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26 février, 2022

Mgr Arthur Roche sur “Traditionis custodes” : un nouvel entretien où se confirme le changement de la “lex credendi”

Mgr Arthur Roche, préfet de la Congrégation pour le culte divin, ne cache rien de son approche de la liturgie réformée à la suite du Concile : elle constitue une nouvelle lex orandi répondant à la vision de Lumen gentium qui ne voit plus l’Eglise comme une « société parfaite » mais comme le peuple de Dieu en marche. Dans un entretien accordé à Christopher Lamb du journal catholique britannique The Tablet – ce vaticaniste a signé en 2020 un livre de défense et d’illustration du pape François face à la « guérilla » des « conservateurs » – l’archevêque anglais explicite davantage ces considérations qui portent en réalité sur la signification doctrinale de la messe de Paul VI et sur les objectifs profonds de Traditionis Custodes.

Sous le titre « Un préfet sous pression », Christopher Lamb signe une analyse au cours de laquelle il rapporte les propos de Mgr Roche, parfois en style indirect. Il présente le prélat comme « l’homme qui joue un rôle essentiel en traçant une voie stable à travers les turbulences des “guerres liturgiques” », par le fait pleinement assumées. A 71 ans, celui-ci n’a guère perdu depuis sa nomination à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements pour détricoter l’œuvre de Benoît XVBI. « Il s’agit, commente Christopher Lamb, « d’un des postes les plus sensibles et les plus exigeants de l’Église, qui l’oblige à travailler en étroite collaboration avec le pape et les évêques du monde entier. »

Mgr Roche lui a confié l’objectif de son département qui est, selon Lamb, « de poursuivre la mise en œuvre du document du Concile Vatican II sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium. » « Il s’agit, dit-il, de sa “Magna Carta”. »

Voilà qui a au moins le mérite de la clarté, notamment lorsque M. Roche souligne – toujours selon Christopher Lamb – « que l’intention du pape était d’“apporter l’unité” à l’Église et de mettre fin à l’idée qu’il existe deux Églises différentes avec deux liturgies différentes ». Ainsi, les deux rites, l’ancien et le nouveau, ne sont plus présentées comme les deux « formes » du rite romain parce qu’ils correspondraient, aux dires de Roche, à « deux Eglises différentes ».

A propos des Responsa venues, peu avant Noël, préciser les modalités de l’application de Traditionis Custodes, Lamb écrit, en un passage décidément très révélateur :

Ces clarifications indiquaient clairement que les confirmations et les ordinations selon les liturgies antérieures au Concile Vatican II sont désormais interdites, et recommandaient aux paroisses de ne pas faire de publicité pour les messes tridentines dans leurs bulletins. De nombreux membres de petits groupes très fidèles qui sont attachés au Missel de 1962 sont dévastés. Ils se plaignent de ce que le pape ait « annulé » la forme de messe à laquelle ils sont attachés.

Est-ce le but du pape, demandé-je à l’archevêque, de voir disparaître la liturgie d’avant Vatican II ? « Il est clair que le pape François, ainsi que ses prédécesseurs, accordent une grande attention à ceux qui trouvent cela difficile et il est donc encore possible d’utiliser le Missel de 1962 », a-t-il répondu. « Mais ce n’est pas la norme. C’est une concession pastorale. » Roche ajoutait : « Je ne suis pas en mesure de savoir » si l’ancienne forme de la messe finira par tomber en désuétude. Mais il souligne que l’objectif de Traditionis Custodes est de rapprocher les gens « de la compréhension de ce que le Concile a exigé ».

Les décisions récentes du pape ont un fondement théologique profond, souligne-t-il. La question n’est pas que certains catholiques aient une préférence personnelle pour le latin. Il s’agit de la manière dont l’Église se perçoit et perçoit sa mission. Il s’agit du vieil adage Lex Orandi, Lex Credendi : notre manière de prier, c’est notre manière de croire. Roche fait remarquer que la constitution dogmatique de Vatican II sur l’Église, Lumen Gentium, s’est éloignée du modèle de l’Église comme « société parfaite » pour se rapprocher de la notion biblique de l’Église comme peuple de Dieu en pèlerinage. Dans le premier modèle, dit-il, c’était le prêtre qui « représentait les intentions du peuple » et les transmettait à Dieu dans la liturgie. Vatican II a changé cela. « A travers la compréhension du sacerdoce de tous les baptisés, ce n’est plus simplement le prêtre seul qui célèbre l’Eucharistie, mais tous les baptisés qui célèbrent avec lui », explique Arthur Roche. « C’est certainement la compréhension la plus profonde de ce que signifie la “participation”. Nous ne nous contentons pas de lire, de chanter, de déplacer des objets dans le sanctuaire ou de réussir à gérer les enfants ou quoi que soit, mais d’entrer profondément dans la vie divine, qui nous a été manifestée dans le mystère pascal. »

