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07 mai, 2025

Conclave : la « synodalité », enjeu majeur – et inquiétant – du futur pontificat

Un enjeu du futur pontificat semble être passé un peu sous les radars dans les multiples conjectures sur les 
papabile et les priorités des cardinaux électeurs : celui de la « synodalité ». Pourtant, un mois avant de mourir, le pape François avait annoncé un nouveau « chemin d’accompagnement » vers la mise en œuvre des décisions prises au terme des deux synodes sur la synodalité en octobre dernier : une Assemblée ecclésiale doit clore trois ans de « processus de réception » en octobre 2028. Le conclave n’interrompt pas automatiquement le processus…

Retrouvez mes réflexions sur cette entreprise de révolution dans l’Eglise, décrite avec précision par le théologien expert aux synodes choisi par le pape François, Rafael Luciani. L’Eglise synodale, à ses yeux, sera une « nouvelle création »… Mon article est ici : clic !


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29 avril, 2025

La messe de funérailles du pape François, une liturgie pauvre…

Quel contraste ! Oui, quel contraste entre la messe d’obsèques du pape François et celle de n’importe quelle messe des funérailles selon le rite latin traditionnel… Et celle d’un pape, alors ! Le contraste est visuel bien sûr, il suffit de regarder quelque vidéo des obsèques de Pie XII en 1958 – et de l’extraordinaire procession à travers Rome qui la précéda, pour voir à quel point les cérémonies catholiques des funérailles pontificales ont été vidées de leur solennité. Mais au-delà de cette pompe abandonnée, et même rejetée, qu’on peut regretter ou pas, le choix de la « simplification » de la messe elle-même révèle en cette occasion l’immensité de la perte subie.

Comment ne pas faire la comparaison avec la terrible mais si consolante liturgie des défunts selon le rite traditionnel ?

En suivant pas à pas la messe d’enterrement du pape François samedi matin…

La suite est ici, sur RITV : clic !


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17 décembre, 2021

Saint-Pierre de Rome comme Notre-Dame de Paris ? François lance la Fondation Fratelli Tutti pour en faire un centre de promotion de ses idées globalistes

Le pape François a lancé mercredi la Fondation Fratelli Tutti, rattachée à la basilique Saint-Pierre de Rome, en signant un chirographe – un décret papal limité à la Curie romaine – qui établit officiellement cette nouvelle entité visant à encourager « la fraternité et le dialogue » parmi les pèlerins et les touristes visitant le Vatican.

Le document a été signé le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, et communiqué une semaine plus tard à la Salle de presse du Vatican, en même temps que la nouvelle de la nomination de son président, le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique, vicaire général pour l’État du Vatican et président de la Fabrique de Saint-Pierre. C’est en cette dernière qualité, à la tête de l’institution chargée de la conservation et de l’entretien de la basilique, qu’il a désormais les coudées franches pour l’animation culturelle et spirituelle de la basilique elle-même et de la place Saint-Pierre, dans l’« étreinte » de la colonnade du Bernin, selon l’expression reprise par le chirographe.

Il faut préciser que le cardinal Gambetti est l’initiateur de la nouvelle Fondation ; il a présenté son projet au monde en octobre dernier (voir la photo ci-dessus) le décrivant comme un « rêve » né à Assise avant même que Fratelli Tutti ne fût écrit, mais ajoutant que l’encyclique est « la vision à laquelle nous devons aspirer au niveau global ».

L’exemple de Notre-Dame de Paris vient immédiatement à l’esprit : le projet de rénovation de notre bien-aimée cathédrale prévoit la création d’un « parcours de découverte » pour les personnes de toutes religions, qui passera par des chapelles latérales consacrées aux cinq continents et aux messages de l’Ancien et du Nouveau Testament… pour aboutir à Laudato si’.  La rénovation de Notre-Dame prévoit l’installation de bancs avec des systèmes d’éclairage modernes, des éléments d’« art contemporain » et des projections de musique et de lumière dans les chapelles latérales, afin de « créer les conditions d’une expérience » susceptibles, paraît-il, de séduire les nombreux visiteurs non catholiques de la cathédrale.

La transformation de Notre-Dame cherche à rompre clairement avec la liturgie traditionnelle, comme l’a d’ailleurs indiqué son concepteur, le Père Gilles Drouin, fervent promoteur de Traditionis Custodes, dans des interviews qui rejettent la conception tridentine de l’aménagement des églises comme autant de « salles de spectacle », comme il dit, favorisant au contraire une « participation active » qui estompe les limites entre le prêtre et l’assistance.

Aucun détail pratique sur les changements ou les « animations » à venir n’a encore été donné en ce qui concerne Saint-Pierre, mais un parallèle peut certainement être établi avec le cardinal Gambetti, ce Franciscain de 52 ans doté du chapeau rouge l’an dernier par le pape François. Gambetti est l’homme qui a banni la messe traditionnelle de la nef et des chapelles latérales de Saint-Pierre, reléguant les prêtres et les groupes individuels dans la crypte et insistant pour que les messes dans cette basilique au cœur de la chrétienté soient en langue vernaculaire, de préférence en italien, et concélébrées.

Il est certainement tout désigné pour présider la nouvelle Fondation Fratelli Tutti sur la base de l’encyclique éponyme du pape François, qui a déjà porté des « fruits » telle la déclaration relativiste d’Abu Dhabi proclamant que la « diversité des religions » est une « sage volonté divine ».

La manière dont tout cela va se jouer dans et autour de la Basilique Saint-Pierre, où les catholiques vénèrent tout de même la tombe de saint Pierre, ce roc sur lequel l’Église a été bâtie, est déjà perceptible dans les quelques éléments des statuts de la Fondation qui ont été cités par les médias italiens. Les mots clefs sont « humanisme », « construction d’alliances sociales » et, bien sûr, « ponts », création d’« événements », de « parcours », d’« expériences » et d’« exercices spirituels », sans oublier la « promotion du dialogue avec les cultures et les autres religions sur la base des thèmes de la dernière encyclique du pape ».

Dans le communiqué publié mercredi par le Saint-Siège, le discours est encore plus révélateur : dix « objectifs » sont cités en détail et ils méritent certainement une mention complète. Voici ma traduction de la quasi-totalité de ce communiqué :

*

Les domaines de mission de la Fondation sont les suivants :

1. soutenir et concevoir des parcours d’art et de foi ;

2. investir dans la formation culturelle et spirituelle à travers des événements, des expériences, des parcours et des exercices spirituels ;

3. promouvoir le dialogue avec les cultures et les autres religions sur les thèmes des dernières encycliques du Souverain Pontife, afin de construire une « alliance sociale ».

