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07 mai, 2025
Conclave : la « synodalité », enjeu majeur – et inquiétant – du futur pontificat
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11 novembre, 2022
Synode sur la synodalité : “Le Saint-Esprit n’a strictement rien à voir avec ça”, affirme Mgr Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc
Le processus synodal est-il un instrument pour transformer l’Église ?Le jeudi 27 octobre à Rome, le Secrétariat du Synode des évêques à Rome a présenté le document de travail en vue de la « phase continentale » du synode Pour une Église synodale : communion, participation et mission. La présentation eut lieu à l’occasion d’une conférence de presse à la Salle de presse du Saint-Siège, présidée par le cardinal Grech. Le document s’intitule Elargis l’espace de ta tente (Is 54, 2). Le Secrétariat du Synode des évêques doit par la suite, en s’appuyant sur l’ensemble des documents finaux issus des rencontres qui se sont tenues sur les différents continents, établir l’Instrumentum Laboris, le document de travail qui servira aux réunions synodales de 2023 et 2024.Un mot sert de mantra à ce processus : « écouter ». Ecouter qui ? Tout le monde. Le document de travail contient un nombre important de citations. « Ces citations ont (…) été choisies parce qu’elles expriment de manière particulièrement puissante, heureuse ou précise un sentiment qui revient dans de nombreux résumés. (…) L’expérience du synode peut être lue comme un parcours de la reconnaissance pour ceux qui ne se sentent pas suffisamment reconnus dans l’Église. » Les contours du processus synodal se font de plus en plus nets. Celui-ci sert de mégaphone aux opinions non conformes à l’enseignement de l’Eglise. Le document souligne ce à quoi devra aboutir le chemin synodal : « une Église synodale qui apprend de l’écoute comment renouveler sa mission évangélisatrice à la lumière des signes des temps, afin de continuer à offrir à l’humanité une manière d’être et de vivre dans laquelle tous peuvent se sentir inclus et protagonistes ».Qui sont ceux qui se sentent exclus ? « Parmi ceux qui demandent un dialogue plus significatif et un espace plus accueillant, nous trouvons également ceux qui, pour diverses raisons, ressentent une tension entre l’appartenance à l’Église et l’expérience de leurs propres relations affectives, comme par exemple : les divorcés remariés, les familles monoparentales, les personnes vivant dans un mariage polygame, les personnes LGBTQ, etc. » Tous ceux, en somme, qui ne sont pas d’accord avec les enseignements de l’Église catholique. Le document de travail semble proposer que nous dressions une liste de doléances, pour ensuite en débattre. La mission de l’Église est tout autre. Elle n’est pas d’examiner toutes les opinions, après quoi on peut se contenter de trouver un petit arrangement. Notre Seigneur nous a laissé un commandement bien différent : annoncez la vérité ; c’est la vérité qui vous rendra libres. La remarque selon laquelle l’Église ne prête pas attention à la polygamie est particulièrement frappante. Notons au passage que le document ne prête aucune attention aux traditionalistes, qui eux aussi se sentent exclus. Ils l’ont même littéralement été par le pape François (Traditionis Custodes). Il s’agit manifestement d’un groupe qui ne bénéficie pas de la moindre empathie.Le processus synodal tient plutôt à ce jour de l’expérience sociologique, et n’a pas grand-chose à voir avec le Saint Esprit, censé ici se faire entendre à travers n’importe quel bruit. Une telle approche peut quasiment être qualifiée de blasphématoire. Ce qui devient de plus en plus évident, c’est que le processus synodal sera utilisé pour faire changer un certain nombre de positions de l’Église, et pour couronner le tout, le Saint-Esprit Lui-même sera jeté dans la bagarre en tant que promoteur des idées nouvelles, alors qu’à travers les siècles, le Saint-Esprit a tout de même soufflé leur exact contraire. Ce que l’on peut surtout constater à travers les séances d’écoute, c’est une foi vidée de son contenu, qu’on ne met plus en pratique et qui n’accepte pas les prises de position de l’Eglise. On s’y plaint de ce que l’Église n’accepte pas les points de vue de ces personnes. Au demeurant, ce n’est pas tout à fait exact. Les évêques flamands et allemands font avec elles un bon bout de chemin, ce qui est finalement encore bien plus tragique. Ils ne veulent plus appeler le péché, péché. C’est pour cette raison que la conversion et la contrition sont exclues du débat.On pourra s’attendre à des appels à admettre les femmes au sacerdoce : « le rôle actif des femmes dans les structures de gouvernance des organes de l’Église, la possibilité pour les femmes ayant reçu une formation adéquate de prêcher dans le cadre paroissial, le diaconat féminin, (…) l’ordination sacerdotale des femmes ». Exercice vain, étant donné que les trois derniers pontificats ont explicitement proclamé que cela est impossible. Dans le domaine de la politique, tout est susceptible d’être discuté et débattu. Il n’en va pas de même dans l’Église. Nous disposons d’une chose qu’on appelle la doctrine de l’Église, et qui ne dépend ni du temps ni du lieu. Mais le document de travail semble véritablement vouloir tout remettre en question. On lit par exemple au paragraphe 60 : « L’appel à une conversion de la culture ecclésiale, pour le salut du monde, est lié concrètement à la possibilité d’établir une nouvelle culture, avec de nouvelles pratiques, structures et habitudes. » Et encore ceci : « Les évêques sont invités à identifier les moyens appropriés pour mener à bien leur tâche de validation et d’approbation du Document final, en s’assurant qu’il soit bien le fruit d’un chemin authentiquement synodal, respectueux du processus qui a eu lieu et fidèle aux différentes voix exprimées par le Peuple de Dieu sur chaque continent. » Visiblement, on réduit la fonction épiscopale à la simple mise en œuvre de ce qui