C’est donc bien la conception du sacerdoce et celle du sacrifice eucharistique qui sont en cause dans l’optique de Traditionis Custodes, et la volonté première n’est pas de mettre en évidence une « continuité » de Vatican II par rapport à la tradition de l’Eglise, mais ce que Vatican à « changé ». Sans nous attarder sur la possibilité effective d’une « herméneutique de la continuité », il suffit d’observer ici le choix assumé d’une « herméneutique de la rupture ».
Poursuivons avec Christopher Lamb :

La liturgie issue du Concile, explique l’archevêque, est également beaucoup plus « riche » qu’elle ne l’était en 1570 (lorsque la messe tridentine a été promulguée par le pape Pie V). Toutes les Écritures sont désormais disponibles, ainsi qu’une plus grande variété de prières, ce qui permet une « plus grande sensibilité » vis-à-vis des situations des personnes. « La liturgie n’est pas accessoire à notre identité », souligne M. Roche. « La liturgie, ce sont les entrailles de l’Église, qui donnent naissance aux chrétiens et qui nourrissent la vie chrétienne. »

Mgr Roche s’en prend également à l’affirmation des critiques selon laquelle les réformes liturgiques ont été imposées par un comité qui n’a pas respecté les souhaits des pères du Concile. Il qualifie cette affirmation de « ridicule » et me dit que les archives de sa congrégation montrent que Paul VI parcourait les nouveaux textes liturgiques « page par page » de 21 heures à 23 heures, semaine après semaine. Si les changements liturgiques et ecclésiologiques de Vatican II ont été approuvés à une écrasante majorité par les évêques qui y ont participé, M. Roche estime que le raisonnement qui sous-tend les réformes n’est toujours pas « pleinement compris ». La formation, dit-il, a été « très insuffisante » dans certains domaines de la vie catholique, et cela est plus vrai encore qu’ailleurs dans les séminaires, où de forts courants poussent à un retour aux styles vestimentaires et liturgiques d’avant Vatican II.

Où l’on comprend que c’est par insuffisance de formation que les séminaristes d’aujourd’hui se laissent séduire par la liturgie traditionnelle – il fallait y penser !

Christopher Lamb poursuit :

Il n’est pas rare que les prêtres nouvellement ordonnés qui sortent des séminaires du monde occidental commencent presque aussitôt à célébrer la messe tridentine. La congrégation dirigée par Roche demande aux séminaires d’enseigner « la richesse de la réforme liturgique demandée par le Concile Vatican II », et tout prêtre nouvellement ordonné qui souhaite célébrer la Messe en utilisant les livres liturgiques d’avant Vatican II devra obtenir l’autorisation du Saint-Siège. « Le Saint-Père se préoccupe de la formation », affirme Roche, selon lequel il a demandé il y a deux ans aux membres de sa congrégation, qui comprend des évêques et des cardinaux du monde entier, de discuter de cette question. « Tous ont estimé que la formation était plutôt inadéquate dans les séminaires en général, ainsi que dans la vie de l’Église. »

Mais était-ce parce que les séminaristes ne reçoivent pas une formation assez solide à la foi et au sacerdoce, ou parce qu’il se montrent si volontiers attirés par la liturgie traditionnelle ?

Mêlant toujours citations littérales et indirectes, Lamb écrit :

Comment l’archevêque répond-il aux affirmations selon lesquelles le Saint-Siège ne fait pas assez pour dialoguer avec les personnes attachées au Missel de 1962 ? « Je ne pense pas que ce soit vrai », répond Mgr Roche. Il a rencontré des groupes traditionalistes, et les questions qu’ils soulèvent vont probablement continuer à être discutées. (Plusieurs jours après notre entretien, on annonce que le Pape a rencontré une fraternité de prêtres traditionalistes et leur a accordé une concession pour continuer à célébrer les sacrements selon l’ancien rite). En outre, les Responsa ad dubia que l’archevêque a publiées en décembre, et dont certains ont dit qu’elles étaient indûment restrictives, étaient une réponse à des questions spécifiques qui lui avaient été posées par des évêques. Il a présenté le document directement au pape en novembre dernier, qui l’a approuvé. Il ne peut s’agir de répondre aux préférences liturgiques d’un groupe, dit-il. « L’Église nous donne la liturgie. Nous prions en tant que communauté ecclésiale et jamais simplement en tant qu’individus, ni comme une question de préférence personnelle. »

