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26 avril, 2025

Le cardinal Burke propose une neuvaine en vue du conclave, depuis ce 26 avril au 5 mai


Le cardinal Raymond Burke, cardinal électeur au conclave qui devrait s’ouvrir dans quelques jours, exhorte les fidèles à prier pour l’Eglise en ces jours graves. Voici la traduction française officielle de la prière qu’il a composée pour une neuvaine commençant aujourd’hui, ce 26 avril, et prenant fin le 5 mai prochain. Je la publie ci-dessous avec l’aimable autorisation de Son Eminence.





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Neuvaine pour le Sacré Collège des cardinaux rassemblés en vue du conclave pour élire le Pontife romain 
26 avril – 5 mai, 2025 

Me voici à genoux à vos pieds, ô Vierge Mère de Dieu, Notre-Dame de Guadalupe, mère compatissante de tous ceux qui vous aiment, qui vous implorent, qui vous cherchent et qui ont mis leur confiance en vous. Je viens vous supplier pour l’Église au moment où elle traverse une période de grandes épreuves et de grands dangers. De même que vous êtes venue au secours de l’Église à Tépotzátlan en 1531, daignez intercéder pour le Sacré Collège des cardinaux réuni à Rome pour élire le successeur de saint Pierre, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église universelle. 
En cette période de tumulte pour l’Église et pour le monde, plaidez auprès de votre Divin Fils afin que les cardinaux de la Sainte Église romaine, son Corps mystique, obéissent humblement aux inspirations du Saint-Esprit. Puissent-ils, par votre intercession, choisir l’homme le plus digne d’être le Vicaire du Christ sur terre. Avec vous, je mets toute ma confiance en Celui qui, seul, est notre secours et notre salut. Amen. 
Cœur de Jésus, salut de ceux qui placent leur confiance en vous, avez pitié de nous ! 
Notre Dame de Guadalupe, Vierge Mère de Dieu et Mère de la Divine Grâce, priez pour nous ! 
Cardinal Raymond Leo BURKE
24 avril 2025
*


(Je remarque que le dernier jour de la neuvaine tombe le 5 mai, fête liturgique de saint Pie V dans le rite traditionnel. Que ce pape, dont le pontificat fut marquée par l’unification de la liturgie latine et le combat victorieux de Lépante sur les Ottomans par la puissance du Rosaire, nous obtienne un digne et saint successeur de saint Pierre ! – J.S.)

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02 octobre, 2023

La réponse du pape François aux premiers “dubia” soumis par les cardinaux Burke, Sarah, Brandmüller, Sandoval et Zen

Après la publication des dubia au sujet de thèmes à traiter par le synode, et de leur version reformulée, je vous propose ci-dessous la version intégrale de la réponse adressée dans un premier temps par le pape François : celle qui a conduit les cardinaux Brandmüller, Burke, Sandoval, Sarah et Zen a reformuler leurs questions et à demander ce qu'il est d'usage d'obtenir en ce cas de figure, des réponses par oui ou par non.

La réponse du pape n'est en effet plus considérée comme privée depuis que le Dicastère pour la Doctrine de la foi en a publié de larges extraits. La réponse du pape était datée du lendemain du jour où les premiers dubia étaient soumis. Vu son style, ses idées force et ses méandres, je soupçonne à titre privé Mgr Victor Manuel Tucho Fernandez d'en être l'auteur.  Si je me trompe, j'observe en tout cas que c'est le dicastère qu'il préside qui, ne perdant guère de temps, a réagi aussitôt que les cinq cardinaux ont rendu leurs dubia publics.

Voici ce texte, dont une apparente maladresse de traduction (« Je crois que ces réponses pourront satisfaire vos questions ») correspond au charabia du texte original…

Saluons tout de même le tour de force de que constitue cette réponse de plus de 2.700 mots en moins de 24 heures après la soumission des dubia.  Il faut croire que tous les dossiers sont prêts pour justifier la grande révolution en cours.

J.S.

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Vatican, Santa Marta, 11 juillet 2023


Aux très éminents cardinaux
Walter BRANDMÜLLER
Raymond Leo BURKE


Mes chers frères,

Je vous écris pour faire suite à votre lettre du 10 juillet dernier. Dans cette lettre, vous avez voulu attirer mon attention sur quelques dubia qui, à votre avis, sont liés, dans une certaine mesure, au processus mis en œuvre en vue du prochain Synode des évêques sur le thème de la synodalité.

À cet égard, je voudrais partager avec vous quelques apects très importants. Avec le prochain synode, j’ai fortement désiré mettre en œuvre un processus qui implique la participation d’une partie vraiment significative de tout le peuple de Dieu.

Tout au long de ce chemin, avec l’aide et l’inspiration de l’Esprit Saint, nous avons pu recueillir « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes d’aujourd’hui, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » et nous avons pu, une fois de plus, faire l’expérience que ces joies, ces espoirs, ces tristesses et ces angoisses « sont ont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (Gaudium et spes, 1).

C’est précisément pour répondre pleinement à tout cela que, dans ce processus – dont il est bon de rappeler qu’il se poursuivra jusqu’en octobre 2024 – ont été également recueillies des questions et des consultations sur la structure (participation et communion) et la mission de l’Église dans le temps qu’il nous revient de vivre.

Avec une grande sincérité, je vous dis qu’il n’est pas très bon d’avoir peur de ces points d’interrogation et de ces questions. Le Seigneur Jésus, qui a promis à Pierre et à ses successeurs une assistance indéfectible dans la tâche de prendre soin du peuple saint de Dieu, nous aidera, également grâce à ce Synode, à nous maintenir toujours davantage dans un dialogue constant avec les hommes et les femmes de notre temps et dans une fidélité totale au saint Évangile.

Cela dit, bien qu’il ne me semble pas toujours prudent de répondre aux questions qui me sont directement adressées (parce qu’il serait impossible de répondre à chacune d’entre elles), dans le cas présent, je pense qu’il est opportun de le faire en raison de la proximité du Synode.

Concrètement :

Question 1

a) La réponse dépend du sens que vous, vous donnez au mot « réinterpréter ». Si l’on entend par là « mieux interpréter », l’expression est valide. En ce sens, le Concile Vatican II a affirmé qu’il est nécessaire que le travail des exégètes – et j’ajoute, celui des théologiens – « mûrisse le jugement de l’Église » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, 12).

b) Par conséquent, s’il est vrai que la Révélation divine est immuable et qu’elle lie toujours, l’Église doit être humble et reconnaître qu’elle n’en épuise jamais l’insondable richesse et qu’elle a besoin de grandir dans sa compréhension.

c) Par conséquent, elle mûrit également dans la compréhension de ce qu’elle a elle-même affirmé dans son Magistère.

d) Les changements culturels et les nouveaux défis de l’histoire ne modifient pas la Révélation, mais ils peuvent en revanche nous stimuler à mieux expliquer certains aspects de sa richesse débordante qui offre toujours davantage.

e) Il est inévitable que cela conduise à une meilleure expression de certaines déclarations passées du Magistère, et de fait, c’est ainsi que les choses se sont passées tout au long de l’histoire.

