29 octobre, 2014

Sédation palliative : l'euthanasieur Distelmans veut les voir enregistrées comme les euthanasies

Que la « sédation palliative » soit une sorte d’euthanasie déguisée, une pratique de « zone grise » où l’intention de tuer est parfois le moteur des décisions prises alors qu’en d’autres occurrences elle vise à soulager des souffrances quitte à abréger un peu la vie, je l’écris ici depuis 2007 (voir ici par exemple). C’était une époque où l’euthanasie était en baisse aux Pays-Bas – elle a fortement progressé depuis – mais où la sédation palliative était déjà de plus en plus fréquente. L’administration poussée de calmants couplée avec l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation peut clairement avoir un objectif euthanasique – nombre de médecins avouaient déjà alors la choisi pour hâter la mort – alors même qu’elle peut être utilisée de manière parfaitement éthique alors que celle-ci est imminente.
Zone grise, donc, qui a banalisé les gestes médicaux qui provoquent ou qui hâtent la mort : peut-être avons-nous atteint le moment où le lobby de l’euthanasie entend capitaliser sur l’anesthésie des consciences en montrant que la mort est donnée plus souvent qu’on ne le croit.
C’est en tout cas ce que laisse à penser la dernière initiative du Dr Wim Distelmans en Belgique. Ce spécialiste des soins palliatifs, qui a participé à nombre d’euthanasies très controversées dans le pays, vient de suggérer que les sédations palliatives soient déclarées selon le schéma des euthanasies pour éviter les ratés.
« On ne peut pas donner aux médecins un chèque en blanc pour hâter la fin de vie sans que le patient n’ait son mot à dire. Sinon nous régresserons vers l’Allemagne nazie », a-t-il déclaré selon le quotidien belge De Morgen.
Distelmans assure que « une sédation sur dix présente un raté » : oubli de prévenir la famille, administration de sédatifs en quantité insuffisante de telle sorte que le patient se réveilles, « éternisation du processus de mort ».
L’idée serait de laisser le patient choisir lorsque c’est le cas : « Beaucoup de malades seront d’accord pour passer à l’euthanasie. » Ou bien, lorsque le patient ne s’est pas exprimé, que le médecin puisse prendre une décision d’« urgence » afin d’« abréger les souffrances », pourvu que les proches du malade soient d’accord. Une décision dont ils se méfient, « faute de cadre légal » – et Distelmans approuve ce refus d’agir sans l’accord exprès du patient.
En faisant enregistrer toutes les sédations palliatives, estime Distelmans, on forcerait les médecins à penser plus souvent à renseigner leurs patients sur l’option euthanasique.
On comprend que le but est d’utiliser le recours fréquent à la sédation palliative, présentée dans certains cas comme un pis-aller, pour faciliter le recours à l’euthanasie elle-même.


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Chili : “Nicolas a deux Papas” cofinancé par l'UE et l'ambassade des Pays-Bas

Co-financé par l’Union européenne et l’ambassade des Pays-Bas, l’album pour enfants Nicolas tiene 2 Papas (« Nicolas a deux papas ») vient d’être lancé au Chili et sera distribué dans 500 classes de maternelle avec le soutien du Collège d’éducateurs des tout-petits et de l’Université du Chili. C’est également la première fois qu’une administration publique latino-américaine participe au financement d’une telle initiative qui a déclenché une avalanche de critiques ainsi qu’une pétition pour dire la colère des pères et mères de familles qui n’ont – évidemment – pas été consultés.
La pétition est en ligne ici. Elle s’adresse à l’ambassade des Pays-Bas et au représentant de l’UE au Chili et s’accompagne d’analyses, notamment d’élus de la Démocratie chrétienne qui dénoncent une atteinte à « l’innocence » des enfants passant par l’imposition d’« idéologies dans le plus pur style totalitaire ». « C’est d’autant plus grave lorsqu’il s’agit de familles vulnérables qui n’ont pas l’option de choisir un jardin d’enfants conforme à leurs croyances et de mineurs dont la sexualité n’est pas développée. »
Le 23 octobre dernier, Marion Kappeyne, ambassadrice des Pays-Bas au Chili, prononçait le discours de lancement de l’album de promotion de l’« homoparentalité », se félicitant du travail de l’auteur et de l’illustrateur du livre et de l’entrée de celui-ci dans le pays :
« Les principes de Yogyakarta sont considérés comme des principes directeurs pour le gouvernement néerlandais. Ces principes comprennent une liste des droits humains et des libertés fondamentales relatives à l’orientation sexuelle. Le noyau de ces principes est le message signifié par l’universalité des droits humains, les mêmes pour tous y compris les LGBT.
« Quand c’est possible, l’ambassade des Pays-Bas soutient les organisations qui travaillent sur le terrain de la diversité sexuelle. (…) En 2001, la Hollande fut le premier pays du monde à légaliser le mariage des couples de même sexe. Nous sommes contents d’apprendre que la présidente Bachelet a fait figurer une loi de mariage égalitaire parmi ses propositions. »
Rappelant que les Pays-Bas ont aussitôt légalisé l’adoption homosexuelle et que l’égalité totale de droits a été formalisée en 2012, elle a expliqué que n’importe qui peut y adopter, à condition d’être déclaré apte et « à l’issue d’une formation adéquate » : « hétérosexuels, homosexuels, célibataires, chrétiens, musulmans, Turcs, Marocains ». Marion Kappeyne a également cité des études selon lesquels les enfants ayant grandi dans un foyer homosexuel « sont aussi heureux ou malheureux que les autres » et font preuve d’une « identité de genre similaire » : « L’identité de genre et l’orientation sexuelle ne sont pas acquises : on naît avec elles. Ce qui importe, c’est l’amour dans toutes les familles et le respect mutuel entre tous les membres de la famille, quelle que soit sa composition. » Et pour répandre ce message, « Il faut commencer tôt ! »

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Argentine : avortement sur une fillette de 11 ans – mais l'objection de conscience a été sauvegardée

