14 janvier, 2017

“Amoris laetitia“ : les évêques de Malte autorisent les divorcés remariés à accéder à la communion

Double scandale : les évêquesde Malte ont publié un document détaillant leurs Critères d’application du chapitre VIII d’“Amoris laetitia” ouvrant la porte à a communion des divorcés « remariés » dont le premier mariage n’a pas été déclaré nul, et ils ont reçu l’approbation implicite du Vatican par le biais de la publication de leur texte, sans réserves, par l’Osservatore Romano.
Dans les cas où il serait « humainement impossible » aux divorcés remariés de suivre l’enseignement de l’Eglise exigeant qu’ils vivent dans la continence, « comme frère et sœur », lorsqu’ils ne peuvent se séparer, il leur serait possible d’accéder à la communion s’ils se sentent « en paix avec Dieu ».
Cette directive pousse au bout le raisonnement du « for interne », qui donne un rôle primordial à la conscience personnelle des fidèles, primant sur les règles « externes » qui posent le principe du refus de la communion aux personnes vivant publiquement dans une nouvelle union malgré un premier mariage qu’aucun jugement de l’Eglise n’a déclaré nul : règle claire et qui vaut pour tous.
Les textes ambigus et les notes de pied-de-page d’Amoris laetitia ouvrent une porte à ceux qui pensent subjectivement que leur premier mariage était nul sans avoir pu obtenir un jugement en ce sens, ou qu’ils « pécheraient » en abandonnant leur nouvelle union.
Les directives des évêques de Malte ne contredisent pas le texte du pape François, elles se contentent de les développer en toute logique et de manière plus explicite :
« Si, à l’issue du processus de discernement entrepris dans des conditions d’“humilité, de discrétion, d’amour de l’Église et de son enseignement, dans la recherche sincère de la volonté de Dieu et avec le désir de parvenir à y répondre de façon plus parfaite” (AL 300) une personne séparée ou divorcée qui vit désormais au sein d’une nouvelle relation réussit, à l’aide d’une conscience informée et éclairée, à reconnaître et à croire qu’elle est en paix avec Dieu, elle ne peut être empêchée de participer aux sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie (voir AL, notes 336 et 351).
Cette directive est immédiatement précédée dans les directives des évêques de Malte et de Gozo d’une considération sur la continence par laquelle des personnes engagées dans une nouvelle union reconnaissent la réalité et l’indissolubilité du lien matrimonial véritable, en écartant le principe de son exigence systématique.
Pour ce qui est de la continence conjugale – l’abstention de relations de ceux vivat dans une union maritale civile ou irrégulière sur un autre plan – les évêques affirment en effet que certains couples peuvent la mettre en pratique avec la grâce de Dieu « sans mettre en péril d’autres aspects de leur vie commune ». Mais, affirment-ils, « il y a des situations complexes où le choix de vivre “comme frère et sœur” apparaît comme humainement impossible ou comporte un plus grand dommage (cf Amoris laetitia, note 329) ». Autrement dit, des cas où la loi de l’Eglise est trop lourde, où le joug du Christ est insupportable, où l’homme serait – quasi par la faute de Dieu – tenté au-delà de ces forces…
Ils ajoutent que ces personnes à qui la communion ne peut pas être refusée dans ces conditions doivent pouvoir être parrains ou marraines et participer à la vie « liturgique, pastorale, éducative et institutionnelle de l’Eglise ».
Ce texte des évêques de Malte : il laisse à la discrétion des personnes divorcées « remariées » le dernier mot sur leur sentiment d’être « en paix avec Dieu », c’est-à-dire in fine sur le fait d’être ou non en état de grâce. Si la question relève en effet de la conscience – le chrétien est censé « s’examiner » à ce propos, notamment avant d’approcher de la sainte table – est ainsi écartée l’objectivité des règles d’accès à la communion, qui existent pour le bien de tous.
S’ajoute à cette subjectivité la mise en place de ce qui ressemble fort à un « droit », puisque, ayant été amenées à « reconnaître » (mais par qui ?, comme si elles ne l’imaginaient pas avant…) qu’elles sont « en paix avec Dieu », on ne saurait les « empêcher » d’obtenir l’absolution et la communion.
Le canoniste américain Edward Peters, peu habitué de l’hyperbole, qualifie le texte des évêques de Malte de« désastreux », allant plus loin encore que celui des évêques argentins en affirmant que les prêtres ne peuvent refuser des demandes de catholiques qui s’estiment « en paix avec Dieu ». « A mon sens les évêques maltais ont effectivement invité les catholiques qui leur ont été confiés – aussi bien les fidèles que le clergé – à commettre nombre d’actes objectivement et gravement mauvais. »
Il note que de telles directives rendent caducs les canons relatifs à la décision d’un ministre d’administrer un sacrement en faisant primer l’avis de la personne qui veut le recevoir. « Le canon 916 est ainsi éviscérée, le canon 915 est effectivement répudié. »
Ed Peters observe que les évêques semblent ignorer le sens du mot « conjugal », puisqu’ils parlent des « vertus conjugales » exercées par des personnes non mariées qui pourraient décider de se livrer à la pratique « d’actes « conjugaux ». « C’est un non-sens, et venant de la part d’évêques, c’est même un non-sens inexcusable. Les gens non mariés peuvent avoir des relations sexuelles, évidemment, mais l’intégrité de la pastorale catholique ne permet pas de considérer de tels actes au même plan que ceux, physiquement identiques, qui sont réellement conjugaux, entre personnes mariées. »
Fondamentalement, observe-t-il, cela consiste à obliger les prêtres à accorder des absolutions sacrilèges à des personnes refusant de se repentir de leur « adultère public et permanent ».
Tous ces faits rendent plus urgente la réponse du pape aux cinq Dubia soulevées par les quatre cardinaux Burke, Brandmüller, Caffarra et Meisner. A moins que la publication intégrale du texte des évêques de Malte ne fasse partie de la réponse « déjà donnée » par le pape François qui régulièrement, continue de condamner le rigorisme des docteurs de la loi et qui n’agit pas contre des interprétations évidemment hétérodoxes d’Amoris laetitia.
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Il est vrai que les dits évêques ouvrent leurs directives en annonçant que, « comme l’étoile des Mages (…) Amoris laetitia illumine nos familles sur leur chemin vers Jésus et à sa suite ». Rien moins.

