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07 mai, 2025

Conclave : la « synodalité », enjeu majeur – et inquiétant – du futur pontificat

Un enjeu du futur pontificat semble être passé un peu sous les radars dans les multiples conjectures sur les 
papabile et les priorités des cardinaux électeurs : celui de la « synodalité ». Pourtant, un mois avant de mourir, le pape François avait annoncé un nouveau « chemin d’accompagnement » vers la mise en œuvre des décisions prises au terme des deux synodes sur la synodalité en octobre dernier : une Assemblée ecclésiale doit clore trois ans de « processus de réception » en octobre 2028. Le conclave n’interrompt pas automatiquement le processus…

Retrouvez mes réflexions sur cette entreprise de révolution dans l’Eglise, décrite avec précision par le théologien expert aux synodes choisi par le pape François, Rafael Luciani. L’Eglise synodale, à ses yeux, sera une « nouvelle création »… Mon article est ici : clic !


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29 avril, 2025

La messe de funérailles du pape François, une liturgie pauvre…

Quel contraste ! Oui, quel contraste entre la messe d’obsèques du pape François et celle de n’importe quelle messe des funérailles selon le rite latin traditionnel… Et celle d’un pape, alors ! Le contraste est visuel bien sûr, il suffit de regarder quelque vidéo des obsèques de Pie XII en 1958 – et de l’extraordinaire procession à travers Rome qui la précéda, pour voir à quel point les cérémonies catholiques des funérailles pontificales ont été vidées de leur solennité. Mais au-delà de cette pompe abandonnée, et même rejetée, qu’on peut regretter ou pas, le choix de la « simplification » de la messe elle-même révèle en cette occasion l’immensité de la perte subie.

Comment ne pas faire la comparaison avec la terrible mais si consolante liturgie des défunts selon le rite traditionnel ?

En suivant pas à pas la messe d’enterrement du pape François samedi matin…

La suite est ici, sur RITV : clic !


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26 avril, 2025

Le cardinal Burke propose une neuvaine en vue du conclave, depuis ce 26 avril au 5 mai


Le cardinal Raymond Burke, cardinal électeur au conclave qui devrait s’ouvrir dans quelques jours, exhorte les fidèles à prier pour l’Eglise en ces jours graves. Voici la traduction française officielle de la prière qu’il a composée pour une neuvaine commençant aujourd’hui, ce 26 avril, et prenant fin le 5 mai prochain. Je la publie ci-dessous avec l’aimable autorisation de Son Eminence.





*

Neuvaine pour le Sacré Collège des cardinaux rassemblés en vue du conclave pour élire le Pontife romain 
26 avril – 5 mai, 2025 

Me voici à genoux à vos pieds, ô Vierge Mère de Dieu, Notre-Dame de Guadalupe, mère compatissante de tous ceux qui vous aiment, qui vous implorent, qui vous cherchent et qui ont mis leur confiance en vous. Je viens vous supplier pour l’Église au moment où elle traverse une période de grandes épreuves et de grands dangers. De même que vous êtes venue au secours de l’Église à Tépotzátlan en 1531, daignez intercéder pour le Sacré Collège des cardinaux réuni à Rome pour élire le successeur de saint Pierre, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église universelle. 
En cette période de tumulte pour l’Église et pour le monde, plaidez auprès de votre Divin Fils afin que les cardinaux de la Sainte Église romaine, son Corps mystique, obéissent humblement aux inspirations du Saint-Esprit. Puissent-ils, par votre intercession, choisir l’homme le plus digne d’être le Vicaire du Christ sur terre. Avec vous, je mets toute ma confiance en Celui qui, seul, est notre secours et notre salut. Amen. 
Cœur de Jésus, salut de ceux qui placent leur confiance en vous, avez pitié de nous ! 
Notre Dame de Guadalupe, Vierge Mère de Dieu et Mère de la Divine Grâce, priez pour nous ! 
Cardinal Raymond Leo BURKE
24 avril 2025
*


(Je remarque que le dernier jour de la neuvaine tombe le 5 mai, fête liturgique de saint Pie V dans le rite traditionnel. Que ce pape, dont le pontificat fut marquée par l’unification de la liturgie latine et le combat victorieux de Lépante sur les Ottomans par la puissance du Rosaire, nous obtienne un digne et saint successeur de saint Pierre ! – J.S.)

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17 mars, 2022

Participez à la neuvaine de Mgr Athanasius Schneider pour que les évêques du monde entier s'unissent au pape pour la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie

Le pape François consacrera le 25 mars prochain, fête de l’annonciation, l’Ukraine et la Russie au Cœur Immaculé de Marie. D
écision bouleversante, à vrai dire, tant il devient de jour en jour plus évident que la solution aux crises successives que notre pauvre monde traverse ne se trouve qu’auprès de Celle qui est « forte comme une armée en rangée en bataille », la sainte Mère de Dieu toujours vierge, à qui dès la chute de nos premiers parents fut donné le pouvoir – et la mission – d’écraser la tête du serpent. La cérémonie aura lieu le vendredi 25 mars, jour de l’Annonciation, lors d’une « célébration de pénitence » prévue à 17 heures en la Basilique Saint-Pierre. J’ai présenté et commenté cela ici sur reinformation.tv, en rappelant le contexte actuel de cette demande de Notre Dame de Fatima ainsi que son histoire.

Je rappelais aussi l’urgence de prier pour que cette consécration se fasse comme elle l’a désirée, c’est-à-dire en union avec les évêques du monde entier. Reinformation.tv publie une humble supplique au Saint-Père en ce sens, et donne cette première information : la Conférence des évêques d’Amérique latine s’est déjà associée à l’initiative du pape et participera à cette consécration, le 25 mars. La supplique est ici sur RITV.

Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire du diocèse catholique de Sainte Marie in Astana au Kazakhstan, s’est réjoui de la décision du pape François et propose la récitation par tous les catholiques d’une  neuvaine – elle commence aujourd’hui – afin de demander que tous les évêques du monde se joignent à la consécration de la Russie qui sera faite par le 25 mars à Rome et à Fatima.

Voici la traduction complète de son communiqué et du texte de la neuvaine.

*

Communiqué de Mgr Athanasius Schneider

Le Saint-Siège a annoncé que le pape François consacrera la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie le vendredi 25 mars, en la fête de l’Annonciation, au cours d'un office pénitentiel à 17 heures dans la basilique Saint-Pierre. Cette nouvelle devrait remplir tous les catholiques d’une joie profonde, de consolation et d'encouragement, et nous espérons qu’elle apportera également joie et réconfort à nos chers frères et sœurs orthodoxes de Russie et d’Ukraine. Comme nous le savons par la demande de la Vierge à sœur Lucie, le Pape doit inviter tous les évêques à s'unir à lui pour faire cette consécration. Nous espérons que, même en l’absence d'une invitation formelle du Pape, de nombreux évêques s’uniront à cet acte de consécration. À une époque où l’Église et le monde traversent une crise spirituelle sans précédent, l’acte collégial commun de consécration au Cœur Immaculé, accompli par le Pape en union avec les évêques du monde entier, sera un instrument puissant pour que la Providence divine déverse ces grâces spéciales dont l’Église et le monde ont un besoin si urgent.

*

Neuvaine préparatoire à la consécration de la Russie
et de l'Ukraine au Cœur Immaculé de Marie


Cœur Immaculé de Marie, Sainte Mère de Dieu et notre très tendre Mère, portez votre regard sur la détresse où se trouvent l’Église et toute l’humanité en raison de la propagation de l’impiété, du matérialisme et de la persécution de la foi catholique, ces erreurs contre lesquelles vous avez mis en garde à Fatima.

Vous êtes la Médiatrice de toutes les grâces. Obtenez-nous la grâce de voir tous les évêques du monde, en union avec le Pape, consacrer la Russie et l’Ukraine à votre Cœur Immaculé le 25 mars 2022. Par cette consécration, nous espérons – comme vous nous l'avez annoncé à Fatima – qu’au moment fixé par Dieu, la Russie sera convertie et que l’humanité pourra obtenir une ère de paix. Nous espérons que, grâce à cette consécration, le triomphe de votre Coeur Immaculé pourra être hâté et que l’Eglise sera authentiquement renouvelée dans la splendeur de la pureté de la foi catholique, du caractère sacré de la liturgie et de la sainteté de la vie chrétienne.

O Reine du Saint Rosaire, notre très tendre Mère, tournez votre regard miséricordieux vers le Pape, les évêques et chacun d’entre nous, et écoutez avec bienveillance notre prière fervente et confiante. Amen.



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02 mars, 2022

Les évêques ukrainiens de rite latin ont demandé au pape François de consacrer l'Ukraine et la Russie au Cœur Immaculé de Marie

Les évêques ukrainiens catholiques de rite latin ont demandé au pape François de consacrer l’Ukraine et la Russie au Cœur Immaculé de Marie dans une lettre mise en ligne en ce Mercredi des Cendres sur leur site internet. Ils font explicitement référence aux demandes de la Sainte Vierge à Fatima, suppliant le pape de faire cette consécration de manière publique.


Saint Père !

En ces heures de douleur incommensurable et d’épreuve terrible pour notre peuple, nous, les évêques de la Conférence épiscopale d’Ukraine, nous faisons les porte-parole de la prière incessante et sincère, soutenue par nos prêtres et nos personnes consacrées, qui nous vient de tout le peuple chrétien pour confier notre Patrie et la Russie à Votre Sainteté.

En réponse à cette prière, nous demandons humblement à Votre Sainteté d’accomplir publiquement l’acte de consécration au Sacré-Cœur Immaculé de Marie de l’Ukraine et de la Russie, comme demandé par la Sainte Vierge à Fatima.

Que la Mère de Dieu, Reine de la Paix, accepte notre prière : Regina pacis, ora pro nobis !

[D’après Google translate] 


Cette lettre a été envoyée au moment où les forces russes encerclaient la capitale, Kiev, et que la deuxième ville du pays, Kharkiv, était assiégée.

L’Ukraine compte environ 10 % de catholiques, dont les neuf dixièmes sont grecs-catholiques ; 1 % de la population ukrainienne, soit près de 450.000 personnes, sont catholiques de rite latin, vivant en majorité dans la partie occidentale du pays, regroupés dans un archidiocèse, Lviv, et six diocèses suffragants.

Tous ces catholiques ont été invités par les évêques de rite latin à réciter un texte de consécration mis à jour de manière privée, ainsi qu’à la fin de chaque messe.

En voici le texte (une fois de plus sans garantie de traduction !) :

Acte de consécration de l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie. Les évêques encouragent à la réciter après chaque messe et en privé.
Bien-aimée Reine et Notre Mère, Reine du Saint Rosaire, Auxiliatrice des Chrétiens, Salut du genre humain, Vierge Victorieuse, nous nous prosternons humblement devant Vous, afin que Vous puissiez porter nos prières sincères auprès de la Sainte Trinité, Dieu Tout-Puissant.

Nous venons en toute confiance implorer la miséricorde et la protection de notre patrie en cette dramatique période de guerre. Mère de Miséricorde, nous ne le demandons pas par nos mérites, sur lesquels nous ne comptons pas, mais à cause de la bonté infinie de Votre Cœur et du Sang salvifique du Christ, Votre Fils.

