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03 juillet, 2024

Liberté de la messe traditionnelle : le vibrant appel de personnalités éminentes au Royaume-Uni dans “The Times”

De nombreuses personnalités du monde de la culture, de la politique, du spectacle et de la « haute société » en général ont signé une « lettre à la rédaction » dans The Times de Londres prenant la défense de la messe tridentine et réclamant le maintien de ce « magnifique patrimoine spirituel et culturel ». Ils se réclament explicitement de l’appel de 1971 qui avait abouti à l’« indult Agatha Christie » autorisant par exception la célébration en Angleterre et au Pays-de-Galles de la « messe de saint Pie V » : comme alors, les signataires sont des catholiques et des non catholiques, des croyants et des non croyants. Et des gens de droite comme de gauche…

Ils se mobilisent pour la liberté de la messe tridentine, cette “cathédrale de textes et de gestes”. Toute l’information et notre éclairage ici : clic !, sur reinformation.tv.

Partagez, c’est une belle nouvelle !


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28 juin, 2024

Le “Club des hommes en noir” sur les rumeurs de suppression des messes traditionnelles pour tous les “diocésains”

J’ai eu l’honneur de participer à cet avant-dernier épisode de la saison, sur un sujet qui nous tient tous à cœur : l’avenir de la messe traditionnelle.

Philippe Maxence a animé cette conversation sur les droits de la messe tridentine, avec l’abbé Célier, l’abbé Guelfucci, Guillaume de Thieulloy et moi-même.

On peut découvrir la vidéo sur le site de L’Homme nouveau : il suffit de “s’abonner”, gratuitement sur la page du Club pour accéder à tous les épisodes, et en particulier le dernier en date : clic !


Evidemment, c’est encore mieux de faire un don à L’Homme nouveau via son fonds de dotation, avec possibilité de recevoir un reçu fiscal selon les règles en vigueur.

Et le fin du fin ? S’abonner à la version numérique de la revue avec accès à tous les contenus du site, il y en a vraiment pour toutes les bourses !

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30 octobre, 2022

“Une certaine forme de catacombes” : Mgr Athanasius Schneider appelle les fidèles “chassés” par “Traditionis custodes” à conserver la messe traditionnelle

Dans un récent entretien avec John-Henry Westen de LifeSiteNews, dont je vous propose ci-dessous une rapide traduction quasi intégrale (hormis les salutations), Mgr Athanasius Schneider affirme le devoir des laïcs catholiques de chercher des lieux de culte alternatifs pour pouvoir continuer d’assister à la messe traditionnelle en cas de “persécution” de la part de leurs pasteurs, et demande aux prêtres de s’interroger “en conscience” quant aux décisions à prendre lorsque la célébration de la messe tridentine leur est interdite.

Il appelle également tous les fidèles à participer à des prières à travers le monde afin que Dieu accorde à son Eglise un « pape catholique fidèle, fort et courageux ». Voici le texte de cet entretien que vous trouverez ici en anglais. – J.S.

*

John-Henry Westen : L’Église traverse actuellement des temps difficiles, des temps spirituellement difficiles. Vous avez souvent fait allusion à l’Église clandestine, et au fait qu’il faudrait peut-être entrer dans la clandestinité. Je sais que vous avez vous-même vécu cela quand vous étiez enfant. Pour cette raison, mais aussi en raison de votre position actuelle dans l’Église, il serait à mon avis très fructueux pour les fidèles d’entendre de votre bouche comment cela fonctionne en pratique. En Chine, par exemple, l’Église vit dans la clandestinité depuis longtemps, et encore aujourd’hui. Nous nous trouvons dans une situation un peu analogue. En Chine, des évêques infidèles font la promotion du communisme au mépris de la vérité du Christ. Mais il demeure des évêques nommés et approuvés par le pape François, et les prêtres doivent donc exister sous leur autorité, tout comme les fidèles, ce qui les place dans une situation de clandestinité.

En Occident, nous n’avons pas vraiment fait cette expérience. Mais il semble que nous y arrivions désormais, car nous avons des évêques infidèles qui ont pourtant été nommés par le pape François. Et ainsi, les prêtres et les fidèles doivent en quelque sorte vivre dans cette situation. Vous avez indiqué qu’il s’agit peut-être d’un temps où il faut vivre de manière clandestine. À quoi cela ressemble-t-il en pratique ? Comment y arriver ? Comment les prêtres et les fidèles peuvent-ils savoir à quel moment ils doivent se mettre à pratiquer de manière clandestine ? Et comment cela fonctionne-t-il ? 

Mgr Athanasius Schneider : Un exemple de ce type de situation, tant pour les fidèles que pour les prêtres – d’être en quelque sorte persécutés et marginalisés par ceux qui occupent les postes de haut rang dans l’Église, par les évêques – est celle que nous avons connue au quatrième siècle, avec l’arianisme. À cette époque, les évêques valides, les évêques licites, en tout cas la majorité d’entre eux, persécutaient les vrais catholiques qui gardaient la tradition de la foi en la divinité de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Telle était la question de vie et de mort, de la vérité, de la tradition de la foi. Et donc ceux-ci étaient chassés des églises, ils étaient obligés de descendre aux « racines », aux messes en plein air.

D’une certaine manière, nous pouvons nous aussi nous trouver face à de telles situations. Et c’est déjà arrivé, surtout après Traditionis custodes. Il y a des endroits où les gens sont littéralement chassés des églises paroissiales où ils avaient eu, pendant plusieurs années, la messe traditionnelle en latin approuvée par le pape Benoît XVI et par les évêques locaux. Aujourd’hui, dans le nouveau contexte de Traditionis custodes, certains évêques – je le répète – expulsent littéralement des églises, des églises paroissiales, les meilleurs fidèles, les meilleurs prêtres : ils les expulsent de l’église paroissiale qu’on appelle l’église mère. Et ces fidèles sont donc obligés de chercher de nouveaux lieux de culte, des gymnases, des écoles ou des salles de réunion, etc.

C’est une situation qui s’apparente à une certaine forme de temps de catacombes. Ce ne sont pas littéralement des catacombes, car ils peuvent encore célébrer publiquement, mais on peut comparer cela au temps des catacombes parce qu’ils ne peuvent pas utiliser les structures et bâtiments officiels de l’Église.