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08 décembre, 2016

23 chercheurs et pasteurs d'âmes soutiennent les “Dubia” des Quatre cardinaux

Vingt-trois personnalités catholiques, des universitaires, des prêtres ayant charge d'âmes ont publié ce 8 décembre, en la fête de l'Immaculée, une lettre de soutien aux « Quatre cardinaux » qui ont exposé au pape François leurs « Dubia » sur l'Exhortation apostolique Amoris laetitia. Parue dans un premier temps en italien sur le blog de Sandro Magister, la lettre a été originellement écrite en anglais, et que l'on trouve sur OnePeterFive. Avec l'aimable autorisation de l'abbé Claude Barthe, l'un des vingt-trois signataires, je vous en propose ici ma traduction vers le français. – J.S.

ADDENDUM du 11 décembre 2016 : on apprend que les signataires n'étaient pas 23 mais 26, leurs noms figurent désormais en bas de la liste donnée ci-dessous. Parmi eux, un deuxième Français rejoint l'abbé Claude Barthe : Cyrille Dounot, professeur à l'université d'Auvergne, avocat ecclésiastique à l'officialité de Lyon.

Déclaration de soutien aux Dubia des quatre cardinaux


En tant que chercheurs catholiques et pasteurs des âmes, nous désirons exprimer notre profonde gratitude et notre entier soutien à l’égard de l'initiative courageuse de quatre membres du collège des cardinaux, Leurs Eminences Walter Brandmüller, Raymond Leo Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner. Une grande publicité a été donnée au fait que ces cardinaux ont formellement soumis cinq dubia au pape François, lui demandant de clarifier cinq points fondamentaux de doctrine catholique et de discipline sacramentelle, dont le traitement par le chapitre huit de la récente Exhortation apostolique Amoris laetitia (AL) semble être en conflit avec l’Ecriture et (ou) la Tradition et l'enseignement de documents pontificaux antérieurs – notamment l’encyclique Veritatis Splendor de saint Jean-Paul II et son exhortation apostolique Familaris Consortio. Le pape François a omis pour l’heure de répondre aux quatre cardinaux ; mais dans la mesure où ils lui demandent en fait si les importants documents du magistère évoqués plus haut requièrent toujours notre entier assentiment, nous pensons que le silence persistant du Saint-Père peut l’exposer à l’accusation de négligence dans l’exercice du devoir pétrinien de confirmer ses frères dans la foi.

Quelques prélats de premier plan ont vivement critiqué la requête des quatre cardinaux, sans apporter un quelconque éclaircissement sur leurs questions pertinentes et pénétrantes. Nous avons lu des tentatives d’interprétation de l’Exhortation apostolique dans le cadre d’une « herméneutique de la continuité » par le cardinal Christoph Schönborn et par le professeur Rocco Buttiglione, mais nous constatons qu’ils échouent à démontrer leur affirmation centrale selon laquelle les éléments nouveaux présents dans AL ne comprometteraient pas la loi divine, mais se contenteraient d’envisager des changements légitimes de la pratique pastorale et de la discipline ecclésiastique.

En effet, nombre de commentateurs, au premier plan desquels le professeur Claudio Pierantoni dans le cadre d’une nouvelle étude historique ou théologique de grande envergure, ont avancé l'argument selon lequel, comme conséquence de la confusion et de la désunion très répandues à la suite de la promulgation d’AL, l’Eglise universelle entre désormais dans un moment gravement critique de son histoire, qui montre des similitudes alarmantes avec la grande crise arienne du IVe siècle. Au cours de ce conflit catastrophique, la grande majorité des évêques, y compris le successeur de Pierre lui-même, ont vacillé à propos de la divinité du Christ, rien moins. Beaucoup d’entre eux n’ont pas pleinement sombré dans l’hérésie ; cependant, désarmés par la confusion ou affaiblie par la timidité, ils ont cherché les formules commodes de compromis dans l’intérêt de la « paix » et de l’« union ».

Aujourd’hui, nous sommes témoins d’une crise métastasante du même ordre, cette fois à propos des aspects fondamentaux de la vie chrétienne. On continue d’affirmer, pour la forme, l’indissolubilité du mariage, le caractère gravement et objectivement peccamineux de la fornication, de l’adultère et de la sodomie, le caractère sacré de la Sainte Eucharistie, et la terrible réalité du péché mortel. Mais en pratique, un nombre croissant de prélats et de théologiens hauts placés sont en train de saper ces dogmes ou les nient effectivement – tout comme l’existence elle-même d’interdictions négatives sans exception dans la loi divine gouvernant la conduite sexuelle – au moyen de leur insistance exagérée ou unilatérale sur « la miséricorde », « l’accompagnement pastoral » et les « circonstances atténuantes ».

Alors que le pontife régnant sonne de manière très incertaine de la trompette dans cette bataille contre les « principautés et les puissances » de l’ennemi, la barque de Pierre dérive dangereusement, comme une barque sans gouvernail, et qui de fait, montre les symptômes d’un début de désintégration. Dans une telle situation, nous croyons que tous les successeurs des apôtres ont un devoir grave et pressant de donner de la voix, clairement et fermement, pour confirmer les enseignements moraux clairement exposés dans les enseignements magistériels des papes antérieurs, et du Concile de Trente. Plusieurs évêques et un autre cardinal ont déjà déclaré qu’ils trouvent les cinq dubia pertinents et opportuns.
Nous espérons ardemment, et prions pour cela avec ferveur, que beaucoup d’autres parmi eux approuveront publiquement non seulement la respectueuse requête des quatre cardinaux, de voir le successeur de Pierre confirmer ses frères dans ces cinq éléments de la foi « qui a été une fois pour toutes transmise aux saints » (Jude 3), mais aussi la recommandation du cardinal Burke appelant les cardinaux, si le Saint-Père manque à le faire, à s’approcher de celui-ci collectivement pour lui adresser quelque manière de correction fraternelle, dans l’esprit de l’admonition de Paul à son frère apôtre Pierre à Antioche (cf. Gal. 2:11).

Nous confions ce grave problème à la sollicitude et à l’intercession céleste de Marie immaculée, Mère de l’Eglise et Victorieuse de toutes les hérésies.
Le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception

(Signé par :)

Mgr Ignacio Barreiro Carambula, STD, JD
Chapelain et Membre de la Faculté du Forum romain

M. l’abbé Claude Barthe,
France   

Dr. Robert Beddard, MA (Oxon et Cantab), D.Phil (Oxon)
Fellow emeritus et ancien Vice Provost d’Oriel College Oxford.