Que la souffrance et les appels à l’aide de tant de personnes puissent vous toucher. Ayez pitié des blessés et des victimes des bombardements, des orphelins et des veuves, de tous ceux qui ont été obligés de quitter leurs maisons et de chercher refuge dans des endroits plus sûrs. Demandez miséricorde pour ceux qui ont donné leur vie en défendant leurs voisins et notre Patrie.

Ô Mère Immaculée, nous demandons à Dieu la grâce de la conversion, et nous demandons en particulier la conversion de la Russie et de tous ceux qui sont aveuglés par la haine ou la soif de pouvoir. Priez pour nous d’abord et obtenez-nous ces grâces qui peuvent changer les cœurs humains en un instant, et qui prépareront et apporteront cette paix si désirée ! Surtout, accordez-nous le don de la paix spirituelle afin que le Royaume de Dieu grandisse dans la paix et dans la concorde.

Reine de la Paix, obtenez-nous la grâce d'une vraie réconciliation avec Dieu et entre nous, afin que nous puissions nous donner une main secourable et de soutien mutuel.

Trône de la sagesse, inspirez tous les dirigeants à prendre de sages décisions et à renforcer les efforts de ceux qui contribuent à la fin de la guerre, et à la paix.

Reine des Apôtres, demandez pour nos pasteurs le don d’une foi et d’un zèle solides dans la célébration des sacrements, afin qu’en ces moments nous soyons tous unis à la table eucharistique, dans une prière zélée.

Guérissez les malades, fortifiez tout le personnel médical et les bénévoles qui s’occupent des malades et des blessés, demandez pour eux la force spirituelle et physique. Soyez la guérison des malades, la force des mourants et la consolation de leurs proches.

De même que l’Église et toute l’humanité ont été consacrées au Cœur de Votre Divin Fils, et en Lui nous espérons devenir une source inépuisable de victoire et de salut pour tous, ainsi nous nous consacrons pour toujours à Vous et à Votre Cœur Immaculé, notre Mère et Reine, afin que Votre amour et Votre sollicitude assurent la victoire du Royaume de Dieu, et que notre Ukraine et toutes les nations réconciliées entre elles et avec Dieu puissent Vous bénir et vous glorifier. Amen !



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17 décembre, 2021

Saint-Pierre de Rome comme Notre-Dame de Paris ? François lance la Fondation Fratelli Tutti pour en faire un centre de promotion de ses idées globalistes

Le pape François a lancé mercredi la Fondation Fratelli Tutti, rattachée à la basilique Saint-Pierre de Rome, en signant un chirographe – un décret papal limité à la Curie romaine – qui établit officiellement cette nouvelle entité visant à encourager « la fraternité et le dialogue » parmi les pèlerins et les touristes visitant le Vatican.

Le document a été signé le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, et communiqué une semaine plus tard à la Salle de presse du Vatican, en même temps que la nouvelle de la nomination de son président, le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique, vicaire général pour l’État du Vatican et président de la Fabrique de Saint-Pierre. C’est en cette dernière qualité, à la tête de l’institution chargée de la conservation et de l’entretien de la basilique, qu’il a désormais les coudées franches pour l’animation culturelle et spirituelle de la basilique elle-même et de la place Saint-Pierre, dans l’« étreinte » de la colonnade du Bernin, selon l’expression reprise par le chirographe.

Il faut préciser que le cardinal Gambetti est l’initiateur de la nouvelle Fondation ; il a présenté son projet au monde en octobre dernier (voir la photo ci-dessus) le décrivant comme un « rêve » né à Assise avant même que Fratelli Tutti ne fût écrit, mais ajoutant que l’encyclique est « la vision à laquelle nous devons aspirer au niveau global ».

L’exemple de Notre-Dame de Paris vient immédiatement à l’esprit : le projet de rénovation de notre bien-aimée cathédrale prévoit la création d’un « parcours de découverte » pour les personnes de toutes religions, qui passera par des chapelles latérales consacrées aux cinq continents et aux messages de l’Ancien et du Nouveau Testament… pour aboutir à Laudato si’.  La rénovation de Notre-Dame prévoit l’installation de bancs avec des systèmes d’éclairage modernes, des éléments d’« art contemporain » et des projections de musique et de lumière dans les chapelles latérales, afin de « créer les conditions d’une expérience » susceptibles, paraît-il, de séduire les nombreux visiteurs non catholiques de la cathédrale.

La transformation de Notre-Dame cherche à rompre clairement avec la liturgie traditionnelle, comme l’a d’ailleurs indiqué son concepteur, le Père Gilles Drouin, fervent promoteur de Traditionis Custodes, dans des interviews qui rejettent la conception tridentine de l’aménagement des églises comme autant de « salles de spectacle », comme il dit, favorisant au contraire une « participation active » qui estompe les limites entre le prêtre et l’assistance.

Aucun détail pratique sur les changements ou les « animations » à venir n’a encore été donné en ce qui concerne Saint-Pierre, mais un parallèle peut certainement être établi avec le cardinal Gambetti, ce Franciscain de 52 ans doté du chapeau rouge l’an dernier par le pape François. Gambetti est l’homme qui a banni la messe traditionnelle de la nef et des chapelles latérales de Saint-Pierre, reléguant les prêtres et les groupes individuels dans la crypte et insistant pour que les messes dans cette basilique au cœur de la chrétienté soient en langue vernaculaire, de préférence en italien, et concélébrées.

Il est certainement tout désigné pour présider la nouvelle Fondation Fratelli Tutti sur la base de l’encyclique éponyme du pape François, qui a déjà porté des « fruits » telle la déclaration relativiste d’Abu Dhabi proclamant que la « diversité des religions » est une « sage volonté divine ».

