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26 février, 2022

Mgr Arthur Roche sur “Traditionis custodes” : un nouvel entretien où se confirme le changement de la “lex credendi”

Mgr Arthur Roche, préfet de la Congrégation pour le culte divin, ne cache rien de son approche de la liturgie réformée à la suite du Concile : elle constitue une nouvelle lex orandi répondant à la vision de Lumen gentium qui ne voit plus l’Eglise comme une « société parfaite » mais comme le peuple de Dieu en marche. Dans un entretien accordé à Christopher Lamb du journal catholique britannique The Tablet – ce vaticaniste a signé en 2020 un livre de défense et d’illustration du pape François face à la « guérilla » des « conservateurs » – l’archevêque anglais explicite davantage ces considérations qui portent en réalité sur la signification doctrinale de la messe de Paul VI et sur les objectifs profonds de Traditionis Custodes.

Sous le titre « Un préfet sous pression », Christopher Lamb signe une analyse au cours de laquelle il rapporte les propos de Mgr Roche, parfois en style indirect. Il présente le prélat comme « l’homme qui joue un rôle essentiel en traçant une voie stable à travers les turbulences des “guerres liturgiques” », par le fait pleinement assumées. A 71 ans, celui-ci n’a guère perdu depuis sa nomination à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements pour détricoter l’œuvre de Benoît XVBI. « Il s’agit, commente Christopher Lamb, « d’un des postes les plus sensibles et les plus exigeants de l’Église, qui l’oblige à travailler en étroite collaboration avec le pape et les évêques du monde entier. »

Mgr Roche lui a confié l’objectif de son département qui est, selon Lamb, « de poursuivre la mise en œuvre du document du Concile Vatican II sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium. » « Il s’agit, dit-il, de sa “Magna Carta”. »

Voilà qui a au moins le mérite de la clarté, notamment lorsque M. Roche souligne – toujours selon Christopher Lamb – « que l’intention du pape était d’“apporter l’unité” à l’Église et de mettre fin à l’idée qu’il existe deux Églises différentes avec deux liturgies différentes ». Ainsi, les deux rites, l’ancien et le nouveau, ne sont plus présentées comme les deux « formes » du rite romain parce qu’ils correspondraient, aux dires de Roche, à « deux Eglises différentes ».

A propos des Responsa venues, peu avant Noël, préciser les modalités de l’application de Traditionis Custodes, Lamb écrit, en un passage décidément très révélateur :

Ces clarifications indiquaient clairement que les confirmations et les ordinations selon les liturgies antérieures au Concile Vatican II sont désormais interdites, et recommandaient aux paroisses de ne pas faire de publicité pour les messes tridentines dans leurs bulletins. De nombreux membres de petits groupes très fidèles qui sont attachés au Missel de 1962 sont dévastés. Ils se plaignent de ce que le pape ait « annulé » la forme de messe à laquelle ils sont attachés.

Est-ce le but du pape, demandé-je à l’archevêque, de voir disparaître la liturgie d’avant Vatican II ? « Il est clair que le pape François, ainsi que ses prédécesseurs, accordent une grande attention à ceux qui trouvent cela difficile et il est donc encore possible d’utiliser le Missel de 1962 », a-t-il répondu. « Mais ce n’est pas la norme. C’est une concession pastorale. » Roche ajoutait : « Je ne suis pas en mesure de savoir » si l’ancienne forme de la messe finira par tomber en désuétude. Mais il souligne que l’objectif de Traditionis Custodes est de rapprocher les gens « de la compréhension de ce que le Concile a exigé ».

Les décisions récentes du pape ont un fondement théologique profond, souligne-t-il. La question n’est pas que certains catholiques aient une préférence personnelle pour le latin. Il s’agit de la manière dont l’Église se perçoit et perçoit sa mission. Il s’agit du vieil adage Lex Orandi, Lex Credendi : notre manière de prier, c’est notre manière de croire. Roche fait remarquer que la constitution dogmatique de Vatican II sur l’Église, Lumen Gentium, s’est éloignée du modèle de l’Église comme « société parfaite » pour se rapprocher de la notion biblique de l’Église comme peuple de Dieu en pèlerinage. Dans le premier modèle, dit-il, c’était le prêtre qui « représentait les intentions du peuple » et les transmettait à Dieu dans la liturgie. Vatican II a changé cela. « A travers la compréhension du sacerdoce de tous les baptisés, ce n’est plus simplement le prêtre seul qui célèbre l’Eucharistie, mais tous les baptisés qui célèbrent avec lui », explique Arthur Roche. « C’est certainement la compréhension la plus profonde de ce que signifie la “participation”. Nous ne nous contentons pas de lire, de chanter, de déplacer des objets dans le sanctuaire ou de réussir à gérer les enfants ou quoi que soit, mais d’entrer profondément dans la vie divine, qui nous a été manifestée dans le mystère pascal. »

C’est donc bien la conception du sacerdoce et celle du sacrifice eucharistique qui sont en cause dans l’optique de Traditionis Custodes, et la volonté première n’est pas de mettre en évidence une « continuité » de Vatican II par rapport à la tradition de l’Eglise, mais ce que Vatican à « changé ». Sans nous attarder sur la possibilité effective d’une « herméneutique de la continuité », il suffit d’observer ici le choix assumé d’une « herméneutique de la rupture ».
Poursuivons avec Christopher Lamb :

La liturgie issue du Concile, explique l’archevêque, est également beaucoup plus « riche » qu’elle ne l’était en 1570 (lorsque la messe tridentine a été promulguée par le pape Pie V). Toutes les Écritures sont désormais disponibles, ainsi qu’une plus grande variété de prières, ce qui permet une « plus grande sensibilité » vis-à-vis des situations des personnes. « La liturgie n’est pas accessoire à notre identité », souligne M. Roche. « La liturgie, ce sont les entrailles de l’Église, qui donnent naissance aux chrétiens et qui nourrissent la vie chrétienne. »

Mgr Roche s’en prend également à l’affirmation des critiques selon laquelle les réformes liturgiques ont été imposées par un comité qui n’a pas respecté les souhaits des pères du Concile. Il qualifie cette affirmation de « ridicule » et me dit que les archives de sa congrégation montrent que Paul VI parcourait les nouveaux textes liturgiques « page par page » de 21 heures à 23 heures, semaine après semaine. Si les changements liturgiques et ecclésiologiques de Vatican II ont été approuvés à une écrasante majorité par les évêques qui y ont participé, M. Roche estime que le raisonnement qui sous-tend les réformes n’est toujours pas « pleinement compris ». La formation, dit-il, a été « très insuffisante » dans certains domaines de la vie catholique, et cela est plus vrai encore qu’ailleurs dans les séminaires, où de forts courants poussent à un retour aux styles vestimentaires et liturgiques d’avant Vatican II.

Où l’on comprend que c’est par insuffisance de formation que les séminaristes d’aujourd’hui se laissent séduire par la liturgie traditionnelle – il fallait y penser !

Christopher Lamb poursuit :

Il n’est pas rare que les prêtres nouvellement ordonnés qui sortent des séminaires du monde occidental commencent presque aussitôt à célébrer la messe tridentine. La congrégation dirigée par Roche demande aux séminaires d’enseigner « la richesse de la réforme liturgique demandée par le Concile Vatican II », et tout prêtre nouvellement ordonné qui souhaite célébrer la Messe en utilisant les livres liturgiques d’avant Vatican II devra obtenir l’autorisation du Saint-Siège. « Le Saint-Père se préoccupe de la formation », affirme Roche, selon lequel il a demandé il y a deux ans aux membres de sa congrégation, qui comprend des évêques et des cardinaux du monde entier, de discuter de cette question. « Tous ont estimé que la formation était plutôt inadéquate dans les séminaires en général, ainsi que dans la vie de l’Église. »

Mais était-ce parce que les séminaristes ne reçoivent pas une formation assez solide à la foi et au sacerdoce, ou parce qu’il se montrent si volontiers attirés par la liturgie traditionnelle ?