Carlos A. Casanova Guerra
Docteur en Philosophie, Full Professor, 
Universidad Santo Tomás, Santiago de Chile

Salvatore J. Ciresi MA
Notre Dame Graduate School,  Christendom College
Directeur de la St. Jerome Biblical Guild   


Luke Gormally, PhL
Directeur émerite, The Linacre Centre for Healthcare Ethics (1981-2000)
Sometime Research Professor, Ave Maria School of Law, Ann Arbor, Michigan (2001-2007)
Member ordinaire de l’Académie pontificale pour la vie

Rev. Brian W. Harrison OS, MA, STD
Professor associé de théologie (à la retraite), Université catholique pontificale de Puerto Rico ; Scholar-in-Residence, Oblates of Wisdom Study Center, St. Louis, Missouri

Rev. John Hunwicke, MA (Oxon.)
Former Senior Research Fellow, Pusey House, Oxford; Prêtre de l’ Ordinariat d’Our Lady of Walsingham; Membre du Forum romain

Peter A. Kwasniewski PhD (Philosophy) 
Professeur, Wyoming Catholic College

Rev. Dr. Dr Stephen Morgan
Academies Conversion Project Leader & Oeconomus
Diocèse de Portsmouth

Don Alfredo Morselli STL
Prêtre de paroisse de l’Archdiocèse de Bologne

Rev. Richard A. Munkelt PhD (Philosophy)
Chapelain et membre de la faculté, Forum romain

Rev. John Osman MA, STL
Prêtre de paroisse de l’archdiocèse de Birmingham, 
Ancien chapelain catholique de l’Université de Cambridge

Dr Paolo Pasqualucci
Professeur de philosophie (à la retraite), 
Université de Perugia

Dr Claudio Pierantoni
Professeur de philosophie médiévale à la faculté de philosophie de  l’Université du Chili
Ancien professeur d’Histoire de l’Eglise et de Patrologie à la faculté de théologie de la Pontificia Universidad Católica de Chile
Membre de l’Association internationale des études patristiques

Dr John C. Rao D.Phil (Oxon.) 
Professeur associé d’histoire, St. John's University (NYC)
Président, Forum romain

Dr Nicholas Richardson. MA, DPhil (Oxon.)
Fellow emeritus et Sub-Warden de Merton College, Oxford
Ancien Warden of Greyfriars, Oxford.

Dr Joseph Shaw MA, DPhil (Oxon.)
Senior Research Fellow et Tuteur en philosophy à St Benet's Hall, 
Oxford University

Dr Anna M. Silvas FAHA, 
Research fellow adjointe, University of New England, 
Armidale, NSW, Australia.

Michael G. Sirilla PhD
Director of Graduate Theology, 
Franciscan University of Steubenville, Ohio

Professeur Dr Thomas Stark
Phil.-Theol. Hochschule Benedikt XVI, Heiligenkreuz

Rev.  Glen Tattersall
Prêtre de paroisse, paroisse du bienheureux John Henry Newman, Archidiocèse de Melbourne
Recteur, église de St Aloysius, Melbourne

Rev. Dr David Watt STL, PhD (Cantab.)
Prêtre de l’archidiocèse de Perth
Chapelain, chapelle Sainte-Philomène, Malaga

ADDENDUM

Cyrille Dounot,
professeur à l’Université d’Auvergne
Avocat ecclésiastique à l’officialité de Lyon

Rev. Peter M. J. Stravinskas, PhD, STD
Publisher, Newman House Press
Editor & Publisher, “The Catholic Response”

Rev. Nicholas L. Gregoris, STD
General Manager, “The Catholic Response”




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07 décembre, 2016

La conférence de Mgr Schneider à Rome : texte intégral

Avec l'aimable autorisation de la Fondazione Lepanto, je publie sans tarder le texte de la conférence de Mgr Schneider évoquée dans mon message précédent. Conférence prononcée en présence de nombreux clercs, religieux, laïcs soucieux du bien de l'Eglise, et surtout de deux des « Quatre Cardinaux » qui ont demandé au pape François de répondre à cinq « Dubia » sur l'Exhortation Amoris laetitia : le cardinal Raymond Burke et le cardinal Walter Brandmüller.

La conférence de Mgr Schneider a suscité leurs applaudissements et les remerciements chaleureux du cardinal Raymond Burke qui a prononcé quelques mots à la fin de la rencontre.

Texte de la conférence de Mgr Athanasius Schneider
le 5 décembre 2016 - Rome, Fondazione Lepanto 

La grandeur non négociable du mariage chrétien


Quand Notre-Seigneur Jésus-Christ a prêché les vérités éternelles il y a deux mille ans, la culture et l’esprit qui régnaient à cette époque leur étaient radicalement opposés. Concrètement, il s'agissait du syncrétisme religieux, du gnosticisme des élites intellectuelles et de la permissivité morale, particulièrement en ce qui concerne l’institution du mariage. « Il était dans le monde, mais le monde ne l’a point connu » (Jean I, 10). Une grande partie du peuple d’Israël, en particulier les grands prêtres, les scribes et les pharisiens, rejetèrent le magistère de la Révélation divine du Christ et jusqu’à la proclamation de l’indissolubilité absolue du mariage : « Il est venu parmi les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu » (Jean I, 11). Toute la mission du Fils de Dieu sur terre consistait à révéler la vérité : « C’est pourquoi je suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18, 37).

Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort sur la Croix pour sauver les hommes du péché, s’offrant lui-même en parfait et agréable sacrifice de louange et d’expiation à Dieu le Père. La mort rédemptrice du Christ constitue également le témoignage qu’Il donnait de chacune de ses paroles. Le Christ était prêt à mourir pour la vérité de chacune de ses paroles : « Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j'ai entendue de Dieu. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge. Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?… » (Jean 8, 40-46). Jésus était prêt à mourir pour la vérité, pour toutes les vérités qu’Il avait annoncées, y compris la vérité de l’indissolubilité absolue du mariage.

