11 juillet, 2016

Vatican : la salle de presse contredit le cardinal Sarah sur la messe “ad orientem”

La messe célébrée “ad orientem”par le pape Benoît XVI en 2008.
La joie aura été de courte durée. Le P. Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican,  a publié ce lundi soir un communiqué annonçant que les paroles du cardinal Robert Sarah invitant sans équivoque tous les prêtres à célébrer la messe ad orientem  avaient été « mal interprétées ». C 'est un démenti cinglant, voire méchant,  qui contredit le préfet de la congrégation pour le culte divin et pour la discipline des sacrements, où le père Lombardi a précisé cependant que le cardinal avait toujours eu « la juste préoccupation de la dignité de la célébration de la messe ».

Mais aussitôt, rapporte Edward Pentin du New Catholic Register,  le P. Lombardi  a ajouté que certaines des expressions du cardinal Sarah ont été « mal interprétées comme s'ils avaient annoncé des instructions  qui diffèrent des normes liturgiques données jusqu'à présent, et des paroles du pape sur la célébration de la messe vers le peuple dans le rite ordinaire de la messe ».

Le cardinal Sarah  a déclaré lors de la conférence « Sacra Liturgia »  à Londres le 5 juillet dernier qu'il était « très important » que tous les prêtres commencent à célébrer la messe vers l'Orient, vers l'aube qui symbolise la résurrection du Christ  et son retour dans la gloire, afin d'assurer qu'« au cours de nos messes, le Seigneur soit vraiment au centre ».

 « C'est votre propre jugement pastoral qui déterminera quand et comment cela sera possible, peut-être le premier dimanche de l'Avent cette année…  serait-il un bon moment pour le faire », a déclaré le cardinal Sarah,  qui appelait tout particulièrement les évêques à conduire ainsi leurs prêtres et leurs ouailles vers le Seigneur,  et à former leurs séminaristes en ce sens.

Le P. Lombardi a tenu à dire l'inverse, citant notamment l'Institutio Generalis Missalis Romani  dans le numéro 299 qui estime « souhaitable » que la messe soit célébrée vers le peuple dès que cela est possible.

Alors que le cardinal Sarah  n'avait pas fait de distinction entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire du rite romain, le P. Lombardi a également souligné que le pape François  a pris la peine de mentionner de manière précise  que la forme ordinaire de la messe et celle du missel de Paul VI, tandis que la messe extraordinaire, qui conserve la pratique de la célébration ad orientem, «  ne doit pas prendre la place de l'ordinaire ». Edward Pentin souligne  qu'il s'agit là d'une façon pour le P. Lombardi  de dire que la célébration ad orientem ne s'applique  pas obligatoirement à la forme ordinaire.

Il n'y a donc pas de « nouvelles directives liturgiques à prévoir à compter de l'Avent,  comme certains l'ont déduit à tort de certaines paroles du cardinal Sarah,  et il vaut mieux d'éviter d'utiliser l'expression “réforme de la réforme” en parlant de la liturgie, car cela a pu être parfois une source de malentendus »,  a déclaré le P. Lombardi.

Faut-il rappeler que l'expression  « réforme de la réforme »  était celle du Cardinal Ratzinger lui-même ? Et que le cardinal Sarah a également déclaré  à Londres le 5 juillet qu'une réforme officielle de la réforme liturgique consécutive à Vatican II ne pouvait être écarté, ajoutant que le pape François lui-même lui avait demandé de voir comment les deux formes peuvent s'enrichir mutuellement ?

Le P. Lombardi  appris soin de préciser que tout ce qu'il affirme dans ce communiqué «  a fait l'objet d'un accord lors d'une récente audience accordée par le pape au cardinal préfet de la congrégation pour le culte divin » –  c'était samedi dernier, au retour du cardinal Sarah de Londres.

Aussi bien le cardinal Nichols que le père jésuite Antonio Spadaro  ont multiplié la semaine dernière les piques contre  la proposition de célébrer  ad orientem, le premier allant jusqu'à envoyer une lettre à tous les prêtres de son diocèse afin de les décourager de célébrer de cette manière.

 Alors que le P. Lombardi passe précisément la main à Greg Burke pour prendre la direction de la salle de presse,  ce communiqué est probablement le dernier signé de sa main. On peut dire qu'il part en beauté.

P.S. Pardonnez mon long silence ici. Bousculée et débordée par divers soucis matériels, le temps m'a manqué. Il y a eu pourtant de nombreuses nouvelles, notamment l'affaire du cardinal Schönborn affirmant que « nous lisons maintenant les interventions magistérielles antérieures sur la famille dans la lumière » de l'apport d'Amoris laetitia, un vrai renversement pour ne pas dire une révolution. 

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22 juin, 2016

Le pape François “touché” par la pastorale des homosexuels d'un prêtre des Pays-Bas



Vu sur Twitter : un « aumônier des homosexuels » qui milite pour la reconnaissance de l'« amour homosexuel » a pu échanger quelques mots avec le pape François ce mercredi à l'audience place Saint-Pierre ; le P. Pierre Valkering, du diocèse néerlandais de Haarlem-Amsterdam lui a remis un livre sur l'homosexualité et s'est dit profondément touché par l'accueil qui lui a été réservé par le Saint-Père. La presse gay des Pays-Bas a donné un large écho à l'annonce de la rencontre depuis le début de la semaine. Elle était programmée.