Mêlant toujours citations littérales et indirectes, Lamb écrit :

Comment l’archevêque répond-il aux affirmations selon lesquelles le Saint-Siège ne fait pas assez pour dialoguer avec les personnes attachées au Missel de 1962 ? « Je ne pense pas que ce soit vrai », répond Mgr Roche. Il a rencontré des groupes traditionalistes, et les questions qu’ils soulèvent vont probablement continuer à être discutées. (Plusieurs jours après notre entretien, on annonce que le Pape a rencontré une fraternité de prêtres traditionalistes et leur a accordé une concession pour continuer à célébrer les sacrements selon l’ancien rite). En outre, les Responsa ad dubia que l’archevêque a publiées en décembre, et dont certains ont dit qu’elles étaient indûment restrictives, étaient une réponse à des questions spécifiques qui lui avaient été posées par des évêques. Il a présenté le document directement au pape en novembre dernier, qui l’a approuvé. Il ne peut s’agir de répondre aux préférences liturgiques d’un groupe, dit-il. « L’Église nous donne la liturgie. Nous prions en tant que communauté ecclésiale et jamais simplement en tant qu’individus, ni comme une question de préférence personnelle. »

Jean-Paul II et Benoît XVI, explique l’archevêque, ont fait des concessions pastorales à ceux qui n’étaient pas capables d’accepter les réformes liturgiques du Concile, et avec Summorum Pontificum en 2007, Benoît XVI a levé de nombreuses restrictions sur l’utilisation de l’ancienne forme. Mais Roche affirme que l’enquête menée auprès des évêques du monde entier a montré que ce qui fut au départ une concession s’était transformé en une « promotion du retour à ce qui existait avant le Concile Vatican II ». Cela « ne pouvait pas être toléré parce que le Concile avait changé la façon dont nous allons de l’avant. C’est une question simple ». Il n’avait jamais été dans l’intention de Benoît XVI d’encourager ces divisions dans l’Église. Benoît XVI avait également espéré que ses concessions ramèneraient ceux qui « opéraient en dehors de l’enceinte de l’Église », mais, comme le souligne Roche, il n’y a pas beaucoup de preuves que cela se soit produit (il parle ici de la Fraternité Saint-Pie X établie par l’archevêque Marcel Lefebvre).

« Le Concile a changé la façon dont nous allons de l’avant » : voilà qui est clair, là encore : cela ne serait pas compatible avec la manière dont ont prié et célébré des générations de saints depuis bien avant saint Pie V !

L’évocation de l’entretien continue :

Il aime travailler pour François, qu’il décrit comme « une grande inspiration » et qui est pour lui « à la fois le Saint-Père et un frère évêque ». Il écarte l’idée que le prochain pape puisse conduire l’Église dans une direction différente. « Se dresser contre Pierre est un acte étonnant, plein d’orgueil démesuré », écrit Roche en réponse à une question que je lui ai envoyée par courriel. La croyance selon laquelle « les choses changeront sous un nouveau pontificat n’est pas seulement déplacée mais révèle une énorme ignorance du mandat donné à l’ensemble de l’Église par le Concile Vatican II ».

Mgr Roche affirme que son ministère met déjà en œuvre le style synodal de l’Église que François tente d’instaurer. En 2017, le pape a publié une décision, Magnum Principium, qui a donné aux évêques davantage d’autorité sur les traductions liturgiques, et Roche explique qu’il travaille avec eux de manière collégiale : « Nous avons changé la façon dont nous travaillons avec les évêques par rapport à l’époque où je suis arrivé dans la congrégation. »

Le meilleur pour la fin ? Si la messe traditionnelle n’est plus une option sérieuse aux yeux de Mgr Roche, qui se positionne en porte-parole du pape François, il y a des choix liturgiques qui ont toute sa sympathie. Comme l’explique Christopher Lamb :

Le bureau de Roche est également chargé de superviser les adaptations, ou usages, du rite romain pour les différents pays. Il suit l’appel de Vatican II en faveur des « variations et adaptations légitimes » au sein du même rite. Lors du synode de 2019 sur l’Amazonie, les évêques ont fait la demande d’adapter la liturgie pour inclure les traditions et les symboles de cette région, comme cela s’est fait avec l’usage zaïrois du rite romain, utilisé en Afrique subsaharienne. « Nous avons passé les 50 dernières années à traduire, la prochaine phase consistera à faire face à l’adaptation », explique Roche. Il la décrit comme une « question délicate ».

Délicate peut-être, mais acceptée et voulue dans son principe.


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18 juillet, 2020

Nouvelles signatures pour la lettre ouverte de remerciements à Mgr Viganò et à Mgr Schneider

De nouvelles signatures affluent pour la lettre de remerciements à Mgr Athanasius Schneider et à Mgr Carlo Maria Viganò pour leur débat « honnête et calme » sur le concile Vatican II. Voici la liste des nouvelles signatures depuis le 15 juillet. Le texte complet de la lettre (avec la liste des signataires mise à jour) est ici.

Le 15 juillet, se sont ajoutés :


Emmanuel Allingry, professeur d'économie au rectorat de Nice (France)

Andrea Asson, Capo di Gabinetto Assessore Cultura (Chef du cabinet de la culture), Province autonome de Trente

Douglas Bersaw, président et rédacteur en chef, Loreto Publications, Fitzwilliam New Hampshire

P. José Miguel Marqués Campo, prêtre diocésain (messe latine traditionnelle), archidiocèse d'Oviedo (Asturies), Espagne

Erick Chastain, PhD, associé de recherche postdoctorale, UW Madison, École de médecine et de santé publique, Département de psychiatrie

Fabiano Farias de Medeiros, diplômé en ressources humaines, écrivain et spécialiste de la doctrine de l'Église, Brésil

Sir Raymond J de Souza, KHS, KM, chevalier de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre, chevalier de l'Ordre souverain et militaire de Malte, secrétaire exécutif de Tradition Famille Propriété- Nouvelle-Zélande

Christopher A. Ferrara, J.D.

Dr Lee Fratantuono, professeur et titulaire de la chaire de lettres classiques, Ohio Wesleyan University

P. Stanislaw C. Gibzinski, curé et chapelain catholique de l'université de Reading

P. Richard Heilman

Ester Maria Ledda (co-fondatrice de Cooperatores-Veritatis.org)

Dorotea Lancellotti (co-fondatrice de Cooperatores-Veritatis.org)

Don Andrea Mancinella, prêtre diocésain d'Albano et ermite

Jack P. Oostveen, président par intérim de la Fédération Una Voce 2006-2007, professeur adjoint émérite à l'Université de technologie de Delft

Maurizio d'Orlando, docteur en économie politique

Guadalupe Ortiz, ingénieur agronome, Córdoba, Argentine

Abbé Guy Pagès

Don Mugurel Puia, prêtre catholique, Oradea (Magnovaradinum/Nagyvárad/Großwardein/Granvaradino), Province de Bihor, Roumanie

Pr David L. Sonnier 

Janet E. Smith, docteur en théologie morale

Dr Roberto Vertamatti, professeur, Brésil

P. Joseph F. Wilson, Diocèse de Brooklyn, N.Y.

Noms ajoutés le 16 juillet :


Walter Eichhorn, enseignant à la retraite, Allemagne

Pr Antoine Luciani, maître de conférences (grec) à la retraite de la Faculté des lettres d'Aix-en-Provence, France.

P. Albert P. Marcello, III, J.C.D. (Cand.), The Divinum Officium Project

Matthew Plese, MBA, CPA, Président de CatechismClass.com

Marianna Bartold, auteur et fondatrice de l'apostolat « Keeping It Catholic » pour l'école à la maison

Gabriele Czempiel, consultante spécialisée (ret.) du ministère de la santé, État du Brandebourg, Allemagne

Dr James Fennessy, MA, MSW, JD, LCSW

Susanne Held, traductrice

William R. Luckey, Ph.D., professeur émérite, Christendom College

Dr Edmund J. Mazza, PhD, VirginMostPowerfulRadio.org & edmundmazza.com

Dr Dan McGuire, professeur de théologie, Université de Providence

Rev. Dcn. Joe Pasquella, associé pastoral

David Pietrusza, historien et auteur

Philippe Poindron, Professeur honoraire des Universités, ancien Vice-Président de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg

Diogo de Campos, traducteur, Portugal

Dr César Félix Sánchez Martínez, actuel professeur d'anthropologie philosophique et d'histoire de la philosophie moderne au Séminaire archidiocésain de Saint Jérôme (Seminario Arquidiocesano de San Jerónimo) et chercheur à l'Université nationale de San Agustín (Arequipa, Pérou)

P. Timothy Sauppé, S.T.L, Curé de St. Mary's, Westville, IL et St. Isaac Jogues, Georgetown, IL

José Carlos Solimeo, avocat catholique, Vinhedo, SP, Brésil

Père Rainer Treutlein, Ermite et prêtre

Révérend Père Terence Mary Naughtin OFM, Conv.

P. Andrew M. Walter, Diocèse de Bridgeport Connecticut

Dr Maike Hickson, PhD, universitaire et journaliste


Les autres prêtres et universitaires qui souhaitent signer cette lettre ouverte peuvent nous contacter à l'adresse suivante : Openlettercouncil@gmail.com.

La pétition générale est ici sur change.org (en anglais).



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15 juillet, 2020

Pour un débat honnête et calme sur Vatican II : la lettre de soutien à Mgr Schneider et à Mgr Viganò de plus de 50 prêtres, universitaires et journalistes (mis à jour)

Une cinquantaine d'ecclésiastiques, universitaires et journalistes ont adressé une lettre ouverte à Mgr  Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Sainte Marie in Astana, et à Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque et ancien nonce apostolique, pour les remercier des récents écrits par lesquels ils ont, chacun à sa manière, demandé que le débat sur les erreurs et ambiguïtés de Vatican II ait lieu et qu'on puisse y apporter une réponse allant de l'« oubli » pur et simple du Concile, comme l'a suggéré Mgr Viganò, à sa rectification explicite, comme le préconise Mgr Schneider.

