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14 août, 2021

Les fidèles ont plein droit de se défendre contre des agressions liturgiques – même lorsqu’elles émanent du Pape

Je publie volontiers ci-dessous l’intégralité de la traduction d’une réflexion de José Antonio Ureta publiée en italien il y a quelques semaines sur le blog d’Aldo Maria Valli. Je remercie vivement l’auteur de m’avoir adressé pour publication sa propre traduction française de ce texte important, qui donne les raisons précises pour lesquelles il est permis aux catholiques de résister à l’application du Motu proprio
Traditionis Custodes.

José Antonio Ureta fait appel à des éléments anciens et nouveaux détaillant la doctrine de l’Eglise sur sa liturgie et sur l’impossibilité, même pour un pape, d’interdire la célébration des rites traditionnels, comme prétend le faire le pape François à travers la nouvelle obligation qu’il fait peser sur les prêtres de rite romain d’obtenir une autorisation préalable, de l’évêque ou même du Saint-Siège pour les nouveaux ordonnés, pour célébrer selon l’Usus antiquior. – J.S.

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Les fidèles ont plein droit de se défendre contre des
agressions liturgiques – même lorsqu’elles émanent du Pape

par José Antonio Ureta

D’un trait de plume, le pape François a pris des mesures concrètes pour abolir dans la pratique le rite romain de la Sainte Messe, qui était en vigueur essentiellement depuis saint Damase à la fin du IVe siècle – avec des ajouts par saint Grégoire le Grand à la fin du VIe siècle – jusqu’au missel de 1962, promulgué par Jean XXIII. L’intention de restreindre progressivement, jusqu’à son extinction, l’usage de ce rite immémorial est évidente dans la lettre qui accompagne le motu propio Traditionis Custodes, dans laquelle le pontife régnant exhorte les évêques du monde entier à « pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et ont besoin de temps pour revenir au Rite Romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II », qui devient « la seule expression de la lex orandi du Rite Romain ». Sa conséquence pratique est que les prêtres de rite romain n’ont plus le droit de célébrer la messe traditionnelle, et ne peuvent le faire qu’avec la permission de l’évêque – et du Saint-Siège, pour ceux qui seront ordonnés dorénavant !

La question évidente qui se pose face à cette mesure drastique est la suivante : un Pape a-t-il le pouvoir de déroger à un rite en vigueur dans l’Église depuis 1400 ans et dont les éléments essentiels proviennent des temps apostoliques ? Car, si, d’une part, le Vicaire du Christ a la plena et suprema potestas dans les questions « qui touchent à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier » (1), comme l’enseigne le Concile Vatican I, d’autre part il doit respecter les coutumes universelles de l’Église en matière liturgique.

Une réponse péremptoire est donnée au paragraphe 1125 du Catéchisme de l’Église catholique promulgué par Jean-Paul II : « Aucun rite sacramentel ne peut être modifié ou manipulé au gré du ministre ou de la communauté. Même l’autorité suprême dans l’Église ne peut changer la liturgie à son gré, mais seulement dans l’obéissance de la foi et dans le respect religieux du mystère de la liturgie. »

Commentant ce texte, le cardinal Joseph Ratzinger écrivait alors : « Il me semble très important que le Catéchisme, lorsqu’il mentionne les limites du pouvoir de l’autorité suprême de l’Église en ce qui concerne la réforme, rappelle ce qui est l’essence de la primauté de Pierre telle qu’elle est soulignée par les Conciles Vatican I et II : le Pape n’est pas un monarque absolu dont la volonté fait loi, mais plutôt le gardien de l’authentique Tradition et par là même, le premier garant de l’obéissance. Il ne peut pas faire ce qu’il veut, et c’est justement pour cela qu’il peut s’opposer à ceux qui entendent faire ce qu’ils veulent. La loi à laquelle il doit s’en tenir n’est pas d’agir ad libitum, mais l’obéissance à la foi. C’est pourquoi, par rapport à la liturgie, il exerce la tâche du jardinier, et non pas celle du technicien qui construit des machines neuves en jetant les vieilles. Le “rite”, c’est-à-dire la forme de célébration et de prière qui mûrit dans la foi et dans la vie de l’Église, est une forme condensée de la Tradition vivante dans laquelle la sphère du rite exprime l’ensemble de sa foi et de sa prière, permettant ainsi en même temps d’expérimenter la communion entre les générations, la communion avec ceux qui priaient avant nous et prieront après nous. Ainsi le rite apparaît comme un don fait à l’Église, une forme vivante de paradosis. » (2)

Dans son excellent ouvrage La Réforme liturgique en question, Mgr. Klaus Gamber – considéré par le cardinal Joseph Ratzinger comme l’un des plus grands liturgistes du XXe siècle – développe cette pensée. Il part du constat que les rites de l’Église catholique, au sens de formes obligatoires du culte, remontent définitivement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais ils se sont progressivement développés et différenciés à partir de la coutume générale, corroborée plus tard par l’autorité ecclésiastique.

De cette réalité, le liturgiste allemand tire les conclusions suivantes :

1. « Si le rite est né de la coutume générale – et cela ne fait aucun doute pour le connaisseur de l’histoire de la liturgie –, il ne peut être recréé dans sa totalité. » Cela ne s’est même pas produit au début de l’Église, car « les formes liturgiques des jeunes communautés chrétiennes ne se sont que progressivement séparées du rituel juif ».

