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26 novembre, 2014

Large majorité à l'Assemblée pour l'avortement, « droit fondamental »

Le 40e anniversaire du grand discours de Simone Veil pour la légalisation de l'avortement a été « fêté » par l'Assemblée nationale qui a adopté une résolution visant à faire de l'avortement un « droit fondamental » à l'avortement, à la demande du député socialiste Catherine Coutelle.

Il faudra revenir sur ce changement qui marque un bouleversement définitif dans la législation française, en qualifiant de droit absolu le choix de mettre à mort un enfant à naître.

Sur les 151 élus présents – sur 577 – seuls 7 ont voté contre :

• Jacques Bompard (on peut lire son intervention splendide sur le Salon beige
• Jean-Frédéric Poisson
• Jean-Christophe Fromantin
• Nicolas Dhuicq
• Xavier Breton
• Yannick Moreau
• Olivier Marleix

Gilbert Collard, élu Rassemblement Bleu Marine, s'est abstenu.
Marion Maréchal-Le Pen n'était pas là.

On nous expliquera peut-être que cela ne servait à rien de se déplacer, ou de voter contre. Mais alors à quoi sert d'être élu à l'assemblée ?

Voici le texte complet de la résolution, avec les points adoptés en gras.

Article unique
L’Assemblée nationale,

Vu l’article 34-1 de la Constitution,

Vu l’article 136 du Règlement,

Vu la loi n° 75-17 du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse, dite « loi Veil »,

Vu la loi n°79–1204 du 31 décembre 1979, dite « loi Pelletier », reconduisant définitivement la loi Veil du 17 janvier 1975,

Vu la convention sur l’élimination des discriminations à l’encontre des femmes (CEDAW), adoptée en assemblée générale des Nations Unies en 1979 et ratifiée en 1983 par la France, et spécifiquement son article 12 qui stipule que « les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans le domaine des soins de santé en vue de leur assurer, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, les moyens d’accéder aux services médicaux, y compris ceux qui concernent la planification de la famille »,

Vu la loi n° 82-1172 du 31 décembre 1982, dite « loi Roudy », qui autorise le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse et instaure la prise en charge par l’État,

Vu la loi n° 93-121 du 27 janvier 1993 portant diverses mesures d’ordre social, dite « loi Neiertz », créant le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse,

Vu le programme d’action de la conférence internationale du Caire sur la population et le développement (CIPD) de septembre 1994, qui rappelle que les moyens de maîtriser la fécondité des femmes sont des éléments capitaux des programmes relatifs à la population et au développement,

Vu le programme d’action de Pékin, adopté en septembre 1995 lors de la quatrième conférence mondiale sur les femmes, qui rappelle « la liberté et la possibilité de décider si et quand on veut avoir des enfants. Cela implique qu’hommes et femmes ont le droit d’être informés sur les méthodes sûres, efficaces, abordables et acceptables de planification familiale » (alinéa 94 du programme d’action),

Vu la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, qui modernise la loi n° 75-17 du 17 janvier 1975 susvisée,

Vu la résolution 1607 adoptée par le Conseil de l’Europe en avril 2008 promouvant un accès à un avortement sans risque et légal en Europe,

Vu la loi n° 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui supprime la notion de détresse et élargit le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse,

1. Réaffirme l’importance du droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse pour toutes les femmes, en France, en Europe et dans le monde ;

2. Rappelle que le droit universel des femmes à disposer librement de leur corps est une condition indispensable pour la construction de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et d’une société de progrès ;

3. Affirme le rôle majeur de la prévention et de l’éducation à la sexualité, en direction des jeunes ;

4. Affirme la nécessité de garantir l’accès des femmes à une information de qualité, à une contraception adaptée et à l’avortement sûr et légal ;

5. Souhaite que la France poursuive son engagement, au niveau européen comme international, en faveur d’un accès universel à la planification familiale.

Délibéré en séance publique, à Paris, le 26 novembre 2014.
Le Président,
Signé : 
Claude BARTOLONE

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23 janvier, 2014

Marine Le Pen ne soutiendrait pas en France une réforme de l'IVG à l'espagnole

Marine Le Pen a déclaré hier à des journalistes espagnols qu'elle ne soutiendrait pas, en France, une loi
sur l'avortement similaire à celle que prépare actuellement le gouvernement de Mariano Rajoy.

Ces journalistes l'ont interrogée sur ce point, mercredi, à la fin de sa conférence de presse sur la politique internationale.

