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09 décembre, 2014

Deux entretiens, de François et de Benoît. Avec un arrière-goût étrange

Il y a décidément beaucoup d’ambiguïtés autour de l’entretien accordé par le pape François au journal argentin La Nacion. On a pu lire de nombreux extraits, avec beaucoup de variantes, des propos du pape qui ont été publiés sous diverses formes par le journal depuis dimanche. Et ce dans La Nacion elle-même, qui a fait une présentation indirecte de ces propos, puis une retranscription incomplète, puis une transcription littérale, par chapitres, en espagnol. Sans compter une traduction en anglais elle-même lâchée par bribes.
Elisabetta Piquet félicite le pape argentin de la clarté de son propos. J’ai du mal à suivre. Sur la question de la communion aux divorcés « remariés », par exemple, il y a eu une relation indirecte qui semblait indiquer que le pape était contre, mais favorable à une « ouverture des portes » pour certaines fonctions dans l’Eglise : ainsi les divorcés remariés pourraient être parrains ou marraines, distributeurs de communion ou lecteurs à la messe. La retranscription intégrale semble au contraire souhaiter la communion, et le reste. Mais dire que cela est clairement affirmé ? Non ! C'est l'ambiguïté qui domine.
Sur ces deux derniers points – lecture et distribution de la communion – on se dit que l’assistance à la messe traditionnelle règle quand même avec efficacité le problème des « récompenses » ou « bons points » donnés aux fidèles invités à prendre en mains une partie des fonctions des prêtres et des clercs : il n’y en a pas. C’est à  la fois plus saint et plus sain.
Parrains et marraines ? On reste un peu pantois devant l’explication donnée par le pape François : ne vaut-il pas mieux des personnes expliquant à leurs filleuls qu’ils ont fait des erreurs que des politiciens corrompus « bien mariés par l’Eglise » ? « Regarde mon chéri, je me suis trompé, j’ai patiné sur ce point, mais je crois que le Seigneur m’aime, je veux suivre Dieu, le péché ne m’a pas vaincu, je continue à aller de l’avant. »
Etre vaincu par le péché, c’est y rester englué : c’est même la pire rançon du péché, sa vraie punition, le fait d’en devenir esclave… Le problème du divorcé remarié est précisément qu’il ne veut ou ne peut revenir sur ses pas ! Les portes de la miséricorde lui sont-elles fermées ? Non. Mais la miséricorde, pour quelque pécheur que ce soit, passe par le repentir.
Mais ce pape qui parle beaucoup à la presse, même en se plaignant d’être mal compris et mal représenté par les médias, évite la précision. Ainsi en est-il lorsqu’il a longuement expliqué à Mme Piquet qu’il n’avait pas été question de « mariage » homosexuel au synode : tout le monde le savait déjà, il suffisait de suivre. Il a été question du scandale que peut causer la réception d’un enfant homosexuel avec son partenaire dans le cadre d’une réunion de famille où cette réception peut apparaître comme une approbation. Il a été question du « respect » qu’il faut avoir pour l’amour  parfois « sacrificiel » entre deux partenaires homosexuels. Il y a eu ces ambiguïtés du rapport d’étape du synode, qui ont fait suite aux propositions – soudain redevenues de simples hypothèses – du cardinal Kasper sur la communion aux divorcés « remariés », dont le pape François nous dit aujourd’hui qu’elles ont été cause d’une sorte de peur irrationnelle chez les prélats les plus traditionnels.
Une fois de plus, la confusion domine.
Elle est encore aggravée par le compte-rendu d’un entretien du journaliste allemand Jörg Bremer, avec le pape émérite Benoît XVI à la maison Mater Ecclesiae. (Voir ici le début de traduction du texte sur Benoit-et-moi, en attendant le compte-rendu total annoncé.) Cet entretien a eu lieu on ne sait quand ; le compte-rendu a été publié en même temps que l’entretien de François dans La Nacion et le rejoint sur un point : les divorcés « remariés » pourraient être « parrains et marraines ». Et hop ! Le voilà qui justifie les propos du pape François ! C’est ainsi que les médias du monde entier, et français notamment, l’annoncent.
Seulement, la rédaction de l’article de Bremer publié dimanche dans le Frankfurter Allgemeiner, largement en style indirect, ne permet pas d’affirmer que le pape émérite lui a répété cela. Le journaliste se borne en effet à rappeler que cette proposition est exprimée dans la réécriture d’un article du cardinal Ratzinger sur le mariage et la communion aux divorcés « remariés » qui exprime très clairement une opposition à l’accès à la communion sacramentelle. Opposition dont Benoît XVI a bien dit, au cours de l’entretien, qu’il l’a exprimée de manière beaucoup plus « drastique» encore à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi.
Cela « n’a pas de sens » de dire qu’en récrivant ce texte le pape émérite voulait intervenir dans l’actuelle controverse, explique-t-il selon le journaliste. Il l’a réécrit « en août, plusieurs mois avant le début du synode ». La Vie croit savoir que le pape parle du mois d’août 2013. Cela ne me paraît pas évident. Car alors il aurait dit : l’an dernier, me semble-t-il. Et non seulement  « en août ».
Bref, ces interviews, cette « concordance » relèvent-elles aussi de la « manipulation » ? Il semble clair que le pape Benoît veuille éviter de passer  pour… le pape, aussi assure-t-il garder le silence autant qu’il le peut. Et on voit mal comment il pourrait adopter une autre attitude.
Mais que la « communication », peut-être même le marketing soient devenus une activité à temps plein au Vatican, ou bien dans certains secteurs des médias, cela paraît aujourd’hui hélas plausible : tout cela est trop « ficelle »…

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28 février, 2013

Merci, Très Saint-Père…

(© Olivier Figueras)



Merci pour votre clarté, votre bonté, votre foi sereine, vos discours, vos encycliques, votre amour de la beauté…

Merci d'avoir été une inspiration pour ce blog.




Ostension télévisée du Linceul de Turin le 30 mars : l'une des dernières décisions de Benoît XVI

L'ostension  de 1973
Par l'un des derniers actes de son pontificat, Benoît XVI a autorisé une ostension exceptionnelle du Saint Suaire le samedi 30 mars prochain, Samedi Saint et donc « le » jour du Linceul qui a contenu le Corps de notre Sauveur entre le moment de sa sépulture et sa Résurrection. Ce sera une « ostension technologique » puisque le linge sera déployé sur le lieu de sa conservation la cathédrale Saint-Jean de Turin et présenté à la télévision pendant une heure à la veille de Pâques. C'est la RAI Uno qui assurera la retransmission mais celle-ci sera probablement reprise par de nombreuses télévisions du monde entier et se fera également par internet.

Sans être une première, l'ostension télévisée prend une dimension exceptionnelle par le retentissement mondial de l'événement. Une seule ostension de ce type a eu lieu à ce jour, il y a quarante ans, le 23 novembre 1973, lorsque le Linceul avait été exposé verticalement dans le Salon des Suisses du Palais-Royal et que l'événement avait été filmé.

Il s'agit ici d'autre chose : c'est à l'occasion de l'année de la Foi que le pape a accepté de montrer ainsi la plus vénérable relique de la chrétienté au monde entier, appelant à la méditation sur la Mort du Christ et sa Résurrection dont le Linceul demeure l'émouvant témoin, maculé de son Sang rédempteur et portant l'empreinte de sa Sainte Face, de ses souffrances sans nom mais aussi de sa gloire.

Mgr Cesare Nosiglia, archevêque de Turin et custode papal du Saint Suaire, donnera plus de précisions sur cet événement vendredi 1er mars à 11 h lors d'une conférence de presse.

Cette page facebook devrait donner des informations supplémentaires au fur et à mesure de leur parution, les plus amples informations étant actuellement sur www.shroud.com.

C'est en quelque sorte un cadeau d'adieu du Saint-Père…

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14 février, 2013

Benoît XVI : résister à l'avortement, à l'euthanasie, au DPI

Lors de sa première (et avant-dernière) audience publique du mercredi après l’annonce de sa renonciation à sa charge, Benoît XVI a insisté sur le devoir de résister aux tentations du monde moderne, en les rapprochant des tentations du Christ dans le désert, et en rappelant que nous devons « reconnaître que nous dépendons de Dieu » :
« Aujourd’hui, on ne peut plus être chrétien simplement du fait de vivre dans une société qui a des racines chrétiennes : même celui qui naît dans une famille chrétienne et qui reçoit une éducation religieuse doit, chaque jour, renouveler le choix d’être chrétien, c’est-à-dire donner à Dieu la première place, face aux tentations qu’une culture sécularisée lui propose continuellement, face au jugement critique de nombreux contemporains. 
« Les épreuves auxquelles la société actuelle soumet le chrétien, sont en effet très nombreuses, et elles touchent la vie personnelle et la vie sociale. Il n’est pas facile d’être fidèle au mariage chrétien, de pratiquer la miséricorde dans la vie quotidienne, de laisser de la place à la prière et au silence intérieur ; il n’est pas facile de s’opposer publiquement à des choix qui pour beaucoup vont de soi, comme l’avortement en cas de grossesse non désirée, l’euthanasie en cas de maladie grave, ou la sélection des embryons pour empêcher des maladies héréditaires. La tentation de mettre de côté la foi elle-même est toujours présente et la conversion devient une réponse à Dieu qui doit être confirmée plus d’une fois au cours de la vie. »


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12 février, 2013

Benoît XVI renonce à sa charge

La gratitude et l'abandon

© O. F.

Benoît XVI s’en va. Il ne « démissionne » pas, il renonce à une charge qu’il ne se sent plus capable d’assumer pour le bien de cette Eglise dont il aura été le fidèle intendant pendant près de huit ans. Devenir pape, il ne l’avait pas désiré : ce fut, nous l’avions bien compris en ce beau jour du 19 avril 2005 où il nous fut donné comme pasteur, une crucifixion. Pour autant, on ne peut pas dire qu’il dépose sa croix. Ses brèves paroles, dites en latin – tout un symbole – évoquent discrètement les souffrances qui l’attendent. Benoît XVI regarde cette nouvelle croix qui se dessine déjà depuis quelques mois sur son visage plus fatigué, plus marqué que naguère, et y voit la manière d’accomplir sa nouvelle mission.

