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20 septembre, 2022

Les évêques de Flandre (Belgique) proposent une formule de bénédiction pour les couples de même sexe. Une première mondiale…

Les évêques catholiques de Flandre en Belgique ont publié ce mardi un document sur la « proximité pastorale avec les personnes homosexuelles », qui comprend notamment une proposition de cérémonie pour la bénédiction publique à l’église des couples de même sexe. C'est probablement la toute première fois, dans le monde entier, qu’un groupe d'évêques donne officiellement son feu vert à la bénédiction d'une union homosexuelle en tant que telle, en contradiction directe avec l’interdiction de ce type de « liturgie » par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi l’année dernière.

L’annonce de l’initiative sur le site Internet de l’Église catholique belge fait expressément référence aux propos du pape François et à Amoris Laetitia comme sources du désir des évêques de « donner une réponse et un accomplissement concrets au désir d’accorder une attention explicite à la situation des personnes homosexuelles, de leurs parents et de leurs familles dans l’élaboration de leurs politiques ».

Le Cardinal Josef De Kesel de Bruxelles est officiellement désigné dans le document comme l’un de ses signataires ; la signature elle-même tient en trois mots : « les évêques flamands ». Il s’agit des évêques des diocèses d’Anvers (Johan Bonny, connu pour ses déclarations peu orthodoxes), de Gand (Lode van Hecke), de Hasselt (Patrick Hoogmartens) et de Bruges (Lodewijk Aerts).

Le document, avec ses suggestions pour l’organisation des cérémonies de bénédiction, ont été publiés sur le site web de la conférence épiscopale belge en même temps que le communiqué indiquant que les évêques de Belgique néerlandophone ont créé un « point de contact » intitulé « Homosexualité et foi » au sein du service inter-diocésain de la pastorale familiale (Interdiocesane Dienst Gezinspastoraal van de Vlaamse katholieke Kerk, IDGP), avec un référent par diocèse.

Ledit « point de contact » a été placé sous l’autorité de Willy Bombeek, porte-parole du Service de l’enseignement catholique de Flandre de 1999 à 2017. Une brève biographie sur le site web des évêques indique qu’il « a été coordinateur du groupe de travail “Homosexualité & Foi” depuis début 2021, avec un mandat des évêques flamands ; entre 2018 et 2022, il a effectué des recherches sur la place des LGTB+ catholiques et de leurs parents au sein de l’Église catholique ». Le groupe de travail fait désormais partie intégrante des institutions de l’Église belge.

Dans un entretien publié par le portail des évêques flamands, Bombeek affirme notamment que « l’expérience sexuelle est aussi un droit pour les LGBT dans la mesure où elle se déroule au sein d’une relation fidèle et durable » : telle fut l’une des revendications qu’il dit avoir présentées au cardinal De Kezel en février 2020 – visite qui devait aboutir à la nomination de Bombeek à la tête du groupe de travail.

Bombeek a qualifié l’initiative de « révolutionnaire ». Dans une interview accordée au média flamand VRT, mardi matin, il a déclaré : « Je suis moi-même croyant et homosexuel. C’est pourquoi les évêques m’ont demandé d’assumer cette mission. Je pense qu’il est important que l’Église ait spécifiquement voulu nommer un croyant LGBT à ce poste. »

Sa mission principale, a-t-il ajouté, sera « d’écouter les questions de la communauté LGBT ». « Quels sont leurs besoins ? Nous devons également écouter leurs histoires. C’est la première fois que l'Église flamande envoie aux personnes LGBT un message pour leur dire qu’elles sont les bienvenues telles qu’elles sont, et qu’elles sont bien telles qu’elles sont. Nous voulons montrer clairement que nous sommes une Église accueillante qui n’exclut personne. Il se peut que nous ayons aussi à écouter la douleur vécue par des fidèles LGBT dans le passé. Leurs parents sont également invités à nous contacter. Car sans doute ont-ils eux aussi de nombreuses questions et des histoires à raconter. »

En ce qui concerne la « bénédiction » pour les couples de même sexe ouvertement promue par le document des évêques, Bombeek commente : « L’Église a estimé qu’à côté du mariage religieux, il fallait qu’il y ait quelque chose pour les personnes LGBTI croyantes. Souvent, cela se faisait déjà au niveau local, mais les gens ne savaient pas vraiment comment, ils n’avaient pas de forme appropriée pour cela. Maintenant, l’Église fournit une sorte de structure qui peut servir à une telle bénédiction : un engagement dans la durée, et à la fidélité, qui peut être exprimé au sein de l’Église. Pour de nombreuses personnes LGBT, il est important qu’elles puissent célébrer leur relation au sein de l’Église, et que cette relation soit bénie devant Dieu. »

Le document des évêques précise que la bénédiction ne doit pas être confondue avec un mariage à l’église. Bombeek explique : « Nous sommes après tout dans une tradition de l’Église où le mot “mariage” se limite à la relation entre mari et femme. La bénédiction est totalement équivalente, mais d’après la tradition de l’Église, on ne peut pas l’appeler mariage. Pourtant, nous sommes ici dans quelque chose de très novateur dans le fait que, au sein de l'Église, nous puissions avoir un service de prière et une bénédiction pour les relations LGBT. »

Reste à savoir si la bénédiction offerte par les évêques de Flandre ne sera pas confondue avec une cérémonie de mariage. Dans leur document, intitulé « Être pastoralement proche des personnes homosexuelles : pour une Église accueillante qui n’exclut personne », le service de prière suggéré est présenté comme étant « clairement différent » du mariage sacramentel, mais la manière dont la cérémonie est présentée laisse beaucoup de place à la confusion :


« Par exemple, ce moment de prière pourrait se dérouler comme suit.

– Paroles d’ouverture
– Prière d’ouverture
– Lecture tirée de l’Écriture sainte
– Engagement des deux personnes concernées. Ensemble, ils expriment devant Dieu de quelle manière ils s’engagent l’un envers l’autre. Par exemple :

Dieu d’amour et de fidélité,
aujourd’hui nous nous tenons devant Toi
entourés de notre famille et de nos amis.
Nous Te remercions de nous avoir permis de nous retrouver.
Nous voulons être là l’un pour l’autre
dans toutes les circonstances de la vie.
Nous exprimons ici avec confiance
que nous voulons travailler au bonheur de l’autre
jour après jour.
Nous te prions : accorde-nous la force
d’être fidèles l’un à l'autre
et d’approfondir notre engagement.
En ta proximité nous avons confiance,
de ta Parole nous voulons vivre,
donnés l‘un à l’autre pour toujours.

Prière de la communauté. La communauté prie pour que la grâce de Dieu agisse en eux pour prendre soin l’un de l’autre et de la communauté plus large dans laquelle ils vivent. Par exemple :

Dieu et Père,
nous entourons N. et N. de nos prières aujourd’hui.
Tu connais leur cœur et le chemin qu’ils prendront ensemble à partir de maintenant.
Fais que leur engagement l’un envers l’autre soit fort et fidèle.
Que leur foyer soit rempli de compréhension,
de tolérance et d’attention.
Fais qu’il y ait de la place pour la réconciliation et la paix.
Que l’amour qu’ils partagent les réjouisse
et les aide à se mettre au service de notre communauté.
Donne-nous la force de marcher avec eux,
ensemble sur les traces de ton Fils
et fortifiés par ton Esprit.

– Prière d’intercession
– Notre Père
– Prière finale
– Bénédiction. »

Il s’agit de la bénédiction, non pas de personnes à qui l’on rappelle l’amour de Dieu, et qui sont appelées à observer les commandements divins quels que soient leurs défauts et faiblesses personnels, mais d’amants autoproclamés qui font appel à leur « orientation sexuelle » afin d'obtenir la reconnaissance officielle de leur comportement sexuel, qui est objectivement un péché grave. Cela revient, en fait, à appeler le péché mortel motif de joie et de « réjouissance », allant jusqu’à remercier Dieu pour le fait que les membres du couple homosexuel se soient « trouvés l’un l’autre ».