représentera, au bout du compte, le plus grand dénominateur commun résultant d’une espèce de tombola des opinions. L’étape finale du processus synodal ne pourra qu’aboutir à une foire d’empoigne. On peut affirmer dès aujourd’hui que tous ceux qui n’auront pas obtenu ce qu’ils voulaient se plaindront d’avoir été exclus. C’est par nature une formule qui mène au désastre. Si chacun obtient ce qu’il veut – ce qui en réalité, n’est pas possible – le désastre sera complet. L’Église se sera alors reniée elle-même, et elle aura saccagé son identité.Lors de la présentation du document de travail, le cardinal Grech a vraiment dépassé les bornes en affirmant que la tâche de l’Église est d’agir comme un amplificateur de tout bruit provenant de l’Église, même si ce bruit contredit frontalement ce que l’Église a toujours proclamé. Jadis, on procédait autrement. À l’époque de la Contre-Réforme, l’Eglise ne laissait aucune place au manque de clarté quant à l’expression de ses positions. On peut convaincre les gens en défendant la foi catholique de manière argumentée et avec une entière conviction. On ne convainc personne en se contentant d’écouter et de s’en tenir là. Ce qui est fâcheux, c’est que les évêques ont été chargés d’écouter, puis de consigner ce qui avait été dit. Leurs résumés ont ensuite été regroupés au niveau des provinces ecclésiastiques pour être transmis à Rome. Ces résumés portent la signature de la conférence épiscopale au pied de leurs lots d’hérésies. Nous ne pouvions pas faire autrement, mais je n’en suis décidément pas ravi. D’ailleurs, de nombreux cardinaux ont fait entendre de telles critiques à Rome, demandant une nouvelle fois ce qu’est exactement la synodalité. Il n’y a pas eu de réponse claire à ce jour.Jésus avait une approche très différente. Il écouta, sur le chemin d’Emmaüs, les deux disciples déçus. Mais à un moment donné, Il prit la parole, et Il leur fit comprendre qu’ils étaient en train de faire fausse route. Cela les amena à faire demi-tour et à retourner à Jérusalem. Si nous ne faisons pas demi-tour, nous atterrirons à Emmaüs, encore plus égarés que nous ne le sommes déjà.Une chose, cependant, me saute aux yeux. Dieu est en dehors du cadre de ce navrant processus synodal. Le Saint-Esprit n’a strictement rien à voir avec lui. Parmi les protagonistes de ce processus figurent, à mon sens, un petit peu trop de défenseurs du mariage homosexuel, des individus qui ne pensent pas vraiment que l’avortement est un problème et qui ne se montrent jamais les authentiques défenseurs du riche héritage de foi de l’Eglise ; et qui veulent avant tout être aimés par leur entourage mondain. Quel manque d’esprit pastoral, quel manque d’amour. Les gens veulent des réponses justes et droites. Ils ne veulent pas rentrer chez eux alourdis d’encore plus de questions. Cela aboutit à empêcher les gens d’accéder au salut. Entre-temps, pour ma part, j’ai décroché du processus synodal.
+Rob Mutsaerts
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14 septembre, 2022
Mgr Athanasius Schneider affirme qu’on peut recevoir les sacrements des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X en raison de la “crise de l'Eglise”
Dans une séance de questions-réponses organisée par la « Confraternity of Our Lady of Fatima », Mgr Athanasius Schneider vient de déclarer que les catholiques peuvent recevoir les sacrements des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X.
La Fraternité Saint-Pie X n’est pas en dehors de l'Eglise, car elle n’est pas schismatique. Seuls les quatre évêques qui avaient été ordonnés furent excommuniés, et en 2009, le pape Benoît XVI a levé ces sanctions ecclésiastiques ; il n’existe donc aucune excommunication formelle de qui que ce soit dans la Fraternité Saint-Pie X du point de vue canonique. Il n’y a pas eu d’excommunication formelle, et ils ne sont donc pas en dehors de l’Eglise. Il peut certes y avoir des situations canoniques irrégulières, c’est une autre question. Mais le Saint-Siège – le pape François – leur a déjà accordé certaines facultés, comme les confessions ordinaires : tous leurs prêtres peuvent confesser avec l’approbation du pape. Mais comment un pape peut-il donner à des prêtres qui seraient « hors de l'Eglise » des facultés canoniques ordinaires ? Le pape leur a également accordé la possibilité d’assister aux mariages canoniques, ce qu’ils font, et il y a des évêques qui, par des décrets généraux, ont donné à tous les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X dans leur diocèse la faculté d’assister aux mariages et de célébrer les messes nuptiales. Comment un évêque pourrait-il accorder de telles facultés à un prêtre qui est en dehors de l'Eglise ?Il faut donc être réaliste. La situation de la Fraternité Saint-Pie X est liée à l'extraordinaire crise de l’Eglise. Ils ne font rien d’autre que ce que l'Eglise a toujours fait jusqu’au Concile : il n’y a pas de nouveautés, ils ont simplement continué de faire ce que les Saints eux-mêmes ont fait, et je le répète : leur situation est canoniquement irrégulière en raison de la grande crise que nous traversons depuis le Concile. Nous devons être très honnêtes et en faire le constat. Bien sûr, nous devons prier pour qu'ils obtiennent la structure canonique complète, et aider à cela, mais quand il y a urgence en matière de foi, l’aspect légal canonique est secondaire. Ce qui prime, c’est la foi, la vérité et la liturgie, et tout cela, l’Eglise l’a toujours gardé, comme ce fut le cas au IVe siècle lors de la crise arienne. Saint Athanase a été excommunié, et il a dit : Ils ont pris toutes les églises, mais nous avons la foi, ils ont les bâtiments, nous avons la foi. Peut-être ont-ils le pouvoir canonique et les structures, mais tant d’évêques n'ont pas la foi... ou pas la Foi entière.Nous devons donc avoir une vision globale et prier pour qu'il y ait un Pape qui reconnaisse et donne toutes les facultés à la Fraternité Saint-Pie X, et aux autres communautés qui s'efforcent de garder la foi.
