03 décembre, 2016

Soirée à Paris au bénéfice des chrétiens d'Orient : croisière le mercredi 7 décembre, sur les Bateaux-Mouches






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02 décembre, 2016

Cardinaux des “dubia” : Mgr Pio Vito Pinto revient à la charge

Non content d’avoir déclenché la controverse, à peine tempérée par un rectificatif qui laisse beaucoup de questions ouvertes (voir ici l’article de ce blog sur le rectificatif), Mgr Pio Vito Pinto a redoublé d’agressivité à l’égard des quatre cardinaux et de leurs Dubia adressés au pape François, dans un entretien avec le site de l’Eglise catholique allemande Katholisch.de. Le doyen de la Rote romaine y choisit des termes très durs pour dénoncer ces quatre cardinaux qui n'ont fait qu’exprimer leurs graves inquiétudes à propos d’Amoris laetitia qui pourrait bien enseigner aux fidèles des doctrines contraires à l'enseignement catholique traditionnel.
Je transcris son propos à partir de la traduction vers l’anglais réalisé par www.onepeterfive.com, et reprends quelques-uns des commentaires de l’auteur de l’article, Maike Hickson.
« Ils ont écrit au pape et cela est correct et légitime. Mais faute de réponse après quelques semaines, ils ont publié l’affaire. C’est une claque en pleine figure. Le pape peut choisir de prendre conseil auprès de ses cardinaux ; mais c’est quelque chose de très différent que de lui imposer un conseil. »
Le journaliste allemand a fait remarquer que les quatre cardinaux diraient alors ne pas avoir le choix. Mgr Vito Pinto répond :
« Ils ne forment pas un conseil qui ait une quelconque compétence. Au contraire, en tant que cardinaux, ils sont encore davantage liés par un devoir de loyauté à l’égard du pape. Il représente le don de l’unité, le charisme de Pierre. Voilà pourquoi les cardinaux doivent le soutenir, et non le gêner. De quelle autorité les auteurs de la lettre agissent-ils ? Du fait qu’ils sont cardinaux ? Cela ne suffit pas. Je vous en prie ! Évidemment ils peuvent écrire au pape et lui envoyer leurs questions, mais l'obliger à répondre et publier l’affaire, c’est autre chose. »
Au mépris des faits, Mgr Vito Pinto insiste pour dire que le document du pape trouve sa source dans les travaux des deux synodes des évêques et dans les questionnaires diffusés à travers le monde. Il affirme :
« La majorité absolue du premier synode, et une majorité des deux tiers au second, où les membres des conférences épiscopales étaient présents, ont exactement approuvé ces thèses désormais contestées par les quatre cardinaux. »
La remarque est intéressante, car elle sous-entend que la réponse du pape aux Dubia des cardinaux ne serait pas allée dans leur sens.
Mgr Pinto insiste ; le pape « ne force pas, encore moins il ne condamne », déclare-t-il à Katholisch.de : « certains évêques ont putativement des difficultés, d’autres font semblant d’être sourds. »
On lui demande alors si le pape pourrait reprendre leurs chapeaux rouges aux quatre cardinaux. Réponse :
« Je ne suis pas du genre qui peut menacer. Ecrire une telle chose est vraiment une licence journalistique, ce n’est pas sérieux. Ce que j’ai dit c’est plutôt : François est un phare de miséricorde et il a une patience infinie. Pour lui, il s’agit d’être d’accord, et non de forcer. C’est un acte grave par lequel ces quatre ont publié leurs lettres. Mais penser qu'il pourrait leur enlever leur cardinalat – non. Je ne crois pas qu’il le fera. (…) En soi, en tant que pape, pourrait faire une telle chose. Tel que je connais François, il ne le fera pas. »
Interrogé sur la correction formelle du pape que le cardinal Burke présentera si nécessaire, Pinto se fait véhément :
« C’est insensé. Il ne pourrait pas exister un conseil de cardinaux qui puisse demander des comptes au pape. La tâche des cardinaux est d’aider le pape dans l’exercice de son office, et non de le gêner ou de lui donner des préceptes. Et ceci est un fait : François n’est pas seulement en plein accord avec la doctrine, mais aussi avec tous ses prédécesseurs du XXe siècle, et c’était un âge d’or avec d’excellents papes – à commencer par Pie X. »
A propos des quatre auteurs, Mgr Vito Pinto s’en prend principalement au cardinal allemand Meisner :
« Je suis choqué, spécialement en raison du geste de Meisner. Meisner était le grand évêque d’un important diocèse – que c'est triste de le voir mettre avec cette action une ombre sur son histoire. Meisner, un grand guide spirituel ! Qu'il en arriverait là, je ne ne m’y attendais pas. Il était très proche de Jean-Paul II et de Benoît, et il sait que Benoît XVI et François sont en plein accord quant à l’analyse et aux conclusions à propos de la question du mariage. Et Burke – nous avons travaillé ensemble. Il me semblait être une personne aimable. Maintenant je lui demanderais : votre éminence, pourquoi avez-vous fait cela ? »
La conclusion est à l’avenant :
« Priez un peu plus, restez calmes, basta. Officiellement cette action n’a pas de valeur. L’Eglise a besoin d’unité, et non de murs, dit le pape. Nous savons comment est François. Il pense que les gens peuvent se convertir. Je sais qu’il prie pour eux. »
L’unité sans la vérité, en somme.
Ou alors une vérité mouvante, impossible, puisque de tout cela il ressort que les choses ont bien changé et qu’il n’est demandé aux cardinaux que de se soumettre en faisant fi du principe de non contradiction : une même chose ne peut pas, en même temps et sous le même rapport, être et ne pas être dans un même sujet.

