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28 février, 2020

Mgr Athanasius Schneider réfute la thèse selon laquelle François ne serait pas pape, ou selon laquelle Benoît XVI le serait toujours

Face à la tentation de considérer que le pape François ne serait pas ou plus le pape du fait de déclarations ou d'actes hérétiques, ou que par des considérations intérieures Benoît XVI n'aurait pas validement renoncé au pontificat, Mgr Schneider vient de réfuter dans un texte paru en anglais sur LifeSiteNews ces deux thèses. Je vous propose ici ma traduction de son texte et vous invite à découvrir son raisonnement. – J.S.


*

Sur la question du pape véritable

à la lumière de l’opinion relative à la perte automatique de la charge papale pour hérésie

et des spéculations à propos de la démission de Benoît XVI

L’hypothèse de l’éventualité d’un pape hérétique découle du décret de Gratien (dist. XL, cap. 6, col. 146) du XIIe siècle. Selon l’opinion exprimée dans ce décret, le pape ne peut être jugé par aucune autorité humaine, à moins d’être tombé dans l’hérésie (a nemine est iudicandus, nisi deprehendatur a fide devius). Se fondant sur ce faux décret attribué à tort à saint Boniface (+754) et accepté par Gratien, les théologiens médiévaux et les théologiens des siècles suivants ont retenu comme possible l’hypothèse – mais non la certitude – d’un pape hérétique. La condamnation éventuelle d’un pape en cas d’hérésie par un Conseil des évêques dit imparfait correspond à la thèse du conciliarisme mitigé. La thèse hérétique du conciliarisme soutient qu’un Concile est supérieur au pape.

Même si – selon l’opinion qui affirme la perte automatique du pontificat pour hérésie – le jugement de la perte de la charge papale est prononcé par le pape hérétique à l’égard de lui-même, et qu’il déchoit automatiquement de sa charge sans aucun jugement de l’Église, une telle opinion contient une contradiction et contient un soupçon de crypto-conciliarisme. Car selon cet avis, le Collège des cardinaux ou un groupe d’évêques seraient obligés d’émettre une déclaration officielle sur le fait de la perte automatique de la charge papale. Selon une autre opinion, la perte automatique de la charge papale pour hérésie équivaudrait à une renonciation à la charge papale. Cependant, il faut garder à l’esprit la possibilité inévitable d’un désaccord entre les membres du Collège des cardinaux ou de l’épiscopat sur la question de savoir si un pape est coupable ou non d’hérésie. Par conséquent, il y aurait toujours des doutes quant à la perte automatique de la charge papale.

Le pape en tant que pape ne peut pas tomber dans l’hérésie formelle en ce sens qu’il prononcerait une hérésie ex cathedra. Mais selon des théologiens traditionnels renommés, il peut favoriser l’hérésie ou tomber dans l’hérésie en tant que docteur privé, et aussi en tant que pape, mais seulement dans son magistère non définissant et non définitif, qui n’est pas infaillible.

L’opinion de saint Robert Bellarmin est qu’« un pape qui est un hérétique manifeste, cesse en lui-même d’être pape et chef, tout comme il cesse en lui-même d’être chrétien et membre du corps de l’Église : par conséquent, il peut être jugé et puni par l’Église » (De Romano Pontifice, II, 30). L’opinion de saint Robert Bellarmin et d’autres opinions similaires sur la perte de la charge papale pour hérésie se fondent sur le décret fallacieux de Gratien dans le Corpus Iuris Canonici. Une telle opinion n’a jamais été approuvée explicitement par le Magistère ou soutenue par un enseignement explicite quant à sa validité doctrinale par les Pontifes romains, et ce pendant une période de temps considérable. En fait, cette question n’a pas été tranchée par le Magistère de l’Église et ne constitue pas une doctrine définitive relevant du Magistère universel et ordinaire. Cette opinion n’est soutenue que par des théologiens, et même pas par tous les Pères de l’Église depuis l’Antiquité. Cette opinion n’a pas été enseignée unanimement et universellement par les évêques et les papes dans leur Magistère constant. Ni Gratien, ni saint Robert Bellarmin, ni saint Alphonse, ni d’autres théologiens renommés n’ont affirmé au travers de leurs opinions une quelconque doctrine du Magistère de l’Église. Même certaines interventions de certains Pères du Concile Vatican I, qui semblent soutenir l’opinion de la perte automatique de la papauté pour hérésie, restent du domaine de leur opinion personnelle, mais ne constituent pas un enseignement formel du Concile Vatican I. Et même si un petit nombre de papes semblait soutenir une telle opinion (comme par exemple Innocent III ou Paul IV), cela ne constitue pas une preuve de l’enseignement constant du Magistère universel et ordinaire. On ne peut pas non plus citer le pape Grégoire XVI au secours de l’opinion de la perte automatique de la charge papale pour hérésie. Car il a soutenu cette thèse dans son livre Triomphe du Saint-Siège et de l’Église ou les Novateurs modernes avant qu’il ne devienne pape, et donc en dehors de son Magistère pontifical.

La perte automatique de la charge papale par un pape hérétique touche non seulement aux aspects pratiques ou juridiques de la vie de l’Église, mais aussi à la doctrine de l’Église – dans ce cas précis, à l’ecclésiologie. Dans une affaire aussi délicate, on ne peut pas suivre une opinion, même si elle a été soutenue par des théologiens de renom (comme saint Robert Bellarmin ou saint Alphonse) pendant une période de temps considérable. Il faut plutôt attendre une décision explicite et formelle du Magistère de l’Église – une décision que le Magistère n’a pas encore rendue.

Au contraire, le Magistère de l’Église, depuis les papes Pie X et Benoît XV, semble rejeter un tel avis, car la formulation du faux décret de Gratien a été éliminée du Code de droit canonique de 1917. Les canons qui traitent de la perte automatique d’une charge ecclésiastique pour hérésie dans le Code de droit canonique de 1917 (canon 188 §4) et dans le Code de droit canonique de 1983 (canon 194 §2) ne sont pas applicables au pape, parce que l’Église a délibérément éliminé du Code de droit canonique la formulation suivante tirée du précédent Corpus Iuris Canonici : « à moins que l’on découvre que le pape s’éloigne de la foi (nisi deprehendatur a fide devius) ». Par cet acte, l’Église a manifesté sa manière d’appréhender, la mens ecclesiae, par rapport à cette question cruciale. Même si l’on n’est pas d’accord avec cette conclusion, la question reste pour le moins douteuse. Dans les affaires douteuses, cependant, on ne peut pas procéder à des actes concrets ayant des implications fondamentales pour la vie de l’Église, comme par exemple choisir de ne pas nommer un pape prétendument hérétique ou prétendument invalidé dans le Canon de la Messe, ou encore préparer une nouvelle élection papale.

Même si l’on soutient l’opinion de la perte automatique de la charge papale pour hérésie, ni le Collège des cardinaux ni un groupe représentatif d’évêques n’a émis dans le cas du pape François de déclaration concernant la perte automatique de la charge papale, en précisant les déclarations hérétiques concrètes et la date à laquelle elles ont eu lieu.

Selon l’opinion de saint Robert Bellarmin, un seul évêque, prêtre ou fidèle laïc ne peut pas déclarer le fait de la perte de la charge papale pour hérésie. Par conséquent, même si un évêque ou un prêtre individuel est convaincu que le pape François a commis le crime d’hérésie, il n’a pas le pouvoir d’éliminer son nom du Canon de la Messe.

Même si l’on souscrivait à l’opinion de saint Robert Bellarmine, le doute subsiste dans le cas du pape François et il n’y a toujours pas de déclaration du Collège des cardinaux ou d’un groupe d’évêques, affirmant la perte automatique de la charge papale et informant l’ensemble de l’Église de ce fait.

Les catholiques fidèles peuvent moralement (mais pas canoniquement) prendre leurs distances par rapport aux enseignements et aux actes erronés ou mauvais d’un pape. Cela s’est produit plusieurs fois au cours de l’histoire de l’Église. Cependant, étant donné le principe selon lequel il faut accorder le bénéfice du doute quant à la position de son supérieur (in dubio pro superiore semper sit præsumendum), les catholiques doivent également considérer comme valables les enseignements corrects du pape dans le cadre du Magistère de l’Église, ses décisions correctes dans le cadre de la législation de l’Église et ses nominations d’évêques et de cardinaux. Car même si l’on souscrit à l’avis de saint Robert Bellarmin, la déclaration indispensable de la perte automatique de la charge papale n’a toujours pas été émise.

Le fait d’avoir recours à une « distanciation » morale et intellectuelle par rapport aux enseignements erronés d’un pape inclut également la résistance à ses erreurs. Cependant, cela doit toujours se faire dans le respect de la fonction papale et de la personne du pape. Sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne, qui ont toutes deux admonesté les papes de leur temps, donnent de beaux exemples de ce respect. Saint Robert Bellarmin a écrit : « Tout comme il est licite de résister au Pontife qui attaque le corps, il est également licite de résister à celui qui attaque les âmes ou détruit l’ordre civil ou, surtout, qui tente de détruire l’Église. Je dis qu’il est licite de lui résister en ne faisant pas ce qu’il ordonne et en empêchant l’exécution de sa volonté » (De Romano Pontifice, II, 29).