Il est difficile de concevoir action plus désordonnée de la part des prêtres de l'Église catholique, qui encourageraient ainsi leurs ouailles à choisir d’offenser Dieu et qui « béniraient » des actes qui les coupent de la grâce de Dieu en leur faisant courir le risque de la damnation éternelle. Ce sont pourtant des évêques, et même un cardinal, qui prescrivent cela !

Rome va-t-elle réagir ?

Le pape François contredira-t-il la déclaration des évêques flamands selon laquelle ils « se sentent encouragés par l'exhortation apostolique Amoris Laetitia » par laquelle il appelle au « discernement, à l'orientation et à l'intégration ? » Ils citent ses paroles concernant le « respect » de toutes les personnes mais ne font discernent nullement entre l’aide à apporter aux personnes et le soutien aux couples de même sexe en tant que tels.

Au lieu de cela, ils écrivent : « L’attention pastorale de la communauté ecclésiale concerne d’abord et avant tout les personnes homosexuelles elles-mêmes. Sur le chemin parfois complexe de la reconnaissance, de l’acceptation et du vécu positif de leur orientation, nous voulons rester proches d’elles. Certains restent célibataires. Elles méritent notre reconnaissance et notre soutien. D’autres choisissent de vivre en couple, dans une union durable et fidèle avec un partenaire. Eux aussi méritent notre reconnaissance et notre soutien. Car cette relation aussi, bien que n’étant pas un mariage ecclésiastique, peut être une source de paix et de bonheur partagé pour les personnes impliquées. »

Les évêques de Flandre insistent sur la valeur de la conscience individuelle, qui est également le point de départ d’Amoris Laetitia :

« Cette approche pastorale est axée sur la rencontre et la conversation. Les croyants qui vivent des relations homosexuelles stables souhaitent également être respectés et appréciés au sein de la communauté de foi. Cela fait mal lorsqu’ils ont le sentiment de ne pas être à leur place ou d’être exclus. Ils veulent être entendus et reconnus. C’est de cela qu'il s’agit dans cette approche pastorale : leur histoire d’incertitude qui va vers une clarté et une acceptation croissantes ; leurs questions sur les positions de l’Eglise ; leur joie de connaître un partenaire stable ; leur choix d’avoir une relation exclusive et durable ; leur détermination à prendre des responsabilités l’un pour l’autre et leur désir d’être au service de l’Eglise et de la société.

« Dans cette approche pastorale, il y a de la place pour le discernement spirituel, pour la croissance intérieure et pour des décisions prise en conscience. Le pape François demande que la conscience des personnes soit valorisée et soutenue, même dans les situations de vie qui ne correspondent pas pleinement à l’idéal objectif du mariage : “La conscience peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif.” (AL 303). »

Willy Bombeek a déclaré à VRT que les évêques de Flandre « envoient un signal au monde entier ». Les catholiques du monde entier devraient en effet y prêter attention, et implorer la miséricorde divine face à cette initiative scandaleuse.


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27 mai, 2021

Mgr Philippe Bordeyne, nouveau président de l’Institut Jean-Paul II, plaide pour une nouvelle pastorale pour les homosexuels

C’est clair et net : lorsque Mgr Philippe Bordeyne, jusqu’ici recteur de l’Institut catholique de Paris, prendra à la rentrée prochaine la présidence de l’Institut théologique pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, il y veillera au respect du « nouveau paradigme » introduit dans la pastorale familiale par Amoris laetitia, et en particulier de son controversé chapitre 8. Le site diakonos.be, en proposant la traduction française de l’article du vaticaniste Sandro Magister sur la proposition de Bordeyne de mettre en place une possibilité de bénédiction – privée et individuelle – pour les partenaires homosexuels au sein d’une union stable, en vue de les accompagner sur leur chemin vers la sainteté, a déjà permis de connaître l’aspect le plus actuel de la nouvelle ligne politique de l’Institut Jean-Paul II, rénové et rebaptisé. Ses réflexions portent sur un essai que vient de faire paraître le théologien dans la revue de l’Institut catholique, Transversalités. C’est un texte qui mérite qu’on s’y arrête davantage, car la proposition de Bordeyne s’inscrit dans un ensemble et conclut un raisonnement dont la rupture avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise paraît évident, même si l’auteur s’en défend.

On y trouve un plaidoyer pour un changement d’approche à l’égard des homosexuels et de l’enseignement de l’Eglise en matière de sexualité, qui va de l’accueil pastoral à « l’intégration » en passant par le « discernement », pour aboutir éventuellement à la réception des sacrements malgré une « situation irrégulière » qu’on évitera au demeurant d’appeler ainsi, comme le souhaitait Amoris laetitia.

Des discussions lors des synodes sur la famille et sur l’Exhortation apostolique qui en a résulté, Philippe Bordeyne tire cette déclaration : « Cet ensemble pastoral et doctrinal offre aux personnes homosexuelles des éléments de discernement pour conduire leur vie affective et morale devant Dieu et pour l’inscrire dans un processus de croissance spirituelle. » Le changement de vie n’étant pas, dans le contexte, un pré-requis…

Avant de poursuivre cet article, je voudrais dire clairement ceci. Là où l’Eglise a toujours condamné les actes homosexuels comme « contre nature », c’est-à-dire contraires au plan de Dieu, indignes de l’hommes et objet d’une particulière réprobation, l’article de Bordeyne évoque en passant la hiérarchie des péchés et, en note, souligne avec Amoris laetitia que « l’Eglise a une solide réflexion sur les conditionnements et lees circonstances atténuantes ». Cela pour dissocier les notions de péché mortel et d’acte homosexuel et justifier cette nouvelle approche. Et on aboutit à vouloir bénir une personne « à raison » de son orientation homosexuelle (pour paraphraser la loi antiraciste française) : bénir, bien dire, dire du bien, invoquer la bienveillance divine sur une personne spécifiquement « à raison » de son engagement dans une relation avec une personne du même sexe. J’ose l’affirmer, c’est le comble de l’inversion.

Avec cela en tête, abordons donc cet article du futur président de l’Institut Jean-Paul II :  L’Eglise catholique en travail de discernement face aux unions homosexuelles. Ce travail, dit Bordeyne, est le résultat direct d’Amoris laetitia, même si la question n’avait pas été ouvertement posée.

D’emblée, le texte se penche sur cette fameuse « intégration » acquise grâce au « discernement », et écorche au passage la mise en garde de saint Paul sur la réception de la communion, comme l’avait déjà fait Amoris laetitia en son numéro 186 : « L’Eucharistie exige l’intégration dans un unique corps ecclésial. Celui qui s’approche du Corps et du Sang du Christ ne peut pas en même temps offenser ce même Corps en causant des divisions et des discriminations scandaleuses parmi ses membres. Il s’agit en effet de “discerner” le Corps du Seigneur, de le reconnaître avec foi et charité soit dans ses signes sacramentaux, soit dans la communauté ; autrement, on mange et on boit sa propre condamnation. » Bordeyne n’en retient que le début et la fin : « L’Eucharistie exige l’intégration dans un unique corps ecclésial… autrement, on mange et on boit sa propre condamnation. »

C’est un glissement de curseur, pour le moins : s’il est vrai que l’attitude à l’égard du prochain est rappelée avec force par saint Paul, ses paroles fortes qui nous mettent en garde contre le fait de recevoir le Corps du Christ indignement, en invitant à un examen de conscience, portent sur quelque chose de bien plus large que l’accueil et le souci des pauvres : une révérence extérieure face à la réalité du sacrement – la messe n’est pas un repas comme un autre – et l’état de grâce et la bonne disposition intérieure.

