22 mai, 2016

Anca-Maria Cernea dénonce le “marxisme culturel” et appelle à la “bataille spirituelle” au Rome Life Forum

Je vous propose aujourd'hui, avec l'aimable accord de l'auteur, ma traduction intégrale de la conférence donnée par Anca-Maria Cernea lors du “Rome Life Forum” les 6 et 7 mai derniers. Anca-Maria Cernea est ce médecin catholique roumain, fille d'un opposant au communisme qui a passé 17 années de sa vie en prison, qui en tant qu'observatrice officielle au synode en octobre dernier a osé interpeller les pères synodaux en les rappelant à leur devoir de reconnaître que la défense de la famille est aujourd'hui une « bataille spirituelle ». Le marxisme et les ressorts de la Révolution marxiste-léniniste n'ont pas de secrets pour elle.
Dans sa conférence, Anca-Maria Cernea a exposé la manière dont le marxisme a œuvré, et œuvre toujours, à la destruction de la famille et de la moralité dans le monde.
Elle fait le lien entre cet assaut contre l'ordre naturel voulu par Dieu et le message de Fatima, avertissant que la Russie allait répandre ses erreurs à travers le monde. – J.S.
Voici les premières lignes de cette conférence :
L'une des meilleures interventions lors du synode sur la famille, l’année dernière, aura celle de Mgr Fülöp Kocsis, archevêque métropolitain de l'Eglise grecque catholique de Hongrie. Il disait que les attaques contre la famille ne sont pas de simples « défis », ainsi que l'avaient suggéré certains pères synodaux ; et qu'elles ne sont pas non plus expliquées par les facteurs économiques ou sociologiques que présentait le document de travail du synode.
Mgr Fülöp a déclaré que le synode devait clairement affirmer ceci : Ces attaques sont contraires au plan divin, elles proviennent du malin. Et de citer saint Paul : « Nous avons à combattre, non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde, c’est-à-dire, de ce siècle ténébreux, contre les esprits de malice répandus dans l’air. »
Une autre intervention courageuse a été celle de Mgr Tomash Peta, archevêque du Kazakhstan. Citant Paul VI, il a dit que la « fumée de Satan » pouvait se distinguer même dans les discours de certains pères synodaux.
Ces deux interventions résument notre problème.
1. La guerre contre la famille et la vie humaine innocente est une guerre spirituelle.
2. Cette guerre est aujourd'hui livrée l'intérieur même de l'Eglise.
Comme l'a souligné le philosophe brésilien Olavo de Carvalho, plus souvent qu'à notre tour, hélas, nous entendons aujourd'hui deux types d'homélie dans l'Eglise : le premier est totalement idéologique, pratiquement en faveur des « principautés et des puissances ». L'autre est dirigée presque exclusivement contre l'immoralité sexuelle, la corruption matérielle, le consumérisme, l’hédonisme et d'autres péchés terrestres – ce qui revient à combattre uniquement « la chair et le sang », et non « les principautés et les puissances ».
Lorsqu'on parle de l'assaut contre la famille en Occident, il y a un cliché très répandu selon lequel il a pour cause le consumérisme, l'hédonisme, l'individualisme, et des groupes d'intérêts animés par le désir impitoyable du profit matériel. C'est ce que nous entendons très souvent à l'Eglise.
Cette approche ne vise que la chair et le sang et oublie les esprits mauvais.
Le consumérisme et l'individualisme ne sont pas la cause, mais des facteurs favorables. Ils réduisent la résistance morale des personnes et des sociétés. Mais ils ne sont pas la cause.
L'attaque contre la famille et la vie humaine fait partie d'une tentative révolutionnaire plus large en vue de redessiner la société humaine et la nature humaine.
Sa motivation est spirituelle. C'est une forme de révolte contre Dieu, contre sa loi morale et contre l'ordre de sa Création…


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits




18 mai, 2016

Une interview exclusive du cardinal Burke : “Si nous ne connaissons pas notre foi nous courons certainement le risque de perdre notre salut”

Au lendemain du “Rome Life Forum” des organisations pro-vie et pro-famille regroupées par Voice of the Family, où il a été beaucoup question de l'Exhortation apostolique Amoris laetitia, et de la Marche pour la vie de Rome, le cardinal Raymond Leo Burke a bien voulu répondre à mes questions lors d'un entretien chez lui, à deux pas de la place Saint-Pierre. 
A ma question de savoir s'il est possible de faire une lecture critique d'Amoris laetitia, le cardinal Burke a répondu : « Je ne crois pas qu'il puisse en être autrement », dans la mesure où le pape François a lui-même indiqué que le document comprend de nombreuses réflexions personnelles qui à ce titre ne peuvent être considérées comme faisant automatiquement partie du magistère.
Le cardinal Burke m'a parlé du salut éternel (on peut être « condamné pour toujours »…), du fléau de la contraception, la la haute vocation à la virginité et de bien d'autres thèmes devenus aujourd'hui brûlants dans un contexte où les catholiques fidèles sont troublés par certains textes issus de Rome.
Je le remercie tout particulièrement d'avoir bien voulu « viser » le texte original de cet entretien mené en anglais, qui paraît simultanément avec cette publication sur LifeSiteNews, et d'avoir fait de même pour la traduction française de l'entretien que voici.
Les rencontres avec Son Eminence le cardinal Burke sont toujours des moments de joie et d'admiration devant sa sereine et courageuse affirmation de la foi catholique. Il nous avait parlé le samedi après-midi 7 mai lors du colloque de Voice of the Family de l'appel au martyre que reçoit tout chrétien pour témoigner de son adhésion au Christ. Une joie teintée de gravité et de tristesse : comme lors de cet entretien du 9 mai 2016, le cardinal Burke n'a pas caché sa préoccupation devant la situation actuelle. – J.S.

