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22 juin, 2021

Messes individuelles à Saint-Pierre de Rome : le cardinal Gambetti apporte des précisions en exaltant la concélébration

Le cardinal Mauro Gambetti vient de publier ce mardi une note « sur l’ordre des célébrations eucharistiques » en la basilique Saint-Pierre, après le coup de théâtre de mars dernier, où la Secrétairerie d’Etat, par une note signée du substitut Edgar Peña Parra, reléguait par principe les messes individuelles aux « grottes vaticanes », la crypte de la basilique.

Le cardinal Gambetti, franciscain et nouvel archiprêtre de la Basilique en remplacement du cardinal Comastri depuis février dernier, parle principalement de la concélébration aussi bien dans la note explicative que dans un entretien paru ce même jour sur Vatican News, le site d’informations officiel du Saint-Siège. Il le fait en suggérant que la concélébration a été depuis toujours la manière dont l’unicité du Corps du Christ et de la Messe a été signifiée, ce qui est évidemment faux.

Il évoque les exceptions possibles aux nouvelles règles qui limitent les messes dans la partie haute de la Basilique dans la tranche horaire de 7 à 9 heures du matin, traditionnellement dévolue aux célébrations individuelles à l’un des multiples autels le long de la nef, aux concélébrations prévues quotidiennement à heure fixe. La note de la Secrétairerie d’Etat prévoit que les prêtres accompagnant des groupes puissent célébrer individuellement dans l’une des chapelles de la crypte, tandis que les prêtres célébrant selon la forme extraordinaire (la note parle même de « rite extraordinaire ») doivent célébrer dans la Chapelle Clémentine, également dans la crypte, selon quatre tranches horaires.

Dans sa note, le cardinal Gambetti parle donc d’exceptions en affirmant expliciter la note, mais sans préciser si finalement elles visent les célébrations individuelles dans la partie haute de la Basilique ou celles dans la crypte. A vrai dire cela n’est pas clair du tout, et ce qu’on retiendra surtout, c’est que le cardinal présente la concélébration comme la règle à laquelle les célébrations individuelles ne feraient que déroger, et ce depuis toujours, faisant une citation parcellaire de Sacrosanctum Concilium n° 57 qui ne présentait nullement la concélébration comme la règle.

Le cardinal Gambetti se garde aussi de citer in extenso le canon 902 du code de droit canonique qui dispose : « A moins que l’utilité des fidèles ne requière ou ne conseille autre chose, les prêtres peuvent concélébrer l’Eucharistie, étant respectée la liberté pour chacun de la célébrer individuellement, mais pas quand il y a une concélébration dans la même église ou le même oratoire. »

Cette « liberté » à « respecter » (c’est donc un droit) n’est pas rappelée par le 
cardinal. En ce sens, et parce que la concélébration est exaltée avec une telle insistance, la note ne me paraît pas rassurante, même si l’on peut y lire une volonté de réaffirmer notamment les droits des prêtres et des laïcs attachés au missel de 1962.

Le rappel de la règle « dirimante » selon laquelle les messes individuelles ne doivent pas avoir lieu, selon le canon 902, dans l’église où une concélébration est en cours, indique assez clairement que le principe reste de renvoyer les messes individuelles dans la crypte.
Je vous laisse découvrir ci-dessous ma traduction de travail de la note et de l’entretien.


*


« Note de la Basilique Saint-Pierre sur l’ordre des célébrations eucharistiques »

Ayant reçu du Saint-Père le mandat de prendre soin et d’animer la vie liturgique de la basilique Saint-Pierre, je voudrais à partir du communiqué de la Secrétairerie d’État du 12 mars 2021 proposer quelques considérations qui, je l’espère, seront utiles pour comprendre les orientations tracées et pour choisir comment et quand vivre la célébration eucharistique dans la première tranche horaire du matin.

Le communiqué de la Secrétairerie d’État a établi certaines dispositions concernant la célébration des Saintes Messes dans la Basilique Saint-Pierre, afin de garantir qu’elles « se déroulent dans un climat de recueillement et de décorum liturgique ». Les indications se réfèrent à un contexte précis, à savoir l’organisation des actions liturgiques dans la tranche horaire comprise entre 7 et 9 heures.

Elles s’inspirent essentiellement de deux principes :

a. mettre en ordre les célébrations du point de vue de leur scansion temporelle et de leur qualité ;

b. accepter et prendre en compte, dans la mesure du possible, les désirs particuliers et légitimes des fidèles.

