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16 octobre, 2015

Le cardinal Burke parle du synode sur la famille : homosexualité, divorce, pastorale

Dans un entretien accordé jeudi à LifeSiteNews, le cardinal Burke fait part de ses graves inquiétudes à propos de certaines idées soulevées par des pères synodaux à l’occasion du synode sur la famille. Il invite les fidèles à rester fidèles à Notre Seigneur Jésus-Christ et à rester « sereins », parce que le magistère de l’Eglise est clair et constant. Je vous propose ici ma traduction de la retranscription de cet entretien, d’une grande force d’expression. – J.S.

LSN. — Que pensez-vous de l’idée d’une diversité régionale au sein de l’Eglise ? Les évêques locaux doivent-ils être investis d’une autorité pastorale pour régler les questions relatives à l’acceptation sociale de l’homosexualité et à aux « divorcé remariés » ?
Cardinal Burke. – Cela est tout simplement contraire à la foi catholique et à la vie. L’Eglise suit l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ tel qui nous a été d’abord enseigné par Dieu dans la création – ce que nous appelons la loi naturelle que chaque cœur humain comprend en tant qu’il a été créé par Dieu – mais également tel qu’il a été expliqué et illuminé par l’enseignement du Christ et par la tradition de l’Eglise.
Et l’Eglise est une dans le monde entier. Ces vérités ne changent pas d’un endroit à l’autre ou d’une époque à l’autre. Il est certain que l’enseignement de ces vérités prend en compte les besoins propres à chaque région. Mais cela ne change pas l’enseignement lui-même. Cet enseignement doit même parfois être plus vigoureux là où il a été davantage mis en cause.
Donc cela est inacceptable. Je ne sais pas d’où vient cette idée. Ce qu’elle signifie réellement, c’est que l’Église n’est plus catholique [universelle]. Elle signifie qu’elle n’est plus une dans son enseignement à travers le monde. Nous avons une seule foi. Nous avons un seul ensemble de sacrements. Nous avons une seule gouvernance à travers le monde entier. Voilà ce que signifie être « catholique ».
J’aimerais également commenter la question de ce qui est « pastoral ».
Dans une grande part de la discussion en cours, qui a commencé par la présentation tristement célèbre du cardinal Kasper au consistoire extraordinaire les 20 et 21 février 2014, on s’est focalisé sur cette idée selon laquelle, d’une certaine manière, la doctrine et la pratique pastorale seraient en conflit.
C’est absurde. La pratique pastorale existe afin de nous aider à vivre les vérités de la foi, à vivre la doctrine de la foi dans nos vies quotidiennes. Il ne peut pas y avoir de conflit. On ne peut pas avoir d’un côté, par exemple, l’enseignement de l’Eglise selon lequel le mariage est indissoluble, et en même temps voir quelqu’un prétendre que pour des raisons pastorales, une personne vivant au sein d’une union irrégulière serait capable de recevoir les sacrements, ce qui signifierait que le mariage n’est pas indissoluble. Ce ne sont que de fausses distinctions, de faux contrastes, qu’il nous faut réellement éliminer car ils sont responsables d’une immense confusion parmi les fidèles et évidemment, peuvent au bout du compte conduire les gens dans l’erreur grave, très dommageable pour leur vie spirituelle et pour leur salut éternel.
LSN. – Que doivent penser les fidèles et que doivent-ils faire lorsqu’ils voient des pères synodaux proposés proposer des positions hétérodoxes en ce qui concerne l’homosexualité et le divorce ?
Cardinal Burke. – Nous suivons Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est notre Maître. Et nous sommes tous tenus de lui obéir et d’obéir à sa parole, à commencer par le Saint-Père et les évêques. Si un évêque, un prêtre, ou qui que ce soit, devait annoncer ou déclarer quelque chose qui soit contraire à la vérité de notre Seigneur Jésus-Christ, tel qu’elle nous a été communiquée à travers l’enseignement de l’Eglise, nous suivons le Christ.
Aux personnes très inquiètes – parce qu’il semble qu’à cette époque il y a tout simplement beaucoup de confusion et des déclarations véritablement stupéfiantes à propos de la foi – je dis que nous devons rester sereins. Car, dans l’Église catholique, nous avons l’autorité du magistère, qui est exprimée, par exemple, dans le Catéchisme de l’Église catholique, et il nous faut simplement étudier ces choses de manière plus profonde, y adhérer de manière plus ardente, et ne pas nous laisser détourner par des enseignements erronés, quelle qu’en soit la source.
LSN. – Certains laissent entendre qu’il y a vraiment très peu de désaccords au synode, et que les médias sont coupables d’avoir créé des conflits là où il n’en existe pas. Qu’en pensez-vous ?
Cardinal Burke. – Tout d’abord je dois nuancer mes remarques en disant que je ne fais pas partie du synode. Je ne suis aucunement impliqué dans le synode. J’ai lu, non seulement ce qui a été dit dans les médias, mais également les rapports officiels publiés par le Vatican. Et j’ai pu avoir des conversations avec l’un ou l’autre des pères synodaux. Au contraire, je me suis laissé dire qu’il y a de très grand désaccords au sein du synode. Étant donnée la discussion qui l’a précédée, étant donné également l’Instrumentum laboris et les très grandes difficultés que présente ce document, je trouverais difficile de croire qu’il n’y aurait pas un grand désaccord. Si ce n’est pas le cas, c’est que nous n’allons pas parvenir à la vérité des choses. Nous n’allons pas sauvegarder et promouvoir la foi catholique ainsi que nous devons le faire.
C’est donc ma simple impression : il y a en effet des désaccords.


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08 février, 2015

Mgr Reig Pla présente un livre important sur les liens entre doctrine et pastorale du mariage