2. « Comme le rite s’est toujours développé au cours des temps, il pourra continuer à le faire à l’avenir. Mais ce développement devra tenir compte de l’intemporalité de chaque rite et s’effectuer de façon organique (…) sans rupture avec la tradition et sans intervention dirigiste de la part des autorités ecclésiastiques. Celles-ci n’avaient d’autre souci, lors des conciles pléniers ou provinciaux, que d’écarter les irrégularités dans l’exercice du rite. »

3. « Il y a dans l’Église plusieurs rites indépendants. En Occident, outre le rite romain, il y a les rites gallican (disparu), ambrosien et mozarabe ; en Orient, entre autres, les rites byzantin, arménien, syriaque et copte. Chacun de ces rites a parcouru une évolution autonome, au cours de laquelle ses particularités se sont formées. Voilà pourquoi on ne peut simplement échanger entre eux des éléments de ces différents rites. »

4. « Chaque rite constitue une unité homogène. Aussi, la modification de quelques-unes de ses composantes essentielles signifie la destruction du rite tout entier. C’est ce qui s’est passé pour la première fois au temps de la Réforme, lorsque Martin Luther fit disparaître le canon de la messe et relia le récit de l’Institution directement à la distribution de la communion. »

5. « Le retour à des formes primitives ne signifie pas, dans des cas isolés, qu’on modifie le rite, et de ce fait, ce retour est possible dans certaines limites. C’est ainsi qu’il n’y a pas eu rupture avec le rite romain traditionnel, lorsque le pape saint Pie X a rétabli le chant grégorien dans sa forme primitive. »

Le fondateur de l’Institut théologique de Ratisbonne poursuit en commentant que, « alors que la révision de 1965 avait laissé intact le rite traditionnel », « on créait avec l’ordo de 1969 un nouveau rite », qu’il appelle le ritus modernus. Car « il ne suffit pas que quelques parties du missel antérieur aient été conservées dans le nouveau (…) pour parler d’une continuité du rite romain, même si l’on essaie sans cesse d’en apporter la preuve ».

Pour le démontrer d’un point de vue strictement liturgique – car les graves erreurs théologiques, telles l’abaissement du caractère sacrificiel et propitiatoire de la messe, mériteraient un article séparé – il suffit de citer ce que le Pr Roberto de Mattei a écrit sur cette véritable dévastation liturgique :

« Au cours de la Réforme on introduisit progressivement toute une série de nouveautés et de variantes, un certain nombre d’entre elles non prévues ni par le Concile ni par la constitution Missale Romanum de Paul VI. Le quid novum ne saurait être limité à la substitution des langues vulgaires au latin. Il consiste également dans la volonté de concevoir l’autel comme une “table”, pour souligner l’aspect du banquet à la place du sacrifice ; dans la celebratio versus populum, substituée au versus Deum, avec, pour conséquence, l’abandon de la célébration vers l’Orient, c’est-à-dire vers le Christ symbolisé par le soleil naissant ; dans l’absence de silence et de recueillement pendant la cérémonie et dans la théâtralité de la célébration accompagnée souvent de chants qui tendent à désacraliser une Messe dans laquelle le prêtre est souvent réduit à un rôle de “président de l’assemblée” ; dans l’hypertrophie de la liturgie de la parole par rapport à la liturgie eucharistique ; dans le “signe” de la paix qui remplace les génuflexions du prêtre et des fidèles, comme action symbolique du passage de la dimension verticale à celle horizontale de l’action liturgique ; dans la sainte communion reçue par les fidèles debout et dans la main ; dans l’accès des femmes à l’autel ; dans la concélébration, tendant à la “collectivisation” du rite. Il consiste surtout et enfin dans le changement et la substitution des prières de l’Offertoire et du Canon. L’élimination en particulier des mots Mysterium Fidei de la formule eucharistique, peut être considérée, comme l’observe le cardinal Stickler, comme le symbole de la démythification et donc de l’humanisation du noyau central de la Sainte Messe. »

La plus grande révolution liturgique a effectivement eu lieu à l’Offertoire et au Canon. L’offertoire traditionnel, qui préparait et préfigurait l’immolation sans effusion de sang de la Consécration, fut remplacé par le Beràkhôth du Kiddouch, c’est-à-dire par les bénédictions du repas pascal des Juifs. Le Père Pierre Jounel, du Centre Pastoral Liturgique et de l’Institut Supérieur de Liturgie de Paris, l’un des spécialistes du Consilium qui a préparé la réforme liturgique, a décrit dans le journal La Croix l’élément fondamental de la réforme de la Liturgie de l’Eucharistie : « La création de trois nouvelles prières eucharistiques, alors que jusque-là il n’en existait qu’une, la Prière eucharistique I, fixée dans le canon romain dès le IVe siècle. La deuxième a été reprise de la prière d’Hippolyte (IIIe siècle) telle qu’elle fut découverte dans une version éthiopienne à la fin du XIXe siècle. La troisième s’est inspirée du schéma des liturgies orientales. La quatrième a été élaborée en une nuit par une petite équipe autour du P. Gelineau. » (3)

Le P. Joseph Gelineau, S.J. susmentionné ne s’est pas trompé lorsqu’il a salué avec enthousiasme la réforme en déclarant : « Non seulement les paroles, les mélodies et certains gestes sont différents mais à dire la vérité, il s’agit d’une liturgie différente de la Messe. Ceci doit être dit sans ambiguïté : le rite romain tel que nous l’avons connu n’existe plus : il est détruit. » (4)

Comment, alors, le pape François entend-il affirmer, dans sa récente lettre aux évêques, que « quiconque désire célébrer avec dévotion selon la forme liturgique antécédente n’aura aucune difficulté à trouver dans le Missel Romain réformé selon l’esprit du Concile Vatican II, tous les éléments du Rite Romain, en particulier le canon romain, qui constitue un des éléments les plus caractéristiques » ? Cela semble une ironie aussi amère que le titre du motu propio Traditionis Custodes...

Si le Novus Ordo Missae n’est pas une simple réforme et implique une telle rupture avec le rite traditionnel, la célébration de ce dernier ne peut être interdite, comme Mgr Klaus Gamber le souligne : « Pas un seul document, pas même le Codex iuris canonici, n’a déclaré expressément que le pape, en tant que pasteur suprême de l’Église, avait le droit d’abolir le rite traditionnel. Il n’est même nulle part question d’un droit à modifier des coutumes liturgiques particulières. Ce silence est, dans le cas présent, lourd de signification. »

De plus, s’il le faisait, il risquerait de se séparer de l’Église. Mgr Gamber écrit, en effet, que « le célèbre théologien Suarez († 1617), se réclamant d’auteurs plus anciens comme Cajetan († 1534), pense que le pape serait schismatique “s’il ne voulait pas – comme il est de son devoir – maintenir l’unité et le lien avec le corps tout entier de l’Église, par exemple s’il essayait d’excommunier l’Église tout entière ou s’il voulait modifier tous les rites confirmés par la tradition apostolique” ».

