. D'ailleurs, une autre prière qui est présentée dans cette brochure avec la même typographie et dans le même contexte illustratif s'adresse à la « Très Sainte Trinité ». La prière à Pachamama, elle, a pour sujet une divinité païenne, à laquelle on demande la prospérité matérielle et qui dans la religion indigène vise à calmer les esprits de la Terre.
La brochure fait partie d'une série de ressources présentant le travail et les objectifs de la mission catholique et de ses missionnaires, avec un accent particulier sur le Synode de l'Amazonie qui a eu lieu à Rome du 6 au 27 octobre.
Le livret dont il est question a été publié bien avant l'ouverture du synode, au mois d'avril dernier semble-t-il. La présence de la "Pachamama" dans une publication officielle de l'agence missionnaire des évêques italiens consacrée au synode suggère que le groupe des indigènes de la région amazonienne et leurs accompagnateurs de type européen, aussi bien que la hiérarchie catholique à Rome étaient pleinement conscients de la nature du culte à la « Terre Mère » aux accents chrétiens syncrétiques qui s'est déroulé dans les jardins du Vatican et à l'église Santa Maria in Traspontina, à la Basilique Saint Pierre, dans une Via Crucis "amazonienne" et peut-être ailleurs.
Cela éclaire d'un jour nouveau la présence d'images en bois sculpté de femmes enceintes et nues que le pape François lui-même a désignées comme des statuettes de la « Pachamama ».
Les 30 pages du livret consacré à « l'animation » et à la « formation » des fidèles en vue du Synode amazonien sont disponibles ici (en italien) sous letitre Sinodo sull'Amazzonia. Le livret explique comment le REPAM, le réseau ecclésiastique de la région panamazonienne, a été créé en 2014 pour aider l'Église à « marcher ensemble » avec ses habitants, en particulier les tribus indigènes qui y vivent encore selon leurs traditions ancestrales, et dont certaines refusent tout contact avec le reste du monde.
Il contient des déclarations étonnantes, comme celle-ci : « Le bassin amazonien contient 20 % de l'eau douce non gelée de la planète. Sur 5 verres d'eau que vous buvez, un vient du fleuve Amazone. »
Remarquablement, le livret utilise aussi de multiples phrases et concepts qui se retrouvent désormais dans le Document final du Synode, tiré du Document préparatoire (2018) et du Document de travail (Instrumentum laboris, juin 2019). Ni l'un ni l'autre n'employait le mot « Pachamama » mais le second mentionnait fréquemment la Madre Tierra qui est la traduction espagnole du concept de Pachamama, "Terre Mère » ou « Mère de l'Univers ».
Les cérémonies indigènes à la Pachamama comportent différents rites, dont le plus important a lieu au début du mois d'août, lorsque la « Terre Mère » est censée être fatiguée et usée. Le rite consiste à chanter, danser et boire autour d'une couverture sur laquelle sont déposées des offrandes, certaines brûlées ou fumées rituellement, pour « nourrir » la Terre qui nourrit, mais qui détruit et tue aussi par tremblements de terre et autres catastrophes quand les hommes utilisent par trop ses ressources, comme l'expliquent les légendes païennes – et le discours sur le réchauffement climatique d'origine anthropique et celui sur l'épuisement de la planète. Le rituel est dirigé par un chaman local.
Souvent, un trou est creusé dans le sol, symbolisant l'utérus de la Pachamama, et les offrandes, éventuellement brûlées – y compris les très recherchés fœtus de lama censés apporter chance et richesse – sont rituellement versées dans ce trou.
Des chamans, hommes et femmes, participent à la conduite de ces cérémonies.
Historiquement, avant l'arrivée des conquérants espagnols, le culte inca à Pachamama s'accompagnait de sacrifices humains, souvent des enfants de 7 ou 8 ans dont la mort était censée apaiser la « divinité » terrestre, pour éviter sa colère et obtenir la prospérité. C'est ainsi que 200 jeunes ont été sacrifiés à l'occasion du couronnement de Pachacutec à Cuzco, quelque part entre 1430 et 1440. Le sacrifice consistait souvent à congeler les enfants qui mouraient de froid après avoir été drogués à la coca, la plante sacrée de nombreuses tribus indigènes d'Amérique du Sud. Des momies d'enfants sacrifiés ont été retrouvées, qui confirment la réalité de la pratique du sacrifice humain à Pachamama en particulier.
Dans les années 1960 on rencontrait des vestiges du culte de la Pachamama, mais depuis lors, la rhétorique de la « Terre Mère » est devenue plus présente, à défaut d'être dominante, parmi certaines communautés indigènes des régions andines. Evo Morales, président autochtone de Bolivie depuis 2006, a joué un rôle important dans la remise à l'honneur des coutumes et des rites précolombiens ; il est même allé jusqu'à faire mentionner la « cosmogonie » syncrétique des autochtones dans la constitution bolivienne.
En novembre 2014, le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, a participé à un rite pachamama au cours duquel le principal officiant et représentant de l'Institut des cultures autochtones (ICA), Victor Acebo, présentait un long discours plaintif sur la « spiritualité » païenne de la « Terre Mère ». Le discours, en espagnol, était clairement compréhensible sur le site Internet « Atrio de los gentiles », dans la vidéo mise en ligne par ses responsables ; elle semble avoir été retirée du site depuis. Le « Parvis des Gentils » (2009) était une initiative du Pape Benoît XVI par laquelle il cherchait à inviter les intellectuels non-catholiques et les athées à découvrir la foi catholique. En Argentine, en 2014, c'est donc l'inverse qui s'est produit.
La Pachamama n'était donc pas tout à fait inconnue à Rome lorsqu'une série de statuettes brunes et noires de femmes autochtones, nues, enceintes, avec leurs utérus rouge sang et leurs fœtus clairement visibles – comme dans les représentations modernes de la Terre Mère – a envahi la Ville.
On ne peut pas non plus ignorer la signification et le sens de la « prière » à la Pachamama incluse dans un livret officiel de l'agence missionnaire de la Conférence épiscopale italienne, d'autant plus que l'on peut trouver ce document sur certains sites web des diocèses italiens, comme celui de Bergame.
MichaelHichborn de l'Institut Lepanto aux Etats-Unis a publié une traduction anglaise du texte italien de la prière sur sa page Facebook.
Voici la prière complète, telle que traduite de l'italien :
Pachamama de ces lieux,