Jésus-Christ est le restaurateur de l’indissolubilité et de la sainteté originelle du mariage non seulement par sa parole divine, mais de façon plus radicale par sa mort rédemptrice, par laquelle Il a élevé la dignité créée et naturelle du mariage à la dignité de sacrement. « Le Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier. […] Car jamais personne n'a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l'Eglise, parce que nous sommes membres de son corps. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l'Eglise ! » (Eph. 5, 25.29-32). C’est pour ce motif que les paroles suivantes de la prière de l’Eglise s’appliquent aussi au mariage : « Dieu qui d’une manière admirable avez créé la dignité de la nature humaine et l’avez restaurée d’une manière plus admirable encore. »

Les apôtres et leurs successeurs, en premier lieu les pontifes romains, successeurs de Pierre, ont saintement gardé et fidèlement transmis la doctrine non négociable du Verbe Incarné sur la sainteté et l’indissolubilité du mariage, et aussi bien dans la pratique pastorale. Cette doctrine du Christ est exprimée dans les affirmations suivantes des apôtres : « Que le mariage soit honoré de tous, et le lit conjugal exempt de souillure, car Dieu jugera les impudiques et les adultères. » (Hébreux 13, 4) et « A ceux qui sont mariés, j'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare point de son mari ; si elle est séparée, qu'elle demeure sans se marier ou qu'elle se réconcilie avec son mari, et que le mari ne répudie point sa femme » (1 Cor. 7, 10-11). Ces paroles inspirées par le Saint-Esprit furent toujours proclamées dans l’Eglise durant deux mille ans, servant d’indication qui oblige, et de norme indispensable pour la discipline sacramentelle et la vie pratique des fidèles.

Le commandement de ne pas se remarier après s’être séparé de son conjoint légitime, n’est pas une règle positive ou canonique de l’Eglise, mais parole de Dieu, comme l’enseignait l’apôtre saint Paul : « J'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur » (1 Cor. 7, 10). L’Eglise a proclamé ces paroles de façon ininterrompue, interdisant aux fidèles validement mariés de contracter un mariage avec un nouveau partenaire. Par conséquent, l’Eglise, selon la logique Divine et humaine, n’a pas la compétence d’approuver ne serait-ce qu’implicitement une cohabitation more uxorio en dehors d’un mariage valide, en admettant ces personnes adultères à la sainte communion. Une autorité ecclésiastique qui promulgue des règles ou orientations pastorales prévoyant une telle admission, s’arroge un droit que Dieu ne lui a pas donné. Un accompagnement et un discernement pastoral qui ne proposent pas aux personnes adultères (ceux que l’on appelle les divorcés remariés) l’obligation divinement établie de vivre dans la continence comme condition sine qua non pour être admis aux sacrements, se révèlent en réalité un cléricalisme arrogant, puisqu’il n’y a pas de cléricalisme plus pharisien que celui qui s’arroge des droits divins.

L’un des témoins les plus anciens et sans équivoque de l’immuable pratique de l’Eglise romaine de ne pas accepter par la discipline sacramentelle la cohabitation adultère des fidèles encore liés à leur conjoint légitime par le lien matrimonial, est l’auteur d’une catéchèse connue sous le titre Le pasteur d’Hermas. Cette catéchèse a été écrite très probablement par un prêtre romain au début du deuxième siècle sous la forme littéraire d’un apocalypse ou récit de visions. Le dialogue suivant entre Hermas et l’ange de la pénitence, qui lui apparaît sous la forme d’un pasteur, démontre avec une admirable clarté l’immuable doctrine et pratique de l’Eglise catholique en cette matière :

« Que fera donc le mari, Seigneur, dis-je, si la femme persiste dans cette passion de l'adultère ? - Qu'il la renvoie, dit-il, et qu'il reste seul. Mais si, après avoir renvoyé sa femme, il en épouse une autre, lui aussi alors, commet l'adultère (Mc 10,11 Mt 5,32 Mt 19,9; cf. 1Co 7,11). - Et si, Seigneur, dis-je, après avoir été renvoyée, la femme se repent et veut revenir à son mari, ne faudra-t-il pas l'accueillir ? - Certes, dit-il. Si le mari ne l'accueille pas, il pèche, il se charge d'un lourd péché, car il faut accueillir celui qui a péché et qui se repent […] C'est en vue du repentir que l'homme ne doit pas se remarier. Cette attitude vaut d'ailleurs aussi bien pour la femme que pour l'homme. L'adultère, dit-il, ne consiste pas uniquement à souiller sa chair : celui-là aussi commet l'adultère, qui vit comme les païens. […] Si on vous a enjoint de ne pas vous remarier, homme ou femme, c'est parce que, dans de tels cas, la pénitence est possible. Donc, mon intention n'est pas de faciliter l'accomplissement de tels péchés, mais d'empêcher que le pécheur retombe. » (Herm. Mand., IV, 1, 6-11).

Nous savons que le premier grand péché du clergé fut celui du grand prêtre Aaron, quand il céda aux demandes effrontées des pécheurs et leur permit de vénérer l’idole du Veau d’or (cf. Ex. 32, 4), remplaçant dans ce cas concret le Premier Commandement du Décalogue de Dieu, c’est-à-dire en remplaçant la volonté et la parole de Dieu par la volonté pécheresse de l’homme. Aaron justifiait son acte de cléricalisme exacerbé par le recours à la miséricorde et à la compréhension des exigences des hommes. La Sainte Ecriture dit à ce propos : « Moïse vit que le peuple était livré au désordre, parce qu'Aaron l'avait laissé dans ce désordre, l’exposant à devenir la risée de ses ennemis. » (Ex. 32, 25).

Ce premier péché clérical se renouvelle aujourd’hui en substance dans la vie de l’Eglise. Aaron avait donné la licence de pécher contre le premier commandement du Décalogue divin et de pouvoir demeurer sereins et joyeux dans ce péché, si bien que les gens dansaient. Il s’agissait dans ce cas d’une joie dans l’idolâtrie, laetitia idolatriae : « Le peuple s'assit pour manger et pour boire; puis ils se levèrent pour se divertir. » (Ex. 32, 6). Au temps d’Aaron, il s’agissait du premier commandement. De nos jours, plusieurs membres du clergé, même parmi les plus hauts placés, remplacent le sixième commandement par la nouvelle idole de la pratique sexuelle entre des personnes qui ne sont pas validement mariées, c'est en un certain sens le Veau d’or vénéré aujourd’hui par des membres du clergé. L’admission de ces personnes aux sacrements sans leur demander de vivre dans la continence comme condition sine qua non, revient au fond à permettre de ne pas observer le sixième commandement. Et ces ecclésiastiques, comme autant de nouveaux « Aaron », tranquillisent ces personnes, leur disant qu’elles peuvent être sereines et joyeuses, c’est-à-dire continuer dans la joie de l’adultère, laetitia adulterii, en raison d’une nouvelle « via caritatis » et d'un prétendu sens « maternel » de l’Eglise, et qu’ils peuvent même recevoir l’Eucharistie. Par une telle orientation pastorale, les nouveaux « Aaron » du clergé font du peuple catholique la risée de ses ennemis, soit du monde non croyant et sans morale, qui pourra vraiment dire, par exemple :

•   Dans l’Eglise catholique, on peut avoir un nouveau partenaire à côté de son conjoint, et la cohabitation avec lui est admise dans la pratique. 
•   Dans l’Eglise catholique, une certaine polygamie est donc acceptée. 
•   Dans l’Eglise catholique, l’observance du sixième commandement du Décalogue, que hait tant notre société moderne, écologique et éclairée, peut admettre de légitimes exceptions. 
•    Le principe du progrès moral de l’homme moderne, selon lequel on doit accepter la légitimité des actes sexuels hors mariage, est finalement reconnu et accepté de façon implicite par l’Eglise catholique, qui a toujours été rétrograde, rigide et ennemie de la joie de l’amour et du progrès moral de l’homme moderne.

