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06 avril, 2021

J’étais au Club des hommes en noir pour évoquer le voyage du pape François en Irak

Le dernier épisode en date du Club des hommes en noir, animé par Philippe Maxence, rédacteur en chef de L’Homme nouveau, vient de sortir. Avec l’abbé Claude Barthe et du P. Jean-François Thomas S.J., nous avons évoqué le voyage du pape François en Irak. Voyage courageux de soutien aux chrétiens d’Orient, mais aussi élément d’une construction contestable : celle d’une spiritualité des « enfants d’Abraham », juifs, chrétiens et musulmans où la Sainte Trinité est forcément sinon absente, du moins occultée…

L’idée n’est pas nouvelle et on ne peut certes en imputer la responsabilité au seul pape François ; ses prédécesseurs aussi ont fait des pas dans la direction de ce syncrétisme religieux.

Nous avons évoqué tout cela : à regarder ici –





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09 juin, 2020

Mgr Athanasius Schneider : la foi en Dieu et l'adoration des catholiques et musulmans n'est pas la même

Après la parution d'une tentative d'interprétation orthodoxe du Document d'Abu Dhabi sur la Fraternité humaine par le cardinal Gerhard Müller dans la revue Communio au mois de mars, où l'ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi souligne que ce Document « correspond dans son intention à la Déclaration générale des droits des Nations unies de 1948), Mgr Athanasius Schneider a fait paraître une Déclaration qui met en évidence les affirmations les plus inacceptables du Document d'Abu Dhabi, en expliquant pourquoi.

Le cardinal Müller estime que les deux signataires, le pape François et le grand imam Al-Tayeb, n'ont pas abandonné « leurs confessions de foi individuelles », ni produit un document « relativiste », mais s'opposent ensemble à une conception du monde « sociale-darwiniste », au nom de « ceux qui croient en Dieu le Créateur tout-puissant et bienveillant », au moyen « du principe de la fraternité universelle ». Le cardinal Müller demande que le Document soit interprété à travers les « bonnes intentions » de ses auteurs plutôt qu'en se focalisant « sur la précision académique de ses expressions ».

Mgr Schneider a préféré la voie plus précise consistant à révéler les ambiguïtes et à réfuter les erreurs du Document.

Je vous propose ici la traduction de son texte publié par LifeSiteNews il y a quelques jours, aimablement proposée par Bruno de Caumont et révisée par mes soins.

*

DÉCLARATION DE Mgr ATHANASIUS SCHNEIDER


Il n’y a pas de foi commune en Dieu ni d’adoration commune de Dieu partagée par les catholiques et les musulmans.

L’affirmation la plus erronée et la plus dangereuse du Document d’Abu Dhabi sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune (signé par le pape François et le grand imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb le 4 février 2019) est la suivante :

« Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. » Dire que, tout comme Dieu veut positivement la diversité des sexes masculin et féminin et la diversité des nations, il en va de même de la même manière de la diversité des religions, contredit la Révélation divine.

Le Document d’Abu Dhabi évoque également une foi commune en Dieu, par exemple : « C’est un document » qui invite « toutes les personnes qui portent dans le cœur la foi en Dieu et la foi dans la fraternité humaine ». Ici, le sens de la foi elle-même est ambigu et, de plus, le sens de la foi en Dieu se situe au niveau naturel de la croyance « dans la fraternité humaine ». C’est théologiquement faux et trompeur.

Le sens du mot « foi » est donné par Jésus-Christ lui-même, et donc par la Révélation divine. Il n’y a « qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éph. IV, 5), « car tous les hommes n’ont pas la foi » (2 Thess. III, 2). Jésus-Christ, le Fils incarné de Dieu, est « l’auteur et le consommateur de la foi » (Hébreux XII, 2). Quiconque ne croit pas en Jésus-Christ le Fils de Dieu n’a pas de foi et ne plaît pas à Dieu, comme le dit le Seigneur : « Celui qui croit en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu » (Jn III, 18), et « Celui qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui. » (Jn III, 36)

Le Catéchisme de l’Église catholique dit : « Pour le chrétien, croire en Dieu, c’est inséparablement croire en Celui qu’Il a envoyé, “son Fils bien-aimé” en qui Il a mis toute sa complaisance (cf. Mc I, 11) ; Dieu nous a dit de L’écouter (cf. Mc IX, 7). Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples : “Croyez en Dieu, croyez aussi en moi” (Jn XIV, 1) (CEC n. 151). « Foi » et « croire » ne signifient pas la connaissance de Dieu par la lumière naturelle de la raison, mais un don surnaturel de Dieu, par lequel « poussés et aidés par la grâce divine, concevant en eux la foi qu'ils entendent prêcher (Rm X, 17), ils vont librement vers Dieu, croyant qu’est vrai tout ce qui a été divinement révélé et promis » (Concile de Trente, décret sur la justification, sess. 6, chap. 6)

L’Église a toujours enseigné, notamment lors du premier concile du Vatican que « la condition de ceux qui ont adhéré à la vérité catholique par le don divin de la foi n'est nullement la même que celle de ceux qui, conduits par les opinions humaines, suivent une fausse religion. » (Constitution dogmatique Dei Filius, chap. 3)

Le même Concile enseigne : « Dans son enseignement qui n'a pas varié l'Église catholique a tenu et tient aussi qu'il existe deux ordres de connaissances, distincts non seulement par leur principe, mais encore par leur objet : par leur principe, attendu que dans l'un nous connaissons par la raison naturelle, dans l'autre par la foi divine ; par leur objet, parce qu'en dehors des choses auxquelles la raison naturelle peut atteindre, il y a des mystères cachés en Dieu, proposés à notre croyance, que nous ne pouvons connaître que par la révélation divine » (Constitution dogmatique Dei Filius, chap. 4)