Mgr Juan Antonio Reig Pla
L’évêque d’Alcala de Henares, Mgr Juan Antonio Reig Pla, a présidé à la présentation du livre Eucharistie et divorce, vers un changement doctrinal ?, du P. José Granados Garcia, consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la Foi et vice-président de l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille. La cérémonie s’est déroulée en l’université Francisco de Vitoria. Voilà une importante réflexion à verser au débat que certains voudraient voir ouvert sur une nouvelle « pastorale » du mariage – et des divorcés “remariés”. Je vous propose ci-dessous ma traduction de l’allocution de Mgr Reig Pla. –J.S.
Le livre que nous présentons, Eucharistie et divorce, vers un changement doctrinal ?, du Pr José Granados Garcia, publié par la BAC (Biblioteca de Autores Cristianos 2015), est une œuvre de maturité, fruit de nombreuses années d’études sur le mariage et la famille. L’auteur a pour propos d’approfondir les questions débattues lors du synode extraordinaire sur la famille (2014) de telle sorte que la prochaine assemblée synodale puisse être « providentielle, pour recréer de l’espérance sur le chemin des familles ».
Prenant comme point de départ le débat suscité autour de la « possibilité de voir les divorcés remariés accéder de nouveau aux sacrements de la pénitence et de l’Eucharistie » (Relatio synodi, 52), le professeur Granados nous invite à analyser les principes de base sans lesquels il est impossible d'envisager avec lucidité une pastorale familiale en accord avec l'Evangile du mariage et de la famille. A partir de la lecture de ce travail qui a pour fil conducteur le lien inséparable entre la doctrine chrétienne et la pastorale, je voudrais m’attarder sur quelques questions que je considère d’un grand intérêt.
1. Le nécessaire réalisme
Tout au long de cette première étape synodale on a continuellement fait référence à la nécessité d'analyser la réalité actuelle de la famille pour faire face aux nouveaux défis que doit relever une pastorale familiale adéquate. De fait il s'agit là de la première question que la secrétairerie du synode formule en vue la préparation de l’Instrumentum laboris en vue de la prochaine Assemblée synodale en faisant explicitement référence au fait qu'il faut « faciliter le nécessaire réalisme dans la réflexion des divers épiscopats, évitant ainsi que leurs réponses puissent être fournies selon des schémas et perspectives propres à une pastorale qui ne ferait qu’appliquer la doctrine » (Lineamenta pour la XIVe Assemblée générale ordinaire, introduction de la première partie.)
Suivant les règles du livre que nous présentons, et conformément au magistère des derniers papes, il est nécessaire de clarifier ce que nous entendons par « nécessaire réalisme ». Déjà le pape Benoît 16 nous disait : « La Parole de Dieu nous pousse à changer notre idée du réalisme : la personne réaliste est celle qui reconnaît dans le Verbe de Dieu, le fondement de tout. » (Verbum Domini, 10.) Nous devons donc pas confondre le réalisme avec la sociologie ou les statistiques, ou pire encore si c’était possible, en cédant devant la réalité sociologique et en canonisant ce qui détruit les personnes. Imaginons ce qui se serait passé si Pierre et Paul avaient choisi ce type de réalisme au vu de la société de la Rome impériale, où il leur a incombé de vivre. Le réalisme n’est ni pragmatisme, ni l'utilitarisme, ni le conséquentialisme. Le fondement de la réalité est le Christ, c'est-à-dire, le Fils de Dieu qui prend notre chair blessée et faible pour la sauver ; être réaliste c'est se laisser guider par Dieu pour qui rien n’est impossible (Luc, 1, 37).
Comme son prédécesseur, le pape Francois est très clair à cet égard : « Le chrétien est une personne qui pense et qui agit dans la vie quotidienne selon Dieu, une personne qui laisse sa vie être animée, alimenté par le Saint-Esprit, pour qu'elle soit vie en plénitude, la vie même d'enfants véritables. Et cela signifie réalisme et fécondité. Celui qui se laisse guider par le Saint-Esprit est réaliste, il sait comment mesurer et évaluer la réalité, il est aussi fécond. Sa vie engendre la vie autour de lui.
2. La relation entre la doctrine chrétienne et la pastorale
Tout au long de l'étape entre la convocation et la célébration de l'Assemblée synodale extraordinaire sur le mariage et la famille, nous avons entendu continuellement répéter cette proposition de : « Il ne s'agit pas de changer la doctrine sur l'indissolubilité du mariage mais de “rénover” ou de “changer” la pratique pastorale. »
Le livre du Pr Granados
est édité par la
Biblioteca de Autores Cristianos
Devant ce dilemme : « doctrine ou pastorale », l'apport du professeur Granados est à mon avis très abouti et il apporte une grande lumière pour le moment présent. Son étude, pour éclairer ce que signifie la doctrine chrétienne et son lien inséparables avec la pratique pastorale de l'Église, nous entraîne à déterminer tout ce que l'on veut dire à travers les termes « vérité », « doctrine chrétienne » et « dogme », à partir de l'Ancien Testament, du Nouveau Testament et la Tradition chrétienne. La doctrine, conclut l'auteur, s'identifie avec le récit de l'action de Dieu qui en Jésus s'est fait chair et chemin pour notre existence. Pour reprendre les mots du professeur Granados, « la doctrine se met au service de la vérité de notre vie, elle nous dit comment le Christ a vécu, et comment vivre chaque instant à la lumière du Christ. » Cela rend impossible la séparation entre la doctrine et la pratique pastorale, ou encore – et c'est la même chose – on ne peut rompre le Christ, de la vie duquel nous participons dès le baptême en devenant son Corps.
L’auteur explique le lien entre l'indissolubilité du mariage et la pratique eucharistique en analysant la tradition liturgique de l'Église (lex orandi, lex credendi), en s'attardant sur une étude détaillée des textes de saint Irénée de Lyon, de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin. « Le propre du christianisme, conclut-il, est d’avoir introduit un nouveau principe de cohérence, le don de la Charité que nous confère l'Esprit de Jésus. Celui qui aime sait que ce qu'il connaît et ce qu'il aime ne peuvent se séparer, parce que l'amour est un, et qu'il possède à la fois lumière et force. L'unité de doctrine et de pratique ne se trouve pas en se focalisant sur l'individu, qui essaie de les unir en vain, mais à partir de l'amour, qui nous les offre depuis toujours entrelacés. »
Le pape François a lui aussi clairement montré que la vérité la doctrine qu'enseigne l'Eglise n'est pas une idée mais le Christ lui-même, le Bon Pasteur, qui touche et qui guérit la volonté et la vie des personnes – pastorale : Pour transmettre un contenu purement doctrinal, une idée, un livre suffirait sans doute, ou bien la répétition d’un message oral. Mais ce qui est communiqué dans l’Église, ce qui se transmet dans sa Tradition vivante, c’est la nouvelle lumière qui naît de la rencontre avec le Dieu vivant, une lumière qui touche la personne au plus profond, au cœur, impliquant son esprit, sa volonté et son affectivité, et l’ouvrant à des relations vivantes de communion avec Dieu et avec les autres. » « Pour transmettre un contenu purement doctrinal, une idée, un livre suffirait sans doute, ou bien la répétition d’un message oral. Mais ce qui est communiqué dans l’Église, ce qui se transmet dans sa Tradition vivante, c’est la nouvelle lumière qui naît de la rencontre avec le Dieu vivant, une lumière qui touche la personne au plus profond, au cœur, impliquant son esprit, sa volonté et son affectivité, et l’ouvrant à des relations vivantes de communion avec Dieu et avec les autres. » (Pape François, Lumen Fidei, 40 et 41).
3. Indissolubilité du mariage : un idéal où le commandement du Christ ?
Au cours du débat synodal il s’est trouvé des personnes pour défendre la doctrine de l’indissolubilité du mariage comme un idéal auquel il faut tendre mais que certains ne peuvent atteindre en raison de différentes circonstances parfois difficiles et douloureuses. Bien plus, certains aimeraient même voir dans le langage du pape François lorsqu'il parle de l'« idéal évangélique » une expression de cette même opinion.
Comment faut-il donc interpréter les paroles du Saint-Père recueillies dans les Lineamenta pour la prochaine assemblée ordinaire du Synode, au numéro 19 : « Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour » (Evangelii gaudium, 44).
C'est le même pape François qui est dans son propre texte (Evangelii gaudium, 50) renvoie à l'Exhortation apostolique Familiaris consortio de saint Jean Paul II qui traite de l'itinéraire moral des époux et qui dit textuellement : « Ils ne peuvent toutefois considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais ils doivent la regarder comme un commandement du Christ Seigneur leur enjoignant de surmonter sérieusement les obstacles. “C'est pourquoi ce qu'on appelle la ‘loi de gradualité’ ou voie graduelle ne peut s'identifier à la ‘gradualité de la loi‘, comme s'il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses. Tous les époux sont appelés à la sainteté dans le mariage, selon la volonté de Dieu, et cette vocation se réalise dans la mesure où la personne humaine est capable de répondre au précepte divin, animée d'une confiance sereine en la grâce divine et en sa propre volonté”. »
Les paroles de Jésus : « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas » (Mt. 19, 6), outre qu’elles renvoient au dessein créateur de Dieu (« au début il n'en était pas ainsi »), supposent la nouveauté de la grâce de la rédemption par laquelle ce qui n'est pas possible aux hommes est possible à Dieu. Précisément parce que l'indissolubilité est un don de Dieu, qui se reçoit dans le sacrement du mariage (participation de la Charité sponsale du Christ), elle devient un commandement.
C'est ce que ratifie la doctrine enseignée par saint Jean-Paul II dans la Lettre encyclique Veritatis splendor : « Les possibilités “concrètes” de l'homme ne se trouvent que dans le mystère de la Rédemption du Christ. “Ce serait une très grave erreur que d'en conclure que la règle enseignée par l'Eglise est en elle même seulement un ‘idéal’ qui doit ensuite être adapté, proportionné, gradué, en fonction, dit-on, des possibilités concrètes de l'homme, selon un ‘équilibrage des divers biens en question’. Mais quelles sont les ‘possibilités concrètes de l'homme’ ? Et de quel homme parle-t-on ? De l'homme dominé par la concupiscence ou bien de l'homme racheté par le Christ ? Car c'est de cela qu'il s'agit : de la réalité de la Rédemption par le Christ. Le Christ nous a rachetés ! Cela signifie : il nous a donné la possibilité de réaliser l'entière vérité de notre être ; il a libéré notre liberté de la domination de la concupiscence”. » (Veritatis Splendor,103)
4. Peut-on changer la doctrine sur l'indissolubilité du mariage ?
A la suite du débat du synode sur la famille on a entendu des voix réclamer une révision de la doctrine sur l'indissolubilité du mariage et la possibilité d'élargir ce qu'on appelle le pouvoir des clefs où le pouvoir du pape pour dissoudre le lien conjugal.
Pour nous saisir de cette question il convient de rappeler que lorsque nous parlons du caractère absolu de l'indissolubilité du mariage nous nous référons au mariage contracté « entre baptisés, ratifié (valide) et consommé ». En ce sens le professeur Granados nous offre, de la main de John Newman, une explication magnifique sur le développement de la doctrine chrétienne, en prenant comme image ce qui se passe dans un organisme vivant identifié « comme le Corps du Christ, comme extension de la présence de Jésus dans le monde à travers les âges ».
Le Pr José Granados
de l'Institut pontifical Jean-Paul II
Selon l'auteur « ce pouvoir de l'Église s’est clarifié au cours du temps, au fur et à mesure que l'on résolvait des cas difficiles ; le pape pouvait dissoudre un mariage entre non chrétiens (privilège paulin) et aussi un mariage sacramentel non consommé (le mal nommé privilège pétrinien). Dans les deux cas le principe de discernement est le même : ces mariages n'entrent pas pleinement dans l'ordre de la rédemption du Christ, soit parce qu'ils se réalisent entre des non baptisés, soit parce qu'ils ne contiennent pas la plénitude de l'union entre le Christ et de son Eglise en une seule chair.
Face à ceux qui affirment le pouvoir du pape de dissoudre ces unions, saint Jean Paul II a clos la question « de manière définitive » : « Il ressort donc avec clarté que la non-extension de la puissance du Pontife Romain aux mariages sacramentels conclus et consommés est enseignée par le Magistère de l'Eglise comme doctrine à conserver de façon définitive, même si celle-ci n'a pas été déclarée sous une forme solennelle à travers un acte définitif. En effet, cette doctrine a été proposée de façon explicite par les Pontifes Romains en termes catégoriques, de façon constante et sur une période suffisamment longue. Elle a été adoptée et enseignée par tous les évêques en communion avec le Siège de Pierre, dans la conscience qu'elle doit toujours être maintenue et acceptée par les fidèles. Dans ce sens, elle a été reproposée par le Catéchisme de l'Eglise catholique. Il s'agit par ailleurs d'une doctrine confirmée par la pratique pluriséculaire de l'Eglise, maintenue avec une pleine fidélité et avec héroïsme, parfois même face à de graves pressions de la part des puissants de ce monde. » (Discours du 21 janvier 2000.)
5. Une pastorale familiale féconde
Au tréfonds de l'œuvre que nous présentons il y a cette ferme conviction du Pr Granados : la pastorale suit la doctrine parce qu'il s'agit de mener à leur accomplissement les paroles du Seigneur : « Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l'ayez en abondance » (Jn, 10,10.) Ainsi, « en vertu de la sacramentalité de leur mariage, les époux sont liés l'un à l'autre de la façon la plus indissoluble. S'appartenant l'un à l'autre, ils représentent réellement, par le signe sacramentel, le rapport du Christ à son Eglise ». (Familiaris consortio, 13). De là provient le lien nécessaire entre l'indissolubilité et le mystère, actualisation du sacrifice du Christ, où Il unit à l’Eglise à lui, en l’unissant à son corps et formant « une seule chair ».
« A partir de là, conclut l'auteur, la pratique de l'indissolubilité, qui se traduit par le fait de maintenir le lien entre la vie eucharistique et la vie matrimoniale, est la véritable pastorale féconde. L'alternative qui consisterait à dissocier ces deux dimensions, en éliminant la relation étroite entre l'Eucharistie et la vie conjugale, conduit à de fausses pistes pastorales, qui se révèlent stériles. »
L'histoire, maîtresse de vie, nous enseigne que c'est là le véritable chemin de la Miséricorde, qui comprend le fait de ne pas occulter le sens de la souffrance, c'est-à-dire le fait de ne pas occulter la Croix glorieuse du Seigneur ressuscité qui est scandale pour les enfants et folie pour les autres (CF 1. Co. 1, 23), mais « la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que la force des hommes » (1 Co. 1, 25). Les premiers chrétiens se laissaient conduire par le Bon Samaritain, qui leur offrait la rédemption du cœur, guérissant leurs plaies avec l'huile de l’Esprit Saint, et qui les a conduits vers l'auberge : l'Eglise ou le bercail où se trouvent les pâturages qui nous font atteindre la plénitude de vie. Ainsi ont-ils gagné peu à peu le cœur de cette vieille Europe qui aujourd'hui, séduite par d'autres voix et chants de sirènes, se refuse à écouter la voix du Bon Pasteur. »
Mgr Juan Antonio Reig Pla