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18 mars, 2021
Quelques participations au « Club des hommes en noir »…
23 décembre, 2020
Mgr Viganò commente le pacte entre le Vatican et la Chine : l'Eglise est devenue “une caverne de voleurs”…
10 septembre, 2020
Paganisme dans l’Eglise: chants et danse aborigènes lors de l’ordination d’un diacre permanent en Australie
Le Welcome to country constitue en ce sens à la fois un rappel des droits des autochtones face aux colonisateurs mais aussi un rituel païen à part entière, même si l'authenticité en est discutable, à tel point que nombre d'Australiens et voit le summum du politiquement correct dans tout ce qu'il a de plus factice. Les premiers Welcome to country tels qu'ils existent aujourd'hui ne remontent pas plus loin que 1976 et les chants et invocations semblent avoir été taillées sur mesure à l'époque, notamment à des fins touristiques.
Cependant, le rituel existait bien parmi les aborigènes en Australie et servait lors des déplacements des tribus ou de leurs représentants qui étaient ainsi accueillis dans des tribus voisines.
L'intrusion d'une telle cérémonie païenne dans une messe catholique, et qui plus est dans une messe d'ordination d'un diacre marié permanent, est tout un symbole. En l’occurrence, c’est Philip Butler qui, en accomplissant un premier geste rituel parfaitement intégré dans l’ensemble, a donné le ton, alors même que ni le futur diacre, Justin Stanwix, ni l'assemblée majoritairement composée de Blancs du troisième âge dans quelque lien que ce soit avec ces peuplades et leurs invocations des esprits.
Précisons que les saintes espèces étaient présentes dans le tabernacle pendant les chants et la danse.
Lorsque la messe a commencé, Mgr Brian Mascord du diocèse de Wollongong a invité Butler à le suivre immédiatement dans la procession d'aspersion des fidèles – tous masqués, bien sûr, contrairement à l’évêque et au shaman. Tandis que le prélat aspergeait chaque membre de l’assemblée d'eau bénite, Butler suivait avec un panier rempli de brindilles fumantes qu'il passait devant leurs visages. Selon les croyances des autochtones australiens, la fumée émise par certaines plantes chasse les esprits mauvais.
Joint par Dorothy Cummings Maclean de LifeSite, Mgr Mascord a précisé par courriel que le Welcome to country n'est pas un rite religieux, mais un rite culturel de « respect et d'accueil des visiteurs au pays des Propriétaires Traditionnels ». « Cela a fait parti des cultures des aborigènes et de Torres Strait Island pendant des dizaines de milliers d’années. Des éléments essentiels de l'accueil des visiteurs et de l'offre d'un sauf-conduit restent en place jusqu'à aujourd’hui. » Et d’ajouter qu’un tel rituel avait accueilli à la fois Jean-Paul II et Benoît XVI lors de leur visite en Australie – ce qui n'excuse rien. Mais on peut observer que ce n'était pas avec un même degré de gravité puisqu'il ne s'agissait pas d'un rituel intégré dans une messe catholique.
Il reste aussi à comprendre comment un rite d'invocation des esprits pourrait ne pas être un rite religieux. Dans sa Première Lettre aux Corinthiens, saint Paul précise : « Je dis que les sacrifices des païens sont offerts aux démons, et non à Dieu, et je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. »
Dorothy Cummings Maclean a précisé dans l'article qu'elle a consacré à ce scandale qu'en décembre dernier, un festival de la jeunesse catholique organisée par la conférence épiscopale australienne s'était aussi ouvert sur une cérémonie aborigène de bienvenue au pays. Le chaman, Sean, avait clairement mis en évidence le caractère panthéiste de l'événement, affirmant que dans sa terre, la « terre mère », tout est lié et interconnecté. Et de chanter : « Mauvais esprit, va-t’en, nous n'avons pas besoin de toi maintenant… Bon esprit, viens t’asseoir, non dans l'air mais sur notre peau… Et quand tu sens la chair de poule traverser ton corps, on espère en passant de l'un à l'autre, ce sont les anciens qui dansent avec ton esprit d'enfant à l'intérieur. Tout naît avec un esprit qui nous unit instantanément. »
Voilà pour la philosophie de la chose. elle trouve à l'évidence sa source et sa justification dans les cérémonies de la Pachamama à Rome lors du synode sur l’Amazonie.
Mais revenons à Milton et à la messe d’ordination de Justin Stanwix. Le film complet de la cérémonie a été mis en ligne sur la chaîne YouTube de la paroisse. On peut notamment y entendre l'un des chants qui ont ponctué l’office : Seigneur, enseigne-nous ta décroissance.
Quant au nouveau diacre, il s'est adressé à tous à la fin de la messe à la fois pour remercier chacun et pour donner une petite exhortation diaconale. Se réjouissant de ce que le pape François vienne d'annoncer un synode des évêques sur la synodalité, Justin Stanwix a expliqué qu'il s'était senti comme saint François d'Assise appelé à réparer l’Eglise. Il travaillera, a-t-il annoncé, à l'émancipation des femmes, et il ce préoccupera tout spécialement des « personnes qui se sentent déconnectées, qu'il ne se sentent pas les bienvenues pour venir recevoir le corps et le sang du Christ ».
Stanwix a même eu les honneurs de La Croix International le 25 juillet, un mois avant son ordination diaconale. C'est en tant que « liturgiste paroissial » qu'il a commenté la situation post-COVID en dénonçant l'habitude prise de suivre la messe par les réseaux sociaux et les écrans interposés. S'il a bien fait remarquer qu'il ne s'agit pas là d'une véritable assistance au « sacrifice de l’Agneau de Dieu, réellement présent », il a aussi dénoncé la « raideur » d'une messe en ligne. « Bien pire, elle permet aux spectateurs de retourner ou de demeurer dans un contexte d'avant Vatican II », a-t-il écrit, dénonçant la forme ancienne de la liturgie qui avait permis selon lui de « faire naître de mauvaises habitudes » du fait de l'échec de l'Eglise à tenir compte des besoins des fidèles, notamment à travers une « architecture inappropriée » – ça ne s'invente pas.
