26 juillet, 2021

“Traditionis Custodes” : Mgr Robert Mutsaerts réagit vivement contre cet « oukase maléfique »

Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, vient de publier un commentaire vif sur le Motu proprio Traditionis Custodes qui met la messe tridentine sous cloche avec l’objectif de l’éliminer. Je vous propose ici ma traduction intégrale de son analyse, parue le 23 juillet sur son blog. – J.S.

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Un oukase maléfique du pape François



Le pape François veut propager la synodalité : tout le monde doit pouvoir participer au débat, tout le monde doit être entendu. Il n’en a guère été question dans son motu proprio Traditionis Custodes récemment publié : cet oukase qui vise à mettre un terme immédiat à la messe traditionnelle en latin. Ce faisant, François tire un trait sur Summorum Pontificum, le Motu proprio du pape Benoît qui a donné un large droit de cité à l'ancienne messe. Le fait que François s’empare ici de la parole du pouvoir sans aucune consultation montre qu’il est en train de perdre son autorité. C’était déjà devenu évident lorsque la Conférence épiscopale allemande n’a pas tenu compte des conseils du pape au sujet du processus de synodalité. La même chose s’est produite aux États-Unis lorsque le pape François a demandé à la Conférence des évêques de ne pas préparer un document sur la digne réception de la communion. Dès lors qu’il s’agit de la messe traditionnelle, on va se passer de conseils, et faire plutôt de l’injonction contraignante, a dû penser le pape, .

Le langage utilisé ressemble décidément beaucoup à une déclaration de guerre. Tous les papes depuis Paul VI ont toujours laissé des ouvertures pour l’ancienne messe. Si des modifications ont été apportées, elles étaient mineures : voir par exemple les indults de 1984 et 1989. Jean-Paul II croyait fermement que les évêques devaient être généreux quant à l’autorisation de la messe tridentine. Benoît XVI a même ouvert la porte en grand avec Summorum Pontificum : “Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste sacré pour nous.”

François, lui, claque violemment la porte au moyen de Traditionis Custodes. Cela ressemble à une trahison et c’est une gifle au visage de ses prédécesseurs. L’Église n'a jamais aboli les liturgies. Pas même le concile de Trente. François rompt complètement avec cette tradition. Le Motu proprio contient quelques propositions et injonctions brèves et fortes. Tout cela est rendu plus explicite par le biais d'une déclaration jointe,  plus longue. Cette déclaration contient un certain nombre d'erreurs factuelles. L’une d’elles est l'affirmation selon laquelle ce que Paul VI a fait après Vatican II serait identique à ce que Pie V a fait après Trente. C'est complètement faux. N’oubliez pas qu'avant cette époque, divers manuscrits (surchargés) circulaient et que des liturgies locales étaient apparues ici et là. C’était le bazar.

Le concile de Trente avait pour but de restaurer les liturgies, éliminer les inexactitudes et vérifier l'orthodoxie. Trente ne s’occupait pas de réécrire la liturgie, ni de faire de nouveaux ajouts, de nouvelles prières eucharistiques, un nouveau lectionnaire ou un nouveau calendrier. Il s’agissait simplement d’assurer une continuité organique ininterrompue. Le missel de 1517 est revenu au missel de 1474 et ainsi de suite jusqu’au 4ème siècle. Il y a eu une continuité à partir du 4ème siècle. Après le 15e siècle, il y a également quatre siècles de continuité. De temps en temps, il y avait tout au plus quelques changements mineurs ou l’ajout d'une fête, d’une mémoire ou d’une rubrique.

Vatican II, à travers le document conciliaire Sacrosanctum Concilium, a demandé des réformes liturgiques. C’est un document conservateur. Le latin y était maintenu, les chants grégoriens conservaient leur place légitime dans la liturgie. Cependant, les développements qui ont suivi Vatican II sont très éloignés des documents conciliaires. Le fameux « esprit du concile » ne se trouve nulle part dans les textes du concile eux-mêmes. On ne retrouve que 17 % des prières de l'ancien missel (Trente) dans le nouveau missel (Paul VI). Il est difficile de parler de la continuité d'un développement organique. Benoît XVI l’a reconnu et, pour cette raison, a donné une large place à l'ancienne messe. Il a même dit que personne n'avait besoin de sa permission (“Ce qui était sacré alors, l'est toujours aujourd'hui”).

Le pape François fait à présent comme si son Motu proprio s’inscrivait dans le développement organique de l'Église, ce qui est en contradiction totale avec la réalité. En rendant la messe en latin pratiquement impossible, il rompt avec la tradition liturgique séculaire de l’Église catholique romaine. La liturgie n’est pas un jouet des papes, mais l’héritage de l'Église. L’ancienne messe n’est pas une question de nostalgie ou de goût. Le pape doit être le gardien de la Tradition ; le pape est le jardinier, pas le fabricant. Le droit canonique n’est pas seulement une question de droit positif, il y a aussi le droit naturel et le droit divin, et il y a aussi, par dessus de le marché, la Tradition, qui ne peut pas être simplement balayée.

Ce que fait ici le pape François n'a rien à voir avec l’évangélisation et encore moins avec la miséricorde. Il s’agit plutôt d'une idéologie. Allez donc dans une paroisse où l’ancienne messe est célébrée. Qu’y trouverez-vous ? Des gens qui veulent simplement être catholiques. Ce ne sont généralement pas des personnes qui s'impliquent dans des disputes théologiques, pas plus qu’elles ne sont opposées à Vatican II (bien qu’elles soient contre sa mise en œuvre). Elles aiment la messe latine en raison de son caractère sacré, de sa transcendance, du salut des âmes qui s’y trouve au centre, et de la dignité de la liturgie. Vous y rencontrerez des familles nombreuses, et les gens s’y sentent les bienvenus. Elle n’est célébrée qu’en un petit nombre de lieux. Pourquoi le pape veut-il priver les gens de cela ? Je reviens à ce que j'ai dit précédemment : c’est de l’idéologie. C’est Vatican II, y compris sa mise en œuvre avec toutes ses aberrations, ou rien ! Le nombre relativement faible de croyants (qui, soit dit en passant, augmente, alors que le Novus Ordo s’effondre) qui se sentent chez eux à la messe traditionnelle doit être et sera éliminé. C'est de l’idéologie et du mal par nature.

Si vous voulez vraiment évangéliser, si vous voulez vraiment faire preuve de miséricorde, si vous voulez vraiment soutenir les familles catholiques, alors vous garderez la messe tridentine à l’honneur. Dès aujourd'hui, l’ancienne messe n’a plus le droit d'être célébrée dans les églises paroissiales (mais alors, où ?), il faut obtenir une permission explicite de son évêque, qui ne peut l’autoriser que pour des jours déterminés ; pour ceux qui seront ordonnés à l’avenir et qui voudraient célébrer l’ancienne messe, l’évêque doit demander l’avis de Rome. Peut-on faire plus dictatorial ? Moins pastoral et miséricordieux ?

François appelle dans l'art. 1 de son motu proprio le Novus Ordo (la messe actuelle) « la seule expression de la Lex Orandi du Rite Romain ». Il ne fait donc plus de distinction entre la forme ordinaire (Paul VI) et la forme extraordinaire (messe tridentine). Il a toujours été dit que les deux sont des expressions de la Lex Orandi, donc pas seulement le Novus Ordo. Encore une fois, l’ancienne messe n’a jamais été abolie ! Je n'entends jamais Bergoglio parler des nombreux abus liturgiques qui existent ici et là dans d’innombrables paroisses. Dans les paroisses, tout est possible, sauf la messe tridentine. Toutes les armes sont jetées dans la bataille pour bannir la Messe traditionnelle. Pourquoi ? Pour l’amour de Dieu, pourquoi ? Quelle est cette obsession de François à vouloir éradiquer ce petit groupe de traditionalistes ? Le pape doit être le gardien de la tradition, et non le gardien de la prison. Alors qu’Amoris Laetitia excellait dans le flou, Traditionis Custodes est une déclaration de guerre parfaitement claire.

Je tends à penser que le pape François se tire une balle dans le pied avec ce Motu proprio. Pour la Fraternité Saint-Pie X, ce sera une bonne nouvelle. Ils n’auraient jamais pu deviner qu’ils devraient cela au pape François…

+ Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire



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“Traditionis custodes” : Mgr Schneider répond aux questions de Diane Montagna (traduction intégrale)

Je vous propose, à la demande de Mgr Schneider, ma traduction française et officielle de l’entretien qu’il vient de donner à Diane Montagna pour “The Remnant”, sur le Motu proprio Traditionis Custodes. C’est un texte vigoureux, où le prélat invite les catholiques attachés à la messe traditionnelle de combattre les velléités des « inquisiteurs de la liturgie » de faire disparaître la messe tridentine. – J.S.

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Diane Montagna : Excellence, la nouvelle lettre apostolique du pape François, publiée sous forme de Motu proprio le 16 juillet 2021, s’intitule Traditionis Custodes (Gardiens de la Tradition). Quelle a été votre première impression quant au choix de ce titre ?

Mgr Schneider : Cela m’a d’emblée fait l’impression d’un berger qui, au lieu de porter l’odeur de ses brebis, les frappe rageusement avec un bâton.

Quelles sont vos impressions générales à propos de ce Motu proprio et de la Lettre du Pape François aux évêques du monde entier qui l’accompagne, où il explique ses raisons pour restreindre la Messe latine traditionnelle ?

Dans son exhortation apostolique programmatique Evangelii Gaudium, le Pape François recommande certaines « dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas » (n. 165). Pourtant, à la lecture du nouveau Motu proprio et de la Lettre qui l’accompagne, on a l’impression inverse, à savoir que le document, dans son ensemble, fait preuve d’intolérance pastorale et même de rigidité spirituelle. Le Motu proprio et la Lettre qui l’accompagne communiquent un esprit réprobateur et peu accueillant. Dans le document sur la fraternité humaine (signé à Abu Dhabi le 4 février 2019), le pape François embrasse la « diversité des religions », alors que dans son nouveau Motu proprio, il rejette résolument la diversité des formes liturgiques du rite romain.
Ce Motu proprio présente un contraste d’attitude, ô combien flagrant, par rapport au principe directeur du pontificat du Pape François, à savoir l’inclusion et l’amour préférentiel pour les minorités et ceux qui se trouvent à la périphérie de la vie de l’Église. Et quelle position étonnamment étroite d’esprit ne découvre-t-on pas dans le Motu Proprio, en contradiction avec les propres mots du Pape François : « Nous savons que de différentes parts nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare – en séparant, qui nous exclue – en excluant, qui nous enferme – en enfermant les rêves et la vie de tant de nos frères » (Homélie aux Vêpres, 31 décembre 2016). Les nouvelles normes du Motu proprio dénigrent la forme millénaire de la lex orandi de l’Église romaine et, en même temps, elles « enferment les rêves et la vies de tant » de familles catholiques, et en particulier des jeunes et des jeunes prêtres, dont la vie spirituelle et l’amour pour le Christ et l’Église ont grandi et ont grandement bénéficié de la forme traditionnelle de la sainte messe.

Le Motu proprio établit le principe d’une rare exclusivité liturgique, en déclarant que les nouveaux livres liturgiques promulgués sont la seule expression [unica] de la lex orandi du Rite Romain (Art. 1). Quel contraste cette position n’offre-t-elle pas, aussi, par rapport à ces paroles du pape François : « C’est vrai, l’Esprit Saint suscite les différents charismes dans l’Église ; apparemment, cela semble créer du désordre, mais en réalité, sous sa conduite, cela constitue une immense richesse, parce que l’Esprit Saint est l’Esprit d’unité, qui ne signifie pas uniformité » (Homélie du pape François à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

Quelles sont les plus grandes inquiétudes que suscitent chez vous le nouveau document ?

En tant qu’évêque, l’une de mes principales préoccupations est celle-ci : qu’au lieu de favoriser une plus grande unité par la coexistence de diverses formes liturgiques authentiques, le Motu proprio ne crée une société à deux vitesses dans l’Église, avec des catholiques de première classe et des catholiques de seconde classe. Les privilégiés de première classe sont ceux qui adhèrent à la liturgie réformée, c’est-à-dire au Novus Ordo, tandis que les catholiques de seconde classe, qui seront désormais à peine tolérés, comprennent un grand nombre de familles, d’enfants, de jeunes et de prêtres catholiques qui, au cours des dernières décennies, ont grandi dans la liturgie traditionnelle et ont fait l’expérience, avec un grand bénéfice spirituel, de la réalité et du mystère de l’Église grâce à cette forme liturgique, que les générations précédentes considéraient comme sacrée et qui a formé tant de saints et de catholiques exceptionnels au cours de l’histoire.

Le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne commettent une injustice à l’égard de tous les catholiques qui adhèrent à la forme liturgique traditionnelle, en les accusant d’être source de division et de rejeter le Concile Vatican II. En fait, une partie considérable de ces catholiques se tient loin des discussions doctrinales à propos de Vatican II, du nouvel ordre de la Messe (Novus Ordo Missae), et d’autres problèmes liés à la politique ecclésiastique. Ils veulent simplement adorer Dieu dans la forme liturgique par laquelle Dieu a touché et transformé leurs cœurs et leurs vies. L’argument invoqué dans le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne, à savoir que la forme liturgique traditionnelle crée des divisions et menace l’unité de l’Église, est contredit par les faits. En outre, le ton désobligeant adopté dans ces documents à l’encontre de la forme liturgique traditionnelle conduirait tout observateur impartial à conclure que ces arguments ne sont qu’un prétexte et une ruse, et que quelque chose d’autre est ici en jeu.