« L'Espagne doit pouvoir choisir ses propres lois. Mais je peux vous dire que je ne soutiendrais pas une telle loi en France », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté qu'elle n'a pas l'intention de « limiter l'accès à l'avortement en France tel qu'il existe actuellement », tout en ajoutant qu'il faut en France mettre en œuvre des aides pour accompagner les femmes qui veulent garder leur enfant.

Commentaire d'Infocatolica, d'où je tire cette information :

« De ses paroles, on déduit qu'elle est d'avis que les femmes qui ne veulent pas garder leur enfant peuvent le tuer impunément avant sa naissance. »

Rappelons que l'avant-projet de loi espagnol maintient la possibilité d'avorter dans des conditions définies par la loi, à savoir dès lors que la femme court un danger pour sa santé physique ou mentale, attestée par deux médecins indépendants, à poursuivre sa grossesse. Un projet qui est très loin de satisfaire les défenseurs de la vie, même s'ils sont heureux de la portée symbolique importante de la fin du « droit » à l'avortement instauré sous Zapatero. Des vies pourront être sauvées… encore qu'en Grande-Bretagne, le critère du danger pour la santé mentale autorise aujourd'hui quelque 200.000 avortements par an.

Je précise également que les paroles de Marine Le Pen rapportées plus haut ne sont pas verbatim, puisque je les ai traduits depuis l'espagnol, alors qu'elle les a vraisemblablement prononcées en français.

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22 janvier, 2014

Avortement : les interventions de Marion Maréchal-Le Pen et de Jacques Bompard

L'Assemblée nationale a adopté mardi soir l'amendement Lemaire, article 5 quinquies C de la loi sur l'Egalité Femmes-Hommes visant à supprimer la notion de « détresse » de la femme pour justifier le recours à l'« interruption volontaire de grossesse ». Plusieurs amendements d'opposition ont été défendus, notamment celui d'une quinzaine de députés UMP demandant le déremboursement de l'avortement : seuls sept élus ont votés pour, en définitive, soit :

Nicolas Dhuicq (UMP), Philippe Gosselin, Marc Le Fur (UMP) Yannick Moreau (UMP) Jean-Frédéric Poisson (UMP), Claudine Schmid (UMP) et Jacques Bompard (NI).

Ni Marion Maréchal-Le Pen, ni Gilbert Collard ne l'ont voté.

Je vous propose aussi la mise en regard des interventions de Marion Maréchal-Le Pen et de Jacques Bompard demandant la suppression de l'amendement article 5 quinquies C.