J'ai l'honneur de figurer parmi les signataires auxquels d'autres sont appelés à se joindre. Ecclésiastiques et universitaires souhaitant se joindre à l'initiative sont invités à se manifester ici : 
Openlettercouncil@gmail.com.

Une pétition ouverte à tous est également disponible ici sur change.org.

Aux yeux des « traditionalistes » français, cette lettre pourra sembler quelque peu défaillante, puisqu'on semble y passer sous silence l'important combat mené par tant de Français dès les années du concile Vatican II pour en dénoncer les ambiguïtés, les erreurs, les conséquences néfastes, notamment sur le plan de la liturgie qui n'est pas abordée dans le texte ci-dessous. Au risque d'en oublier beaucoup, je citerai d'abord par affinité personnelle Jean Madiran et tous ceux qui ont bataillé avec lui dans Itinéraires et Présent ; mais aussi Mgr Lefebvre, l'abbé Berto, Louis Salleron, l'abbé Georges de Nantes et tant d'autres… Et je ne parle même pas de ceux qui ont combattu, analysé, résisté dans d'autres pays, à commencer par l'Italie.

Mais il ne s'agit pas ici de découvrir la lune : l'heure est à une nouvelle bataille, c'est d'elle que la lettre se réjouit. En témoigne par exemple la signature de Roberto de Mattei, auteur notamment de Vatican II, une histoire à écrire. A noter, également, de nombreuses signatures de personnes qui ont commencé à poser des questions sur « le Concile » de manière relativement récente, à mesure que ses conséquences se déroulent de manière de plus en plus visible.

La traduction française ci-dessous est une traduction de travail qui pourra être révisée dans les jours à venir. Le temps m'a tout simplement manqué pour la faire paraître en même temps que les versions anglaise, italienne, espagnole publiées à 14 h 00 ce mercredi, auxquelles se sont ajoutées les versions portugaise et néerlandaise tout récemment. La version anglaise comporte tous les liens vers les textes cités, je tâcherai de les ajouter tout en signalant que certains textes cités de Mgr Schneider ont été traduites en français à l'aide de traducteurs automatiques et comportent des contresens en cette langue. – J.S.



*


9 juillet 2020

Excellences,

Nous, soussignés, souhaitons vous exprimer notre sincère gratitude pour votre courage et votre souci des âmes lors de la crise actuelle de la foi au sein de l'Église catholique. Vos déclarations publiques en faveur d'une discussion honnête et ouverte sur le concile Vatican II et les changements dramatiques qui l'ont suivi tant sur le plan des croyances que des pratiques catholiques ont été une source d'espoir et de consolation pour de nombreux catholiques fidèles. En tant qu'événement le concile Vatican II apparaît aujourd'hui, plus de cinquante ans après son terme, comme unique dans l'histoire de l'Église. Jamais avant notre époque un concile œcuménique n'a été suivi d'une période aussi prolongée de confusion, de corruption, de perte de  la foi et d'humiliation pour l'Église du Christ.

Le catholicisme s'est distingué de certaines fausses religions par son insistance sur le fait que l'homme est une créature rationnelle et que la croyance religieuse encourage plutôt qu'elle ne fait obstacle à la réflexion critique des catholiques. Nombreux sont ceux, parmi lesquels l'actuel Saint-Père, qui semblent placer le concile Vatican II – ainsi que ses textes, ses actes et sa mise en œuvre – hors de portée de l'analyse critique et du débat. Face aux préoccupations et aux objections soulevées par les catholiques de bonne volonté, le Concile a été présenté par certains comme un « super-concile », dont l'invocation met fin au débat plutôt que de le favoriser. Votre invitation à remonter aux racines de la crise actuelle de l'Église et à demander que des mesures soient prises pour corriger toute virage pris lors de Vatican II, et dont on constate aujourd'hui qu'il s'agit d'une erreur, est un exemple de mise en œuvre de l'office épiscopal de la transmission de la foi telle que l'Église l'a reçue.

Nous vous sommes reconnaissants de vos appels à un débat ouvert et honnête sur la vérité de ce qui s'est passé à Vatican II et sur la question de savoir si le Concile et sa mise en œuvre contiennent des erreurs ou des aspects qui favorisent les erreurs ou nuisent à la Foi. Un tel débat ne peut pas avoir pour point de départ la conclusion selon laquelle le concile Vatican II, dans son ensemble et dans ses parties, est en soi en continuité avec la Tradition. Une telle exigence préalable au débat interdit toute analyse critique et toute argumentation et permet seulement la production de preuves qui viennent étayer la conclusion déjà annoncée. La question de savoir si Vatican II peut ou non être réconcilié avec la tradition est la question à débattre, et non une prémisse posée, à  suivre aveuglément même si elle s'avère contraire à la raison. La continuité de Vatican II avec la tradition est une hypothèse à vérifier et à débattre, et non un fait incontestable. Pendant de trop longues décennies, l'Église a connu trop peu de bergers prêts à autoriser, et encore moins à encourager, un tel débat.

Il y a onze ans, Mgr Brunero Gherardini avait déjà fait une supplique filiale au Pape Benoît XVI : « Il y a déjà longtemps que l’idée (que j’ose à présent soumettre à Votre Sainteté) m’était venue d’une mise au point grandiose, et si possible définitive, sur le dernier concile, concernant chacun de ses aspects et de ses contenus. Il paraît, en effet, logique, et il me semble impératif que chacun de ces aspects et contenus soit étudié en soi et dans le contexte de tous les autres, en observant attentivement toutes les sources, et sous l’angle spécifique de la continuité avec le Magistère ecclésiastique précédent, qu’il soit solennel ou ordinaire. A partir d’un travail scientifique et critique aussi ample et irréprochable que possible, en lien avec le Magistère traditionnel de l’Eglise, il sera possible de tirer ensuite matière à une évaluation sûre et objective de Vatican II. »

Nous vous sommes également reconnaissants d'avoir pris l'initiative d'identifier certains des sujets doctrinaux les plus importants qui doivent être abordés dans le cadre d'un tel examen critique et d'avoir fourni le modèle d'un débat franc, mais courtois, qui peut comporter des désaccords. Nous avons recueilli, à partir de vos récentes interventions, quelques exemples des sujets que vous avez indiqués comme devant être abordés et, s'ils s'avèrent problématiques, corrigés. Nous espérons que ce recueil servira de cadre à une discussion et un débat plus approfondis. Nous ne prétendons pas que cette liste soit exclusive, parfaite ou complète. Nous ne sommes pas non plus forcément tous d'accord avec la nature précise de chacune des critiques citées ci-dessous ni sur la réponse aux questions que vous soulevez, mais nous sommes tous convaincus que vos questions méritent des réponses honnêtes plutôt que d'être balayées, non sans des accusations ad hominem de désobéissance ou de rupture de communion. Si ce que chacun d'entre vous affirme est faux, que vos interlocuteurs le prouvent ; dans le cas contraire, la hiérarchie devrait accorder du crédit à vos affirmations.