Trouvez-vous probante la comparaison faite par le pape François (dans sa lettre d’accompagnement aux évêques) entre ses nouvelles mesures et celles prises par saint Pie V en 1570 ?

L’époque du concile Vatican II et de l’Église dite « conciliaire » a été caractérisée par une ouverture à la diversité et à l’inclusion des spiritualités et des expressions liturgiques locales, ainsi que par le rejet du principe d’uniformité de la pratique liturgique de l’Église. Tout au long de l’histoire, la véritable attitude pastorale a été celle de la tolérance et du respect envers une diversité de formes liturgiques, à condition qu’elles expriment l’intégrité de la foi catholique, la dignité et le caractère sacré des formes rituelles, et qu’elles portent un véritable fruit spirituel dans la vie des fidèles. L’Église romaine reconnaissait jadis la diversité des expressions dans sa lex orandi. Dans la constitution apostolique promulguant la liturgie tridentine, Quo Primum (1570), le pape Pie V, en approuvant toutes les expressions liturgiques de l’Église romaine qui avaient plus de deux cents ans, les reconnaissait comme une expression également digne et légitime de la lex orandi de l’Église romaine. Dans cette bulle, le pape Pie V a déclaré qu’il n’annulait en aucun cas les autres expressions liturgiques légitimes de l’Église romaine. La forme liturgique de l’Église romaine qui était valide jusqu’à la réforme de Paul VI n’est pas née avec Pie V, mais est restée essentiellement inchangée même pendant des siècles avant le Concile de Trente. La première édition imprimée du Missale Romanum remonte à 1470, soit cent ans avant le missel publié par Pie V. L’ordre de la messe des deux missels est presque identique ; la différence réside davantage dans des éléments secondaires, tels que le calendrier, le nombre de préfaces et des normes rubriques plus précises.

Le nouveau Motu Proprio du pape François est également très préoccupant en ce qu’il manifeste une attitude discriminatoire à l’égard d’une forme liturgique quasi millénaire de l’Église catholique. L’Église n’a jamais rejeté ce qui, au cours de nombreux siècles, a exprimé le caractère sacré, la précision doctrinale et la richesse spirituelle, et a été exalté par de nombreux papes, de grands théologiens (par exemple saint Thomas d’Aquin) et de nombreux saints. Les peuples d’Europe occidentale et, en partie, d’Europe orientale, d’Europe du Nord et du Sud, des Amériques, d’Afrique et d’Asie ont été évangélisés et formés doctrinalement et spirituellement par le rite romain traditionnel, et ces peuples ont trouvé dans ce rite leur demeure spirituelle et liturgique. Le pape Jean-Paul II a donné un exemple d’appréciation sincère de la forme traditionnelle de la Messe, lorsqu’il a affirmé : « Dans le Missel Romain, dit de Saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, on trouve de très belles prières avec lesquelles le prêtre exprime le plus profond sens d’humilité et de révérence face aux saints mystères: celles-ci révèlent la substance même de toute liturgie » (Message aux participants à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, 21 septembre 2001).

Ce serait aller contre le véritable esprit de l’Église de tous les temps que d’exprimer aujourd’hui du mépris pour cette forme liturgique, de la désigner comme « source de division » et comme dangereuse pour l’unité de l’Église, et d’émettre des normes visant à faire disparaître cette forme à terme. Les normes établies par le Motu proprio du pape François cherchent à arracher sans pitié la liturgie traditionnelle des âmes et des vies de tant de catholiques, elle qui est sainte en soi et représente la patrie spirituelle de ces catholiques. Avec ce Motu Proprio, les catholiques qui ont été aujourd’hui spirituellement nourris et formés par la liturgie traditionnelle de la Sainte Mère l’Eglise, ne vivront plus l’Eglise comme une mère mais plutôt comme une « marâtre », conformément à la description qu’en a faite le pape François lui-même : « Une mère qui critique, qui dit du mal de ses enfants n’est pas une mère ! Je crois que l’on dit “marâtre” en italien… Elle n’est pas une mère » (Discours aux religieux du diocèse de Rome, 16 mai 2015).

La lettre apostolique du pape François a été publiée le jour de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, patronne des carmélites (comme sainte Thérèse de Lisieux), qui prient particulièrement pour les prêtres. À la lumière de ces nouvelles mesures, que diriez-vous aux séminaristes diocésains et aux jeunes prêtres qui espéraient célébrer la messe traditionnelle en latin ?

Le cardinal Joseph Ratzinger a abordé la question de la limitation des pouvoirs du pape en matière de liturgie, en donnant cette explication éclairante : « Le Pape n’est pas un monarque absolu dont la volonté fait loi, mais plutôt le gardien de l’authentique Tradition et par là même, le premier garant de l’obéissance. Il ne peut pas faire ce qu’il veut, et c’est justement pour cela qu’il peut s’opposer à ceux qui entendent faire ce qu’ils veulent. La loi à laquelle il doit s’en tenir n’est pas d’agir ad libitum, mais l’obéissance à la foi. C’est pourquoi, par rapport à la liturgie, il exerce la tâche du jardinier, et non pas celle du technicien qui construit des machines neuves en jetant les vieilles. Le “rite”, c’est-à-dire la forme de célébration et de prière qui mûrit dans la foi et dans la vie de l’Église, est une forme condensée de la Tradition vivante dans laquelle la sphère du rite exprime l’ensemble de sa foi et de sa prière, permettant ainsi en même temps d’expérimenter la communion entre les générations, la communion avec ceux qui priaient avant nous et prieront après nous. Ainsi le rite apparaît comme un don fait à l’Église, une forme vivante de paradosis, de transmission de la Tradition » (Préface du livre The Organic Development of the Liturgy.  The Principles of Liturgical Reform and Their Relation to the Twentieth-century Liturgical Movement Prior to the Second Vatican Council par Dom Alcuin Reid, San Francisco 2004).

La Messe traditionnelle est un trésor qui appartient à toute l’Église, puisque les prêtres et les saints l’ont célébrée et profondément estimée et aimée depuis mille ans au moins. En fait, la forme traditionnelle de la Messe était déjà presque la même pendant des siècles avant la publication du Missel du pape Pie V en 1570. Un trésor liturgique valide et hautement estimé, vieux de près de mille ans, n’est pas la propriété privée d’un pape, dont il pourrait librement disposer. Par conséquent, les séminaristes et les jeunes prêtres doivent demander le droit d’utiliser ce trésor commun de l’Église, et si ce droit leur était refusé, ils pourraient néanmoins l’utiliser, peut-être de manière clandestine. Ce ne serait pas un acte de désobéissance, mais plutôt d’obéissance à la Sainte Mère l’Église qui nous a donné ce trésor liturgique. Le ferme rejet d’une forme liturgique quasi millénaire par le pape François représente, en effet, un phénomène éphémère par rapport à l’esprit et à la praxis constants de l’Église.

Excellence, quelle a été votre impression jusqu’à présent quant à la mise en œuvre de Traditionis Custodes ?

En quelques jours à peine, des évêques diocésains et même une conférence épiscopale entière ont déjà commencé à supprimer systématiquement toute célébration de la forme traditionnelle de la Sainte Messe. Ces nouveaux « inquisiteurs de la liturgie » ont fait preuve d’un cléricalisme étonnamment rigide, semblable à celui décrit et déploré par le pape François, lorsqu’il a déclaré : « Il existe cet esprit de cléricalisme dans l’Église, que l’on sent : les clercs se sentent supérieurs, les clercs s’éloignent des gens, les clercs disent toujours : “cela se fait ainsi, ainsi, ainsi, et vous, allez vous-en!” » (Méditation quotidienne de la sainte messe du 13 décembre 2016).

Le Motu proprio anti-traditionnel du pape François partage certaines similitudes avec les décisions liturgiques fatidiques et extrêmement rigides prises par l’Église russe-orthodoxe sous le patriarche Nikon de Moscou entre 1652 et 1666. Elles avaient fini par aboutir à un schisme durable connu sous le nom de « Vieux Ritualistes » (en russe : staroobryadtsy), qui ont maintenu les pratiques liturgiques et rituelles de l’Église russe telles qu’elles existaient avant les réformes du patriarche Nikon. Résistant à l’adaptation de la piété russe aux formes contemporaines du culte grec-orthodoxe, ces vieux ritualistes ont été anathématisés, ainsi que leur rituel, lors du synode de 1666-67, ce qui a provoqué une division entre les vieux ritualistes et ceux qui ont suivi l’Église d’État dans sa condamnation du vieux rite. Aujourd’hui, l’Église orthodoxe russe regrette les décisions draconiennes du patriarche Nikon, car si les normes qu’il a mises en œuvre avaient réellement été pastorales, et qu’elles avaient permis l’utilisation de l’ancien rite, il n’y aurait pas eu un schisme de plusieurs siècles, avec de nombreuses souffrances inutiles et cruelles.

Nous assistons aujourd’hui à un nombre croissant de célébrations de la sainte messe, qui sont devenues une plate-forme pour promouvoir le mode de vie pécheur de l’homosexualité – les « messes LGBT », une expression qui, en soi, est déjà un blasphème. De telles messes sont tolérées par le Saint-Siège et de nombreux évêques. Il est urgent d’adopter un Motu proprio avec des normes strictes supprimant la pratique de ces « messes LGBT », car elles sont un outrage à la majesté divine, un scandale pour les fidèles (les petits) et une injustice envers les personnes homosexuelles sexuellement actives qui, par ces célébrations, sont confirmées dans leurs péchés et dont le salut éternel est ainsi mis en danger.

Pourtant, un certain nombre d’évêques, notamment aux Etats-Unis mais aussi ailleurs, comme en France, ont soutenu les fidèles de leur diocèse attachés à la messe latine traditionnelle. Que diriez-vous pour encourager ces frères évêques ? Et quelle attitude les fidèles doivent-ils avoir à l’égard de leurs évêques, dont beaucoup ont été eux-mêmes surpris par le document ?

Ces évêques ont fait preuve d’une véritable attitude apostolique et pastorale, comme ceux qui sont « des bergers avec l’odeur des brebis ». J’encourage ces évêques et beaucoup d’autres à poursuivre cette noble attitude pastorale. Que ni les louanges des hommes ni la crainte des hommes ne les animent, mais seulement la plus grande gloire de Dieu, et le plus grand bénéfice spirituel des âmes et leur salut éternel. De leur côté, les fidèles doivent manifester à l’égard de ces évêques, gratitude, respect et amour filial.

Quel effet produira selon vous le Motu Proprio ?

Le nouveau Motu proprio du Pape François est finalement une victoire à la Pyrrhus ; il aura un effet boomerang. Les nombreuses familles catholiques et le nombre toujours croissant de jeunes et de prêtres – en particulier de jeunes prêtres – qui assistent à la messe traditionnelle, ne pourront pas permettre que leur conscience soit violée par un acte administratif aussi radical. Dire à ces fidèles et à ces prêtres qu’ils doivent simplement être obéissants à ces normes ne fonctionnera pas avec eux, en définitive, parce qu’ils comprennent qu’un appel à l’obéissance perd son pouvoir quand le but est de supprimer la forme traditionnelle de la liturgie, le grand trésor liturgique de l’Église romaine.

Avec le temps, une chaîne mondiale de messes-catacombes va certainement apparaître, comme cela se produit en période d’urgence et de persécution. Il se peut que nous assistions à une ère de messes traditionnelles clandestines, semblables à celle, si impressionnante, dépeinte par Aloysius O’Kelly dans son tableau Mass in Connemara (Ireland) during Penal Times. Ou peut-être vivrons-nous une époque semblable à celle décrite par saint Basile le Grand, lorsque les catholiques traditionnels étaient persécutés par un épiscopat arien libéral au quatrième siècle. Saint Basile écrivait : « Les bouches des vrais croyants sont muettes, tandis que toute langue blasphématoire s’agite librement ; les choses saintes sont foulées aux pieds ; les meilleurs laïcs fuient les églises comme des écoles d’impiété ; et ils lèvent leurs mains dans les déserts avec des soupirs et des larmes vers leur Seigneur dans le ciel. Vous avez dû entendre ce qui se passe dans la plupart de nos villes, comment nos gens, avec femmes et enfants, et même nos vieillards, sortent en courant devant les murs, et font leurs prières en plein air, supportant avec une grande patience tous les inconvénients du temps, et attendant le secours du Seigneur » (Lettre 92).

La diffusion admirable, harmonieuse et tout à fait spontanée de la forme traditionnelle de la Messe et sa croissance continue, dans presque tous les pays du monde, y compris dans les terres les plus reculées, est sans aucun doute l’œuvre de l’Esprit Saint, et un véritable signe de notre temps. Cette forme de la célébration liturgique porte de véritables fruits spirituels, en particulier dans la vie des jeunes et des convertis à l’Église catholique, car beaucoup de ces derniers ont été attirés à la foi catholique précisément grâce au pouvoir irradiant de ce trésor de l’Église. Le pape François et les autres évêques qui exécuteront son Motu proprio devraient sérieusement prendre en considération le sage conseil de Gamaliel, et se demander s’ils ne sont pas en train de lutter contre une œuvre de Dieu : « Et maintenant je vous dis : Retirez-vous de ces hommes, et laissez-les aller ; car si ce conseil ou cette œuvre vient des hommes, elle (se) dissoudra ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas la dissoudre, et vous risquez de combattre contre Dieu même ! » (Actes 5, 38-39). Puisse le pape François reconsidérer, en vue de l’éternité, son acte draconien et tragique, et rétracter courageusement et humblement ce nouveau Motu proprio, en rappelant ses propres paroles : « En réalité, l’Église se montre fidèle à l’Esprit Saint dans la mesure où elle n’a pas la prétention de le régler ni de le domestiquer » (Homélie à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

En attendant, de nombreuses familles catholiques, des jeunes et des prêtres de tous les continents pleurent maintenant, car le Pape – leur père spirituel – les a privés de la nourriture spirituelle de la Messe traditionnelle, qui a tant renforcé leur foi et leur amour pour Dieu, pour la Sainte Mère l’Église et pour le Siège Apostolique. Ils peuvent, pour un temps, « s’en aller en pleurant, jetant la semence ; 
ils s’en viennent, ils s’en viennent dans la joie, ils rapporte les gerbes. » (Psaume 126, 6).