Le cardinal Burke lors de sa conférence à
“Voice of the Family” le 7 mai à Rome.
© photo : Olivier Figueras
— Eminence, vous avez parlé haut et fort de la nécessité de sauvegarder le véritable enseignement de l’Eglise sur le mariage, la famille et la sexualité humaine. Cet enseignement est-il suffisamment connu des catholiques ?
— Non, il n’est pas assez connu. Cela fait déjà plusieurs décennies que nous souffrons, au sein de l’Eglise, d’une catéchèse très insuffisante, et aussi d’une certaine tendance, dans la prédication, à éviter de faire une présentation systématique de la foi. Cela a laissé de nombreux catholiques dans l’ignorance de leur foi catholique, et même des enseignements de la loi morale, qui constitue une part importante de notre foi catholique. Et ainsi on en arrive à ce que dans un monde qui devient de plus en plus insensé dans sa rébellion contre Dieu et sa Loi, les catholiques sont mal armés pour répondre et pour faire leur devoir en défendant la foi pour la rédemption du monde.
— Que conseilleriez-vous aux catholiques de lire et de méditer avant d’entrer dans la vie adulte et sur quels points faudrait-il insister au cours des préparations au mariage ?
— J’exhorterais tous les catholiques à lire le Catéchisme de l’Eglise catholique qui constitue le présentation systematique de notre foi catholique, et s’ils n’ont pas le temps de lire le Catéchisme en entier, qu’ils lisent au moins le Compendium, en se référant au Catéchisme complet pour davantage d’explications sur des points qu’ils auraient pu ne pas comprendre. Cela est crucial aujourd’hui. Notre foi est notre salut et si nous ne connaissons pas notre foi nous courons certainement le risque de perdre notre salut. Cela signifie pour chacun de nous le salut éternel, mais aussi notre bonheur ici-bas, qui est une anticipation de la plénitude de ce bonheur dans le monde à venir.
Mais pour ce qui est de la préparation au mariage, je crois qu’il faut insister le plus sur les biens fondamentaux du mariage – en d’autres termes, l’union entre un homme et une femme, qui est fidèle. Et il nous faut insister sur la fidélité, une vertu qui à beaucoup d’égards est fréquemment violée dans notre culture. Deuxièmement, le mariage est pour la vie. Et troisièmement, il est par sa nature même procréateur. Il faut aussi insister, auprès de ceux qui se préparent au mariage, sur le fait que la vie conjugale est une participation à la vie divine. Elle reflète l’amour des trois Personnes de la Sainte Trinité : il est fidèle et durable, et il donne la vie.
Par conséquent, il faut insister sur le fait que l’amour propre au mariage est le mieux compris et le
plus efficacement nourri à travers notre communion avec Dieu dans la prière et par les sacrements : par dessus tout, la sainte Eucharistie. C’est donc sur cela qu’il faut le plus insister. Ensuite, il me semble important d’aider les jeunes à reconnaître quels sont les aspects de notre culture qui menacent particulièrement le bien du mariage, afin qu’ils soient vigilants, et qu’ils se gardent par rapport à ces influences qui les conduiraient à trahir la vérité de leur mariage.
— Personne n’imaginerait que l’on puisse rompre le lien entre une mère et son enfant, ou entre un père et son enfants : est-ce un lien du même ordre qui existe entre un homme et une femme mariés ?
— Evidemment. En réalité, le lien entre un père et une mère et leurs enfants est un lien constitué par l’amour réciproque du père et de la mère. Un enfant ne peut grandir ni se développer correctement à moins que son père et sa mère ne lui communiquent l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre. Nous en avons absolument besoin pour notre croissance et pour notre développement : avoir l’amour d’un père et d’une mère, et que cet amour soit communiqué par les deux parents.
— En ces temps de divorce omniprésent et de mariages brisés, quel est le rôle joué par la contraception artificielle, et pensez-vous que l’Eglise puisse inverser le courant par rapport à la mentalité contraceptive ?
— Le rôle joué par la contraception artificielle est fondamental et létal, car ce qu’elle fait, c’est de diminuer l’amour entre le mari et la femme en mettant de côté la totalité de l’amour qui inclut l’union conjugale, qui elle-même comprend toujours le grand don de la procréation : la couronne de l’union du mariage, c’est le don des enfants. Par conséquent, lorsqu’une mentalité contraceptive s’y immisce, cet amour est déformé. Et de fait, nous voyons qu’on utilise l’argument selon lequel l’union sexuelle sans sa dimension procréatrice est maritale pour justifier l’activité sexuelle entre deux personnes de même sexe, et ainsi de suite, car ils disent :  « Eh bien, c’est une activité aimante même si elle ne donne pas la vie. » Mais il s’agit d’un abus de l’union conjugale : l’union conjugale ne peut exister qu’entre un homme et une femme unis dans l’amour. Et donc la  mentalité contraceptive est à la racine de nombre des plus importantes menaces contre le mariage aujourd’hui.
L’Eglise, pour autant que je sache, est la seule institution qui a continué de proclamer le caractère intrinsèquement mauvais de la contraception, de telle sorte qu’elle est appelée plus que jamais, aujourd’hui, à défendre la vérité par rapport à l’union conjugale et sa nature fondamentalement ordonnée au don de la vie. Je crois très fortement que le bienheureux pape Paul VI a pris acte de cela en 1968, alors même qu’une formidable pression s’exerçait sur lui, de la part de  « théologiens de premier plan », de théologiens moraux, afin qu’il assouplisse l’enseignement de l’Eglise et même qu’il le modifie. Il est resté attaché à l’enseignement de l’Eglise de manière héroïque – grâce en soit rendue à Dieu. Puis son successeur, saint Jean-Paul II, après le bref pontificat de Jean-Paul Ier, a consacré une si grande partie de son magistère à l’illustration de la vérité que contient l’encyclique du bienheureux Paul VI, Humanae vitae…
— Un grand nombre de péchés répétitifs et d’infidélités habituelles qui nous coupent de la grâce sanctifiante, mais qui peuvent être absous dans la confession ; pourriez-vous nous expliquer pourquoi les divorcés  « remariés » ne peuvent obtenir l’absolution sans décider de se séparer ou à tout le moins de vivre « comme frère et sœur » ?