Les buts de la Fondation sont repris à l’article 3 des statuts :

La Fondation a des buts de solidarité, de formation, de diffusion de l’art et en particulier de l’art sacré ; elle promeut la synodalité, la culture de la fraternité et le dialogue. A cette fin, la Fondation :

I. promeut une formation holistique, attentive aux niveaux spirituel et culturel, à la dimension communautaire et à l’engagement de servir dans le monde ;

II. encourage les touristes à vivre l’expérience du pèlerin à travers des itinéraires spirituels, culturels et artistiques dans la Basilique Saint-Pierre et dans les espaces mis à disposition pour la Fabrique de Saint-Pierre ;

III. organise des itinéraires, des événements et des expériences pour promouvoir la fraternité et l’amitié sociale entre les Églises, les différentes religions et entre les croyants et les non-croyants ;

IV. promeut la culture de la paix dans les différents domaines de la vie, de la dimension personnelle à la dimension sociale et politique ;

V. promeut de « nouvelles rencontres » nourries par le dialogue social, par le sens du pardon social, par la purification de la mémoire, par la promotion de la justice réparatrice comme alternative à la vengeance sociale ;

VI. nourrit les initiatives visant à favoriser le développement d’un humanisme fraternel, à travers la promotion des principes de liberté, d’égalité et de fraternité, conditions pour construire un « amour universel » qui reconnaît et protège la dignité des personnes ;

VII. encourage les projets pour le soin de la création, la protection des ressources environnementales, la solidarité internationale et la responsabilité sociale ;

VIII. promeut l’alliance sociale, l’entrepreneuriat responsable, l’investissement social, les formes humaines et durables de travail ; l’écologie intégrale, le développement durable, la transition écologique, la santé et la recherche scientifique et technologique, à la lumière des principes de la Doctrine sociale de l’Église ;

IX. soutient la communication responsable, la véracité des sources, la crédibilité et la fiabilité des personnes engagées dans la construction de ponts ;

X. assume, dans l’étreinte symbolique de la colonnade de la basilique Saint-Pierre, les personnes les plus faibles, l’étranger et le marginal, les frontières culturelles et sociales, pour relire les souffrances du monde et proposer des solutions à la lumière de l’Évangile et du Magistère pontifical.

Pour mener à bien ses activités, la Fondation sera présidée par le Cardinal Mauro Gambetti, par un Conseil d’administration de neuf membres, par un Auditeur unique et par un Secrétaire général. Les futurs organes directeurs de la Fondation seront : le Conseil Général composé de membres des Dicastères du Vatican auxquels se rapportent les thèmes de mission de la Fondation, et le Comité de Durabilité dans lequel sont représentés les bienfaiteurs de la Fondation.


* 


Dieu, la Sainte Trinité, Notre Seigneur Jésus-Christ et sa Mère bien-aimée sont totalement absents de ce catalogue de « valeurs » politiquement correctes, parmi lesquelles les préoccupations écologistes et la « fraternité entre croyants et non-croyants » sont bien sûr au premier rang.

La mention « liberté, égalité et fraternité » dans l’objectif VI, présentées comme constituant la condition sine qua non du « respect de la dignité humaine » ainsi que le clin d’œil à « l’humanisme fraternel », ont des connotations maçonniques évidentes. Copie conforme de la devise de la République, Liberté, Égalité, Fraternité, ces mots renvoient à la Révolution française qui ne laissait « pas de liberté aux ennemis de la Liberté » et entendait par là le droit de penser et de faire ce que l’on voulait, sans tenir compte du droit supérieur de la vérité et de la loi divine.

L’« Égalité » devait dégénérer rapidement en collectivisme, socialisme ou communisme – ces fils de la Révolution –, et en renversement des hiérarchies naturelles, tandis que la « Fraternité » n’est pas tant un désir d’amour et d’amitié véritables entre les êtres humains qu’un rejet de la paternité et de son autorité d’origine divine.

Ce sont des mots qui, correctement compris, désignent des biens, mais pris ensemble et absolutisés, non seulement se contredisent, mais sont à la racine de la « Terreur » révolutionnaire et – par exemple – du génocide de la Vendée officiellement ordonné et dirigé par le pouvoir révolutionnaire.

L’objectif V mérite une mention spéciale. Lui qui «  promeut de nouvelles rencontres nourries par le dialogue social, par le sens du pardon social, par la purification de la mémoire, par la promotion de la justice réparatrice comme alternative à la vengeance sociale » renvoie assez clairement à une vision dialectique où la société, ou certains éléments de la société, sont perçus comme institutionnellement coupables d’injustices subies par ceux que l’on invite donc à pratiquer le « pardon social » – mais à condition que les coupables payent. Les exemples de cette approche ne manquent pas aujourd’hui ; on pense à la culpabilisation de l’homme blanc qui doit fléchir le genou devant les « racisés » pour exprimer sa honte et son remords pour des faits qu’il n’a jamais commis, ou encore au devoir imposé aux « pays riches » de payer pour les « dommages climatiques » qu’ils auraient infligés aux « pays les plus pauvres ».

Le chirographe du Pape est lui aussi dépourvu de toute référence catholique évidente, se contentant de faire référence à la « religion » et à la « spiritualité » :

*

J’ai appris avec satisfaction que la Fabrique de Saint-Pierre, ainsi que certains fidèles, souhaitent s’associer pour créer une Fondation de la Religion et du Culte destinée à collaborer à la diffusion des principes énoncés dans ma récente encyclique Fratelli tutti, afin d’encourager les initiatives liées à la spiritualité, à l’art, à l’éducation et au dialogue avec le monde, autour de la Basilique Saint-Pierre et dans l’étreinte de sa colonnade.

J’accède donc volontiers à la demande qui m’a été exprimée de créer dans l’État de la Cité du Vatican une fondation autonome aux fins susmentionnées.
En vertu de mon pouvoir apostolique dans l’Église et de ma souveraineté dans la Cité du Vatican, j’institue la Fondation Fratelli tutti comme personne juridique canonique publique et comme personne juridique civile ayant son siège dans l’État de la Cité du Vatican.

La Fondation sera régie par les lois canoniques, en particulier par les normes spéciales qui régissent les Organes du Saint-Siège, par les normes civiles en vigueur dans l’État de la Cité du Vatican, et par les statuts ci-joint que j’approuve par cette même occasion.

Du Vatican, le 8 décembre 2021

FRANÇOIS

 *

Les premières initiatives publiques de la Fondation devraient être lancées au début de l’année prochaine. Le cardinal Gambetti a accordé une interview à Vatican News en octobre dernier, dans laquelle il a déclaré que la nouvelle Fondation sera un « polyèdre » (encore un mots fétiche du pape François) composé de formation et dialogue, art sacré et économie, jeunes et startups. Tous y seront les bienvenus « pour trouver la direction d’un chemin commun vers l’avenir... en harmonie avec le magistère du pape François », a-t-il déclaré.