En effet, le contenu des déclarations proposées par le Secrétariat d’Etat peut être résumé comme suit :

a. entre 7 h et 9 h, les prêtres peuvent concélébrer l’une des messes horaires dans les lieux établis ; l’animation liturgique prévoit l’assistance d’enfants de chœur [NdT : « ministranti » ; la note parlait de lecteurs et de chantres] ;

b. des exceptions sont admises en ce qui concerne les lieux de célébration – à l’occasion de la mémoire d’un saint dont les restes sont conservés dans la basilique – et la tenue simultanée de certaines célébrations pour des groupes de pèlerins ou dans la forme extraordinaire du rite romain.

Pour faciliter la lecture, je rédige ces notes en suivant les deux points mentionnés ci-dessus.

A. Célébrations de 7 à 9 heures.

La manière d’organiser les célébrations du matin envisagée par le communiqué de la Secrétairerie d’État est l’occasion de rappeler le sens et la valeur de la concélébration eucharistique qui, comme l’ont rappelé les Pères du dernier Concile, fait partie de la Tradition de l’Église : « La concélébration, qui manifeste heureusement l’unité du sacerdoce, est restée en usage jusqu’à maintenant dans l’Église, en Occident comme en Orient. » (SC57). C’est pourquoi le Concile Vatican II, dans sa Constitution sur la Sainte Liturgie, a élargi la faculté pour les prêtres de concélébrer, et certains documents magistériels ont par la suite précisé les normes [1]. En ce sens, il peut être utile de rappeler certains cas dans lesquels le Magistère recommande la concélébration, comme par exemple à la Messe principale d’une église ou aux Messes à l’occasion de rencontres de prêtres, qu’ils soient séculiers ou religieux, quel que soit leur caractère (cf. SC 57 ; Présentation générale du Missel romain 199).

D’autre part, la nature même de la célébration est clairement définie dans Sacrosanctum Concilium, qui traite des normes découlant de la nature hiérarchique et communautaire de la liturgie : « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Église, elles le manifestent et elles l’affectent ; […]. Chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration communautaire avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée. Ceci vaut surtout pour la célébration de la messe (bien que la messe garde toujours sa nature publique et sociale), et pour l’administration des sacrements. » (SC 26-27).

Ainsi, l’assemblée réunie pour l’Eucharistie manifeste pleinement le mystère de l’Église, Corps vivant du Christ. Cela est rappelé par Lumen Gentium [2] quand celui-ci traite du sacerdoce commun exercé dans les sacrements, et cela est aussi clairement rappelé par le Catéchisme de l’Église catholique, qui affirme que c’est toute la communauté, le Corps du Christ uni à son Chef, qui célèbre (n. 1140). Dans cette perspective, on comprend comment le plus grand fruit de l’Eucharistie est obtenu par la participation à la même action, parce que cela exprime mieux le mystère qui est célébré [3].

Il est clair que tous ceux qui composent l’assemblée réunie pour l’Eucharistie participent à l’unique sacrifice et au seul sacerdoce du Christ, chacun selon son état et sa condition de vie : évêque, prêtre, diacre, baptisé, marié, religieux. Dans la Messe concélébrée par plusieurs prêtres, il n’y a aucune diminution de la valeur et des fruits du sacrifice eucharistique, mais au contraire une pleine exaltation de ceux-ci.

Un premier élément de discernement, dans notre contexte, est donc le suivant : lorsque cela est possible, il est plus qu’opportun que les prêtres concélèbrent, étant donné aussi le fait qu’il y a une alternance régulière de présidence pour les concélébrations qui ont lieu ordinairement dans la Basilique Saint-Pierre. Il en va de même pour les fidèles individuels et les groupes, qui sont invités à participer à la même messe afin qu’elle soit une expression de fraternité et non de particularismes qui ne reflètent pas le sens de la communion ecclésiale manifestée par la célébration eucharistique [4].

B. Les exceptions

Le Magistère enseigne que les exceptions aux situations dans lesquelles la concélébration est recommandée sont les cas dans lesquels le bénéfice des fidèles exige ou conseille de faire autrement [5].

En ce sens, il ne faut pas sous-estimer l’importance de la compréhension du langage de la liturgie dans l’ordre de la charité (cf. 1 Cor 14) et la valeur pastorale que peut avoir la célébration de l’Eucharistie pour un groupe de pèlerins, conformément aux rites existants de l’Église catholique.