Une jeune fille de 11 ans a subi dimanche un avortement dans l'hôpital Lucio Molas de la ville argentine de Santa Rosa, La Pampa,  après que l’ensemble des médecins de l’hôpital public Centeno de General Pico, dans la même province, eurent invoqué leur droit à l’objection de conscience par rapport à l’intervention.
La fillette avait été violée par le concubin de sa grand-mère, un jeune homme de 30 ans qui est aujourd’hui en détention préventive. C’est lors de la dénonciation du viol que l’examen de la petite victime allait montrer qu’elle était enceinte. Aujourd’hui elle a subi une violence de plus : l’avortement de cet enfant innocent qui n’était pour rien dans les abominables agressions dont elle a fait l’objet.
C'est une histoire terrible que celle de cette petite fille, enlevée à sa mère mineure, qui ne s'en occupait pas, par les autorités. Elle avait été placée dans une famille d'accueil où elle était restée cinq ans, avant que sa grand-mère ne vienne la réclamer. Etant donné que les autorités privilégient dès lors que c'est possible les liens du sang, le transfert avait été fait vers ce nouveau foyer auprès de la grand-mère, 45 ans, et de son « ami » plus jeune de 15 ans. Au bout de quelques mois la grand-mère avait « rendu » la fillette aux services sociaux en expliquant qu'elle ne pouvait plus s'en occuper : c'est là que la petite jeune fille s'était effondrée, racontant les abus dont elle avait été l'objet depuis qu'elle avait été accueillie par cette femme.
Une décision de la Cour suprême argentine contraint les autorités provinciales de fixer les conditions dans lesquelles les femmes ont « droit » à un avortement dépénalisé, parmi lesquelles les viols sur mineures. Dans la province de La Pampa les directives sont en place depuis 2012 mais elles prévoient explicitement le droit à l’objection de conscience.
A General Pico, ce sont tous les médecins de l’hôpital qui s’en sont prévalus, refusant de pratiquer l’intervention décidée par les autorités administratives et ce malgré l’invocation d’un « risque pour la santé » de la fillette. Risque qui, selon les médias, allait rapidement être présenté comme un « risque pour sa vie », sans autre précision.
Malgré une levée de boucliers de la part d’organisations féministes déclarant qu’il fallait prendre des mesures contre ces médecins parce qu’ils sont employés de l’Etat, ils n’ont pas été contraints à aller contre leur conscience ; en revanche, conformément aux directives de 2012, la fillette a été transférée vers un hôpital distant de quelque 140 km à Santa Rosa puisque les pouvoirs publics sont censés « garantir » l’accès à l’avortement dépénalisé chaque fois que celui-ci se justifie et que des médecins se refusent à le pratiquer.
On notera que le ministre de la santé de la province de La Pampa, Mario Gonzalez, a défendu le droit des médecins de ne pas être contraints à pratiquer l’avortement même dans ces cas limites où la jeunesse et la vulnérabilité de la victime viennent au secours des pro-avortement. « Eux aussi sont protégés par la loi », a déclaré le ministre en parlant du « droit » à l’objection de conscience, soulignant que dans de tels cas les femmes peuvent être transférées vers des établissements privés ou même vers une autre province en « dernière instance ».
Le député socialiste argentin Luis Solanas avait demandé que tous les médecins objecteurs qui se sont refusés à « soigner » la fillette soient sanctionnés et suspendus.
« C’est une sottise, ce que demande le député – vous imaginez-vous en train de révoquer tous les médecins d’un hôpital ? », a déclaré Gonzalez.
Leçon : lorsque beaucoup de personnes ont le courage d’invoquer leur conscience, leur force est démultipliée.

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27 octobre, 2014

UE : conférence sur la discrimination à raison de l'orientation sexuelle et de l'identite de genre

La présidence italienne du Conseil de l'Union européenne, en coopération avec l'Agence des droits
fondamentaux de l'UE (FRA), et aussi le secrétariat général du Conseil s'apprêtent à accueillir une conférence de haut niveau sur le thème : « Lutter contre la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre : prochaines étapes dans l'élaboration des politiques de l'UE et des Etats membres. » Et pour un thème aussi crucial, ce sont les bâtiments officiels qui sont mis à contribution : l'événement se déroulera au Conseil de l'UE, au bâtiment Juste Lipse à Bruxelles.

Hostilité, « crimes de haine », discrimination et intimidation font partie des comportements « anti-LGBTI » – le « I » désignant les « intersexués » – que cette instance de l'UE se propose de combattre à l'aide des 250 décideurs attendus le mardi 28 octobre à cette conférence.

On notera qu'il ne s'agit pas seulement de protéger les différentes « orientations sexuelles » mais aussi l'« identité de genre » qui désigne le sentiment subjectif de la personne, quel que soit son sexe biologique, quant à son identité : homme qui aime les femmes, homme qui aime les hommes, ou les deux, homme dans un corps de femme, femme dans un corps d'homme, femme qui aime les hommes, femme qui aime les femmes, ou les deux… et bien d'autres identités fixes ou variables.

Comme toujours la lutte contre les vraies injustices et les violences réelles sert ici d'alibi pour une non-discrimination absolue, interdisant ne serait-ce qu'une hiérarchie des comportements.

Parmi les objectifs de la conférence les organisateurs espères obtenir l'élaboration de « politiques efficaces et ciblées de l'UE et de ses Etats membres » en faveur des droits LGBTI, une sensibilisation à leur situation dans l'ensemble de l'Union, l'échange de « pratiques encourageantes » dans le domaine de l'emploi et de l'éducation notamment, et enfin l'intégration des « politiques de promotion de l'égalité dans les différents domaines relevant de la compétence de l'Union ».

Source officielle : par .


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Interview sur le synode extraordinaire sur la famille

Gloria.tv a mis en ligne la partie de l'émission d'il y a une semaine sur Radio Courtoisie – où j'étais invitée par Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique – où nous évoquions le synode sur la famille. C'est à écouter ici.