f) D’un autre côté, il est certain que le Magistère n’est pas supérieur à la Parole de Dieu, mais il est également vrai que tant les textes de l’Écriture que les témoignages de la Tradition nécessitent une interprétation qui permet de distinguer leur substance pérenne des conditionnements culturels. Cela est évident, par exemple, dans les textes bibliques (comme Ex. XXI, 20-21) et dans certaines interventions magistérielles qui toléraient l’esclavage (cf. Nicolas V, Bulle Dum Diversas, 1452). Il ne s’agit pas d’un thème mineur, étant donné son rapport intime avec la vérité éternelle de la dignité inaliénable de la personne humaine. Ces textes doivent être interprétés. Il en va de même pour certaines considérations du Nouveau Testament sur les femmes (1 Cor. XI, 3-10 ; 1 Tm II, 11-14) et pour d’autres textes de l’Écriture et témoignages de la Tradition qui aujourd’hui, ne peuvent être matériellement répétés.

g) Il est important de souligner que ce qui ne peut pas changer, c’est ce qui a été révélé « pour le salut de toutes les nations » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, 7). C’est pourquoi l’Église doit constamment discerner entre ce qui est essentiel au salut et ce qui est secondaire ou moins directement lié à cet objectif. À cet égard, je trouve intéressant de rappeler ce que disait saint Thomas d’Aquin : « plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances » (Summa Theologiae I-II, q. 94, art. 4).

h) Enfin, une formulation unique d’une vérité ne sera jamais correctement comprise si elle est isolée du contexte riche et harmonieux de l’ensemble de la Révélation. La « hiérarchie des vérités » implique également de placer chacune d’entre elles en relation avec les vérités plus centrales et avec la totalité de l’enseignement de l’Église. En fin de compte, cela peut donner lieu à différentes manières d’exposer la même doctrine, même si « à ceux qui rêvent une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite. Mais la réalité est que cette variété aide à manifester et à mieux développer les divers aspects de la richesse inépuisable de l’Évangile » (Evangelii Gaudium, 40). Chaque ligne théologique comporte ses risques, mais aussi ses opportunités.

Question 2

a) L’Eglise a une conception très claire du mariage : une union exclusive, stable et indissoluble entre un homme et une femme, naturellement ouverte à la génération d’enfants. Elle n’appelle « mariage » que cette seule union. Les autres formes d’union ne le réalisent qu’« en partie et par analogie » (Amoris Laetitia, 292), c’est pourquoi elles ne peuvent pas être appelées « mariage » au sens strict.

b) Il ne s’agit pas seulement d’une question de noms : au contraire la réalité que nous appelons mariage a une constitution essentielle unique qui requiert un nom exclusif, qu’on ne peut appliquer à d’autres réalités. Sans aucun doute s’agit-il de bien plus qu’un simple « idéal ».

c) C’est pourquoi l’Église évite toute forme de rite ou de sacramental qui pourrait contredire cette conviction et donner à entendre que l’on reconnaît comme mariage ce qui n’en est pas un.

d) Toutefois, dans les relations avec les personnes, il ne faut pas perdre la charité pastorale qui doit passer par toutes nos décisions et nos attitudes. La défense de la vérité objective n’est pas la seule expression de cette charité qui est aussi faite d’amabilité, de patience, de compréhension, de tendresse et d’encouragement. Nous ne pouvons donc pas nous constituer en juges qui ne font que refuser, rejeter, exclure.

e) La prudence pastorale doit donc correctement discerner s’il existe des formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne véhiculent pas une conception erronée du mariage. En effet, lorsqu’on demande une bénédiction, il s’agit d’une demande d’aide adressée à Dieu, d’une prière pour pouvoir vivre mieux, d’une confiance en un Père qui peut nous aider à vivre mieux.

f) D’autre part, même s’il existe des situations qui, d’un point de vue objectif, ne sont pas moralement acceptables, la même charité pastorale exige que nous ne traitions autrui de « pécheur », sans plus, alors que la culpabilité ou la responsabilité des personnes peut être atténuée par divers facteurs qui ont une incidence sur l’imputabilité subjective (cf. S. Jean-Paul II, Reconciliatio et Paenitentia, n. 17).

g) Les décisions qui, en des circonstances déterminées, peuvent relever de la prudence pastorale, ne doivent pas nécessairement être converties en normes. En d’autres termes, il n’est pas opportun qu’un diocèse, une Conférence des évêques ou toute autre structure ecclésiale autorise constamment et officiellement des procédures ou des règles pour chaque type d’affaire, puisque tout ce qui « fait partie d’un discernement pratique face à une situation particulière ne peut être élevé à la catégorie d’une norme », car cela « donnerait lieu à une casuistique insupportable » (Amoris Laetitia, n. 304). Le droit canonique ne doit pas et ne peut pas tout englober, et les Conférences épiscopales ne peuvent pas non plus prétendre faire cela avec leurs divers documents et protocoles, parce que la vie de l’Église passe par de nombreux canaux outre les canaux normatifs.

Question 3

a) S’il est vrai que vous reconnaissez bien que l’autorité suprême et pleine de l’Église est exercée soit par le Pape en vertu de sa charge, soit par le collège des évêques en union avec son chef, le Pontife romain (cf. Concile œcuménique II, Const. dogmatique Lumen Gentium, 22), cependant, avec ces dubia, vous manifestez vous-mêmes votre besoin de participer, de donner librement votre opinion et de collaborer, et vous revendiquez ainsi une certaine forme de « synodalité » dans l’exercice de mon ministère.

b) L’Église est un « mystère de communion missionnaire », mais cette communion n’est pas seulement affective ou éthérée, elle implique au contraire nécessairement une participation réelle : il faut que non seulement la hiérarchie, mais tout le Peuple de Dieu, de différentes manières et à différents niveaux, puisse faire entendre sa voix et se sentir partie prenante du cheminement de l’Église. En ce sens, nous pouvons vraiment dire que la synodalité, en tant que style et dynamisme, est une dimension essentielle de la vie de l’Église. Sur ce point, saint Jean-Paul II a dit de très belles choses dans Novo Millennio Ineunte.

c) Il en va tout autrement de sacraliser ou d’imposer une méthodologie synodale particulière qui plaît à un groupe, pour en faire la norme et le canal obligatoire pour tous, car cela ne conduirait qu’à « congeler » le chemin synodal, en ignorant les caractéristiques diverses des différentes Églises particulières et la richesse variée de l’Église universelle.