Le livre remis au pape François est la traduction italienne d'un ouvrage paru en 2012 en néerlandais, et rassemblant des textes d'un aumônier des étudiants à Amsterdam, le père jésuite Jan van Kilsdonk, aujourd'hui disparu : au cours de son apostolat, il a accompagné jusqu'à la mort plus de deux cents hommes homosexuels victimes du sida. Le titre italien, Addio ragazzo di luce reprend littéralement le titre d'origine : Dag jonge van licht (« Au revoir, jeune homme de lumière »). C'est un recueil d'une trentaine d'oraisons funèbres prononcées à l'occasion d'autant d'enterrements, rassemblé par le P. Valkering.

« Formidable. Je suis tellement heureux ! Cela n'aurait pas pu se passer mieux ! », a déclaré Pierre Valkering après sa rencontre avec le pape François. « J'étais assis avec une vingtaine d'autres prêtres juste devant la basilique. Le pape s'est approché de moi. Quel homme gentil, aimable, il réchauffe le cœur ! J'ai activé mon meilleur italien – et le Saint-Esprit m'a vraiment aidé – je lui ai dit que ce livre peut encourager l'Eglise à réfléchir davantage à l'homosexualité parce qu'il contient un véritable trésor d'expérience sur les homosexuels, leurs amours, leurs vies et leurs peines. Le pape a répondu qu'il leur accorde une grande attention et qu'il les porte toujours dans son cœur. »

Le P. Jan van Kilsdonk assurait qu'il n'était pas lui-même homosexuel, mais il était très connu pour avoir consacré les années de sa retraite, à partir de 1982 et l'explosion du sida parmi les jeunes hommes pour sa proximité avec eux et sa bonté à leur égal.

Rien à redire, à première vue. Tout homme a besoin du salut du Christ… mais aussi d'un langage de vérité, du pardon véritable, de la rédemption fondée à la fois sur la justice et sur la miséricorde.

Le P. van Kilsdonk était quant lui d'une grande complaisance à l'égard des amours homosexuelles. Plusieurs de ses oraisons funèbres ont été traduites en français, je vous en livre un simple extrait, à propos d'un jeune médecin généraliste homosexuel, Ronald Heitkamp :

« Ronald enfant puis adolescent a dû développer ses talents durant la révolution des années 60, au moment où une nouvelle spontanéité a précipité les rôles séculaires de l’homme et de la femme dans un processus de dissolution. Cela a dû être quelque chose de stupéfiant, surtout pour Heitkamp père, lorsque son fils, rayonnant de santé et de talents, juste, bien fait, peut-être même la prunelle de ses yeux, est venu lui dire son pressentiment, puis la certitude que, plus encore que pour la relation intime et féconde entre homme et femme, il se sentait créé pour la tendresse moins codifiée entre garçon et garçon, ami et ami. Il lui a expliqué qu’il ressentait cette profonde expérience non pas comme un mauvais destin, sans perspective, mais comme une belle trouvaille du Créateur. C’était comme si, surtout dans la conscience du père, quelque chose se brisait qui n’aurait pas dû pouvoir être brisé, car le mode de vie classique de l’homme et de la femme, stabilisé par le mariage et la naissance d’enfants, semblait faire partie du dogme de l’Église mère, qui était chose sacrée aux yeux des Heitkamp. 
Bien sûr, cet affrontement a laissé des traces douloureuses dans l’âme de Ronald. Mais c’est seulement ici que le miracle commence. Ronald n’a pas douté un seul instant de la bonne foi de son père. Tout en comprenant que cette incapacité venait aussi de la timidité et du verrouillage mental dont sont victimes les Heitkamp, il a toujours senti que son père valait mieux, dans le fond de son cœur, que cette doctrine et que ce modèle culturel. »

Selon la vaticaniste néerlandaise Andrea Vreede, le fait que Valkering ait pu remettre personnellement le recueil au pape François est « remarquable ». « Tous les jours, le pape est submergé par les demandes. C'est lui qui décide d'y répondre ou non. La remise de ce livre lui a été proposée, il y a réfléchi et a dit “oui” de manière délibérée », a-t-elle déclaré, ajoutant que le « tabou » de l'homosexualité ne changera sans doute pas au sein de l'Eglise catholique : « Mais au moins, ce pape est prêt à écouter. »

De son côté, Valkering milite ouvertement pour la modification de la doctrine de l'Eglise sur ce point, pour en finir avec l'idée que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés », rapporte la chaîne catholique néerlandaise KRO.

Le groupe de travail des « Homo-Pasteurs Catholiques » a dit espérer que la remise du livre au pape « aura des effets positifs sur la pensée de l'Eglise à propos de la vie amoureuse des homosexuels ».




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31 mai, 2016

Mgr Schneider répond à “The Remnant” : “Amoris laetitia” est il susceptible d’une interprétation authentique ?