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Le rectificatif des propos de Mgr Pio Vito Pinto sur le pape et la possible destitution des cardinaux auteurs des “dubia” à propos d’“Amoris laetitia”

Il aura fallu plus de 48 heures pour que le site espagnol ReligionConfidenciaI apporte un rectificatif au propos du doyen de la Rote romaine, Mgr Pio Vito Pinto, annonçant que le pape FrançoisLpourrait priver les quatre cardinaux auteurs des « dubia » sur Amoris laetitia de leur cardinalat parce que, faute de réponses à leurs questions, ils avaient porté celles-ci à la connaissance du public. Cette « rectification » publiée jeudi affirme que le site avait mal retranscrit la réponse de Mgr Vito Pinto lors d’un entretien en marge d’un colloque universitaire de droit canonique sur le discernement et les nullités du mariage à l’université Saint-Damase de Madrid. « La phrase, extraite d’un entretien réalisé par RC où Mgr Vito répondait en italien, n’est pas correcte. En vérifiant l’enregistrement, on constate que ce qu’il affirme, c’est que le pape François n’est pas un pape d'un autre temps, où l’on prenait en effet ce type de mesure, et qu’il n’allait pas leur retirer la dignité cardinalice ».

La nouvelle avait fait le tour de nombreux sites d’information dans le monde, notamment ici sur ce blog.

Il m'appartient donc de rectifier à mon tour et de reprendre le propos de Mgr Vito Pinto tel que ReligionConfidencial le rapporte désormais. Interrogé sur les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner, il a déclaré :

« Quelle est cette Eglise que défendent ces cardinaux ? Le pape est fidèle à la doctrine du Christ. Ce qu’ils ont fait est un scandale très grave. » Il a ajouté que, néanmoins, le pape François n’est pas un pape du passé qui pourrait leur enlever la barrette cardinalice, comme l’a fait Pie XI avec le célèbre théologien jésuite français Louis Billot – (qui au demeurant, avait démissionné de manière spontanée, avant de voir sa démission acceptée plusieurs jours plus tard par Pie XI, en raison de la condamnation par ce dernier de l’Action française). « François ne le fera pas », a-t-il précisé.

Voilà qui nous éloigne assez des propos retranscrits dans un premier temps ; il n’est certes pas inouï qu’une erreur de traduction involontaire ou même volontaire ait pu changer le sens de la réponse à un entretien.

On notera quand même que le rectificatif conserve l’idée selon laquelle le prétendu « scandale » causé par la publication d’une demande de clarification des ambiguïtés d’Amoris laetitia est jugé par Mgr Pio Vito Pinto, qui est précisément un juge de haut rang dans l’Eglise, comme pouvant mériter une telle sanction. Et si elle ne tombe pas, c’est simplement parce que le pape François n’est pas « un pape d'un autre âge ». Comme si on pouvait imaginer qu’un pape d’un autre âge puisse laisser tournebouler à ce point la doctrine catholique du mariage par certains évêques, et même l’approuver, ainsi que François l’a fait avec les évêques du Grand Buenos Aires…

Quoi qu’il en soit, le canoniste américain Edward Peters note que les 11 canons du code de droit canonique abordant la question de la destitution d’un cardinal sont généralement considérées comme limitatifs. Les cardinaux possèdent un certain nombre de droits en droit canonique : ils ne peuvent se voir retirer leur chapeau que pour une « raison grave » ou pour avoir commis un « crime canonique ». Encore cette procédure est-elle définie par la loi : l’existence du crime doit être prouvée, ou la « raison grave » établie.

De crime canonique, il ne peut y en avoir dans cette affaire, ce qui « ne laisse que la possibilité que François considère le fait qu’un cardinal pose des questions sur son document Amoris constitue une “raison grave” permettant d’éliminer quatre cardinaux de cet office (et dans le même temps, en éliminant deux électeurs actuellement habilités à voter lors du prochain conclave) », écrit Peters.
Même si le pape le faisait, les cardinaux auraient encore le droit de se défendre devant le tribunal ecclésiastique compétent, explique-t-il encore.

Commentant le rectificatif publié par ReligionConfidencial, Peters ajoute : « Il semblerait que Pinto voulait dire que d’AUTRES papes pourraient destituer des cardinaux mais que François n’en fait pas partie. Hein ? Soit les papes, tous les papes peuvent destituer des cardinaux de leur office, ou alors ils ne peuvent pas. (Je tiens qu’ils le peuvent, je pensais que Pinto tenait cela aussi). Ou bien les papes, tous les papes, sont moralement tenus de respecter la procédure lors de telles destitutions, ou alors ils ne le sont pas (je tiens qu’ils le sont, je ne saurais dire si Pinto le pensait aussi). »

 Et de noter que dans les nations gouvernées par le droit coutumier il est très mal vu et très rare que des juges « interfèrent dans les controverses politiques ou sociales qui virevoltent autour d’eux », raison pour laquelle, selon Peters, la controverse déclenchée par les propos de Pinto ont été les plus « intenses » parmi les catholiques issus de ces nations, « où la vue d’un juge parlant ainsi est étrangère à nos sensibilités à propos des juges et de la justice ».