Or tout l’article de Bordeyne vise à subjectiviser cette notion de bonne disposition intérieure.

Il reconnaît aussi d’emblée, et c’est intéressant, que « les évolutions pastorales furent, dans l’histoire, corrélatives d’évolutions doctrinales en matière morale ».

Si Bordeyne rappelle la doctrine traditionnelle relative au mariage, il met aussi en avant les « limites » des « prescriptions universelles », avançant que l’enseignement de François « vient compléter » celui de Jean-Paul II en mettant en relief « la dimension singulière de la décision personnelle », invitant ainsi à aller au-delà de Veritatis splendor, main dans la main avec saint Alphonse de Liguori dont le « discernement pastoral visait “à conduire les gens à l’état de grâce et [à] les y garder” en tenant compte de leurs capacités, de leur contexte spécifique et des mauvaises habitudes contractées dans le passé ».

Outre que cela relève de la direction spirituelle et non d’une pastorale générale, comme l’observe opportunément un « liseur » du Forum catholique, il y a quand même fort à parier que saint Alphonse serait étonné d’être ainsi appelé au secours d’une réflexion sur « l’intégration » des homosexuels revendiqués (et revendiquants).

Bordeyne décrit alors, s’autorisant de saint Thomas d’Aquin « pour qui les normes sont toujours référées à la poursuite du “bien” », la situation des unions homosexuelles qui impliquent des personnes qui n’arrivent pas à vivre dans la continence, ou qui ne supportent pas la solitude, ou qui ayant sombré dans la promiscuité sexuelle se résolvent à vivre avec une seule « personne aimée » pour « accéder à une stabilité affective et relationnelle », ou encore celles qui n’envisagent pas une séparation à cause des « enfants accueillis au sein de l’union homosexuelle » – voire qui font le « choix du mariage » pour la sécurité de ceux-ci.

Voilà qui me rappelle une connaissance qui justifiait son concubinage lesbien par le fait qu’elle avait « peur de l’orage »… Ou encore, plus sérieusement, l’argumentation d’Amoris laetitia qui évoque le bien des enfants d’un remariage civil pour suggérer que la vie continente, dans ce cadre-là de difficile séparation, n’est pas le « bien » qu’il faut mettre en œuvre.

Il suffit donc de viser « le bien ici et maintenant » au terme d’un discernement particulier qui « ne doit pas être analysé comme un choix du moindre mal, mais plutôt comme la volonté de mettre en œuvre le bien possible ». Cette perspective, ajoute Bordeyne, « permet de restaurer la dignité morale de personnes qui, en conscience, posent des actes dont elles savent trop bien qu’ils ne correspondent pas à la norme universelle, mais qui procèdent d’un discernement devant Dieu sur ce qu’est, aujourd’hui, le bien à leur portée. »

Et hop, un petit coup de sodomie…

Pourquoi se gêner, d'ailleurs ? « Personne ne peut être condamné pour toujours », rappelle Bordeyne en citant Amoris laetitia.

On ne s’étonnera pas de voir l’auteur s’en référer au cardinal très bien en cour Blase Cupich, connu pour ses idées avancées, en citant son discours du 9 février 2018 à Cambridge, où il avait présenté « six nouveaux principes d’interprétation de la réalité » tirées d’Amoris laetitia. Comme celui-ci : « Les décisions prises en conscience par les couples et les familles traduisent l’assistance personnelle de Dieu dans les particularités de leurs vies… » Mieux, l’Eglise accueille « l’auto-révélation de Dieu dans la vie concrète des familles ».

Autrement dit, si on lit bien, c’est Dieu Lui-même qui se manifeste dans une décision de demeurer dans un remariage civil, ou de s’établir dans telle union stable avec un partenaire du même sexe.

Cela résume selon Bordeyne le « changement de paradigme » opéré par Amoris laetitia, et il est vrai que c’en est un. Il paraît que c’est la bonne manière de proposer des « itinéraires de croissance sur le chemin de la sainteté » en ces temps d’évolution des mœurs.

Voici venu le temps des « chemins de sainteté atypiques » sur lesquels l’Eglise « accompagne » désormais les fidèles, et « dont on n’osait pas parler ouvertement dans le passé ».

Et voilà le clou : « On peut donc espérer que ce mouvement vers plus de réalisme spirituel permettra, à terme, de contribuer à un renouvellement de la théologie chrétienne de la sexualité, précisément parce que la sexualité humaine, finalement assez peu déterminée, admet des formes et des expressions atypiques. »

L’enseignement traditionnel sur la continence des non mariés s’en trouve sérieusement écorné. Vis-à-vis des « voies de sainteté dans la condition homosexuelle », assure Bordeyne, Amoris laetitia a « permis une approche moins doloriste, plus positive ». Il paraît que c’est un appel « au réalisme dans la foi, conformément à l’adage thomiste : “Gratia non tollit naturam, sed perfecit.” » Parfaire la nature en s’appuyant sur ce qui est contre nature ? Bigre !

Certes, Bordeyne évoque l’abstinence possible et les dimensions « non génitales » que peut revêtir l’amour pour une personne du même sexe ; mais il se demande « comment accompagner les personnes qui ne parviennent pas à l’abstinence, en valorisant les “relations interpersonnelles” sans se focaliser sur les seuls “actes” homosexuels, et en nommant avec les personnes concernées “ce qu’il y a de plus beau dans leur relation”. » Là encore, on est plutôt dans le domaine de la direction spirituelle, avec l’inconvénient tout de même de brûler des étapes, comme on le verra plus loin, en balayant finalement l’objectivité du péché grave.
En attendant, je note que Bordeyne en appelle une nouvelle fois à la « tradition thomiste » à travers un « principe éprouvé de discernement moral » : « à savoir que le fait d’honorer l’inclination à conserver sa vie, inscrite dans la des êtres vivants, mérite une grande considération morale ». « N’oublions pas que le nombre de personnes homosexuelles se débattent, pendant leur adolescence et parfois bien plus longtemps, avec la tentation de la désespérance ou du suicide. Qu’elles soient parvenues à la surmonter justifie la reconnaissance, par les pasteurs, de leur cheminement vers la sainteté. »

Poursuivant sa réflexion sur le discernement, Philippe Bordeyne se penche alors sur les « attitudes spirituelles spécifiques » de ceux qui « en conscience » décident de ne pas vivre selon la norme universelle : « la discrétion et l’humilité ». Il cite ici le cardinal Schönborn qui incite à la « discrétion des communions » dans cette situation – celle d’homosexuels qui revendiquent leur choix de vie et y demeurent sans intention de s’en éloigner.
Après la communion des divorcés remariés civilement, voici celle des homosexuels en couple et fiers de l’être, et qu’on incite à se cacher un peu pour « éviter le scandale ou la démoralisation d’autres fidèles qui luttent pour rester fidèles à Dieu dans ce domaine ».
Cette discrétion, il la rapproche des recommandations de saint Paul vis-à-vis des « interdits alimentaires », mais en oubliant de dire que ces interdits alimentaires n’obligent pas en soi, mais sont prônées si la consommation de la viande sacrifiée aux idoles devait « scandaliser » les plus faibles, c’est-à-dire les pousser au mal. Ce n’est pas exactement le même cas de figure.