Dans l’humilité de la retraite. Dans la discrétion d’un couvent, à quelques pas seulement du palais où il aura régné.

Ne croyons pas qu’il s’agisse là d’une solution de facilité. La dimension humaine de l’œuvre de Benoît XVI est là, il la connaît, il verra ce qu’il en adviendra ; il aura, peut-être, le souci de la voir en partie détruite, ou au contraire, il verra le successeur vigoureux qu’il appelle de ses vœux achever mieux que lui ce qu’il laissera inachevé ; il sait qu’il assistera, apparemment impuissant, aux tribulations nées de ces « questions de grande importance pour la vie de la foi » qui agitent ce monde.

Impuissant ? Non. Il a pris sa décision en conscience. Sa décision était mûrement réfléchie : la possibilité s’en dessinait nettement depuis qu’il avait, le 28 avril 2009, déposé son pallium sur les restes d’un pape – le saint pape Célestin V lui aussi avait renoncé à sa charge. Benoît XVI qui redeviendra, simplement, cardinal, consacrera les années qui lui restent à la prière. L’intercession auprès de Celui qui est le véritable Chef de l’Eglise.

Il se trouve que Benoît XVI s’en était expliqué, samedi, en méditant quasiment sans notes la première lettre de saint Pierre avec les séminaristes de Rome. Le site benoit-et-moi propose la traduction intégrale de ses propos retranscrits, et qui sonnent comme un testament spirituel laissé à cette génération de jeunes prêtres si zélée, si soucieuse de suivre le Christ et de le communiquer aux hommes. Benoît XVI leur a montré comment Pierre s’efface devant le Christ tout en acceptant de mourir pour Lui ; comment il ne parle pas « comme un génie du XIXe siècle qui veut simplement exprimer des idées personnelles et originales que personne n’avaient dites avant, non (…), il parle dans la communion de l’Eglise ». Il inscrit tous ses actes dans la mission qui lui a été confiée. Tous.

Et d’expliquer que nous sommes héritiers non pour posséder la terre, mais pour « hériter du futur », ce futur qui est « vraiment à Dieu, c’est la grande certitude de notre vie, le grand et véritable optimisme que nous connaissons. L’Eglise est l’arbre de Dieu qui vit éternellement et porte en elle l’éternité et le véritable héritage de la vie éternelle ».

La renonciation de Benoît XVI peut apparaître comme un abandon. Et tous ceux qui ont expérimenté à travers lui la réalité de la paternité, la paternité spirituelle – et combien de convertis n’aura-t-il pas faits par son enseignement doux et ferme, sa sagesse des choses de Dieu et l’appel à la fécondité mutuelle de la raison et de la foi ? – vivent son annonce comme une perte. C’est un père qui s’en va. Mais l’abandon est ici d’une autre nature. C’est le Nunc dimittis de celui qui est arrivé en bout de course, qui veut arriver devant Dieu les mains vides ; le saint abandon de celui qui ne peut plus gouverner ce qui est devenu sous certains rapports ingouvernable, et qui remet humblement le bâton du commandement entre les mains de son maître. In manus tuas, Domine.

Parce que l’avenir est à Dieu.

En attendant, on peut se poser beaucoup de questions. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Et maintenant, quoi ?

Nul mieux que Benoît XVI ne sait, après tout, qu’un pontificat diminué, souffrant, presque silencieux, peut être grand et porteur de grâces : ce fut lui, le quasi-régent de Jean-Paul II. Il ne renie rien de tout cela, sans doute : pense-t-il ou sait-il qu’en l’état actuel, il n’y a personne qui puisse évidemment et sans être contesté assumer la tâche qu’il avait assumée auprès de son prédécesseur ?

On parle beaucoup des tâches que Benoît XVI laisse inachevées : mais dans l’état de l’Eglise, était-il possible qu’il en fût autrement ? Nous avons vu la fureur des loups qui l’assaillaient dans ses œuvres de restauration ; nous voyons les loups médiatiques ouvrir leurs journaux en rappelant le « scandale des prêtres pédophiles », nous les voyons annoncer un pape plus moderne, une Eglise plus en phase avec son temps, une tendance plus jeune à la fois du point de vue des exigences morales et de la (contre-)culture contemporaine.

Benoît XVI, devant les séminaristes de Rome, samedi, rappelait que, chrétiens, nous sommes « dispersés et étrangers », nous ne sommes pas de ce monde même si « nous sommes aussi des nations chrétiennes ».

Bien sûr, la brûlante question de la Fraternité Saint-Pie X n’a pas trouvé son règlement, et l’on sait que Benoît XVI y attache une attention particulière. Qu’en sera-t-il de son successeur ? Quel sera le devenir de ce motu proprio Summorum pontificum qui a redonné droit de cité à la liturgie traditionnelle dans l’Eglise, et qui la fait progresser lentement mais sûrement ?

Pourquoi le Saint-Père a-t-il choisi le consistoire pour la canonisation des martyrs d’Otrante, tués par les Turcs du sultan Mehmet II pour n’avoir pas renoncé à leur foi ? Ou bien Benoît XVI pensait-il à la Journée mondiale des malades que l’on fêtait sous le patronage de Notre-Dame de Lourdes ? Ou encore : espère-t-il, ne serait-ce qu’un peu, jouer un rôle discret pour promouvoir celui qu’il aimerait avoir pour successeur ?

Les vaticanistes cogitent mais la réponse n’est pas entre leurs mains.

Ce qu’il nous appartient aujourd’hui, c’est de dire notre gratitude. Notre immense merci à ce père, ce Saint-Père qui nous a beaucoup donné à l’heure où le « faux optimisme comme après le Concile », comme il l’a dit samedi, est clairement dénoncé. Nous le remercions de pouvoir dire, avec lui, « Non, tout ne va pas bien ». Nous le remercions pour ce qu’il a fait pour que les choses aillent mieux. Il a inlassablement voulu tout recentrer sur le Christ. Même par son renoncement.

Il nous faut maintenant prier pour son successeur.

Cet article a paru dans Présent daté du 13 février 2013.


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09 juillet, 2012

“Doctrine de la foi” : le nouveau préfet avait agi contre des groupes peu clairs sur l'avortement

Mgr Gerhard Müller à la droite de Benoît XVI
Dès qu'était connue la nomination de Mgr Gerhard Müller, l'évêque de Ratisbonne, à la tête de la congrégation pour la Doctrine de la foi, l'un des co-fondateurs de LifeSiteNews a signalé qu'en tant qu'évêque, il a vigoureusement agi pour empêcher que des fonds de l'Eglise soient versés à des groupements catholiques qui participaient indirectement à la procuration d'avortements en Allemagne.

John-Henry Westen rappelait dès le 2 juillet qu'une campagne lancée par des blogs catholiques allemands pour dénoncer la manière dont des groupes catholiques d'aide aux femmes en détresse, agissant selon les critères de la loi allemande, finissaient par devenir complices de leur décision d'avorter en leur fournissant la nécessaire attestation signée confirmant qu'elles avaient pris conseil auprès d'une association agréée qui leur ouvre la porte à l'avortement dépénalisé.

Dans son diocèse de Ratisbonne, Mgr Müller est donc intervenu d'autorité pour faire cesser l'attribution d'un budget annuel de 2 millions d'euros au Comité central des catholiques allemands qui faisait fonctionner cette « association Donum Vitae ». Avec une bonne foi toute relative, puisque le même Comité ne se gênait pas pour critiquer ouvertement la hiérarchie de l'Eglise, appelant de ses vœux la mise en place d'une structure démocratique qui donne l'autorité aux laïcs.

Mais là aussi Mgr Müller avait agi, allant jusqu'à supprimer le Conseil diocésain des laïcs ainsi que 33 autres organisations dissidentes, rappelle Westen.

L'an dernier, en mai, Mgr Müller ne s'était pas montré moins ferme en interdisant à l'ancien président du Comité central des catholiques allemands, Hans Maier (il occupa ce poste de 1976 à 1988) de présenter ses mémoires dans le diocèse de Ratisbonne à l'occasion de son 80e anniversaire, comme il le souhaitait. Le motif ? La manière dont Maier défend dans ce livre le système allemand qui permet l'avortement après consultation d'une association et son rôle dans la mise en place de « Donum vitae ». Cela a abouti à la mort d'un enfant à naître sur cinq, rappelait alors le porte-parole du diocèse.

C'est en 1999 – sous le pontificat de Jean-Paul II – que l'Eglise catholique allemande avait fini, à la demande du Pape, par mettre un terme à son action dans les associations de conseil aux femmes voulant avorter. Des groupes de laïcs avaient pris la relève, obtenant au passage des financements… Mgr Müller a clairement fait savoir que leur association n'est pas catholique;

Cette fermeté et cette autorité avaient provoqué en 2011 la reconnaissance du Forum des catholiques allemands qui l'avaient remercié de son action conforme à la doctrine de l'Eglise.

Choses intéressantes à savoir à l'heure où d'aucuns présentent Mgr Müller comme peu clair sur le dogme – on peut lire à leur sujet un article de Mgr Nicola Bux traduit sur le site benoit-et-moi.


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12 juin, 2012

L'enseignement improvisé de Benoît XVI sur le baptême à Saint-Jean de Latran ; traduction exclusive

Benoît XVI a parlé une demi-heure lundi à Saint-Jean-de-Latran du baptême, de la vie de Dieu et du refus de la culture du mal. Texte inédit pour l'heure, y compris me semble-t-il en italien. Je vous en propose ma traduction d'après le prononcé – avec les erreurs ou inexactitudes qui peuvent se produire au fil de ce type d'exercice, mais que j'espère minimes. C'est un discours saisi au vif, témoin de la profondeur de la foi et de la pensée de notre Pape, prononcé dans le contexte des attaques contre sa personne à travers l'« affaire » Vatileaks. Merci de renvoyer à ce blog, et à ces précisions, si vous citez le texte. – J.S.