Jean-Paul II et Benoît XVI, explique l’archevêque, ont fait des concessions pastorales à ceux qui n’étaient pas capables d’accepter les réformes liturgiques du Concile, et avec Summorum Pontificum en 2007, Benoît XVI a levé de nombreuses restrictions sur l’utilisation de l’ancienne forme. Mais Roche affirme que l’enquête menée auprès des évêques du monde entier a montré que ce qui fut au départ une concession s’était transformé en une « promotion du retour à ce qui existait avant le Concile Vatican II ». Cela « ne pouvait pas être toléré parce que le Concile avait changé la façon dont nous allons de l’avant. C’est une question simple ». Il n’avait jamais été dans l’intention de Benoît XVI d’encourager ces divisions dans l’Église. Benoît XVI avait également espéré que ses concessions ramèneraient ceux qui « opéraient en dehors de l’enceinte de l’Église », mais, comme le souligne Roche, il n’y a pas beaucoup de preuves que cela se soit produit (il parle ici de la Fraternité Saint-Pie X établie par l’archevêque Marcel Lefebvre).

« Le Concile a changé la façon dont nous allons de l’avant » : voilà qui est clair, là encore : cela ne serait pas compatible avec la manière dont ont prié et célébré des générations de saints depuis bien avant saint Pie V !

L’évocation de l’entretien continue :

Il aime travailler pour François, qu’il décrit comme « une grande inspiration » et qui est pour lui « à la fois le Saint-Père et un frère évêque ». Il écarte l’idée que le prochain pape puisse conduire l’Église dans une direction différente. « Se dresser contre Pierre est un acte étonnant, plein d’orgueil démesuré », écrit Roche en réponse à une question que je lui ai envoyée par courriel. La croyance selon laquelle « les choses changeront sous un nouveau pontificat n’est pas seulement déplacée mais révèle une énorme ignorance du mandat donné à l’ensemble de l’Église par le Concile Vatican II ».

Mgr Roche affirme que son ministère met déjà en œuvre le style synodal de l’Église que François tente d’instaurer. En 2017, le pape a publié une décision, Magnum Principium, qui a donné aux évêques davantage d’autorité sur les traductions liturgiques, et Roche explique qu’il travaille avec eux de manière collégiale : « Nous avons changé la façon dont nous travaillons avec les évêques par rapport à l’époque où je suis arrivé dans la congrégation. »

Le meilleur pour la fin ? Si la messe traditionnelle n’est plus une option sérieuse aux yeux de Mgr Roche, qui se positionne en porte-parole du pape François, il y a des choix liturgiques qui ont toute sa sympathie. Comme l’explique Christopher Lamb :

Le bureau de Roche est également chargé de superviser les adaptations, ou usages, du rite romain pour les différents pays. Il suit l’appel de Vatican II en faveur des « variations et adaptations légitimes » au sein du même rite. Lors du synode de 2019 sur l’Amazonie, les évêques ont fait la demande d’adapter la liturgie pour inclure les traditions et les symboles de cette région, comme cela s’est fait avec l’usage zaïrois du rite romain, utilisé en Afrique subsaharienne. « Nous avons passé les 50 dernières années à traduire, la prochaine phase consistera à faire face à l’adaptation », explique Roche. Il la décrit comme une « question délicate ».

Délicate peut-être, mais acceptée et voulue dans son principe.


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22 janvier, 2022

Mgr Arthur Roche dénonce l’« individualisme » et le « relativisme » des fidèles de la messe traditionnelle

Mgr Arthur Roche, l’archevêque anglais nommé l’an dernier par le pape François à la tête de la Congrégation pour le Culte divin, vient d’ajouter un peu plus d’huile sur le feu des guerres liturgiques qu’il contribue à entretenir depuis son entrée en fonction. Dans un entretien accordé à Catholic News Service – l’agence de presse de la conférence des évêques des Etats-Unis – l’auteur des méchantes Responsa au sujet des questions posées par « des évêques » sur la mise en œuvre de Traditionis custodes accuse les fidèles de la liturgie traditionnelle de l’Eglise d’« individualisme » et de « relativisme ». C’est clair, il ne veut voir qu’une seule tête. Au passage, il accrédite l’idée selon laquelle la lex credendi de l’Eglise catholique a bel et bien été modifiée par la liturgie « post-conciliaire » ; s’il n’y avait pas de différence à cet égard entre la messe « de saint Pie V » et le Novus ordo, pourquoi faire un tel foin ?