Mgr Athanasius Schneider
Rome, 2009 (photo Olivier Figueras)
Dans une lettre ouverte à Mgr Athanasius Schneider, la revue catholique américaine The Remnant posait le 9 mai, sous la plume de Christopher Ferrara, la question de savoir si l'Exhortation apostolique Amoris laetitia est susceptible, comme il a pu sembler le dire, d'une « interprétation authentique ». Interprétation que l'évêque auxiliaire d'Astana suppliait Rome de donner. Mgr Schneider vient de répondre à cette demande par une lettre dont il a autorisé The Remnant à publier le contenu. Je vous en propose ici ma traduction, en commençant par le courriel adressé à Michael Matt, responsable éditorial de la revue, suivie de la réponse à l’auteur de la lettre ouverte. – J.S.
Cher M. Matt,
Merci pour vos salutations. J'ai fait une réponse à la lettre ouverte de The Remnant, que vous trouverez en pièce jointe et que je vous autorise à publier. Que Dieu vous bénisse abondamment, vous et votre apostolat pour la foi catholique. Avec mes salutations cordiales en Jésus et Marie,
+ Athanasius Schneider


26 mai 2016
Cher M. Christopher Ferrara,
Le 9 mai 2016 vous avez publié sur le site de The Remnant une lettre ouverte concernant la question de l'Exhortation apostolique Amoris laetitia.
En tant qu’évêque, j'éprouve de la reconnaissance et en même temps un encouragement à recevoir d'un laïc catholique une manifestation aussi claire et belle du sensus fidei par rapport à la vérité divine sur le mariage et la loi morale.
Je suis en accord avec vos observations par rapport aux expressions d’Amoris laetitia (AL), spécialement dans son huitième chapitre, qui sont fortement ambiguës et trompeuses. En utilisant sa raison et en respectant le sens exact des mots, on peut difficilement interpréter certaines expressions d’AL conformément à la Tradition sainte et immuable de l'Eglise.
Dans AL, il y a évidemment des expressions qui sont évidemment en conformité avec la Tradition. Mais ce n'est pas ce qui est en cause ici. Sont en cause les conséquences naturelles et logiques des expressions ambiguës d’AL.
En vérité, elles contiennent un vrai danger spirituel, qui provoquera de la confusion doctrinale, une diffusion rapide et facile de doctrines hétérodoxes concernant le mariage et la loi morale, ainsi que l'adoption et la consolidation de la praxis qui autorise les divorcés remariés à accéder à la sainte communion, une praxis qui aura pour effet de banaliser et de profaner, pour ainsi dire, d'un seul coup trois sacrements : les sacrement de mariage et de pénitence, et celui de la très Sainte Eucharistie.
En ces temps sombres qui sont les nôtres, ou Notre Bien-aimé Seigneur semble dormir dans la barque de sa Sainte Eglise, tous les catholiques, à commencer par les évêques et jusqu'au plus simple des fidèles, qui prennent encore au sérieux leurs vœux baptismaux, doivent d'une seule voix (una voce) faire une profession de fidélité, en énonçant concrètement et clairement toute ces vérités catholiques qui dans certaines expressions d’AL sont mises à mal, ou défigurées par l'ambiguïté. Cela pourrait prendre la forme d'un « Credo » du peuple de Dieu. AL est à l'évidence un document pastoral (cela veut dire qu’il a par nature un caractère temporel) et il n'a aucune prétention a un caractère définitif. Nous devons éviter de « rendre infaillible » chaque mot et chaque geste d'un pape en exercice. Cela est contraire à l'enseignement de Jésus et à toute la Tradition de l'Eglise.
Une telle appréhension, une telle application totalitaires de l'infaillibilité pontificale ne sont pas catholiques, elles sont en définitive mondaines, comme dans une dictature ; cela va contre l'esprit de l'Evangile et des Pères de l'Eglise. Outre cette possible profession de fidélité commune que je mentionnais plus haut, il doit également être fait à mon sens, par des spécialistes compétents de théologie dogmatique et morale, une analyse solide de toutes les expressions ambiguës et objectivement erronées dans AL. Une telle analyse scientifique doit être faite sans colère ni partialité (sine ira et studio) et par filiale déférence envers le vicaire du Christ.
Je suis convaincu que dans des temps à venir les papes seront reconnaissants de ce que des voix se soient élevées, de quelques évêques, théologiens et laïcs, en des temps d'une grande confusion. Vivons pour l'amour de la vérité et de l'éternité, pro veritate et aeternitate.
+ Athanasius Schneider,

évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte Marie d’Astana.

(Traduction non officielle par Jeanne Smits.)