Ces familles, ces jeunes et ces prêtres pourraient adresser au pape François des mots semblables à ceux-ci : « Très Saint Père, rendez-nous ce grand trésor liturgique de de l’Église. Ne nous traitez pas comme vos enfants de seconde zone. Ne violez pas nos consciences en nous obligeant à adopter une forme liturgique unique et exclusive, vous qui avez toujours proclamé au monde entier la nécessité de la diversité, de l’accompagnement pastoral et du respect de la conscience. N’écoutez pas les représentants d’un cléricalisme rigide qui vous ont conseillé de réaliser une action aussi impitoyable. Soyez un vrai père de famille, qui “tire de son trésor ce qui est nouveau et ce qui est ancien” (Mt 13, 52). Si vous voulez bien entendre notre voix, au jour de votre jugement devant Dieu, nous serons vos meilleurs intercesseurs. »


© leblogdejeannesmits pour la traduction.

Photo : “The Remnant”, avec le tableau cité par Mgr Schneider “Mass in Connemara”

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23 juillet, 2021

Déclaration du cardinal Burke à propos du Motu proprio “Traditionis Custodes” (traduction officielle)



A la demande du cardinal Burke, j’ai traduit sa ferme “Déclaration à propos du Motu proprio Traditionis Custodes”, parue hier en anglais sur son site personnel. En voici donc le texte intégral.

Cette traduction a été approuvée par le cardinal Burke et constitue ainsi la traduction officielle de sa Déclaration.

(Ne disposant pas là où je suis de la version française du livre de Benoît XVI, Dernières conversations, je saurais gré à celui de mes lecteurs qui pourrait me communiquer la version française du passage cité !) – J.S.


*












Déclaration à propos du Motu proprio “Traditionis Custodes”

De nombreux fidèles – laïcs, ordonnés et consacrés – m’ont fait part de la profonde détresse qui est la leur à cause du Motu proprio Traditionis Custodes. Ceux qui sont attachés à l’Usus Antiquior (usage plus ancien) [UA], désigné par le Pape Benoît XVI sous le vocable de forme extraordinaire du rite romain, sont profondément découragés au vu de la sévérité de la discipline imposée par le Motu proprio et se sentent offensés par les termes qu’il emploie pour les décrire, eux, leurs attitudes et leur conduite. En tant que fidèle, ayant moi aussi un lien intense avec l’UA, je partage pleinement leurs sentiments de profonde tristesse.

A la fois comme évêque de l’Église et comme cardinal, en communion avec le Pontife romain et investi d’une responsabilité particulière, celle de l’assister dans sa charge pastorale et son gouvernement de l’Église universelle, je propose les observations suivantes :


1) A titre préliminaire, il faut se demander pourquoi le texte latin ou officiel du Motu Proprio n’a pas encore été publié. Pour autant que je sache, le Saint-Siège a promulgué le texte en versions italienne et anglaise, et, par la suite, dans des traductions allemande et espagnole. Puisque la version anglaise est qualifiée de traduction, on doit supposer que le texte original est en italien. Si tel est le cas, il y a des traductions de passages importants dans la version anglaise qui ne sont pas cohérentes avec la version italienne. À l’article 1, l’adjectif italien important, « unica », est traduit en anglais par « unique », au lieu de « only » (« seule »). A l’article 4, l’important verbe italien « devono » est traduit en anglais par « should » (« devraient »), au lieu de « must » (doivent).

2) Il est tout d’abord important d’établir, dans cette observation ainsi que dans les deux suivantes (n° 3 et 4), l’essence de ce que contient le Motu proprio. Il ressort de la sévérité du document que le pape François a publié le Motu proprio pour s’attaquer à ce qu’il perçoit comme un grand mal qui menace l’unité de l’Église, à savoir l’UA. Selon le Saint-Père, ceux qui pratiquent le culte selon cet usage font un choix qui rejette « l’Église et ses institutions au nom de ce qu’on appelle l’“Eglise véritable” », un choix qui « contredit la communion et nourrit la tendance à la division... contre laquelle l’apôtre Paul a si vigoureusement réagi ».

3) Il est clair que le pape François considère le mal si grand qu’il a pris des mesures immédiates, sans informer les évêques à l’avance et sans même prévoir la vacatio legis habituelle, un laps de temps entre la promulgation d’une loi et son entrée en vigueur. La vacatio legis donne aux fidèles et surtout aux évêques le temps d’étudier la nouvelle législation concernant le culte de Dieu, l’aspect le plus important de leur vie au sein de l’Église, en vue de son application. Et de fait, cette loi contient de nombreux éléments qui nécessitent une étude en vue de son application.

4) De plus, cette loi impose vis-à-vis de l’UA des restrictions qui annoncent son élimination définitive : par exemple, l’interdiction d’utiliser une église paroissiale pour le culte selon l’UA et la détermination de certains jours pour ce culte. Dans sa lettre aux évêques du monde entier, le pape François définit deux principes qui doivent guider les évêques dans la mise en œuvre du Motu proprio. Le premier principe est « de pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme précédente de célébration et qui doivent revenir avec le temps au rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ». Le deuxième principe est de « mettre fin à l’érection de nouvelles paroisses personnelles liées davantage au désir et aux souhaits des prêtres individuels qu’aux besoins réels du “saint Peuple de Dieu” ».

5) Il semble que la loi vise à corriger une aberration imputable principalement « au désir et à la volonté » de certains prêtres. À cet égard, je dois observer, surtout à la lumière de mon service en tant qu’évêque diocésain, que ce ne sont pas les prêtres qui, en raison de leurs désirs, ont poussé les fidèles à demander la forme extraordinaire. Je serai en fait toujours profondément reconnaissant aux nombreux prêtres qui, malgré leurs engagements déjà lourds, se sont généreusement mis au service des fidèles qui demandaient légitimement la forme extraordinaire. Les deux principes ne peuvent faire autrement que de signaler aux pieux fidèles profondément attachés à la rencontre avec le Christ à travers la forme extraordinaire du rite romain qu’ils souffrent d’une aberration qui peut être tolérée pour un temps, mais qui devra être éradiquée à terme.

6) D’où vient cette action sévère et révolutionnaire du Saint-Père ? Le Motu proprio et la Lettre indiquent deux sources : premièrement, « les souhaits exprimés par l’épiscopat » à travers « une consultation détaillée des évêques » menée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 2020, et, en second lieu, « l’avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ». Concernant les réponses à la « consultation détaillée » ou au « questionnaire » envoyé aux évêques, le pape François écrit aux évêques : « Les réponses révèlent une situation qui me préoccupe et m’attriste, et me convainc de la nécessité d’intervenir. »

7) En ce qui concerne les sources, doit-on supposer que la situation qui préoccupe et attriste le Pontife Romain existe en général dans l’Eglise ou seulement en certains lieux ? Vu l’importance accordée à la « consultation détaillée » ou au « questionnaire », et la gravité de la question traitée, il semble indispensable que les résultats de la consultation soient rendus publics, en même temps que l’indication de son caractère scientifique. De la même manière, si la Congrégation pour la Doctrine de la foi estimait qu’une telle mesure révolutionnaire devait être prise, il semblerait qu’elle ait dû préparer une Instruction ou un document semblable pour en traiter.

8) La Congrégation bénéficie de l’expertise et de la longue expérience de certains responsables – pour commencer, au sein de la Commission pontificale Ecclesia Dei, puis dans la Quatrième Section de la Congrégation – qui ont été chargés de traiter les questions relatives à l’UA. Il faut se demander si « l’avis de la Congrégation pour la Doctrine de la foi » est bien le reflet de la consultation de ceux qui ont la plus grande connaissance des fidèles attachés à l’UA ?

9) En ce qui concerne le supposé grand mal que constituerait l’UA, j’ai une grande expérience, depuis de nombreuses années et en de nombreux lieux différents, des fidèles qui rendent régulièrement un culte à Dieu selon l’UA. En toute honnêteté, je dois dire que ces fidèles ne rejettent en aucune façon « l’Église et ses institutions au nom de ce qu’on appelle l’“Église véritable” ». Je ne les ai pas non plus trouvés hors de la communion avec l’Église, ni source de division au sein de l’Église. Au contraire, ils aiment le Pontife romain, leurs évêques et leurs prêtres, et, lorsque d’autres ont fait le choix du schisme, ils ont toujours voulu rester en pleine communion avec l’Église, fidèles au Pontife romain, souvent au prix de grandes souffrances. Ils ne se réclament en aucun cas d’une idéologie schismatique ou sédévacantiste.

10) La Lettre accompagnant le Motu proprio précise que l’UA a été autorisé par le pape saint Jean Paul II, puis réglementé par le pape Benoît XVI avec « le désir de favoriser la guérison du schisme avec le mouvement de Mgr Lefebvre ». Le mouvement en question est la Fraternité Saint-Pie X. Alors que les deux Pontifes romains souhaitaient la guérison du schisme en question, comme tous les bons catholiques devraient le faire, ils souhaitaient également maintenir l’UA pour ceux qui restaient dans la pleine communion de l’Église sans devenir schismatiques. Le pape saint Jean-Paul II a fait preuve de charité pastorale, de diverses manières importantes, envers les catholiques fidèles attachés à l’UA, par exemple en accordant l’indult pour l’UA mais aussi en établissant la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, une société de vie apostolique pour les prêtres attachés à l’UA. Dans le livre Dernières conversations, le pape Benoît XVI répondait à l’affirmation : « Le rétablissement de l’autorisation de la messe tridentine est souvent interprétée principalement comme une concession à la Fraternité Saint-Pie X » par ces mots clairs et forts : « C’est tout simplement absolument faux ! Il était important pour moi que l’Église ne fasse qu’un avec elle-même intérieurement, avec son propre passé ; que ce qui était auparavant saint pour elle n’est pas en quelque sorte mauvais aujourd’hui » (pp. 201-202 dans l’édition anglaise du Last Testament in his own words, NDT). En fait, un grand nombre de ceux qui désirent actuellement pratiquer le culte selon l’UA n’ont aucune expérience, et peut-être même aucune connaissance de l’histoire et de la situation actuelle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Ils sont tout simplement attirés par la sacralité de l’UA.

11) Oui, il y a des individus et même certains groupes qui épousent des positions radicales, comme c’est le cas dans d’autres secteurs de la vie de l’Église, mais ils ne sont en aucun cas typiques du plus grand nombre, toujours croissant, des fidèles qui désirent adorer Dieu selon l’UA. La Sainte Liturgie n’est pas une affaire de « politique ecclésiastique » : pour nous, en ce monde, elle est la rencontre la plus complète et la plus parfaite avec le Christ. Les fidèles en question, parmi lesquels se trouvent de nombreux jeunes adultes et de jeunes couples mariés avec enfants, rencontrent le Christ à travers l’UA, qui les attire toujours plus près de Lui par la réforme de leur vie et la coopération avec la grâce divine qui se répand dans leur cœur depuis son glorieux Cœur transpercé. Ils n’ont pas besoin de porter un jugement sur ceux qui adorent Dieu selon l’Usus Recentior (l’usage plus récent, que le pape Benoît XVI a appelé la forme ordinaire du rite romain) [UR], promulgué pour la première fois par le pape saint Paul VI. Comme me l’a fait remarquer un prêtre, membre d’un institut de vie consacrée, qui est au service de ces fidèles : Je me confesse régulièrement à un prêtre selon l’UR, et participe, lors d’occasions spéciales, à la sainte Messe selon l’UR. Il a conclu : Pourquoi m’accuserait-on de ne pas accepter sa validité ?

12) S’il existe des cas d’attitude ou de pratique contraires à la saine doctrine et à la discipline de l’Église, la justice exige qu’ils soient traités individuellement par les pasteurs de l’Église, le Pontife Romain et les évêques en communion avec lui. La justice est la condition minimale et irremplaçable de la charité. La charité pastorale ne peut être servie, si les exigences de la justice ne sont pas respectées.

13) Un esprit schismatique ou un schisme réel sont toujours un grand mal, mais rien dans l’UA ne favorise le schisme. Pour ceux qui, comme moi, ont connu l’UA par le passé, il s’agit d’un acte du culte marqué par une bonté, une vérité et une beauté séculaires. J’ai connu son attrait dès mon enfance et j’y suis en vérité devenu très attaché. Ayant eu le privilège d’assister le prêtre comme servant de messe dès l’âge de dix ans, je peux témoigner de ce que l’UA fut une inspiration majeure de ma vocation sacerdotale. Quant à ceux qui ont découvert l’UA pour la première fois, sa riche beauté, surtout en ce qu’elle manifeste l’action du Christ renouvelant sacramentellement son sacrifice sur le Calvaire par l’intermédiaire du prêtre qui agit en sa personne, elle les a rapprochés du Christ. Je connais de nombreux fidèles chez qui l’expérience du culte divin selon l’UA a fortement inspiré leur conversion à la foi ou leur recherche de la pleine communion avec l’Église catholique. De même, de nombreux prêtres qui ont renoué avec la célébration de l’UA ou qui l’apprenaient pour la première fois m’ont dit la grande profondeur de l’enrichissement de leur spiritualité sacerdotale que cela leur a apporté. Sans parler des saints, tout au long des siècles chrétiens, chez qui l’UA a nourri la pratique héroïque des vertus. Certains ont donné leur vie pour défendre le droit d’offrir précisément cette forme du culte divin.