Une grande partie de son interview est constituée de variations et de répétitions autour de ce thème de la « route commune ». Mais au-delà de la Novlangue, il y a un objectif politique clair qui a des relents de spiritualité et de gouvernance mondiales. Comme le dit Gambetti :

*

Nous avons déjà en tête, probablement au début de l’année prochaine, quelques initiatives liées au double thème de l’art et de la spiritualité, qui sont les premières et aussi les plus simples à activer. Mais nous pensons aussi à quelque chose sur la formation, et il est probable que nous commencerons par les jeunes, bien que cela ne soit pas encore décidé parce que nous devons bien l’étudier. Quoi qu’il en soit, l’idée est d’organiser quelques semaines de rencontres résidentielles pour permettre aux gens de se réunir, de partager, de réfléchir à certaines questions et d’essayer ensuite de faire émerger quelque chose de nouveau ou une nouvelle façon de faire. Par exemple, si nous pensons aux jeunes, il pourrait s’agir d’une startup dans un certain segment de l’économie, de la mobilité, des questions climatiques et environnementales. Ou si nous nous tournons vers le monde de l’entreprise, en réunissant des personnes qui ont des rôles de direction, ou en tout cas des rôles importants, nous pourrions nous pencher sur le thème des nouveaux modèles de développement.

Vous pencherez-vous également sur la politique ?

Nous pourrions également réfléchir à de nouvelles façons de faire de la politique, qui sont peut-être un peu fatiguées ou étouffées par les problèmes qui existent, des problèmes qui sont évidemment réels et auxquels il faut s’attaquer. Mais parallèlement à cette fatigue, nous devons aussi regarder au-delà, vers l’avenir. Si nous ne nous aidons pas mutuellement à imaginer l’avenir, ou une société dans laquelle nous souhaitons vivre, et pas seulement voir les autres la vivre, peut-être que la politique en particulier perdra un peu de sa propre vocation.

* 


Tout cela semble bien ambitieux pour une Fondation centrée sur une Basilique et une Place – mais tellement en phase avec les objectifs de la pseudo « élite » mondiale qu’elle peut espérer son soutien.


© leblogdejeannesmits pour les traductions.

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06 avril, 2021

J’étais au Club des hommes en noir pour évoquer le voyage du pape François en Irak

Le dernier épisode en date du Club des hommes en noir, animé par Philippe Maxence, rédacteur en chef de L’Homme nouveau, vient de sortir. Avec l’abbé Claude Barthe et du P. Jean-François Thomas S.J., nous avons évoqué le voyage du pape François en Irak. Voyage courageux de soutien aux chrétiens d’Orient, mais aussi élément d’une construction contestable : celle d’une spiritualité des « enfants d’Abraham », juifs, chrétiens et musulmans où la Sainte Trinité est forcément sinon absente, du moins occultée…

L’idée n’est pas nouvelle et on ne peut certes en imputer la responsabilité au seul pape François ; ses prédécesseurs aussi ont fait des pas dans la direction de ce syncrétisme religieux.

Nous avons évoqué tout cela : à regarder ici –





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16 mars, 2021

Le pape François revisite le « salut du monde » et appelle le « nouvel ordre mondial » de ses vœux

On ne saurait donner approbation plus explicite aux concepts, aux attentes et aux vœux du nouvel ordre mondial tel que le promeuvent les partisans d’un mondialisme qui n’a (plus) rien d’un complot, même si des visions voisines ou concurrentes de ce mondialisme existent au-dessus de nos têtes. Le pape François, dans un livre d’entretiens avec le journaliste Domenici Agasso sorti aujourd’hui en Italie, Dieu et le monde à venir, présente sa vision du monde « post-COVID ». Les emprunts à la terminologie des partisans du Great Reset – la « Grande réinitialisation » vantée par l’ONU, le Forum économique mondial, le Prince Charles et quelques autres – sont très nombreux, à en juger d’après l’extrait traduit de l’italien mis en ligne hier par Vatican News dans son édition anglaise.

Et – sans préjuger de ce que peut contenir le reste du livre – on note dans ces « bonnes feuilles » l’absence totale d’une prise en compte du sens de la Rédemption, de l’évangélisation, des fins dernières. Il y a même une petite entourloupe à propos du plus grand des commandements, dont je vous parlerai plus loin.

Mais parmi plusieurs déclarations qui « interpellent », dans cet extrait délibérément choisi dans le livre co-édité par la Libreria Editrice Vaticana, celle-ci me paraît la plus choquante : « La voie vers le salut de l’humanité passe par la création d’un nouveau modèle de développement, qui se concentre incontestablement sur la coexistence entre les peuples en harmonie avec la Création. » 

Et moi qui croyais que le salut de l’homme, le salut de l’humanité, c’était la Rédemption si chèrement acquise par le sacrifice du Fils de Dieu, mort sur la croix pour le pardon de nos péchés… Ce salut qui nous est offert librement et par pur amour gratuit !

« Nous ne pouvons plus accepter allègrement les inégalités et les perturbations de l’environnement », affirmait François juste avant cette déclaration sur le salut. Nouvelle morale. Nouveau paradigme. On s’y soucie sans doute encore des offenses faites à Dieu par nos actes d’orgueil, de paresse, de luxure, par nos mensonges et nos mauvaises colères et j’en passe. Par nos actes d’idolâtrie et de refus de la grâce. Mais l’essentiel est politique : lutte contre les inégalités (pourtant fécondes quand elles ne sont pas démesurées) et pour la planète, qui est pourtant un bien fini.

Comment y parvenir ? Le pape François reprend avec une assiduité remarquable les mots que nous entendons depuis le début de la crise de la part des grands leaders mondiaux.

*

Florilège (mes commentaires sont en italiques) :

« Le monde ne sera jamais le même. »

« Nous devons être conscients que chaque action individuelle ne reste pas isolée, en bien ou en mal, mais a des conséquences sur les autres, car tout est lié : Tout ! En changeant les modes de vie qui poussent des millions de personnes, surtout des enfants, à la famine, nous pourrons mener une existence plus austère qui rendra possible une répartition équitable des ressources. » 

C’est une petite relecture de la communion des saints ou je n’y connais rien. Ce qui devrait nous tarauder au sujet de notre sort pour l’éternité, et celui de nos frères en humanité qui sont bien loin de connaître tous le vrai Dieu et la Bonne nouvelle du salut. Est-ce à dire qu’il ne faut pas se préoccuper ni chercher à remédier aux injustices et aux souffrances ? Certes non. Mais nous connaissons le chemin : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice. » Et ce royaume n’est pas de ce monde.