Mgr Schneider et le cardinal Burke (encore évêque à l'époque),
Rome, 17 octobre 2009 lors d'un colloque sur la messe traditionnelle.
© Photo Olivier Figueras

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22 mai, 2016

Anca-Maria Cernea dénonce le “marxisme culturel” et appelle à la “bataille spirituelle” au Rome Life Forum

Je vous propose aujourd'hui, avec l'aimable accord de l'auteur, ma traduction intégrale de la conférence donnée par Anca-Maria Cernea lors du “Rome Life Forum” les 6 et 7 mai derniers. Anca-Maria Cernea est ce médecin catholique roumain, fille d'un opposant au communisme qui a passé 17 années de sa vie en prison, qui en tant qu'observatrice officielle au synode en octobre dernier a osé interpeller les pères synodaux en les rappelant à leur devoir de reconnaître que la défense de la famille est aujourd'hui une « bataille spirituelle ». Le marxisme et les ressorts de la Révolution marxiste-léniniste n'ont pas de secrets pour elle.
Dans sa conférence, Anca-Maria Cernea a exposé la manière dont le marxisme a œuvré, et œuvre toujours, à la destruction de la famille et de la moralité dans le monde.
Elle fait le lien entre cet assaut contre l'ordre naturel voulu par Dieu et le message de Fatima, avertissant que la Russie allait répandre ses erreurs à travers le monde. – J.S.
Voici les premières lignes de cette conférence :
L'une des meilleures interventions lors du synode sur la famille, l’année dernière, aura celle de Mgr Fülöp Kocsis, archevêque métropolitain de l'Eglise grecque catholique de Hongrie. Il disait que les attaques contre la famille ne sont pas de simples « défis », ainsi que l'avaient suggéré certains pères synodaux ; et qu'elles ne sont pas non plus expliquées par les facteurs économiques ou sociologiques que présentait le document de travail du synode.
Mgr Fülöp a déclaré que le synode devait clairement affirmer ceci : Ces attaques sont contraires au plan divin, elles proviennent du malin. Et de citer saint Paul : « Nous avons à combattre, non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde, c’est-à-dire, de ce siècle ténébreux, contre les esprits de malice répandus dans l’air. »
Une autre intervention courageuse a été celle de Mgr Tomash Peta, archevêque du Kazakhstan. Citant Paul VI, il a dit que la « fumée de Satan » pouvait se distinguer même dans les discours de certains pères synodaux.
Ces deux interventions résument notre problème.
1. La guerre contre la famille et la vie humaine innocente est une guerre spirituelle.
2. Cette guerre est aujourd'hui livrée l'intérieur même de l'Eglise.
Comme l'a souligné le philosophe brésilien Olavo de Carvalho, plus souvent qu'à notre tour, hélas, nous entendons aujourd'hui deux types d'homélie dans l'Eglise : le premier est totalement idéologique, pratiquement en faveur des « principautés et des puissances ». L'autre est dirigée presque exclusivement contre l'immoralité sexuelle, la corruption matérielle, le consumérisme, l’hédonisme et d'autres péchés terrestres – ce qui revient à combattre uniquement « la chair et le sang », et non « les principautés et les puissances ».
Lorsqu'on parle de l'assaut contre la famille en Occident, il y a un cliché très répandu selon lequel il a pour cause le consumérisme, l'hédonisme, l'individualisme, et des groupes d'intérêts animés par le désir impitoyable du profit matériel. C'est ce que nous entendons très souvent à l'Eglise.
Cette approche ne vise que la chair et le sang et oublie les esprits mauvais.
Le consumérisme et l'individualisme ne sont pas la cause, mais des facteurs favorables. Ils réduisent la résistance morale des personnes et des sociétés. Mais ils ne sont pas la cause.
L'attaque contre la famille et la vie humaine fait partie d'une tentative révolutionnaire plus large en vue de redessiner la société humaine et la nature humaine.
Sa motivation est spirituelle. C'est une forme de révolte contre Dieu, contre sa loi morale et contre l'ordre de sa Création…


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18 mai, 2016

Une interview exclusive du cardinal Burke : “Si nous ne connaissons pas notre foi nous courons certainement le risque de perdre notre salut”

Au lendemain du “Rome Life Forum” des organisations pro-vie et pro-famille regroupées par Voice of the Family, où il a été beaucoup question de l'Exhortation apostolique Amoris laetitia, et de la Marche pour la vie de Rome, le cardinal Raymond Leo Burke a bien voulu répondre à mes questions lors d'un entretien chez lui, à deux pas de la place Saint-Pierre. 
A ma question de savoir s'il est possible de faire une lecture critique d'Amoris laetitia, le cardinal Burke a répondu : « Je ne crois pas qu'il puisse en être autrement », dans la mesure où le pape François a lui-même indiqué que le document comprend de nombreuses réflexions personnelles qui à ce titre ne peuvent être considérées comme faisant automatiquement partie du magistère.
Le cardinal Burke m'a parlé du salut éternel (on peut être « condamné pour toujours »…), du fléau de la contraception, la la haute vocation à la virginité et de bien d'autres thèmes devenus aujourd'hui brûlants dans un contexte où les catholiques fidèles sont troublés par certains textes issus de Rome.
Je le remercie tout particulièrement d'avoir bien voulu « viser » le texte original de cet entretien mené en anglais, qui paraît simultanément avec cette publication sur LifeSiteNews, et d'avoir fait de même pour la traduction française de l'entretien que voici.
Les rencontres avec Son Eminence le cardinal Burke sont toujours des moments de joie et d'admiration devant sa sereine et courageuse affirmation de la foi catholique. Il nous avait parlé le samedi après-midi 7 mai lors du colloque de Voice of the Family de l'appel au martyre que reçoit tout chrétien pour témoigner de son adhésion au Christ. Une joie teintée de gravité et de tristesse : comme lors de cet entretien du 9 mai 2016, le cardinal Burke n'a pas caché sa préoccupation devant la situation actuelle. – J.S.