La manière dont tout cela va se jouer dans et autour de la Basilique Saint-Pierre, où les catholiques vénèrent tout de même la tombe de saint Pierre, ce roc sur lequel l’Église a été bâtie, est déjà perceptible dans les quelques éléments des statuts de la Fondation qui ont été cités par les médias italiens. Les mots clefs sont « humanisme », « construction d’alliances sociales » et, bien sûr, « ponts », création d’« événements », de « parcours », d’« expériences » et d’« exercices spirituels », sans oublier la « promotion du dialogue avec les cultures et les autres religions sur la base des thèmes de la dernière encyclique du pape ».

Dans le communiqué publié mercredi par le Saint-Siège, le discours est encore plus révélateur : dix « objectifs » sont cités en détail et ils méritent certainement une mention complète. Voici ma traduction de la quasi-totalité de ce communiqué :

*

Les domaines de mission de la Fondation sont les suivants :

1. soutenir et concevoir des parcours d’art et de foi ;

2. investir dans la formation culturelle et spirituelle à travers des événements, des expériences, des parcours et des exercices spirituels ;

3. promouvoir le dialogue avec les cultures et les autres religions sur les thèmes des dernières encycliques du Souverain Pontife, afin de construire une « alliance sociale ».

Les buts de la Fondation sont repris à l’article 3 des statuts :

La Fondation a des buts de solidarité, de formation, de diffusion de l’art et en particulier de l’art sacré ; elle promeut la synodalité, la culture de la fraternité et le dialogue. A cette fin, la Fondation :

I. promeut une formation holistique, attentive aux niveaux spirituel et culturel, à la dimension communautaire et à l’engagement de servir dans le monde ;

II. encourage les touristes à vivre l’expérience du pèlerin à travers des itinéraires spirituels, culturels et artistiques dans la Basilique Saint-Pierre et dans les espaces mis à disposition pour la Fabrique de Saint-Pierre ;

III. organise des itinéraires, des événements et des expériences pour promouvoir la fraternité et l’amitié sociale entre les Églises, les différentes religions et entre les croyants et les non-croyants ;

IV. promeut la culture de la paix dans les différents domaines de la vie, de la dimension personnelle à la dimension sociale et politique ;

V. promeut de « nouvelles rencontres » nourries par le dialogue social, par le sens du pardon social, par la purification de la mémoire, par la promotion de la justice réparatrice comme alternative à la vengeance sociale ;

VI. nourrit les initiatives visant à favoriser le développement d’un humanisme fraternel, à travers la promotion des principes de liberté, d’égalité et de fraternité, conditions pour construire un « amour universel » qui reconnaît et protège la dignité des personnes ;

VII. encourage les projets pour le soin de la création, la protection des ressources environnementales, la solidarité internationale et la responsabilité sociale ;

VIII. promeut l’alliance sociale, l’entrepreneuriat responsable, l’investissement social, les formes humaines et durables de travail ; l’écologie intégrale, le développement durable, la transition écologique, la santé et la recherche scientifique et technologique, à la lumière des principes de la Doctrine sociale de l’Église ;

IX. soutient la communication responsable, la véracité des sources, la crédibilité et la fiabilité des personnes engagées dans la construction de ponts ;

X. assume, dans l’étreinte symbolique de la colonnade de la basilique Saint-Pierre, les personnes les plus faibles, l’étranger et le marginal, les frontières culturelles et sociales, pour relire les souffrances du monde et proposer des solutions à la lumière de l’Évangile et du Magistère pontifical.

Pour mener à bien ses activités, la Fondation sera présidée par le Cardinal Mauro Gambetti, par un Conseil d’administration de neuf membres, par un Auditeur unique et par un Secrétaire général. Les futurs organes directeurs de la Fondation seront : le Conseil Général composé de membres des Dicastères du Vatican auxquels se rapportent les thèmes de mission de la Fondation, et le Comité de Durabilité dans lequel sont représentés les bienfaiteurs de la Fondation.


* 


Dieu, la Sainte Trinité, Notre Seigneur Jésus-Christ et sa Mère bien-aimée sont totalement absents de ce catalogue de « valeurs » politiquement correctes, parmi lesquelles les préoccupations écologistes et la « fraternité entre croyants et non-croyants » sont bien sûr au premier rang.

La mention « liberté, égalité et fraternité » dans l’objectif VI, présentées comme constituant la condition sine qua non du « respect de la dignité humaine » ainsi que le clin d’œil à « l’humanisme fraternel », ont des connotations maçonniques évidentes. Copie conforme de la devise de la République, Liberté, Égalité, Fraternité, ces mots renvoient à la Révolution française qui ne laissait « pas de liberté aux ennemis de la Liberté » et entendait par là le droit de penser et de faire ce que l’on voulait, sans tenir compte du droit supérieur de la vérité et de la loi divine.

L’« Égalité » devait dégénérer rapidement en collectivisme, socialisme ou communisme – ces fils de la Révolution –, et en renversement des hiérarchies naturelles, tandis que la « Fraternité » n’est pas tant un désir d’amour et d’amitié véritables entre les êtres humains qu’un rejet de la paternité et de son autorité d’origine divine.

Ce sont des mots qui, correctement compris, désignent des biens, mais pris ensemble et absolutisés, non seulement se contredisent, mais sont à la racine de la « Terreur » révolutionnaire et – par exemple – du génocide de la Vendée officiellement ordonné et dirigé par le pouvoir révolutionnaire.