Pour avertir les gens du danger que représentent les mauvais enseignements et les mauvaises actions d’un pape, il n’est pas nécessaire de les convaincre qu’il n’est pas le vrai pape. Cela est lié à la nature de l’Église catholique, société visible, par contraste avec la conception protestante et la théorie du conciliarisme ou du semi-conciliarisme, où les convictions d’un individu ou d’un groupe particulier au sein de l’Église sont considérées comme produisant un effet sur le fait de savoir qui est le vrai et le légitime berger au sein de l’Église.

L’Église est suffisamment forte et possède des moyens suffisants pour protéger les fidèles contre les dommages spirituels d’un pape hérétique. En premier lieu, il y a le sensus fidelium, le sens surnaturel de la foi (sensus fidei). C’est le don de l’Esprit Saint, par lequel les membres de l’Église possèdent le vrai sens de la foi. C’est une sorte d’instinct spirituel et surnaturel qui fait que le fidèle va sentire cum Ecclesia (pense avec l’esprit de l’Église) et discerne ce qui est conforme à la foi catholique et apostolique transmise par tous les évêques et les papes, à travers le Magistère ordinaire universel.
Il faut aussi se souvenir des sages paroles que le cardinal Consalvi a adressées à l’empereur Napoléon furieux, lorsque ce dernier a menacé de détruire l’Église : « Ce que nous, c’est-à-dire le clergé, avons essayé de faire et n’avons pas réussi, vous, c’est sûr, n’y réussirez pas. » En paraphrasant ces mots, on pourrait dire : « Même un pape hérétique ne peut pas détruire l’Église. » Le pape et l’Église ne sont en effet pas totalement identiques. Le pape est la tête visible de l’Église militante sur la terre, mais en même temps il est aussi membre du Corps mystique du Christ.

Le sentire cum Ecclesia exige d’un vrai fils ou d’une vraie fille de l’Église qu’il ou elle loue aussi le pape lorsque celui-ci fait des choses justes, tout en lui demandant d’en faire encore davantage et en priant pour que Dieu l’éclaire afin qu’il devienne un vaillant héraut et défenseur de la Foi catholique.
Le précédent pape, Benoît XVI, n’est plus le pape. Il suffit de relire l’essentiel de la déclaration de renonciation du pape Benoît XVI pour se rendre compte de sa signification. Les affirmations suivantes de l’ancien pape Benoît XVI éliminent tout doute raisonnable quant à la validité de son abdication et à sa reconnaissance du pape François comme seul vrai pape : « Parmi vous, parmi le Collège cardinalice, se trouve également le futur Pape, auquel je promets dès aujourd’hui mon respect et mon obéissance inconditionnels. » (Salut de congé aux cardinaux, 28 février 2013). « J’ai fait ce pas en pleine conscience de sa gravité et aussi de sa nouveauté, mais avec une profonde sérénité d’âme » (Dernière audience générale, 27 février 2013). « Il n’y a pas le moindre doute quant à la validité de ma renonciation au ministère pétrinien. La seule condition de validité est la pleine liberté de la décision. Les spéculations sur la nullité de la renonciation sont tout simplement absurdes » (Lettre du 18 février 2014 à Andrea Tornielli, publiée dans La Stampa, 27 février 2014). Lors d’une conversation avec un journaliste du journal italien Corriere della Sera, l’ancien pape Benoît XVI a déclaré : « Il n’y a qu’un pape, c’est François. » Ces paroles de Benoît XVI ont été rapportées dans l’édition écrite du Corriere della Sera le 28 juin 2019, et annoncées par anticipation dans la version italienne de Vatican News le 27 juin 2019.

L’Église est une société visible. Par conséquent, ce qui était essentiel pour l’accomplissement de la démission de Benoît XVI n’était pas sa possible pensée intérieure mais ce qu’il a déclaré extérieurement, car l’Église ne juge pas des intentions internes (de internis non iudicat Ecclesia). Les actes ambigus du pape Benoît XVI, comme le fait de porter une soutane blanche, garder son nom, donner la bénédiction apostolique, etc., n’affectent pas le sens sans équivoque de son acte de renoncement. Nombre de ses paroles et de ses actes clairs et sans équivoque après sa démission confirment également qu’il considère le pape François, et non lui-même, comme le pape.

Déclarer que le pape François est un pape invalide, soit en raison de ses hérésies, soit en raison d’une élection invalide (pour des raisons de violations présumées des normes du conclave ou pour la raison que le pape Benoît XVI serait toujours le pape en raison de son renoncement invalide) sont des actes désespérés et subjectifs visant à remédier à la crise actuelle sans précédent de la papauté. Elles sont purement humaines et trahissent une myopie spirituelle. Toutes ces entreprises sont en fin de compte une impasse, un cul-de-sac. De telles solutions révèlent une approche pélagienne implicite pour résoudre un problème avec des moyens humains ; un problème tel, en effet, qu’il ne peut être résolu par des efforts humains, mais qui nécessite une intervention divine.

Il suffit d’examiner des cas similaires de déposition d’un pape ou de déclaration d’invalidité de son élection dans l’histoire de l’Église pour voir qu’ils ont entraîné des rivalités et des luttes entre les candidats à la charge papale.

De telles situations ont été la cause de plus de confusion dans l’Église que le fait de tolérer un pape hérétique ou élu de façon douteuse, en gardant la vision surnaturelle de l’Église et la confiance en la divine Providence.

L’Église n’est en dernière analyse pas une réalité humaine, mais une réalité divine-humaine. Elle est le Corps Mystique du Christ. Les tentatives de résolution de la crise actuelle de la papauté qui privilégient l’opinion de saint Robert Bellarmin avec sa solution concrète, ou qui se réfugient dans la théorie non prouvée selon laquelle Benoît XVI serait toujours le seul vrai pape, sont d’emblée vouées à l’échec. L’Église est entre les mains de Dieu, même en cette période la plus sombre.
Nous ne devons pas nous montrer laxistes dans la proclamation de la vérité catholique, ni dans l’avertissement et l’admonestation lorsque les paroles et les actions du pape portent clairement atteinte à la foi. Mais ce que tous les vrais fils et filles de l’Église devraient faire maintenant, c’est lancer une sérieuse croisade mondiale de prière et de pénitence pour implorer une intervention divine. Ayons confiance en les paroles du Seigneur : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et il tarderait à les secourir ? » (Luc 18:7).

28 février 2020

+ Athanasius Schneider

évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie à Astana



© leblogdejeannesmits pour la traduction française

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09 décembre, 2014

Deux entretiens, de François et de Benoît. Avec un arrière-goût étrange

Il y a décidément beaucoup d’ambiguïtés autour de l’entretien accordé par le pape François au journal argentin La Nacion. On a pu lire de nombreux extraits, avec beaucoup de variantes, des propos du pape qui ont été publiés sous diverses formes par le journal depuis dimanche. Et ce dans La Nacion elle-même, qui a fait une présentation indirecte de ces propos, puis une retranscription incomplète, puis une transcription littérale, par chapitres, en espagnol. Sans compter une traduction en anglais elle-même lâchée par bribes.
Elisabetta Piquet félicite le pape argentin de la clarté de son propos. J’ai du mal à suivre. Sur la question de la communion aux divorcés « remariés », par exemple, il y a eu une relation indirecte qui semblait indiquer que le pape était contre, mais favorable à une « ouverture des portes » pour certaines fonctions dans l’Eglise : ainsi les divorcés remariés pourraient être parrains ou marraines, distributeurs de communion ou lecteurs à la messe. La retranscription intégrale semble au contraire souhaiter la communion, et le reste. Mais dire que cela est clairement affirmé ? Non ! C'est l'ambiguïté qui domine.
Sur ces deux derniers points – lecture et distribution de la communion – on se dit que l’assistance à la messe traditionnelle règle quand même avec efficacité le problème des « récompenses » ou « bons points » donnés aux fidèles invités à prendre en mains une partie des fonctions des prêtres et des clercs : il n’y en a pas. C’est à  la fois plus saint et plus sain.
Parrains et marraines ? On reste un peu pantois devant l’explication donnée par le pape François : ne vaut-il pas mieux des personnes expliquant à leurs filleuls qu’ils ont fait des erreurs que des politiciens corrompus « bien mariés par l’Eglise » ? « Regarde mon chéri, je me suis trompé, j’ai patiné sur ce point, mais je crois que le Seigneur m’aime, je veux suivre Dieu, le péché ne m’a pas vaincu, je continue à aller de l’avant. »
Etre vaincu par le péché, c’est y rester englué : c’est même la pire rançon du péché, sa vraie punition, le fait d’en devenir esclave… Le problème du divorcé remarié est précisément qu’il ne veut ou ne peut revenir sur ses pas ! Les portes de la miséricorde lui sont-elles fermées ? Non. Mais la miséricorde, pour quelque pécheur que ce soit, passe par le repentir.
Mais ce pape qui parle beaucoup à la presse, même en se plaignant d’être mal compris et mal représenté par les médias, évite la précision. Ainsi en est-il lorsqu’il a longuement expliqué à Mme Piquet qu’il n’avait pas été question de « mariage » homosexuel au synode : tout le monde le savait déjà, il suffisait de suivre. Il a été question du scandale que peut causer la réception d’un enfant homosexuel avec son partenaire dans le cadre d’une réunion de famille où cette réception peut apparaître comme une approbation. Il a été question du « respect » qu’il faut avoir pour l’amour  parfois « sacrificiel » entre deux partenaires homosexuels. Il y a eu ces ambiguïtés du rapport d’étape du synode, qui ont fait suite aux propositions – soudain redevenues de simples hypothèses – du cardinal Kasper sur la communion aux divorcés « remariés », dont le pape François nous dit aujourd’hui qu’elles ont été cause d’une sorte de peur irrationnelle chez les prélats les plus traditionnels.
Une fois de plus, la confusion domine.
Elle est encore aggravée par le compte-rendu d’un entretien du journaliste allemand Jörg Bremer, avec le pape émérite Benoît XVI à la maison Mater Ecclesiae. (Voir ici le début de traduction du texte sur Benoit-et-moi, en attendant le compte-rendu total annoncé.) Cet entretien a eu lieu on ne sait quand ; le compte-rendu a été publié en même temps que l’entretien de François dans La Nacion et le rejoint sur un point : les divorcés « remariés » pourraient être « parrains et marraines ». Et hop ! Le voilà qui justifie les propos du pape François ! C’est ainsi que les médias du monde entier, et français notamment, l’annoncent.
Seulement, la rédaction de l’article de Bremer publié dimanche dans le Frankfurter Allgemeiner, largement en style indirect, ne permet pas d’affirmer que le pape émérite lui a répété cela. Le journaliste se borne en effet à rappeler que cette proposition est exprimée dans la réécriture d’un article du cardinal Ratzinger sur le mariage et la communion aux divorcés « remariés » qui exprime très clairement une opposition à l’accès à la communion sacramentelle. Opposition dont Benoît XVI a bien dit, au cours de l’entretien, qu’il l’a exprimée de manière beaucoup plus « drastique» encore à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi.
Cela « n’a pas de sens » de dire qu’en récrivant ce texte le pape émérite voulait intervenir dans l’actuelle controverse, explique-t-il selon le journaliste. Il l’a réécrit « en août, plusieurs mois avant le début du synode ». La Vie croit savoir que le pape parle du mois d’août 2013. Cela ne me paraît pas évident. Car alors il aurait dit : l’an dernier, me semble-t-il. Et non seulement  « en août ».
Bref, ces interviews, cette « concordance » relèvent-elles aussi de la « manipulation » ? Il semble clair que le pape Benoît veuille éviter de passer  pour… le pape, aussi assure-t-il garder le silence autant qu’il le peut. Et on voit mal comment il pourrait adopter une autre attitude.
Mais que la « communication », peut-être même le marketing soient devenus une activité à temps plein au Vatican, ou bien dans certains secteurs des médias, cela paraît aujourd’hui hélas plausible : tout cela est trop « ficelle »…