14) Pour moi et pour d’autres qui avons reçu tant de grâces puissantes par la participation à la Sainte Liturgie selon l’UA, il est inconcevable qu’elle puisse désormais être désignée comme étant préjudiciable à l’unité de l’Église et à sa vie même. À cet égard, il est difficile de comprendre le sens de l’article 1 du Motu proprio : « Les livres liturgiques promulgués par saint Paul VI et saint Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, sont la seule (unica, dans la version italienne qui semble être le texte original) expression de la lex orandi du Rite romain. » L’UA est une forme vivante du Rite romain et n’a jamais cessé de l’être. Dès la promulgation du Missel du Pape Paul VI, pour tenir compte de la grande différence entre l’UR et l’UA, la poursuite de la célébration des sacrements selon l’UA a été autorisée pour certains couvents et monastères ainsi que pour certains individus et groupes. Le pape Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques du monde, accompagnant le Motu proprio Summorum Pontificum, a précisé que le Missel romain en usage avant le Missel du pape Paul VI, « n’a jamais été juridiquement abrogé et (…) par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ».

15) Mais le Pontife romain peut-il juridiquement abroger l’UA ? La plénitude de pouvoir (plenitudo potestatis) du Pontife romain est le pouvoir nécessaire pour défendre et promouvoir la doctrine et la discipline de l’Église. Il ne s’agit pas d’un « pouvoir absolu » qui comprendrait le pouvoir de changer la doctrine ou d’éradiquer une discipline liturgique qui a existé dans l’Église depuis l’époque du pape Grégoire le Grand et même avant. L’interprétation correcte de l’article 1 ne peut être la négation de ce que l’UA est une expression toujours vivante de la « lex orandi du Rite romain ». Notre Seigneur, qui a fait le don merveilleux de l’UA, ne permettra pas qu’elle soit éradiquée de la vie de l’Église.

16) Il faut rappeler que, d’un point de vue théologique, toute célébration valide d’un sacrement, du fait même qu’il s’agit d’un sacrement, est aussi, au-delà de toute législation ecclésiastique, un acte de culte et aussi, par conséquent, une profession de foi. En ce sens, il n’est pas possible d’exclure le Missel romain selon l’UA du statut d’expression valide de la lex orandi et, par conséquent, de la lex credendi de l’Église. Il s’agit d’une réalité objective de la grâce divine qui ne peut être modifiée par un simple acte de la volonté, fût-il celui de la plus haute autorité ecclésiastique.

17) Le pape François déclare dans sa lettre aux évêques : «  En réponse à vos demandes, je prends la ferme décision d’abroger toutes les normes, instructions, permissions et coutumes qui précèdent le présent Motu proprio, et déclare que les livres liturgiques promulgués par les saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, constituent l’unique [la seule] expression de la lex orandi du Rite romain. » Cette abrogation totale exige, en justice, que chaque norme, instruction, permission et coutume individuelle soit étudiée, pour vérifier si elle « contredit la communion et nourrit la tendance à la division… contre laquelle l’apôtre Paul a si vigoureusement réagi. »

18) Il est nécessaire ici d’observer que la réforme de la Sainte Liturgie réalisée par le pape Saint Pie V, en accord avec les indications du Concile de Trente, a été très différente de ce qui s’est passé après le Concile Vatican II. Le pape saint Pie V a essentiellement remis en ordre la forme du rite romain tel qu’il existait déjà depuis des siècles. De même, au cours des siècles qui ont suivi, le Pontife romain a pu faire quelques mises en ordre du rite romain, mais la forme du rite est restée la même. Ce qui s’est passé après le Concile Vatican II a constitué un changement radical dans la forme du Rite romain, avec l’élimination de nombreuses prières, de gestes rituels significatifs, par exemple les nombreuses génuflexions, et les fréquents baisements de l’autel, et d’autres éléments riches dans l’expression de la réalité transcendante – l’union du ciel avec la terre – qu’est la Sainte Liturgie. Le pape Paul VI avait déjà déploré cette situation de manière particulièrement dramatique dans l’homélie qu’il avait prononcée lors de la fête des saints Pierre et Paul en 1972. Le pape saint Jean-Paul II s’est efforcé tout au long de son pontificat, et en particulier au cours de ses dernières années, de remédier aux graves abus liturgiques. Les deux Pontifes romains, ainsi que le pape Benoît XVI, se sont efforcés de conformer la réforme liturgique à l’enseignement véritable du concile Vatican II, puisque les partisans et les agents des abus invoquaient « l’esprit du concile Vatican II » pour se justifier.

19) L’article 6 du Motu Proprio transfère la compétence des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique voués à l’UA à la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. L’observance de l’UA appartient au cœur même du charisme de ces instituts et sociétés. Si la Congrégation est compétente pour répondre aux questions concernant le droit canonique de ces instituts et sociétés, elle n’est pas compétente pour modifier leur charisme et leurs constitutions, afin de hâter l’élimination apparemment souhaitée de l’UA du sein de l’Église.


Il y a beaucoup d’autres observations à faire, mais celles-ci semblent être les plus importantes. J’espère qu’elles pourront être utiles à tous les fidèles et, en particulier, aux fidèles qui pratiquent le culte selon l’UA, pour répondre au Motu proprio Traditionis Custodes et à la Lettre aux évêques qui l’accompagne. La sévérité de ces documents engendre naturellement une profonde détresse et même un sentiment de confusion et d’abandon. Je prie pour que les fidèles ne cèdent pas au découragement mais qu’ils persévèrent, avec l’aide de la grâce divine, dans leur amour de l’Église et de ses pasteurs, et dans leur amour de la Sainte Liturgie.

À cet égard, j’exhorte les fidèles à prier avec ferveur pour le pape François, les évêques et les prêtres. En même temps, en accord avec le can. 212, §3, « [s]elon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des moeurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l'utilité commune et de la dignité des personnes. » Enfin, dans la gratitude envers Notre Seigneur pour la Sainte Liturgie, le plus grand don qu’Il nous ait fait dans l’Église, puissent-ils continuer à sauvegarder et à cultiver l’ancien – et toujours neuf – Usus antiquior ou Forme extraordinaire du Rite romain.


Raymond Leo Cardinal BURKE
Rome, 22 juillet 2021
Fête de Sainte Marie-Madeleine, Pénitente



© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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22 juillet, 2021

“Traditionis custodes” : Le rite amazonien, oui, la messe tridentine, non

J’ai longtemps pensé que le pape François n’avait pas d’intérêt pour la liturgie. A la sortie de Traditionis custodes j'ai même pensé qaue le Motu proprio était principalement le reflet ou la conséquence de pressions exercées sur lui par des cardinaux désireux de réduire l’influence de la messe traditionnelle et de coincer les irréductibles critiques de François dans des réserves indiennes, isolées du reste du monde catholique et de plus en plus difficiles à rejoindre.

Est-il vrai, comme le disent certains, que les pressions des opposants à la messe tridentine (d’Andrea Grillo, le théologien italien, aux cardinaux Ouellet, Versaldi, Parolin et Stella) ont pu aboutir en raison de l’hospitalisation de François, victime en quelque sorte d’un abus de faiblesse dans cette affaire ? Cela est possible, mais ces pressions sont tombées sur un terrain favorable.

A la réflexion, il me semble que le ressentiment du pape de la « théologie du peuple » à l’égard du monde « tradi » dépasse la simple colère face à ceux qui pointent l’incompatibilité de nombre de ses enseignements avec la doctrine pérenne de l’Eglise.

Si nous sommes tant à avoir perçu la haine, la violence et la cruauté des termes du Motu proprio par lequel le pape François prétend enlever son droit de cité à la messe tridentine, pour se borner à la tolérer en l’encadrant, en l’écartant des églises paroissiales et en la soumettant à des autorisations préalables, c’est qu’elles caractérisent intrinsèquement Traditionis custodes, au nom si cynique.

Le pape ne confirme pas, en effet, les gardiens de la tradition, il institue des destructeurs de la tradition.

Pire, il institue les destructeurs de la tradition – comme les évêques partisans de la bénédiction des couples homosexuelles, ou de l’ordination des femmes, ou de l’intercommunion avec les luthériens – juges de ceux qui veulent la liturgie traditionnelle. Juges… ou tyrans dont les décisions arbitraires seront sans appel.

Hors de « son » église, point de salut.

Ce qu’il a fait est au fond en totale cohérence avec sa pensée et sa politique. Celle de la glorification du « rite amazonien » et de « l’Eglise à visage amazonien ».

Souvenez-vous : en octobre 2019, au moment du synode sur l’Amazonie, il fut beaucoup question de cette nouvelle manière de célébrer la messe que le pape appelle explicitement de ses vœux pour le bénéfice des « peuples premiers », des indigènes, du « peuple » en un mot. Si épatant qu’on pourrait même en exporter des éléments dans les pays développés. L’unique forme du rite romain, sa seule lex orandi dont parle Traditionis custodes, supporte du point de vue de François tous les aménagements dès lors qu’on se contente d’y ajouter des paroles, des coutumes et des symboles païens. Des expériences sont déjà en cours en Amazonie ou en Australie.

Vous me direz : nous aussi, nous sommes des peuples autochtones, au moins de quelque part. Alors pourquoi ne pas nous laisser nos traditions ancestrales ?

Il me semble que c’est parce que nous sommes la culture colonisatrice, « développée » qui a « imposé » son langage, ses savoirs, ses modes de vie, sa technologie aux « peuples premiers » et aux cultures propres des colonisés. C’est la culture blanche et patriarcale, dirait l’idéologie « Woke ». Sans affirmer que François va jusque-là, on peut constater qu’il s’inscrit dans cette logique. La sacralité propre, la masculinité, la spiritualité et l’ordre de notre liturgie latine traditionnelle, que nourrissent tout ensemble la foi et la raison, y sont contraires.

Son christocentrisme apparaît comme un frein à l’expression de la piété populaire (telle que la conçoit François, style fête de quartier), son grégorien trop cérébral ne tient pas la comparaison face à la guitare, l’accordéon ou le tam-tam.

Beaucoup ont commenté la « fracture » qu’introduit Traditionis custodes parmi les chrétiens. Il serait plus exact de parler d’un avatar de la lutte des classes : à ma gauche, les chrétiens populaires, divers, sentant éventuellement le bouc plus que la brebis ; à ma droite, les nostalgiques d’une société patriarcale, coupables d’avoir voulu imposer leur liturgie rigide partout sur leur passage. Oppresseurs du peuple de Dieu. Coupables, aussi, de contester le « populisme » du pape qui aménage la doctrine et la morale pour la rendre conforme à un monde qui s’est affranchi du caractère absolu de la vérité et du principe de non-contradiction.

Et aujourd’hui il fait bon être à la gauche du Père.

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“Custodes Traditionis : Gardiens de la tradition ou traîtres de la tradition ?”, par Karen Darantière

C’est très volontiers que je publie ci-dessous la réfléxion de Karen Darantière sur le Motu proprio contre la messe tridentine, parue en anglais sur LifeSiteNews et traduite en français par ses soins. – J.S.

*

“Custodes Traditionis : Gardiens de la tradition
 ou traîtres de la tradition ?”


Clarté et brièveté louables

Traditionis Custodes, publié par le pape François en la fête de Notre-Dame du Carmel, est un exercice de sarcasme diaboliquement méprisant. Mais avant de dire pourquoi, commençons par reconnaître quelques qualités louables que possède ce motu proprio. En effet, Traditionis Custodes et sa lettre d'accompagnement présentent des qualités aussi rares que précieuses de nos jours : clarté et concision. L'intention est limpide : le pape François énonce explicitement son objectif d'abolir la Messe de toujours, avant de poser un certain nombre de normes pour la mise en œuvre de cet objectif clairement affiché. Pour quiconque s'est longtemps nourri spirituellement de la Messe traditionnelle, en communion avec tous les saints au cours des siècles, cela ne peut qu'apparaître absolument apocalyptique.

Voici comment le Pape François affirme sans ambiguïté, dans la lettre accompagnant son nouveau motu proprio, cette intention d'effacer de fond en comble la Messe de toujours: « Je prends la ferme décision d'abroger toutes les normes, instructions, permissions et coutumes qui précèdent le présent Motu proprio, et déclare que les livres liturgiques promulgués par les saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, constituent l'unique expression de la lex orandi du Rite Romain. »  Cela signifie que la vénérable messe traditionnelle en latin, avec plus d'un millénaire d'existence, ne fait plus partie du Rite Romain. D'un simple trait de plume, il l’a tout simplement éliminée du Rite Romain. Si cela n'est pas assez clair, le pape François dicte également deux principes que tous les évêques doivent suivre : même si ceux qui sont attachés à la messe traditionnelle sont temporairement autorisés à continuer d'y assister, ils « doivent revenir en temps voulu au Rite Romain promulguée par les saints Paul VI et Jean-Paul II », et les évêques doivent « interrompre l'érection de nouvelles paroisses personnelles ». Ainsi, il doit y avoir, d'une part, une tolérance temporaire pour les célébrations de messes traditionnelles déjà existantes, et d'autre part, une interdiction stricte d'autoriser de nouvelles paroisses avec messes traditionnelles. Il s'agit clairement d'une condamnation à mort.