Nous savons que les dernières paroles du Christ sur cette terre à ses disciples étaient : Allez, faites des disciples de toutes les nations et baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Faites des disciples et baptisez. Car il n’est pas suffisant pour être disciple de connaître la doctrine de Jésus, de connaître les valeurs chrétiennes, il est nécessaire d’être baptisé. C’est sur cela que nous allons réfléchir, pour comprendre la réalité et la profondeur du sacrement du baptême.

Une première porte s’ouvre – si nous lisons attentivement ces paroles du Seigneur : c’est son choix des paroles « Au nom du Père », je crois que cela est très important : le Seigneur dit « eis » et non « en » : nom pas « au nom de la Trinité » comme le nous disons pour un porte-parole qui parle au nom du préfet, ou d’un ambassadeur qui parle au nom du gouvernement. Non : il dit « eis », c’est une immersion dans le Nom de la Trinité, c’est être inséré dans le Nom de la Trinité, c’est une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être. Il s’agit d’être immergé dans la divinité trinitaire par le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Comme dans le mariage ce sont toujours deux personnes deviennent une chair, une nouvelle et unique réalité avec un nouveau nom unique.

Le Seigneur nous a donné à comprendre encore mieux cette réalité dans son dialogue avec les Sadducéens à propos de la Résurrection. Les Sadducéens ne connaissaient du canon de l’Ancien Testament que les cinq livres de Moïse qui n’évoquent pas la résurrection, et en raison de cela ils niaient la résurrection. Le Seigneur, précisément à propos de ces cinq livres, démontre la réalité de la résurrection ; il dit : Vous savez que Dieu s’appelle le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Donc Dieu prend ces trois hommes dans son propre nom et ils deviennent ainsi dans le nom de Dieu, pour faire comprendre que Dieu a uni ces trois hommes à son nom, qui sont devenus le nom de Dieu, un nom de Dieu, ils sont immergés en Dieu. Et ainsi nous voyons que celui qui est dans le nom de Dieu, qui est immergé en Dieu, est vivant. Dieu n’est pas un dieu des morts, mais le Dieu des vivants, dit le Seigneur, il est le Dieu de ces hommes et ces hommes sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire et dans la vie de Dieu.

C’est précisément cela qui se passe lorsque nous sommes baptisés : nous sommes intégrés au nom de Dieu comme si nous appartenions à ce nom et jusqu’à ce que ce nom devienne notre nom. Nous pourrions, avec notre témoignage, comme ces trois hommes dans l’Ancien Testament, être nous aussi témoignage, signe de qui est ce Dieu, dans le nom de ce Dieu. Etre baptisé veut dire être uni à Dieu dans une nouvelle existence ; nous appartenons à Dieu, nous sommes immergés en Dieu même.

En pensant à cela, nous devons voir que cela entraîne immédiatement un certain nombre de conséquences. La première, c’est que Dieu n’est plus pour nous quelqu’un de très lointain, ce n’est pas une réalité dont on discute pour savoir si elle existe ou non : nous sommes en Dieu et Dieu est en nous. La priorité, la centralité de Dieu dans notre vie est la première conséquence de notre baptême. A la question : « Qui est Dieu ? », la réponse est : « Il est et Il est avec nous, Il est au centre de notre vie, cette proximité est en Dieu Lui-même qui n’est pas une étoile lointaine mais qui est le milieu même de ma vie. » La première conséquence de cela est que nous devons tenir compte de cette présence de Dieu et vivre réellement en sa présence.
Une deuxième conséquence de ce que nous venons de dire est que nous ne décidons pas de devenir chrétiens. Devenir chrétien n’est pas ma décision, je ne me fais pas moi-même chrétien. Certes ma décision est nécessaire, mais c’est surtout une action que Dieu fait pour moi : je ne me fais pas chrétien, je suis assumé par Dieu, pris dans sa main, et ainsi en disant oui à Dieu je deviens chrétien ; devenir chrétien est une action de Dieu. En un sens je suis passif : je ne me fais pas chrétien, mais Dieu fait de moi un homme à Lui, Dieu me prend dans sa main et réalise ma vie dans une nouvelle dimension. Cette réalité de la dimension passive de l’être chrétien est comme le fait que je ne me fais pas vivre, la vie est donnée. Je suis né non parce que je me suis fait homme, je suis né parce que l’être m’a été donné. De même le fait d’être chrétien m’est donné, cela m’est donné à moi, passif, pour devenir actif dans ma vie. Et de cette dimension passive, du fait que l’on ne se fait pas soi-même chrétien, que l’on est fait chrétien par Dieu implique déjà un peu le mystère de la Croix. Ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même que je peux être chrétien.

Le troisième élément qui se révèle immédiatement dans ces paroles, c’est que naturellement, étant immergé en Dieu, je suis uni aux frères et aux sœurs car tous les autres sont en lui, je suis tiré de mon isolement, je suis immergé en Dieu, je suis immergé dans la communion avec les autres. Etre baptisé n’est jamais un acte solitaire qui ne concerne que moi ; mais c’est toujours et nécessairement être uni à tous les autres, une unité et une solidarité avec tout le Corps du Christ, avec toute la communauté de ses frères et sœurs. Le baptême m’établit dans la communauté, il rompt mon isolement. Cela devrait être présent dans notre manière d’être chrétien.

Revenons finalement aux paroles du Christ aux Sadducéens : « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » : s’ils sont de Dieu, ils ne sont par morts, ils sont vivants. Cela veut dire qu’avec le baptême, avec l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes nous aussi immergés dans la vie immortelle. Nous sommes vivants pour toujours. En d’autres mots, le baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence comme elle commence pour Abraham, Isaac et Jacob dès lors qu’ils sont dans le nom de Dieu ; ils sont vivants. De même nous, insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle, le baptême est le premier pas de la résurrection, de l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.

Nous avons vu ainsi dans un premier temps avec la formule baptismale de saint Matthieu, les ultimes paroles du Christ qui contiennent l’essentiel du baptême. Avec le rite baptismal nous allons mieux comprendre et plus précisément ce qu’est le baptême. Ce rite, de même que les rites de preque tous les sacrements, est composé de deux éléments : la matière, l’eau, et la parole. Cela est très important : le christianisme n’est pas une chose purement spirituelle, une chose qui ne suggère que des sentiments, une volonté, des idées, mais une réalité cosmique. Dieu est le créateur de toute la matière qui entre dans le christianisme, et c’est seulement dans ce grand ensemble de la matière et de l’esprit, ensemble, que nous sommes chrétiens. Il est donc très important de voir que la matière fait partie de notre foi, comme notre corps fait partie de notre foi; la foi n’est pas purement spirituelle mais Dieu en quelque sorte assume toute la réalité du cosmos et transforme le cosmos et l’attire à Lui.

Avec cet élément matériel, l’eau, on n’a pas seulement un élément fondamental du cosmos, une matière fondamentale créée par Dieu, mais même le symbolisme de toutes les religions, car dans toutes les religions, l’eau signifie quelque chose, c’est le chemin des religions, cette recherche de Dieu de diverses manières, même erronées mais toujours recherche de Dieu qui est assumée dans le sacrement. Les autres religions dans leur chemin vers Dieu sont présentes et assumées et ainsi se fait la synthèse du monde. Toute la recherche de Dieu qui s’exprime dans les symboles des religions renvoie au symbolisme de l’Ancien Testament avec son expérience de Dieu qui sauve, de la bonté de Dieu qui devient présent. Nous reviendrons sur ce point.
L’autre élément est la parole. Cette parole se présente en trois éléments : renoncements, promesses, invocation. Il est important de voir que ces paroles qui ne sont donc pas seulement des paroles mais un chemin de vie. Il s’y réalise une décision ; dans ces paroles est présent tout notre chemin baptismal : celui qui le précède, celui qui le suit. Donc avec ces paroles et avec ces symboles le baptême s’étend à notre vie. Cette réalité des renoncements, des promesses et de l’invocation dure toute notre vie, nous sommes toujours sur ce chemin baptismal, ce chemin catéchuménal tissé par ces paroles et qui les réalise. Le sacrement du baptême n’est pas seulement un acte d’un instant, mais une réalité de toute notre vie, un chemin de toute notre vie.

En réalité, la doctrine des deux voies, très fondamentale dans le christianisme des débuts, était celle d’une voie à laquelle on disait non, et d’une voie à laquelle on disait oui.
Commençons avec la première partie : les renoncements. Ils sont au nombre de trois ; je prends d’abord le deuxième. Renoncez-vous aux séductions du mal, pour ne pas vous laisser dominer par le péché ? Qu’est-ce donc que cette séduction du mal ?

Dans l’Église antique et encore à travers les siècles on prononçait les paroles : « Renoncez-vous aux pompes de Satan ? » Avez-vous déjà pensé à ce que cela signifie ? Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants où la cruauté devenait un divertissement, où le fait de tuer des hommes devenait un objet de spectacle, le spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ce spectacle sanglant, ce divertissement du mal est la pompe du diable avec son apparente beauté et la réalité de sa cruauté. Au-delà de cette signification immédiate des paroles « pompes du diable » on voulait parler d’un type de culture, d’une way of life, d’un mode de vie où compte non la vérité mais l’apparence, où l’on ne cherche pas la vérité, mais l’effet produit, la sensation. Sous prétexte de montrer la vérité on veut en réalité détruire des hommes, et seulement se créer soi-même en tant que vainqueur. Il s’agit de renoncer à ce type de culture qui est une anti-culture qui s’érige contre le Christ et contre Dieu. Renoncer à une culture qui dans l’évangile de saint Jean est appelée « ce monde ». A propos de ce monde, Jean et le Christ ne parlent pas de la création de l’homme par Dieu mais de la créature qui est dominante et s’impose comme s’il était le monde et du mode de vie qu’elle impose.