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28 février, 2013

Merci, Très Saint-Père…

(© Olivier Figueras)



Merci pour votre clarté, votre bonté, votre foi sereine, vos discours, vos encycliques, votre amour de la beauté…

Merci d'avoir été une inspiration pour ce blog.




Ostension télévisée du Linceul de Turin le 30 mars : l'une des dernières décisions de Benoît XVI

L'ostension  de 1973
Par l'un des derniers actes de son pontificat, Benoît XVI a autorisé une ostension exceptionnelle du Saint Suaire le samedi 30 mars prochain, Samedi Saint et donc « le » jour du Linceul qui a contenu le Corps de notre Sauveur entre le moment de sa sépulture et sa Résurrection. Ce sera une « ostension technologique » puisque le linge sera déployé sur le lieu de sa conservation la cathédrale Saint-Jean de Turin et présenté à la télévision pendant une heure à la veille de Pâques. C'est la RAI Uno qui assurera la retransmission mais celle-ci sera probablement reprise par de nombreuses télévisions du monde entier et se fera également par internet.

Sans être une première, l'ostension télévisée prend une dimension exceptionnelle par le retentissement mondial de l'événement. Une seule ostension de ce type a eu lieu à ce jour, il y a quarante ans, le 23 novembre 1973, lorsque le Linceul avait été exposé verticalement dans le Salon des Suisses du Palais-Royal et que l'événement avait été filmé.

Il s'agit ici d'autre chose : c'est à l'occasion de l'année de la Foi que le pape a accepté de montrer ainsi la plus vénérable relique de la chrétienté au monde entier, appelant à la méditation sur la Mort du Christ et sa Résurrection dont le Linceul demeure l'émouvant témoin, maculé de son Sang rédempteur et portant l'empreinte de sa Sainte Face, de ses souffrances sans nom mais aussi de sa gloire.

Mgr Cesare Nosiglia, archevêque de Turin et custode papal du Saint Suaire, donnera plus de précisions sur cet événement vendredi 1er mars à 11 h lors d'une conférence de presse.

Cette page facebook devrait donner des informations supplémentaires au fur et à mesure de leur parution, les plus amples informations étant actuellement sur www.shroud.com.

C'est en quelque sorte un cadeau d'adieu du Saint-Père…

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14 février, 2013

Benoît XVI : résister à l'avortement, à l'euthanasie, au DPI

Lors de sa première (et avant-dernière) audience publique du mercredi après l’annonce de sa renonciation à sa charge, Benoît XVI a insisté sur le devoir de résister aux tentations du monde moderne, en les rapprochant des tentations du Christ dans le désert, et en rappelant que nous devons « reconnaître que nous dépendons de Dieu » :
« Aujourd’hui, on ne peut plus être chrétien simplement du fait de vivre dans une société qui a des racines chrétiennes : même celui qui naît dans une famille chrétienne et qui reçoit une éducation religieuse doit, chaque jour, renouveler le choix d’être chrétien, c’est-à-dire donner à Dieu la première place, face aux tentations qu’une culture sécularisée lui propose continuellement, face au jugement critique de nombreux contemporains. 
« Les épreuves auxquelles la société actuelle soumet le chrétien, sont en effet très nombreuses, et elles touchent la vie personnelle et la vie sociale. Il n’est pas facile d’être fidèle au mariage chrétien, de pratiquer la miséricorde dans la vie quotidienne, de laisser de la place à la prière et au silence intérieur ; il n’est pas facile de s’opposer publiquement à des choix qui pour beaucoup vont de soi, comme l’avortement en cas de grossesse non désirée, l’euthanasie en cas de maladie grave, ou la sélection des embryons pour empêcher des maladies héréditaires. La tentation de mettre de côté la foi elle-même est toujours présente et la conversion devient une réponse à Dieu qui doit être confirmée plus d’une fois au cours de la vie. »


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12 février, 2013

Benoît XVI renonce à sa charge

La gratitude et l'abandon

© O. F.

Benoît XVI s’en va. Il ne « démissionne » pas, il renonce à une charge qu’il ne se sent plus capable d’assumer pour le bien de cette Eglise dont il aura été le fidèle intendant pendant près de huit ans. Devenir pape, il ne l’avait pas désiré : ce fut, nous l’avions bien compris en ce beau jour du 19 avril 2005 où il nous fut donné comme pasteur, une crucifixion. Pour autant, on ne peut pas dire qu’il dépose sa croix. Ses brèves paroles, dites en latin – tout un symbole – évoquent discrètement les souffrances qui l’attendent. Benoît XVI regarde cette nouvelle croix qui se dessine déjà depuis quelques mois sur son visage plus fatigué, plus marqué que naguère, et y voit la manière d’accomplir sa nouvelle mission.

Dans l’humilité de la retraite. Dans la discrétion d’un couvent, à quelques pas seulement du palais où il aura régné.

Ne croyons pas qu’il s’agisse là d’une solution de facilité. La dimension humaine de l’œuvre de Benoît XVI est là, il la connaît, il verra ce qu’il en adviendra ; il aura, peut-être, le souci de la voir en partie détruite, ou au contraire, il verra le successeur vigoureux qu’il appelle de ses vœux achever mieux que lui ce qu’il laissera inachevé ; il sait qu’il assistera, apparemment impuissant, aux tribulations nées de ces « questions de grande importance pour la vie de la foi » qui agitent ce monde.

Impuissant ? Non. Il a pris sa décision en conscience. Sa décision était mûrement réfléchie : la possibilité s’en dessinait nettement depuis qu’il avait, le 28 avril 2009, déposé son pallium sur les restes d’un pape – le saint pape Célestin V lui aussi avait renoncé à sa charge. Benoît XVI qui redeviendra, simplement, cardinal, consacrera les années qui lui restent à la prière. L’intercession auprès de Celui qui est le véritable Chef de l’Eglise.

Il se trouve que Benoît XVI s’en était expliqué, samedi, en méditant quasiment sans notes la première lettre de saint Pierre avec les séminaristes de Rome. Le site benoit-et-moi propose la traduction intégrale de ses propos retranscrits, et qui sonnent comme un testament spirituel laissé à cette génération de jeunes prêtres si zélée, si soucieuse de suivre le Christ et de le communiquer aux hommes. Benoît XVI leur a montré comment Pierre s’efface devant le Christ tout en acceptant de mourir pour Lui ; comment il ne parle pas « comme un génie du XIXe siècle qui veut simplement exprimer des idées personnelles et originales que personne n’avaient dites avant, non (…), il parle dans la communion de l’Eglise ». Il inscrit tous ses actes dans la mission qui lui a été confiée. Tous.

Et d’expliquer que nous sommes héritiers non pour posséder la terre, mais pour « hériter du futur », ce futur qui est « vraiment à Dieu, c’est la grande certitude de notre vie, le grand et véritable optimisme que nous connaissons. L’Eglise est l’arbre de Dieu qui vit éternellement et porte en elle l’éternité et le véritable héritage de la vie éternelle ».