On se demande immédiatement : la liturgie est-elle la possession personnelle du Pape dont il peut si allègrement se défaire ? Ou est-ce peut-être un abus monumental du pouvoir de la papauté ? En effet, le Pape Benoît XVI a écrit, lors de la promulgation de Summorum Pontificum : « Ce que les générations précédentes tenaient pour sacré, reste sacré et grand pour nous aussi, et cela ne peut pas être tout d'un coup entièrement interdit ou même considéré comme nuisible. » Cela n'est pas vrai, apparemment, selon le pape François. En fait, son nouveau motu proprio exprime exactement le contraire : ce que les générations précédentes tenaient pour sacré doit être considéré par nous comme nuisible et doit donc être finalement interdit. 


Un modèle de rhétorique orwellienne

Tenant compte de ce but clairement exprimé d'effacer le Rite Romain Traditionnel, méditons un instant sur le titre donné au motu proprio, qui est un exemple de ce que l'on pourrait appeler une antiphrase orwellienne. L'antiphrase est le procédé rhétorique qui consiste à dire avec sarcasme le contraire de ce qui est réellement signifié, de telle manière que sa véritable intention soit rendue manifeste et évidente. Le pape François annonce clairement sa volonté déterminée d'éliminer la messe traditionnelle de toujours, et pourtant le motu propio est sarcastiquement intitulé : « Traditionis Custodes », ce qui signifie « Gardiens de la Tradition ». Aucune étude théologique n'est nécessaire pour voir l'évidence : c'est un pur sarcasme ricanant qui, présupposant les meilleures intentions de la part du Saint-Père, est une supercherie du diable, qui a si habilement réussi à désorienter son esprit et son cœur.

La discorde et la dissonance entre cet objectif clairement affiché et ce titre rappellent les noms donnés aux sièges gouvernementaux totalitaires dépeint par George Orwell dans son roman, 1984 : le Ministère de la Vérité, qui répand la propagande et le mensonge, le Ministère de la Paix, qui prépare à la guerre, le Ministère de l'Abondance, qui propage la famine, ou le Ministère de l'Amour, où des innocents sont torturés. De la même manière, « Gardiens de la Tradition » demandent aux bergers d'effacer en fin de compte le Rite Romain Traditionnel. « Trahisseurs de la Tradition » serait un titre beaucoup plus approprié.

Une telle rhétorique orwellienne pourrait aussi faire penser à une autre expression antiphrastique très courante : « droits sexuels et reproductifs », qui désigne en réalité non pas le droit de se reproduire, d'avoir des enfants, mais exactement le contraire : le droit de tuer son propre enfant dans le ventre de sa mère par l'avortement. De même, ces soi-disant «Gardiens de la Tradition », plutôt que de le protéger, de le nourrir et de s'en occuper comme une mère aimante le ferait pour son enfant, l'assassineraient et jetteraient ses restes sur un tas d'ordures.


Tromperie diabolique

Cependant, ce n'est pas tout. Le pape François poursuit : « Je suis conforté dans cette décision par le fait qu'après le Concile de Trente, saint Pie V a également abrogé tous les rites qui ne pouvaient prétendre à une antiquité prouvée, établissant pour toute l'Église latine un seul Missale Romanum. » Cette affirmation de continuité avec le saint pape Pie V est manifestement trompeuse. Il y a une similitude superficielle en ce que les deux papes établissent l'unité à travers un seul Rite Romain, mais il y a une différence essentielle qui est dissimulée : le pape saint Pie V a abrogé précisément les nouveaux rites qui avaient moins de 200 ans, soutenant et gardant ainsi la Tradition, alors que le pape François fait exactement le contraire : c'est la nouvelle messe du novus ordo, vieille seulement de 60 ans, qui est érigée en norme universelle de l'Église, tandis que l'ancien rite vénérable, qui seul a quelque prétention à l'antiquité, est aboli. Ainsi, le pape François s'oppose diamétralement aux intentions claires du saint pape en abolissant le rite traditionnel que son saint prédécesseur a si fidèlement gardé.

De plus, Saint Pie V, dans Quo Primum, dans lequel il promulgue la messe tridentine, déclare: « Par conséquent, personne est autorisé à modifier cet avis de Notre permission, statut, ordonnance, commandement, précepte, octroi, indult, déclaration, décret et interdiction. Si quelqu'un, cependant, oserait commettre un tel acte, il devrait savoir qu'il encourra la colère de Dieu Tout-Puissant et des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul. » Le pape François a-t-il vraiment pris ce terrible avertissement en considération avant de publier son motu proprio, ou est-il peut-être victime d'une désorientation diabolique ? Car, lorsque François prétend suivre l'exemple du pape saint Pie V, tout en faisant précisément le contraire, il y a incontestablement une sorte de tromperie diabolique à l'œuvre.


Une protestation emplie de piété filiale

Toutes les remarques ci-dessus, pourraient dire certains catholiques, sont irrespectueuses et démontrent un manque de piété filiale envers le Saint-Père. Nous, catholiques, devons être très attentifs à toujours vénérer le Siège de Pierre, surtout lorsque nous ressentons le besoin de crier de consternation devant une tromperie diabolique visant à attaquer le cœur de l'Église : la Sainte Messe de toujours. Voici une question très sincère: en élevant la voix contre une telle supercherie impie, un catholique fidèle ne montre-t-il pas, en fait, plus de respect révérencieux envers le Saint-Père, qu'en gardant le silence ? Nous désirons tous exprimer une piété filiale envers nos bergers, et surtout le berger suprême de tout le troupeau, le Vicaire du Christ. Cela se fait d'abord en priant pour l'Église et pour le Saint-Père, mais aussi en avertissant les autres catholiques qui, autrement, pourraient être la proie de cette tromperie. Si cette tromperie n'avait pas de graves conséquences, peut-être que la prière silencieuse seule serait la meilleure, mais cette supercherie vise très explicitement la plus grave des conséquences : l'abolition de la Tradition. Et ainsi, avec une vraie piété filiale, nous pourrions tous crier : S'il vous plaît, Saint-Père, réveillez-vous ! Ouvrez vos yeux et voyez que Satan, avec un ricanement sarcastique, se moque cruellement de vous et de vos enfants! Pour le salut de nos âmes et de la vôtre, soyez un vrai Gardien, non un Traître, de la Tradition Sacrée!

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© leblogdejeannesmits

20 juillet, 2021

Mgr Schneider a appelé à la résistance liturgique dès avant “Traditionis Custodes” : retranscription intégrale de sa conférence à Paris,

Dès avant la parution de Traditionis Custodes – horrible antiphrase, car il s’agit d’une destruction méthodique de la tradition liturgique de l’Eglise – Mgr Athanasius Schneider abordait dans une conférence organisée à Paris, le 25 juin, par Renaissance catholique, la question des prévisibles restrictions sur la célébration de la messe tridentine, dont Benoît XVI avait pourtant affirmé le « droit de cité » dans Summorum Pontificum.

L’abolition du Motu Proprio de 2007 est d’une cruauté et d’une violence délibérées sinon inouïes (ce n’était pas mal non plus en 1969) ; elle cherche, dans son esprit, à faire viser, tester, estampiller, parquer les inconditionnels de la liturgie traditionnelle hors de la vue du peuple de Dieu afin qu’il n’y ait plus de contacts entre les « tradis » et les bénéficiaires de la messe de Paul VI au sein des diocèses, pour éviter que les fidèles de l’« unique » lex orandi de l’Eglise catholique de rite romain ne se laissent contaminer, et elle dit clairement sa volonté d’éradiquer à terme le virus tridentin.

Mgr Schneider, courageux évêque auxiliaire de Sainte-Marie in Astana, déclarait alors que ces nouvelles mesures étaient attendues (mais personne n’imaginait leur brutalité) : « Les fidèles et les prêtres ont le droit à une liturgie qui est une liturgie de tous les saints (…). Par conséquent le Saint-Siège n’a pas le pouvoir de supprimer un héritage de toute l’Eglise, c’est un abus, ce serait un abus même de la part d’évêques. Dans ce cas, vous pouvez continuer de célébrer la messe même sous cette forme : c’est une forme d’obéissance (…), à tous les papes qui ont célébré cette messe. »

Je vous invite à lire l’intégralité du communiqué de Renaissance catholique au sujet de cette décision abusive du pape François : c’est ici, sous le titre « Le pape de l’exclusion. »

Je vous propose également la retranscription intégrale de la conférence de Mgr Schneider (hormis les toutes premières minutes de son intervention). Les premiers paragraphes font partie d’une courte introduction qu’il avait proposée, et c’est ensuite moi qui ai mené l’entretien et présenté les questions du public.

J’ai modifié dans cette retranscription certaines expressions ou tournures mais ai conservé l’essentiel du style « parlé » de l’intervention, au risque parfois de l’incorrection lorsque j’ail estimé que les paroles exactes de Mgr Schneider étaient importantes à connaître. – J.S.

*
Conférence de Mgr Athanasius Schneider

Les structures du mal dominent notre époque dans une dimension presque apocalyptique au niveau mondial. Il faut particulièrement souligner l’état de crise interne de l’Eglise qu’aucune personne honnête ne peut nier, car elle est déjà trop évidente. Pensez à ces observations précises, qui sont bien connues et dans lesquelles le pape Paul VI a honnêtement décrit l’état de santé spirituelle de l’Eglise de notre temps ; elles demeurent d’une grande pertinence. Je cite Paul VI : « On croyait qu’après le Concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude »… Paroles de Paul VI. Il n’y a pas de printemps. Et le Pape a ajouté cette phrase audacieuse :

« La fumée de Satan est entrée dans le Temple de Dieu » – paroles dites le 29 juin 1972. Le cardinal Karol Wojtyla, futur pape Jean-Paul II, s’exprimant au Congrès Eucharistique de 1976, à Philadelphie, aux États-Unis d’Amérique, a déclaré : « Nous sommes maintenant confrontés à la plus grande opposition historique que l’humanité ait jamais connue. Je ne pense pas que la société américaine dans son ensemble ou la communauté chrétienne dans son ensemble en soit pleinement consciente. Nous sommes maintenant confrontés à l’affrontement final entre l’Eglise et l’anti-Eglise, entre l’évangile et l’anti-évangile, entre le Christ et l’Antéchrist. Cette confrontation fait partie du plan de la Divine Providence. Par conséquent cela fait partie du plan de Dieu et c’est une épreuve que l’Église doit accepter et affronter avec courage. » Ce sont les paroles du cardinal Karol Wojtyla, deux ans avant son élection pontificale. Dieu de toute éternité, dans son plan sage et aimant, a choisi cette période importante mais extrêmement difficile pour nous, dans laquelle nous vivons, et Dieu veut nous récompenser de son amour éternel. Nous voulons dire du fond du cœur au Seigneur en ces temps difficiles : « Seigneur, tout est pour vous, toutes mes souffrances, toutes mes humiliations, toutes mes larmes, toutes mes œuvres, tout mon amour… Tout est pour Vous. Non nobis, Domine, non nobis. Pas à nous, pas à nous, Seigneur, mais à ton nom rends gloire. »

J.S. – Excellence, je suis très émue d’être là à côté de vous. Nous avons échangé longuement par courriel au cours du travail de traduction de votre livre Christus Vincit que j’ai effectué, où vous avez vérifié chaque mot et fait attention au sens précis, puisque vous maîtrisez très bien le français. Je voudrais, avant de commencer à vous interroger, rendre un hommage à Diane Montagna, qui a réalisé ce livre d’entretiens avec Mgr Schneider, en anglais. C’est une consœur américaine basée à Rome. Dans ce livre elle a vraiment poussé Monseigneur à bout. Elle a vraiment posé toutes les questions, elle a creusé, elle est revenue, elle n’a évité aucun sujet difficile et je crois que Mgr Schneider non plus n’a évité aucun sujet qui pouvait porter à controverse. Vous parlez aussi bien de la franc-maçonnerie, ce qui est assez classique, que de l’islam ou de la Fraternité Saint-Pie X, et donc on a une vision d’ensemble de l’Eglise qui est très lucide et en même temps, comme vous venez de le montrer, pleine d’espérance. La première question que je voulais vous poser concerne le fil conducteur de livre, la citation de saint Matthieu (XXIV, 29) : « Le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière et les étoiles tomberont du ciel. » Evidemment cela nous fait peur, je ne vous le cache pas ! Je me demande si l’Apocalypse va nous tomber sur la tête vraiment à brève échéance. Et deuxièmement vous venez de citer le cardinal Wojtyla qui disait à Philadelphie que l’Eglise devait répondre, affronter l’épreuve avec courage, or nous sommes quand même nombreux à nous demander où est le courage de l’Eglise. Comment est-il possible que nous soyons sous ce rapport dans des temps aussi mauvais, alors que tout de même, comme vous l’avez dit aussi, les personnes sensées voient ce qu’il en est. Pouvez-vous approfondir un peu cette réflexion ?

Mgr Schneider – Une personne qui croit, qui a la foi, jamais ne devrait avoir peur. Notre foi devrait être forte, convaincante. La foi est le don de Dieu, la vie divine de notre âme. Si le Seigneur est avec nous, qui est contre nous ? Même si le temps apocalyptique arrive, le Seigneur sera toujours avec nous, nous avons le Seigneur, dans la foi de notre cœur. Il a dit : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. » Il est resté avec nous particulièrement dans l’Eucharistie, dans le tabernacle, dans la Sainte Communion, et même si nous devons entrer de nouveau dans le temps des catacombes, peut-être, comme les premiers chrétiens, comme j’ai eu le privilège de vivre aussi dans les catacombes pendant mon enfance sous l’Union soviétique, ce temps sera toujours un temps de grâces abondantes. Et si la Divine Providence nous accorde ces grâces, ces épreuves, la providence divine, la bonté divine nous donnera toujours toutes les forces nécessaires pour affronter ces temps difficiles, même quasiment apocalyptiques. C’est la première chose.