« Il existe déjà aujourd’hui des mouvements populaires qui tentent de promouvoir ces notions et opérations “par le bas”, ainsi que certaines institutions et associations. Ils tentent de concrétiser une nouvelle façon de voir notre maison commune : non plus comme un entrepôt de ressources à exploiter, mais comme un jardin sacré à aimer et à respecter, à travers des comportements durables. Il y a aussi une prise de conscience chez les jeunes, notamment au sein des mouvements écologiques. Si nous ne retroussons pas nos manches et ne prenons pas immédiatement soin de la Terre, avec des choix personnels et politiques radicaux, avec un tournant économique “vert” en orientant les développements technologiques dans cette direction, tôt ou tard, notre maison commune nous jettera par la fenêtre. Nous ne pouvons plus perdre de temps. »

On retrouve ici la fascination du pape François pour les « mouvements populaires », en totale cohérence avec sa « théologie du peuple » dérivée de la théologie de la libération, et qui voit dans « le peuple » en tant que catégorie un « lieu théologique », source de vérité transcendante, donc. Et puis : quelle est la cause de nos malheurs, le péché originel et nos péchés individuels et collectifs (à travers la « culture de mort » notamment), qui offensent Dieu, ou nos manquements (réels ou supposés) à l’égard du « jardin sacré » ?

Quant aux « choix politiques radicaux », ils s’alignent ici sur l’économie « verte » en pratique synonyme de socialisme et de perte de libertés.

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« Dans l’état où se trouve l’humanité, il est scandaleux de continuer à financer des industries qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus et à la promotion des plus démunis, et qui pénalisent le bien commun en polluant la Création. »

Le problème, ici, vient non de la volonté de moraliser et d’humaniser la finance et l’industrie, mais dans la définition que l’on donne de « l’inclusion des exclus » – car dans le langage mondialiste, on sait que cela vise notamment les migrants, les LGBT+, les minorités estampillées. Or on sait que le pape soutient à cet égard les ODD, Objectifs du développement de l’ONU, qui définissent en ce sens les actions à entreprendre.

« Pour l’instant, il s’agit de reconstruire à partir des décombres. »

Quels décombres ? Ceux créés de toutes pièces par les confinements à l’échelle mondiale, qui ont privé tant d’êtres humains de leur gagne-pain et de leurs libertés fondamentales, y compris celle de rendre le culte public à Dieu, et particulièrement au vrai Dieu ?

« Ce qui se passe peut réveiller tout le monde. Il est temps d’éliminer l’injustice sociale et la marginalisation. Si nous saisissons l’épreuve actuelle comme une chance, nous pouvons préparer demain sous la bannière de la fraternité humaine, à laquelle il n’y a pas d’alternative, car sans vision globale, il n’y aura d’avenir pour personne. »

Autrement dit, le monde doit avancer de concert vers un même objectif défini en commun, dans cette « fraternité humaine » qui se définit – dans l’esprit du pape lui-même – à travers l’affirmation selon laquelle la diversité des religions est une sage volonté de Dieu.

« Gardons tous à l’esprit qu’il y a quelque chose de pire que cette crise : le drame de la gâcher. »

On a déjà entendu cela quelque part, de manière plus ou moins identique : l’expression churchillienne a été maintes fois reprise, en substance, par un prince Charles (Nous avons une occasion en or de tirer quelque chose de bon de cette crise : ses ondes de choc sans précédent pourraient bien rendre les gens plus réceptifs aux grandes visions du changement), un Klaus Schwab (« La pandémie représente une fenêtre d’opportunité rare mais étroite pour réfléchir, réimaginer et réinitialiser notre monde »), un Emmanuel Macron parlant de « la bête de l’événement ». La question est bien sûr de savoir ce que l’on en fait : ici elle est clairement considérée comme un bien et une chance, mais un an plus tard, sa gestion finalement assez similaire dans le monde entier a donné les résultats catastrophiques que l’on sait quant aux libertés, à la santé mentale, à l’appauvrissement d’un très grand nombre…

Et pour ne pas gâcher cette crise, que faire ?

« Guérir l’injustice en construisant un nouvel ordre mondial. »

Au moins, c’est clair. Voici la citation complète :

« Q : Quelle attitude de notre part la gaspillerait ?
« Nous renfermer sur nous-mêmes. Au lieu de cela, nous pouvons guérir l’injustice en construisant un nouvel ordre mondial fondé sur la solidarité, en étudiant des méthodes innovantes pour éradiquer l’intimidation, la pauvreté et la corruption, en travaillant tous ensemble, chacun pour sa partie, sans déléguer ni se renvoyer la balle. En travaillant également à la fourniture de soins de santé pour tous. De cette façon, en pratiquant et en manifestant la cohésion sociale, nous pourrons nous relever. »

Cela passe donc par un rejet suggéré des préférences nationales, des solutions prises au niveau mondial même si elles sont mises en œuvre localement, par un système d’assurance maladie unifié, universel et obligatoire.

« Il n’est plus tolérable de continuer à fabriquer et à trafiquer des armes, en dépensant d’énormes quantités de capitaux qui devraient être utilisés pour soigner les gens et sauver des vies. Nous ne pouvons plus prétendre qu’un cycle dramatiquement vicieux de violence armée, de pauvreté et d’exploitation insensée et indifférente de l’environnement ne s’est pas installé. C’est un cycle qui empêche la réconciliation, alimente les violations des droits de l’homme et entrave le développement durable. Contre cette discorde planétaire qui tue dans l’œuf l’avenir de l’humanité, il faut une action politique qui soit le fruit de la concorde internationale. Unie dans la fraternité, l’humanité est capable de faire face aux menaces communes, sans plus de récriminations mutuelles contre-productives, d’instrumentalisation des problèmes, de nationalisme à courte vue, de propagande protectionniste, d’isolationnisme et d’autres formes d’égoïsme politique. »

Le pape condamne ainsi une nouvelle fois la fabrication d’armes, dans sa vision irénique et utopique d’une humanité unie par le haut, à l’exclusion, forcément, de la « seule internationale qui tienne » comme disait Maurras. C’est le rêve supranational qui nie la diversité des nations que Dieu, pour le coup, a voulue dans sa sagesse, et que les apôtres ont reçu pour mission non point d’unir, mais de baptiser.

* 


Le pape a ensuite quelques considérations pratiques – souvent sympathiques – sur le devoir de retrousser ses manches pour réparer les dégâts actuels, sur les vertus du jeu en famille…

Mais il dit aussi :

« Dieu a fait l’homme capable et désireux de connaître et de travailler, et d’aimer. “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” : il n’y a pas de commandement plus grand que celui-là, dit Jésus à ses disciples. »

Il y a ici une omission, au point qu’il manque l’essentiel. Relisons l’Evangile de saint Marc : « Le premier de tous les commandements est celui-ci : Ecoute, Israël ; le Seigneur ton Dieu est le Dieu unique ; et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de tout ton esprit, et de toute ta force. C’est là le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. » Pas de doute, c’est Dieu qu’il faut aimer le premier et le plus, bien plus que nous-mêmes.