— Il faut ici faire la distinction entre le péché individuel – par exemple, un acte individuel où l’on manque à la fidélité – et le fait de vivre publiquement dans un état qui viole cette fidélité. En premier lieu, on peut dire que dans l’acte individuel il y avait une quelconque force de la passion, une pression, ou toute chose qui a pu dans une certaine mesure diminuer la culpabilité. On ne peut pas en dire autant d’un état, car en ce cas, une personne décide librement de vivre avec une autre comme mari et femme alors même que l’un ou l’autre est lié, ou que les deux sont liés par un mariage. Faire la confusion entre ces deux situations est très dommageable. Ainsi l’individu qui chute et qui va se confesser, avec un vrai repentir et le ferme propos de s’amender, de ne pas recommencer, peut être absous. Mais si on va se confesser pour s’accuser du péché d’infidélité, quand on a l’intention de continuer de vivre dans cette situation, alors il manque un élément essentiel du repentir – le ferme propos de s’amender – et par conséquent il ne peut y avoir d’absolution ni, bien sûr, la possibilité de s’approcher de la Sainte Communion.
On parle d’une solution au for interne ; en d’autres termes, une solution à l’intérieur du sacrement de Pénitence. Il n’existe qu’une solution de cette sorte : il s’agit qu’au sein du sacrement de Pénitence, l’homme et la femme s’accordent pour vivre comme frère et sœur ; en d’autres termes, qu’ils s’engagent à observer la continence et qu’ils respectent la fidélité au mariage par lequel ils sont liés par ailleurs. Alors ils reçoivent la permission de recevoir les sacrements, mais seulement dans un lieu où cela ne causera pas de scandale. En d’autres termes : dans un lieu où les gens ne connaissent pas leur situation.
On constate dans cette discipline de l’Eglise – très ancienne – combien la vérité sur le mariage est formidablement importante pour l’ensemble de la vie de l’Eglise, et comment celle-ci sauvegarde cette vérité. Je connais de nombreuses personnes dont le mariage a échoué, et qui consacrent le restant de leurs jours à vivre dans la fidélité à leur union conjugale, alors même que leur partenaire conjugal les a abandonnées. A la fin elles me disent très clairement que c’est dans fidélité qu’elles trouvent leur bonheur.
— Votre première réaction à Amoris laetitia a été de dire que nous devions écouter le pontife romain avec respect, mais que tous ses dires et tous ses écrits ne font pas partie du « magistère infaillible ». Cela signifie-t-il que, respectueusement, nous pouvons faire une lecture critique de l’Exhortation post-synodale, voire que certains de ces éléments sont ouverts à une interprétation non orthodoxe ?
— Je ne crois pas qu’il puisse en être autrement, car le pape lui-même dit que le document est constitué par ses réflexions à la suite de l’expérience du synode, et ses réflexions sont personnelles. L’Eglise n’a jamais tenu que tout ce que dit le pape, ou que toutes ses réflexions font partie du magistère. Enseigner dans l’Eglise est une affaire très grave où l’on comprend que le Pape ne parle pas de manière personnelle, mais en tant que successeur de saint Pierre. Et donc, il faut lire le document de cette manière. Certaines personnes m’ont critiqué pour avoir dit que le document ne fait pas partie du magistère ; elles ont dit qu’il s’agissait d’une Exhortation apostolique post-synodale qui à ce titre doit faire partie du magistère. Mais ce n’est pas le titre du document qui lui donne la qualité de magistère. Il faut lire le contenu, et une fois cela fait, on voit que ce document doit être lu de manière critique, à la lumière du Catéchisme, à la lumière du magistère de l’Eglise. Les éléments qui soutiennent le magistère de l’Eglise et l’expriment pleinement sont très bien, mais il peut y avoir d’autres choses, qui sont les réflexions du Saint-Père, mais qui ne relèvent pas du magistère.
— De nombreux catholiques sont troublés par le texte mais hésitent à exprimer leurs doutes et même leurs inquiétudes parce que l’auteur en est le pape. Que leur recommanderiez-vous de faire ?
— J’en pense, personnellement, que nous n’avons pas été accoutumés à ce type d’écrit de la part du Saint-Père. Par le passé, le Saint-Père parlait très rarement, il écrivait très rarement, et c’était toujours avec une grande attention au fait qu’il est le Vicaire du Christ sur terre et par conséquent, que chaque expression de la foi devait être fidèle à la vérité de son magistère. Je parlais récemment avec un cardinal qui a été très proche du bienheureux Paul VI dans son travail, et il m’a raconté comment, même pour ses homélies, le Pape les reprenait et les reprenait encore, avant leur publication, car, comme il le reconnaissait ouvertement, sa responsabilité était très grave.
Le pape François a choisi de parler et d’écrire d’une manière où semble exister une sorte de mélange entre la présentation de l’enseignement de l’Eglise et celle de ses propres réflexions, souvent dans un langage très familier, de telle sorte qu’il est parfois même difficile de savoir exactement ce qu’il veut dire. Et ainsi je pense que nous devons nous rendre compte de ce que nous avons ici une forme d’écrit papal différent, et que nous avons tous les outils au sein de notre foi pour comprendre correctement ce type d’écrit, qui ne nous est pas familier. Mais adopter la position, par exemple, selon laquelle ce document qui n’a pas été écrit de la même manière que des documents comme Evangelium vitae, ou Familiaris consortio qui était également une Exhortation apostolique post-synodale, fait partie du magistère de la même manière que ceux-ci n’est tout simplement pas vrai. Il est écrit d’une manière fort différente.
En ce sens également, je crois qu’il est très important que lorsqu’on lit le document de manière critique, l’on demeure toujours respectueux à l’égard de la personne du pape. Se laisser aller à un manque de charité à l’égard de n’importe quel frère chrétien, et d’une manière prééminente, à l’égard du Pontife romain, est totalement inconvenant et inacceptable.
— En particulier la question de la damnation éternelle semble avoir été laissée de côté : « Personne ne peut être condamné pour toujours parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile. » Même si la miséricorde de Dieu veut atteindre chaque homme, n’est-il pas possible à l’homme de refuser la grâce et de choisir l’enfer ?
— Évidemment. L’Eglise l’a toujours enseigné. Dieu respecte notre liberté et par conséquent on peut avoir le cœur dur, même au moment de la mort. Le Christ Lui-même en a parlé dans l’Évangile. La logique de l’Évangile est celle-ci : Dieu veut sauver tous les hommes, il n’y a absolument pas de doute là-dessus. Il a envoyé son Fils unique pour sauver tous les hommes. Mais les hommes demeurent libres et certains d’entre eux rejettent la Rédemption, et s’ils le font, ils méritent la damnation éternelle : si vous rejetez le salut, comment être sauvé ?