A ces considérations s’ajoutent quelques éléments de la réalité caractérisant la Basilique qui doivent être dûment pris en compte :

– les dimensions de la basilique Saint-Pierre et son architecture permettent de répondre aux différents besoins de ceux qui souhaitent célébrer l’Eucharistie en groupe sans empiéter sur la concélébration qui a lieu dans les principaux lieux liturgiques ;

– La basilique Saint-Pierre est caractérisée par le ministère pétrinien de l’unité, de la miséricorde et de l’orthodoxie de la foi et accueille des pèlerins du monde entier ;
– dans le créneau horaire entre 7 h et 9 h, la fréquentation de la Basilique est numériquement limitée ;

– pour les célébrations avec le Missale Romanum de 1962, tout doit être fait pour répondre aux souhaits des fidèles et des prêtres, comme le prévoit le Motu Proprio Summorum Pontificum.

En outre, sans rien enlever à la légitimité de la célébration de la Messe par des prêtres individuels même lorsque les fidèles ne peuvent pas y participer [6], il faut reconnaître le caractère dirimant de la norme qui interdit de célébrer « de manière individuelle [...] au moment même où dans la même église ou le même oratoire a lieu la concélébration » [7]. 
 
Par conséquent, j’ai déjà donné des dispositions pour que les demandes de célébration dans la tranche horaire 7-9 heures par des groupes ayant des besoins spéciaux et légitimes soient accordées dans la mesure du possible. Les demandes de célébrations individuelles peuvent également être discernées au cas par cas, sans préjudice du principe selon lequel tout doit se dérouler dans un climat de recueillement et de bienséance, et en veillant à ce que ce qui est exceptionnel ne devienne pas la norme, déformant les intentions et le sens du Magistère.

De cette façon, je suis sûr que le chemin entrepris encouragera chaque prêtre et chaque fidèle à vivre les célébrations à Saint-Pierre d’une manière toujours plus ordonnée au bien, à la beauté et à la vérité.

Cité du Vatican, 22 juin 2021.
Card. Mauro Gambetti

Archiprêtre de la basilique pontificale de Saint-Pierre

_________________

NOTES

[1] Cf. par exemple : Présentation générale du Missel romain ; Déclaration sur la concélébration de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, 7 août 1972 ; CIC 902.

[2] « [Les fidèles] Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle ; ainsi, tant par l’oblation que par la sainte communion, tous, non pas indifféremment mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l’action liturgique. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. » (LG 11).

[3] Dans sa contribution Sacrifice, sacrement et prêtrise dans le développement de l’Église (in Annunciatori della Parola e servitori della vostra gioia, LEV, 2013), Joseph Ratzinger s’exprime ainsi : « Le véritable lieu d’existence de l’Église n’est pas une quelconque bureaucratie, ni même l’activité d’un groupe qui prétend être la “base”, mais l’“assemblée”. C’est l’Église en action […]. Plus exactement : le contenu de l’assemblée est la réception de la parole de Dieu, qui culmine dans le mémorial de la mort de Jésus, dans un mémorial qui réalise sa présence et signifie la mission. Il s’ensuit que toute assemblée est entièrement Église, puisque le corps du Seigneur ne peut pas ne pas être tout à chaque fois et que la parole de Dieu à son tour ne peut pas ne pas être tout. Il s’ensuit cependant, en même temps, que l’assemblée individuelle, la communauté individuelle, ne reste Église que si elle est dans le tout, dans l’unité avec les autres » (p. 82).

4] Sur le bien de la concélébration de l’Eucharistie, ce qui est indiqué pour les sanctuaires, est éclairant : voir le n° 268 du Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, Cité du Vatican 2002.

5] Cf. SC 57 ; Présentation générale du Missel romain 199 ; CIC 902.

6] Lorsque la participation des fidèles n’est pas possible, la célébration quotidienne de la messe est néanmoins recommandée aux prêtres. Le Concile l’enseigne dans le décret Presbyterorum Ordinis : « Dans le mystère du sacrifice eucharistique, où les prêtres exercent leur fonction principale, c’est l’œuvre de notre Rédemption qui s’accomplit sans cesse. C’est pourquoi il leur est vivement recommandé de célébrer la messe tous les jours ; même si les fidèles ne peuvent y être présents, c’est un acte du Christ et de l’Église » (n. 13).

*

Voici également ma traduction de l’entretien accordé par le cardinal Gambetti à Alessandro de Carolis pour Vatican News.

