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11 mars, 2021

Mgr Philippe Bordeyne, nouveau président de l'Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille, est pour la contraception, et c'est un ardent défenseur d'“Amoris laetitia”

L’Institut théologique pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille aura un nouveau président dès septembre, nous apprend Riposte catholique : Mgr Philippe Bordeyne, actuellement recteur de l’Institut catholique de Paris, est un partisan d’Amoris laetitia, un détracteur d’Humanae vitae et le défenseur au moins indirect d’une approche plus accueillante vis-à-vis des couples homosexuels. Sa nomination a été présentée en quelques mots dans la version anglaise du quotidien officieux de l’épiscopat français, La Croix International : « Mgr Philippe Bordeyne a été choisi pour poursuivre la réforme de l’institut que le défunt pape polonais a créé en 1981 pour promouvoir le mariage traditionnel et la vie familiale. »

Le mot clef est bien celui de « réforme » : ces dernières années, l’Institut Jean-Paul II, jadis présidé par le cardinal Carlo Caffarra – l’un des signataires, aujourd’hui décédé, des Dubia présentés au pape François après la publication d’Amoris Laetitia – a été le théâtre de diverses révolutions allant de la modification de son nom et de la réécriture de ses statuts à la suspension subite de tous ses professeurs en 2019, les plus représentatifs de l’ère Jean-Paul II ayant alors été purement et simplement licenciés. Ce « coup d’état » contre l’orientation traditionnelle de l’Institut Jean-Paul II a été réalisé sous la direction de l’actuel grand chancelier de l’Institut, Mgr Vincenzo Paglia (bien connu pour le tableau homo-érotique qu’il avait commandé pour son ancienne cathédrale de Terni). La purge vise à mettre de côté l’approche métaphysique de l’Institut originel pour adopter un point de vue plus pratique et sociologique, opposant les « questions réelles » à « l’idéalisme abstrait », comme le dit La Croix International.

Paglia a confirmé la nomination de Mgr Bordeyne, spécialiste de la théologie morale, sur Twitter lundi dernier. La nomination n’a pas encore été officiellement proclamée mais, selon l’agence de presse italienne ANSA, un rescrit a été envoyé le 22 février par le cardinal Giuseppe Versaldi, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, et son secrétaire Mgr Vincenzo Zani, qui ont également signé une lettre remerciant l’actuel président de l’Institut, Mgr Pierangelo Sequeri, 76 ans, et présentant leurs meilleurs vœux à Mgr Bordeyne.

Outre la promotion de la vision du pape François sur le mariage et les enseignements moraux de l’Église, qu’il a constamment assurée dans le cadre de ses précédentes charges, l’une des tâches les plus urgentes de Mgr Bordeyne sera d’enrayer le déclin actuel de l’Institut : selon La Croix International, « certains cours auraient perdu 90 % de leurs étudiants, tandis que d’autres ont été supprimés en raison du nombre insuffisant d’étudiants. Ainsi, le plus grand défi de l’institut est d’attirer de nouveaux étudiants et de relancer les inscriptions ».

Philippe Bordeyne, 61 ans, devrait mettre à profit ses compétences en matière de gestion. Avant de devenir prêtre, il a obtenu le diplôme de HEC Paris, et a ensuite enseigné au Cameroun pendant deux ans dans le cadre d’un programme de coopération. Une fois ordonné, avant d’entamer sa carrière universitaire, Bordeyne fut chargé de l’accompagnement des catéchumènes et de la préparation au mariage dans le diocèse de Nanterre, près de Paris. Il était l’ami de Juan Carlos Scannone, ce prêtre jésuite argentin connu comme un présentateur autorisé de la théologie du pape François (Scannone a publié un livre sur la « théologie du peuple » de François peu avant sa mort en 2019) : ensemble, ils ont écrit un livre intitulé : Divorcés remariés : ce qui change avec François.

Bordeyne fut un acteur de premier plan du deuxième Synode sur la famille en 2015 : il a été nommé à l’époque par le Pape François parmi les 23 « experts » qui ont conseillé les Pères synodaux et guidé leurs discussions.
Philippe Bordeyne a indiqué qu’il s’installera à Rome d’ici au 31 août, soit plusieurs mois après l’ouverture de l’Année Amoris laetitia en la fête de saint Joseph, le 19 mars. Son appréciation personnelle de cette Exhortation Apostolique ne manquera pas d’imprégner le programme et les orientations de l’Institut Jean-Paul II.

Ces dernières années, il a plusieurs fois exprimé dans les médias son soutien au « discernement » souhaité par le pape François à propos de la « réintégration » des catholiques divorcés et remariés. Le 9 avril 2014, Philippe Bordeyne déclarait à La Vie :

« Pour le cas de l’accès aux sacrements des divorcés remariés : il reprend la notion de discernement, déjà connue dans la pastorale de l’Eglise et déjà évoquée au synode, tout en la précisant. On avait hésité durant le synode à nommer ce parcours spirituel “chemin pénitentiel”, par exemple. Le pape parle finalement de “discernement personnel et pastoral” et en précise le cadre : pour que le discernement soit bien conduit, le fidèle ne doit pas être seul, quelle que soit sa situation, il doit être accompagné par des pasteurs ou des personnes indiquées pour le faire. Le pape précise aussi ce que veut dire “intégration” dans l’Eglise : le discernement effectué doit en effet aboutir à quelque chose de concret : permettre à la personne de trouver sa juste place dans l’Eglise. Mais cette place n’est pas indiquée à l’avance : l’accès à la communion ne sera pas forcément la réponse adéquate au cheminement de la personne et à sa situation objective. Ce sera peut¬-être un engagement auprès des plus pauvres ou un autre engagement ecclésial, comme la catéchèse.

« Le pape demande avant tout aux pasteurs d’accueillir les personnes concernées, d’être sensibles à leurs peines, à leurs souffrances, à leur besoin d’intégration dans l’Eglise. L’objectif final étant que le fidèle puisse trouver la paix. Le pape n’indique donc pas un processus général mais donne un cadre en s’inspirant de la pratique du discernement en Eglise et en lui apportant le sceau de son autorité. »

Quelques années plus tard, Bordeyne était interviewé au sujet d’Amoris laetitia par le Père Thomas Rosica, le PDG (aujourd’hui en disgrâce pour plagiat) de Salt and Light TV, pour la version française du média, « Sel et Lumière ». Résumant son attitude vis-à-vis de l’enseignement moral, Bordeyne a déclaré : « Le théologien moral est avant tout un bricoleur », qui se penche sur les situations personnelles plutôt que sur les idéaux moraux. Rosica lui a demandé quel était le « point nouveau » du chapitre 8 d’Amoris laetitia à propos des divorcés remariés, en particulier ceux qui ont des enfants avec leur nouveau partenaire. Bordeyne a répondu :

« On ne peut pas demander aux personnes l’impossible. On ne peut pas demander aux personnes de se séparer, puisque ce serait une nouvelle faute : on va leur demander de construire l’avenir avec Dieu. Et donc on leur demande d’évaluer la qualité de cette nouvelle union. »

Le « discernement » qui pourrait conduire ces personnes à être réadmises aux sacrements de la pénitence et de la communion, a-t-il ajouté, ne devrait pas avoir lieu juste après le remariage, créditant le pape François de cette sage disposition : cela doit se faire seulement « quand les choses ont été installées dans le temps… »

Et d’ajouter : 

« On peut regretter de l’avoir fait… Le réalisme de François, le réalisme du chrétien, c’est de regarder ce que Dieu est en train de faire dans notre vie pour que, alors qu’il y a de l’irréversible, on puisse tout de même continuer à avancer. (…) Le pape dit : il va falloir dans le discernement personnel et pastoral pour ces personnes, il faut d’abord qu’elles regardent ce qu’elles font aujourd’hui pour répondre aux appels de Dieu. Pas aux appels de Dieu impossibles ! Pas aux appels de Dieu de rester fidèles à la première union : ça fait vingt ans qu’elle est morte ! Mais aux appels de Dieu aujourd’hui. »

Oui, le futur président de ce qui fut jadis l’Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille dit en substance qu’un mariage indissoluble peut être considéré comme mort, et que l’appel de Dieu à être fidèle à son engagement irréversible, en son nom, envers son conjoint légitime, soit n’existe pas, soit ne doit pas être écouté à un moment donné.