— En parlant des divorcés « remariés », certains prêtres disent que dans certaines situations concrètes il est difficile de dire qu’ils vivent « dans le péché ». L’exhortation dit : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel. » Comment devons-nous interpréter cela ?
— La seule manière de l’interpréter est celle-ci : s’ils vivent dans ce qui paraît être un état de péché mais qu’en réalité ils ne pèchent pas, en d’autres termes s’ils vivent comme frère et sœur, alors c’est exact. Mais s’ils ont des rapports conjugaux, cela est objectivement peccamineux et il ne peut pas en être autrement. Cela ne peut pas ne pas être un péché et être un péché en même temps. Objectivement, avoir des relations sexuelles avec une personne qui n’est pas votre époux est soit de la fornication, soit un adultère.
— En tout cas, il faudrait une bénédiction de cette union.
— Évidemment ! Et pour la même raison la cohabitation en dehors du mariage est gravement peccamineuse et empêche l’accès aux sacrements.
— Et si la culpabilité morale est en effet atténuée, est-ce une raison suffisante pour permettre à ces couples de recevoir la communion ? Pour dire les choses autrement : alors que la miséricorde de Dieu peut opérer leur salut éternel, est-il sage sur le plan ecclésial de leur permettre de recevoir la communion ?
— D’abord, je reviens à la distinction entre les circonstances atténuantes attachées à un acte individuel et aux circonstances atténuantes par rapport à une vie en état de péché : les circonstances atténuantes sont appliquées à des actes individuels, et cela reste vrai. Pour un acte individuel il peut y avoir quelque circonstance qui diminue le degré de culpabilité. Mais pour ce qui est de vivre publiquement dans un état de péché, étant donné que Notre Seigneur donne à chaque personne qui est mariée la grâce de vivre dans la fidélité à ce mariage, nous pouvons dire que, oui, ces personnes peuvent vivre la fidélité à leur mariage parce qu’elles ont reçu la grâce pour le faire. Alors qu’il peut y avoir toute sorte d’impératifs sérieux, des enfants à éduquer à qui il faut fournir un foyer, ils peuvent tous être respectés tout en restant fidèle à l’union maritale.
— L’ignorance contemporaine à propos des règles et des biens du mariage a-t-elle atteint un tel niveau que de nombreux mariages sont invalides ?
— Je crois que la confusion qui existe dans le monde, et qui entre aujourd’hui également dans l’Eglise, a une influence sur les personnes qui envisagent de se marier. Mais je crois aussi que nous devons rappeler que le bien du mariage nous est enseigné par la nature elle-même. Dire par conséquent que, par exemple, le divorce généralisé, la promiscuité sexuelle, etc., conditionnent des personnes de telle sorte qu’elles ne sont plus capables de contracter un mariage valide, est incorrect. Le jeune homme ou la jeune femme sait dans son cœur ce qu’est le mariage, et une bonne préparation peut même l’y aider, et donc, même si au sein de la société il existe toutes sortes de pressions contraires au mariage, cette jeune personne peut bien choisir le mariage tel qu’il est véritablement. La seule manière de dire qu’un mariage est invalide est de montrer qu’un individu donné a assorti à son consentement au mariage le droit de divorcer ou  le droit à l’infidélité. En d’autres termes : en donnant son consentement à épouser une personne, il s’est réservé le droit de divorcer ou le droit d’avoir des relations sexuelles avec un autre partenaire.
— Depuis l’enfance j’ai appris au catéchisme que la vocation virginale est objectivement supérieure au mariage, qui est l’état ordinaire de l’homme. Cela a-t-il changé ?
— Non, pas du tout. Il s’agit là de l’enseignement constant de l’Eglise. C’est dans l’Évangile, c’est dans les Pères de l’Eglise, cela n’a pas changé – étant donné aussi que la continence parfaite de la virginité représente la perfection de l’amour et qu’elle est donc une source d’inspiration et aussi de force pour les époux, afin de vivre chastement leur relation réciproque. C’est cela aussi que veut dire Notre Seigneur lorsqu’Il nous dit que dans la vie du monde à venir, nous ne nous marierons ni ne serons donnés les uns aux autres en mariage car il y aura cette perfection de l’amour. Non, cet enseignement n’a pas changé.
— En ces temps de confusion, ne prêtons nous pas une trop grande attention à l’accomplissement de soi et aux fait de  »faire partie » d’une communauté, au lieu de nous rendre compte que notre but ultime et notre bonheur est dans le Christ ?
— Exactement. Notre attention devrait se focaliser totalement sur le fait de faire le bien pour ressembler au Christ ; sur notre fidélité, notre coopération avec sa grâce afin de croître dans sa ressemblance. Par ce moyen nous sommes alors reliés par la charité à tous nos frères et sœurs. Mais si nous ne concentrons pas notre attention sur la grâce, regardant toutes choses dans la perspective de l’éternité, alors nous tomberions dans une manière de penser mondaine, notre vie dans l’Eglise deviendrait une sorte de réalité politique, avec l’associationisme, et ainsi de suite. Mais notre lien dans l’Eglise, le lien entre nous qui est évidemment le plus profond des liens qui puissent exister, est la vie du Saint-Esprit en nous ; c’est l’amour du Christ en nous. Je suis très perturbé aujourd’hui par un langage ecclésial qui s’impose de plus en plus, qui est complètement mondain, et qui fait référence aux membres de l’Eglise comme s’ils étaient qui plus « conservateurs », qui plus « libéraux », et toute ces sortes de qualificatifs, comme si nous étions un corps constitué de partis politiques. Il existe une Foi, nous la partageons tous, et cela nous lie ensemble.
— Vous avez appelé les catholiques à dire le Rosaire pour la famille. Aimeriez-vous appeler nos lecteurs francophones à se joindre à cette initiative ?
— Je vous y encouragerais très fortement ! Il ne fait aucun doute que nous vivons des temps très  « Storm Heaven » ( « Prendre le ciel d’assaut »), qui demande la récitation d’un chapelet pour l’Eglise chaque mois. Évidemment nous les exhortons fortement à prier encore plus fréquemment, mais on peut espérer que cette récitation mensuelle, pour ainsi dire « solennelle » du Rosaire puisse également informer une attitude quotidienne de prière pour l’Eglise, tellement nécessaire.
difficiles dans l’Eglise aujourd’hui, et nous, en tant que membre du corps du Christ, devons prier ardemment pour l’Eglise en notre temps. Et l’une des prières les plus puissantes que le Seigneur nous a données est le Rosaire. C’est pour cela que j’ai apporté un tel soutien à l’opération que nous avons baptisée, en anglais,
— Et vous-même, vous célébrez la messe…
— Oui, chaque premier jour du mois, je célèbre la sainte messe à toutes les intentions de ceux qui font partie de l’« Operation Storm Heaven ».
Propos recueillis par Jeanne Smits
© Photos : Olivier Figueras
• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner









15 mai, 2016

Le cardinal Burke appelle les catholiques à témoigner de l'intégralité de leur foi : conférence au Rome Life Forum 2016

Honorant une nouvelle fois de sa présence le Rome Life Forum organisé par Voice of the Family et LifeSiteNews, le cardinal Raymond Leo Burke a donné une conférence sur Le martyre pour la foi en notre temps, d'une très grande actualité.

Je vous en propose ci-dessous ma traduction de travail, non révisée par Son Eminence le cardinal Burke. Texte très important dans le contexte actuel, alors que l'Exhortation Amoris laetitia est analysée dans des sens diamétralement opposés. Ce blog publiera prochainement un entretien exclusif réalisé avec le cardinal Burke à Rome le 9 mai dernier.

“Voice of the Family” a mis en ligne la vidéo intégrale de la conférence, donnée en anglais. – J.S.

Conférence du cardinal Burke pour le “Rome Life Forum 2016”, Rome, le 7 mai
“Le martyre pour la foi en notre temps”

Cela me fait très grand plaisir de m'exprimer devant le Rome Life Forum et de vous dire ma solidarité avec vous, ses participants, dans l’engagement à sauvegarder et à promouvoir la dignité et inviolable de la vie innocente et sans défense, et à protéger son berceau, le mariage et la famille. Par-dessus tout, je désire vous exprimer ma plus profonde gratitude. J'espère que le temps passé avec vous ainsi que mes paroles seront une source d'encouragement pour la bataille pour la vie et pour le mariage dans laquelle nous sommes tous engagés et pour laquelle nous mobilisons tous.
Une chose m'inquiète particulièrement, c'est une perspective mondaine qui s'impose de plus en plus, une perspective centrée sur l'homme et sur le monde, spécialement au sein de l'Eglise elle-même…

Lire la suite et regarder la vidéo : clic !


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



14 mai, 2016

Conférences au “Rome Life Forum 2016”, cardinal Burke : prochaines publications

© Photo Olivier Figueras

Chers lecteurs de ce blog,


Après la publication de la traduction de la conférence du Pr Roberto de Mattei le 6 mai dernier à Rome, lors du Rome Life Forum 2016, celle de l'intervention du cardinal Raymond Leo Burke sur le martyre propre à notre temps et notre devoir de rester fidèles à l'enseignement du Christ, quel qu'en soit le prix, lors de ce même Forum, est programmée pour ce dimanche 15 mai.

Elle sera suivie prochainement par la traduction de la conférence remarquable et passionnante d'Anca Maria Cernea sur le « marxisme culturel ».

J'ai également l'honneur de vous annoncer la publication, d'ici à quelques jours, de l'interview qu'a bien voulu nous accorder S.E. le cardinal Raymond Leo Burke à Rome lundi dernier, sur des questions très actuelles.

Si vous ne voulez pas manquer ces parutions, c'est simple, il suffit de s'abonner (gratuitement) en cliquant ici : S'abonner pour ne jamais manquer une mise à jour du blog. Vous recevrez dans la foulée un courriel expédié par Feedburner avec un lien vous permettant de confirmer votre abonnement (attention, il se pourrait que ce courriel atterrisse dans votre dossier « spams » ou « Courrier indésirables ».

Et si vous voulez faire connaître ces textes, n'hésitez pas à les signaler à ceux de vos contacts qui peuvent être intéressés en leur envoyant un lien !


Vous recevrez au maximum un courriel par jour.






La conférence de Roberto de Mattei sur “Amoris laetitia” au “Rome Life Forum 2016”

Avec la très aimable autorisation du Pr Roberto de Mattei et de la traductrice de son texte, Marie Perrin, je publie la conférence lumineuse qu'il a donnée lors du Rome Life Forum 2016 sur « La crise actuelle dans le contexte de l'histoire de l'Eglise », avec d'importants rappels sur la nature exacte de l'infaillibilité pontificale et dans un esprit de grand amour pour l'Eglise.

Conférence du Pr Roberto de Mattei, Rome, le 6 mai 2016
“La crise actuelle dans le contexte de l'histoire de l'Eglise” 


Dans l’Evangile, Jésus emploie de nombreuses métaphores pour désigner l’Eglise qu’Il a fondée. L’une des plus significatives est cette image de la barque menacée par la tempête (Mt. 8, 23-27; Mc. 4, 35-41; Lc. 8, 22-25), souvent reprise par les Pères de l’Eglise et les saints qui en parlent comme d’un vaisseau battu par les vagues, vivant pour ainsi dire au milieu des tempêtes, sans jamais se laisser submerger par les flots.

La scène de la tempête apaisée par Notre-Seigneur, sur le lac de Tibériade, est célèbre : “Tunc surgens imperavit ventis et mari” (Mt. 8, 26). Giotto, pendant la période de la papauté d’Avignon, représenta cette scène de la barque de Pierre dans la tempête sur une mosaïque autrefois sur le fronton de l’ancienne basilique saint Pierre et placée dans l’atrium de la basilique actuelle. Lors du carême de l’an 1380, sainte Catherine de Sienne fit voeu de se rendre chaque matin à Saint-Pierre pour prier devant cette image. Un jour, le 29 janvier 1380, vers l’heure des vêpres, tandis qu’elle était plongée dans la prière, Jésus se détacha de la mosaïque et posa sur ses épaules le vaisseau de l’Eglise. La sainte, oppressée sous un tel poids, tomba à terre évanouie. Ce fut la dernière visite à Saint-Pierre de Catherine, qui avait toujours exhorté le pape à mener avec vigueur le vaisseau de l’Eglise.