L’ordination paganisée de Justin Stanwix n’est pas une première. Le 15 mars dernier, dans la province brésilienne occidentale d’Amazonia, un membre de la tribu Ticuna était lui aussi ordonné diacre permanent marié, au cours d'une cérémonie entrelardée de symboles et de rituels autochtones. Aux éléments végétaux et animaux s'ajoutaient les chants et les danses, tandis que la population locale réalisait une espèce d'adaptation de la cérémonie traditionnelle du passage à l'âge adulte des jeunes filles, cruelle tradition par laquelle elles sont mises à l'isolement pendant des semaines et même des mois au début de la puberté, avant que les jeunes hommes de la tribu n'effectuent une danse de la fertilité autour d'elle, déguisés en démons. Seule une danse réalisée avec les instruments et décorations utilisées pour ce ce rite de passage avaient eu lieu dans le diocèse d’Alto Simões.
S’y étaient ajoutés d’autres symbole et rituels païens, comme l'utilisation d'une couverture ronde posée par terre comme symbole de la protection contre toutes les forces de la nature. L’ordinand, Pereira Angelo, c'était prostré sur ce tapis indigène en même temps qu'une autre couverture ronde munie de symboles d'animaux, du soleil et de la Lune, était brandit pour signifier la protection face aux forces de la nature. A cette occasion, Mgr Adolfo Zon Pereira avait indiqué qu'il voulait particulièrement suivre l'appel du pape François à édifier une Eglise avec un visage amazonien. L'événement avait été repris et commenté avec admiration sur Vatican News.
J’en avais fait un long commentaire que l’on peut lire ici (en anglais).
L’événement similaire qui s'est déroulé fin août en Australie montre que le « visage amazonien » de l'Eglise obéit à sa propre forme de mondialisme, puisqu'il suffit d'être autochtone, issu des « peuples premiers », d'Amazonie, d'Australie et peut-être, demain, d'ailleurs, pour s'inscrire dans ce mouvement de paganisation et de panthéisation assumées.
02 août, 2020
Père Bruckberger : “Sermon pour la Sainte-Madeleine”
Bien volontiers je publie ci-dessous une note de lecture qu'Olivier Figueras m'a confiée alors que nous venons, il y a quelques jours, de fêter la Sainte-Madeleine avec les participants de l'université d'été du Centre Charlier. – J.S.
Nous venons de fêter Marie-Madeleine. Et à cette occasion je me suis replongé dans le sermon que le R.P. Bruckberger avait donné, pour la même fête, il y a trente-cinq ans, au monastère du Barroux qui, justement, est consacré à Marie-Madeleine.
Marie-Madeleine, c’est une histoire d’amour, du péché – des péchés – à la rédemption. Une histoire d’amour qui a été totalement, absolument, centrée (ou re-centrée) sur le Christ.
Cette histoire d’amour, le P. Bruckberger l’a puissamment fait revivre à nos oreilles dans ce sermon que les moines du Barroux ont publié – et à deux reprises. Un court texte – à peine vingt pages – assurément vite lues, mais dont l’écho résonne longuement au cœur.
Je n’en retiendrai, pour ne pas en déflorer la lecture que je vous recommande chaleureusement, qu’une phrase. Une phrase qui m’a particulièrement frappé.
« Au fond, dans notre vie la faute la plus grave que nous ayons commise est peut-être de ne pas avoir assez donné et peut-être, plus grave encore, de ne pas savoir recevoir. »
L’amour n’est pas univoque. Si aimer, c’est tout donner, comme l’a si bien dit la petite Thérèse, cela n’est possible que si nous avons accepté de tout recevoir. Que donnerions-nous d’ailleurs s’il devait en être autrement ?
“Sermon pour la Sainte-Madeleine est disponible à la boutique en ligne de l'Abbaye Sainte Madeleine, et à l'excellente librairie en ligne « Livres en famille », partenaire de ce blog.
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24 juin, 2020
Exclusif : une réflexion approfondie de Mgr Athanasius Schneider sur le concile Vatican II et la crise actuelle de l'Eglise
D’abord publié en anglais par Angelico Press en octobre 2019, Christus Vincit doit paraître cette semaine en allemand et en portugais. La version française, Christus vincit, Le triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps paraîtra à la rentrée et sera disponible via ce blog.
[Pour recevoir l’annonce de la parution de ce livre qui propose une vaste réflexion sur la situation présente de l’Eglise et ses rapports avec le monde, mais aussi des propos plus personnels de Mgr Schneider sur son enfance, sa vocation, l’islam, la perte du sens du surnatural, Fatima, les anges et bien d’autres sujets, je vous invite à m’envoyer une courriel à jeanne.smits.blog@gmail.com et je vous avertirai le moment venu.]
Son Excellence Mgr Schneider a donné le texte officiel de ces réflexions en exclusivité à The Remnant pour l’anglais, à Corrispondenza Romana pour l’italien et l’espagnol, et au Blog de Jeanne Smits pour le français. Tous droits réservés, reproduction interdite par égard pour l'éditeur français de Christus vincit, lien partageable : https://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2020/06/exclusif-une-reflexion-approfondie-de.html. – J.S.
Quelques réflexions sur le Concile Vatican II et la crise actuelle de l'Église
Instinctivement, tout argument raisonnable qui aurait pu même de la façon la plus minime remettre en cause n’importe quelle parole ou expression des textes du Concile a été réprimé . Mais une telle attitude n’est pas saine et elle contredit la grande tradition de l’Église, comme nous le constatons chez les Pères, les Docteurs et les grands théologiens de l’Église au long de ses deux mille ans d’histoire.