Affirmer que les musulmans adorent avec nous le seul Dieu (« nobiscum Deum adorant »), comme l’a fait le Concile Vatican II dans Lumen Gentium n.16, est théologiquement une affirmation très ambiguë. Que nous, catholiques, adorions avec les musulmans le seul Dieu n’est pas vrai. Nous n’adorons pas avec eux. Dans l’acte d’adoration, nous adorons toujours la Sainte Trinité, nous n’adorons pas simplement « le Dieu unique » mais, plutôt, la Sainte Trinité, explicitement – Père, Fils et Saint-Esprit. L’islam rejette la Sainte Trinité. Lorsque les musulmans adorent, ils n’adorent pas au niveau surnaturel de la foi. Même notre acte d’adoration est radicalement différent. Il est essentiellement différent. Précisément parce que nous nous tournons vers Dieu et l’adorons comme des enfants constitués dans la dignité ineffable de l’adoption filiale divine, et nous le faisons avec une foi surnaturelle. Mais les musulmans n’ont pas une foi surnaturelle. Les musulmans n’ont qu’une connaissance naturelle de Dieu. Le Coran n’est pas la révélation de Dieu, mais une sorte d’anti-révélation de Dieu, car le Coran nie expressément la révélation divine de l’Incarnation, de la divinité éternelle du Fils de Dieu, du sacrifice rédempteur du Christ en croix, et nie donc la vérité de Dieu, la Sainte Trinité. Bien sûr, lorsqu’une personne adore sincèrement Dieu le Créateur – comme la majorité des simples musulmans, elle adore Dieu par un acte d’adoration naturel, fondé sur la connaissance naturelle de Dieu, le Créateur. Tout non-chrétien, toute personne non baptisée, y compris un musulman, peut adorer Dieu au niveau de la connaissance naturelle de l’existence de Dieu. Ils adorent dans un acte naturel d’adoration le même Dieu que nous adorons dans un acte surnaturel et avec une foi surnaturelle en la Sainte Trinité. Mais ce sont deux actes d’adoration essentiellement différents : l’un est un acte de connaissance naturelle et l’autre est un acte de foi surnaturelle. Les actes d’adoration, et les actes de connaissance sur lesquels ils sont fondés, sont substantiellement différents, bien que l’objet soit le même en ce qu’il est le même Dieu. Peut-être pourrait-on formuler cela ainsi : « Les musulmans adorent Dieu dans un acte d’adoration naturelle, et donc d’une manière sensiblement différente de nous, catholiques, puisque nous adorons toujours Dieu avec une foi surnaturelle. »

L’acte subjectif d’adoration des musulmans est également différent parce que leur compréhension de Dieu est différente de la nôtre. Il faut garder à l’esprit le fait que les musulmans, acceptant des assertions au sujet de Dieu qui ne sont pas d’origine divine, risquent de proposer une fausse connaissance et un faux culte à Dieu même au niveau naturel.

Le Document d’Abu Dhabi fait des demandes sur le fondement « notre foi commune en Dieu ». Cependant, ceux qui suivent l’islam voient Dieu comme distant, dépourvu d’une inter-relation personnelle, et c’est une idée de Dieu très défectueuse. Une part considérable des musulmans ont une image déformée et fausse de Dieu, ils Le voient comme incapable de communiquer personnellement avec nous, et que nous ne pouvons pas aimer vraiment et personnellement en tant que notre Père et en tant que notre Rédempteur.

Il faut aussi considérer le fait que la conception musulmane de Jésus est constitué par le rejet de l’idée chrétienne, car le Coran déclare que Dieu ne peut pas avoir de Fils, et donc ils rejettent l’Incarnation même s’ils acceptent la naissance virginale. Par conséquent, il est inexact d’assimiler leur vénération de Jésus à notre adoration de Jésus en tant que Dieu incarné et Rédempteur de l’humanité ; et leur vénération de Marie n’est pas la même que notre vénération de Marie en tant que Mère de Dieu. Par conséquent, nous ne pouvons pas apprendre d’eux comment entrer correctement en relation avec Jésus ou Marie. De plus, leur manière de comprendre que la vie est « pour » Dieu n’est pas la même que la nôtre, car Jésus a enseigné que Dieu est notre Père, que nous vivons pour lui, afin d’augmenter notre amour pour lui et d’être heureux avec lui pour toujours, alors que leur conception de la vie pour Dieu est celle d’une vie d’esclave au service d’un maître puissant. Enfin, la conception musulmane de la miséricorde est différente de la conception chrétienne de la miséricorde, car nous sommes miséricordieux comme Dieu le Père a été miséricordieux envers nous, envoyant son Fils mourir pour nous alors que nous étions encore ses ennemis, ce que les musulmans nient.

Selon la sourate 9:29, les musulmans doivent combattre « ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu'ils versent la capitation [djiziah] par leurs propres mains, après s’être humiliés. »

On ne peut souscrire à la thèse selon laquelle une lecture correcte du Coran s’opposé à toute forme de violence. Tout d’abord, cela n’est pas vrai sur la base de la lecture simple du Coran. Les dernières sourates du Coran sont très violentes envers les non-musulmans et appellent à l’occupation des pays non musulmans par la violence. Même de nos jours, de nombreux musulmans comprennent bien que c’est la méthode légitime pour lire le Coran. De plus, la majorité des musulmans conviennent que les sourates ultérieures (plus violentes) ont plus d’autorité. Habituellement, les musulmans comprennent le Coran littéralement car ils n’ont aucune exégèse spirituelle ou allégorique. Peut-être que certaines personnes exceptionnelles, de bons érudits islamiques ont ce type de lecture, mais ils ne représentent pas l’islam en tant que tel. Ils ne sont en rien une autorité de référence.

Du point de vue théologique, il est donc trompeur et déroutant que le Pontife romain ait signé un document commun avec une autorité religieuse islamique utilisant les termes « Dieu », « Foi », « pluralisme et diversité des religions », « fraternité », bien que ces termes aient des significations sensiblement différentes dans les enseignements du Coran et dans la Révélation divine de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En outre, il faut également garder à l’esprit le fait que les musulmans n’ont pas le pouvoir de régler les différends avec une autorité universelle, car ils n’ont pas de magistère, et qu’il n’y a pas d’autorité pour représenter l’islam en tant que tel, pas plus qu’il n’y a d’autorité centrale en islam pour décider des questions doctrinales pour l’ensemble des musulmans.

La seule fraternité universelle stable est la fraternité en Jésus-Christ. Ce n’est qu’en Jésus-Christ et dans le Saint-Esprit qu’Il a envoyé, que les peuples peuvent vraiment être enfants de Dieu et vraiment dire à Dieu « Père » et par conséquent être véritablement frères : « Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont enfants de Dieu. 1Aussi vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu l’esprit de l’adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba ! Père ! L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ » (Rm VIII, 14-17).

