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10 novembre, 2021

Mise en œuvre dure de “Traditionis custodes” à Rome : le Triduum pascal traditionnel proscrit, haro sur les autres sacrements en rite traditionnel

La lettre émane d’un cardinal, et du cardinal vicaire du diocèse de Rome, c’est dire sa proximité avec le pape François au nom duquel il prend ces décisions violentes : Angelo De Donatis vient de rendre publiques les dispositions locales pour la mise en œuvre de Traditionis custodes, où il interdit purement et simplement la célébration du Triduum pascal selon le missel de 1962. Il proscrit également la célébration des autres sacrements – et donc le baptême, la confirmation… – selon la liturgie traditionnelle de l’Eglise, alors même qu’ils ne sont pas visés par le Motu proprio cyniquement nommé Traditionis custodes.

Je vous propose ci-dessous ma traduction rapide de la lettre du cardinal De Donatis, publiée par le site Rorate caeli en italien et en anglais.

Vous verrez que les apostolats de la Fraternité Saint-Pierre (la Trinité des Pèlerins) et de l’Institut du Christ Roi (saints Celse et Julien) sont directement visés par ces cruelles dispositions qui privent les fidèles de Rome des offices traditionnels du Jeudi, Vendredi et Samedi Saints, et même du Dimanche de Pâques, dans tous les lieux où le rite traditionnel est autorisé.

Pour le reste de l’année, les exigences du cardinal de Donatis sont précises et nombreuses : aucun prêtre n’est autorisé à célébrer selon le rite traditionnel sans l’autorisation préalable de l’évêque diocésain. A Rome, cela veut dire, in fine, le pape lui-même. Qui porte donc la responsabilité ultime de ce tour de vis.

Le « Commissaire » provisoirement nommé pour régler ces questions est le P. Giuseppe Midili, directeur de l’Office liturgique du diocèse de Rome.

La lettre suggère également que la célébration de la messe du dimanche selon le missel de 1962 pourra être autorisée, mais non de manière systématique, dans les églises désignées par le cardinal : « Dans les églises de Saint Dominique et de Saint Sixte, de Saint Celse et de Saint Julien, de Saint Joseph à Capo le Case et de Sainte Anne au Latran, les fidèles peuvent participer à la célébration de l'Eucharistie selon le Missale Romanum de 1962, qui sera célébrée à l'heure convenue avec le Recteur de l'église et avec le responsable mentionné ci-dessus, et ce éventuellement aussi les dimanches et les jours de fête d'obligation (à l'exclusion du Triduum pascal). »

Le cardinal De Donatis ose terminer sa lettre avec les mots « je vous bénis avec affection »…

Voici sa traduction intégrale. – J.S.

*

VICARIATO DI ROMA

Rome, le 7 octobre 2021 [rendu public le 9 novembre 2021].

- À tous les prêtres engagés dans la pastorale du diocèse de Rome.
- À tous les fidèles du diocèse

Chers tous,

Le diocèse de Rome, accueillant les dispositions de la Lettre apostolique sous forme de motu proprio du Pape François Traditionis Custodes du 16 juillet 2021, entend, par la présente Lettre pastorale, poursuivre l’œuvre visant à « faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations » (Jean-Paul II, Litt. Ap. Motu proprio datae Ecclesia Dei, 2 juillet 1988), déjà réalisée dans la Ville depuis de nombreuses années.

A cette fin, il a semblé opportun de continuer à exercer une vive charité pastorale envers les fidèles qui « n’excluent pas la validité et la légitimité de la réforme liturgique, des écrits du concile Vatican II et du Magistère pontifical » (art. 3 §1, Traditionis Custodes) et qui souhaitent néanmoins participer à la célébration de l’Eucharistie selon le Missale Romanum de 1962. Pour le bien spirituel des fidèles, il convient d’offrir des coordonnées précises pour la mise en œuvre du motu proprio.

Le motu proprio établit que les « livres liturgiques promulgués par les saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux Décrets du concile Vatican II, sont la seule expression de la lex orandi du Rite romain » (art. 1, Traditionis Custodes) et que, par conséquent, il n’est plus possible d’utiliser le Rituel Romain et les autres livres liturgiques du « rite ancien » pour la célébration des sacrements et des sacramentaux (par ex, le Rituel pour la réconciliation des pénitents selon l’ancienne forme). L’usage des autres Ordines est donc actuellement expressément interdit et seul l’usage du Missale Romanum de 1962 reste autorisé.

En outre, tous les prêtres – diocésains ou religieux – qui souhaitent continuer à se prévaloir de la faculté de célébrer selon le Missale Romanum de 1962 sur le territoire du diocèse de Rome doivent au préalable y être autorisés par écrit par l’évêque diocésain (cf. art. 5, Traditionis Custodes).

Toutes les demandes concernant la mise en œuvre du Motu Proprio doivent être envoyées par écrit à moi-même, le Cardinal Vicaire, qui les réglera par l’intermédiaire d’un Commissaire désigné par moi pour la gestion ordinaire de tous les accomplissements qui relèvent de la compétence de l’Ordinaire diocésain, en particulier en vue de l’exercice correct des facultés reconnues par le M.P. aux fidèles qui entendent se prévaloir des prérogatives qui y sont prévues. Il est doté d’un pouvoir délégué (cf. c. 131 §1 C.I.C.) et sa fonction doit être maintenue distincte de celle prévue à l’art. 3 §4 du P.M., qui pour le moment ne sera pas activée dans le diocèse de Rome, car cela n’est pas nécessaire. En effet, je confirme que la tâche de s’occuper de la célébration digne de la liturgie eucharistique, ainsi que de l’assistance pastorale et spirituelle ordinaire de ces fidèles est confiée au curé pro tempore de la Santissima Trinità dei Pellegrini. Il exercera cette fonction animé par une vive charité pastorale et par le sens de la communion ecclésiale ; il agira en étroite communion et collaboration avec le titulaire susmentionné.

Compte tenu de ce qui précède, je décrète que le Directeur de l’Office liturgique du Vicariat de Rome exercera la fonction de Commissaire pro tempore pour la mise en œuvre du motu proprio Traditionis Custodes.