En outre, il ose prétendre que la majorité des évêques soutiennent pleinement Traditionis custodes – ce qui est démenti ne serait-ce que par le fait qu’un grand nombre d’entre eux ne l’ont pas pleinement mis en œuvre à ce jour dans toute sa brutalité. A ce sujet je vous invite d’ailleurs à lire, ou à relire, « La face cachée de l’histoire de Traditionis custodes », où Diane Montagna relève quelques-unes des manipulations qui ont servi à démanteler l’œuvre du pape Benoît XVI en faveur du rétablissement du droit de cité de la messe traditionnelle.

Catholic News Service n’a pas publié une retranscription complète de son interview avec Mgr Roche, se contentant de rapporter certain de ses propos. Comme celui-ci, à propos des « passions » qui seraient à l’œuvre dans la tourmente actuelle :

« L’Eucharistie est au cœur de ce que nous sommes en tant que catholiques ; c'est la chose à laquelle nous apportons tout ce qui est en nous et dans laquelle nous puisons tout ce qui nous soutient et nous aide à rendre témoignage au Christ dans le monde dans lequel nous vivons », a-t-il déclaré le 21 janvier lors d'une interview dans son bureau, selon CNS.

La messe reflète également ce que l'Église est et croit, a-t-il ajouté, de sorte que le rite utilisé ne se réduit pas à une question de préférence ou de sensibilité personnelle, rapporte CNS en style indirect.

Et voici donc ses accusations à l’égard de ceux qui préfèrent le rite traditionnel, présentés en quelque sorte comme refusant de faire partie du Corps du Christ :

« Je pense que l'un des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui est que nous vivons dans un monde très individualiste, un monde très relativiste, où la préférence individuelle se place au-dessus du bien commun et de l’expression commune. Je pense que c’est une chose très dangereuse, et c’est une chose qu’en tant que chrétiens, nous devons vraiment prendre très au sérieux. »

Un peu comme les récalcitrants face au vaccin COVID, voilà les fidèles du rite traditionnel accusés de ne pas jouer le jeu communautaire, ce qui justifie évidemment aux yeux de Roche de les considérer comme des catholiques de seconde zone. Ils sont dangereux. Contaminants, peut-être ? Contagieux ?

Quoi qu’il en soit, l’affirmation ne manque pas de sel, puisque justement dans le rite traditionnel le prêtre s’efface devant le Christ et son sacrifice, tandis que dans le nouveau rite, il est beaucoup plus visible, imprimant sa marque individuelle sur la liturgie, y compris à l’occasion au moyen d’une insupportable « créativité »…

Mgr Roche a fait référence au cours de sa conversation avec CNS aux Actes des Apôtres (2:42), qui décrivent ce que signifie pour les chrétiens l’appartenance à l’Eglise : « Ils persévéraient dans la doctrine des Apôtres, dans la communion de la fraction du pain, et dans les prières. »

Il a souligné que ces quatre éléments impliquent de reconnaître l'autorité dont jouissent les évêques en communion avec le pape pour gouverner l’Eglise, de construire l’unité au sein de l’Eglise, de célébrer l’Eucharistie ensemble et de prier les uns à côté des autres. Ces quatre éléments vont ensemble, a-t-il dit, assurant qu’ils contredisent « ce qui est relativiste, ce qui est individualiste au sein de nos communautés aujourd'hui ».

Voilà donc la volonté de prier comme l’Eglise l’a fait depuis des siècles taxée d’individualisme, alors que les changements majeurs apportés par l’aggiornamento liturgique avec ses célébrations diverses et même disparates d’un pays à l’autre, voire d’un prêtre à l’autre seraient marqués du sceau du respect de la tradition apostolique.