La seule paix vraie et stable est la paix du Christ. L’enseignement suivant du Pape Pie XI d’il y a près de cent ans, transmet fidèlement ce que Jésus-Christ, Notre Divin Maître et Rédempteur, et le magistère constant de l’Église ont enseigné à travers les âges, et qui restent les critères d’analyse auxquels le document d’Abu Dhabi doit se soumettre :

« Il y a bien peu à attendre d'une paix artificielle et extérieure qui règle et commande les rapports réciproques des hommes comme ferait un code de politesse ; ce qu'il faut, c'est une paix qui pénètre les cœurs, les apaise et les ouvre peu à peu à des sentiments réciproques de charité fraternelle. Une telle paix ne saurait être que la paix du Christ : et que la paix du Christ apporte l'allégresse en vos cœurs (Col. III, 15) ; il ne peut y avoir de paix autre et différente que celle que le Christ donne lui-même aux siens (Jn XIV, 27), lui qui, comme Dieu, voit dans les cœurs (I Samuel XVI, 7) et règne dans l'intime des âmes. C'est d'ailleurs à bon droit que le Seigneur Jésus appelait cette paix sa paix à lui, car il fut le premier à dire aux hommes : Vous êtes tous des frères (Matth. XXIII, 8) ; c'est lui qui a promulgué la loi de l'amour et du support mutuel entre tous les hommes, et la scella pour ainsi dire de son sang : Mon précepte à moi est que vous vous aimiez les uns les autres comme moi-même je vous ai aimés (Jn, XV, 12) ; Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ (Gal. VI, 2) » (Encyclique Ubi arcano Dei Consilio, 33).

«Il ne saurait donc y avoir aucune paix véritable – cette paix du Christ si désirée – tant que tous les hommes ne suivront pas fidèlement les enseignements, les préceptes et les exemples du Christ, dans l'ordre de la vie publique comme de la vie privée » (Encyclique Ubi arcano Dei Consilio, 47)

« C’est en s'unissant très étroitement à Nous et au Christ pour étendre et fortifier par leur zèle industrieux et actif le règne du Christ, qu'ils travailleront avec plus d'efficacité à rétablir la paix générale entre les hommes » (Encyclique Ubi arcano Dei Consilio, 49).

« Car le règne du Christ établit et fait épanouir une certaine égalité de droits et de dignité entre les hommes, tous ennoblis du sang précieux du Christ » (Encyclique Ubi arcano Dei Consilio, 58).


Le 4 juin 2020.

+ Athanasius Schneider

Evêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie d’Astana

© leblogdejeannesmits pour la traduction
© photo : LifeSiteNews


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03 mai, 2020

Le Haut comité de la fraternité humaine appelle à une journée de jeûne et de prière le 14 mai contre le COVID-19, soutenu par le pape François et Antonio Guterres

Voilà, nous y sommes. A la faveur de la crise du COVID-19, un appel à une journée interreligieuse mondiale de jeûne et de prière vient d’être lancée par le Haut comité de la fraternité humaine en direction de tous les croyants de toutes les religions. L’appel a été approuvé ce dimanche de mai à la fois par le pape François et par le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Si ce n’est pas la grande religion mondiale en acte cela commence à y ressembler furieusement.

Le Haut comité a été mis en place en août 2019 à la suite de la signature de la Déclaration d’Abu Dhabi par le pape François et le grand imam d’Al-Azhar Ahmad al-Tayeb, déclaration qui avait déjà posé de nombreuses question du fait de son assertion selon laquelle « le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains ». Il posait de nombreuses autres difficultés que j’évoquais ici dans une analyse critique.

La première réalisation en cours dudit Haut comité constitué dans les émirats Arabes unis avec le concours du Vatican est la construction de la Maison de la Famille Abrahamique, lieu de culte multi-religieux sur l’île de Saadiyat à Abu Dhabi où trois «  temples » cubiques construits exactement sur le même modèle en termes de volume et d’orientation feront voisiner sur un pied d’égalité une église chrétienne, une synagogue et une mosquée.

Le 14 mai prochain marquera une nouvelle étape de cette entreprise de fraternité universelle qui emprunte son vocabulaire à la maçonnerie et qui, au nom du bien de l’humanité dans une crise sanitaire qui a déjà viré à la dictature  sanitaire, prétend gommer les différences entre les différentes religions. On nous avait bien dit que nous avancions vers la nouvelle civilisation de l’empathie…

C’est la version espagnole du bulletin d’information officiel du Vatican qui donnait samedi le plus de détails sur cette journée inter-religieuse qui semble devoir remplacer avantageusement – du point de vue des mondialistes de la spiritualité globale – du pacte mondial pour l’éducation que le pape François devait lancer ce jour-là et qui a dû être reporté au mois d’octobre pour cause de coronavirus. Est-ce pour cela que ce jour du 14 mai a été choisi ? On peut le supposer, mais sans certitude. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la veille nous aurons fêté Notre Dame de Fatima. Qu’elle nous vienne en aide…

L’appel du Haut comité pour la fraternité humaine se réduit un court communiqué apellant à une prière à Dieu pour l’humanité – mais surtout pas au Dieu Un et Trine que nous adorons en vérité.

Le voici :

Prière pour l’humanité 
Frères qui croyez en Dieu, le Créateur ! Frères en humanité, partout ! 
Aujourd’hui, le monde est confronté à un danger imminent qui menace la vie de millions de personnes dans le monde entier, en raison de la propagation rapide du coronavirus « Covid-19 ». Tout en affirmant notre conviction quant l’importance du rôle de la médecine et de la recherche scientifique dans la lutte contre cette pandémie, nous n’oublions pas de nous tourner vers Dieu, le Créateur, dans cette grande crise. Nous invitons tous les peuples, partout dans le monde, à se tourner vers Lui par la prière, la supplication et les bonnes œuvres, chacun à sa place et selon sa religion, sa croyance ou sa doctrine, afin que Dieu élimine cette pandémie, nous aide à sortir de cette affliction, inspire aux scientifiques la découverte d’un médicament qui y mettra fin, sauve le monde des conséquences sanitaires, économiques et humaines dues à la propagation de cette dangereuse pandémie. 
Pour atteindre les objectifs du Document de la fraternité humaine, le Comité suprême propose que le jeudi 14 mai prochain soit une journée de prière et de supplication pour l’humanité. Le Comité appelle tous les dirigeants religieux et les peuples du monde entier à répondre à cet appel humanitaire et à se tourner d’une seule voix vers le Tout-Puissant pour préserver l’humanité, l’aider à surmonter la pandémie et à rétablir la sécurité, la stabilité, la santé et le développement, afin de rendre notre monde, après la fin de cette pandémie, plus humain et plus fraternel que jamais.
Oui, c’est cela qui est recherché : non point un monde qui se repente du mal et qui s’unisse dans la vérité sous le doux règne de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais un nouveau monde, rendu solidaire par l’ennemi invisible et priant ensemble n’importe quelle divinité. Nul n’est exclu. On peut croire n’importe quoi. Que vous soyez sataniste, islamiste ou adorateur de l’oignon, cet appel s’adresse à vous.

