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29 novembre, 2024

Un entretien exclusif avec David Caron Olivares, spécialiste du prodigieux miracle de Notre Dame de Guadalupe





Le film Guadalupe, Mère de l’humanité sort en salles le 4 décembre, distribué par SAJE.

Il est toujours difficile de présenter avec des moyens humains un événement surnaturel, mais celui-ci a laissé une trace exceptionnelle : le portrait de la Femme de l'Apocalypse, couronnée d’étoiles, revêtue du soleil, la lune sous ses pieds… C’est le prodigieux miracle de la « tilma », pauvre tissu de fibres de cactus, qui cinq siècles plus tard nous montre toujours le doux visage de Marie, Vierge et Mère… et tant d’autres choses !

Le film la montre et la fait aimer à travers une mise en scène qui touchante, tout en apportant dans sa partie documentaire de nombreux détails et explications ainsi que les témoignages bouleversants de conversions obtenues par la plus spectaculaire des évangélisatrices : 9 millions de baptêmes d’Indiens au Mexique au cours de la décennie qui a suivi l’apparition de Sainte Marie de Guadalupe en 1531 !

En attendant la sortie du film et pour vous donner envie d'aller le voir, je vous propose cette interview bellement illustrée de David Caron Olivares, spécialiste de Notre Dame de Guadalupe, que j’ai eu la joie de mener avec mon confrère Armel Joubert des Ouches : elle est en ligne ici sur RITV.

N’hésitez pas à partager ce lien vers de bel entretien où David Caron Olivares dit avec profondeur l’amour et la reconnaissance qu’il faut avoir envers la Vierge de Guadalupe.

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14 novembre, 2023

Mgr Strickland réagit à son éviction de son diocèse. Une parole lucide, noble et très surnaturelle

Le 11 novembre au matin le pape François a décidé de retirer Mgr Joseph Strickland de ses fonctions à la tête du diocèse de Tyler, au Texas. Cette décision personnelle du pape (surtout si elle a été prise « in forma specifica ») n’est pas susceptible d’un recours canonique, c’est le fait du prince. Vu le rôle et le pouvoir du pape, qui est un monarque au sommet d’une structure hiérarchique, monarque que nul dans l’Eglise ne peut juger, il ne s’agit pas d’un scandale en soi. Reste le goût amer de l’injustice qu’il est impossible de contester canoniquement, d’autant plus qu’aucune raison de fond n’a été avancée pour justifier cette brutale éviction d’un évêque fidèle, qui ne comptait l’an dernier, pour un troupeau modeste de quelque 120.000 âmes, pas moins de 21 séminaristes.

Mgr Strickland a réagi à sa destitution de manière admirablement surnaturelle ; le texte de son premier entretien sur le sujet est intégralement disponible ici sur reinformation.tv.


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26 février, 2022

Mgr Arthur Roche sur “Traditionis custodes” : un nouvel entretien où se confirme le changement de la “lex credendi”

Mgr Arthur Roche, préfet de la Congrégation pour le culte divin, ne cache rien de son approche de la liturgie réformée à la suite du Concile : elle constitue une nouvelle lex orandi répondant à la vision de Lumen gentium qui ne voit plus l’Eglise comme une « société parfaite » mais comme le peuple de Dieu en marche. Dans un entretien accordé à Christopher Lamb du journal catholique britannique The Tablet – ce vaticaniste a signé en 2020 un livre de défense et d’illustration du pape François face à la « guérilla » des « conservateurs » – l’archevêque anglais explicite davantage ces considérations qui portent en réalité sur la signification doctrinale de la messe de Paul VI et sur les objectifs profonds de Traditionis Custodes.

Sous le titre « Un préfet sous pression », Christopher Lamb signe une analyse au cours de laquelle il rapporte les propos de Mgr Roche, parfois en style indirect. Il présente le prélat comme « l’homme qui joue un rôle essentiel en traçant une voie stable à travers les turbulences des “guerres liturgiques” », par le fait pleinement assumées. A 71 ans, celui-ci n’a guère perdu depuis sa nomination à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements pour détricoter l’œuvre de Benoît XVBI. « Il s’agit, commente Christopher Lamb, « d’un des postes les plus sensibles et les plus exigeants de l’Église, qui l’oblige à travailler en étroite collaboration avec le pape et les évêques du monde entier. »

Mgr Roche lui a confié l’objectif de son département qui est, selon Lamb, « de poursuivre la mise en œuvre du document du Concile Vatican II sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium. » « Il s’agit, dit-il, de sa “Magna Carta”. »

Voilà qui a au moins le mérite de la clarté, notamment lorsque M. Roche souligne – toujours selon Christopher Lamb – « que l’intention du pape était d’“apporter l’unité” à l’Église et de mettre fin à l’idée qu’il existe deux Églises différentes avec deux liturgies différentes ». Ainsi, les deux rites, l’ancien et le nouveau, ne sont plus présentées comme les deux « formes » du rite romain parce qu’ils correspondraient, aux dires de Roche, à « deux Eglises différentes ».

A propos des Responsa venues, peu avant Noël, préciser les modalités de l’application de Traditionis Custodes, Lamb écrit, en un passage décidément très révélateur :

Ces clarifications indiquaient clairement que les confirmations et les ordinations selon les liturgies antérieures au Concile Vatican II sont désormais interdites, et recommandaient aux paroisses de ne pas faire de publicité pour les messes tridentines dans leurs bulletins. De nombreux membres de petits groupes très fidèles qui sont attachés au Missel de 1962 sont dévastés. Ils se plaignent de ce que le pape ait « annulé » la forme de messe à laquelle ils sont attachés.

Est-ce le but du pape, demandé-je à l’archevêque, de voir disparaître la liturgie d’avant Vatican II ? « Il est clair que le pape François, ainsi que ses prédécesseurs, accordent une grande attention à ceux qui trouvent cela difficile et il est donc encore possible d’utiliser le Missel de 1962 », a-t-il répondu. « Mais ce n’est pas la norme. C’est une concession pastorale. » Roche ajoutait : « Je ne suis pas en mesure de savoir » si l’ancienne forme de la messe finira par tomber en désuétude. Mais il souligne que l’objectif de Traditionis Custodes est de rapprocher les gens « de la compréhension de ce que le Concile a exigé ».

Les décisions récentes du pape ont un fondement théologique profond, souligne-t-il. La question n’est pas que certains catholiques aient une préférence personnelle pour le latin. Il s’agit de la manière dont l’Église se perçoit et perçoit sa mission. Il s’agit du vieil adage Lex Orandi, Lex Credendi : notre manière de prier, c’est notre manière de croire. Roche fait remarquer que la constitution dogmatique de Vatican II sur l’Église, Lumen Gentium, s’est éloignée du modèle de l’Église comme « société parfaite » pour se rapprocher de la notion biblique de l’Église comme peuple de Dieu en pèlerinage. Dans le premier modèle, dit-il, c’était le prêtre qui « représentait les intentions du peuple » et les transmettait à Dieu dans la liturgie. Vatican II a changé cela. « A travers la compréhension du sacerdoce de tous les baptisés, ce n’est plus simplement le prêtre seul qui célèbre l’Eucharistie, mais tous les baptisés qui célèbrent avec lui », explique Arthur Roche. « C’est certainement la compréhension la plus profonde de ce que signifie la “participation”. Nous ne nous contentons pas de lire, de chanter, de déplacer des objets dans le sanctuaire ou de réussir à gérer les enfants ou quoi que soit, mais d’entrer profondément dans la vie divine, qui nous a été manifestée dans le mystère pascal. »

C’est donc bien la conception du sacerdoce et celle du sacrifice eucharistique qui sont en cause dans l’optique de Traditionis Custodes, et la volonté première n’est pas de mettre en évidence une « continuité » de Vatican II par rapport à la tradition de l’Eglise, mais ce que Vatican à « changé ». Sans nous attarder sur la possibilité effective d’une « herméneutique de la continuité », il suffit d’observer ici le choix assumé d’une « herméneutique de la rupture ».
Poursuivons avec Christopher Lamb :

La liturgie issue du Concile, explique l’archevêque, est également beaucoup plus « riche » qu’elle ne l’était en 1570 (lorsque la messe tridentine a été promulguée par le pape Pie V). Toutes les Écritures sont désormais disponibles, ainsi qu’une plus grande variété de prières, ce qui permet une « plus grande sensibilité » vis-à-vis des situations des personnes. « La liturgie n’est pas accessoire à notre identité », souligne M. Roche. « La liturgie, ce sont les entrailles de l’Église, qui donnent naissance aux chrétiens et qui nourrissent la vie chrétienne. »

Mgr Roche s’en prend également à l’affirmation des critiques selon laquelle les réformes liturgiques ont été imposées par un comité qui n’a pas respecté les souhaits des pères du Concile. Il qualifie cette affirmation de « ridicule » et me dit que les archives de sa congrégation montrent que Paul VI parcourait les nouveaux textes liturgiques « page par page » de 21 heures à 23 heures, semaine après semaine. Si les changements liturgiques et ecclésiologiques de Vatican II ont été approuvés à une écrasante majorité par les évêques qui y ont participé, M. Roche estime que le raisonnement qui sous-tend les réformes n’est toujours pas « pleinement compris ». La formation, dit-il, a été « très insuffisante » dans certains domaines de la vie catholique, et cela est plus vrai encore qu’ailleurs dans les séminaires, où de forts courants poussent à un retour aux styles vestimentaires et liturgiques d’avant Vatican II.

Où l’on comprend que c’est par insuffisance de formation que les séminaristes d’aujourd’hui se laissent séduire par la liturgie traditionnelle – il fallait y penser !