bois et mange autant que tu le voudras de ces offrandes,

afin que cette terre soit féconde.
Pachamama, bonne Mère

Sois propice ! Sois propice !
Que les bœufs marchent bien,

et qu'ils ne se fatiguent pas.

Donnez un bon goût à la graine,
que rien de mal ne lui arrive,
que le gel ne puisse le perturber,
qu'il produise de la bonne nourriture.

Nous te le demandons :

donne-nous tout.

Sois propice ! Sois propice !
(Prière à la Terre Mère des peuples Incas)

Il est intéressant de noter que la version originale quechua de la prière et sa traduction espagnole contemporaine sont légèrement différentes.
Les deux premières lignes se lisent comme suit dans la prière quechua :
Pachamama de ces lieux,
Bois, mâche de la coca et mange autant que tu voudras de ces offrandes… 
Apparemment, la Fondazione Missio s'est méfiée des mots évoquant la mastication de
la coca, la coca étant illégale dans presque tous les pays de monde, sauf en Bolivie et quelques autres où son utilisation traditionnelle est autorisée. Considérée par l'ONU comme une substance addictive, la feuille de coca est tenue pour sacrée par les tribus indigènes des Andes et sa mastication est créditée de nombreuses vertus : elle est riche en vitamines, elle réduit l'appétit et agit comme un stimulant.
D'autre part, bien que la production de cocaïne à partir de la feuille de coca nécessite un certain nombre de processus chimiques complexes, elle agit comme une drogue même lorsqu'elle est simplement mâchée, provoquant des hallucinations et d'autres effets qui sont ceux d'un stupéfiant naturel. En tant que tel, le coca était largement utilisé dans les rites indigènes traditionnels. Il joue un rôle important dans le rituel de la Pachamama, en particulier en raison de ses caractéristiques « stimulantes », et il est aussi utilisé pour prévoir l'avenir. Cela fait désordre, alors on censure !
La version expurgée de la prière à la Pachamama a été utilisée lors d'une veillée missionnaire à Vérone, selon une photo d'une partie du dépliant de la cérémonie publiée par un commentateur sous le message Facebook de Michael Hichborn.