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25 octobre, 2014

John Henry Westen : l'Eglise et l'attirance homosexuelle

John Henry Westen, fondateur de LifeSiteNews, était à Rome pour la durée du synode extraordinaire pour la famille. A cette occasion il a publié une tribune sur le site d'informations HotAir où il expose de manière particulièrement claire et concise son espérance de voir l'Eglise fidèle à son enseignement et à la charité. Westen fait partie des fondateurs de « Voice of the Family », groupe de responsables pro-vie qui ont exprimé tout au long du synode leur demande de clarté par rapport à cet enseignement. Le texte dont je vous propose la traduction intégrale a été publié peu de jours avant la fin du synode. – J.S.
Dès ses débuts l'Église catholique a promu le principe de la charité et la vérité à l’égard de chacun. Au cours de ces dernières décennies cependant, son enseignement sur l'importance de la chasteté, spécialement à l'égard des personnes ayant une attirance homosexuelle, ont été mal interprétées comme de la haine ou du sectarisme.
Cette méconnaissance de l'amour véritable fondée sur les vérités de Dieu et non sur nos perceptions humaines limitées est l’une des raisons pour lesquelles le synode extraordinaire sur la famille est tellement important. Il s'agit d'une occasion pour l'Église d'adopter une approche du XXIe siècle à l'égard de ce problème immémorial : présenter des vérités difficiles de la manière la plus aimante.
 Malheureusement ce synode aura vu beaucoup d’évêques, des cardinaux et de groupes pour les droits « gay » appeler l'Eglise à changer son enseignement sur les relations homosexuelles. C'est l'équivalent spirituel de ce que feraient des parents en disant à un enfant de poser sa main sur un four brûlant ou de se précipiter au milieu de la circulation.
 En tant que co-fondateur de Voice of the Family, (« la voix de la famille »), qui œuvre en vue d'assurer que le synode présente bien la Vérité du Christ et sa Charité, je prie pour que les responsables de l'Eglise montrent que l'amour de Dieu se voit dans sa vérité immuable à propos de la sexualité humaine.
Et quelle est cette vérité ? Selon le Catéchisme de l'Église catholique toute personne est appelée à cette chasteté qui se voit lorsque nous vivons notre sécurité en conformité avec le plan de Dieu. A travers l’appel à respecter à la fois notre sexualité et celle des autres, nous est montré le chemin du bonheur véritable à la fois dans cette vie et dans l'autre.
Les personnes qui expérimentent des attirances homosexuelles se trouvent face à un défi particulier à cet égard, puisque ni Dieu ni son Eglise ne peuvent moralement admettre des relations de même sexe. Comme l’explique le Catéchisme les actes homosexuels « sont contraires à la loi naturelle » et « ferment l'acte sexuel au don de la vie ».
 De même l'Église enseigne que les actes sexuels sont exclusivement réservés au mariage, qui est entre une un homme et une femme, et que le premier but du mariage est la procréation des enfants.
Ainsi la sexualité vécue selon le plan de Dieu interdirait le sexe gay – mais aussi la pornographie, l’acte sexuel en dehors du mariage, l'adultère et de nombreux autres péchés sexuels. Cependant, comme l'a montré le pape François l’an dernier, l'Eglise ne considère pas l'inclinaison homosexuelle comme peccamineuse, de même qu’elle ne considère pas les tentations sexuelles hétérosexuelles en dehors du mariage comme peccamineuses.
Alors qu’agir en succombant à ces tentations est peccamineux et nous sépare donc de l'amour de Dieu, les tentations elles-mêmes peuvent  même être des occasions de victoire dans des situations de grande lutte et de tentation. Les catholiques fidèles devraient considérer les hommes et les femmes qui vivent une attirance homosexuelle mais qui demeurent chaste comme des modèles pour tous ceux qui luttent contre des tentations sexuelles.
Personne ne trouve ce chemin facile, mais s’y tenir apporte à la fois une joie intérieure et une relation plus intime avec notre Créateur. Selon l’enseignement de l'Eglise il ne doit jamais y avoir d’injuste discrimination à l'égard de ceux qui ont une attirance homosexuelle – mais bien plus que cela, ceux qui vivent chastement avec de telles tentation peuvent même être de grands saints.
Alors que le synode approche de sa fin j'espère et je prie avec mes frères et sœurs gays et lesbiennes que l'Église les aimera véritablement comme le Christ les aime, en leur donnant la force nécessaire pour les amener leurs à un lieu d'éternel bonheur auprès de Dieu avec tous ses anges tous ses saints.
John Henry Westen
  
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Synode : les déclarations de Mgr Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille

Mgr Vincenzo Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille, estime que le texte final du synode, « même avec les lenteurs dont il témoigne, a cependant ouvert le chemin qui doit maintenant se poursuivre dans les diocèses jusqu'au synode ordinaire de l'année prochaine. Nous ne pouvons pas nous enfermer dans un fort qui se retranche dans la rigidité des préceptes ».

Ses réponses à une interview de Giacomo Galeazzi, de VaticanInsider sont intéressantes et révélatrices d'un plan programmé à l'occasion du synode extraordinaire. Le journaliste sollicite un peu le texte en lui donnant le titre : « Le changement a eu lieu, on ne revient pas en arrière » – à moins qu'il s'agisse d'une phrase prononcée par le prélat mais non intégrée dans l'article – mais il y a bien cette idée de progrès impulsée par le pape François.

Le texte intégralement traduit de cette interview d'autant plus significative qu'elle émane de celui qui a la charge des familles se trouve sur le site benoit-et-moi, qui suit attentivement les retombées du synode. C'est à lire ici.  

