23 mai, 2015

Symposium sur le climat au Vatican : une conférence de Maria Madise, de “Voice of the Family”

Les 8 et 9 mai s'est tenue à Rome une série de conférences dans le cadre du Forum sur la vie, co-organisé par “Voice of the Family”, LifeSiteNews et Human Life International et, sur place, par “Famiglia Domani”. Je vous propose ici la traduction de l'allocution de Maria Madise, de “Voice of the Family”, sur l'étrange symposium sur le climat qui s'est tenu au Vatican le 28 avril. Une question des plus importantes pour ceux qui s'engagent dans la défense de la vie et de la famille. Cette traduction fait suite à celle du texte sur ce qui s'est passé au synode extraodinaire d'octobre dernier, dans un résumé proposé par Matthew McCusker, membre de “Voice of the Family”, qui met très bien en relief la manière dont on a tenté de manipuler le synode – une entreprise partiellement réussie. – Le premier texte se trouve ici. — J.S.

Maria Madise, “Voice of the Family”
Le mardi 28 avril s’est tenu au Vatican, un symposium s’est tenu à l'Académie pontificale des sciences sur le thème Protéger la Terre rendre digne l'humanité. Les dimension morales du changement climatique et du développement durable. L’atelier s'est déroulé en présence de deux des principaux promoteurs mondiaux du contrôle de la population, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, et le professeur Jeffrey Sachs, directeur de l’Earth Institute. L'événement a été co-organis » par l'Académie pontificale des sciences, par le Réseau Solutions pour un développement durable (Sustainable Development Solutions Network) et par Religions for Peace (« religions pour la paix »), dans l'attente de la nouvelle encyclique du pape sur l'environnement.
Le symposium a abouti, conformément à son objectif, à la publication d’une déclaration conjointe sur « l'impératif moral et religieux du développement durable, mettant l'accent sur le lien intrinsèque entre respect de l'environnement et respect à l'égard des personnes ». Cette affirmation de l’existence d’un lien intrinsèque est extrêmement trompeuse ; elle fait le lien entre la véritable crise humaine de la pauvreté et de l'esclavage moderne et certaines théories du changement climatique. Les participants à l'atelier du Vatican cherchaient à « éveiller les consciences conscience et à créer un consensus sur le fait que les valeurs du développement durable sont en cohérence avec les valeurs des traditions des grandes religions, en s’intéressant tout particulièrement sur les plus vulnérables ».
Nous autres du lobby provie et pro-famille sommes en droit de poser cette question : quelles sont les implications de cette focalisation spéciale sur les plus vulnérables ? Les promoteurs de la vie et de la famille qui font du lobbying à l’ONU, parmi lesquels plusieurs sont présents ici aujourd'hui, ne savent que trop à quel point les questions environnementales sont devenues une sorte de parapluie qui sert à couvrir un large spectre d’atteintes à la vie humaine et à la famille. Ces attaques constituent une menace immédiate à l'égard de la vie des plus vulnérables : les enfants à naître, les handicapés et les personnes âgées, en même temps qu’elles entraînent de graves violations des droits des parents en tant que premiers éducateurs de leurs enfants.
Au vu des attaques contre la vie humaine et innocente qu'on a pu constater à l’ONU sous couleur de régler des problèmes environnementaux, il est très troublant de noter l'objectif mise en avant dans l'ordre du jour de cet atelier : il s’agit d’« aider à construire un mouvement global et trans-religieux au service du développement durable et du changement climatique tout au long de 2015 et au-delà ».
Il est encore plus troublant de voir que cet ordre du jour correspond exactement, dans le temps, aux négociations des Objectifs du développement durable (Sustainable Development Goals, SDG) à l'ONU, où l'on trouve précisément ces attaques contre les membres les plus vulnérables de la population mondiale. Les négociations SDG qui vont aboutir en juin et juillet vont déterminer l'orientation et l'aide financière pour les pays du tiers-monde au cours des quinze prochaines années. Au moment où ces négociations auront lieu, nous devrions disposer d'une encyclique pape sur…  l'environnementalisme.
On peut imaginer à quel point le lobby du contrôle de la population et de l'avortement légal se sentiront forts de l'influence exercée au Vatican par deux figures de proue de la culture de mort, Ban Ki-moon et le professeur Jeffrey Sachs, et ce d'autant que nous sommes nous à la veille de la publication d'une encyclique sur l'environnement. L’ONU doit attendre avidement cette encyclique et d'espérer qu’elle permettra de fournir une justification morale pour la mise en place d’Objectifs de développement durable contraignants dans le monde entier. Si l’encyclique reste silencieuse à propos de la politique cachée de l'ONU, on peut être absolument certain que l'ONU et l’administration Obama trouveront des moyens pour utiliséer l'encyclique en vue de promouvoir les Objectifs du développement durable.
Qui sont ces personnes qui conseillent les gardiens de l'enseignement de l'Eglise qui ont pour tâche de guider et de protéger les fidèles dans la vérité de l’Amour du Christ ?
Ban Ki-moon a maintes fois fait la promotion d’un droit mondial à l'avortement. Il a également publié cette année un rapport controversé sur la violence sexuelle dans les zones de confit, un rapport qui critiquait le manque d'avortement « sûrs » dans de nombreuses situations de conflit. Cette directive est en contradiction avec le consensus en vigueur à l’ONU selon lequel l'avortement est une question qui doit rester de la compétence des nations individuelles.
Jeffry Sachs est un promoteur mondialement connu du contrôle de la population et de l'avortement. C'est lui, l'homme qui sème la panique et a peur en disant que le monde est surpeuplé et qu'il faut faire diminuer les taux de fécondité. En 2007 Sachs soutenait que le monde était « plein à craquer ». lLa semaine dernière j'ai eu le plaisir d'entendre une excellente présentation d'Elizabeth Yore, militante bien connue des droits des enfants, sur la genèse et le développement des objectifs de Sachs. Elle a expliqué comment son prédécesseur, Paul Ehrlich, proposait des solutions qui allaient de l'introduction de contraceptifs dans l’eau potable jusqu'à la stérilisation forcée, afin de contrôler la croissance de la population. Elle a également montré comment, malgré le fait que les prophéties apolcalyptiques d’Ehrlich étaient frauduleuses, l'ONU a commencé à publier ses premiers édits sur la reproduction au niveau mondial en vue de réduire la fertilité, en y incluant la contraception, la stérilisation et l'avortement.
Dans un récentes article publié par le site italien bien connu La Bussola, Riccardo Cascioli écrit : « J'ai rencontré Sachs il y a quelques années lors d'une réunion à Rimini, où il était l'un des orateurs, et lorsqu’une question a été posée à ce sujet il a répondu en souriant : “J'ai parlé avec de nombreux évêques du contrôle des naissances et ils m'ont dit en privé qu’ils sont en accord avec moi, bien que pour des raisons évidentes ils ne puissent pas le dire de manière ouverte. » Les raisons évidentes sont évidemment le Magistère de l'Eglise, la doctrine qui affirme que chaque vie humaine est sacrée, sans exception.
Le Dr Sachs est l'un des architectes des Objectifs du millénaire et il est membre du bureau exécutif du Réseau Solutions pour le développement durable. Dans la droite ligne des positions de Paul Ehrlich sur la surpopulation, il se sert du trafic d’êtres humains et du changement climatique pour justifier l’urgence de disposer des outils de l'avortement et la stérilisation afin d'atteindre les objectifs SDG de l'ONU. Le réseau auquel appartient Sachs a proposé des Objectifs de développement durable provisoires qui contiennent des mesures radicalement contraires au droit à la vie depuis la conception jusqu'à la mort naturelle, au droit et à la dignité de la famille, et au droit des parents d'être les premiers éducateurs de l'or d'enfants.
Ces rencontres qui se tiennent à l'ombre du synode sur la famille visent à aligner la terminologie des documents pontificaux sur la même ligne que celle des directives de l'ONU. Cette terminologie que nous récusons à l’ONU,  où le Saint-Siège est la seule délégation qui ces 20 dernières années a clairement rejeté les plans de l'ONU pour le contrôle de la population, reçoit désormais quelque crédit dans l'attente de la publication d'un nouveau document pontifical. Le document final des SDG à l’ONU doit être signé en septembre. Le pape François s'adressera à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre, à propos de l'environnementalisme. Hélas, il n'est que trop évident que ses propos pourrait être interprétés comme une acceptation où une validation de la part de l'Église catholique du plan global de contrôle de la population. Le pape François a déjà été cité comme disant que l'humanité et l'homme sont à la racine de 99 % du changement climatique.
Sans préjuger de la validité ou non des nombreuses théories du changement climatique, celles-ci ne doivent pas être exploitées en vue de remettre en question ou de nier l’inviolabilité et la caractère sacré de chaque vie humaine, née à naître, malade ou en bonne santé, pas plus qu'elles ne doivent justifier la redéfinition du mariage, de la famille et des droits des parents – ni de l'absence de 200 millions de petites filles asiatiques.
La plupart d'entre vous savez comment la loi et la pratique sont formés et manipulés à travers le langage. Les questions environnementales dans les négociations internationales ne s’intéressent pas au fait de planter des arbres mais de tuer des bébés, les infirmes et les vieillards. Il n'y a pourtant pas une seule famille pauvre au monde dont l'index de bonheur puisse augmenter lorsqu'elle se débarrasse de ses bébés ou de ses grands-parents. Les drames du monde et la désespérance que ce langage va fatalement susciter est indicible. Et pourtant tous ces ambassadeurs de la culture de mort sont accueillis en vue de conseiller notre Pape.
La tenue de cette conférence d'une importance vitale au Vatican en ce moment crucial entre les deux synodes sur la famille, en préparation de la publication des Objectifs du développement durable, avec la participation de promoteurs  internationaux de avortement de tout premier plan, est d'autant plus inquiétante si on la juge à la lumière de la plus récente prise de position de Hilary Clinton disant qu’en effet, l’opposition à l'avortement doit cesser d'exister, y compris au sein de l'enseignement de l'Eglise.
Au début de cette année la secrétaire de l'agence de protection de l'environnement de l'administration Obama , Gina McCarthy, s'est rendue au Vatican en vue de coordonnéer leurs objectifs environnementaux avec l'encyclique sur l'environnement en préparation. Lorsqu'elle est arrivée au Vatican, McCarthy a souligné que l'administration Obama est sur la même ligne que le pape François sur le changement climatique.
Liz Yore écrit dans le journal The Remnant que Tim Wirth, ancien chef du contrôle de la population du département d'Etat de Clinton, qui « exposait fièrement un arbre de capotes dans son bureau », faisait partie des hôtes invités par le Vatican cette année..
 Pour conclure : l’idée que l'ONU et l'administration Obama puissent envisager une solution commune avec le Vatican pour répondre aux problème qui agitent le monde moderne devrait déclencher la sonnette d'alarme chez tous ceux qui sont engagés dans le mouvement provie et pro-famille. Il s'agit d'une situation schizophrénique, où l'on recherche une collaboration entre ceux qui considèrent la vie comme un don de Dieu et ceux qui y voient un fardeau pour la planète.
Nous devons rester forts et fidèle à la vérité, au sein de la Vérité et de l’Amour du  Christ, dans cette tempête-ci comme dans les autres. Nous ne devons ni désespérer ni avoir peur, mais nous devons fortifier et fortifier ceux qui nous sont proches afin de confronter ces turbulences dans la prière et avec courage, en insistant par tous les moyens dont nous disposons pour dire que toute discussion autour de l'environnement doit s'enraciner dans la certitude que la famille, correctement définie, est la clef du développement durable, spécialement en ce temps où le synode sur la famille a été appelé par le pape François pour confronter les problèmes auxquels la famille fait face.
Maria Madise
(Traduction : Jeanne Smits.)