L’objectif V mérite une mention spéciale. Lui qui «  promeut de nouvelles rencontres nourries par le dialogue social, par le sens du pardon social, par la purification de la mémoire, par la promotion de la justice réparatrice comme alternative à la vengeance sociale » renvoie assez clairement à une vision dialectique où la société, ou certains éléments de la société, sont perçus comme institutionnellement coupables d’injustices subies par ceux que l’on invite donc à pratiquer le « pardon social » – mais à condition que les coupables payent. Les exemples de cette approche ne manquent pas aujourd’hui ; on pense à la culpabilisation de l’homme blanc qui doit fléchir le genou devant les « racisés » pour exprimer sa honte et son remords pour des faits qu’il n’a jamais commis, ou encore au devoir imposé aux « pays riches » de payer pour les « dommages climatiques » qu’ils auraient infligés aux « pays les plus pauvres ».

Le chirographe du Pape est lui aussi dépourvu de toute référence catholique évidente, se contentant de faire référence à la « religion » et à la « spiritualité » :

*

J’ai appris avec satisfaction que la Fabrique de Saint-Pierre, ainsi que certains fidèles, souhaitent s’associer pour créer une Fondation de la Religion et du Culte destinée à collaborer à la diffusion des principes énoncés dans ma récente encyclique Fratelli tutti, afin d’encourager les initiatives liées à la spiritualité, à l’art, à l’éducation et au dialogue avec le monde, autour de la Basilique Saint-Pierre et dans l’étreinte de sa colonnade.

J’accède donc volontiers à la demande qui m’a été exprimée de créer dans l’État de la Cité du Vatican une fondation autonome aux fins susmentionnées.
En vertu de mon pouvoir apostolique dans l’Église et de ma souveraineté dans la Cité du Vatican, j’institue la Fondation Fratelli tutti comme personne juridique canonique publique et comme personne juridique civile ayant son siège dans l’État de la Cité du Vatican.

La Fondation sera régie par les lois canoniques, en particulier par les normes spéciales qui régissent les Organes du Saint-Siège, par les normes civiles en vigueur dans l’État de la Cité du Vatican, et par les statuts ci-joint que j’approuve par cette même occasion.

Du Vatican, le 8 décembre 2021

FRANÇOIS

 *

Les premières initiatives publiques de la Fondation devraient être lancées au début de l’année prochaine. Le cardinal Gambetti a accordé une interview à Vatican News en octobre dernier, dans laquelle il a déclaré que la nouvelle Fondation sera un « polyèdre » (encore un mots fétiche du pape François) composé de formation et dialogue, art sacré et économie, jeunes et startups. Tous y seront les bienvenus « pour trouver la direction d’un chemin commun vers l’avenir... en harmonie avec le magistère du pape François », a-t-il déclaré.

Une grande partie de son interview est constituée de variations et de répétitions autour de ce thème de la « route commune ». Mais au-delà de la Novlangue, il y a un objectif politique clair qui a des relents de spiritualité et de gouvernance mondiales. Comme le dit Gambetti :

*

Nous avons déjà en tête, probablement au début de l’année prochaine, quelques initiatives liées au double thème de l’art et de la spiritualité, qui sont les premières et aussi les plus simples à activer. Mais nous pensons aussi à quelque chose sur la formation, et il est probable que nous commencerons par les jeunes, bien que cela ne soit pas encore décidé parce que nous devons bien l’étudier. Quoi qu’il en soit, l’idée est d’organiser quelques semaines de rencontres résidentielles pour permettre aux gens de se réunir, de partager, de réfléchir à certaines questions et d’essayer ensuite de faire émerger quelque chose de nouveau ou une nouvelle façon de faire. Par exemple, si nous pensons aux jeunes, il pourrait s’agir d’une startup dans un certain segment de l’économie, de la mobilité, des questions climatiques et environnementales. Ou si nous nous tournons vers le monde de l’entreprise, en réunissant des personnes qui ont des rôles de direction, ou en tout cas des rôles importants, nous pourrions nous pencher sur le thème des nouveaux modèles de développement.

Vous pencherez-vous également sur la politique ?

Nous pourrions également réfléchir à de nouvelles façons de faire de la politique, qui sont peut-être un peu fatiguées ou étouffées par les problèmes qui existent, des problèmes qui sont évidemment réels et auxquels il faut s’attaquer. Mais parallèlement à cette fatigue, nous devons aussi regarder au-delà, vers l’avenir. Si nous ne nous aidons pas mutuellement à imaginer l’avenir, ou une société dans laquelle nous souhaitons vivre, et pas seulement voir les autres la vivre, peut-être que la politique en particulier perdra un peu de sa propre vocation.

* 


Tout cela semble bien ambitieux pour une Fondation centrée sur une Basilique et une Place – mais tellement en phase avec les objectifs de la pseudo « élite » mondiale qu’elle peut espérer son soutien.


© leblogdejeannesmits pour les traductions.

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14 août, 2021

Les fidèles ont plein droit de se défendre contre des agressions liturgiques – même lorsqu’elles émanent du Pape

Je publie volontiers ci-dessous l’intégralité de la traduction d’une réflexion de José Antonio Ureta publiée en italien il y a quelques semaines sur le blog d’Aldo Maria Valli. Je remercie vivement l’auteur de m’avoir adressé pour publication sa propre traduction française de ce texte important, qui donne les raisons précises pour lesquelles il est permis aux catholiques de résister à l’application du Motu proprio
Traditionis Custodes.

José Antonio Ureta fait appel à des éléments anciens et nouveaux détaillant la doctrine de l’Eglise sur sa liturgie et sur l’impossibilité, même pour un pape, d’interdire la célébration des rites traditionnels, comme prétend le faire le pape François à travers la nouvelle obligation qu’il fait peser sur les prêtres de rite romain d’obtenir une autorisation préalable, de l’évêque ou même du Saint-Siège pour les nouveaux ordonnés, pour célébrer selon l’Usus antiquior. – J.S.