Pour ce qui est des déterminations spécifiques nécessaires, je décrète en outre ce qui suit :

– toutes les demandes spécifiquement liées à l’art. 3 §2 du motu proprio doivent mentionner explicitement l’église ou l’oratoire dans lequel la célébration est prévue (hormis les églises paroissiales, cf. art. 3 §2 Traditionis Custodes) ;

– tous les jours, hormis le Triduum pascal, les fidèles peuvent participer à la célébration de l’Eucharistie selon le Missale Romanum de 1962 dans la paroisse de Santissima Trinità dei Pellegrini (cf. art. 3 §5, Traditionis Custodes) ;

– dans les églises de Saint-Dominique et de SaintSixte, de Saint-Celse et de Saint-Julien, de Saint-Joseph à Capo-le-Case et de Sainte-Anne au Latran, les fidèles peuvent participer à la célébration de l’Eucharistie selon le Missale Romanum de 1962, qui sera célébrée à l’heure convenue avec le Recteur de l’église et avec le responsable mentionné ci-dessus, et ce éventuellement aussi les dimanches et les jours de fête d’obligation (à l’exclusion du Triduum pascal) ;

– les lectures seront toujours proclamées en italien, selon la traduction CE.I. 2008 (cf. art. 3 §3, Traditionis Custodes).

En comptant sur l’acceptation confiante par tous de ce que j’ai disposé, je vous bénis avec affection et vous accompagne de mes prières.

Angelo Card. DE DONATIS
Vicaire général de Sa Sainteté
pour le diocèse de Rome



© leblogdejeannesmits pour la traduction. (Merci à Bertrand du Forum catholique pour sa vigilante relecture !)

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© leblogdejeannesmits

22 juin, 2021

Messes individuelles à Saint-Pierre de Rome : le cardinal Gambetti apporte des précisions en exaltant la concélébration

Le cardinal Mauro Gambetti vient de publier ce mardi une note « sur l’ordre des célébrations eucharistiques » en la basilique Saint-Pierre, après le coup de théâtre de mars dernier, où la Secrétairerie d’Etat, par une note signée du substitut Edgar Peña Parra, reléguait par principe les messes individuelles aux « grottes vaticanes », la crypte de la basilique.

Le cardinal Gambetti, franciscain et nouvel archiprêtre de la Basilique en remplacement du cardinal Comastri depuis février dernier, parle principalement de la concélébration aussi bien dans la note explicative que dans un entretien paru ce même jour sur Vatican News, le site d’informations officiel du Saint-Siège. Il le fait en suggérant que la concélébration a été depuis toujours la manière dont l’unicité du Corps du Christ et de la Messe a été signifiée, ce qui est évidemment faux.

Il évoque les exceptions possibles aux nouvelles règles qui limitent les messes dans la partie haute de la Basilique dans la tranche horaire de 7 à 9 heures du matin, traditionnellement dévolue aux célébrations individuelles à l’un des multiples autels le long de la nef, aux concélébrations prévues quotidiennement à heure fixe. La note de la Secrétairerie d’Etat prévoit que les prêtres accompagnant des groupes puissent célébrer individuellement dans l’une des chapelles de la crypte, tandis que les prêtres célébrant selon la forme extraordinaire (la note parle même de « rite extraordinaire ») doivent célébrer dans la Chapelle Clémentine, également dans la crypte, selon quatre tranches horaires.

Dans sa note, le cardinal Gambetti parle donc d’exceptions en affirmant expliciter la note, mais sans préciser si finalement elles visent les célébrations individuelles dans la partie haute de la Basilique ou celles dans la crypte. A vrai dire cela n’est pas clair du tout, et ce qu’on retiendra surtout, c’est que le cardinal présente la concélébration comme la règle à laquelle les célébrations individuelles ne feraient que déroger, et ce depuis toujours, faisant une citation parcellaire de Sacrosanctum Concilium n° 57 qui ne présentait nullement la concélébration comme la règle.

Le cardinal Gambetti se garde aussi de citer in extenso le canon 902 du code de droit canonique qui dispose : « A moins que l’utilité des fidèles ne requière ou ne conseille autre chose, les prêtres peuvent concélébrer l’Eucharistie, étant respectée la liberté pour chacun de la célébrer individuellement, mais pas quand il y a une concélébration dans la même église ou le même oratoire. »

Cette « liberté » à « respecter » (c’est donc un droit) n’est pas rappelée par le 
cardinal. En ce sens, et parce que la concélébration est exaltée avec une telle insistance, la note ne me paraît pas rassurante, même si l’on peut y lire une volonté de réaffirmer notamment les droits des prêtres et des laïcs attachés au missel de 1962.

Le rappel de la règle « dirimante » selon laquelle les messes individuelles ne doivent pas avoir lieu, selon le canon 902, dans l’église où une concélébration est en cours, indique assez clairement que le principe reste de renvoyer les messes individuelles dans la crypte.
Je vous laisse découvrir ci-dessous ma traduction de travail de la note et de l’entretien.


*


« Note de la Basilique Saint-Pierre sur l’ordre des célébrations eucharistiques »

Ayant reçu du Saint-Père le mandat de prendre soin et d’animer la vie liturgique de la basilique Saint-Pierre, je voudrais à partir du communiqué de la Secrétairerie d’État du 12 mars 2021 proposer quelques considérations qui, je l’espère, seront utiles pour comprendre les orientations tracées et pour choisir comment et quand vivre la célébration eucharistique dans la première tranche horaire du matin.

Le communiqué de la Secrétairerie d’État a établi certaines dispositions concernant la célébration des Saintes Messes dans la Basilique Saint-Pierre, afin de garantir qu’elles « se déroulent dans un climat de recueillement et de décorum liturgique ». Les indications se réfèrent à un contexte précis, à savoir l’organisation des actions liturgiques dans la tranche horaire comprise entre 7 et 9 heures.

Elles s’inspirent essentiellement de deux principes :

a. mettre en ordre les célébrations du point de vue de leur scansion temporelle et de leur qualité ;

b. accepter et prendre en compte, dans la mesure du possible, les désirs particuliers et légitimes des fidèles.