Bordeyne a également expliqué à Thomas Rosica qu’il appréciait particulièrement le fait qu’Amoris Laetitia (paragraphes 36 et 37) « rapproche le thème de la conscience de celui des limites personnelles », en d’autres termes : notre conscience nous dit ce dont nous sommes capables à un moment donné de notre vie, en tenant compte de nos faiblesses. Cela ressemble dangereusement à une éthique de situation.

A propos de l’accès à la communion, il a déclaré :

« Le pape évoque même la possibilité d’une réintégration sacramentelle, non pas pour le mariage, qui n’est pas réitérable, mais pour la pénitence et pour l’eucharistie, dans certains cas. Le critère qu’il donne, c’est à la fois la croissance, c’est-à-dire que les personnes sont vraiment en train d’accueillir la grâce de Dieu, de se convertir, sont en chemin de croissance, et alors même qu’elles sont en chemin de croissance – elle sont animées par la miséricorde de Dieu – elles sont tellement misérables, elles souffrent tellement, que ce chemin de croissance risque d’être brisé parce que l’Eglise n’ose pas apporter le soutien des sacrements. Je pense que ce seront des cas assez rares… Je pense que déjà regarder positivement toute la quantité d’amour qu’il y a dans sa vie et en faire un motif d’intégration dans l’Eglise, c’est déjà beaucoup… »

Pourquoi le pape François n’a-t-il pas donné une réponse claire sur la question de la communion pour les divorcés (civilement) remariés ?, a demandé Rosica. Réponse de Philippe Bordeyne :

« Je pense qu’il a été clair, mais il a été aussi clair qu’on peut l’être quand on donne un chemin pour un discernement dans les situations particulières. S’il avait donné une parole générale, je pense qu’il n’aurait pas été fidèle à la tradition de l’Eglise. Et de fait, Amoris laetitia, ce n’est pas la discipline sacramentelle de nos frères orthodoxes. (Le Pape) dit plus que le synode, mais pour que ses paroles soient un guide dans un travail de discernement. »

La vision de la famille de Philippe Bordeyne mérite également d’être mentionnée. Dans un entretien accordé à La Croix en avril 2016, cité par  Riposte catholique, il décrit ainsi la vision de la famille du pape:

« Son insistance sur le caractère social de la personne me frappe. Traditionnellement, l’Église présente la famille comme “la cellule de base de la société”, une formule assez abstraite. Le pape François, lui, montre concrètement en quoi elle est un microcosme où chacun apprend la vie en société : par la tendresse maternelle, par la magnanimité du père… Ses formules sont parlantes : “La mère qui protège l’enfant avec affection et compassion, (…) l’aide à expérimenter le monde.” La société a besoin de la famille – qui ne s’arrête pas au triangle petit-bourgeois d’un père, une mère et des enfants – parce qu’elle est le lieu où chaque individu grandit comme une personne en relation. Mépriser les familles différentes, ce serait aussi mépriser ce travail de socialisation. »

L’expression « familles différentes » évoque dans le langage d’aujourd’hui les unions maritales non traditionnelles : familles recomposées, concubinage et couples de même sexe avec enfants.

En ce qui concerne Humanae vitae et l’enseignement de l’Eglise sur la contraception, Mgr Bordeyne a des vues manifestement progressistes. Voici l’une de ses présentations de ses réflexions sur l’encyclique du pape Paul VI, citée par La Croix et publiée le 15 septembre 2015 par Riposte catholique (il semblerait qu’il s’agisse d’une transcription du discours de Bordeyne lors du synode l’ombre si discret préparant le deuxième synode sur la famille en octobre à Rome, qui eut lieu à l’Université pontificale grégorienne en mai 2015, et dont il était l’un des participants selon la liste publiée par le National Catholic Register – aux côtés du cardinal Marx, de Mgr Georges Pontier, de Mgr Franz-Josef Bode, et de bien d’autres :

« L’encyclique Humanae vitae enseigne que les méthodes naturelles de maîtrise de la fécondité sont seules licites. Il faut toutefois reconnaître que la distance entre la pratique des fidèles et l’enseignement magistériel s’est creusée. Est-ce pure surdité aux appels de l’Esprit ou le fruit d’un travail de discernement et de responsabilité chez les couples chrétiens soumis à la pression de nouveaux modes de vie ?

« Les sciences humaines et l’expérience des couples nous enseignent que les rapports entre désir et plaisir sont complexes, éminemment personnels et donc variables selon les couples, et qu’ils évoluent dans le temps au sein du couple. Devant le devoir moral impérieux de lutter contre les tentations de l’avortement, du divorce et du manque de générosité face à la procréation, il serait raisonnable de renvoyer le discernement sur les méthodes de régulation des naissances à la sagesse des couples, en mettant l’accent sur l’éducation morale et spirituelle permettant de lutter plus efficacement contre les tentations dans un environnement souvent hostile à l’anthropologie chrétienne.

« Dans cette perspective, l’Église pourrait admettre une pluralité de chemins pour répondre à l’appel général à maintenir l’ouverture de la sexualité à la transcendance et au don de la vie. Lorsque les couples “ont exercé ou exercent une paternité raisonnable et généreuse” (Congar, 1968) et qu’ils ont discerné devant Dieu leur devoir d’espacer les naissances, une première voie consiste à limiter les rapports conjugaux aux périodes infécondes, telles que les méthodes de régulation naturelle des naissances permettent de les observer. (…)

« L’autre voie, dont la licéité morale pourrait être admise et le choix confié à la sagesse des époux, consisterait à user des méthodes contraceptives non abortives. S’ils décident d’introduire cette médecine-là dans l’intimité de leur vie sexuelle, les époux seraient conviés à redoubler d’amour mutuel. Celui-ci est seul à pouvoir humaniser l’usage de la technique, au service d’une “écologie humaine de l’engendrement”. »

Ainsi, aux yeux de Bordeyne, la contraception peut non seulement être considérée comme « licite » d’un point de vue moral, mais comme une « médecine », une « technologie » qui peut être « humanisée » parce que les couples catholiques doivent s’aimer deux fois plus lorsqu’ils l’utilisent. Voilà une contradiction de l’enseignement de l’Église et une inversion des valeurs à une échelle monumentale.

Pour revenir au « synode de l’ombre » de mai 2015, celui-ci avait également réfléchi à une nouvelle « théologie de l’amour » qui ouvrirait la voie à l’acceptation des unions homosexuelles. A l’époque, LifeSite avait fait remarquer que Philippe Bordeyne était membre d’un groupe fondé par le cardinal Martini, INTAMS, notamment pour travailler dans cette direction.

Philippe Bordeyne est en effet membre du Conseil académique de l’INTAMS, l’Académie internationale pour la spiritualité conjugale (International Academy for Marital Spirituality), dont le cardinal Danneels était également un membre éminent.

Sous la houlette de Bordeyne, en tant qu’il est membre du conseil académique, l’INTAMS a publié en 2019 un numéro de sa revue semestrielle Marriages, Families and Spirituality sur les « droits des couples homosexuels ». Ces réflexions ont été présentées en septembre dernier par le mensuel catholique belge Tertio sous le titre : « Faire sortir de l’ombre les familles arc-en-ciel » (la présentation de Tertio est disponible ici en anglais). L’INTAMS souligne qu’autrefois, les enfants étaient souvent confiés aux abbayes et aux monastères pour y être élevés : il s’agissait de « foyers composés d’adultes du même sexe (...) et cette pratique était chaleureusement approuvée par l’Eglise et la société. » « Même si, bien sûr, cela est très différent de l’éducation des lesbiennes ou des gays aujourd’hui, cela la présente sous un jour nouveau », écrit Tertio.

L’INTAMS se demande également si la condamnation des actes homosexuels par l’Église s’applique aussi « aux relations amoureuses durables entre membres du même sexe », et explique, comme d’autres avant lui, que les textes bibliques font en fait « référence à des comportements homosexuels pratiqués par des hétérosexuels ». Il s’agit de proposer une modification des enseignements de l’Église sur le mariage, en passant de la capacité à procréer à l’accent mis sur l’engagement pour la vie. L’idée est de « valoriser les familles pour leurs qualités intérieures » et de défendre la « dignité » des couples de même sexe ainsi que de les protéger de la « discrimination ».

S’il est vrai que Bordeyne n’est l’auteur d’aucun des articles publiés dans ce numéro de Marriage, Families and Spirituality, il ne voit visiblement aucun problème à associer son nom à une telle entreprise.