La renonciation de Benoît XVI peut apparaître comme un abandon. Et tous ceux qui ont expérimenté à travers lui la réalité de la paternité, la paternité spirituelle – et combien de convertis n’aura-t-il pas faits par son enseignement doux et ferme, sa sagesse des choses de Dieu et l’appel à la fécondité mutuelle de la raison et de la foi ? – vivent son annonce comme une perte. C’est un père qui s’en va. Mais l’abandon est ici d’une autre nature. C’est le Nunc dimittis de celui qui est arrivé en bout de course, qui veut arriver devant Dieu les mains vides ; le saint abandon de celui qui ne peut plus gouverner ce qui est devenu sous certains rapports ingouvernable, et qui remet humblement le bâton du commandement entre les mains de son maître. In manus tuas, Domine.

Parce que l’avenir est à Dieu.

En attendant, on peut se poser beaucoup de questions. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Et maintenant, quoi ?

Nul mieux que Benoît XVI ne sait, après tout, qu’un pontificat diminué, souffrant, presque silencieux, peut être grand et porteur de grâces : ce fut lui, le quasi-régent de Jean-Paul II. Il ne renie rien de tout cela, sans doute : pense-t-il ou sait-il qu’en l’état actuel, il n’y a personne qui puisse évidemment et sans être contesté assumer la tâche qu’il avait assumée auprès de son prédécesseur ?

On parle beaucoup des tâches que Benoît XVI laisse inachevées : mais dans l’état de l’Eglise, était-il possible qu’il en fût autrement ? Nous avons vu la fureur des loups qui l’assaillaient dans ses œuvres de restauration ; nous voyons les loups médiatiques ouvrir leurs journaux en rappelant le « scandale des prêtres pédophiles », nous les voyons annoncer un pape plus moderne, une Eglise plus en phase avec son temps, une tendance plus jeune à la fois du point de vue des exigences morales et de la (contre-)culture contemporaine.

Benoît XVI, devant les séminaristes de Rome, samedi, rappelait que, chrétiens, nous sommes « dispersés et étrangers », nous ne sommes pas de ce monde même si « nous sommes aussi des nations chrétiennes ».

Bien sûr, la brûlante question de la Fraternité Saint-Pie X n’a pas trouvé son règlement, et l’on sait que Benoît XVI y attache une attention particulière. Qu’en sera-t-il de son successeur ? Quel sera le devenir de ce motu proprio Summorum pontificum qui a redonné droit de cité à la liturgie traditionnelle dans l’Eglise, et qui la fait progresser lentement mais sûrement ?

Pourquoi le Saint-Père a-t-il choisi le consistoire pour la canonisation des martyrs d’Otrante, tués par les Turcs du sultan Mehmet II pour n’avoir pas renoncé à leur foi ? Ou bien Benoît XVI pensait-il à la Journée mondiale des malades que l’on fêtait sous le patronage de Notre-Dame de Lourdes ? Ou encore : espère-t-il, ne serait-ce qu’un peu, jouer un rôle discret pour promouvoir celui qu’il aimerait avoir pour successeur ?

Les vaticanistes cogitent mais la réponse n’est pas entre leurs mains.

Ce qu’il nous appartient aujourd’hui, c’est de dire notre gratitude. Notre immense merci à ce père, ce Saint-Père qui nous a beaucoup donné à l’heure où le « faux optimisme comme après le Concile », comme il l’a dit samedi, est clairement dénoncé. Nous le remercions de pouvoir dire, avec lui, « Non, tout ne va pas bien ». Nous le remercions pour ce qu’il a fait pour que les choses aillent mieux. Il a inlassablement voulu tout recentrer sur le Christ. Même par son renoncement.

Il nous faut maintenant prier pour son successeur.

Cet article a paru dans Présent daté du 13 février 2013.


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09 juillet, 2012

“Doctrine de la foi” : le nouveau préfet avait agi contre des groupes peu clairs sur l'avortement

Mgr Gerhard Müller à la droite de Benoît XVI
Dès qu'était connue la nomination de Mgr Gerhard Müller, l'évêque de Ratisbonne, à la tête de la congrégation pour la Doctrine de la foi, l'un des co-fondateurs de LifeSiteNews a signalé qu'en tant qu'évêque, il a vigoureusement agi pour empêcher que des fonds de l'Eglise soient versés à des groupements catholiques qui participaient indirectement à la procuration d'avortements en Allemagne.

John-Henry Westen rappelait dès le 2 juillet qu'une campagne lancée par des blogs catholiques allemands pour dénoncer la manière dont des groupes catholiques d'aide aux femmes en détresse, agissant selon les critères de la loi allemande, finissaient par devenir complices de leur décision d'avorter en leur fournissant la nécessaire attestation signée confirmant qu'elles avaient pris conseil auprès d'une association agréée qui leur ouvre la porte à l'avortement dépénalisé.

Dans son diocèse de Ratisbonne, Mgr Müller est donc intervenu d'autorité pour faire cesser l'attribution d'un budget annuel de 2 millions d'euros au Comité central des catholiques allemands qui faisait fonctionner cette « association Donum Vitae ». Avec une bonne foi toute relative, puisque le même Comité ne se gênait pas pour critiquer ouvertement la hiérarchie de l'Eglise, appelant de ses vœux la mise en place d'une structure démocratique qui donne l'autorité aux laïcs.

Mais là aussi Mgr Müller avait agi, allant jusqu'à supprimer le Conseil diocésain des laïcs ainsi que 33 autres organisations dissidentes, rappelle Westen.

L'an dernier, en mai, Mgr Müller ne s'était pas montré moins ferme en interdisant à l'ancien président du Comité central des catholiques allemands, Hans Maier (il occupa ce poste de 1976 à 1988) de présenter ses mémoires dans le diocèse de Ratisbonne à l'occasion de son 80e anniversaire, comme il le souhaitait. Le motif ? La manière dont Maier défend dans ce livre le système allemand qui permet l'avortement après consultation d'une association et son rôle dans la mise en place de « Donum vitae ». Cela a abouti à la mort d'un enfant à naître sur cinq, rappelait alors le porte-parole du diocèse.

C'est en 1999 – sous le pontificat de Jean-Paul II – que l'Eglise catholique allemande avait fini, à la demande du Pape, par mettre un terme à son action dans les associations de conseil aux femmes voulant avorter. Des groupes de laïcs avaient pris la relève, obtenant au passage des financements… Mgr Müller a clairement fait savoir que leur association n'est pas catholique;

Cette fermeté et cette autorité avaient provoqué en 2011 la reconnaissance du Forum des catholiques allemands qui l'avaient remercié de son action conforme à la doctrine de l'Eglise.

Choses intéressantes à savoir à l'heure où d'aucuns présentent Mgr Müller comme peu clair sur le dogme – on peut lire à leur sujet un article de Mgr Nicola Bux traduit sur le site benoit-et-moi.


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12 juin, 2012

L'enseignement improvisé de Benoît XVI sur le baptême à Saint-Jean de Latran ; traduction exclusive

Benoît XVI a parlé une demi-heure lundi à Saint-Jean-de-Latran du baptême, de la vie de Dieu et du refus de la culture du mal. Texte inédit pour l'heure, y compris me semble-t-il en italien. Je vous en propose ma traduction d'après le prononcé – avec les erreurs ou inexactitudes qui peuvent se produire au fil de ce type d'exercice, mais que j'espère minimes. C'est un discours saisi au vif, témoin de la profondeur de la foi et de la pensée de notre Pape, prononcé dans le contexte des attaques contre sa personne à travers l'« affaire » Vatileaks. Merci de renvoyer à ce blog, et à ces précisions, si vous citez le texte. – J.S.



Nous savons que les dernières paroles du Christ sur cette terre à ses disciples étaient : Allez, faites des disciples de toutes les nations et baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Faites des disciples et baptisez. Car il n’est pas suffisant pour être disciple de connaître la doctrine de Jésus, de connaître les valeurs chrétiennes, il est nécessaire d’être baptisé. C’est sur cela que nous allons réfléchir, pour comprendre la réalité et la profondeur du sacrement du baptême.

Une première porte s’ouvre – si nous lisons attentivement ces paroles du Seigneur : c’est son choix des paroles « Au nom du Père », je crois que cela est très important : le Seigneur dit « eis » et non « en » : nom pas « au nom de la Trinité » comme le nous disons pour un porte-parole qui parle au nom du préfet, ou d’un ambassadeur qui parle au nom du gouvernement. Non : il dit « eis », c’est une immersion dans le Nom de la Trinité, c’est être inséré dans le Nom de la Trinité, c’est une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être. Il s’agit d’être immergé dans la divinité trinitaire par le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Comme dans le mariage ce sont toujours deux personnes deviennent une chair, une nouvelle et unique réalité avec un nouveau nom unique.

Le Seigneur nous a donné à comprendre encore mieux cette réalité dans son dialogue avec les Sadducéens à propos de la Résurrection. Les Sadducéens ne connaissaient du canon de l’Ancien Testament que les cinq livres de Moïse qui n’évoquent pas la résurrection, et en raison de cela ils niaient la résurrection. Le Seigneur, précisément à propos de ces cinq livres, démontre la réalité de la résurrection ; il dit : Vous savez que Dieu s’appelle le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Donc Dieu prend ces trois hommes dans son propre nom et ils deviennent ainsi dans le nom de Dieu, pour faire comprendre que Dieu a uni ces trois hommes à son nom, qui sont devenus le nom de Dieu, un nom de Dieu, ils sont immergés en Dieu. Et ainsi nous voyons que celui qui est dans le nom de Dieu, qui est immergé en Dieu, est vivant. Dieu n’est pas un dieu des morts, mais le Dieu des vivants, dit le Seigneur, il est le Dieu de ces hommes et ces hommes sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire et dans la vie de Dieu.