La liberté religieuse pour toutes les religions considérée comme un droit naturel voulu par Dieu 
• Mgr Schneider : « Parmi les exemples de cela, on peut citer certaines expressions du Concile sur le thème de la liberté religieuse (comprise comme le droit naturel, et donc positivement voulue par Dieu, de pratiquer et de diffuser une fausse religion, ce qui peut comprendre l'idolâtrie ou pire encore)… »
• Mgr Schneider : « Hélas, quelques phrases plus loin, le Concile [dans Dignitatis Humanae] sape cette vérité en énonçant une théorie jamais enseignée auparavant par le magistère constant de l'Église, à savoir que l'homme a le droit, fondé sur sa propre nature, « forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres » (ut in re religiosa neque impediatur, quominus iuxta suam conscientiam agat privatim et publice, vel solus vel aliis consociatus, intra debitos limites, n. 2). Selon cette affirmation, l'homme aurait le droit, fondé sur la nature elle-même (et donc de la volonté positive de Dieu) de ne pas être empêché de choisir, de pratiquer et de répandre, même de manière collective, le culte d'une idole, et même le culte de Satan, puisqu'il existe des religions qui adorent Satan, par exemple, l'“église de Satan”. En effet, dans certains pays, l'“église de Satan” est reconnue comme ayant la même valeur légale que toutes les autres religions. » 
L'identité entre l'Église du Christ et l'Église catholique et le nouvel œcuménisme
• Mgr Schneider : « [Cette] distinction entre l'Église du Christ et l'Église catholique (le problème du « subsistit in » donne l'impression qu'il existe deux réalités : d'un côté, l'Église du Christ, et de l'autre, l'Église catholique) ; et sa position à l'égard des religions non chrétiennes et du monde contemporain. 
• Mgr Schneider : « Affirmer que les musulmans adorent avec nous le seul Dieu (« nobiscum Deum adorant »), comme l’a fait le Concile Vatican II dans Lumen Gentium n.16, est théologiquement une affirmation très ambiguë. Que nous, catholiques, adorions avec les musulmans le seul Dieu n’est pas vrai. Nous n’adorons pas avec eux. Dans l’acte d’adoration, nous adorons toujours la Sainte Trinité, nous n’adorons pas simplement « le Dieu unique » mais, plutôt, la Sainte Trinité, explicitement – Père, Fils et Saint-Esprit. L’islam rejette la Sainte Trinité. Lorsque les musulmans adorent, ils n’adorent pas au niveau surnaturel de la foi. Même notre acte d’adoration est radicalement différent. Il est essentiellement différent. Précisément parce que nous nous tournons vers Dieu et l’adorons comme des enfants constitués dans la dignité ineffable de l’adoption filiale divine, et nous le faisons avec une foi surnaturelle. Mais les musulmans n’ont pas une foi surnaturelle. » 
• Mgr Viganò : « Nous savons bien que, renforcés par l’adage paulinien Littera enim occidit, spiritus autem vivificat, les progressistes et les modernistes ont su habilement cacher dans les textes du Concile ces ambiguïtés, qui à l’époque semblaient inoffensives pour la plupart des gens, mais qui aujourd’hui se manifestent dans leur valeur subversive. C’est la méthode du subsistit in : dire une demi-vérité non pas tant pour ne pas offenser l’interlocuteur (en supposant qu’il soit licite de taire la vérité de Dieu par respect pour l’une de ses créatures), mais dans le but de pouvoir utiliser la demi erreur que l’entière vérité dissiperait instantanément. Ainsi, “Ecclesia Christi subsistit in Ecclesia Catholica” ne précise pas l’identité des deux, mais la subsistance de l’une dans l’autre et, par cohérence, également dans d’autres églises : c’est l’ouverture aux célébrations inter-ecclésiales, aux prières œcuméniques, à la fin inexorable de la nécessité de l’Église pour le salut, de son unicité, de sa nature missionnaire. » 
La primauté du pape et la nouvelle collégialité 
• Mgr Schneider : « Par exemple, le fait même qu'une “nota explicativa praevia” au document Lumen Gentium ait été nécessaire montre que le texte de Lumen Gentium, au n. 22, est ambigu en ce qui concerne le sujet des relations entre la primauté du pape et la collégialité épiscopale. Les documents clarifiant le magistère à l'époque post-conciliaire, tels les encycliques Mysterium Fidei, Humanae Vitae, et le Credo du Peuple de Dieu du Pape Paul VI, ont été d'une grande valeur et d'une grande aide, mais ils n'ont pas clarifié les déclarations ambiguës du  concile Vatican II mentionnées ci-dessus. » 
Le Concile et ses textes sont la cause de nombreux scandales et erreurs actuels 
• Mgr Viganò : « Si la Pachamama a pu être vénérée dans une église, nous le devons à Dignitatis humanae. Si nous avons une liturgie protestante et parfois même paganisée, nous le devons aux actions révolutionnaires de l’évêque Annibale Bugnini et aux réformes post-conciliaires. Si nous avons signé le document d’Abou Dhabi, nous le devons à Nostra Aetate. Si nous en sommes arrivés à déléguer des décisions aux conférences épiscopales — même en violation très grave du Concordat, comme cela s’est produit en Italie — nous le devons à la collégialité, et à sa version actualisée dans la synodalité. Grâce à ce processus synodal nous nous sommes retrouvés avec Amoris Laetitia à devoir chercher un moyen d’éviter ce qui était évident pour tout le monde, à savoir que ce document, préparé par une impressionnante machine organisationnelle, devait légitimer la Communion pour les divorcés et les concubins, tout comme Querida Amazonia devait servir de légitimation pour les femmes prêtres (voir le cas très récent d’une “vicaire épiscopale” à Fribourg) et l’abolition du Saint Célibat. » 
• Mgr Viganò : « Mais si à l’époque il pouvait être difficile de penser que la liberté religieuse condamnée par Pie XI dans Mortalium animos pouvait être affirmée par Dignitatis humanæ, ou que le Pontife romain pouvait voir son autorité usurpée par un fantomatique Collège épiscopal, nous comprenons aujourd’hui que ce qui était alors habilement dissimulé dans Vatican II, est aujourd’hui affirmé ore rotundo dans les documents pontificaux précisément au nom de l’application cohérente du Concile. » 
• Mgr Viganò : « Nous pouvons donc affirmer que l’esprit du Concile est le Concile lui-même, que les erreurs du post-Concile sont contenues in nuce dans les Actes conciliaires, tout comme il est dit à juste titre que le Novus Ordo Missæ est la messe du Concile, même si en présence des Pères on célébrait la messe que les progressistes appellent significativement préconciliaire. » 
• Mgr Schneider : "Pour toute personne intellectuellement honnête, qui ne cherche pas à faire la quadrature du cercle, il est clair que l'affirmation de Dignitatis Humanae selon laquelle tout homme a le droit, en vertu de sa propre nature (et donc de la volonté positive de Dieu), de pratiquer et de diffuser une religion selon sa propre conscience, ne diffère pas substantiellement de la déclaration d'Abu Dhabi, qui affirme : « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. » 

Nous avons pris bonne note des différences que vous avez soulignées entre les solutions que chacun d'entre vous a proposées pour répondre à la crise déclenchée lors du Concile Vatican II et qui l'a suivi. Par exemple, Mgr Viganò a fait valoir qu'il serait préférable d'« oublier » complètement le Concile, tandis que Mgr Schneider, en désaccord avec lui sur ce point précis, propose de ne corriger officiellement que les parties des documents du Concile qui contiennent des erreurs ou qui sont ambiguës. Votre échange d'opinions courtois et respectueux devrait servir de modèle pour le débat plus vigoureux que nous souhaitons, vous comme nous. Trop souvent pendant ces cinquante dernières années, les désaccords au sujet de Vatican II ont été rejetés par de simples attaques ad hominem plutôt que par une argumentation calme. Nous invitons tous ceux qui participeront à ce débat à suivre votre exemple.

Nous prions pour que Notre très sainte Mère, la Vierge Marie, saint Pierre, Prince des Apôtres, saint Athanase et saint Thomas d'Aquin protègent et préservent vos Excellences. Puissent-ils vous récompenser pour votre fidélité à l'Église et vous confirmer dans votre défense de la Foi et de l'Église.

In Christo Rege,

(signé)

Donna F. Bethell, J.D.

Pr Dr Brian McCall

Paul A. Byrne, M.D.

Edgardo J. Cruz-Ramos, Président Una Voce Porto Rico

Dr Massimo de Leonardis, professeur (ret.) d'histoire des relations internationales

Pr Roberto de Mattei, Président de la Fondazione Lepanto

P. Jerome W. Fasano 

Mauro Faverzani, journaliste

Timothy S. Flanders, auteur et fondateur d'un apostolat laïque

Matt Gaspers, rédacteur en chef, Catholic Family News

Corrado Gnerre, leader du mouvement italien “Il Cammino dei Tre Sentieri”.

M. Virginia O. de Gristelli, directrice du Cercle de formation Saint-Bernard de Clairvaux, Argentine

Jorge Esteban Gristelli, rédacteur en chef, Argentine

Dr Maria Guarini STB, rédactrice du site web Chiesa e postconcilio

Kennedy Hall, auteur

Pr Dr em. Robert D. Hickson

Pr Dr.rer.nat. Dr.rer.pol. Rudolf Hilfer, Stuttgart, Allemagne

Révérend John Hunwicke, chercheur émérite, Pusey House, Oxford

Pr Dr Peter Kwasniewski

Leila M. Lawler, écrivain

Pedro L. Llera Vázquez, directeur d'école et auteur à InfoCatólica

James P. Lucier PhD

Massimo Magliaro, journaliste, rédacteur en chef de “Nova Historica”

Antonio Marcantonio, MA

Dr Taylor Marshall, auteur de l'ouvrage Infiltration : Le complot pour détruire l'Eglise de l'intérieur

Le révérend Deacon, Eugene G. McGuirk

P. Michael McMahon, Prieur de St. Dennis Calgary

P. Cor Mennen

P. Michael Menner

Dr Stéphane Mercier, Ph.D., S.T.B.