Question 4

a) « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel (…) ont entre eux une différence essentielle » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, 10). Il ne convient pas de soutenir une différence de degré qui implique de considérer le sacerdoce commun des fidèles comme étant de « deuxième catégorie » ou de moindre valeur (« un degré inférieur »). Les deux formes de sacerdoce s’éclairent et se soutiennent mutuellement.

b) Lorsque saint Jean-Paul II a enseigné que l’impossibilité de conférer l’ordination sacerdotale aux femmes doit être affirmée « de manière définitive », il ne dénigrait nullement les femmes et ni ne donnait un pouvoir suprême aux hommes. Saint Jean-Paul II a également affirmé d’autres choses. Par exemple, que lorsque l’on parle de pouvoir sacerdotal, « nous sommes dans le concept de la fonction, non de la dignité et de la sainteté » (saint Jean Paul II, Christifideles Laici, 51). Ce sont des mots que nous n’avons pas suffisamment accueillis. Il a aussi clairement maintenu que s’il est vrai que seul le prêtre préside l’Eucharistie, les tâches « ne justifient aucune supériorité des uns sur les autres » (St. Jean Paul II, Christifideles Laici, note 190 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la foi, Déclaration Inter Insigniores, VI). Il a également déclaré que si la fonction sacerdotale est « hiérarchique », elle ne doit pas être comprise comme une forme de domination, mais comme étant « totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ » (saint Jean-Paul II, Mulieris Dignitatem, 27). Si l’on ne comprend pas cela et qu’on ne tire pas les conséquences pratiques de ces distinctions, il sera difficile d’accepter que le sacerdoce soit réservé aux seuls hommes, et nous ne pourrons pas reconnaître les droits des femmes ni la nécessité pour elles de participer, de diverses manières, à la conduite de l’Église.

c) D’autre part, pour être rigoureux, nous devons reconnaître qu’on n’a pas encore développé une doctrine claire, et qui fasse autorité, sur la nature exacte d’une « déclaration définitive ». Il ne s’agit pas d’une définition dogmatique, et pourtant elle doit être respectée par tous. Personne ne peut la contredire publiquement, et elle peut néanmoins faire l’objet d’études, comme c’est le cas pour la question de la validité des ordinations dans la Communion anglicane.

Question 5

a) Le repentir est nécessaire à la validité de l’absolution sacramentelle et implique l’intention de ne pas pécher. Mais ici il n’y a pas de mathématiques, et une fois de plus je dois vous rappeler que le confessionnal n’est pas un bureau de douane. Nous ne sommes pas des maîtres, mais d’humbles intendants des sacrements qui nourrissent les fidèles, car ces dons du Seigneur, plutôt que des reliques à conserver avec soin, sont des aides de l’Esprit Saint pour la vie des personnes.

b) Il y a de nombreuses façons d’exprimer le repentir. Souvent, chez les personnes dont l’estime de soi est très blessée, se déclarer coupable est une torture cruelle, mais le fait même de s’approcher de la confession est une expression symbolique du repentir et de la recherche de l’aide divine.

c) Je voudrais également rappeler que « parfois, il nous coûte beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu dans la pastorale » (Amoris Laetitia, 311), mais nous devons apprendre à le faire. À la suite de saint Jean-Paul II, je soutiens non seulement que nous ne devons pas exiger des fidèles des objectifs d’amendement trop précis et certains, qui finissent au fond par être abstraits, voire égocentriques, mais aussi que même la prévisibilité d’une nouvelle chute ne préjuge pas de l’authenticité de l’intention (saint Jean-Paul II, Lettre au cardinal William W. Baum et aux participants au cours annuel de la Pénitencerie apostolique, 22 mars 1996, 5).

d) Enfin, il doit être clair que toutes les conditions habituellement attachées à la confession ne sont généralement pas applicables lorsque la personne se trouve dans une situation d’agonie ou lorsque ses capacités mentales et psychiques sont très limitées.


Mes chers frères,
Je crois que ces réponses pourront satisfaire vos questions.
N’oubliez pas de prier pour moi. Je le fais pour vous.

Fraternellement,
Francisco



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Les cardinaux Burke, Sarah, Zen, Sandoval et Brandmüller présentent des “dubia” au pape et interpellent les laïcs





Honneur aux cardinaux Walter Brandmüller, Raymond Leo Burke, Juan Sandoval Iñiguez, Robert Sarah et Joseph Zen Ze-Kiun ! Ces cinq princes de l’Eglise dont la position éminente dans la hiérarchie ecclésiastique leur confère la lourde responsabilité de conseiller le souverain pontife et les engage à mourir, s’il le faut, pour la défense de la foi, ont présenté au pape François le 10 juillet dernier cinq « dubia », qu’ils rendent publics ce jour en appelant les fidèles à en prendre connaissance et à prier pour l’Eglise. Ils y mettent en exergue les tendances les plus discutables qui se dessinent parmi nombre de participants ou d’agitateurs ecclésiastiques, cardinaux et évêques y compris, qui réclament des changements impossibles sans se voir rappeler à l’ordre.

Leur démarche, qui s’est complétée d’une reformulation des dubia parce qu’une première réponse du pape, adressée de manière privée à deux des signataires (on en saisit partiellement la teneur dans le texte de la reformulation), n’avait pas fait la clarté comme l'exige la formule, est la manifestation d’un grand souci de l’Eglise partagé par cinq cardinaux. Non seulement ils ont dû en discuter ensemble, mais ils se sont mis d’accord sur des idées, des mots, et pour tout dire des questions montrant à quel point ils jugent la situation actuelle grave. Leur approche concertée est ainsi un signe d’espérance. Des membres éminents de la hiérarchie, parmi lesquels deux cardinaux électeurs, Burke et Sarah, sont prêts à se dresser pour défendre la foi.

Leur démarche rappelle la soumission, en 2016, de cinq dubia par quatre cardinaux – les cardinaux Burke et Brandmüller, que l’on retrouve ici, et les cardinaux Meisner et Caffarra, décédés depuis – après la publication d’Amoris laetitia, et l’ouverture à l’accès à la communion pour les divorcés engagés dans une nouvelle union civile alors que leur mariage était valide. Ces questions n’avaient pas reçu la moindre réponse.

Ce n’eût pourtant pas été bien compliqué pour le pape de réagir : le dubium est une question formelle posée par un prélat au Saint-Siège, appelant une réponse par « oui » ou par « non », sans argumentation théologique. Absence de réponse en 2016, réponse ne respectant pas les règles des dubia en 2023 : décidément, c’est la confusion qui demeure le maître mot de ce pontificat.

Cette fois, c’est sur des points essentiels que portent les questions des cardinaux, des questions plus fondamentales et potentiellement plus graves qu’en 2016 car il s’agit de réagir à un état d’esprit révolutionnaire qui s’est installé parmi les cercles apparemment les plus écoutés et les plus influents au synode au sujet de la nature même de l’Eglise.

Comme le montrent les dubia des cardinaux Burke, Brandmüller, Sandoval, Sarah et Zen, il s’agit de points majeurs qui ne souffrent en réalité aucune discussion.

J’en publie ci-dessous, avec l’aimable autorisation du cardinal Burke, les deux versions successives avec en exergue une « notification aux fidèles » signée à la date du 2 octobre par les cinq cardinaux à la veille de l’ouverture de la première étape du synode sur la synodalité.
Il faut bien comprendre en effet que les questions posées par les cardinaux sont des appels à redire sans détours l’enseignement de l’Eglise du Christ, et qu’elles résument en quelque sorte les plus graves des dérives doctrinales de prélats progressistes. Ces derniers mois, la dénonciation de ces dérives s’est faite plus audible : en demandant au pape un simple rappel de l’enseignement de l’Eglise, les dubia mettent le saint-père en mesure de « confirmer ses frères dans la foi » et cela ne saurait être interprété comme une manière de le mettre en porte-à-faux.

Ces points, on les connaît, vu l’effervescence qui les entoure depuis des mois. Il s’agit au premier chef de la volonté, exprimée par certains, de procéder à une « réinterprétation » de la Révélation en fonction des changements culturels de notre temps.

Ou encore – blasphème inouï – de la possibilité de bénir les couples homosexuels, affirmée par exemple par Mgr Heiner Koch, archevêque de Berlin, qui déclarait fin août qu’il ne sanctionnerait pas les prêtres de son diocèse qui procéderaient à de telles bénédictions.