Au cours de l’entretien avec le Père Rosica cité précédemment, Bordeyne a abordé avec prudence la question des unions homosexuelles en disant que c’était une question « difficile ». Il a affirmé que le débat en France sur le « mariage » homosexuel, au moment des manifestations de la Manif pour tous, avait été « un moment difficile pour l’Église ». Il y avait des « divisions dans les familles », a noté Bordeyne, évoquant les propres paroles de Jésus : « Car Je suis venu séparer l’homme d’avec son père, et la fille d’avec sa mère. » Mais il ne s’agissait pas pour Bordeyne d’énoncer clairement l’enseignement de l’Église qui peut effectivement diviser à notre époque, car il a ajouté : « Jusqu’où l’épiscopat peut prendre une parole qui engagera des fidèles, qui peut-être les mettra mal à l’aise ? »


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06 février, 2020

Le cardinal Marto de Fatima vante la réception de la communion de divorcés “remariés”. Et l'exemple très médiatique de Rosalia et Gastão


Dans un article publié en janvier par le quotidien portugais Jornal de Noticias, le cardinal Antonio dos Santos Marto de Leiria-Fatima a officiellement annoncé que deux couples divorcés et « remariés » et une femme divorcée et « remariée » ont été autorisés à recevoir la sainte communion dans son diocèse, « comme n’importe quel catholique ».

Trois autres couples y suivent actuellement un « chemin de discernement » qui leur permettra de recevoir les sacrements après qu’ils auront montré qu’« ils ont une bonne relation foi avec Dieu ».

Le tout premier couple à avoir obtenu une telle autorisation officielle de recevoir la communion avec l'approbation du Cardinal Antonio Marto de Leiria-Fatima, au Portugal, a récemment été identifié et interviewé par un média portugais (merci au Forum catholique qui a signalé cette information).
Il s'agit d'une ancienne catéchiste et d'un homme divorcé, mariés civilement depuis dix ans. Ils sont autorisés à recevoir les sacrements depuis mai 2019 après avoir suivi un « parcours de discernement » organisé par le diocèse de Leiria-Fatima.

Ce « parcours » y a été mis en place dans le sillage d'Amoris laetitia qui ouvre la porte à la communion pour les divorcés engagés dans une nouvelle union alors que leur mariage religieux était valide.

Les noms de Rosalia Rodrigues et de Gastão Crespo ont été révélés mardi dans le tabloïd Correio da Manhã, reconnaissable par ses « unes » criardes et sa préférence pour le sensationnel. La page consacrée à l’affaire rapporte les propos du couple et y ajoute une courte interview accordée par le cardinal Marto. Le pape François l’a nommé cardinal en juin 2018, quelques jours seulement après que Marto eut publié, le 31 mai 2018, une « Note pastorale » donnant « des orientations pastorales en vue d'une meilleure intégration ecclésiale des fidèles divorcés vivant dans une nouvelle union ».

Il est remarquable que cette histoire ait été rendue publique à peu près au même moment où la presse argentine racontait comment le nouveau président de l'Argentine, Alberto Fernandez, a reçu la communion avec sa deuxième maîtresse officielle, Fabiola Yañez, bien qu'il soit divorcé et qu'il travaille activement à la légalisation de l'avortement dans son pays.

Par ailleurs, on retiendra le symbolisme de la date où pour la première fois, Rosalia, 39 ans, et Gastão, 47 ans, de Leiria, ont pu recevoir la communion en tant que couple divorcé et « remarié » : le 13 mai 2019. C’est à-dire la fête de Notre-Dame de Fatima… Depuis lors, ils se disent « en paix» et se sentent à nouveau acceptés comme « enfants de Dieu».

« Nous sommes passés d'un cœur blessé à un cœur en paix. Merci, pape François », a déclaré Rosalia au Correio.

Tous deux étaient catholiques pratiquants et engagés avant d’officialiser leur union adultère par un mariage civil. Selon le Correio, ils se sont mariés civilement il y a dix ans et se sont vus dès lors obligés de « limiter leur participation à l'Eglise », comme ils disent.

« C'était douloureux », confie Rosalia. « C'était comme une grande blessure. J'étais catéchiste et ministre de la communion. Je me suis rendue compte, au moment où je me mariais, que je serais en état d'adultère. » Et Gastão d’ajouter : « Nous n'avons plus jamais reçu la communion. Cela n'avait pas de sens en état de péché. Je reste marié aux yeux de l'Église et nous avions accepté cette conséquence. »

Ce n'est que lorsque le diocèse de Leiria-Fatima, citant explicitement l'exhortation apostolique du pape François, Amoris laetitia, a ouvert des sessions spéciales pour les catholiques divorcés et « remariés » qu'« une lumière a commencé à briller dans la vie de Rosalia et Gastão », raconte le Correio. Ils ont suivi les sessions mises en place par la note pastorale de « Don Antonio », qui suivent explicitement l'orientation donnée par Amoris laetitia. La note cite également comme source les orientations des évêques du Grand Buenos Aires, « approuvées comme magistère authentique par une lettre du Pape », et celles des évêques d'Allemagne, de Malte et d'Émilie-Romagne en Italie. Selon toutes ces directives, Amoris laetitia permet dans certaines conditions de donner les sacrements aux couples divorcés et « remariés » qui demeurent dans leur union illicite bien que leur mariage religieux n'ait pas été jugé nul par un tribunal ecclésiastique.

Le cardinal Marto a répondu à la question du journal populaire de savoir pourquoi il « a décidé d'adopter la vision du pape pour la famille ».

« On n’avait pas encore trouvé pour les conjoints divorcés de voie qui permette de les réintégrer dans la vie de l'Église et de la communauté chrétienne, ce qui, dans ce cas, peut conduire à la pleine réintégration de la réception des sacrements. Personne ne peut rester condamné pour toujours, c'est ce que le Pape a dit », a-t-il répondu.

« L'Eglise doit-elle s'adapter à son temps ? », lui demande le journaliste. « Oui. Elle doit accueillir ces familles, mais ce n'est pas seulement l'affaire des prêtres et des évêques, les communautés doivent en faire autant », a déclaré le cardinal Marto.

Il a présenté officiellement la mise en œuvre de son « chemin de discernement » lorsqu'il a inauguré un nouveau Centre de soutien aux famillese (Centro de Apoio a Familia », CAF) le 10 janvier dernier au séminaire diocésain de Leiria. Ce centre s'adresse aux familles en crise avec une équipe de 21 bénévoles qui leur apporteront un soutien psychologique, médical, juridique et spirituel gratuit.

« La famille est le meilleur et le plus précieux patrimoine immatériel de l'humanité », a déclaré le cardinal Marto. Selon le Jornal de Noticias qui a rendu compte de la cérémonie d'inauguration, le CAF tentera d'aider les couples à rester ensemble, mais il entend aussi « aider les futurs couples divorcés à suivre également ce processus » de discernement.

En juin dernier, un reportage sur Rosalia Rodrigues et Gastão Crespo, complété par une photo de famille qui les montre avec le fils de Gastão par son mariage catholique et les trois petits garçons de cette famille recomposée, tout sourires, a été publié par le journal de leur paroisse, puis repris et republié par le bureau de communication du diocèse de Leiria-Fatima. Titre : « Un témoignage de vie. »

Rosalia et Gastão y expliquaient que malgré leur union civile, ils ne manquaient jamais la messe du dimanche. Ils avaient pris soin de faire baptiser leurs trois garçons en veillant aussi à ce qu’ils soient instruits de leur foi. A moins de se séparer ou de s’engager à vivre comme frère et sœur, la loi de l’Eglise leur interdisait (et leur interdit en réalité toujours) de recevoir les sacrements.

 Si le cardinal Marto n'avait pas institué son « chemin de discernement », les choses en seraient restées là. C'est l'existence de ce "chemin" qui les a conduits à décider de prendre des mesures pour recevoir les sacrements. Lourde responsabilité pour le cardinal…

L'article de juin 2018 – sans doute déjà écrit lorsque Rosalia et Gastão ont pu accéder à la communion –, précisait par ailleurs qu’ils avaient « accepté » pendant leur parcours de devenir catéchistes et de rejoindre leur commission paroissiale.

Ils y racontaient également qu'ils s'étaient rencontrés quelque temps après le divorce de Gastão en 2006 : « Nous sommes tombés amoureux de manière responsable et c'est en pleine conscience des conséquences religieuses de notre union que nous avons décidé de nous marier civilement en 2009 », affirmaient-ils sans broncher.