Alors, pourquoi avoir fait disparaître Dieu de l’équation ?


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07 janvier, 2021

Vidéo du pape : en ce mois de janvier, François appelle à la fraternité interreligieuse.

Comme tous les mois, le pape François a publié début janvier son « intention de prière » sous la forme d’une courte vidéo destinée à tous, et spécialement, vu son format, aux catholiques du rang soucieux de s’unir à la prière de l’Eglise. « La Vidéo du pape » propose en ce début de 2021 de prier « au service de la fraternité », dans la droite ligne de l’encyclique Fratelli Tutti et de la Déclaration d’Abu Dhabi – et dans un évident syncrétisme qui n’a sans doute jamais été aussi visible dans sa simplicité et dans sa concision.

C’est en un message de moins de 160 mots que François lance son appel à prier comme et avec tous les croyants, au moyen d’une iconographie qui met en avant les différences religieuses et qui les valorise.


Après les premières images du pape, qui s’exprime en son espagnol natif bien argentin, on voit ainsi une femme qui égrène pieusement son chapelet. Sans transition, on passe à une jeune musulmane voilée qui accomplit sa prière rituelle sur un tapis ; quelques secondes plus tard, c’est au tour d’un juif de se balancer, calotte sur la tête et talit – châle rituel – sur les épaules.

Les trois « orants » envoient ensuite (s’envoient mutuellement, sans doute) un smiley « prière » depuis leurs téléphones portables et se retrouvent peu après, masqués, pour servir une soupe populaire (apparemment végétarienne, composée de pois chiches chauds !) à des démunis de type caucasien.

L’idée ? Ayant prié chacun ce Dieu qui nous fait tous « frères et sœurs », les protagonistes de la vidéo sont prêts pour une charité qu’ils dispenseront de concert et sans distinction de foi ni de personnes. De là à comprendre qu’ils adorent le même Dieu, qui les anime d’un même amour fraternel, il n’y a qu’un pas que la vidéo cherche à faire franchir à son public.

Ainsi l’exprime la bande son, par la voix du pape François :
« En priant Dieu à la suite de Jésus, nous nous unissons en tant que frères et sœurs à ceux qui prient selon d’autres cultures, d’autres traditions et d’autres croyances. 
« Nous sommes des frères et sœurs qui prient. 
« La fraternité nous amène à nous ouvrir au Père de tous et à voir dans l’autre un frère, une sœur avec qui partager la vie, se soutenir, s’aimer, se connaître. »
Il s’agit bien d’une prière d’union, d’une prière qui possède des caractéristiques communes en ce qu’elle s’adresse à un même Père et qu’elle émane d’une seule famille, celle des êtres humains parmi lesquels les différentes croyances sont signes d’une distinction, mais non d’une séparation fondamentale. L’idée de « frères dans la foi » – ceux « surtout » envers lesquels  saint Paul disait qu’il fallait faire le bien – disparaît ; tout comme l’idée que nous devenons enfants de Dieu, et donc, frères et sœurs, par le baptême qui efface en nous la trace du péché originel et nous arrache à la puissance du mal.

Si bien que la plus grande marque de charité envers ceux qui ne partagent pas notre foi n’est pas de leur dire qu’ils adorent avec nous un même Dieu, mais de prier et d’agir – chacun selon ses dons propres – pour qu’ils deviennent réellement comme nous enfants du Père dans le corps mystique du Christ !

Mais dans sa vidéo, le pape affirme plutôt :
« L’Eglise valorise l’action de Dieu dans les autres religions… »
Ce qui n’est pas exactement la même chose que de dire que le Saint Esprit souffle où Il veut pour attirer les hommes à la vraie foi, à l’adoration en esprit en vérité. Au contraire, dire cela revient à affirmer que Dieu agit dans les autres religions, à travers elles, en voulant leur diversité comme le dit explicitement la Déclaration d'Abu Dhabi, et fait comprendre au quidam qui jamais ne la lira que c’est très bien d’être musulman ou autre chose pour atteindre la charité : l’amour de Dieu et des frères.

Immédiatement, le texte poursuit :
«… sans pour autant oublier que pour nous chrétiens, la source de dignité humaine et de fraternité se trouve dans l’Évangile de Jésus-Christ. »
Je me souviens de l’agacement du très regretté Jean Madiran lorsqu’il voyait sous la plume d'un prélat l’expression « pour nous chrétiens » avant l’affirmation d’une vérité de la foi, parce que c’est déjà une forme d’expression relativiste. Le pape est ou devrait être par excellence celui qui nous fortifie dans la foi, non en affirmant ce que nous pensons ou savons comme chrétiens, tandis que d’autres ont d’autres croyances, mais ce que nous savons et croyons parce que nous le tenons de la Révélation, de celui qui est personnellement et divinement la Voie, la Vérité et la Vie. La source de notre fraternité est que nous sommes en Jésus-Christ et par le Saint-Esprit les enfants du Père éternel – et notre Dieu est Trinité, un seul Dieu en trois Personnes.

Dire cela ne serait-il donc plus un scandale et un blasphème du point de vue des musulmans, pour ne parler que d’eux ? Bon, il est vrai que dans ce type d’occurrences, le pape François ne parle guère de la Sainte Trinité…

Au contraire – si je puis dire – il poursuit :
« Nous les croyants devons retourner à nos sources pour nous concentrer sur l’essentiel. L’essentiel de notre foi, l’adoration de Dieu et l’amour du prochain. »
Nous les croyants : les catholiques ? Vous n’y êtes pas du tout. Pendant que le pape prononce ces mots, on voit la jeune musulmane plier son tapis, lire son texto, et poser son téléphone près du coran ; puis c’est au tour du juif de recevoir le SMS, après quoi les trois se retrouvent à leur rendez-vous pour installer leur soupe populaire.

A chacun, donc, de se concentrer sur les racines de sa propre croyance pour arriver à une action commune : où la fraternité et la coopération deviennent le but recherché, et la recherche de la vérité et l’obtention du salut par la foi au vrai Dieu, Un et Trine.

Conclusion :
« Prions pour que le Seigneur nous donne la grâce de vivre en pleine fraternité avec nos frères et sœurs d’autres religions, en cessant de nous opposer, et en priant les uns pour les autres, ouverts à tous. »
Message reçu.