Christopher Lamb poursuit :

Il n’est pas rare que les prêtres nouvellement ordonnés qui sortent des séminaires du monde occidental commencent presque aussitôt à célébrer la messe tridentine. La congrégation dirigée par Roche demande aux séminaires d’enseigner « la richesse de la réforme liturgique demandée par le Concile Vatican II », et tout prêtre nouvellement ordonné qui souhaite célébrer la Messe en utilisant les livres liturgiques d’avant Vatican II devra obtenir l’autorisation du Saint-Siège. « Le Saint-Père se préoccupe de la formation », affirme Roche, selon lequel il a demandé il y a deux ans aux membres de sa congrégation, qui comprend des évêques et des cardinaux du monde entier, de discuter de cette question. « Tous ont estimé que la formation était plutôt inadéquate dans les séminaires en général, ainsi que dans la vie de l’Église. »

Mais était-ce parce que les séminaristes ne reçoivent pas une formation assez solide à la foi et au sacerdoce, ou parce qu’il se montrent si volontiers attirés par la liturgie traditionnelle ?

Mêlant toujours citations littérales et indirectes, Lamb écrit :

Comment l’archevêque répond-il aux affirmations selon lesquelles le Saint-Siège ne fait pas assez pour dialoguer avec les personnes attachées au Missel de 1962 ? « Je ne pense pas que ce soit vrai », répond Mgr Roche. Il a rencontré des groupes traditionalistes, et les questions qu’ils soulèvent vont probablement continuer à être discutées. (Plusieurs jours après notre entretien, on annonce que le Pape a rencontré une fraternité de prêtres traditionalistes et leur a accordé une concession pour continuer à célébrer les sacrements selon l’ancien rite). En outre, les Responsa ad dubia que l’archevêque a publiées en décembre, et dont certains ont dit qu’elles étaient indûment restrictives, étaient une réponse à des questions spécifiques qui lui avaient été posées par des évêques. Il a présenté le document directement au pape en novembre dernier, qui l’a approuvé. Il ne peut s’agir de répondre aux préférences liturgiques d’un groupe, dit-il. « L’Église nous donne la liturgie. Nous prions en tant que communauté ecclésiale et jamais simplement en tant qu’individus, ni comme une question de préférence personnelle. »

Jean-Paul II et Benoît XVI, explique l’archevêque, ont fait des concessions pastorales à ceux qui n’étaient pas capables d’accepter les réformes liturgiques du Concile, et avec Summorum Pontificum en 2007, Benoît XVI a levé de nombreuses restrictions sur l’utilisation de l’ancienne forme. Mais Roche affirme que l’enquête menée auprès des évêques du monde entier a montré que ce qui fut au départ une concession s’était transformé en une « promotion du retour à ce qui existait avant le Concile Vatican II ». Cela « ne pouvait pas être toléré parce que le Concile avait changé la façon dont nous allons de l’avant. C’est une question simple ». Il n’avait jamais été dans l’intention de Benoît XVI d’encourager ces divisions dans l’Église. Benoît XVI avait également espéré que ses concessions ramèneraient ceux qui « opéraient en dehors de l’enceinte de l’Église », mais, comme le souligne Roche, il n’y a pas beaucoup de preuves que cela se soit produit (il parle ici de la Fraternité Saint-Pie X établie par l’archevêque Marcel Lefebvre).

« Le Concile a changé la façon dont nous allons de l’avant » : voilà qui est clair, là encore : cela ne serait pas compatible avec la manière dont ont prié et célébré des générations de saints depuis bien avant saint Pie V !

L’évocation de l’entretien continue :

Il aime travailler pour François, qu’il décrit comme « une grande inspiration » et qui est pour lui « à la fois le Saint-Père et un frère évêque ». Il écarte l’idée que le prochain pape puisse conduire l’Église dans une direction différente. « Se dresser contre Pierre est un acte étonnant, plein d’orgueil démesuré », écrit Roche en réponse à une question que je lui ai envoyée par courriel. La croyance selon laquelle « les choses changeront sous un nouveau pontificat n’est pas seulement déplacée mais révèle une énorme ignorance du mandat donné à l’ensemble de l’Église par le Concile Vatican II ».

Mgr Roche affirme que son ministère met déjà en œuvre le style synodal de l’Église que François tente d’instaurer. En 2017, le pape a publié une décision, Magnum Principium, qui a donné aux évêques davantage d’autorité sur les traductions liturgiques, et Roche explique qu’il travaille avec eux de manière collégiale : « Nous avons changé la façon dont nous travaillons avec les évêques par rapport à l’époque où je suis arrivé dans la congrégation. »

Le meilleur pour la fin ? Si la messe traditionnelle n’est plus une option sérieuse aux yeux de Mgr Roche, qui se positionne en porte-parole du pape François, il y a des choix liturgiques qui ont toute sa sympathie. Comme l’explique Christopher Lamb :

Le bureau de Roche est également chargé de superviser les adaptations, ou usages, du rite romain pour les différents pays. Il suit l’appel de Vatican II en faveur des « variations et adaptations légitimes » au sein du même rite. Lors du synode de 2019 sur l’Amazonie, les évêques ont fait la demande d’adapter la liturgie pour inclure les traditions et les symboles de cette région, comme cela s’est fait avec l’usage zaïrois du rite romain, utilisé en Afrique subsaharienne. « Nous avons passé les 50 dernières années à traduire, la prochaine phase consistera à faire face à l’adaptation », explique Roche. Il la décrit comme une « question délicate ».

Délicate peut-être, mais acceptée et voulue dans son principe.


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25 avril, 2021

Mgr Schneider répond à mes questions sur le recours aux vaccins “souillés” par l’avortement

Dans le débat qui se poursuit à propos de l’utilisation de lignées de cellules fœtales obtenues à la suite d’avortements (réalisés dans des conditions particulièrement cruelles afin de permettre leur obtention) je vous propose aujourd’hui de découvrir les réponses de Mgr Athanasius Schneider à quelques questions que je lui a posées à ce sujet.

C’est un thème qui divise ; Mgr Athanasius Schneider fait d’ailleurs partie des très rares ecclésiastiques qui refusent de justifier le recours aux différents vaccins anti-COVID actuellement distribués en France au motif que la « coopération au mal » qu’implique leur utilisation est tellement éloignée que la personne recevant le vaccin n’est pas en conscience obligée de le refuser.

Comme vous le savez peut-être j’ai signé la Déclaration évoquée à le fin de cet entretien, et même si un « consensus » semble s’être assez largement dégagé, je suis persuadée qu’il nous faut réfléchir plus avant à une pratique qui, loin d’être anecdotique et ponctuelle, devient de plus en plus répandue dans l’industrie pharmaceutique mais aussi dans les industries cosmétiques et alimentaires : l’utilisation de cellules humaines obtenues à la suite d’avortements pour divers tests de tolérance et d’efficacité, et opérations de production.

Vous ne serez peut-être pas d’accord avec les propos de Mgr Schneider. Mais si ce débat doit avoir lieu, il faut en connaître les différents aspects, et y réfléchir honnêtement – or je constate qu’il est aujourd’hui très difficile, y compris dans la presse catholique de conviction, d’avoir accès à ses arguments, et à d’autres que j’ai répercutés ou exposés oà titre personnel sur ce blog.

Il y a quelques mois, Mgr Schneider m’écrivait : Je me sens fortement poussé devant Dieu à élever la voix pour défendre l’inviolabilité des corps et de ses parties (cellules) d'enfants tués. Nous devons tous crier :  Ne touchez pas aux corps et aux cellules des bébés à naître ! », et avec cela en évitant toute concession ou ambiguïté, prêts à subir des inconvénients personnels pour cela.

Voici donc l’entretien que m’a accordé Mgr Schneider. – J.S.

*

– Mgr Schneider, vous êtes parmi les très rares hommes d’Eglise qui demandent aux fidèles de refuser totalement de recevoir un vaccin ayant été touché de près ou de loin par l’utilisation de lignées de cellules fœtales obtenues à partir d’avortement. Le plus grand nombre – allant du Pape François à la Congrégation pour la Doctrine de la foi – approuvent le recours aux vaccins anti-COVID ainsi « souillés » ; la Fraternité Saint Pie X a publié une réflexion faisant état de la coopération très éloignée au mal que constitue la réception de ces vaccins. Pourquoi n’êtes-vous pas de cet avis ?

– Les puissances mondiales anti-chrétiennes qui promeuvent la culture de la mort poursuivent l’objectif d’imposer une participation passive implicite, quoique distante, à l’avortement à l’ensemble de la population mondiale. Une telle coopération éloignée est en soi un mal en raison des circonstances extraordinaires dans lesquelles ces puissances mondiales promeuvent le meurtre d’enfants à naître et l’exploitation des restes de leur corps. En utilisant de tels vaccins et médicaments, nous bénéficions pour notre corps des « fruits » ou « bienfaits » de l’un des plus grands maux de l’humanité, à savoir le génocide cruel de l’enfant à naître. En utilisant de tels médicaments ou vaccins, nous recevons une sorte de signe dans notre corps qui indique que nous sommes liés à ce mal, sinon directement, mais néanmoins nous sommes liés. Parce que si un enfant innocent n’avait pas été cruellement assassiné, nous n’aurions pas ces médicaments ou vaccins dans notre corps. Nous n’avons pas besoin d’être assez naïfs pour ne pas voir que derrière ces vaccins et médicaments, il n’y a pas seulement un bienfait pour la santé, mais en même temps la promotion de la culture de la mort.

Bien sûr, on peut affirmer que si les gens ne prenaient pas ces vaccins, l’industrie de l’avortement continuera de toute façon. Si nous ne prenons pas de tels vaccins ou médicaments, nous ne réduirons probablement pas le nombre d’avortements. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Le problème est l’affaiblissement moral de notre devoir de résistance au crime d’avortement, au crime de recyclage et de commercialisation des parties du corps d’enfants assassinés. L’utilisation de ces médicaments et vaccins ajoutera en quelque sorte un soutien moral, bien qu’indirect, à cette horrible situation. Et puis les avorteurs diront : «Vous voyez, toute l’Église catholique, la hiérarchie, bien qu’à contrecœur, accepte cette situation, une situation qui comprend toute une chaîne de crimes contre la vie, une « chaîne de mort ». Nous devons vraiment nous réveiller pour voir les vrais dangers, les conséquences et les circonstances.