Y a-t-il des catholiques qui ne comprendraient pas que des homosexuels revendiqués s’approchent de la table de communion ? Bordeyne affirme : « Les membres de l’Eglise doivent veiller mutuellement au chemin spirituel de chacun, en ayant le souci de ne pas scandaliser ceux qui, en raison de leur faiblesse, peinent à entrer dans un processus de discernement sur la hiérarchie des normes, sur le conflit entre elles, et sur les cas particuliers. La prise en considération du scandale potentiel doit inciter les personnes vivant dans une union homosexuelle à rechercher la discrétion lorsqu’elles approchent de la table eucharistique à l’issue d’un processus de discernement sur la mise en œuvre du bien possible dans leur vie. (…) Néanmoins, les communautés chrétiennes ont, de leur côté, la responsabilité de former les fidèles à la complexité du jugement moral, afin qu’ils comprennent davantage son irréductibilité à une application immédiate de la loi générale. Une telle formation fait partie intégrante de l’accompagnement pastoral d’une communauté chrétienne dans sa marche vers la sainteté. »

Ne serait-il pas plus indiqué, vu le degré d’ignorance de tant de catholiques aujourd’hui, de nous inculquer de meilleures notions de foi et de morale ?

Suivent les couplets sur la bénédiction possible des personnes homosexuelles, soit par le biais de la « prière universelle », soit par le biais d’une bénédiction privée sollicitée pour « accompagner leur amour, leur union ou l’enfant qu’elles ont accueilli », « pour éviter de donner prise aux revendications, explicites ou implicites, de légitimation des unions homosexuelles par analogie au mariage ».

Bordeyne ajoute : « De même, dans le cas où une prière de bénédiction serait envisagée, il conviendrait de s’en tenir à une bénédiction des personnes en écartant les formulations qui évoqueraient trop directement leur union. » Un peu, ça va ?

Dans la même veine, Bordeyne juge qu’il « serait souhaitable » – on admire le conditionnel accompagnant un simple souhait – que le ministre « procède successivement à deux prières personnelles de bénédiction, afin de marquer la différence avec les prières de bénédiction nuptiale », et afin que les concubins en tant que concubins puissent « grandir dans la disponibilité à la grâce. »

Le futur président de l’Institut Jean-Paul II va même jusqu’à « former le vœu que [l’Eglise catholique] ose enraciner » ce travail pastoral « dans la prière liturgique qui est le lieu par excellence où le Christ manifeste sa présence et sa puissance salvatrice à l’Eglise. »
Il fait donc clairement partie de ceux qui récusent le responsum de la Congrégration pour la Doctrine de la foi affirmant l’impossibilité de bénir des unions homosexuelles. On dira que Bordeyne lui aussi rejette une telle bénédiction, mais il demande bien une bénédiction spécifique pour des personnes homosexuelles engagées dans une union, ce qui revient logiquement à « bien dire », à invoquer la bienveillance divine sur l’homosexualité active.
Philippe Bordeyne a même trouvé une formule, celle qui s’adresse aux plus fragiles, les vieillards, qu’il trouve apte pour les personnes homosexuelles qui, « ayant renoncé au mariage, ont néanmoins besoin de recevoir l’aide de l’Eglise pour cheminer vers la sainteté avec leurs limites en se disposant chaque jour davantage à accomplir la loi morale, en prêtant attention tant à sa dimension universelle qu’à sa dimension particulière ».

Et que dit cette formule, qu’il cite pour terminer ? « Que Jésus-Christ notre Seigneur soit près de vous et vous protège. Qu’il soit devant vous pour vous guider, qu’il soit derrière vous pour vous garder… »

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30 décembre, 2020

Mgr Georg Bätzing s’affirme pour les femmes prêtres et la bénédiction des couples LGBT (et la réaction du cardinal Brandmüller)

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir le président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Georg Bätzing, se qualifier de « conservateur » dans un entretien où il plaide à la fois pour le sacerdoce des femmes et pour la bénédiction des couples homosexuels et plus largement, ceux qui ne peuvent se marier à l’église. Signe de cette incapacité moderne si largement partagée à intégrer le principe de non contradiction – une chose ne peut être et ne pas être en même temps sous le même rapport – l’évêque du Limbourg affirme vouloir que l’Eglise change, en même temps qu’il annonce : « Je me qualifierais de conservateur parce que j'aime cette Eglise et que j’aime y consacrer ma vie et ma force. »  A vouloir la vider de son sens et de son contenu, il appelle en réalité à sa démolition.

Mgr Bätzing a accordé une longue interview au mensuel catholique allemand Herder Korrespondenz, répondant aux questions Stefan Orth et Volker Resing.

Georg Bätzing voudrait ainsi voir changer l’enseignement moral de l’Eglise quant à l’homosexualité, alors que le Catéchisme de l’Eglise catholique affirme que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés ».

« Nous avons besoin de solutions pour ceux qui demandent la bénédiction de Dieu : des solutions qui ne soient pas seulement applicables en privé, mais qui soient également publiquement visibles – tout en montrant clairement qu'aucun mariage n’est célébré », a-t-il déclaré, faisant référence à la possibilité une forme de bénédiction publique pour tous les couples qui n’ont pas accès au mariage sacramentel.

Il a précisé être convaincu de ce que l’on puisse trouver à cette fin des formules liturgiques sans avoir à demander la permission de Rome. « Mais je crois que nous devrions modifier le catéchisme en ce sens », a-til ajouté.

Ce vœu inclut, bien sûr, les divorcés « remariés ». On voit clairement ici l’effet domino de la modification d’un élément de l’édifice doctrinal de l’Eglise (le changement opéré par Amoris laetitia qui rend possible la communion pour certains divorcés « remariés » après un parcours de « discernement ») : elle ouvre logiquement la voie à d’autres petits arrangements.

Pour ce qui est des femmes prêtres, Mgr Bätzing a confié à ses intervieweurs qu’il était de moins en moins opposé au sacerdoce féminin. « Pour être sincère, les arguments contre le sacerdoce des femmes sont toujours moins convaincants et je crois qu’il existe des arguments théologiques bien étayés pour que l’on donne aux femmes l’accès à l’Ordre sacerdotal », a-t-il affirmé.

Et même si Jean-Paul II a solennellement déclaré en 1994 que l’Eglise n’a pas autorité pour ordonner des femmes, même si ses successeurs ont déclaré que la question était close, pour Bätzing elle est en réalité « toujours sur la table ».

Le président de la conférence des évêques d’Allamegne a ajouté qu’il évoque souvent l’ordination des diacres comme étant la première étape avant l'ordination de prêtres et d’évêques féminins. Il considère qu’il existe une marge de manœuvre sur cette question, ajoutant qu'il était de toute façon favorable à une plus grande implication des femmes et des laïcs en général dans la messe, y compris pour l'homélie, ce qui demeure interdit.

Aujourd’hui, le cardinal allemand Walter Brandmüller a publiquement interpellé son confrère quant à ses déclarations qui contredisent l’enseignement de l’Eglise – alors qu’en tant qu’évêque, Mgr Bätzing a juré fidélité à celui-ci au moment de son sacre. Ci-dessous, ma traduction intégrale de la lettre du cardinal publiée par kath.net ce 30 décembre.

*

Excellence, on vous attribue des déclarations dans la presse qui, si elles sont bien de vous, soulèvent de sérieuses questions.

Avez-vous réellement, en contradiction avec la tradition ininterrompue de l'Église, sans tenir compte de la déclaration définitive et infaillible du pape Jean-Paul II, déclaré que l’ordination des femmes au diaconat et au sacerdoce est possible, voire souhaitable ?

Mais si tel est vraiment le cas, vous devez vous rappeler qu'avant votre ordination épiscopale, vous avez affirmé votre fidélité à la doctrine et à la loi de l'Église par un serment. Sans ce serment, vous n'auriez jamais été ordonné.

Alors, comment pouvez-vous expliquer cette contradiction entre hier et aujourd’hui?
J’aurais certainement préféré vous poser cette question « in camera caritatis » – dans une chambre discrète. Mais vous avez vous-même ouvertement soulevé votre contradiction par rapport à la doctrine et à la loi de l’Église – et ce en tant que président de la Conférence épiscopale allemande. Une réponse publique était donc également nécessaire.