A propos de ce qu’a dit le cardinal Karol Wojtyla de l’Eglise de nos jours qui doit affronter avec courage la confrontation de l’Église et de l’anti-Eglise, de l’Évangile et de l’anti-évangile, peut-être le cardinal Wojtyla pensait-il en 1976 que cette confrontation serait entre l’Eglise et les ennemis de l’Eglise, qui sont hors de l’Eglise. Mais je pense maintenant que nous avons la confrontation d’une Eglise contre une Eglise au dedans, au milieu de la vie de l’Eglise. Nous avons déjà assisté à ce phénomène dans les années passées, quand nous avons vu quasiment l’introduction du divorce dans l’Eglise au travers du texte Amoris Laetitia, qui est très ambigu. Donc un anti-évangile ; contre ce que Jésus a dit sur le mariage. Et puis il y a les formes de relativisme que nous avons vus… Il y a des signes très graves de l’acceptation des idoles, même au Vatican pendant le synode d’Amazonie, ces signes montrant que ce n’était pas l’Évangile. Notre Seigneur Jésus-Christ n’aurait jamais accepté de vénérer une idole. Les apôtres de la « Terre-Mère » – on les appelait d’un autre nom – ont collaboré, avec toute l’industrie de l’avortement, avec l’industrie des fœtus, et d’une collaboration proche. Donc ce sont seulement ces quelques exemples où nous pouvons voir la confrontation dont parlait déjà le cardinal Wojtyla, mais maintenant nous sommes au milieu même de cette confrontation. En même temps il faut toujours avoir la certitude de la Victoire du Christ, et pour cette raison dans le livre Christus Vincit, le thème principal est toujours la victoire du Christ et de la foi catholique.

Je voudrais revenir sur une de vos expressions, vous avez parlé du « privilège » des catacombes, vous avez parlé du « cadeau » de cette épreuve que traverse l’Eglise, et j’aurais envie de vous dire, peut-être au nom de ceux qui nous écoutent ce soir : nous sommes tout de même dans la confusion, nous sommes dans l’incompréhension devant ce qui se passe dans une certaine mesure, nous nous sentons dans une certaine mesure responsables de nous battre, mais nous voyons bien que jamais les catholiques dans leur grand nombre n’ont été aussi peu instruits de leur foi. Alors comment est-il possible que cette épreuve nous arrive maintenant, alors qu’il y a une telle impréparation au sein de l’Église, et que devons-nous faire contre cela ?

Cette situation était déjà préparée pendant les décennies, elle n’est pas venue hier. C’est un processus déjà vieux de 50 ans, entre le Concile, où la tendance des responsables de l’Eglise était plutôt le soin des choses temporelles, corporelles, et pas la primauté des choses éternelles, de la vérité. Et donc il y a eu comme conséquence dans la catéchèse,  la formation des prêtres, dans les séminaires, un défaut fondamental et un manque de la doctrine fondamentale, de la doctrine de la foi. Etait promue dans les séminaires, dans le catéchisme, dans les écoles, le dialogue, la mentalité relativiste selon laquelle toutes les religions sont au même niveau et vont ensemble par des chemins divers. Mais c’est faux, c’est contre l’Évangile ! C’est un déni de l’Évangile, si nous disons que toutes les religions sont quasiment au même niveau. Et donc vous avez raison, puisque ces décennies ont eu pour effet de répandre une ignorance très profonde dans les milieux catholiques et chez les prêtres. Mais en même temps nous pouvons constater maintenant la soif des jeunes gens pour la vérité, la clarté, la certitude, ce besoin de notre cœur. C’est un besoin que Dieu nous a donné : la certitude de la vérité, et ce désir de la certitude. Et maintenant nous pouvons observer chez les jeunes gens le désir d’avoir l’intégrité, la plénitude aussi du culte divin, de la Sainte Messe, de la vie et de la doctrine. Pour cette raison, je peux voir un signe d’espoir, même petit, que nous devons encourager et transmettre. Je pense que c’est une tâche fondamentale que d’enseigner  un catéchisme clair, 100 % catholique. Prenez les catéchismes anciens, je vous en prie ; enseignez les enfants, la jeunesse, et même nous, les adultes. Pourquoi ne pas prendre un catéchisme des enfants et répéter les vérités éternelles ? Je considère comme une tâche très importante la transmission de la doctrine de la foi.

Nous sommes en quelque sorte invités, appelés à suppléer aux carences de l’autorité. Dans votre livre vous montrez bien que cette situation n’est pas tout à fait nouvelle. Comment justifier donc de dire que tel évêque, mon évêque, mon curé, enseigne éventuellement des choses fausses, est un admirateur de la Pachamama… Avons-nous le droit, le devoir de réagir, et comment justifier cela dans une société hiérarchique comme l’Eglise ?

Bien sûr qu’on a ce droit, parce que l’Église n’est pas une dictature. L’Eglise est une famille, qui est bien hiérarchique. Et le père, la paternité, les enfants, sont spirituels aussi. Et dans une famille il y a aussi le soin pour le bien commun, spirituel de l’église ; ce soin concerne aussi les fidèles, parce que si le berger commence à donner aux brebis des choses mauvaises, elles devraient réclamer qu’on nous donne, s’il vous plaît, les choses vraies, pour notre nourriture. Parce que c’est votre tâche, ce sont les devoirs que Dieu vous a donnés : vous devez nous donner la nourriture divine, pas vos idées nouvelles et idéologiques. Et pour cette raison, je pense que, avec respect, les fidèles ont le devoir d’exiger cela de la hiérarchie ; les fidèles ont le droit d’avoir une doctrine claire, intégrale. Et si le prêtre, l’évêque, ou le pape ne donne pas une doctrine claire, ils devraient dire : nous avons le droit, donnez-nous cela, s’il vous plaît, nous avons faim de la doctrine, nous laisserez-vous sans nourriture, sans pain ? C’est une exigence fondamentale des fidèles. Je répète, avec respect. Cela fait partie de la structure hiérarchique, parce que l’Église n’est pas une organisation humaine, un parti politique, une dictature politique, où tout le monde a peur du chef. Non, nous sommes une famille. Et dans une famille, nous pouvons demander aussi notre droit, avec respect. Il ne s’agit pas d’un contrat ; c’est ce qu’exige la situation exceptionnelle, cette situation où les fidèles devraient faire des admonestations ou en quelque sorte des réclamations à la hiérarchie pour que celle-ci donne une doctrine claire et une liturgie digne.

Cette situation exceptionnelle est rare dans l’histoire de l’Eglise, mais il y en a déjà eu au 4e siècle avec la crise arienne, et maintenant nous assistons à une situation semblable. Mais cette situation est temporaire seulement. Vous avez aussi le privilège, dans une situation très difficile, de témoigner de votre fidélité, de votre foi baptismale et de la foi de vos ancêtres, la foi des saints que vous connaissez, de témoigner de cette foi  même devant des responsables de la hiérarchie qui ont peut-être perdu partiellement la foi, pour aider, pour rappeler aux bergers qu’il faut retourner à la pureté de la foi. Par conséquent vous faites une grande œuvre méritoire devant Dieu quand vous gardez fidèlement votre foi, même devant cette situation triste, quand une partie de la hiérarchie commence à renier la foi.

Les prochaines étapes dans l’Eglise, en tout cas ce qui s’organise à Rome, visent toujours plus de synodalité. Cela comprend notamment de donner la parole aux fidèles, ce qui n’est pas sans paradoxe après ce que vous venez de dire. Vous avez dans votre livre des mots très durs pour l’organisation actuelle de l’Eglise, où les réunions épiscopales, les synodes, se succèdent, très chers souvent car c’est onéreux, et où on aboutit à des déclarations que personne ne lit. Je voudrais vous demander : pensez-vous que nous sommes arrivés à une espèce de volonté de démocratie dans l’Eglise, mais à l’exclusion de ceux qui veulent la vérité ?

Oui, exactement. L’Eglise est une démocratie de saints. Donc nous devons consulter les saints qui ont vécu avant nous, les saints Docteurs de l’Eglise, les saints Pères de l’Église, et laisser parler la voix de l’église de toujours. Le but d’un synode est de fortifier la foi, de clarifier la foi, la discipline de l’église, la sainteté de la vie. C’est la finalité d’un synode. Un bon synode serait celui où le pape inviterait des fidèles de Renaissance catholique, de la Fraternité Saint Pie X, des communautés Ecclesia Dei, des laïcs, pour faire des propositions demandant de retourner à la foi de toujours et à la liturgie et à la vie morale. Ce serait un bon synode. Mais il semble que les communautés et les personnes de votre esprit, celui de Renaissance catholique, n’auront pas de voix dans ce synode. Mais vous avez la voix devant Dieu. C’est mieux. C’est plus efficace. Et vous avez des moyens : votre prière, vos sacrifices et votre apostolat silencieux, là où vous vivez, les prêtres là où ils travaillent. J’ai l’impression que cette méthode de chemin synodal est le moyen pour protestantiser davantage la vie de l’Eglise, et de rendre l’avis de l’Eglise plus relativiste, peu clair, c’est-à-dire pour augmenter la confusion, l’état d’incertitude. Nous devons prier que Dieu, que la divine intervention nous aident, que ce synode, qui devrait avoir lieu en 2023, ne se déroule pas, peut-être par une intervention divine, parce que l’Église est dans les mains de Dieu.

Je crois que vous répondez déjà un peu à la question que j’allais vous poser, mais je vous la pose quand même : parfois nous sommes tentés de nous demander comment nous pouvons encore avoir foi en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique dans la situation actuelle. Je parlais récemment avec une amie qui a souffert par l’Église et qui me disait relire sainte Catherine de Sienne et tout ce qu’elle dit de beau sur l’Eglise : une et sainte, mais aussi « l’épouse lépreuse du Christ ». Comment concilier cette Eglise une, sainte, catholique, apostolique, que nous aimons et que nous devons aimer, et ce que nous voyons devant nous ? Quels conseils pratiques donneriez-vous pour conserver et fortifier notre foi ?

L’Eglise est aussi un mystère. Mysterium : mystère, surnaturel. Et en même temps une société humaine. C’est une organisation spéciale, unique, qui est divine et humaine. Et quelquefois dans ce corps de l’Eglise le mal augmente même parmi les représentants de la hiérarchie, et le bien est diminué, et la vérité, et la sainteté – comme dans l’Évangile, où Notre Seigneur a parlé de ces champs où il y a le bon grain et l’ivraie. Donc il y a toujours un mélange dans l’Eglise. Ce mystère du mélange, du mal et du bien, restera jusqu’à la fin du monde. Quelquefois, le mal est plus nombreux, quelquefois moins. Maintenant nous vivons dans une situation où on a l’impression que l’ivraie domine, et que le bon grain est très diminué. Mais il existe, il n’a pas disparu. Il existe, mais diminué. C’est une grande espérance : croire que l’Église restera toujours sainte, apostolique, même dans un nombre diminué. Par exemple, au IVe siècle, lors de la crise arienne, presque tout l’épiscopat de l’Eglise a accepté la politique de l’hérésie, ou de la semi-hérésie. Seulement un petit nombre des évêques restait fidèle : saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers, saint Basile… Imaginez tout l’épiscopat acceptant le politiquement correct, l’hérésie ! Le pape Liber était très faible, et il a même excommunié saint Athanase. Donc il y avait des ténèbres dans l’Eglise. Mais la foi à triomphé chez les fidèles, chez vous, les fidèles. C’était un miracle. Et les fidèles ont gardé l’Eglise qui vivait dans les âmes : l’Eglise Sainte, apostolique, vivait dans les âmes des fidèles et dans les âmes des prêtres et des évêques si peu nombreux. Je pense que la situation est semblable aujourd’hui. L’Eglise continue d’être sainte, apostolique, catholique, dans toute âme catholique – fidèle, prêtre, évêque – qui garde en fidélité l’intégrité de la foi et de la vie chrétienne.

Monseigneur, vous expliquez dans votre livre que votre nom, Athanasius, vous a été donné – c’est un nom de religion. Avez-vous pensé en le recevant qu’il vous destinait à un combat particulier ?

Jamais. Absolument jamais. C’était impossible pour moi. Même le nom Athanasius était, pour moi, complètement étrange. Je ne savais pas pourquoi j’avais reçu ce nom, Athanasius ; je connaissais la vie de saint Athanase, mais j’étais un simple prêtre, et jamais je n’ai pu imaginer quand je suis devenu prêtre qu’un jour je deviendrais évêque et devrais mener un combat quelquefois semblable à celui de saint Athanase, qui dut même résister quelquefois au Saint Père, admonester le pape comme je l’ai fait avec le commentaire d’Abou Dhabi sur la diversité des religions. Je devais admonester le pape in facie, face à face, personnellement, avec respect, mais résister et admonester. Mais c’est pour l’amour de l’Eglise que je l’ai fait, par amour du pape. C’est important, l’intention. Il serait pour moi plus facile de ne rien dire au pape. Mais ma conscience ne me le permet pas. Je devais vivre comme saint Athanase. Saint Athanase a dit une parole à un autre évêque de son temps, un évêque ami : il ne faut pas servir le temps, mais il faut servir Dieu. C’est notre finalité, notre tâche. Donc je pense que la Providence divine nous guide et nous devons vivre seulement pour la vérité et pour l’éternité.

Justement, j’allais vous le demander : vous avez parlé de votre demande de clarification au pape à propos du document d’Abou Dhabi, qui prétend que la diversité des religions est une sage volonté de Dieu, vous avez obtenu une réponse qui pouvait être satisfaisante pour dire qu’il s’agissait là d’une volonté permissive de Dieu. Mais cette réponse ne s’est pas étendue à l’ensemble de l’Eglise et dans l’ensemble les fidèles est face à un pape qui – pas tout le temps mais assez souvent – semble enseigner des choses qui sont totalement contraires à ce que nous croyons. Et ma question est peut-être un peu vive : comment pouvons-nous faire pour continuer à aimer le pape et à obéir à son autorité de vicaire du Christ ?