C’est précisément cela qui se passe lorsque nous sommes baptisés : nous sommes intégrés au nom de Dieu comme si nous appartenions à ce nom et jusqu’à ce que ce nom devienne notre nom. Nous pourrions, avec notre témoignage, comme ces trois hommes dans l’Ancien Testament, être nous aussi témoignage, signe de qui est ce Dieu, dans le nom de ce Dieu. Etre baptisé veut dire être uni à Dieu dans une nouvelle existence ; nous appartenons à Dieu, nous sommes immergés en Dieu même.

En pensant à cela, nous devons voir que cela entraîne immédiatement un certain nombre de conséquences. La première, c’est que Dieu n’est plus pour nous quelqu’un de très lointain, ce n’est pas une réalité dont on discute pour savoir si elle existe ou non : nous sommes en Dieu et Dieu est en nous. La priorité, la centralité de Dieu dans notre vie est la première conséquence de notre baptême. A la question : « Qui est Dieu ? », la réponse est : « Il est et Il est avec nous, Il est au centre de notre vie, cette proximité est en Dieu Lui-même qui n’est pas une étoile lointaine mais qui est le milieu même de ma vie. » La première conséquence de cela est que nous devons tenir compte de cette présence de Dieu et vivre réellement en sa présence.
Une deuxième conséquence de ce que nous venons de dire est que nous ne décidons pas de devenir chrétiens. Devenir chrétien n’est pas ma décision, je ne me fais pas moi-même chrétien. Certes ma décision est nécessaire, mais c’est surtout une action que Dieu fait pour moi : je ne me fais pas chrétien, je suis assumé par Dieu, pris dans sa main, et ainsi en disant oui à Dieu je deviens chrétien ; devenir chrétien est une action de Dieu. En un sens je suis passif : je ne me fais pas chrétien, mais Dieu fait de moi un homme à Lui, Dieu me prend dans sa main et réalise ma vie dans une nouvelle dimension. Cette réalité de la dimension passive de l’être chrétien est comme le fait que je ne me fais pas vivre, la vie est donnée. Je suis né non parce que je me suis fait homme, je suis né parce que l’être m’a été donné. De même le fait d’être chrétien m’est donné, cela m’est donné à moi, passif, pour devenir actif dans ma vie. Et de cette dimension passive, du fait que l’on ne se fait pas soi-même chrétien, que l’on est fait chrétien par Dieu implique déjà un peu le mystère de la Croix. Ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même que je peux être chrétien.

Le troisième élément qui se révèle immédiatement dans ces paroles, c’est que naturellement, étant immergé en Dieu, je suis uni aux frères et aux sœurs car tous les autres sont en lui, je suis tiré de mon isolement, je suis immergé en Dieu, je suis immergé dans la communion avec les autres. Etre baptisé n’est jamais un acte solitaire qui ne concerne que moi ; mais c’est toujours et nécessairement être uni à tous les autres, une unité et une solidarité avec tout le Corps du Christ, avec toute la communauté de ses frères et sœurs. Le baptême m’établit dans la communauté, il rompt mon isolement. Cela devrait être présent dans notre manière d’être chrétien.

Revenons finalement aux paroles du Christ aux Sadducéens : « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » : s’ils sont de Dieu, ils ne sont par morts, ils sont vivants. Cela veut dire qu’avec le baptême, avec l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes nous aussi immergés dans la vie immortelle. Nous sommes vivants pour toujours. En d’autres mots, le baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence comme elle commence pour Abraham, Isaac et Jacob dès lors qu’ils sont dans le nom de Dieu ; ils sont vivants. De même nous, insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle, le baptême est le premier pas de la résurrection, de l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.

Nous avons vu ainsi dans un premier temps avec la formule baptismale de saint Matthieu, les ultimes paroles du Christ qui contiennent l’essentiel du baptême. Avec le rite baptismal nous allons mieux comprendre et plus précisément ce qu’est le baptême. Ce rite, de même que les rites de preque tous les sacrements, est composé de deux éléments : la matière, l’eau, et la parole. Cela est très important : le christianisme n’est pas une chose purement spirituelle, une chose qui ne suggère que des sentiments, une volonté, des idées, mais une réalité cosmique. Dieu est le créateur de toute la matière qui entre dans le christianisme, et c’est seulement dans ce grand ensemble de la matière et de l’esprit, ensemble, que nous sommes chrétiens. Il est donc très important de voir que la matière fait partie de notre foi, comme notre corps fait partie de notre foi; la foi n’est pas purement spirituelle mais Dieu en quelque sorte assume toute la réalité du cosmos et transforme le cosmos et l’attire à Lui.

Avec cet élément matériel, l’eau, on n’a pas seulement un élément fondamental du cosmos, une matière fondamentale créée par Dieu, mais même le symbolisme de toutes les religions, car dans toutes les religions, l’eau signifie quelque chose, c’est le chemin des religions, cette recherche de Dieu de diverses manières, même erronées mais toujours recherche de Dieu qui est assumée dans le sacrement. Les autres religions dans leur chemin vers Dieu sont présentes et assumées et ainsi se fait la synthèse du monde. Toute la recherche de Dieu qui s’exprime dans les symboles des religions renvoie au symbolisme de l’Ancien Testament avec son expérience de Dieu qui sauve, de la bonté de Dieu qui devient présent. Nous reviendrons sur ce point.
L’autre élément est la parole. Cette parole se présente en trois éléments : renoncements, promesses, invocation. Il est important de voir que ces paroles qui ne sont donc pas seulement des paroles mais un chemin de vie. Il s’y réalise une décision ; dans ces paroles est présent tout notre chemin baptismal : celui qui le précède, celui qui le suit. Donc avec ces paroles et avec ces symboles le baptême s’étend à notre vie. Cette réalité des renoncements, des promesses et de l’invocation dure toute notre vie, nous sommes toujours sur ce chemin baptismal, ce chemin catéchuménal tissé par ces paroles et qui les réalise. Le sacrement du baptême n’est pas seulement un acte d’un instant, mais une réalité de toute notre vie, un chemin de toute notre vie.

En réalité, la doctrine des deux voies, très fondamentale dans le christianisme des débuts, était celle d’une voie à laquelle on disait non, et d’une voie à laquelle on disait oui.
Commençons avec la première partie : les renoncements. Ils sont au nombre de trois ; je prends d’abord le deuxième. Renoncez-vous aux séductions du mal, pour ne pas vous laisser dominer par le péché ? Qu’est-ce donc que cette séduction du mal ?

Dans l’Église antique et encore à travers les siècles on prononçait les paroles : « Renoncez-vous aux pompes de Satan ? » Avez-vous déjà pensé à ce que cela signifie ? Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants où la cruauté devenait un divertissement, où le fait de tuer des hommes devenait un objet de spectacle, le spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ce spectacle sanglant, ce divertissement du mal est la pompe du diable avec son apparente beauté et la réalité de sa cruauté. Au-delà de cette signification immédiate des paroles « pompes du diable » on voulait parler d’un type de culture, d’une way of life, d’un mode de vie où compte non la vérité mais l’apparence, où l’on ne cherche pas la vérité, mais l’effet produit, la sensation. Sous prétexte de montrer la vérité on veut en réalité détruire des hommes, et seulement se créer soi-même en tant que vainqueur. Il s’agit de renoncer à ce type de culture qui est une anti-culture qui s’érige contre le Christ et contre Dieu. Renoncer à une culture qui dans l’évangile de saint Jean est appelée « ce monde ». A propos de ce monde, Jean et le Christ ne parlent pas de la création de l’homme par Dieu mais de la créature qui est dominante et s’impose comme s’il était le monde et du mode de vie qu’elle impose.

Je voudrais réfléchir avec vous sur cette pompe du diable, sur cette culture à laquelle nous devons dire non. Etre baptisé, s’est essentiellement s’émanciper, se libérer de cette culture. Aujourd’hui nous connaissons un type de culture où la vérité ne compte pas, même si en apparence on veut faire apparaître toute la vérité. Seuls comptent la sensation, l’esprit de calomnie et de destruction, c’est une culture qui ne recherche pas le bien, dont le moralisme est un masque pour semer la confusion et la destruction. A cette culture du mensonge qui se présente avec les habits de la vérité et de l’information, à cette culture recherche seulement le bien-être matériel et nie Dieu nous disons non.

Nous connaissons bien grâce aux Psaumes ce contraste entre la culture où l’on peut sembler intouchable par rapport à tous les maux du monde si l’on met Dieu par dessus tout, et une culture du mal, la domination du mal. Ainsi la décision du baptême, cette partie du chemin catéchuménal qui dure toute la vie est précisément ce non prononcé et réalisé de nouveau tous les jours de notre vie, avec les sacrifices que coûte le fait de s’opposer à la culture du mal qui en beaucoup de lieux, domine. Elle s’impose comme si elle était le monde : ce n’est pas vrai, ce n’est pas elle qui décide de ce qu’est la vérité.

Nous passons ainsi au premier renoncement : le renoncement au péché pour vivre dans la liberté d’enfants de Dieu. Aujourd’hui la liberté et la vie chrétienne et l’observance des commandements de Dieu sont présentées comme opposées, être chrétien est vu comme un esclavage, la liberté serait de s’émanciper de la vie chrétienne, s’émanciper en somme par rapport à Dieu. Le mot péché apparaît pour beaucoup quasi ridicule. Ils disent : comment pourrions nous offenser Dieu, Dieu est si grand, en quoi cela l’intéresse-t-il si je fais une petite erreur ? Nous ne pouvons pas offenser Dieu car il est trop grand pour être offensé par nous.