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Les fidèles ont plein droit de se défendre contre des
agressions liturgiques – même lorsqu’elles émanent du Pape

par José Antonio Ureta

D’un trait de plume, le pape François a pris des mesures concrètes pour abolir dans la pratique le rite romain de la Sainte Messe, qui était en vigueur essentiellement depuis saint Damase à la fin du IVe siècle – avec des ajouts par saint Grégoire le Grand à la fin du VIe siècle – jusqu’au missel de 1962, promulgué par Jean XXIII. L’intention de restreindre progressivement, jusqu’à son extinction, l’usage de ce rite immémorial est évidente dans la lettre qui accompagne le motu propio Traditionis Custodes, dans laquelle le pontife régnant exhorte les évêques du monde entier à « pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et ont besoin de temps pour revenir au Rite Romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II », qui devient « la seule expression de la lex orandi du Rite Romain ». Sa conséquence pratique est que les prêtres de rite romain n’ont plus le droit de célébrer la messe traditionnelle, et ne peuvent le faire qu’avec la permission de l’évêque – et du Saint-Siège, pour ceux qui seront ordonnés dorénavant !

La question évidente qui se pose face à cette mesure drastique est la suivante : un Pape a-t-il le pouvoir de déroger à un rite en vigueur dans l’Église depuis 1400 ans et dont les éléments essentiels proviennent des temps apostoliques ? Car, si, d’une part, le Vicaire du Christ a la plena et suprema potestas dans les questions « qui touchent à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier » (1), comme l’enseigne le Concile Vatican I, d’autre part il doit respecter les coutumes universelles de l’Église en matière liturgique.

Une réponse péremptoire est donnée au paragraphe 1125 du Catéchisme de l’Église catholique promulgué par Jean-Paul II : « Aucun rite sacramentel ne peut être modifié ou manipulé au gré du ministre ou de la communauté. Même l’autorité suprême dans l’Église ne peut changer la liturgie à son gré, mais seulement dans l’obéissance de la foi et dans le respect religieux du mystère de la liturgie. »

Commentant ce texte, le cardinal Joseph Ratzinger écrivait alors : « Il me semble très important que le Catéchisme, lorsqu’il mentionne les limites du pouvoir de l’autorité suprême de l’Église en ce qui concerne la réforme, rappelle ce qui est l’essence de la primauté de Pierre telle qu’elle est soulignée par les Conciles Vatican I et II : le Pape n’est pas un monarque absolu dont la volonté fait loi, mais plutôt le gardien de l’authentique Tradition et par là même, le premier garant de l’obéissance. Il ne peut pas faire ce qu’il veut, et c’est justement pour cela qu’il peut s’opposer à ceux qui entendent faire ce qu’ils veulent. La loi à laquelle il doit s’en tenir n’est pas d’agir ad libitum, mais l’obéissance à la foi. C’est pourquoi, par rapport à la liturgie, il exerce la tâche du jardinier, et non pas celle du technicien qui construit des machines neuves en jetant les vieilles. Le “rite”, c’est-à-dire la forme de célébration et de prière qui mûrit dans la foi et dans la vie de l’Église, est une forme condensée de la Tradition vivante dans laquelle la sphère du rite exprime l’ensemble de sa foi et de sa prière, permettant ainsi en même temps d’expérimenter la communion entre les générations, la communion avec ceux qui priaient avant nous et prieront après nous. Ainsi le rite apparaît comme un don fait à l’Église, une forme vivante de paradosis. » (2)

Dans son excellent ouvrage La Réforme liturgique en question, Mgr. Klaus Gamber – considéré par le cardinal Joseph Ratzinger comme l’un des plus grands liturgistes du XXe siècle – développe cette pensée. Il part du constat que les rites de l’Église catholique, au sens de formes obligatoires du culte, remontent définitivement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais ils se sont progressivement développés et différenciés à partir de la coutume générale, corroborée plus tard par l’autorité ecclésiastique.

De cette réalité, le liturgiste allemand tire les conclusions suivantes :

1. « Si le rite est né de la coutume générale – et cela ne fait aucun doute pour le connaisseur de l’histoire de la liturgie –, il ne peut être recréé dans sa totalité. » Cela ne s’est même pas produit au début de l’Église, car « les formes liturgiques des jeunes communautés chrétiennes ne se sont que progressivement séparées du rituel juif ».

2. « Comme le rite s’est toujours développé au cours des temps, il pourra continuer à le faire à l’avenir. Mais ce développement devra tenir compte de l’intemporalité de chaque rite et s’effectuer de façon organique (…) sans rupture avec la tradition et sans intervention dirigiste de la part des autorités ecclésiastiques. Celles-ci n’avaient d’autre souci, lors des conciles pléniers ou provinciaux, que d’écarter les irrégularités dans l’exercice du rite. »

3. « Il y a dans l’Église plusieurs rites indépendants. En Occident, outre le rite romain, il y a les rites gallican (disparu), ambrosien et mozarabe ; en Orient, entre autres, les rites byzantin, arménien, syriaque et copte. Chacun de ces rites a parcouru une évolution autonome, au cours de laquelle ses particularités se sont formées. Voilà pourquoi on ne peut simplement échanger entre eux des éléments de ces différents rites. »

4. « Chaque rite constitue une unité homogène. Aussi, la modification de quelques-unes de ses composantes essentielles signifie la destruction du rite tout entier. C’est ce qui s’est passé pour la première fois au temps de la Réforme, lorsque Martin Luther fit disparaître le canon de la messe et relia le récit de l’Institution directement à la distribution de la communion. »

5. « Le retour à des formes primitives ne signifie pas, dans des cas isolés, qu’on modifie le rite, et de ce fait, ce retour est possible dans certaines limites. C’est ainsi qu’il n’y a pas eu rupture avec le rite romain traditionnel, lorsque le pape saint Pie X a rétabli le chant grégorien dans sa forme primitive. »

Le fondateur de l’Institut théologique de Ratisbonne poursuit en commentant que, « alors que la révision de 1965 avait laissé intact le rite traditionnel », « on créait avec l’ordo de 1969 un nouveau rite », qu’il appelle le ritus modernus. Car « il ne suffit pas que quelques parties du missel antérieur aient été conservées dans le nouveau (…) pour parler d’une continuité du rite romain, même si l’on essaie sans cesse d’en apporter la preuve ».