                                                             Lire la suite : clic…

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits



08 mai, 2016

Au “Rome Life Forum” le cardinal Burke et Mgr Schneider encouragent les catholiques à défendre la vérité du Christ

Le 3e Forum de Rome pour la vie (« Rome Life Forum ») vient de s’achever à Rome, laissant à ses quelque 150 participants responsables de mouvements et de médias provie de plusieurs dizaines de pays le sentiment d’avoir été nourris et raffermis dans leur combats respectifs, dans des circonstances doublement dramatiques. D’une part, les avancées des lois de mort se font de plus en plus rapides, jusque dans des pays que l’on pouvait espérer à l’abri des folies de notre temps, de l’autre, la confusion s’est installée à la faveur de la publication de l’Exhortation post-synodale Amoris laetitia qui ouvre la porte à des interprétations hétérodoxes sur plus d’un plan.
C’était une rencontre catholique, co-organisée par Voice of the Family, LifeSiteNews et Human Life International. Catholique et donc soucieuse de respect à l’égard de la personne de Pierre et de l’institution pontificale. Mais consciente aussi du rôle spécifique que doivent remplir les laïcs dans la défense de la foi, et ce d’autant plus que nombre de prélats ont ouvertement choisi de faire d’Amoris laetitia un moyen de négation de la tradition, du dogme, de la discipline de l’Eglise sur le plan du mariage et de la famille.
Je reviendrai dans ce blog dans les prochains jours sur quelques-unes des interventions les plus marquantes qui méritent d’être connues pour la qualité des arguments qu’elles ont soulevés : elles demandent à tout le moins d’être prises en compte et faire l’objet d’une réflexion logique et loyale.
Très marquante, suivie d’une longue ovation debout, fut l'intervention d'Anca-Maria Cernea, dénonçant le « marxisme culturel » qui est à la racine de la révolution sexuelle dont nous voyons aujourd’hui les terrifiants effets. J'ai hâte de vous la présenter plus longuement.
On se souviendra aussi de l’accueil réservé à l’appel à la « résistance catholique » lancé par John Smeaton, directeur de la plus ancienne organisation provie au monde, SPUC, l’Association pour la protection de l’enfant à naître du Royaume-Uni. Souligant qu’Amoris laetitia n’apporte pas aux parents le soutien qu’ils sont en droit d’attendre contre les entreprises d’« éducation sexuelle explicite » dispensée dans les écoles au mépris de leur droit premier dans ce domaine, rappelant que le drame absolument sans précédent des 2 milliards de victimes de l’avortement au cours de ces cinquante dernières années – autant d’êtres humains « faits à l’image et à la ressemblance de Dieu –, dénonçant enfin l’assaut contre l’indissolubilité du mariage et par voie de conséquence, celui contre l’Eucharistie que constituent les passages contestables de l’Exhortation sur les divorcés « remariés », il a rédigé une lettre aussi respectueuse que ferme au Saint-Père pour demander l’abrogation du document.
Respectueuse parce que mettant en avant le vrai rôle de la papauté, alors que Pierre bénéficie de l’infaillibilité dans des circonstances bien précises et que dans celles où il ne le fait pas, il peut se tromper, et qu’il n’est pas interdit de le dire, comme l’avait rappelé la veille le Pr Roberto de Mattei.
Le cardinal Burke, arrivé dans la salle après la fin de l’intervention de John Smeaton, a choisi de ne pas nommer Amoris laetitia.
Mais il a dénoncé de manière plus générale la « vision mondaine » de notre temps qui en vient à s’intéresser davantage aux hommes qu’à Dieu et qui présente le mariage comme un « idéal » à atteindre  avec le temps et non plus dans ses exigences pérennes, et qui fait passer une « vision politique » de l’Eglise devant la vision spirituelle. Le cardinal Burke livrait une réflexion sur le « martyre » dans laquelle il rappelait que chacun a le devoir de défendre et de rappeler la sainte volonté de Dieu, sans « fausse opposition » entre « foi et raison », « la loi et l’amour »… « la justice et la miséricorde ».
S’appuyant sur les écrits du jésuite John Anthony Harden, mort en odeur de sainteté au début du siècle, le cardinal a insisté sur ce que disait ce religieux : « L’Eglise est dans les affres de la pire crise de son histoire », répétant qu’elle doit être aujourd’hui elle-même « évangélisée », « purifiée de tout ce qui n’est pas le Christ ».
Et de rappeler que les catholiques sont tous appelés au « martyre » : martyre du sang pour témoigner de leur foi, « non en une idée mais en la personne de Jésus-Christ », « martyre de la persécution » à l’heure où l’on peut perdre sa situation et ses biens d’ici-bas pour vouloir rester fidèle à tous les enseignements du Christ, « martyre du témoignage » dès lors que l’on dit la vérité, souvent dans la solitude et en se faisant honnir pour cela.
Pas plus que le cardinal Burke, Mgr Athanasius Schneider – auteur d’une lecture critique d’Amoris laetitia – n’a directement cité l’exhortation au cours de son intervention mais il a longuement évoqué Vatican I, saint Pie X, Pie XII et Mgr Fulton Sheen dénonçant le mal profond de notre temps : le rejet de Dieu, l’appel qui lui est lancé de se retirer par des hommes qui veulent se dresser à sa place.
« Nous avons d’abord besoin de Veritatis laetitia, amoris vient ensuite et la mesure est l’éternité », a-t-il lancé. Sans quoi on professe « une religion sans la Croix. »
Les deux prélats ont insisté sur le devoir des catholiques, de chaque laïc catholique de défendre la vérité. Leur présence – au cours des deux journées de colloque à Rome pour ce qui est de Mgr Schneider – a été perçue comme un encouragement.
Lors de la veillée de prières qui a eu lieu samedi soir à Santa Maria sopra Minerva en préparation de la Marche pour la Vie à Rome ce dimanche 9 mai, le cardinal George Pell les a rejoints, manière de souligner l’importance du combat et de la mobilisation pour la vie. 