La presse émiratie donnait ce dimanche quelque précisions sur l’appel du Haut comité de la fraternité humaine. Le 14 mai devra être consacré « au jeûne, aux œuvres de miséricorde, aux prières et aux supplications pour le bien de toute l’humanité »  et pour la fin de la pandémie. Cela tombe bien, c’est en plein ramadan. On notera que Gulf News signale simplement que le Haut comité a été établi par le cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abou-Dhabi et vice-commandeur suprême des forces armées des Emirats arabes unis.

Pour mémoire, le Haut comité comprend neuf membres, parmi lesquels le cardinal Miguel Angel Ayuso Guixot, préside du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, et Mgr Yoannis Lahzi Gaid,  l’un des secrétaires personnels du pape François.

La première personnalité à avoir approuvé l’appel est Ahmed Al-Tayeb, qui a fait savoir  par le biais d’un message sur Facebook son soutien à l’initiative. « Je me félicite du noble appel humanitaire lancé par le comité pour inviter les gens du monde entier à prier, à supplier pour le bien de toute l’humanité et à faire le bien au nom d’Allah le Tout-Puissant, afin d’ôter cette pandémie qui nous frappe et qui frappe le monde entier. »

On dirait qu’Allah ne se laisse pas supplanter…

Le pape François s’est rapidement aligné ce dimanche 3 mai en apportant à son tour un soutien sans réserve, au cours de l’audience globale virtuelle qu’il à donnée à midi depuis la bibliothèque du palais apostolique du Vatican, rapporte America Magazine, la puissante revue des jésuites des États-Unis.

Il a donc réitéré l’appel à la journée de prière inter-religieuse. François a déclaré : « Souvenez-vous, le 14 mai, tous les croyants ensemble, croyants des différentes traditions [religieuses], de prier, de jeûner, et de faire des œuvres de charité. » Et d’expliquer : « Puisque la prière est une valeur universelle, j’ai accepté la proposition. »

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres – ancien président de l’internationale socialiste – a indiqué ce dimanche qu’il apportait lui aussi son soutien au Haut comité par le biais d’un tweet publié le soir. « En des temps difficiles, nous devons être solidaires pour la paix, l’humanité et la solidarité. Je me joins à Sa Sainteté le Pape François (@Pontifex) et au Grand Imam d’Al Azhar Sheikh Ahmed Al Tayeb dans leur soutien à la Prière pour l’humanité ce 14 mai – un moment de réflexion, d’espoir et de foi. »

Inutile de faire un dessin. Mais je peux vous proposer une image…




P.S. Je n’évoque pas dans cet article les multiples questions qui se posent sur la dangerosité réelle du COVID-19 et sur la « nécessité » du confinement, ses buts et ses leviers, ni la vraie question religieuse qui se pose alors que nous sommes si nombreux, catholiques, à être privés de messe et de sacrements depuis de longues semaines.



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26 septembre, 2019

Maison de la Famille d'Abraham : Un lieu de culte égalitaire illustrera le Document d'Abou Dhabi



david adjaye abrahamic familyLe « Haut Comité pour la mise en œuvre du Document surla fraternité humaine », signé à Abou Dhabi en février dernier par le pape François et Cheikh Ahmed el-Tayeb de l’Université Al-Azhar du Caire, s’est réuni à New York la semaine dernière dans l’ombre de l’Assemblée nationale annuelle des Nations Unies. C’est sa deuxième réunion en deux semaines. Son acte le plus spectaculaire aura été le dévoilement du projet de « La Maison de la famille d’Abraham » qui sera construite sur l’île de Saadiyat à Abu Dhabi, capitale des Emirats Arabes Unis, en tant que complexe multiconfessionnel comprenant une synagogue, une église et une mosquée, à égalité de tous points de vue.

Voilà qui répond à l'assertion de ce document selon laquelle la diversité des religions a été « voulue » par Dieu…

Parler des soi-disant « religions abrahamiques » comme de variations sur un thème unique  constitue la première tromperie. Les Hébreux, qui adoraient le vrai Dieu, ont reçu la vraie promesse du Messie, mais ne l’ont pas reconnu. Jésus-Christ a apporté la pleine Révélation de la vérité, révélant que le Dieu de la Bible est Père, Fils et Saint-Esprit – et cette Révélation est complète, de telle sorte que rien ne peut être ajouté sur terre au dépôt de la foi. L’islam, lui, rejette violemment la vérité sur la Sainte Trinité et réécrit et corrompt les Saintes Écritures inspirées, donnant à la lettre du Coran une forme de statut divin puisqu’il est considéré comme étant « incréée ».

Cependant, l’initiative a été largement couverte par le service officiel anglophone de VaticanNews et a été bénie, pour ainsi dire, par l’Église catholique grâce à la présence non seulement du secrétaire personnel du pape François, Monseigneur Yoannis Lahzi Gaid, membre du Haut comité » mais aussi du président du Comité, le cardinal-élu Miguel Ayuso Guixot.

Des centaines de personnes de multiples traditions religieuses se sont rassemblées pour l’événement qui s’est tenu à la New York Public Library le vendredi 20 septembre.

Alors que la première réunion du Haut Comité a eu lieu le 11 septembre à Rome pour marquer le 18e anniversaire de l’attaque terroriste contre les tours jumelles du WTC à New York, la deuxième réunion a été organisée délibérément en vue de coïncider avec la 74e session des Nations Unies pour « souligner » la « portée mondiale » du document d’Abu Dhabi, selon le juge Mohamed Mahmoud Abdel Salam, membre du Comité, cité par sœur Bernadette Mary Reis sur Vatican News.