Nous devons toujours voir le ministère du pape avec les yeux de la foi. Pas avec la sentimentalité. Le pape a la tâche fondamentale de confirmer tous les fidèles et les évêques dans la foi. Et si le pape ne le fait pas, nous devons l’aider, en premier lieu l’évêque, à faire la clarté, avec des paroles respectueuses, et même, nous avons des exemples, par exemple sainte Catherine de Sienne. Elle avait écrit beaucoup de lettres au pape de son temps, pour qu’il retourne d’Avignon à Rome, parce que cette situation était au détriment de l’Eglise. Une lettre que Sainte-Catherine avait écrite au pape, je pense qu’il s’agissait d’Urbain VI, qui était très problématique. Ce pape, elle l’avait admonesté afin qu’il change son attitude, parce que son comportement était au détriment de l’Eglise. Elle écrivit : Très Saint-Père, vous êtes le doux Christ en terre, je suis votre aimable et obéissante fille ; mais si vous ne vous convertissez pas, renoncez à la papauté, renoncez à votre tâche. « Votre aimable et obéissante fille »… Elle continuait à aimer le pape, mais elle donnait des admonestations par amour du pape, parce que peut-être, renoncer à la papauté reviendrait pour le Pape a sauver son âme devant Dieu, devant le jugement de Dieu. C’est un geste d’amour du prochain.

Mais malheureusement le temps passant, je pense aux derniers deux siècles, il y a eu jusqu’à aujourd’hui encore, un phénomène que beaucoup de personnes appellent maintenant la papolâtrie, l’adoration du pape quasiment. Considérer le pape comme Dieu, qui jamais ne peut faire une erreur. C’est faux. Cette attitude envers le pape n’a jamais eu cours dans l’Eglise. Le pape est humain, le pape n’est pas le bon Dieu. Nous devons réformer cela, c’est malsain. Le pape est seulement vicaire, ministre servant, et aussi pécheur. C’est seulement en des occasions spéciales et rares qu’il a le charisme d’infaillibilité. Mais quelquefois, l’histoire nous l’a démontré, le pape a commis des erreurs, de graves erreurs, morales, politiques… rarement doctrinales, grâce à Dieu. Mais c’est la même situation maintenant. Nous pouvons les dire au pape, avec amour, faire des admonestations filiales, fraternelles. Comme évêque, j’ai la tâche d’aider le pape, comme des collègues, comme dans une collégialité. Donc le pape n’est pas un roi. Le pape ne peut dire : l’Eglise, c’est moi !, comme Louis XIV disait : l’Etat, c’est moi ! L’Eglise n’est pas la propriété privée du pape. Il est seulement administrateur, vicaire. Et nous devons aider le Saint-Père, par nos prières, par nos pénitences, nos expiations, et quelquefois des admonestations respectueuses. 

Cela ouvre des perspectives, finalement. Mais dans les rapports que je peux avoir avec des lecteurs, je vois qu’il apparaît une tentation sédévacantiste dans la situation actuelle. Et j’aimerais beaucoup que vous nous disiez comment la combattre :  faut-il la combattre ? Comment ? Elle me semble très réelle…

Savez-vous quelle est la racine du sédévacantisme ? C’est exactement la papolâtrie, le fait de diviniser le pape. C’est donc une vision fausse de ces fidèles et prêtres sédévacantistes, selon laquelle le pape est quasiment le bon Dieu, le pape jamais ne peut faire des erreurs, et que donc si un pape a des défauts, comme c’était le cas après le Concile, avec la nouvelle messe, puis à Assise, et maintenant avec le phénomène que nous connaissons, Amoris Laetitia, pachamama, Abu Dhabi, etc., alors il n’est plus pape, parce que le pape ne peut pas avoir de défauts. Il est le bon Dieu. Si un pape manifeste quelques faiblesses, sérieuses, comme après le Concile, au regard de la liturgie, de la doctrine, ses fidèles disent que maintenant il n’est plus pape : sede vacantia. Et nous devrions attendre que Dieu nous donne de nouveau un pape divin, complètement saint, complètement infaillible. Mais c’est faux ! C’est une vision complètement pas catholique. C’est, je pense, la racine profonde, doctrinale, psychologique, de la pensée de ces fidèles. Et nous devons aider ces fidèles, corriger cette attitude complètement irréaliste qui contredit aussi l’histoire de l’Eglise. Je pense qu’une autre racine est que ces fidèles sont scandalisés, et rejettent la Croix. Nous devons porter la croix d’un pape difficile, d’un pape qui fait de la confusion. C’est la croix la plus lourde, et nous devons porter cette croix. Je pense que ces fidèles sédévacantistes ne veulent pas porter cette croix, cette souffrance, pour l’Église, de supporter un tel supérieur ecclésiastique comme suprême Pasteur. Donc nous devons avoir une vision surnaturelle.

Nous parlions tout à l’heure, Monseigneur, avant cette réunion, d’un pape qui avait acheté sa charge. J’aimerais que vous donniez cette anecdote parce qu’on parle beaucoup d’une élection du pape François qui serait rendue invalide par diverses circonstances, par certaines lois canoniques. Si vous pouviez raconter cela, je crois que ce serait très éclairant.

Je pense qu’en général il est très salutaire de bien connaître l’histoire de l’Eglise et l’histoire de la papauté. C’est très important pour notre temps. Par exemple, au XIe siècle, où il y avait encore le phénomène du Saeculum obscurum, le Siècle obscur où la papauté était occupée par des groupes de mafias, immorale, il y a eu des forces pour le renouvellement de l’Eglise. Hildebrandt, le futur pape Grégoire VII, abbé bénédictin à Rome, était l’âme d’un groupe de cardinaux œuvrant pour une vraie réforme de l’Église, et après sa mort, ces temps ont été appelés la « réforme grégorienne ». Il a vu que le pape était une personne gravement immorale, et qui donnait des scandales publics, insupportables. Il y avait un bon cardinal, et l’abbé Hildebrandt, qui avait entendu que ce pape aimait beaucoup l’argent et était prêt à vendre la papauté pour de l’argent, avait combiné cette chose pour le bien de l’Eglise, pour écarter ce pape immoral, et avait conseillé à ce cardinal d’acheter le pontificat pour une grande somme d’argent à ce pape corrompu. Et ainsi le Pape a vendu sa papauté à ce bon cardinal, qui est devenu le pape Grégoire VI et a nommé Hildebrandt cardinal, et donc il a pu faire un bon travail de réforme de l’Église. Il était canoniquement invalide, puisque c’était de la simonie. Mais l’Église a toujours considéré ce pape Grégoire VI comme valide, même s’il est devenu pape par simonie, en achetant sa charge.

Monseigneur, votre livre, en le traduisant et donc en le lisant avec beaucoup d’attention, m’a paru programmatique. Je ne pense pas que vous ayez voulu présenter un programme en tant que candidat, mais en tout cas vous avez voulu expliquer comment l’Eglise peut recouvrer sa sainteté, et votre message et finalement un message d’espérance. Dans ce programme que vous décrivez en montrant comment nommer de bons évêques, sur quel point faut-il insister ? Pourriez-vous nous décrire un peu la manière de sortir de cette crise telle que vous la voyez ?

Tout dépend des personnes bonnes mises en place stratégique, des personnes saintes, compétentes. Cela a toujours été la méthode au cours des crises de l’église. Nous devons avoir des chefs qui soient des personnes intègres, des personnes de foi. Je pense que la réforme de l’Église devrait effectivement commencer au Saint-Siège, avec une papauté réformée, renouvelée, dans l’esprit des Papes Martyrs, du Christ, sans peur, sans complexe d’infériorité devant le monde. L’Eglise a besoin de cette sorte de pape, qui peut nommer des évêques, des cardinaux, du même esprit. C’est logique. Un bon évêque peut transformer tout son diocèse pour des générations. J’ai eu cette expérience au Brésil. Mon évêque était un catholique très fort au milieu de la théologie de la Libération ; il a renouvelé tout le diocèse avec un clergé bien formé, avec des fidèles, avec des églises, avec la communion à nouveau à genoux et sur les lèvres. Tout le diocèse et le clergé ont été renouvelés. C’était un exemple. Imaginez si en France tous les diocèses étaient de cette sorte, avec de tels évêques. Des évêques courageux, forts de la prière, comme des apôtres. Toute la France changerait. Et puis les prêtres ! Nous aurions de nouveaux clergés, et des familles. Et pour cette raison, nous devons renouveler l’épiscopat, bien sûr. Parce que vous, les fidèles, vous avez déjà la foi et vous préparez le terrain. Dieu prépare le terrain avec vous, petits fidèles. Et puis arrivera le temps que la Divine Providence nous donnera de nouveau, avec de forts évêques, comme saint Hilaire de Poitiers, saint Martin de Tours, le cardinal Pie de Poitiers, et cetera. Il y a de grandes figures de l’épiscopat en France et dans les autres pays, comme le cardinal Von Galen, au temps du nazisme...

Donc il y a de l’espoir, nous devons travailler, mais bien sûr cela ne suffit pas, il est très nécessaire que du Saint-Siège, émane un document clair, une sorte de Syllabus, ou une sorte de profession de foi très précise, regardant les erreurs communes de notre temps, avec même des menaces d’excommunication, comme il y en a toujours eu, que Notre Seigneur avait créée en tant que médecin spirituel. Il faut donc de bonnes nominations, et la profession de la foi.

A la fin de votre livre vous publiez un texte de Saint-Pierre Julien Eymard, « le triomphe de l’Église par la Sainte Eucharistie », et c’est une des questions que vous pose Diane Montagna, un peu avant. Elle dit : « Si j’ai bien compris, l’Eglise doit revenir à son premier amour ? » Et vous répondez, dans le livre : « Oui, l’amour eucharistique. » Quelle est justement la place de cet amour eucharistique dans le programme que vous donnez aux fidèles ce soir pour travailler à la victoire du Christ ?

L’Eucharistie est le cœur de l’Eglise. L’Eglise est un corps mystique, pas une organisation humaine, pas politique. L’Eglise est le corps mystique du Christ, et chaque corps a un cœur, et le cœur est l’Eucharistie. Maintenant, depuis des décennies, nous assistons à une maladie cardiaque, eucharistique, que j’appelle cardiastenia eucharistica, une sorte de cardiastenia, faiblesse du cœur, eucharistique, à cause des formes répandues de désacralisation, de sacrilège, d’outrage de notre Seigneur dans la petite hostie consacrée, même dans les petites parcelles qui tombent pendant la communion, au moyen de la communion dans la main. Personne ne peut le nier, il est évident que Notre Seigneur tombe par terre. C’est pour moi la blessure, la plaie la plus profonde dans la vie de l’Eglise. Et pour cette raison, nous devons restaurer, rétablir toute la dignité, la sublimité, le culte eucharistique, spécialement pendant la distribution de la sainte Communion et la célébration de la sainte Messe, qui est l’acte principal, vital, de l’Eglise : le sacrifice de la Croix maintenant présent sur nos autels. Et  nous devons donc renouveler le mode de célébration de la messe christocentrique, théocentrique, avec de la sacralité : donner de nouveau à Jésus la centralité de la messe dans le mode de célébration et au moment de la sainte Communion. Et de cela dépendra de nouveau la vie renouvelée de l’église.

Il y a un chapitre vers la fin de votre livre qui m’a immensément touchée, c’est celui sur les anges gardiens pour lesquels vous avez une vénération tout à fait particulière – et on pourrait parler du lien de votre ordre avec ce culte des anges gardiens. J’aimerais beaucoup que vous nous parliez des anges gardiens pour que nous ayons, dans des temps qui sont difficiles, la réaction de nous appuyer sur eux.

Le monde des anges est le monde surnaturel par excellence. Donc une racine de la maladie spirituelle de l’Eglise est la perte, le manque de la vision surnaturelle. L’Eglise s’est tournée vers le temporel, vers le naturel, et a perdu la vision d’une partie du surnaturel, la primauté du surnaturel. Et le monde des anges est le monde surnaturel par excellence. Ils sont toujours devant la présence de Dieu. La première tâche des anges est l’adoration de Dieu. Toute l’essence des anges dit : Dieu en premier lieu, seulement Dieu. C’est tout le sens des anges. Tout pour Dieu, l’adoration de Dieu. Tourné complètement vers Dieu, telle est l’essence de l’ange. Et c’est notre tâche, celle de l’Eglise et les hommes, d’être tournés vers Dieu toujours. Le péché consiste dans le fait que nous ne sommes pas tournés vers Dieu, le péché nous tourne vers nous-même, vers l’égoïsme. Et pour cette raison la dévotion, la conscience de l’existence des anges, que Dieu nous a donnés, envoyés, comme notre compagnon, comme notre frère qui nous accompagne toujours dans notre première tâche d’adorer Dieu, d’être tourné vers le surnaturel, vers l’éternité. Et puis chacun de nous a son propre ange gardien. Quelle générosité ! Quel privilège Dieu nous donne-t-Il ! Chacun de nous a un ange gardien particulier, spécial, seulement pour nous. Cet ange gardien jamais ne vous quittera, jour et nuit, il sera toujours avec vous, personnellement. Et il prie, il adore Dieu en notre lieu, toujours. Quel bon frère, quel bon ami, notre meilleur ami !