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner





© leblogdejeannesmits



21 mai, 2015

Que s'est-il passé au synode extraordinaire sur la famille ? L’allocution de Matthew McCusker de “Voice of the Family” à Rome le 8 mai

Les 8 et 9 mai s'est tenu à Rome une série de conférences dans la cadre du Forum sur la vie, co-organisé par “Voice of the Family”, LifeSiteNews et Human Life International et, sur place, par “Famiglia Domani”. Je vous propose ici le résumé de ce qui s'est passé au synode extraodinaire d'octobre dernier par Matthew McCusker, membre de “Voice of the Family”, qui met très bien en relief la manière dont on a tenté de manipuler le synode – une entreprise partiellement réussie. – J.S.

Un peu plus tôt cette année, Voice of the Family a eu l'honneur d'accueillir Son Eminence le cardinal Demeurer dans la vérité du Christ à propos du sacrement de mariage, lors d'une réunion à Chester le nord de l'Angleterre.
Raymond Burke, qui a donné une conférence intitulée
Au cours de sa conférence Son Eminence a eu la bonté de rendre hommage au travail de Voice of the Family ; en particulier, il nous a remerciés d'avoir rendu compte avec exactitude des travaux de la session de 2014 du Synode des évêques.
Cette phrase du cardinal Burke met l'accent sur ce qui est sans doute l'élément le plus essentiel du travail de Voice of the Family : la communication de la vérité, à la fois la vérité de l'enseignant de l'Eglise sur les questions relatives à la vie humaine, au mariage et à la famille, et la vérité sur ce qui se passe aujourd'hui dans l’Eglise. La connaissance de la vérité est le fondement de tout jugement prudent et de toute action prudente et efficace.
Dans cette présentation j'ai l'intention de donner un bref aperçu des événements qui ont précédé le synode extraordinaire d'octobre 2014 et de ceux qui l'ont suivi.
 Le 17 mars 2013, quatre jours après son élection au siège de Pierre et au cours de son premier Angélus sur la place Saint-Pierre, le Saint-Père a attiré l'attention sur un livre récemment publié par le cardinal Walter Kasper, et il en a fait un éloge remarqué :
« Ces derniers jours j'ai pu lire un livre par le cardinal le cardinal Kasper – un théologien de talent, un bon théologien – sur la miséricorde. Et il m'a fait beaucoup de bien, ce livre – mais ne pensez pas que je fais la publicité pour les livres de mes cardinaux ! Ce n'est pas le cas ! Mais il m'a fait du bien, tant de bien. »
Cela fait un grand nombre d'années que le cardinal Kasper proposer le changement de l'enseignement d'Eglise sur la réception de la Sainte Communion par les divorcés remariés, et le livre en question, La miséricorde : notion fondamentale de l'Evangile : clé de la vie chrétienne, fait également la promotion de beaucoup de thèses qui posent problème, et qui sont à la racine de ses prises de position en faveur de tels changements.
Parmi ces thèses – mais ce ne sont pas les seules – il y a la manière dont Kasper présente la nature de la justice et de la miséricorde, sa théologie de la justification, et plus gravement encore, sa vision même de la nature de Dieu. Le fait que le pape François ait pu parler de Kasper et de son nouveau livre en de tels termes a gravement préoccupé de nombreux catholiques.
Le 8 octobre 2013 le Saint-Père a annoncé que deux synodes allaient permettre de discuter des questions des défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation : ce synode devait être organisé par le secrétariat général du Synode avec à sa tête le cardinal Lorenzo Baldisseri. Le 26 octobre de secrétariat a envoyé un questionnaire à toutes les conférences épiscopales invitant les catholiques à tous les niveaux de l'Eglise à faire connaître leur opinion sur les matières relatives au mariage et à la famille.
A peine trois jours plus tôt, le 23 octobre, le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, son Eminence le Cardinal Gerhard Ludwig Müller avait publié un long article dans l'Osservatore Romano, sous le titre : Un témoignage en faveur de la puissance de la grâce, sur l’indissolubilité du mariage et le débat sur les divorcés remariés civilement et les sacrements.
Cet article prenait la défense de l'enseignement irréformable de l'Eglise selon lequel un mariage sacramentel, ratifié et consommé ne peut être dissous par aucune puissance sur cette terre, tandis que les personnes divorcées qui ont contracté une union civile ne peuvent recevoir ni le sacrement de pénitence ni la sainte communion sans une véritable repentance et l’amendement de leur vie. Cet article de Müller indique clairement son inquiétude à propos de la direction qu’allait prendre le synode, dès ce stade très précoce.
Bien évidemment, le cardinal Reinhardt Marx, président de la Conférence épiscopale d'Allemagne et membre du G9 du pape François a déclaré que le cardinal Müller ne serait pas en mesure « d'arrêter le débat » ; au synode « tout allait être discuté », et à ce moment-là il « n'était pas possible de savoir quel seraient les résultats du débat ».
Il s'agit là d'indicatiosn très précoces montrant que la question de la Sainte Communion pour les divorcés remariés était déjà à l'ordre du jour du synode.
Si un doute subsistait à ce sujet, il a disparu le 20 février 2014 lorsque le cardinal Kasper s'est adressé au consistoire des cardinaux qui avait été réuni dans le but précis de préparer le synode à venir. Dans son allocution il a plaidé pour que les divorcés remariés puissent communiquer sans amender leur vie au préalable, et il a proposé des justifications potentielles au secours de cette pratique. Il dit également ne pas exclure que « le dernier mot serait donné au synode, en accord avec le pape ».
Nombre de comptes-rendus indiquent qu'il y eut une forte opposition à la proposition de Kasper de la part des autres cardinaux présents. Le cardinal Ruini, vicaire émérite de Rome, assure, dit-on, que 85 pour cent des cardinaux présents ont pris le contre-pied de la proposition de Kasper.
Celui-ci eut la possibilité de répondre à ceux qui l’avaient critiqué et il a d'emblée dit clairement qu'il n’agissait pas seul ni de sa propre initiative. Il dit au consistoire sa reconnaissance à l’égard  du Saint-Père, qui lui avait fait confiance en le chargeant de ce rapport. Le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, déclarait alors à la presse que le Saint-Père avait dit aux cardinaux que le problème de la communion pour les divorcés remariés devait être abordé sans « casuistique ». Le père Lombardi poursuivit en déclarant que l’allocution de Kasper était en « grande harmonie » avec les paroles du pape.
Le lendemain, le pape François devait faire l'éloge appuyé de l'allocution du cardinal Kasper. Il dit :
« Hier, avant de m’endormir, mais non en vue de m’endormir, j'ai lu ou plutôt relu les remarques du cardinal Kasper. Je voudrais le remercier car j’y ai trouvé une théologie profonde, et des pensées de théologie sereine. Cela m’a fait du bien et j’ai eu une idée – et pardonnez-moi si je vous mets mal à l’aise, Eminence, mais l’idée est celle-ci : c’est ce qui s’appelle faire de la théologie à genoux. Merci. Merci… »
Lorsque l’allocution du cardinal Kasper fut publiée sous forme de livre un mois plus tard ces paroles du pape furent publiées sous forme d’approbation sur la quatrième de couverture.
Cependant, si le cardinal Kasper espérait que le soutien public du pape allait empêcher que ses propositions ne rencontrent une forte opposition, il se trompait lourdement.
Au cours des semaines et des mois qui suivirent nombre de publications d’importance allaient prendre de front ses propositions ; la plus significative d’entre elles était un livre cosigné par cinq cardinaux et quatre autres universitaires. Le livre : Demeurer dans la Vérité du Christ, mariage et communion dans l’Eglise catholique, réfutait de manière systématique les arguments mis en avant par le cardinal Kasper.
Kasper lui-même mena une intense campagne en faveur de sa position, donnant de nombreuses et longues interviews aussi bien à des religieux qu’aux médias.
Tout au long de cette période il a clairement affirmé qu’il agissait en accord avec le pape.
Par exemple, le 26 septembre 2014, quelques jours avant l’ouverture du synode, Kasper accorda une interview à Il Mattino où il déclarait :
« Je suis en accord avec lui sur tout. Il était d’accord. Que peut faire un cardinal, sinon être avec le pape ? »
Un peu plus loin, il confirmait de nouveau :
« J’étais d’accord avec le pape, je lui ai parlé deux fois. Il s’est montré content. »
Le Saint-Père lui-même a donné une claire indication de sa propre vision des choses. Dans une interview accordée à un journal argentin peu avant le synode on lui posa une question à propos de Demeurer dans la vérité du Christ. Le journaliste lui demandé si ce livre était pour lui source de « préoccupation », assurant que ce livre était – je cite – « critique quant à vos positions ».
Le Saint-Père ne rejeta pas la suggestion selon laquelle il était en accord avec le cardinal Kasper ; il répondit plutôt : « Chacun a quelque chose à apporter. J’ai même plaisir à débattre avec les évêques très conservateurs, mais bien formés sur le plan intellectuel. »
Il poursuivit :
« Le monde a changé et l’Eglise elle-même ne peut s’enfermer dans des interprétations supposées des dogmes. »
Lors de son sermon d’ouverture du synode le pape François dénonça « les mauvais pasteurs qui font peser des fardeaux insupportables sur les épaules des autres, alors qu’ils ne bougent pas un petit doigt pour les soulever ». Et de poursuivre encore : « Les assemblées synodales ne sont pas faites pour discuter d’idées belles et intelligents, ni pour voir qui est le plus intelligent. »
La première session du Synode se tint le lundi 6 octobre et très rapidement il devint évident que les événements se déroulaient conformément à un ordre du jour préétabli.
De fait, nous avions été mis en garde à ce propos. Le 20 septembre le journaliste Marco Tossati écrivait dans La Stampa qu’un cardinal resté anonyme avait expliqué de quelle manière le synode allait être manipulé en vue d'obtenir le changement de l'enseignement de l'Eglise sur la question de la communion pour les divorcés remariés.