Cela semble vrai, mais ce n’est pas vrai. Dieu s’est fait vulnérable : le Christ crucifié nous dit que Dieu s’est fait vulnérable, vulnérable jusqu’à la mort, Dieu s’intéresse à nous parce qu’il nous aime. L’amour de Dieu est vulnérabilité, intérêt pour l’homme, l’amour de Dieu veut dire que notre première préoccupation doit être de ne pas blesser, de ne pas détruire son amour, ne rien faire contre son amour car ainsi nous agirions contre nous-mêmes et contre notre liberté. En réalité cette liberté apparente, cette émancipation vis-à-vis de Dieu devient immédiatement esclavage, celui de tant de dictatures que le Christ a dû voir depuis les hauteurs du Temple.

Pour finir, le renoncement à Satan. On dit que c’est un oui à Dieu et un non au pouvoir du Malin qui coordonne toute cette activité et qui veut se faire le dieu de ce monde comme le dit encore saint Jean. Mais il n’est pas Dieu ! il est seulement l’adversaire. Nous ne nous soumettons pas à son pouvoir, nous disons nous parce que nous disons oui, un oui fondamental à l’amour et à la vérité.

Dans l’Antiquité ces rites étaient accompagnés de trois immersions. Immersion dans l’eau comme symbole de la mort : réellement la mort d’un type de vie et la résurrection vers une autre vie ; nous y reviendrons.

Puis la confession en trois questions : croyez-vous au Père tout-puissant, créateur, au Christ et enfin au Saint-Esprit et à l’Eglise ? Cette formule, ces trois parties ont été développées à partir des paroles du Seigneur, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ces paroles sont concrétisées et approfondies pour dire ce que veut dire le Père, ce que veut dire le Fils, toute la foi au Christ, en Dieu fait homme, ce que veut dire croire au baptême, au Saint-Esprit, en toute l’action de Dieu dans l’histoire, en l’Eglise, en la communion des saints.

Ainsi la formule positive du baptême est aussi un dialogue, ce n’est pas seulement une formule. Surtout, la confession de la foi n’est pas seulement une affaire à comprendre, une chose intellectuelle, quelque chose à mémoriser, même si cela touche l’intelligence, et surtout notre vie ; voilà ce qu’il faut retenir, ce n’est pas quelque chose d’intellectuel, une pure formule, mais un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu par rapport à nous, et une réponse de notre part, un chemin. La vérité du Christ peut se comprendre seulement pour autant que l’on comprend son chemin ; ce n’est qu’en acceptant le Christ comme chemin, en étant dans le chemin du Christ que nous pouvons comprendre la vérité du Christ. La vérité qui n’est pas vécue ne s’ouvre pas ; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme un mode de vie, comme chemin s’ouvre comme vérité dans toute sa richesse et sa profondeur.

Donc cette formule est un chemin, c’est l’expression d’une conversion de notre part, d’une action de Dieu, et nous voulons réellement qu’elle soit présente dans toute notre vie, afin que nous soyons en communion en ce chemin avec Dieu, avec le Christ et être ainsi en communion avec la vérité. En vivant la vérité, la vérité devient vie et en vivant cette vie nous trouvons la vérité.

Passons maintenant à l’élément matériel, l’eau. Il est très important de voir deux significations de l’eau. D’une part l’eau fait penser à la mer, surtout à la Mer Rouge, à cette mort dans la Mer Rouge. La mer représente ici la force de la mort, la nécessité de mourir pour arriver à la nouvelle vie. Ce symbolisme est très important : le baptême n’est pas seulement une cérémonie, un rituel que l’on fait depuis longtemps, ce n’est pas seulement un lavage, quelque chose de cosmétique. Bien plus qu’un lavage, il est mort et vie. Il est la mort d’une certaine existence, et renaissance, résurrection à une nouvelle vie. Voilà la profondeur de l’être chrétien, ce n’est pas seulement quelque chose qui s’ajoute mais une nouvelle naissance.
Après avoir traversé la Mer Rouge nous sommes neufs. Ainsi la mer, selon toute l’expérience de l’Ancien Testament est devenue pour les chrétiens symbole de la Croix. C’est seulement par la mort, une renonciation radicale que l’on meurt à un certain type de vie et alors la renaissance peut se réaliser pour être réellement vie nouvelle.

Cela est une partie du symbolisme de l’eau, symbolisé surtout dans l’immersion de l’Antiquité : la mer, la Mer Rouge, la Croix. Ce n’est que par la Croix que l’on arrive à la nouvelle vie, et cela se réalise chaque jour. Sans cette mort toujours renouvelée, nous ne pouvons parvenir à la vraie vitalité de la nouvelle vie du Christ.

Mais l’autre symbole est celui de la source. L’eau est l’origine de toute vie. Outre le symbolisme de la mort et le symbolisme de la nouvelle vie, toute vie provient de l’eau, de l’eau qui vient du Christ comme la vraie vie nouvelle qui nous accompagne dans l’éternité.
A la fin reste une question à laquelle je ne consacrerai qu’une toute petite parole, celle du baptême des petits enfants. Il est juste de le faire, sans qu’il soit nécessaire de faire d’abord un chemin catéchumal pour arriver à un baptême réellement réalisé. L’autre question qui se pose toujours est celle-ci : pouvons-nous imposer à un enfant une chose religieuse qu’il voudra vivre ou non, nous devrions lui laisser le choix. Cette question montre qu’au bout du compte nous ne voyons plus finalement dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la vraie vie ; nous voyons un choix après l’autre, et même un poids qu’il ne faudrait pas imposer sans que le sujet en sache le sens.

La réalité est autre. La vie elle-même nous a été donnée sans que nous puissions choisir – « si je veux vivre ou non ». Personne ne peut faire qu’il est né ou non. La vie est nécessairement donnée sans consentement préalable. Elle est donnée ainsi et nous ne pouvons pas décider d’abord – « si je veux vivre ou non ». En réalité la question est de savoir s’il est juste de donner la vie en ce monde sans avoir obtenu le consentement de celui qui vivre ou non. Si je peux réellement anticiper sur la vie, la donner sans que celui à qui on la donne ait eu la possibilité de se décider, je dirais que cela est possible et juste seulement pour autant qu’avec la vie l’on peut donner la garantie que la vie – avec tous les problèmes du monde – est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il existe une garantie que cette vie est bonne, qu’elle est protégée par Dieu, qu’elle est un vrai don, seule l’anticipation de son sens justifie cette anticipation de la vie.

Et alors le baptême, comme garantie du bien de Dieu, comme anticipation du sens du oui de Dieu qui protège cette vie, justifie cette anticipation par rapport à la vie. Donc le baptême des petits enfants n’est pas contre la liberté, il est même nécessaire de le donner pour justifier le don hautement discutable de la vie. Seule la vie entre les mains de Dieu, entre les mains du Christ, immergée dans le nom de la Trinité est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules.

Ainsi rendons grâce à Dieu qui nous a donné ce don, qui s’est donné Lui-même. Notre vie, c’est de vivre de ce don, vivre réellement dans un chemin d’après-baptême, renoncer à soi-même et vivre dans le grand oui de Dieu, et ainsi, bien vivre.


Benoît XVI


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© leblogdejeannesmits pour la transcription et la traduction française non officielles.

08 mai, 2012

Magdi Cristiano Allam : c'est la faute de l'Eglise si l'Italie embrasse l'islam !

C'est sous ce titre-choc que l'ancien musulman baptisé par Benoît XVI à Saint-Pierre de Rome en la veillée pascale, le 22 mars 2008, vient de signer un article non moins direct dans Il Giornale. Journaliste, député européen du groupe Protagonisti per l'Europa Cristiana, fondateur et élu de Io amo Italia (« J'aime l'Italie). Le site de ce parti publie le texte de son « papier » en italien et anglais. Je vous propose ici ma traduction de cette réflexion importante et sans faux-semblants.


Lu en France, ce texte prend une dimension encore plus importante. Le Pew Research Center évalue le nombre de musulmans en France à 4,7 millions. L'INED recense en 2010, au terme d'une enquête, 2,1 millions de personnes se déclarant « musulmanes » ; pour le ministère de l'Intérieur, les personnes en France originaires de pays musulmans sont entre 5,5 et 6 millions dont un tiers de « pratiquants », soit au total entre 7,7 et 9,3 % de la population. Le FN estime le nombre à 8 millions, Claude Guéant, lui, retient entre 5 et 10 millions.