« Le Comité, a dit le juge, est disposé à travailler avec toute nation ouverte aux idéaux exprimés dans le Document. Il a ajouté que les premières mesures ont été prises avec le Secrétaire général de l’ONU en vue d’une éventuelle adoption du Document par les Nations Unies. Le Secrétaire Général “va demander aux Etats membres d’inclure les principes contenus dans ce document historique dans leur législation locale”, a déclaré le juge », écrit Sœur Bernadette.

De nombreuses initiatives inter-confessionnelles ont vu le jour à la suite des attentats du 11 septembre, notamment l’Alliance des civilisations créée en 2005 par l’ancien Premier ministre socialiste espagnol Zapatero et coparrainée par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, et lancée cette même année par les Nations unies. Au Kazakhstan, le Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles se réunit tous les trois ans depuis 2003 avec des objectifs similaires : le rapprochement des cultures et des civilisations, le tout illustré par un lourd symbolisme maçonnique. Le Cardinal Coccopalmerio était le représentant officiel du Vatican lors de la dernière rencontre à Astana en 2018.

Mais le Document d’Abou Dhabi marque un pas en avant en impliquant l’Eglise catholique à la tête d’initiatives inter-religieuses tout en s’efforçant de donner à l’ONU l’autorité nécessaire pour obtenir un alignement mondial sur les religions au nom de la paix mondiale. Comme le montrent de nombreux documents de l’ONU, la diversité des religions et des traditions a longtemps été accusée d’être la principale menace pour la fraternité humaine et la paix mondiale (analyse qui « oublie » de manière spectaculaire le massacre de plusieurs centaines de millions de personnes au XXe siècle au nom du communisme athée).

Le pape François a récemment déclaré lors de son retour d’Antananarivo qu’il est de notre devoir, en tant qu’« humains », d’« obéir »aux Nations unies :

« Je voudrais répéter ce que la Doctrine de l’Église dit à ce sujet : Lorsque nous reconnaissons les organisations internationales et que nous reconnaissons leur capacité de rendre des jugements à l’échelle mondiale – par exemple le tribunal international de La Haye ou les Nations Unies. Si nous nous considérons comme des êtres humains, lorsqu’ils font des déclarations, notre devoir est d’obéir. Il est vrai que tout ce qui apparaît juste pour l’humanité tout entière ne le sera pas forcément pour notre poche, mais nous devons obéir aux institutions internationales. C’est pour cela que les Nations unies ont été créées. »


La Déclaration sur la fraternité humaine fait clairement écho à cette manière de penser et elle doit certainement son poids au fait d’avoir été signée par le Pape. Quelle que soit l’opposition rencontrée l’Église catholique, notamment à cause de la crise des abus sexuels, le pape François est décidément une autorité morale reconnue à l’échelle internationale dès lors qu’il proclame la pensée mondialiste.
La construction d’un lieu de culte égalitaire pour les juifs, les chrétiens et les musulmans en est un exemple. Il n’est pas clairement dit que l’édifice chrétien sera catholique : il est qualifié de « chrétien » sur le site de Vatican News.

Le modèle de la future « Maison de la famille d’Abraham» – notez le singulier, c’est un signe que les trois religions sont considérées comme des éléments sous un seul et même Dieu – est particulièrement révélateur. Présentée sous forme d’un modèle 3D et décrit dans un court métrage qui a été projeté aux participants de la réunion de New York vendredi dernier, elle sera riche de trois « temples »  cubiques construits exactement sur le même modèle en termes de volume et d’orientation, avec des décorations abstraites et une décoration intérieure différentes afin de les rendre aptes aux différents types d’offices qu’ils vont accueillir.

On note que le film montre que le « cube » chrétien ou catholique n’est pas destiné à recevoir des images du Christ et des saints, mais seulement une croix très simple – pas un Crucifix – suspendue au-dessus d’un autel. Les Emirats Arabes Unis sont musulmans, après tout… Et l’initiative de la construction est venue du Prince héritier d’Abu Dhabi, Mohammed bin Zayed Al Nahyan, qui l’a annoncée en février peu après la signature du Document.

Les trois cubes seront placés en triangle, créant une figure qui rappelle les trois points maçonniques. La mosquée, ornée d’arcs, l’église de lignes droites et la synagogue de triangles n’auront aucune caractéristique extérieure indiquant leur identité religieuse. Seule la synagogue a une ouverture sur le toit : un triangle bien défini, selon les plans dévoilés vendredi dernier.

Selon le compte-rendu de Vatican News, le message que l’on cherche à transmettre vise à « simplifier la foi pour la ramener à sa forme la plus simple », comme l’a déclaré Mohamed Khalifa Al Moubarak, membre du Comité, à New York. « Pour simplifier la vie afin d’en faire ce que nos livres religieux disent fondamentalement : sois bon envers ton prochain, aime ton prochain, aide ton prochain. Dans un monde qui est si connecté, en réalité, nous sommes devenus si déconnectés. Des projets et des initiatives comme la Maison de la famille d’Abraham – et il y en aura beaucoup d’autres dans l’avenir – rapprocheront les gens. C’est un rêve devenu réalité que les gens des Émirats arabes unis, un peuple qui favorise la tolérance, ont l’occasion de partager avec le monde entier. »

C’est la foi ramenée à sa forme la plus simple signifie la religion naturelle, sans dogme (un prérequis du point de vue maçonnique) et bien sûr sans Révélation. Ce n’est rien de moins qu’une mise à l’écart de la Vérité, une manière de tourner le dos à la Vérité en vue d’une « fraternité » horizontale.
L’égalité est également représentée par le projet architectural. A New York, rapporte Vatican News, « Mgr Yoannes Gaid, membre du Comité, a expliqué que l’essentiel du Document est que nous sommes tous frères. L’égalité est fondée sur cette vérité, a-t-il ajouté, une égalité qui s’étend donc aussi aux devoirs et aux droits. La liberté, a souligné Mgr Gaid, est en fait fondée sur la non-violence. “La violence, dit-il, est contre la foi et la citoyenneté.” »

Mais ici, il y a clairement confusion entre la fraternité des hommes et la prétendue égalité des religions, qui ne peut être affirmée que si la vérité est niée.