Tosatti donnait les trois éléments de ce plan.
Premièrement : s’assurer que toutes les interventions écrites soient soumises bien à l'avance. C’était déjà fait au moment où l'article de Tosatti a été publié.
Deuxièmement : lire tous les présentations avec attention pour pouvoir s’assurer qu’avant une intervention jugée « problématique » il y eût toujours un autre père synodal pour parler au préalable et répondre aux points qui allaient être soulevés.
Troisièmement, empêcher certains pères synodaux de parler au motif qu’ils avaient dépassé leur temps de parole.
Nous ne savons pas exactement ce qui a été dit dans la salle du synode, car pour la première fois dans l'histoire récente des synodes, les interventions des Pères synodaux restèrent secrètes. Toute communication entre les Pères synodaux et le public se faisait par le truchement de conférences de presse quotidiennes et par des points presse organisés par la salle de presse du Saint-Siège. Des membres de l'équipe Voice of the Family  ont assisté à chacun de ces rendez-vous. Nous sommes tous pleinement d'accord avec l'affirmation du cardinal Burke selon laquelle l'information été manipulée de manière à mettre l'accent sur une seule position, au lieu de rapporter fidèlement les diverses positions qui avaient été exprimées.
Cette manipulation s’est le plus évidemment manifestée dans la relatio post disceptationem publiée à mi-parcours du Synode. Ce document d'étape, supposément basé que les interventions des Pères synodaux, était, pour reprendre les mots du cardinal George Pell, « tendancieux et faussé », et pour reprendre ceux du cardinal Wilfrid Napier, archevêque de Durban, le document était « pour ainsi dire irrattrapable », il « ne correspond en rien à ce que nous disons ».
Ce rapport d'étape à clairement montré que le but des radicaux n'était pas simplement de faire accéder un certain groupe à la communion, mais plutôt de lancer une attaque portant sur l'ensemble de l'édifice de l'Eglise sur les questions de la vie du mariage et de la famille. Faire une analyse complète de ce document dépasse le cadre de cette présentation, mais la situation a été bien résumée par le cardinal Burke :
« Le synode s'est retrouvé entre en train de s'occuper, d'une manière confuse et parfois erronée, de pratiques qui contredisent l'enseignement constant de l'Eglise et sa pratique à l'égard du mariage sacrement du mariage. Je me réfère à des pratiques qui donneraient accès aux sacrements à ceux qui vivent dans un état public d'adultère, et qui justifieraient, d'une certaine manière, la cohabitation conjugale en dehors du sacrement de mariage, et les relations sexuelles entre les personnes de même sexe. »
Il décrivit le rapport d'étape comme « un manifeste, une sorte d'incitation à aborder une nouvelle manière des questions fondamentales de la sexualité humaine au sein de l'Église ».
 Le cardinal George Pell exprimait un point de vue semblable lorsqu’il a expliqué qu'il y avait des éléments radicaux au sein de la hiérarchie qui utilisaient la question de la communion pour les divorcés remariés comme un « cheval de Troie ». Ce qu'ils recherchaient vraiment, dit le cardinal Pell, c'est l'acceptation de la cohabitation et de l’union de couples de même sexe.
Il ne faut pas s'étonner dès lors si les médias du monde entier ont qualifié ce document de « révolution » à l'intérieur de l'Eglise.
Il y eut cependant une opposition significative à ce document parmi de nombreux pères synodaux et cela s'est manifesté lorsque les pères se sont réunis en petits groupes pour discuter autour du texte. Chacun de ces petits groupes devait produire un rapport demandant que des amendements soient apportés.
Le matin du jeudi 16 octobre le cardinal Baldisseri a annoncé que les rapports de ces petits groupes ne seraient pas publiés, ce qui constituait une nouvelle rupture par rapport à la pratique antérieure. Son annonce a provoqué un tollé au sein de la salle du synode. Les comptes-rendus indiquent qu'un nombre significatif de Pères synodaux, conduits par le cardinal Pell, demandaient que les rapports soient publiés, ce qui a été accordé dit-on, par un hochement de tête du Saint-Père après quelque quinze minutes.
Le cardinal Burke a expliqué combien la publication de ces rapports était nécessaire : « Il était essentiel que le public puisse connaître, à travers la publication de ce rapport, que la relatio est un document qui comporte de graves irrégularités et n'exprime pas de manière correcte l'enseignement et la discipline de l'Eglise et même, sous certains aspects, elle propage l'erreur doctrinale et une approche pastorale fausse. »
La publication des rapports des petits groupes a permis d’assurer le report d'amendement significatifs dans le texte du rapport final du Synode. La relatio synodi finale contient de nombreuses réaffirmations de l'enseignement catholique sur une partie des questions clef, mais pas sur toutes.
Ainsi le rapport d’étape déclarait que « les unions entre personnes de même sexe ne peuvent pas être mises sur le même pied que le mariage entre l'homme et la femme ». Cette déclaration pouvait évidemment être interprétée comme voulant dire qu'il y avait au moins une manière de les considérer comme légitimes.
Le rapport final d’un autre côté, cite l'enseignement antérieur de l'Eglise lorsqu'il dit qu’« il n'y a absolument aucune raison pouvant justifier que l'on considère les unions homosexuelles comme ressemblant de quelque façon que ce soit, fût-ce par une analogie lointaine, au plan de Dieu pour le mariage et la famille ».
Bien que ces modifications soient évidemment très positives Voice of the Family considère que les deux document son essentiellement entachés des mêmes problèmes de fond et que la relation synodi, bien qu'améliorée, demeure inacceptable.
Nous savons, parce que le cardinal Baldisseri l'a confirmé, que le Saint-Père a lu et approuvé tous les documents produits à toutes les étapes du processus synodal.
Le synode extraordinaire sur la famille s'est achevé le samedi 18 octobre dans son allocution finale au Pères synodaux le pape François a condamné ce qu'il a pu appeler :
« La tentation du raidissement hostile, c’est-à-dire vouloir s’enfermer dans ce qui est écrit (la lettre) et ne pas se laisser surprendre par Dieu, par le Dieu des surprises (l’esprit) ; à l’intérieur de la loi, de la certitude de ce que nous connaissons et non pas de ce que nous devons encore apprendre et atteindre. Depuis l’époque de Jésus c’est la tentation des zélés, des scrupuleux, des attentifs et de ceux qu’on appelle – aujourd’hui – “traditionalistes” et aussi des intellectualistes. »
Il critiquait ensuite les défauts de ceux qu'on appelle les progressistes et libéraux, qu’il accusait de panser les plaies sans d'abord les guérir et de traiter les symptômes et non pas les causes et la racine des problèmes des gens. Mais il revenait ensuite sur ceux qui, je cite, « transforment le pain en pierre et le jette contre les pêcheurs, des faibles, les malades, en le transformant en fardeau insupportable ».
Il est compréhensible, vu le contexte de ces remarques et le contenu des débats au cours du Synode, que de nombreuses personnes aient pu interpréter les paroles du Saint-Père comme une critique à l'égard de ceux qui défendent la doctrine catholique face à la menace du plan radical mis en avant par le cardinal Kasper et d'autres prélats de haut rang.
Je conclus en citant cette courte réflexion du cardinal Burke lors d'une interview donnée au Catholic News Service après la fin du synode : « En peu de temps combien sommes-nous descendu, combien nous sommes-nous éloignés de la vérité de notre foi et de la vérité de la loi morale dans la société en général. Mais le fait que cette que ce type de questions soient aujourd'hui sérieusement en discussion au sein de l'Église devrait nous choquer tous, et nous éveillé à la nécessité, aujourd'hui, de donner un témoignage héroïque de la vérité et de l'indissolubilité du mariage face aux attaques qui émanent de l'intérieur de l'Eglise elle-même. »
Il poursuivait : « Le fait même que matières aient fait l’objet de discussions et aient été remises en question par les présidents de conférences épiscopales, par les chefs des dicastères de la Curie romaine, et par d'autres personnes spécialement nommés par le Saint-Père pour le synode, a été la cause d'une confusion terrible et pourrait même induire les fidèles en erreur à l'égard de renseignements sur le mariage et à l'égard d'autres renseignements. Depuis la fin du Synode la confusion au sein de l'Église ne fait que se renforcer et les menaces contre la famille se sont étendues. »
Matthew McCusker
(Traduction : Jeanne Smits.)

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. 



© leblogdejeannesmits



20 mai, 2015

Pays-Bas : la cour d'appel d'Arnhem relaxe Albert Heringa, un particulier qui a euthanasié sa mère en 2008


Par une décision d’appel – susceptible de cassation – la cour d’Arnhem, aux Pays-Bas, a jugé qu’Albert Heringa, accusé d’avoir euthanasié sa mère au mépris de la loi néerlandaise qui réserve cet acte aux médecins, devait échapper à toute sanction, au motif qu’il a agi dans une « situation d’urgence », en conformité avec sa propre conscience de son devoir. Ce sentiment de son devoir, ajoute la cour, a pesé plus lourd, à juste titre, que l’interdiction légale. Albert Heringa, 74 ans, s’est dit « très heureux ».
L’affaire remonte à 2008. Cette année-là, la maman de Heringa, « Moek », avait 99 ans. Elle n’était pas malade mais aveugle et n’avait plus envie de vivre, jugeant sa souffrance trop importante et sans espoir d’amélioration. Son médecin avait refusé de l’euthanasier : elle s’était alors tournée vers son fils qui s’est jugé habilité à agir dans le cadre de la loi autorisant l’euthanasie, malgré le fait que celle-ci réserve au médecin le droit de tuer un patient qu’il juge victime de souffrances insupportables et sans perspective d’amélioration. Il avait notamment était poussé à agir par le fait que sa mère s’était mise à mettre de côté ses médicaments pour prendre une surdose lorsqu’elle en aurait suffisamment – mais il a été établi que cette surdose ne l’aurait pas tuée, elle aurait simplement aggravé son état de santé.