M. Andrew P. Napolitano, analyste judiciaire principal, Fox News ; professeur associé de droit,
Université Hofstra

P. Dave Nix, Ermite diocésain

Prof. Paolo Pasqualucci

P. Dean Perri

Dr Carlo Regazzoni, Philosophe de la culture, Therwill, Suisse

P. Luis Eduardo Rodríguez Rodríguez 

Don Tullio Rotondo

John F. Salza, avocat et apologiste catholique

Wolfram Schrems, Wien, Mag. theol., Mag. Phil., catéchiste

Henry Sire, historien et auteur

Robert Siscoe, auteur

Jeanne Smits, journaliste

Dr sc. Zlatko Šram, Centre croate pour la recherche sociale appliquée

P. Glen Tattersall, curé de la paroisse de St John Henry Newman (Melbourne, Australie)

Marco Tosatti, journaliste

Giovanni Turco, professeur adjoint de philosophie du droit public à l'université d'Udine (Italie)

Jose Antonio Ureta

Aldo Maria Valli, journaliste

Dr Thomas Ward, président de l'Association nationale des familles catholiques

John-Henry Westen, co-fondateur et rédacteur en chef de LifeSiteNews.com

Willy Wimmer, secrétaire d'État, ministère de la défense (à la retraite.)

Le 15 juillet, s'y sont ajoutés :


P. Jay Finelli

Renacito Refuerzo Ramos, MD, DFM, médecin catholique

Emmanuel Allingry, professeur d'économie au rectorat de Nice (France)

Andrea Asson, Capo di Gabinetto Assessore Cultura (Chef du cabinet de la culture), Province autonome de Trente

Douglas Bersaw, président et rédacteur en chef, Loreto Publications, Fitzwilliam New Hampshire

P. José Miguel Marqués Campo, prêtre diocésain (messe latine traditionnelle), archidiocèse d'Oviedo (Asturies), Espagne

Erick Chastain, PhD, associé de recherche postdoctorale, UW Madison, École de médecine et de santé publique, Département de psychiatrie

Fabiano Farias de Medeiros, diplômé en ressources humaines, écrivain et spécialiste de la doctrine de l'Église, Brésil

Sir Raymond J de Souza, KHS, KM, chevalier de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre, chevalier de l'Ordre souverain et militaire de Malte, secrétaire exécutif de Tradition Famille Propriété- Nouvelle-Zélande

Christopher A. Ferrara, J.D.

Dr Lee Fratantuono, professeur et titulaire de la chaire de lettres classiques, Ohio Wesleyan University

P. Stanislaw C. Gibzinski, curé et chapelain catholique de l'université de Reading

P. Richard Heilman

Ester Maria Ledda (co-fondatrice de Cooperatores-Veritatis.org)

Dorotea Lancellotti (co-fondatrice de Cooperatores-Veritatis.org)

Don Andrea Mancinella, prêtre diocésain d'Albano et ermite

Jack P. Oostveen, président par intérim de la Fédération Una Voce 2006-2007, professeur adjoint émérite à l'Université de technologie de Delft

Maurizio d'Orlando, docteur en économie politique

Guadalupe Ortiz, ingénieur agronome, Córdoba, Argentine

Abbé Guy Pagès

Don Mugurel Puia, prêtre catholique, Oradea (Magnovaradinum/Nagyvárad/Großwardein/Granvaradino), Province de Bihor, Roumanie

Pr David L. Sonnier 

Janet E. Smith, docteur en théologie morale

Dr Roberto Vertamatti, professeur, Brésil

P. Joseph F. Wilson, Diocèse de Brooklyn, N.Y.

Noms ajoutés le 16 juillet :


Walter Eichhorn, enseignant à la retraite, Allemagne

Pr Antoine Luciani, maître de conférences (grec) à la retraite de la Faculté des lettres d'Aix-en-Provence, France.

P. Albert P. Marcello, III, J.C.D. (Cand.), The Divinum Officium Project

Matthew Plese, MBA, CPA, Président de CatechismClass.com

Marianna Bartold, auteur et fondatrice de l'apostolat « Keeping It Catholic » pour l'école à la maison

Gabriele Czempiel, consultante spécialisée (ret.) du ministère de la santé, État du Brandebourg, Allemagne

Dr James Fennessy, MA, MSW, JD, LCSW

Susanne Held, traductrice

William R. Luckey, Ph.D., professeur émérite, Christendom College

Dr Edmund J. Mazza, PhD, VirginMostPowerfulRadio.org & edmundmazza.com

Dr Dan McGuire, professeur de théologie, Université de Providence

Rev. Dcn. Joe Pasquella, associé pastoral

David Pietrusza, historien et auteur

Philippe Poindron, Professeur honoraire des Universités, ancien Vice-Président de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg

Diogo de Campos, traducteur, Portugal

Dr César Félix Sánchez Martínez, actuel professeur d'anthropologie philosophique et d'histoire de la philosophie moderne au Séminaire archidiocésain de Saint Jérôme (Seminario Arquidiocesano de San Jerónimo) et chercheur à l'Université nationale de San Agustín (Arequipa, Pérou)

P. Timothy Sauppé, S.T.L, Curé de St. Mary's, Westville, IL et St. Isaac Jogues, Georgetown, IL

José Carlos Solimeo, avocat catholique, Vinhedo, SP, Brésil

Père Rainer Treutlein, Ermite et prêtre

Révérend Père Terence Mary Naughtin OFM, Conv.

P. Andrew M. Walter, Diocèse de Bridgeport Connecticut

Dr Maike Hickson, PhD, universitaire et journaliste


Les autres prêtres et universitaires qui souhaitent signer cette lettre ouverte peuvent nous contacter à l'adresse suivante : Openlettercouncil@gmail.com.

La pétition générale est ici sur change.org (en anglais).



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04 juillet, 2020

Mgr Carlo Maria Viganò répond à John-Henry Westen sur la validité du Concile Vatican II et l'attitude à avoir à son égard

Alors que Mgr Athanasius Schneider propose de rectifier certaines expressions ambiguës ou trompeuses du concile Vatican II, Mgr Viganó a adopté des termes plus radicaux à propos desquels le fondateur et directeur de LifeSiteNews, John-Henry Westen, l'a récemment interrogé. Je publie volontiers ci-dessous ma traduction des lettres qu'ils ont échangées ; traduction authentifiée par Mgr Viganò.

C'est une nouvelle étape dans les discussions à cœur ouvert sur « le Concile » menées désormais par ceux qui ont en quelque sorte longtemps vécu sous son empire. Certains, je le sais, notent que rien de très nouveau ne se dit par rapport aux critiques formulées dès les années 1960 par des ecclésiastiques et des laïcs qui avaient tout de suite perçu les menaces dont les textes conciliaires étaient porteurs vis-à-vis de la doctrine traditionnelle de l'Eglise, et qui se sont battus contre le saccage de la liturgie : je pense à Jean Madiran, à Mgr Marcel Lefebvre, à l'abbé Berto et tant d'autres, en France notamment.

Mais la nouveauté réside dans une libération de la parole et une prise de conscience qui ont, paradoxalement, été favorisées par le pontificat actuel. Des frontières se redessinent ou plus exactement deviennent plus perméables entre ceux qui ont le souci de l'Eglise et du salut des âmes.

Forcément, les approches sont diverses, comme en témoigne justement la différence des solutions proposées par Mgr Schneider et Mgr Viganò. Mais il faut comprendre qu'elles ne sont pas marginales : elles ont du poids, un poids que je qualifierais de providentiel dans les circonstances actuelles. – J.S.

*


Cher Monseigneur Viganò,

J’espère obtenir une clarification de votre part sur vos derniers textes concernant le concile Vatican II.

Dans votre texte du 9 juin, vous dites qu’« il est indéniable qu’à partir de Vatican II, une église parallèle a été construite, superposée et diamétralement opposée à la véritable Église du Christ ». 

Dans l’interview que vous avez ensuite accordée à Phil Lawler, celui-ci a posé la question suivante : « Quelle est la solution ? Mgr Schneider propose qu’un futur Pontife rejette les erreurs ; votre Excellence trouve cela insuffisant. Mais alors comment corriger les erreurs, de manière à maintenir l’autorité d’enseignement du Magistère ? »

Vous avez répondu : « Il appartiendra à l’un de ses Successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de sa puissance apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du Successeur du Prince des Apôtres ressortiront intactes et reconfirmées. »

Il n’en résulte pas clairement si vous croyez que Vatican II est un concile invalide, et qui doit donc être complètement rejeté, ou si vous croyez que, tout en étant valide, ce concile contenait de nombreuses erreurs et qu’il serait plus profitable pour les fidèles qu’on le fasse oublier, afin qu’ils puissent plutôt s’inspirer de Vatican I et d’autres conciles pour s’en nourrir.
Je crois que cette clarification serait utile.