Mise à jour :  Infovaticana nous apprend qu'un chant à la Pachamama a accompagné la procession d'entrée de la messe en la cathédrale de Lima au Pérou le 1er septembre dernier, présidée par Mgr Carlos Castillo, archevêque du lieu. C'est par ici, avec le texte complet du chant en espagnol et la video.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



-->

27 novembre, 2018

Conférence de Jeanne Smits à Saumur le 30 novembre

L'association « Français, réveillez-vous » de Saumur
m'invite à donner une conférence sur l'actualité de Rome et du Vatican,

le 

Vendredi 30 novembre 2018 à 19 h 00

en tant qu'animatrice de ce blog et 
traductrice d’un ouvrage sur le pape Francois
par Henry Sire, 
ancien chevalier de l’Ordre de Malte.


Salle de la Cocasserie, rue Bonnemère, 49400 Saumur


Parking place de la Mairie
entrée 6 euros ( réduc pour couples et ados)



• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



17 novembre, 2018

Le 22 novembre au Port-Marly, conférence de Michael O'Brien, avec Jeanne Smits, à l'école Saint-Dominique du Pecq

Rome, mai 2015 : Michael D. O'Brien m'accordait une grande interview pour “Reconquête”

Rendez-vous à ne pas manquer, jeudi prochain 22 novembre au Port-Marly : le Canadien Michael D. O'Brien, auteur de la trilogie du Père Elijah et de nombreux autres romans bouleversants (Une île au cœur du monde, Theophilos, Etrangers et de passage, L'Odysée du Père) donnera une conférence-interview que j'aurai le grand plaisir d'animer et traduire.


Il est sans aucun doute l'un des plus grands, sinon le plus grand romancier catholique contemporain. Son dernier livre paru en français aux éditions Salvator, Le journal de la peste, en est un exemple frappant, traversé qu'il est par les thèmes de la dictature du relativisme, la paternité, la famille, la littérature, la transmission en une époque de totalitarisme culturel. C'est une réflexion terriblement actuelle sur la dissidence, le bien, le mal… Un livre que j'ai dévoré. Vous pourrez le découvrir à l'occasion de cette conférence et le faire dédicacer par l'auteur qui présentera ses livres à l'occasion de sa seule intervention publique au cours de son bref séjour à Paris.




Jeudi 22 novembre 2018
à 20 h 30

Ecole Saint-Dominique,

Grande Salle bâtiment Saint-Jean Bosco
22 rue de Saint-Germain
78560 Le Port-Marly



La conférence est organisée par

“Le Club Saint-Do”

et

La Chapellenie Notre-Dame de France




Voici l'affiche officielle de sa conférence. N'hésitez pas à partager ce rendez-vous !








• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



21 février, 2017

“Amoris laetitia” : les critères donnés par la conférence des évêques d'Allemagne



Les prélats allemands, à la suite de Walter Kasper, sont peut-être les plus exacts interprètes de la volonté du pape François quant à l'interprétation d'“Amoris laetitia” : la question de la communion pour les divorcés remariés à été soulevée par Kasper et le cardinal Reinhard Marx – membre de la garde rapprochée du pape – tout comme plusieurs évêques allemands ont clairement affirmé leurs positions progressistes à ce sujet.

Pour mieux connaître leur pensée, je vous propose de découvrir ci-dessous la traduction intégrale des passages essentiels du document consacré au sujet par la Conférence des évêques d'Allemagne, grâce à l'important travail d'un jeune et talentueux ami, Jean-Marie d'Aythienne.

C'est également à lui que l'on doit les intéressantes « remarques de traduction » en fin de texte et les commentaires qu'il y ajoute, et auxquels je souscris entièrement.