Albert Heringa avait pris la précaution de respecter les critères de la loi d'euthanasie, dit le jugement de relaxe

Heringa a pris la précaution de respecter les modalités de la loi – en dehors de la présence d’un médecin – et d’enregistrer ses faits et gestes, filmant la manière dont il avait administré des médicaments contre le malaria, des somnifères et des anti-vomitifs à sa mère qui est morte, ainsi, d’empoisonnement. Ses enregistrements ont fait l’objet d’un documentaire, Le dernier vœude Moek, qui a été diffusée par une télévision néerlandaise en 2010. Une « transparence » dont les juges ont tenu compte.
Le ministère public ne pouvait laisser passer une telle transgression. Elle a poursuivi le septuagénaire malgré son « intention droite » en l’accusant de n’avoir pas respecté les exigences de la loi. En première instance Heringa a été déclaré coupable mais dispensé de peine. Le ministère public fit appel, réclamant une peine de trois mois de prison avec sursis. La cour d’appel n’a pas voulu suivre, au motif, donc, que Heringa s’était trouvé dans une situation d’urgence, et en outre parce qu’il aurait respecté tous les critères de la loi d’euthanasie. Il a été purement et simplement relaxé.
Décision pour le moins étrange, puisque justement l’accusé n’a pas tenu compte de l’exigence centrale de la loi quant à l’exécution de la mise à mort par le médecin. Les juges ont davantage encore tordu la lettre de la loi qui n’excuse l’euthanasie que dans le cas où il n’y a pas d’autre « solution raisonnable » pour soulager des souffrances : il s’agit de trouver des moyens médicaux qui permettent d’éviter l’euthanasie. En l’occurrence, la « solution raisonnable » a été interprétée comme la possibilité de trouver un médecin prêt à pratiquer l’euthanasie, et c’est parce qu’il n’en a pas trouvé que Heringa a été relaxé.

Le ministère public des Pays-Bas a critiqué la décision de la cour d'appel d'Arnhem


D’ores et déjà, le ministère public néerlandais a publié un communiqué affirmant que « l’assistance au suicide selon les conditions fixées par la loi d’euthanasie est et reste, aux yeux du procureur, une tâche exclusivement réservée au médecin ». On s’attend à un pourvoi en cassation, ce qui empêche de donner pour définitive le nouveau dérapage judiciaire en faveur de l’euthanasie « privée ».
La NVVE (association néerlandaise pour une fin de vie volontaire) a salué la décision comme « un pas dans la direction où nous souhaitons aller » : « De nombreuses personnes qui considèrent leur vie achevée veulent être aidées par des proches », a expliqué Fiona Zonneveld.
Même sans être définitive, la décision de la cour d’appel d’Arnhem apparaît comme révolutionnaire. Car ce n’est pas seulement le court-circuitage du médecin qui est à noter dans cette affaire, mais encore la justification de l’euthanasie sur une personne qui était simplement « fatiguée de vivre », un cas que la loi ne prévoit nullement. S’il est vrai que les commissions régionales de contrôle de l’euthanasie acceptent sans rechigner de fermer les yeux sur des actes euthanasiques pratiqués sur des vieillards souffrant de multiples affections pénibles, rien ne le justifie en droit et encore moins lorsque celui qui exécute l’euthanasie se borne à mettre en œuvre la demande d’une proche.


La cour d'appel a justifié une euthanasie pratiquée par un particulier alors que la loi la réserve au médecin

La cour est allée jusqu’à dire que Heringa aurait dû vivre avec un « sentiment de culpabilité jusqu’à la fin de ses jours » s’il n’était pas passé à l’acte.
Ce qui a changé depuis 2008, c’est bien cette ouverture croissante des médecins à l’euthanasie : en 2011, la fédération professionnelle des médecins néerlandais, KNMG, a déclaré que le cadre de l’euthanasie légale dépasse celui des cas purement médicaux, la souffrance « sans perspective et insupportable » pouvant être le résultat d’autres causes. Est-ce à dire que la « situation d’urgence » reconnue à Heringa n’existerait plus aujourd’hui ? D’autant qu’aujourd’hui la Clinique de fin de vie se charge – goulûment – de ces cas dont les médecins de famille ne voudraient pas ?
Il n’empêche : c’est une nouvelle brèche ouverte en faveur de l’euthanasie, et une bonne nouvelle pour les proches peu scrupuleux qui peuvent avoir avantage à pousser leurs vieillards vers la sortie.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



19 mai, 2015

Inde : Aruna Shanburg, le Vincent Lambert de Bombay, est morte naturellement, pleurée par ses infirmières

Aruna Shanbaugh avant son agression
Aruna Shanbaug, l’infirmière indienne qui a été au centre d’une demande d’euthanasie lancée par une « amie » partisane du « droit de mourir dans la dignité », est morte de sa mort naturelle à 67 ans ce lundi après 42 ans dans un état dit « végétatif », aimée et soignée jusqu’au bout.
Son cas avait défrayé la chronique en 2011 alors que l’écrivain et militante indienne de l’euthanasie, Pinki Virani, avait saisi la justice pour qu’Aruna cesse de recevoir hydratation et nourriture et qu’on la « laisse mourir »  pour la libérer de ses souffrances au bout de 37 ans de « coma », comme le disent les grands médias anglophones. « Laisser mourir » est en l’occurrence un euphémisme qui cache une réalité violente : on la demande pour des patients qui ne sont pas malades et qui, avec des soins de base, n’ont aucune raison de mourir. C’est la privation de nourriture et de l’hydratation qui provoque la mort : une mort de faim et de soif.
Dans cette affaire qui rappelle celle de Terri Schiavo aux Etats-Unis et celle de Vincent Lambert en France – toujours pendante devant la Cour européenne des droits de l’homme – on a affaire à une personne qui malgré son handicap profond n’est pas abandonnée de ses proches, ou du moins une partie d’entre eux. Dans le cas d’Aruna Shanbaug, la Cour suprême de l’Inde avait pris en 2011 une décision de principe autorisant « l’euthanasie passive » pour les patients se trouvant dans sa situation mais sans l’appliquer à l’intéressée, au motif que Pinki Virani n’avait pas qualité pour demander qu’elle meure.

Comme Vincent Lambert, Aruna Shanbaug a été décrétée en “état végétatif”

Les « proches » d’Aruna auront été ceux qui l’ont défendue et soignée sans relâche, et qui aujourd’hui pleurent sa mort comme celle d’un être cher, et non comme l’arrêt d’une mécanique corporelle qui ne serait qu’une coquille vide depuis l’entrée de la jeune femme dans son « coma » il y a 42 ans – comme l’a déclaré pourtant Pinki Virani à la presse indienne.
Aruna n’avait que 25 ans lorsqu’elle a subi l’agression qui l’a laissée tétraplégique et dans un « état végétatif permanent, comme le dit la presse, ou dans un état de conscience minimale, comme le constatent ceux qui la soignaient. Elle était infirmière au King Edward Memorial Hospital de Mumbai (Bombay) ; elle s’était éclipsée dans un local pour se changer, le soir du 27 novembre 1973. Un balayeur l’avait suivie, l’avait étranglée avec une chaîne pour chiens et l’avait violée en la sodomisant ; puis l’avait laissée pour morte. Lorsqu’elle fut retrouvée – le lendemain seulement – les médecins constatèrent que par manque d’oxygène, son cerveau avait été gravement abîmé, notamment son cortex.
Son fiancé – un médecin du même hôpital – devait l’attendre quatre ans. Mais son état n’évolua pas. Il quitta le pays, s’établit et se maria à l’étranger.

Aruna Shanbaug a été soignée le mieux possible jusqu'à sa mort naturelle

Depuis lors, Aruna Shanbaug est restée au KEM Hospital dans une petite chambre individuelle où le personnel soignant lui prodigua toute l’attention, l’affection et la sollicitude possible. La famille lui rendait souvent visite, mais peu à peu sa présence se fit moins soutenue et la dernière sœur de la patiente mourut en 2013.
Qu’importe : les infirmières, les aides soignantes se succédaient quotidiennement au chevet d’Aruna ; ce sont elles qui se sont mobilisées pour empêcher sa mise à mort en se portant devant la Cour suprême pour contrer l’initiative de Pinki Virani.
Un premier épisode de pneumonie fut jugulé en 2013, mais la semaine dernière, Aruna Shanbaug a contracté une nouvelle infection pulmonaire. Loin d’abandonner la patiente, le personnel médical de KEM Hospital lui a administré des antibiotiques et l’a mise sous ventilation artificielle. Mais Aruna est partie lundi matin, sa vie était vraiment arrivée à son terme.
A-t-elle vécu pendant ces 42 années où elle était clouée dans son lit, incapable de parler, une affreuse « torture » comme le soutiennent les partisans de l’euthanasie ? Pour les infirmières de KEM Hospital, certainement pas. Elles sont nombreuses, encore en activité ou parties à la retraites, qui ont défilé dans la minuscule chambre d’hôpital où elle était restée depuis le début, pour rendre leurs derniers hommages à Aruna, pleurant celle qui avait été pour elles autant une amie qu’une source d’inspiration.
Aruna Shanbaug, “la pierre d'angle de notre vie d'infirmières”
« Elle était la pierre d’angle de notre vie d’infirmières. C’est auprès d’elle que nous cherchions l’inspiration, à travers son combat et à travers sa vie. Nous fêtions ses anniversaires, nous lui donnions du curry de poisson et de la purée de pulpe de mangue, qu’elle aimait bien », raconte l’infirmière en chef, Anuradha Parade. Shanti Tai, qui s’occupait quotidiennement d’Aruna, ajoute comment on lui apportait des fleurs : « Elle souriait et hochait la tête quand elle sentait la fragrance des fleurs. Aruna n’a jamais été une patiente pour nous, mais un membre de la famille, une sœur qui a enfin trouvé le repos. »
L’ancien doyen de l’hôpital, le Dr Pradnya Pai, avait l’habitude quant à lui de parler à Aruna dans sa langue natale, le Konkani ; il lui lisait des histoires et lui racontait des blagues, et lui montrait des photos de son enfance pour l’aider à raviver ses souvenirs. Il faisait aussi le cerbère, écartant de la petite chambre les curieux et surtout les inconnus : Aruna tremblait et paniquait dès qu’un homme inconnu entrait dans la chambre…
De nombreuses infirmières ont assisté à la crémation d’Aruna, pleurant son départ lors d’une cérémonie empreinte d’émotion. Ce n’est pas une morte-vivante qu’elles ont accompagnée pour son dernier voyage…
Aruna n’a pas obtenu justice face à son prédateur, qui a pris sept ans pour vol et tentative de meurtre (il a été libéré au bout de six ans). Sohanlal Bharta Valmiki n’a pas été condamné pour viol parce que le rapport médical de l’agression de sa victime montre qu’elle a été sodomisée, ce qui ne correspond pas à la définition indienne du viol…
Mais elle a obtenu le respect de sa vie, jusqu’au bout, dans une bienveillance réelle de la part de soignants qui ont compris qu’elle n’a jamais cessé de leur rendre bien pour bien en les amenant à donner le meilleur d’eux-mêmes.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