Rosalia était alors assistante sociale et catéchiste paroissiale à plein temps à Santarém (lieu d'un très beau miracle eucharistique au XIIIe siècle). Gastão était également catéchiste, et engagé dans l'Église. Il s’était marié en 1998 et avait eu un fils. Il dit avoir « essayé par tous les moyens possibles » de se réconcilier avec sa femme, mais sans succès. Il a également déclaré que son mariage était « conscient et responsable » pour lui et sa femme et qu'il était donc valide : « Il n'y avait pas de place pour une procédure de nullité. » En plus de s'occuper de leur fils, Gastão dit qu'il a maintenu une « relation cordiale » avec la mère du garçon.

Le « chemin du discernement » a conduit Rosalia et Gastão à participer à des séances de deux heures toutes les quinzaines pendant six mois. « A la fin de ce magnifique chemin, nous nous sentons appelés à la vocation matrimoniale et à être encore plus proches de Dieu, même sans être unis par le sacrement du mariage », disent-ils.

Oui, vous avez bien lu : appelés dans l'Eglise à la vocation matrimoniale sans union sacramentelle.

Ils espèrent être « un exemple » pour d'autres couples vivant une seconde union.

Parce que le « mariage » sans mariage c’est quand même chouette et joyeux, selon Amoris laetitia !


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02 février, 2020

Le nouveau président d’Argentine, Alberto Fernandez, pro-avortement et divorcé “remarié”, communie au Vatican (et un commentaire de Mgr Aguer)

Pour qui douterait encore des effets concrets du message véhiculé par Amoris laetitia, la récente visite du nouveau président argentin Alberto Fernandez est venue apporter une clarification dont il faudra se souvenir. Vendredi 31 janvier, il était reçu par le pape François, son compatriote : un entretien qui fut long et cordial. L’exhortation apostolique qui ouvre la porte à la communion pour les divorcés remariés a été remise au couple présidentiel par le pape François ; ça tombait bien, Fernandez est « fiancé », comme on dit, depuis 2014 avec l’actrice argentine Fabiola Yañez, qui vit avec lui au palais présidentiel de Buenos Aires et joue le rôle de Première dame. Ce n'est certes pas un “remariage” formel mais une union publique, stable et revendiquée.

Le président argentin s’était marié en 1993 avec Marcela Luchetti, de laquelle il a divorcé en 2005, « laissant » un fils. De 2005 à 2014, il vivait avec Vilma Ibarra, par ailleurs mère de trois enfants. Les thuriféraires de François nous expliqueront peut-être un jour que Fernandez a bénéficié d’une déclaration de nullité de son mariage et qu’il s’est en fait marié secrètement avec son actuelle concubine. Dans cette éventualité hautement improbable, une seule réponse : on s’en fiche, le scandale a été public. Si les mariages catholiques sont publics, ce n’est pas pour des prunes !

L’entretien du président et de sa « copine » avec le pape François a été précédé d’une messe célébrée par un autre compatriote, Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, chancelier de l’Académie pontificale des sciences et de l’Académie pontificale des sciences sociales à laquelle le président argentin, partisan actif de la légalisation de l’avortement, a communié, tout comme sa compagne. Vidéo et preuves sur Infovaticana et en français sur Gloria.tv.

Comble de l’ironie, le pape François prêchait le matin même à Sainte-Marthe à propos de ces catholiques qui vont à la messe le dimanche et qui se disent chrétiens mais qui ont « perdu la conscience du péché ». Il ajoutait que ces chrétiens auraient besoin de quelqu’un qui leur dise la vérité, souhaitant que le Seigneur leur envoie un « prophète » qui leur « donne une petite claque » quand ils se laissent glisser « dans cette atmosphère où tout semble permis ». Evidemment, il évoquait ceux qui paient mal leurs domestiques ou les ouvriers des champs, selon des schémas bien usés…

Et comme si cela ne suffisait pas, la première lecture du jour (dans le Nouvel Ordo) de la messe à laquelle assistaient Alberto et Fabiola correspondait au récit du meurtre d’Urie à l’instigation du roi David qui convoitait sa femme, Bethsabée… Cela aussi, on le voit sur la vidéo.

On se demande combien de temps ils ont pu passer à « discerner » sur tout cela avant de convier le couple présidentiel argentin à une messe spécialement célébrée pour eux…

A tout cela s’ajoute un imbroglio diplomatique : peu après sa rencontre avec le pape François, Alberto Fernandez a envoyé à son hôte un courriel courroucé pour demander pourquoi le communiqué du Vatican sur la visite avait annoncé que le sujet de l’avortement avait été évoqué. Il venait lui-même d’affirmer expressément que tel n’avait pas été le cas, au cours de la conférence de presse donnée à l’ambassade d’Argentine peu après la rencontre.

« Je fais corriger tout de suite », a répondu quelques minutes plus tard le pape, selon la délégation argentine. Fernandez, de son côté, précisait que le thème de l’avortement avait seulement été abordé lors de sa réunion avec le Secrétaire d’Etat, le cardinal Parolin, qui lui « manifesta sa préoccupation par rapport à ce thème, (lui) rappelant que la position de l’Eglise est toujours la défense de la vie dès la conception », selon les dires du président argentin à La Nacion.

Le nouveau communiqué du Vatican précisa donc que « tous les thèmes cités dans le communiqué de presse sur l’audience » avec Fernandez « n’avaient pas été abordés lors de toutes les conversations ».

On a compris. Le pape François n’a pas abordé le sujet. Cela semble avoir été convenu dès avant l’entretien (voir ci-dessous).

De son côté Fernandez a évoqué saint Thomas d’Aquin pour assurer à Parolin que le Docteur angélique n’était pas contre l’avortement « avant l’animation ». Et de suggérer que si l’Eglise catholique perd des fidèles en Argentine au profit des évangéliques c’est parce que ces derniers sont contre l’avortement mais admettent « les méthodes de prévention de la grossesse ».

Lors de sa rencontre avec la presse, à peine sorti de Sainte-Marthe et ayant communié le jour même, Alberto Fernandez a confirmé qu’il ne reculera pas sur le projet de légalisation de l’avortement en Argentine ; le projet gouvernemental sera envoyé au Parlement dès le 1er mars.

Pour que ce dossier soit complet je vous propose ci-dessous ma traduction de l’éditorial publié sur Infocatolica.com par Mgr Hector Aguer, ancien archevêque de La Plata, viré comme un malpropre il y a peu pour laisser la place à un proche du pape François, rédacteur des passages dit « controversés » d’Amoris laetitia, Mgr Victor Manuel « Tucho » Fernandez.

La version originale du texte de Mgr Aguer est ici. – J.S.


*

Le président Alberto Fernandez est un partisan bien connu de la légalisation de l’avortement. J’écris « légalisation » parce que – même si je ne suis pas juriste – je crois que la dépénalisation d’un tel comportement implique d’en faire un acte arbitraire autorisé par la loi et pouvant être librement exécuté. L’une des premières mesures du gouvernement actuel a été de relancer le projet qui avait été rejeté par le Sénat national il y a deux ans. Une modification surprenante a été introduite : comme le Dr Fernandez avait une visite au Souverain Pontife au programme, il a été ajouté que l’État accompagnera la femme enceinte qui décide d’avoir son bébé. Main de fer d’un côté, gant de velours de l’autre.

Nos politiciens sont moralement relativistes, et ils doivent penser que le Pape l’est aussi. Le député Valdéz, ancien ambassadeur près le Saint-Siège, avait déjà déclaré que François « comprendrait ». A la veille de sa rencontre avec le pape, le président a annoncé que le sujet de l’avortement ne serait pas abordé dans la conversation ; le crime abominable – c’est ainsi que le Concile Vatican II a appelé l’avortement – n’est pas un problème majeur comparé à ceux de la pauvreté, de la faim et de la dette. Se pourrait-il qu’il en soit ainsi ? Nous n’avons aucun moyen de le savoir, mais ne pouvons-nous pas penser que le pape serait très attristé si son pays d’origine rejoignait ceux qui ont déjà inclus dans leur législation la permission de tuer impunément des enfants à naître ? Et que cela étant, il ait rappelé au Dr Fernandez – qui s’est identifié comme catholique pour l’occasion – qu’il encourrait une très grave responsabilité devant Dieu en encourageant une telle mesure ? On dit que la question a été discutée à la Secrétairerie d’État. Cela aura-t-il quelque effet ? Parce que ce n’est pas la même chose. On est saisi de voir que le président se soit déclaré fils de l’Église, qu’il ait assisté à la messe avec sa compagne, qu’il ait reçu la Sainte Communion des mains d’un archevêque argentin. C’est incroyable, mais entre compatriotes de même rang tout est finalement possible ! Un scandale de plus, parmi tant d’autres...