Les parties du texte directement en rapport avec les aspects litigieux d'“Amoris laetitia” se présentent avec un interlignage augmenté, et j'ai mis les passages les plus contestables en caractères gras.

Je remercie chaleureusement le traducteur, Jean-Marie d'Aythienne, de m'avoir confié ce document pour mon blog. – J.S.


COMMUNIQUÉ DE PRESSE
DE LA CONFÉRENCE
DES ÉVÊQUES D’ALLEMAGNE

« La Joie de l’amour, vécue dans les familles
est également la joie de l’Église »
 texte adopté par le conseil permanent de la conférence des évêques
allemande le 23 janvier 2017 à Würzburg.
Invitation à  une pastorale du mariage et de la famille
renouvelée à la lumière d’Amoris laetitia
Des évêques
Nous nous réjouissons beaucoup du grand cadeau fait par le pape François qu’est l’exhortation apostolique postsynodale Amoris laetitia, et qui s’adresse à l’Église et à tous les hommes de bonne volonté qui construisent une vie maritale et familiale réussie. En se servant des avancées du synode, il a résumé et poursuivi le chemin emprunté par l’Église avec lui en 2014 et 2015. Il est parvenu à mêler l’enseignement de la Bible, la tradition et son expérience pastorale personnelle, formant ainsi un ensemble d’idées et de considérations dont l’unité nous semble particulièrement convaincante. Le pape François parle du mariage, de la vie de couple, de la sexualité, du rôle parental et de la famille mais avant tout de l’amour dans un langage du quotidien, pratique et vivant, ce qui fait d’Amoris laetitia une source d’inspiration pour la vie maritale et familiale. Nous vous invitons tous cordialement à lire et étudier cet écrit du pape. Cette invitation vaut, comme le pape le rappelle avec insistance « tant pour les familles que pour les agents de pastorale familiale, s’ils l’approfondissent avec patience, morceau par morceau, ou s’ils cherchent en elle ce dont ils peuvent avoir besoin dans chaque circonstance concrète. » (AL Nr. 7) Nous recommandons particulièrement la lecture du chapitre 4 sur « L’amour dans le mariage ». Dans la contemplation du chapitre 1 Cor 13 le Saint-Père voit une bonne base pour analyser les différents défis pastoraux à la lumière des saintes écritures et les poursuivre par des actes concrets. Parce que « Le sacrement de mariage n’est ni une convention sociale, ni un rite vide, ni le simple signe extérieur d’un engagement. Le sacrement est un don pour la sanctification et le salut des époux, car s'appartenant l'un à l'autre, ils représentent réellement, par le signe sacramentel, le rapport du Christ à son Église » (AL Nr. 72). Ainsi le mariage chrétien est un signe visible de l’amour de Dieu: une partie de l’Église vivante. C’est pourquoi l’Église compare le mariage et la famille à une petite église, une « église domestique ».

Nous remercions en premier lieu non seulement le Saint-Père pour son impulsion mais également tous ceux qui se sont engagés dans la préparation et l’accompagnement du synode en réalisant les enquêtes préalables ainsi que leur soutien technique. Merci également pour toutes les prières qui ont accompagné les participants aux synodes et leurs conseillers. Tous ont, à leur manière, contribué afin que ce chemin synodal soit celui de toute l’Église.
Sur ce chemin, les diverses situations de vie des couples mariés et des familles d’aujourd’hui sont pour nous claires. Nous regardons avec grand respect les hommes qui s’efforcent de faire face à leur travail et à l’éducation dans la société contemporaine. Tous, par les fidèles relations quotidiennes, l’amour parental, les soins et l’éducation, la solidarité entre les générations et les relations droites vécues dans l’environnement de leur famille apportent une contribution infiniment précieuse à la société, mais surtout aux uns et aux autres. L’infatigable engagement des parents pour soutenir leurs enfants dans la vie et les éduquer à la responsabilité est irremplaçable. C’est pourquoi nous remercions particulièrement les mariés et les familles pour leur témoignage de vie et de foi. Dans la mesure du possible nous souhaitons les aider dans ce chemin.
Quelles sont les conséquences d’Amoris laetitia dans l’accompagnement pastoral des mariés et des familles en Allemagne ? Beaucoup de ces conséquences devront être développées dans des situations pastorales concrètes. Nous ne mentionneront que quelques orientations essentielles. Ce sont sur ces priorités que nous consacrerons nos efforts dans un premier temps. Mais la richesse d’Amoris laetitia sera loin d’être épuisée. Nous souhaitons poursuivre l'étude de l’évangile de la famille,  dans le même esprit que celui développé dans Amoris laetitia, et développer d’autres thèmes. Pour le moment nous aborderons les suivants :
      La préparation au mariage ;
      L’accompagnement dans le mariage ;
      Le renforcement de la famille comme lieu de transmission de la foi ;