C’est en ces termes que commencent déjà à parler les ennemis du Christ et de la vérité divine, qui sont les véritables ennemis de l’Eglise. Par le nouveau cléricalisme aaronite, l’admission des adultères pratiquants et impénitents aux sacrements, rend les fils de l’Eglise catholique la risée de leurs ennemis.

Le fait que le saint qui donna le premier sa vie en témoin du Christ fut saint Jean-Baptiste, le précurseur du Seigneur, demeure toujours une grande leçon et un sérieux avertissement aux pasteurs et aux fidèles de l’Eglise. Son témoignage pour le Christ consista à défendre l’indissolubilité du mariage et à condamner l’adultère, sans l’ombre d’un doute ni d’une ambiguïté. L’histoire de l’Eglise catholique a l’honneur de compter de lumineuses figures qui ont suivi l’exemple de saint Jean-Baptiste ou ont donné comme lui le témoignage de leur sang, souffrant persécutions et préjudices personnels. Ces exemples doivent guider particulièrement les pasteurs de l’Eglise aujourd’hui, afin qu’ils ne cèdent pas à la tentation cléricale caractéristique de vouloir plaire davantage aux hommes qu’à la sainte et exigeante volonté de Dieu, volonté à la fois aimante et infiniment sage.

Dans la foule nombreuse de tant d’imitateurs de saint Jean-Baptiste, martyrs et confesseurs de l’indissolubilité du mariage, nous ne pouvons en rappeler que quelques-uns des plus significatifs.

Le premier grand témoin fut le pape Saint Nicolas Ier, dit le Grand. Il s’agit du conflit au IXe siècle entre le pape Nicolas Ier et Lothaire II, roi de Lotharingie. Lothaire, d’abord uni, mais non marié, avec une aristocrate du nom de Waldrade, puis uni par le mariage à la noble Theutberge pour des intérêts politiques, puis de nouveau séparé de celle-ci et marié à sa précédente compagne, voulut à tout prix que le pape reconnût la validité de son second mariage. Mais bien que Lothaire juisse de l’appui des évêques de sa région et du soutien de l’empereur Louis, qui vint envahir Rome avec son armée, le pape Nicolas Ier ne se plia pas à ses demandes et ne reconnut jamais son second mariage comme légitime.

Lothaire II, roi de Lorraine, après avoir répudié et enfermé son épouse dans un monastère, cohabitait avec une certaine Waldrade et recourant à des calomnies, menaces, tortures, demandait le divorce aux évêques locaux pour pouvoir l’épouser. Les évêques de Lorraine, au concile d’Aix-la-Chapelle en 862, cédant aux ruses du Roi, acceptèrent la confession d’infidélité de Teutberge, sans prendre en compte qu’elle lui avait été extorquée par la violence. Lothaire II épousa donc Waldrade, qui devint reine. Il y eut ensuite un appel de la reine déposée au pape, qui intervint contre les évêques complaisants, suscitant désobéissances, excommunications, et rétorsions de la part de deux d’entre eux qui se tournèrent vers l’empereur Louis II, frère de Lothaire. L’empereur Louis décida d’agir par la force et au début de l’année 864, vint à Rome avec les armes, envahissant la cité léonine avec ses soldats, dispersant même les processions religieuses. Le pape Nicolas dut quitter le Latran et se réfugier à Saint-Pierre et se dit prêt à mourir plutôt que de permettre de mener une vie more uxorio en dehors d’un mariage valide. Finalement l’empereur céda à la constance héroïque du pape et accepta ses décrets, obligeant aussi les deux archevêques rebelles Gontier de Cologne et Thietgaud de Trèves à accepter la sentence pontificale.

Le cardinal Walter Brandmüller examine en ces termes ce cas emblématique de l’histoire de l’Eglise :
« Dans le cas examiné, cela signifie que du dogme de l’unité, de la sacramentalité et de l’indissolubilité, enracinés dans le mariage entre deux baptisés, il n’y a pas de route qui permette de faire marche arrière, sinon celle – inévitable et pour cela à rejeter – de retenir que ce sont des erreurs dont il faut s’amender. L’attitude de Nicolas Ier, dans la discussion sur le nouveau mariage de Lothaire II, aussi conscient des principes qu’inflexible et intrépide, constitue une étape importante sur le chemin de l’affirmation de l’enseignement sur le mariage dans le milieu culturel germanique. Le fait que le pape, comme également ses divers successeurs en des circonstances analogues, se soit montré avocat de la dignité de la personne et de la liberté des faibles – c’était pour la plupart des femmes – a fait mériter à Nicolas Ier le respect de l’historiographie, la couronne de la sainteté et le titre de Magnus. »

Un autre exemple lumineux de confesseurs et martyrs de l’indissolubilité du mariage nous est offert par trois personnages historiques impliqués dans l’affaire du divorce d’Henri VIII, roi d’Angleterre. Il s’agit du cardinal saint Jean Fisher, de saint Thomas More et du cardinal Réginald Pole.

Quand on apprit pour la première fois qu’Henri VIII était en train de chercher des moyens pour divorcer de sa légitime épouse Catherine d’Aragon, l’évêque de Rochester, Jean Fisher, s’opposa publiquement à de telles tentatives. Saint Jean Fisher est l’auteur de sept publications où il condamne le divorce imminent d’Henri VIII. Le primat d’Angleterre, le cardinal Wolsey et tous les évêques du pays, à l’exception de l’évêque de Rochester, Jean Fisher, soutinrent la tentative du roi de rompre son premier mariage qui était valide. Sans doute agirent-ils ainsi pour des motifs pastoraux et alléguant la possibilité d’un accompagnement et discernement pastoral. Au contraire, l’évêque Jean Fisher eut le courage de faire une déclaration très claire à la chambre des Lords, affirmant que le mariage était légitime ; qu’un divorce serait illégal et que le roi n’avait pas le droit de poursuivre dans cette voie. Dans la même session du Parlement, fut approuvé le célèbre « Act of Succession », par lequel tous les citoyens devaient prêter le serment de succession, reconnaissant la progéniture d’Henri et Anne Boleyn comme légitimes héritiers du trône, sous peine d’être coupables du crime de haute trahison. Le cardinal Fisher refusa de prêter serment, fut emprisonné en 1534 à la Tour de Londres et décapité l’année suivante.