C’est le temple dans lequel chaque catholique rêve de vivre une Sainte Messe au moins une fois dans sa vie. Mais c’est précisément parce qu’elle est un pôle d’attraction de rites, de langues et de traditions – souvent à la recherche de leur propre espace de recueillement dans le plus grand espace ecclésial par excellence – que des règles et des précautions sont devenues nécessaires pour aider les fidèles et les prêtres à célébrer avec un décorum approprié. A propos des règles établies par la Secrétairerie d’État, le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique vaticane, fournit ici des exemples et des explications, surtout pour ces premières heures de la journée où, plus qu’à d’autres moments, les nefs de Saint-Pierre se transforment en « paroisse » du monde.

Quel est le but de cette note ?

L’intention est très simple, il s’agit de donner quelques explications car plusieurs personnes ont demandé des éclaircissements sur la communication que la Secrétairerie d’État avait faite en mars dernier. Mon souhait est donc d’offrir un cadre d’orientation avec quelques informations supplémentaires pour ceux qui souhaitent célébrer ou participer à la tranche horaire du matin, de 7 à 9 heures, qui est le contexte dans lequel s’inscrivent tant la communication du Secrétariat d’État que cette note.

Vous dites qu’il est plus qu’approprié pour les prêtres de concélébrer, car les actions liturgiques ne sont pas des actions privées. D’où vient cette affirmation ?

La remarque que j’ai faite découle précisément de cette réorganisation, pourrait-on dire, des célébrations du matin et s’applique aux prêtres, mais en réalité à tous les fidèles, car les prêtres le sont aussi. C’est l’occasion de réfléchir et peut-être de saisir encore plus profondément le sens de notre célébration. Je disais que cela s’applique à tout le monde parce que la messe dite individuelle, presque privée, est en soi une sorte de restriction par rapport à l’Église dite militante – comme on le disait autrefois –, mais ce principe est toujours valable. C’est une sorte de restriction car célébrer ensemble exprime pleinement le mystère de la foi que nous confessons, vivons et proclamons. C’est un aspect que l’Église a toujours enseigné, que le Concile a souligné et que le Magistère ultérieur a précisé, précisément pour essayer de mettre particulièrement en valeur le principe de l’unité de l’assemblée du Corps du Christ, qui en célébrant manifeste la beauté de notre foi.

Dans la note, vous mentionnez également quelques exceptions. Quelles sont-elles ?

L’objectif est d’offrir quelques critères pour comprendre quand les exceptions sont plus que légitimes, admissibles. Fondamentalement, il y a le fait que les exceptions sont au bénéfice des fidèles : en droit canonique, on dit que salus animarum suprema lex et cela s’applique également dans ce cas, c’est-à-dire que les exceptions sont faites parce que cela peut être au plus grand avantage des fidèles. Et donc, pour donner quelques exemples, s’il y a des groupes dont les langues ne vont pas bien ensemble, pour ainsi dire, avec l’italien ou le latin, il peut être opportun qu’ils célèbrent dans une chapelle à part. Ou bien, parfois, il y a des groupes qui viennent de régions ayant des rites différents, ou encore des pèlerinages thématiques liés à des voyages que font les fidèles, ou des anniversaires particuliers : eh bien, ce sont des exceptions compréhensibles que nous essayons de satisfaire pleinement et que nous accueillons d’ailleurs plus que volontiers lorsque cela profite aux personnes qui souhaitent concélébrer séparément. Et puis, évidemment, il y a des raisons d’opportunité, pour savoir si tout cela est compatible avec ce décorum, ce recueillement qui doit être maintenu dans l’église.

Que pouvez-vous dire de ceux qui souhaitent célébrer selon le rite romain en forme extraordinaire ?

En cela je me réfère à Summorum pontificum qui est clair et dit en substance d’exaucer le souhait des fidèles et des prêtres qui veulent célébrer avec le Missale Romanum de 1962. C’est ainsi que cela se passera ici aussi, rien ne l’empêche, en maintenant toujours le décorum et en veillant peut-être à ce qu’il n’y ait pas de chevauchement excessif par exemple… Pour ceux qui ont ce désir, même des prêtres individuels, les principes généraux que j’ai mentionnés précédemment s’appliquent : ce qui est une exception ne doit pas devenir la norme, sinon on risque de déformer le sens de l’enseignement de l’Église.