Au même moment, le Dr Ginés González García, ministre de la Santé de la Nation, a mis en place un protocole qui permet aux adolescentes de 14 et 15 ans, enceintes à la suite d’un viol, d’avorter à l’insu de leurs parents. Le ministre actuel, au même poste dans une précédente administration, était alors un distributeur enthousiaste de préservatifs. J’ai osé le critiquer publiquement ; il m’a traité de fanatique, entre autres gentillesses, et il a décroché avec une phrase d’anthologie : Dieu pardonne toujours, mais le SIDA ne pardonne pas. Je l’ai corrigé publiquement : Dieu pardonne toujours si nous nous repentons et proposons de faire amende honorable, et non si nous persévérons obstinément dans notre erreur. J’appelle le péché erreur, considérant que dans le grec classique, et dans le Nouveau Testament, le péché est appelé hamartía, substantif du verbe qui signifie rater la cible, se tromper de chemin, s’égarer, s’écarter de la vérité, et donc, pécher volontairement.

Dans son deuxième portefeuille ministériel, le Dr González García n’a pas amélioré son objectif : il s’occupe de promouvoir l’avortement comme solution à un problème de santé publique, comme si la grossesse était une maladie. Il aurait suffisamment de travail à faire s’il s’appliquait à remédier au système de santé lamentable de ce pays ; il n’aurait plus le temps de programmer la liquidation illégitime et immorale des enfants à naître.

Un malentendu fréquent conduit à identifier l’opposition à l’avortement comme une position religieuse, confessionnelle. Elle l’est en effet, mais pas en premier lieu. La raison qui justifie l’opposition à l’avortement est avant tout scientifique : qu’est-ce qui pousse silencieusement dans le sein d’une femme enceinte ? Et qu’est-ce qui pousse de soi-même, et de l’intérieur, comme dirait Platon ? La conviction pro-avortement du président l’a conduit, dans une lettre de 2018, à soutenir que saint Thomas d’Aquin admettait l’élimination de l’embryon avant que celui-ci ne reçoive l’animation définitive de l’âme rationnelle. Comme il ignore manifestement l’œuvre du Docteur commun de l’Église, il ne pouvait pas se rendre compte de ce que même si celui-ci acceptait une animation progressive, et la succession d’âmes végétative, sensible et rationnelle, Thomas reconnaissait l’unité et la continuité de ce processus, raison pour laquelle il affirmait qu’il était immoral de l’interrompre dans l’une de ses étapes. Il l’a enseigné en acceptant les données de la biologie aristotélicienne et l’opinion des scientifiques de son temps, qui a été largement dépassée par les découvertes ultérieures. Il faut cependant noter que dans son étude de l’Incarnation du Fils de Dieu, il laisse de côté l’embryologie ; Jésus, vrai Dieu, est un homme vrai et complet dès le premier instant de sa conception dans le sein de la Vierge Marie.

J’insiste : le principal argument contre l’avortement est d’ordre rigoureusement scientifique. Les études de génétique développées au cours du XXe siècle, notamment celles de Jérôme Lejeune, montrent que l’embryon microscopique a un ADN différent de celui de ses parents ; dès le premier instant de sa conception, il est XX ou XY, une personne mâle ou femelle, un être humain, et non une bestiole d’une autre espèce. Ce n’est pas un appendice du corps de sa mère, de telle sorte qu’elle puisse dire : je fais de mon corps ce que je veux. Il doit être reconnu pour ce qu’il est, et son droit à la vie, à grandir, à naître et à voir la lumière du soleil doit être protégé.

Le crime de l’avortement a été utilisé par les régimes totalitaires et les impérialismes pour empêcher la croissance démographique dans les pays pauvres ; c’est aussi une aspiration typique de la bourgeoisie. C’est dommage pour les partis de gauche qui, dans leur aveuglement idéologique, ne comprennent pas que les femmes pauvres, en général, ne veulent pas abandonner leur petit enfant, même s’il a été conçu contre leur volonté. Elles possèdent un sens de la vie, de l’ordre naturel, méprisé par les sociétés confortables d’un Occident déshumanisé. Chez de nombreux hommes politiques argentins, des préjugés idéologiques ont pris le pas sur la réflexion qui découvre la vérité de l’être ; ils ignorent ou répudient le concept métaphysique de la nature, et ne peuvent donc pas appréhender la réalité qu’elle désigne, et l’ordre naturel qui en découle.

Il faut résister à cette nouvelle tentative « avortiste » de l’Etat qui, si elle se réalise, apportera des malheurs plus grands que ceux que la société argentine subit déjà. Ce serait un pas de plus vers l’abîme de la dégradation de la communauté nationale, le triomphe du matérialisme et de l’individualisme égoïste qui priverait notre peuple de l’avenir digne qu’il mérite.

Mgr Hector Aguer

© leblogdejeannesmits pour la traduction.

ADDENDUM : Mgr Marcelo Sanchez Sorondo a justifié le fait d'avoir donné la communion au couple présidentiel argentin en affirmant – faussement – qu'elle ne peut être refusée qu'en cas d'excommunication expresse. Toute son interview accordée à Diane Montagna de LifeSiteNews à ce propos est à lire : je l'ai traduite ici.




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25 juillet, 2019

L'Institut Jean-Paul II rayé de la carte, le nouvel institut n'enseignera plus la théologie morale fondamentale

Je vous propose ici la traduction d'un article de Diane Montagna de LifeSiteNews sur le nouveau tremblement de terre qui s'est produit à l'Institut Jean-Paul II pour la famille, déjà rebaptisé en octobre 2017 Institut théologique des sciences du mariage et de la famille et dont l'objectif affiché est la mise en œuvre d' Amoris laetitia. Disparition du cours de théologie morale fondamentale, renvoi de deux figures historiques – Mgr Livio Melina et le P. José Noriega, tous deux réputés pour leur orthodoxie doctrinale – suspension de tous les autres professeurs et surtout putsch en faveur du Grand Chancelier Mgr Vincenzo Paglia, désormais doté de pouvoirs exorbitants.

Tous cela a été formalisé par la publication en catimini de nouveaux statuts qui avaient provoqué une levée de boucliers en juin dernier lorsque le corps enseignant en place avaient été invités à donner leur avis sur ce texte dont les effets révolutionneront définitivement le reliquat de l'Institut Jean-Paul II, bel et bien enterré.

Sur les frasques doctrinales et la fresque « homo-érotique » de Mgr Vincenzo Paglia, une rapide recherche sur Internet vous renseignera ad nauseam. – J.S.


*

Tous les professeurs ont été suspendus et le président congédié
 dans le cadre de la " destruction " de l'Institut Jean-Paul II


Dans le cadre d’une attaque contre l'enseignement moral de l'Église catholique, aux dires de ceux qui la dénoncent, le successeur du cardinal Carlo Caffarra à l'Institut du mariage et de la famille fondé par Jean-Paul II a été mis à l’écart, tandis que le cours de théologie morale fondamentale et spécialisée de l'Institut a été supprimé.

Mgr Livio Melina, titulaire de la Chaire de Théologie morale fondamentale, et le P. José Noriega, titulaire de la Chaire de Théologie morale spécialisée, n'enseigneront plus à l'Institut à partir de cet automne. Le sort d'autres professeurs également fidèles à l'enseignement de l'Église sur le mariage et la famille demeure inconnu.

Le média catholique italien, La Nuova Bussola Quotidiana, a annoncé mardi que la veille, à la suite de l'approbation des nouveaux statuts de l'Institut théologique pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, tous les professeurs ont reçu une lettre annonçant leur suspension officielle, en attendant les décisions qui vont être prises au sujet des cours pour la prochaine année universitaire et de leurs professeurs.

Selon certaines informations, la lettre informait également les professeurs que chacun connaîtrait son sort dans les jours à venir. Alors qu'on s'attend à ce que la plupart des professeurs soient reconfirmés, le couperet est tombé pour les deux hommes qui symbolisent le mieux l'époque de Jean-Paul II : Mgr Livio Melina et le P. José Noriega.