Cependant, chaque situation de persécution de l’histoire de l’Église a apporté de nombreuses bénédictions et a renforcé davantage la foi des personnes persécutées. Celles-ci n’ont pas seulement fortifié leur propre foi, en étant expulsées et en cherchant d’autres lieux, mais leur fidélité a renforcé l’Église entière. Et cela est important : grâce à la fidélité de ces fidèles, cette injustice et ce traitement injuste de ces catholiques en notre temps par le Vatican, par les ordres du Pape François, et par les évêques – certains d’entre eux, malheureusement, ont dû simplement exécuter les ordres qui venaient du nonce ou du Vatican de fermer les églises et de mettre fin à des messes, des messes traditionnelles –produisent vraiment beaucoup de fruits pour l’Église tout entière.

J.-H. W : L’un des effets de ce phénomène se manifeste de deux manières différentes, l’une du côté des fidèles et l’autre du côté des prêtres. J’aimerais d’abord parler des fidèles. Lors de la Conférence sur l’Identité Catholique où nous étions tous les deux, on m’a demandé comment il se peut que des catholiques, connus pour leur obéissance au Pape, prennent maintenant la parole pour résister au Pape. Comment est-ce seulement possible ? Nous en sommes même à prier ouvertement chaque jour à LifeSite – depuis que vous l’avez fait vous-même – pour la conversion du Pape. Je le fais avec mes propres enfants, et pour triste que soit cette situation, cette attitude témoigne tout de même d’un grand amour pour le pape. C’est pourquoi nous prions pour lui, non pour le haïr, mais bien pour lui. Mais nous traversons une période difficile, très difficile. Que conseillez-vous spécifiquement aux fidèles quant à la manière dont nous devons faire face à cette situation, y compris avec nos enfants ?

A.S. : Tout d’abord, nous il faut préciser le véritable concept et la signification de l’obéissance. Saint Thomas d’Aquin dit que l’obéissance absolue, inconditionnelle, nous ne la devons qu’à Dieu seul, et à aucune créature, fût-ce le Pape lui-même. L’obéissance envers le Pape et les évêques dans l’Église est donc une obéissance limitée.

Ainsi, lorsque le pape ou les évêques ordonnent une chose qui portera manifestement atteinte à la plénitude de la foi catholique et à la plénitude de la liturgie catholique – ce trésor de l’Église, la messe traditionnelle en latin – cela est nuisible puisque cela porte atteinte à la pureté de la foi ; en portant atteinte à la pureté du caractère sacré de la liturgie, on porte atteinte à l’Église tout entière. Nous diminuons le bien de l’Église, le bien spirituel de l’Église. Nous diminuons le bien de nos âmes. Et à cela, nous ne pouvons pas collaborer.
Comment pourrions-nous collaborer à une diminution de la pureté de la foi, comment pourrions-nous collaborer à une diminution du caractère sacré, sublime de la liturgie de la sainte Messe, la Messe traditionnelle millénaire de tous les saints ? Dans une telle situation, nous avons une obligation (il ne s’agit pas seulement de dire que nous « pouvons » dans certaines occasions) de dire au Saint-Père, aux évêques, « avec tout le respect et l’amour que nous vous devons, nous ne pouvons pas exécuter ces ordres que vous donnez parce qu’ils nuisent au bien de notre Sainte Mère l’Église ».

Nous devons donc chercher d’autres lieux en étant néanmoins en quelque sorte formellement désobéissants. Mais en fait nous serons obéissants à notre Sainte Mère l’Église, qui est plus grande qu’un pape en particulier. La Sainte Mère Église est plus grande qu’un Pape particulier ! Et donc, nous obéissons à notre Sainte Mère l’Église. Nous obéissons aux Papes de tous les âges qui ont promu, défendu, protégé la pureté de la foi catholique, inconditionnellement, sans compromis, et qui ont également défendu le caractère sacré et la liturgie immuable de la sainte Messe à travers les siècles.

J.-H. W : Pour les prêtres, la question est encore plus grave,  car les prêtres doivent obéir à leur évêque. Et pourtant, certains de ces évêques leur donnent des instructions, en exigeant qu’ils éloignent les fidèles, qu’ils leur refusent la messe traditionnelle, qu’ils refusent même les activités pro-vie à l’intérieur des paroisses, en les qualifiant de politiques. Dans le même temps, nous avons des paroisses qui font la promotion de la lutte contre le changement climatique et tout le reste, toutes ces absurdités qui se passent dans les paroisses. Mais ces prêtres ont un sentiment qu’on pourrait exprimer ainsi : « Je dois obéir à l’évêque. Que puis-je faire d’autre ? J’avais l’habitude de célébrer la messe traditionnelle en latin. Maintenant, nous n’avons plus le droit de le faire. » Que peuvent faire les prêtres quant à l’obéissance ? Peuvent-ils, eux aussi, entrer en quelque sorte dans la clandestinité, se cacher de leurs évêques et faire les choses d’une manière un peu cachée ?

A.S. : C’est une question très délicate, et je pense que qu’elle touche à la conscience de ces prêtres. La réponse pourrait bien être différente pour chaque prêtre. Mais chaque prêtre doit demander à Dieu en conscience ce qu’il doit faire en ce moment. Il se peut aussi que certains prêtres obéissent, et en ce cas, ils ne peuvent pas aider les catholiques traditionnels, peut-être parce qu’ils veulent au moins rester dans les structures officielles, pour faire du bien. Cela pourrait en tout cas être une option.

Mais il y a une autre option, qui serait également légitime, si en conscience ils décidaient devoir désobéir à l’évêque de manière formelle en continuant de célébrer la messe et les sacrements traditionnels – pas seulement la sainte messe, mais aussi les sacrements, que ce soit de manière clandestine ou d’une manière peut-être officielle mais non approuvée.
Mais ce ne sera que pour une courte période : ce sera une solution temporaire. Et ils doivent pour autant garder leur amour pour l’évêque qui les persécute. Ils doivent prier pour cet évêque, ils doivent garder leur amour pour le pape François et prier pour lui. Ce temps passera. Ce phénomène n’est que temporaire. Dieu nous donnera de nouveau un Pape fort qui défendra la messe traditionnelle et la foi traditionnelle, et ensuite des évêques. Cela adviendra sûrement, sans aucun doute. Nous devons simplement supporter cette situation temporelle, tout comme ces prêtres, en ayant foi en l’intervention divine.