      Comment recréer le lien avec les personnes en situation de fragilité : accompagnement - discernement – insertion.

[…]
Comment recréer le lien avec les personnes en situation de fragilité : accompagnement - discernement - insertion
Malgré toute la bonne volonté des conjoints et toute la préparation au mariage,  il arrive que des relations se brisent. Les hommes envisagent une union pour toute une vie avant de se retrouver dans une situation désastreuse. Ils souffrent  d’avoir échoué dans la réalisation de leur idéal d’un amour et d’une relation  conjugale de toute une vie. À leurs propres doutes s’ajoutent souvent des inquiétudes économiques. Les enfants sont en particulier affectés de ces relations détruites. Et c’est dans cette situation critique qu’il est du devoir de l’église d’accompagner et de soutenir ces personnes. Ce service est dans de nombreux cas procuré par les centres de conseil de l’Eglise et l’accompagnement pastoral des parents célibataires. Et il est justement nécessaire dans l’accompagnement régulier[1] de ces personnes d’avoir une oreille bien plus attentive et un cœur plus ouvert, afin d’arriver au but « d’encourager l’ouverture à la grâce » (AL Nr. 37).
Ainsi nous voulons aussi développer la question des relations de l’Église vis à vis des personnes qui après un divorce civil se remarient et qui désirent recevoir les sacrements de réconciliation et de l’eucharistie. L’indissolubilité du mariage est un indispensable bien de la foi de l’Église. Amoris laetitia laisse tout aussi peu de doute quant à la nécessité de différencier son regard en fonction de chaque situation de vie des personnes. « Il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition » (AL Nr. 296) Amoris laetitia présente les trois aspect accompagnement - discernement - intégration - comme les principes directeurs centraux, à partir de la constatation fondamentale que « Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile » (AL Nr. 297). Les personnes touchées par ces aléas de la vie, qui sont souvent vécus de manière suffisamment stressante et pénible, doivent sentir que l’Église ne les laisse pas tomber. L’Église doit faire vraiment comprendre aux divorcés remariés qu’ils appartiennent à l’Église, que Dieu ne les prive pas de son amour et qu’ils sont appelés à aimer Dieu et leur prochain en restant des témoins authentiques de Jésus Christ. Le Saint-Père souligne clairement l’aspect de l’accompagnement en disant « Non seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile. » (AL Nr. 299)
Ce que pense le pape dans ce contexte lorsqu’il parle de discernement est rendu plus clair par le fait qu’il mette en exergue dans Amoris laetitia : « L’Église a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante » (AL Nr. 301). Amoris laetitia affirme a cet égard qu’il n’existe pas de règle générale et qu’il n’y a pas d’automatisme qui orienterait vers une généralisation tolérant les divorcés-civils-remariés d’accéder aux sacrements. Amoris laetitia n’ignore ni la lourde culpabilité que beaucoup de personnes s’imposent dans ces situations de rupture et d’échec de leur relation maritale ; ni la problématique engendrée par le fait que le re-mariage civil contredit les signes visible du sacrement du mariage, même si la personne concernée alors innocente a été abandonnée. Amoris laetitia ne s’en tient néanmoins pas à l'exclusion catégorique et irréversible des sacrements. La note 336 (AL Nr. 300) fait clairement état que le discernement de ceux qui « peu[vent] reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave », doit conduire à des conséquences différenciées pour ce qui touche aux Sacrements. La note 351 (AL Nr. 305) indique qu’un homme qui est également dans une situation objectivement irrégulière, mais qui subjectivement n’est pas ou du moins pas totalement coupable « puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’[il] puisse aimer, et qu’[il] puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité » (AL Nr. 305), de surcroît s'il obtient l'aide de l'Eglise et dans certains cas aussi l'aide des sacrements. Aussi ceci défend la possibilité de recevoir les sacrements dans ces situations.
Tous les croyants, dont le mariage est cassé, et qui sont civilement divorcés et remariés, ne peuvent  pas recevoir sans discernement les sacrements. Ce qui est nécessaire, si le mariage ne peut être annulé, ce sont des solutions différenciées qui pourront entrer en vigueur, pour répondre de manière individuelle à chaque cas. Dans ce contexte nous encourageons tous ceux qui ont des doutes fondés sur la réelle validité de leur mariage, d’adresser une demande au tribunal ecclésiastique des mariages, afin le cas échéant leur permettre un nouveau [2] mariage à l’Église. Nous remercions tous ceux qui travaillent dans les tribunaux ecclésiastiques pour leur discrétion et leur engagement dans l’accompagnement pastoral.