Une opinion différente de celle enseignée par le concile de Florence sur la question du sacrement de l'ordre, c'est-à-dire la traditio instrumentorum, a été admise dans les siècles qui ont suivi ce concile, et a conduit le pape Pie XII à se prononcer dans la Constitution apostolique Sacramentum Ordinis de 1947, par laquelle il a corrigé l'enseignement non infaillible du Concile de Florence, en déclarant que la seule matière strictement nécessaire à la validité du sacrement de l'Ordre est l'imposition des mains par l'évêque. Par cet acte, Pie XII n'a pas mis en œuvre une herméneutique de continuité, mais bien une correction, car la doctrine du concile de Florence en la matière ne reflétait pas la doctrine et la pratique liturgiques constantes de l'Église universelle. Déjà en 1914, le cardinal W.M. van Rossum écrivait à propos de l'affirmation du concile de Florence sur la question du sacrement de l'Ordre, que cette doctrine du concile était réformable et devait même être abandonnée (cf. De essentia sacramenti ordinis, Freiburg 1914, p. 186). Il n'y avait donc pas de place pour une herméneutique de continuité dans ce cas concret.
Lorsque le magistère pontifical ou un concile œcuménique a corrigé des doctrines non infaillibles de conciles œcuméniques antérieurs (cela ne s'est produit que rarement), on n'a pas sapé les fondements de la foi catholique par un tel acte, ni opposé le magistère de demain à celui d'aujourd'hui, comme l'histoire l'a prouvé. Par une Bulle de 1425, Martin V a approuvé les décrets du concile de Constance et même le décret « Frequens » - de la 39e session du concile (en 1417). Ce décret affirmait l'erreur du conciliarisme, c'est-à-dire l'erreur selon laquelle un concile est supérieur à un Pape. Cependant, en 1446, son successeur, le pape Eugène IV, a déclaré qu'il acceptait les décrets du concile œcuménique de Constance, à l'exception de ceux (des sessions 3 - 5 et 39) qui « portent atteinte aux droits et à la primauté du Siège Apostolique » (absque tamen praeiudicio iuris, dignitatis et praeeminentiae Sedis Apostolicae). Le dogme de Vatican I sur la primauté du pape a ensuite rejeté définitivement l'erreur conciliaire du concile œcuménique de Constance. Comme mentionné plus haut, le pape Pie XII a corrigé l'erreur du Concile œcuménique de Florence concernant la question du sacrement de l'Ordre. Les fondements de la foi n'ont pas été sapés par ces rares actes de correction des affirmations antérieures du magistère non infaillible, précisément parce que ces affirmations concrètes (par exemple des conciles de Constance et de Florence) n'étaient pas infaillibles.
Plusieurs expressions des textes du Concile Vatican II ne sont pas aussi facilement conciliables avec la tradition doctrinale constante de l'Église. Citons par exemple certaines expressions du Concile sur le thème de la liberté religieuse (comprise comme un droit naturel, et donc positivement voulue par Dieu, de pratiquer et de répandre une fausse religion, qui peut aussi inclure l'idolâtrie ou pire encore) ; sa distinction entre l'Église du Christ et l'Église catholique (le problème du « subsistit in » donne l'impression qu'il existe deux réalités : d'un côté, l'Église du Christ, et de l'autre, l'Église catholique) ; et sa position à l'égard des religions non chrétiennes et du monde contemporain. Bien que la Congrégation pour la Doctrine de la foi, dans ses réponses à certaines questions concernant certains aspects de la doctrine sur l'Église (29 juin 2007), ait proposé une explication de l'expression « subsistit in », elle a malheureusement évité de dire clairement que l'Église du Christ est véritablement l'Église catholique. C'est-à-dire qu'elle a évité de déclarer explicitement l'identité entre l'Église du Christ et l'Église catholique. En effet, il reste un élément de flou.
Il existe aussi une attitude qui rejette a priori toutes les objections possibles visant les déclarations douteuses susmentionnées dans les textes du concile. Au lieu de cela, la seule solution présentée est la méthode dite d'« herméneutique de la continuité ». Malheureusement, les doutes relatifs aux problèmes théologiques inhérents à ces déclarations du Concile ne sont pas pris au sérieux. Nous devons toujours garder à l’esprit le fait que la fin principale du Concile était de nature pastorale, et que le Concile n’avait pas l’intention de proposer ses propres enseignements définitifs.
Les déclarations des papes d’avant le Concile, même celles des XIXe et XXe siècles, reflètent fidèlement celles de leurs prédécesseurs et la tradition constante de l’Église d’une manière ininterrompue. Les papes des XIXe et XXe siècles, c’est-à-dire après la Révolution française, ne représentent pas une période « exotique » en comparaison avec la tradition bi-millénaire de l’Eglise. On ne saurait prétendre qu’il existe une quelconque rupture dans les enseignements de ces papes (Grégoire XVI, etc.) par rapport au Magistère antérieur. Par exemple, concernant le thème de la royauté sociale du Christ et du caractère objectivement faux des religions non chrétiennes, on ne peut pas trouver de rupture perceptible entre l’enseignement des papes Grégoire XVI à Pie XII d’une part, et celui du pape Grégoire le Grand (VIe siècle) et de ses prédécesseurs et successeurs d’autre part. On peut vraiment voir une ligne continue sans aucune rupture depuis l’époque des Pères de l’Eglise jusqu’à Pie XII, en particulier sur des sujets tels la royauté sociale du Christ, la liberté religieuse et l’œcuménisme au sens où il existe un droit naturel, positivement voulu par Dieu, de pratiquer la seule vraie religion qui est la foi catholique.
Avant le Concile Vatican II, il n'était pas nécessaire de faire un effort colossal pour présenter des études volumineuses montrant la parfaite continuité de la doctrine entre un Concile et un autre, entre un pape et ses prédécesseurs, car la continuité était évidente. Par exemple, le fait même qu'une « nota explicativa previa » au document Lumen Gentium ait été nécessaire montre que le texte de Lumen Gentium, au n. 22, est ambigu en ce qui concerne le sujet des relations entre la primauté du pape et la collégialité épiscopale. Les documents clarifiant le magistère à l'époque post-conciliaire, tels les encycliques Mysterium Fidei, Humanae Vitae, et le Credo du Peuple de Dieu du Pape Paul VI, ont été d'une grande valeur et d'une grande aide, mais ils n'ont pas clarifié les déclarations ambiguës du concile Vatican II mentionnées ci-dessus.