Ce coup d'État a été mené sous la direction du nouveau Grand Chancelier de l'Institut, Mgr Vincenzo Paglia, et vise à mettre en œuvre le décret Summa familiae cura signé par le pape François en 2016, qui crée ainsi un nouvel institut. Ce décret de septembre 2016 a été publié quelques jours à peine après la mort du cardinal Caffarra.

Le rédacteur en chef de La Nuova Bussola, Riccardo Cascioli, a souligné dans son article la portée du licenciement de Mgr Livio Melina, successeur du président fondateur de l'Institut Jean-Paul II, le cardinal Carlo Caffarra. Dans la lettre qu'il a reçue lundi, Mgr Melina a été informé que l’enseignement de la théologie morale fondamentale a été éliminé dans les nouveaux statuts, et qu'il n'y a donc pas de poste pour lui.

Soulignant le rôle de plus en plus important joué par Mgr Melina dans l'expansion et la croissance de l'Institut JPII, Riccardo Cascioli note que Melina est entrée à l'Institut comme étudiant au moment de sa fondation en 1982. En 1985, il fut le premier étudiant à y obtenir le doctorat.

Melina a également été au service de la Congrégation pour la Doctrine de la foi pendant six ans. Il a soutenu avec succès sa thèse de doctorat sur « La conscience morale chez saint Thomas d'Aquin » en présence du cardinal Josef Ratzinger, alors préfet.

En 1986, Mgr Melina a commencé à enseigner la théologie morale fondamentale à l'Institut JPII et, en 1991, il est devenu professeur titulaire, succédant ainsi au cardinal Caffarra comme directeur du département. En 2002, il a été nommé vice-président de l'Institut. Mgr Melina est président de l'Institut Jean-Paul II depuis 2006, poste qu'il a occupé jusqu'en 2016. Mais au moment des deux synodes sur la famille et de la publication d'Amoris Laetitia, Melina a été remplacée par Monseigneur Pierangelo Sequeri, musicologue et théologien.

Cascioli note aussi que les dix ans de la présidence de Mgr Melina auront été une période d'« expansion maximale » de l'Institut. Au cours de la dernière année de sa présidence, l’Institut comptait 516 étudiants à Rome et 3.200 étudiants dans le monde entier dans ses six centres. La recherche à l'Institut a également connu une progression importante sous la direction de Mgr Melina, particulièrement dans le domaine de la théologie morale, grâce à des conférences, des publications et à la collaboration internationale. La recherche en théologie sacramentelle et sur la pensée de Jean-Paul II se sont également développées, en particulier grâce à la Chaire Wojtyła confiée au philosophe polonais Stanislaw Grygiel, un grand ami du Pape polonais.

Mgr Melina a continué à enseigner la théologie morale à l'Institut après qu’il a  été destitué de son poste de président, mais « ses jours étaient clairement comptés », écrit Cascioli. « Il était clair qu'il était le pilier à abattre pour faire tomber toute la structure. »

« L'œuvre de destruction, commencée par le (décret) du Pape François qui a créé un nouvel institut confié à Monseigneur Vincenzo Paglia en tant que Grand Chancelier, est maintenant dans une phase décisive avec l'approbation des nouveaux statuts et du nouveau programme », ajoute Casioli.
Mgr Paglia et Mgr Sequeri ont consulté les professeurs de l'Institut et leur ont fait croire que leur révision des anciens statuts, soumise en mars 2019, serait prise en considération. Après avoir fait attendre les professeurs pendant quatre mois sans nouvelles, Mgr Paglia a publié sa propre version des nouveaux statuts, qu'il avait déjà essayé d'imposer en juin – mais les professeurs s’étaient rebellés. Cette procédure est donc perçue par certains comme une « imposition totalitaire » des nouveaux statuts.

Les nouveaux statuts (art. 5, 25-39) confèrent également un pouvoir sans précédent à l'archevêque en tant Grand Chancelier. Dans d'autres universités pontificales, le rôle du Grand Chancelier est plus formel. Selon les nouveaux statuts, Paglia a le pouvoir d'engager et de licencier des professeurs, de nommer le président et le vice-président. Elle le rend aussi omniprésent dans toutes les structures internes de l'Institut, même si son curriculum vitae révèle qu'il n'est même pas titulaire d'un doctorat.
En ce qui concerne le contenu des cours du nouvel Institut, les statuts ont éliminé les cinq programmes de Master proposés : Master en bioéthique, en sexualité et fertilité, en conseil familial, en pastorale familiale et en études sur le mariage et la famille. Des médecins, des infirmières, des avocats, des psychiatres, des psychologues, des catéchistes et des enseignants ont suivi ces formations et obtenu les diplômes à l’Institut.

Les programmes de licence et de doctorat ont été conservés, mais on ne trouve dans les statuts aucune référence explicite à Jean-Paul II, à la théologie du corps ou à Humanae Vitae.

L'article 89 des statuts précise que la période de transition en vue du nouveau programme d'études sera de trois ans. Le nouveau et l'ancien programme existeront donc côté à côte pendant les trois prochaines années, mais sans le bénéfice de l’enseignement de Mgr Melina, du P. Noriega, et peut-être de quelques autres professeurs orthodoxes et qualifiés.

Diane Montagna, LifeSiteNews



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07 avril, 2018

Déclaration finale du colloque “Église catholique, où vas-tu ?”, Rome, le 7 avril 2018

"C’est pourquoi, nous témoignons et confessons…"


Déclaration finale du colloque “Eglise catholique, où vas-tu ?”, Rome, le 7 avril 2018


En raison des interprétations contradictoires de l’exhortation apostolique Amoris lætitia, la confusion et le désarroi vont croissant parmi les fidèles du monde entier.

La demande urgente d’environ un million de fidèles, de plus de 250 professeurs et aussi de cardinaux d’une réponse clarificatrice du Saint-Père à ce sujet n’a toujours pas été entendue.

Devant le grave danger que cela cause à la foi et à l’unité de l’Église, nous, baptisés et confirmés, membres du Peuple de Dieu, nous sommes appelés à réaffirmer notre foi catholique.

Le Concile Vatican II nous autorise et nous encourage à le faire, lui qui, dans Lumen gentium, n. 33, déclare : « Ainsi, tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même “à la mesure du don du Christ”(Ep 4, 7). »

Le bienheureux John Henry Newman nous y encourage aussi, lui qui, dans un écrit que l’on peut dire prophétique, Sur la consultation des fidèles en matière de doctrine, indiquait, déjà en 1859, l’importance du témoignage de la foi de la part des laïcs.

C’est pourquoi, nous témoignons et confessons selon l’authentique tradition de l’Eglise que: 

1) Le mariage ratifié et consommé entre deux baptisés ne peut être dissous que par la mort.

2) Ainsi, les chrétiens qui, unis par un mariage valide, s’unissent à une autre personne alors que leur conjoint est encore en vie, commettent le grave péché d’adultère.

3) Nous sommes convaincus qu’il existe des commandements moraux absolus, qui obligent toujours et sans exception.

4) Nous sommes également convaincus qu’aucun jugement subjectif de conscience ne peut rendre bonne et licite une action intrinsèquement mauvaise.

5) Nous sommes convaincus que le jugement sur la possibilité d’administrer ou non l’absolution sacramentelle ne repose pas sur la question de l'imputabilité du péché commis, mais sur le propos du pénitent d’abandonner un mode de vie contraire au commandement divin.

6) Nous sommes enfin convaincus que les divorcés « remariés » civilement, qui ne sont pas disposés à vivre dans la continence, se trouvant dans une situation objectivement opposée à la loi de Dieu et ne peuvent accéder à la communion eucharistique.

Notre Seigneur Jésus-Christ dit : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 31-32).

Dans cette assurance, nous confessons notre foi devant le suprême pasteur et maître de l’Eglise en même temps que devant les évêques, et nous leur demandons de nous confirmer dans la foi.

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05 février, 2018

Mgr Elmar Fischer signe la “Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel” aux côtés de Mgr Schneider et les évêques du Kazakhstan

Mgr Elmar Fischer
Encore une excellente nouvelle que m'annonce Mgr Athanasius Schneider : Mgr Elmar Fischer, évêque émérite de Feldkirch en Autriche, vient de rejoindre les signataires originaux de la mise au point sur le mariage sacramentel publiée début janvier par les trois évêques du Kazakhstan.