Amoris laetitia a encouragé ce processus de prise de décision, qui doit être soutenu d’un accompagnateur pastoral. À la condition préalable que ce processus de prise de décision soit conduit en pleine conscience de la part de tous les acteurs, Amoris laetitia ouvre la possibilité de recevoir les sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie. Dans Amoris laetitia le Pape François insiste sur l’importance de laisser aux personnes décider selon leur conscience : « Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leur limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles » (AL Nr. 37). La fin de ce processus spirituel, dont l’objectif doit toujours être l’intégration des personnes, ne sera en aucun cas la réception systématique des sacrements de pénitence ou de l’eucharistie. Cette décision individuelle qui  qui font qu’une personne dans ces circonstances particulières ne s’estime pas ou pas encore en mesure de recevoir les sacrements, mérite* attention et respect. Mais le choix de recevoir les sacrements se doit*[3] aussi d’être respecté [4]. Afin d’éviter une attitude aussi bien laxiste d’un examen de conscience pas assez approfondi dans l’accompagnement, le discernement et l’intégration qu’une attitude rigoriste, il faudra prendre son temps avant de rendre des jugements trop rapides de ces situation dites irrégulières. Pour éviter ces attitudes extrêmes, cette phase de discernement (lat. discretio) doit avoir lieu lors d’entretiens individuels avec la personne. Nous considérons qu’il est de notre devoir d’approfondir la formation de la conscience des fidèles. Pour rendre nos accompagnateurs pastoraux[5] aptes à cette tâche, il est nécessaire de leur mettre entre les mains des critères. Ces critères de formation des consciences nous sont donnés par le Saint-Père de manière détaillée et de façon exceptionnelle dans Amoris laetitia (s. AL Nr. 298–300).
Aussi bien pour les conseillers spirituels que pour les croyants ce concept directeur de l’accompagnement, le discernement et l’insertion signifie de grandes exigences et un grand défi. De manière générale, mais encore plus particulièrement dans ces situations d’échecs, les hommes devraient être en mesure de savoir que l'Église les accompagne et les invite à marcher avec elle. « Les Pasteurs, qui proposent aux fidèles l’idéal complet de l’Évangile et la doctrine de l’Église, doivent les aider aussi à assumer la logique de la compassion avec les personnes fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients » (AL Nr. 308). Le Pape François a évoqué beaucoup de situation dans ses écrits : que ce soit un parent seul, des migrants ou des familles en fuite, des couples interconfessionnels, interreligieux ou interculturels, des couples dans lesquels l’un des deux est croyant et l’autre peu ou pas du tout, des familles, ceux vivant dans la pauvreté, ceux s’occupant des personnes âgées, des malades ou des personnes nécessitant une attention particulière dans leur famille, mais également des couples qui ne peuvent se décider pour le mariage, et des couples de divorcés-remariés civilement. Avec certains nous ne marcherons ensemble qu’un petit bout de chemin ou maintiendrons seulement une lointaine relation ; il y en aura d’autres que nous pourrons soutenir intensément, et certains seront en permanence avec nous. C’est là que nous ne devons pas renier l’Évangile de la famille. « Nous priverions le monde des valeurs que nous pouvons et devons apporter » (AL Nr. 35). Soutenir les couples en crises, divorcés et remariés civilement, signifie également un défi et une chance de pouvoir évoquer à nouveau avec eux l’Église et sa conception du mariage.
Nous encourageons tous ceux qui, sur le chemin du mariage et de la famille, veulent marcher avec l’Église,  à lire le texte précurseur [6] qu’est Amoris laetitia d’y réfléchir personnellement et de découvrir dans sa propre vie la richesse de l’évangile sur la famille. Nous soutiendrons, suivront, et accompagnerons tous les couples et toutes les familles sur ce chemin. Le Saint-Père nous donne lui-même ceci pour le chemin : « Tous, nous sommes appelés à maintenir vive la tension vers un au-delà de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette stimulation constante. Cheminons, familles, continuons à marcher ! Ce qui nous est promis est toujours plus. Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise » (AL Nr. 325).
——————