Pour le démontrer d’un point de vue strictement liturgique – car les graves erreurs théologiques, telles l’abaissement du caractère sacrificiel et propitiatoire de la messe, mériteraient un article séparé – il suffit de citer ce que le Pr Roberto de Mattei a écrit sur cette véritable dévastation liturgique :

« Au cours de la Réforme on introduisit progressivement toute une série de nouveautés et de variantes, un certain nombre d’entre elles non prévues ni par le Concile ni par la constitution Missale Romanum de Paul VI. Le quid novum ne saurait être limité à la substitution des langues vulgaires au latin. Il consiste également dans la volonté de concevoir l’autel comme une “table”, pour souligner l’aspect du banquet à la place du sacrifice ; dans la celebratio versus populum, substituée au versus Deum, avec, pour conséquence, l’abandon de la célébration vers l’Orient, c’est-à-dire vers le Christ symbolisé par le soleil naissant ; dans l’absence de silence et de recueillement pendant la cérémonie et dans la théâtralité de la célébration accompagnée souvent de chants qui tendent à désacraliser une Messe dans laquelle le prêtre est souvent réduit à un rôle de “président de l’assemblée” ; dans l’hypertrophie de la liturgie de la parole par rapport à la liturgie eucharistique ; dans le “signe” de la paix qui remplace les génuflexions du prêtre et des fidèles, comme action symbolique du passage de la dimension verticale à celle horizontale de l’action liturgique ; dans la sainte communion reçue par les fidèles debout et dans la main ; dans l’accès des femmes à l’autel ; dans la concélébration, tendant à la “collectivisation” du rite. Il consiste surtout et enfin dans le changement et la substitution des prières de l’Offertoire et du Canon. L’élimination en particulier des mots Mysterium Fidei de la formule eucharistique, peut être considérée, comme l’observe le cardinal Stickler, comme le symbole de la démythification et donc de l’humanisation du noyau central de la Sainte Messe. »

La plus grande révolution liturgique a effectivement eu lieu à l’Offertoire et au Canon. L’offertoire traditionnel, qui préparait et préfigurait l’immolation sans effusion de sang de la Consécration, fut remplacé par le Beràkhôth du Kiddouch, c’est-à-dire par les bénédictions du repas pascal des Juifs. Le Père Pierre Jounel, du Centre Pastoral Liturgique et de l’Institut Supérieur de Liturgie de Paris, l’un des spécialistes du Consilium qui a préparé la réforme liturgique, a décrit dans le journal La Croix l’élément fondamental de la réforme de la Liturgie de l’Eucharistie : « La création de trois nouvelles prières eucharistiques, alors que jusque-là il n’en existait qu’une, la Prière eucharistique I, fixée dans le canon romain dès le IVe siècle. La deuxième a été reprise de la prière d’Hippolyte (IIIe siècle) telle qu’elle fut découverte dans une version éthiopienne à la fin du XIXe siècle. La troisième s’est inspirée du schéma des liturgies orientales. La quatrième a été élaborée en une nuit par une petite équipe autour du P. Gelineau. » (3)

Le P. Joseph Gelineau, S.J. susmentionné ne s’est pas trompé lorsqu’il a salué avec enthousiasme la réforme en déclarant : « Non seulement les paroles, les mélodies et certains gestes sont différents mais à dire la vérité, il s’agit d’une liturgie différente de la Messe. Ceci doit être dit sans ambiguïté : le rite romain tel que nous l’avons connu n’existe plus : il est détruit. » (4)

Comment, alors, le pape François entend-il affirmer, dans sa récente lettre aux évêques, que « quiconque désire célébrer avec dévotion selon la forme liturgique antécédente n’aura aucune difficulté à trouver dans le Missel Romain réformé selon l’esprit du Concile Vatican II, tous les éléments du Rite Romain, en particulier le canon romain, qui constitue un des éléments les plus caractéristiques » ? Cela semble une ironie aussi amère que le titre du motu propio Traditionis Custodes...

Si le Novus Ordo Missae n’est pas une simple réforme et implique une telle rupture avec le rite traditionnel, la célébration de ce dernier ne peut être interdite, comme Mgr Klaus Gamber le souligne : « Pas un seul document, pas même le Codex iuris canonici, n’a déclaré expressément que le pape, en tant que pasteur suprême de l’Église, avait le droit d’abolir le rite traditionnel. Il n’est même nulle part question d’un droit à modifier des coutumes liturgiques particulières. Ce silence est, dans le cas présent, lourd de signification. »

De plus, s’il le faisait, il risquerait de se séparer de l’Église. Mgr Gamber écrit, en effet, que « le célèbre théologien Suarez († 1617), se réclamant d’auteurs plus anciens comme Cajetan († 1534), pense que le pape serait schismatique “s’il ne voulait pas – comme il est de son devoir – maintenir l’unité et le lien avec le corps tout entier de l’Église, par exemple s’il essayait d’excommunier l’Église tout entière ou s’il voulait modifier tous les rites confirmés par la tradition apostolique” ».