Je voudrais réfléchir avec vous sur cette pompe du diable, sur cette culture à laquelle nous devons dire non. Etre baptisé, s’est essentiellement s’émanciper, se libérer de cette culture. Aujourd’hui nous connaissons un type de culture où la vérité ne compte pas, même si en apparence on veut faire apparaître toute la vérité. Seuls comptent la sensation, l’esprit de calomnie et de destruction, c’est une culture qui ne recherche pas le bien, dont le moralisme est un masque pour semer la confusion et la destruction. A cette culture du mensonge qui se présente avec les habits de la vérité et de l’information, à cette culture recherche seulement le bien-être matériel et nie Dieu nous disons non.

Nous connaissons bien grâce aux Psaumes ce contraste entre la culture où l’on peut sembler intouchable par rapport à tous les maux du monde si l’on met Dieu par dessus tout, et une culture du mal, la domination du mal. Ainsi la décision du baptême, cette partie du chemin catéchuménal qui dure toute la vie est précisément ce non prononcé et réalisé de nouveau tous les jours de notre vie, avec les sacrifices que coûte le fait de s’opposer à la culture du mal qui en beaucoup de lieux, domine. Elle s’impose comme si elle était le monde : ce n’est pas vrai, ce n’est pas elle qui décide de ce qu’est la vérité.

Nous passons ainsi au premier renoncement : le renoncement au péché pour vivre dans la liberté d’enfants de Dieu. Aujourd’hui la liberté et la vie chrétienne et l’observance des commandements de Dieu sont présentées comme opposées, être chrétien est vu comme un esclavage, la liberté serait de s’émanciper de la vie chrétienne, s’émanciper en somme par rapport à Dieu. Le mot péché apparaît pour beaucoup quasi ridicule. Ils disent : comment pourrions nous offenser Dieu, Dieu est si grand, en quoi cela l’intéresse-t-il si je fais une petite erreur ? Nous ne pouvons pas offenser Dieu car il est trop grand pour être offensé par nous.

Cela semble vrai, mais ce n’est pas vrai. Dieu s’est fait vulnérable : le Christ crucifié nous dit que Dieu s’est fait vulnérable, vulnérable jusqu’à la mort, Dieu s’intéresse à nous parce qu’il nous aime. L’amour de Dieu est vulnérabilité, intérêt pour l’homme, l’amour de Dieu veut dire que notre première préoccupation doit être de ne pas blesser, de ne pas détruire son amour, ne rien faire contre son amour car ainsi nous agirions contre nous-mêmes et contre notre liberté. En réalité cette liberté apparente, cette émancipation vis-à-vis de Dieu devient immédiatement esclavage, celui de tant de dictatures que le Christ a dû voir depuis les hauteurs du Temple.

Pour finir, le renoncement à Satan. On dit que c’est un oui à Dieu et un non au pouvoir du Malin qui coordonne toute cette activité et qui veut se faire le dieu de ce monde comme le dit encore saint Jean. Mais il n’est pas Dieu ! il est seulement l’adversaire. Nous ne nous soumettons pas à son pouvoir, nous disons nous parce que nous disons oui, un oui fondamental à l’amour et à la vérité.

Dans l’Antiquité ces rites étaient accompagnés de trois immersions. Immersion dans l’eau comme symbole de la mort : réellement la mort d’un type de vie et la résurrection vers une autre vie ; nous y reviendrons.

Puis la confession en trois questions : croyez-vous au Père tout-puissant, créateur, au Christ et enfin au Saint-Esprit et à l’Eglise ? Cette formule, ces trois parties ont été développées à partir des paroles du Seigneur, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ces paroles sont concrétisées et approfondies pour dire ce que veut dire le Père, ce que veut dire le Fils, toute la foi au Christ, en Dieu fait homme, ce que veut dire croire au baptême, au Saint-Esprit, en toute l’action de Dieu dans l’histoire, en l’Eglise, en la communion des saints.

Ainsi la formule positive du baptême est aussi un dialogue, ce n’est pas seulement une formule. Surtout, la confession de la foi n’est pas seulement une affaire à comprendre, une chose intellectuelle, quelque chose à mémoriser, même si cela touche l’intelligence, et surtout notre vie ; voilà ce qu’il faut retenir, ce n’est pas quelque chose d’intellectuel, une pure formule, mais un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu par rapport à nous, et une réponse de notre part, un chemin. La vérité du Christ peut se comprendre seulement pour autant que l’on comprend son chemin ; ce n’est qu’en acceptant le Christ comme chemin, en étant dans le chemin du Christ que nous pouvons comprendre la vérité du Christ. La vérité qui n’est pas vécue ne s’ouvre pas ; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme un mode de vie, comme chemin s’ouvre comme vérité dans toute sa richesse et sa profondeur.

Donc cette formule est un chemin, c’est l’expression d’une conversion de notre part, d’une action de Dieu, et nous voulons réellement qu’elle soit présente dans toute notre vie, afin que nous soyons en communion en ce chemin avec Dieu, avec le Christ et être ainsi en communion avec la vérité. En vivant la vérité, la vérité devient vie et en vivant cette vie nous trouvons la vérité.

Passons maintenant à l’élément matériel, l’eau. Il est très important de voir deux significations de l’eau. D’une part l’eau fait penser à la mer, surtout à la Mer Rouge, à cette mort dans la Mer Rouge. La mer représente ici la force de la mort, la nécessité de mourir pour arriver à la nouvelle vie. Ce symbolisme est très important : le baptême n’est pas seulement une cérémonie, un rituel que l’on fait depuis longtemps, ce n’est pas seulement un lavage, quelque chose de cosmétique. Bien plus qu’un lavage, il est mort et vie. Il est la mort d’une certaine existence, et renaissance, résurrection à une nouvelle vie. Voilà la profondeur de l’être chrétien, ce n’est pas seulement quelque chose qui s’ajoute mais une nouvelle naissance.
Après avoir traversé la Mer Rouge nous sommes neufs. Ainsi la mer, selon toute l’expérience de l’Ancien Testament est devenue pour les chrétiens symbole de la Croix. C’est seulement par la mort, une renonciation radicale que l’on meurt à un certain type de vie et alors la renaissance peut se réaliser pour être réellement vie nouvelle.

Cela est une partie du symbolisme de l’eau, symbolisé surtout dans l’immersion de l’Antiquité : la mer, la Mer Rouge, la Croix. Ce n’est que par la Croix que l’on arrive à la nouvelle vie, et cela se réalise chaque jour. Sans cette mort toujours renouvelée, nous ne pouvons parvenir à la vraie vitalité de la nouvelle vie du Christ.

Mais l’autre symbole est celui de la source. L’eau est l’origine de toute vie. Outre le symbolisme de la mort et le symbolisme de la nouvelle vie, toute vie provient de l’eau, de l’eau qui vient du Christ comme la vraie vie nouvelle qui nous accompagne dans l’éternité.
A la fin reste une question à laquelle je ne consacrerai qu’une toute petite parole, celle du baptême des petits enfants. Il est juste de le faire, sans qu’il soit nécessaire de faire d’abord un chemin catéchumal pour arriver à un baptême réellement réalisé. L’autre question qui se pose toujours est celle-ci : pouvons-nous imposer à un enfant une chose religieuse qu’il voudra vivre ou non, nous devrions lui laisser le choix. Cette question montre qu’au bout du compte nous ne voyons plus finalement dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la vraie vie ; nous voyons un choix après l’autre, et même un poids qu’il ne faudrait pas imposer sans que le sujet en sache le sens.

La réalité est autre. La vie elle-même nous a été donnée sans que nous puissions choisir – « si je veux vivre ou non ». Personne ne peut faire qu’il est né ou non. La vie est nécessairement donnée sans consentement préalable. Elle est donnée ainsi et nous ne pouvons pas décider d’abord – « si je veux vivre ou non ». En réalité la question est de savoir s’il est juste de donner la vie en ce monde sans avoir obtenu le consentement de celui qui vivre ou non. Si je peux réellement anticiper sur la vie, la donner sans que celui à qui on la donne ait eu la possibilité de se décider, je dirais que cela est possible et juste seulement pour autant qu’avec la vie l’on peut donner la garantie que la vie – avec tous les problèmes du monde – est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il existe une garantie que cette vie est bonne, qu’elle est protégée par Dieu, qu’elle est un vrai don, seule l’anticipation de son sens justifie cette anticipation de la vie.

Et alors le baptême, comme garantie du bien de Dieu, comme anticipation du sens du oui de Dieu qui protège cette vie, justifie cette anticipation par rapport à la vie. Donc le baptême des petits enfants n’est pas contre la liberté, il est même nécessaire de le donner pour justifier le don hautement discutable de la vie. Seule la vie entre les mains de Dieu, entre les mains du Christ, immergée dans le nom de la Trinité est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules.

Ainsi rendons grâce à Dieu qui nous a donné ce don, qui s’est donné Lui-même. Notre vie, c’est de vivre de ce don, vivre réellement dans un chemin d’après-baptême, renoncer à soi-même et vivre dans le grand oui de Dieu, et ainsi, bien vivre.


Benoît XVI


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© leblogdejeannesmits pour la transcription et la traduction française non officielles.

08 mai, 2012

Magdi Cristiano Allam : c'est la faute de l'Eglise si l'Italie embrasse l'islam !

C'est sous ce titre-choc que l'ancien musulman baptisé par Benoît XVI à Saint-Pierre de Rome en la veillée pascale, le 22 mars 2008, vient de signer un article non moins direct dans Il Giornale. Journaliste, député européen du groupe Protagonisti per l'Europa Cristiana, fondateur et élu de Io amo Italia (« J'aime l'Italie). Le site de ce parti publie le texte de son « papier » en italien et anglais. Je vous propose ici ma traduction de cette réflexion importante et sans faux-semblants.