J.-H. W : Vous avez dit à propos de l’Eglise qu’elle aura un nouveau Saint-Père qui embrassera la vérité dans la plénitude de la foi. Et je sais que cette supposition est la vôtre, venant de votre propre cœur et de votre propre discernement dans la prière. Mais quelle est votre pensée à ce sujet ? On dit beaucoup aujourd’hui que le Pape François semble avoir noyauté le collège des cardinaux, et l’élection ne va évidemment pas tarder. Le pape François est un homme âgé et sa santé n’est pas bonne. Nombreux sont ceux qui considèrent que le collège est à ce point rempli des siens qu’on peut s’attendre à voir arriver un nouveau pape de la même veine que la sienne. Que faire de tout cela ? La situation semble assez désespérée. Lorsque vous parlez de quelque chose de temporaire, le délai correspond-il dans votre esprit à plusieurs décennies ? Ou pensez-vous à un temps plus court ?

A.S. : Eh bien, il ne nous appartient pas de connaître le temps, ainsi que Jésus-Christ l’a dit aux Apôtres dans les Actes des Apôtres. Il ne nous appartient pas de connaître le temps. Dieu sait déjà quand il donnera de nouveau à son Église un pape catholique fort, cent pour cent traditionnel, et Il sait que tout pape doit être cent pour cent catholique, cent pour cent traditionnel. Ce fut le cas de saint Pierre, et ce fut le cas de tous les papes à travers l’histoire, à de très rares exceptions près. Il est inhérent à la nature de la fonction papale d’être vraiment un défenseur traditionnel à cent pour cent de la foi et du caractère sacré de la sainte liturgie. Et cela viendra, parce que c’est, je le répète, la nature de la fonction papale. Actuellement, au cours des dernières décennies, cette nature a été obscurcie par la crise actuelle de l’Église.

Nous ne connaissons donc pas exactement l’heure, mais il nous faut prier pour que le temps soit abrégé. Et l’intervention de Dieu dépend de nos prières. Nous devons faire une coalition, une alliance, peut-être une alliance mondiale de prières, une chaîne de prières, de chapelets pour implorer une intervention très rapide de Dieu pour accorder à l’Eglise un Pape catholique fidèle, fort et courageux.

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• Pour approfondir le sens de la messe avec Mgr Athanasius Schneider, rien de mieux que son dernier livre, La Messe catholique, que j’ai eu le grand honneur de traduire. Je gage qu’il vous fera encore davantage aimer la messe, et en particulier la messe traditionnelle. A découvrir absolument ! On peut se le procurer ici via ce blog.




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18 septembre, 2022

Colloque “Quel avenir pour la messe traditionnelle” à Paris, samedi prochain : un entretien avec Cyrille Dounot, canoniste

J’aurai le plaisir, samedi prochain, d’interroger Cyrille Dounot, professeur d’histoire du droit et avocat ecclésiastique, à l’occasion du colloque organisé à la Maison de la Chimie, Paris 7e, par Renaissance catholique, Oremus, Lex orandi, Notre Dame de Chrétienté et Una Voce sur le thème « Quel avenir pour la messe traditionnelle ? ».  Alors que
Traditionis custodes et Desiderio Desideravi témoignent de la volonté du pape François de bloquer, voire d’éliminer la liturgie latine traditionnelle pour imposer partout la révolution liturgique post-conciliaire, de nombreux catholiques se demandent comment préserver cet héritage qui a soutenu et soutient encore la foi d’un nombre de pratiquants qui va toujours grandissant, en particulier parmi les jeunes.

Cyrille Dounot interviendra sur un point crucial : celui de notre devoir d’obéissance envers le pape et la hiérarchie catholique et de ses contours précis. « L’obéissance dans l’Eglise, aveugle ou clairvoyante », tel sera le sujet de l’entretien que je mènerai avec lui, et qui s’annonce, grâce à sa grande expertise, à la fois passionnant et nécessaire pour nos combats.

En attendant de vous retrouver nombreux,  je l’espère, à l’occasion de ce colloque, chers lecteurs (on peut encore s’inscrire ici), je vous propose de découvrir ici une courte interview qu’ a bien voulu m’accorder Cyrille Dounot, pour vous mettre l’eau à la bouche !

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– JS : Cyrille Dounot, quelle est l’urgence aujourd'hui de consacrer une table ronde à l’obéissance dans un colloque sur la messe traditionnelle ?

– CD : La question de l’obéissance est au cœur du combat pour la messe traditionnelle, puisque l’argument majeur des opposants à ce rite consiste à dire qu’il faut obéir au pape qui lui-même ne veut plus de cette messe. Il est donc urgent de rappeler ce qu’est l’obéissance, jusqu’où elle s’étend, ce qu’elle implique pour les fidèles.

– La valeur de l’obéissance dans la vie des saints, même à des ordres qui semblent injustes ou vexatoires, a toujours été mise en avant dans l’hagiographie catholique. Face aux menaces qui pèsent sur la liturgie traditionnelle, une telle attitude se justifie-t-elle ?

– Il faut distinguer entre le vœu d’obéissance, pratiqué héroïquement par les saints, allant parfois jusqu’à préférer l’injustice ou la vexation personnelle pour ne pas donner à croire qu’ils pouvaient violer leur vœu, et la vertu d’obéissance, qui est ordonnée à la vertu de religion et à la poursuite du bien commun. Quand l’injustice n'est pas personnelle mais collective, elle attente au bien commun, et ne saurait recevoir de caution au nom de l’obéissance. L’obéissance n'est pas aveugle, elle est conditionnée par le bien commun, qui est son critère ultime. Saint Thomas explique que l’on doit « obéir à ses supérieurs dans les limites de leur autorité » (IIa, IIae, q. 104, a. 5, concl.), et c’est là toute la question : le pape peut-il supprimer la messe traditionnelle ? Non, il n’est pas un tyran de type absolu dont la seule volonté serait législatrice.

– La loi positive de l’Eglise prévoit-elle des possibilités pour la « désobéissance » à certains ordres ?