Mais pour faire bonne mesure, le site « thepopevideo.org » propose le communiqué de presse qui accompagne cet « appel à la fraternité », appel à s’unir « en tant qu’êtres humains, en tant que frères et sœurs, « à ceux qui prient, chacun selon sa propre tradition, selon ses propre croyances ».

Et le P. Frédéric Fornos, jésuite – ce sont les jésuites qui depuis 1844 animent le Réseau mondial de la prière – commente :
« Après une année 2020 marquée par l’impact de la pandémie, tant sur le plan sanitaire que sur le plan socio-économique, il est particulièrement important que cette intention du Saint-Père nous aide à nous percevoir réellement comme des frères et sœurs sur le chemin de la paix, devenue de plus en plus nécessaire. Pour François, le rôle des religions est fondamental dans ce but ; c’est ce qu’il a signifié en signant le Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, avec le Grand Imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb. Un peu plus d’un an plus tard, il développe plus profondément ses idées dans sa dernière encyclique, Fratelli tutti, notamment au chapitre 8 : “Les différentes religions, par leur valorisation de chaque personne humaine comme créature appelée à être fils et fille de Dieu, offrent une contribution précieuse à la construction de la fraternité et pour la défense de la justice dans la société.” Puissions-nous, au nom de Dieu qui nous a créés tous égaux en droits, en devoirs et en dignité, et qui nous a appelés à vivre ensemble en frères et sœurs, favoriser cette fraternité afin de faire face ensemble aux défis du monde et de notre “maison commune”. La fraternité, qui respecte et valorise la diversité, est le style du Royaume de Dieu. »

Il faut une belle dose de naïveté, d’ignorance ou de mystification pour oser dire que les différentes religions valorisent chaque personne humaine comme créature appelée à être fils et fille de Dieu… Quant à ce Royaume de Dieu fait de la diversité des croyances, il me semble qu’il passe assez largement à côté de la vérité, mais il est vrai que celle-ci est éclipsée par l’égalité et la fraternité.

Tout cela ne se conçoit, fondamentalement, que dans la relation horizontale à la « maison commune » et dans la valorisation d’une fraternité tout aussi horizontale. Encore un peu, et la fraternité des hommes sera définie comme le fait d’être enfants d’une même… Terre-Mère.


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04 avril, 2020

“Vicaire du Christ”, un simple “titre historique” pour le pape François ? Mgr Carlo Maria Viganò réagit. Fort…

Voici en exclusivité une nouvelle lettre de Mgr Carlo Maria Viganò à propos de l'étrange présentation du pape François dans la dernière édition de l'Annuaire pontifical, publiée le 25 mars. C'est un texte dur, que je vous laisse découvrir tel qu'il est, comme un document qui marque et commente un fait en soi extraordinaire, qui a déjà provoqué de multiples réactions d'incompréhension au moins, quand ce n'est pas d'indignation.

La présentation du pape François dans cette édition de l'Annuaire pontifical rompt avec la tradition d'une manière hautement symbolique, reléguant ses titres de Vicaire du Christ (et les autres) en deuxième partie de page sous les mots en petits caractères italiques : « Titres historiques ». La fonction pontificale y semble ramenée à la personne de « Jorge Maria Bergoglio », présenté principalement comme « Pasteur universel de l'Eglise », tandis que cette page ne comporte même pas la mention de son nom de pape, François. La page précédente porte ces seuls mots : « Francesco, vescovo di Roma » (évêque de Rome).

Le blog d'Yves Daoudal donne les détails et les images : c'est par là.

Voici la lettre de Mgr Carlo Maria Viganò, in extenso, telle qu'elle m'est parvenue en langue française. Elle est choquante, terrible. Excessive ? Nous vivons un temps de désert et d'abandon, d'églises fermées, d'absence de messes et de refus des sacrements aux fidèles. Cette lettre est en tout cas un document, une pièce dont l'histoire tiendra compte. – J.S.

*


 « TU L’AS DIT »

« En vérité je vous le dis, l’un de vous me trahira. »
Fort attristés, chacun d’eux se mit à lui dire :
« Serait-ce moi, Seigneur ? » Jésus répondit :
« Celui qui a mis la main dans le plat avec moi, celui-là me trahira.
Le Fils de l’homme s’en va, selon qu’il est écrit de lui ;
mais malheur à cet homme par qui le Fils de l’homme est livré !
Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître. »
À son tour, Judas, celui qui allait le livrer, lui demanda :
« Maître, serait-ce moi ? »
Jésus lui répondit : « Tu l’as dit ».
« 
Mt 26, 20-25



Le 25 mars dernier a été publié l’Annuaire pontifical 2020, avec une véritable nouveauté. On dirait un petit détail typographique, dans la partie dédiée au Pontife régnant, mais ce n’est pas le cas. Jusqu’à l’année dernière, en effet, les titres de François étaient répertoriés en haut de la page, en commençant par « Vicaire du Christ », « Successeur du Prince des Apôtres » etc., se terminant par le nom séculier et une très courte biographie.

Dans la nouvelle édition, en revanche, le nom séculier JORGE MARIO BERGOGLIO se démarque, suivi de la biographie, de la date de son élection et du début du « ministère de Pasteur universel de l’Église ». Tous les titres du Pontife Romain sont alors séparés par un trait sous la mention « Titres historiques », comme s’ils ne faisaient plus partie intégrante du Munus Petrinum qui légitime l’autorité reconnue au Pape par l’Église.

Ce changement dans la présentation et le contenu d’un texte officiel de l’Église catholique ne peut être ignoré, ni imputé à un geste d’humilité de François, qui d’ailleurs n’est pas compatible avec son nom bien mis en lettres capitales. Il semble plutôt qu’on puisse y voir l’admission – passée sous silence – d’une sorte d’usurpation, où celui qui règne n’est pas le « Servus servorum Dei », mais la personne de Jorge Mario Bergoglio, qui a officiellement nié être le Vicaire du Christ, le Successeur du Prince des Apôtres et le Souverain Pontife, comme si ces titres n’étaient que des clinquants dérangeants du passé : des « titres historiques », justement.

Un geste presque provocateur – dirait-on – dans lequel François transcende tous les titres ; pire encore : une mutation officielle de la Papauté elle-même, avec laquelle François ne se reconnaît plus comme gardien, mais devient maître de l’Église, libre de la démolir de l’intérieur sans avoir à répondre à personne. Bref, un tyran.

La portée de cet acte très grave ne peut échapper aux Pasteurs ni aux fidèles, un acte par lequel le doux Christ sur terre – comme sainte Catherine de Sienne appelait le Pape – s’affranchit de son rôle de Vicaire pour se proclamer, dans un délire d’orgueil, monarque absolu, y compris face au Christ.