Il faut en effet retenir de l’intervention de Pinto qu'il juge en soi possible que les quatre cardinaux puissent encourir une telle sanction pour simplement avoir publié des questions posées et restées sans réponse. Mais Mgr Pinto est allé plus loin, comme nous le verrons dans un autre article de ce blog.

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30 novembre, 2016

Oter leur chapeau aux quatre cardinaux auteurs des “dubia” sur “Amoris laetitia” ? Le pape François pourrait le faire selon Mgr Pio Vito Pinto


Mgr Pio Vito Pinto

Mgr Pio Vito Pinto, doyen de la Rote romaine, l’un des deux tribunaux ordinaires du Saint-Siège – compétent notamment pour juger en appel les affaires de nullités de mariage –, a réagi avec violence à la décision des « quatre cardinaux » de porter devant le public les cinq « dubia » ou questions sur Amoris laetitia qu’ils avaient soumises au pape François sans recevoir de réponse. C’est lors d’une conférence qu’il a donnée à Madrid, lundi, à l’université ecclésiastique Saint-Damase qu'il a accusé ces princes de l’Eglise d’avoir causé un grave scandale du fait de cette publication, ajoutant qu'ils pourraient perdre le cardinalat, rapporte Infocatolica.


IMPORTANT – Mise à jour : deux jours après la publication de ces informations par le site hispanophone ReligionConfidencial, celui-ci a fait un rectificatif, Mgr Vito Pinto s'étant plaint de ce qu'on lui faisait dire le contraire de ce qu'il avait dit.  Je reproduis et commente le rectificatif ici. Je laisse mon article originel en l'état ci-dessous, car il reste largement d'actualité.
Il s’agit des cardinaux Walter Brandmüller, Raymond Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner qui ont demandé que la clarté soit faite sur des ambiguïtés de l'exhortation apostolique en matière de morale conjugale et même des normes morales tout court, notamment à la suite d’interprétations évidemment hétérodoxes de la part de certains évêques.
En réponse à des questions de Religion Confidencial, le doyen de la Rote a déclaré que les quatre cardinaux, tout comme quelques autres personnes qui à l’intérieur de l’Eglise mettent en doute la réforme du Pape François et son Exhortation apostolique Amoris laetitia, ne font rien d'autre que de remettre en question « deux synodes des évêques sur le mariage et la famille ; pas un synode mais deux !, l’un ordinaire et l’autre extraordinaire. » « On n’a pas le droit de douter de l’action du Saint Esprit », a-t-il martelé.
« Quelle Eglise défendent donc ses cardinaux ? Le pape est fidèle à la doctrine du Christ. Ce qu’ils ont fait constitue un scandale très grave qui pourrait même conduire le Saint-Père à leur retirer le chapeau cardinalice comme cela s’est déjà fait à quelqu’autre moment de l’histoire », a affirmé Pio Vito : « Cela ne veut pas dire que le pape leur enlève leur dignité de cardinal, mais il pourrait le faire. »
Voilà donc une menace des plus claires qui suscite deux réflexions. La première porte sur la notion de scandale : dans le vocabulaire de l’Eglise, il s'agit de pousser ou d'inciter quelqu’un à mal agir, de le mettre en danger de pécher. Or c’est précisément la critique qui peut être adressée, non aux cardinaux, mais à Amoris laetitia : l’Exhortation justifie des actes jusqu’ici considérés comme très graves, avec l'approbation au moins implicite du Pape François qui a félicité une interprétation en ce sens de la part de certains évêques argentins et qui ne réagit ni ne fait réagir lorsque d’autres diocèses ou évêques adoptent des positions encore plus hétérodoxes.
Mais s’il faut en croire Pio Vito, le « scandale » viendrait ici de la publication de ces simples questions et même de ces questions simples auxquelles le pape n'a pas jugé bon de répondre. Le scandale résiderait dans une sorte de mise en doute de l’action du Saint Esprit qui couvrirait comme par magie tous les actes, tous les dits et non-dits qui ont entouré les deux synodes, même là où l’Exhortation a contredit les points adoptés par ces derniers ou pris en compte des points votés avec une majorité insuffisante.
Deuxième réflexion : à l’évidence, les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner ont agi sans mettre en cause l’autorité du pape, faisant au contraire appel à elle, et ce pour le bien de l’Eglise. On peut d’ailleurs difficilement croire qu’ils tiennent plus à leur chapeau de cardinal qu’à la vérité qu’ils demandent d’entendre. Ils ont même, on peut en être certain, d’emblée accepté la persécution plus ou moins ouverte que cela pourrait leur valoir.
Au cours de sa conférence, Mgr Pio Vito a déclaré que le pape n’a pas répondu directement à ces quatre cardinaux, « mais indirectement, il leur a dit qu'il ne voit que du blanc ou du noir, alors que dans l’Eglise il y a des nuances de couleurs ».
Le doyen de la Rote faisait référence à une interview donnée par le quasi porte-parole du pape, le P. Antonio Spadaro, à L’Avvenire à la suite de la publication de la lettre sur les Dubia. Il déclarait : « Certains – je pense à certaines réponses à Amoris Laetitia – persistent à ne voir que le blanc ou le noir, alors qu’il faut plutôt discerner dans le flux de la vie (…) Certains types de rigorisme découlent du désir de cacher son propre mécontentement sous l’armure. »
Religion Confidencial a également demandé à Mgr Pio Vito s’il ne valait pas mieux tendre la main aux divorcés remariés en leur concédant la nullité matrimoniale, pour qu’ils puissent se marier à l’Eglise et ainsi recevoir l’eucharistie, plutôt que de recevoir la communion en étant unis seulement par un acte civil.
« La réforme de la procédure matrimoniale du Pape François veut toucher davantage de gens. Le pourcentage de personnes qui demandent la nullité matrimoniale est très petit. Le pape a dit que la communion n’est pas seulement pour les bons catholiques. François dit : comment atteindre les personnes les plus exclues ? Beaucoup de gens, avec la réforme du pas, pourront demander la nullité, mais d’autres, non », a-t-il dit.
C’est à ce moment-là qu’il a insisté sur ce qu'il appelle la clef du pontificat de François, citant le n° 4 de la Bulle que le pape a écrite à l’occasion du Jubilé de la miséricorde : « Les paroles riches de sens que saint Jean XXIII a prononcées à l’ouverture du Concile pour montrer le chemin à parcourir reviennent en mémoire : “Aujourd’hui, l’Epouse du Christ, l’Église, préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité… L’Eglise catholique, en brandissant le flambeau de la vérité religieuse, veut se montrer la mère très aimante de tous, bienveillante, patiente, pleine d’indulgence et de bonté à l’égard de ses fils séparés.»
Mais la vraie miséricorde ne peut être séparée de la vérité et ce n’est pas faire miséricorde que de dire que ce qui est mal est bien.
Si l’on comprend bien les paroles de Mgr Vito Pinto, il s’agit bien de proposer une solution aux personnes qui ne pourraient pas obtenir une nullité, pour facile que cela semble devoir devenir. En cas de déclaration de nullité, la question de l'accès aux sacrements ne pose en effet aucune difficulté.
Réaffirmant que le pape François ne cherche en rien à modifier la théologie du mariage, Pio Vito a répété que le message central du Pape François consiste à vouloir toucher toutes ces personnes qui se sont senties, ou qui se sentent, mises à l’écart ou blessés par elle. Il a également signalé qu’aujourd’hui, beaucoup de gens communient sans de manière indiscriminée. « Une religieuse m’a dit qu’il y a des personnes divorcées ou qui vivent ensemble et qui communient. Alors que doit faire l’Eglise : dire toi oui, et toi non ? Le pape François veut une Eglise très proche du peuple. »
Autrement dit, l’Eglise ne doit plus dire non.
Les catholiques que nous sommes n’avons-nous plus le droit de poser des questions ?
Mais à  quand la condamnation formelle de tous ceux d’entre nous qui le faisons ?