Lu en France, ce texte prend une dimension encore plus importante. Le Pew Research Center évalue le nombre de musulmans en France à 4,7 millions. L'INED recense en 2010, au terme d'une enquête, 2,1 millions de personnes se déclarant « musulmanes » ; pour le ministère de l'Intérieur, les personnes en France originaires de pays musulmans sont entre 5,5 et 6 millions dont un tiers de « pratiquants », soit au total entre 7,7 et 9,3 % de la population. Le FN estime le nombre à 8 millions, Claude Guéant, lui, retient entre 5 et 10 millions.


Saviez-vous que le nombre de musulmans ayant la nationalité italienne est d'environ 70.000 ? Saviez-vous que l'Italie compte au total environ 1.583.000 musulmans, soit 2,7 % de la population ? Saviez-vous que l'islam est désormais la deuxième religion d'Italie tout de suite après le christianisme ? Saviez-vous qu'en Italie, il naît en moyenne un lieu de culte islamique tous les quatre jours ? Saviez-vous qu'aujourd'hui il y a des terroristes islamiques actifs, disposant de la citoyenneté italienne, qui sont engagés dans la Jihad, ou la guerre sainte, contre les juifs, les chrétiens, les infidèles et les apostats ? 
Eh bien, si vous ne savez pas tout cela, c'est assurément une grave lacune. Mais il est encore plus grave de prendre acte du fait que cela se produit avec la complicité explicite de l'Eglise, que celle-ci s'exprime à travers les prises de position et les initiatives officielles du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, ou par le comportement et les affirmations du clergé, de certains cardinaux à une bande de curés islamiquement corrects.
Cette réflexion s'impose à nous à travers les récentes déclarations d'Ezzedine Elzir, président de l'UCOII (Union des communautés et associations islamiques en Italie) à Klaus Davi (ici) où il déclare qu'en Italie « 70.000 personnes sont retournées à l'islam ». 
Pourquoi « retournées » et non « converties » ? Elzir s'explique : « Nous préférons utiliser le terme “retourner” parce qu'il s'agit d'une redécouverte de la vraie foi. » Ce disant il veut signifier que pour les musulmans, l'islam n'est pas une « religion différente » du judaïsme et du christianisme, auxquels on adhère par la conversion personnelle comme pour n'importe quelle autre religion, mais une religion « supérieure » par rapport au judaïsme et au christianisme : la seule vraie religion, l'accomplissement de la révélation et le sceau de la prophétie, dans un contexte où l'on croit que toute personne naît musulmane même si elle professe une autre religion, que chacune a l'islam en soi  même sans en avoir la conscience ; ainsi l'adhésion à l'islam est un « retour » par la redécouverte de « la vraie foi ». 
« Chaque jour des non-musulmans qui veulent connaître l'islam viennent dans nos mosquées, plusieurs d'entre eux l'embrassent », ajoute Elzir, car « lorsque survient une crise des valeurs et une crise économique, on cherche à découvrir ses racines, sa spiritualité » qui sans équivoque possible coïncident avec l'islam. 
Comment est-il possible qu'en Italie, berceau du catholicisme, terre chrétienne qui accueille en son sein l'église des Papes, vicaires du Christ, on en soit arrivé au point de faire coïncider la « spiritualité » avec l'islam ? Eh bien, la réponse s'appelle « relativisme religieux ». Benoît XVI lui-même a plusieurs fois identifié au sein de la « dictature du relativisme » le mal profond qu'il faut combattre parce qu'il nous impose, en mettant la raison en sourdine, de considérer que toutes les religions, les cultures et les valeurs sont égales, indépendamment de leur contenu. 
Le témoignage éloquent de ce relativisme religieux réside dans la litanie des « trois grandes religions monothéistes révélées, abrahamiques, du Livre » qui prieraient le même dieu. C'est ainsi que le relativisme se manifeste dans le comportement du clergé qui s'imagine que pour aimer les musulmans en tant que personnes, il faut inconditionnellement épouser leur religion, légitimant l'islam au mépris du fait qu'il est incompatible avec les valeurs non négociables du caractère sacré de la vie, de l'égale dignité de l'homme et de la femme, de la liberté du choix religieux. 
Réveillons-nous ! L'islam est déjà dans notre maison ! Ce sont les Italiens eux-mêmes qui font la promotion de la conquête islamique, y compris des cardinaux et des curés qui se dévouent pour faire croître le nombre des mosquées ! Libérons-nous de le dictature du relativisme ! Arrêtons l'invasion islamique ! Assez de mosquées ! Redécouvrons notre âme, redécouvrons l'usage de la raison et recommençons à nous aimer avant de perdre complètement la possibilité d'être nous-mêmes dans notre propre maison ! 
Magdi Cristiano Allam



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• Merci de citer leblogdejeannesmits pour cette traduction.

05 mai, 2012

Benoît XVI ému par un couple qui héroïquement, choisit la vie

Chiara, 28 ans, va mourir bientôt. Elle le sait : à moins d'un miracle, elle est condamnée à brève échéance par un cancer qui « explosé » après la naissance de son troisième enfant, Francesco. En accord avec son mari, Enrico, 33 ans, elle avait refusé pendant sa grossesse tout traitement lourd susceptible de faire du mal à l'enfant qu'elle portait. Pour le catholique, ce n'est pas un choix moralement impératif : soigner une maladie grave, même au risque de porter involontairement atteinte à la santé ou à la vie d'un enfant à naître, n'est pas un mal. Mais Chiara a choisi, avec joie, le don d'elle-même absolu et héroïque.

Cette joie, elle était paraît-il visible, elle éclatait sur les visages de Chiara et d'Enrico qui ont eu le bonheur, mercredi dernier, de s'approcher du Pape à l'issue de l'audience générale, et de lui raconter leur histoire. Benoît XVI, visiblement ému, les a touchés avec tendresse. Ils sont l'image vivante de l'Evangile de la vie.

Il n'y pas de photo publique de cette rencontre. Question de respect.

L'histoire de Chiara et d'Enrico a déjà été marquée par leur fidélité sans failles au respect de la vie, de toute vie humaine innocente. Avant Francesco, deux enfants sont nés, si gravement handicapés qu'ils sont morts peu après la naissance. Le couple savait dès avant leur naissance que Marie souffrait d'anencéphalie – elle a rendu l'âme 30 minutes après sa naissance – et que David, sans jambes et portant de graves atteintes aux organes internes, ne vivrait pas non plus longtemps. De fait, il est mort quelques heures après sa naissance.

Dans les deux cas, et malgré l'incitation à avorter – la solution qui aurait pu paraître si « raisonnable » face à des situations aussi dépourvues d'espoir – Chiara et Enrico n'ont pas imaginé une seconde mettre un terme à la vie de leurs enfants à naître. Membres d'une paroisse franciscaine, profondément marqués par le pontificat de Jean-Paul II, ils ont choisi de renouveler chaque jour leur consécration à Marie, imprégnés de sa devise, Totus Tuus. Et c'est en pensant à lui, à la manière dont il a vécu sa vie, qu'ils ont pris leur décision par rapport au traitement du cancer de Chiara. Se confiant totalement à la Providence…

Chiara-ci, tout sourire, a expliqué à L'Osservatore Romano comment elle voit l'avenir. Se tournant vers son mari, elle a dit : « Quand je ne serai plus là, je m'occuperai de Marie et de David, prends bien soin de Francesco. »

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09 mars, 2012

Benoît XVI redit le sens du mariage et de la chasteté

Une fois n'est pas coutume, je reproduis ci-dessous une information déjà parue sur l'internet francophone : des extraits du discours de Benoît XVI aujourd'hui à un groupe de prélats de la Conférence épiscopale des Etats-Unis qu'il a invités à défendre toujours plus et mieux l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et la chasteté. Ce texte d'une force voulue ne pouvait être absent de ce blog. J'y ai apporté quelques nécessaires rectifications de traduction.

Cité du Vatican, 9 mars (VIS). Benoît XVI a reçu ce matin un groupe de prélats de la Conférence épiscopale des Etats-Unis d'Amérique, concluant leur visite Ad Limina, auxquels il a parlé de la crise du mariage et de la famille, « et plus généralement de la vision chrétienne de la sexualité humaine ». 
« Il est de plus en plus évident que le mépris de l'indissolubilité de l'alliance matrimoniale et le refus diffus d'une éthique sexuelle fondée sur la chasteté ont créé de graves problèmes sociaux, ainsi qu'immense coût humain et économique... On doit citer à ce propos les puissants courants socio-politiques qui poussent à modifier la définition légale du mariage. Les efforts de l'Eglise pour résister à cette pression comprennent une défense raisonnée du mariage comme institution naturelle consistant en la communion de personnes enracinée dans la complémentarité des sexes et orientée à la procréation.  La différence des sexes ne peut être considérée comme secondaire dans la définition du mariage, et la défense de cette institution de dimension sociale relève en dernière instance de la justice. Il s'agit de sauvegarder le bien de la communauté toute entière, les droits des parents comme des enfants. » 
Rappelant que les évêques lui ont fait part de leur difficulté croissante à communiquer l'enseignement de l'Eglise sur le mariage comme sur la famille, le Saint-Père déplore la diminution du nombre de jeunes qui recourent à ce sacrement. 
« Nous devons reconnaître la déficience de la catéchèse de ces dernières décades, qui n'est pas toujours parvenue à communiquer le riche patrimoine de la doctrine catholique en matière de mariage, institution naturelle élevée par le Christ au rang de sacrement, ni la vocation des époux chrétiens au sein de l'Eglise comme de la société, ni ce qu'est la chasteté conjugale ».
« La préparation au mariage doit être revue pour insister sur l'aspect catéchétique dans l'exposé des responsabilités, sociales et ecclésiales, du mariage chrétiens. On ne saurait oublier le grave problème pastoral que représente la pratique diffuse de la cohabitation, comme si on oubliait qu'il s'agit d'un péché grave, sans parler de ses effets négatifs sur la stabilité sociale. » 
Puis Benoît XVI a encouragé ses hôtes a fixer des normes pastorales et liturgiques claires « pour une digne célébration du mariage, qui doit manifester objectivement la morale chrétienne tout en étant sensibles aux préoccupations des jeunes couples... Ce grand effort pastoral a besoin que la communauté chrétienne retrouve et apprécie la vertu de la chasteté... Il ne s'agit pas simplement de présenter des arguments hors de tout référence à une vision globale, cohérente et stimulante de la sexualité. La richesse de cette vision est plus solide et plus attractive que les idéologies permissives qui constituent chez les jeunes la force la plus destructrice de la catéchèse... Comme le dit le catéchisme, la chasteté, qui implique d'apprendre à se dominer, est une pédagogie de la liberté. Dans une société qui comprend de plus en plus mal, voir à ridiculiser, la dimension et l'essence de la doctrine chrétienne, les jeunes ont besoin d'être certains qu'on ne perd rien à faire rentrer le Christ dans sa vie. Absolument rien de ce qui rend l'existence grande, belle et libre ». 
Puis il a évoqué le bien des enfants, « qui ont le droit à grandir dans une saine compréhension de la sexualité et de sa juste place dans les relations inter-personnelles. Les enfants étant l'avenir de la société, nous avons envers eux un devoir d'enseignement, de défense et de promotion des vertus morales qui sont la clef de la réalisation de la personne. J'espère donc que, malgré le malaise causé par des événements des dernières années, l'Eglise des Etats-Unis poursuive sa mission historique d'enseignement. En éduquant la jeunesse elle consolide la saine vie familiale, garantie de la solidarité entre les générations et de la santé de tout le corps social. »
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29 février, 2012