Le cardinal Burke lors de sa conférence à
“Voice of the Family” le 7 mai à Rome.
© photo : Olivier Figueras
— Eminence, vous avez parlé haut et fort de la nécessité de sauvegarder le véritable enseignement de l’Eglise sur le mariage, la famille et la sexualité humaine. Cet enseignement est-il suffisamment connu des catholiques ?
— Non, il n’est pas assez connu. Cela fait déjà plusieurs décennies que nous souffrons, au sein de l’Eglise, d’une catéchèse très insuffisante, et aussi d’une certaine tendance, dans la prédication, à éviter de faire une présentation systématique de la foi. Cela a laissé de nombreux catholiques dans l’ignorance de leur foi catholique, et même des enseignements de la loi morale, qui constitue une part importante de notre foi catholique. Et ainsi on en arrive à ce que dans un monde qui devient de plus en plus insensé dans sa rébellion contre Dieu et sa Loi, les catholiques sont mal armés pour répondre et pour faire leur devoir en défendant la foi pour la rédemption du monde.
— Que conseilleriez-vous aux catholiques de lire et de méditer avant d’entrer dans la vie adulte et sur quels points faudrait-il insister au cours des préparations au mariage ?
— J’exhorterais tous les catholiques à lire le Catéchisme de l’Eglise catholique qui constitue le présentation systematique de notre foi catholique, et s’ils n’ont pas le temps de lire le Catéchisme en entier, qu’ils lisent au moins le Compendium, en se référant au Catéchisme complet pour davantage d’explications sur des points qu’ils auraient pu ne pas comprendre. Cela est crucial aujourd’hui. Notre foi est notre salut et si nous ne connaissons pas notre foi nous courons certainement le risque de perdre notre salut. Cela signifie pour chacun de nous le salut éternel, mais aussi notre bonheur ici-bas, qui est une anticipation de la plénitude de ce bonheur dans le monde à venir.
Mais pour ce qui est de la préparation au mariage, je crois qu’il faut insister le plus sur les biens fondamentaux du mariage – en d’autres termes, l’union entre un homme et une femme, qui est fidèle. Et il nous faut insister sur la fidélité, une vertu qui à beaucoup d’égards est fréquemment violée dans notre culture. Deuxièmement, le mariage est pour la vie. Et troisièmement, il est par sa nature même procréateur. Il faut aussi insister, auprès de ceux qui se préparent au mariage, sur le fait que la vie conjugale est une participation à la vie divine. Elle reflète l’amour des trois Personnes de la Sainte Trinité : il est fidèle et durable, et il donne la vie.
Par conséquent, il faut insister sur le fait que l’amour propre au mariage est le mieux compris et le
plus efficacement nourri à travers notre communion avec Dieu dans la prière et par les sacrements : par dessus tout, la sainte Eucharistie. C’est donc sur cela qu’il faut le plus insister. Ensuite, il me semble important d’aider les jeunes à reconnaître quels sont les aspects de notre culture qui menacent particulièrement le bien du mariage, afin qu’ils soient vigilants, et qu’ils se gardent par rapport à ces influences qui les conduiraient à trahir la vérité de leur mariage.
— Personne n’imaginerait que l’on puisse rompre le lien entre une mère et son enfant, ou entre un père et son enfants : est-ce un lien du même ordre qui existe entre un homme et une femme mariés ?
— Evidemment. En réalité, le lien entre un père et une mère et leurs enfants est un lien constitué par l’amour réciproque du père et de la mère. Un enfant ne peut grandir ni se développer correctement à moins que son père et sa mère ne lui communiquent l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre. Nous en avons absolument besoin pour notre croissance et pour notre développement : avoir l’amour d’un père et d’une mère, et que cet amour soit communiqué par les deux parents.
— En ces temps de divorce omniprésent et de mariages brisés, quel est le rôle joué par la contraception artificielle, et pensez-vous que l’Eglise puisse inverser le courant par rapport à la mentalité contraceptive ?
— Le rôle joué par la contraception artificielle est fondamental et létal, car ce qu’elle fait, c’est de diminuer l’amour entre le mari et la femme en mettant de côté la totalité de l’amour qui inclut l’union conjugale, qui elle-même comprend toujours le grand don de la procréation : la couronne de l’union du mariage, c’est le don des enfants. Par conséquent, lorsqu’une mentalité contraceptive s’y immisce, cet amour est déformé. Et de fait, nous voyons qu’on utilise l’argument selon lequel l’union sexuelle sans sa dimension procréatrice est maritale pour justifier l’activité sexuelle entre deux personnes de même sexe, et ainsi de suite, car ils disent :  « Eh bien, c’est une activité aimante même si elle ne donne pas la vie. » Mais il s’agit d’un abus de l’union conjugale : l’union conjugale ne peut exister qu’entre un homme et une femme unis dans l’amour. Et donc la  mentalité contraceptive est à la racine de nombre des plus importantes menaces contre le mariage aujourd’hui.
L’Eglise, pour autant que je sache, est la seule institution qui a continué de proclamer le caractère intrinsèquement mauvais de la contraception, de telle sorte qu’elle est appelée plus que jamais, aujourd’hui, à défendre la vérité par rapport à l’union conjugale et sa nature fondamentalement ordonnée au don de la vie. Je crois très fortement que le bienheureux pape Paul VI a pris acte de cela en 1968, alors même qu’une formidable pression s’exerçait sur lui, de la part de  « théologiens de premier plan », de théologiens moraux, afin qu’il assouplisse l’enseignement de l’Eglise et même qu’il le modifie. Il est resté attaché à l’enseignement de l’Eglise de manière héroïque – grâce en soit rendue à Dieu. Puis son successeur, saint Jean-Paul II, après le bref pontificat de Jean-Paul Ier, a consacré une si grande partie de son magistère à l’illustration de la vérité que contient l’encyclique du bienheureux Paul VI, Humanae vitae…
— Un grand nombre de péchés répétitifs et d’infidélités habituelles qui nous coupent de la grâce sanctifiante, mais qui peuvent être absous dans la confession ; pourriez-vous nous expliquer pourquoi les divorcés  « remariés » ne peuvent obtenir l’absolution sans décider de se séparer ou à tout le moins de vivre « comme frère et sœur » ?