La question de la synodalité présentée comme « dimension constitutive de l’Eglise » est également posée : n’est-on pas en train de transformer un organe consultatif du pape, le synode des évêques, en autorité à part entière ?

On peut ajouter ici en parenthèse la remarque récente du cardinal Müller : « Les évêques participent à leur charge en exerçant une responsabilité collégiale pour toute l’Eglise avec le Pape. Si les laïcs y participent avec le droit de vote, il ne s’agit plus d’un synode d’évêques ou d’une conférence ecclésiastique, puisqu’il n’y a pas l’autorité d’enseignement apostolique du collège épiscopal. »

Ce qui montre bien, et il faudra le dire et le répéter, que ceci n’est pas un synode !

Le 4e dubium porte sur l’affirmation de certains pasteurs et théologiens selon laquelle la « théologie de l’Eglise à changé », de telle sorte qu’au vu des circonstances actuelles on pourrait conférer l’ordination sacerdotale aux femmes – ainsi l’a déclaré récemment l’évêque suisse Mgr Fémix Gmür, président de la conférence épiscopale helvétique.

Le 5e des dubia, enfin, porte sur l’insistance du pape quant au devoir pour le prêtre qui confesse d’absoudre sacramentellement « tout le monde, toujours », sans exiger la contrition (ni, par conséquent, l’intention de ne plus pécher).

Dans tous les cas, les cinq cardinaux rappellent les sources de la doctrine clairement établie de l’Eglise en ces matières.

Dans la deuxième version, adressée au pape François le 21 août dernier et restée sans réponse à ce jour, les cardinaux Brandmüller, Burke, Sandoval, Sarah et Zen précisent la portée de leurs questions et les reformulent de manière plus resserrée, plus vive.

Voici donc ci-dessous la « Notification » des cardinaux aux « fidèles du Christ », suivie des deux versions successives des dubia.

Jeanne Smits

*

Notification aux fidèles du Christ (can. 212 § 3)
au sujet des “Dubia” soumis au Pape François


Chers frères et sœurs dans le Christ,

Nous, membres du Sacré Collège des Cardinaux, en vertu du devoir de tous les fidèles « de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église » (can. 212 § 3), et surtout en vertu de la responsabilité incombant aux Cardinaux d’assister « le Pontife Romain… individuellement… surtout dans le soin quotidien de l’Église tout entière » (can. 349), au vu de diverses déclarations de prélats haut placés se rapportant à la célébration du prochain Synode des Évêques, déclarations ouvertement contraires à la doctrine et à la discipline constantes de l’Église, et qui ont engendré et continuent d’engendrer parmi les fidèles et les autres personnes de bonne volonté une grande confusion ainsi que la chute dans l’erreur, nous avons manifesté au Pontife romain notre très profonde préoccupation. Par notre lettre du 10 juillet 2023, recourant à la pratique éprouvée de la soumission de dubia [questions] à un supérieur pour donner à ce dernier l’occasion de clarifier, par ses responsa [réponses], la doctrine et la discipline de l’Église, nous avons soumis cinq dubia au pape François, dont une copie est jointe [ci-dessous]. Le pape François y a répondu par lettre du 11 juillet 2023.

Ayant étudié sa lettre qui ne suivait pas la pratique habituelle des responsa ad dubia [réponses aux questions], nous avons reformulé les dubia pour obtenir une réponse claire fondée sur la doctrine et la discipline pérennes de l’Église. Par notre lettre du 21 août 2023, nous avons soumis au Pontife romain les dubia reformulés, dont une copie est jointe en annexe. À ce jour, nous n’avons pas reçu de réponse à ces dubia reformulés.

Étant donné la gravité de la matière de ces dubia, et spécialement en raison de l’imminence de la session du Synode des Évêques mentionnée plus haut, nous estimons qu’il est de notre devoir de vous informer, vous les fidèles (can. 212 § 3), afin que vous ne soyez pas sujets à la confusion, à l’erreur et au découragement, mais que vous puissiez prier pour l’Église universelle et, en particulier, pour le Pontife romain, afin que l’Évangile soit enseigné avec toujours plus de clarté, et suivi avec une fidélité toujours croissante.

Bien vôtres dans le Christ,


  Walter Cardinal Brandmüller

Raymond Leo Cardinal Burke

Juan Cardinal Sandoval Íñiguez

Robert Cardinal Sarah

Joseph Cardinal Zen Ze-kiun

Rome, le 2 Octobre 2023


*


Première formulation des “Dubia” 

1. Dubium à propos de l’affirmation selon laquelle nous devons réinterpréter la Révélation divine en fonction des changements culturels et anthropologiques à la mode.

A la suite des déclarations de certains évêques, ni corrigées, ni rétractées, il est demandé si, dans l’Eglise, la Révélation divine doit être réinterprétée en fonction des changements culturels de notre temps et de la nouvelle vision anthropologique que ces changements favorisent ; ou si la Révélation divine lie pour toujours, est immuable et ne peut donc être contredite, comme l’affirme l’enseignement du Concile Vatican II selon lequel à Dieu qui révèle est due l’obéissance de la foi (Dei Verbum 5) ; que ce qui est révélé pour le salut de tous doit demeurer « toujours en son intégrité » et transmis « à toutes les générations » (7) ; et que le progrès de la compréhension n’implique aucun changement dans la vérité des choses et des mots, parce que la foi « leur a été une fois pour toutes transmise » (8), et que le Magistère n’est pas supérieur à la Parole de Dieu, mais qu’il enseigne seulement ce qui a été transmis (10).

2. Dubium à propos de l’affirmation selon laquelle la pratique généralisée de la bénédiction des unions homosexuelles serait en accord avec la Révélation et le Magistère (CEC 2357).

Selon la Révélation divine, confirmée par l’Ecriture Sainte, que l’Eglise « par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, (…) écoute (…) avec amour, (elle) la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité (Dei Verbum 10) : « Au commencement », Dieu créa l’homme à son image, homme et femme il les créa, et les bénit pour qu’ils soient féconds (cf. Gn I, 27-28), et l’apôtre Paul enseigne que la négation de la différence sexuelle est la conséquence de la négation du Créateur (Rm I, 24-32). Il est demandé : l’Église peut-elle déroger à ce « principe », en le considérant, contrairement à ce qu’enseignait Veritatis Splendor 103, comme un simple idéal, et en acceptant comme un « bien possible » des situations objectivement peccamineuses, telles les unions homosexuelles, sans trahir la doctrine révélée ?

3. Dubium à propos de l’affirmation selon laquelle la synodalité est une « dimension constitutive de l’Église » (Constitution apostolique Episcopalis Communio 6), de sorte que l’Église serait, par sa nature même, synodale.

Étant donné que le Synode des évêques ne représente pas le Collège des évêques, n’étant qu’un organe consultatif du Pape, et que les évêques, en tant que témoins de la foi, ne peuvent pas déléguer leur confession de la vérité, il est demandé si la synodalité peut être le critère régulateur suprême du gouvernement permanent de l’Église sans altérer l’ordre constitutif voulu par son Fondateur, selon lequel l’autorité suprême et plénière de l’Église est exercée à la fois par le Pape en vertu de sa charge et par le Collège des évêques en union avec son chef le Pontife romain (Lumen Gentium 22).