Cette mise au point qui condamne les normes d'application d'Amoris laetitia qui dans plusieurs diocèses prévoient d'admettre à la communion des divorcés « remariés » a désormais dix signataires :

• Tomash Peta, Archevêque Métropolite de l´archidiocèse de Sainte Marie en Astana
• Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque de Karaganda
• Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l´archidiocèse de Sainte Marie en Astana

• le cardinal Pujats, archevêque émérite de Riga,
• Mgr Vigano, ancien nonce apostolique aux Etats-Unis
Mgr Luigi Negri, ancien évêque de Ferrara (Italie)
Mgr Andreas Laun, ancien évêque auxiliaire de Salzbourg

Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire de Coire (Suisse)
• Mgr René Gracida, évêque émérite de Corpus Christi (Etats-Unis)

Et maintenant :

• Mgr Elmar Fischer, évêque émérite de Feldkirch en Autriche.

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02 janvier, 2018

Mgr Schneider et les évêques du Kazakhstan font une mise au pojnt sur le mariage sacramentel et rejettent les normes d'application d'“Amoris laetitia”


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C'est une véritable profession de foi de la part d'évêques catholiques qui jugent ne pas pouvoir garder le silence à propos des normes d'application d'“Amoris laetitia” ouvrant la porte à la communion pour les divorcés-« remariés ». On pense forcément aux directives des évêques du grand Buenos Aires approuvées par une lettre privée du pape François à ses compatriotes argentins qui vient d'être dotée d'un statut officiel dans l'Eglise. Oui, la confusion est grande, et la profession de foi de Mgr Schneider et de deux évêques en exercice du Kazakhstan est à lire. 

On retiendra notamment ce paragraphe : « L’Église ne possède pas le charisme infaillible de juger de l’état interne de grâce d’un fidèle (cf. Concile de Trente, sect. 24, cap. 1). La non-admission à la Sainte Communion des « divorcés-remariés » ne revient donc pas à juger leur état de grâce devant Dieu mais à juger le caractère visible, public et objectif de leur situation. À cause de la nature visible des sacrements et de l’Église même, la réception des sacrements dépend nécessairement de la situation correspondante, visible et objective, des fidèles. » Le nœud de la question est là en effet : ce n'est pas par rigorisme ou manque de charité que la communion est refusée à des personnes qui peuvent avoir des circonstances atténuantes ou une culpabilité diminuée, mais justement parce que l'Eglise se refuse à juger le for interne. Seul Dieu sonde les reins et les cœurs… – J.S.

Profession des vérités immuables
sur le mariage sacramentel


Après la publication de l’exhortation apostolique ‘Amoris laetitia’ (2016), divers évêques ont émané, au niveau local, régional et national, des normes d’application sur la discipline sacramentelle des fidèles, dits « divorcés-remariés » qui, bien que le conjoint auquel ils sont unis par un lien valide du mariage sacramentel vive encore, ont toutefois entamé une cohabitation stable à la manière des époux avec une personne autre que leur conjoint légitime.

Ces normes prévoient entre autres que, dans des cas individuels, les personnes dites « divorcées-remariées » puissent recevoir le sacrement de Pénitence ainsi que la Sainte Communion bien qu’ils continuent de vivre habituellement et intentionnellement à la manière des époux avec une personne autre que leur conjoint légitime. De telles normes pastorales ont reçu l’approbation de plusieurs autorités hiérarchiques. Quelques-unes de ces normes ont même reçu l’approbation de l’autorité suprême de l’Église.

La diffusion de telles normes pastorales approuvées ecclésiastiquement, a causé une confusion notable et toujours plus grande tant chez les fidèles que dans le clergé. Confusion qui touche tellement au cœur de la vie de l’Église par des manifestations comme le mariage sacramentel, la famille, église domestique, et le sacrement de la Très-Sainte-Eucharistie.

D’après la doctrine de l’Église, une église domestique n’est constituée que par le seul lien matrimonial sacramentel (cf. Concile Vatican II, Lumen gentium 11). L’admission des fidèles dits « divorcés-remariés » à la Sainte-Communion, qui est l’expression la plus haute de l’unité du Christ-Époux avec Son Église, signifie dans la pratique l’approbation ou légitimation du divorce. En ce sens, elle introduit en quelque sorte le divorce dans la vie de l’Église.

Les normes pastorales évoquées contribuent de fait et dans le temps à la diffusion de « l’épidémie du divorce » (expression utilisée par le Concile Vatican II, cf. Gaudium et spes 47). Cette diffusion de « l’épidémie du divorce » intervient dans la vie même de l’Église, alors même que l’Église, par sa fidélité inconditionnelle à la doctrine du Christ, devrait être un rempart et un signe incomparable de contradiction contre la plaie du divorce toujours plus répandue dans la société civile.

De manière absolument univoque et sans admettre aucune exception, Notre Seigneur et Rédempteur Jésus Christ a solennellement reconfirmé la volonté de Dieu quant à l’interdiction absolue du divorce. Une approbation ou légitimation de la violation de la sacralité du lien matrimonial, même indirectement par la nouvelle discipline sacramentelle évoquée, contredit gravement la volonté expresse de Dieu et Son commandement. Une telle pratique altère donc substantiellement la discipline sacramentelle bimillénaire de l’Église, ce qui entraînera aussi avec le temps une altération de la doctrine correspondante.

Le Magistère constant de l’Église, commençant avec les enseignements des Apôtres et celui de tous les Souverains Pontifes, a conservé et fidèlement transmis l’enseignement cristallin du Christ sur l’indissolubilité du mariage : tant la doctrine (dans la théorie) que la discipline sacramentelle (dans la pratique). Elle l’a fait sans équivoque, sans l’ombre d’aucun doute et toujours dans les mêmes sens et signification (eodem sensu eademque sententia).

Parce qu’établie par Dieu, la discipline des sacrements ne doit jamais contredire la parole révélée de Dieu ni la foi de l’Église dans l’indissolubilité absolue du mariage ratifié et consommé.

« Non seulement les sacrements supposent la foi, mais encore, par les paroles et les choses, ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l’expriment ; c’est pourquoi ils sont dits sacrements de la foi » (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, 59). « Même l’autorité suprême dans l’Église ne peut changer la liturgie à son gré, mais seulement dans l’obéissance de la foi et dans le respect religieux du mystère de la liturgie » (Catéchisme de l’Église Catholique 1125). La foi catholique, par sa nature, exclut une contradiction formelle entre la foi professée d’un côté et la vie et la pratique des sacrements de l’autre. C’est en ce sens qu’on peut comprendre l’affirmation suivante du Magistère : « Ce divorce entre la foi dont ils se réclament et le comportement quotidien d’un grand nombre est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps » (Concilio Vatican II, Gaudium et spes 43) et « la pédagogie concrète de l’Église doit toujours être liée à sa doctrine et jamais séparée d’elle » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio 33).

Au vu de l’importance vitale que constituent tant la doctrine que la discipline du mariage et de l’Eucharistie, l’Église est obligée de parler d’une seule voix. Les normes pastorales sur l’indissolubilité du mariage ne doivent donc pas se contredire d’un diocèse à l’autre, d’un pays à l’autre. Depuis les temps apostoliques, l’Église a observé ce principe comme l’atteste saint Irénée de Lyon : « En effet, l'Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu'aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (…) la garde avec soin, comme n'habitant qu'une seule maison, elle y croit d'une manière identique, comme n'ayant qu'une seule âme et qu'un même cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d'une voix unanime, comme ne possédant qu'une seule bouche » (Adversus haereses I, 10, 2). Saint Thomas d’Aquin nous transmet le même principe pérenne de la vie de l’Église : « Il n’y a qu’une seule et même foi depuis les Anciens jusqu’aux Modernes, autrement, ce ne serait pas la même et unique Église (Questiones Disputatae de Veritate, q. 14, a. 12c).

L’admonition du Pape Jean-Paul II demeure actuelle et valide : « la confusion créée dans la conscience de nombreux fidèles par les divergences d'opinions et d'enseignements dans la théologie, dans la prédication, dans la catéchèse, dans la direction spirituelle au sujet de questions graves et délicates de la morale chrétienne, finit par amoindrir, presque au point de l'effacer, le véritable sens du péché ? » (Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitenia, 18).