— Il faut ici faire la distinction entre le péché individuel – par exemple, un acte individuel où l’on manque à la fidélité – et le fait de vivre publiquement dans un état qui viole cette fidélité. En premier lieu, on peut dire que dans l’acte individuel il y avait une quelconque force de la passion, une pression, ou toute chose qui a pu dans une certaine mesure diminuer la culpabilité. On ne peut pas en dire autant d’un état, car en ce cas, une personne décide librement de vivre avec une autre comme mari et femme alors même que l’un ou l’autre est lié, ou que les deux sont liés par un mariage. Faire la confusion entre ces deux situations est très dommageable. Ainsi l’individu qui chute et qui va se confesser, avec un vrai repentir et le ferme propos de s’amender, de ne pas recommencer, peut être absous. Mais si on va se confesser pour s’accuser du péché d’infidélité, quand on a l’intention de continuer de vivre dans cette situation, alors il manque un élément essentiel du repentir – le ferme propos de s’amender – et par conséquent il ne peut y avoir d’absolution ni, bien sûr, la possibilité de s’approcher de la Sainte Communion.
On parle d’une solution au for interne ; en d’autres termes, une solution à l’intérieur du sacrement de Pénitence. Il n’existe qu’une solution de cette sorte : il s’agit qu’au sein du sacrement de Pénitence, l’homme et la femme s’accordent pour vivre comme frère et sœur ; en d’autres termes, qu’ils s’engagent à observer la continence et qu’ils respectent la fidélité au mariage par lequel ils sont liés par ailleurs. Alors ils reçoivent la permission de recevoir les sacrements, mais seulement dans un lieu où cela ne causera pas de scandale. En d’autres termes : dans un lieu où les gens ne connaissent pas leur situation.
On constate dans cette discipline de l’Eglise – très ancienne – combien la vérité sur le mariage est formidablement importante pour l’ensemble de la vie de l’Eglise, et comment celle-ci sauvegarde cette vérité. Je connais de nombreuses personnes dont le mariage a échoué, et qui consacrent le restant de leurs jours à vivre dans la fidélité à leur union conjugale, alors même que leur partenaire conjugal les a abandonnées. A la fin elles me disent très clairement que c’est dans fidélité qu’elles trouvent leur bonheur.
— Votre première réaction à Amoris laetitia a été de dire que nous devions écouter le pontife romain avec respect, mais que tous ses dires et tous ses écrits ne font pas partie du « magistère infaillible ». Cela signifie-t-il que, respectueusement, nous pouvons faire une lecture critique de l’Exhortation post-synodale, voire que certains de ces éléments sont ouverts à une interprétation non orthodoxe ?
— Je ne crois pas qu’il puisse en être autrement, car le pape lui-même dit que le document est constitué par ses réflexions à la suite de l’expérience du synode, et ses réflexions sont personnelles. L’Eglise n’a jamais tenu que tout ce que dit le pape, ou que toutes ses réflexions font partie du magistère. Enseigner dans l’Eglise est une affaire très grave où l’on comprend que le Pape ne parle pas de manière personnelle, mais en tant que successeur de saint Pierre. Et donc, il faut lire le document de cette manière. Certaines personnes m’ont critiqué pour avoir dit que le document ne fait pas partie du magistère ; elles ont dit qu’il s’agissait d’une Exhortation apostolique post-synodale qui à ce titre doit faire partie du magistère. Mais ce n’est pas le titre du document qui lui donne la qualité de magistère. Il faut lire le contenu, et une fois cela fait, on voit que ce document doit être lu de manière critique, à la lumière du Catéchisme, à la lumière du magistère de l’Eglise. Les éléments qui soutiennent le magistère de l’Eglise et l’expriment pleinement sont très bien, mais il peut y avoir d’autres choses, qui sont les réflexions du Saint-Père, mais qui ne relèvent pas du magistère.
— De nombreux catholiques sont troublés par le texte mais hésitent à exprimer leurs doutes et même leurs inquiétudes parce que l’auteur en est le pape. Que leur recommanderiez-vous de faire ?
— J’en pense, personnellement, que nous n’avons pas été accoutumés à ce type d’écrit de la part du Saint-Père. Par le passé, le Saint-Père parlait très rarement, il écrivait très rarement, et c’était toujours avec une grande attention au fait qu’il est le Vicaire du Christ sur terre et par conséquent, que chaque expression de la foi devait être fidèle à la vérité de son magistère. Je parlais récemment avec un cardinal qui a été très proche du bienheureux Paul VI dans son travail, et il m’a raconté comment, même pour ses homélies, le Pape les reprenait et les reprenait encore, avant leur publication, car, comme il le reconnaissait ouvertement, sa responsabilité était très grave.