Le cardinal Fisher avait déclaré qu’aucun pouvoir ni humain ni divin ne pouvait rompre le mariage du roi et de la reine, parce que le mariage était indissoluble et que lui-même serait prêt à donner volontiers sa vie pour défendre cette vérité. Le cardinal Fisher faisait remarquer en cette circonstance que Jean-Baptiste ne voyait pas de mort plus glorieuse que celle offerte pour la cause du mariage, et pourtant le mariage n’était pas aussi sacré à cette époque qu’il le devint quand le Christ versa son sang pour le sanctifier.

Dans au moins deux récits de son procès, saint Thomas More observa que la vraie cause d’inimitié d’Henri VIII à son égard, était le fait que Thomas More ne reconnaissait pas Anne Boleyn comme la femme d’Henri VIII. L’une des causes de l’incarcération de Thomas More fut son refus d’affirmer avec serment la validité du mariage d’Henri VIII et Anne Boleyn. A cette époque-là, contrairement à la nôtre, aucun catholique ne croyait qu’une relation adultère puisse être, en des circonstances déterminées et pour des motifs pastoraux, considérée comme un vrai mariage.

Réginald Pole, futur cardinal, était un cousin éloigné du roi Henri VIII, et avait reçu de lui dans sa jeunesse une généreuse bourse d’études. Henri VIII lui offrit l’archevêché de York s’il le soutenait dans son procès de divorce. Pole aurait dû ainsi être complice du mépris qu’avait Henri VIII pour le mariage. Lors d’un entretien avec le roi au palais royal, Réginald Pole lui dit qu’il ne pouvait approuver ses plans, pour le salut de l’âme du Roi et pour ne pas aller à l’encontre de sa propre conscience. Personne jusqu’alors n’avait osé s’opposer ouvertement au roi. Quand Réginald Pole prononça ces paroles, le roi se mit dans une telle colère qu’il saisit son poignard. Mais la simplicité candide avec laquelle parlait Pole, comme s’il avait prononcé un message de Dieu, et son courage face à un tyran, lui sauvèrent la vie.

Certains membres du clergé suggérèrent à cette époque au cardinal Fisher, au cardinal Pole et à Thomas More d’être plus « réalistes » dans l’affaire de l’union irrégulière et adultère d’Henri VIII et Anne Boleyn, moins « tout noir ou tout blanc », et qu’on pourrait peut-être faire un bref procès canonique pour constater la nullité du premier mariage. On aurait pu ainsi éviter un schisme et empêcher Henri VIII de commettre ultérieurement de graves et monstrueux péchés. Et pourtant face à un tel raisonnement, il y a un grand problème : le témoignage entier de la Parole divine révélée et de la tradition ininterrompue de l’Eglise disent qu’on ne peut renier la réalité de l’indissolubilité d’un vrai mariage ou tolérer un adultère qui se consolide avec le temps, quelles que soient les circonstances.

Un dernier exemple est le témoignage de ceux que l’on appela les cardinaux « noirs » dans l’affaire du divorce de Napoléon Ier, un noble et glorieux exemple de membres du collège cardinalice pour tous les temps. En 1810, le cardinal Ercole Consalvi, alors secrétaire d’Etat, refusa d’assister à la célébration du mariage de Napoléon Ier et Marie-Louise d’Autriche, étant donné que le pape n’avait pas pu s’exprimer sur l’invalidité de la première union entre l’empereur et Joséphine de Beauharnais. Furieux, Napoléon ordonna que les biens de Consalvi et des 12 autres cardinaux soient confisqués et qu’ils soient privés de leur rang. Ces cardinaux allaient donc devoir se vêtir comme de simples prêtres et c’est ainsi qu’on les surnomma les « cardinaux noirs ». Le cardinal Consalvi raconta l’affaire des 13 « cardinaux noirs » dans ses Mémoires :

 « Nous fûmes donc obligés, le même jour, de ne plus faire usage des insignes cardinalices et de nous revêtir de noir, ce qui donna lieu à la dénomination des “Noirs” et des “Rouges”, par laquelle on désigna les deux parties du sacré Collège… Dans un premier accès de fureur, l’empereur ordonna d'abord de fusiller trois des cardinaux absents, Opizzoni, Consalvi et un troisième dont on ne sait pas le nom avec certitude (mais que l'on croit être le cardinal di Pietro), et s’étant finalement limité à moi seul, la chose ne se réalisa pas. »

Puis le cardinal Consalvi relate avec plus de détails :

« Après de nombreuses délibérations entre nous treize, nous arrivâmes à la conclusion qu’aux invitations de l’empereur, ayant rapport à son mariage, nous n'assisterions pas, ni au mariage ecclésiastique pour la raison énoncée ci-dessus, ni au mariage civil parce que nous estimions qu’il ne convenait pas à des cardinaux d’autoriser de leur présence la nouvelle législation, qui sépare un tel acte de la bénédiction nuptiale, ainsi qu’on l’appelle, indépendamment de ce que cet acte lui-même donnait lieu de regarder comme brisé légitimement le lien précédent, ce que nous ne pensions pas, et avec justice. Nous décidâmes donc de ne pas y assister. Quand le mariage civil eut lieu à Saint-Cloud, les treize n'assistèrent pas. Vint le jour où se fit le mariage ecclésiastique. On prépara les sièges pour tous les cardinaux ; jusqu’à la fin on ne perdit pas l'espoir de les compter tous parmi les spectacteurs de cet acte qui intéressait le plus vivement la Cour. Mais les treize ne parurent point. Les quatorze autres cardinaux assistèrent … Quand l'empereur entra dans la chapelle, son regard se porta d'abord vers l'endroit où étaient les cardinaux. En n’y voyant que le nombre de quatorze, son visage parut si courroucé que tous les assistants s’en aperçurent… 
« Nous nous rencontrâmes presque tous ensemble dans l'antichambre du ministre, et on nous introduisit dans son cabinet. Onze y étaient, ainsi que le ministre de la police, Fouché. Dès que Fouché m'aperçut : “Eh bien! Monsieur le cardinal, s'écria-t-il, je vous ai prédit que les conséquences seraient affreuses. Ce qui me fait le plus de peine, c'est que vous soyez du nombre !” 
« Ils nous firent asseoir en cercle, et alors le ministre des Cultes commença un long discours qui ne fut compris que du plus petit nombre, car, parmi les treize, il y en avait à peine trois qui sussent le français. Il nous dit donc, en substance, que nous avions commis un crime d'Etat, et que nous étions coupables de lèse-majesté ; que nous avions comploté contre l'empereur. De ce délit, interdit et puni très sévèrement par les lois en vigueur, il se trouvait dans la désagréable nécessité de nous manifester les ordres de sa Majesté nous concernant, qui se réduisaient à trois points, à savoir : 1° nos biens, soit ecclésiastiques, soit privés, nous étaient enlevés et mis sous séquestre; nous en étions entièrement dépouillés ; 2° on nous défendait de faire usage des insignes cardinalices et de toutes marques de notre dignité, sa Majesté ne nous considérant plus comme cardinaux ; 3° sa Majesté se réservait de statuer sur nos personnes. Il nous fit entendre que quelques-uns d’entre nous seraient mis en jugement. Nous fûmes donc obligés, le même jour, de ne plus faire usage des insignes cardinalices et de nous revêtir de noir, ce qui donna lieu à la dénomination des “noirs” et des “rouges”, par laquelle on désigna les deux parties du sacré Collège. »