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25 novembre, 2016

L’éloge du pape François à la théologie morale de Bernard Häring, l’homme de l’opposition à Humanae vitae

Bernard Häring, 1912-1998
Le pape François a fait l’éloge appuyé du théologien moral allemand Bernard Häring, connu pour son opposition bruyante contre Humanae vitae : Häring a rejoint dès le lendemain de sa parution le groupe de théologiens américains en signant avec eux une déclaration assurant que les catholiques pouvaient de manière responsable décider d’avoir recours à la contraception si celle-ci devait servir au bien de leur mariage. Häring devait vite devenir le symbole de la « dissidence » à l’égard de l'encyclique de Paul VI – largement inspirée, il faut le rappeler, par le cardinal Wojtyla, le futur saint pape Jean-Paul II.

Ces propos élogieux, François les a tenus devant la 36e congrégation générale de l’ordre des jésuites, le 24 octobre dernier, et ils ont été publiés jeudi par La Civiltá Cattolica, revue jésuite, rapporte LifeSiteNews.

Le pape François a déclaré : « Je pense que Bernard Häring a commencé à chercher une nouvelle manière d’aider la théologie morale à refleurir. » En relativisant la morale et en contestant directement et ouvertement, au grand scandale des fidèles désireux de respecter les préceptes vivifiants de l’Eglise, Häring a répandu l'idée que la loi morale ne vaut pas pour tous et qu’il est possible de s’arranger avec elle. Cela est en réalité vieux comme le péché, et entraîne les âmes à présumer de la miséricorde.

C’est en réponse à une question sur le discernement, mot clef, selon lui, de ce qu'il souhaite diffuser à travers Amoris laetitia où il apparaît une trentaine de fois, que le pape François a déclaré :

« Le discernement est l’élément clé : la capacité du discernement. Je note l’absence du discernement dans la formation des prêtres. Nous courons le risque de nous habituer au “blanc ou noir“, à ce qui est légal. Nous sommes assez fermés, en général, au discernement. Une chose est claire : aujourd’hui, dans un certain nombre de séminaires, une rigidité a été introduite qui est très éloignée du discernement des situations. Et cela est dangereux, car cela peut conduire vers une conception de la moralité qui a un sens casuistique. »

Cette casuistique — qui est tout de même une spécialité des jésuites — est le fruit de ce qu’il appelle « un scolasticisme décadent », celui qui était prévalent selon lui au moment où sa génération faisait des études.