Dans le Christ et sa Mère bien-aimée,
JH

*


1er juillet 2020
In festo Pretiosissimi Sanguinis
Domini Nostri Iesu Christi


Cher John-Henry,

Je vous remercie pour votre lettre, qui me donne l’occasion de clarifier ce que j’ai déjà exprimé à propos de Vatican II. Cette question délicate fait intervenir d’éminentes personnalités ecclésiastiques, et un nombre non négligeable de laïcs érudits : j’espère que ma modeste contribution pourra aider à lever la chape d’équivoques qui pèse sur le Concile, et ainsi à aboutir à une solution partagée. 
Votre lettre part de ma première observation : « Il est indéniable qu’à partir de Vatican II, une église parallèle a été construite, superposée et diamétralement opposée à la véritable Église du Christ », puis je cite mes paroles sur la solution à l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui : « Il appartiendra à l’un de ses Successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de son pouvoir apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du Successeur du Prince des Apôtres ressortiront intactes et reconfirmées. » 

Vous affirmez ensuite que ma position n’est pas claire – « si vous croyez que Vatican II est un concile invalide, et qui doit donc être complètement rejeté, ou si vous croyez que, tout en étant valide, ce concile contenait de nombreuses erreurs et qu’il serait plus profitable pour les fidèles qu’on le fasse oublier ». Je n’ai jamais pensé et encore moins affirmé que Vatican II ait été un Concile œcuménique invalide : il a en effet été convoqué par l’autorité suprême, par le Souverain Pontife, et tous les évêques du monde y ont pris part. Vatican II est un concile valide, qui bénéficie de la même autorité que Vatican I et le Concile de Trente. Cependant, comme je l’ai déjà écrit, dès son origine, il a fait l’objet d’une grave manipulation par une cinquième colonne qui a pénétré au cœur même de l’Église et qui en a perverti les objectifs, comme le confirment les résultats désastreux que chacun peut voir. Rappelons que lors la Révolution française, le fait que les états généraux aient été légitimement convoqués le 5 mai 1789 par Louis XVI n’a pas empêché leur dégénérescence en la Révolution et en la Terreur (la comparaison n’est pas déplacée, puisque le cardinal Suenens a appelé l’événement du Concile « le 1789 de l’Église  »).

Dans sa récente intervention, Son Éminence le cardinal Walter Brandmüller a soutenu que le Concile se situe dans la continuité de la Tradition, et il en veut ceci pour preuve : « Il suffit de jeter un coup d’œil aux notes du texte. On peut ainsi constater que dix conciles antérieurs sont cités par le document. Parmi ceux-ci, Vatican I est cité 12 fois, et Trente 16 fois. De cela il ressort déjà clairement que, par exemple, toute idée de “distanciation par rapport au Concile de Trente” est absolument exclue. Le rattachement à la Tradition apparaît encore plus étroit si l’on pense que, parmi les papes, Pie XII est cité 55 fois, Léon XIII en 17 occasions, et Pie XI à douze reprises. S’y ajoutent Benoît XIV, Benoît XV, Pie IX, Pie X, Innocent I et Gélase. Le fait le plus impressionnant, cependant, est la présence des Pères de l’Eglise dans les textes de Lumen Gentium. Le Concile fait référence à l’enseignement des Pères à 44 reprises. Parmi eux : Augustin, Ignace d’Antioche, Cyprien, Jean Chrysostome et Irénée. En outre, les grands théologiens et docteurs de l’Église sont cités : Thomas d’Aquin est cité dans 12 passages au moins, avec sept autres personnes de poids. »

Comme je l’ai souligné pour le cas analogue du Synode de Pistoie, la présence d’un contenu orthodoxe n’exclut pas la présence d’autres propositions hérétiques et n’en atténue pas la gravité ; d’ailleurs la vérité ne peut servir à couvrir ne serait-ce qu’une seule erreur. Au contraire, les nombreuses citations d’autres conciles, d’actes magistériels ou des Pères de l’Église peuvent précisément servir à dissimuler, avec une intention malicieuse, les points controversés. À cet égard, il est utile de rappeler les paroles du Tractatus de Fide orthodoxa contra Arianos, cité par Léon XIII dans son encyclique Satis Cognitum : 


« Rien ne saurait être plus dangereux que ces hérétiques qui, conservant en tout le reste l’intégrité de la doctrine, par un seul mot, comme par une goutte de venin, corrompent la pureté et la simplicité de la foi que nous avons reçue de la tradition dominicale, puis apostolique. »

Léon XIII commente ensuite :


« Telle a été toujours la coutume de l’Eglise, appuyée par le jugement unanime des saints Pères, lesquels ont toujours regardé comme exclu de la communion catholique et hors de l’Eglise quiconque se sépare le moins du monde de la doctrine enseignée par le magistère authentique. »

Dans les pages de L’Osservatore Romano, dans un article du 14 avril 2013, le cardinal Kasper a reconnu qu’« en de nombreux endroits [les Pères du Concile] ont dû trouver des formules de compromis dans lesquelles, bien souvent, les positions de la majorité (les conservateurs) se trouvent à côté de celles de la minorité (les progressistes), pour les circonscrire. Par conséquent, les textes conciliaires portent en eux-mêmes un énorme potentiel de conflit, ouvrant la porte à une réception sélective dans chacun des deux sens ». Voilà d’où proviennent les ambiguïtés qui en résultent, les contradictions manifestes et les graves erreurs doctrinales et pastorales.

On pourrait objecter que la prise en considération de la présomption de dol dans un acte du Magistère doit être rejetée avec dédain, dès lors que le Magistère doit viser à confirmer les fidèles dans la Foi ; mais peut-être est-ce précisément la fraude délibérée qui fait qu’un acte puisse s’avérer comme n’appartenant pas au Magistère, et qu’il puisse être condamné ou déclaré nul. Son Éminence le cardinal Brandmüller a conclu son commentaire par ces mots : « Il conviendrait d’éviter l’“herméneutique du soupçon” qui accuse d’emblée l’interlocuteur d’avoir des conceptions hérétiques. » Je partage certes ce sentiment dans l’abstrait et en général, mais je pense qu’il convient d’établir une distinction pour mieux cerner un cas concret. Pour ce faire, il est nécessaire d’abandonner l’approche, un peu trop légaliste, selon laquelle il faut considérer que toutes les questions doctrinales appartenant à l’Église doivent être traitées et résolues principalement sur le fondement d’une référence normative : n’oublions pas que la loi est au service de la Vérité, et non l’inverse. Et il en va de même pour l’Autorité qui de cette loi, est la ministre, et de cette Vérité, la gardienne. D’autre part, lorsque Notre Seigneur se trouva face à la Passion, la Synagogue avait déserté sa fonction propre de guide du Peuple Elu dans la fidélité à l’Alliance, tout comme une partie de la hiérarchie le fait depuis soixante ans. 

Cette attitude légaliste est à la base de la duperie des Novateurs, ceux qui ont conçu une manière très simple de mettre la Révolution en marche, en l’imposant par l’autorité d’un acte que l’Ecclesia docens adoptait afin de définir les vérités de la Foi avec force contraignante pour l’Ecclesia discens, et en reprenant cet enseignement dans d’autres documents tout aussi contraignants, bien qu’à un degré différent. En somme, il a été décidé d’apposer l’étiquette “ Concile ”sur un événement conçu par certains dans le but de démolir l’Église, et pour ce faire, les conspirateurs ont agi avec une intention malveillante et dans un but subversif. Le P. Edward Schillebeeckx op l’a affirmé franchement : « Aujourd’hui nous nous exprimons de façon diplomatique, mais après le Concile, nous tirerons les conclusions implicites » (De Bazuin, n.16, 1965).

Il ne s’agit donc pas d’une « herméneutique du soupçon », mais au contraire de quelque chose de beaucoup plus grave qu’un soupçon, chose que corroborent une évaluation sereine des faits, et aussi l’aveu des protagonistes eux-mêmes. À cet égard, qui fait davantage autorité parmi eux que celui qui était alors le cardinal Ratzinger ?

« On avait de plus en plus l’impression que rien n’était stable dans l’Eglise, que tout était à revoir. Le Concile apparaissait de plus en plus comme un grand parlement d’Eglises capable de tout modifier et de tout remodeler à sa manière. Un ressentiment montait contre Rome et contre la Curie, désignées comme ennemi réel de toute nouveauté et de tout progrès. Le débat du Concile fut de plus en plus présenté selon le schéma partisan propre au système parlementaire moderne. Lorsque l’information était présentée de cette manière, la personne qui la recevait se voyait obligée de prendre parti pour l’un ou l’autre camp. (…) Si les évêques qui étaient à Rome pouvaient changer l’Église, et même la foi elle-même (comme ils semblaient pouvoir le faire), pourquoi cela serait-il réservé aux seuls évêques ? En tout cas, la foi pouvait, là, être changée, et contrairement à tout ce que nous pensions jusqu’alors, cette possibilité ne paraissait plus soustraite aux décisions humaines, mais selon toutes les apparences, elle était désormais apparemment déterminée par celles-ci. Désormais, on savait que les nouveautés proposées par les évêques avaient été apprises auprès des théologiens. Pour les croyants, ce fut un phénomène étrange : leurs évêques semblaient montrer à Rome un visage différent de celui qu’ils montraient chez eux » (d’après J. Ratzinger, Ma vie, éd. Fayard 2005). 