– La loi de l’Église s’intéresse uniquement au délit de désobéissance, elle ne prévoit pas positivement de cas de désobéissance. Elle punit celui qui « après monition, persiste dans la désobéissance » au Siège Apostolique ou à l’Ordinaire (can. 1371, §1), et celui qui incite à désobéir (can. 1373). Mais le code de droit canonique ajoute une précision très importante : la désobéissance intervient « lorsque légitimement, [le pape ou l’évêque] donne un ordre ou porte une défense ». Donc il faut deux conditions : un ordre ou une défense d’une part, un acte légitime d'autre part. Si l'ordre est illégitime, lui désobéir n’est pas une faute, c'est même servir le bien commun que de refuser de cautionner son illégitimité. Il n’y a donc pas de « désobéissance canonique » posée dans le droit qui serait le pendant de la « désobéissance civile », mais une exigence radicale de légitimité à l’origine de toute condamnation pour désobéissance.
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Ces questions, et bien d’autres, seront approfondies grâce à l’éclairage de Cyrille Dounot au cours du colloque du 24 septembre à la Maison de la Chimie, Paris 7e. Programme détaillé ci-dessous.

Rejoignez-nous si vous le pouvez ! (Tarifs préférentiels pour les lycéens et étudiants, entrée gratuite pour les ecclésiastiques.).


Je profite de l’occasion pour vous signaler la sortie très opportune du nouveau livre de Mgr Athanasius Schneider,
La Messe catholique, que j’ai eu l’honneur et le plaisir de traduire : un livre qui vous fera encore davantage aimer la messe, et en particulier la messe traditionnelle. On peut se le procurer ici via ce blog.





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Programme du colloque sur la messe traditionnelle

Samedi 24 septembre de 10 h à 18 h.
Maison de la Chimie,
28 rue Saint-Dominique, Paris 7e.

9h 30 Accueil

10 h La Messe traditionnelle nourriture de nos âmes - Chanoine Alban Denis

10 h 30 Histoire de la messe interdite (1969-2022) Cyril Farret d’Astiés et Victoire De Jaeghere    

11 h 30 La situation de la messe dans les diocèses (Grenoble, Le Mans, Tours, Bordeaux, Versailles, Paris etc.) Philippe Darantière (Lex Orandi)

12 h 30 Déjeuner, stands, rencontres

14 h Le traditionalisme : Une fidélité. Une résistance. Des souffrances - Jean-Pierre Maugendre (Renaissance Catholique)

14 h 45 L’obéissance dans l’Église : aveugle ou clairvoyante ? Cyrille Dounot et Jeanne Smits

15 h 30 Visite des stands et de la librairie       

16 h15 Table ronde : Un demi siècle de réformes liturgiques.

Bilan et perspectives : Luc Perrin, abbé Grégoire Celier, abbé Barthe. Coordination Laurent Dandrieu

17 h 15 Conclusion Jean de Tauriers (Notre-Dame de Chrétienté)

Libraire religieuse - Stands des associations


Il est encore possible de s’inscrire et je vous encourage vivement à participer à cet événement qui sera aussi un moyen de manifester votre attachement à la liturgie traditionnelle de l’Eglise. L’inscription en ligne se fait ici : clic !


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09 novembre, 2021

La messe traditionnelle a été « abrogée par saint Paul VI » : Mgr Arthur Roche répond aux questions du cardinal Nichols sur “Traditionis custodes”

Une lettre du 28 juillet du cardinal Westminster Nichols à l’archevêque Mgr Roche, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, posant des questions sur l’application de Traditionis custodes, a été fuitée et publiée par Gloria.tv, complétée par la réponse de Mgr Roche, datée du 4 août. Je vous propose la traduction intégrale de cette réponse rédigée à l’origine en anglais. La rédaction anglaise est entachée de quelques fautes de langue et même d’erreurs probables de vocabulaire ; j’ai conservé tout cela en faisant quelques suggestions qui me paraissent plus cohérentes entre crochets. L’original est accessible ici, l’authenticité de l’échange épistolaire ayant été confirmée par le cardinal Nichols à Catholic News Agency.

La lettre du cardinal britannique, que je n’ai pas traduite, contient six questions concernant l’application de Traditionis Custodes. Nichols a demandé, en substance :

a. si des documents de suivi sur TC seront publiés ;
b. si TC abroge la célébration des autres sacrements et le Bréviaire Romain ;
c. si le calendrier Novus Ordo doit être imposé au Rite Romain ;
d. quelles traductions doivent être utilisées pour les lectures du Rite Romain ;
e. qui constitue exactement un « groupe » de rite romain (TC) ;
f. si TC autorise les Requiems en rite romain selon l’indult Agatha-Christie de 1971.

La réponse de Mgr Roche n’est pas en tout point précise mais elle contient des affirmations qui laissent comprendre clairement son point de vue fondamentalement hostile à la messe traditionnelle.

Il écrit par exemple : « Tout le contenu de la nouvelle loi est orienté vers le retour et la stabilisation de la liturgie telle que décrétée par le Concile Vatican II. » Comme si la messe de 1969 avait été « décrétée » par un Concile qui s’est achevé en 1965… Mais comprenons donc que pour la Congrégation pour le culte divin, c’est tout un, et que le but de Traditionis custodes est bien l’éradication de la messe traditionnelle.

La réponse a. répond à côté, mais suggère clairement que des éléments pour la mise en œuvre de Traditionis custodes émaneront probablement des deux Congrégations romaines compétentes exclusivement.

La réponse b. est également peu nette quant aux autres sacrements ; elle peut être lue comme laissant aux évêques la main en ce domaine ; mais en même temps elle suggère que la « fausse interprétation » des documents antérieurs et notamment Summorum pontificum, au service d’une croissance de la liturgie traditionnelle dans son ensemble, a été facilitée par des décisions des papes que les évêques locaux n’ont pas su circonscrire en vertu de leur rôle propre. Roche ajoute que cette « croissance… n’avait été ni prévue ni sanctionnée par les pontifes précédents ».

Sur le calendrier, même flou.