L’architecte choisi pour construire la Maison de la Famille d’Abraham est un citoyen britannique d’origine ghanéenne, David Adjaye, 51 ans, qui a déjà signé de nombreux bâtiments modernes de Washington (Musée national d’histoire et de culture afro-américaine) à Moscou. Fait chevalier par la reine Elizabeth, cet architecte contemporain très tendance a été influencé par « l’esthétique soviétique » selon JeuneAfrique. Il est le globe-trotter par excellence, avec des bureaux à New York, Londres, Doha et Accra. Tant pis pour l’empreinte carbone.

A propos de la Maison de la Famille d’Abraham, Adjaye Associates écrit sur son site le 23 septembre : « Adjaye Associates est le gagnant annoncé du concours en vue du projet phare, The Abrahamic Family House sur l’île de Saadiyat à Abu Dhabi. La Maison de la Famille d’Abraham, commandée par le Haut Comité pour la Fraternité humaine, est un ensemble de trois espaces religieux, une mosquée, une synagogue et une église, qui se trouvent placés sur un pavillon laïque pour les visiteurs. Le projet est l’une des premières initiatives prises par le Haut Comité, un nouvel organe qui supervise la mise en œuvre du “Document de la Fraternité humaine” aux niveaux régional et international. Ce projet historique espère incarner la relation entre les trois religions abrahamiques tout en offrant une plate-forme pour le dialogue, la compréhension et la coexistence entre leurs religions. »


Qu’est-ce que cela nous apprend ? Que ce qui relie les religions du point de vue de l’architecte, et qui est même à leur base, c’est « un pavillon laïque ».

Le communiqué officiel du Haut Comité de la Fraternité humaine l’exprime ainsi :

« Située sur l’île de Saadiyat Isand à Abu Dhabi, la Maison de la famille d’Abraham constituera une communauté pour le dialogue et l’échange inter-religieux, nourrissant les valeurs de coexistence pacifique et d’acceptation entre différentes croyances, nationalités et cultures. 
« Cette initiative historique sera un lieu d’apprentissage, de compréhension et de culte ouvert à tous et reflétera fidèlement les valeurs de tolérance et d’hospitalité des Emirats arabes unis. 
« Dans chacun des lieux de culte, les visiteurs auront l’occasion de suivre des offices religieux, d’écouter les Saintes Écritures et de vivre les rites sacrés. Un quatrième espace – non relié à une religion spécifique – servira de centre pour que toutes les personnes de bonne volonté s’unissent. »
Ici, l’unité de l’humanité ne se fait certainement pas « dans le Christ », en qui, nous le savons, les baptisés deviennent membres les uns des autres.

Mgr Gaid, à New York, a expliqué clairement que la philosophie du projet est fondée sur la création d’un nouveau mode de pensée. Il a dit (cité indirectement par Sr Bernadette dans Vatican News) que le nouveau point de repère signifiera « une transformation dans l’histoire humaine parce que (...) il transformera ce qui a été utilisé dans le passé comme un moyen de division entre les peuples en un point de contact ».

Transformer l’histoire humaine est en effet un objectif pour le moins ambitieux, surtout pour un prélat catholique qui sait que l’histoire a été définitivement transformée par l’Incarnation, la Passion et la Résurrection de Notre Seigneur.

Dans le même ordre d’idées, Mohamed Khalifa Al Moubarak, membre du Comité, a qualifié le Document de « déclaration la plus importante signée dans les temps modernes », selon Vatican News.
Le juge Mohamed Mahmoud Abdel Salam a vu dans cette initiative la preuve de la détermination du pape François et du cheikh Ahmed el-Tayeb « à atteindre le bonheur pour toute l’humanité, quelle que soit sa religion ou sa nationalité . »

Le bonheur ici-bas. Oubliée, la vie éternelle…



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10 février, 2019

Analyse critique du Document d'Abou Dhabi signé par le pape François et l'imam Al-Tayeb d'Al-Azhar

Le Document d’Abou Dhabi sur la Fraternité humaine, pour la paix mondiale et la coexistence commune signée par le pape François pose nombre de questions qui ont été largement soulevées dans la presse française, notamment à propos de cette phrase :

« Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. »

L’intrusion des « diversités de religion » dans ce catalogue du vouloir divin a suscité de justes réserves, et même des indignations : comment peut-on dire que Dieu a « voulu » l’erreur, et encore, en mettant cela sur le même plan que sa volonté de créer la différence des sexes ?

S’il ne manque pas de commentateurs qui tentent de sauver le propos en expliquant, soit qu’il s’agit en réalité de la manière dont Dieu « permet » l’erreur et le mal, soit qu’il y soit fait référence au plan où la diversité des religions témoigne du désir naturel de l’homme de connaître Dieu, ces interprétations semblent bien téméraires.

Il suffit de lire la suite du document : « Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture, comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas. »

Une fois de plus il y a un monde entre la « liberté d’être différents » et le prétendu droit à l’erreur qui se profile ici : un droit qui n’existe pas. Il s’agit d’une possibilité tolérée afin que l’homme puisse librement adhérer au vrai et au bien : qu’il puisse librement aimer Dieu, Dieu-Trinité qui est le vrai Dieu, en somme.

On ne « condamne » donc pas « le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion » parce que Dieu a voulu la diversité des religions, mais parce que Dieu veut que l’homme adhère à lui par un libre acte de la volonté.