À ce stade, il convient d’attirer l’attention sur un paradoxe récurrent dans les questions mondiales : le courant dominant (le mainstream) appelle « théoriciens du complot » ceux qui révèlent et dénoncent le complot que le courant dominant lui-même a conçu, afin de détourner l’attention du complot et de nier toute légitimité à ceux qui le dénoncent. De même, il me semble qu’il y a un risque de qualifier de coupables d’« herméneutique du soupçon » tous ceux qui révèlent et dénoncent la fraude conciliaire, comme s’il s’agissait de personnes qui accusent sans motif et « d’emblée leur interlocuteur de conceptions hérétiques ». Il faut au contraire déterminer si l’action des protagonistes du Concile peut justifier la suspicion à leur égard, voire prouver que cette suspicion est fondée ; et si le résultat qu’ils ont obtenu justifie qu’on évalue négativement l’ensemble du Concile, ou certaines de ses parties, ou encore d’aucune d’entre elles. Si nous persistons à penser que ceux qui ont conçu Vatican II comme un événement subversif rivalisaient de piété avec saint Alphonse et de doctrine avec saint Thomas, nous faisons preuve d’une naïveté qui cadre mal avec le précepte évangélique, et qui frise certainement, sinon la connivence, au moins l’insouciance. Je ne parle évidemment pas de la majorité des Pères du Concile, qui étaient certainement animés d’intentions pieuses et saintes ; je parle des protagonistes de l’événement conciliaire, des soi-disant théologiens qui, jusqu’à Vatican II, ont été frappés de censures canoniques et interdits d’enseigner, et qui, pour cette raison même, ont été choisis, promus et aidés, de sorte que leur réputation d’hétérodoxie est devenue pour eux un motif de gloire, tandis que l’orthodoxie incontestée du cardinal Ottaviani et de ses collaborateurs du Saint-Office a été une raison suffisante pour jeter au feu les schémas préparatoires du Concile, avec le consentement de Jean XXIII.

Je doute qu’à l’égard de Mgr Bugnini – pour ne citer que lui – une attitude de suspicion prudente soit critiquable ou dépourvue de charité ; bien au contraire, la malhonnêteté de l’auteur du Novus Ordo dans la poursuite de ses objectifs personnels, son adhésion à la Maçonnerie et ses propres aveux dans ses journaux intimes donnés à la presse, montrent que les mesures prises par Paul VI à son égard n’ont été que trop indulgentes et inefficaces, puisque tout ce qu’il a fait dans les Commissions conciliaires et à la Congrégation des Rites est resté intact et, malgré tout cela, est devenu partie intégrante des Acta Concilii et des réformes qui leur sont liées. Ainsi, l’herméneutique du soupçon est tout à fait bienvenue si elle sert à démontrer qu’il existe des raisons valables de soupçonner et que ces soupçons se matérialisent souvent dans la certitude d’une fraude intentionnelle. 

Revenons maintenant à Vatican II, pour mettre en évidence le piège dans lequel les bons Pasteurs sont tombés, induits en erreur avec leur troupeau par un travail de tromperie des plus astucieux de la part de personnes notoirement infectées par le Modernisme, et dont il n’est pas rare que leur conduite morale ait été elle aussi dévoyée. Comme je l’ai écrit plus haut, la fraude consiste à avoir recours à un Concile comme l’emballage d’une manœuvre subversive, et à utiliser l’autorité de l’Église pour imposer la révolution doctrinale, morale, liturgique et spirituelle qui est ontologiquement contraire au but pour lequel le Concile a été convoque et son autorité magistrale exercée. Je le répète : l’étiquette « Concile » apposée sur l’emballage ne reflète pas son contenu. 

Nous avons assisté à une manière nouvelle et différente de comprendre les mots du lexique catholique eux-mêmes : l’expression « concile œcuménique » utilisée pour le Concile de Trente ne coïncide pas avec le sens qui lui a été donné par les partisans de Vatican II, pour qui le terme « concile » fait allusion à la « conciliation » et le terme « œcuménique » au dialogue inter-religieux. L’« esprit du concile » est l’« esprit de conciliation, de compromis », tout comme l’assemblée conciliaire a été une attestation solennelle et publique du dialogue conciliateur avec le monde, pour la première fois dans l’histoire de l’Église.

Bugnini écrivait : « Nous devons dépouiller nos prières catholiques et la liturgie catholique de tout ce qui pourrait être l’ombre d’une pierre d’achoppement pour nos frères séparés, les protestants » (cf. L’Osservatore Romano, 19 mars 1965). A partir de ces paroles, nous comprenons que la réforme qui a été le fruit de la mens conciliare avait pour but d’atténuer la proclamation de la Vérité catholique afin de ne pas offenser les hérétiques : et c’est exactement ce qui a été fait, non seulement dans la Sainte Messe – horriblement défigurée au nom de l’œcuménisme – mais aussi dans l’exposé des dogmes dans les documents au contenu doctrinal ; l’utilisation du subsistit in en est un exemple très clair.

Il sera peut-être possible de débattre des motifs qui ont pu conduire à cet événement unique, si lourd de conséquences pour l’Église ; mais nous ne pouvons plus nier l’évidence et prétendre que Vatican II n’était pas quelque chose de qualitativement différent de Vatican I, malgré les tentatives héroïques, nombreuses et documentées, y compris de la part de la plus haute autorité, pour l’interpréter de force comme un normal Concile œcuménique. Toute personne dotée de bon sens peut voir que c’est une absurdité que de vouloir interpréter un Concile, puisqu’il est et doit être une norme claire et sans équivoque de la Foi et de la Morale. En second lieu, si un acte magistériel soulève des arguments sérieux et raisonnés selon lesquels il pourrait manquer de cohérence doctrinale avec les actes du Magistère qui l’ont précédé, il est évident que la condamnation d’un seul point hétérodoxe discrédite de toute façon l’ensemble du document. Si l’on ajoute à cela le fait que les erreurs formulées, ou que l’on comprend indirectement entre les lignes, ne se limitent pas à un ou deux cas, et que les erreurs affirmées correspondent à l’inverse à une énorme masse de vérités non réaffirmées, on peut se demander s’il ne serait pas juste d’expurger le catalogue des Conciles canoniques de cette dernière assemblée. Au bout du compte, c’est l’histoire qui jugera, et le sensus fidei du peuple chrétien, avant même qu’une sentence ne soit prononcée par un document officiel. L’arbre est jugé à ses fruits, et il ne suffit pas de parler d’un printemps conciliaire pour cacher le rude hiver qui s’abat sur l’Église ; ni d’inventer des prêtres mariés et des diaconesses pour remédier à l’effondrement des vocations ; ni d’adapter l’Évangile à la mentalité moderne pour obtenir plus de consensus. La vie chrétienne est un combat, pas une sympathique promenade à la campagne, et cela est vrai à plus forte raison pour la vie sacerdotale. 

Je conclus par une demande adressée à ceux qui interviennent avec profit dans le débat sur le Conseil : je voudrais que nous cherchions avant tout à proclamer à tous les hommes la Vérité salvifique, parce que leur et notre salut éternel en dépend ; et que nous ne nous préoccupions que subsidiairement des implications canoniques et juridiques soulevées par Vatican II : anathema sit ou damnatio memoriae, cela importe peu. Si le Concile n’a vraiment rien changé à notre foi, alors reprenons le Catéchisme de saint Pie X, retournons au Missel de saint Pie V, restons devant le tabernacle, ne désertons pas le confessionnal, et pratiquons la pénitence et la mortification dans un esprit de réparation. C’est de là que jaillit l’éternelle jeunesse de l’Esprit. Et surtout : faisons-le en sorte que nos œuvres témoignent de manière solide et cohérente de ce que nous prêchons.

+ Carlo Maria Viganò, archevêque

Traduction officielle par Jeanne Smits

© photo: Olivier Figueras

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01 juillet, 2020

Mgr Negri écrit à Mgr Viganò : nouvel épisode des discussions à cœur ouvert sur Vatican II

Après la violente charge de Sandro Magister contre les récentes réflexions de Mgr Carlo Maria Viganò à propos de « l'herméneutique de la continuité  » (qu'il rejette) appliquée à Vatican II, il est intéressant de prendre connaissance de l'échange de lettres entre Mgr Luigi Negri, archevêque émérite de Ferrara, et Mgr Viganò qui eut lieu à la mi-juin, où Mgr Negri disait son soutien à l'appel du 5 mai. Cet échange ne concerne pas les propos de Mgr Viganò sur le Concile, a précisé Mgr Negri. Mais la charge de Magister s'applique aussi explicitement à cet appel du 5 mai, d'où le lien.

De manière générale, on peut se demander si nous assistons à l'alignement de camps adverses en pleine crise doctrinale alimentée par nombre d'actes et d'écrits du pape François – comme la signature du funeste Document d'Abu Dhabi ? Il me semble que les choses ne sont pas si simples. La liberté de ton des discussions à un moment où l'on assiste à de nombreuses aberrations dans l'Eglise n'est pas en soi une rupture.