Note sur une “traduction exclusive”

Samedi soir, j'ai mis en ligne ma traduction du discours de Benoît XVI à l'Académie Pontificale pour la Vie dont l'assemblée générale s'accompagnait d'une journée de conférences sur la stérilité et la fécondation in vitro. La traduction était originale mais elle a été suivie d'autres : très vite après la mienne, l'excellent site benoit-et-moi mettait en ligne sa traduction et lundi, c'était au tour de Zenit de proposer sa traduction, par Anne Kurian.

Avant de commencer le travail de traduction, j'avais pris la précaution d'aller voir ces deux sites-là, et dans cet ordre-là, pour éviter de faire double emploi (ou plutôt : de me fatiguer inutilement). Dans cet ordre, parce que benoit-et-moi.fr est en règle générale le premier site francophone à fournir des textes du Saint-Père qui n'ont pas été traduits en français sur les sites officiels du Vatican.

L'occasion pour moi de saluer le travail de ma consœur bloggueuse – et de son amie « Carlota », qui participe à ce travail – qui est souvent la seule sur la Toile francophone à répercuter des textes de notre Pape.

A ce propos c'est benoit-et-moi qui a traduit les remarquables propos de Benoît XVI aux prêtres de Rome : c'est ici, et cela vaut la peine !


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25 février, 2012

Exclusif : traduction française du discours de Benoît XVI à l'Académie pontificale pour la vie, 25 février 2012

Le Pape rappelle que la procréation artificielle n'est pas digne de l'homme.


Benoît XVI s'adressait tout à l'heure aux participants à l'assemblée annuelle de l'Académie pontificale pour la vie, dont le thème était : Diagnostic et thérapie de l'infertilité. Je vous propose ici en avant-première ma traduction de ce texte autant philosophique et spirituel que moral, et qui tombe à pic en France alors que l'on célèbre médiatiquement, avec une unanimité que rien ne vient troubler dans la presse « convenable », les 30 ans de la naissance du premier « bébé-éprouvette » français, Amandine, « obtention » du Pr René Frydman. Invité partout, celui-ci raconte son émerveillement devant la naissance de cet être humain « fabriqué » par lui dans un tube en verre – non sans lâcher que deux grossesses démarrées par lui de la même manière « n'avaient pu être menées à terme » (mais pourquoi ?, comment ?).

Benoît XVI rappelle rapidement le principe qu'il avait clairement exposé – en tant que cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – dans Donum vitae : c'est l'acte conjugal qui est le « lieu » de la fécondation et de la procréation. Et il s'attarde surtout de manière plus générale et plus profonde sur la responsabilité des scientifiques qui se doivent de respecter le Vrai et le Bien en acceptant le « dialogue avec la foi ».

Voici l'essentiel de ce texte.
Le thème choisi par vous cette année, « diagnostic et thérapie de l’infertilité », outre qu’il a une grande importance humaine et sociale, possède une particulière valeur scientifique et exprime la possibilité concrète d’un dialogue fécond entre la dimension éthique et la recherche biomédicale. Face au problème de l’infertilité des couples, vous avez en effet choisi de rappeler et de prendre en compte avec attention la dimension morale, cherchant les voies d’une évaluation diagnostique correcte et d’une thérapie qui puisse corriger la cause de l’infertilité. Cette approche est motivée par le désir non seulement de donner un enfant au couple, mais de rendre aux époux leur fertilité et toute la dignité d’être responsables de leurs propres choix procréatifs, pour être collaborateurs de Dieu par la génération d’un nouvel être humain. La recherche d’un diagnostic et d’une thérapie représente l’approche scientifiquement la plus correcte des problèmes de l’infertilité, et aussi celle qui est la plus respectueuse de l’humanité intégrale des sujets concernés. En effet, l’union de l’homme et de la femme cette communauté de vie et d’amour qu’est le mariage constitue le seul « lieu » digne pour appeler à l’existence un nouvel être humain, qui est toujours un don. 
 C’est mon souhait, par conséquent, d’encourager l’honnêteté intellectuelle de votre travail, expression d’une science qui maintient en éveil son esprit de recherche de la vérité, au service du bien authentique de l’homme, et qui évite le risque d’être une pratique simplement utilitariste. La dignité humaine et chrétienne de la procréation, en effet, ne consiste pas en un « produit » mais en son lien avec l’acte conjugal, expression de l’amour des conjoints, de leur union non seulement biologique mais aussi spirituelle. 
 L’instruction Donum vitae nous rappelle, à ce propos, que « par sa structure intime, l’acte conjugal, unissant les époux par un  lien très profond, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon les lois inscrites dans l’être même de l’homme et de la femme » (n°126). Les désirs légitimes de procréer du couple qui se trouve dans une situation d’infertilité doivent donc trouver, avec l’aide de la science, une réponse qui respecte pleinement leur dignité de personnes et d’époux. L’humilité et la précision avec laquelle vous approfondissez cette problématique, considérée par certains de vos collègues comme désuète par rapport à la fascination de la technologie de la fécondation artificielle, méritent encouragements et soutien. A l’occasion du dixième anniversaire de l’encyclique Fides et Ratio, je rappelais comment « le gain facile ou, pire encore, l’arrogance de vouloir se substituer au Créateur jouent, parfois, un rôle déterminant. C’est là une forme d’hybris de la raison, qui peut revêtir des caractéristiques dangereuses pour l’humanité elle-même » (Discours aux participants du congrès international de l’université pontificale du Latran, 18 octobre 2008). En effet, le scientisme et la logique du profit semblent aujourd’hui dominer le champ de l’infertilité et de la procréation humaine, ce conduisant même à limiter bien d’autres aires de recherche. 
 L’Eglise prête une grande attention aux souffrances des couples infertiles, elle s’en préoccupe et, précisément à cause de cela, encourage la recherche médicale. La science n’est pas à l’heure actuelle en mesure de répondre aux désirs de tant de couples… J’aimerais donc rappeler aux époux qui vivent une situation d’infertilité, que ce n’est pas pour autant que leur vocation matrimoniale est frustrée. Les époux, par leur vocation baptismale et matrimoniale, sont toujours appelés à coopérer avec Dieu dans la création d’une humanité nouvelle. La vocation à l’amour est en effet une vocation au don de soi et c’est là une possibilité qu’aucune condition organique ne peut empêcher. Là, donc, où la science ne trouve pas de réponse, la réponse qui donne la lumière vient du Christ. 
 Je voudrais vous encourager tous, vous qui vous êtes réunis pour ces journées d’étude et qui parfois travaillez dans un contexte médico-scientifique où la dimension de la vérité est occultée : continuez sur ce chemin où vous vous êtes engagés, d’une science intellectuellement honnête et habitée par la recherche continuelle du bien de l’homme. Dans votre parcours intellectuel, ne laissez pas de côté le dialogue avec la foi. Je vous répète cet appel expresse et pressant de l’encyclique Deus caritas est : « Pour pouvoir agir de manière droite, la raison doit constamment être purifiée, car son aveuglement éthique, découlant de la tentation de l’intérêt et du pouvoir qui l’éblouissent, est un danger qu’on ne peut jamais totalement éliminer. (…) La foi permet à la raison de mieux accomplir sa tâche et de mieux voir ce qui lui est propre » (n° 28). D’ailleurs la matrice culturelle elle-même créée par le christianisme – qui s’enracine dans l’affirmation de l’existence de la Vérité et de l’intelligibilité du réel à la lumière de la Vérité Suprême – a rendu possible dans l’Europe du Moyen-Age le développement du savoir scientifique moderne, un savoir qui dans les cultures précédentes n’existait qu’en germe. 
 Eminents scientifiques, vous tous membres de l’Académie soucieux de promouvoir la vie et la dignité de la personne humaine, ayez toujours présent à l’esprit le rôle que vous jouez dans la société et l’influence que vous avez sur la formation de l’opinion publique. Mon prédécesseur, le bienheureux Jean-Paul II rappelait que les scientifiques, « précisément parce qu’ils savent davantage, sont appelés à servir davantage » (Discours à l’Académie pontificale des sciences, 11 novembre 2002). Les gens ont confiance en vous, pensant que vous servez la vérité, ils ont confiance en votre engagement de soutenir celui qui a besoin de réconfort et d’espérance. Ne cédez plus à la tentation de vous occuper du bien de la personne en le réduisant à un simple problème technique ! L’indifférence de la conscience par rapport au vrai et au bien constitue une dangereuse menace pour un authentique progrès scientifique. 
 J’aimerais conclure en renouvelant le souhait formulé par le Concile Vatican II en s’adressant aux penseurs et aux scientifiques : « Heureux sont ceux qui, possédant la vérité, continuent de chercher, pour la renouveler, pour l’approfondir, pour la donner aux autres » (Message aux hommes de la pensée et de la science, 8 décembre 1965).
Benoît XVI, 25 février 2012

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© leblogdejeannesmits pour la traduction.