4. Dubium à propos du soutien apporté par des pasteurs et des théologiens à la théorie selon laquelle « la théologie de l’Église a changé » et que, par conséquent, l’ordination sacerdotale peut être conférée à des femmes.

A la suite des déclarations de certains prélats, ni corrigées, ni rétractées, selon lesquelles la théologie de l’Eglise et le sens de la Messe ont changé avec Vatican II, il est demandé si l’enseignement du Concile Vatican II est encore valable, selon lequel « [le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique] ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré » (Lumen Gentium 10) et que les presbytres, du fait qu’il sont « investis par l’Ordre du pouvoir sacré d’offrir le Sacrifice et de remettre les péchés » (Presbyterorum Ordinis 2), agissent au nom et en la personne du Christ Médiateur, par qui le sacrifice spirituel des fidèles est rendu parfait. Il est en outre demandé si l’enseignement de la Lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis de saint Jean-Paul II, qui enseigne comme une vérité à tenir définitivement l’impossibilité de conférer l’ordination sacerdotale aux femmes, est toujours valide, de sorte que cet enseignement n’est plus soumis au changement ni à la libre discussion des pasteurs ou des théologiens.

5. Dubium à propos de l’affirmation « le pardon est un droit humain » et de l’insistance du Saint-Père quant au devoir d’absoudre tout le monde et toujours, de sorte que la contrition ne serait pas une condition nécessaire à l’absolution sacramentelle.

Il est demandé si l’enseignement du Concile de Trente, selon lequel la contrition du pénitent, qui consiste à détester le péché commis avec l’intention de ne plus pécher (Session XIV, Chapitre IV : DH 1676), est une condition nécessaire à la validité de la confession sacramentelle, est toujours en vigueur, de sorte que le prêtre doit différer l’absolution lorsqu’il est clair que cette condition n’est pas remplie. 

Cité du Vatican, 10 juillet 2023

Walter Card. BRANDMÜLLER 
 
Raymond Leo Card. BURKE 
 
Juan Card. SANDOVAL ÍÑIGUEZ 
 
Robert Card. SARAH 
 
Joseph Card. ZEN ZE-KIUN, S.D.B.

*

Deuxième formulation des “Dubia” 

A Sa Sainteté
FRANÇOIS
Souverain Pontife

Très Saint Père,

Nous vous sommes très reconnaissants des réponses que vous avez aimablement voulu nous adresser. Nous voudrions tout d’abord vous préciser que si nous vous avons posé ces questions, ce n’est pas par crainte du dialogue avec les hommes de notre temps, ni par peur des questions qu’ils pourraient nous poser au sujet de l’Évangile du Christ. Tout comme Votre Sainteté, nous sommes en effet convaincus de ce que l’Évangile apporte la plénitude à la vie humaine, et qu’il offre des réponses à chacune de nos interrogations. C’est une autre préoccupation qui nous anime : nous sommes inquiets de voir qu’il se trouve des pasteurs qui doutent de la capacité de l’Évangile à transformer le cœur des hommes et finissent par leur proposer non pas une saine doctrine, mais des « enseignements selon leurs propres désirs » (cf. 2 Tm 4, 3). Nous sommes également préoccupés par le fait qu’on ne comprenne pas que la miséricorde de Dieu ne consiste pas à couvrir nos péchés, mais qu’elle est bien plus grande, en ce qu’elle nous permet de répondre à son amour en gardant ses commandements, c’est-à-dire en nous convertissant et en croyant à l’Évangile (cf. Mc 1, 15).

Usant de même sincérité dont vous avez fait preuve à travers vos réponses, nous nous devons d’ajouter que celles-ci n’ont pas levé les doutes que nous avions exprimés, mais qu’elles les ont plutôt aggravés. Nous nous voyons donc dans l’obligation de soumettre à nouveau, en les reformulant, ces questions à Votre Sainteté, vous qui en tant que Successeur de Pierre êtes chargé par le Seigneur de confirmer vos frères dans la foi. Cela est d’autant plus urgent à la veille du prochain Synode, alors que beaucoup souhaitent utiliser celui-ci pour contredire la doctrine catholique, précisément sur les points sur lesquels portent nos dubia. Nous vous soumettons donc à nouveau nos questions, afin que vous puissiez y répondre simplement par « oui » ou par « non ».

1. Sa Sainteté insiste sur le fait que l’Église peut approfondir sa compréhension du dépôt de la foi. C’est en effet ce qu’enseigne Dei Verbum 8 et cela fait partie de la doctrine catholique. Votre réponse, cependant, ne saisit pas le sens de notre préoccupation. De nombreux chrétiens, y compris des pasteurs et des théologiens, soutiennent aujourd’hui que les changements culturels et anthropologiques de notre époque devraient pousser l’Église à enseigner le contraire de ce qu’elle a toujours enseigné. Cela concerne des questions qui ne sont pas secondaires, mais essentielles pour notre salut, telles la confession de foi, les conditions subjectives de l’accès aux sacrements, et l’observance de la loi morale. Nous voulons donc reformuler notre dubium : est-il possible que l’Église enseigne aujourd’hui des doctrines contraires à celles qu’elle enseignait auparavant en matière de foi et de morale, que ce soit par le Pape ex cathedra, ou selon les définitions d’un Concile œcuménique, ou encore selon le Magistère ordinaire universel des Évêques dispersés dans le monde (cf. Lumen Gentium 25) ?

2. Sa Sainteté a insisté sur le fait qu’il ne peut y avoir de confusion entre le mariage et d’autres types d’unions de nature sexuelle et que, par conséquent, tout rite ou bénédiction sacramentelle de couples de même sexe engendrant une telle confusion devrait être évité. Cependant notre préoccupation est d’un autre ordre : nous nous inquiétons du fait que la bénédiction des couples homosexuels puisse dans tous les cas susciter à confusion, pas seulement dans la mesure où elle pourrait les faire apparaître comme analogues au mariage, mais aussi en ce que les actes homosexuels seraient présentés en pratique comme un bien, ou tout au moins comme le bien possible que Dieu demande aux hommes dans leur cheminement vers Lui. Reformulons donc notre dubium : est-il possible que, dans certaines circonstances, un pasteur puisse bénir des unions entre personnes homosexuelles, laissant ainsi entendre que le comportement homosexuel en tant que tel ne serait pas contraire à la loi de Dieu et au cheminement de la personne vers Dieu ? En lien avec ce dubium, il est nécessaire d’en soulever un autre : l’enseignement constant du Magistère ordinaire universel, selon lequel tout acte sexuel en dehors du mariage, et en particulier les actes homosexuels, constituent un péché objectivement grave contre la loi de Dieu, indépendamment des circonstances dans lesquelles ils ont lieu et de l’intention avec laquelle ils sont accompli, est-il toujours valable ?