C’est probablement pour éviter ce risque de schisme que huit des neuf cardinaux de la Commission nommée par Jean-Paul II en 1986 pour étudier l’application de l’Indult de 1984 ont déclaré que Paul VI n’avait pas réellement interdit l’ancienne messe. Par ailleurs, à la question : « Un évêque, quel qu’il soit, peut-il interdire à un prêtre, en règle avec les autorités, de célébrer, à nouveau, la messe tridentine ? », le Cardinal Stickler a répondu que « à l’unanimité, les neuf cardinaux ont admis qu’aucun évêque ne pouvait interdire à un prêtre catholique de dire la messe tridentine. Il n’y a pas d’interdiction officielle et je pense que jamais le pape ne décrèterait un interdiction officielle ». (5)

Dans le motu propio Traditionis Custodes, le pape François a néanmoins autorisé les évêques à interdire cette célébration. À tel point que la Conférence épiscopale du Costa Rica s’est empressée de décréter collectivement que « l’usage du Missale Romanum de 1962 ou de l’une quelconque des expressions de la liturgie antérieures à 1970 n’est pas autorisé », de sorte qu’« aucun prêtre n’est autorisé à continuer de célébrer selon l’ancienne liturgie ». (6)

Pour tout ce qui précède, nous souscrivons pleinement aux conclusions tirées par l’Abbé Francisco José Delgado : « Je pense que la chose intelligente à faire maintenant est de défendre d’une façon calme et pacifique la vérité sur les lois iniques. Le Pape ne peut pas changer la Tradition par décret ou dire que la liturgie post-Vatican II est la seule expression de la lex orandi dans le Rite Romain. Comme cela est faux, la législation qui découle de ce principe est invalide et, selon la morale catholique, elle ne doit pas être observée, ce qui n’implique pas la désobéissance. » (7)

Il n’est pas nécessaire d’être spécialiste en ecclésiologie pour comprendre que l’autorité et l’infaillibilité papales ont des limites et que le devoir d’obéissance n’est pas absolu. De nombreux théologiens de la meilleure espèce reconnaissent explicitement la légitimité de la résistance publique aux mauvaises décisions ou enseignements des pasteurs, y compris du Souverain Pontife. Ils ont été largement cités dans l’étude d’Arnaldo Xavier da Silveira intitulée « La résistance publique aux décisions de l’autorité ecclésiastique », publiée par la revue Catolicismo en août 1969.

Dans le cas présent, il est permis non seulement de « ne pas observer » le motu proprio du Pape François, mais même de résister à son application, selon le modèle enseigné par saint Paul (Ga 2, 11). Il ne s’agit pas de remettre en cause l’autorité pontificale, pour laquelle notre amour et notre vénération doivent toujours grandir. C’est l’amour pour la papauté elle-même qui doit nous conduire à dénoncer Traditionis Custodes, pour avoir tenté d’éliminer dictatorialement le rite le plus ancien et le plus vénérable du culte catholique, dans lequel tous les fidèles ont le droit de s’abreuver.

L’illustre théologien Francisco de Vitoria (1483-1546) observe : « Selon la loi naturelle, il est licite de repousser la violence par la violence. Or, par des ordres et des dispenses de ce genre, le pape fait violence parce qu’il agit contre la loi, comme nous l’avons prouvé. Il est donc légitime de s’opposer à lui. Ainsi que le fait remarquer Cajetan, nous affirmons tout cela non pas parce que quelqu’un a le droit de juger le pape, ou possède une autorité sur lui – prima Sedes a nemine judicatur –, mais plutôt parce qu’il est légitime de se défendre. De fait, n’importe qui a le droit de résister à un acte injuste, d’essayer de l’empêcher, et de se défendre. » (8)

Pour formuler leur désaccord, les catholiques fidèles peuvent s’inspirer du modèle, tout à la fois ferme et empreint de respect pour le souverain Pontife, utilisé en avril 1974 par le regretté professeur Plinio Corrêa de Oliveira pour sa déclaration de résistance à l’Ostpolitik du pape Paul VI. Les paragraphes clés de cette déclaration, intitulée « La politique de détente du Vatican avec les gouvernements communistes : pour les TFP, s’abstenir ou résister ? » disaient :
« Le lien d’obéissance au successeur de Pierre, que nous ne romprons jamais, que nous aimons dans les profondeurs de notre âme, et auquel nous rendons notre plus haut hommage d’amour, ce lien nous l’embrassons au moment même où, submergés par le chagrin, nous affirmons notre position. Et à genoux, contemplant avec vénération la figure de Sa Sainteté Paul VI, nous lui exprimons toute notre fidélité.

« Dans cet acte filial, nous disons au Pasteur des pasteurs : Notre âme est vôtre, notre vie est vôtre. Commandez-nous de faire ce que vous voulez. Mais ne nous commandez pas de ne rien faire face au loup rouge qui fonce. À cela, notre conscience s’oppose. » (9)


NOTES

1. Const. Pastor Aeternus, ch. 3
3. Paradosis est un terme grec utilisé 13 fois dans la Bible, qui peut être traduit par tradition, instruction, transmission.
5. Demain la liturgie — Essai sur l’évolution des assemblées chrétiennes, Cerf, 1979, in Christophe Geoffroy et Philippe Maxence,  Enquête sur la messe traditionnelle, La Nef hors-série n° 6, p. 51-52.
Ces déclarations du Cardinal Stickler ont paru pour la première fois dans la revue américaine The Latin Mass et ont été reproduites par La Nef, dans le numéro 53 de septembre 1995.
6. https://www.facebook.com/169949476400642/posts/4383320898396791/
8. Obras, p. 486-487


© José Antonio Ureta pour la traduction

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12 novembre, 2015

Des nouvelles de « Laura », la jeune Belge en bonne santé physique qui avait obtenu le droit à l’euthanasie : un reportage vidéo sur Emily