Pour ce qui est des groupes, la réponse est claire. Cependant, Joseph Shaw, président de la Latin Mass Society et de la Fédération internationale Una Voce, en fait une lecture assez optimiste (il suggère également que la lettre de Roche ouvre la voie à une certaine bienveillance à l’égard des catholiques attachés à la messe traditionnelle). Ainsi, pense-t-il, comme Traditionis custodes s’applique aux « groupes » et non aux individus, cela laisserait une certaine latitude aux prêtres ayant l’autorisation de leur évêque de dire la messe traditionnelle en vue d’ouvrir ces célébrations au tout-venant. Et d’inviter les fidèles de ne pas s’arrêter aux aspects très négatifs présents dans la réponse de Roche. Je ne suis pas convaincue…

De fait, la réponse f. sur l’indult de 1971 (dit Agatha Christie, et dont la Latin Mass Society possède tous les documents) suggère que la réalité ou non de l’existence de cet indult est aujourd’hui sans objet, puisque Traditionis custodes le balaierait avec le reste.

De même, lorsque Roche dit que l’usage de la liturgie « antérieure » a été régulé et non supprimé, c’est pour ce lancer aussitôt dans une nouvelle diatribe contre les « fausses interprétations » des concessions antérieures qui ont abouti à la croissance de la liturgie traditionnelle. Soit « une liturgie qui diverge de la réforme conciliaire (et qui a été, en fait, abrogée par le pape saint Paul VI), et une ecclésiologie qui ne fait pas partie du Magistère de l’Eglise. »

La messe de saint Pie V « abrogée » par Paul VI ? Benoît XVI a affirmé l’exact contraire dans Summorum pontificum. Jean Madiran parlait de « messe interdite », ce qu’un évêque français a contesté devant moi au cours d’une conversation privée, affirmant qu’aucun texte n’avait jamais « interdit » la messe traditionnelle. Dire qu’elle a été « abrogée », et par un pape, va encore plus loin. On peut lire à ce sujet les commentaires de l’abbé Gleize sur La Porte latine. 

Ces dernières remarques de Mgr Roche indiquent en tout cas que la messe traditionnelle est à ses yeux « abrogée » et que sa promotion correspond à une « ecclésiologie qui ne fait pas partie du Magistère de l’Eglise ». Autrement dit, la réforme liturgique correspond bien à une ecclésiologie précise, qui contredit donc forcément l’ancienne. Je ne sais si Roche perçoit la portée de cette affirmation… J.S.

*

Traduction de la lettre du 4 août dernier
de Mgr Arthur Roche au Cardinal Vincent Nichols


Eminence,

Je vous remercie de votre lettre du 28 juillet 2021, ainsi que d’avoir posé vos questions relatives à Traditionis custodes à la Congrégation. La Congrégation étudie actuellement elle-même avec soin les implications du Motu et n’a pas émis de directives pour le moment. Cependant, afin de prêter assistance à Votre Eminence je vous adresse volontiers une réponse initiale, pour partager avec vous la compréhension que nous avons actuellement des questions que vous soulevez. Cette réponse est donc de nature personnelle.

Il est clair que le principal commentaire de la nouvelle loi qui gouverne la possibilité d’accorder d’utilisation de textes liturgiques antérieurs, par voie de concession exceptionnelle, et non par voie de promotion, est constitué par la lettre du pape François aux évêques. Il est également évident que ces concessions exceptionnelles ne doivent être accordées qu’à ceux qui acceptent la validité et la légitimité de la réforme liturgique du Concile Vatican II et du magistère des souverains pontifes. Tout le contenu de la nouvelle loi est orienté vers le retour et la stabilisation de la liturgie telle que décrétée par le Concile Vatican II.

Pour répondre aux points spécifiques que vous soulevez :

a.  La Congrégation pour la Doctrine de la foi était précédemment le seul dicastère du Saint-Siège ayant compétence en ces matières. Ce mandat a désormais été transféré dans sa totalité à la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements et à celle pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique. Elles seules exercent désormais cette compétence au sein de leur domaines propres.

b. Il apparaît clairement à la Congrégation que la nouvelle loi abroge ce qui avait été précédemment accordé en tant que concession exceptionnelle et limitée. La prudence pastorale cependant autorise à déterminer [limiter ? NdT], mais seulement pour un temps très limité, et ce en vue d’une communion ecclésiale accrue, la mise en œuvre intégrale du Motu proprio, mais cela exigerait une surveillance attentive et des directives claires en vue de celle-ci. Traditionis custodes parle seulement de l’utilisation du Missale romanum de 1962 et des célébrations eucharistiques. Il y a eu un nombre considérable de fausses interprétations des dispositions antérieures avec une pratique, des développements et une promotion accrus, qui n’a pas peu encouragé une croissance qui n’avait été ni prévue ni sanctionnée par les pontifes précédents. Une minimisation antérieure du rôle du l’ordinaire local selon le Concile Vatican II en tant que modérateur, promoteur et gardien de la liturgie s’est révélée peu utile en cette matière, et c’est la raison pour laquelle le Saint-Père insiste désormais sur l’importance du rôle de l’évêque dans l’application pleine et entière de la nouvelle loi.

c. Le Calendarium du Missale Romanum de 1962 diverge de celui du Calendarium Romanum Generale du Missale Romanum de 1970, décrété par le Concile et qui gouverne l’unique expression du rite romain. Cependant, les lois concernant les fêtes obligatoires du Code de Droit canonique de 1983 sont postérieures à ces deux calendriers. La Conférence épiscopale, par conséquent, aurait besoin de considérer ces matières de manière très attentive avant d’approcher cette Congrégation en vue d’un ajustement conforme au canon 1246-1248. De telles délibérations et décisions par une conférence épiscopale devraient également prendre en compte la manière dont cela s’appliquerait également à d’autres usages liturgiques au sein du même territoire ecclésiastique.

d. Les textes de l’Ecriture sainte à utiliser pour les lectures du Missel de 1962 doivent être conformes à la même version de l’Ecriture dont l’usage est approuvé par la Conférence épiscopale pour son Ordo Lectionem Missae. Cela s’applique très certainement également aux autres usages liturgiques au sein du même territoire ecclésiastique.

e. Le terme « groupes » s’applique aux paroisses personnelles qui ont été précédemment érigées en vue de l’usage concessionnaire de la liturgie antérieure, ainsi qu’au rassemblement de personnes qui se sont régulièrement retrouvées en vue de la célébration de l’Eucharistie en utilisant le Missale Romanum de 1962. En même temps, le Motu proprio demande aux évêques de ne pas établir de nouveaux groupes.