– La congrégation pour la Doctrine de la foi a bien souligné qu’il faut préférer, quand cela est possible, un vaccin produit de manière « éthique », et il en existe, même pour le COVID. Pensez-vous que cet aspect des choses est trop oublié ?

– La Congrégation a dit encore plus que tous ont le devoir « d’exprimer leur propre désaccord à ce sujet et de demander que les systèmes de santé mettent à leur disposition d’autres types de vaccins » (Dignitas Personae, 35). Il est très étonnant qu’aujourd’hui, il y ait très peu de voix qui protestent ouvertement contre l’existence de médicaments et de vaccins contaminés par l’avortement. Il est encore plus étonnant que des organisations et des personnes qui travaillent par ailleurs pour la protection de la vie à naître se dissimulent soudainement et n’expriment aucune protestation publique. Il est incompréhensible que même les personnes et les organisations qui défendent la vraie doctrine et la morale catholiques soient soudainement devenues des sortes de défenseurs de l’utilisation de ces vaccins et médicaments. Vu le comportement de ces personnes dans son ensemble, il reste l’impression que ces personnes sont passées dans le camp de l’ennemi car, en prônant publiquement l’utilisation des vaccinations liées à l’avortement, ces personnes et organisations catholiques contribuent en définitive à la solidification de ce mal dans notre société, le mal qui consiste à enlever des parties du corps des enfants assassinés à naître en les exploitant.

– Est-il, selon vous, peccamineux de recevoir un vaccin testé en utilisant une ancienne lignée de cellules fœtales ? Et comment pourrait-on l’affirmer quand des voix autorisées de l’Eglise affirment depuis longtemps qu’il est possible de le faire sans pécher, en raison de l’absence de responsabilité personnelle par rapport à l’avortement et à l’absence pratique d’autre choix ?

– Nous devons considérer la vraie profondeur de ce problème et dans ce cas nous ne devons pas nous fier au positivisme juridique et au formalisme d’une théorie abstraite de la collaboration au mal ou du double effet, ou quel que soit le nom que vous souhaitez donner à une telle justification. Nous devons aller plus loin dans les racines, et considérer la proportionnalité. Cette chaîne particulière de crimes meurtriers horribles, l’extraction de parties du corps des enfants pendant qu’ils sont tués, le recyclage et la commercialisation de leurs parties du corps par la fabrication et le test de médicaments et de vaccins, est disproportionnée par rapport à d’autres crimes, tels que le travail d’esclave, cas individuels intéressants de l’histoire, paiement des impôts, etc.

En raison de la gravité de la nature extraordinaire de l’avortement et de la situation actuelle d’une industrie de l’avortement en croissance constante, le principe de la coopération matérielle, du double effet, etc. ne sont en principe pas applicables dans ce cas. Étant donné cette gravité extraordinaire de ce cas, objectivement parlant, un chrétien ne peut pas participer à un tel mal. La gravité d’un tel péché dépend alors des circonstances personnelles individuelles : pleine connaissance, pleine liberté de la volonté, forte pression des autres et de l’environnement. Cependant, on ne peut justifier ou autoriser publiquement l’utilisation de tels médicaments et vaccins de quelque manière que ce soit. La vie chrétienne est aussi essentiellement une confession et un « non » résolu à s’adapter à la culture de la mort.

– Ou bien est-on dans un cas semblable à celui d’une femme enceinte qui tombe gravement malade et à qui l’on doit donner un soin qui aura pour effet de tuer l’enfant qu’elle porte (par exemple, ablation de l’utérus) : elle ne commet pas le péché d’avortement en acceptant le traitement ; mais elle exerce la vertu de manière héroïque en refusant, portant ainsi témoignage au devoir de respecter la vie.

– La particularité de la foi chrétienne est que nous devons comprendre et vivre la vie sur terre en suivant le Christ. Le sens de la vie d’une personne sur terre, selon les paroles du Christ, est de donner sa vie, de faire de sa vie un sacrifice, d’abord par amour pour Dieu à la suite du Christ, et par amour pour son prochain si les circonstances particulières de la vie l’exigent. Il y a n’a pas un commandement à l’héroïcité, mas bien sûr une invitation de Notre Seigneur à tous les fidèles de Le suivre dans le chemin de la croix. Nous possédons d’innombrables exemples de mères chrétiennes qui ont donné leur vie par amour pour que leur enfant puisse vivre. Combien d’exemples de martyrs avons-nous de tous les états de vie, des enfants et des filles délicates aux personnes âgées. Ils préféraient perdre leur courte vie terrestre au lieu de brûler ne serait-ce qu’un petit grain d’encens devant la statue d’une idole. Peu importait de savoir si c’était un gramme ou un dixième de gramme ou un kilogramme d’encens.

Alors aujourd’hui aussi, peu importe que nous acceptions le vaccin contenant de lignée de cellules fœtales dans sa production ou seulement dans la phase de tests. Nous sommes entrés dans le long processus qui trouve son origine dans le meurtre de l’enfant à naître et de l’extraction des parties de son corps. Au sens figuré on pourrait dire : l’utilisation du vaccin dont la lignée de cellules ont été utilisées seulement pour le test est comme brûler un dixième de gramme d’encens, celle du vaccin dont la lignée de cellules ont été utilisées pour le production même est comme brûler dix grammes ou un kilogramme d’encens.

– L’affirmation de la loi de l’Eglise en ces matières est devenue inaudible pour un nombre grandissant de catholiques, faute d’avoir reçu une formation suffisante. Pour y remédier, des clercs de plus en plus nombreux atténuent la doctrine, de peur que les gens ne se détournent de l’Eglise. Comment peut-on, aujourd’hui, rendre audible, compréhensible la loi de l’Eglise sans l’amoindrir ?

– Dans cette situation, les catholiques doivent adhérer à l’enseignement catholique de tous les temps. Implorer instamment l’illumination du Saint-Esprit pour le renforcement du sensus fidei. Lisez les exemples des saints, en particulier des martyrs et surtout en priant Dieu pour que le bon sens devienne de plus en plus clair afin qu’un vrai catholique rejette spontanément quelque lien avec un vaccin lié au meurtre d’un enfant innocent à naître. Le simple catholique n’a pas besoin en ce concret cas d’être un Aristote ou un Thomas d’Aquin pour rejeter cela spontanément.

– D’autres vaccins sont souillés par l’avortement, comme celui contre la rubéole. Or il fait partie, en France, des vaccins obligatoires pour les nourrissons, et en l’absence de certificat de vaccination, les enfants ne peuvent être scolarisés – et en même temps, l’école à la maison est impossible à mettre en œuvre pour le plus grand nombre et elle est d’ailleurs en voie d’être interdite, sauf pour les enfants ayant une raison médicale. Quel conseil donneriez-vous aux parents à ce sujet ?

– On doit utiliser tous les moyens possibles et exiger des alternatives moralement saines. On doit utiliser l’objection de conscience et résister. Si nous ne le faisons pas maintenant, alors les forces anti-chrétiennes de la culture de la mort nous imposeront une implication toujours plus grande dans l’industrie du meurtre. Il est temps de se lever et de dire : nous protestons et nous ne participons pas. Une chaîne mondiale de protestation contre les produits contaminés par l’avortement doit être lancée et développée. Tolérance zéro pour les produits issus du meurtre d’enfants, que ce soit dans les cosmétiques ou dans la médecine. Si le mouvement Vegan n’accepte systématiquement que des produits qui sont, comme on dit, « sans cruauté » (cruelty-free), c’est-à-dire où aucune violence n’a été faite à l’animal, alors toutes les personnes de la bonne volonté et, avant tout, toutes les organisations de protection de la vie naissante doivent exiger des médicaments « sans cruauté », c’est-à-dire médicaments dont la production n’implique aucune violence contre les enfants à naître.

– Parmi les signataires de la récente déclaration sur les vaccins souillés par l’avortement, on trouve d’anciens membres permanents de l’Académie pour la vie fondée par Jean-Paul II, et aussi Wanda Poltawska, la plus grande amie du saint pape. Pourriez-vous nous parler de l’engagement de cette dernière ?

– On m’a dit que Mme Poltawska avait lu attentivement la Déclaration des femmes du 8 mars dernier et l’avait signée avec conviction. Elle connaît de sa propre expérience l’horreur des expériences médicales sur des personnes innocentes. Aucune personne honnête ne peut nier que l’extraction de cellules ou de parties du corps d’enfants tués et leur traitement ultérieure en biotechnologie ne sont pas une forme d’expériences médicales sur l’homme.

– Je note pour finir que ladite déclaration évoque un engagement pris à titre personnel, et qui tient compte des grandes questions de sécurité et d’efficacité soulevées par la vaccination expérimentale en cours contre le COVID-19. Cela veut-il dire que la réponse apportée en conscience au recours à ces vaccins est aussi liée à ces facteurs négatifs propres aux vaccins contre le COVID ?

Un prêtre et un évêque doivent d’abord se préoccuper du salut des âmes et non du salut des corps humains. Le prêtre est un spécialiste de l’éternité, de la vie éternelle surnaturelle, et nous devons montrer aux gens le moyen sûr d’accomplir fidèlement, sans compromis et sans ambiguïté la volonté de Dieu en tout, sachant que l’exemple du chrétien a aussi un effet public, et que son comportement ambigu peut être aussi un scandale et un contre-témoignage dans notre monde actuel. Les scientifiques devraient enquêter sur les dangers et risques sanitaires des vaccinations anti-Covid en toute honnêteté et les présenter publiquement sans aucune censure. La vérité viendra toujours à la lumière.

Propos recueillis par Jeanne Smits

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27 juin, 2020

Mgr Carlo Maria Viganò décrypte “l'esprit du Concile” dans un entretien avec Phil Lawler (traduction intégrale et autorisée)

L'“esprit du Concile” est-il le résultat d'une interprétation biaisée des actes du concile Vatican II ou au contraire l'essence même de cet évènement dont on fait une frontière entre l'« avant » et l'« après » de l'Eglise catholique ? Mgr Carlo Maria Viganò répond à ce sujet aux questions de Phil Lawler, fondateur du plus ancien site d'informations catholiques américain, Catholic Culture.