Depuis cette année, vous occupez les fonctions d’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, de vicaire général du pape pour la Cité du Vatican et de président de la Fabrique de Saint-Pierre. Comment vivez-vous ce nouveau service ? 

Je le vis précisément comme un service. Dans mon parcours, j’ai appris que lorsqu’on entre vraiment dans une attitude de service, celle-ci est en soi « libératrice », car on la vit sereinement, avec joie, voire simplement à travers la gratitude de pouvoir servir. Je dirais donc que je le vis bien, certes avec une certaine fatigue, mais aussi avec cette sérénité fondamentale et je remercie Dieu et aussi ceux qui m’entourent et m’aident de bien des manières.


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26 mars, 2021

J’étais au Club des hommes en noir pour évoquer l’interdiction des messes individuelles à Saint-Pierre de Rome

Une fois de plus j'ai eu le plaisir de participer au Club des hommes en noir, animé par Philippe Maxence, rédacteur en chef de L’Homme nouveau. Dans le dernier épisode en date diffusé ce vendredi, l'abbé Claude Barthe, le P. Jean-François Thomas S.J. et moi-même avons évoqué l'interdiction faite aux prêtres de célébrer individuellement dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Les célébrants du nouveau rite ne peuvent accéder aux Grottes vaticanes (la crypte) pour ce faire que s’ils sont accompagnés d’un groupe, tandis que les habitués de la messe traditionnelle se voient allouer quatre horaires à la Chapelle Clémentine, toujours dans la crypte, entre 7 et  9  heures du matin. Sans guère de place pour plus de sept ou huit fidèles.



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13 mars, 2021

Le cardinal Burke demande la révocation immédiate des mesures d'interdiction des messes individuelles dans la basilique Saint-Pierre de Rome

Dès le lendemain de la parution de la note de la Secrétairerie d’Etat reléguant toutes les messes privées dans la crypte de la basilique Saint-Pierre de Rome dès le 22 mars prochain – les messes selon la forme extraordinaire étant cantonnées à la minuscule chapelle Clémentine – le cardinal Burke a publié une note sur son site, dont je vous donne ici la traduction autorisée par Son Eminence. Le cardinal demande la révocation immédiate de ce document, invoquant des raisons de fond et de forme. Voici donc le texte intégral en français (le texte original, en anglais, est accessible ici).

On notera qu’il s’agit d'un appel à l’action qui concerne aussi bien les laïcs que les prêtres – J.S.

*


Le 12 mars 2021, la Première Section (Affaires générales) de la Secrétairerie d’État du Pape François a publié un document contenant certaines dispositions relatives à la célébration de la Sainte Messe dans la Basilique papale Saint-Pierre au Vatican. Le document est adressé au Commissaire Extraordinaire de la Fabrique de Saint Pierre (Commissario Straordinario della Fabbrica di San Pietro), à l’institut canonique chargé du soin de la Basilique papale, aux Chanoines du Chapitre du Vatican (Canonici del Capitolo Vaticano), et au Service des célébrations liturgiques de la Basilique (Servizio Celebrazioni liturgiche della Basilica). Tant la forme que le contenu du document soulèvent à juste titre les préoccupations les plus profondes des fidèles et, surtout, des prêtres. Ces préoccupations appartiennent non seulement à la Basilique papale Saint-Pierre, mais aussi de l’Église universelle, dans la mesure où la Basilique papale Saint-Pierre est, d’une manière particulière, le foyer spirituel de tous les catholiques et, en tant que tel, se doit d’être un modèle de discipline liturgique pour les Églises particulières.

En ce qui concerne la forme du document, plusieurs préoccupations se font jour.

1.  Il s’agit d’un document non signé de la Première Section de la Secrétairerie d’État, sans numéro de protocole, et qui légifère sur l’aspect le plus sacré de la vie de l’Église, la célébration de la Sainte Messe. Il porte le sceau de la Première Section avec des initiales. Bien que le document semble être authentique, c’est-à-dire non falsifié, il ne peut être tenu pour un document contenant une législation valide pour la Sainte Liturgie.

2.  La Secrétairerie d’État n’est pas compétente pour la discipline liturgique de l’Église et, en particulier, pour la discipline liturgique à la Basilique Saint-Pierre au Vatican. A juste titre, on se demande par quelle autorité la Secrétairerie d’Etat a émis des directives qui sont contraires à la discipline de l’Eglise universelle. On peut également se demander quel processus a été suivi pour arriver à la publication d’un document d’une telle anomalie.