24 avril, 2015

Espagne : le cardinal Cañizares se dit « blessé, peiné et surpris » par la « mini-réforme » de l’avortement

Le cardinal Cañizares (photo : Catholic News Agency).
L’archevêque de Valence, en Espagne, le cardinal Antonio Cañizares, a critiqué ce qu’il appelle la « mini-réforme » de l’avortement votée en première lecture par les Cortes à la demande du gouvernement. Elle se borne à rétablir le principe du consentement parental pour les avortements sur mineures de 16 et 17 ans (avec décision finale par le juge en cas de désaccord), laissant en vigueur la loi Aido votée sous Zapatero. Le cardinal s’est dit « très blessé, peiné et surpris, tout simplement dans ma condition d’homme de foi, de raison, et en tant que citoyen d’un pays comme le nôtre ».
« Nous devons dire “oui” à l’homme si nous voulons qu’il y ait un avenir », lance le prélat dans sa tribune hebdomadaire dans La Razón, où il appelle les « juges, les experts des lois, médecins et penseurs » à « se manifester pour prendre la défense de l’homme, de ces enfants qui ne naîtront pas, et qui comptent pour si peu dans la loi en vigueur, qui est au fond, d’une certaine manière, confirmée par la réforme minime que le Partido Popular introduit dans son contenu. »
La mini-réforme à « déconcerté » un grand nombre de personnes de manière « notable ». Le cardinal Cañizares évoque les « conséquences imprévisibles » de la mini-réforme. « On ne joue pas avec le droit à la vie, il n’est pas négociable », a dit celui qui porte le sobriquet de « mini-Ratzinger » en raison de sa petite taille et de sa grande clarté d’expression et sûreté de doctrine.
Imagine-t-on pareille franc-parler de la part de la hiérarchie catholique en France à propos de l’« IVG » ? Le cardinal Cañizares accuse vivement le gouvernement de Mariano Rajoy, affirmant que celui-ci, « en oubliant ses principes, en se dédisant par rapport à des gestes antérieurs, revenant sur ses promesses électorales, a approuvé une réforme minime, plus réelle qu’apparente (sic), de la loi en vigueur qui consacre le droit à l’avortement ».
Rappelant que ce même gouvernement l’avait en son temps jugée « inconstitutionnelle », le cardinal souligne que Rajoy et les siens avaient souligné alors « qu’on le veuille ou non, l’avortement a à voir avec la mort violemment provoquée d’un être humain innocent, fragile et sans défense : l’enfant ».
« Avec l’avortement provoqué on ne construit rien, on ne guérit rien, on n’engendre ni vie ni santé, on ne fait que détruire un être humain, tout en sapant les fondements même de la société formée par des êtres vivants sur la base d’un état de droit », renchérit le cardinal Cañizares.
« Il n’existe pas et il ne peut exister aucun droit à éliminer la vie, ni la sienne propre ni encore moins celle d’autrui, et d’autant moins que celui-ci est innocent, faible et sans défense », affirme-t-il encore en rappelant les paroles vigoureuses du PP contre la loi Aido qu’aujourd’hui la mini-réforme « consolide ».
« J’ignorais totalement que le Partido Popular eut changé de manière aussi radicale à l’égard d’un texte qu’il avait réprouvé en son temps et qui appartient à l’idéologie de l’opposition. L’avortement, il faut l’affirmer encore une fois, constitue la violation du droit le plus fondamental et sacrosaint des Droits de l’Homme : le droit à la vie, ancré au plus profond de la dignité inviolable de tout être humain, base de la coexistence des hommes, base de la société », écrit-il.
« L’avortement viole le “tu ne tueras pas” absolu inscrit au cœur de la nature humaine et qui appartient à la “grammaire commune” de l’être humain : l’avortement est la défaite de l’humanité, de l’état de droit et de l’Etat démocratique, de la médecine, de la justice – de tous en un mot. »
Le cardinal Cañizares prévoit les « graves conséquences » de la sanction de la loi sur l’avortement par le gouvernement au pouvoir en Espagne : « Entre autres, un relativisme brutal – véritable dictature – qui dévore et qui mine le ciment éthiqiue de la coexistence sociale, qui mène vers un horizon de vie et de sen ou rien n’est vrai, bien et juste en soi, et qui engendre une mentalité incapable de percevoir ce qui correspond à la nature, ce qui est objectif et valide en soi et pour soi, incapable d’appréhender des principes stables et universels. »
Cette loi qui prétend instaurer la liberté finit par refuser la liberté de conscience, poursuit le cardinal Cañizares : « On y retrouve aussi l’“idéologie du genre” (…), une véritable révolution culturelle où bien peu de choses restent debout. »
« Je ne peux pas me taire », conclut le cardinal, au nom de son « honnêteté intellectuelle » et de sa loyauté à l’égard de ceux qui exercent le pouvoir, mais aussi du « peuple » d’Espagne qui comme tous les autres, a besoin de vérité – et qui a la chance de l’entendre proclamer.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



23 avril, 2015

Pays-Bas : un juge ordonne de laisser partir une femme d'un établissement de soins pour obtenir l'euthanasie

Le foyer d'un des établissements WVO
(“Au service des plus anciens”)
Un établissement de soins de Vlissingen (Flessingue), aux Pays-Bas s’est vu contraint, mardi, de laisser partir une femme de 80 ans en compagnie de ses proches en vue d’obtenir l’euthanasie, alors même qu’elle n’était plus en mesure d’exprimer sa volonté. La femme, dont le nom n’a pas été révélé, a été euthanasiée mercredi par le truchement de la Clinique de fin de vie qui se charge notamment des cas où le médecin soignant refuse d’accéder à la demande d’euthanasie de son patient.
La décision d’ordonner la remise de la femme entre les mains de sa famille a été prise à la demande de cette dernière par un juge des référés d’Utrecht, à l’issue d’une nouvelle audience de référé qui s’est déroulée dans l’urgence mardi après-midi. Dans un premier temps, la famille avait saisi le juge des référés de Middelburg, obtenant une première victoire judiciaire face à l’établissement Ter Reede et à l’association qui la gère, WVO, qui arguaient  de l’incapacité de la femme à exprimer sa volonté, sur la foi du jugement de son médecin traitant et d’un pyschologue. Le juge avait refusé d'ordonner une enquête sur la capacité de la femme à prendre une telle décision, comme l'avait demandé WVO.
Apprenant que les proches de la patiente voulaient la faire euthanasier dans de très brefs délais, l’association WVO avait aussitôt saisi le juge pour faire suspendre l’exécution de la première décision jusqu’à son examen par une cour d’appel, soulignant qu’il s’agissait d’une « situation d’urgence ». L’éventuelle décision de la cour d’appel n’était attendue que pour le mois de mai prochain.
L’avocate de la famille a fait valoir à l’audience que cette attente serait « insupportable » pour la femme qui a déjà pris congé de sa famille une première fois au mois de mai et qui allait devoir recommencer.
Le juge Sap d’Utrecht a fermement rejeté la demande de l’établissement de soins soulignant qu’il se réclamait à tort d’une situation d’urgence. « Il ne s’agit pas d’une incapacité. Vous ne voulez pas accepter la décision. Vous vous mettez vous-même dans cette situation. Je pars du principe que vous allez respecter le souhait de Madame. C’est la dernière chose que vous puissez faire pour elle. »
Deux juges ont ainsi suivi l’opinion de la famille de la victime et de sa famille selon lesquels la femme avait le désir de mourir aux termes d’une décision qu’elle avait prise alors qu’elle était en pleine possession de ses moyens. C’est  la première fois qu’un tel conflit autour d’un refus d’euthanasie aboutit ainsi devant la justice. Et la première fois aussi qu’un juge donne plus de poids à l’avis de la Clinique de fin de vie (Levenseindekliniek) qu’à celui du médecin traitant qui est proche d’une patiente qu’il connaît bien, et d’une institution qui affirme aujourd’hui avoir voulu protéger une personne âgée vulnérable.

La Clinique de fin de vie a fait évaluer l’état de l’octogénaire par un médecin qu’elle avait mandaté, un deuxième médecin indépendant qui fait partie des médecins-conseil chargés de conseiller les médecins saisis de demandes d’euthanasie, et par un psychiatre indépendant, qui ont tous jugé que la femme était en situation d’exprimer sa volonté, au moins en ce qui concerne un désir d’euthanasie.
Steven Pleiter, directeur de la
Clinique de fin de vie
L’établissement où elle était soignée avait au contraire tenu compte de sa situation cognitive d’ensemble, faisant appel au médecin traitant, au psychologue « maison » et à l’ensemble du personnel. Le juge d’Utrecht a estimé cela insuffisant, puisqu’ils n’était pas apparu qu’ils avaient la connaissance ni l’expérience spécialisées que l’on peut attendre en matière d’évaluation de demandes d’euthanasie. La Clinique de fin de vie estime en effet si bien cibler ses conversations avec des candidats à l'euthanasie qu'une heure d'entretien est bien plus révélatrice que les mois, voire les années d'une relation de soins personnalisée. Steven Pleiter, son directeur ajoute qu'on peut prendre plaisir à boire du chocolat chaud à la chantilly, à chanter dans une chorale et faire des blagues et avoir quand même un désir de mort…
Ainsi se dessine un nouveau pas vers la « démocratisation » de l’euthanasie aux Pays-Bas : l’évaluation des demandes est ici jugée plus juste et plus certaine lorsqu’elle émane d’une organisation spécialisée, fût-ce une association qui milite pour un accès plus facile à la « mort choisie » ?