Vous trouverez ci-dessous une traduction complète de l'entretien, révisée par mes soins d'après le texte original en italien à la demande de Mgr Viganò qui me l'a communiquée, puis autorisée par lui. C'est une nouvelle pièce dans ce qu'on pourrait appeler les « discussions doctrinales » publiques à propos de Vatican II qui ont surgi sur internet à la faveur de prises de position de diverses personnalités : Mgr Schneider, le cardinal Brandmüller, Mgr Viganò, et dont plusieurs ont été traduites sur ce blog. (Voir ici ou ici.)

 Mgr Viganò y explique pourquoi il pense que « ceux qui ont affirmé que “l’esprit du Concile” représentait une interprétation peu orthodoxe de Vatican II se sont livrés à une opération inutile et nuisible, même si, ce faisant, ils étaient mus par la bonne foi ».
– J.S.


*

Philip Lawler : D’abord, quelle est opinion de votre Excellence sur Vatican II ? Que les choses se soient détériorées rapidement depuis lors est certainement vrai. Mais si l’ensemble du Concile pose problème, comment cela a-t-il pu se produire ? Comment concilier cela avec ce que nous croyons de l’inerrance du Magistère ? Comment les Pères du Concile ont-ils tous pu être ainsi trompés ? Même si seules certaines parties du Concile posent problème (par exemple Nostra Ætate, Dignitatis Humanæ), nous sommes toujours confrontés aux mêmes questions. Beaucoup d’entre nous disent depuis des années que « l’esprit de Vatican II » est erroné. Votre Excellence affirme-t-elle à présent que ce faux « esprit » libéral reflète fidèlement le Concile en tant que tel ?

Que le Concile représente un problème, je pense qu’il n’est pas nécessaire de le démontrer : le simple fait que nous nous posions cette question sur Vatican II et non sur le concile de Trente ou Vatican I, me semble confirmer un fait évident reconnu par tous. En réalité, même ceux qui défendent le Concile l’arme à la main en viennent à le faire en faisant abstraction de tous les autres conciles œcuméniques, dont aucun n’a été défini comme un concile pastoral. Et notez bien ceci : on l’appelle bien le Concile par antonomase, presque comme si c’était le seul et unique concile de toute l’histoire de l’Église, ou du moins le considère-t-on comme un hapax, à la fois pour ce qui est de la formulation de sa doctrine et de l’autorité de son magistère. Une assemblée qui, à la différence  de celles qui l’ont précédé, se définit elle-même précisément comme pastorale en déclarant qu’elle n’entend pas proposer de nouvelle doctrine, mais qui a de fait créé une discrimination entre l’avant et l’après, entre concile dogmatique et concile pastoral, entre canons sans équivoque et verbiage, entre anathème et clins d’œil au monde.

En ce sens, je crois que le problème de l’infaillibilité du Magistère – (l’inerrance que vous avez mentionnée est propre à l’Écriture Sainte) – ne se pose même pas, car le Législateur, c’est-à-dire le Pontife Romain autour duquel le Concile est convoqué, a solennellement et clairement indiqué qu’il ne voulait pas utiliser l’autorité doctrinale qu’il aurait pu exercer s’il l’avait voulu. Je voudrais souligner que rien n’est plus pastoral que ce qui est proposé comme dogmatique, car l’exercice du munus docendi dans sa forme la plus élevée correspond à l’ordre que Notre Seigneur a donné à Pierre de paître ses brebis et ses agneaux. Pourtant, cette opposition entre dogmatique et pastorale a été approuvée par celui qui, dans son discours d’ouverture du Concile, a voulu donner un sens strict (au sens de sévère) au dogme et un sens plus doux et plus conciliant à la pastorale. On retrouve la même approche dans les discours de Bergoglio, lorsqu’il voit dans l’esprit pastoral une version soft, douce, de l’enseignement catholique en matière de foi et de morale, rigide et inflexible, au nom du discernement. Il est douloureux de reconnaître que le recours à un lexique équivoque, ou à des termes certes catholiques, mais compris dans un sens impropre, s'est imposé dans l’Église depuis Vatican II, qui est le premier et le plus emblématique exemple de circitérisme, c’est-à-dire du
 caractère équivoque, l’imprécision souhaitée de la langue. Cela s’est produit parce l’Aggiornamento, terme lui-même équivoque, et que le Concile a recherché idéologiquement comme un absolu, avait posé le dialogue avec le monde comme une priorité.

Il y a une autre équivoque qui doit être levée. Si, d’une part, Jean XXIII et Paul VI ont déclaré qu’ils ne voulaient pas engager le Concile dans la définition de nouvelles doctrines, souhaitant qu’il se borne à être uniquement pastoral, d’autre part, il est vrai que vu de l’extérieur – médiatiquement, dirait-on aujourd’hui – l’importance donnée à ses actes fut énorme. Cela a servi à véhiculer l’idée d’une supposée autorité doctrinale, d’une infaillibilité magistérielle implicite qui avaient pourtant été clairement exclues dès le départ. Si cela se produisit, c’était pour permettre à ses instances plus ou moins hétérodoxes d’être perçues comme faisant autorité et donc acceptées par le clergé et les fidèles. Mais cela suffirait à discréditer les auteurs d’une telle supercherie, qui aujourd’hui encore protestent bruyamment si on touche à Nostra Ætate, alors qu’ils se taisent devant ceux qui nient la divinité de Notre-Seigneur ou la virginité perpétuelle de la Très Sainte Vierge. Souvenons-nous de ce qu’un catholique n’adore pas un concile, ni Vatican II ni le concile de Trente, mais la Sainte Trinité, le seul vrai Dieu; il ne vénère pas non plus une déclaration conciliaire ou une exhortation post-synodale, mais la Vérité que véhiculent ces actes du Magistère.

Vous me demandez : « Comment les Pères du Concile ont-ils tous pu être trompés ? » Je vous réponds en m’appuyant sur mon expérience de ces années-là et sur les paroles des confrères avec lesquels je me suis confronté. Personne n’aurait pu imaginer qu’au sein du corps ecclésial il y eût des forces hostiles si puissantes et organisées qu’elles pussent réussir à rejeter les schémas préparatoires parfaitement orthodoxes préparés par les cardinaux et les prélats d’une sûre fidélité vis-à-vis de l’Eglise, en les remplaçant par un conglomérat d’erreurs habilement déguisées dissimulés au sein de discours prolixes et volontairement équivoques. Personne ne pouvait croire que, sous les voûtes de la Basilique vaticane, on avait pu convoquer des états généraux qui décréteraient l’abdication de l’Église catholique et l’instauration de la Révolution (comme je l’ai rappelé dans un de mes écrits antérieurs, le cardinal Suenens a défini Vatican II comme « le 1789 de l’Eglise »). Les Pères conciliaires ont fait l’objet d’une tromperie spectaculaire, d’une fraude savamment perpétrée avec les moyens les plus subtils : ils se sont retrouvés en minorité dans les groupes linguistiques, exclus des réunions convoquées au dernier moment, poussés à donner leur « placet » quand on leur faisait croire que le Saint-Père le voulait ainsi. Et ce que les novateurs n’ont pas pu réaliser dans l’Aula Conciliaire, ils l’ont fait dans les Commissions et les Conseils, grâce à l’activisme des théologiens et des experts accrédités et acclamés par une puissante machine médiatique. Il y a une masse énorme d’études et de documents qui témoignent de cette intention systématique malveillante, d’une part, et de l’optimisme naïf ou de la négligence des bons d’autre part. L'activité du Cœtus Internationalis Patrum n’a réussi à faire que peu de chose, voire rien, lorsque les violations du règlement par les progressistes ont été ratifiées à la Table Sacrée.

Ceux qui ont affirmé que « l’esprit du Concile » représentait une interprétation peu orthodoxe de Vatican II se sont livrés à une opération inutile et nuisible, même si, ce faisant, ils étaient mus par la bonne foi. Il est compréhensible, pour un cardinal ou un évêque, de vouloir défendre l’honneur de l’Église et d’essayer de ne pas la discréditer devant les fidèles et devant le monde : on pensait donc que ce que les progressistes attribuaient au Concile était en réalité un travestissement abusif, un forçage arbitraire. Mais si à l’époque il pouvait être difficile de penser que la liberté religieuse condamnée par Pie IX dans Mortalium animos pouvait être affirmée par Dignitatis humanæ, ou que le Pontife romain pouvait voir son autorité usurpée par un fantomatique Collège épiscopal, nous comprenons aujourd’hui que ce qui était alors habilement dissimulé dans Vatican II, est aujourd’hui affirmé ore rotundo dans les documents pontificaux précisément au nom de l’application cohérente du Concile.

D’autre part, communément, lorsque nous évoquons l’esprit d’un événement, nous voulons dire exactement ce que cet événement constitue dans son âme et dans son essence. Nous pouvons donc affirmer que l’esprit du Concile est le Concile lui-même, que les erreurs du post-Concile sont contenues in nuce dans les Actes conciliaires, tout comme il est dit à juste titre que le Novus Ordo Missæ est la messe du Concile, même si en présence des Pères on célébrait la messe que les progressistes appellent significativement préconciliaire. Et encore : si Vatican II ne représentait vraiment pas un point de rupture, pourquoi parlons-nous d’une Église préconciliaire et d’une église postconciliaire, comme s’il s’agissait de deux entités différentes, définies dans leur essence par le Concile ? Et si le Concile était vraiment dans la droite ligne du Magistère infaillible ininterrompu de l’Église, pourquoi est-il le seul à poser des problèmes d’interprétation aussi graves, démontrant son hétérogénéité ontologique par rapport aux autres conciles ?