Sans doute Mgr Roche a-t-il raison de dire, de manière finalement très traditionnelle – à ceci près qu’il évoque une messe profondément remaniée, soigneusement modifiée en un temps record par la volonté de quelques-uns dont les nouveautés, à ses yeux, doivent s’imposer sans partage au point de gommer la messe latine d’antan :

« Ce n’est pas la messe du pape, ce n’est pas ma messe, ce n’est pas votre messe. C’est la messe de l’Eglise. C’est la manière dont l’Eglise a décidé que nous nous exprimons en tant que communauté dans le cadre du culte, et la manière dont nous nous imprégnons des livres de la liturgie de la doctrine de l’Eglise. »

CNS affirme que selon Roche, les différences entre les messes avant et après Vatican II ne se limitent pas à l'utilisation du latin, du chant, du silence et de la direction vers laquelle le prêtre est tourné. Je cite encore CNS : « La promotion de la liturgie d’avant Vatican II comme étant en quelque sorte plus sainte ou plus priante que la liturgie actuelle “n’est pas fondamentalement un problème liturgique, c’est un problème ecclésial”, a déclaré l'archevêque. La messe actuelle, avec une sélection plus riche de prières et de lectures de l'Écriture, reflète et renforce la compréhension que l'Église a d’elle-même en tant que peuple de Dieu. »

Cette compréhension, ne l’avait-elle pas avant le concile Vatican II ? Tel semble bien être l’avis de Mgr Roche, qui a encore déclaré :

« Ce qui nous a été donné par le concile, qui a classé et concrétisé l’enseignement de l’Église sur elle-même et sa compréhension du rôle des baptisés et de l’importance de l'Eucharistie et de la vie sacramentelle de l’Église, n’est pas sans importance pour l’avenir de l’Église. »

Selon CNS, il a également déclaré que les évêques réunis lors du Concile Vatican II, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ont dit : « C’est la direction dans laquelle nous avançons. » L'important dans l'Eglise étant sans doute « d’avancer », pour entrer dans les fameux « processus » du pape François… « Traditionis Custodes est vraiment un appel à prendre très, très au sérieux l’unité de l'Église, notre être ensemble pour la célébration de la fraction du pain et la prière », a insisté Mgr Roche.

Avec le nouvel Ordo, a-t-on vraiment atteint ine conscience plus profonde de l’Eucharistie et de la vie sacramentelle ? Bien sûr ! Les églises sont pleines, la pratique religieuse est au sommet, les confessionnaux ne se sont pas vidés, les jeunes se marient avant de vivre ensemble, les familles ont le souci de baptiser leurs tout-petits, les jeunes connaissent la doctrine de leur foi, les vocations sacerdotales fleurissent, et le pape François n’a pas bruyamment désapprouvé les prêtres qui avaient osé organiser l’accès aux sacrements pendant les confinements COVID !

Quant à la fracture, à la division que met en place Traditionis custodes là où Summorum pontificum œuvrait à la paix à l’intérieure de l’Eglise, Mgr Roche la nie, accusant les seuls fidèles de la messe qui a sanctifié tant de générations de rupture et de désunion.

Balayant « beaucoup de fanfaronnades sur les blogs », Mgr Roche s’est dit convaincu que la majorité des évêques de rite latin et la majorité des catholiques de rite latin dans le monde comprennent l’importance de prier et de célébrer l’Eucharistie avec la même messe. Il affirme même selon CNS que grâce à ses contacts réguliers avec les évêques et les conférences épiscopales, il sait que la plupart des évêques ont « accueilli à bras ouverts le rappel du pape au concile et à l’unité de l'Église et qu’ils sont très favorables à ce que dit le Saint-Père ».

« Évidemment, les gens ont des préférences, a déclaré l'archevêque. Mais les catholiques doivent examiner plus profondément ce qu'ils expriment lorsqu'ils manifestent ces préférences. “Lorsque les gens disent : ‘Eh bien, je vais à la messe du Père Untel’, eh bien le Père Untel n’est que l’agent. C’est le Christ qui est actif dans la messe, c’est le prêtre qui agit in persona Christi – la personne du Christ, le chef de l’Eglise » a-t-il dit.

Mais s’il croit cela est vrai, pourquoi justifier de l’avoir mis tellement au second plan derrière le célébrant ? Pourquoi applaudir parce qu’on a largement gommé la sacralité de la messe et son caractère sacrificiel ? 