3.  Étant donné l’incompétence de la Secrétairerie d’État en la matière, les fidèles ont le droit de savoir quelle autorité compétente a donné mandat à la Secrétairerie d’État de légiférer en matière de Sainte Liturgie, c’est-à-dire d’émettre des directives concernant la célébration de la Sainte Messe dans la Basilique papale Saint-Pierre.

4.  La basilique pontificale Saint-Pierre au Vatican a désormais un cardinal archiprêtre, mais le document en question ne lui est pas officiellement communiqué. Il n’est pas non plus fait référence à sa responsabilité en matière de discipline liturgique dans la basilique qui lui est confiée.

Le contenu du document est également source de profondes inquiétudes.

1.  Le document prétend que les Saintes Messes sont actuellement célébrées dans la Basilique Saint Pierre dans un climat manquant, dans une certaine mesure, de recueillement et de décorum liturgique (« di raccoglimento e di decoro »). Ce n’est certainement pas mon expérience. Je connais de nombreux prêtres, résidant à Rome ou en visite à Rome, qui ont célébré ou célèbrent régulièrement la Sainte Messe à la Basilique Saint-Pierre. S’ils m’ont exprimé leur profonde gratitude pour avoir eu l’occasion de célébrer la Sainte Messe dans la Basilique, ils n’ont pas indiqué que le climat dans lequel ils ont célébré la Sainte Messe dans la Basilique manquait en quoi que ce soit de la révérence, du recueillement et de la dignité qui conviennent au Sacrement des Sacrements.

2.  Le document impose la concélébration aux prêtres qui veulent célébrer la Sainte Messe dans la Basilique Saint-Pierre, ce qui est contraire au droit de l’Église universelle, et conditionne injustement le devoir premier du prêtre individuel de célébrer quotidiennement la Sainte Messe pour le salut du monde (can. 902). Dans quelle église un prêtre pourrait-il désirer, plus que dans la basilique Saint-Pierre, célébrer la sainte Messe, par quoi il accomplit le plus parfaitement et le plus complètement sa mission sacerdotale ? Si un prêtre individuel souhaite célébrer la Sainte Messe dans la Basilique, une fois que les directives en question seront en vigueur, il sera contraint de concélébrer, en violation de sa liberté de célébrer la Sainte Messe individuellement.

3.  En ce qui concerne la célébration individuelle de la Sainte Messe, il faut observer qu’il ne s’agit pas seulement d’un droit du prêtre, mais que celle-ci  porte également un grand fruit spirituel pour toute l’Église, puisque les mérites infinis du Saint Sacrifice de la Messe sont plus largement appliqués d’une manière adaptée à notre nature finie et temporelle. Il est utile de réfléchir à l’enseignement du Concile de Trente, concernant la situation d’un prêtre qui célèbre la Sainte Messe sans qu’aucun fidèle ne reçoive la Sainte Communion. En ce qui concerne la participation des fidèles à la Sainte Messe, le Concile enseigne : « Le saint concile souhaiterait, certes, que les fidèles assistant à la Sainte Messe ne communient pas seulement par un désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l’Eucharistie, par quoi ils recueilleraient un fruit plus abondant de ce très saint sacrifice. » Il poursuit : « Cependant, s'il n’en est pas toujours ainsi, il ne condamne pas pour cela, comme privées et illicites [can. 8], les messes où seul le prêtre communie sacramentellement ; mais il les approuve et les recommande, en partie parce qu’elles sont célébrées par un ministre public de l’Église, non pas pour lui seulement, mais pour tous les fidèles qui appartiennent au corps du Christ » (Session XXII, chapitre 6). Il faut en outre observer que le prêtre ne célèbre jamais seul la sainte Messe, même s’il n’y a personne d’autre physiquement présent, car les anges et les saints assistent à chaque offrande de la sainte Messe (can. 903).

4.  En ce qui concerne la forme extraordinaire du rite romain, que le document appelle faussement le rite extraordinaire, le document se réfère aux « prêtres autorisés », mais aucun prêtre en règle n’a besoin d’autorisation pour célébrer la Sainte Messe selon la forme extraordinaire du rite romain (Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 2). De plus, le document limite l’offrande de la Sainte Messe selon la Forme Extraordinaire ou Usus Antiquior du Rite Romain dans la Basilique papale de Saint Pierre à la Chapelle Clémentine, à quatre heures fixes. Est-il donc supposé que, chaque jour, seuls quatre prêtres seront autorisés à célébrer la Sainte Messe selon l’Usus Antiquior dans la Basilique papale Saint-Pierre ? Puisque le droit universel de l’Église permet au prêtre individuel, dans de telles circonstances, de célébrer la Sainte Messe, soit selon la forme ordinaire (Usus Recentior), soit selon la forme extraordinaire (Usus Antiquior), la directive en question est en violation directe du droit universel de l’Église.