Il nous faudrait aujourd'hui beaucoup de « cardinaux noirs » !

Que le Saint-Esprit suscite en tous les membres de l’Eglise, du plus simple et humble fidèle jusqu’au Souverain Pontife, toujours davantage de courageux défenseurs de la vérité de l’indissolubilité du mariage et de la pratique immuable de l’Eglise en cette matière, même si une telle défense devait risquer de leur apporter de considérables préjudices personnels. L’Eglise doit plus que jamais s’employer à annoncer la doctrine et la pastorale du mariage, afin que dans la vie des époux et spécialement de ceux que l’on appelle les dicorcés remariés, soit observé ce que le Saint-Esprit a dit dans la Sainte Ecriture : « Que le mariage soit honoré de tous, et le lit conjugal exempt de souillure » (Héb. 13, 4). Seule une pastorale du mariage qui prend encore au sérieux ces paroles de Dieu se révèle véritablement miséricordieuse, puisqu’elle conduit les âmes pécheresses sur la voie sûre de la vie éternelle. Et c’est cela qui compte !

Traduction de l'italien vers le français : Marie Perrin, pour la Fondazione Lepanto

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06 décembre, 2016

Rencontre à Rome sur “Amoris laetitia” autour de Mgr Schneider et des cardinaux Burke et Brandmüller

Mgr Scnheider prend la parole sous le regard attentif du professeur Roberto de Mattei

Le cœur de Rome a vibré, lundi soir, dans une salle au pied de la basilique paléochrétienne de Santa Balbina, sainte Balbine, martyre des premiers siècles, à quelques pas des Thermes de Caracalla. A l’invitation de l’Intstitut Lépante, une réunion privée s’y est tenue autour de Mgr Athanasius Schneider, en présence de deux des « Quatre Cardinaux » qui ont exprimé leurs « dubia » au pape François à propos de l’Exhortation apostolique Amoris laetitia. C’était précisément le thème de la rencontre : thème qui agite l’Eglise alors que l’autorité suprême sur terre, le Vicaire du Christ, refuse de faire la clarté sur des points cruciaux concernant la morale du mariage, l’accès à l’Eucharistie, le péché et les « actes intrinsèquement mauvais », l’existence d’une vérité immuable…
Réunion privée : sur invitation, vu l'affluence qu'on pouvait attendre et qui était effectivement au rendez-vous. Mais non point clandestine. Dans l’Eglise catholique, il n’y a pas de place pour les complots, tout se dit ouvertement, dans la « transparence » et dans la loyauté, ainsi que l’a rappelé d’emblée le Pr Roberto de Mattei, l’hôte de cette rencontre. Aussi des journalistes étaient-ils invités à assister et même à « couvrir » l’événement : notamment Sandro Magister, qui a porté à la connaissance du monde la lettre des quatre cardinaux au pape, celui-ci n’ayant pas répondu à leurs demandes, et une poignée d’autres.
La conférence de Mgr Schneider sur la fidélité à la tradition de l’Eglise et à son enseignement moral, exemples de martyrs à la clef, était importante à plus d’un titre. Ce qu’il faut dire d’emblée, c’est que l’événement de lundi soir, c’était précisément… l’événement. C’est l’existence d’une rencontre qui a attiré des cardinaux, des évêques, des prêtres, des séminaristes, des religieux en grand nombre, et des laïcs également, soucieux de défendre la vérité immuable du Christ, ses paroles-même sur le mariage.

Le texte intégral de la conférence de Mgr Schneider est en ligne ici sur ce blog.


Chaleureusement, le cardinal Burke remercie
Mgr Schneider pour ses « propos lumineux »

Le cardinal Raymond Leo Burke et le cardinal Walter Brandmüller, ces prélats, ces princes de l’Eglise qui ne se sont pas sentis autorisés à se taire devant les périls que suscitent les ambiguïtés d’Amoris laetitia, étaient aux places d’honneur. Il n’est pas possible de nier qu’il s’agisse d’ambiguïtés dangereuses, disons-le nettement : en attestent les interprétations qui en ont été faites par plusieurs évêques et conférences épiscopales envisageant ouvertement l’accès à la communion de divorcés « remariés » alors que leur lien matrimonial est valide, n’a pas été déclaré nul, sans exiger qu’ils vivent dans la continence.
De nombreux prêtres étaient présents : des prêtres en soutane et des prêtres en clergyman, des vieux, des jeunes – surtout des jeunes ! Soixante ou quatre-vingts prêtres, venus en voisins ou venus de loin, soucieux avant tout de trouver des autorités exprimant la vérité catholique, mais aussi l’assurance de ne pas être seuls. Parce que les temps sont « tumultueux », comme l’a dit le cardinal Burke en prononçant quelques paroles à la fin de la conférence de Mgr Schneider : c’est un temps où il est bon de se retrouver dans un propos commun, fortifié et encouragé par la persévérance et la force de ses semblables. C’était l’état d’esprit de Mgr Andreas Laun, de Salzburg, que les Français connaissent bien parce qu’il a assisté plusieurs fois à des Marches pour la vie à Paris.
J’ai vu ainsi des prêtres néerlandais, venus de loin dans tous les sens du terme : d’un pays religieusement à l’agonie, où la fidélité au magistère est rare et où deux églises ferment chaque semaine. « Pour combien de mosquées ouvertes ? », demandé-je. « Deux par semaine aussi. » Ils avaient fait le déplacement exprès. Tout comme ce prêtre venu d’Irlande.
Comment sort-on d’un tel événement ? Emu, reconnaissant, fortifié. C’est en tout cas ainsi que je l’ai vécu : avec la certitude que Notre Seigneur, au-delà des vicissitudes, soutient et garde son Epouse, l’Eglise, malgré toutes les tribulations.
Le vibrant Credo chanté par l’assistance pour clore la réunion résume cela d’une manière plus que jamais symbolique.