Cela semble décidément un système : déployer habilement, en les dénaturant, les arguments de ceux qui veulent simplement sauvegarder le trésor de la liturgie traditionnelle qui plaît à Dieu, et qui les nourrit spirituellement comme elle a nourri d’innombrables générations de chrétiens. Ainsi Mgr Roche déclare :

« Lorsque nous allons à la messe, même si la musique n’est pas celle que nous choisirions personnellement – et encore une fois, c’est l’individualisme qui entre ici en jeu – nous devons nous rendre compte du fait que nous nous tenons aux côtés du Christ sur sa croix, qui redonne tout au Père à travers cette Eucharistie. »

J’aimerais savoir comment on peut dire de telles choses sans rire en pensant aux « messes guitare », aux « messes chansonnettes », au « messes des jeunes » et aux « messes des vieux » (pardon, ce n’est pas gentil de désigner ainsi les messes du dimanche dans les campagnes déchristianisées où l’on ne voit que quelques têtes blanches)…

Mais Roche s’obstine :

« La messe rend présent tout ce que le Christ a fait pour notre salut ; pas simplement pour, vous savez, le salut de Jim ou de Mary, mais pour notre salut. Nous sommes l’Église. Nous ne sommes pas des individus. Nous appartenons à un corps qui se définit par les enseignements du Christ que nous avons reçus dans la fidélité, et que nous devrions, dans la fidélité, également mettre en œuvre afin de créer cette unité et de créer cette harmonie. »

C’est donc ça. Le salut collectif. Le collectivisme de la Rédemption. C’est en tout cas au nom de cette fusion dans la masse que l’actuel préfet de la Congrégation pour le culte divin désigne les fidèles de la messe traditionnelle par laquelle ils espèrent que leur âme personnelle sera sauvée comme des infidèles.


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24 décembre, 2021

Mgr Roche répond à Edward Pentin sur les restrictions en matière de liturgie traditionnelle : un modèle d’idéologie

Je vous propose ci-dessous ma traduction intégrale de l’interview accordée par Mgr Arthur Roche, archevêque et préfet de la Congrégation pour le culte divin (de la graine de cardinal !), publiée hier par le
National Catholic Register. Ses réponses sont un modèle de méchanceté et d’idéologie dont il faudrait décortiquer à la fois le fond et la forme. Il ne laisse planer aucun doute : de la liturgie romaine traditionnelle, il ne doit rester aujourd’hui – sauf très rares exceptions, confirmation non comprise, dans les paroisses personnelles – que la messe, et encore marginalisée, interdite d’apostolat et de rayonnement au prétexte qu’on aurait profité de la situation pour en faire la « promotion ». L’objectif est bien qu’elle disparaisse avec ses derniers « adhérents » actuels.

Se pose-t-on des questions canoniques quant à la légalité et à l’autorité des Responsa ? Elles sont balayées par quelques mots lapidaires ; on ne saurait contester la Congrégation pour le culte divin.

Si l’on peut (ou devrait pouvoir) suivre Roche lorsqu’il proclame : « La liturgie n’est jamais une simple question de goûts ou de préférences personnelles », il faut noter que la liturgie réformée sous Paul VI est en pratique, bien souvent, un fatras de choix personnels et d’animations supposées créatives, de parenthèses pénibles où le célébrant se met en scène et de changements pour le changement, depuis sa conception jusqu’à sa mise en œuvre.

Roche ne répond pas à la question que lui pose Pentin sur la manière trompeuse dont a été présenté au pape le rapport d’enquête auprès des évêques sur Summorum pontificum. Il glisse…

Pour ce qui est de la citation de Benoît XVI, je la reproduis dans son contexte à la suite de la traduction.

Voici donc ma traduction de l’interview de Mgr Roche par Edward Pentin (en anglais ici). – J.S.

*


Excellence, les Responsa s’appliquent-elles aux ex-instituts Ecclesia Dei, en particulier en ce qui concerne les ordinations dans la forme traditionnelle du rite romain, ou ces ordinations vont-elles pouvoir se poursuivre dans ces instituts, dans la mesure où elles ne sont pas spécifiquement mentionnées dans les Responsa ?

Permettez-moi tout d’abord, en guise d’introduction à quelques-unes de vos questions, de préciser un point important. Le droit universel relatif à la liturgie antérieure aux réformes du Concile Vatican II est désormais établi par le Motu proprio Traditionis custodes du 16 juillet 2021, qui remplace toute législation antérieure.

Les Responsa ad dubia du 4 décembre 2021, publiées par la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements, constituent une interprétation qui fait autorité de la manière dont cette loi doit être appliquée. La Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique est compétente pour les instituts particuliers que vous mentionnez. Cette Congrégation n’a pas fait de déclaration au sujet de ces instituts. Cependant, le principe est maintenant établi selon lequel les ordinations dans l’Église latine sont conférées selon le rite approuvé par la Constitution apostolique de 1968 [Promulgation des nouveaux rites d’ordination par le pape saint Paul VI].