En effet, le contenu des déclarations proposées par le Secrétariat d’Etat peut être résumé comme suit :

a. entre 7 h et 9 h, les prêtres peuvent concélébrer l’une des messes horaires dans les lieux établis ; l’animation liturgique prévoit l’assistance d’enfants de chœur [NdT : « ministranti » ; la note parlait de lecteurs et de chantres] ;

b. des exceptions sont admises en ce qui concerne les lieux de célébration – à l’occasion de la mémoire d’un saint dont les restes sont conservés dans la basilique – et la tenue simultanée de certaines célébrations pour des groupes de pèlerins ou dans la forme extraordinaire du rite romain.

Pour faciliter la lecture, je rédige ces notes en suivant les deux points mentionnés ci-dessus.

A. Célébrations de 7 à 9 heures.

La manière d’organiser les célébrations du matin envisagée par le communiqué de la Secrétairerie d’État est l’occasion de rappeler le sens et la valeur de la concélébration eucharistique qui, comme l’ont rappelé les Pères du dernier Concile, fait partie de la Tradition de l’Église : « La concélébration, qui manifeste heureusement l’unité du sacerdoce, est restée en usage jusqu’à maintenant dans l’Église, en Occident comme en Orient. » (SC57). C’est pourquoi le Concile Vatican II, dans sa Constitution sur la Sainte Liturgie, a élargi la faculté pour les prêtres de concélébrer, et certains documents magistériels ont par la suite précisé les normes [1]. En ce sens, il peut être utile de rappeler certains cas dans lesquels le Magistère recommande la concélébration, comme par exemple à la Messe principale d’une église ou aux Messes à l’occasion de rencontres de prêtres, qu’ils soient séculiers ou religieux, quel que soit leur caractère (cf. SC 57 ; Présentation générale du Missel romain 199).

D’autre part, la nature même de la célébration est clairement définie dans Sacrosanctum Concilium, qui traite des normes découlant de la nature hiérarchique et communautaire de la liturgie : « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Église, elles le manifestent et elles l’affectent ; […]. Chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration communautaire avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée. Ceci vaut surtout pour la célébration de la messe (bien que la messe garde toujours sa nature publique et sociale), et pour l’administration des sacrements. » (SC 26-27).

Ainsi, l’assemblée réunie pour l’Eucharistie manifeste pleinement le mystère de l’Église, Corps vivant du Christ. Cela est rappelé par Lumen Gentium [2] quand celui-ci traite du sacerdoce commun exercé dans les sacrements, et cela est aussi clairement rappelé par le Catéchisme de l’Église catholique, qui affirme que c’est toute la communauté, le Corps du Christ uni à son Chef, qui célèbre (n. 1140). Dans cette perspective, on comprend comment le plus grand fruit de l’Eucharistie est obtenu par la participation à la même action, parce que cela exprime mieux le mystère qui est célébré [3].

Il est clair que tous ceux qui composent l’assemblée réunie pour l’Eucharistie participent à l’unique sacrifice et au seul sacerdoce du Christ, chacun selon son état et sa condition de vie : évêque, prêtre, diacre, baptisé, marié, religieux. Dans la Messe concélébrée par plusieurs prêtres, il n’y a aucune diminution de la valeur et des fruits du sacrifice eucharistique, mais au contraire une pleine exaltation de ceux-ci.

Un premier élément de discernement, dans notre contexte, est donc le suivant : lorsque cela est possible, il est plus qu’opportun que les prêtres concélèbrent, étant donné aussi le fait qu’il y a une alternance régulière de présidence pour les concélébrations qui ont lieu ordinairement dans la Basilique Saint-Pierre. Il en va de même pour les fidèles individuels et les groupes, qui sont invités à participer à la même messe afin qu’elle soit une expression de fraternité et non de particularismes qui ne reflètent pas le sens de la communion ecclésiale manifestée par la célébration eucharistique [4].

B. Les exceptions

Le Magistère enseigne que les exceptions aux situations dans lesquelles la concélébration est recommandée sont les cas dans lesquels le bénéfice des fidèles exige ou conseille de faire autrement [5].

En ce sens, il ne faut pas sous-estimer l’importance de la compréhension du langage de la liturgie dans l’ordre de la charité (cf. 1 Cor 14) et la valeur pastorale que peut avoir la célébration de l’Eucharistie pour un groupe de pèlerins, conformément aux rites existants de l’Église catholique.

A ces considérations s’ajoutent quelques éléments de la réalité caractérisant la Basilique qui doivent être dûment pris en compte :

– les dimensions de la basilique Saint-Pierre et son architecture permettent de répondre aux différents besoins de ceux qui souhaitent célébrer l’Eucharistie en groupe sans empiéter sur la concélébration qui a lieu dans les principaux lieux liturgiques ;

– La basilique Saint-Pierre est caractérisée par le ministère pétrinien de l’unité, de la miséricorde et de l’orthodoxie de la foi et accueille des pèlerins du monde entier ;
– dans le créneau horaire entre 7 h et 9 h, la fréquentation de la Basilique est numériquement limitée ;

– pour les célébrations avec le Missale Romanum de 1962, tout doit être fait pour répondre aux souhaits des fidèles et des prêtres, comme le prévoit le Motu Proprio Summorum Pontificum.

En outre, sans rien enlever à la légitimité de la célébration de la Messe par des prêtres individuels même lorsque les fidèles ne peuvent pas y participer [6], il faut reconnaître le caractère dirimant de la norme qui interdit de célébrer « de manière individuelle [...] au moment même où dans la même église ou le même oratoire a lieu la concélébration » [7]. 
 
Par conséquent, j’ai déjà donné des dispositions pour que les demandes de célébration dans la tranche horaire 7-9 heures par des groupes ayant des besoins spéciaux et légitimes soient accordées dans la mesure du possible. Les demandes de célébrations individuelles peuvent également être discernées au cas par cas, sans préjudice du principe selon lequel tout doit se dérouler dans un climat de recueillement et de bienséance, et en veillant à ce que ce qui est exceptionnel ne devienne pas la norme, déformant les intentions et le sens du Magistère.

De cette façon, je suis sûr que le chemin entrepris encouragera chaque prêtre et chaque fidèle à vivre les célébrations à Saint-Pierre d’une manière toujours plus ordonnée au bien, à la beauté et à la vérité.