Mme Marion Maréchal-Le Pen. Rassurez-vous, pas besoin de grande envolée lyrique puisqu’il n’est absolument pas question de remettre en cause la légalité de l’avortement ni de défendre le projet de loi actuellement défendu en Espagne, comme on l’a entendu : il s’agit simplement de conserver un certain nombre de garde-fous autour d’un acte dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est lourd de conséquences psychologiques et parfois physiques. Je voudrais d’abord relever un paradoxe dans l’intention première qui est la vôtre et dans la définition de cet article. Vous l’avez encore répété ce soir, vous niez dans le débat public – et c’est votre droit – l’existence de formes d’IVG que certains médecins appellent de confort. Je trouve que cet article prouve l’inverse, puisque vous mettez en exergue des situations où les femmes recourent à l’IVG en l’absence totale de détresse psychologique et matérielle. Cela relève donc d’un choix de vie que l’on peut, de fait, qualifier de confort. Je tenais à relever ce paradoxe qui m’apparaît flagrant.
Je défends la suppression de cet article parce que j’estime que l’accès illimité à un acte intégralement pris en charge par la communauté nationale nécessite un certain nombre de garde-fous de responsabilité. Or, je crois que, contrairement à ce que vous dites, ce n’est pas simplement prendre acte d’un état de fait, mais que la suppression de la notion de détresse va forcément entraîner un certain nombre de conséquences dans la période précédant l’avortement, comme la suppression du recours à un psychologue… 
Mme Catherine Quéré. Mais qui a dit cela ? 
Mme Marion Maréchal-Le Pen. …ou d’un certain nombre d’étapes de conseil et la modification du délai de réflexion, puisque seul le choix sera décisif. Pour toutes ces raisons et pour défendre, quoi qu’on en dise, la vie, puisqu’il s’agit quand même de l’existence ou non d’un être humain, qu’on le veuille ou non, je crois qu’il faut conserver ces garde-fous qui sont aussi moraux. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC, GDR et écologiste.)
L'intervention de Jacques Bompard, soutenant l'amendement 192 s'est située sur un autre plan :
M. Jacques Bompard. Monsieur le président, je voulais prendre la parole tout à l’heure dans le débat, mais je ne l’ai pas eue : je vais donc résumer ce que je voulais dire. La liberté, nous en avons beaucoup entendu parler ce soir, mais la liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.) La liberté que vous évoquez, c’est la liberté pour la mère de tuer son enfant ! (Protestations sur les bancs des groupes SRC, GDR et écologiste.) 
M. Michel Ménard. M. Bompard fait dans la nuance ! 
M. Jacques Bompard. Dans ce contexte-là, où est la liberté de l’enfant ? L’avortement est la pire des solutions, puisqu’il s’agit de supprimer une vie. La science le dit de manière indéniable : un fœtus n’est pas qu’un amas de cellules, c’est un être vivant. Faciliter encore l’accès à cet acte mortifère revient à le banaliser encore plus. Or, banalisé, l’avortement l’est déjà bien assez, puisque plus de 200 000 enfants en sont victimes en France chaque année – 220 000 exactement. Notre rôle en tant que parlementaires devrait être la défense à tout prix de la vie des plus faibles et de ceux qui ne peuvent pas encore s’exprimer. Nous devons mettre toutes les conditions en œuvre pour permettre l’arrivée de la vie. Or vous continuez à faire tout le contraire. Le nombre dramatique d’avortements pratiqués chaque année prouve bien que les garde-fous intelligemment prévus par la loi ne sont plus respectés et, parce qu’ils ne sont plus respectés, vous voulez les éliminer pour qu’il n’y en ait plus de traces. Ce que vous voulez, c’est mettre en place l’irresponsabilité généralisée. C’est le but de toutes vos lois mortifères qui tendent à détruire la civilisation. En supprimant cette notion de détresse, vous allez faire sauter la dernière barrière protégeant la vie de cet enfant. Sur une simple décision – vous le demandez, vous le revendiquez ! –, la femme pourra avorter comme elle prend un cachet d’aspirine ! 
(Protestations sur les bancs des groupes SRC, GDR et écologiste.) C’est ce que vous voulez ! Je vous ai écoutés ! Je suis terrorisé par vos propos ! (Mêmes mouvements.) 
Mme Pascale Crozon. Nous aussi, nous sommes terrorisés ! 
M. Jacques Bompard. C’est scandaleux ! C’est dramatique ! Au nom d’un prétendu principe d’égalité, le projet de loi exclut, en plus, le père de toute prise de décision. Or le père est aussi responsable de l’enfant, mais cela vous embête manifestement beaucoup puisque vous le niez complètement.
Soutenant un autre amendement visant à supprimer l'article 5 de la loi, il est intervenu une deuxième fois :
M. Jacques Bompard. Monsieur le président, madame la ou le ministre – « la ou le » pour concilier le respect de la langue française et l’envie de faire plaisir –, l’avortement est une blessure psychique et physique au cœur de la cité ; 220 000 enfants sont supprimés chaque année. (Vives exclamations sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP.) Vous avez raison de vous exclamer, je me trompe : ce sont 225 000 enfants, et non 220 000, qui sont supprimés chaque année, rompant avec l’ordre naturel de la cité, qui veut que l’enfant soit un don et non un risque pour le devenir économique de la femme. La loi Veil, dont l’auteure a dit récemment qu’elle regrettait de l’avoir présentée, n’a jamais cessé d’être aggravée par des réformes retirant, par exemple, l’assistance parentale aux jeunes filles enceintes. Chaque fois que nous montrons la réalité des fœtus déchiquetés… (Exclamations sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP.)