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Traduction intégrale du message de Benoît XVI à l'Université Urbaniana

Georg Gänswein, son secrétaire privé, a lu un message du pape émérite à l'occasion de la réouverture après réfection, mardi dernier, de la grande salle de conférences de 1800 places de l'Université pontificale Urbaniana à Rome, qui a reçu le nom de Benoît XVI. L'Urbaniana est consacrée à la formation du clergé missionnaire et des étudiants venus des territoires de mission. Texte passionnant en ces moments où l'on reparle de la nécessité pour l'Eglise de s'adapter aux réalités de notre temps, de dialogue inter-religieux et de paix dans le monde. Je vous en propose ici ma traduction. — J.S. 
Je voudrais en premier lieu exprimer mon plus cordial remerciement au Recteur magnifique et aux autorités académiques de l'Université pontificale, aux officiers majeurs et aux représentants des étudiants pour leur proposition de donner mon nom à l'Aula Magna restructurée. Je voudrais remercier de façon toute particulière le grand chancelier de l'Université le cardinal Fernando Filoni, d’avoir accueilli cette initiative. C'est un motif de grande joie pour moi que de pouvoir être ainsi toujours présent aux travaux de l'Université pontificale.
Au cours des différentes visites que j'ai pu y faire comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j'ai toujours été frappé par l'atmosphère d’universalité que l'on respire dans cette université où des jeunes venant de quasiment tous les pays de la terre se préparent pour le service de l'Évangile dans le monde d'aujourd'hui. Aujourd'hui encore,  je vois intérieurement devant moi dans cette salle une communauté composée de tant de jeunes qui nous font percevoir de manière vivant l'extraordinaire réalité de l'Église catholique.
« Catholique » : cette définition de l'Eglise qui appartient à la profession de foi depuis les temps les plus anciens porte en elle quelque chose de la Pentecôte. Elle nous rappelle que l'Eglise de Jésus-Christ n'a jamais concerné un seul peuple ou une seule culture, mais qu’elle était depuis le début destinée à l'humanité. Les dernières paroles que Jésus a dites à Ses disciples furent celles-ci : « Faites de tous les peuples mes disciples » '(Mt 28,19). Et au moment de la Pentecôte, les apôtres ont parlé toutes les langues, pouvant ainsi manifester par la force de l'Esprit Saint, toute l’étendue de leur foi.
 Depuis lors l'Église a réellement grandi sur tous les continents. Votre présence, chères étudiantes et chers étudiants,  reflète le visage universel de l'Eglise. Le prophète Zacharie avait annoncé un règne messianique qui irait d'une mer à l'autre et qui serait un règne de paix. Et de fait, chaque fois que l'Eucharistie est célébrée et que les hommes, à partir du Seigneur, deviennent ensemble un seul corps, quelque chose de cette paix que Jésus-Christ avait promis de donner à Ses disciples est présent. Vous, chers amis, vous êtes les coopérateurs de cette paix que dans un monde défiguré et violent, il devient toujours plus urgent de construire et de garder. C'est pourquoi le travail de votre université est si important, où vous voulez apprendre et connaître de plus près Jésus-Christ, pour pouvoir devenir Ses témoins.
Le Seigneur ressuscité a chargé Ses apôtres, et à travers eux les disciples de tous les temps, de porter Sa parole jusqu'aux confins de la Terre et de faire des hommes Ses disciples. Le concile Vatican II, reprenant dans le décret Ad Gentes une tradition constante, a mis en lumière les raisons profondes de cette tâche missionnaire, et l’a ainsi redonnée avec une force renouvelée à l'Eglise d'aujourd'hui.
Mais cela vaut-il encore pour aujourd'hui ?, se demandent de nombreuses personnes à l'intérieur et à l'extérieur de l'Eglise : la mission est-elle vraiment encore d'actualité ? Ne serait-il pas plus approprié de se retrouver dans le dialogue entre les religions et de servir ensemble à cause de la paix dans le monde ? La question inverse est celle-ci : Le dialogue peut-il se substituer à la mission ? Beaucoup partagent en effet aujourd'hui l'idée que les religions devraient se respecter et devenir, à travers leur dialogue, une force commune pour la paix. Dans cette manière de penser on considère le plus souvent comme acquis le fait que les diverses religions sont des variantes d'une seule et même réalité ; que la religion serait le genre commun qui assume des formes différentes selon les différentes cultures, mais qui exprime de toute façon une seule réalité. La question de la vérité qui depuis l'origine a préoccupé les chrétiens plus que toute autre, est ici mise entre parenthèses. On présuppose qu'il serait impossible d'atteindre en dernière analyse l'authentique vérité sur Dieu, et que l'on pourrait tout au plus rendre présent ce qui est ineffable seulement à travers une variété de symboles. Cette renonciation à la vérité semble réaliste et utile à la paix entre les religions dans le monde.
Mais cette renonciation est mortelle pour la foi. En réalité la foi perd son caractère contraignant et son sérieux, si tout s’y réduit à des symboles au fond interchangeables, capables de renvoyer seulement de loin à l'inaccessible mystère du divin.
Chers amis, vous voyez que la question de la mission se pose non seulement face aux questions fondamentales de la foi, mais aussi par rapport à celle de ce qu'est l’homme. Dans le cadre d'un bref propos de salutation, je ne peux évidemment pas tenter d'analyser de manière exhaustive cette problématique qui aujourd'hui nous concerne profondément, chacun de nous. Je voudrais cependant au moins mentionner les directions que devrait prendre notre pensée. Je le fais à partir de deux points de départ différents.
I.
1.  L'opinion commune voudrait que les religions soient pour ainsi dire côte à côte, comme les continents et les pays sur les cartes géographiques. Cependant cela n'est pas exact. Les religions sont en mouvement sur le plan historique, de même que sont en mouvement les peuples et les cultures. Il existe des religions en attente. Les religions tribales sont de ce type : elles ont leur moment historique et elles sont toujours en attente d'une rencontre plus grande qui les porte vers la plénitude.