« Toute la sphère morale était restreinte à “vous pouvez”, “vous ne pouvez pas”, “jusqu’ici oui mais pas là” ». « C’était une moralité très étrangère au “ discernement” », a-t-il ajouté, affirmant dans ce contexte que Bernard Häring a « été le premier à commencer à chercher une nouvelle manière d’aider la théologie morale à refleurir ».

Si ce principe devait s’imposer en théologie morale, pas de doute : on pourrait tuer, voler, commettre l’adultère pour « sauver son mariage », en toute bonne conscience et responsabilité. On dira que cela n’a rien à voir. Mais si : la question est de savoir si la contraception est un acte moralement mauvais en soi, comme le dit Humanae vitae. La prétendre acceptable selon les circonstances, c’est la dire moralement bonne ou à tout le moins indifférente…

Roberto de Mattei a expliqué lors d’une conférence l’an dernier au Rome Life Forum que Häring s’est imposé comme l’architecte de Gaudium et Spes, le document de Vatican II sur le mariage, qui a pour particularité d’omettre la présentation de l’ordre traditionnel des fins du mariage et qui n’aborde pas la question de la contraception, conformément à ce qu’avait désiré la Commission sur le monde moderne dont le théologien avait été nommé secrétaire.

A la parution d’Humanae Vitae, qui rectifiait le tir, Häring s’est engagé dans une dissidence ouverte qui l’a conduit à être soumis à une enquête par la Congrégation pour la doctrine de la foi ; il a également servi de mentor au prêtre catholique américain Charles Curran qui a été privé de son titre de théologien catholique et interdit d’enseigner dans n’importe quel établissement catholique par Jean-Paul II en raison de sa condamnation agressive des positions de l’Eglise sur l’avortement, la contraception et l’homosexualité.

Ce prêtre, faisant le portrait de son maître dans le journal catholique de gauche américain National Catholic Reporter en 2012, raconte qu’il avait pu obtenir un entretien avec le Cardinal Ratzinger en 1986 sans rien obtenir toutefois. « Le lendemain, quatrième dimanche de carême, nous étions six à rejoindre la maison religieuse de Häring pour célébrer une liturgie qu'il présidait. L'Evangile était celui de la parabole du fils prodigue. Häring, au cours de son homélie, regarda vers moi et dit que l’Eglise était le fils prodigue qui avait pris tout mon trésor et mon travail au service de la théologie morale pour les donner aux cochons. Mais le Saint Esprit m’appelait moi et les autres présents à endosser le rôle du père et à pardonner à l’Eglise. »

On a là un bel exemple de l’inversion des valeurs. Inversion que l’on devine aussi dans cette condamnation d’une morale claire comme relevant de la casuistique, alors que la casuistique est précisément la morale de situation, celle qui veut bien affirmer des principes mais qui les mine de l’intérieur en les rendant quasiment inopérants au vu des situations concrètes.

Le choix du Pape François d’invoquer ce théologien-là pour parler du discernement est très parlant. Le discernement consiste à rechercher la volonté de Dieu et à se reconnaître pécheur lorsqu’on ne s’y conforme pas, ce qui est tout de même le lot du commun des mortels.

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24 novembre, 2016

Mgr Athanasius Schneider prend la défense des “Quatre Cardinaux” qui ont exprimé leurs “dubia” au pape François

Mgr Athanasius Schneider, l'un des prélats qui ont pris le plus courageusement et le plus clairement la défense de la doctrine traditionnelle de l'Eglise face aux ambiguïtés et aux interprétations hétérodoxes d'Amoris laetitia, vient de publier une lettre en défense des “Quatre Cardinaux” qui ont exprimé leurs « dubia », ou « doutes » au pape François en lui demandant de faire la clarté, au nom de sa charge pontificale.

Mgr Schneider m'a demandé de traduire son texte, paru mercredi soir sur le site du Remnant en langue anglaise, vers le français. Je vous prie d'excuser les inélégances liées au délai très court dont je disposais ; je précise notamment que ce délai ne m'a pas laissé le temps de trouver les traductions autorisées des Pères de l'Eglise cités par le prélat. 

Mais c'est le texte qui importe. Un document à verser aux archives de l'histoire pour rendre compte de l'engagement de quelques-uns au service de la vérité en des temps de grande confusion. Que Mgr Schneider en soit à son tour remercié, au nom des simples fidèles que nous sommes. 

Cette traduction est publiée également sur le site de L'Homme nouveau– J.S.