La jeune Belge, dite « Laura », qui avait obtenu au printemps l’autorisation de se faire euthanasier en raison de « souffrances psychiatriques intolérables », a fait l’objet d’un documentaire poignant tourné par The Economist pendant les mois et les jours qui ont précédé le jour fixé pour son injection létale. Elle s’appelle en réalité Emily, c’est une Flamande de la ville de Bruges. A 24 ans, en excellente santé physique, elle avait derrière elle une vie de désespérance, de dépression profonde et de fréquents épisodes d’automutilation. Le documentaire sur sa marche vers l’euthanasie a été mis en ligne le 10 novembre. Arrêtez votre lecture ici si vous voulez voir son histoire plutôt que je ne vous la raconte…
En fait, l’histoire se termine bien. Emily, à la dernière minute, a choisi de vivre.
C’est une bonne nouvelle. C’est une jeune vie sauvée. On peut espérer que la jeune femme va pouvoir vivre une nouvelle vie, sans ce mal qui la rongeait. Mais le documentaire de The Economist est avant tout un plaidoyer pour le droit à l’euthanasie, qui présente complaisamment la demande de fin de vie de la jeune femme. A travers la compassion suscitée, l’idée est de faire accepter que l’option de l’euthanasie, du simple fait qu’elle existe, donne le courage de continuer. Tant qu’Emily « Laura » a pensé qu’il n’y avait pas d’issue, elle a désiré la mort plus que tout. Une fois la mort à portée de mains, elle a retrouvé une certaine paix de l’esprit.
Il y a dans ce récit une contre-vérité. Pourquoi Emily a-t-elle obtenu d’une équipe de trois médecins l’autorisation d’être euthanasiée, si ce n’est au motif du caractère totalement incurable et insupportable de son affection psychiatrique ? C’est parce qu’il n’y avait pas d’espoir de guérison, ni même d’amélioration, de l’avis des spécialistes, que ceux-ci ont donné le feu vert.
En définitive, c’est l’approche de la mort qui a déclenché quelque chose dans son esprit. Elle a trouvé des raisons de vivre puisqu’elle est encore là. Si ces choses ont un sens, elles montrent bien que le désespoir de la jeune femme n’était pas si profondément enraciné qu’il ne puisse céder devant telle ou telle forme d’aide ou de soutien. Emily avait des ressources dans son propre esprit, et au cours de ses dernières semaines avant la date prévue de l’euthanasie, cet été, elle a bénéficié de l’écoute et du soutien de sa mère, de ses amies, qu’on voit dans le documentaire tour à tour résignées et atterrées devant sa décision.
Ainsi donc, la maladie d’Emily n’était pas totalement incurable, hors d’espoir.
On peut arguer que les médecins qui la traitent depuis des années ont failli, non pas parce qu’il n’y avait objectivement pas de solution, mais parce qu’ils n’ont pas trouvé de moyen de lui rendre un peu d’espoir. Au cours du documentaire Emily montre au journaliste un tiroir plein d’antidépresseurs et autres médicaments qui n’arrivaient pas à juguler sa haine d’elle-même et ses crises d’automutilation, en encore moins à la guérir. Sans aucun doute les médicaments aident-ils à rendre l’équilibre aux personnes souffrant de maladies de l’esprit, mais il est clair qu’ils ne parvenaient pas à leur fin dans le cas de la jeune femme.
Le film commence par des images qu’Emily avait tournées d’elle-même il y a quelques années pour y exprimer pour la première fois aux yeux du monde son désir de mort, tapie dans un coin, les bras lacérés. Elle se souvient : dès l’âge de trois ans, elle aurait préféré « ne pas être là » et son désir de se tuer s’est manifesté quand elle avait six ans.
Le film ne dit pas que ses parents se sont séparés très tôt : la vie commune avait été rendue impossible par la violence et l’alcoolisme de son père. Emily a passé la plus grande partie de son enfance avec ses grands-parents maternels, qui l’ont entourée de leur affection. Mais il y avait cette faille, dont Emily se persuade aujourd’hui qu’elle n’a eu aucun rôle majeur dans son désir d’autodestruction.
Le fait est que ses séances d’automutilation ont commencé tôt et que personne n’a su en comprendre la gravité. Après le lycée – le documentaire n’en parle pas non plus – elle a choisi de faire du théâtre, elle a emménagé avec une amie avec qui elle vivait une « passion amoureuse très agréable » comme elle l’a raconté au printemps, avant que sa propre dépression ne conduise à leur séparation.
C’est alors qu’un psychiatre l’a convaincue de se faire interner – chose que le film ne dit pas non plus – dans une institution psychiatrique où elle a fait la connaissance d’une autre femme, Sarah, qui était en train d’organiser sa propre euthanasie. Elles parlaient souvent de la mort et Emily, forcément fragile, a eu l’idée de suivre son exemple. Dans le documentaire, elle qu’elle se serait donné la mort, « mais c’eût été une mort affreuse, douloureuse, dans l’isolement ». « Sans l’option de l’euthanasie, je me serais suicidée », dit-elle. Vraiment ?
Cependant, ses crises terribles se succédaient, faisant d’Emily « Laura » une patiente si violente et agressive qu’on la renvoyait chez elle de temps en temps pour que le personnel de la clinique psychiatrique puisse souffler. Elle raconte dans le film comment elle avait l’impression d’abriter un « monstre maléfique » dans sa cage thoracique : au pire de ses crises, elle se scarifiait en imaginant qu’il pouvait alors sortir, s’éloigner, mais la douleur pouvait revenir dans les cinq minutes. Elle se coupait et se frappait la tête contre les murs, sans trouver la paix.
Le film montre les trois médecins qui ont autorisé l’euthanasie d’Emily, et qui l’ont suivie pendant plusieurs mois. Parmi eux, Lieve Thienpont, psychiatre spécialisée dans l’évaluation des demandes d’euthanasie. Elle a écrit un livre sur le sujet, Libera me, et pour elle on est en plain dans la question de la « mort dans la dignité » : elle conçoit l’euthanasie comme une solution possible. On peut sans risque d’être injuste dire qu’elle est partisane de l’euthanasie.
Elle paraît plusieurs fois dans le documentaire pour commenter sur le cas d’Emily. On la voit même avec les deux autres médecins au moment où ils expliquent à la jeune femme comment se passera concrètement l’euthanasie, en soulignant qu’elle pourra refuser jusqu’à la dernière seconde, au dernier instant, sans craindre que sa « crédibilité » n’en prenne un coup.
Lieve Thienpont explique au cours d’un entretien filmé que les souffrances d’Emily sont si graves qu’elles sont « incompatibles avec la vie » et en tout cas avec une « qualité suffisante de vie » qui lui permettrait de continuer.
Après des échanges avec la mère, les amies de la jeune femme, le journaliste se rend dans l’appartement d’Emily, apparemment le jour de l’euthanasie, programmée pour 17 heures. C’est à la fin, à l’arrivée du médecin, qu’elle dit ne pas vouloir de l’injection létale. « Très rationnellement, j’ai dit : “Je ne peux pas le faire.” Car les deux dernières semaines qui ont précédé ce fameux jeudi où cela aurait dû se faire ont été relativement supportables. Il n’y a pas eu de crises. Et je ne comprenais pas bien pourquoi il en était ainsi. Est-ce parce que la sérénité de la mort était si proche ? Parce que nous nous disions adieu et que je me sentais bien à cause de cela ? Ou bien quelque chose a-t-il changé ? »
En attendant, l’histoire d’Emily est bel et bien utilisée pour promouvoir l’euthanasie, en tant qu’option possible pour tous ceux qui le désirent, voire comme une solution qui au bout du compte, pourrait aider certains à continuer de vivre. Mais aujourd’hui en Belgique, même si nombre de tels cas sont connus, certains meurent des mains des médecins alors même qu’ils sont en bonne santé physique, comme Emily.
Quel rôle a joué le passé d’Emily dans sa dramatique histoire ? Le film n’en parle pas. Il se contente de noter qu’elle n’est pas croyante, qu’elle n’a aucune idée de l’existence ou non d’une vie après la vie.
On ne peut s’empêcher de poser la question : n’avait-elle pas avant tout besoin d’un soutien spirituel et  physique ? Son traitement psychiatrique était-il adapté ? A l’heure où tant de jeunes ont des problèmes d’identité, induits notamment par des méthodes pédagogiques qui déstructurent la pensée – à preuve, tous ces jeunes qui ne comprennent pas la différence entre sujet et objet, qui ne savent pas qui est « je » – le cas d’Emily devrait être un appel à une véritable prise de conscience, au lieu d’être utilisé par le lobby de l’euthanasie.