5. Le document dispose également que les messes concélébrées doivent être animées liturgiquement (siano animate liturgicamente) par le service des lecteurs et des chantres. Bien que la discipline liturgique de l’Église prévoie le service des lecteurs et des chantres, leur but n’est pas d’animer la Sainte Liturgie. Le Christ seul, en la personne duquel le prêtre agit, anime la Sainte Liturgie. Il ne faut donc pas penser que la célébration individuelle de la Sainte Messe est en quelque sorte moins animée, au sens spirituel véritable, que la Messe concélébrée.

6.  Pour le bien de la foi catholique et pour le bon ordre de la Sainte Liturgie, l’expression la plus élevée et la plus parfaite de la vie de l’Église dans le Christ, le document en question devrait être révoqué immédiatement, c’est-à-dire avant sa date supposée d’entrée en vigueur, le 22 mars prochain. En outre, la pensée qui sous-tend un tel document devrait être corrigée, en même temps que la discipline de l’Église universelle et la doctrine liturgique qui la sous-tend sont exposées aux fidèles.

En conclusion, la discipline de l’Église reconnaît le droit, et même le devoir, des fidèles chrétiens de faire connaître à leurs pasteurs leurs préoccupations sur les questions qui concernent le bien de l’Église et, de même, de faire connaître ces préoccupations à tous les fidèles chrétiens (can. 212 §3). Étant donné la gravité de la situation représentée par le document en question, j’espère que de nombreux fidèles chrétiens pour qui la basilique Saint-Pierre est, dans un sens tout particulier, leur église mère, et, surtout, de nombreux prêtres du monde entier feront connaître au pape François et à sa Secrétairerie d’État leur forte objection au document en question.

Raymond Leo Cardinal BURKE
13 mars 2021

© leblogdejeannesmits pour cette traduction officielle.
© photo : Olivier Figueras


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10 mars, 2021

COVID-19 : communions individuelles et baptêmes interdits dans le diocèse de Dublin, en Irlande, par Mgr Dermot Farrell

Le nouvel archevêque de Dublin, Dermot Farrell, vient d’aggraver dans son diocèse les restrictions COVID actuellement imposés par le gouvernement irlandais dans le domaine du culte : il est allé jusqu’à interdire aux prêtres de son diocèse de distribuer la communion aux paroissiens en privé. Seules communions autorisées désormais : celles dans le cadre de funérailles, la présence de fidèles étant limitée à dix personnes, ou de mariages (avec une limite de six personnes, mariés et témoins compris).

La décision épiscopale, datée du 4 mars, affirme : « Dans l’intérêt de la santé et de la sécurité, les prêtres et les paroisses ne devraient pas succomber aux demandes de distribution de la sainte communion avant ou après la messe, dans ou en dehors des églises. »

« Succomber » à la demande d’un fidèle de recevoir un sacrement comme on « succombe » à la tentation ? Bigre !

Mgr Farrell précise : « Les messes en drive-in ne sont pas autorisées car aucun rassemblement de personnes à l’extérieur ou à l’intérieur n’est autorisé. La sainte communion ne peut être distribuée dans l’église qu’aux personnes en deuil qui assistent à une messe funéraire, à celles qui célèbrent le sacrement du mariage et aux ministres essentiels qui rendent possible la célébration de la messe en ligne (par exemple, le ministre de la Parole, le sacristain). »,
Toute organisation de premières communions ou de confirmations devra attendre que le gouvernement irlandais indique au diocèse que cela peut se faire en toute « sécurité ».

Mais il y a pire. Le sacrement du baptême est également proscrit dans le diocèse de Dublin, puisque Mgr Farrell a demandé au clergé de ne baptiser que « dans des circonstances exceptionnelles, c’est-à-dire en danger de mort ».
Autrement dit, c’est la fin des baptêmes des nouveau-nés et des nourrissons. Le report des baptêmes demandés par des jeunes ou des adultes. L’idée que le baptême, ça peut attendre. Mais cet évêque sait-il seulement ce qu’est le baptême ? La catéchèse assurée dans son diocèse l’enseigne-t-elle aux enfants ?