Nous, en tant que chrétiens, sommes convaincus de ce que dans le silence, elles attendent la rencontre avec Jésus-Christ, la lumière qui vient de Lui, qui seule peut les conduire complètement vers leur vérité. Et le Christ les attend. La rencontre avec Lui n’est pas l’irruption d'un étranger qui détruit leur propre culture et leur propre histoire. Elle est au contraire l’entrée dans quelque chose de plus grand, vers quoi ils sont en chemin. C'est pourquoi cette rencontre est toujours, à un moment donné, purification et maturation. Par ailleurs la rencontre est toujours réciproque. Le Christ est attentif à leur histoire, à leur sagesse, à leur vision des choses.
Aujourd'hui nous voyons de manière toujours plus nette un autre aspect : tandis que dans les pays de sa grande histoire le christianisme est devenu, par tant de côtés, las, et que certaines branches de ce grand arbre qui a grandi à partir du grain de sénevé de l'Évangile sont devenus sèches et tombent à terre, une nouvelle vie surgit de la rencontre du Christ avec les religions en attente. Là où il n’y avait d’abord que lassitude, de nouvelles dimensions de la foi se manifestent et portent la joie.
2. La religion n'est pas en soi un phénomène unitaire. On y trouve toujours plusieurs dimensions distinctes. D'un côté il y a la grandeur de pouvoir tendre, au-delà du monde, vers le Dieu éternel. Mais de l’autre on y trouve des éléments qui proviennent de l'histoire des hommes et de leur pratique de la religion. On peut certes y retrouver des choses belles et nobles, mais aussi des choses viles et destructrices, là où l'égoïsme de l'homme a pris possession de la religion, et au lieu d'une ouverture, l’a transformée en renfermement dans son propre espace.
 C'est pourquoi la religion n'est plus simplement un phénomène uniquement positif ou uniquement négatif : l'un et l'autre aspect y sont mélangés. A ses débuts, la mission chrétienne a perçu de manière très forte surtout les éléments négatifs des religions païennes qu'elle rencontrait. Pour cette raison, l'annonce chrétienne fut dans un premier temps extrêmement critique vis-à-vis des religions. Ce n'est qu'en dépassant leurs traditions qu'elle considérait pour partie même démoniaques que la foi pouvait développer sa force rénovatrice. Sur la base d'éléments de ce genre, le théologien évangélique Karl Barth met en opposition religion et foi, jugeant la première de manière absolument négative, comme le comportement arbitraire de l'homme qui tente, à partir de lui-même, de saisir Dieu.
Dietrich Bonhoffer a repris ce point de vue on se prononçant en faveur du christianisme « sans religion ». Il s'agit sans aucun doute d'une vision unilatérale qui ne peut pas être acceptée. Il est toutefois correct d'affirmer que toutes les religions, pour demeurer dans le juste, doivent aussi être en même temps toujours critiques à l’égard des religions. Cela vaut clairement, depuis ses origines et sur la base de sa nature, pour la foi chrétienne qui, d'un côté, considère avec un grand respect la profonde attente et la profonde richesse des religions, mais qui de l'autre côté, voit aussi de manière critique ce qui est négatif. Il va de soi que la foi chrétienne doit toujours de nouveau développer cette force critique même à l’égard de sa propre histoire religieuse.
Pour nous chrétiens Jésus-Christ est le Logos de Dieu, la lumière qui aide à distinguer entre la nature des religions de la religion et leur distorsion.
3. En notre temps la voix de ceux qui veulent nous persuader que la religion en tant que telle est dépassée devient toujours plus forte. Seule la raison critique devrait orienter l'agir de l'homme. Derrière une telle conception se trouve la conviction qu'avec la pensée positiviste la raison dans toute sa pureté aurait définitivement acquis la suprématie. En réalité, cette façon de penser et de vivre est elle aussi historiquement conditionnée et liée à des cultures historiques déterminées. La considérer comme seule valide diminuerait l’homme, lui enlèverait une dimension essentielle de son existence. L'homme devient plus petit, et non plus grand lorsqu’il n'y a plus d'espace pour un éthos qui, sur le fondement de son authentique nature, renvoie au loin le pragmatisme ; lorsqu’il n'y a plus d'espace pour le regard tourné vers Dieu. Le lieu propre de la raison positiviste se trouve dans les grands champs d'action de la technique et d'économie, et celles-ci n’épuisent toujours pas l’humain.  Ainsi, à nous qui croyons, il nous appartient d'ouvrir toujours de nouveau les portes qui, au-delà de la simple technique et du pur pragmatisme, conduisent à toute la grandeur de notre existence, à la rencontre avec le Dieu vivant.
II.
1. Ces réflexions, quoiqu'un peu difficile, devraient montrer que même aujourd'hui, dans un monde profondément changé, la tâche de communiquer aux autres l'Évangile de Jésus-Christ demeure raisonnable.
Mais il y a aussi une deuxième façon, plus simple, de justifier aujourd'hui cette tâche. La joie exige d'être communiquée. L'amour exige d'être communiquée. La vérité exige d'être communiquée. Celui qui a reçu une grande joie ne peut la garder simplement pour lui : il doit la transmettre. La même chose vaut pour le don de l'amour, pour le don de la reconnaissance de la vérité qui se manifeste.
Lorsqu’André rencontre le Christ il ne peut rien faire d'autre que de dire à son frère : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). Et Philippe, à qui avait été donnée la même rencontre, ne peut rien faire d'autre que de dire à Nathanaël qu’il avait trouvé celui à propos duquel avaient écrit Moïse et les prophètes (Jn 1, 45). Nous annonçons Jésus-Christ non pour procurer à notre communauté le plus de membres possible ; et encore moins par la force. Nous parlons de Lui parce que nous sentons le devoir de transmettre cette joie qui a été donnée.
Nous serons des annonciateurs crédibles de Jésus-Christ lorsque nous L’aurons véritablement rencontré dans les profondeurs de notre existence, lorsque par l'intermédiaire de la rencontre avec Lui, nous sera donnée la grande expérience de la vérité, de l'amour et la joie.
2. Elle fait partie de la nature de la religion, cette profonde tension vers l'offrande mystique à Dieu, dans laquelle on se consacre totalement à Lui, tout comme la responsabilité pour le prochain et pour le monde qu'll a créé. Marthe et Marie sont toujours indissociables même si, dans tel ou tel cas, l'accent peut être mis sur l'une ou sur l'autre. Le point de rencontre entre ces deux pôles est l'amour où nous touchons en même temps Dieu et Ses créatures. « Nous avons connu l'amour et nous y avons cru » (1 Jn 4, 16) : cette phrase exprime la nature authentique du christianisme. L'amour qui se réalise et se reflète de manière multiforme dans les saints de tous les temps, est la preuve authentique de la vérité du christianisme.
Benoît XVI