Ph. Lawler : Deuxièmement, quelle est la solution ? Mgr Schneider propose qu’un futur Pontife rejette les erreurs ; votre Excellence trouve cela insuffisant. Mais alors comment corriger les erreurs, de manière à maintenir l’autorité du magistère d’enseignement ?

La solution, à mon avis, réside avant tout dans un acte d’humilité que chacun d’entre nous, à commencer par la Hiérarchie et le Pape, doit mener : reconnaître l’infiltration de l’ennemi au sein de l’Église, l’occupation systématique des postes clefs de la Curie romaine , des séminaires et des universités, la conspiration d’un groupe de rebelles – parmi lesquels, en première ligne, la dévoyée Compagnie de Jésus – qui a réussi à donner l’apparence de légitimité et de légalité à un acte subversif et révolutionnaire. Nous devons également reconnaître l’insuffisance de la réponse des bons, la naïveté de beaucoup, la peur des autres, l’intérêt de ceux qui, grâce à ce complot, ont pu obtenir quelque avantage.

Devant la triple négation du Christ dans la cour du grand prêtre, Pierre « flevit amare », il pleura amèrement. La tradition nous dit que le Prince des Apôtres avait deux sillons sur les joues à cause des larmes qu’il a abondamment versées pour le restant de ses jours, se repentant de sa trahison. Il appartiendra à l’un de ses Successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de sa puissance apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du Successeur du Prince des Apôtres ressortiront intactes et reconfirmées. En fait, elles n’ont pas été délibérément remises en cause lors de Vatican II, alors qu’elles le seraient le jour où un Pontife corrigerait les erreurs que le Concile a engendrées en jouant sur l’équivoque d’une autorité officiellement niée, mais que toute la Hiérarchie, à commencer par les papes du Concile, à subrepticement laissée croire aux fidèles.

Je voudrais vous rappeler que pour certains de ces éléments, ce qui précède peut sembler excessif, car cela remettrait en question l’autorité de l’Église et des Pontifes romains. Pourtant, aucun scrupule n’a empêché la violation de la Bulle Quo primum tempore de saint Pie V abolissant du jour au lendemain toute la liturgie romaine, le vénérable trésor millénaire de la doctrine et de la spiritualité de la Messe traditionnelle, l’immense patrimoine du chant grégorien et de la musique sacrée, la beauté des rites et des ornements sacrés, défigurant l’harmonie architecturale, même dans les basiliques les plus insignes, supprimant les balustrades, les autels monumentaux et les tabernacles : tout a été sacrifié sur l’autel du coram populo du renouveau conciliaire, avec la circonstance aggravante de ne l’avoir fait que parce que cette liturgie était admirablement catholique et incompatible avec l’esprit de Vatican II.

L’Église est une institution divine, et tout en elle doit partir de Dieu et revenir à Lui. Ce n’est pas le prestige d’une classe dirigeante qui est en jeu, ni l’image d’une entreprise ou d’un parti : il s’agit ici de la gloire de la majesté de Dieu, de ne pas réduire à néant la Passion de Notre-Seigneur sur la croix, ses souffrances et celles de Sa Très Sainte Mère, le sang des Martyrs, le témoignage des saints, le salut éternel des âmes. Si par orgueil ou par une misérable obstination nous ne savons pas reconnaître l’erreur et la tromperie dans lesquelles nous sommes tombés, nous devrons en rendre compte à Dieu, qui est aussi miséricordieux envers son peuple quand il se repent, qu’implacable dans sa justice quand il poursuit Lucifer pour son non serviam.

Cher Docteur Lawler, à vous et à vos lecteurs, j’envoie cordialement la bénédiction de Notre Seigneur, par l’intercession de Sa Très Sainte Mère, qui est aussi la nôtre.

+ Carlo Maria Viganò


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30 avril, 2020

Eglises confinées : Mgr Viganò appelle à mettre fin au délire de toute-puissance de l'autorité civile

Dans un nouvel entretien revigorant avec le vaticaniste Marco Tosatti (publié en italien hier sur son blog Stilum curiae), Mgr Carlo Maria Viganò exprime une sainte colère face à la servilité de la Conférence des évêques d'Italie vis-à-vis des exigences du pouvoir qui interdit toujours les messes publiques dans le pays. 

Il donne également des raisons possibles de la soumission de l'Eglise en Italie, et rappelle que les évêques ne sont pas les pions des conférences épiscopales, mais pasteurs et responsables dans leurs diocèses, notamment lorsqu'il s'agit de faire respecter les droits des fidèles à qui l'Eglise doit pouvoir donner les moyens du salut par les sacrements.

Il va plus loin, accusant les autorités de se servir abusivement de l'épidémie du coronavirus, en recourant à la tromperie à des fins dictatoriales.

Mgr Viganò déclare notamment : « Croyez-vous que, lorsqu’au Mexique ou en Espagne on a fermé les églises, interdit les processions, interdit l’usage de l’habit religieux en public, les choses ont commencé autrement ? Ne permettez pas que la liberté de l’Église soit entravée sous prétexte d’une supposée épidémie ! »

Je vous propose ci-dessous ma traduction intégrale (et non officielle) cet entretien, à l'heure où plusieurs évêques de France n'ont pas hésité à dire, d'une autre façon, mais également avec vigueur, leur colère devant la fermeture des messes aux fidèles. – J.S.


*

Marco Tosatti : Excellence, le dernier décret du Président Giuseppe Conte a déçu les espoirs de la Conférence des évêques d’Italie (CEI) et a prorogé le confinement des messes dans l’ensemble de l’Italie. Certains canonistes et des experts en droit concordataire ont émis de nombreuses réserves à propos du comportement du gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

Mgr Carlo Maria Viganò : Le Concordat entre le Saint-Siège et l’État italien reconnaît à l’Église comme relevant de son droit « natif », la pleine liberté et autonomie dans le développement de son propre ministère, qui voit dans la célébration de la sainte messe et dans l’administration des sacrements l’expression sociale et publique qui lui est propre, dans laquelle aucune autorité ne peut interférer, fût-ce avec le consentement de l’Autorité ecclésiastique elle-même, qui n’est pas propriétaire mais administratrice de la grâce véhiculée par les sacrements.

La juridiction sur les lieux de culte appartient donc pleinement et exclusivement à l’Ordinaire du lieu, qui décide en toute autonomie, pour le bien des âmes confiées à ses soins pasteur, des offices qui y seront célébrés et par qui. Il n’appartient pas au Premier ministre d’autoriser l’accès aux églises, et encore moins de légiférer sur ce que les fidèles ou le ministre du culte peuvent ou ne peuvent pas faire.

En outre, les déclarations sont nombreuses qui, faisant autorité et émanant d’éminents juristes et magistrats – mais aussi de la Cour suprême – soulèvent des doutes quant à la légitimité de légiférer par le biais de décrets du président du Conseil, en violation des droits supérieurs dont la prévalence est garantie par la Constitution de la République italienne. Sans même parler de la religion catholique, qui bénéficie d’une protection particulière en vertu de son statut spécial, la suspension du droit à la liberté de culte qu’impliquent les décrets du Premier ministre est clairement illégitime, et j’espère qu’il se trouvera quelqu’un pour bien vouloir le déclarer officiellement, mettant ainsi fin à ce délire inconvenant de toute-puissance de l’autorité civile non seulement devant Dieu et son Église, mais aussi devant les fidèles et les citoyens.

De nombreux fidèles et de prêtres se sont sentis abandonnés et bien peu protégés par la conférence épiscopale et les évêques.

Il faut préciser, pour éviter tout malentendu, que la Conférence des évêques n’a aucune autorité sur les évêques, qui ont pleine juridiction dans leur propre diocèse, en union avec le Siège Apostolique. Et cela est d’autant plus important que nous avons compris à quel point la CEI est trop conciliante, voire inféodée vis à vis du gouvernement italien.

Les évêques ne doivent pas attendre qu’un organisme sans juridiction leur dise quoi faire : c’est à eux qu’il appartient de décider comment se comporter, avec prudence et sagesse, afin de garantir aux fidèles les sacrements et la célébration des messes. Et ils peuvent le faire sans avoir à demander l’autorisation de la CEI et encore moins de l’État, dont l’autorité va jusqu’à la porte de nos églises, mais qui doit s’arrêter là.

Il est inouï que la Conférence épiscopale italienne continue de tolérer de tels abus, qui portent atteinte au droit divin de l’Église, violent une loi de l’État et créent un précédent très grave. Je crois aussi que le communiqué publié dimanche dernier représente la preuve du consentement du sommet de l’épiscopat, non seulement aux moyens mais aussi aux fins que ce gouvernement propose.

Le silence servile de la CEI et de la quasi totalité des Ordinaires, témoigne d’une situation de subordination à l’État qui est sans précédent ; elle a été perçue à juste titre par les fidèles et les prêtres comme une sorte d’abandon à eux-mêmes : elle se manifeste de manière emblématique à travers les cas d’incursions scandaleuses des forces de l’ordre dans les églises, pendant la célébration de la messe pour couronner le tout, avec une arrogance sacrilège qui aurait dû provoquer une protestation immédiate et très ferme de la part de la Secrétairerie d’État. L’ambassadeur d’Italie près le Saint-Siège aurait dû être convoqué, pour lui présenter une vive note de protestation en raison la très grave violation du Concordat par le gouvernement, tout en se réservant de rappeler le Nonce apostolique en Italie, au cas où la mesure illégitime ne serait pas retirée.

Le cardinal Parolin, en tant que « sponsor » du président Conté, se trouve dans l’embarras, et dans une situation de conflit d’intérêts. Il semble évident qu’au lieu de protéger la souveraineté et la liberté de l’Église, par fidélité à sa haute fonction institutionnelle de Secrétaire d’État, le cardinal Parolin a honteusement préféré se ranger du côté de son ami juriste. Même les intérêts de ce qu’on appelle le bénévolat catholique ne pouvaient justifier un tel choix.

De quels intérêts parlez-vous ? 