Le pape François a choisi de parler et d’écrire d’une manière où semble exister une sorte de mélange entre la présentation de l’enseignement de l’Eglise et celle de ses propres réflexions, souvent dans un langage très familier, de telle sorte qu’il est parfois même difficile de savoir exactement ce qu’il veut dire. Et ainsi je pense que nous devons nous rendre compte de ce que nous avons ici une forme d’écrit papal différent, et que nous avons tous les outils au sein de notre foi pour comprendre correctement ce type d’écrit, qui ne nous est pas familier. Mais adopter la position, par exemple, selon laquelle ce document qui n’a pas été écrit de la même manière que des documents comme Evangelium vitae, ou Familiaris consortio qui était également une Exhortation apostolique post-synodale, fait partie du magistère de la même manière que ceux-ci n’est tout simplement pas vrai. Il est écrit d’une manière fort différente.
En ce sens également, je crois qu’il est très important que lorsqu’on lit le document de manière critique, l’on demeure toujours respectueux à l’égard de la personne du pape. Se laisser aller à un manque de charité à l’égard de n’importe quel frère chrétien, et d’une manière prééminente, à l’égard du Pontife romain, est totalement inconvenant et inacceptable.
— En particulier la question de la damnation éternelle semble avoir été laissée de côté : « Personne ne peut être condamné pour toujours parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile. » Même si la miséricorde de Dieu veut atteindre chaque homme, n’est-il pas possible à l’homme de refuser la grâce et de choisir l’enfer ?
— Évidemment. L’Eglise l’a toujours enseigné. Dieu respecte notre liberté et par conséquent on peut avoir le cœur dur, même au moment de la mort. Le Christ Lui-même en a parlé dans l’Évangile. La logique de l’Évangile est celle-ci : Dieu veut sauver tous les hommes, il n’y a absolument pas de doute là-dessus. Il a envoyé son Fils unique pour sauver tous les hommes. Mais les hommes demeurent libres et certains d’entre eux rejettent la Rédemption, et s’ils le font, ils méritent la damnation éternelle : si vous rejetez le salut, comment être sauvé ?
— En parlant des divorcés « remariés », certains prêtres disent que dans certaines situations concrètes il est difficile de dire qu’ils vivent « dans le péché ». L’exhortation dit : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel. » Comment devons-nous interpréter cela ?
— La seule manière de l’interpréter est celle-ci : s’ils vivent dans ce qui paraît être un état de péché mais qu’en réalité ils ne pèchent pas, en d’autres termes s’ils vivent comme frère et sœur, alors c’est exact. Mais s’ils ont des rapports conjugaux, cela est objectivement peccamineux et il ne peut pas en être autrement. Cela ne peut pas ne pas être un péché et être un péché en même temps. Objectivement, avoir des relations sexuelles avec une personne qui n’est pas votre époux est soit de la fornication, soit un adultère.
— En tout cas, il faudrait une bénédiction de cette union.
— Évidemment ! Et pour la même raison la cohabitation en dehors du mariage est gravement peccamineuse et empêche l’accès aux sacrements.
— Et si la culpabilité morale est en effet atténuée, est-ce une raison suffisante pour permettre à ces couples de recevoir la communion ? Pour dire les choses autrement : alors que la miséricorde de Dieu peut opérer leur salut éternel, est-il sage sur le plan ecclésial de leur permettre de recevoir la communion ?
— D’abord, je reviens à la distinction entre les circonstances atténuantes attachées à un acte individuel et aux circonstances atténuantes par rapport à une vie en état de péché : les circonstances atténuantes sont appliquées à des actes individuels, et cela reste vrai. Pour un acte individuel il peut y avoir quelque circonstance qui diminue le degré de culpabilité. Mais pour ce qui est de vivre publiquement dans un état de péché, étant donné que Notre Seigneur donne à chaque personne qui est mariée la grâce de vivre dans la fidélité à ce mariage, nous pouvons dire que, oui, ces personnes peuvent vivre la fidélité à leur mariage parce qu’elles ont reçu la grâce pour le faire. Alors qu’il peut y avoir toute sorte d’impératifs sérieux, des enfants à éduquer à qui il faut fournir un foyer, ils peuvent tous être respectés tout en restant fidèle à l’union maritale.
— L’ignorance contemporaine à propos des règles et des biens du mariage a-t-elle atteint un tel niveau que de nombreux mariages sont invalides ?