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23 octobre, 2014

Le cardinal Ruini parle du synode

Une certaine gêne, une volonté de sauvegarder la doctrine sans se poser en opposant, des déclarations fortes sur les unions civiles et la « bigamie » ou « l'adultère » des divorcés remariés mais une porte ouverte à une nouvelle « praxis » : l'interview donnée par le cardinal Ruini, ancien président de la conférence épiscopale italienne me semble un modèle de la déstabilisation opérée par la manière dont s'est déroulé le synode extraordinaire sur la famille. C'est pourquoi j'ai traduit in extenso cet entretien paru dans Il Corriere della Sera, où l'on retiendra la juste volonté de ne pas donner prise à la dialectique au sein de l'Eglise, mais où la teneur dialectique de certaines propositions n'est pas relevée, et pour cause. Les déclarations annonçant que quelque chose finira par changer se multiplient. Pour préserver « l'unité », ou par conviction.
— Eminence, c’est une Eglise divisée qui sort du synode. On a voté, les positions soutenues par le pape ont prévalu, mais de peu. Quelle impression vous en reste-t-il ?
— Celle que le pape François a exprimé dans le discours de conclusion : non celle d’une Eglise divisée, mais d’une Eglise avec des positions différentes. Une Eglise qui est communion : l’unique corps du Christ, dans lequel nous sommes membres les uns des autres. Je crois qu’on force un peu le trait en disant que certaines positions étaient soutenues par le pape plutôt que d’autres. Lui-même a voulu qu’il y ait une entière liberté de parole. Et c’est tout aussi risqué de parler de majorités et de minorités.
— Cependant, des éléments de dissension et de mauvaise humeur à l’égard de François se sont cristallisés. Est-ce normal ? Ou cela peut-il entraîner des conséquences négatives ?
— Ces éléments peuvent exister, ce ne serait certes pas la première fois. C’est arrivé aussi lors du Concile. Il pourrait y avoir des conséquences négatives si l’un ou l’autre oublie que le pape est la tête et le fondement visible de l’unité de l’Eglise.
— François a critiqué les « zélotes, les scrupuleux, les trop pressés, ceux qu’on appelle les traditionalistes, les intellectualistes » ? A qui se référait-il ?
— Mais il a aussi critiqué les « bonistes », ceux qui veulent descendre de la croix ou maquiller le depositum fidei pour faire plaisir aux gens. Placer le pape dans une partie contre l’autre, c’est faire le contraire de ce que le pape lui-même nous demande.
— Dans l’entretien avec Ferruccio de Bortoli, François a dit qu’il ne se reconnaissait pas dans la formule des valeurs non négociables. Mais cette formule a été centrale ces derniers années au Vatican, et aussi pour la Conférence épiscopale italienne.
— La formule remonte à une note de novembre 2002 de la Congrégation pour la doctrine de la foi, guidée par celui qui était alors le cardinal Ratzinger, qui l’a utilisée quelquefois en tant que pape également. L’expression se référait au travail des catholiques dans la vie politique et le sens en était précisé dans la même note : elle servait à distinguer les exigences éthiques auxquelles il est impossible de renoncer par rapport aux questions par rapport auxquelles il y a, pour les catholiques, une légitime pluralité de points de vie. J’ai moi-même utilisé cette formule. Mais je n’aime pas faire des problèmes avec les mots et je n’aurais pas de difficulté à renoncer à une expression qui a en effet été souvent équivoque ; comme si l’on privait les catholiques qui se dévouent à la politique de leur liberté et de leur responsabilité, tandis qu’en réalité elle se borne à les appeler à la cohérence, en confiant cette demande de cohérence à la liberté de chacun.
— Est-il vrai qu’un groupe de cardinaux est allé voir Ratzinger pendant le synode pour lui demander d’intervenir, et qu’ils ont essuyé un refus ?
— Je n’ai rien entendu de tel, à aucun moment. Cela me surprendrait un peu que cela se soit produit, sans qu’avant ou après je n’aie eu quelque information à ce sujet.
— Quel est aujourd’hui le rôle du pape émérite ? Avez-vous pu parler avec lui ?
— J’ai été près de lui deux fois, la dernière fois c’était en septembre. Nous avons surtout parlé de théologie. Sa fonction, c’est lui-même qui l’a précisée : il n’exerce aucune fonction de gouvernement ; il soutient l’Eglise depuis l’intérieur, par la prière et avec la force de sa pensée théologique.
— Est-il vraiment impossible de donner la communion à un divorcé sans violer l’indissolubilité du mariage ?
— Si le mariage demeure indissoluble, et donc s’il continue d’exister, contracter un nouveau mariage serait un cas de bigamie ; et avoir des relations sexuelles avec d’autres personnes serait un adultère. On ne peut pas prétendre que le mariage est indissoluble et qu’il soit possible de se comporter comme s’il ne l’était pas.
— Une règle qui ne change pas, une praxis plus élastique : serait-ce le compromis final ?
— C’est probable. Au cours de la messe d’hier on cite un psaume qui affirme : la vérité et la miséricorde se sont embrassées. Cette idée se trouve déjà dans l’Ancien Testament, elle est dans le mystère de Dieu. En faire une réalité dans le monde peut demandes des efforts. Mais nous avons un an pour trouver le juste chemin.
— Vous avez parlé du droit divin. Le pape vous a invités à vous laisser surprendre par Dieu.
— Je pense ainsi, et je dois dire ce que je pense. Le pape aussi a réaffirmé l’indissolubilité, l’unité, la fidélité, la « procréativité » du mariage, en termes très clairs.
— Etes-vous en train de dire que François a changé le langage et les thèmes, en se focalisant sur le social, mais non la doctrine ?
— Chaque pape a sa sensibilité. Wojtyla était un Polonais qui avait vécu la bataille contre le communisme, et c’est pourquoi on l’a vu comme un pape conservateur : en réalité il a défini le concile comme « la grâce la plus grande du XXe siècle ». Ratzinger est un grand théologien allemand. François est le premier pape latino-américain, et il a une sensibilité différente.
— Une appréciation fréquente est que l’Eglise est passée du conservatisme au progressisme. Est-elle fausse ?
— La vision n’est pas juste ; mais si l’on veut utiliser des catégories mondaines on peut aussi dire cela. Et il peut arriver que nous autres, hommes d’Eglise, nous donnions quelque motif pour justifier ce langage impropre. Cela ne change pas le fait que l’Eglise est quelque chose de différent. C’est une communion.
— Y a-t-il aujourd’hui une opposition dans l’Eglise ? Avec son propre chef ?
— Il n’y a pas d’opposition, et encore moins un chef de l’opposition. Je n’arrive pas à imaginer a qui on aurait pu penser pour une telle fonction ; personne n’a cette velléité.
— Avez-vous lu le livre d’Antonio Socci : Ce n’est pas François ?
— Je ne l’ai pas lu. Si vous voulez savoir ce que je pense de la thèse selon laquelle le pape aurait été élu invalidement, je vous dis tout de suite que je la considère totalement infondée et assez ridicule. Je n’ai pas entendu un seul cardinal qui ait participé au conclave dire quelque chose qui de près ou de loin ressemble à cela.
— Ne vous semble-t-il pas que dans le monde éditorial du laïcat on ait lançait « une attaque depuis la droite », qui donne voix à une partie du monde catholique qui ne se reconnaît pas dans ce pontificat ?
— Une petite attaque de ce type existe, malheureusement – peut-être aussi comme réaction à la tendance d’autres éditorialistes laïques à s’approprier le pape François pour le transformer en défenseur de thèses contraires au catholicisme. Les deux choses se télescopent ; mais la puissance médiatique de cette deuxième manière de faire est beaucoup plus forte. Les uns ont des fusils, les autres ont l’aviation.
— Symboles, vêtements, style : avez-vous été frappé par les façons de faire de François ? Y compris celle de ne pas vivre dans les Appartements ?
— Elles m’ont beaucoup frappé, mais de manière décidément favorable ? Je crois que cela a été une véritable bénédiction pour l’Eglise, cela l’a aisée à traverser un moment difficile. En particulier, le pape n’est pas à Sainte-Marthe pour des raisons « idéologiques », mais parce qu’il se trouver mieux en contact avec les gens, comme il l’a dit lui-même.
— Etes vous d’accord avec le cardinal Scola, quand il dit que l’Eglise est en retard sur l’homosexualité ?
— La question du retard ou de l’avance dépende de la direction de la marche. Quand, jeune prêtre, des homosexuels venaient me parler, parfois pour se confesser, ils disaient trouver dans l’Eglise une ambiance respectueuse et compréhensive. Quelques-uns sont devenus des amis. Aujourd’hui on considère que l’Eglise a dû retard parce qu’elle continue de soutenir que l’homosexualité n’est pas conforme à la réalité de notre être, qui s’articule en deux sexes du point de vue organique, pyschologique, et de manière générale anthropologique. Le temps dira si en soutenant cela, l’Eglise est en retard ou en avance par rapport à l’opinion dominante.
— En Italie l’accord paraît proche sur les unions civiles des homosexuels, avec l’approbation de Berlusconi. Est-ce une erreur ?
— Sur ce point, je me suis déjà exprimé dès qu’on a proposé les Dico [sorte de pacs], et je n’ai pas changé d’avis. Il est juste de protéger les droits de tous ; mais les véritables droits, pas les droits imaginaires. Si aujourd’hui il y a quelque droit non protégé qu’il serait juste de protéger, et j’en doute, il n’est pas nécessaire de reconnaître les couples comme tels : il suffit d’affirmer les droits des individus. Il me semble que c’est le seul moyen de ne pas prendre un chemin qui conduise au mariage des couples de même sexe.
— Mais en Italie, on parle d’unions civiles, pas de mariage.
— Le contenu est très semblable, cela ne sert pas à grand chose de changer le nom du contenant.
— Que pensez-vous de Marino, le maire de Rome, qui enregistre des mariages gay ?
— Un maire a le droit de soutenir ses propres opinions, mais ce n’est pas pour autant qu’il peut violer les lois de l’Etat.
— Y aura-t-il en Italie aussi un mouvement de protestation ?
— Personne ne peut l’exclure. En France le mouvement Manif pour tous n’a pas été organisé par l’Eglise ; c’est une force grande et multiple, qui a conduit le gouvernement a être plus prudente.
— Etes-vous en train de dire que la vague libertaire pourrait refluer ?
— Pendant les années 1970 aussi, beaucoup de non-marxistes étaient convaincus que le marxisme était un horizon indépassable pour la culture et l’histoire. Mais le marxisme s’est dissous et il y a eu d’autres perspectives. Je m’occupais alors des jeunes : en peu d’années tout a changé, Marx n’intéressait plus. Je ne saurais dire si quelque chose d’analogue arrivera pour l’actuelle tendance libertaire, mais je ne l’exclus pas.