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



03 mai, 2016

Divorcés remariés : le cardinal Müller rappelle à Madrid qu'aucun pape ne peut changer la doctrine sur les sacrements

Il y a contradiction à être divorcé remarié et vouloir communier, a déclaré ce mardi à Madrid, selon Europa Press, le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Ludwig Müller. Le prélat donnait une conférence à l'université Francisco de Victoria à l'occasion de la présentation de son livre La famille, source d'espérance, qui vient d'être traduit en espagnol et publié par la Biblioteca de Autores Cristianos. Il a précisé qu'aucun pape ne peut changer la doctrine sur les sacrements du mariage et de l'Eucharistie.
Le cardinal Müller ne s'est pas posé en opposant au pape François, assurant au contraire qu'il fallait éviter de voir ou plutôt d'« inventer » des contradictions entre les papes successifs. Mais il a néanmoins parlé très clair dans une situation de grande confusion dans l'Eglise, qui se trouve confrontée à la lettre d'un texte objectivement ouvert à une interprétation hétérodoxe, et aux déclarations assurant que le changement était arrivé émanant de cardinaux et de religieux proches du pape.
Interrogé sur l'attitude à l'égard des familles en situation irrégulière dont parle l'exhortation du pape François, Amoris laetitia, et plus précisément sur le fait de vivre dans la grâce de Dieu en situation de péché, le cardinal Muller a déclaré : « Ce n'est pas possible. L'Eglise n'a pas le pouvoir de changer le droit divin, elle ne peut pas changer l'indissolubilité du mariage. On ne peut pas dire “oui” à Jésus-Christ dans lEeucharistie et “non” dans le mariage. C'est une contradiction objective », a-t-il insisté.
Le cardinal a rappelé que lorsqu'une personne se trouve « en état de péché mortel » elle doit recevoir le sacrement de la pénitence. Cela « ne peut être changé ni par le pape ni par un concile œcuménique ».
De toute façon, a-t-il précisé, il n'est pas possible de faire des « « interprétations fausses » qui « vont au-delà du dogme ». Le pape, a-t-il expliqué, demande à l'Eglise de penser à la manière dont on peut intégrer ces personnes qui « savent qu'elles vivent dans une situation incorrecte mais qui désirent se rapprocher de l'église ».
Voilà qui fait tout de même l'économie de diverses notes et déclarations dans Amoris laetitia qui vont au-delà de ce nécessaire accueil bienveillant en vue de la conversion. On sent toujours l'hésitation des plus hauts prélats à adresser une critique ouverte au texte.
Mais le cardinal Müller a tout de même précisé que, dans le cas des divorcés remariés par exemple, le « but » doit être qu'ils « se séparent de l'époux illégitime » ou qu'ils vivent toujours ensemble mais dans la chasteté, parce qu’« on ne peut justifier une situation qui va à l'encontre de la loi divine ».
On rappellera qu'une note d’Amoris laetitia refuse de recommander aux divorcés remariés de vivre dans la chasteté, « comme frère et sœur », en invoquant de manière incorrecte une citation de Gaudium et spes qui met en garde contre les risques que cette pratique – mais au sein de couples mariés ! – peut faire courir à la fidélité conjugale.
Le cardinal Müller a indiqué avoir écrit son livre sur la famille, où il expose cette doctrine traditionnelle, « avec un grand dévouement au pape », dont il a loué le « style personnel », plus « pastoral » et « proche des gens ». Il a ajouté qu’il fallait se garder de faire une « mauvaise interprétation » de sa manière de prêcher.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