Mme Émilienne Poumirol. Ça suffit ! 
Mme Danièle Hoffman-Rispal. Quelle honte ! 
M. Jacques Bompard. C’est la réalité !
Chaque fois que nous montrons la réalité des souffrances et des regrets des femmes avortées, vous hurlez et réprimez l’expression de notre refus de voir la femme asservie au diktat de la société marchande. 
D’ailleurs, vous continuez sur cette voie en vous attaquant aux sites internet disant la vérité sur les conséquences et le sens de la suppression d’un enfant à naître et en durcissant un délit d’entrave qui fait honte à notre démocratie, puisque c’est une interdiction de montrer la réalité. 
Mme Carole Delga. C’est honteux d’oser dire cela dans l’hémicycle ! 
M. Jacques Bompard. Pire, en supprimant le terme de « détresse », vous transformez fondamentalement le rapport de la société à ses enfants. Ainsi, vous niez la souffrance des femmes, qui honnissent leur potentielle maternité au point d’attenter à la vie, mais également la perte pour la société des richesses qu’auraient apportées tous ces embryons, balayés par une société qui se défait elle-même, au point de ne pas respecter les plus faibles dans leur dignité et leur droit à la vie.


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27 décembre, 2013

Après les déclarations du directeur stratégique du FN sur l'avortement, un « droit »…

Non, M. Philippot, défendre la vie n’est pas dépassé

Florian Philippot (à gauche) avec Marine Le Pen
Alors que le gouvernement espagnol vient d’adopter un avant-projet de loi visant à repénaliser
l’avortement et à en finir avec sa reconnaissance comme « droit » par la loi, on ne compte plus à travers le monde occidental les dénonciations médiatiques et politiques de ce « retour en arrière »… vers un peu plus de respect pour la vie. Dénoncer l’avortement, ou même restreindre les cas où il est légal, est aujourd’hui dans l’Union européenne synonyme d’extrémisme, de refus de la démocratie et de la laïcité. A telle enseigne que même le vice-président du Front national, Florian Philippot, s’est bruyamment désolidarisé de toute approbation de la mesure espagnole. Et cela pose des questions politiques fondamentales.

Lundi matin, le président d’honneur du Front national a salué l’initiative du gouvernement de Mariano Rajoy d’abroger la loi de l’ère Zapatero faisant de l’avortement un droit des femmes jusqu’à 14 semaines de grossesse et le rendant possible sous conditions jusqu’à 22 semaines. L’avant-projet rétablit des conditions de danger pour la santé physique ou psychique de la mère, à vérifier par des médecins indépendants des cliniques d’avortement, ou de viol dénoncé dans les formes, élimine l’avortement pour malformation fœtale et institue une obligation d’information des mères relative aux risques liés à la procédure mais aussi aux aides qui peuvent leur être apportées. Le projet y ajoute une période de réflexion de sept jours avant que l’avortement puisse être exécuté.

« Le projet de loi espagnol sur l’avortement prouve que l’on peut agir en la matière avec mesure, intelligence et souci du respect de la vie », tweetait Jean-Marie Le Pen.

On pouvait s’interroger sur l’emploi du mot « mesure » : quelle est donc cette « mesure » qui permet malgré tout l’élimination des enfants à naître jusqu’à la 22e semaine, fût-ce sous conditions et avec l’espoir de voir reculer, un peu ou beaucoup, le massacre des innocents ? On sait qu’en Grande-Bretagne, où l’avortement n’est pas permis pour des raisons sociales et seulement en cas de danger pour la santé mentale de la mère, 200 000 avortements ont lieu chaque année (depuis 1967, en Angleterre et au Pays de Galles, seules 143 interventions ont eu pour motif le danger pour la vie de la mère).

Mais le tweet de Le Pen, tout prudent qu’il était, avait du panache et sonnait comme un refus du politiquement correct. Et tout prudent qu’il était, il a été désavoué.

Mardi, veille de Noël, Florian Philippot a renvoyé le président d’honneur du FN dans ses buts d’un sec : « Oui, c’est son opinion. » Pour poursuivre aussitôt : « Mais je rappelle que la position du Front national n’est pas une restriction, il n’y a aucune restriction du droit à l’avortement dans le projet du Front national, aucune. »

N’y a-t-il donc pas au moins débat au sein de ce parti ? « Non, il n’y a pas de débat, nous considérons que ce n’est pas une préoccupation du tout des Français, que leurs préoccupations, ce sont le chômage, le pouvoir d’achat, la sécurité, les questions de réindustrialisation, l’Union européenne qui est aujourd’hui une vraie dictature parce qu’elle empêche les démocraties nationales, ça, ce sont les vrais sujets. Mais voilà, on discute du sexe des anges, c’est une vieille technique gouvernementale, mais je crois que les peuples ne sont plus dupes », a déclaré le vice-président du Front national sur RTL.