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16 septembre, 2015

Maltraitance et persécution aux Pays-Bas : une femme néerlandaise privée de son droit d’assister à la messe traditionnelle par son curateur

Madame H.A.W. de Rijk-van der Moolen, 90 ans, est une femme néerlandaise et catholique, attachée à la forme extraordinaire du rite romain. Voilà des années qu’elle fréquente assidûment l’église Sainte-Agnès d’Amsterdam, desservie par la Fraternité Saint-Pierre. Mais depuis quelque temps elle est privée de son droit d’y pratiquer sa religion par son curateur, de concert avec la maison de soins où elle finit ses jours. Et ce malgré l’intervention des responsables de la paroisse, ses propres protestations, et l’accord avec les responsables de l’établissement Nieuw Vredeveld qui s’étaient engagés, lors de son entrée, à respecter sa liberté religieuse et notamment son droit d’aller à la messe dans l’église de son choix. Mme de Rijk est véritablement victime de maltraitance, et même de persécution en raison de sa foi…
C’est le 15 août, fête de l’Assomption de la très sainte Vierge Marie, que les responsables de la paroisse personnelle Saint-Joseph chargée des célébrations à Sint-Agnes, ont écrit une lettre recommandée, cosignée par plus de 130 fidèles, au curateur de Mme de Rijk, pour protester contre cette situation où elle se voit interdire d’aller à cette messe traditionnelle où elle ne manquait de se rendre les dimanches et jour de fête.
Non seulement Mme de Rijk est privée de son droit de pratiquer sa religion comme elle l’entend, mais en outre, sur décision de son curateur, elle subit toutes les semaines une pression inouïe, aussi bien de la part du personnel soignant, des infirmiers que des bénévoles qui s’occupent des personnes âgées de Nieuw Vredeveld, afin qu’elle les accompagne au culte protestant que l’on y célèbre le vendredi. Parfois ils s’y mettent à trois…
Pourtant, il avait été clairement indiqué lorsque la patiente avait été inscrite dans la maison de soins qu’elle souhaitait fréquenter l’église, et recevoir les soins spirituels du prêtre de son choix, et qu’elle n’avait aucun intérêt pour les activités pastorales d’une quelconque autre dénomination.
Les semaines ont passé. Le curateur, une certaine Brigitte Goedhart de Goedhart Amsterdam B.V., n’a pas jugé bon de répondre aux demandes concernant la privation de liberté et l’atteinte à la liberté religieuse de Mme de Rijk. Le 8 septembre, l’abbé Kromann Knudsen de la Fraternité Saint-Pierre a cherché à joindre Mme Goedhart à son cabinet, par téléphone. Elle n’était pas joignable ; on lui indiqua qu’elle rappellerait. Mais… rien. Le lendemain, une nouvelle lettre recommandée fut envoyée. Depuis lors, toujours rien. Mme Goedhart refuse de prendre contact avec la paroisse.

Brigitte Goedhart, qui a été chargée par un tribunal de la curatelle de Mme de Rijk, est théoriquement responsable de la défense de ses intérêts. Aussi la vieille dame, ne sachant plus à quelle porte frapper, a-t-elle pris sur elle de téléphoner à son curateur. Ne serait-ce que pour avoir des explications… Elle a appelé deux fois. Au total, les coups de fil ont duré moins de 90 secondes. Trop pour le cabinet Goedhart… Aussitôt, Mme Goedhart a appelé la direction de la maison de soins pour exiger que le téléphone de la vieille dame soit saisi pendant plusieurs jours.
Elle s’est ainsi vue privée de son seul lien avec le monde extérieur. Un véritable choc pour cette dame qui pour être en bonne forme physique – et parfaitement capable de se rendre dans une église en dehors de sa résidence – n’en est pas moins fragile psychologiquement. Elle est entrée en résistance à sa façon, de la seule manière qui lui reste : en refusant tous les soins, toute aide au moment de la toilette, de l’habillage, des repas… Elle était agitée et profondément angoissée.
Là encore, la maison de retraite et le curateur ont refusé de réagir et de fournir la moindre explication à la paroisse de Mme de Rijk ou à ses amis.
Ceux-ci ont décidé d’en appeler à l’opinion publique, soulignant que Mme de Rijk est victime d’une grave maltraitance, à un moment de sa vie où il lui est impossible de se défendre elle-même.
On peut réagir et apporter son soutien à Mme de Rijk et contre la « violence spirituelle » dont elle est victime en écrivant à stopgeestelijkgeweld@agneskerk.org.