3. Vous avez insisté sur la dimension synodale de l’Église, en ce sens que tous, y compris les fidèles laïcs, sont appelés à participer et à faire entendre leur voix. Toutefois, notre difficulté est toute autre : le futur Synode sur la « synodalité » est aujourd’hui représenté comme si, en communion avec le Pape, il représentait l’Autorité Suprême de l’Église. Or, le Synode des évêques est un organe consultatif du Pape, il ne représente pas le Collège des évêques et il ne peut pas résoudre les questions qui y sont traitées ni émettre des décrets à leur sujet, à moins que, dans des cas bien déterminés, le Pontife romain, à qui il revient de ratifier les décisions du Synode, ne lui ait expressément conféré un pouvoir délibératif (cf. c. 343 C.I.C.). Il s’agit là d’un point décisif dans la mesure où ne pas impliquer le Collège des évêques dans des questions du genre de celles que le prochain Synode entend soulever et qui ont trait à la constitution même de l’Église, serait précisément en contradiction avec la racine de cette synodalité que le Synode prétend vouloir promouvoir. Permettez-nous donc de reformuler notre dubium : le Synode des évêques qui se tiendra à Rome, et qui ne comprendra qu’une sélection choisie de pasteurs et de fidèles, exercera-t-il, au sujet des questions doctrinales ou pastorales sur lesquelles il sera appelé à s’exprimer, l’autorité suprême de l’Église, qui appartient exclusivement au Pontife romain et, una cum capite suo, au Collège des Évêques (cf. can. 336 C.I.C.) ?

4. Dans sa réponse, Sa Sainteté a précisé que la décision de saint Jean-Paul II dans Ordinatio sacerdotalis doit être tenue pour définitive ; vous avez ajouté à juste titre qu’il est nécessaire de comprendre le sacerdoce, non pas en termes de pouvoir, mais en termes de service, afin de comprendre correctement la décision de notre Seigneur de réserver les Ordres sacrés aux seuls hommes. Néanmoins, dans le dernier point de votre réponse, vous ajoutez que la question peut encore être approfondie. Nous craignons que certains n’interprètent cette déclaration comme signifiant que la question n’a pas encore été définitivement tranchée. En fait, saint Jean-Paul II affirme dans Ordinatio sacerdotalis que cette doctrine a été enseignée infailliblement par le Magistère ordinaire et universel et qu’elle fait donc partie du dépôt de la foi. C’était la réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la foi à un dubium soulevé à propos de la lettre apostolique, et cette réponse a été approuvée par Jean-Paul II lui-même. Il nous faut donc reformuler notre dubium : l’Église pourrait-elle à l’avenir avoir la faculté de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes, contredisant ainsi le fait que la réservation exclusive de ce sacrement à des hommes baptisés appartient à la substance même du sacrement de l’ordre, que l’Église ne peut pas changer ?

5. Enfin, Sa Sainteté a confirmé l’enseignement du Concile de Trente selon lequel la validité de l’absolution sacramentelle requiert le repentir du pécheur, ce qui inclut l’intention de ne plus pécher. Et vous nous avez invités à ne pas douter de l’infinie miséricorde de Dieu. Nous voudrions réaffirmer que notre question ne résulte pas d’un doute sur la grandeur de la miséricorde de Dieu ; elle est née au contraire de la conscience de ce que cette miséricorde est assez grande pour nous rendre capables de nous convertir à Lui, de confesser notre faute et de vivre comme Il nous l’a enseigné. Cependant, certains pourraient interpréter votre réponse comme signifiant que le simple fait de s’approcher de la confession est une condition suffisante pour recevoir l’absolution, dans la mesure où cette démarche pourrait inclure implicitement la confession des péchés et le repentir. Nous voudrions donc reformuler notre dubium : un pénitent peut-il validement recevoir l’absolution sacramentelle si, tout en avouant un péché, il refuse de prendre d’une quelconque manière la résolution de ne pas le commettre à nouveau ?

Cité du Vatican, 21 août 2023

Walter Card. BRANDMÜLLER 
 
Raymond Leo Card. BURKE 
 
Juan Card. SANDOVAL ÍÑIGUEZ 
 
Robert Card. SARAH 
 
Joseph Card. ZEN ZE-KIUN

 

 
[Copie à Son Excellence Luis Francisco Card. LADARIA FERRER, S.J.]

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22 juin, 2021

Messes individuelles à Saint-Pierre de Rome : le cardinal Gambetti apporte des précisions en exaltant la concélébration

Le cardinal Mauro Gambetti vient de publier ce mardi une note « sur l’ordre des célébrations eucharistiques » en la basilique Saint-Pierre, après le coup de théâtre de mars dernier, où la Secrétairerie d’Etat, par une note signée du substitut Edgar Peña Parra, reléguait par principe les messes individuelles aux « grottes vaticanes », la crypte de la basilique.

Le cardinal Gambetti, franciscain et nouvel archiprêtre de la Basilique en remplacement du cardinal Comastri depuis février dernier, parle principalement de la concélébration aussi bien dans la note explicative que dans un entretien paru ce même jour sur Vatican News, le site d’informations officiel du Saint-Siège. Il le fait en suggérant que la concélébration a été depuis toujours la manière dont l’unicité du Corps du Christ et de la Messe a été signifiée, ce qui est évidemment faux.

Il évoque les exceptions possibles aux nouvelles règles qui limitent les messes dans la partie haute de la Basilique dans la tranche horaire de 7 à 9 heures du matin, traditionnellement dévolue aux célébrations individuelles à l’un des multiples autels le long de la nef, aux concélébrations prévues quotidiennement à heure fixe. La note de la Secrétairerie d’Etat prévoit que les prêtres accompagnant des groupes puissent célébrer individuellement dans l’une des chapelles de la crypte, tandis que les prêtres célébrant selon la forme extraordinaire (la note parle même de « rite extraordinaire ») doivent célébrer dans la Chapelle Clémentine, également dans la crypte, selon quatre tranches horaires.

Dans sa note, le cardinal Gambetti parle donc d’exceptions en affirmant expliciter la note, mais sans préciser si finalement elles visent les célébrations individuelles dans la partie haute de la Basilique ou celles dans la crypte. A vrai dire cela n’est pas clair du tout, et ce qu’on retiendra surtout, c’est que le cardinal présente la concélébration comme la règle à laquelle les célébrations individuelles ne feraient que déroger, et ce depuis toujours, faisant une citation parcellaire de Sacrosanctum Concilium n° 57 qui ne présentait nullement la concélébration comme la règle.

Le cardinal Gambetti se garde aussi de citer in extenso le canon 902 du code de droit canonique qui dispose : « A moins que l’utilité des fidèles ne requière ou ne conseille autre chose, les prêtres peuvent concélébrer l’Eucharistie, étant respectée la liberté pour chacun de la célébrer individuellement, mais pas quand il y a une concélébration dans la même église ou le même oratoire. »

Cette « liberté » à « respecter » (c’est donc un droit) n’est pas rappelée par le 
cardinal. En ce sens, et parce que la concélébration est exaltée avec une telle insistance, la note ne me paraît pas rassurante, même si l’on peut y lire une volonté de réaffirmer notamment les droits des prêtres et des laïcs attachés au missel de 1962.

Le rappel de la règle « dirimante » selon laquelle les messes individuelles ne doivent pas avoir lieu, selon le canon 902, dans l’église où une concélébration est en cours, indique assez clairement que le principe reste de renvoyer les messes individuelles dans la crypte.
Je vous laisse découvrir ci-dessous ma traduction de travail de la note et de l’entretien.