Peut-être la crise actuelle – avec Amoris Laetitia et le Document d’Abou Dhabi – nous oblige-t-elle à approfondir cette considération quant à la nécessité de clarifier ou de corriger certaines déclarations du Concile évoquées ci-dessus. Dans la Summa Theologiae, saint Thomas d’Aquin a toujours présenté des objections (« videtur quod ») et des contre-arguments (« sed contra »). Saint Thomas était intellectuellement très honnête ; il faut en effet savoir accepter les objections et les prendre au sérieux. Nous devrions utiliser sa méthode sur certains des points controversés des textes du Concile qui sont en discussion depuis près de soixante ans. La plupart des textes du Concile présentent une continuité organique par rapport au magistère antérieur. Mais en dernière analyse, le magistère papal doit clarifier de manière convaincante les éléments controversés de certaines expressions des textes du Concile. A ce jour, cela n’a pas toujours été fait d’une manière honnête et intellectuellement convaincante. Si cela s’avérait nécessaire, un pape ou un futur Concile œcuménique devrait alors ajouter des explications (comme des « notae explicativae posteriores »), voire des amendements et des corrections de ces expressions controversées, puisqu’elles n’ont pas été présentées par le Concile comme un enseignement infaillible et définitif. Ainsi que Paul VI l’a déclaré, le Concile a « évité de donner des définitions dogmatiques solennelles, engageant l’infaillibilité du magistère ecclésiastique » (Audience générale, 12 janvier 1966).
L’histoire nous le dira, avec le recul. Nous ne sommes qu’à cinquante ans du Concile. Peut-être y verrons-nous plus clair quand cinquante nouvelles années se seront écoulées. Cependant, du point de vue des faits, de ce que l’on a pu constater, d’un point de vue global, Vatican II n’a pas apporté la floraison d’un réel progrès spirituel dans la vie de l’Église. Et même s'il y avait déjà des problèmes au sein du clergé avant le Concile, au nom de l'honnêteté et de la justice, nous devons reconnaître que les problèmes moraux, spirituels et doctrinaux du clergé avant le Concile n'étaient pas aussi répandus, d'une aussi grande ampleur et d'une aussi grande intensité, qu'ils l'ont été à l'époque post-conciliaire et jusqu'à aujourd'hui. Compte tenu du fait qu'il y avait déjà des problèmes avant le Concile, le premier objectif du Concile Vatican II aurait dû être précisément d'émettre des normes et des doctrines les plus claires possibles, voire exigeantes, et exemptes de toute ambiguïté, comme l'ont fait tous les Conciles de Réforme par le passé. L’objectif et les intentions du Concile étaient avant tout pastoraux, et pourtant, malgré cet objectif pastoral, il s’en est suivi des conséquences désastreuses que nous voyons encore aujourd’hui. Bien sûr, le Concile comprend beaucoup de beaux textes, précieux même. Mais les conséquences négatives et les abus commis au nom du Concile ont été si importants qu’ils ont éclipsé les éléments positifs qui s’y trouvent.
Il y avait des éléments positifs dans Vatican II : c’est la première fois qu’un Concile œcuménique a lancé un appel solennel aux laïcs, afin qu’ils prennent au sérieux les vœux de leur baptême pour tendre à la sainteté. Le chapitre de Lumen Gentium sur les laïcs est beau et profond. Les fidèles y sont appelés à vivre leur baptême et leur confirmation en tant que témoins courageux de la foi au milieu d’une société sécularisée. Cet appel était prophétique. Cependant, depuis le Concile, cet appel aux laïcs a été détourné par l’establishment progressiste de l’Église, et aussi par de nombreux fonctionnaires et bureaucrates qui travaillaient dans les bureaux et les chancelleries de l’Église. Souvent, les nouveaux bureaucrates laïcs (dans certains pays européens) n’étaient pas eux-mêmes des témoins ; ils ont au contraire contribué à la destruction de la foi dans les conseils paroissiaux et diocésains et dans d’autres comités officiels. Hélas, ces bureaucrates laïcs ont souventes fois été induits en erreur par le clergé, les évêques et les pasteurs.
La période qui a suivi le Concile a laissé l’impression que l’un des principaux fruits du Concile était la bureaucratisation. Cette bureaucratisation mondaine, au cours des décennies qui ont suivi le Concile, a paralysé dans une large mesure la ferveur spirituelle et surnaturelle. Au lieu du printemps annoncé, est survenu un temps de stérilité spirituelle généralisée, un hiver spirituel. Ces mots par lesquels Paul VI a fait un diagnostic honnête de l’état de santé spirituelle de l’Eglise sont toujours bien connus, et même inoubliables : « On croyait qu’après le Concile viendrait une journée de soleil pour l’histoire de l’Église. C’est au contraire une journée de nuages, de tempête, d’obscurité, de recherche, d’incertitude. Nous prêchons l’œcuménisme et nous nous distançons de plus en plus des autres. Nous cherchons à creuses des abîmes au lieu de les combler » (Sermon du 29 juin 1972).
Dans ce contexte, c’est surtout Mgr Lefebvre (bien qu’il ne soit pas le seul à l’avoir fait) qui a commencé, à plus grande échelle et avec une franchise semblable à celle de certains des grands Pères de l’Église, à protester contre la destruction de la foi catholique et de la sainte messe qui se produisait dans l’Église et qui était soutenue, ou du moins tolérée, jusque par de hautes autorités du Saint-Siège. Dans une lettre adressée au pape Jean-Paul II au début de son pontificat, Mgr Lefebvre a décrit avec réalisme et justesse, dans un bref synopsis, la véritable ampleur de la crise de l’Église. Je reste toujours impressionné par la clairvoyance et le caractère prophétique des affirmations suivantes : « Le flot des nouveautés dans l’Eglise accepté et encouragé par l’épiscopat, flot ravageant tout sur son passage : la foi, la morale, les institutions de l’Eglise, ne pouvait pas admettre la présence d’un obstacle, d’une résistance. Nous avions donc le choix ou de nous laisser emporter par le courant dévastateur et d’accroître le désastre, ou de résister contre vents et marées pour sauvegarder notre foi catholique et le sacerdoce catholique. Nous ne pouvions pas hésiter. (…) Les ruines de l’Eglise s’accumulent : l’athéisme, l’immoralité, l’abandon des églises, la disparition des vocations religieuses et sacerdotales sont tels que les Evêques commencent à s’émouvoir. » Nous assistons aujourd’hui à l’apogée du désastre spirituel au sein de la vie de l’Église, que Mgr Lefebvre a souligné avec tant de vigueur il y a quarante ans déjà.