Diane Montagna cite dans LifeSiteNews le commentaire d’un Dominicain à propos de la phrase sur la diversité des religions : pour lui, le passage controversé « est faux dans son sens obvie, et il est en réalité hérétique ».
« Les différentes religions disent des choses incompatibles à propos de qui est Dieu et comment il veut être adoré. Elles ne peuvent donc toutes être vraies. Donc Dieu, qui est vérité, ne peut vouloir toutes les religions », a expliqué ce théologien qui a préféré garder l’anonymat : « Dieu permet aux religions non catholiques d’exister, mais permettre une chose n’est pas une manière de la vouloir, c’est une manière de ne pas vouloir l’empêcher. Ainsi Dieu permet que de nombreuses personnes innocentes soient tuées, mais Il ne le veut pas. Nous ne parlerions pas par exemple de la volonté permissive de Dieu de voir les Juifs être gazés, par exemple. (…) Même la diversité des langues, si elle fut à l’origine une punition, a été voulue et causée par Dieu ? Mais la diversité des religions est due au péché et ainsi, elle n’est ni voulue ni causée par Dieu. Nous pouvons dire qu’elle “tombe sous le coup de sa providence” mais cela est vrai de tout, même les pires crimes. »
Le même Dominicain a souligné l’usage problématique du mot « foi » dans le document, appliqué à tous les croyants, car il s’agit de la « vertu par laquelle Dieu nous  amène à l’assentiment vis-à-vis de ce qu’Il a révélé à travers les prophètes de l’Ancien Testament et les apôtres du Nouveau, et par-dessus tout à travers son Fils. Les personnes qui croient en des religions non chrétiennes ne le font pas par la foi, comme le souligne Dominus Iesus 7, mais par quelque opinion humaine. »

Eh oui : quand le pape signe solennellement un document, ès-qualités, il le fait en tant que chef des catholiques et gardien de la doctrine, et les mots doivent correspondre à leur sens précis, sous peine d’en laisser abâtardir la signification.

C’est là pourtant l’économie de tout le document d’Abou Dhabi, qui met les croyants et les croyances sur le même plan, au nom d’une « fraternité » onze fois citée mais privée de la seule chose qui puisse la causer et la justifier : la présence d’un Père.

Vu que ce texte évoque les relations entre les catholiques et les musulmans – et plus exactement entre l’Eglise catholique et « Al-Azhar », l’université islamique du Caire comme représentant de l’islam, qui lui n’est pas nommé – cette absence du Père n’a rien d’étonnant. L’islam considère l’adoration de la Sainte Trinité comme une activité d’« associateurs » – une abomination – et pour lui qualifier Dieu de Père est en soi un blasphème.

Certes le pape François a mentionné Dieu, Père de tous les hommes,  lors de sa conférence de presse dans l’avion du retour. Mais cela ne pouvait figurer dans le document.

La fraternité, ici, c’est la « coexistence commune » (mais que cela veut-il donc dire ? – « pacifique », on aurait compris !) et une volonté d’en finir avec l’effusion du sang des innocents. Et aussi, en passant, l’appel à la justice sociale, à l’arrêt de la « dégradation environnementale », où « les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune » sont présentées comme « ancre de salut ».

Et non plus Jésus-Christ, notre unique Salut…

Les deux signataires renvoient dos à dos les extrémismes et fondamentalismes pour mieux vanter la tolérance et la fraternité : « L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une “troisième guerre mondiale par morceaux” ». Manière de rejeter la responsabilité des malheurs actuels pareillement sur certains chrétiens et certains musulmans, sans s’autoriser le moindre regard de comparaison et de critique sur le contenu de leurs deux religions.

Et comme décidément nous sommes en politique – une politique qui fleure le discours habituel de l’ONU – le document dénonce « l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles dont bénéficie seulement une minorité de riches », ce qui soit dit en passant ne manque pas de sel vu que le texte a été signé dans l’une des richissimes monarchies pétrolières du Proche Orient.

Oui, le texte rappelle l’importance de la famille, dénonce l’avortement et l’euthanasie : on peut en effet se retrouver avec des non-catholiques au service de la loi naturelle et du bien commun. Mais la notion de famille est bien différente en islam et dans le christianisme, tout comme l’avortement qui est toléré pour les musulmanes pour éviter le scandale ou pendant les premières semaines de grossesse…

Ecoutez ceci :
« Nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. »
La manière dont Mahomet a fondé l’islam et présidé à sa première expansion était-elle donc une première « déviation » – au demeurant conforme aux textes de l’islam, eux-mêmes déjà déviants ?

On lit aussi : « En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens. » Et pourtant, les pays de charia condamnent de mort l’apostat.

Une fois de plus, l’ironie du propos mérite d’être souligné : le même Al-Tayeb, imam d’Al-Azhar, appelait en 2015 à « tuer, crucifier et amputer les mains et les pieds » des « terroristes » de l’Etat islamique, « conformément au Coran ». Mémoire sélective, décidément.

Le site hispanophone Infovaticana de son côté, citant le spécialiste du Proche-Orient Raymond Ibrahim, affirme même que l’imam Al-Tayeb est coutumier du double langage. Le site rapporte les propos que celui-ci est accusé d’avoir tenus au cours de sa propre émission télévisée lors du dernier ramadan : « Les docteurs de l’islam et les imams des quatre écoles de jurisprudence considèrent que l’apostasie est un crime et sont d’accord pour dire que l’apostat doit renoncer à son apostasie ou être exécuté. »

S’il est vrai que le document d’Abou Dhabi affirme la « liberté de croyance » de chacun, il n’y est nullement question de la conversion – et surtout pas de la conversion de l’islam au christianisme qui constitue précisément, selon le Coran, une apostasie.

L’imam, de l’université islamique du Caire, et le pape, chef de l’Eglise universelle fondée par Jésus-Christ, le Verbe de Dieu, ont aussi vanté la citoyenneté :

« Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant. »

Il faut comprendre ces mots dans le contexte où les emploie l’imam Al-Tayeb. Rapportant en janvier 2017 ses propos, un journaliste de Radio Vatican expliquait : « Le cheikh Ahmed Al Tayeb est revenu sur le concept de la dhimma, la protection que l’Etat musulman accordait aux minorités non-musulmanes à l’époque médiévale. » Une protection qui passait par la soumission…

Radio Vatican poursuivait : « La dhimma impliquait que les non-musulmans devaient s’acquitter d’un impôt (la jizya) en contrepartie d’une protection des autorités civiles. Ce qui revenait, de fait, à instaurer une inégalité administrative entre les citoyens. Mais selon le grand imam, appliquer la dhimma aujourd’hui, dans un contexte profondément différent, constituerait une “forme d’injustice et un manque de raisonnement scientifique”. Pour le cheikh Al Tayeb, tous les citoyens sont égaux, et les chrétiens, précise-t-il, “ne peuvent être considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives”. »

Où l’on voit que la déclaration d’Abou Dhabi ne sort pas du néant, où l’on retrouve des expressions propres aux deux signataires – ainsi des mots « troisième guerre mondiale par morceaux » cités plus haut qui avaient été prononcés par le pape François et  qui sont ici appliqués à « l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance ».