Je demande à saint Boniface et à saint Pierre Canisius leur intercession pour l’Église en Allemagne!

Avec mes salutations fraternelles,

Walter Cardinal Brandmüller
 
© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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23 octobre, 2020

Réflexions sur le pape, les homosexuels, le réalisateur gay et l'union civile

Branle-bas de combat pour sauver le soldat François : il n'a jamais dit ce qu'on lui fait dire, répètent les cathos convenables. Pourtant… Les déclarations du pape sur le droit des homosexuels à une famille, comprises par la plupart des grands médias comme une justification des « familles homosexuelles », et son appel à « créer des lois de cohabitation civile » pour les homosexuels afin de leur donner un cadre légal, chose qu'il dit avoir défendue à titre personnel, ces paroles du pape sur l'union civile sont réellement siennes.

On nous explique aujourd'hui qu'elles ont été découpées, sorties de leur contexte, remontées, pour un résultat qui a légitimement choqué de nombreux catholiques. Mais en soi, elles disent ce qu'elles disent. Si bien que des rappels de la doctrine pérenne de l'Eglise se sont succédé…

J'ai traduit ici les communiqués de Mgr Viganò et du cardinal Burke, il faut y ajouter les paroles fortes du cardinal Müller et, en guise d'excellent commentaire, l'article de Thibaud Collin dans L'Incorrect. Je publierai très bientôt la traduction de la très forte déclaration de Mgr Athanasius Schneider. 

Tout cela n'est-il donc qu'une tempête dans une tasse de thé, provoquée par la haine recuite de catholiques ringards qui ont sauté sur une occasion de dénoncer ce pape qu'ils exècrent ? Servie, en l'occurrence, par les médias libéraux si prompts à tirer la couverture à eux ?

Première réponse, précise, de Mgr Victor Manuel “Tucho” Fernandez, archevêque de La Plata, Argentine, protégé du pape et l'un des principaux rédacteurs des passages les plus contestables d'Amoris laetitia. Mercredi soir il publiait cette mise au point sur son compte Facebook :

Ce que le Pape a dit sur ce sujet est ce qu'il soutenait aussi quand il était l'archevêque de Buenos Aires. Cela implique deux choses différentes : 
1. Pour lui, l'expression « mariage » a un sens précis et ne s'applique qu'à une union stable entre un homme et une femme ouverte à la transmission de la vie. Cette union est unique, car elle implique la différence entre l'homme et la femme qui s'unissent dans leur leur réciprocité et s'enrichissent de cette différence, naturellement capable d'engendrer la vie. Il y a donc un mot, « mariage », qui ne s'applique qu'à cette réalité. Toute autre union similaire requiert une autre dénomination. 
2. Cependant, Bergoglio a toujours reconnu que, sans appeler cela « mariage », il existe en fait des liens très étroits entre des personnes du même sexe, qui n'impliquent pas nécessairement des relations sexuelles, mais une alliance très intense et stable. Ils se connaissent profondément, partagent le même toit pendant de nombreuses années, prennent soin l'un de l'autre, se sacrifient l'un pour l'autre. Alors il se peut qu'ils préfèrent que dans un cas extrême ou une maladie on ne consulte pas leurs proches mais cette personne qui connaît profondément leurs intentions. Et pour la même raison ils préfèrent que ce soit cette personne qui hérite de tous leurs biens, etc. Cela peut être prévu par la loi et s'appelle « union civile », ou « loi sur la cohabitation civile », pas le mariage.
Bergoglio a toujours eu cette opinion, et il y a même des années, il y a eu une dispute dans l'épiscopat argentin, où Bergoglio défendait cela, mais a perdu. La plupart d'entre eux disaient que cela allait se confondre avec le mariage et préféraient ne pas innover. 

Cela est assez clair : c'est une reconnaissance d'une « alliance » qui peut avoir ce nom d'« alliance » en étant activement homosexuelle. Il me semble que cela va au-delà du simple arrangement juridique que l'on pourrait en effet imaginer d'un point de vue civil et fiscal entre deux personnes, voire plus, qui choisissent de vivre ensemble pour des tas de raisons différentes et dont une législation pourrait reconnaître les intérêts commun.

Ce que l'on sait aujourd'hui, grâce à Il Fatto Quotidiano, c'est que les propos du pape sur l'union civile ont effectivement été publiés par le réalisateur du documentaire Francesco, adoubé mercredi par le pape lui-même et primé jeudi lors d'une cérémonie dans les jardins du Vatican, avaient été censurés (par qui ?)  lorsqu'il les avait tenus devant une journaliste mexicaine qui l'interrogeait l'an dernier. Les autres propos sur le « droit d'être dans une famille », et non « le droit à une famille », faisaient partie du même entretien. Dans celui-ci, le pape affirmait également, au passage, le droit des parents de reconnaître leur enfant « comme homosexuel », comme « homosexuelle », sans doute comme on reconnaît son enfant comme blond ou gaucher…

Je vous propose à la fin de cet article la traduction complète du papier d'Il Fatto Quotidiano. De manière tout à fait intéressante, celui-ci révèle que la Salle de Presse du Vatican est en mode panique. Il y a de quoi… En effet, la montée au créneau de ceux qui dénoncent les propos du pape a finalement la même origine que la mobilisation de ceux qui tentent de les justifier : incompréhension, sentiment de scandale, colère face à un saccage de la doctrine dénoncé ou contesté.

Mais à supposer que les défenseurs de ses propos, parce qu'ils auraient été trafiqués ou mal compris, aient raison, il reste leur effet médiatique, désastreux, qui auraient dû provoquer une clarification immédiate par le pape lui-même – oui, nous en avons assez du damage control habituel des organes de communication du Vatican, cela ne suffit pas. Et je crois que les contorsions pour expliquer que les propos ont été sortis de leur contexte ne suffisent pas non plus.

Ces mises au point, comme celle de la journaliste Iris Bridier pour Boulevard Voltaire, ne me convainquent pas du tout. Elle rappelle que le pape affirme que « mariage » est un « mot historique » que nous ne pouvons changer (alors que c'est une réalité et une volonté divine qu'aucun mot, aucune évolution historique ne peut changer). Nous savons d'expérience que le pape François parle aussi bien dans un sens que dans l'autre, c'est sa marque de fabrique, son côté « péroniste ».

En l'occurrence, le pape a accordé des interviews à Evgueny Afineevsky, réalisateur du documentaire Francesco. Le travail  de ce réalisateur ouvertement homosexuel a été facilité par l'accès aux archives du Vatican, lui permettant notamment d'aller trouver l'ensemble des propos tenus par le pape lors de l'entretien avec la journaliste mexicaine, y compris ceux censurés sur l'union civile. D'ailleurs Afineevsky continue d'affirme que le pape lui a lui-même tenu ces propos par téléphone, par le truchement d'un traducteur.  Le pape l'a béni, lui et son équipe, mercredi lors d'une rencontre privée. Par ailleurs, au lendemain du scandale, le documentaire était primé lors d'une cérémonie à l'intérieur des jardins du Vatican.

Ledit réalisateur, ainsi que le révèle une recherche de moins d'une minute sur internet, a consacré son premier long-métrage de fiction à l'histoire d'une famille juive qui accepte, au bout d'un cheminement, son fils homosexuel, son compagnon et « leurs » enfants. En l'occurrence je refuse de croire à la pure naïveté : soit le pape (ou son entourage) a manqué de discernement… ou bien il a délibérément et en toute connaissance de cause accepté de travailler avec ce militant.