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02 décembre, 2014

Royaume-Uni : 40 % des enfants de 11 ans ne vivent pas avec leurs deux parents

Une étude menée au Royaume-Uni sur les « Cohortes du Millénaire » révèle une image inquiétante de la société britannique dont l'élément fondamental – la famille unie et stable – se disloque peu à peu. Et même très vite, si l'on compare ses données avec des enquêtes antérieures.

Portant sur des enfants âgés de 11 ans – 13.000 bébés du début du millénaire – l'enquête des pouvoirs publics montre que parmi eux, seule la moitié vivent encore avec leurs parents mariés à la fin de leur scolarité dans le primaire – sachant que tous les parents ne sont pas mariés au départ. L'étude montre encore que des problèmes de comportement sont liés à cette instabilité. Même si les enfants se disent généralement « heureux ».

Le nombre d'enfants vivant avec leurs deux parents a fondu d'un tiers en l'espace d'une génération. Plus d'un enfant sur trois des 13.000 dont les parcours ont été suivis ont assisté à des crises familiales aboutissant à la séparation de leurs parents avant d'avoir atteint l'âge de 11 ans…

61 % de ces enfants vivent encore avec deux parents à cet âge : il y a deux ans, alors que les enfants avaient 9 ans, ce pourcentage était encore de 85 %. Seuls 50 % des parents sont encore mariés alors que les enfants suivis ont atteint 11 ans : ils étaient 60 % alors que ces enfants étaient tout petits.

Une étude similaire qui a suivi des personnes nées trente ans plus tôt, une génération, donc, née au début des années 1970, montre que 90 % d'entre eux vivaient encore avec leurs deux parents à 11 ans. C'était une époque où les naissances hors mariage étaient bien moins nombreuses, le concubinage était lui aussi moins fréquent.