f. Pour ce qui est de l’indult accordé au cardinal Heenan en novembre 1971, que vous évoquez dans votre lettre, nous avons fait des recherches dans nos archives et n’avons rien trouvé qui y corresponde. Il existe, néanmoins, une correspondance du cardinal et de Monseigneur Wheeler concernant les rites funéraires réformés datée d’octobre 1971, mais il n’y a aucune trace d’un indult ou de quelque correspondance s’y référant dans ce dossier. Si Votre Eminence vu cet indult je vous serais reconnaissant de le partager ainsi que toute correspondance s’y référant avec cette congrégation. Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de prendre note de Traditionis custodes n° 8, qui abroge toutes les normes, instructions, permissions et coutumes antérieures qui ne sont pas en conformité avec la loi présente. Un indult antérieur tomberait certainement sous le coup de cette prescription.


Clairement, il s’agit d’un moment qui exige des pasteurs une délicatesse de soin and de direction à l’égard de ceux qui sont les plus affectés par les lois désormais en vigueur. L’usage des textes liturgiques antérieurs a été régulé et non supprimé. La fausse interprétation et la promotion de l’usage de ces textes, à la suite de concessions purement limitées accordées par des pontifes antérieurs, a été utilisée en vue d’encourager une liturgie qui diverge de la réforme conciliaire (et qui a été, en fait, abrogée par le pape saint Paul VI), et une ecclésiologie qui ne fait pas partie du Magistère de l’Eglise.

La correspondance en copie de la Latin Mass Society, que vous avez jointe à votre lettre, est un bon exemple de cette interprétation relâchée et de la promotion de ces liturgies sous couvert d’une législation permissible [permissive ? NdT]. Il faut qu’il leur soit très clairement signifié que les évêques seuls, en communion avec le Pape, sont les modérateurs de la liturgie et que la manière dont la LMS comprend Traditionis custodes, telle qu’elle la propose, n’a strictement aucun statut et ne doit pas être publiée comme un commentaire faisant autorité.

J’espère que ces remarques vous seront de quelque utilité à cette heure alors que vous réfléchissez à vos réponses. En attendant, soyez assuré de notre disponibilité pour vous apporter assistance et soutien.

Fraternellement vôtre dans le Seigneur

Arthur Roche, préfet

Vittorio Francesco Viola, OFM, secrétaire



© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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20 juillet, 2020

Mgr Joseph Strickland (Tyler, Texas), bouleversé lors de sa première célébration de la messe tridentine