Cité du Vatican, 22 juin 2021.
Card. Mauro Gambetti

Archiprêtre de la basilique pontificale de Saint-Pierre

_________________

NOTES

[1] Cf. par exemple : Présentation générale du Missel romain ; Déclaration sur la concélébration de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, 7 août 1972 ; CIC 902.

[2] « [Les fidèles] Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle ; ainsi, tant par l’oblation que par la sainte communion, tous, non pas indifféremment mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l’action liturgique. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. » (LG 11).

[3] Dans sa contribution Sacrifice, sacrement et prêtrise dans le développement de l’Église (in Annunciatori della Parola e servitori della vostra gioia, LEV, 2013), Joseph Ratzinger s’exprime ainsi : « Le véritable lieu d’existence de l’Église n’est pas une quelconque bureaucratie, ni même l’activité d’un groupe qui prétend être la “base”, mais l’“assemblée”. C’est l’Église en action […]. Plus exactement : le contenu de l’assemblée est la réception de la parole de Dieu, qui culmine dans le mémorial de la mort de Jésus, dans un mémorial qui réalise sa présence et signifie la mission. Il s’ensuit que toute assemblée est entièrement Église, puisque le corps du Seigneur ne peut pas ne pas être tout à chaque fois et que la parole de Dieu à son tour ne peut pas ne pas être tout. Il s’ensuit cependant, en même temps, que l’assemblée individuelle, la communauté individuelle, ne reste Église que si elle est dans le tout, dans l’unité avec les autres » (p. 82).

4] Sur le bien de la concélébration de l’Eucharistie, ce qui est indiqué pour les sanctuaires, est éclairant : voir le n° 268 du Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, Cité du Vatican 2002.

5] Cf. SC 57 ; Présentation générale du Missel romain 199 ; CIC 902.

6] Lorsque la participation des fidèles n’est pas possible, la célébration quotidienne de la messe est néanmoins recommandée aux prêtres. Le Concile l’enseigne dans le décret Presbyterorum Ordinis : « Dans le mystère du sacrifice eucharistique, où les prêtres exercent leur fonction principale, c’est l’œuvre de notre Rédemption qui s’accomplit sans cesse. C’est pourquoi il leur est vivement recommandé de célébrer la messe tous les jours ; même si les fidèles ne peuvent y être présents, c’est un acte du Christ et de l’Église » (n. 13).

*

Voici également ma traduction de l’entretien accordé par le cardinal Gambetti à Alessandro de Carolis pour Vatican News.

C’est le temple dans lequel chaque catholique rêve de vivre une Sainte Messe au moins une fois dans sa vie. Mais c’est précisément parce qu’elle est un pôle d’attraction de rites, de langues et de traditions – souvent à la recherche de leur propre espace de recueillement dans le plus grand espace ecclésial par excellence – que des règles et des précautions sont devenues nécessaires pour aider les fidèles et les prêtres à célébrer avec un décorum approprié. A propos des règles établies par la Secrétairerie d’État, le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique vaticane, fournit ici des exemples et des explications, surtout pour ces premières heures de la journée où, plus qu’à d’autres moments, les nefs de Saint-Pierre se transforment en « paroisse » du monde.

Quel est le but de cette note ?

L’intention est très simple, il s’agit de donner quelques explications car plusieurs personnes ont demandé des éclaircissements sur la communication que la Secrétairerie d’État avait faite en mars dernier. Mon souhait est donc d’offrir un cadre d’orientation avec quelques informations supplémentaires pour ceux qui souhaitent célébrer ou participer à la tranche horaire du matin, de 7 à 9 heures, qui est le contexte dans lequel s’inscrivent tant la communication du Secrétariat d’État que cette note.

Vous dites qu’il est plus qu’approprié pour les prêtres de concélébrer, car les actions liturgiques ne sont pas des actions privées. D’où vient cette affirmation ?

La remarque que j’ai faite découle précisément de cette réorganisation, pourrait-on dire, des célébrations du matin et s’applique aux prêtres, mais en réalité à tous les fidèles, car les prêtres le sont aussi. C’est l’occasion de réfléchir et peut-être de saisir encore plus profondément le sens de notre célébration. Je disais que cela s’applique à tout le monde parce que la messe dite individuelle, presque privée, est en soi une sorte de restriction par rapport à l’Église dite militante – comme on le disait autrefois –, mais ce principe est toujours valable. C’est une sorte de restriction car célébrer ensemble exprime pleinement le mystère de la foi que nous confessons, vivons et proclamons. C’est un aspect que l’Église a toujours enseigné, que le Concile a souligné et que le Magistère ultérieur a précisé, précisément pour essayer de mettre particulièrement en valeur le principe de l’unité de l’assemblée du Corps du Christ, qui en célébrant manifeste la beauté de notre foi.

Dans la note, vous mentionnez également quelques exceptions. Quelles sont-elles ?

L’objectif est d’offrir quelques critères pour comprendre quand les exceptions sont plus que légitimes, admissibles. Fondamentalement, il y a le fait que les exceptions sont au bénéfice des fidèles : en droit canonique, on dit que salus animarum suprema lex et cela s’applique également dans ce cas, c’est-à-dire que les exceptions sont faites parce que cela peut être au plus grand avantage des fidèles. Et donc, pour donner quelques exemples, s’il y a des groupes dont les langues ne vont pas bien ensemble, pour ainsi dire, avec l’italien ou le latin, il peut être opportun qu’ils célèbrent dans une chapelle à part. Ou bien, parfois, il y a des groupes qui viennent de régions ayant des rites différents, ou encore des pèlerinages thématiques liés à des voyages que font les fidèles, ou des anniversaires particuliers : eh bien, ce sont des exceptions compréhensibles que nous essayons de satisfaire pleinement et que nous accueillons d’ailleurs plus que volontiers lorsque cela profite aux personnes qui souhaitent concélébrer séparément. Et puis, évidemment, il y a des raisons d’opportunité, pour savoir si tout cela est compatible avec ce décorum, ce recueillement qui doit être maintenu dans l’église.

Que pouvez-vous dire de ceux qui souhaitent célébrer selon le rite romain en forme extraordinaire ?