Je veux parler de la scandaleuse répartition des fonds publics destinés à l’accueil des immigrés clandestins, dont le pape Bergoglio et la CEI sont les principaux bénéficiaires et, en même temps, de vigoureux promoteurs. Il y a encore un autre conflit d’intérêts, qui fait de l’Église l’obligée de l’État ; il ne rend pas totalement illégitime le soupçon que les multiples silences de la CEI, y compris ceux dont nous avons été témoins durant ces mois de la supposée pandémie, sont motivés par la crainte de voir partir en fumée les revenus lucratifs de l’« hospitalité ». N’oublions pas que les fonds provenant du « 8 pour mille » se réduisent de plus en plus, ce qui confirme l’éloignement des fidèles italiens par rapport à une Église qui semble n’avoir d’autre objectif que de favoriser la substitution ethnique fortement souhaitée par l’élite mondialiste. Je crains que cette tendance ne se confirme dans les prochains mois, en réponse au silence des évêques.

Dans toute cette affaire, la position du pape François semble contradictoire : au départ, il a ordonné au cardinal-vicaire de fermer les églises de Rome avant que Conte ne publie le Décret ; puis il l’a mis dans l’embarras en le contredisant publiquement, et il les fait rouvrir. Il a encouragé les messes en ligne pour ensuite parler de gnose, incitant la CEI à prendre position contre le gouvernement ; mais pas plus tard qu’hier il a au contraire recommandé que les fidèles obéissent aux dispositions des décrets.

Bergoglio n’est pas étranger à ce genre de changement subit. Comme chacun se le rappellera, avant que n’éclate le scandale au sein de l’Ordre de Malte sur la distribution de préservatifs dans les hôpitaux, François avait écrit une lettre au cardinal patron, le cardinal Raymond Burke, dans laquelle il lui donnait des instructions très claires sur son devoir de veiller sur l’Ordre afin que la morale catholique y soit scrupuleusement respectée. Mais lorsque la nouvelle est devenue publique, il n’a pas hésité à désavouer Son Eminence. Il plaça l’Ordre sous commissaire et exigea la démission du Grand Maître et la réintégration du Conseiller qui avait été expulsé précisément parce qu’il était responsable de cette déplorable violation de la morale.

Dans le cas que vous avez rappelé, le cardinal-vicaire a cherché à défendre la justesse de son action, expliquant que l’ordre de fermer les églises avait été donné par Sa Sainteté. Dans l’affaire plus récente de la CEI, la déclaration publiée dimanche après-midi avait manifestement l’approbation de son président, le cardinal Bassetti, qui à son tour devait avoir consulté François. Il est déconcertant qu’en l’espace de quelques heures, la chaire de Sainte-Marthe désavoue la CEI en invitant les fidèles et les prêtres à obéir aux dispositions du gouvernement qui non seulement sont abusives, mais qui constituent une violation des consciences, au détriment du salut des âmes.

Personne n’a l’intention d’exposer les fidèles à une éventuelle contagion, en admettant sans pour autant le reconnaître qu’il s’agisse là une éventualité justifiant une telle crainte, mais la taille de nos églises et, malheureusement, le nombre si exigu des fidèles qui les fréquentent habituellement, permettent de respecter des distances de sécurité tant pour la prière individuelle que pour la célébration du saint sacrifice ou d’autres cérémonies. Il est évident que les législateurs zélés ne vont plus à l’église depuis longtemps...

N’oublions pas que les fidèles ont le droit, et pas seulement le devoir, d’assister à la messe, de se confesser, de recevoir les sacrements : c’est un droit qui leur vient du fait qu’ils sont des membres vivants du Corps mystique en vertu du baptême. Les pasteurs ont donc le devoir sacré – même au risque de leur santé et de leur vie même, si nécessaire – de respecter ce droit des fidèles, et pour cela ils doivent rendre compte à Dieu, et non au président de la conférence épiscopale italienne ni au président du Conseil.

Ces derniers jours, S.E. Mons. Giovanni d’Ercole a lancé un sévère avertissement à Conte et au « comité scientifique » dans lequel il a intimé : « Vous devez nous donner le droit de pratiquer le culte, sinon nous le reprendrons. » Des paroles fortes et courageuses qui semblent suggérer un certain réveil des consciences chez les pasteurs.

Monseigneur D’Ercole a parlé en vrai évêque, avec l’autorité qui vient du Christ. Comme lui, j’en suis sûr, il y a beaucoup d’autres pasteurs et prêtres qui se sentent responsables des âmes qui leur sont confiées. Mais ils sont si nombreux à rester silencieux, davantage pour ne pas provoquer un soulèvement des âmes que par peur. C’est précisément en ce temps de Pâques que la parabole évangélique du Bon Pasteur résonne dans la liturgie ; Jésus y évoque également les mercenaires qui ne se soucient pas du salut des brebis : ne rendons pas vain l’avertissement divin et l’exemple du Sauveur, qui donne sa vie pour les brebis !

Je me permets de m’adresser à mes confrères de l’épiscopat : croyez-vous que, lorsqu’au Mexique ou en Espagne on a fermé les églises, interdit les processions, interdit l’usage de l’habit religieux en public, les choses ont commencé autrement ? Ne permettez pas que la liberté de l’Église soit entravée sous prétexte d’une supposée épidémie ! Ne le permettez ni de la part de l’État, ni de la part de la CEI ! Le Seigneur vous demandera de rendre compte des âmes qui sont mortes sans les sacrements, des pécheurs qui n’ont pas pu se réconcilier avec Lui, d’avoir interdit aux fidèles, pour la première fois dans l’histoire depuis l’édit de Constantin, de célébrer dignement la Sainte fête de Pâques. Vos prêtres ne sont pas des timorés mais des témoins héroïques, et ils souffrent par les ordres arbitraires que vous leur donnez. Vos fidèles vous implorent : ne restez pas sourds à leur cri !

Voilà des paroles qui semblent inviter à la désobéissance vis-à-vis de l’autorité ecclésiastique, avant même la désobéissance aux autorités civiles.

L’obéissance est ordonnée à la Vérité et au Bien, sans quoi c’est de la servilité. Nous sommes arrivés à un tel affadissement des consciences que nous ne réalisons plus ce que signifie « témoigner de la Vérité » : croyez-vous que Notre Seigneur nous jugera pour avoir été obéissants à César, alors que cela signifie désobéir à Dieu ? Le chrétien n’est-il pas tenu à l’objection de conscience, même au travail, lorsque ce qui lui est demandé viole la loi divine ? Si notre Foi n’était fondée que sur l’obéissance, les Martyrs n’auraient même pas eu à affronter les tourments auxquels la loi civile les condamnait : il aurait suffi d’obéir et de brûler un grain d’encens devant la statue de l’Empereur.

Nous ne sommes pas encore, du moins en Italie, confrontés au choix crucial entre la vie et la mort ; mais on nous demande de choisir entre le devoir d’honorer Dieu et de l’adorer, et l’obéissance aux diktats des soi-disant experts, mille fois contredits par l’évidence des faits.

Je trouve paradoxal que dans cette tromperie, qui est désormais manifeste même pour les observateurs les plus modérés de ce qui se passe autour de nous, on impose au peuple de Dieu la tâche ingrate de devoir témoigner de sa propre Foi devant les loups, sans pouvoir avoir ses bergers à ses côtés. C’est pourquoi j’exhorte mes frères à reprendre fièrement leur rôle de guides, sans invoquer le prétexte du respect de normes illégitimes et déraisonnables. Je fais miennes les paroles de Mgr D’Ercole : « Nous n’avons pas besoin de faveurs de votre part : nous avons le droit de réclamer et ce droit doit être reconnu » !

Certains pourraient penser que vos propos sont source de division à un moment où il est facile d’exaspérer les âmes déjà si éprouvées des citoyens.

L’unité dans la foi et la charité se fonde sur le salut des âmes, et ne se fait pas à leur détriment : ni les « entretiens » de la CEI, ni les réunions papales souriantes avec le Premier ministre, à qui l’on a accordé une collaboration indulgente, révélatrice de connivence et de collaboration, ne suffisent. Proclamer la vérité est nécessairement « diviseur », car la vérité s’oppose à l’erreur, tout comme la lumière s’oppose à l’obscurité. Ainsi a dit le Seigneur : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. » Lc. XII, 51.

En admettant sans pour autant le reconnaître que le coronavirus soit si virulent et si mortel qu’il justifie la ségrégation d’un peuple entier, voire du monde entier, eh bien : les sacrements et la messe ne sont-ils pas justement refusés aujourd’hui qu’ils sont justement les plus nécessaires au salut éternel ?

D’après tout ce que vous avez dit, Excellence, je crois saisir certaines de vos perplexités quant à la nature du coronavirus : est-ce mon impression ou croyez-vous – comme le disent de nombreux médecins – que quelqu’un a voulu profiter de la pandémie à d’autres fins ?

Ce n’est pas ici le lieu pour exprimer mes réserves sur la soi-disant « pandémie » : je crois que des scientifiques faisant autorité ont pu démontrer ce qui se passe réellement, et ce que les masses croient, à l’inverse, grâce à un contrôle minutieux de l’information qui n’hésite pas à recourir à la censure pour faire taire les voix de la dissidence. Il me semble cependant évident que le COVID-19 a fourni une excellente occasion – voulue ou non, nous le saurons bientôt – d’imposer à la population une restriction de la liberté qui n’a rien de démocratique, ni encore moins de bon.

Ce sont des preuves techniques de la dictature, où l’on programme le  « tracking » des personnes sous prétexte de santé et d’une hypothétique future résurgence du virus. On pense pouvoir imposer un régime tyrannique dans lequel des personnes qui n’ont été élues par qui que ce soit prétendent déterminer ce qui est légal et ce qui ne l’est pas, le traitement à imposer et la punition à infliger à ceux qui veulent y échapper. Plus grave encore, tout cela se passe avec le soutien d’une partie de la Hiérarchie : s’ils nous avaient raconté il y a quelques années, nous ne l’aurions pas cru.

Une parole d’espoir, pour conclure ?