Saviez-vous que le nombre de musulmans ayant la nationalité italienne est d'environ 70.000 ? Saviez-vous que l'Italie compte au total environ 1.583.000 musulmans, soit 2,7 % de la population ? Saviez-vous que l'islam est désormais la deuxième religion d'Italie tout de suite après le christianisme ? Saviez-vous qu'en Italie, il naît en moyenne un lieu de culte islamique tous les quatre jours ? Saviez-vous qu'aujourd'hui il y a des terroristes islamiques actifs, disposant de la citoyenneté italienne, qui sont engagés dans la Jihad, ou la guerre sainte, contre les juifs, les chrétiens, les infidèles et les apostats ? 
Eh bien, si vous ne savez pas tout cela, c'est assurément une grave lacune. Mais il est encore plus grave de prendre acte du fait que cela se produit avec la complicité explicite de l'Eglise, que celle-ci s'exprime à travers les prises de position et les initiatives officielles du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, ou par le comportement et les affirmations du clergé, de certains cardinaux à une bande de curés islamiquement corrects.
Cette réflexion s'impose à nous à travers les récentes déclarations d'Ezzedine Elzir, président de l'UCOII (Union des communautés et associations islamiques en Italie) à Klaus Davi (ici) où il déclare qu'en Italie « 70.000 personnes sont retournées à l'islam ». 
Pourquoi « retournées » et non « converties » ? Elzir s'explique : « Nous préférons utiliser le terme “retourner” parce qu'il s'agit d'une redécouverte de la vraie foi. » Ce disant il veut signifier que pour les musulmans, l'islam n'est pas une « religion différente » du judaïsme et du christianisme, auxquels on adhère par la conversion personnelle comme pour n'importe quelle autre religion, mais une religion « supérieure » par rapport au judaïsme et au christianisme : la seule vraie religion, l'accomplissement de la révélation et le sceau de la prophétie, dans un contexte où l'on croit que toute personne naît musulmane même si elle professe une autre religion, que chacune a l'islam en soi  même sans en avoir la conscience ; ainsi l'adhésion à l'islam est un « retour » par la redécouverte de « la vraie foi ». 
« Chaque jour des non-musulmans qui veulent connaître l'islam viennent dans nos mosquées, plusieurs d'entre eux l'embrassent », ajoute Elzir, car « lorsque survient une crise des valeurs et une crise économique, on cherche à découvrir ses racines, sa spiritualité » qui sans équivoque possible coïncident avec l'islam. 
Comment est-il possible qu'en Italie, berceau du catholicisme, terre chrétienne qui accueille en son sein l'église des Papes, vicaires du Christ, on en soit arrivé au point de faire coïncider la « spiritualité » avec l'islam ? Eh bien, la réponse s'appelle « relativisme religieux ». Benoît XVI lui-même a plusieurs fois identifié au sein de la « dictature du relativisme » le mal profond qu'il faut combattre parce qu'il nous impose, en mettant la raison en sourdine, de considérer que toutes les religions, les cultures et les valeurs sont égales, indépendamment de leur contenu. 
Le témoignage éloquent de ce relativisme religieux réside dans la litanie des « trois grandes religions monothéistes révélées, abrahamiques, du Livre » qui prieraient le même dieu. C'est ainsi que le relativisme se manifeste dans le comportement du clergé qui s'imagine que pour aimer les musulmans en tant que personnes, il faut inconditionnellement épouser leur religion, légitimant l'islam au mépris du fait qu'il est incompatible avec les valeurs non négociables du caractère sacré de la vie, de l'égale dignité de l'homme et de la femme, de la liberté du choix religieux. 
Réveillons-nous ! L'islam est déjà dans notre maison ! Ce sont les Italiens eux-mêmes qui font la promotion de la conquête islamique, y compris des cardinaux et des curés qui se dévouent pour faire croître le nombre des mosquées ! Libérons-nous de le dictature du relativisme ! Arrêtons l'invasion islamique ! Assez de mosquées ! Redécouvrons notre âme, redécouvrons l'usage de la raison et recommençons à nous aimer avant de perdre complètement la possibilité d'être nous-mêmes dans notre propre maison ! 
Magdi Cristiano Allam



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• Merci de citer leblogdejeannesmits pour cette traduction.

05 mai, 2012

Benoît XVI ému par un couple qui héroïquement, choisit la vie

Chiara, 28 ans, va mourir bientôt. Elle le sait : à moins d'un miracle, elle est condamnée à brève échéance par un cancer qui « explosé » après la naissance de son troisième enfant, Francesco. En accord avec son mari, Enrico, 33 ans, elle avait refusé pendant sa grossesse tout traitement lourd susceptible de faire du mal à l'enfant qu'elle portait. Pour le catholique, ce n'est pas un choix moralement impératif : soigner une maladie grave, même au risque de porter involontairement atteinte à la santé ou à la vie d'un enfant à naître, n'est pas un mal. Mais Chiara a choisi, avec joie, le don d'elle-même absolu et héroïque.

Cette joie, elle était paraît-il visible, elle éclatait sur les visages de Chiara et d'Enrico qui ont eu le bonheur, mercredi dernier, de s'approcher du Pape à l'issue de l'audience générale, et de lui raconter leur histoire. Benoît XVI, visiblement ému, les a touchés avec tendresse. Ils sont l'image vivante de l'Evangile de la vie.

Il n'y pas de photo publique de cette rencontre. Question de respect.

L'histoire de Chiara et d'Enrico a déjà été marquée par leur fidélité sans failles au respect de la vie, de toute vie humaine innocente. Avant Francesco, deux enfants sont nés, si gravement handicapés qu'ils sont morts peu après la naissance. Le couple savait dès avant leur naissance que Marie souffrait d'anencéphalie – elle a rendu l'âme 30 minutes après sa naissance – et que David, sans jambes et portant de graves atteintes aux organes internes, ne vivrait pas non plus longtemps. De fait, il est mort quelques heures après sa naissance.

Dans les deux cas, et malgré l'incitation à avorter – la solution qui aurait pu paraître si « raisonnable » face à des situations aussi dépourvues d'espoir – Chiara et Enrico n'ont pas imaginé une seconde mettre un terme à la vie de leurs enfants à naître. Membres d'une paroisse franciscaine, profondément marqués par le pontificat de Jean-Paul II, ils ont choisi de renouveler chaque jour leur consécration à Marie, imprégnés de sa devise, Totus Tuus. Et c'est en pensant à lui, à la manière dont il a vécu sa vie, qu'ils ont pris leur décision par rapport au traitement du cancer de Chiara. Se confiant totalement à la Providence…

Chiara-ci, tout sourire, a expliqué à L'Osservatore Romano comment elle voit l'avenir. Se tournant vers son mari, elle a dit : « Quand je ne serai plus là, je m'occuperai de Marie et de David, prends bien soin de Francesco. »

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09 mars, 2012

Benoît XVI redit le sens du mariage et de la chasteté

Une fois n'est pas coutume, je reproduis ci-dessous une information déjà parue sur l'internet francophone : des extraits du discours de Benoît XVI aujourd'hui à un groupe de prélats de la Conférence épiscopale des Etats-Unis qu'il a invités à défendre toujours plus et mieux l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et la chasteté. Ce texte d'une force voulue ne pouvait être absent de ce blog. J'y ai apporté quelques nécessaires rectifications de traduction.

Cité du Vatican, 9 mars (VIS). Benoît XVI a reçu ce matin un groupe de prélats de la Conférence épiscopale des Etats-Unis d'Amérique, concluant leur visite Ad Limina, auxquels il a parlé de la crise du mariage et de la famille, « et plus généralement de la vision chrétienne de la sexualité humaine ». 
« Il est de plus en plus évident que le mépris de l'indissolubilité de l'alliance matrimoniale et le refus diffus d'une éthique sexuelle fondée sur la chasteté ont créé de graves problèmes sociaux, ainsi qu'immense coût humain et économique... On doit citer à ce propos les puissants courants socio-politiques qui poussent à modifier la définition légale du mariage. Les efforts de l'Eglise pour résister à cette pression comprennent une défense raisonnée du mariage comme institution naturelle consistant en la communion de personnes enracinée dans la complémentarité des sexes et orientée à la procréation.  La différence des sexes ne peut être considérée comme secondaire dans la définition du mariage, et la défense de cette institution de dimension sociale relève en dernière instance de la justice. Il s'agit de sauvegarder le bien de la communauté toute entière, les droits des parents comme des enfants. » 
Rappelant que les évêques lui ont fait part de leur difficulté croissante à communiquer l'enseignement de l'Eglise sur le mariage comme sur la famille, le Saint-Père déplore la diminution du nombre de jeunes qui recourent à ce sacrement. 
« Nous devons reconnaître la déficience de la catéchèse de ces dernières décades, qui n'est pas toujours parvenue à communiquer le riche patrimoine de la doctrine catholique en matière de mariage, institution naturelle élevée par le Christ au rang de sacrement, ni la vocation des époux chrétiens au sein de l'Eglise comme de la société, ni ce qu'est la chasteté conjugale ».
« La préparation au mariage doit être revue pour insister sur l'aspect catéchétique dans l'exposé des responsabilités, sociales et ecclésiales, du mariage chrétiens. On ne saurait oublier le grave problème pastoral que représente la pratique diffuse de la cohabitation, comme si on oubliait qu'il s'agit d'un péché grave, sans parler de ses effets négatifs sur la stabilité sociale. » 
Puis Benoît XVI a encouragé ses hôtes a fixer des normes pastorales et liturgiques claires « pour une digne célébration du mariage, qui doit manifester objectivement la morale chrétienne tout en étant sensibles aux préoccupations des jeunes couples... Ce grand effort pastoral a besoin que la communauté chrétienne retrouve et apprécie la vertu de la chasteté... Il ne s'agit pas simplement de présenter des arguments hors de tout référence à une vision globale, cohérente et stimulante de la sexualité. La richesse de cette vision est plus solide et plus attractive que les idéologies permissives qui constituent chez les jeunes la force la plus destructrice de la catéchèse... Comme le dit le catéchisme, la chasteté, qui implique d'apprendre à se dominer, est une pédagogie de la liberté. Dans une société qui comprend de plus en plus mal, voir à ridiculiser, la dimension et l'essence de la doctrine chrétienne, les jeunes ont besoin d'être certains qu'on ne perd rien à faire rentrer le Christ dans sa vie. Absolument rien de ce qui rend l'existence grande, belle et libre ». 
Puis il a évoqué le bien des enfants, « qui ont le droit à grandir dans une saine compréhension de la sexualité et de sa juste place dans les relations inter-personnelles. Les enfants étant l'avenir de la société, nous avons envers eux un devoir d'enseignement, de défense et de promotion des vertus morales qui sont la clef de la réalisation de la personne. J'espère donc que, malgré le malaise causé par des événements des dernières années, l'Eglise des Etats-Unis poursuive sa mission historique d'enseignement. En éduquant la jeunesse elle consolide la saine vie familiale, garantie de la solidarité entre les générations et de la santé de tout le corps social. »
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29 février, 2012

Note sur une “traduction exclusive”

Samedi soir, j'ai mis en ligne ma traduction du discours de Benoît XVI à l'Académie Pontificale pour la Vie dont l'assemblée générale s'accompagnait d'une journée de conférences sur la stérilité et la fécondation in vitro. La traduction était originale mais elle a été suivie d'autres : très vite après la mienne, l'excellent site benoit-et-moi mettait en ligne sa traduction et lundi, c'était au tour de Zenit de proposer sa traduction, par Anne Kurian.