En cela je me réfère à Summorum pontificum qui est clair et dit en substance d’exaucer le souhait des fidèles et des prêtres qui veulent célébrer avec le Missale Romanum de 1962. C’est ainsi que cela se passera ici aussi, rien ne l’empêche, en maintenant toujours le décorum et en veillant peut-être à ce qu’il n’y ait pas de chevauchement excessif par exemple… Pour ceux qui ont ce désir, même des prêtres individuels, les principes généraux que j’ai mentionnés précédemment s’appliquent : ce qui est une exception ne doit pas devenir la norme, sinon on risque de déformer le sens de l’enseignement de l’Église.

Depuis cette année, vous occupez les fonctions d’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, de vicaire général du pape pour la Cité du Vatican et de président de la Fabrique de Saint-Pierre. Comment vivez-vous ce nouveau service ? 

Je le vis précisément comme un service. Dans mon parcours, j’ai appris que lorsqu’on entre vraiment dans une attitude de service, celle-ci est en soi « libératrice », car on la vit sereinement, avec joie, voire simplement à travers la gratitude de pouvoir servir. Je dirais donc que je le vis bien, certes avec une certaine fatigue, mais aussi avec cette sérénité fondamentale et je remercie Dieu et aussi ceux qui m’entourent et m’aident de bien des manières.


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13 mars, 2021

Le cardinal Burke demande la révocation immédiate des mesures d'interdiction des messes individuelles dans la basilique Saint-Pierre de Rome

Dès le lendemain de la parution de la note de la Secrétairerie d’Etat reléguant toutes les messes privées dans la crypte de la basilique Saint-Pierre de Rome dès le 22 mars prochain – les messes selon la forme extraordinaire étant cantonnées à la minuscule chapelle Clémentine – le cardinal Burke a publié une note sur son site, dont je vous donne ici la traduction autorisée par Son Eminence. Le cardinal demande la révocation immédiate de ce document, invoquant des raisons de fond et de forme. Voici donc le texte intégral en français (le texte original, en anglais, est accessible ici).

On notera qu’il s’agit d'un appel à l’action qui concerne aussi bien les laïcs que les prêtres – J.S.

*


Le 12 mars 2021, la Première Section (Affaires générales) de la Secrétairerie d’État du Pape François a publié un document contenant certaines dispositions relatives à la célébration de la Sainte Messe dans la Basilique papale Saint-Pierre au Vatican. Le document est adressé au Commissaire Extraordinaire de la Fabrique de Saint Pierre (Commissario Straordinario della Fabbrica di San Pietro), à l’institut canonique chargé du soin de la Basilique papale, aux Chanoines du Chapitre du Vatican (Canonici del Capitolo Vaticano), et au Service des célébrations liturgiques de la Basilique (Servizio Celebrazioni liturgiche della Basilica). Tant la forme que le contenu du document soulèvent à juste titre les préoccupations les plus profondes des fidèles et, surtout, des prêtres. Ces préoccupations appartiennent non seulement à la Basilique papale Saint-Pierre, mais aussi de l’Église universelle, dans la mesure où la Basilique papale Saint-Pierre est, d’une manière particulière, le foyer spirituel de tous les catholiques et, en tant que tel, se doit d’être un modèle de discipline liturgique pour les Églises particulières.

En ce qui concerne la forme du document, plusieurs préoccupations se font jour.

1.  Il s’agit d’un document non signé de la Première Section de la Secrétairerie d’État, sans numéro de protocole, et qui légifère sur l’aspect le plus sacré de la vie de l’Église, la célébration de la Sainte Messe. Il porte le sceau de la Première Section avec des initiales. Bien que le document semble être authentique, c’est-à-dire non falsifié, il ne peut être tenu pour un document contenant une législation valide pour la Sainte Liturgie.

2.  La Secrétairerie d’État n’est pas compétente pour la discipline liturgique de l’Église et, en particulier, pour la discipline liturgique à la Basilique Saint-Pierre au Vatican. A juste titre, on se demande par quelle autorité la Secrétairerie d’Etat a émis des directives qui sont contraires à la discipline de l’Eglise universelle. On peut également se demander quel processus a été suivi pour arriver à la publication d’un document d’une telle anomalie.

3.  Étant donné l’incompétence de la Secrétairerie d’État en la matière, les fidèles ont le droit de savoir quelle autorité compétente a donné mandat à la Secrétairerie d’État de légiférer en matière de Sainte Liturgie, c’est-à-dire d’émettre des directives concernant la célébration de la Sainte Messe dans la Basilique papale Saint-Pierre.

4.  La basilique pontificale Saint-Pierre au Vatican a désormais un cardinal archiprêtre, mais le document en question ne lui est pas officiellement communiqué. Il n’est pas non plus fait référence à sa responsabilité en matière de discipline liturgique dans la basilique qui lui est confiée.

Le contenu du document est également source de profondes inquiétudes.

1.  Le document prétend que les Saintes Messes sont actuellement célébrées dans la Basilique Saint Pierre dans un climat manquant, dans une certaine mesure, de recueillement et de décorum liturgique (« di raccoglimento e di decoro »). Ce n’est certainement pas mon expérience. Je connais de nombreux prêtres, résidant à Rome ou en visite à Rome, qui ont célébré ou célèbrent régulièrement la Sainte Messe à la Basilique Saint-Pierre. S’ils m’ont exprimé leur profonde gratitude pour avoir eu l’occasion de célébrer la Sainte Messe dans la Basilique, ils n’ont pas indiqué que le climat dans lequel ils ont célébré la Sainte Messe dans la Basilique manquait en quoi que ce soit de la révérence, du recueillement et de la dignité qui conviennent au Sacrement des Sacrements.

2.  Le document impose la concélébration aux prêtres qui veulent célébrer la Sainte Messe dans la Basilique Saint-Pierre, ce qui est contraire au droit de l’Église universelle, et conditionne injustement le devoir premier du prêtre individuel de célébrer quotidiennement la Sainte Messe pour le salut du monde (can. 902). Dans quelle église un prêtre pourrait-il désirer, plus que dans la basilique Saint-Pierre, célébrer la sainte Messe, par quoi il accomplit le plus parfaitement et le plus complètement sa mission sacerdotale ? Si un prêtre individuel souhaite célébrer la Sainte Messe dans la Basilique, une fois que les directives en question seront en vigueur, il sera contraint de concélébrer, en violation de sa liberté de célébrer la Sainte Messe individuellement.