*


« Note de la Basilique Saint-Pierre sur l’ordre des célébrations eucharistiques »

Ayant reçu du Saint-Père le mandat de prendre soin et d’animer la vie liturgique de la basilique Saint-Pierre, je voudrais à partir du communiqué de la Secrétairerie d’État du 12 mars 2021 proposer quelques considérations qui, je l’espère, seront utiles pour comprendre les orientations tracées et pour choisir comment et quand vivre la célébration eucharistique dans la première tranche horaire du matin.

Le communiqué de la Secrétairerie d’État a établi certaines dispositions concernant la célébration des Saintes Messes dans la Basilique Saint-Pierre, afin de garantir qu’elles « se déroulent dans un climat de recueillement et de décorum liturgique ». Les indications se réfèrent à un contexte précis, à savoir l’organisation des actions liturgiques dans la tranche horaire comprise entre 7 et 9 heures.

Elles s’inspirent essentiellement de deux principes :

a. mettre en ordre les célébrations du point de vue de leur scansion temporelle et de leur qualité ;

b. accepter et prendre en compte, dans la mesure du possible, les désirs particuliers et légitimes des fidèles.

En effet, le contenu des déclarations proposées par le Secrétariat d’Etat peut être résumé comme suit :

a. entre 7 h et 9 h, les prêtres peuvent concélébrer l’une des messes horaires dans les lieux établis ; l’animation liturgique prévoit l’assistance d’enfants de chœur [NdT : « ministranti » ; la note parlait de lecteurs et de chantres] ;

b. des exceptions sont admises en ce qui concerne les lieux de célébration – à l’occasion de la mémoire d’un saint dont les restes sont conservés dans la basilique – et la tenue simultanée de certaines célébrations pour des groupes de pèlerins ou dans la forme extraordinaire du rite romain.

Pour faciliter la lecture, je rédige ces notes en suivant les deux points mentionnés ci-dessus.

A. Célébrations de 7 à 9 heures.

La manière d’organiser les célébrations du matin envisagée par le communiqué de la Secrétairerie d’État est l’occasion de rappeler le sens et la valeur de la concélébration eucharistique qui, comme l’ont rappelé les Pères du dernier Concile, fait partie de la Tradition de l’Église : « La concélébration, qui manifeste heureusement l’unité du sacerdoce, est restée en usage jusqu’à maintenant dans l’Église, en Occident comme en Orient. » (SC57). C’est pourquoi le Concile Vatican II, dans sa Constitution sur la Sainte Liturgie, a élargi la faculté pour les prêtres de concélébrer, et certains documents magistériels ont par la suite précisé les normes [1]. En ce sens, il peut être utile de rappeler certains cas dans lesquels le Magistère recommande la concélébration, comme par exemple à la Messe principale d’une église ou aux Messes à l’occasion de rencontres de prêtres, qu’ils soient séculiers ou religieux, quel que soit leur caractère (cf. SC 57 ; Présentation générale du Missel romain 199).

D’autre part, la nature même de la célébration est clairement définie dans Sacrosanctum Concilium, qui traite des normes découlant de la nature hiérarchique et communautaire de la liturgie : « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Église, elles le manifestent et elles l’affectent ; […]. Chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration communautaire avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée. Ceci vaut surtout pour la célébration de la messe (bien que la messe garde toujours sa nature publique et sociale), et pour l’administration des sacrements. » (SC 26-27).

Ainsi, l’assemblée réunie pour l’Eucharistie manifeste pleinement le mystère de l’Église, Corps vivant du Christ. Cela est rappelé par Lumen Gentium [2] quand celui-ci traite du sacerdoce commun exercé dans les sacrements, et cela est aussi clairement rappelé par le Catéchisme de l’Église catholique, qui affirme que c’est toute la communauté, le Corps du Christ uni à son Chef, qui célèbre (n. 1140). Dans cette perspective, on comprend comment le plus grand fruit de l’Eucharistie est obtenu par la participation à la même action, parce que cela exprime mieux le mystère qui est célébré [3].

Il est clair que tous ceux qui composent l’assemblée réunie pour l’Eucharistie participent à l’unique sacrifice et au seul sacerdoce du Christ, chacun selon son état et sa condition de vie : évêque, prêtre, diacre, baptisé, marié, religieux. Dans la Messe concélébrée par plusieurs prêtres, il n’y a aucune diminution de la valeur et des fruits du sacrifice eucharistique, mais au contraire une pleine exaltation de ceux-ci.

Un premier élément de discernement, dans notre contexte, est donc le suivant : lorsque cela est possible, il est plus qu’opportun que les prêtres concélèbrent, étant donné aussi le fait qu’il y a une alternance régulière de présidence pour les concélébrations qui ont lieu ordinairement dans la Basilique Saint-Pierre. Il en va de même pour les fidèles individuels et les groupes, qui sont invités à participer à la même messe afin qu’elle soit une expression de fraternité et non de particularismes qui ne reflètent pas le sens de la communion ecclésiale manifestée par la célébration eucharistique [4].

B. Les exceptions

Le Magistère enseigne que les exceptions aux situations dans lesquelles la concélébration est recommandée sont les cas dans lesquels le bénéfice des fidèles exige ou conseille de faire autrement [5].

En ce sens, il ne faut pas sous-estimer l’importance de la compréhension du langage de la liturgie dans l’ordre de la charité (cf. 1 Cor 14) et la valeur pastorale que peut avoir la célébration de l’Eucharistie pour un groupe de pèlerins, conformément aux rites existants de l’Église catholique.

A ces considérations s’ajoutent quelques éléments de la réalité caractérisant la Basilique qui doivent être dûment pris en compte :

– les dimensions de la basilique Saint-Pierre et son architecture permettent de répondre aux différents besoins de ceux qui souhaitent célébrer l’Eucharistie en groupe sans empiéter sur la concélébration qui a lieu dans les principaux lieux liturgiques ;

– La basilique Saint-Pierre est caractérisée par le ministère pétrinien de l’unité, de la miséricorde et de l’orthodoxie de la foi et accueille des pèlerins du monde entier ;
– dans le créneau horaire entre 7 h et 9 h, la fréquentation de la Basilique est numériquement limitée ;

– pour les célébrations avec le Missale Romanum de 1962, tout doit être fait pour répondre aux souhaits des fidèles et des prêtres, comme le prévoit le Motu Proprio Summorum Pontificum.

En outre, sans rien enlever à la légitimité de la célébration de la Messe par des prêtres individuels même lorsque les fidèles ne peuvent pas y participer [6], il faut reconnaître le caractère dirimant de la norme qui interdit de célébrer « de manière individuelle [...] au moment même où dans la même église ou le même oratoire a lieu la concélébration » [7]. 
 
Par conséquent, j’ai déjà donné des dispositions pour que les demandes de célébration dans la tranche horaire 7-9 heures par des groupes ayant des besoins spéciaux et légitimes soient accordées dans la mesure du possible. Les demandes de célébrations individuelles peuvent également être discernées au cas par cas, sans préjudice du principe selon lequel tout doit se dérouler dans un climat de recueillement et de bienséance, et en veillant à ce que ce qui est exceptionnel ne devienne pas la norme, déformant les intentions et le sens du Magistère.

De cette façon, je suis sûr que le chemin entrepris encouragera chaque prêtre et chaque fidèle à vivre les célébrations à Saint-Pierre d’une manière toujours plus ordonnée au bien, à la beauté et à la vérité.