« Nous ne pouvons rien contre la vérité, mais seulement pour la vérité. » (2 Cor. 13: 8)

La voix prophétique de Quatre Cardinaux de la Sainte Eglise catholique romaine




Mus par une profonde préoccupation pastorale, quatre Cardinaux de la Sainte Eglise catholique romaine, Son Eminence Joachim Meisner, archevêque émérite de Cologne (Allemagne), Son Eminence Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne (Italie), Son Eminence Raymond Leo Burke, Patron de l’Ordre militaire souverain de Malte, et Son Eminence Walter Brandmüller, président émérite de la Commission pontificale des sciences historiques, ont publié le 14 novembre 2016 le texte de cinq questions, appelées dubia ( le mot latin signifiant « doutes ») que préalablement, le 19 septembre 2016, ils avaient adressées au Saint-Père et au Cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, accompagnées d’une lettre. Les Cardinaux demandent au pape François de mettre fin au « grave désarroi » et à la « grave confusion » à propos de l’interprétation et de l’application pratique – en particulier du chapitre 8 – de l’Exhortation apostolique Amoris laetitia et ses passages relatifs à l’accès des divorcés remariés aux sacrements, et à l’enseignement moral de l’Eglise.
Dans leur déclaration, qui a pour titre Faire la clarté. Problèmes non résolus posés par Amoris lætitia, les Cardinaux affirment que « pour beaucoup de personnes – des évêques, des prêtres de paroisse, des fidèles – ces paragraphes font allusion à, voire enseignent de manière explicite, un changement dans la discipline de l’Eglise en ce qui concerne les divorcés qui vivent au sein d’une nouvelle union. » En s’exprimant ainsi, les Cardinaux ont simplement mis en évidence des faits réels de la vie de l’Eglise. Ces faits sont attestés par des orientations pastorales de la part de plusieurs diocèses et par des déclarations publiques de certains évêques et cardinaux, affirmant que dans certains cas, des catholiques divorcés et remariés peuvent accéder à communion alors même qu'ils continuent d’user des droits réservés par la loi divine aux époux validement mariés.
En publiant un appel à la clarté dans une matière qui touche simultanément à la vérité et à la sainteté des trois sacrements du mariage, de la pénitence et de l’Eucharistie, les Quatre Cardinaux n’ont fait que remplir leur devoir fondamental d’évêques et de cardinaux, qui consiste à contribuer activement afin que la révélation transmise à travers les apôtres puisse être gardée comme sacrée et interprétée fidèlement. Le concile Vatican II a spécialement rappelé tous les membres du collège des évêques, en tant que successeurs légitimes des apôtres, « de par l’institution et le précepte du Christ, à cette sollicitude qui est, pour l’Eglise universelle, éminemment profitable, même si elle ne s’exerce pas par un acte de juridiction. Tous les évêques, en effet, doivent promouvoir et servir l’unité de la foi et la discipline commune de l’ensemble de l’Eglise » (Lumen Gentium, 23 ; cf. également Christus Dominus, 5-6).
En adressant un appel public, les évêques et les cardinaux doivent une véritable affection collégiale à l’égard du successeur de Pierre et du Vicaire du Christ sur terre, conformément à l’enseignement du concile Vatican II (cf. Lumen Gentium, 22) ; ce faisant ils rendent « service au ministère primatial » du pape (cf. Directoire pour le ministère pastoral des évêques, 13).
Toute l’Eglise, de nos jours, doit réfléchir au fait que le Saint Esprit n’a pas inspiré en vain à saint Paul d’évoquer, dans la Lettre aux Galates, l'incident de sa correction publique de Pierre. On doit avoir confiance en ce que le pape François puisse accepter cet appel public des Quatre Cardinaux dans l'esprit de l’apôtre Pierre, lorsque saint Paul lui offrit une correction fraternelle pour le bien de toute l’Eglise. Que les paroles de ce grand docteur de l’Eglise, saint Thomas d'Aquin, nous illuminent et nous réconfortent tous : « Lorsqu’il existe un danger pour la foi, les sujets sont tenus de réprouver leurs prélats, même publiquement, puisque Paul, qui était sujet à Pierre, en raison du danger du scandale, l’a réprouvé publiquement. Et Augustin commente : “Pierre lui-même a donné un exemple aux supérieurs en ne dédaignant pas d’être corrigé par ses sujets lorsqu’il leur est apparu qu’il s’était écarté du bon chemin”. » (Summa theol., I-II, 33, 4c).
Le pape François appelle souvent à un dialogue franc et sans crainte parmi tous les membres de l’Eglise dans les domaines relatifs au bien spirituel des âmes. Dans l’Exhortation apostolique Amoris laetitia, le pape évoque la nécessité « de continuer à approfondir librement certaines questions doctrinales, morales, spirituelles et pastorales. La réflexion des pasteurs et des théologiens, si elle est fidèle à l’Église, si elle est honnête, réaliste et créative, nous aidera à trouver davantage de clarté » (n°2). En outre, les relations à tous les niveaux au sein de l’Eglise doivent être libres d’un climat de peur et d’intimidation, ainsi que le pape François l’a demandé lors de ses diverses déclarations.