Le deuxième Responsum affirme que l’évêque diocésain n’est pas autorisé à accorder la permission d’utiliser le Pontificale Romanum. Cela signifie-t-il que les évêques ne peuvent pas utiliser le Pontificale Romanum, ou qu’ils ne peuvent pas donner la permission de l’utiliser ? Dans ce dernier cas, à qui ne sont-ils pas autorisés à en permettre l’usage ?

Le Pontificale Romanum de cette liturgie antécédente n’est plus en usage. Toutefois, une concession a été faite pour l’utilisation du Rituale Romanum dans les paroisses personnelles, mais elle exclut le sacrement de la Confirmation, qui a été remplacé par Constitution Apostolique en 1971.

Des canonistes ont qualifié les Responsa d’illicites, car elles ne respectent pas divers canons [à savoir le Canon 18 : « Les lois qui établissent une peine ou qui restreignent le libre exercice des droits ou qui comportent une exception à la loi sont d’interprétation stricte », et le Canon 87 : « Chaque fois qu’il le jugera profitable à leur bien spirituel, l’Évêque diocésain a le pouvoir de dispenser les fidèles des lois disciplinaires tant universelles que particulières portées par l’autorité suprême de l’Église pour son territoire ou ses sujets, mais non des lois pénales ou de procédure, ni de celles dont la dispense est spécialement réservée au Siège Apostolique ou à une autre autorité »], ni l’intégrité du rite traditionnel ; ils avancent aussi d’autres raisons juridiques. Ils affirment donc que le document n’a aucune force et peut être ignoré. Quelle est votre réponse à cela ?

Les réponses aux divers dubia sont évidemment légitimes et pleinement conformes au droit canonique dans leur élaboration par cette Congrégation, dont l’autorité en la matière est incontestée.

Les Responsa interdisent d’annoncer la messe traditionnelle parmi les horaires paroissiaux, tout en affirmant que cela ne constitue pas une marginalisation des catholiques traditionnels. Pourquoi une telle mesure a-t-elle été prise si les catholiques traditionnels font partie des fidèles et que cette initiative vise l’unité ? Cette mise en valeur de la différence ne fait-elle pas qu’accentuer les divisions, même au niveau local ?

Il est clair dans Traditionis custodes que la célébration de la messe selon le Missale Romanum de 1962 est une concession et qu’elle ne constitue donc pas la manière normale de procurer la liturgie de l’Église telle que prévue par le Concile Vatican II. 

Les rites approuvés par les saints papes Paul VI et Jean-Paul II sont l’expression unique de la liturgie de l’Église. Comme vous l’avez vous-même noté dans l’une de vos déclarations, la plupart des adhérents au Missel de 1962 n’ont aucun problème avec la liturgie réformée ou le Concile Vatican II, mais préfèrent celle de 1962, raison pour laquelle la célébration de la Messe selon ce Missel leur est accessible.

Toutefois, permettez-moi de clarifier un point important. La liturgie n’est jamais une simple question de goûts ou de préférences personnelles. C’est la lex orandi de l’Église, qui, dans la fidélité à la tradition reçue des temps apostoliques, est déterminée par l’Église et non par ses membres individuels. Le Missel romain des saints papes Paul VI et Jean-Paul II est le témoin d’une foi inaltérée et d’une tradition vivante et ininterrompue.

De nombreux catholiques traditionnels affirment avoir été injustement discriminés par Traditionis custodes et les Responsa ad dubia, et avoir été tenus à l’écart des consultations. Ils affirment que ces nouvelles règles leur ont été injustement imposées sur la foi d’une enquête menée en 2020 par la CDF auprès des évêques. Cependant, selon des informations bien documentées, et contrairement à la note explicative du Saint-Père sur Traditionis custodes, l’enquête a montré que la plupart des évêques souhaitaient procéder à une application prudente et attentive de Summorum pontificum. La CDF a ensuite transmis ces résultats au Saint-Père dans un rapport détaillé. La Congrégation pour le culte divin tiendra-t-elle donc compte de tous ces facteurs et préoccupations dans un esprit de synodalité et y répondra-t-elle, comme elle le ferait si tout cela faisait partie de l’actuel processus synodal universel ? La congrégation travaillera-t-elle également à partir des résultats réels de l’enquête plutôt qu’en s’appuyant sur une interprétation erronée de ceux-ci, comme l’affirment ces informations ?

La promotion de la liturgie antécédente a été restreinte mais cela ne caractérise pas une discrimination. Ni Ecclesia Dei de saint Jean-Paul II ni Summorum pontificum du pape Benoît XVI n’avaient prévu la promotion de ces liturgies qui, étant survenue par la suite, est devenue- problématique par rapport à ce que le Concile, qui est la plus haute forme de législation au sein de l’Église catholique, avait décrété.