Ce vocabulaire a pour particularité de renvoyer dos à dos tous les « extrémismes », réels ou imaginaires, comme je le notais plus haut. Il désigne de manière suffisamment claire pour qu’on puisse y faire référence les réactions populaires (pour ne pas dire « populistes ») que l’on constate dans des pays d’Occident face à l’arrivée massive de migrants musulmans.

Ou pour le dire autrement : en recherchant la « diffusion de la culture de la tolérance » et la protection de tous les lieux de culte et de tous les croyants, il s’agit de mettre toutes les religions sur un pied d’égalité – et pas seulement sur le plan politique.

Qu’une entente se fasse pour en finir avec la persécution violente des chrétiens au Proche-Orient – dans des pays, soit dit en passant, évangélisés au temps des premiers chrétiens et où ils sont chez eux depuis des temps immémoriaux – qui pourrait s’en plaindre ? Et si pratiquement, cela leur vaut un peu plus de libertés et de droits, on ne peut qu’applaudir.

Mais cela ne dispense pas d’essayer de comprendre ce qui se passe. De percevoir, notamment, que c’est un accord à deux faces, « équilibré » si on veut, qui revendique aussi des droits pour les « minorités » – qu’on ne devrait donc  plus appeler ainsi – musulmanes en Occident. De comprendre, aussi, que le relativisme de la phrase « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains » affleure à plusieurs reprises dans le document.

Par exemple, ici :
« La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituée ni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s’enrichir réciproquement de la civilisation de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures. L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. »
Tantôt « l’Eglise catholique et Al-Azhar », tantôt « Al-Azhar et l’Eglise catholique » – il faut bien ménager les susceptibilités – s’engagent à travailler à la mise en œuvre du document qui est présenté en réalité comme feuille de route pour les Etats et les politiques du monde entier :
« A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document aux Autorités, aux Leaders influents, aux hommes de religion du monde entier, aux organisations régionales et internationales compétentes, aux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ; et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux, en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication. 
« Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers. »
Une fois de plus, il s’agit de modifier les esprits et les cœurs pour arriver à la « fraternité » et à la « tolérance » universelles, tout cela « dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie ».

Ce vocabulaire ne détonnerait pas en loge et il coïncide parfaitement avec les documents internationaux, onusiens ou de l’Unesco, dans lesquels les religions traditionnelles et les différences nationales sont présentées comme les facteurs de perturbation de la paix et de l’harmonie entre les hommes. On est en réalité très loin de la phrase de Jésus-Christ : « Ne pensez pas que Je sois venu apporter la paix sur la terre ; Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. »

Jésus est venu arracher le monde aux ténèbres, notamment aux ténèbres des fausses religions, et Il a aussi prévenu ses disciples qu’ils devaient tous prendre leur croix pour le suivre. Prêcher la vérité et la servir expose à l’incompréhension et à la persécution, voire au martyre. Et en dernière analyse, la seule vraie paix est celle qui accompagne l’adhésion à la vérité. La paix sur cette terre est un bien auquel on peut aspirer, mais point au prix de la vérité…

Le fait d’un accord avec l’islam appelle d’autres questions, et notamment celle de la sincérité islamique ; puisque le Coran recommande et justifie la « taqiyya » ou la dissimulation de sa propre foi pour sauver sa peau, ou encore, selon des exégètes musulmans remontant au Xe siècle pour faciliter la conquête par la dissimulation stratégique, l’apparence de loyauté à l’égard des non musulmans.

Mais il y a aussi la question de la représentativité d’Al-Azhar, haut-lieu du sunnisme mais n’ayant pas autorité universelle sur les sunnites – et ne parlons même pas des chiites.

Plus encore que tout cela, le Document sur la Fraternité humaine témoigne d’une restructuration de l’islam en cours (sincère ou non, c’est une autre histoire). La tendance est nette aujourd’hui : il s’agit de vider l’islam de ses aspérités, de ses aspects incompatibles avec la modernité, de le rendre acceptable en le faisant renoncer à ce qu’il est et à réinterpréter le coran, ce qui est en soi impossible en islam puisqu’il s’agit du livré « incréé » exprimant – même dans ses contradictions internes – la parole d’Allah.

Cette marche vers la restructuration, on la note dans les discours du président al-Sissi en Egypte comme dans ceux d’Al-Tayeb, dans les modernisations en cours en Arabie saoudite à la déclaration conjointe de 1.829 théologiens islamiques au Pakistan au printemps dernier.

C’est une restructuration qui vise à rendre l’islam compatible avec le relativisme actuel, une démarche dont on peut raisonnablement dire que la religion catholique la subit aussi, avec l’idée qu’on peut croire ce qu’on veut, pourvu qu’on n’ait pas la prétention de se dire dans la vérité. Tous doivent alors se soumettre ensemble aux Lumières – ce n’est pas un hasard si les mots et les concepts de liberté, égalité, fraternité sont omniprésents dans le document – et se fondre dans une spiritualité globale présentée comme la religiosité commune capable d’assurer la paix.

On ne peut comprendre le Document d’Abou Dhabi en dehors de ce contexte, d’une série de démarches dont les rencontres précédentes entre le pape François et l’imam Al-Tayeb ne sont que des épisodes qui s’insèrent dans un ensemble qui mobilise des institutions internationales, des responsables d’Etat et des représentants de religions du monde entier.

Pas plus tard qu’en octobre dernier, Astana – la capitale du Kazakhstan – accueillait de telles personnalités (l’Eglise catholique était représentée par le cardinal Coccopalmerio), avec Al-Tayeb soi-même et quelques autres muftis de la Ligue Arabe ou de Russie. Ils se sont tous retrouvés dans la « Pyramide de la Paix » où une table ronde signifie la mise sur un pied d’égalité de toutes les religions, le tout parmi une lourde pléthore de symboles maçonniques.

J’ai consacré à cette rencontre une chronique que vous trouverez ici. Cette réunion éclaire d’une lumière singulière – et à mon sens inquiétante – l’accord auquel sont parvenus le pape François et l’imam Al-Tayeb. Et explique aussi le recours à la phrase « controversée » du Document d’Abou Dhabi sur la diversité des religions « voulue » par Dieu : c’en est en réalité la phrase pivot, l’affirmation inévitable, le fondement sur lequel tout le reste est construit.


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