Il y a pour le moins une corrélation entre le mariage et les chances des enfants d'être avec leurs parents à l'âge de 11 ans, même si les séparations sont elles aussi en augmentation. Les parents concubins ont deux fois plus de risques de se séparer que ceux qui sont mariés, souligne l'enquête.

Parmi les enfants dont les parents se sont séparés, plus d'un sur cinq a des problèmes comportementaux ou émotionnels, soit près de deux fois plus que les enfants dont les parents sont encore ensemble. Le taux de problèmes est encore plus élevé chez les enfants vivant avec un seul parent. Et ce alors qu'ils ne sont pas encore entrés dans l'adolescence.

La perception de leur propre bonheur par les enfants ne rend pas compte de ces faits : les deux tiers des enfants dont les enfants sont séparés se disent « complètement heureux » dans leur vie familiale. Même si ce sont les enfants vivant avec leurs deux parents dans une famille stables se disent les plus heureux. Bref, à 11 ans, l'enfant est subjectivement moins affecté qu'un adulte par les problèmes que peut vivre un parent séparé ou isolé.

Mais les risques comportementaux rendent compte d'une réalité moins rose, directement liée à la crise du mariage.

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14 novembre, 2014

La réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi répond sur la communion aux divorcés remariés

C'est à lire ici sur le blog de L'homme nouveau.

Et il faut le lire là précisément parce que le texte est accompagné d'un commentaire fort intéressant de l'abbé Barthe.

De façon plus anecdotique, je voudrais faire remarquer que ce texte est postérieur à la clôture du synode extraordinaire sur la famille. Par sa clarté, il tranche avec la confusion suscitée par l'« avant-synode ». A ce titre, il peut être vu comme une réponse aux propositions du cardinal Kasper et ceux qui l'ont soutenu. Il marque aussi une distance par rapport à certains discours du pape : venant de la Congrégation pour la doctrine de la foi, c'est frappant, d'autant qu'il s'agit d'une réponse officielle. Il est vrai qu'elle est présidée par le cardinal Müller, qui s'est exprimé plusieurs fois dans le sens traditionnel sur la question.

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03 novembre, 2014

Mgr Paglia : « Les documents du synode ne servent à rien »

Mgr Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille, a présenté lors du Congrès « Catholiques et vie publique » ouvert ce lundi à Rome sa vision de la famille aujourd’hui, dénonçant la marche vers une situation où la « culture hédoniste, égoïste où prime le culte du moi », où « les relations stables sont considérées comme impossibles » : une « société défamiliarisée ».
« Les documents du synode ne servent à rien ; le seul résultat qui vaille est le printemps des familles », a-t-il déclaré, déplorant le fait qu’au cours des rencontres avec le pape « la préoccupation majeure ait été celle des homosexuels et des divorcés remariés » au lieu qu’on parle d’« autres thèmes essentiels » comme « le rôle fondamental de la femme dans l’institution familiale ».
Si d’autres types d’union méritent le respect, a-t-il déclaré selon Infocatolica, vouloir en faire l’équivalent du mariage entre un homme et une femme ouvert à la vie « se fait sur une base fausse ».
« Respect » pour les autres types d’union ? La crise n’est pas finie.
Mais il a raison de dire qu'en dissociant le triptyque mariage-vie-famille, on a ouvert la porte à une libre recomposition qui a donné naissances aux « familles monoparentales, homosexuelles ou sans enfants ».

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18 octobre, 2014

Synode extraordinaire sur la famille (12) : la “relatio synodii” ou document final

Il y a un monde entre la relatio post disceptationem, rapport d'étape publié sous forme de hold-up qui a donné une importance exagérée aux positions d'une minorité, ou ultra-minorité progressiste, et le document final de ce premier synode extraordinaire sur la famille. La relatio synodii rend compte de la réaction vigoureuse de nombreux pères synodaux après une publication qui a fait tant de mal en donnant aux médias, mais aussi à de nombreux catholiques, l'impression que la doctrine et la discipline de l'Eglise avaient déjà changé – comme le raconte un prêtre cité par LifeSite. Oui, déjà des couples qui cohabitent se sont présentés pour se marier – ce qui est bien – mais en même temps, raconte-t-il, ils ne comprennent pas qu'un prêtre leur fasse une remarque sur l'irrégularité de leur vie. « Je croyais que ce nouveau pape était pour l'accueil », dit la jeune femme…

Dans le document final, le n° 14 qui était l'un des plus scandaleux a été profondément remanié pour intégrer l'ensemble de la réponse du Christ sur le divorce, alors que le rapport d'étape « oubliait » de rappeler sa conclusion : « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » Les n°s 14 et suivants redisent la doctrine de l'Eglise, non sans oublier la miséricorde offerte à tous, mais non sans signaler que « le repentir et la conversion sont conditions du pardon ».

La « gradualité » a disparu. Le n° 17 qui en faisait une présentation erronée a été profondément remanié pour rappeler la doctrine de l'Eglise dans Gaudium et Spes, tandis que les approfondissements apportés par Humanae vitae et plusieurs textes de Jean-Paul II font leur entrée dès le n°18. C'est d'ailleurs d'une manière générale que le texte est enrichi de rappels doctrinaux qui n'ont rien de sec ou de lourd, avec la référence fréquente à la grâce que Dieu donne pour suivre sa loi. Le rappel sur la valeur du mariage naturel (n°22) dans la mesure où il est fondé sur « la relation stable et vraie entre un homme et une femme » n'est plus une justification de ce qu'il peut y avoir de désordonné dans les unions actuelles.

Le n°24 rappelle qu'il ne peut y avoir d'autre mariage que sacramentel pour les baptisés, et que toute « rupture est contraire à la volonté de Dieu », mais ajoute que l'Eglise est conscience de la « fragilité » de ses enfants qu'il faut « accompagner avec miséricorde et patience par les possibles étapes de croissance des personnes ». Voilà qui est déjà beaucoup moins ambigu.

Le n°25, sur les unions civiles et « rémariages » n'a bénéficié que de 140 votes favorables et 39 contre – soit que les partisans de l'élargissement l'aient trouvé trop étroit, soit que les plus traditionnels en aient jugé la rédaction insuffisamment nette, comme le note Sandro Magister : le fait est que le progrès par rapport au rapport d'étape est notable puisqu'il est clairement dit que l'Eglise a pour rôle d'aider les personnes à connaître « la divine pédagogie de la grâce » pour atteindre la plénitude du plan de Dieu pour elles. Le texte cite la « grâce qui est à l'œuvre » dans ces couples y compris pour qu'ils prennent soin l'un de l'autre.

Le n°27 sur la reconnaissance des valeurs positives de certaines formes de cohabitation stable dans la société d'aujourd'hui, fait lui aussi partie des paragraphes ayant recontré moins d'adhésion : 147 pour, 34 contre.

Le n°28 rappelle la nécessité de la conversion et la demande à la femme adultère de ne plus pécher (152 pour, 27 contre).

L'urgence de l'annonce de l'Evangile de la Vie occupe les paragraphes suivants : avec notre responsabilité qui est de semer, non de récolter, la primauté de la grâce ; et le rappel que l'enseignement de l'Eglise sur la famille est « signe de contradiction ». Cette annonce suppose une« meilleure formation » des prêtres, catéchistes, diacres… Le n°39 évoque la « chasteté » comme « précieuse condition d'une vraie croissance de l'amour interpersonnel. » Et le 40 l'assistance à la messe dominicale, si importante notamment pour les jeunes mariés.