01 mai, 2016

Eurolibertes.com, ce site partisan du contrôle de la population mondiale

On a pu voir dans une presse qui se dit « catholique » un chaleureux appel à visiter et à soutenir le tout nouveau site de « réinformation européenne », Eurolibertes.com. Créé à l’initiative de TV Libertés – les deux médias possèdent d’ailleurs une boîte postale commune au Kremlin-Bicêtre où envoyer ses chèques de soutien – Eurolibertés entend apporter un éclairage inédit sur la construction européenne que d’ailleurs le site ne rejette pas en tant que telle. Si j’en parle ici, c’est pour avoir constaté l’insistance d’Eurolibertes.com à relayer un discours malthusien de contrôle de la population mondiale, avec ou contre la propagande des sectateurs du « réchauffement climatique ». Mais aussi sa propension à accueillir des plumes résolument antichrétiennes.
Le directeur du site, Philippe Randa, par ailleurs billettiste à Présent, Synthèse nationale, VoxNr (pour « nationalisme révolutionnaire »)… est coutumier de ce syncrétisme qui accueille aussi bien le discours paganisant que des exposés plus chrétiens – mais Randa affiche une nette préférence pour le premier dans ses maisons d’édition. Ceux qui y cherchent des munitions sûres pour le combat contre la culture de mort passeront leur chemin. Les amateurs de science-fiction ou de romans érotiques trouveront sa bibliographie dans sa fiche wikipedia.
La liste des collaborateurs d’Eurolibertes comprend Gérard Dussouy, auteur d’un livre préfacé par Dominique Venner (Contre l’Europe de Bruxelles, fonder un Etat européen), mais aussi un certain Philippe Delbauvre qui se décrit comme « révolutionnaire conservateur d’obédience jungienne », l’athée déclaré Bernard Plouvier, auteur d’une biographie médicale et politique de Hitler en six volumes, Thierry Bouzard, « journaliste, collaborateur du journal Présent », Lionel Baland, journaliste belge spécialiste de Léon Degrelle, et quelques autres.
Parmi ces derniers ; Claude Courty se définit comme « Démographilantrosociologue » et comme « écologiste dénataliste ». Le 4 avril dernier, Eurolibertés publiait dans sa rubrique environnement un article de Courty sur les « dangers d’une dénatalité à contretemps en Europe occidentale ». C’est en réalité une charge contre « l’état de surpopulation croissante dans lequel se trouve la planète » : dans les pays pauvres qui connaissent une « prolifération de la partie la plus défavorisée de leurs populations » parce que l’Europe n’a pas su « partager » avec eux son industrialisation.
Et de se lamenter que « chaque jour 280.000 terriens supplémentaires, dont 200.000 pauvres, déferlent sur la planète ».
Il écrit :
« Ignorer – quand ce n’est pas rejeter – l’idée d’un contrôle de la démographie mondiale tout en prétendant ajuster la population de la planète aux capacités de cette dernière par une politique d’accueil des immigrés par les pays riches, a pour premier effet la paupérisation de ces derniers au détriment de tous. Et tant qu’il en sera ainsi, la compassion la plus sincère ainsi que les options politiques les mieux intentionnées n’y changeront rien, quel que puisse être le bénéfice qu’espèrent en tirer les pays d’accueil en termes d’image. 
« Si la solidarité à l’égard de ceux qui sont dans la détresse est un devoir humanitaire, c’est un devoir plus impératif encore que d’agir avec discernement. C’est dans cet esprit que toutes les réactions et dispositions influençant la démographie des pays européens doivent tenir compte des réalités de la surpopulation mondiale avant que d’être dictées par le calcul politique ou une compassion sommaire, voire démagogique. 
« Une telle attitude devrait au demeurant s’inscrire dans une autre, de portée planétaire, dans laquelle sont impliqués les pouvoirs religieux, autant et plus que les pouvoirs politiques. »
L’article s’achève par une référence à Paul Ehrlich, l’inénarrable malthusien qui prônait dans les années 1960-70 le contrôle de la natalité, faute de quoi la planète tout entière sombrerait dans la famine dès la décennie suivante. Toutes ses prédictions ont été démenties par la réalité. Mais il sévit encore.
C’est en partie son discours qui a donné lieu à la prédication mondiale de la contraception par les grandes institutions internationales, et à la dénatalité dont tant de pays du monde sont aujourd’hui victimes, de l’Allemagne à la Chine qui, elle, a suivi le faux dogme malthusien jusqu’au bout en multipliant (encore aujourd’hui) les avortements forcés et en donnant lieu à un génocide des petites filles à naître dont les conséquences désastreuses sont pour demain.
Paul Ehrlich est d’ailleurs cité dans la mesure où il dénonce les passages de l’encyclique Laudato si’ qui rappellent la condamnation par l’Eglise de la contraception et du contrôle des naissances.
C’est clair : c’est la lutte pour le respect de la vie et des libertés individuelles qui est ici dénoncé, ridiculisé, accusé de tous les maux qui sont les nôtres aujourd’hui. Et comme toujours, on nous propose une solution finale : autrement dit, la mort ou le refus de la vie comme panacée.
Cet article n’est pas un cas isolé sur le site puisque Fabrice Dutilleul, habituel intervieweur des auteurs de livres publiés par Philippe Randa, donne longuement la parole à l’un de ses auteurs – Jean-Claude Hermans, coauteur de Réchauffement climatique : ces milliards d’hommes en trop (éditions de l’Æncre). Le titre de l’article, paru en mars, est sans équivoque : « Surpopulation mondiale : cette monstrueuse réalité. »
Comme les partisans de la « Deep Ecology » qui rêvent de diviser la population mondiale par 6 ou davantage, Hermans et son jumeau Jean-Michel voient dans l’homme – trop d’hommes – la cause de tous les maux de la planète : « le problème numéro un pour la planète et l’humanité, c’est la démographie ». Sujet « tabou », « occulté » selon eux : s’il est vrai qu’il n’a pas été beaucoup évoqué à la COP21, prétendre que personne n’en parle est ahurissant. Les médias et les institutions internationales et d’aide au tiers monde l’évoquent sans cesse, par le biais de la « santé sexuelle et reproductive »…
Les Hermans imaginent  qu’« il est interdit de parler du surpeuplement humain et parce que le politiquement correct interdit de critiquer l’Afrique et l’Asie sous peine d’être taxé de raciste ». L’Asie – de l’Inde à la Chine en passant par Singapour et la Corée – souffre aujourd’hui de sa dénatalité. L’Afrique souffre de la pauvreté, de la corruption, de l’emprise marxiste de l’après-décolonisation, d’un mauvais accès à la nourriture et à l’eau, d’une insuffisante exploitation de ses propres richesses. Mais les organismes internationaux qui ne règlent véritablement aucun de ces problèmes conditionnent leurs aides à la diffusion de la contraception, si possible de longue durée…
Le livre édité par Randa et vanté sur Eurolibertés comprend d’ailleurs le texte complet du petit livre de Thomas Malthus (Essai sur le principe de la population, 1798), « un plaidoyer contre la misère et pour la charité chrétienne » (sic). Malthus, lui-même pasteur protestant et fils de famille, prônait le mariage tardif, voire son interdiction pour les pauvres de se marier pour éviter ne qu’ils procréent et prennent une trop grande part du « gâteau » des ressources. Comme Ehrlich, il s’est magistralement trompé dans ses prévisions qui annonçaient une croissance géométrique de la population pendant que les ressources alimentaires augmenteraient de manière arithmétique. En vérité, il y a aujourd’hui plus de ressources alimentaires par tête que jamais.
Cerise sur le gâteau, le livre est préfacé par Brigitte Bardot.
On ne s’étonnera pas de trouver également un texte tout récent dénonçant les critiques excessives des « écolos intégristes » à l’égard de la nouvelle méthode d’édition génétique CRISPR-Cas9, outil de rêve du transhumanisme.
C’est à Bernard Plouvier qu’il revient de dénoncer l’« utopie » et l’« uchronie » du pape François qui « nous ramène au proto-christianisme » en cassant « la domination européenne sur le catholicisme ». François, explique-t-il, nie les patries et les nations comme les premiers chrétiens, et, prônant « l’invasion de l’Europe par des Africains et des Proches-Orientaux, il démontre la persistance de cette prodigieuse faculté de nuisance d’une foi naïve glorifiant la charité ». Et poursuit: 
« Le pape actuel joue sa partition catholique et le fait admirablement. Son solo de flûte (ou de « pipeau ») fait de lui l’avatar du joueur d’Hameln (Hamelin pour les oreilles françaises)… mais dans le droit fil du scénario chrétien original : opposé aux notions de races, de patries, de légitime défense et vantant les charmes du métissage universel, de la douceur, voire du martyre qui permet d’accéder plus vite et de façon quasi-automatique à la féérie de la vie surnaturelle. »
Les vrais catholiques, ce sont de doux rêveurs qui oublient que « la Force crée le Droit ». Plus loin, Plouvier conclut : « Que le pape jésuite suive cette voie, c’est logique et même légitime dans son délire religieux. Ouvrons les yeux : ce n’est pas le musicien qu’il faut combattre, mais la partition originale ! »
Voilà qui a le mérite de la clarté.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



 
[]