Remarques de traduction :
[1] Le texte original parle de « accompagnement quotidien » en utilisant le terme « alltäglich » et non « täglich ». L’idée qui sous-tend l’utilisation de ce mot, est qu’on en fasse une sorte de norme de l’accompagnement pastoral et pas quelque chose d'exceptionnel. D’où notre choix de traduire par « accompagnement régulier ».
[2] Le mot « nouveau » est bien présent en Allemand bien qu’il soit en parfaite contradiction avec l’indissolubilité du mariage rappelé dans le 2ème paragraphe du même chapitre.
[3] Une gradation est notable dans le respect à accorder aux choix le premier mérite*, l’autre se doit*.
[4] La construction de cette phrase sous-entend très clairement que la personne est dans la même situation, c’est-à-dire en situation objectivement irrégulière. On devrait comprendre la phrase de la façon suivante : « Mais si jamais une personne dans les mêmes circonstances prenait la décision de recevoir les sacrements, ce choix se devra aussi d’être respecté. »
[5] « Seelsorger » a été traduit par accompagnateur pastoral, mais pourrait l’être aussi par directeur de conscience ou aumônier, ce sont ceux qui exercent des tâches pastorales. En Allemagne elles sont aussi réalisées par des laïcs rémunérés par l’Église. Dans le document il n’est jamais précisé si ces tâches pastorales devront être réalisées par des consacrés ou des laïcs.
[6]  Ouvre des perspectives, porteur d’avenir sont d’autres possibilités de traduction.
Il est notable qu’à l’exception des extraits d’Amoris laetitia les parties importantes expliquant les raisons ou les moyens permettant aux divorcés remariés d’accéder aux sacrements sont écrites à l’aide de compliquées et longues constructions grammaticales.

Remarque d’ordre générale :
Dans le résumé de ce communiqué disponible sur la page de la conférence des évêques d’Allemagne, on comprend que l’essentiel de ce document réside dans la possibilité, après discernement, de l’accès aux sacrements de pénitence et de l’eucharistie aux personnes remariées civilement. Les points de la préparation au mariage, l’accompagnement des couples, le renforcement de la famille comme lieu de transmission de la foi, n’ont été abordés que succinctement et n’ont pas été traduits ici.
Le dernier chapitre qui est donc développé sur plusieurs pages justifie uniquement à l’aide d’Amoris laetitia que même des personnes vivant dans « une situation objectivement irrégulière » pourront recevoir les sacrements. Le Saint-Père, le pape François, avec Amoris laetitia « ouvre des perspectives ». Et il est aisément compréhensible de voir l’Église allemande encenser Amoris laetitia qui lui donne des arguments d’autorité pour faire avancer son point de vue.
Ce document prouve l’utilité des dubia posées au Pape. En effet les dubia, manifestant  un doute sur de telles interprétations d’Amoris laetitia en contradiction évidente avec l’enseignement du Christ et de son Église, demandait au Pape de clarifier ses intentions. – J.-M. d'A
© pour la traduction : Jean-Marie d'Aythienne

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



 
[]