Pour la première fois, le 11 juin denier, à l’occasion de Solennité de la Fête-Dieu, Mgr Joseph Strickland a célébré la « forme extraordinaire » du rite romain : fruit d’une lente maturation d’un désir nourri par son recentrage sur l’adoration eucharistique depuis son sacre épiscopal. Trop jeune pour avoir connu le rite tridentin dans son enfance, Mgr Strickland a découvert avec « émerveillement » – le mot anglais « awe » indique aussi la stupeur et la révérence – la profondeur de sa signification, tout orientée vers le Christ.
Je vous propose de découvrir l’émouvante description faite par Mgr Strickland de cette rencontre privilégiée avec Dieu à travers la messe de saint Pie V – a contrario, elle dit quelque chose des manques de la messe moderne, dont l’évêque de Tyler ne s’est pourtant pas détaché.
Dans son entretien avec Bree Dail du New Catholic Register, dont je vous propose ici une traduction intégrale, Mgr Strickland invite clairement chacun à découvrir le rite traditionnel, en même temps qu’il demande aux fidèles de ce dernier d’aller donner l’exemple de leur révérence dans des célébrations Novus Ordo. Signe d’une certaine naïveté, peut-être, mais on comprend à travers ses dires que l’évêque a pu être heurté par l’attitude de certains pratiquants de la « forme extraordinaire ».
La franchise de Mgr Strickland ne fait pas de doute. Il est tout aussi direct lorsqu’il s’agit de s’élever contre la culture de mort sous toutes ses formes. Son témoignage n’en est que plus fort. – J.S.
*
J’ai cru comprendre que le 11 juin, vous avez célébré la messe latine traditionnelle pour la première fois depuis que vous avez été ordonné prêtre. Pourquoi l’avoir fait ?
C’est une longue histoire. Je suis entré au séminaire en 1977, à l’âge de 18 ans, et à cette époque, la Messe latine était pratiquement reléguée aux oubliettes l’histoire. On ne parlait pas de ce rite, on n’y faisait pas allusion, on ne l’étudiait pas : il avait tout simplement disparu.
J’ai grandi dans une toute petite église de la mission Glenmary, et mon premier souvenir d’une messe se situe dans la grande salle municipale d’Atlanta, au Texas, que nous utilisions temporairement. Ces premiers souvenirs doivent remonter au début des années 1960 – probablement en 1963-64 - donc la liturgie, elle était très informelle. Je n’ai aucun souvenir de la messe en latin.
Je suis allé au séminaire en 1977 à Dallas - une université catholique assez solide ; et au Séminaire de la Sainte Trinité - ce qui était considéré comme un séminaire conservateur de huit ans. Je pense avoir de bonnes bases, mais je n’ai jamais assisté à une messe en latin.
J’ai passé la plupart de mes années de sacerdoce – et cela en fait beaucoup – ici même, à la cathédrale de Tyler. Ce n’est qu’avec Summorum Pontificum, de Benoît XVI, que j’ai vraiment commencé à comprendre ce que pouvait représenter le désir du latin traditionnel et de la liturgie. Je travaillais avec mon prédécesseur, Mgr Álvaro Corrada del Río, qui, bien sûr, connaissait la messe en latin. Une fois établi le motu proprio qui nous encourageait à rendre disponible la messe en latin, nous nous y sommes efforcés : comme son secrétaire était un prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, je sais que l’évêque était à l’aise avec ce rite. Mgr Corrada avait choisi de faire appel à la Fraternité pour établir une petite communauté ici, mais, encore une fois, cela m’était très étranger. Quand ces prêtres s’approchaient de la cathédrale je me suis souvent dit –­ et cela semble si péjoratif maintenant : « Ah, voilà ces gens-là. » Bien sûr, j’étais encouragé à être accueillant et ouvert en tant que recteur de la cathédrale. Plus tard, ils ont pu fonder leur paroisse, Saint-Joseph l’Ouvrier, et l’une des toutes premières choses que j’ai faites en tant qu’évêque a été d’y célébrer les confirmations en latin. C’était un peu différent pour moi, de célébrer une confirmation en dehors de la messe – comme on le fait dans le rite traditionnel. Ils plaisantaient en disant que mon latin avait un accent espagnol !
Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui vous a incité à apprendre la forme extraordinaire ?
Je suis évêque depuis sept ans et demi. Il y a chez nous des prêtres et des séminaristes qui ont exprimé leur intérêt pour la forme extraordinaire, ainsi que des familles – de jeunes familles – qui y participent, en allant dans les paroisses des fraternités. De plus en plus souvent, des fidèles me faisaient part de leur désir de me voir permettre la Messe en latin – ce que j’ai fait, bien sûr, conformément au motu proprio. Je me suis rendu compte de plus en plus, en me rendant compte de l’existence de la messe en latin et de l’attrait qu’elle exerce sur les gens, ce n’était pas un chose négative et désuète qui méritait de rester enterrée. Les écrits de Benoît XVI – Summorum Pontificum et L’Esprit de la Liturgie, que j’ai lus – et, honnêtement, le fait d’avoir été embarqué dans la prière d’adoration [eucharistique], tout cela m’a aidé à en approfondir mon appréciation. En fait, l’adoration est devenue le centre de ma vie d’évêque. J’essaie d’être en adoration devant le Saint-Sacrement le matin et le soir tous les jours où cela m’est possible, aussi longtemps que possible.
C’est donc l’adoration de l’Eucharistie qui vous a amené à la forme extraordinaire de la Messe ?
Absolument. C’est le fait de prier devant le Christ dans le Saint-Sacrement m’a attiré vers ce rite. J’ai fait l’expérience d’une montée en flèche de ma vie spirituelle depuis que je suis devenu évêque, et surtout depuis que je me suis centré sur Notre Seigneur eucharistique. Vous savez, j’essaie de faire une adoration deux fois par jour, pour accompagner mes prières du matin et du soir – et l’Office [divin] peut être bien long. Pourtant, je constate que je prie maintenant les psaumes comme si je Lui parlais. J’ai fait des Psaumes ma prière personnelle.
Ce que j’ai constaté, c’est que ce rite est tellement centré sur Lui. Il faut que vous compreniez qu’avant janvier de cette année, je n’avais même pas lu les prières de la forme extraordinaire. Je partais littéralement de zéro. Ce qui m’a incité à le faire, c’est que cette année avait été décrétée « Année de l’Eucharistie » dans mon diocèse. Franchement, c’est le fruit de quelque chose qui a grandi en moi depuis que je suis évêque, mais cette déclaration faite dès le début de l’Avent, l’année dernière, a été déterminante : dès lors j’ai encouragé à ce que l’accent soit mis sur l’Eucharistie de différentes manières, comme les processions et l’adoration. J’avais déjà décidé – ou plutôt encouragé, parce que je n’oblige jamais, mais j’encourage – que des processions eucharistiques aient lieu le jour de la Fête-Dieu. La plupart des prêtres en ont organisé, même en pleine folie du coronavirus. On peut penser que c’est « vieux jeu », mais regardez – c’est Lui. Pourquoi ne voudrions-nous pas Le célébrer dans les rues, et dans nos vies, à l’occasion de sa fête ?
Ainsi, tout au long de l’Avent, j’ai prié, et ce désir n’a cessé de croître : je voulais faire quelque chose pour honorer Jésus-Christ. Je pensais sans cesse à essayer d’apprendre la messe traditionnelle en latin pour la fête traditionnelle du Corpus Christi. Je me disais tout le temps : « Je peux le faire ! » J’ai appris plus tard que si et quand un évêque dit la messe en latin, c’est toujours une messe pontificale, où l’évêque représente toujours son peuple. C’est intense. Si vous connaissiez « Joe Strickland », un enfant de l’arrière-pays du Texas, vous sauriez que « ce type est simple ; il n’aime pas ces choses compliquées ». Pourtant, c’est une chose que je vois et que le désire pour Lui. Il est tellement clair que cette liturgie n’est pas centrée sur nous - elle l’est totalement sur Lui. Je veux L’honorer.