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03 décembre, 2016

Soirée à Paris au bénéfice des chrétiens d'Orient : croisière le mercredi 7 décembre, sur les Bateaux-Mouches






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02 décembre, 2016

Cardinaux des “dubia” : Mgr Pio Vito Pinto revient à la charge

Non content d’avoir déclenché la controverse, à peine tempérée par un rectificatif qui laisse beaucoup de questions ouvertes (voir ici l’article de ce blog sur le rectificatif), Mgr Pio Vito Pinto a redoublé d’agressivité à l’égard des quatre cardinaux et de leurs Dubia adressés au pape François, dans un entretien avec le site de l’Eglise catholique allemande Katholisch.de. Le doyen de la Rote romaine y choisit des termes très durs pour dénoncer ces quatre cardinaux qui n'ont fait qu’exprimer leurs graves inquiétudes à propos d’Amoris laetitia qui pourrait bien enseigner aux fidèles des doctrines contraires à l'enseignement catholique traditionnel.
Je transcris son propos à partir de la traduction vers l’anglais réalisé par www.onepeterfive.com, et reprends quelques-uns des commentaires de l’auteur de l’article, Maike Hickson.
« Ils ont écrit au pape et cela est correct et légitime. Mais faute de réponse après quelques semaines, ils ont publié l’affaire. C’est une claque en pleine figure. Le pape peut choisir de prendre conseil auprès de ses cardinaux ; mais c’est quelque chose de très différent que de lui imposer un conseil. »
Le journaliste allemand a fait remarquer que les quatre cardinaux diraient alors ne pas avoir le choix. Mgr Vito Pinto répond :
« Ils ne forment pas un conseil qui ait une quelconque compétence. Au contraire, en tant que cardinaux, ils sont encore davantage liés par un devoir de loyauté à l’égard du pape. Il représente le don de l’unité, le charisme de Pierre. Voilà pourquoi les cardinaux doivent le soutenir, et non le gêner. De quelle autorité les auteurs de la lettre agissent-ils ? Du fait qu’ils sont cardinaux ? Cela ne suffit pas. Je vous en prie ! Évidemment ils peuvent écrire au pape et lui envoyer leurs questions, mais l'obliger à répondre et publier l’affaire, c’est autre chose. »
Au mépris des faits, Mgr Vito Pinto insiste pour dire que le document du pape trouve sa source dans les travaux des deux synodes des évêques et dans les questionnaires diffusés à travers le monde. Il affirme :
« La majorité absolue du premier synode, et une majorité des deux tiers au second, où les membres des conférences épiscopales étaient présents, ont exactement approuvé ces thèses désormais contestées par les quatre cardinaux. »
La remarque est intéressante, car elle sous-entend que la réponse du pape aux Dubia des cardinaux ne serait pas allée dans leur sens.
Mgr Pinto insiste ; le pape « ne force pas, encore moins il ne condamne », déclare-t-il à Katholisch.de : « certains évêques ont putativement des difficultés, d’autres font semblant d’être sourds. »
On lui demande alors si le pape pourrait reprendre leurs chapeaux rouges aux quatre cardinaux. Réponse :
« Je ne suis pas du genre qui peut menacer. Ecrire une telle chose est vraiment une licence journalistique, ce n’est pas sérieux. Ce que j’ai dit c’est plutôt : François est un phare de miséricorde et il a une patience infinie. Pour lui, il s’agit d’être d’accord, et non de forcer. C’est un acte grave par lequel ces quatre ont publié leurs lettres. Mais penser qu'il pourrait leur enlever leur cardinalat – non. Je ne crois pas qu’il le fera. (…) En soi, en tant que pape, pourrait faire une telle chose. Tel que je connais François, il ne le fera pas. »
Interrogé sur la correction formelle du pape que le cardinal Burke présentera si nécessaire, Pinto se fait véhément :
« C’est insensé. Il ne pourrait pas exister un conseil de cardinaux qui puisse demander des comptes au pape. La tâche des cardinaux est d’aider le pape dans l’exercice de son office, et non de le gêner ou de lui donner des préceptes. Et ceci est un fait : François n’est pas seulement en plein accord avec la doctrine, mais aussi avec tous ses prédécesseurs du XXe siècle, et c’était un âge d’or avec d’excellents papes – à commencer par Pie X. »
A propos des quatre auteurs, Mgr Vito Pinto s’en prend principalement au cardinal allemand Meisner :
« Je suis choqué, spécialement en raison du geste de Meisner. Meisner était le grand évêque d’un important diocèse – que c'est triste de le voir mettre avec cette action une ombre sur son histoire. Meisner, un grand guide spirituel ! Qu'il en arriverait là, je ne ne m’y attendais pas. Il était très proche de Jean-Paul II et de Benoît, et il sait que Benoît XVI et François sont en plein accord quant à l’analyse et aux conclusions à propos de la question du mariage. Et Burke – nous avons travaillé ensemble. Il me semblait être une personne aimable. Maintenant je lui demanderais : votre éminence, pourquoi avez-vous fait cela ? »
La conclusion est à l’avenant :
« Priez un peu plus, restez calmes, basta. Officiellement cette action n’a pas de valeur. L’Eglise a besoin d’unité, et non de murs, dit le pape. Nous savons comment est François. Il pense que les gens peuvent se convertir. Je sais qu’il prie pour eux. »
L’unité sans la vérité, en somme.
Ou alors une vérité mouvante, impossible, puisque de tout cela il ressort que les choses ont bien changé et qu’il n’est demandé aux cardinaux que de se soumettre en faisant fi du principe de non contradiction : une même chose ne peut pas, en même temps et sous le même rapport, être et ne pas être dans un même sujet.

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