Le décret épiscopal a été critiqué par nombre de médias catholiques du pays. Catholic Arena l’a ainsi qualifié de « déclaration décourageante et démoralisante pour un troupeau déjà en déclin… une reddition totale ».
L’Irlande est en confinement de niveau 5 depuis le début de la nouvelle année, et les restrictions devraient rester en vigueur jusqu’au 5 avril au moins, date à laquelle un réexamen sera effectué. Pas de Semaine Sainte, pas de messe pascale pour les fidèles autrement que derrière leurs écrans… Car tout culte public est interdit et les lieux de culte ne peuvent être ouverts que pour la prière privée. Les messes et autres offices en présence de fidèles ne seront autorisés qu’une fois le pays revenu au niveau 2 des restrictions, ce qui pourrait prendre des mois.

La hiérarchie catholique irlandaise a tenu plusieurs réunions avec le Taoiseach (Premier ministre) Micheál Martin, dans une tentative de « dialogue » en vue réduire les restrictions imposées aux églises à l’avenir. La réunion la plus récente a eu lieu vers la fin du mois dernier, lorsque les quatre archevêques d’Irlande ont exprimé leur soutien durable au « message de santé publique », s’engageant « à encourager toutes les mesures nécessaires, y compris la vaccination, pour protéger la santé et le bien-être, en particulier celui des plus vulnérables ». Les archevêques se sont bornés à demander au gouvernement que celui-ci autorise le culte public à « reprendre lorsqu’un assouplissement des restrictions sera envisagé ».

Le décret de Farrell interdisant la communion, qu’aucune mesure publique n’impose explicitement, est intervenu quinze jours après cette réunion.
Mais le dimanche précédent le décret, la police a demandé à une paroisse de Dublin de cesser de distribuer la communion en privé aux paroissiens qui venaient à l’église après la messe télévisée pour la recevoir individuellement, avant de rentrer chez eux sans se rassembler.

Interrogé par la chaîne RTE, le père Binoy Mathew de la paroisse Mountview and Blakestown a déclaré que les gens entraient dans l’église pour recevoir la communion, et en sortaient immédiatement. Environ 130 personnes étaient venues en deux heures, a-t-il précisé, en respectant les protocoles d’hygiène.
La police a fait cesser ces actes de piété individuels, l’ayant interprété comme un événement organisé, interdit à ce titre par les restrictions du COVID.

Cet événement est probablement à l’origine de la décision de Farrell, puisqu’il affirme dans la note qui précède son décret que des questions avaient été soulevées lors de récentes réunions du doyenné, ce qui l’avait amené à interdire explicitement la réception privée de la communion.

A Dublin, il est toujours possible de commander des repas et des boissons à emporter. Où est la différence (hormis la valeur infinie du sacrement, bien sûr) avec la distribution individuelle de la communion ?

D’autres restrictions sont en voie d’assouplissement : ainsi les écoles ont-elles rouvert leurs portes aux enfants présentant des difficultés d’apprentissage, à certaines classes du primaire et aux jeunes qui s’apprêtent à passer leur examen de fin d’études secondaires cette année.

L’Irlande enregistre actuellement environ 15 morts attribuées au COVID-19 par jour, un nombre en baisse continue depuis début février où l’on est monté à 60 morts par jour. Quant au nombre de « cas » journaliers, il a fortement chuté entre la mi-janvier (6.532) et début février (1,285), a encore baissé de manière moins rapide mais constante depuis lors pour se situer aujourd’hui à une moyenne de 475.

C’est dans ce contexte sanitaire encourageant que l’archevêque de Dublin a pris la décision d’interdire l’accès généralisé aux sacrements. Le message est clair : la santé du corps prime sur la santé de l’âme.

On ne s’étonnera pas de ce que, peu avant de prendre ses fonctions d’archevêque de Dublin au début de l’année, Mgr Farrell ait accordé une interview dans laquelle il s’est dit favorable à la bénédiction des anneaux pour les couples homosexuels. Et si l’Église catholique enseigne que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés », Farrell voit dans cette formule une « description technique ».

Réticent au départ à l’idée des « femmes prêtres » – pour lui, l’enseignement traditionnel de l’Église sur le sujet est un « obstacle à surmonter » – Mgr Farrell a fortement signifié son soutien au diaconat féminin.


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