Le n°41, évoque ceux qui ne vivent plus dans le mariage : il faut un « dialogue pastoral pour mettre en évidence les éléments de leur vie qui peuvent les conduire à une plus grande ouverture à l'Evangile de la Vie dans sa plénitude ». Avec la recherche des éléments « positifs » dans ces situations : 125 voix pour, 54 contre. Les paragraphes 42 et 43, sur les situations du mariage dans certains pays et la nécessité de les accompagner avec délicatesse, recueillent un peu plus de voix, mais pas le consensus général.

Le n°47 parle des injustices subies par les époux abandonnés, contraints à la séparation par la violence de l'autre, des victimes innocentes des divorces que sont les enfants, de la difficulté du pardon ; et propose que chaque diocèse mette en place des structures de conseil pour éviter quand c'est possible la rupture des mariages.

La procédure de reconnaissance de nullité doit être assouplie, suggère le n°48 : encore un paragraphe plus controversé (143 pour, 35 contre). L'aide et le soutien à apporter aux divorcés abandonnés qui vivent dans la fidélité à leur mariage (n°50) est soulignée, ils doivent trouver leur nourriture dans l'Eucharistie, souligne ce paragraphe approuvé par 169 pères contre 8 seulement.

Le n°52 laisse ouverte la question de la communion aux divorcés remariés, tout en soulignant qu'elle ne pourrait s'envisager que dans le cadre d'une « responsabilité personnelle diminuée ou annulée » par divers « facteurs psychiques ou sociaux » : ce manque de netteté est souligné par un nombre de voix positifs insuffisant pour l'adoption du paragraphe, 104 voix pour, 74 contre.

La majorité des deux tiers n'a pas non plus été acquise pour le n°53 sur la communion spirituelle pour les divorcés.

Sur le soin pastoral des personnes « avec une orientation homosexuelle », le n°55 (118 voix pour, 62 contre, non adopté) affirme qu'il n'est pas possible d'« établir une analogie, même lointaine, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille », mais demande « nonobstant » que les hommes et les femmes avec une tendance homosexuelle « soient accueillis avec respect et délicatesse » : il cite le catéchisme de l'Eglise catholique demandant qu'on évite à leur égard « toute marque de discrimination injuste ». On peut se demander là encore qui a voté contre ; le manque de consensus est en tout cas le signe que la matière est tellement explosive, notamment sur le plan médiatique, que la prudence est de mise.

On retrouve de nouveau un large consensus contre le lobbying en faveur des droits homosexuels (n°56), et sur les questions suivantes qui traitent de la dénatalité destructrice du tissu social et du refus de la vie. Le numéro 58 parle de la « beauté de l'ouverture inconditionnelle à la vie » : « C'est sur cette base que l'on peut appuyer un enseignement adéquat sur les méthodes naturelles pour la procréation responsable », dit-il, avec la « redécouverte du message d'Humanae vitae ». Le même paragraphe rappelle la fécondité particulière du « choix de l'adoption ».

Sur l'éducation (n°60), la déclaration finale reprend les mots du rapport d'étape, mais y ajoute que « les parents peuvent choisir librement le type d'éducation à donner à leurs enfants, selon leurs convictions. » Le 61 ajoute de son côté la nécessité de la « dévotion mariale ».

Reste, comme le signale « Voice of the Family », que l'absence de majorité sur les sujets controversés laisse la place à la « confusion » : une confusion qui « dure depuis la révolution sexuelle des années 1960 » et qui se manifeste dans l'ouverture de certains pères synodaux aux propositions « contraires à l'enseignement de l'Eglise ».

En somme : il y a eu une vraie bataille, beaucoup de « recadrages », mais l'ouverture de la discussion pendant un an laisse prévoir de nouvelles turbulences.

Au fait, puisqu'on parle de divorces, pourquoi ne pas rappeler que leur taux est très nettement inférieur chez les couples qui n'ont pas recours à la contraception ? N'est-ce pas là un constat qui peut intéresser les jeunes qui envisagent le mariage et qui, nonobstant toute la propagande anti-familiale, rêvent toujours d'un amour durable et d'une famille unie ?



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Synode extraordinaire sur la famille (10) : le cardinal Marx soutient la communion aux divorcés remariés et une nouvelle attitude vis-à-vis des homosexuels

A un jour de la synthèse finale du synode extraordinaire sur la famille, les partisans d’une « ouverture » de l’Eglise aux unions civiles et homosexuelles sont revenus à la charge. C’est bien un noyau manipulateur, qui sait avoir l’oreille des médias, qui tente d’imposer une évolution de la doctrine.
Le plus entendu vendredi matin aura été le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et président de la conférence des évêques allemands, qui s’est exprimé en allemand lors d’une conférence de presse à laquelle participait également Mgr Georges Pontier, président de la conférence des évêques de France. Il fait également partie du collège des huit cardinaux nommés par le pape François pour l’aider à gouverner l’Eglise.
Les propos du cardinal Marx ont été longuement rapportés par La Reppublica et c’est à partir de ce texte que je les traduis. On notera tout d’abord que le cardinal invoque une « écrasante majorité » de ses frères évêques allemands qui seraient favorables à l’accès à la communion des divorcés « remariés » conformément aux propositions du cardinal Kasper.
Le quotidien de gauche trouve « importantes » les paroles du cardinal Marx sur les homosexuels :
« Nous ne pouvons dire à personne : “Vous êtes homosexuel, vous ne pouvez pas vivre l’Evangile.” Pour moi cela est impensable. »
Insinuer que les « conservateurs » aient jamais dit ou pensé cela est carrément malhonnête : chacun est appelé au pardon et au salut, et « à tout péché miséricorde », y compris pour le pécheur qui rechute et qui redemande pardon. Mais cela suppose une rupture avec le choix public d’un état de vie contraire à l’enseignement du Christ, et qui scandalise, c’est-à-dire qui banalise le péché et qui finit par dire ou laisser croire que le mal est le bien.
Précision. Le cardinal a déclaré : « La pratique sexuelle ne peut pas être acceptée. Mais toute leur vie n’est pas à condamner : si pendant plus de 30 ans ils sont restés fidèles l’un à l’autre jusqu’à la fin de leur vie, que doit dire l’Eglise ? Que cela n’est rien ? »
Certains compte-rendus de presse évoquent cela en parlant de relations « monogames », ce qui est tout de même un comble.
Une fois de plus c’est la confusion qui domine dans ce discours, et elle ne s’explique que dans l’optique où l’on refuse de qualifier un fait ou un état de vie d’intrinsèquement désordonné.
C’est la même logique qui prévaut dans les paroles du cardinal sur les divorcés « remariés » : « L’exclusion n’est pas le langage de l’Eglise, il n’est pas possible de dire à telle personne : “tu es un chrétien de seconde classe”. » Tous les chrétiens font « partie du Corps du Christ ; nous participons tous ».
Oubliée, aussi, la notion de péché mortel qui coupe de la communion avec Dieu ; dans un tel discours il n’y a d’ailleurs aucune place pour l’enfer – sauf peut-être pour les racistes. Le cardinal n’a-t-il pas déclaré approuver le propos du président de l’Eglise évangélique en Allemagne ? « L’antisémitisme, comme tous les racismes, est un blasphème. » Peu importe qu’il puisse être le fait de gens qui se disent chrétiens et se retrouver ainsi condamnés quelles que soient par ailleurs leurs bonnes actions…
« L’espoir est que dans le document final du synode on ne répète pas ce qui a toujours été dit, mais qu’il donne une forte impulsion à la pastorale », a-t-il conclu.
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Synode extraordinaire sur la famille (9) : Mgr Fisichella renvoie à la « conscience », le cardinal Schönborn s’émerveille devant certains couples homosexuels