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17 décembre, 2014

Avortement : la Cour suprême d’Ecosse refuse l’objection de conscience aux sages-femmes

Connie Wood et Mary Doogan.
A elles deux, elles ont mis plus de 10.000 bébés au monde.
Deux sages-femmes écossaises, Mary Doogan et Connie Wood, ont vu rejeter leur demande de reconnaissance de leur droit de ne pas superviser des avortements pratiqués en salle de travail par la Cour suprême d’Ecosse ce mercredi matin. Catholiques toutes deux, étaient en conflit depuis plusieurs années avec le « National Health Service » – NHS, le service public britannique de la santé – de leur secteur, qui cherchait à les obliger à exercer une surveillance hiérarchique de leurs subordonnées dans les procédures d’avortement. Une mesure perçue comme vexatoire alors que les avortements ne représentent qu’une petite partie de la charge de travail dans leur service à l’hôpital de Glasgow qui les emploie : il aurait été très facile d’aménager leur travail afin que leur droit à l’objection de conscience puisse être respecté.
Une cour d’appel d’Edinbourg avait donné raison aux deux sages-femmes l’an dernier, affirmant que Mary Doogan et Connie Wood pouvaient au titre de l’objection de conscience récuser toute forme de participation à l’avortement, y compris la surveillance hiérarchique d’autres personnes qui le pratiqueraient.
Les deux femmes ont réagi en soulignant que la décision de la Cour suprême aboutit à un aménagement de la clause de conscience « qui la rend désormais en pratique sans objet pour les sages-femmes responsables d’une salle de travail ».
L’archevêque catholique de Glasgow, Philip Tartaglia, qui est également président de la conférence des évêques d’Ecosse, a aussitôt déclaré au Scottish Observer : « Je suis consterné et déçu par cette décision de la Cour suprême qui a des répercussions fondamentales sur le droit de chaque citoyen de ce pays d’agir en accord avec sa conscience sur son lieu de travail. Cette affaire n’a jamais été celle du bien-fondé ou non de l’avortement. Ce n’était pas non plus une affaire de religion. Il s’agissait du droit du citoyen ordinaire de voir sa conscience respectée dans la société et au travail. La société tout entière est devenue plus pauvre, moins respectueuse et moins tolérante à cause de cette décision. »
Il souligne – involontairement sans doute – les limites imposées au débat sur l’avortement par l’approche de l’objection de conscience, qui se place forcément sur le plan relatif : le subjectivisme des uns face aux exigences imposées par les autres, les plus forts. On en oublierait que l’objection de conscience n’a de sens que devant des pratiques objectivement rejetées par la conscience au titre d’un interdit moral général. En l’occurrence : « Tu ne tueras pas. » C’est l’existence de cet interdit moral qui explique que l’objection de conscience par rapport au service militaire, par exemple, ait pu être pris en compte. Ne pas porter le débat sur ce plan, c’est déjà une forme de défaite.
La SPUC (Société pour la protection de l’enfant à naître, plus ancienne et plus importante association pro-vie britannique) a soutenu les deux sages-femmes dans leur combat judiciaire, prenant notamment à sa charge les frais judiciaires. Elle a réagi en dénonçant les termes très larges de la décision qui font peser de nouvelles menaces sur les professions de santé britanniques. Son secrétaire général, Paul Tully, a publié ce communiqué :
« La SPUC reconnaît l’immense dette de toute la communauté pro-vie à l’égard de Mary Doogan et Connie Wood qui ont mené ce combat pendant ces sept dernières années. Elle se sont battues non seulement pour leurs propres carrières, mais pour tous les membres actuels et à venir de la professions qui voudraient défendre le droit à la vie de chacun, depuis l’instant de la conception, sans discrimination. Nous sommes amèrement déçus pour elles. 
La décision de ce jour rend probable, malheureusement, que des sages-femmes en poste de responsabilité qui refusent de tuer des bébés doivent quitter leur profession. Les sages-femmes plus jeunes pourront peut-être encore exercer dans des salles de travail où se pratiquent des avortements mais elles seront au  mieux limitées au statut de “membre du staff”. Elles pourraient facilement être placées dans une situation impossible par des supérieurs pro-avortement, et ne pourraient bénéficier d’une promotion à un poste de responsabilité sans craindre de devoir violer leur conscience. Cela aura des répercussions pour toute personne qui s’oppose à l’avortement, qu’elle professe une religion ou qu’elle n’en professe aucune. Cela créera un statut de seconde classe parmi les sages-femmes pour celles qui se limitent à mettre les bébés au monde et qui ne les tuent pas. 
En outre, la Cour a saisi l’occasion de cette affaire pour décider que la clause de conscience de la loi sur l’avortement ne s’appliquait pas aux généralistes, et que les médecins hospitaliers à qui l’on demandera de prescrire des produits abortifs ne seront pas davantage couverts par la clause de conscience. Nous prévoyons que cela conduira à des efforts renouvelés de la part de la hiérarchie des services de santé pour contraindre les médecins ayant une objection de conscience par rapport à l’avortement, soit à compromettre leur respect de la vie humaine, soit à quitter la profession. SPUC soutiendra les médecins et les encouragera à résister à de telles manœuvres d’intimidation. 
Le lobby de l’avortement a longtemps soutenu que les objecteurs de conscience devaient être contraints à renvoyer les femmes cherchant à obtenir un avortement légal vers d’autres praticiens. Des institutions comme le Département de la santé ont restreint le champ de cette obligation en affirmant que cela ne vat que lorsque les conditions légales pour un avortement sont réunies, mais la Cour suprême a décidé que tout professionnel de la médecine qui refuse de procurer un avortement doit renvoyer la patiente vers quelqu’un qui soit disposé à le pratiquer. Cela semble dépasser de très loin le champ de la loi sur l’avortement, et en outre il ne s’agit même pas d’une question sur laquelle la Cour avait à décider dans cette affaire. 
La Cour a pourtant déclaré que les sages-femmes et les médecins qui sont objecteurs de conscience sont obligés de renvoyer les patientes qui réclament l’avortement vers des collègues qui ne sont pas objecteurs. Cela va plus loin que le Conseil général de la médecine dont les directives actuelles affirment que les médecins doivent renvoyer la patiente vers un autre médecin, mais sans exiger qu’ils vérifient que ce dernier soit certifié “pro-avortement”. »