A la lumière de ces déclarations du pape François et du principe de dialogue et d'acceptation de la légitime pluralité des opinions, qui a été encouragé par les documents du concile Vatican II, les réactions inhabituellement violentes et intolérantes de la part de certains évêques et cardinaux face à la sollicitation calme et prudente des Quatre Cardinaux provoquent un grand étonnement. Parmi de telles réactions intolérantes, on trouve par exemple des affirmations comme celles-ci : les Quatre Cardinaux sont écervelés, naïfs, schismatiques, hérétiques, et même comparables aux hérétiques ariens.
De tels jugements apodictiques et sans miséricorde ne révèlent pas seulement l’intolérance, le refus du dialogue, et la rage irrationnelle, mais apportent également la preuve d’une capitulation devant l’impossibilité de dire la vérité, une capitulation face au relativisme dans la doctrine et dans la pratique, dans la foi et dans la vie. La réaction cléricale sus-mentionnée contre la voix prophétique des quatre cardinaux fait parader en dernière analyse l’impuissance face à la vue de la vérité. Une réaction aussi violente n’a qu’un seul but : faire taire la voix de la vérité, qui dérange et agace l’ambiguïté nébuleuse et apparemment paisible de ces critiques cléricaux.
Les réactions négatives à la déclaration publique des Quatre Cardinaux ressemblent à la confusion doctrinale généralisée de la crise arienne au quatrième siècle. Il est utile à tous de citer, dans cette situation de confusion doctrinale de notre temps, certaines affirmations de saint Hilaire de Poitiers, l’« Athanase de l’Occident ».
« Vous [les évêques de Gaule] qui demeurez avec moi fidèles au Christ, n’avez pas cédé lorsque vous avez été menacés par l’apparition de l’hérésie, et maintenant, en faisant face à cette apparition vous avez brisé toute sa violence. Oui, mes frères, vous avez vaincu, à la joie abondante de ceux qui partagent notre foi : et votre constance sans faille a obtenu la double gloire de garder une conscience pure tout en donnant un exemple d’autorité » (Hil. De Syn., 3).
« Votre foi invincible, [évêques de Gaule], conserve la distinction honorable de la valeur consciencieuse et, se satisfaisant de répudier l’action rusée, vague ou hésitante, demeure en toute sûreté dans le Christ, en préservant la profession de sa liberté. Car comme nous avons tous souffert d’un mal profond et douloureux devant les actions des méchants contre Dieu, c’est uniquement à l’intérieur de nos frontières que la communion dans le Christ a pu être trouvée depuis le temps où l’Eglise a commencé à être harassée par des troubles telles l’expatriation des évêques, la déposition des prêtres, l’intimidation du peuple, des menaces contre la foi, et la définition du sens de la doctrine du Christ par la volonté et la puissance humaines. Votre foi ferme ne prétend pas ignorer ces faits, ni elle ne professe qu’elle peut les tolérer, conscient de ce que par l’acte d’un sentiment hypocrite elle s'amènerait elle-même devant le tribunal de la conscience » (Hil. De Syn., 4).
« J’ai parlé de ce que j’ai moi-même cru, conscient que c’était mon devoir de soldat au service de l’Eglise de vous envoyer par ces lettres, en accord avec l’enseignement de l’Evangile, la voix de l'office que je remplis dans le Christ. Il nous appartient de discuter, de prévoir et d’agir, afin que la fidélité inviolable où vous vous tenez puisse être gardée toujours par des cœurs consciencieux, et afin que vous puissiez continuer de garder ce que vous gardez maintenant » (Hil. De Syn., 92).
Les paroles suivantes de saint Basile le Grand, adressées aux évêques latins, peuvent être dans certains aspects appliqués la situation de ceux qui, en notre temps, demandent la clarté doctrinale, y compris nos Quatre Cardinaux : « L’unique charge qui aujourd’hui est sûre d’attirer une punition sévère, c’est la garde attentive des traditions des Pères. Nous ne sommes pas attaqués à cause des richesses, de la gloire, ou de quelque avantage temporel. Nous nous tenons dans l'arène pour lutter pour notre héritage commun, pour le trésor de la foi certaine, transmise par nos pères. Lamentez-vous avec nous, vous tous qui aimez les frères, devant le bâillonnement de nos hommes de vraie religion, et devant l'ouverture des lèvres enhardies dans le blasphème de tous ceux qui disent des iniquités contre Dieu. Les piliers et la fondation de la vérité sont éparpillés en tous sens. Nous autres, dont l’insignifiance a permis qu'on ne nous remarque pas, sommes privées de notre droit de libre parole » (Ep. 243, 2,4).
Aujourd’hui ces évêques et ces cardinaux, qui demandent la clarté et qui essaient de remplir leur devoir de garder en tant que trésor sacré, et d’interpréter fidèlement la divine Révélation qui nous a été transmise par rapport aux sacrements de mariage et de l’Eucharistie, ne sont plus exilés comme l’étaient les évêques Nicéens pendant la crise arienne. Contrairement à ce qui passait à l’époque de la crise arienne, aujourd’hui, comme l’écrivait Rudolf Graber, l’évêque de Ratisbonne, en 1973, l’exil des évêques est remplacé par des stratégies d’étouffement et par des campagnes de diffamation (cf. Athanasius und die Kirche unserer Zeit, Abensberg 1973, p. 23).