Je note d'ailleurs dans le texte de Sandro Magister – pour qui j'ai par ailleurs un grand respect – une manière d'exacerber la tension lorsqu'il accuse Mgr Viganò d'être « au bord du schisme » parce qu'il propose de rejeter en bloc Vatican II, concile pastoral, plutôt que de rectifier fermement certaines de ses propositions comme le souhaite Mgr Schneider. A l'heure où un vent de folie moderniste et pire souffle dans l'Eglise (pensez aux Jésuites hispanophones qui publient l'article d'un confrère regrettant l'absence de Gay Prides cette année…), on assiste une nouvelle fois à la marginalisation de ceux qui ont pour souci l'intégrité doctrinale, dans leur amour pour l'Eglise.

L'article de Magister contient d'ailleurs une fâcheuse phrase floue, puisqu'il affirme que Mgr Viganò propose, pour ceux qui s'attachent à de « vaines tentatives » de récupérer ce qui peut l'être de Vatican II,  de « “bouter hors du Temple” dans le même temps toutes les autorités de l’Église qui, reconnues coupables de cette tromperie et “invitées à s’amender” ne se raviseraient pas ». D'après le contexte de l'article de Magister, on comprend que Mgr Viganò voudrait même voir Benoît XVI « bouté hors du Temple ».

Or ce qu'écrivait Viganò s'appliquait à ceux qui « par mauvaise foi ou même par malice » ont « trahi l'Eglise », et il précisait clairement que d'autres ont pu tromper ou être trompés pour d'autres motifs, y compris de bonne foi.

On peut lire un commentaire intéressant sur le texte de Sandro Magister sur le site benoit-et-moi.

Voici donc l'échange de lettres entre Mgr Viganò et Mgr Negri, publié sur le site de ce dernier. Ma traduction a été révisée et autorisée par Mgr Viganò. – J.S.


*

Lettre de Mgr Luigi Negri


Très chère Excellence,

Au fur et à mesure que les circonstances de la vie tendent à révéler un nombre croissant d’éléments de dégradation tant dans la vie de l’Eglise que dans la vie sociale, je voudrais vous faire part de mon adhésion à votre message qui me semble avoir recueilli le cœur même de notre expérience ecclésiale. Ce cœur vivant de notre expérience ecclésiale est de plus en plus marqué par la conscience quotidienne de ce que le temps qui nous est donné fuit, et que notre existence reste fortement conditionnée par la temporalité des événements et des faits.

Il me semble que l’Eglise, par moments, selon un rythme souvent ponctuel, reprend conscience de sa propre identité et de la tâche missionnaire qui caractérise sa vie et son histoire.

Nous ressentons chaque jour plus fortement la pression des événements qui demandent à être jugés selon la clarté de la Parole du Seigneur et vécus comme une obéissance à sa volonté. De tout cela, nous sommes heureux : nous sommes heureux parce que nous nous abandonnons chaque jour au Seigneur avec la conscience profonde que sa présence nous soutient à tout moment et qu’il n’y a aucune possibilité que notre existence soit arrachée à la compagnie de Notre Seigneur Jésus-Christ. Vraiment, c’est l’abandon de notre vie à sa volonté, qui est notre force ; elle est surtout le désir que notre vie puisse vibrer du grand élan de la mission et que notre vie considère l’avenir comme une réalité à remplir à chaque instant de la prise de conscience de la présence du Christ, en demandant que cette présence du Christ fasse vivre chaque jour l’aventure de la mission. En cela et par cela notre vie commence chaque matin avec le grand désir de soutenir la vie chrétienne en nous-mêmes et en nos semblables ; elle s’achève chaque soir avec la conscience que nous avons contribué, pauvrement mais toujours sincèrement, à la maturation de la conscience chrétienne dans le monde.

Nous nous attachons à vous, Excellence, et nous aimerions pouvoir vous accompagner, en tant que derniers disciples, vos pas très sûrs sur le chemin du vrai, du beau et du bien. Que le Seigneur fasse de votre présence dans l’Église et parmi les hommes une présence pleine de vérité, de capacité de sacrifice et de bienveillance envers tous les hommes ; ainsi nous aurons l’impression de correspondre de façon pauvre mais réelle à la grande invitation de la liturgie de à chaque instant : celle de ne pas perdre le temps mais de le rendre chaque jour avec une pleine volonté et avec une grande ouverture au cœur même de Dieu, parce que dans notre vie quotidienne nous sommes précisément appelés à faire l’expérience de la grandeur de Dieu et du désir de contribuer quelque peu, mais de façon bien réelle cependant, à l’établissement du Royaume de Dieu dans le monde.

Que le Seigneur nous bénisse et nous réconforte sur le chemin de nos jours.

+Luigi Negri - Archevêque émérite de Ferrara - Comacchio
Milan, le 16 juin 2020


*

Monseigneur Carlo Maria Viganò répond à Monseigneur Luigi Negri

Excellence,

J’ai lu avec beaucoup d’émotion vos paroles, qui m’ont beaucoup touché. C’est une consolation de voir que Votre Excellence a saisi, avec la perspicacité et la lucidité qui ont toujours caractérisé votre jugement, le cœur du problème.

Le temps présent, surtout pour ceux qui ont un regard surnaturel, nous ramène aux choses fondamentales de la vie, à la simplicité du Bien et à l’horreur du Mal, à la nécessité de choisir le camp dans lequel mener nos petites et grandes batailles quotidiennes. Certains y voient une dévalorisation, comme si la clarté de l’Evangile était désormais incapable de donner des réponses satisfaisantes à une humanité complexe et structurée ; pourtant, alors que certains de nos frères évêques sont presque obsédés par l’inclusion et la green theology, appelant de leurs vœux un Nouvel Ordre Mondial et une Maison commune pour les religions abrahamiques, parmi le peuple et les prêtres le constat  l’idée que les Pasteurs eux-mêmes – heureusement, pas tous – s’éloignent au moment même d’une confrontation historique, gagne du terrain.

C’est vrai : le temps nous échappe, Excellence, et avec lui s’effritent les châteaux de sable de la rhétorique presque initiatique de ceux qui ont voulu construire leur propre succès dans le temps si fugace et dans la fragilité des choses qui passent. Il y a quelque chose d’inexorable dans ce qui arrive aujourd’hui : les mirages éphémères qui étaient censés remplacer les vérités éternelles nous apparaissent, à la lumière crue de la réalité, dans leur misérable et artificielle imposture, dans leur fausseté ontologique et inexorable. Nous nous découvrons tels des enfants, selon les paroles de Notre Seigneur ; nous reconnaissons presque instinctivement le bien et le mal, la récompense et le châtiment, le mérite et la culpabilité. Mais la sérénité de l’enfant reposant sur le sein de sa mère, la fière confiance de l’enfant accroché à la main de son père, peuvent-elles être considérées comme insignifiantes ?

Combien de paroles futiles ont été dites, combien de palliatifs inutiles nous ont été servis, en pensant que la Parole éternelle du Père ne convenait plus, qu’il fallait la mettre au goût du jour pour la rendre plus séduisante aux oreilles sourdes du monde ! Et pourtant, il aurait suffi de la faire nôtre, cette Parole, pour n’avoir besoin de rien d’autre. Si jusqu’à présent nous nous sommes laissés troubler par la confusion du siècle, désormais nous pouvons nous abandonner avec une confiance filiale et nous laisser guider, car nous reconnaissons la voix du divin Pasteur et nous le suivons là où il veut nous conduire. Même lorsque les autres, qui devraient parler, restent silencieux.

Notre pauvreté n’est pas un obstacle, mais plutôt une aide en ces temps : plus nous sommes humbles, plus resplendit la maîtrise de l’Artiste qui nous tient comme un instrument entre ses mains habiles, comme la plume avec laquelle l’Ecrivain compose sagement la page.

Je demande à Votre Excellence de prier afin que nous tous, que le Seigneur, dans la plénitude du sacerdoce appelle non pas serviteurs mais des amis, puissions devenir des instruments dociles de Sa Grâce, en redécouvrant la divine simplicité de la Foi qu’Il nous a commandé de prêcher à tous les peuples. Tout ce que nous y ajouterions par orgueil n’est qu’une pathétique parure dont nous devons apprendre à nous débarrasser dès maintenant, si nous ne voulons pas que les flammes du Purgatoire s’en chargent, là où nos quelques paillettes d’or seront purifiées des scories, pour nous rendre dignes de la vision béatifique. Ne perdons pas les jours précieux où la maladie et la vieillesse nous donnent l’occasion d’expier nos fautes et celles des autres : ce sont des jours bénis que nous pouvons offrir à la Majesté de Dieu pour l’Église et ses ministres.

Recevez, très chère Excellence, l’expression de ma profonde gratitude pour vos paroles inspirées, avec l’assurance de mon souvenir dans le Saint Sacrifice de l’Autel. Et priez pour moi.

Nunc dimittis servum Tuum,
Domine, secundum verbum Tuum in pace…

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque
17 juin 2020


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