20 janvier, 2012

Les excès des conférences épiscopales : une interview de Mgr Nicola Bux

Mgr Nicola Bux a fait un parallèle entre le refus des Eglises orthodoxes d'accepter l'existence d'un principe visible d'unité  résidant en l'évêque de Rome et la tentation d'« autocéphalie » au sein de l'Eglise catholique par le truchement des Conférences épiscopales. Il s'exprimait dans une interview publiée mercredi par La Bussola quotidiana (dont Frédéric Mounier, de La Croix, a donné quelques extraits un peu atténués par sa traduction, ici). Mgr Bux, théologien consulteur à la Congrégation pour la doctrine de la Foi, répondait négativement à la question de savoir si le rapprochement avec les orthodoxes semble plus proche que celui avec les églises protestantes. « Les orthodoxes savent que le grand problème est celui-ci : la structure ecclésiologique qu'ils ont affirmée au long des siècles est arrivée à un tel point qu'ils ne sont pas capables d'en sortir ».

Et Mgr Bux poursuit :
« L'autocéphalie est une sorte de virus qui devient un principe de destruction de l'Eglie, et par malheur il s'est attaqué aussi à l'Eglise catholique. Il suffit de penser à l'éléphantiasis des conférences épiscopales (nationales, régionales, territoriales) qui veulent pratiquement dicter des lois, y compris au Siège apostolique de Rome. Le risque est grave : la réalité – elle n'est pas d'aujourd'hui – est qu'il existe une tentative de la part de certaines conférences épiscopales de se constituer en alter ego du Saint-Siège, oubliant que les conférences épiscopales ne sont pas d'institution divine. Ce sont des organismes ecclésiaux qui ont, de ce fait, toutes les limites des organismes humains. Même l'autorité d'un seul évêque ne peut être supplantée par une conférence épiscopale. Mais aujourd'hui c'est ce à quoi on assiste, à la sape lente et directe de l'autorité de l'évêque individuel de la part des conférences épiscopales. Celles-ci, entre autres choses, n'ont pas de prérogatives doctrinales, mais malgré cela, nous voyons très fréquemment des prises de position quasi contestataires par rapport à l'autorité de l'évêque de Rome, sans laquelle l'autorité des organismes collégiaux ne subsiste pas non plus. Comme l'enseigne le Concile Vatican II, le collège des évêques n'existe jamais sans sa tête. Si nous n'essayons pas de soigner rapidement ce virus, nous courons le risque de nous trouver, nous aussi, dans des situations analogues – et je dirai à chaque fois plus difficiles – à celles de ceux qu'on appelle les frères séparés. »
Voir aussi la conférence de Mgr Vasa sur les conférences épiscopales, leur rôle et leurs limites, dont j'ai publié la traduction ici en octobre 2010. J'observais que c'est notamment sur les questions du respect de la vie et de la loi morale que les Conférences épiscopales tendent à jouer solo (on a vu ainsi le site officiel de la Conférence des évêques néerlandais balayer l'appel de Benoît XVI à organiser des veillées pour a vie dans le monde entier par une réponse méprisante du genre : « Ce sont des méthodes qui valent pour l'Italie. »

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14 janvier, 2012

Désinformation autour de Benoît XVI et du « mariage » gay ? Je ne crois pas, non…

L'histoire commence lors des vœux de Benoît XVI au corps diplomatique ; il annonce que « les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l'avenir même de l'humanité ». Comme il venait d'affirmer qu'il évoquait la famille « fondée sur le mariage d'un homme avec une femme », la presse internationale a affirmé qu'il condamnait le mariage homosexuel, voire qu'il le condamnait de manière virulente, partant d'une dépêche de Reuters.

C'est le Guardian de Londres qui le premier a dénoncé une « mystification », assurant que Benoît XVI n'avait jamais prononcé les mots « mariage homosexuel ».

L'Osservatore Romano a repris l'article dans sa version anglaise. On y lit que Benoît XVI a bien parlé du « mariage entre un homme et une femme » et qu'il affirme que « les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l'avenir même de l'humanité ». Cela ne revient pas à dire, assure l'article signé Andrew Brown, que le mariage gay est la plus importante d'entre elles, et il souligne que le pape dénonce aussi l'avortement dans ce contexte : « Plus généralement, en regardant surtout le monde occidental, je suis convaincu que s’opposent à l’éducation des jeunes et par conséquent à l’avenir de l’humanité, les mesures législatives qui non seulement permettent, mais parfois même favorisent l’avortement… », dit-il.

Radio Vaticana en langue française a repris la même idée, parlant d'une « imposture » qui a fait « le tour de la planète ».

Benoît-et-moi reprend la thèse de la « mystification », ce que je m'apprête à contester, mais non sans souligner combien justes sont ses propos sur les accusations d'« homophobie » à l'égard du Pape sont ineptes.

J'observe cependant que dans les propos du Pape il est deux fois question de l'avenir de l'humanité menacé : une fois il s'agit des lois d'avortement et des mesures favorisant celui-ci, en ce qu'elles « s'opposent à l'éducation des jeunes », et l'autre, chronologiquement la première, vise « les politiques qui portent atteinte à la famille ».

Le pape parlait de la famille comme « lieu d'éducation », l'éducation des jeunes étant présenté comme un « thème crucial » qui engage « l'avenir de la société ».

Puis il disait : « Outre un objectif clair, comme est celui de conduire les jeunes à une connaissance pleine de la réalité et donc de la vérité, l’éducation a besoin de lieux. Parmi ceux-ci figure en premier la famille, fondée sur le mariage d’un homme avec une femme. Il ne s’agit pas d’une simple convention sociale, mais bien de la cellule fondamentale de toute société. Par conséquent, les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité. »

Qu'est-ce qui menace donc l'avenir de l'humanité ? On peut penser au divorce, éventuellement à la polygamie, au refus de la vie, aux politiques fiscales défavorables à la famille, pourquoi pas aux problèmes de logement rencontrés par les familles et à la politique de l'enfant unique… (Un peu plus loin le Pape précisera que la famille à laquelle il pense est le lieu de « l'ouverture à la vie ».) Aucun de ces fléaux n'est pourtant mentionné expressément.

En revanche la définition du mariage comme étant entre un homme et une femme est tout aussi explicite qu'elle devrait, en bonne logique, être superflue, car il ne peut y avoir de mariage réel qu'entre un homme et une femme. Prétendre qu'il puisse en être autrement relève d'une construction intellectuelle si récente que bien des législations ne prennent pas la peine de définir le mariage comme n'existant qu'entre un homme et une femme, tellement cela va de soi.

Donc, Benoît XVI dirige les regards, à quelques bouts de phrase de sa mise en garde sur l'avenir de l'humanité, vers le mariage entre un homme et une femme, par opposition au mariage différent dont tout le monde sait qu'il fait l'objet d'un lobbying acharné et déjà réussi en maints endroits.

Il n'a pas prononcé les mots « mariage gay » ou « mariage homosexuel » ? Certes. Mais vu la logique du texte, il est difficile de prétendre que Benoît XVI ne le visait pas, il le visait au moins autant, et même davantage si l'on analyse simplement la suite des mots, que d'autres formes de politique qui en effet, « portent atteinte à la famille », en tant que lieu d'éducation des jeunes oui, mais encore plus en tant que « cellule fondamentale de toute société ».

La nature et la source des démentis me font plutôt penser aux réactions affolées des « communicants » du   Vatican lors de l'affaire de Recife ou celle du préservatif, il y a quelques années. Le Pape ou les évêques peuvent dire ce qu'ils veulent, en somme, à condition de ne pas heurter de front tel ou tel tabou moderne ni de passer pour des accusateurs ou des jeteurs d'anathème.

Cela veut-il dire qu'on n'a plus le droit d'affirmer avec force le caractère aberrant et même dangereux de la légalisation d'un « mariage » qui n'en est pas un, sous peine de passer pour un persécuteur des homosexuels ? Pourquoi confondre le respect des personnes et la mise en place de fictions juridiques qui ont pour effet de vider de son sens le mariage légitime avec ses fins, ses objectifs, ses droits et ses devoirs propres auxquels les couples homosexuels n'ont pas le potentiel de se conformer ?

Rappelez-vous, le procès que l'on fit à Christian Vanneste portait sur cette même logique.

Divorce, polygamie, etc, qui sont de grands fléaux, portent atteinte à la dignité humaine et ne créent pas l'environnement idéal pour les jeunes et leur éducation ; mais ils ne menacent pas directement à l'avenir de l'humanité en permettant aux moins à des enfants de voir le jour.

Sans ingénierie ou recours à des tiers donneurs, porteurs et compagnie, le couple homosexuel, lui, ne peut être fécond et il ne le serait que par fiction. Il ne s'inscrit pas dans les lignées humaines, il en sort volontairement. Les Saintes Ecritures emploient à son égard un langage bien plus vert…

J'en viens à me demander si, subtilement, le message du Guardian ne visait pas à l'origine à suggérer que pour le Vatican et pour le Pape, le « mariage » homosexuel n'est pas si grave que ça, et à accréditer l'idée que toute dénonciation forte de son institutionnalisation est en soi non seulement inacceptable, mais encore impardonnable et même impensable.

Il me semble qu'il faut se garder de tomber dans ce panneau.