En abordant les questions relatives au Concile Vatican II et à ses documents, il faut éviter les interprétations forcées ou la méthode de la « quadrature du cercle », tout en conservant l’attitude respectueuse qui s’impose et le sens de l’Eglise (sentire cum ecclesia). L’application du principe de « l’herméneutique de la continuité » ne saurait être utilisée aveuglément en vue d’éliminer sans poser de questions des problèmes qui existent bel et bien, ou pour créer une image d’harmonie, alors que demeurent des ombres d’imprécision dans l’herméneutique de la continuité. En effet, une telle approche transmettrait artificiellement et de manière peu convaincante le message selon lequel chaque mot du concile Vatican II est inspiré par Dieu, infaillible et en parfaite continuité doctrinale avec le magistère antérieur. Une telle méthode violerait la raison, les données du réel et l’honnêteté, et ne ferait pas honneur à l’Église, car tôt ou tard (même s’il y faut un siècle) la vérité sera énoncée telle qu’elle est réellement. Il existe des livres dont les sources sont documentées et reproductibles, qui donnent un aperçu historiquement plus réaliste et plus vrai des faits et des conséquences relatifs à l’événement du concile Vatican II lui-même, mais aussi de la manière dont ses documents ont été édités, et du processus d’interprétation et d’application de ses réformes au cours des cinq dernières décennies. Je recommande, par exemple, les livres suivants qui peuvent être lus avec profit : Romano Amerio, Iota Unum, Etude des variations de l’Église catholique au XXe siècle (1996) ; Roberto de Mattei, Vatican II : Une histoire à écrire (2012) ; Alfonso Gálvez, El Invierno eclesial (2011).
Ces éléments – l’appel universel à la sainteté, le rôle des laïcs dans la défense et le témoignage de la foi, la famille en tant qu’église domestique, et l’enseignement sur Notre Dame – sont ceux que je considère comme les contributions vraiment positives et durables du concile Vatican II.
Le magistère a été à ce point surchargé au cours des cent cinquante dernières années d’une papolâtrie malsaine, qu’il en a résulté une atmosphère où un rôle central est attribué aux hommes de l’Eglise au lieu de l’être au Christ et à son corps mystique, qui est à son tour un anthropocentrisme caché. Selon la vision des Pères de l’Eglise, l’Eglise est seulement la lune (mysterium lunae), et le Christ est le soleil. Le Concile, a malheureusement été une démonstration d’un très rare « magistériocentrisme », puisque par le simple fait du volume de ses documents interminables il a dépassé, et de loin, tous les autres conciles. Il a pourtant lui-même fourni une belle description de ce qu’est le magistère, qui n’avait jamais été donnée auparavant dans l’histoire de l’Église. On le trouve dans Dei Verbum, au n° 10, où il est écrit : « Ce Magistère n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service. »
Par « magistériocentrisme », j’entends que les éléments humains et administratifs – spécialement la production excessive et continue de documents et de forums de discussion (sous le slogan de la « synodalité ») – ont été placés au centre de la vie de l’Église. Même si les Pasteurs de l’Eglise doivent toujours exercer avec zèle l’exercice du munus docendi, l’inflation des documents, et souvent de documents interminables, s’est révélée asphyxiante. Des documents moins nombreux, plus courts et plus concis produiraient un meilleur effet.
Un exemple frappant de « magistériocentrisme », où les représentants du magistère se comportent non comme les serviteurs, mais comme les maîtres de la tradition, est la réforme liturgique de Paul VI. D’une certaine manière, Paul VI s’est placé au-dessus de la Tradition – non pas la Tradition dogmatique (lex credendi), mais la grande Tradition liturgique (lex orandi). Paul VI a osé entamer une véritable révolution de la lex orandi. Et dans une certaine mesure, il a agi en contradiction avec l’affirmation du concile Vatican II dans Dei Verbum (n° 10) qui affirme que le magistère est seulement au service de la Tradition. Nous devons mettre le Christ au centre. Il est le soleil : le surnaturel, la constance de la doctrine et de la liturgie, et toutes les vérités de l’Évangile que le Christ nous a enseignées.
Par le concile Vatican II, et déjà avec Jean XXIII, l’Église a commencé à se présenter au monde, à flirter avec le monde et à manifester un complexe d’infériorité envers le monde. Mais les clercs, en particulier les évêques et le Saint-Siège, ont pour mission de montrer le Christ au monde – et non pas eux-mêmes. Vatican II a donné l’impression que l’Église catholique commençait à mendier la sympathie du monde. Cela s’est poursuivi lors des pontificats postconciliaires. L’Église mendie la sympathie et la reconnaissance du monde ; cela est indigne d’elle, et ne lui gagnera pas le respect de ceux qui cherchent vraiment Dieu. Nous devons mendier la sympathie du Christ, de Dieu et du ciel.
Certains critiques du Concile affirment que, malgré ses bons aspects, il est un peu comme un gâteau dans lequel il y a un peu de poison, et qu’il faut donc le jeter tout entier. Je ne pense pas que nous puissions suivre cette méthode, ni celle qui consiste à « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Par rapport à un concile œcuménique légitime, même s’il y avait des points négatifs, il nous faut maintenir une attitude de respect. Nous devons évaluer et avoir de l’estime pour tout ce qui est réellement et vraiment bon dans les textes du Concile, sans fermer irrationnellement et malhonnêtement les yeux de la raison sur ce qui est objectivement et manifestement ambigu, voire erroné dans certains textes. Il faut toujours se rappeler que les textes du concile Vatican II ne sont pas la Parole inspirée de Dieu, ni des jugements dogmatiques définitifs ou des déclarations infaillibles du magistère, car le Concile lui-même n’avait pas cette intention.