Nous approchons des jours sacrés de la Passion du Sauveur, qui commence dans le Cénacle avec la trahison de l’un des Douze ; il est légitime de se demander si les paroles condescendantes avec lesquelles Bergoglio, le 16 juin 2016, a essayé de réhabiliter Judas n’étaient pas une tentative maladroite de se disculper lui-même.

Cette pensée effrayante est ultérieurement confirmée par la terrible décision d’interdire à la Catholicité les célébrations de la Très Sainte Pâque, pour la première fois après deux mille ans depuis la Résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ.

« Le Fils de l’homme s’en va, selon qu’il est écrit de lui ;
mais malheur à cet homme par qui le Fils de l’homme est livré ! » (Mt 26, 24)

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque

Vendredi de la 1ère Semaine de Passion 2020



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02 février, 2020

Le nouveau président d’Argentine, Alberto Fernandez, pro-avortement et divorcé “remarié”, communie au Vatican (et un commentaire de Mgr Aguer)

Pour qui douterait encore des effets concrets du message véhiculé par Amoris laetitia, la récente visite du nouveau président argentin Alberto Fernandez est venue apporter une clarification dont il faudra se souvenir. Vendredi 31 janvier, il était reçu par le pape François, son compatriote : un entretien qui fut long et cordial. L’exhortation apostolique qui ouvre la porte à la communion pour les divorcés remariés a été remise au couple présidentiel par le pape François ; ça tombait bien, Fernandez est « fiancé », comme on dit, depuis 2014 avec l’actrice argentine Fabiola Yañez, qui vit avec lui au palais présidentiel de Buenos Aires et joue le rôle de Première dame. Ce n'est certes pas un “remariage” formel mais une union publique, stable et revendiquée.

Le président argentin s’était marié en 1993 avec Marcela Luchetti, de laquelle il a divorcé en 2005, « laissant » un fils. De 2005 à 2014, il vivait avec Vilma Ibarra, par ailleurs mère de trois enfants. Les thuriféraires de François nous expliqueront peut-être un jour que Fernandez a bénéficié d’une déclaration de nullité de son mariage et qu’il s’est en fait marié secrètement avec son actuelle concubine. Dans cette éventualité hautement improbable, une seule réponse : on s’en fiche, le scandale a été public. Si les mariages catholiques sont publics, ce n’est pas pour des prunes !

L’entretien du président et de sa « copine » avec le pape François a été précédé d’une messe célébrée par un autre compatriote, Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, chancelier de l’Académie pontificale des sciences et de l’Académie pontificale des sciences sociales à laquelle le président argentin, partisan actif de la légalisation de l’avortement, a communié, tout comme sa compagne. Vidéo et preuves sur Infovaticana et en français sur Gloria.tv.

Comble de l’ironie, le pape François prêchait le matin même à Sainte-Marthe à propos de ces catholiques qui vont à la messe le dimanche et qui se disent chrétiens mais qui ont « perdu la conscience du péché ». Il ajoutait que ces chrétiens auraient besoin de quelqu’un qui leur dise la vérité, souhaitant que le Seigneur leur envoie un « prophète » qui leur « donne une petite claque » quand ils se laissent glisser « dans cette atmosphère où tout semble permis ». Evidemment, il évoquait ceux qui paient mal leurs domestiques ou les ouvriers des champs, selon des schémas bien usés…

Et comme si cela ne suffisait pas, la première lecture du jour (dans le Nouvel Ordo) de la messe à laquelle assistaient Alberto et Fabiola correspondait au récit du meurtre d’Urie à l’instigation du roi David qui convoitait sa femme, Bethsabée… Cela aussi, on le voit sur la vidéo.

On se demande combien de temps ils ont pu passer à « discerner » sur tout cela avant de convier le couple présidentiel argentin à une messe spécialement célébrée pour eux…

A tout cela s’ajoute un imbroglio diplomatique : peu après sa rencontre avec le pape François, Alberto Fernandez a envoyé à son hôte un courriel courroucé pour demander pourquoi le communiqué du Vatican sur la visite avait annoncé que le sujet de l’avortement avait été évoqué. Il venait lui-même d’affirmer expressément que tel n’avait pas été le cas, au cours de la conférence de presse donnée à l’ambassade d’Argentine peu après la rencontre.

« Je fais corriger tout de suite », a répondu quelques minutes plus tard le pape, selon la délégation argentine. Fernandez, de son côté, précisait que le thème de l’avortement avait seulement été abordé lors de sa réunion avec le Secrétaire d’Etat, le cardinal Parolin, qui lui « manifesta sa préoccupation par rapport à ce thème, (lui) rappelant que la position de l’Eglise est toujours la défense de la vie dès la conception », selon les dires du président argentin à La Nacion.

Le nouveau communiqué du Vatican précisa donc que « tous les thèmes cités dans le communiqué de presse sur l’audience » avec Fernandez « n’avaient pas été abordés lors de toutes les conversations ».

On a compris. Le pape François n’a pas abordé le sujet. Cela semble avoir été convenu dès avant l’entretien (voir ci-dessous).

De son côté Fernandez a évoqué saint Thomas d’Aquin pour assurer à Parolin que le Docteur angélique n’était pas contre l’avortement « avant l’animation ». Et de suggérer que si l’Eglise catholique perd des fidèles en Argentine au profit des évangéliques c’est parce que ces derniers sont contre l’avortement mais admettent « les méthodes de prévention de la grossesse ».

Lors de sa rencontre avec la presse, à peine sorti de Sainte-Marthe et ayant communié le jour même, Alberto Fernandez a confirmé qu’il ne reculera pas sur le projet de légalisation de l’avortement en Argentine ; le projet gouvernemental sera envoyé au Parlement dès le 1er mars.

Pour que ce dossier soit complet je vous propose ci-dessous ma traduction de l’éditorial publié sur Infocatolica.com par Mgr Hector Aguer, ancien archevêque de La Plata, viré comme un malpropre il y a peu pour laisser la place à un proche du pape François, rédacteur des passages dit « controversés » d’Amoris laetitia, Mgr Victor Manuel « Tucho » Fernandez.

La version originale du texte de Mgr Aguer est ici. – J.S.


*

Le président Alberto Fernandez est un partisan bien connu de la légalisation de l’avortement. J’écris « légalisation » parce que – même si je ne suis pas juriste – je crois que la dépénalisation d’un tel comportement implique d’en faire un acte arbitraire autorisé par la loi et pouvant être librement exécuté. L’une des premières mesures du gouvernement actuel a été de relancer le projet qui avait été rejeté par le Sénat national il y a deux ans. Une modification surprenante a été introduite : comme le Dr Fernandez avait une visite au Souverain Pontife au programme, il a été ajouté que l’État accompagnera la femme enceinte qui décide d’avoir son bébé. Main de fer d’un côté, gant de velours de l’autre.