Voice of the Family, le groupe d’associations laïques catholiques pour l’intégrité du mariage, rapporte les paroles de Mgr Rino Fisichella à La Stampa, soulignant qu’il laisse lui aussi régner la confusion en opposant droit de l’Eglise et solutions de fait. Permettriez-vous que des divorcés « remariés » accèdent à l’Eucharistie dans certains cas ?, demandait le journaliste.
Réponse : « Je ne veux pas commencer à juger et à théoriser sur des cas spécifiques. Mais qui, dans le monde d’aujorud’hui, peut dire qu’il n’a pas dans sa propre famille le cas de personnes qui vivent ensemble ou qui divorcent ? Malheureusement, nous sommes immergés dans une réalité où la beauté du mariage a été blessée. L’accent a été trop mis sur la dimension canonique, ou légale du mariage, ce qui nous a souvent conduit dans les eaux du légalisme. Récupérer la dimension sacramentelle rendrait plus facile le fait de trouver des solutions différentes, en continuité avec la doctrine d’origine. Ici nous revenons à la primauté de la conscience. Evidemment, ce doit être une conscience qui est éclairée par la Parole de Dieu, qui est réfléchie et qui accepte l’obéissance d’un chemin. »
La conséquence objective d’une telle présentation du rôle de la conscience est d’admettre qu’elle puis modifier au cas par cas la doctrine, au lieu que ce soit la Vérité qui l’éclaire et qui lui montre le chemin…
Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne , a affirmé jeudi matin qu’il ne faut « pas de relativisme, certainement pas ! » Il a rappelé l’importance de la doctrine, mais en invoquant lui aussi la « gradualité » et expliquant qu’il est favorable à cette nouvelle « herméneutique » inventée pour assimiler les parcelles de vérité dans les autres religions à celles présentes dans les unions non sacramentelles des chrétiens. « Par exemple, que les nombreuses situations de cohabitation avant le mariage sacramentel  ne soient pas uniquement vues du point de vue de ce qui manque, mais de ce qui est déjà promesse, de ce qui est déjà là… C’est une des intentions du travail de ce synode », a-t-il dit, selon Zenit.
Sur l’homosexualité, il a pris soin distinguer entre le respect dû aux personnes et leur « comportement ». Je ne sais pas ce que sera le texte final mais certainement il y aura « l’accueil », parce que c’est élémentaire. Mais il a ajouté : « Quand j’ai dit dans mon interview, je crois au Corriere j’ai noté, à propos d’un couple de jeunes du même sexe, que je ne dis pas que je suis heureux, que je suis d’accord, mais – comme une participante allemande au synode, une auditrice l’a demandé : « S’il vous plaît, ne regardez pas d’abord dans la chambre à coucher mais dans le living room des familles » – ces deux jeunes, je peux dire que ce sont de merveilleuses personnes humaines. L’un est tombé gravement malade et la façon dont l’autre a pris soin de lui était exemplaire. Voilà. »
C’est encore et toujours la même confusion. Elle s’inscrit dans la logique de ses déclarations favorables aux partenariats civils, l’an dernier.