Un autre exemple est celui d’Amoris Laetitia. Ce texte contient certes de nombreux points qu’il nous faut critiquer objectivement et doctrinalement. Mais certains de ses chapitres sont très utiles, vraiment bons pour la vie de famille, par exemple les parties sur les personnes âgées dans la famille : en soi, ils sont très bons. On ne doit pas rejeter l’ensemble du document, mais en recevoir ce qui est bon. Il en va de même pour les textes du Concile.
Même si avant le Concile, ils ont tous dû prêter le serment antimoderniste de saint Pie X, certains théologiens, prêtres, évêques et même des cardinaux l’ont fait avec des réserves mentales, comme les faits historiques ultérieurs l’ont démontré.
Avec le pontificat de Benoît XV a commencé une lente et prudente infiltration d’ecclésiastiques à l’esprit mondain et quelque peu moderniste dans les hautes sphères de l’Église. Cette infiltration s’est surtout développée parmi les théologiens, de sorte que le pape Pie XII a dû intervenir plus tard en condamnant des théologiens très connus de la soi-disant « nouvelle théologie » (Chenu, Congar, De Lubac, etc.) et en publiant l’encyclique Humani Generis en 1950. Néanmoins, à partir du pontificat de Benoît XV, le mouvement moderniste était latent et en constante progression. Ainsi, à la veille du concile Vatican II, une part considérable de l’épiscopat et des professeurs des facultés de théologie et des séminaires étaient imprégnés d’une mentalité moderniste, qui se définit essentiellement par le relativisme doctrinal et moral, et la mondanité, l’amour du monde. À la veille du Concile, ces cardinaux, évêques et théologiens aimaient la « forme » – les schémas de pensée – du monde (cf. Rm XII, 2) et ils voulaient plaire au monde (cf. Ga I, 10). Ils faisaient preuve d’un complexe d’infériorité évident vis-à-vis du monde.
Le pape Jean XXIII a lui aussi fait preuve d’une sorte de complexe d’infériorité à l’égard du monde. Il n’était pas un moderniste dans son esprit, mais il avait une façon politique de voir le monde et il a étrangement mendié au monde de lui témoigner sa sympathie. Il avait sûrement de bonnes intentions. Il a convoqué le concile Vatican II, qui a ensuite ouvert la porte au mouvement moderniste, protestant et mondain au sein de l’Église. Elle est très significative, cette observation aiguë de Charles de Gaulle, président de la République française de 1959 à 1969, à propos de Jean XXIII et du processus de réformes entamé avec le concile Vatican II : « Jean XXIII a ouvert toutes grandes les vannes et n’a pas pu les refermer. C’était comme si un barrage s’était effondré. Jean XXIII a été dépassé par ce qu’il avait déclenché » (voir Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Paris 1997, 2, 19).
Le discours sur l’« ouverture des fenêtres » avant et pendant le Concile était une illusion trompeuse et une cause de confusion. Ces paroles ont donné l’impression que l’esprit d’un monde incrédule et matérialiste – tel qu’on pouvait clairement le voir à cette époque – pouvait transmettre certaines valeurs positives pour la vie chrétienne. Les autorités de l’Église de cette époque auraient mieux fait d’affirmer expressément le sens véritable des mots « ouverture des fenêtres » : il consiste à ouvrir la vie de l’Église à la fraîcheur de la beauté de la vérité divine, aux trésors de la sainteté éternellement jeune, aux lumières surnaturelles du Saint-Esprit et des saints, à une liturgie célébrée et vécue ans un sens toujours plus surnaturel, sacré et révérent. Au fil du temps, pendant la période postconciliaire, la porte partiellement ouverte a fait place à un déluge désastreux qui a provoqué d’énormes dégâts dans la doctrine, la morale et la liturgie. Aujourd’hui, les eaux du déluge qui ont pénétré dans l’Eglise atteignent des niveaux dangereux. Nous vivons actuellement le pic de la catastrophe de l’inondation.
Aujourd’hui, le voile a été levé et le modernisme a révélé son vrai visage, qui consiste à trahir le Christ et à devenir ami du monde en adoptant sa manière de penser. Une fois la crise de l’Église passée, le magistère de l’Eglise aura la tâche de rejeter tous les phénomènes négatifs qui ont été présents dans la vie de l’Église au cours des récentes décennies. Et l’Église le fera, parce qu’elle est divine. Elle ne peut pas ne pas le faire. Elle le fera avec précision et elle corrigera toutes les erreurs qui se sont accumulées, à commencer par plusieurs expressions ambiguës dans les textes du Concile.
Le modernisme est comme un virus caché, partiellement blotti dans plusieurs affirmations du Concile, mais qui s’est aujourd’hui manifesté. Après la crise, après la grave infection virale spirituelle, la clarté et la précision de la doctrine, le caractère sacré de la liturgie et la sainteté de la vie sacerdotale brilleront davantage.
L’Église le fera sans ambiguïté, comme elle l’a fait en temps de graves crises doctrinales et morales au cours des deux derniers millénaires. Enseigner clairement les vérités du dépôt divin de la foi, défendre les fidèles contre le poison de l’erreur et les conduire sûrement à la vie éternelle appartient à l’essence même de la tâche divinement assignée au pape et aux évêques.
La Constitution du concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, nous rappelle la vraie nature de la véritable Eglise, qui est « de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons » (n° 2).
Le 24 juin, 2020-06-24
Fête liturgique de saint Jean-Baptiste.
© leblogdejeannesmits pour la traduction des passages ne faisant pas partie du livre “Christus vincit” ; les passages de ce livre sont couverts par le copyright de l'édition française à paraître.
© photo: Olivier Figueras
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