A l’heure d’écrire, il n’y a eu aucune mise au point de la part des autres instances dirigeantes du parti, pour plusieurs raisons. Philippot est chargé de la stratégie et de la communication du FN, c’est donc lui qui donne la ligne et qui l’exprime. Par ailleurs, même si Marine Le Pen a fait par le passé des déclarations contre les « avortements de confort » et le remboursement de l’« IVG », elle n’a jamais fait mystère de son refus de revenir sur la loi Veil (aujourd’hui largement dépassée par des mesures encore plus favorables à l’avortement).

A l’époque de la « dédiabolisation » du FN, qui a effectivement bien fonctionné et qui a rendu ce parti, financé comme les autres sur les fonds publics, omniprésent dans les médias, nous l’écrivions : accepter l’avortement était un « ticket d’entrée » dans le monde politique.

On savait cependant que des responsables du Front national continuaient d’afficher leur refus de l’avortement légal – ainsi Bruno Gollnisch participait-il aux Marches pour la vie à Paris, entouré d’élus et d’autres figures du parti.

Mais les déclarations de Florian Philippot balaient – ou voudraient balayer – tout cela. Alors même que la loi proclamant solennellement que l’avortement est un droit – avec pour objectif et conséquence logique de bâillonner toute opposition, d’interdire tout acte visant à avertir les femmes de la vérité sur ce « choix » – n’est même pas encore devant l’Assemblée nationale, il le dit, lui.

L’avortement n’est-il donc pas un sujet ? L’immigration n’est-elle pas venue compenser, n’est-elle pas présentée comme la seule solution dans un pays où les enfants manquent par millions, sacrifiés sur l’autel infernal du refus de la vie ? Quelle sécurité espérer dans un pays qui sacralise l’égoïsme et le droit d’écraser autrui dans la plus grande violence de toutes, qui permet l’élimination du plus faible des êtres humains par sa mère elle-même ? Sa mère, qui est le plus souvent elle-même victime de ce geste que la société divinise, instrumentalisée au service d’un système qui recherche le mal et la mort ?

Quelle démocratie, quelle nation ? Une nation est le lieu qui voit chaque jour naître son avenir : aujourd’hui la France permet, encourage, rembourse le génocide de ses enfants. Ce n’est assurément pas le seul « sujet », mais il est au cœur de la crise dont nous savons qu’elle est morale bien avant d’être sociale.

Et parmi toutes les décisions malfaisantes, les décisions désespérantes qu’aligne le gouvernement socialiste – dans une belle continuité politique par rapport à d’autres formations politiques qui ont payé leur « ticket d’entrée » en sacrifiant à la culture de mort – celles qui portent sur les « sujets de société » sont tout sauf de l’« enfumage ». Elles relèvent d’un choix délibéré qui ancre encore plus profondément la France du côté de la Révolution. Elles délimitent le cadre dans lequel nous vivons, rendant impossible toute réforme de fond qui permette à la France de renouer avec son passé de nation civilisée.

Et aujourd’hui, miracle ! de plus en plus d’évêques en sont conscients et le disent, jusqu’à Mgr Pontier qui pour être président de la conférence épiscopale n’en est pas moins évêque, a souligné dans son message de Noël que le projet de modification de la loi sur « l’IVG » incite quasiment les femmes « à ne se poser aucune question quant à l’élimination de l’être qu’elles portent en leur chair ».

Cette tragédie du génocide français crie vengeance, parce que l’homme ne définit pas sa propre mesure et qu’il n’est pas la fin de toutes choses, et qu’à l’imaginer, il se place dans une posture de révolte fondamentale dont le salaire est la destruction, la tyrannie et la mort.

Que faire lors des élections prochaines ? En tenir compte. Tous les candidats du FN n’ont pas payé leur « ticket d’entrée ». Pour les autres, se rappeler ce qui s’est fait en Espagne : le mouvement pro-vie a pesé en étant entier et net, en réclamant avec ténacité (et il continue) « l’avortement zéro ». Parce que la vie de la France comme nation en dépend aussi.

Article extrait du n° 8009 de Présent, du Vendredi 27 décembre 2013  

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21 novembre, 2011

Marine Le Pen et les points non négociables

Marine Le Pen présentait samedi son programme présidentiel qui est également en ligne sur le site du Front national. Je l'ai commenté brièvement dans Présent. En rectifiant à la fin une « coquille » impardonnable : j'avais écrit « promouvoir l'avortement » au lieu de « promouvoir l'adoption ».