Peut-on affirmer sans plus que les homosexuels ont le droit absolu de rester dans leur famille ? Cela ne relève-t-il pas de la prudence et des circonstances ? S'agit-il de les accueillir avec bienveillance, et de les soutenir et de les aider en tant que fils et filles, ou bien de consentir à ce qu'ils revendiquent leur « style de vie » en acceptant leur partenaire, les enfants qu'ils élèvent, (thème du long-métrage d'Afineevsky), devant des frères et sœurs plus jeunes ? Les choix de chaque famille ne relèvent-ils pas d'abord de l'autorité paternelle et parentale ?

Et ne faut-il pas dire que, dès lors que l'on promeut l'union civile, on crée dans le public l'idée que « l'union homosexuelle » mérite d'être institutionnalisée ? La légalisation de l'union civile a partout abouti à une assimilation plus ou moins complète au mariage.

Pour le dire autrement : en affirmant en tant que catholique, qu'il faut créer des lois de cohabitation civile, on affirme que la revendication de la commission habituelle de péchés mortels ouvre des droits, et même la considération sociale.

Voici pour finir l'article du Fatto Quotidiano.

*


Les déclarations du Pape sur les couples et les droits des homosexuels sont devenues un cas d’école au Saint-Siège. D’abord la demande de ne rien publier venue de ceux qui s’occupent médias du Vatican, puis la suppression d’images de l’interview complète du pape François, dont les déclarations les plus fortes ont disparu – celles qui étaient propres à créer des affrontements internes.

par Francesco Antonio Grana | 22 OCTOBRE 2020

Il y a un vrai mystère au Vatican sur les déclarations du pape François concernant la loi sur les unions civiles y compris entre personnes de même sexe. Dans un courriel de la direction éditoriale du Département de la Communication, que ilfattoquotidiano.it est en mesure de publier intégralement et en exclusivité, figure l’ordre de censurer tout ce qui concerne le documentaire dans lequel Bergoglio énonce son ouverture révolutionnaire. Il est signé par Massimiliano Menichetti, responsable de Radio Vatican-Vatican News et du Centre éditorial multimédia, mais il est clair qu’il répercute les indications de la direction du département du Saint-Siège qui s’occupe des médias :

« Bonjour à tous, en ce qui concerne le tollé provoqué par le film “Francesco” du réalisateur russe Evgeny Afineevsky, pour le moment nous ne publions AUCUNE information, ni radio, ni web. Rien non plus sur le film ni sur la cérémonie de remise des prix qui a eu lieu aujourd’hui au Vatican. Une discussion pour faire face à la crise médiatique en cours. Un communiqué de la Salle de Presse n’est pas exclu. Veuillez me faire remonter, si vous le pouvez, en milieu et en fin de journée, les réactions des auditeurs et des followers. Il n’est pas nécessaire de me faire suivre les commentaires, deux lignes de synthèse suffiront. Merci, Massimiliano Menichetti. »

Malgré cela, avant l’habituelle audience générale du mercredi 21 octobre, le Pape a reçu le directeur et tous ses collaborateurs dans une petite salle adjacente à la salle Paul VI, donnant ainsi sa bénédiction à l’œuvre. Il faut aussi considérer que le documentaire, au lendemain de l’audience avec le pape et de sa présentation au Festival du film de Rome que dirige Antonio Monda, frère du directeur de L’Osservatore Romano Andrea, a reçu, dans les Jardins même du Vatican, le « Kineo Movie for Humanity Award », décerné à une œuvre à dimension sociale et humanitaire.

Mais ce n’est pas tout. En fait, la genèse des déclarations du pape sur les unions civiles a été révélée par le père jésuite Antonio Spadaro, directeur de La Civiltà Cattolica, dans une tentative de faire barrage aux critiques du monde catholique conservateur. Au micro de Tv2000, Spadaro a expliqué que « le réalisateur du film “Francesco” rassemble une série d’interviews qui ont été faites avec le pape François au fil du temps, donnant une grande synthèse de son pontificat et de la valeur de ses voyages. Entre autres, il y a divers passages tirés d’une interview de Valentina Alazraki, une journaliste mexicaine, et dans cette interview, le Pape François parle d’un droit à la protection juridique des couples homosexuels mais sans d’aucune façon toucher à la doctrine ». Le jésuite souligne que « il y a aussi un autre témoignage dans le film où il est dit explicitement que le pape François n’a pas l’intention de changer la doctrine, mais en même temps le pape François est très ouvert aux besoins réels de la vie concrète des gens ». Et il ajoute : « Il n’y a donc rien de nouveau. Il s’agit d’une interview donnée il y a longtemps et que la presse a déjà commentée. Mais en même temps, nous comprenons comment ce film réaffirme l’importance que le pape François accorde aux mots d’écoute et de protection des personnes qui vivent dans des situations de crise ou de difficulté. Ce qui reste et qui est frappant, c’est la capacité d’écoute dont François fait preuve. »

Mais objectivement, il y a une chose qui ne colle pas. Dans l’interview à laquelle le père Spadaro fait référence, publiée le 28 mai 2019, il n’y a aucune trace des déclarations de Bergoglio sur les unions civiles. Les plans de l’interview donnée à la télévision mexicaine et du documentaire réalisé par le réalisateur russe sont les mêmes, et d’ailleurs de nombreuses déclarations sur les homosexuels coïncident, confirmant ainsi la thèse de Spadaro, à savoir qu’il s’agit d’un enregistrement unique datant de 2019. Mais il est évident que certaines coupes ont été faites. Dans l’interview à la télévision mexicaine, répondant à une question sur les personnes vivant en situation irrégulière, le pape dit : « Si nous nous convainquions qu’ils sont enfants de Dieu, cela changerait suffisamment. Ils m’ont posé une question pendant le vol, après je me suis fâché, je me suis fâché parce qu’un journal l’a rapporté, sur l’intégration des personnes d’orientation homosexuelle dans la famille. J’ai dit : les personnes homosexuelles ont le droit d’être dans la famille, les personnes ayant une orientation homosexuelle ont le droit de rester dans la famille, et les parents ont le droit de reconnaître ce fils comme homosexuel, cette fille comme homosexuelle, on ne peut chasser personne de la famille ni lui rendre la vie impossible. Une autre chose que j’ai dite, c’st que lorsque vous voyez des signes chez les garçons qui grandissent, vous devez les envoyer, j’aurais dû dire chez un professionnel, et au lieu de cela le mot qui m’a échappé est psychiatre. Le titre de ce journal était : “Le pape envoie les homosexuels chez le psychiatre.” Ce n’est pas vrai ! Ils m’ont posé la même question et je leur ai répété : ils sont enfants de Dieu, ils ont droit à une famille, et c’est tout. Et j’ai expliqué : j’ai eu tort d’utiliser ce mot, mais je voulais dire ceci. Lorsque vous remarquez quelque chose d’étrange, non, pas étrange, quelque chose qui sort de l’ordinaire, ne prenez pas telle petite parole pour vous échapper du contexte. Ce que j’ai dit, c’est qu’il y a droit à une famille. Et cela ne signifie pas qu’il faut approuver les actes homosexuels, bien au contraire. »

Le journaliste demande alors à Bergoglio : « Vous avez mené toute une bataille sur le mariage des personnes du même sexe en Argentine. Et puis ils disent que vous êtes venu ici, que vous avez été élu pape et que maintenant vous semblez beaucoup plus libéral qu’en Argentine. Vous reeconnaissez-vous dans cette description que font de vous certaines personnes qui vous connaissaient avant, ou est-ce la grâce du Saint-Esprit qui vous a donné davantage ? » Et le Pape de répondre : « La grâce du Saint-Esprit existe, certes. J’ai toujours défendu la doctrine. Et ce qui est curieux, dans la loi sur le mariage homosexuel… C’est incongru de parler de mariage homosexuel. » Aucune trace, au contraire, des mots que Francis a prononcés dans le documentaire sur l’union civile : « Les homosexuels ont le droit d’être dans une famille. Ils sont enfants de Dieu et ont droit à une famille. Personne ne doit être exclu ou rendu malheureux pour cette raison. Ce que nous devons créer, c’est une loi sur les unions civiles. De cette façon, ils sont couverts légalement. Je me suis battu pour cela. »

Cette affaire, celle du Pape censuré sur les unions civiles, rappelle la lettre de Benoît XVI trafiquée par le préfet du département des communications du Saint-Siège de l’époque, Mgr Dario Edoardo Viganò. Une affaire qui a obligé le prélat a démissionner, même si par la suite les SMS entre lui et l’archevêque Georg Gänswein, préfet de la maison pontificale mais surtout secrétaire particulier du pape émérite, ont été publiés, d’où il ressort que l’opération de rendre publique une partie seulement de la lettre de Ratzinger avait été convenue d’abord entre les deux. Et maintenant, qui va expliquer à François pourquoi ses phrases ont été censurées ?