3.  En ce qui concerne la célébration individuelle de la Sainte Messe, il faut observer qu’il ne s’agit pas seulement d’un droit du prêtre, mais que celle-ci  porte également un grand fruit spirituel pour toute l’Église, puisque les mérites infinis du Saint Sacrifice de la Messe sont plus largement appliqués d’une manière adaptée à notre nature finie et temporelle. Il est utile de réfléchir à l’enseignement du Concile de Trente, concernant la situation d’un prêtre qui célèbre la Sainte Messe sans qu’aucun fidèle ne reçoive la Sainte Communion. En ce qui concerne la participation des fidèles à la Sainte Messe, le Concile enseigne : « Le saint concile souhaiterait, certes, que les fidèles assistant à la Sainte Messe ne communient pas seulement par un désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l’Eucharistie, par quoi ils recueilleraient un fruit plus abondant de ce très saint sacrifice. » Il poursuit : « Cependant, s'il n’en est pas toujours ainsi, il ne condamne pas pour cela, comme privées et illicites [can. 8], les messes où seul le prêtre communie sacramentellement ; mais il les approuve et les recommande, en partie parce qu’elles sont célébrées par un ministre public de l’Église, non pas pour lui seulement, mais pour tous les fidèles qui appartiennent au corps du Christ » (Session XXII, chapitre 6). Il faut en outre observer que le prêtre ne célèbre jamais seul la sainte Messe, même s’il n’y a personne d’autre physiquement présent, car les anges et les saints assistent à chaque offrande de la sainte Messe (can. 903).

4.  En ce qui concerne la forme extraordinaire du rite romain, que le document appelle faussement le rite extraordinaire, le document se réfère aux « prêtres autorisés », mais aucun prêtre en règle n’a besoin d’autorisation pour célébrer la Sainte Messe selon la forme extraordinaire du rite romain (Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 2). De plus, le document limite l’offrande de la Sainte Messe selon la Forme Extraordinaire ou Usus Antiquior du Rite Romain dans la Basilique papale de Saint Pierre à la Chapelle Clémentine, à quatre heures fixes. Est-il donc supposé que, chaque jour, seuls quatre prêtres seront autorisés à célébrer la Sainte Messe selon l’Usus Antiquior dans la Basilique papale Saint-Pierre ? Puisque le droit universel de l’Église permet au prêtre individuel, dans de telles circonstances, de célébrer la Sainte Messe, soit selon la forme ordinaire (Usus Recentior), soit selon la forme extraordinaire (Usus Antiquior), la directive en question est en violation directe du droit universel de l’Église.

5. Le document dispose également que les messes concélébrées doivent être animées liturgiquement (siano animate liturgicamente) par le service des lecteurs et des chantres. Bien que la discipline liturgique de l’Église prévoie le service des lecteurs et des chantres, leur but n’est pas d’animer la Sainte Liturgie. Le Christ seul, en la personne duquel le prêtre agit, anime la Sainte Liturgie. Il ne faut donc pas penser que la célébration individuelle de la Sainte Messe est en quelque sorte moins animée, au sens spirituel véritable, que la Messe concélébrée.

6.  Pour le bien de la foi catholique et pour le bon ordre de la Sainte Liturgie, l’expression la plus élevée et la plus parfaite de la vie de l’Église dans le Christ, le document en question devrait être révoqué immédiatement, c’est-à-dire avant sa date supposée d’entrée en vigueur, le 22 mars prochain. En outre, la pensée qui sous-tend un tel document devrait être corrigée, en même temps que la discipline de l’Église universelle et la doctrine liturgique qui la sous-tend sont exposées aux fidèles.

En conclusion, la discipline de l’Église reconnaît le droit, et même le devoir, des fidèles chrétiens de faire connaître à leurs pasteurs leurs préoccupations sur les questions qui concernent le bien de l’Église et, de même, de faire connaître ces préoccupations à tous les fidèles chrétiens (can. 212 §3). Étant donné la gravité de la situation représentée par le document en question, j’espère que de nombreux fidèles chrétiens pour qui la basilique Saint-Pierre est, dans un sens tout particulier, leur église mère, et, surtout, de nombreux prêtres du monde entier feront connaître au pape François et à sa Secrétairerie d’État leur forte objection au document en question.

Raymond Leo Cardinal BURKE
13 mars 2021

© leblogdejeannesmits pour cette traduction officielle.
© photo : Olivier Figueras


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12 mars, 2021

Les messes « privées », et surtout les messes privées selon la forme extraordinaire, interdites à Saint-Pierre de Rome au nom du recueillement et du décorum liturgique (sic)


Précision
: Edward Pentin, vaticaniste à Rome, émettait hier après-midi des doutes sur l'authenticité de la lettre que je commente ci-dessous. Il vient de confirmer sur twitter l’information que j’ai aussi reçue d’autres biais, avec photo à la clef de l’entrée privée de la sacristie de Saint-Pierre, où le texte 
mis en ligne par Messa in Latino (voir ci-dessous) était affiché hier et ce samedi matin.

Le fait qu’il s’agisse d’une affiche expliquerait qu’il manque un numéro protocolaire.

Ce qui est vrai, c'est que cela ressemble au cauchemar que pourrait avoir un amoureux de la liturgie traditionnelle à propos d'une décision « progressiste ». Cela semble presque trop gros pour être vrai… D’où, notamment, l’idée que cela pouvait être un faux.

Deuxième précision : Selon Riposte catholique, qui a également relayé l'information sur la lettre de la Secrétairerie d’Etat, la raison pour laquelle celle-ci se mêle de prendre des décisions à propos des messes célébrées à Saint-Pierre est que « la Fabrique de Saint-Pierre", désormais dirigée par le cardinal Gambetti, est actuellement soumise à une « inspection, dirigée par un Commissaire pontifical ». Le site précise que la lettre porte la signature (cela ressemble plus à un paraphe) de Mgr Edgar Peña Parra, subsitut.

Par ailleurs, Edward Pentin notait ce matin que des canonistes ont mis en évidence des violations du droit canonique et des irrégularités doctrinales. Hélas, il me semble que les considérations juridiques ne suffiront pas, ce ne sont pas les considérations de droit canonique qui étouffent les autorités romaines à l’heure du “Pape Dictateur” !

 – J.S.