Un vrai souffle, une belle affirmation de patriotisme et de résistance au mondialisme : le discours de Marine Le Pen qui présentait samedi son programme était riche de tout cela. Elle a dénoncé avec force les « arrogants » qui ont bradé et nié la liberté et l’indépendance de la France : « Ils ont pensé que l’on pouvait faire fi de la lente et laborieuse construction de notre Nation, de son unité, de sa liberté, qu’ils pouvaient s’échapper du réel pour créer un monde exclusivement virtuel où leur œuvre serait l’avènement d’un homme nouveau coupé de ses racines, nomade, jetable, esclave de l’ordre marchand. »

Ces accents ne doivent pas être passés sous silence ; nous retiendrons aussi que le discours de Marine Le Pen samedi était finalement très différent de celui prononcé à Tours, lors de son élection à la tête du Front national. Des préoccupations absentes alors – comme le sujet de la famille – sont là désormais. Et l’étatisme quasi obsessionnel a cédé la place à la préconisation d’un Etat fort mais non omniprésent. Par rapport à la crise, Marine Le Pen est assurément celle qui dénonce le mieux la réalité d’aujourd’hui : « Travailler exclusivement pour nos créanciers, leur verser toute la richesse que nous créons » – les 1 400 milliards d’intérêts versés depuis 1973, pour une dette aujourd’hui à 1 700 milliards.

On pourra dire que ces évolutions témoignent d’un certain flottement. D’une adaptation aux circonstances et à l’électorat potentiel. On relèvera que Marine, dans son discours programmatique, réclamait que les Français puissent « en débattre ».

Alors nous prendrons cela au mot, saluant les points forts, n’oubliant pas pour autant des points qui nous tiennent à cœur. En soulignant par exemple que Marine Le Pen se présente en héritière paradoxale d’« un pays ancien, brillant, qui tout au long des siècles d’histoire avait forgé et fait rayonner ces valeurs universelles dont il choisirait de faire sa devise : la liberté, l’égalité et la fraternité »… au nom de laquelle on a tant tué.

Nous retiendrons son adhésion sans ambages au principe du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » : « Ce principe est pourtant essentiel. C’est la base de tout. »

Sur le respect de la vie, la famille et l’éducation – les « principes non négociables » affirmés par Benoît XVI, le programme du Front s’exprime désormais d’une autre manière qu’en 2002.

« Valoriser la famille », c’est bien. Il s’agit clairement de l’appuyer, de la soutenir, de l’affirmer dans sa dimension naturelle, un homme et une femme. Mais non de revenir sur le divorce facile, le pacs, l’accueil public des enfants – en soutenant la scolarisation des enfants de moins de trois ans par exemple.

Vouloir rendre à l’école son rôle de transmission du savoir et de préparation à la vie active, notamment par l’apprentissage, c’est bien aussi – d’autant que Marine Le Pen s’engage à interdire des méthodes pédagogiques néfastes. Mais où est passé le chèque scolaire ? Où est passée l’école libre, absente du programme ? C’est « l’école de la République » que l’on y trouve et elle seule.

Pour ce qui est du respect de la vie, il est seulement question d’étendre le « libre choix des femmes » qui doit être « aussi celui de ne pas avorter ». Mieux aider les femmes à accueillir leur enfant, promouvoir l'adoption sont de bons choix. Pour autant le programme de Marine Le Pen n’est pas un programme pro-vie, même s’il est indéniablement un programme de moindre mal.

Article paru dans Présent daté du 22 novembre 2011 et en libre accès sur le site du journal.

23 janvier, 2007

Marche pour la Vie à Paris

Des milliers de personnes, une marée de pancartes – « 30 ans, ça suffit », « des lois pour la vie » –, ambiance joyeuse, musique ici, là cantiques et prières… Mais ce qui frappait surtout, dimanche, à la grande manifestation contre les 30 ans d’avortement légalisé qui ont déjà fait plus de 7 millions de morts en France, c’était la moyenne d’âge. Incroyablement jeune. Assurément, deux marcheurs sur trois avaient moins de 30 ans, peut-être moins de 25. Et s’il fallait compter les dizaines et dizaines de poussettes, et les nuées de petits enfants ! Beaucoup de manifestants étaient venus en famille, donnant une réplique de joie et d’espérance à la grisaille d’une société qui dévore ses propres enfants. La relève est prête. Il y a encore des sujets mobilisateurs, et même de plus en plus, semble-t-il. Par rapport à l’an dernier, l’affluence avait certainement doublé. Le chiffre de 15 000 avancé par les organisateurs ne m’a pas paru devoir être trop revu à la baisse pour compenser l’habituel optimisme de tout responsable de manifestation…