— Je crois que la confusion qui existe dans le monde, et qui entre aujourd’hui également dans l’Eglise, a une influence sur les personnes qui envisagent de se marier. Mais je crois aussi que nous devons rappeler que le bien du mariage nous est enseigné par la nature elle-même. Dire par conséquent que, par exemple, le divorce généralisé, la promiscuité sexuelle, etc., conditionnent des personnes de telle sorte qu’elles ne sont plus capables de contracter un mariage valide, est incorrect. Le jeune homme ou la jeune femme sait dans son cœur ce qu’est le mariage, et une bonne préparation peut même l’y aider, et donc, même si au sein de la société il existe toutes sortes de pressions contraires au mariage, cette jeune personne peut bien choisir le mariage tel qu’il est véritablement. La seule manière de dire qu’un mariage est invalide est de montrer qu’un individu donné a assorti à son consentement au mariage le droit de divorcer ou  le droit à l’infidélité. En d’autres termes : en donnant son consentement à épouser une personne, il s’est réservé le droit de divorcer ou le droit d’avoir des relations sexuelles avec un autre partenaire.
— Depuis l’enfance j’ai appris au catéchisme que la vocation virginale est objectivement supérieure au mariage, qui est l’état ordinaire de l’homme. Cela a-t-il changé ?
— Non, pas du tout. Il s’agit là de l’enseignement constant de l’Eglise. C’est dans l’Évangile, c’est dans les Pères de l’Eglise, cela n’a pas changé – étant donné aussi que la continence parfaite de la virginité représente la perfection de l’amour et qu’elle est donc une source d’inspiration et aussi de force pour les époux, afin de vivre chastement leur relation réciproque. C’est cela aussi que veut dire Notre Seigneur lorsqu’Il nous dit que dans la vie du monde à venir, nous ne nous marierons ni ne serons donnés les uns aux autres en mariage car il y aura cette perfection de l’amour. Non, cet enseignement n’a pas changé.
— En ces temps de confusion, ne prêtons nous pas une trop grande attention à l’accomplissement de soi et aux fait de  »faire partie » d’une communauté, au lieu de nous rendre compte que notre but ultime et notre bonheur est dans le Christ ?
— Exactement. Notre attention devrait se focaliser totalement sur le fait de faire le bien pour ressembler au Christ ; sur notre fidélité, notre coopération avec sa grâce afin de croître dans sa ressemblance. Par ce moyen nous sommes alors reliés par la charité à tous nos frères et sœurs. Mais si nous ne concentrons pas notre attention sur la grâce, regardant toutes choses dans la perspective de l’éternité, alors nous tomberions dans une manière de penser mondaine, notre vie dans l’Eglise deviendrait une sorte de réalité politique, avec l’associationisme, et ainsi de suite. Mais notre lien dans l’Eglise, le lien entre nous qui est évidemment le plus profond des liens qui puissent exister, est la vie du Saint-Esprit en nous ; c’est l’amour du Christ en nous. Je suis très perturbé aujourd’hui par un langage ecclésial qui s’impose de plus en plus, qui est complètement mondain, et qui fait référence aux membres de l’Eglise comme s’ils étaient qui plus « conservateurs », qui plus « libéraux », et toute ces sortes de qualificatifs, comme si nous étions un corps constitué de partis politiques. Il existe une Foi, nous la partageons tous, et cela nous lie ensemble.
— Vous avez appelé les catholiques à dire le Rosaire pour la famille. Aimeriez-vous appeler nos lecteurs francophones à se joindre à cette initiative ?
— Je vous y encouragerais très fortement ! Il ne fait aucun doute que nous vivons des temps très  « Storm Heaven » ( « Prendre le ciel d’assaut »), qui demande la récitation d’un chapelet pour l’Eglise chaque mois. Évidemment nous les exhortons fortement à prier encore plus fréquemment, mais on peut espérer que cette récitation mensuelle, pour ainsi dire « solennelle » du Rosaire puisse également informer une attitude quotidienne de prière pour l’Eglise, tellement nécessaire.
difficiles dans l’Eglise aujourd’hui, et nous, en tant que membre du corps du Christ, devons prier ardemment pour l’Eglise en notre temps. Et l’une des prières les plus puissantes que le Seigneur nous a données est le Rosaire. C’est pour cela que j’ai apporté un tel soutien à l’opération que nous avons baptisée, en anglais,
— Et vous-même, vous célébrez la messe…
— Oui, chaque premier jour du mois, je célèbre la sainte messe à toutes les intentions de ceux qui font partie de l’« Operation Storm Heaven ».
Propos recueillis par Jeanne Smits
© Photos : Olivier Figueras
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