Il y a toujours une raison d’espérer, dès lors qu’on a un regard surnaturel. Tout d’abord, cette épidémie a fait tomber de nombreux masques : ceux des pouvoirs réels, des lobbies internationaux qui brevètent un virus et s’apprêtent également à breveter le vaccin, tout en faisant pression pour qu’il soit imposé à tous, dans un conflit d’intérêts criant. Au moins, nous savons maintenant qui ils sont et à quoi ils ressemblent.

Les masques de ceux qui se prêtent à cette farce sont également tombés, sonnant des alarmes injustifiées et semant la panique parmi la population, créant une crise non seulement sanitaire, mais aussi économique et politique aux dimensions mondiales. Ici aussi, nous savons qui ils sont et quel est leur plan.

Enfin est tombé le masque de l’anonymat de tant de bonnes gens. Nous avons pris conscience de ce que tant de générosité, d’abnégation, de bonté sont toujours là, malgré tout. Médecins, infirmières, prêtres et bénévoles, certainement ; mais aussi de nombreuses personnes sans visage et sans nom qui aident leurs voisins, qui apportent du réconfort à ceux qui souffrent, qui se réveillent de la torpeur et commencent à comprendre ce qui se passe autour d’eux. C’est un réveil du Bien, dont le Seigneur est sans aucun doute l’auteur. C’est Lui qui gouverne le destin de l’Église et du monde, et Il ne permettra pas au Mal de prévaloir.

N’oublions pas que – comme je l’ai rappelé récemment – Notre-Dame de Fatima a promis à Sœur Lucie qu’avant la fin des temps un Pape consacrerait la Russie à son Cœur Immaculé, et que ce geste d’obéissance serait suivi d’une période de paix. Remettons nous donc nous-mêmes, nos familles et notre chère Italie à la Très Sainte Vierge, sous son manteau, avec toute la confiance de notre foi en ses paroles.




© leblogdejeannesmits pour la traduction.
Photo : ©Olivier Figueras


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22 avril, 2020

Mgr Carlo Maria Viganò évoque le troisième secret de Fatima et Vatican II : traduction intégrale

Mgr Carlo Maria Viganò vient d'accorder un important entretien au site portugais Dies Irae, publié hier, repris ce matin en italien par le blog Stilum Curiae du vaticaniste Marco Tosatti. Il y évoque le troisième secret de Fatima, le concile Vatican II et le rôle du « petit troupeau » dans les temps troublés que nous vivons. Je vous en propose ci-dessous ma traduction. – J.S.

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Dies Irae : Excellence, merci beaucoup de nous avoir accordé cette interview. Nous sommes confrontés à l'épidémie de COVID-19 qui, ces derniers mois, a bouleversé la vie de millions de personnes et a même causé la mort de tant d'autres. Face à cette situation, l'Église, par le biais des conférences épiscopales, a décidé de fermer toutes les églises et de priver les fidèles de l'accès aux sacrements. Le 27 mars dernier, devant une place Saint-Pierre vide, le pape François, agissant de manière clairement médiatique, a présidé une prétendue prière pour l'humanité. La façon dont le Pape a mis en scène ce moment a suscité de nombreuses réactions, dont l'une a cherché à associer la présence solitaire de François au message de Fatima, à savoir le Troisième Secret. Êtes-vous d'accord avec cela ?      

Mgr Carlo Maria Viganò : Tout d'abord, permettez-moi de vous dire que je suis très heureux d'accorder cette interview aux fidèles du Portugal, que la Vierge a promis de préserver dans la foi, y compris en ces temps de grande épreuve. Vous êtes un peuple qui a une grande responsabilité, car vous serez peut-être bientôt appelé à protéger le feu sacré de la religion, alors que les autres nations refusent de reconnaître le Christ comme leur Roi et Marie comme leur Reine.        
La troisième partie du message que Notre Dame a confié aux petits bergers de Fatima, pour qu'ils le remettent au Saint-Père, reste un secret jusqu'à aujourd'hui. La Vierge a demandé qu'il soit révélé en 1960, mais le 8 février de cette année-là, Jean XXIII a publié un communiqué indiquant que l'Église « ne veut pas prendre la responsabilité de garantir la véracité des paroles que les trois petits bergers ont dit avoir reçu de  la Vierge Marie ». Avec cette mise à l'écart du le message de la Reine du Ciel, une opération de dissimulation a commencé, évidemment parce que le contenu du message allait révéler la terrible conspiration de ses ennemis contre l'Église du Christ. Il y a encore quelques décennies, il semblait incroyable que nous puissions en arriver au point de bâillonner la Vierge Marie elle-même, mais ces dernières années, nous avons également été témoins de tentatives de censurer jusqu'à l'Évangile, qui est la Parole de son divin Fils.      
En 2000, sous le pontificat de Jean-Paul II, le secrétaire d'État, le cardinal Sodano, a présenté comme troisième secret une version de celui-ci qui, par rapport à certains éléments, semblait clairement incomplète. Il n'est  pas étonnant que le nouveau secrétaire d'État, le cardinal Bertone, ait cherché à détourner l'attention pour la faire porter sur un événement passé, afin de faire croire au peuple de Dieu que les paroles de la Vierge n'avaient rien à voir avec la crise de l'Église et la collusion entre modernistes et franc-maçons dans les coulisses de Vatican II. Antonio Socci, qui a mené une enquête approfondie sur le troisième secret, a mis au jour ce comportement malveillant de la part du cardinal Bertone. D'autre part, c'est Bertone lui-même qui a fortement déconsidéré et censuré Notre-Dame des Larmes de Civitavecchia, dont le message concorde parfaitement avec ce qu'elle a dit à Fatima.    
N'oublions pas l'appel de la Vierge – appel ignoré – à la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé par le pape et tous les évêques, comme condition pour vaincre le communisme et le matérialisme athée : la consécration non pas du « monde », non pas de « cette nation qu'Elle veut que nous lui consacrions », mais « la Russie ». Était-ce si difficile de le faire ? Oui, bien sûr, pour ceux qui n'ont pas un regard surnaturel. Il était préférable de suivre le chemin de la détente avec le régime soviétique, inaugurée précisément par Roncalli, sans comprendre que sans Dieu, aucune paix n'est possible. Aujourd'hui, avec un président de la Confédération russe qui est certainement chrétien, la demande de la Vierge pourrait être satisfaite, évitant ainsi de nouveaux malheurs pour l'Église et le monde.          
Benoît XVI lui-même a confirmé la pertinence du message de la Vierge, même si, selon l'interprétation du Vatican, il doit être considéré comme accompli. Ceux qui ont lu le troisième secret ont clairement déclaré que son contenu concerne l'apostasie de l'Église, qui a commencé précisément au début des années soixante et qui a atteint un stade si évident aujourd'hui qu'il peut être reconnu par les observateurs laïcs. Cette insistance presque obsessionnelle sur des sujets que l'Église a toujours condamnés, telles que le relativisme et l'indifférentisme religieux, un faux œcuménisme, l'écologisme malthusien, l'homo-hérésie et l'immigration, a trouvé dans la Déclaration d'Abou Dhabi l'accomplissement d'un plan conçu par les sectes secrètes il y a plus de deux siècles.   
    
En pleine Semaine Sainte et à la suite du fatidique Synode sur l'Amazonie, le Pape a décidé de créer une commission pour débattre et étudier le diaconat féminin dans l'Église catholique. Pensez-vous que cela vise à ouvrir la voie à une cléricalisation des femmes ou, en d'autres termes, à une tentative de dénaturer le sacerdoce institué par Notre Seigneur Jésus-Christ le Jeudi saint ?  