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22 octobre, 2014

C'est la saint Jean Paul-II



C'est Jean-Paul II qui a défini le fléau des temps modernes en quelques mots : culture de mort.

Mort du corps, mort des intelligences, mort des âmes…

C'est lui encore qui a donné les munitions pour mener la guerre contre cette entreprise sans précédent d'annihilation de l'homme et de son identité : la prière d'abord. L'un des hommes qui a le plus marqué son siècle n'a pas été un homme de pouvoir au sens habituel, ni un activiste, ni un avide de puissance : parmi son activité débordante, il a placé Dieu au centre, priant – dit-on – sept heures par jour. Avec une force et une concentration qui en faisaient un bloc de prière.

Après la prière, l'enseignement. Alors que l'idéologie du genre allait encore déferler sur le monde, il avait déjà préparé le contre-poison avec la « Théologie du corps », révélant que la nature de l'homme est sponsale : que ce soit dans le don tout entier et sans retour du mariage indissoluble, ou dans la virginité ou le célibat consacré où l'homme se donne à Dieu, tout entier et sans retour.

Avec l'enseignement, le conseil pour l'action : « N'ayez pas peur ! »

Faire la volonté de Dieu et respecter sa loi : c'est cela que Dieu bénit. Même si cela peut paraître imprudent, humainement impossible ou, politiquement, d'un prix trop cher à payer.

Combien d'initiatives pro-vie à travers le monde ont été des réponses aux appels de Jean-Paul II ? Innombrables, c'est certain.

Je raconterai sans doute un jour ce qu'à titre personnel, et dans mon travail, je lui dois.