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15 octobre, 2014

Synode extraordinaire sur la famille (7) : la colère d'une majorité trahie

Après la publication du document d’étape – relatio post disceptationem – une inhabituelle franchise s’est emparée de nombre de cardinaux de tout premier plan, que ce soit devant les médias ou plus discrètement dans les circuli minores, ou petits groupes, qui débattront du document jusqu’à jeudi matin. Le ton lénifiant du document « kidnappé » par les partisans d’un changement de la « pastorale » de l’Eglise à l’égard des personnes qui s’éloignent de son enseignement sur la famille et la sexualité a manifestement indigné un grand nombre de pères synodaux – une indignation à la mesure de la satisfaction des grands médias acquis à tout ce qui peut affaiblir les positions traditionnelles de l’Eglise sur le mariage.
« Indigne, honteux, complètement faux » : c’est ainsi que le cardinal Müller a désigné le rapport d’étape au cours d’un de ces circuli minores, s’il faut en croire le quotidien La Reppublica. On peut supposer que l’information est exacte : c’est le même préfet pour la Doctrine de la Foi qui avait regretté la semaine dernière que les travaux du synode ne soient pas publics. Il est vrai que s’ils l’avaient été, la supercherie de la relatio auraient été évidente.
Lui, le garant de l’orthodoxie, a peut-être voulu que sa violente critique soit « fuitée » dans la presse, d’autant qu’il n’a pas hésité à participer à la rédaction d’un livre en réponse aux propositions du cardinal Kasper en faveur de la communion pour certains divorcés « remariés ». Le simple fait de la parution de ce livre, Demeurer dans la vérité du Christ, et la qualité de ses signataires montrent s’il le fallait que la tentative de déstabilisation de l’Eglise est très réelle. Les forces en présence se montrent, s’opposent, se mesurent. La relatio a dépassé de loin ce qui était redouté, en ne se bornant pas à demander une fausse « miséricorde » pour les divorcés « remariés », mais en invitant l’Eglise à dégager les aspects « positifs » du concubinage, de l’union civile et de la vie en couple homosexuelle.
Devant de telles énormités le cardinal Müller a accusé – « aujourd’hui mais aussi au cours des journées précédents » – les « responsables du synode de censurer les voix contraires aux ouvertures », assure La Repubblica. Le journal précise que le cardinal Filoni a parlé de la « surprise » des cardinaux devant la manière dont les médias ont présenté le rapport d’étape comme une « décision du synode ». Il lui aurait plu que les médias « aident leurs lecteurs à comprendre » cette « dynamique », cette « richesse du débat ». Y croit-il vraiment, à cette possible honnêteté sur des sujets où les médias s’opposent à la voix de l’Eglise depuis des années, et la travestissent ?
D’après LifeSiteNews, parmi les cardinaux qui se sont manifestés contre la relatio, outre les cardinaux Müller et Burke, se trouvent Goerge Pell, Marc Ouellet, Angelo Scola, André Vingt-Trois, Carlo Caffara, Timothy Dolan et Stanisław Ryłko.
La cardinal Napier a déclaré officiellement lors de la conférence de presse de mardi qu’il avait été comme d’autres « surpris » par la publication du document : le cirque médiatique qui s’en est suivi, a-t-il ajouté, signifie que les pères synodaux « travaillent désormais depuis une position qui est quasement irrécupérable ». « Le message qui a été répandu est que le synode dit tout cela, que l’Eglise catholique dit tout cela, alors que ce n’est pas du tout ce que nous disons. Peu importent nos efforts pour rectifier cela… il n’y a aucun moyen de le récupérer. Le message est parti et ce n’est pas un message véridique. Quoi que nous disions désormais, cela apparaîtra comme une tentative de limiter les dégâts. » Il a annoncé toutefois qu’il faut s’attendre à ce que le document soit complètement révisé en vue du rapport final.
Alors que d’aucuns osent affirmer que la relatio ne fait que reprendre l’enseignement de Jean-Paul II – preuve qu’ils n’ont pas lu la monumentale « Théologie du corps » du saint pape – l’archevêque de Poznań Stanislaw Gądecki a souligné sur Radio Vatican qu’elle s’en éloigne et qu’elle « pèche par omission » en escamotant la doctrine catholique. Le document s’exprime « comme si la vision du monde prévalait et que tout est imperfection, imperfection conduisant vers la perfection » ; et semble accepter « tous les états de faits », y compris l’éducation des enfants au sein de couples homosexuelles. « Il crée l’impression que l’enseignement de l’Eglise a été vide de miséricorde jusqu’ici, comme si l’enseignement de la miséricorde ne commençait qu’aujourd’hui. »
Ce point de vue a également été exprimé par le Dr Thomas Ward, membre correspondant de l’Académie pontificale pour la vie, fondateur de l’Association nationale des familles catholiques d’Angleterre : la relatio marque une rupture radicale par rapport à l’enseignement de saint Jean-Paul II, a-t-il déclaré : « C’est une révolution contre cet enseignement. Et une insulte contre un grand saint, un saint de nos familles. Il est clairement temps pour que les gens du monde entier se réveillent et reconnaissent qu’il s’agit d’une révolution anticatholique. »
Pour la énième fois depuis l’élection du pape François, le père jésuite Lombardi, en tant que responsable de la Salle de Presse, a rectifié le tir, faisant part des critiques au sein du synode « pour le compte » de son secrétariat général :
« A la suite des réactions et débats ayant suivi la publication de la Relatio post disceptationem, à laquelle on a attribué un poids qui ne lui appartient pas, le Secrétariat rappelle qu'il s'agit d'un document de travail résumant les interventions et la discussion de la première semaine synodale. Ce texte est maintenant soumis à l'attention des Circuli Minores, en conformité au règlement du Synode. »
Un communiqué rectificatif a également été publié ici.
Qu’il n’ait pas ce poids qui ne lui appartient pas, c’est clair et c’est même rassurant, tout comme les réactions contraires viennent souligner que rien n’est joué. Mais si ce document de travail a été diffusé à la presse – avant même que nombre de cardinaux en aient eu connaissance selon Michael Voris – c’est bien qu’une frange du synode l’a voulu, sans pouvoir ignorer la réception médiatique dont il jouirait.
On en vient à se demander si le ballon d’essai sur les divorcés « remariés » n’était pas une manière d’obtenir un changement général d’attitude de l’Eglise, comme semble l’indiquer l’ouverture d’une logique semblable aux autres situations traditionnellement dénoncées par l’Eglise : la vie maritale sans engagement sacramentel, le concubinage, les actes homosexuels. A croire que c’est la reconnaissance de l’homosexualité qui est sans conteste au centre des attaques actuelles contre l’Eglise et contre toute forme de moralité traditionnelle n’est pas la véritable issue recherchée.
La main de Benoît XVI est-elle derrière la prise de parole par son secrétaire, Mgr Georg Gänswein ? Celui-ci a créé la surprise en donnant une interview au magazine Chi la semaine dernière où il a rappelé, comme si c’était nécessaire, que « l’Eglise a toujours déclaré, sur le fondement de l’Ecriture sainte et de la tradition, que les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés… contraires à la loi naturelle parce qu’ils empêchent le don de la vie qui est la finalité de l’acte sexuel ». Il a également souligné que l’inclination homosexuelle est une épreuve et que ceux qui la vivent dont appelés à « unir leur sacrifice à celui de la croix du Seigneur, à travers les difficultés qu’ils rencontrent en raison de leur condition ».
Mgr Gänswein a également rappelé que si l’Eglise « ne ferme pas les yeux » sur la situation difficile de nombre de fidèles, notamment les divorcés remariés, « s’engager dans une nouvelle union est contraire à ce que Notre Seigneur a indiqué ». « L’Eglise doit proposer des réponses sincères qui renvoient non à l’esprit du temps mais à l’Evangile, à la parole de Jésus-Christ qui est le Fils de Dieu », a-t-il poursuivi.
Pour compléter ce résumé très incomplet, au vu de l’effervescence romaine, il faut lire l’interview du cardinal Burke à Il Foglio, heureusement traduite par benoitetmoi : une parole claire, confiante mais nette. Avec cette réponse au prétendu « changement anthropologique » dont l’homme serait l’objet d’après la relatio : « On dit que les temps ont tellement changé, qu'on ne peut plus parler de la loi naturelle, de l'indissolubilité du mariage ... Mais l'homme n'a pas changé, il continue à être comme Dieu l'a voulu. Bien sûr, le monde s'est sécularisé, mais c'est une raison de plus pour dire la vérité haut et fort. »
Et de rappeler que les questions mises en avant font que le synode puisse « se perdre dans des discussions inutiles sur des questions qui ne peuvent être abordées dans une tentative de changer des vérités qui ne peuvent pas être changées », des questions « qui ne sont pas disponibles ».
Lundi, le même cardinal Burke déclarait à Carl Olsen de Catholic World Report qu’« une déclaration du pape François » pour défendre la foi catholique « n’a que trop tardé ». « Le débat sur ces questions se prolonge maintenant depuis neuf mois, spécialement dans les médias laïques mais aussi à travers les déclarations et interviews du cardinal Kasper et de ceux qui soutiennent ses positions ».
« Les fidèles et leurs bons pasteurs se tournent vers le Vicaire du Christ pour qu’il confirme la foi et la pratique catholique en ce qui concerne le mariage qui est la première cellule de la vie de l’Eglise », a-t-il précisé, ajoutant dès sa sortie que la relatio comprend de nombreux points de vue que beaucoup de pères synodaux « ne peuvent accepter », qu’ils « ne peuvent accepter en tant que fidèles pasteurs du troupeau ». Il a accusé le secrétariat général du synode de « contrôler toute l’information » relative au synode alors qu’il favorise depuis le début les points de vue exprimés dans la relatio. « Il n’est pas besoin d’être spécialiste en science des fusées pour comprendre quelle est l’approche, et celle-ci n’est certainement pas de l’Eglise ».

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14 octobre, 2014

Synode extraordinaire sur la famille (6) : Rapport d'étape du synode : analyse critique