C’est probablement pour éviter ce risque de schisme que huit des neuf cardinaux de la Commission nommée par Jean-Paul II en 1986 pour étudier l’application de l’Indult de 1984 ont déclaré que Paul VI n’avait pas réellement interdit l’ancienne messe. Par ailleurs, à la question : « Un évêque, quel qu’il soit, peut-il interdire à un prêtre, en règle avec les autorités, de célébrer, à nouveau, la messe tridentine ? », le Cardinal Stickler a répondu que « à l’unanimité, les neuf cardinaux ont admis qu’aucun évêque ne pouvait interdire à un prêtre catholique de dire la messe tridentine. Il n’y a pas d’interdiction officielle et je pense que jamais le pape ne décrèterait un interdiction officielle ». (5)

Dans le motu propio Traditionis Custodes, le pape François a néanmoins autorisé les évêques à interdire cette célébration. À tel point que la Conférence épiscopale du Costa Rica s’est empressée de décréter collectivement que « l’usage du Missale Romanum de 1962 ou de l’une quelconque des expressions de la liturgie antérieures à 1970 n’est pas autorisé », de sorte qu’« aucun prêtre n’est autorisé à continuer de célébrer selon l’ancienne liturgie ». (6)

Pour tout ce qui précède, nous souscrivons pleinement aux conclusions tirées par l’Abbé Francisco José Delgado : « Je pense que la chose intelligente à faire maintenant est de défendre d’une façon calme et pacifique la vérité sur les lois iniques. Le Pape ne peut pas changer la Tradition par décret ou dire que la liturgie post-Vatican II est la seule expression de la lex orandi dans le Rite Romain. Comme cela est faux, la législation qui découle de ce principe est invalide et, selon la morale catholique, elle ne doit pas être observée, ce qui n’implique pas la désobéissance. » (7)

Il n’est pas nécessaire d’être spécialiste en ecclésiologie pour comprendre que l’autorité et l’infaillibilité papales ont des limites et que le devoir d’obéissance n’est pas absolu. De nombreux théologiens de la meilleure espèce reconnaissent explicitement la légitimité de la résistance publique aux mauvaises décisions ou enseignements des pasteurs, y compris du Souverain Pontife. Ils ont été largement cités dans l’étude d’Arnaldo Xavier da Silveira intitulée « La résistance publique aux décisions de l’autorité ecclésiastique », publiée par la revue Catolicismo en août 1969.

Dans le cas présent, il est permis non seulement de « ne pas observer » le motu proprio du Pape François, mais même de résister à son application, selon le modèle enseigné par saint Paul (Ga 2, 11). Il ne s’agit pas de remettre en cause l’autorité pontificale, pour laquelle notre amour et notre vénération doivent toujours grandir. C’est l’amour pour la papauté elle-même qui doit nous conduire à dénoncer Traditionis Custodes, pour avoir tenté d’éliminer dictatorialement le rite le plus ancien et le plus vénérable du culte catholique, dans lequel tous les fidèles ont le droit de s’abreuver.

L’illustre théologien Francisco de Vitoria (1483-1546) observe : « Selon la loi naturelle, il est licite de repousser la violence par la violence. Or, par des ordres et des dispenses de ce genre, le pape fait violence parce qu’il agit contre la loi, comme nous l’avons prouvé. Il est donc légitime de s’opposer à lui. Ainsi que le fait remarquer Cajetan, nous affirmons tout cela non pas parce que quelqu’un a le droit de juger le pape, ou possède une autorité sur lui – prima Sedes a nemine judicatur –, mais plutôt parce qu’il est légitime de se défendre. De fait, n’importe qui a le droit de résister à un acte injuste, d’essayer de l’empêcher, et de se défendre. » (8)

Pour formuler leur désaccord, les catholiques fidèles peuvent s’inspirer du modèle, tout à la fois ferme et empreint de respect pour le souverain Pontife, utilisé en avril 1974 par le regretté professeur Plinio Corrêa de Oliveira pour sa déclaration de résistance à l’Ostpolitik du pape Paul VI. Les paragraphes clés de cette déclaration, intitulée « La politique de détente du Vatican avec les gouvernements communistes : pour les TFP, s’abstenir ou résister ? » disaient :
« Le lien d’obéissance au successeur de Pierre, que nous ne romprons jamais, que nous aimons dans les profondeurs de notre âme, et auquel nous rendons notre plus haut hommage d’amour, ce lien nous l’embrassons au moment même où, submergés par le chagrin, nous affirmons notre position. Et à genoux, contemplant avec vénération la figure de Sa Sainteté Paul VI, nous lui exprimons toute notre fidélité.

« Dans cet acte filial, nous disons au Pasteur des pasteurs : Notre âme est vôtre, notre vie est vôtre. Commandez-nous de faire ce que vous voulez. Mais ne nous commandez pas de ne rien faire face au loup rouge qui fonce. À cela, notre conscience s’oppose. » (9)


NOTES

1. Const. Pastor Aeternus, ch. 3
3. Paradosis est un terme grec utilisé 13 fois dans la Bible, qui peut être traduit par tradition, instruction, transmission.
5. Demain la liturgie — Essai sur l’évolution des assemblées chrétiennes, Cerf, 1979, in Christophe Geoffroy et Philippe Maxence,  Enquête sur la messe traditionnelle, La Nef hors-série n° 6, p. 51-52.
Ces déclarations du Cardinal Stickler ont paru pour la première fois dans la revue américaine The Latin Mass et ont été reproduites par La Nef, dans le numéro 53 de septembre 1995.
6. https://www.facebook.com/169949476400642/posts/4383320898396791/
8. Obras, p. 486-487


© José Antonio Ureta pour la traduction

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