Un nouveau coup vient d’être porté contre la liberté de célébrer selon la « forme extraordinaire » du rite romain, la Première Section de la Secrétairerie d’État du Vatican a fait circuler une note ce vendredi avec les détails des nouvelles dispositions restreignant toutes les messes « individuelles » dans la basilique Saint-Pierre, avec des mesures spéciales, encore plus restrictives, pour le rite traditionnel.

Les nouvelles règles entreront en vigueur à partir du 22 mars, lundi de la cinquième semaine de Carême. À partir de ce jour-là et pour une période indéterminée, tous les prêtres et les fidèles voulant avoir la messe quotidienne dans la basilique devront participer à des messes « concélébrées » à heures fixes, entre 7 et 9 heures du matin, et ce dans deux lieux seulement : la Chapelle du Chœur (« Cappella del Coro »), située à mi-hauteur de la nef, à gauche, en face de la Chapelle du Très Saint Sacrement, et habituellement fermée par une grille en fer forgé, et l’Autel de la Chaire de saint Pierre, derrière l’autel principal dans l’abside de la Basilique.

© Messa in Latino
Toutes les célébrations individuelles de la Messe seront en pratique considérées comme des exceptions à cette règle.
Les groupes accompagnés d’un prêtre ou d’un évêque pratiquant le Novus Ordo seront « assurés » de la possibilité d’avoir une Messe célébrée individuellement par leur accompagnateur spirituel, mais ce ne sera plus dans la Basilique, ce cœur de la chrétienté. Ces messes seront reléguées dans les « Grottes vaticanes », c’est-à-dire la crypte où se trouvent les tombes de nombreux papes.

Les prêtres et fidèles qui préfèrent le rite latin traditionnel de l’Église catholique se verront confinés dans quatre créneaux horaires entre 7 et 9 heures du matin, et à un seul autel : la Chapelle Clémentine de la crypte.

Les termes de cette dernière disposition concernant les célébrations traditionnelles méritent une mention spéciale. Elle est ainsi rédigée : « En ce qui concerne le rite extraordinaire, les prêtres autorisés pourront célébrer à 7 heures, 7 h 30, 8 heures et 9 heures dans la Chapelle Clémentine de la Grotte vaticane. »

Étrangement, le texte fait référence au « rite extraordinaire », alors que le Benoît XVI, inventeur de cette expression en 2007 dans le Motu Proprio Summorum Pontificum reconnaissant le droit de cité de la messe traditionnelle, avait pris soin de préciser qu’il s’agissait de la « forme extraordinaire » de l’unique rite romain (le Novus Ordo étant désigné comme la « forme ordinaire »).

La référence aux prêtres « autorisés » est non seulement étrange, mais inquiétante. Célébrer dans la forme extraordinaire, depuis Summorum Pontificum, est un droit pour l’ensemble du clergé de rite romain. Il n’est nul besoin d’une autorisation spéciale pour ce faire. Quelle sorte d’« autorisation » sera nécessaire dans la basilique Saint-Pierre ? Une autorisation donnée par le service liturgique de la basilique elle-même ? Pour quels motifs ? Avec quel recours, si elle n’est pas donnée ? Ou s’agit-il d’une autorisation plus générale ? Les prêtres devront-ils présenter une note d’autorisation de leur évêque ? Va-t-on vers une généralisation d’un tel « laisser-passer » ?

Depuis l’entrée en vigueur du Motu Proprio en 2007, de nombreux prêtres attachés au rite traditionnel, voire qui le célèbrent exclusivement, se rendent à la basilique tôt le matin et demandent simplement à la sacristie de Saint-Pierre qu’on leur attribue un autel. En général, la procédure se déroule sans problème ; en pratique, avant l’entrée en vigueur des restrictions du COVID, plusieurs messes tridentines étaient souvent célébrées en même temps, par des prêtres seuls ou accompagnés de groupes ou de pèlerins. Les touristes et les gens du coin qui se trouvaient dans la basilique à ces heures matinales pouvaient s’y joindre s’ils le souhaitaient ; pour certains, c’était la première fois qu’ils étaient témoins de la révérence intemporelle et du silence d’une messe basse traditionnelle.

Certains prêtres et prélats romains venaient chaque jour célébrer la messe traditionnelle sur le même autel, garantissant aux pèlerins de Rome un horaire et un rendez-vous sûrs.

Ce ne sera plus le cas ; les prêtres qui aiment la messe traditionnelle ne pourront plus venir sur un coup de tête, ou par pieuse habitude, avec la quasi-certitude d’obtenir un autel pour célébrer dans la basilique Saint-Pierre, marquant ainsi leur union avec le pape et toute la chrétienté. Avec seulement quatre créneaux horaires possibles chaque jour, leur espoir de pouvoir dire la messe dans la chapelle Clémentine sera faible. Et les visiteurs fortuits ne les verront plus : elle est minuscule, dans la crypte, sans fenêtre et ne peut accueillir qu’une poignée de fidèles.

Cela dit, la chapelle Clémentine est le cœur du cœur de la basilique, car c’est là que les reliques de saint Pierre étaient vénérées au début du Moyen Âge : son crâne, conservé dans un reliquaire en marbre placé là par l’empereur Constantin, a été déplacé à Saint-Jean de Latran à la fin du Moyen Âge. La chapelle se trouve juste derrière la niche qui se trouve actuellement au-dessus des autres reliques de saint Pierre. L’autel a été consacré en 1950 par le pape Pie XII, couronnement des fouilles archéologiques qui ont mis au jour la tombe de l’apôtre et premier pape sous son pontificat.

La chapelle Clémentine est en effet un lieu particulièrement sacré et il est certain que les prêtres pourront considérer comme un privilège de pouvoir y célébrer la messe ; néanmoins cette mesure limite considérablement les droits et le développement de la messe latine traditionnelle.

(Ci-contre, l’affiche apposée sur la porte privée de la sacristie de Saint-Pierre.)