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08 décembre, 2014

Espagne : le Congrès va débattre de l’avancée des droits des transsexuels

Source photo : Infocatolica.
La Commission de l’Egalité du Congrès des députés va débattre mercredi d’un texte encourageant le gouvernement à élaborer une « loi intégrale de transsexualité » visant à mettre en œuvre les revendication des groupes qui s’en réclament. Il s’agit de ne plus traiter le transsexualisme comme une maladie mais de respecter, dans la lettre et dans l’esprit du texte, le droit des « trans » aux soin, à l’autodétermination du genre en toute liberté, et de répondre aux demandes des parents par rapport à leurs enfants mineurs transsexuels dans le domaine de l’éducation et de la santé.
L’initiative – si l’on peut dire – ne tombe pas du ciel puisqu’une telle loi a été mise en place de manière expérimentale en Andalousie en juin sous la pression des socialistes et de la Gauche unie (Izquierda unida), avec le concours de tous les partis, y compris le Partido Popular de Mariano Rajoy.
Aux termes du texte souhaité par la Commission de l’Egalité, personne n’aurait plus besoin de justifier son « genre auto-perçu », y compris dans le cadre scolaire.
Il s’agit d’une application d’une loi autonome andalouse qui complète la loi nationale sur l’identité de genre adoptée en 2007 permettant l’inscription à l’état civil d’un changement de sexe sans opération et sans procédure judiciaire.
La loi souhaitée désormais sur le plan national s’inspirerait du texte argentin qui fait disparaître toute notion de pathologie du transsexualisme.

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04 décembre, 2014

Maine : un élève transgenre fait condamner son école à 75000 $, et le droit pour ses semblables d’aller aux toilettes chez les filles

Voilà une procédure qui touche à sa fin. Nicole Maines, 17 ans, vient d’obtenir la condamnation du Département scolaire d’Orono, dans le Maine, qui lui avait interdit d’accéder aux toilettes des filles à l’école primaire et au collège. Au terme de sept ans de conflit judiciaire, la Penonscot County Superior Court vient d’enjoindre aux autorités scolaires de ne plus se livrer à de telles pratiques « discriminatoires » à l’égard d’élèves transgenres, comme l’est Nicole Maines.
La même décision condamne le Département scolaire d’Orono à verser 75.000 $ à l’association de défense LGBT Gay & Lesbian Advocates & Defenders (GLAD) qui représentait l’élève et ses parents. Une bonne part de cette somme sera versée à cette famille, a assuré une représentante de GLAD.
L’affaire avait démarré il y a sept ans lorsque la famille de Nicole avait porté l’affaire devant la Commission des droits humains de l’Etat du Maine. C’était la première plainte dans le cadre d’un refus d’accès aux toilettes correspondant au « genre » auquel s’identifiait un élève « transgenre ». Nicole avait donc 11 ans à l’époque… La Commission des droits humains devait s’associer à la famille pour engager des poursuites judiciaires en 2009.
 Né garçon – et baptisé Wyatt, avec un frère jumeau, Jonas Maines – mais se sentant fille depuis l’âge de 2 ans, « Nicole » s’était vu refuser l’accès aux toilettes des filles à l’école élémentaire Asa Adams d’Orono après que le grand-père d’un autre élève, un garçon, eut protesté contre l’autorisation donnée dans un premier temps. On lui avait accordé la permission d’utiliser les toilettes des professeurs.
La famille de Wyatt-Nicole a estimé que cette solution était « discriminatoire ».
Désormais l’adolescent, qui souffre selon un diagnostic médical de « dysphorie de genre » (un « trouble de l’identité de genre » qui fait que le patient s’identifie avec le sexe opposé au sien) rêve de subir une opération pour changer de sexe biologique.
Nicole a été nommée en octobre parmi les 50 « héroïnes ordinaires » de l’année, les « femmes qui inspirent » récompensées tous les ans par Glamour Magazine.

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26 novembre, 2014

Large majorité à l'Assemblée pour l'avortement, « droit fondamental »

Le 40e anniversaire du grand discours de Simone Veil pour la légalisation de l'avortement a été « fêté » par l'Assemblée nationale qui a adopté une résolution visant à faire de l'avortement un « droit fondamental » à l'avortement, à la demande du député socialiste Catherine Coutelle.

Il faudra revenir sur ce changement qui marque un bouleversement définitif dans la législation française, en qualifiant de droit absolu le choix de mettre à mort un enfant à naître.

Sur les 151 élus présents – sur 577 – seuls 7 ont voté contre :

• Jacques Bompard (on peut lire son intervention splendide sur le Salon beige
• Jean-Frédéric Poisson
• Jean-Christophe Fromantin
• Nicolas Dhuicq
• Xavier Breton
• Yannick Moreau
• Olivier Marleix

Gilbert Collard, élu Rassemblement Bleu Marine, s'est abstenu.
Marion Maréchal-Le Pen n'était pas là.

On nous expliquera peut-être que cela ne servait à rien de se déplacer, ou de voter contre. Mais alors à quoi sert d'être élu à l'assemblée ?

Voici le texte complet de la résolution, avec les points adoptés en gras.