À la doctrine et à la discipline sacramentelle sur l’indissolubilité du mariage ratifié et consommé, s’applique pleinement le sens des affirmations suivantes du Magistère de l’Église :

·      « En effet l’Église du Christ, gardienne et protectrice des dogmes dont elle a reçu le dépôt, n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien ; mais ce qui est ancien, qui a pris forme aux temps anciens et que la foi des Pères a semé, elle met tout son soin à le polir et à l’affiner de manière que ces anciens dogmes de la doctrine céleste reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, et qu’ils croissent seulement selon leur genre, c’est-à-dire dans la même doctrine, dans le même sens, dans la même pensée » (Pie IX, Bulle dogmatique Ineffabilis Deus).

·      « Quant à la substance de la vérité, l’Église a, devant Dieu et les hommes, le devoir sacré de l’annoncer, de l’enseigner sans aucune atténuation, comme le Christ l’a révélée et il n’est aucune condition de temps qui puisse atténuer la rigueur de cette obligation. Ce devoir lie en conscience tout prêtre à qui est confiée la charge d’enseigner, d’admonester et de guider les fidèles » (Pie XII, Discours aux curés et aux prédicateurs de Carême, 23 mars 1949).

·      « L’Église n’historicise pas, ne relativise pas sa nature au gré des métamorphoses de la culture profane. La nature de l’Église est toujours égale et fidèle à elle-même, telle que le Christ la voulut et que l’authentique tradition la perfectionna » (Paul VI, Homélie du 28 octobre 1965).


·      « Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme éminente de charité envers les âmes » (Paul VI, Encyclique Humanae Vitae, 29).

·      « Aussi ne cesse-t-elle de faire entendre ses appels et ses encouragements à résoudre les difficultés conjugales éventuelles sans jamais falsifier ni compromettre la vérité » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio, 33).

·      « L'Église n'est ni l'auteur ni l'arbitre d'une telle norme [de la loi morale divine]. Par obéissance à la vérité qui est le Christ, dont l'image se reflète dans la nature et dans la dignité de la personne humaine, l'Église interprète la norme morale et la propose à tous les hommes de bonne volonté, sans en cacher les exigences de radicalisme et de perfection » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio, 33).

·       « L’autre principe est celui de la vérité et de la cohérence, en vertu duquel l’Église n’accepte pas d’appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien. En se fondant sur ces deux principes complémentaires, l’Église ne peut qu’inviter ses fils qui se trouvent dans ces situations douloureuses à s’approcher de la miséricorde divine par d’autres chemins, sans que ce soit cependant celui des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, tant qu’ils ne remplissent pas les conditions requises ». (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitentia, 34).

·      « La fermeté de l’Église dans sa défense des normes morales universelles et immuables n’a rien d’humiliant. Elle ne fait que servir la vraie liberté de l’homme : du moment qu’il n’y a de liberté ni en dehors de la vérité ni contre elle » (Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 96).

·      « Par rapport aux normes morales qui interdisent le mal intrinsèque, il n’y a de privilège ni d’exception pour personne. Que l’on soit le maître du monde ou le dernier des ‘misérables’ sur la face de la terre, cela ne fait aucune différence : devant les exigences morales, nous sommes tous absolument égaux » (Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 96).

·      « Le devoir de réaffirmer cette non-possibilité d’admettre à l’Eucharistie [les divorcés remariés] est une condition de vraie pastorale, d’authentique préoccupation pour le bien de ces fidèles et de toute l’Église, parce qu’il indique les conditions nécessaires pour la plénitude de cette conversion, à laquelle tous sont toujours invités » (Conseil Pontifical pour les textes législatifs, Déclaration sur la communion pour les personnes divorcées et remariées, 24 juin 2000).

En tant qu’évêques catholiques, suivant l’enseignement du Concile Vatican II, nous devons défendre l’unité de la foi et la discipline commune de l’Église et veiller à faire surgir pour tous les hommes la lumière de la pleine vérité (cf. Lumen gentium, 23). Face à la confusion actuellement toujours grandissante, nous sommes ainsi obligés en conscience de professer l’immuable vérité et la discipline sacramentelle tout aussi immuable sur l’indissolubilité du mariage, conformément à ce qu’enseigne le Magistère de l’Église de manière inaltérable depuis 2000 ans. Dans cet esprit, nous réaffirmons que :
·      Les rapports sexuels entre des personnes non liées par un mariage valide – ce qui est le cas des « divorcés-remariés » – sont toujours contraires à la volonté de Dieu et constituent une grave offense faite à Dieu.

·      Aucune circonstance ou finalité, pas même une possible imputabilité ou une diminution de la culpabilité, ne peuvent rendre de telles relations sexuelles moralement positives ou agréables à Dieu. Cela vaut pour tous les autres préceptes négatifs des Dix Commandements de Dieu. En effet, « il y a des actes qui, par eux-mêmes et en eux-mêmes, indépendamment des circonstances, sont toujours gravement illicites, en raison de leur objet. (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitenia,, 17).

·      L’Église ne possède pas le charisme infaillible de juger de l’état interne de grâce d’un fidèle (cf. Concile de Trente, sect. 24, cap. 1). La non-admission à la Sainte Communion des « divorcés-remariés » ne revient donc pas à juger leur état de grâce devant Dieu mais à juger le caractère visible, public et objectif de leur situation. À cause de la nature visible des sacrements et de l’Église même, la réception des sacrements dépend nécessairement de la situation correspondante, visible et objective, des fidèles.

·      Il n’est pas moralement licite d’entretenir des rapports sexuels avec une personne qui n’est pas le conjoint légitime pour éviter soi-disant un autre péché. En effet, la Parole de Dieu enseigne qu’il n’est pas licite de « faire le mal afin qu’advienne le bien » (Rm 3, 8).

·      L’admission de telles personnes à la Sainte-Communion ne peut être permise que lorsque, avec l’aide de la grâce de Dieu et un accompagnement pastoral individualisé et patient, ils se proposent sincèrement désormais de cesser de tels rapports sexuels et d’éviter le scandale. C’est ainsi que se sont toujours exprimés dans l’Église le véritable discernement et l’authentique accompagnement pastoral.

·      Les personnes ayant des rapports sexuels non conjugaux violent par ce style de vie le lien nuptial indissoluble envers leur conjoint légitime. Pour cette raison, ils ne sont pas capables de participer « en esprit et en vérité » (cf. Jn 4, 23) au repas des noces eucharistiques du Christ, suivant la parole du rite de la Sainte-Communion « Heureux les invités au repas de noces de l’Agneau ! » (Ap 19, 9).

·      Accomplir la volonté de Dieu, révélée dans Ses Dix Commandements et dans son interdiction explicite et absolue du divorce, constitue le vrai bien spirituel de la personne ici-bas sur terre et la conduira à la vraie joie de l’amour dans le salut pour la vie éternelle.

Les évêques, par leur office pastoral, doivent veiller fidèlement sur la foi catholique reçue des Apôtres (« cultores catholicæ et apostolicæ fidei » : cf. Missale Romanum, Canon Romanus). Nous sommes conscients de cette grave responsabilité et de notre devoir face aux fidèles qui attendent de nous une profession publique et sans équivoque de la vérité et de la discipline immuable de l’Église sur l’indissolubilité du mariage. Pour cette raison, il ne nous est pas permis de nous taire.

Nous affirmons ainsi, dans l’esprit de saint Jean-Baptiste, de saint John Fisher, de saint Thomas More, de la bienheureuse Laura Vicuña et de nombreux confesseurs et martyrs, connus et inconnus, de l’indissolubilité du mariage :

Il n’est pas permis (non licet) de justifier, d’approuver ou de légitimer, ni directement, ni indirectement, le divorce et une relation sexuelle stable non conjugale en admettant les soi-disant « divorcés-remariés » à la Sainte-Communion, puisqu’il s’agit en ce cas d’une discipline étrangère à toute la Tradition de la foi catholique et apostolique.

En faisant cette profession publique devant notre conscience et devant Dieu qui nous jugera, nous sommes sincèrement convaincus d’avoir ainsi rendu un service de charité dans la vérité à l’Église de notre temps et au Souverain Pontife, Successeur de Pierre et Vicaire du Christ sur la terre.

31 décembre 2017, Fête de la Sainte-Famille, en l’année du centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fátima.

+ Tomash Peta, Archevêque Métropolite de l´archidiocèse de Saint Marie en Astana
+ Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque de Karaganda
+ Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l´archidiocèse de Saint Marie en Astana





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