Vous vous souviendrez de ce que le pape Benoît XVI a déclaré à la presse lors de son voyage en France en 2008 : « Ce Motu proprio (il parlait de Summorum pontificum qui venait d’être publié) est simplement un acte de tolérance, dans un but pastoral pour des personnes qui ont été formées dans cette liturgie, l’aiment, la connaissent, et veulent vivre avec cette liturgie. C’est un petit groupe parce que cela suppose une formation en latin, une formation dans une certaine culture. » Malheureusement, beaucoup ont profité de l’occasion pour prendre une direction inverse.

Quant à votre remarque sur la consultation, le Saint-Père a écouté très attentivement les évêques et, plus récemment, la Congrégation a répondu aux questions soulevées par eux et par d’autres. 

Ce dont il importe de prendre conscience maintenant, c’est que le Saint-Père a parlé ; les possibilités liturgiques sont en place ; le défi est de s’y atteler sans lécher ses plaies alors que personne n’a été blessé. Quant à votre remarque sur la synodalité, le mot signifie « marcher ensemble », ce qui est l’objectif précis du Motu proprio en ce qu’il exprime la direction dans laquelle l’Église doit marcher dans sa prière.

De nombreux fidèles traditionnels n’ont aucun problème avec la liturgie réformée ou Vatican II mais préfèrent la forme traditionnelle. Pourquoi, dès lors, la forme traditionnelle du rite romain ne peut-elle pas être acceptée comme le sont d’autres formes traditionnelles différentes du rite romain, telles que les rites ambrosien, gallican, dominicain ou celui de l’ordinariat anglican ? 

Avec tout le respect que je vous dois, votre manière de présenter les rites n’est pas tout à fait exacte. Il n’y a qu’un seul rite romain, tout comme il n’y a qu’un seul rite ambrosien et un seul rite mozarabe. Le rite gallican a disparu il y a plusieurs siècles, bien que plusieurs de ses prières aient été incorporées dans divers livres liturgiques actuels. Les autres ne sont pas des rites mais des usages – des adaptations ou des inculturations du Rite Romain, qui ont reçu l’approbation du Siège Apostolique pour des raisons spécifiques.
 
Propos recueillis par Edward Pentin

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Que dites-vous à ceux qui, en France, craignent que le Motu proprio ‘Summorum Pontificum’ marque un retour en arrière sur les grandes intuitions du Concile Vatican II ?

Réponse de Benoît XVI : C’est une peur infondée parce que ce Motu proprio est simplement un acte de tolérance, dans un but pastoral pour des personnes qui ont été formées dans cette liturgie, l’aiment, la connaissent, et veulent vivre avec cette liturgie. C’est un petit groupe parce que cela suppose une formation en latin, une formation dans une certaine culture. Mais il me semble que c’est exigence normale de la foi et de pastorale pour un évêque de notre Église d’avoir de l’amour et de la tolérance pour ces personnes et de leur permettre de vivre avec cette liturgie. Il n’y a aucune opposition entre la liturgie renouvelée par le Concile Vatican II et cette liturgie. Chaque jour, les pères conciliaires ont célébré la messe selon l’ancien rite et, en même temps, ils ont conçu un développement naturel pour la liturgie dans tout ce siècle car la liturgie est une réalité vivante qui se développe et conserve dans son développement son identité. Il y a donc certainement des accents différents, mais quand même une identité fondamentale qui exclue une contradiction, une opposition entre la liturgie renouvelée et la liturgie précédente. Je pense quand même qu’il y a une possibilité d’un enrichissement des deux parties. D’un côté les amis de l’ancienne liturgie peuvent et doivent connaître les nouveaux saints, les nouvelles préfaces de la liturgie, etc… d’autre part, la liturgie nouvelle souligne plus la participation commune mais, toujours, n’est pas seulement l’assemblée d’une seule communauté mais un acte de l’Église universelle, en communion avec tous les croyants de tous les temps, et un acte d’adoration. Dans ce sens, il me semble qu’il y a un enrichissement réciproque et il est clair que la liturgie renouvelée est la liturgie ordinaire de notre temps.

Une réponse entièrement sereine et positive, qui fait voir même la complémentarité et la possibilité d’un enrichissement réciproque des deux formes de la liturgie latine.


© leblogdejeannesmits pour la traductions.

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