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20 octobre, 2014

Angleterre : même les écoles chrétiennes doivent recevoir des imams !

Une petite école indépendante confessionnelle d’Angleterre est actuellement menacée de voir sa note officielle dégradée, en attendant – en cas de ce que l’on serait tenté d’appeler « obstination dans l’hérésie » – d’être éventuellement fermée pour refus de combattre « l’extrémisme ». Il s’agit – vous l’avez deviné – d’une école chrétienne et le motif de l’inspection négative est le refus de la direction d’inviter un responsable d’une autre religion à y « conduire des assemblées » ou donner des cours. Un imam, par exemple…
Le Christian Institute britannique, cité par le Daily Telegraph, rapporte que les inspecteurs de l’organisme étatique OFSTED ont mis en garde le principal de cette école contre une dégradation de la note « bien » à « adéquat » en raison de son non respect des exigences de « promotion active » de l’harmonie entre les diverses confessions qui oblige les écoles confessionnelles à faire intervenir des représentants d’autres religions. A défaut d’une « démonstration convaincante » de la part de l’école rendant compte des mesures qu’elle prendra pour se mettre en conformité avec les nouvelles exigences, poursuit la mise en garde, elle sera soumise à une nouvelle inspection complète qui pourrait aboutir à une fermeture de l’établissement.
Les nouvelles règles ont été publiées par le gouvernement britannique (conservateur ? mais si !) : elles soulignent que le simple fait d’emmener les enfants dans des lieux de culte de différentes religions ne saurait suffire.
Le Christian Institute a en tout cas été saisi de l’affaire et vient d’adresser une lettre au ministre britannique de l'éducation, Nicky Morgan, qui s’est déjà distinguée en début de mois annonçant la traque de la « promotion d’attitudes extrémistes » dans les maternelles et centre d’accueil pour très jeunes enfants, sous peine de retrait de fonds publics : les écoles britanniques doivent apprendre à leurs élèves de tous âges à s’opposer aux « attitudes négatives et aux stéréotypes ».
La lettre, signée par Simon Calvert, président délégué de l’association de défense des droits des chrétiens, souligne que les nouvelles directives sur la « tolérance » invoquées pour dénoncer l’école britannique « portent atteinte aux droits des enfants, des parents, des professeurs et des écoles d’avoir et de mettre en pratique leurs croyances religieuses ». L’inspection a explicitement désigné l’exemple de l’imam.
De telles aberrations laissent en prévoir d’autres, notamment à propos des croyances aujourd’hui obligatoires sur le « mariage » gay et autres manifestations de la dictature du relativisme. Le Telegraph rappelle le cas d’écoles juives orthodoxes où de récentes inspections ont abouti à l’interrogatoire de jeunes filles venant d’environnements traditionnels pour savoir si on leur enseignant suffisamment ce qu’est le lesbianisme, si elles avaient des petits amis ou si elles savaient d’où viennent les bébés.
D’autres cas concernent des écoles anglicanes et catholiques.
Une porte-parole d’OFSTED a réagi en déclarant que ses inspecteurs « prêtent aujourd’hui davantage attention à la diffusion d’une éducation large et équilibrée par les écoles, afin que les jeunes soient bien préparés à la prochaine phase de leur éducation ou à l’emploi, et à la vie dans la Grande-Bretagne moderne. » « Les inspecteurs vérifieront l’efficacité de ce qui est fait par les écoles pour le développement spirituel, moral, social et culturel de leurs élèves et la manière dont les responsables et directeurs assurent activement la promotion des valeurs britanniques. Cela comprend, entre autres, l’acceptation et l’engagement d’autres fois et croyances, et leur acceptation et appréciation de l’éventail de cultures différents à l’intérieur de l’école et au dehors », a-t-elle conclu.
C’est donc bien l’Etat qui veut définir le bien « spirituel, moral, social et culturel » obligatoire, un bien qui exige le respect du « dogme » relativiste.

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19 octobre, 2014

Radio Courtoisie, à 19 h ce dimanche




Jean-Pierre Maugendre m'a fait l'honneur de m'inviter dans son émission ce dimanche 19 octobre de 8:30 à 10:00 sur Radio Courtoisie, pour parler notamment des journées de formation, Quel avenir pour la famille, organisées à Riaumont par Renaissance catholique à la fin des vacances de la Toussaint. Nous avons également évoqué le synode sur la famille. L'émission sera rediffusée ce dimanche à 19:00. Ecouter en ligne : par ici. – J.S.

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Aujourd'hui, journée mondiale de prière pour Asia Bibi

Aujourd'hui, à la demande de l'évêque d'Islamabad, c'est une journée mondiale de prière pour Asia Bibi, qui est en prison depuis juin 2009, condamnée à mort en première instance en novembre 2010, dont la condamnation a été confirmée en appel avant-hier, et qui demeure d'une inébranlable fermeté dans la foi catholique (via le blog d'Yves Daoudal).

Asia et Bhatti.jpg
Le mari d'Asia Bibi, Ashiq Masih,avec deux de leurs cinq enfants et Shahbaz Bhatti,
 alors ministre, assassiné le 2 mars 2011.

3 filles.jpg
Les trois filles d'Asia Bibi avec une photo de leur mère.

ET LE 23 OCTOBRE, MANIFESTATION CONTRE LA PENDAISON D’ASIA BIBI

L’héroïque mère de famille catholique Asia Bibi ignominieusement emprisonnée depuis des années dans une geôle du Pakistan vient d’être condamnée à la pendaison sous le prétexte ubuesque d’une parole manquant de respect à l’égard du prophète de l’Islam.
Ceci prouve, s’il en était besoin, qu’entre l’Islam de l’État islamique au Levant et celui des États islamiques internationalement reconnus, il n’y a que quelques différences de degré et pas de nature.
Devant cette nouvelle atrocité islamique, Chrétienté-Solidarité appelle les chrétiens de notre pays et tous nos compatriotes épris de liberté et de respect de la dignité humaine à venir massivement manifester 

devant l’ambassade du Pakistan 18 rue Lord-Byron, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris 
jeudi 23 octobre à partir de 19H.

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