L'Ordre Sacré ne peut pas et ne pourra jamais être modifié dans son essence. Les attaques contre le sacerdoce ont toujours été au centre de l'action des hérétiques et de leur inspiration, et il est compréhensible qu'il en soit ainsi : atteindre le sacerdoce signifie détruire la Sainte Messe et la Sainte Eucharistie ainsi que tout l'édifice sacramentel. Parmi les ennemis jurés de l'Ordre Sacré, les modernistes n'étaient pas en reste, évidemment, eux qui, depuis le XIXe siècle, ont théorisé une église sans prêtres, ou avec des prêtres et des prêtresses. Ces illusions, anticipées par certains représentants du modernisme en France, ont surgi subtilement au Concile, avec la tentative d'insinuer qu'il existe une certaine équivalence entre le sacerdoce ministériel, issu de l'Ordre Sacré, et le sacerdoce commun des fidèles, issu du baptême. Il est significatif que, précisément en jouant sur ce malentendu recherché, la réforme de la liturgie ait également été affectée par l'erreur doctrinale de Lumen Gentium, réduisant le ministre ordonné à n'être que le simple président d'une assemblée de prêtres. Au contraire, le prêtre est un alter Christus, non pas par désignation populaire, mais par configuration ontologique au Grand Prêtre, Jésus Christ, qu'il doit imiter dans la sainteté de vie et le dévouement absolu également représenté par le célibat.                  
L'étape suivante doit nécessairement être accomplie, sinon par l'élimination du sacerdoce lui-même, du moins en le rendant inefficace, en l'étendant aux femmes, qui ne peuvent être ordonnées : c'est exactement ce qui s'est passé dans les sectes protestantes et anglicanes, qui connaissent aujourd'hui aussi la situation embarrassante d'avoir des évêques lesbiennes dans la soi-disant église d'Angleterre. Mais il est clair que le « prétexte » œcuménique – le fait de se rapprocher des communautés dissidentes et d'en assumer même les erreurs les plus récentes – est fondé sur la haine de Satan pour le sacerdoce et conduirait inévitablement l'Église du Christ à la ruine. Le célibat, d'autre part, est également l'objet de ces mêmes attaques, car il est propre et spécifique à l'Église catholique et constitue une défense précieuse du sacerdoce que la Tradition a gardée avec zèle au cours des siècles.                             
La tentative d'introduire une forme de ministère ordonné féminin dans l'Église n'est pas récente, malgré les déclarations répétées du Magistère. Même Jean-Paul II a défini sans équivoque et avec toutes les exigences canoniques d'une déclaration ex cathedra infaillible, qu'il est absolument impossible de remettre en cause la doctrine sur cet argument. Mais comme il a été possible d'utiliser le Catéchisme pour déclarer la peine de mort « non conforme à l'Évangile » – ce qui est sans précédent et hérétique – aujourd'hui, on tente ex novo de créer une forme de diaconat féminin, évidemment en préparation d'une future introduction du sacerdoce féminin. La première commission créée par Bergoglio il y a quelques années a donné un avis négatif, confirmant ce qui, d'ailleurs, ne devrait même pas faire l'objet de discussions ; mais si cette commission n'a pas pu obéir aux souhaits de François, cela ne signifie pas qu'une autre commission, dont les membres, choisis par lui, sont plus « dociles » et désinhibés quant à la démolition d'un autre pilier de la foi catholique, ne puisse pas le faire. Je ne doute pas que Bergoglio ait des méthodes persuasives et puisse exercer des formes de pression sur la commission théologique ; mais je suis tout aussi sûr que, dans le cas où cet organe consultatif donnerait un avis favorable, il ne faudrait pas nécessairement arriver à une déclaration officielle du Pape pour voir la prolifération des diaconesses dans les diocèses d'Allemagne ou des Pays-Bas, Rome restant muette. La méthode est bien connue et permet, d'une part, de porter atteinte au sacerdoce et, d'autre part, de donner un alibi confortable à ceux qui, au sein de la structure ecclésiale, peuvent toujours faire appel au fait que « le Pape n'a rien permis de nouveau ». Ils ont fait de même en autorisant les conférences épiscopales à légiférer de manière autonome sur la communion dans la main, qui, imposée par des moyens abusifs, est maintenant devenue une pratique universelle.                
Il faut dire que ce désir de promouvoir les femmes dans la hiérarchie trahit le souci de suivre la mentalité moderne, qui a enlevé aux femmes leur rôle de mère et d'épouse afin de désorganiser la famille naturelle.              
Rappelons que cette approche des dogmes de l'Église confirme un fait indéniable : Bergoglio a adopté la théologie dite de situation, selon laquelle les lieux théologiques sont des faits ou des matières accidentelles : le monde, la nature, la figure féminine, les jeunes… Cette théologie n'a pas pour fondement la vérité immuable et éternelle de Dieu, mais, au contraire, part de la prise de conscience de l'urgence obligatoire des phénomènes pour proposer des réponses conformes aux attentes du monde contemporain.            

Excellence, selon des historiens reconnus, le Concile Vatican II a représenté une rupture avec la Tradition, d'où l'apparition de courants de pensée qui veulent la transformer en une simple « association philanthropique » qui embrasse le monde et son utopie mondialiste. Comment voyez-vous ce grave problème ?                     

Une église qui se distingue comme nouvelle par rapport à l'Église du Christ n'est tout simplement pas l'Église du Christ ! La religion mosaïque, c'est-à-dire l'« église de l'ancienne loi », voulue par Dieu pour conduire son peuple à la venue du Messie, s'est accomplie dans la Nouvelle Alliance et a été définitivement révoquée, sur le Calvaire, par le sacrifice du Christ : de son côté naît l'Église de la Nouvelle et Éternelle Alliance, qui remplace la Synagogue. Il semble que l’église post-conciliaire, moderniste et maçonnique, aspire elle aussi à transformer, à dépasser l'Église du Christ, en la remplaçant par une « néo-Église », créature déformée et monstrueuse qui ne vient pas de Dieu.
L'objectif de cette néo-Église n'est pas d'amener le peuple élu à reconnaître le Messie, comme pour la Synagogue ; elle n'est pas de convertir et de sauver tous les peuples avant la seconde venue du Christ, comme pour l'Église catholique, mais de se constituer en bras spirituel du Nouvel Ordre Mondial et en défenseur de la Religion Universelle. En ce sens, la révolution conciliaire a dû d'abord démolir l'héritage de l'Église, sa Tradition millénaire, dans laquelle elle a puisé sa propre vitalité et son autorité en tant que Corps Mystique du Christ, pour se débarrasser ensuite des représentants de l'ancienne Hiérarchie, et n'a commencé que récemment à se présenter, sans faux-semblant, telle qu'elle cherche à être.                                      
Ce qu'elle présente comme une utopie est, en réalité, une dystopie, car elle représente la concrétisation du projet de la franc-maçonnerie et la préparation de l'avènement de l'Antéchrist.                        
Je suis également convaincu que la majorité de mes frères, et plus encore la quasi-totalité des prêtres et des fidèles, ne sont pas absolument conscients de ce plan infernal, et que les événements récents ont ouvert les yeux de beaucoup. Leur foi permettra à Notre Seigneur de rassembler le pusillus grex autour du vrai Pasteur avant l'affrontement final.

Pour restaurer l'ancienne splendeur de l'Église, de nombreux aspects doctrinaux du Concile devront être remis en question. Quels points de Vatican II remettriez-vous en question ?       
                                 
Je pense que les personnalités éminentes qui ont exprimé les points problématiques du Concile mieux que moi ne manquent pas. Certains pensent qu'il serait moins compliqué et certainement plus intelligent de suivre la pratique de l'Église et des Papes telle qu'elle a été appliquée avec le synode de Pistoia : même là, il y avait quelque chose de bon, mais les erreurs qu'il affirmait étaient considérées comme suffisantes pour le laisser tomber dans l'oubli.  

Le présent pontificat représente-t-il l'aboutissement d'un processus qui s'ouvre avec le Concile Vatican II, souhaité dans le cadre du « Pacte des catacombes », ou se trouve-t-il encore dans une phase intermédiaire ?        
Comme c'est le cas pour toute révolution, les héros de la première heure finissent souvent par être victimes de leur propre système, comme ce fut le cas pour Robespierre. Celui qui était hier considéré comme le porte-drapeau de l'esprit conciliaire, semble presque devenu aujourd'hui un conservateur : les exemples sont là à la vue de tous. Et il y a déjà ceux qui, dans les cercles intellectuels du progressisme (comme celui fréquenté par un certain Massimo Faggioli, hautain dans son prénom, mais sans grammaire dans son nom [NDT : en italien fagioli veut dire haricot. Faggioli étant une erreur d’orthographe]), commencent à propager ici et là quelques doutes sur la capacité réelle de Bergoglio à faire des « choix courageux » – par exemple, abolir le célibat, admettre les femmes au sacerdoce, ou encore légitimer la communicatio in sacris avec les hérétiques – en souhaitant presque qu'il se retire pour faire élire un pape encore plus obéissant parmi les élites qui avaient, dans le Pacte des Catacombes et la mafia de Saint-Gall, leurs partisans les moins scrupuleux et les plus déterminés.
Excellence, aujourd'hui, nous catholiques, nous nous sentons souvent isolés par l'Église et presque abandonnés par nos pasteurs. Que pouvez-vous dire aux hiérarchies et aux fidèles qui, malgré la confusion et l'erreur qui se répandent dans l'Église, cherchent à persévérer dans cette dure bataille pour préserver l'intégrité de notre foi ?           

Mes paroles seraient certainement insuffisantes. Ce que je fais, c'est répéter les paroles de Notre Seigneur, le Verbe éternel du Père : Je serai toujours avec vous, jusqu'à la fin du monde. Nous nous sentons isolés, c'est vrai : mais les apôtres et tous les chrétiens ne ressentaient-ils pas la même chose ? Notre Seigneur lui-même ne s'est-il pas senti abandonné, à Gethsémani  ? Ce sont les temps de l'épreuve, peut-être de l'épreuve finale : nous devons boire la coupe amère, et même s'il est humain d'implorer le Seigneur de l'éloigner de nous, nous devons répéter avec confiance : non pas ma volonté, cependant, mais la Tienne. En nous rappelant ses paroles réconfortantes : Dans le monde, vous aurez des afflictions, mais ayez confiance ! J'ai vaincu le monde. Après l'épreuve, aussi dure et douloureuse soit-elle, la récompense éternelle est préparée pour nous, celle que personne ne peut nous enlever. L'Eglise brillera à nouveau de la gloire de son Seigneur après ce terrible et très long Triduum de Pâques.       
Mais si la prière est certainement indispensable, nous ne devons pas nous abstenir de mener le bon combat, en nous faisant les témoins d'un militantisme courageux sous l'étendard de la Croix du Christ. Ne nous permettons pas de nous faire remarquer, comme la servante l'a fait avec saint Pierre dans la cour du grand prêtre : « Toi aussi, tu  étais avec Jésus le Galiléen », pour ensuite renier le Christ. Ne nous laissons pas intimider ! Ne permettons pas qu'on mette le bâillon de la tolérance sur ceux qui veulent proclamer la Vérité ! Demandons à la Vierge Marie que notre langue proclame avec courage le Royaume de Dieu et sa Justice. Que le miracle de Lapa se renouvelle, où Marie a donné la parole à la petite Joana, née muette. Puisse-t-elle aussi donner à nouveau la parole à nous, ses enfants, qui sommes restés muets pendant longtemps.         
Notre-Dame de Fatima, Reine des victoires, Ora pro nobis.




© leblogdejeannesmits pour la traduction


`• L'image de la Vierge en tête de cet article est celle de Notre Dame de Lapa, une Vierge miraculeuse qui rendit la parole à une petite bergère du Portugal muette de naissance qui la trouva en gardant ses moutons et s'en occupa comme d'une poupée. Sa mère, trouvant celle-ci, la jeta au feu, et sa fille cria d'une voix forte : « Mais que fais-tu, c'est Notre Dame ! » La mère eut le bras paralysé jusqu'à ce qu'elle prie devant la statue avec sa fille, qui avait définitivement retrouvé la parole. Cela se passa en 1489. La statue elle-même est réputée avoir protégé des religieuses qui échappèrent à un général mauresque en 982 en se réfugiant dans une grotte (lapa) où elles avaient emporté la statue.

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