Avant de commencer le travail de traduction, j'avais pris la précaution d'aller voir ces deux sites-là, et dans cet ordre-là, pour éviter de faire double emploi (ou plutôt : de me fatiguer inutilement). Dans cet ordre, parce que benoit-et-moi.fr est en règle générale le premier site francophone à fournir des textes du Saint-Père qui n'ont pas été traduits en français sur les sites officiels du Vatican.

L'occasion pour moi de saluer le travail de ma consœur bloggueuse – et de son amie « Carlota », qui participe à ce travail – qui est souvent la seule sur la Toile francophone à répercuter des textes de notre Pape.

A ce propos c'est benoit-et-moi qui a traduit les remarquables propos de Benoît XVI aux prêtres de Rome : c'est ici, et cela vaut la peine !


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25 février, 2012

Exclusif : traduction française du discours de Benoît XVI à l'Académie pontificale pour la vie, 25 février 2012

Le Pape rappelle que la procréation artificielle n'est pas digne de l'homme.


Benoît XVI s'adressait tout à l'heure aux participants à l'assemblée annuelle de l'Académie pontificale pour la vie, dont le thème était : Diagnostic et thérapie de l'infertilité. Je vous propose ici en avant-première ma traduction de ce texte autant philosophique et spirituel que moral, et qui tombe à pic en France alors que l'on célèbre médiatiquement, avec une unanimité que rien ne vient troubler dans la presse « convenable », les 30 ans de la naissance du premier « bébé-éprouvette » français, Amandine, « obtention » du Pr René Frydman. Invité partout, celui-ci raconte son émerveillement devant la naissance de cet être humain « fabriqué » par lui dans un tube en verre – non sans lâcher que deux grossesses démarrées par lui de la même manière « n'avaient pu être menées à terme » (mais pourquoi ?, comment ?).

Benoît XVI rappelle rapidement le principe qu'il avait clairement exposé – en tant que cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – dans Donum vitae : c'est l'acte conjugal qui est le « lieu » de la fécondation et de la procréation. Et il s'attarde surtout de manière plus générale et plus profonde sur la responsabilité des scientifiques qui se doivent de respecter le Vrai et le Bien en acceptant le « dialogue avec la foi ».

Voici l'essentiel de ce texte.
Le thème choisi par vous cette année, « diagnostic et thérapie de l’infertilité », outre qu’il a une grande importance humaine et sociale, possède une particulière valeur scientifique et exprime la possibilité concrète d’un dialogue fécond entre la dimension éthique et la recherche biomédicale. Face au problème de l’infertilité des couples, vous avez en effet choisi de rappeler et de prendre en compte avec attention la dimension morale, cherchant les voies d’une évaluation diagnostique correcte et d’une thérapie qui puisse corriger la cause de l’infertilité. Cette approche est motivée par le désir non seulement de donner un enfant au couple, mais de rendre aux époux leur fertilité et toute la dignité d’être responsables de leurs propres choix procréatifs, pour être collaborateurs de Dieu par la génération d’un nouvel être humain. La recherche d’un diagnostic et d’une thérapie représente l’approche scientifiquement la plus correcte des problèmes de l’infertilité, et aussi celle qui est la plus respectueuse de l’humanité intégrale des sujets concernés. En effet, l’union de l’homme et de la femme cette communauté de vie et d’amour qu’est le mariage constitue le seul « lieu » digne pour appeler à l’existence un nouvel être humain, qui est toujours un don. 
 C’est mon souhait, par conséquent, d’encourager l’honnêteté intellectuelle de votre travail, expression d’une science qui maintient en éveil son esprit de recherche de la vérité, au service du bien authentique de l’homme, et qui évite le risque d’être une pratique simplement utilitariste. La dignité humaine et chrétienne de la procréation, en effet, ne consiste pas en un « produit » mais en son lien avec l’acte conjugal, expression de l’amour des conjoints, de leur union non seulement biologique mais aussi spirituelle. 
 L’instruction Donum vitae nous rappelle, à ce propos, que « par sa structure intime, l’acte conjugal, unissant les époux par un  lien très profond, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon les lois inscrites dans l’être même de l’homme et de la femme » (n°126). Les désirs légitimes de procréer du couple qui se trouve dans une situation d’infertilité doivent donc trouver, avec l’aide de la science, une réponse qui respecte pleinement leur dignité de personnes et d’époux. L’humilité et la précision avec laquelle vous approfondissez cette problématique, considérée par certains de vos collègues comme désuète par rapport à la fascination de la technologie de la fécondation artificielle, méritent encouragements et soutien. A l’occasion du dixième anniversaire de l’encyclique Fides et Ratio, je rappelais comment « le gain facile ou, pire encore, l’arrogance de vouloir se substituer au Créateur jouent, parfois, un rôle déterminant. C’est là une forme d’hybris de la raison, qui peut revêtir des caractéristiques dangereuses pour l’humanité elle-même » (Discours aux participants du congrès international de l’université pontificale du Latran, 18 octobre 2008). En effet, le scientisme et la logique du profit semblent aujourd’hui dominer le champ de l’infertilité et de la procréation humaine, ce conduisant même à limiter bien d’autres aires de recherche. 
 L’Eglise prête une grande attention aux souffrances des couples infertiles, elle s’en préoccupe et, précisément à cause de cela, encourage la recherche médicale. La science n’est pas à l’heure actuelle en mesure de répondre aux désirs de tant de couples… J’aimerais donc rappeler aux époux qui vivent une situation d’infertilité, que ce n’est pas pour autant que leur vocation matrimoniale est frustrée. Les époux, par leur vocation baptismale et matrimoniale, sont toujours appelés à coopérer avec Dieu dans la création d’une humanité nouvelle. La vocation à l’amour est en effet une vocation au don de soi et c’est là une possibilité qu’aucune condition organique ne peut empêcher. Là, donc, où la science ne trouve pas de réponse, la réponse qui donne la lumière vient du Christ. 
 Je voudrais vous encourager tous, vous qui vous êtes réunis pour ces journées d’étude et qui parfois travaillez dans un contexte médico-scientifique où la dimension de la vérité est occultée : continuez sur ce chemin où vous vous êtes engagés, d’une science intellectuellement honnête et habitée par la recherche continuelle du bien de l’homme. Dans votre parcours intellectuel, ne laissez pas de côté le dialogue avec la foi. Je vous répète cet appel expresse et pressant de l’encyclique Deus caritas est : « Pour pouvoir agir de manière droite, la raison doit constamment être purifiée, car son aveuglement éthique, découlant de la tentation de l’intérêt et du pouvoir qui l’éblouissent, est un danger qu’on ne peut jamais totalement éliminer. (…) La foi permet à la raison de mieux accomplir sa tâche et de mieux voir ce qui lui est propre » (n° 28). D’ailleurs la matrice culturelle elle-même créée par le christianisme – qui s’enracine dans l’affirmation de l’existence de la Vérité et de l’intelligibilité du réel à la lumière de la Vérité Suprême – a rendu possible dans l’Europe du Moyen-Age le développement du savoir scientifique moderne, un savoir qui dans les cultures précédentes n’existait qu’en germe. 
 Eminents scientifiques, vous tous membres de l’Académie soucieux de promouvoir la vie et la dignité de la personne humaine, ayez toujours présent à l’esprit le rôle que vous jouez dans la société et l’influence que vous avez sur la formation de l’opinion publique. Mon prédécesseur, le bienheureux Jean-Paul II rappelait que les scientifiques, « précisément parce qu’ils savent davantage, sont appelés à servir davantage » (Discours à l’Académie pontificale des sciences, 11 novembre 2002). Les gens ont confiance en vous, pensant que vous servez la vérité, ils ont confiance en votre engagement de soutenir celui qui a besoin de réconfort et d’espérance. Ne cédez plus à la tentation de vous occuper du bien de la personne en le réduisant à un simple problème technique ! L’indifférence de la conscience par rapport au vrai et au bien constitue une dangereuse menace pour un authentique progrès scientifique. 
 J’aimerais conclure en renouvelant le souhait formulé par le Concile Vatican II en s’adressant aux penseurs et aux scientifiques : « Heureux sont ceux qui, possédant la vérité, continuent de chercher, pour la renouveler, pour l’approfondir, pour la donner aux autres » (Message aux hommes de la pensée et de la science, 8 décembre 1965).
Benoît XVI, 25 février 2012

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© leblogdejeannesmits pour la traduction.

 
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