Un autre champion de la foi catholique pendant la crise arienne était Grégoire de Nazianze. Il a rédigé une mise en scène frappante du comportement de la majorité des pasteurs de l’Eglise en ce temps-là. Cette voix du grand docteur de l'Eglise devrait constituer une mise en garde salutaire pour les évêques de tous les temps : « Certainement, les pasteurs ont agi sottement ; car à l’exception d’un très petit nombre, qui soit ont été ignorés en raison de leur insignifiance, ou qui ont résisté en raison de leur vertu, et qui devaient être nécessaires comme semences et racines pour le resurgissement et la renaissance d’Israël par les influences de l’Esprit, tous ont temporisé, se distinguant les uns des autres seulement par le fait que certains ont succombé plus tôt, et d’autres plus tard ; certains étaient les champions et les chefs de cette course vers l’impiété, et d’autres ont rejoint le deuxième rang de la bataille, ayant été vaincus par la peur, ou par l’intérêt, ou par la flatterie, ou – et c’est le plus excusable – par leur propre ignorance » (Orat. 21, 24).
Lorsqu’en 357 le pape Libère a signé l’une des dites formules de Sirmium, dans laquelle il a délibérément écarté l’expression dogmatiquement définie de « homo-ousios », et excommunié saint Athanase afin d’obtenir la paix et l’harmonie avec les évêques ariens et semi-ariens de l’Orient, des catholiques fidèles et un petit nombre d’évêques, spécialement Saint Hilaire de Poitiers, ont été profondément choqués. Saint Hilaire a transmis la lettre écrite par le pape Libère aux évêques orientaux, annonçant l'acceptation de la formule de Sirmium et l’excommunication de saint Athanase. Dans sa profonde douleur et dans son désarroi, saint Hilaire a ajouté à sa lettre, comme avec désespérance, la phrase : “Anathema tibi a me dictum, praevaricator Liberi” ( je te dis anathème, prévaricateur Liberius), cf. Denzinger-Schönmetzer, n° 141. Libère voulait la paix et l’harmonie à n’importe quel prix, même au prix de la vérité divine. Dans sa lettre aux évêques latins hétérodoxes, Ursace, Valence et Germinius, annonçant les décisions ci-dessus mentionnées, il écrivait qu'il préférait la paix et l’harmonie au martyre (cf. Denzinger-Schönmetzer, n. 142).
Quel contraste dramatique offre ce comportement du pape Libère par rapport à cette ferme affirmation de saint Hilaire de Poitiers : « Ne faisons pas la paix au prix de la vérité, en faisant des concessions en vue d'acquérir une réputation de tolérance. Nous faisons la paix en nous battant légitimement selon les règles du Saint Esprit. Il y a un danger à s’allier subrepticement avec l’incroyance sous le beau vocable de la paix » (Hil. Ad Const., 2, 6, 2).
Le bienheureux John Henry Newman a commenté ces faits tristes et inhabituels avec cette affirmation sage et équilibrée : « Alors qu’il est historiquement vrai, il n’est d’aucune manière doctrinalement faux que le pape, en tant que docteur privé, et d’autant plus des évêques, lorsqu’ils n’enseignent pas formellement, puissent errer comme nous constatons qu’ils ont en effet erré au quatrième siècle. Le pape Libère peut bien signer une formule eusébienne à Sirmium, et la masse des évêques peut bien l’avoir fait à Ariminum et pourtant, en dépit de cette erreur, ils peuvent être infaillibles dans leurs décisions ex cathedra » (Les Ariens du IVe siècle, Londres, 1876, p.465).
Les Quatre Cardinaux avec leur voix prophétique qui demande la clarté doctrinale et pastorale ont un grand mérite face à leur propre conscience, face à l’histoire, et face aux innombrables simples fidèles catholiques de nos jours, qui sont poussés vers la périphérie ecclésiastique en raison de leur fidélité à l’enseignement du Christ à propos de l’indissolubilité du mariage. Mais par-dessus tout, les Quatre Cardinaux ont un grand mérite aux yeux du Christ. A cause de leur voix courageuse, leurs noms brilleront avec éclat lors du Jugement Dernier. Car ils ont obéi à la voix de leur conscience, se rappelant les paroles de saint Paul : « Car nous ne pouvons rien contre la vérité, mais seulement pour la vérité. » (2 Cor 13.8). Certainement au Jugement Dernier, les critiques des Quatre Cardinaux mentionnés plus haut, clercs pour la plupart, ne trouveront pas de réponse facile pour rendre compte de leur attaque violente contre un acte aussi juste, digne et méritoire de ces quatre membres du Sacré Collège des cardinaux.
Les paroles suivantes, inspirées par le Saint Esprit, conservent leur valeur prophétique, spécialement par rapport à la diffusion de la confusion doctrinale et pratique à propos du sacrement du mariage en notre temps : « Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils amasseront autour d’eux des docteurs selon leurs désirs ; et éprouvant aux oreilles une vive démangeaison, ils détourneront l’ouïe de la vérité, et ils la tourneront vers des fables. Mais toi, sois vigilant, travaille constamment, fais l’œuvre d’un évangéliste, acquitte-toi pleinement de ton ministère ; sois sobre » (2 Tim. 4: 3-5).
Que tous ceux qui en notre temps prennent encore au sérieux les vœux de leur baptême et leurs promesses sacerdotales et épiscopales, reçoivent la force et la grâce de Dieu afin qu’ils puissent redire, avec saint Hilaire, ces paroles : « Que je puisse demeurer toujours en exil, si seulement la vérité recommence à être prêchée ! » (De Syn., 78). Cette force et cette grâce, nous les souhaitons de tout cœur à nos Quatre Cardinaux, et aussi à ceux qui les critiquent.
23 novembre 2016
+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte Marie d’Astana



© Traduction Jeanne Smits, avec l'aimable autorisation de Mgr Schneider.

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