Nos politiciens sont moralement relativistes, et ils doivent penser que le Pape l’est aussi. Le député Valdéz, ancien ambassadeur près le Saint-Siège, avait déjà déclaré que François « comprendrait ». A la veille de sa rencontre avec le pape, le président a annoncé que le sujet de l’avortement ne serait pas abordé dans la conversation ; le crime abominable – c’est ainsi que le Concile Vatican II a appelé l’avortement – n’est pas un problème majeur comparé à ceux de la pauvreté, de la faim et de la dette. Se pourrait-il qu’il en soit ainsi ? Nous n’avons aucun moyen de le savoir, mais ne pouvons-nous pas penser que le pape serait très attristé si son pays d’origine rejoignait ceux qui ont déjà inclus dans leur législation la permission de tuer impunément des enfants à naître ? Et que cela étant, il ait rappelé au Dr Fernandez – qui s’est identifié comme catholique pour l’occasion – qu’il encourrait une très grave responsabilité devant Dieu en encourageant une telle mesure ? On dit que la question a été discutée à la Secrétairerie d’État. Cela aura-t-il quelque effet ? Parce que ce n’est pas la même chose. On est saisi de voir que le président se soit déclaré fils de l’Église, qu’il ait assisté à la messe avec sa compagne, qu’il ait reçu la Sainte Communion des mains d’un archevêque argentin. C’est incroyable, mais entre compatriotes de même rang tout est finalement possible ! Un scandale de plus, parmi tant d’autres...

Au même moment, le Dr Ginés González García, ministre de la Santé de la Nation, a mis en place un protocole qui permet aux adolescentes de 14 et 15 ans, enceintes à la suite d’un viol, d’avorter à l’insu de leurs parents. Le ministre actuel, au même poste dans une précédente administration, était alors un distributeur enthousiaste de préservatifs. J’ai osé le critiquer publiquement ; il m’a traité de fanatique, entre autres gentillesses, et il a décroché avec une phrase d’anthologie : Dieu pardonne toujours, mais le SIDA ne pardonne pas. Je l’ai corrigé publiquement : Dieu pardonne toujours si nous nous repentons et proposons de faire amende honorable, et non si nous persévérons obstinément dans notre erreur. J’appelle le péché erreur, considérant que dans le grec classique, et dans le Nouveau Testament, le péché est appelé hamartía, substantif du verbe qui signifie rater la cible, se tromper de chemin, s’égarer, s’écarter de la vérité, et donc, pécher volontairement.

Dans son deuxième portefeuille ministériel, le Dr González García n’a pas amélioré son objectif : il s’occupe de promouvoir l’avortement comme solution à un problème de santé publique, comme si la grossesse était une maladie. Il aurait suffisamment de travail à faire s’il s’appliquait à remédier au système de santé lamentable de ce pays ; il n’aurait plus le temps de programmer la liquidation illégitime et immorale des enfants à naître.

Un malentendu fréquent conduit à identifier l’opposition à l’avortement comme une position religieuse, confessionnelle. Elle l’est en effet, mais pas en premier lieu. La raison qui justifie l’opposition à l’avortement est avant tout scientifique : qu’est-ce qui pousse silencieusement dans le sein d’une femme enceinte ? Et qu’est-ce qui pousse de soi-même, et de l’intérieur, comme dirait Platon ? La conviction pro-avortement du président l’a conduit, dans une lettre de 2018, à soutenir que saint Thomas d’Aquin admettait l’élimination de l’embryon avant que celui-ci ne reçoive l’animation définitive de l’âme rationnelle. Comme il ignore manifestement l’œuvre du Docteur commun de l’Église, il ne pouvait pas se rendre compte de ce que même si celui-ci acceptait une animation progressive, et la succession d’âmes végétative, sensible et rationnelle, Thomas reconnaissait l’unité et la continuité de ce processus, raison pour laquelle il affirmait qu’il était immoral de l’interrompre dans l’une de ses étapes. Il l’a enseigné en acceptant les données de la biologie aristotélicienne et l’opinion des scientifiques de son temps, qui a été largement dépassée par les découvertes ultérieures. Il faut cependant noter que dans son étude de l’Incarnation du Fils de Dieu, il laisse de côté l’embryologie ; Jésus, vrai Dieu, est un homme vrai et complet dès le premier instant de sa conception dans le sein de la Vierge Marie.

J’insiste : le principal argument contre l’avortement est d’ordre rigoureusement scientifique. Les études de génétique développées au cours du XXe siècle, notamment celles de Jérôme Lejeune, montrent que l’embryon microscopique a un ADN différent de celui de ses parents ; dès le premier instant de sa conception, il est XX ou XY, une personne mâle ou femelle, un être humain, et non une bestiole d’une autre espèce. Ce n’est pas un appendice du corps de sa mère, de telle sorte qu’elle puisse dire : je fais de mon corps ce que je veux. Il doit être reconnu pour ce qu’il est, et son droit à la vie, à grandir, à naître et à voir la lumière du soleil doit être protégé.

Le crime de l’avortement a été utilisé par les régimes totalitaires et les impérialismes pour empêcher la croissance démographique dans les pays pauvres ; c’est aussi une aspiration typique de la bourgeoisie. C’est dommage pour les partis de gauche qui, dans leur aveuglement idéologique, ne comprennent pas que les femmes pauvres, en général, ne veulent pas abandonner leur petit enfant, même s’il a été conçu contre leur volonté. Elles possèdent un sens de la vie, de l’ordre naturel, méprisé par les sociétés confortables d’un Occident déshumanisé. Chez de nombreux hommes politiques argentins, des préjugés idéologiques ont pris le pas sur la réflexion qui découvre la vérité de l’être ; ils ignorent ou répudient le concept métaphysique de la nature, et ne peuvent donc pas appréhender la réalité qu’elle désigne, et l’ordre naturel qui en découle.

Il faut résister à cette nouvelle tentative « avortiste » de l’Etat qui, si elle se réalise, apportera des malheurs plus grands que ceux que la société argentine subit déjà. Ce serait un pas de plus vers l’abîme de la dégradation de la communauté nationale, le triomphe du matérialisme et de l’individualisme égoïste qui priverait notre peuple de l’avenir digne qu’il mérite.

Mgr Hector Aguer

© leblogdejeannesmits pour la traduction.

ADDENDUM : Mgr Marcelo Sanchez Sorondo a justifié le fait d'avoir donné la communion au couple présidentiel argentin en affirmant – faussement – qu'elle ne peut être refusée qu'en cas d'excommunication expresse. Toute son interview accordée à Diane Montagna de LifeSiteNews à ce propos est à lire : je l'ai traduite ici.




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