Racontez-moi comment vous avez commencé à apprendre le rite et ce qui vous a semblé le plus difficile. Vous a-t-on aidé ?
A l’origine, nous devions célébrer la grand-messe pontificale, mais nous n’avions pas le personnel nécessaire – je devais compter sur mes prêtres et certains de nos séminaristes pour nous aider. Je veux dire pour célébrer correctement – et c’est ce sur quoi j’insiste : nous respectons les règles, y compris en ce qui concerne les chaussures, les ornements, tout.
L’un de nos prêtres, le père Joshua Neu, qui a été ordonné il y a seulement cinq ans, connaît les deux rites. Il m’a servi de précepteur dès le début. Il savait ce dont nous avions besoin, et il m’a même aidé à comprendre le latin très difficile. Pour être honnête – et je le dit pour vous, prêtres et même évêques, qui envisagez de vous y  mettre – par moments c’est comme si vous suiviez un cours universitaire ; il y aura des devoirs à faire. Au début, cela demande de la concentration et des efforts, mais vous verrez que c’est riche de tant de grâces. Cela vaut tellement la peine d’apprendre.
Il existe de nombreuses ressources. J’ai lu le livre Treasure and Tradition –il s’adresse à tous les publics – qui vous fait voyager à travers la messe avec beaucoup de détails. Le blog du père John Zuhlsdorf contient de nombreux articles sur l’apprentissage de la liturgie et de certaines prières. J’ai regardé de nombreuses vidéos sur YouTube, dont certaines ont été publiées par la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre. Il y a tellement de ressources.
Avez-vous jamais été submergé par la complexité des rubriques et de la langue de la messe traditionnelle en latin ? Si oui, que conseilleriez-vous aux autres prêtres et évêques qui souhaitent l’apprendre ?
Je vais vous dire ce que le P. Neu et d’autres m’ont dit : c’est normal d’être un peu dépassé au début, mais vous pouvez et vous devez le faire. J’avais encore besoin d’aide, et le P. Neu devait parfois m’aider en m’indiquant où j’en étais ; mais, vraiment, c’est cela que les prêtres et diacres sont censés faire quand ils assistent à la messe. Je dirais que j’étais un peu nerveux à l’idée de dire la Séquence du Corpus Christi, mais le Père m’a même aidé en m’apprenant à le faire en utilisant un tempo. J’ai eu l’impression d’accomplir un voyage spirituel. J’ai toujours essayé de dire la forme ordinaire avec révérence – lentement, en toute conscience. Ce n’est pas ainsi qu’on m’a formé, c’était d’instinct. Je dois dire que cela doit être une grâce, car même quand j’étais jeune, je croyais vraiment à la présence réelle.
Il n’y a pas de raison pour que la forme ordinaire ne puisse pas être révérencieuse – c’est Lui ! Il y a peut-être eu des manipulations par le passé, mais nous pouvons et devons revenir à la révérence parce que la messe n’a jamais été concerné autre chose que Lui. C’est vraiment la mission que je me suis donnée, d’amener les deux liturgies à comprendre la révérence et à se concentrer sur l’Eucharistie. J’y pense, en un sens, comme à la musique. La façon dont je décris cela est que la forme ordinaire est comme la « mélodie de base » d’une symphonie. Elle est reconnaissable. La forme extraordinaire, c’est la même mélodie, accompagnée par l’orchestre complet.
Ce n’est probablement pas si facile à décrire. Ce sentiment d’émerveillement et d’admiration n’a cessé de croître tout au long du processus. Bien sûr, j’avais déjà entendu de nombreux termes en latin, mais je ne savais pas vraiment comment ils s’accordaient aussi profondément dans la forme extraordinaire. C’est presque comme s’il manquait quelques pièces dans un puzzle, et je ne m’en suis rendu compte que lorsque j’ai enfin dit la messe. La prise de conscience que l’on a, en tant que prêtre, de la signification profonde de ces prières, de ces mots, je peux la comprendre maintenant de façon profonde. Comme je l’ai dit, cette liturgie est entièrement consacrée à Lui, à l’adoration de Dieu. Il s’agit du Fils de Dieu descendant du ciel, descendant à l’autel pour prendre l’apparence du pain et du vin – il s’agit de Dieu. On peut y voir où la « ligne mélodique » du Novus Ordo a été reprise, mais on est pris par la splendeur, ici, de l’« orchestre » complet. Il n’y de place que pour l’émerveillement. Ne serait-ce que la beauté du corporal, et la façon dont l’hostie et le calice sont traités… et je dois dire [longue pause, pleine d’émotion] que je pouvais à peine prononcer les mots de la consécration, tant j’ai été submergé par l’émotion, tant j’ai été profondément touché par ces mots. Dieu merci, nous devons seulement les murmurer dans ce rite, parce que je ne suis pas sûr que j’aurais pu parler plus fort que ce murmure, tellement j’ai été frappé par la profondeur des mots. C’était la première fois de ma vie que je les prononçais en latin, et j’avais du mal à les faire sortir. En fait, c’est indescriptible.
Avez-vous un message à adresser aux communautés qui chérissent la messe traditionnelle en latin ?
Dans mon homélie, le 11 juin, j’ai dit à l’assistance : nous devons nous rappeler qui nous allons adorer, qui nous allons recevoir. La messe avance vers cette rencontre avec Lui, qui s’avance vers nous.
J’encourage ceux qui assistent à la forme extraordinaire… à envisager d’aller à une messe Novus Ordo pour témoigner de la révérence envers la liturgie et envers Notre Seigneur dans l’Eucharistie.
Je suis convaincu que l’Église doit dépasser ces groupes et chapelles à forme humaine, car, franchement, tout cela est devenu un obstacle et une distraction. Le Divin vient à notre rencontre là, à l’autel, mais, pendant ce temps, nous nous laminons les uns les autres et nous nous déchirons – et quels sont les fruits ? Ce n’est pas le Saint-Esprit, cette division.
J’encourage les membres des congrégations traditionnelles à se rappeler pourquoi ils aiment la liturgie, pourquoi et comment la révérence désignent le Christ… Il y a une si belle occasion de donner un exemple de révérence simple et joyeuse dans la forme extraordinaire. Ce sentiment d’émerveillement que j’ai éprouvé devrait être ressenti par tous. Je comprends bien que pour certains fidèles qui assistent à ces messes traditionnelles en latin, il se peut que le manque de respect dont ils ont été témoins [dans la forme ordinaire], voir la persécution dont ils ont pu été victimes depuis l’intérieur même de l’Église, pour avoir manifesté leur révérence, aient provoqué une réaction. Mais les fruits de la discorde, de la division, du sectarisme, de l’élitisme, voire de l’orgueil spirituel ne peuvent pas trouver leur source dans la liturgie – cele est pleinement humain, réactionnaire. Je pense que c’est par là que le diable s’infiltre, en détournant cette communauté de la focalisation sur Jésus pour la centrer sur le rituel, le légalisme et même l’élitisme. C’est une subtile tromperie.
Il me coûte de le dire ; je crois qu’une partie de mon hésitation à apprendre à célébrer selon la forme extraordinaire venait de mon expérience de la communauté qui y assiste. Si j’ai vécu cela, je sais que d’autres l’ont fait aussi. J’encourage les membres de ces communautés à prier et à méditer sur les paroles de saint Paul aux Galates, chapitre 5, 22-23. Il faut méditer, d’autant plus qu’ils ont un grand trésor de grâce à partager, sur la mise en garde de Jésus en Luc 12, 48. Demandez-vous : « Mes actions, mes paroles et mon attitude reflètent-elles vraiment les fruits de la messe des âges, ou se pourrait-il que j’empêche d’autres personnes de désirer en savoir davantage ? »
Après ce que j’ai vécu, en tant qu’évêque, je ne peux qu’encourager tout le monde à rencontrer Jésus dans l’émerveillement, dans la beauté de la forme extraordinaire de la Messe.
Photo prise lors de la messe de la Fête-Dieu, 1e 11 juin dernier : site du New Catholic Register.

© Jeanne Smits pour la traduction.


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