Combien de temps tout cela restera-t-il en vigueur ? La lettre de la Secrétairerie s’ouvre avec une explication selon laquelle le « temps du Carême » est un moment opportun pour « revenir au Seigneur », en particulier à travers la sainte messe et l’écoute de la Parole de Dieu. Elle invoque la nécessité d’un « climat de révérence et de décorum liturgique » pour justifier la décision d’envoyer toutes les messes individuelles sous terre, hors de la nef et du chœur de la basilique. Comme si les messes basses traditionnelles pouvaient perturber le climat de révérence et de décorum liturgique recherché... Ceux qui ont eu la chance d’assister à une messe traditionnelle à l’un ou l’autre des autels de Saint-Pierre peuvent témoigner de ce que suivre la cérémonie est parfois assez difficile à cause des prières à très haute voix et des chants sonores à d’autres autels où la messe Paul VI est célébrée – et en différentes langues ! 

Les explications de la lettre peuvent sembler indiquer que les restrictions (qui ne sont en aucun cas motivés par le COVID-19) seront propres à la période du Carême, mais d’un autre côté, elle précise « à partir de maintenant », sans mentionner de délai, et par ailleurs les dispositions ne seront effectives que dans une semaine, à partir du 22 mars, moins de deux semaines avant Pâques qui, cette année, tombe le 4 avril. C’est peu pour un effort de carême…

Les célébrants Novus Ordo ayant une vision plus traditionnelle, en particulier ceux qui préfèrent ne pas concélébrer, seront également confrontés à une sorte de persécution liturgique. Ce n’est que s’ils sont à la tête d’un groupe qu’ils auront la possibilité de célébrer sans concélébrant, et seulement dans les Grottes vaticanes. S’ils viennent à titre individuel, ils devront se joindre aux messes programmées dans la Chapelle du Chœur à 7 ou 8 heures, ou à la Chaire de Pierre à 7 h 30 ou 9 heures, pour concélébrer avec un certain nombre d’autres prêtres, et probablement pas en latin, mais en italien, ou peut-être dans la langue qui se trouvera être celle du célébrant principal.

Lesdites « concélébrations » auront des lecteurs et des chantres et bénéficieront de toutes sortes d’« animations liturgiques ».

Les nouvelles règles signifient également qu’il n’y aura plus de célébrations aux autels des saints dont les reliques reposent sous les autels latéraux à droite et à gauche de la nef de Saint-Pierre : saint Jean Paul II, par exemple, et saint Pie X. Ce n’est que les jours de leur fête qu’une messe – et une seule – pourra être célébrée à leurs autels.

Il est bien sûr difficile de ne pas craindre, face à ces restrictions autoritaires imposées aux messes individuelles, et surtout à la messe traditionnelle, au cœur de Rome et sous la férule de la Secrétairerie d’État, de nouvelles attaques contre la liturgie tridentine, tant dans cette ville que dans le reste du monde catholique. D’aucuns y voient le signe que le remplacement du cardinal Robert Sarah à la tête de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, il y a trois semaines, produit déjà ses premiers effets. D’autres observent que les changements qui faisaient l’objet de rumeurs depuis le début de l’année sont liés au remplacement du cardinal Comastri, longtemps « curé » de Saint-Pierre, par le franciscain nommé cardinal à seulement 55 ans lors du dernier consistoire, Mauro Gambetti.
Voici ma traduction intégrale de la fameuse lettre datée de ce jour, fuitée par Missa in Latino, simplement signée d’un paraphe et munie du cachet de la première section (« Affaires générales ») de la Secrétairerie.

*
Au très excellent Commissaire extraordinaire de la Fabrique de Saint Pierre
Aux Chanoines du Chapitre du Vatican.
Au service des célébrations liturgiques de la Basilique.

Le temps du Carême nous invite à revenir au Seigneur de tout notre cœur (cf. Jean, 2, 12) en donnant une plus grande centralité à l’écoute de la Parole de Dieu et à la célébration eucharistique. En ce sens, cherchant à assurer que les Saintes Messes dans la Basilique Saint-Pierre se déroulent dans un climat de recueillement et de décorum liturgique, il est disposé ce qui suit :

1. Les célébrations individuelles sont supprimées ;

2. Les prêtres et les fidèles qui se rendent quotidiennement à la Basilique pour la Sainte Messe ont la possibilité de participer aux Concélébrations suivantes : 7 h dans la chapelle du Chœur, 7 h 30 à l’autel de la Chaire de Pierre, 8 h dans la chapelle du Chœur ; 9 h à l’autel de la Chaire. Les horaires des autres Saintes Messes restent inchangés. À l’occasion de la mémoire d’un saint dont les restes se trouvent dans la Basilique, il sera permis de célébrer l’une des Saintes Messes à l’autel correspondant. Les dimanches et les jours de fête solennelle, on examinera l’opportunité de conserver ces horaires ;

3.  Les Concélébrations recevront une animation liturgique, avec l’aide de lecteurs et de chantres ;

4. Les groupes de pèlerins accompagnés par un évêque ou un prêtre seront assurés d’avoir la possibilité de célébrer la Sainte Messe dans les Grottes vaticanes.

5. En ce qui concerne le rite extraordinaire, les prêtres autorisés pourront célébrer à 7 h, 7 h 30, 8 h et 9 h dans la chapelle Clémentine des Grottes vaticanes.

Les présentes dispositions seront effectives à partir du 22 mars, lundi de la 5e semaine de Carême.

Du Vatican, le 12 mars 2021.

Yves Daoudal observe la terrible ironie de la date choisie pour cette décision : « Ricanement diabolique: la note est datée du 12 mars, jour de la fête de saint Grégoire le Grand... »

© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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03 novembre, 2020

On connaît la crèche qui sera dressée place Saint-Pierre à Rome cette année. Gloups !





Il paraît que ce sera un signe d'espérance et de foi en temps de pandémie. Plusieurs personnages d'une crèche contemporaine Castelli en céramique créée dans les Abruzzes dans les années 1970 seront transportés à Rome et leur inauguration est prévue pour le 11 décembre. Il n'est pas sûr que l'âne et le bœuf soient du voyage.

Et non, ce n'est  pas une mauvaise plaisanterie : un communiqué officiel du gouvernorat du Vatican annonce la nouvelle.

Pourquoi tant de haine de tout ce que nous avons de plus cher ???

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Le vote solennel de la loi sur l’aide à mourir, dans l’oubli de l’essentiel

La loi sur l’aide à mourir sera solennellement votée mardi, dans l’oubli de l’essentiel   A deux jours de l’adoption solennelle de la loi su...