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits



27 mars, 2015

Divorcés remariés : le cardinal Koch compare les évêques frondeurs allemands aux luthériens complices du nazisme

Le cardinal Koch n'y est pas allé de main morte pour dénoncer la fronde des évêques allemands qui veulent avancer sur le chemin de la « pastorale » pour les divorcés « remariés ». Le cardinal suisse a donné une interview au journal catholique allemand Die Tagespost où il rejette fermement les propositions de son confrère le cardinal Reinhard Marx et de Mgr Franz-Jozef Bode qui plaident pour une adaptation de l'Eglise aux « réalités d'aujourd'hui ».
« Pensons aux Deutsche Christen (les luthériens) au moment du national-socialisme lorsque, les élevant au rang des Saintes Ecritures, ils ont placé la Race et la Nation dans la catégorie des sources de la Révélation, ce contre quoi a protesté la Déclaration théologique de Barmen en 1934, qui a rejeté la soumission des Eglises protestantes à l'Etat. Nous devons savoir distinguer de façon très attentive, ici et maintenant, en analysant avec sensibilité les signes des temps, pour voir quel est l'esprit qui se trouve derrière ces signes ; lesquels sont des signes de l'Evangile, et lesquels non. »

Certains trouveront que la référence aux nazis constitue la critique indépassable. Il est permis de penser que l'esprit qui n'est pas « de l'Evangile » est encore plus inquiétant et qu'un cardinal de l'Eglise catholique comme Reinhard Marx devrait en être davantage affecté…

Le cardinal Kurt Koch ajoute qu'il est dangereux de considérer la manière dont les chrétiens vivent leur foi comme une source de révélation :

« Voir comment, et de quelle manière les gens vivent leur foi aujourd'hui est évidemment important et profitable, de manière à mieux connaître les tâches et les devoirs pastoraux de l'Eglise. Cependant, ces “réalités existentielles” ne peuvent constituer une troisième source de révélation à côté des Saintes Ecritures et du Magistère. »

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



24 mars, 2015

Exclusif : un entretien inédit avec le cardinal Burke à propos de la famille, du mariage et du synode

Le cardinal Raymond Burke nous a fait l'honneur de répondre longuement à une interview à propos de la famille, du mariage et du synode. Moments intenses où nous avons perçu aussi bien la préoccupation de ce prince de l'Eglise devant une situation de confusion et d'imprécision doctrinale qu'il a lui-même qualifiée d'« absurde », que la sérénité et la confiance d'un homme de foi, fort, comme l'est toute l'Eglise, de la promesse que les portes de l'enfer ne prévaudront pas.


Une partie de l'interview – à peu près la moitié, vous la reconnaîtrez par sa justification plus large – a été accordée à la revue Monde & Vie, qui l'a publiée début février. Le reste est inédit, et vous est spécialement destiné, chers lecteurs de ce blog. N'hésitez pas à la diffuser en invitant vos contacts à suivre ce lien :

http://leblogdejeannesmits.blogspot.fr/2015/03/exclusif-un-entretien-inedit-avec-le.html

que vous pouvez copier et coller. Merci à Jean-Marie Molitor, directeur de Monde & Vie, de m'avoir autorisée à mettre en ligne la partie de l'interview parue dans ses colonnes. Monde & Vie, c'est par , aussi bien pour s'abonner que pour acheter un numéro.

L'entretien a été conduit en anglais, puis traduit en français par mes soins. Il est publié simultanément en langue anglaise sur LifeSiteNews. Les deux textes ont été « visés » par le cardinal Burke et reflètent donc exactement sa pensée dans sa langue maternelle comme en français, qu'il maîtrise parfaitement.

Au cours des échanges en vue de cette double révision je me suis fait confirmer que le cardinal Burke n'a pas du tout annoncé, lors d'un entretien avec France 2 diffusé il y a plusieurs semaines, qu'il « résisterait face au pape François » si la règle sur le refus de la communion aux divorcés « remariés » devait être abandonnée, comme l'ont écrit de nombreux médias et blogs francophones. Le cardinal avait dit : « Je résisterai, je ne peux rien faire d'autre. » Le sens de son propos n'annonçait pas une quelconque désobéissance mais indiquait qu'il prendrait le seul chemin qu'il lui serait alors possible de prendre. Au demeurant, il terminait son propos en rappelant que « les forces du mal ne prévaudront pas ». – J.S.


ENTRETIEN AVEC LE CARDINAL RAYMOND LEO BURKE

— Depuis le synode extraordinaire sur la famille, nous sommes entrés dans une période d’incertitude et de confusion à propos de plusieurs questions « sensibles » : la communion pour les couples divorcés et « remariés », un changement d’attitude à l’égard des unions homosexuelles et un apparent assouplissement à l’égard des couples qui vivent ensemble sans être mariés. Son Eminence pense-t-elle que cette confusion produit d’ores et déjà des effets négatifs parmi les catholiques ?
— Oui, très certainement. C’est ce que me disent des laïcs, c’est ce que me disent des évêques. Il y a aujourd’hui des gens qui se réclament d’un « changement » de l’enseignement de l’Eglise par rapport aux relations sexuelles hors mariage, ou par rapport au caractère intrinsèquement désordonné des actes homosexuels. Il y a aussi des personnes qui se trouvent au sein d’unions maritales irrégulières qui prétendent exiger de recevoir la Sainte Communion, en affirmant qu’il s’agit là de la volonté du Saint-Père. Et nous nous trouvons face à des situations ahurissantes : telles les déclarations de l’évêque d’Anvers à propos des actes homosexuels, qui passent sans être sanctionnées. De telle sorte que cette confusion se répand de manière véritablement alarmante.


— Mgr Bonny, évêque d’Anvers, a déclaré entre autres qu’Humanae vitae a été contestée par beaucoup, et qu’il faut maintenant porter la contestation plus loin. Ne sommes nous pas à un moment de l’histoire où l’enseignement de l’Eglise se trouve davantage contesté que par le passé ?
— Il semble qu’aujourd’hui des personnes qui ne contestaient pas l’enseignement de l’Eglise parce que, clairement, l’autorité de l’Eglise interdisait certaines discussions, se sentent désormais très libres de contester jusqu’à la loi morale naturelle, sans même parler d’un enseignement comme Humanae Vitae qui ne fait que reprendre l’enseignement constant de l’Eglise sur la contraception.
— Certains ont dit, après la publication de la relatio post disceptationem, qu’une manipulation avait eu lieu, consistant à introduire dans le cadre du synode des questions qui n’ont en réalité rien à voir avec la famille.
— Il est clair qu’une manipulation a eu lieu, dans la mesure où les interventions des membres du synode n’ont pas été publiées, et que le rapport d’étape ou relatio post disceptationem, tel qu’il a été publié, n’avait en réalité rien à voir avec ce qui avait été présenté. Et il est donc évident à mes yeux que certains individus qui avaient forcément une forte influence sur les processus synodaux ont mis en avant un programme qui n’a rien à voir avec la vérité sur le mariage telle que Notre Seigneur nous l’enseigne, et telle que l’Eglise nous la transmet. Ce programme vise à justifier les relations sexuelles hors mariage, les actes sexuels entre personnes de même sexe, et d’une certaine manière à relativiser nettement et même à occulter la beauté de l’enseignement de l’Eglise sur le mariage qui est l’union fidèle, indissoluble et procréatrice entre un homme et une femme.
— A qui profite cette manipulation ?
— Elle ne peut profiter à personne, parce que tout cela n’est pas vrai ; ce n’est pas la vérité. Ainsi elle ne peut faire que du tort à chacun. On peut la considérer comme bénéfique aux personnes qui pour une raison quelconque se trouvent piégées dans des situations immorales. Certains pourraient y voir une manière de les justifier. Mais cela ne peut les justifier, car leurs actes eux-mêmes ne sont pas susceptibles d’être justifiés.
— Vous avez parlé, en une autre occasion, de la ferme résistance opposée à ces points par de nombreux pères synodaux. Cette résistance vous a-t-elle surpris ?
— Non, même si j’ai été très reconnaissant de la voir se manifester, car au moment où la relatio post disceptationem a été rendue publique, en observant la direction qui était donnée au synode, on pouvait craindre que peut-être les pères synodaux ne s’exprimeraient pas – mais ils l’ont fait. Un grand nombre d’entre eux ont parlé avec force, et pour cela nous rendons grâce à Dieu. Je reste confiant de voir ces mêmes pères synodaux – j’espère qu’ils seront nombreux à être nommés à la session de septembre 2015 – continuer de se montrer forts à cette occasion.

— De manière répétée, même les pères synodaux qui ont imposé les questions des divorcés « remariés » et des unions homosexuelles ou irrégulières ont affirmé que la question n’est pas doctrinale, mais pastorale.
— C’est une fausse distinction. Rien ne peut être vraiment sain sur le plan pastoral qui ne soit pas aussi de saine doctrine. En d’autres termes : il est impossible de séparer la vérité de l’amour. En d’autres termes encore : une vie hors de la vérité ne peut être une vie d’amour. Il est faux de dire que nous ne faisons que des changements pastoraux qui n’ont rien à voir avec la doctrine. Si vous donnez accès à la Sainte Communion à des personnes qui se trouvent dans des unions maritales irrégulières, vous affirmez par le fait même quelque chose à propos de l’indissolubilité du mariage, car Notre Seigneur a dit : « Celui qui quitte sa femme et en épouse une autre commet l’adultère. » Celui qui se trouve dans une union maritale irrégulière est dans un état d’adultère public. Si vous lui donnez la Sainte Communion, vous dites d’une certaine façon que cela est acceptable doctrinalement. Et cela ne se peut.
— Ainsi, le simple fait de mettre cette question en discussion est déjà une erreur.
— Oui. Et j’ai en effet demandé plus d’une fois que ces questions soient ôtées de l’ordre du jour du synode. Si des gens veulent en discuter, tant mieux pour eux, mais elles n’ont rien à voir avec l’enseignement de l’Eglise sur le mariage. Il en va de même pour la question des actes sexuels entre personnes de même sexe, et ainsi de suite.
— Un exorciste italien, le P. Sante Babolin, a dit récemment qu’au cours d’un exorcisme, l’esprit mauvais qui tourmentait la femme d’un de ses amis lui dit : « Je ne supporte pas qu’ils s’aiment ! » N’est-ce pas un message que les couples mariés devraient méditer ?
— Absolument. Après l'Eucharistie, il n’y a pas de plus grande force contre le mal dans le monde que l’amour d’un homme et d’une femme au sein du mariage. Il a une puissance qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Je ne connaissais pas cette histoire, mais elle ne m’étonne pas. Et certainement, chaque fois qu’un couple est entré dans le mariage de tout son esprit et de tout son cœur, le diable va se mettre à l’œuvre pour essayer de détruire ce foyer, parce que ce foyer est un berceau de grâces, où la grâce est reçue non seulement en vue du couple mais aussi pour les enfants, et pour chaque proche de cette famille.