Et c’est un signe d’espoir qui se double d’autres bonnes nouvelles. La grande nouveauté pour cette troisième marche organisée pour coïncider avec d’autres manifestations du même genre, aux Etats-Unis notamment, était le soutien explicite de quatre évêques : Mgr Bagnard de Belley-Ars, Mgr Cattenoz d’Avignon, Mgr Centène de Vannes, Mgr Rey de Toulon-Fréjus. Et le concours inédit des Associations familiales catholiques, qui ont voulu marquer ainsi l’importance de cette question en une année électorale.

De la place de la République à l’Opéra, on occupait vraiment le terrain : marchant en rangs serrés (étalés comme des cégétistes, ils y seraient encore !), les différents groupes se suivaient et se mélangeaient, même s’ils ne se ressemblaient pas forcément. Ce fut là un autre signe d’espoir : pas de « tricards » parmi les défenseurs de la vie – des jeunes agglutinés autour de la sono au groupe de SOS Tout-petits fermant pieusement la marche, des Belges criant « avorter, c’est tuer ! », et des chrétiens évangéliques pour la vie à d’autres jeunes de l’Institut Civitas rassemblés autour d’un mot d’ordre, « Si tu veux ma voix, défends la vie », personne n’était exclu. Chacun était là avec son identité propre, et il y en avait de nombreuses, et elles cohabitaient sans se phagocyter ni se craindre.

Est-ce pour cela que l’on put constater, à l’actif de cette manifestation pro-vie qui est très loin d’être la première, un succès numérique peut-être sans précédent ?

Des personnalités ? Il y en avait à la pelle, impossible de les voir toutes et que l’on m’excuse donc les inévitables lacunes de ce compte-rendu. Mais il faut signaler la présence, jamais contestée, d’élus et responsables du FN, la plupart ceints de leurs écharpes : Michel Bayvet, Régis de la Croix-Vaubois, Michel Hubault, Michel de Rostolan, Christian Baeckeroot, Thibaut de La Tocnaye.… Ce dernier, responsable du chapitre de l’accueil de la vie dans le programme du FN, devait expliquer que la principale mesure demandée, et même la plus coûteuse du programme, était celle d’un salaire maternel ou parental. Et puis des prêtres de toutes tendances : soutanes, clergy, habit de dominicain et même des tenues plus soixantedixardes se remarquaient au long du cortège. Les « tradis » de la Fraternité Saint-Pie X, de la Fraternité Saint-Pierre, de l’Institut du Bon Pasteur, de Chéméré (et le père Argouarc’h, que l’on aperçut quelques instants perché sur les hauts rebords du monument de la République) voisinaient avec des prêtres diocésains. Mgr Wach était là avec plusieurs prêtres de l’Institut du Christ-Roi qui faisait partie du comité de soutien officiel de la Marche.

Très remarquée, la présence inattendue de Philippe de Villiers, venu (dit-il) à titre personnel mais avec quelques-uns des cadres de son mouvement : il s’indigna de ce qu’un Hulot appelle à protéger « les mésanges, les passereaux, les dauphins, les requins, les baleines : on pourrait peut-être défendre les petits d’homme ! ». Qu’on arrête de « privilégier la mort » au lieu de « privilégier la vie », dit-il.

On n’oubliera pas non plus la bonne humeur et l’allant de Cécile Edel, animant la marche avec un dynamisme communicatif ; ni les marcheurs venus du Portugal (où l’on vote le 11 février sur l’avortement), de Pologne, de Belgique et d’ailleurs ; ni la dizaine d’associations qui ont rendu l’événement possible grâce à leur coopération autour d’un Patrick Bray (association Rivage) très efficace pour mobiliser les soutiens et les médias.

Et comme il s’agit de se serrer les coudes, les organisateurs ont signalé, alors que la place de l’Opéra, bondée, était encore envahie par ces gens de bonne volonté, le prochain rendez-vous : celui de la Life Parade, avancée en raison des élections au 17 mars pour que la voix de la vie, de la famille et du refus de l’« homoparentalité » puisse être une nouvelle fois entendue.

Cet article de Jeanne Smits a paru dans Présent du 23 janvier 2007.

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