Cité du Vatican, 22 juin 2021.
Card. Mauro Gambetti

Archiprêtre de la basilique pontificale de Saint-Pierre

_________________

NOTES

[1] Cf. par exemple : Présentation générale du Missel romain ; Déclaration sur la concélébration de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, 7 août 1972 ; CIC 902.

[2] « [Les fidèles] Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle ; ainsi, tant par l’oblation que par la sainte communion, tous, non pas indifféremment mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l’action liturgique. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. » (LG 11).

[3] Dans sa contribution Sacrifice, sacrement et prêtrise dans le développement de l’Église (in Annunciatori della Parola e servitori della vostra gioia, LEV, 2013), Joseph Ratzinger s’exprime ainsi : « Le véritable lieu d’existence de l’Église n’est pas une quelconque bureaucratie, ni même l’activité d’un groupe qui prétend être la “base”, mais l’“assemblée”. C’est l’Église en action […]. Plus exactement : le contenu de l’assemblée est la réception de la parole de Dieu, qui culmine dans le mémorial de la mort de Jésus, dans un mémorial qui réalise sa présence et signifie la mission. Il s’ensuit que toute assemblée est entièrement Église, puisque le corps du Seigneur ne peut pas ne pas être tout à chaque fois et que la parole de Dieu à son tour ne peut pas ne pas être tout. Il s’ensuit cependant, en même temps, que l’assemblée individuelle, la communauté individuelle, ne reste Église que si elle est dans le tout, dans l’unité avec les autres » (p. 82).

4] Sur le bien de la concélébration de l’Eucharistie, ce qui est indiqué pour les sanctuaires, est éclairant : voir le n° 268 du Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, Cité du Vatican 2002.

5] Cf. SC 57 ; Présentation générale du Missel romain 199 ; CIC 902.

6] Lorsque la participation des fidèles n’est pas possible, la célébration quotidienne de la messe est néanmoins recommandée aux prêtres. Le Concile l’enseigne dans le décret Presbyterorum Ordinis : « Dans le mystère du sacrifice eucharistique, où les prêtres exercent leur fonction principale, c’est l’œuvre de notre Rédemption qui s’accomplit sans cesse. C’est pourquoi il leur est vivement recommandé de célébrer la messe tous les jours ; même si les fidèles ne peuvent y être présents, c’est un acte du Christ et de l’Église » (n. 13).

*

Voici également ma traduction de l’entretien accordé par le cardinal Gambetti à Alessandro de Carolis pour Vatican News.

C’est le temple dans lequel chaque catholique rêve de vivre une Sainte Messe au moins une fois dans sa vie. Mais c’est précisément parce qu’elle est un pôle d’attraction de rites, de langues et de traditions – souvent à la recherche de leur propre espace de recueillement dans le plus grand espace ecclésial par excellence – que des règles et des précautions sont devenues nécessaires pour aider les fidèles et les prêtres à célébrer avec un décorum approprié. A propos des règles établies par la Secrétairerie d’État, le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique vaticane, fournit ici des exemples et des explications, surtout pour ces premières heures de la journée où, plus qu’à d’autres moments, les nefs de Saint-Pierre se transforment en « paroisse » du monde.

Quel est le but de cette note ?

L’intention est très simple, il s’agit de donner quelques explications car plusieurs personnes ont demandé des éclaircissements sur la communication que la Secrétairerie d’État avait faite en mars dernier. Mon souhait est donc d’offrir un cadre d’orientation avec quelques informations supplémentaires pour ceux qui souhaitent célébrer ou participer à la tranche horaire du matin, de 7 à 9 heures, qui est le contexte dans lequel s’inscrivent tant la communication du Secrétariat d’État que cette note.

Vous dites qu’il est plus qu’approprié pour les prêtres de concélébrer, car les actions liturgiques ne sont pas des actions privées. D’où vient cette affirmation ?

La remarque que j’ai faite découle précisément de cette réorganisation, pourrait-on dire, des célébrations du matin et s’applique aux prêtres, mais en réalité à tous les fidèles, car les prêtres le sont aussi. C’est l’occasion de réfléchir et peut-être de saisir encore plus profondément le sens de notre célébration. Je disais que cela s’applique à tout le monde parce que la messe dite individuelle, presque privée, est en soi une sorte de restriction par rapport à l’Église dite militante – comme on le disait autrefois –, mais ce principe est toujours valable. C’est une sorte de restriction car célébrer ensemble exprime pleinement le mystère de la foi que nous confessons, vivons et proclamons. C’est un aspect que l’Église a toujours enseigné, que le Concile a souligné et que le Magistère ultérieur a précisé, précisément pour essayer de mettre particulièrement en valeur le principe de l’unité de l’assemblée du Corps du Christ, qui en célébrant manifeste la beauté de notre foi.

Dans la note, vous mentionnez également quelques exceptions. Quelles sont-elles ?

L’objectif est d’offrir quelques critères pour comprendre quand les exceptions sont plus que légitimes, admissibles. Fondamentalement, il y a le fait que les exceptions sont au bénéfice des fidèles : en droit canonique, on dit que salus animarum suprema lex et cela s’applique également dans ce cas, c’est-à-dire que les exceptions sont faites parce que cela peut être au plus grand avantage des fidèles. Et donc, pour donner quelques exemples, s’il y a des groupes dont les langues ne vont pas bien ensemble, pour ainsi dire, avec l’italien ou le latin, il peut être opportun qu’ils célèbrent dans une chapelle à part. Ou bien, parfois, il y a des groupes qui viennent de régions ayant des rites différents, ou encore des pèlerinages thématiques liés à des voyages que font les fidèles, ou des anniversaires particuliers : eh bien, ce sont des exceptions compréhensibles que nous essayons de satisfaire pleinement et que nous accueillons d’ailleurs plus que volontiers lorsque cela profite aux personnes qui souhaitent concélébrer séparément. Et puis, évidemment, il y a des raisons d’opportunité, pour savoir si tout cela est compatible avec ce décorum, ce recueillement qui doit être maintenu dans l’église.

Que pouvez-vous dire de ceux qui souhaitent célébrer selon le rite romain en forme extraordinaire ?

En cela je me réfère à Summorum pontificum qui est clair et dit en substance d’exaucer le souhait des fidèles et des prêtres qui veulent célébrer avec le Missale Romanum de 1962. C’est ainsi que cela se passera ici aussi, rien ne l’empêche, en maintenant toujours le décorum et en veillant peut-être à ce qu’il n’y ait pas de chevauchement excessif par exemple… Pour ceux qui ont ce désir, même des prêtres individuels, les principes généraux que j’ai mentionnés précédemment s’appliquent : ce qui est une exception ne doit pas devenir la norme, sinon on risque de déformer le sens de l’enseignement de l’Église.

Depuis cette année, vous occupez les fonctions d’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, de vicaire général du pape pour la Cité du Vatican et de président de la Fabrique de Saint-Pierre. Comment vivez-vous ce nouveau service ? 

Je le vis précisément comme un service. Dans mon parcours, j’ai appris que lorsqu’on entre vraiment dans une attitude de service, celle-ci est en soi « libératrice », car on la vit sereinement, avec joie, voire simplement à travers la gratitude de pouvoir servir. Je dirais donc que je le vis bien, certes avec une certaine fatigue, mais aussi avec cette sérénité fondamentale et je remercie Dieu et aussi ceux qui m’entourent et m’aident de bien des manières.


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