***



— En tant que catholiques, nous savons que le mariage engage pour la vie ; que le mariage est un « signe » de l’union du Christ et de l’Eglise. Nous connaissons également son lien profond avec l’Eucharistie. La Théologie du Corps du Jean-Paul II a mis cela en lumière de manière très spéciale, mais ses travaux n’ont pas été cités dans les documents successifs du synode. Comment percevez-vous cette omission ? La vulgarisation de cette œuvre n’offrirait-elle pas les vraies réponses aux problèmes d’aujourd’hui ? 
— Absolument. L’enseignement de Jean-Paul II est si lumineux, il s’est consacré avec tant d’attention et d’intention à la question de la vérité sur la sexualité humaine et de la vérité du mariage, ainsi que nous avons été plusieurs à le dire lors des discussions au synode et des travaux en groupes linguistiques : nous avons plaidé pour un retour à ce magistère de saint Jean-Paul II qui est une réflexion sur ce que l’Eglise a toujours enseigné et mis en pratique. Mais à vrai dire, on avait l’impression que l’Eglise n’a aucun enseignement en ces domaines. 
— Voilà qui est extraordinaire… 
— Tout à fait extraordinaire. C’est ahurissant. J’avais du mal à le croire alors que j’en étais témoin. Je crois que certaines personnes refusent de le croire parce que c’est absurde. 
— Saint Jean-Paul II a répondu à l’idéologie du genre avant qu’elle devienne connue. 
— En effet. Il s’occupait de toutes ces questions au niveau le plus profond : il s’en occupait strictement sur le plan de la loi morale naturelle, ce que la raison nous enseigne ; et sur le plan de la foi et de ce qu’elle nous enseigne, évidemment en union avec la raison mais en élevant et en illuminant ce que la raison nous dit de la sexualité humaine et du mariage. 
—Parmi les points de vues développés par le cardinal Kasper, et plus récemment par Mgr Bonny, l’évêque d’Anvers, il y avait l’idée que les homosexuels « fidèles », les divorcés « remariés » et les couples au sein d’une union maritale irrégulière font preuve de qualités d’oubli de soi, de générosité et de dévouement que l’on ne peut ignorer. Mais par leur choix de vie, ils se trouvent dans ce que les tiers doivent considérer comme étant objectivement un état de péché mortel : un état choisi et prolongé de péché mortel. Pourriez-vous nous rappeler l’enseignement de l’Eglise sur la valeur et le mérite de la prière et des bonnes actions dans cet état ? 
­­— Pour celui qui vit publiquement dans un état de péché mortel aucun acte bon qu’il peut être amené à poser ne peut justifier cette situation : cette personne demeure en état de péché grave. Nous croyons que Dieu a créé tous les hommes bons, et que Dieu veut la rédemption de tous les hommes, mais celle-ci ne peut se réaliser que par une conversion de vie. C’est pourquoi nous devons appeler ceux qui vivent dans ces situations gravement peccamineuses à la conversion. Vouloir donner l’impression que d’une certaine manière il y a quelque chose de bon dans le fait de vivre dans un état de péché grave est tout simplement contraire à ce que l’Eglise a toujours enseigné, partout. 
Ainsi, lorsque l’homme de la rue dit qu’en effet, il est vrai que ces personnes sont bonnes, dévouées, généreuses, cela ne suffit donc pas ? 
— Bien sûr que non. C’est comme une personne qui commet un meurtre mais qui est pourtant aimable avec les autres… 
— Quels véritables soins pastoraux recommanderiez-vous pour les personnes qui vivent dans ces situations, et que peuvent-elles obtenir de la pratique de la foi dans la mesure du possible, alors qu’elles ne peuvent pas obtenir l’absolution ni recevoir la sainte Communion ? 
— Au cours de ma propre expérience pastorale j’ai travaillé avec des individus qui se trouvent dans ce type de situation et j’ai essayé de les aider, avec le temps, à changer de vie, tout en respectant les obligations qu’ils sont tenus de remplir eu égard à la justice. Par exemple, dans le cas de ceux qui se trouvent au sein d’une union matrimoniale invalide, il s’agira de les aider à se séparer si c’est possible, ou à vivre comme frère et sœur dans le cadre d’une relation chaste, s’il y a des enfants et qu’ils ont l’obligation de les élever. 
— Dans de cas de couples remariés qui ont des enfants à eux mais aussi des enfants d’un précédent mariage, cela ne crée-t-il pas des situations très compliquées ? 
— Evidemment ! Je suis d’ailleurs très préoccupé par la discussion à propos de la procédure de reconnaissance de nullité du mariage : on donne l’impression que seule une partie est en cause, à savoir la personne qui demande une déclaration de nullité. En réalité il y a deux parties en cause, il y a des enfants en cause, et il y a toutes sortes d’autres relations qu’implique tout mariage. Et ainsi la matière est extrêmement complexe, elle n’est jamais capable d’une solution facile quelconque. 
— Pour les personnes vivant dans le cadre de mariages invalides ou d’unions impossibles, on a soulevé la question de la communion spirituelle. Je ne comprends pas bien comment on peut faire une communion spirituelle dans cet état. 
— Le terme a été utilisé de manière imprécise. Pour faire une communion spirituelle il est nécessaire d’avoir toutes les dispositions nécessaires à la réception actuelle de la sainte Communion. La personne qui fait une communion spirituelle, c’est celle qui, simplement, se trouve dans une situation où elle n’a pas accès au Sacrement mais est pleinement disposée à le recevoir, et elle fait alors un acte de communion spirituelle. Je pense que certaines personnes qui ont utilisé ce terme voulaient parler du désir de la personne qui se trouve dans une situation de péché de se libérer de cette situation, et qui prient Dieu de les aider à remettre leur vie à l’endroit, à changer de vie, à trouver une nouvelle manière de vivre afin qu’ils puissent se trouver dans un état de grâce. Nous pourrions appeler cela le désir de la sainte Communion, mais ce n’est  pas la communion spirituelle. Cela n’est pas possible. La communion spirituelle a été définie par le Concile de Trente : celui-ci avait très clairement posé qu’elle nécessite toutes les dispositions, et cela est logique. 
— Comment l’Eglise peut-elle vraiment venir en aide à tous ceux qui sont impliqués dans ces situations : époux abandonnés, enfants de mariages légitimes qui sont blessés par le divorce de leurs parents, les personnes qui se battent avec une tendance homosexuelle ou qui d’une manière ou d’une autre se sont laissé « piéger » au sein d’une union illégitime ? Et quelle doit être notre attitude ? L’attitude des fidèles ? 
— Ce que l’Eglise peut faire, et c’est le plus grand acte d’amour qui puisse être de la part de l’Eglise, c’est de présenter à tous l’enseignement sur le mariage, cet enseignement qui nous vient de la parole du Christ elle-même, et qui a été constant dans la tradition de l’Eglise. C’est un signe d’espoir pour tous. Elle peut aussi les aider à reconnaître le caractère peccamineux de la situation où ils se trouvent, et en même temps les appeler à quitter cette situation de péché et de trouver une manière de vivre en accord avec la vérité. C’est la seule manière dont l’Eglise peut les aider. Cela avait été ma grande espérance pour ce synode : qu’il puisse montrer au monde la grande beauté du mariage – et cette beauté du mariage, c’est la vérité sur le mariage. Je dis toujours au gens : l’indissolubilité n’est pas une malédiction, c’est elle qui fait la grande beauté de la relation conjugale. C’est ce qui fait la beauté de la relation entre l’homme et la femme : que leur union soit indissoluble, qu’elle soit fidèle, qu’elle soit procréatrice. Mais aujourd’hui on aurait presque l’impression que d’une façon ou d’une autre, l’Eglise a honte de ce très beau trésor qui nous est donné dans le mariage, conforme à la manière dont Dieu a créé l’homme et la femme depuis l’origine. 
— Certains pasteurs semblent même avoir honte de parler du péché, ou de parler de la chasteté.  
— Cette question a également été soulevée au synode. L’un des pères synodaux a demandé : « N’y a-t-il plus de péché ? » On a cette impression. Malheureusement, depuis la chute de nos premiers parents, la tentation existe toujours de pécher, et le péché est dans le monde : nous devons le reconnaître et l’appeler du nom qui est le sien, et chercher à le vaincre. 
— L’Eglise et les parents chrétiens ne sont ils pas appelés d’une manière particulière à éduquer les enfants à la modestie et à la décence ? Celles-ci ont complètement disparu dans de nombreux lieux. 
— Oui, cela est tellement vrai. Une partie de l’Evangile de la Vie ordonne d’enseigner aux enfants, aussi bien à la maison qu’à l’école, les vertus fondamentales qui mettent en évidence le respect de notre propre vie et de la vie d’autrui, ainsi que le respect de notre propre corps : la modestie, la pureté, la chasteté. Il faut y former les jeunes enfants dès leurs plus tendres années. Mais tout cela aussi est en péril, simplement parce que la catéchèse de l’Eglise a été si faible, et dans certains cas confuse et erronée ; et il y a eu une telle dégradation de la vie familiale, que les enfants ont été sujets à une éducation qui les laisse désarmés lorsqu’il faut vivre la vérité du mariage et la vérité de leur propre corps, de leur propre vie humaine. 
Quelle est la chose la plus urgente que nous devions faire pour éviter le désordre du divorce et de toutes les unions désordonnées ? 
— Je pense vraiment que cela commence dans la famille. Nous devons renforcer les familles, en formant d’abord les époux à vivre la vérité du mariage dans leur propre foyer qui devient dès lors – et pas seulement pour eux – une source de rédemption, et en même temps une lumière pour le monde. Un mariage vécu dans la vérité est si attirant et si beau qu’il mène d’autres âmes à la conversion. Pour former les enfants en ce sens, spécialement aujourd’hui, il faut les élever de manière à ce qu’ils puissent choisir d’être « contre-culturels ». Ils ne peuvent par exemple accepter cette théorie du genre qui contamine notre société : il faut donc les élever de manière à ce qu’ils rejettent ces mensonges et vivent dans la vérité. 
— Il existe un lien entre la contraception et le divorce : 30 à 50 % des couples mariés qui utilisent la contraception divorceront, tandis que les couples qui ne l’utilisent pas – qu’ils soient chrétiens ou non – ou qui ont recours à la régulation naturelle des naissances, seront moins de 5 % à divorcer. Etes-vous d’accord pour dire qu’un langage plus clair et un plus grand engagement pastoral de l’Eglise pour la promotion d’Humanae Vitae sont indispensables afin d’obtenir des unions plus stables ? 
— Absolument. Le bienheureux pape Paul VI l’a bien mis en évidence dans la lettre encyclique Humanae Vitae : la pratique de la contraception allait entraîner la rupture de la vie familiale et la perte du respect à l’égard des femmes. Nous devons simplement réfléchir au fait qu’au sein d’un couple qui a recours à la contraception les époux ne se donnent plus totalement l’un à l’autre. Cela introduit déjà un élément de rupture dans le mariage : s’il n’est pas corrigé, si l’on n’y porte pas remède, cela peut facilement mener au divorce. 
— Sur la question de la taille de la famille et de la liberté des parents, le mouvement écologiste mondial, avec la promotion internationale du planning familial et du contrôle de la population sont-ils pour vous des sujets d’inquiétude ? 
— Oui, cela m’inquiète beaucoup car les gens sont faussement amenés à penser qu’ils devraient avoir recours à une forme ou l’autre de contraception pour être des intendants responsables de cette terre. En réalité, le taux de natalité de la plupart des pays est bien en deçà de celui qui est nécessaire pour assurer le renouvellement des générations. Et quoi qu’il en soit de tout cela, la vérité est celle-ci : si Dieu appelle un couple au mariage, alors Il les appelle aussi à être généreux pour ce qui est de recevoir le don de la vie humaine nouvelle. Et nous avons donc besoin de beaucoup plus de familles nombreuses aujourd’hui. Grâce à Dieu, je vois parmi certains jeunes couples aujourd’hui une générosité remarquable par rapport aux enfants. 
Une autre chose que je n’entends guère aujourd’hui, mais sur laquelle on mettait toujours l’accent lorsque j’étais jeune, comme on l’a toujours fait dans la tradition de l’Eglise, c’est que les parents doivent être généreux en ce qui concerne le nombre d’enfants afin que certains d’entre eux puissent recevoir l’appel à la prêtrise ou à la vie consacrée, et au service de l’Eglise. Et cette générosité des parents va certainement inspirer à l’enfant qui reçoit cette vocation une réponse généreuse. 
— Le mariage monogame, c’est très bien pour les catholiques, dira-t-on, mais la « dureté des cœurs » des non catholiques doit faire que l’on accepte le divorce et le remariage dans les lois civiles. D’un autre côté, les nations chrétiennes ont beaucoup fait  pour apporter la stabilité sociale et la dignité du mariage naturel à de nombreux endroits du monde. La venue du Christ a-t-elle changé la situation de tous les hommes et est-il juste de promouvoir, peut-être même d’imposer cette vision du mariage naturel jusque dans les sociétés non catholiques ? 
— Je crois qu’il faut souligner exactement que l’enseignement du Christ sur le mariage est une affirmation, une confirmation de la vérité du mariage depuis l’origine – pour reprendre ses propres paroles – et cette vérité du mariage qui est inscrite dans tout cœur humain. Et ainsi l’Eglise, lorsqu’elle enseigne le mariage monogame, fidèle, pour la vie, enseigne la loi morale naturelle et elle a raison d’insister sur ces points dans la société en général. Le Concile œcuménique Vatican II a qualifié le divorce de plaie pour notre société, et en effet, il l’est. L’Eglise doit être toujours plus forte dans son opposition à la pratique très répandue du divorce. 
— Pensez-vous que les études sur la situation et les meilleurs résultats finaux constatés chez les enfants élevés au sein de familles monogames stables devraient jouer un rôle plus important lors des préparations au mariage ? 
— Je le pense. Il faut mettre l’accent sur la beauté du mariage tel que beaucoup de couples le vivent aujourd’hui, fidèlement et généreusement, et la vie de famille telle qu’en font l’expérience les enfants qui vivent au sein d’une famille aimante… Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de défis. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de moments difficiles dans la famille et dans le mariage, mais qu’avec le secours de la grâce de Dieu, la réponse est toujours, au bout du compte, une réponse d’amour, de sacrifice, d’acceptation de toute souffrance nécessaire pour être fidèle à l’amour. 
— Mais la société moderne n’accepte pas la souffrance, que ce soit en fin de vie, ou pendant la grossesse, ou dans le mariage… 
— Evidemment ! Parce qu’elle ne connaît pas la signification de l’amour. Le Christ a dit : si quelqu’un veut me suivre, qu’il prenne sa croix à ma suite, et ainsi l’essence de notre vie est de souffrir au nom de l’amour : l’amour de Dieu et de notre prochain. 
— Seriez-vous d’accord, ainsi que l’affirment nombre de personnes, pour dire que de nombreux mariages catholiques aujourd’hui, que ce soit faute de préparation ou par ignorance à l’égard de la signification des vœux matrimoniaux, ne sont pas valides ? Quelle a été votre expérience précise de cette question en tant que préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique ? 
— J’estime qu’il est très irresponsable de faire des déclarations générales sur le nombre de mariages qui seraient valides ou invalides. Chaque mariage doit être examiné. Le fait que des personnes ont pu être mal catéchisées, et ainsi de suite, peut certainement les rendre moins fortes par rapport à la vie conjugale, mais cela n’indiquerait pas nécessairement qu’elles donnent un consentement matrimonial invalide, parce que la nature elle-même nous instruit de la vérité du mariage. C’est ce que nous avons vu à la Signature apostolique : oui, il y avait davantage de déclarations de nullité de mariage, mais en examinant tous les cas, il y en avait de nombreux où la nullité du mariage n’était pas établie, n’a pas été démontrée. 
— Vous avez montré dans le livre Demeurer dans la vérité du Christ que la simplification de la procédure n’est pas la solution. 
— Elle ne l’est pas du tout, car il s’agit de situations très complexes, qui exigent une procédure soigneusement articulée afin de parvenir à la vérité. Si la vérité ne nous importe plus, alors n’importe quelle procédure sera acceptable, mais si nous avons le souci de la vérité, alors il faut une procédure comme celle utilisée actuellement par l’Eglise. 
— Et l’Eglise a beaucoup fait en faveur des procédures judiciaires dans le monde civilisé… 
— L’Eglise a été admirée au cours des siècles comme un miroir de justice : sa manière propre d’administrer la justice a été un modèle pour les autres juridictions. Il y a déjà eu au sein de l’Eglise une expérience de modification de procédure en nullité de mariage : elle a eu lieu aux Etats-Unis de 1971 à 1983. Elle a eu des effets désastreux, à tel point que des gens commençaient à parler du « divorce catholique », non sans raison. C’est une cause de scandale pour ceux qui travaillent dans le domaine de la justice ou les ministres de la justice dans l’ordre séculier, car lorsqu’ils voient que l’Eglise ne pratique pas la justice, qu’elle n’a plus le souci de la vérité, que peuvent alors signifier la loi et de la justice ?