ADDENDUM


J'avais commencé ainsi ce message :


Alors là, pour une fois, je ne suis pas d'accord avec benoît-et-moi ! C'est assez rare pour que je le relève…



La responsable du site m'a répondu et me donne l'aimable autorisation de mettre en ligne son point de vue :

Chère Jeanne Smits,

Je vous remercie pour cette mise au point. J'ai pris l'affaire en route, et n'avais pas lu l'article du Guardian
Contrairement à ce que vous semblez croire, je ne suis absolument pas en désaccord avec vous, bien au contraire. Dans un précédent article consacré au même sujet j'écrivais : 
« Evidemment, le Pape, dans les voeux au Corps diplomatique n'a pas prononcé les paroles rapportées, comme l'observe le Salon Beige, mais les jeunes socialistes ont quand même bien compris le message. » 
Je voulais justement dire que le message du Saint-Père était bel et bien celui que les jeunes socialistes avaient compris. 
Il n'empêche que c'est une grave dérive morale de modifier les propos de quiconque, a fortiori du Pape. 
Je m'étais aussi étonnée que la mise au point vienne du Guardian... Peut-être voyez-vous juste dans votre conclusion. 
Amitiés 
Béatrice (benoit-et-moi.fr)
Merci pour ces précisions !


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16 mai, 2011

Le discours de Benoît XVI à l'Institut Jean-Paul II pour l'étude sur le mariage et la famille

(Ma traduction intégrale)

C’est avec joie que je vous reçois aujourd’hui, peu de jours après la béatification de Jean-Paul II qui, il y a trente ans comme nous venons de l'entendre, a voulu fonder à la fois le Conseil pontifical pour la famille et votre Institut pontifical ; deux organismes qui montrent à quel point il avait une ferme conviction de l’importance décisive de la famille pour l’Eglise et pour la société. Je salue les représentants de votre grande communauté, qui a désormais essaimé sur tous les continents tout comme la valeureuse fondation pour le mariage et la famille que j’ai créée en vue de soutenir votre mission. Je remercie le président, Mgr Melina, pour les paroles qu’il m’a adressées au nom de tous. Jean-Paul II, le nouveau bienheureux, qui – comme on l’a rappelé – était victime il y a exactement 30 jours aujourd’hui d’une terrible tentative d’assassinat sur la Place Saint-Pierre, vous a confié de manière toute spéciale, en vue de l’étude, de la recherche et de la diffusion, ses « catéchèses sur l’amour humain », qui contiennent une réflexion profonde sur le corps humain. Conjuguer la théologie du corps avec la théologie de l’amour pour trouver l’unité du voyage de l’homme, voilà le thème que je voudrais vous indiquer comme horizon de votre travail.

Peu après la mort de Michel-Ange, on appela Paolo Veronese devant l’Inquisition sous le chef d’avoir dépeint des images impropres dans une représentation de la Dernière Cène. Le peintre répondit que dans la Chapelle Sixtine aussi, les corps étaient montrés nus et avec peu de respect. C’est l’inquisiteur lui-même qui a défendu Michel-Ange avec cette réplique devenue célèbre : « Ne savez-vous pas qu’il n’y a rien dans ces images qui ne soit de l’esprit ? » Nous autres, modernes, avons du mal à comprendre ces paroles, parce que le corps nous semble être une matière inerte, pesante, opposée à la connaissance et à la liberté propres à l’esprit. Mais les corps peints par Michel-Ange sont habités par la lumière, la vie, la splendeur. Il voulait ainsi montrer que nos corps recèlent un mystère. En eux, l’esprit se manifeste et opère. Nous sommes appelés à être des corps spirituels, comme le dit saint Paul (1 Cor, 15, 44). Nous pouvons dès lors nous demander : cette destinée des corps peut-elle illuminer les étapes de son voyage ? Si notre corps est appelé à être spirituel, son histoire ne devrait-elle pas être celle de l’alliance entre le corps et l’esprit ? En fait, loin de s’opposer à l’esprit, le corps est ce lieu où l’esprit peut demeurer. A la lumière de cela il est possible de comprendre que nos corps ne sont pas inertes, pesants, mais qu’ils parlent – si nous savons les entendre – le langage de l’amour véritable.

Le premier mot de ce langage, nous le trouvons dans la création de l’homme. Le corps nous parle d’une origine que nous ne nous sommes pas conférée à nous-mêmes. « C’est toi qui m’as tissé dans le sein de ma mère », dit le Psalmiste au Seigneur (Ps 139, 13). Nous pouvons affirmer que le corps, en nous révélant l’Origine, porte en lui-même une signification filiale, puisqu’il nous rappelle notre génération qui renvoie, à travers nos parents qui nous ont transmis la vie, à Dieu Créateur. Ce n’est qu’en reconnaissant l’amour originel qui lui a donné la vie que l’homme peut s’accepter lui-même, qu’il peut se réconcilier avec la nature et avec le monde. A la création d’Adam succède celle d’Eve. La chair, reçue de Dieu, est appelée à rendre possible l’union d’amour entre l’homme et la femme et à transmettre la vie. Les corps d’Adam et d’Eve apparaissent, avant la Chute, en parfaite harmonie. Il y a en eux un langage qu’ils n’ont pas créé, un éros enraciné dans leur être, qui les invite à se recevoir mutuellement du Créateur, afin de pouvoir ainsi se donner.

Ainsi, nous comprenons que dans l’amour, l’homme est « recréé ». « Incipit vita nova », dit Dante (Vita Nuova I, 1) – « la nouvelle vie commence », la vie de la nouvelle union des deux en une seule chair. La véritable fascination de la sexualité naît de la grandeur de cet horizon qui révèle la beauté intégrale, l’univers de l’autre personne et du « nous » qui naît de l’union, la promesse de la communion qui s’y cache, la nouvelle fécondité, le chemin que l’amour ouvre vers Dieu, source de l’amour. L’union en une seule chair devient ainsi union pour la vie afin que l’homme et la femme puissent aussi devenir un seul esprit. De cette manière s’ouvre un chemin où le corps nous enseigne la valeur du temps, de la lente maturation dans l’amour. A cette lumière, la vertu de chasteté reçoit une nouvelle signification. Il ne s’agit pas d’un « non » aux plaisirs et à la joie de la vie, mais du grand « oui » à la vie en tant que communication profonde entre personnes, qui a besoin de temps et de respect, dans un voyage ensemble vers la plénitude, et en tant qu’amour qui devient capable d’engendrer la vie et d’accueillir généreusement la nouvelle vie qui naît.

Il est certain que le corps contient aussi un langage négatif ; il nous parle de l’oppression de l’autre, du désir de posséder et d’exploiter. Néanmoins, nous savons que ce langage n’appartient pas au dessein originel de Dieu, mais est le fruit du péché. Lorsqu’il est détaché de sa signification filiale, de son lien avec le Créateur, le corps se rebelle contre l’homme, il perd sa capacité à faire transparaître la communion, et il devient le lieu de l’appropriation de l’autre. N’est-ce pas là par hasard le drame de la sexualité, qui aujourd’hui reste enfermée dans la sphère étroite du corps lui-même, et dans l’émotivité, mais qui en réalité ne peut se réaliser que dans l’appel à quelque chose de plus grand ? A cet égard, Jean-Paul II parlait de l’humilité du corps. Un personnage de Claudel dit à son bien-aimé : « La promesse que mon corps t'a fait, je suis incapable de l'accomplir » ; à quoi suit la réponse: « Le corps se rompt, mais pas la promesse … » ( Le Soulier de satin , Jour III, Scène XIII). La force de cette promesse explique comment la Chute n’est pas le dernier mot sur le corps dans l’histoire de la Rédemption. Dieu offre aussi à l’homme un chemin de rédemption du corps, dont le langage est préservé au sein de la famille.

Si après la chute Eve reçoit ce nom : Mère des vivants, c’est la preuve que la force du péché ne parvient pas à annuler le langage originel du corps, la bénédiction de la vie que Dieu continue d’offrir lorsque l’homme et la femme s’unissent en une seule chair. La famille, voilà le lieu où la théologie du corps et la théologie de l’amour se recoupent. C’est ici que l’on apprend la bonté du corps, le témoignage qu'il rend d’une origine bonne, dans l’expérience de l’amour que nous recevons de nos parents. Ici se vit le don de soi dans une seule chair, dans la charité conjugale qui unit les époux. Ici s’expérimente la fécondité de l’amour, et ici nos vies s’entrelacent avec celle des autres générations. C’est au sein de la famille que l’homme découvre sa rationalité, non comme un individu autonome qui s’auto-réalise, mais en tant que fils, époux, parent, dont l’identité se fonde dans le fait d’être appelé à l’amour, de se recevoir des autres et de se donner aux autres.

Ce chemin de la création trouve sa plénitude dans l’Incarnation, avec la venue du Christ. Dieu a assumé le corps, il s’y est révélé. Le mouvement ascendant du corps s’insère ici dans un autre mouvement plus primordial, le mouvement humble de Dieu qui s’abaisse vers le corps, pour pouvoir l’élever vers lui. En tant que Fils, il a reçu un corps filial dans la gratitude et dans l’écoute du Père, et il a donné ce corps pour nous, pour engendrer ainsi le corps nouveau de l’Eglise. La liturgie de l’Ascension chante cette histoire de la chair, pécheresse en Adam, assumée et sauvée dans le Christ. C’est une chair qui se remplit toujours davantage de lumière et de l’Esprit, remplie de Dieu. C’est ainsi qu’apparaît la profondeur de la théologie du corps. Celle-ci, lorsqu’elle est lue à la lumière de la tradition, évite l’écueil de la superficialité et accepte d’intégrer la grandeur de la vocation à l’amour, qui est un appel à la communion des personnes dans la double forme de la vie dans la virginité et dans le mariage.

Chers amis, votre Institut a été placé sous la protection de la Madone. Sur Marie, Dante dit des paroles qui illuminent la théologie du corps : « En ton sein se ralluma l'amour » (Paradiso XXXIII, 7). Dans son corps de femme, a pris corps cet Amour qui engendre l’Eglise. La Mère du Seigneur continue de protéger votre chemin et à rendre fécond votre travail et votre enseignement, au service de la mission de l’Eglise pour la famille et la société. Que vous accompagne la Bénédiction apostolique, que je vous accorde de grand cœur. Merci.


 
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