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22 octobre, 2020

Déclaration du cardinal Raymond Burke sur les propos attribués au pape François sur les homosexuels et l'“union civile” (traduction officielle)

Je vous propose ci-dessous ma traduction intégrale de la Déclaration du cardinal Burke sur les propos attribués au pape sur les homosexuels et leur droit de ne pas être expulsés de leur famille, ainsi que son appel à créer « une loi sur l'union civile » qui leur permette d'être « couverts par la loi ». Il s'agit de la traduction officielle et intégrale de ce texte, approuvée par Son Eminence.  – J.S.

Déclaration


Les médias du monde entier ont diffusé avec une lourde insistance, en la présentant comme un changement de cap, la nouvelle selon laquelle le pape François a déclaré que les personnes de condition homosexuelle, en tant qu’enfants de Dieu, « ont le droit d’avoir une famille », et que « personne ne peut être expulsé d’une famille, ni vivre une vie impossible à cause de cela ». Ces médias écrivent en outre qu’il a déclaré : « Ce que nous devons créer, c’est une loi sur l’union civile. De cette façon, ils seront couverts par la loi. J’ai défendu cela. » Ces déclarations ont été faites lors d’un entretien avec Evgeny Afineevsky, réalisateur d’un documentaire, Francesco, présenté en première le 21 octobre 2020, à l’occasion du Festival du film de Rome (Festa del Cinema di Roma).

De telles déclarations engendrent un grand désarroi et provoquent la confusion et l’erreur parmi les fidèles catholiques, dans la mesure où elles sont contraires à l’enseignement de l’Écriture Sainte et de la Tradition Sacrée, ainsi qu’au Magistère récent par lequel l’Église garde, protège et interprète tout le dépôt de la foi contenu dans l’Écriture Sainte et la Tradition Sacrée. Ils sont cause d’étonnement et d’erreur quant à l’enseignement de l’Église chez les personnes de bonne volonté, qui souhaitent sincèrement savoir ce que l’Église catholique enseigne. Aux pasteurs des âmes, elles imposent le devoir, en conscience, d’apporter les justes et nécessaires clarifications.

Tout d’abord, le contexte et les circonstances de telles déclarations les privent de tout caractère magistériel. Elles sont à juste titre interprétées comme de simples opinions privées de la personne qui les a faites. Ces déclarations ne lient en aucune façon les consciences des fidèles, qui sont au contraire obligés d’adhérer avec une religieuse soumission à ce que l’Écriture Sainte et la Tradition Sacrée, ainsi que le Magistère ordinaire de l’Église enseignent sur le sujet. Il convient en particulier de noter ce qui suit.

1. « S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que “les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés” » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 2357 ; Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la foi, Persona humana, « Déclaration sur certaines questions d’éthique sexuelle », n. VIII, voir note 1), dans la mesure où ils sont contraires à la loi naturelle, fermés au don de la vie et dépourvus d’une véritable complémentarité affective et sexuelle. Ils ne peuvent donc pas être approuvés.

2. Les inclinations particulières et parfois foncières des personnes, hommes et femmes, se trouvant dans la condition homosexuelle, et qui sont pour elles une épreuve même si elles ne constituent pas en elles-mêmes un péché, doivent être néanmoins considérées comme objectivement désordonnées (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2358 ; Congrégation pour la Doctrine de la foi, Homosexualitatis problema, « Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles », n. 3, voir note 2 ). C’est pourquoi ces personnes doivent être reçues avec respect, compassion et délicatesse, en évitant toute discrimination injuste. La foi catholique enseigne aux fidèles à haïr le péché mais à aimer le pécheur. 

3. Les fidèles, et tout particulièrement les hommes politiques catholiques, sont tenus de s’opposer à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles (Congrégation pour la Doctrine de la foi, « Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles », Diverse questioni concernenti l’omosessualità, n. 10, voir note 3). Le droit de fonder une famille n’est pas un droit privé qui peut faire l’objet de revendications : il doit correspondre au projet du Créateur qui a voulu créer l’être humain dans la différence sexuelle, « homme et femme Il les créa » (Gn 1, 27), l’appelant ainsi, mâle et femelle, à transmettre la vie. « Le droit civil confère aux couples mariés une reconnaissance institutionnelle parce qu’ils remplissent le rôle de garantir la suite des générations et sont donc d’un intérêt public majeur. Par contre, les unions homosexuelles n’exigent pas une attention spéciale de la part du système juridique car elles ne jouent pas ce rôle en faveur du bien commun » (Ibidem, n° 9, voir note 4). Parler d’union homosexuelle au sens de l’union conjugale des époux, est, en réalité, gravement trompeur, car une telle union ne peut exister entre personnes du même sexe. Pour ce qui est de l’administration de la justice, les personnes de condition homosexuelle, comme tous les citoyens, peuvent toujours recourir aux dispositions de la loi pour sauvegarder leurs droits privés.

C’est une source de tristesse profonde et de préoccupation pastorale très vive que de voir que les opinions privées rapportées avec tant d’insistance et attribuées au Pape François par la presse ne correspondent pas à l’enseignement constant de l’Église, tel que l’exprime l’Écriture Sainte et Tradition Sacrée, et tel qu’il est gardé, protégé et interprété par le Magistère. Tout aussi attristants et inquiétants sont le désarroi, la confusion et l’erreur qu’ils provoquent parmi les fidèles catholiques, tout comme le scandale qu’ils provoquent plus généralement, en donnant l’impression totalement fausse que l’Église catholique a changé de cap, c’est-à-dire qu’elle a modifié son enseignement pérenne au sujet de questions aussi graves et fondamentales.

Raymond Leo Card. BURKE
Rome, le 22 octobre 2020


Notes

1.  « ... suapte intrinseca natura esse inordinatos. » Sacra Congregatio pro Doctrina Fidei, Declaratio, Persona humana, « De quibusdam quaestionibus ad sexualem ethicam spectantibus », 29 Decembris 1975, Acta Apostolicae Sedis 68 (1976) 85, n. 8. traduction française: http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19751229_persona-humana_fr.html, p. 5, VIII.

2. Cf. Congregatio pro Doctrina Fidei, Epistula, Homosexualitatis problema, « Ad universos catholicae Ecclesiae episcopos de pastorali personarum homosexualium cura », 1 Octobris 1986, Acta Apostolicae Sedis 79 (1987) 544, n. 3. Traduction française https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19861001_homosexual-persons_fr.html, pp. 1-2, no. 3.

3.   Congregatio pro Doctrina Fidei, Nota, Diverse quaestioni concernenti l’omosessualità, « De contubernalibus eiusdem sexus quoad iuridica a consectaria contubernii », 3 Iunii 2003, Acta Apostolicae Sedis 96 (2004) 48, n. 10. Traduction française : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20030731_homosexual-unions_fr.html, pp. 5-6, no. 10.