Article unique
L’Assemblée nationale,

Vu l’article 34-1 de la Constitution,

Vu l’article 136 du Règlement,

Vu la loi n° 75-17 du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse, dite « loi Veil »,

Vu la loi n°79–1204 du 31 décembre 1979, dite « loi Pelletier », reconduisant définitivement la loi Veil du 17 janvier 1975,

Vu la convention sur l’élimination des discriminations à l’encontre des femmes (CEDAW), adoptée en assemblée générale des Nations Unies en 1979 et ratifiée en 1983 par la France, et spécifiquement son article 12 qui stipule que « les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans le domaine des soins de santé en vue de leur assurer, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, les moyens d’accéder aux services médicaux, y compris ceux qui concernent la planification de la famille »,

Vu la loi n° 82-1172 du 31 décembre 1982, dite « loi Roudy », qui autorise le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse et instaure la prise en charge par l’État,

Vu la loi n° 93-121 du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d’ordre social, dite « loi Neiertz », créant le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse,

Vu le programme d’action de la conférence internationale du Caire sur la population et le développement (CIPD) de septembre 1994, qui rappelle que les moyens de maîtriser la fécondité des femmes sont des éléments capitaux des programmes relatifs à la population et au développement,

Vu le programme d’action de Pékin, adopté en septembre 1995 lors de la quatrième conférence mondiale sur les femmes, qui rappelle « la liberté et la possibilité de décider si et quand on veut avoir des enfants. Cela implique qu’hommes et femmes ont le droit d’être informés sur les méthodes sûres, efficaces, abordables et acceptables de planification familiale » (alinéa 94 du programme d’action),

Vu la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, qui modernise la loi n° 75-17 du 17 janvier 1975 susvisée,

Vu la résolution 1607 adoptée par le Conseil de l’Europe en avril 2008 promouvant un accès à un avortement sans risque et légal en Europe,

Vu la loi n° 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui supprime la notion de détresse et élargit le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse,

1. Réaffirme l’importance du droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse pour toutes les femmes, en France, en Europe et dans le monde ;

2. Rappelle que le droit universel des femmes à disposer librement de leur corps est une condition indispensable pour la construction de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et d’une société de progrès ;

3. Affirme le rôle majeur de la prévention et de l’éducation à la sexualité, en direction des jeunes ;

4. Affirme la nécessité de garantir l’accès des femmes à une information de qualité, à une contraception adaptée et à l’avortement sûr et légal ;

5. Souhaite que la France poursuive son engagement, au niveau européen comme international, en faveur d’un accès universel à la planification familiale.

Délibéré en séance publique, à Paris, le 26 novembre 2014.
Le Président,
Signé : 
Claude BARTOLONE

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19 novembre, 2014

Stérilisation infernale : la mobilisation contre Essure continue

Le ressort Essure. Synonyme d'enfer
pour beaucoup.
Plus de 11.000 femmes se mobilisent actuellement aux Etats-Unis contre les effets secondaires parfois terribles de l’implant contraceptif Essure, cette petite spirale métallique que le médecin glisse dans les trompes de Fallope pour que la scarification des tissus qu’elle provoque aboutisse à leur obstruction complète en quelque trois mois. La société Conceptus, qui l’a développée, et Bayer qui la commercialise, vantent un produit discret, sans chirurgie, sans hormones et efficace à 99 %.
Mais sur les 750.000 femmes qui l’ont adoptée, ce groupe non négligeable de 11.000 personnes regrettent amèrement leur décision. L’an dernier je signalais qu’Erin Brokovich s’était emparée du dossier. L’affaire est de nouveau sous les projecteurs dans la presse américaine où des femmes viennent témoigner, devant les caméras, de l’« enfer » qu’est devenue leur vie.
Une mère de cinq enfants parle de ses problèmes de poids, de migraines insupportables, d’hémorragies, de douleurs. Telle autre raconte comment elle se sent littéralement déchirée de l’intérieur du fait de la présence de ces corps étrangers : on lui a proposé une hystérectomie, et des traitements hormonaux… Sueurs, mal-être, douleurs de toutes sortes, fatigue chronique sont quelques-uns des effets secondaires débilitantes rapportées par des femmes en colère contre Essure. Chez certaines, l’implant a migré, endommageant d’autres organes. On compte même des grossesses : une page Facebook rassemble les photos d’enfants conçus par des femmes qui avaient eu recours à cette procédure de stérilisation.
L’affaire poursuit donc son cours avec la difficulté, déjà signalée l’an dernier, liée au bénéfice de la « loi de préemption » qui met Bayer à l’abri de toute procédure légale en réparation des dommages causés par Essure. La Food and Drug Administration ayant eu accès à toutes les études préalables à la mise sur le marché, et ce nombre étant considéré comme exhaustif et suffisant, le produit est estimé « sûr » et les femmes qui l’adoptent ne peuvent plus faire constater l’inverse.
Dans une vidéo mise en ligne par KFOR, un responsable de Bayer se dédouane à sa façon : tous les effets indésirables d’Essure étant listés dans la notice du produit, les femmes ne peuvent pas se plaindre si elles en sont victimes.


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14 novembre, 2014

Botswana : un juge reconnaît des droits aux militants LGBT

Un juge a renversé l'interdit gouvernemental qui pesait sur un groupe de lobbying LGBT, LEGABIBO, affirmant qu'il devait être enregistré comme association légale et qu'il pourra faire campagne en vue d'obtenir le changement de la législation anti-homosexuelle en vigueur au Botswana.
Le juge Rannoane (à droite) avec
le président du Botswana

Le juge Terrence Rannoane a précisé que cette législation, qui interdit les actes homosexuels au
Botswana, reste en vigueur. Mais au nom de la démocratie, il a jugé que « la liberté d'expression, le rassemblement et l'association sont des valeurs importantes » protégées par la constitution du pays.

Et d'expliquer que la décision de refuser l'enregistrement de LEGABIBO avait été prise selon la « croyance erronée que les demandeurs avaient l'intention d'accomplir des actes homosexuels, ce qui est un crime ».

On peine à croire en effet que des groupes LGBT demandent des droits en tant que tels alors en se référant à leur seule attirance subjective et privée. 


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Le vote solennel de la loi sur l’aide à mourir, dans l’oubli de l’essentiel

La loi sur l’aide à mourir sera solennellement votée mardi, dans l’oubli de l’essentiel   A deux jours de l’adoption solennelle de la loi su...