***


— Comment les couples peuvent-ils valoriser et protéger leur amour conjugal ?
D’abord par une vie de prière fidèle, chaque jour, et par la confession régulière, car nous avons tous besoin de cette aide pour vaincre le péché dans nos vies : même les petits péchés, les péchés véniels – mais aussi pour nous garder des péchés plus graves. Bien entendu, l’Eucharistie est au centre de chaque vie chrétienne d’une manière très particulière. Elle est au centre de la vie conjugale parce qu’elle est communion avec Notre Seigneur Jésus Christ, pour vivre de cet amour qu’Il a pour l’Eglise, dont le mariage est le sacrement : le signe de son Amour dans le monde. Ainsi, dans l’Eucharistie, le couple reçoit la grâce, de la manière la plus abondante et la plus puissante, qui leur permet de vivre leur alliance d’amour.
— Pensez-vous qu’il y a un lien entre la « mort du culte » – une liturgie anthropocentrique, qui n’adore pas – et la culture de mort ?
Je suis très convaincu de ce que les abus qui se sont immiscés au sein de la pratique liturgique de l’Eglise, des abus qui reflétaient une visée anthropomorphique où le culte sacré a commencé à être présenté comme une activité humaine, alors qu’il est action de Dieu parmi nous, ont à l’évidence conduit les fidèles dans une mauvaise direction, et que cela a eu un impact très négatif sur la vie de chaque individu et, d’une manière particulière, sur la vie conjugale. La beauté de la vie conjugale se perçoit et se confirme de manière particulière dans le Sacrifice eucharistique.
— En tant que laïcs catholiques nous devons agir au sein de la société, y compris sur le plan politique. Mais en France aucun parti majeur ne défend complètement le mariage, aucun ne défend complètement la vie. Que doivent faire les catholiques : s’engager dans un mouvement dont ils savent qu’il se positionne contre les principes non négociables, ou doivent-ils essayer de construire autre chose ?
— Idéalement, ils doivent essayer de construire au sein de la société une force politique qui s’engage
pleinement pour la vérité, pour les biens non négociables en ce qui concerne la vie humaine et la famille. Et ils doivent affirmer très clairement leur propre position, et insister sur celle-ci, auprès des partis politiques qui existent, afin de constituer une force qui impulse la réforme de ces partis. Bien évidemment, vous ne pouvez pas prendre part à un mouvement qui serait contraire à la loi morale. La même réflexion permettrait de soutenir un mouvement politique qui montrerait des signes de réforme, de vouloir adhérer à la loi morale : il faut l’encourager.
— Quels saints invoquer aujourd’hui pour la famille ?
Avant tout, la Sainte Famille de Nazareth : la Vierge Marie, saint Joseph et Notre Seigneur Jésus. Puis il y a les grands saints mariés. On pense par exemple aux parents de la Petite Thérèse, les bienheureux Louis et Zélie Martin ; et à une grande sainte comme Gianna Molla ici en Italie ; à un grand saint mort en martyr pour la famille, saint Thomas More qui était un homme marié et qui avait pleinement compris la vocation au mariage. Il y a aussi le couple Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, béatifiés ici en Italie. Et encore sainte Rita de Cascia qui fut une mère très fidèle, et qui a tant prié pour la conversion de son mari, et de ses deux fils. Ce ne sont là que quelques exemples… il y en a tant d’autres.
— Comment le mieux rester fidèles à l’Eglise et au pape en ces temps troublés ?
— En nous attachant de la manière la plus claire à ce que l’Eglise a toujours enseigné et pratiqué : voilà notre ancre. Notre foi ne nous attache pas à des individus, notre foi est en Jésus-Christ. Lui seul est notre rédemption, et Il est vivant pour nous dans l’Eglise à travers son enseignement, ses sacrements et sa discipline. Je dis volontiers à ceux, nombreux, qui sont en contact avec moi et qui se trouvent désorientés, inquiets et décontenancés : non, nous devons rester calmes, et nous devons rester pleins d’espérance en parvenant à goûter de manière de plus en plus profonde la vérité de notre foi, et nous devons nous y attacher. C’est cela qui ne change pas, et c’est cela qui à la fin, vaincra. Le Christ a dit à saint Pierre lorsque celui-ci a confessé sa foi : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas » contre l’Eglise. Nous savons que cela est vrai, et nous devons souffrir, en attendant, pour la vérité, mais nous devons avoir confiance : Notre Seigneur remportera la victoire, à la fin.

Propos recueillis par Jeanne Smits
Photos : © Olivier Figueras


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner





© leblogdejeannesmits



 
[]