4.  « Poiché le coppie matrimoniali svolgono il ruolo di garantire l’ordine delle generazioni e sono quindi di eminente interesse pubblico, il diritto civile conferisce loro un riconoscimento istituzionale. Le unioni omosessuali invece non esigono una specifica attenzione da parte dell’ordinamento giuridico, perché non rivestono il suddetto ruolo per il bene comune », Ibid., 47, n. 9. Traduction française, Ibid., p. 5, no. 9.

La version originale de ce texte a paru sur le blog du cardinal Burke.

© leblogdejeannesmits pour la traduction.

© LifeSiteNews pour la photo.


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21 octobre, 2020

Le pape François favorable aux « unions civiles » pour les homosexuels

Le pape François s’est déclaré favorable aux lois organisant les « unions civiles » des homosexuels dans un nouveau documentaire étrenné mercredi à Rome. C’est une nouvelle rupture, spectaculaire, par rapport aux enseignements de ses prédécesseurs – on n’ose même pas dire l’enseignement constant de l’Eglise, tant la reconnaissance publique des couples de même sexe considérés comme des familles à part entière eût été impensable il y a seulement cinquante ans.

Le documentaire, sobrement intitulé Francesco, comporte, parmi des réflexions sur les questions actuelles – migration, pauvreté, abus sexuels de la part du clergé, le rôle des femmes – un chapitre sur les personnes qui « s’identifient comme LGBT ». L’acronyme « LGBT » est en soi un slogan revendicatif, réclamant des droits spécifiques liés au fait d’adopter des comportements que la morale traditionnelle juge peccamineux.

Son réalisateur, Evgeny Afineevsky, est né en 1972 en Union soviétique, doté du premier prix d’un festival de documentaires à Kazan, capitale du Tatarstan alors qu’il était encore adolescent et invité dans la foulée à participer au festival cinématographique du Camp Pionnier de l’URSS Orlyonok (aujourd’hui camp d’éducation fédéral). Il a notamment réalisé une comédie romantique, Oy Vey! My son is Gay!, son premier long-métrage de fiction, l’histoire d’une famille juive américaine qui apprend à accepter l’homosexualité d’un fils. La grande satisfaction d’Afineevsky fut de voir ce film présenté à des enfants de 11-12 ans qui l’« ont beaucoup aimé ».

Dans Francesco, achevé de tourner en juin dernier, le thème de la crise du COVID est abordé. Le documentaire propose des interviews originales et exclusives avec le pape François, avec Benoît XVI, des membres de la famille du pape régnant et bien d’autres encore. Demain, jeudi, il recevra le Prix Kinéo « Movie for Humanity » dans les jardins du Vatican ;  c’est la 18e édition e ce prix, qui récompense une œuvre à dimension sociale et humanitaire, dont vous pouvez découvrir la bande annonce ci-dessous :





Les remarques pro-LGBT du pape dans Francesco se situent dans le cadre d’une réflexion dite « pastorale » concernant les homosexuels. François affirme :
« Les homosexuels ont le droit de faire partie de la famille. Ils sont enfants de Dieu et ont le droit à une famille. Personne ne devrait être mis à la porte de la famille, ou rendu malheureux à cause de cela. ».
« Faire partie de la famille » ? Ou « droit d’avoir une famille » ? Ce n’est pas tout à fait la même chose, même si le deuxième propos est presque inintelligible (merci à Michel Janva qui a trouvé l'extrait du film, il est en ligne ici).

Selon la compréhension ordinaire de ces propos, le premier peut être interprété comme appelant à ce que les personnes qui ont une tendance homosexuelle ne soient pas rejetées par leur famille. Mais le second semble affirmer, selon le sens commun des mots, que les homosexuels ont le droit d’avoir des enfants, de fonder une famille en tant que couples de même sexe, en tout cas d'être reconnus en tant que tels.

« Ce que nous devons créer, c’est une loi sur l’union civile. De cette façon, ils seront légalement couverts. J’ai défendu cela », poursuit le pape.

Cela vient ajouter du poids à ce qu’affirmait un activiste homosexuel, Marcelo Marquez, en 2013 : il assurait que trois ans plus tôt, en pleine campagne de légalisation du « mariage » gay en Argentine, Bergoglio lui avait déclaré au téléphone : « Je suis en faveur des droits gay et de toute façon, je suis aussi favorable aux unions civiles pour les homosexuels, mais je crois que l’Argentine n’est pas encore prête pour une loi mettant en place le mariage homosexuel. » L’union civile comme une sorte de compromis pratique…

Selon America Magazine, la revue des Jésuites des Etats-Unis, c’est l’opposition des autres évêques argentins qui a empêché Bergoglio d’affirmer publiquement ce point de vue qu’il leur avait exposé.
Deux hommes italiens vivant « en couple » s’expriment dans le documentaire pour saluer l’approche « pastorale » du pape François : celui-ci, affirment-ils, les a encouragés à élever leurs enfants dans le cadre de leur église paroissiale, ce qui a été très bénéfique pour les dits enfants, selon l’un des deux hommes. Selon Catholic News Agency, celui-ci affirme : « Il n’a pas mentionné quelle pouvait être son opinion à propos de ma famille. Probablement suit-il la doctrine sur ce point. » Et de lui adresser ses félicitations pour son attitude d’accueil et d’encouragement.

La Repubblica précise que ledit couple a trois petits enfants à charge, et qu'il a été invité par le pape à passer outre le jugement qu'on pouvait lui réserver à la paroisse. Le journal ajoute : « Le témoignage de Juan Carlos Cruz, victime et militant contre les abus sexuels, qui était présent aujourd'hui au RomeFilmFest avec le réalisateur, était également très beau. “Quand j'ai rencontré le pape François, il m'a dit combien il était désolé de ce qui s'était passé. Juan, c'est Dieu qui t'a rendu gay et qui t'aime encore. Dieu vous aime et le Pape vous aime aussi.” »

C'est Dieu qui « rend gay » ? Mais alors « être gay » est un bien, un don précieux… 

Francesco « décrit l'approche du pape François aux questions sociales urgentes et au ministère pastoral auprès de ceux qui vivent, selon les mots du pontife, “dans les périphéries existentielles », précise Catholic News Agency. Le documentaire donne également la parole au cardinal philippin Luis Tagle, qui est sur la ligne bergoglienne et que le pape a récemment fait venir à Rome.


Tout est à relire dans ce texte signé le jour de la mémoire de saint Charles Langwa et ses compagnons, martyrs, brûlés vifs pour s’être refusés aux avances du roi homosexuel dont ils étaient les pages. Je me borne à citer la conclusion :

« L’Église enseigne que le respect envers les personnes homosexuelles ne peut en aucune façon conduire à l’approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles. Le bien commun exige que les lois reconnaissent, favorisent et protègent l’union matrimoniale comme base de la famille, cellule primordiale de la société. Reconnaître légalement les unions homosexuelles ou les assimiler au mariage, signifierait non seulement approuver un comportement déviant, et par conséquent en faire un modèle dans la société actuelle, mais aussi masquer des valeurs fondamentales qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité. L’Église ne peut pas ne pas défendre de telles valeurs pour le bien des hommes et de toute la société. »

Il n’est que de regarder autour de soi en France pour comprendre que la légalisation des unions homosexuelles a eu pour effet de « normaliser » les couples homosexuelles au point de faire légaliser le « mariage homosexuel », de dévaloriser le mariage avec la multiplication de PACS au détriment du mariage légitime des couples composés d’un homme et d’une femme, et de faciliter de nouvelles revendications contre laquelle toute opposition est balayée comme « homophobe ».

Francesco, qui sort ce week-end aux Etats-Unis, comporte également une charge violente du pape François contre Donald Trump.



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