Et donc l’Eglise entière devrait de nouveau être plus consciente de l’existence, de la présence, et de l’œuvre, de l’apparition, des saints anges. Les anges ont comme autre tâche de combattre les esprits mauvais, les anges déchus. Et l’Eglise militante, nous vivons chaque jour de nos combats contre le péché, contre le démon, contre la tentation, et nous devons invoquer les saints anges afin qu’ils combattent avec nous. Nous sommes des soldats du Christ, et les anges nous accompagnent. Le moment du combat spirituel est très important, et les anges gardiens, et saint Michel et les autres anges nous rappellent cette réalité que nous devons combattre. Et un jour nous serons tous ensemble avec les anges pour toute l’éternité, formant une famille de Dieu. Mais maintenant déjà sur la terre, vous savez que dans chaque messe à la fin de la préface, avant le Sanctus, l’Eglise dit : et avec tous les anges nous chantons « Sanctus, Sanctus, Sanctus », pour proclamer la sainteté de Dieu.

Dernière question avant celle des auditeurs : parlez-nous des perce-neige et des saumons.

Oui, j’ai choisi cette fleur, que j’aime beaucoup, parce que ces fleurs perce-neige nous annoncent déjà l’arrivée du printemps, encore au temps de l’hiver, mais déjà elles disent la proximité du printemps. Et le perce-neige perce la neige. Il y a déjà une fleur, mais au milieu de la neige. Et vous, les petits fidèles, les familles catholiques, les enfants catholiques, la jeunesse catholique, les jeunes prêtres – aussi les prêtres âgés ! – vous êtes les perce-neige dans les champs encore couverts de la neige, mais vous annoncez la venue du printemps. En allemand, nous disons « Schneeglöckchen », c’est-à-dire les sonnettes de neige, qui déjà sonnent la venue du printemps. L’autre image est le saumon, le poisson. C’est le poisson des évêques, un symbole épiscopal, parce que le saumon nage contre le courant. Donc la tâche des évêques aujourd’hui est de nager contre le courant. C’est pour cette raison que nous avons besoin de beaucoup de perce-neige et de beaucoup de saumons.

*

Questions du public

Les premières concernent Vatican II.
« En ce temps de coupe d’Europe des nations, peut-on dire “Vatican 2 – Eglise 0 ?” »
Une personne demande : « Si l’Église d’avant Vatican II n’a pas réussi à empêcher le Concile, malgré les avertissements de la Vierge Marie et de l’archange Saint-Michel au pape Léon XIII, quelle église peut-on mettre à la place de Vatican II, la même ? Une autre ? »
Une autre personne nous dit : « Monseigneur, vous avez dit qu’il ne fallait pas un autre concile Vatican II, mais un deuxième concile de Trente, pouvez-vous développer cette idée ? »

Première chose : la providence divine a permis le Concile Vatican II, nous devons accepter ce fait. Même si cet événement historiquement a apporté plus de désavantages à l’ensemble de l’Eglise, Dieu peut quand même faire d’une chose négative, d’un mal, un bien, un bien encore plus grand. Et nous nous pouvons voir que même pendant les crises après le Concile, et maintenant, Dieu a éveillé, appelé, des figures héroïques, des professions de foi, des témoignages de foi. Et, deuxième chose : il faut un Concile de Trente II, simplement pour la clarté, la nécessité d’établir de nouveau la clarté de la doctrine et de la discipline de l’Eglise. Je souhaite qu’un jour vienne une sorte de concile de Trente II, pas nécessairement dans la ville de Trente, mais dans l’esprit du concile de Trente.

« Monseigneur, avez-vous des contacts avec Monseigneur Vigano et que pensez-vous de ses positions sur le Concile Vatican II ? Je crois comprendre que vous n’êtes pas dans une démarche de rejet absolu de Vatican II mais de clarification, et c’est d’ailleurs ce que vous dites dans votre livre. »

Oui.

Sur la messe traditionnelle, il y a plusieurs questions.
D’une part, vous connaissez-vous l’affaire de Dijon, où la Fraternité Saint-Pierre est en train d’être renvoyée par l’évêque, Mgr Minnerath ? D’autres communautés traditionnelles connaissent des vexations de la part de leurs évêques, c’est aussi un thème qui vous est soumis.
Une question pose ceci : « Si le Motu proprio Summorum pontificum venait à être supprimé, quelle attitude devraient adopter les communautés Ecclesia Dei qui souhaitent rester fidèles à la forme extraordinaire de la messe ? Doivent-elles privilégier l’obéissance, ou entrer en résistance ? Pour l’instant cela ne semble pas viser les communautés Ecclesia Dei, mais dans cette hypothèse, quelle attitude recommandez-vous ? »

Ce sont pour l’instant simplement des hypothèses. Il ne semble pas que le Saint-Siège doive abolir Summorum Pontificum, je considèrerais cela très irréel, pas réaliste. Mais il y aura peut-être une limitation de l’usage de Summorum Pontificum. En ce cas, je pense que vous avez, les fidèles et les prêtres, le droit à une liturgie qui est la liturgie de tous les saints, quasiment de tous les temps. Donc en ce cas le Saint-Siège n’a pas le droit de supprimer un héritage de toute l’Église. Ce serait un abus, même de le part d’un évêque. En ce cas, vous pouvez continuer à célébrer la messe, formellement en désobéissance, mais vous serez en obéissance à l’Eglise de tous les temps, à tous les papes qui ont célébré cette messe. Et continuez avec respect de prier pour cet évêque ou pour le pape. Mais trouvez quelques formes peut-être de messe des catacombes, de messe clandestine. Mais toujours avec l’esprit « sentire cum Ecclesia », avec un amour pour l’Église et pour les âmes. Donc ce serait au contraire un service que vous rendriez à l’ensemble de l’église. L’Eglise n’est pas simplement maintenant, l’Église est de tous les temps.

Quelques questions, là encore générales :
« Que pensez-vous de la tentation de devenir orthodoxe du patriarcat de Moscou ? »
« Quid des erreurs des Papes et du dogme de l’infaillibilité, principalement pour les papes du XXe et du XXIe siècle ? »
Il y a une inquiétude vis-à-vis de l’Eglise, on en a beaucoup parlé : que pensez-vous de cette tentation de devenir orthodoxe ?

Elle est très fausse, car devenir orthodoxe est pire que devenir sédévacantiste. Parce qu’ils rejettent la foi, le dogme de la primauté de Pierre. Or c’est une vérité d’Evangile, c’est une vérité de dogme. Le sédévacantisme ne rejette pas le dogme, il déclare seulement, de manière arbitraire, le siège de Pierre vacant, mais cela est irréaliste. Mais les orthodoxes rejettent le dogme, et pour cette raison nous ne pouvons pas aller en ce sens, même pour avoir une belle liturgie. Mais vous savez que l’Église orthodoxe admet le divorce. Voulez-vous avoir une Eglise avec le divorce ? Vous pouvez vous marier, même à l’église, dans l’Eglise orthodoxe : une deuxième fois, une troisième fois. Mais seulement trois fois, pas quatre. Le deuxième mariage, et peut-être le troisième aussi, est appelé mariage de pénitence.

Le rite est pénitentiel : le père bénit des couples qui de facto sont adultères, avec un rite un peu pénitentiel. Donc c’est une contradiction, et c’est très grave. Il n’y a pas non plus de magistère clair sur la contraception, il n’y a pas un magistère universel. Donc c’est problématique. L’Église orthodoxe a beaucoup de valeurs, j’ai beaucoup d’amis orthodoxes, même des évêques et des prêtres et des fidèles, ils ont de bonnes valeurs, une liturgie, la sacralité, l’humilité, la révérence, le jeûne, la pénitence, et cela est bon. Mais ce n’est pas tout.

Sur la messe et la célébration eucharistique, il y a plusieurs questions :
« Pourquoi le pape François dénonce-t-il les “prêtres rigides” ? Qui vise-t-il ? Pourquoi cette obsession ? » Là, je crois que vous ne pouvez pas répondre à la place du pape mais je vous soumets la remarque.
Une autre question qui nous vient d’un prêtre : « Il y a quelques années le cardinal Sarah proposait à tous les prêtres, notamment les jeunes, de célébrer tournés vers le Seigneur, à partir du premier dimanche de l’Avent. Parmi ceux nombres qui étaient convaincus, combien ont-ils pu le faire ? L’Eglise viole les prêtres et les séminaristes continuellement. Pensez-vous qu’il serait utile de remplir les tribunaux ecclésiastiques de plaintes pour obliger l’Eglise à revenir à sa loi et à sa doctrine ? Le pape émérite a dit : ne pas s’opposer aux abus de pouvoir, c’est s’en rendre complice. »
Toujours sur ce même thème : « Pourriez-vous, Monseigneur, admonester l’archevêque de Paris et tous nos évêques concernant la Sainte Communion qu’ils veulent que l’on donne dans la main ? Merci pour ce que vous êtes. »

Je ne suis pas capable, dans ma tâche, d’admonester l’évêque de Paris, parce que je ne suis pas le pape. Seul le pape, le supérieur peux le faire. Je peux, s’il me demande, lui donner nn conseil fraternel, mais pas publiquement et dans une forme respectueuse. Mais vous pourrez peut-être envoyer à ces évêques français mon livre, notamment sur la communion dans la main.

[Intervention de Jean-Pierre Maugendre : Cela a été fait, tous les évêques de France ont reçu le livre de Mgr Schneider. Une dizaine à peu près nous ont gentiment accusé réception, certains s’engageant à le lire.]

Vous pouvez, je pense, faire une démarche de fidèles, peut-être de la part de la jeunesse, pour demander au pape, au Saint-Siège, de garantir le droit de tout fidèle de recevoir la communion sur les lèvres, même pendant la soi-disant pandémie, parce que on peut respecter toutes les mesures sanitaires, et donc il n’y a pas de raison objective, scientifique. Pour cette raison vous pouvez faire une démarche, avec des preuves de spécialistes, et l’envoyer à Rome pour garantir vos droits. Il y a aussi pour la messe une autre démarche pour permettre à tous les prêtres de célébrer la messe, même la nouvelle messe, vers Dieu.

Donc saisir les tribunaux ecclésiastiques éventuellement ?

Saisir le Saint-Siège, parce que là est la source. De là doit venir un ordre, une orientation.

Une question sur l’Eglise en Amérique et le président Biden. « On sait qu’il y a beaucoup de polémiques en ce moment, en particulier des projets, des réflexions des évêques américains, qui visent à refuser la communion au président Joe Biden qui se déclare catholique et en même temps pro-avortement. Certains disent que c’est une affaire strictement politique. Comment un catholique peut-il se sentir en état de grâce pour communier en se déclarant pro-avortement, et comment une telle question peut-elle en arriver à diviser l’Eglise ? »

C’est la démonstration qu’une partie des évêques ont perdu en partie la foi en l’importance de l’Eucharistie. Qu’est-ce que l’Eucharistie ? Elle est Notre Seigneur, l’immense sainteté de Dieu, et donc ils ont aussi perdu la foi dans la grandeur inestimable de l’Eucharistie. Et ils ont oublié la Sainte Écriture qui nous dit : qui mange indignement le corps du Seigneur mange son jugement. Donc ces évêques, qui admettent Biden ou les autres politiciens qui promeuvent l’avortement, à la Sainte Communion, ces évêques sont cruels. Ils laissent ces âmes se perdre et manger le jugement de Dieu. C’est une chose très irresponsable, un grand péché contre l’amour du prochain. Et donc les autres évêques qui ne permettent pas la communion pour Biden ont un amour vrai pour Biden, pour l’âme de Biden, pour qu’il ne mange pas le jugement divin. Il y a donc deux choses, la perte de foi de ces évêques en la sainteté de la Sainte Communion, et le danger de recevoir la Sainte Communion dans un état objectivement indigne. Ils oublient que ce geste d’admission de ces personnages, publiquement, c’est en même temps dire qu’implicitement nous approuvons le fait que les politiciens puissent favoriser l’avortement. C’est donc une attitude pastorale très irresponsable.

Il reste deux questions.
La première : « Voyez-vous d’autres évêques rejoindre vos idées, le courant que vous incarnez, ou bien ce courant reste-t-il isolé ? »

Je n’ai pas de contact avec tous les évêques, mais certains bien sûr ont la même préoccupation, le même esprit, mais une grande partie des évêques malheureusement, même des évêques bons, sont intimidés. Ils préfèrent se taire pour des raisons personnelles ou pour préserver leur carrière ecclésiastique, ou en raison d’une sorte de papalisme, de papolâtrie malsaine, ou diverses autres raisons. Mais le nombre n’est pas important dans le règne de Dieu.

Et la dernière question :
Monseigneur, dans votre livre vous évoquez la question de Notre Dame de Fatima, de son message, de ses demandes, de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, vous émettez des doutes sur le fait que cette consécration ait été faite intégralement de la manière dont le voulait Notre-Dame. Un participant demande : « Monseigneur, faire appel au pape pour qu’il consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie est un projet d’un tout petit nombre en France, seriez-vous prêt à soutenir cette démarche surnaturelle ? »

Oui, je suis prêt. Je pense que c’est nécessaire. Mais c’est dans les mains de Dieu. Bien sûr une consécration pleine, explicite, portera beaucoup de grâces à notre monde et à l’EEglise, et à la Russie et au monde entier, comme Notre Dame l’a promis. Donc nous devons faire des prières, des démarches, afin que le pape fasse la consécration pleine et explicite, et pour demander à Notre Dame qu’arrive le Triomphe de son Cœur maternel et immaculé.

*


Un grand merci à Anne Figueras pour son aide pour la retranscription de ce texte.

Le livre Christus Vincit, entretiens de Mgr Schneider avec Diane Montagna, ed. Contretemps (Renaissance catholique), est disponible ici.

Photo : Riposte catholique.

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