« Trahison », « révolution », « une attaque contre le mariage et la famille », « tremblement de terre » : vaticanistes et représentants de groupes pour la défense de la famille et de la vie ont employé des mots forts pour qualifier le document de mi-parcours publié lundi par les rapporteurs du synode extraordinaire sur la famille. Ceux qui jusque-là s’étaient efforcés, par prudence et loyauté filiale, de s’exprimer avec modération, ou plutôt discrétion, ont critiqué avec violence les propositions rassemblées dans la relatio post disceptationem (rapport après discussion). Il ne s’agit pas d’une réaction dialectique, mais d’une bienveillance bien comprise : c’est la vérité qui est attaquée, c’est l’enseignement de l’Eglise qui est travesti, c’est  l’intelligence qui est insultée. Sans surprise, les associations catholiques les plus libérales exultent. Elles pensent tenir la victoire. Heureusement, on n’en est pas encore là.
Mais comment a-t-on pu en arriver au point où nous sommes déjà ?
Voilà des mois que c’était prévisible : depuis l’accueil enthousiaste par le pape François à l’intervention du cardinal Walter Kasper au dernier consistoire où il a prôné, au nom de la « miséricorde », un assouplissement de la « discipline » qui interdit aux « divorcés remariés » de s’approcher de la communion. Le pape saluait en ce cardinal allemand, fort de l’appui d’un nombre non négligeable de prélats d’outre-Rhin, un « théologien à genoux ». On pouvait certes croire que le pape pratiquait là une sorte de judo doctrinal : laisser venir, provoquer le dévoilement de la technique, pour mieux prendre à revers. Plût à Dieu qu’il en soit ainsi. Mais cela n’en prend pas le chemin.
Clairement marqué par les éléments les plus progressistes d’un synode qu’on donnait pourtant dominé à 80 % par les pères synodaux attachés à l’enseignement traditionnel de l’Eglise en matière de morale familiale, de sexualité et de doctrine du mariage, la relatio post disceptationem a pris tout le monde à revers. C’est d’autant plus marquant que la « liberté d’expression » mais aussi la « liberté d’organisation interne » laissée aux pères étaient, de par la volonté du pape, la règle de ce synode. Or c’est lui qui a désigné d’autorité, samedi, six rédacteurs supplémentaires du rapport. Ils sont tous réputés proches de lui. Disons le mot : c’est un hold-up.
Hold-up
Un hold-up imputable au pape ? On me reprochera sans doute la violence de l’expression. Mais le moment est venu où le silence devient coupable, en raison des répercussions d’un tel document sur les fidèles.
Soulignons d’abord, qu’à supposer que le pape François soit fondamentalement d’accord avec des changements présentés comme purement « pastoraux », il s’exprime sans l’autorité du Magistère. Son opinion vaut ce qu’elle vaut et il a suffisamment donnée l’exemple jusqu’ici d’une propension à parler de manière imprudente aux médias pour que même la Salle de Presse du Vatican se croie obligée de rectifier le tir. S’il est contestable, si des princes de l’Eglise sont contestables au regard de la doctrine certaine, il faut – c’est un devoir – les contester.
Nous savons – deuxième point – que la doctrine de l’Eglise ne peut pas changer, et qu’elle a la promesse de l’assistance du Saint-Esprit. Nous n’en sommes pas à un point de rupture, mais hélas l’année qui nous sépare de la deuxième partie du synode va forcément ouvrir l’Eglise à tous vents et c’est un drame (le cardinal Tagle n’a-t-il pas dit, en souriant, à la fin de la présentation du rapport à la presse : « Le drame continue » ?). L’heure est donc à la prière et à la supplication, et à la confiance malgré tout – mais celle-ci n’empêchera pas les dégâts collatéraux.
C’est pourquoi, même quand il n’y aurait que des ambiguïtés, le devoir de contestation s’impose. Or il y en a beaucoup dans le rapport d’étape du synode, puisqu’il s’agit d’un patchwork d’interventions de la première semaine de débats et que de nombreuses expressions plus traditionnelles de la doctrine y figurent. Mais la dominante est claire.
Le synode des médias
Il faut tenir compte aussi de la manière dont les médias ont rendu compte de ce document : c’est leur interprétation qui dominera dans les esprits et c’est elle qui permettra d’aller même plus loin que ce que dit le rapport. Voyez cette dépêche de l’AFP, tombée lundi à 16 h 08 sous le titre « Le synode reconnaît des valeurs positives au mariage civil » et dont les premières lignes disent ce que les médias veulent comprendre et répandre : « Un premier résumé des travaux du synode des évêques sur la famille reconnaît lundi des valeurs positives au mariage civil et donne une appréciation plus bienveillante des unions de fait stables, y compris homosexuelles. »
Une association homosexualiste « catholique », New Ways Ministry, ne s’y est pas trompée et exploite l’événement avec enthousiasme. Son directeur exécutif, Francis DeBernardo, présent à Rome pour le « synode alternatif » des LGBT, a déclaré : « Je cois que nous sommes en train de voir ce que nous attendions depuis très longtemps : la glace se craquelé. C’est le signe d’un premier pas. » « Euphorique » à l’idée que l’Eglise puisse cesser d’utiliser la terminologie classique pour désigner le péché sexuel, comme l’ont proposé plusieurs pères synodaux, il a ajouté : « Je crois que le changement du langage provoque une réaction en chaîne : un changement du langage entraînera un changement de la pratique pastorale, ce qui provoquera un changement dans l’enseignement. »
Lui, au moins, n’a pas de fromage blanc à la place du cerveau…
La satisfaction des lobbies LGBT
D’autres leaders LGBT parlent en ce sens, ainsi que le rapporte Hilary White pour LifeSite. Elle ajoute que les cardinaux qui s’expriment ainsi, confortés par les mots du pape François, « Qui suis-je pour juger », ne vont certes pas jusqu’à justifier le « mariage » homosexuel : ils se contentent de trouver des qualités aux personnes homosexuelles, ou, comme l’affirme la relatio, à admirer les cas où le « soutien réciproque jusqu’au sacrifice » qui « constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires ». Mais cette manière de parler laisse poindre l’approbation du style de vie.
Peu nombreux, ces cardinaux et évêques connus pour avoir ce point de vue bénéficient aujourd’hui, par le jeu du synode, d’une visibilité médiatique et d’un poids au sein de l’Eglise qui ne correspond pas à la réalité. On est bien face à une opération d’agit-prop.
Quels sont ses objectifs ? Outre la question des homosexuels, c’est toute la rigueur de l’exigence chrétienne en matière de sexualité et de doctrine du mariage qui est sous le feu des attaques. Il ne faut pas s’en étonner : ces vérités sur l’homme et la femme sont aujourd’hui la cible principale des adversaires de l’Eglise. L’attaque s’exprime depuis des décennies dans une déconstruction sans précédent des fondements naturels de la société ; elle vise aujourd’hui la seule institution au monde qui, en ne cessant jamais d’affirmer la dimension spirituelle et sacramentelle du mariage, signe de la fidélité de l’amour divin et de son alliance avec l’homme, a toujours rappelé que l’indissolubilité et la fécondité du mariage naturel sont des conditions imprescriptibles pour le bien commun, le bien social, le bien naturel de l’homme.
Antiracisme
L’attaque se mène avec des mots qui ne trompent pas sur l’origine et les objectifs des destructeurs. « Accueil », « conditions existentielles », « perspective inclusive », « dialogue », « discrimination » » : c’est le registre de l’antiracisme qui aboutit au refus de toute distinction entre les hommes. Il s’exprime parfaitement dans les différentes constitutions, chartes des droits et lois pénales interdisant toute discrimination « à raison » de la race, de l’ethnie, de la nationalité, de la religion, du sexe et de l’orientation sexuelle. C’est au fond l’expression légale de ce que Benoît XVI a appelé la dictature du relativisme qui est une tyrannie empêchant l’affirmation claire de la distinction entre le bien et le mal.
La relatio post disceptationem n’en est pas là, mais son expression indique clairement la tendance et repose sur le même appel au sentiment, le même refus du raisonnement, la même globalité et le même globalisme qui voudrait empêcher tout discernement analytique à quelque niveau que ce soit. A moins que cette « analyse » n’aboutisse à la mise à l’écart de toute vérité tranchante présentée comme cause de « rejet » ou d’exclusion…
Quelques affirmations de la relatio post disceptationem méritent d’être relevées davantage dans le détail.
L’homme n’est-il plus lui-même ?
Au numéro 5, on nous parle d’emblée d’un « changement anthropologique » qu’on se garde bien de définir. Là est pourtant la clef de lecture du document. En bon français (et italien, langue d’origine du document), cela désigne un changement de l’homme lui-même, et non seulement un changement sociologique – celui-ci est d’ailleurs désigné comme un « changement culturel ». Si l’homme est modifié, c’est qu’il est autre : il ne pense plus, il n’agit plus de la même manière, il ne respecte plus les mêmes règles que jadis parce que sa nature est modifiée. Raison pour laquelle on ne pourrait plus exiger un même respect d’un « idéal » qui le dépasse désormais. Et ils osent suggérer qu’ils ne demandent que la prise en compte de la réalité concrète !
Reprenons : « Le changement anthropologique et culturel influence aujourd'hui tous les aspects de la vie et requiert une approche analytique et diversifiée, capable de percevoir les formes positives de la liberté individuelle. » Sans nier les aspects négatifs de cet individualisme, l’idée majeure que les rapporteurs veulent faire passer est bien qu’il faut partir d’une recherche du bien dans les situations intrinsèquement désordonnées. Est-ce pour attirer les personnes, qui s’y trouvent, à terme, et selon la « loi de la gradualité », vers le vrai bien du mariage et de la chasteté propre à chaque état de vie ? On voit mal de quelle manière, sans claire affirmation du vrai bien ni de la réalité et de la gravité du péché qui coupe de la grâce.
Si l’Eglise n’était qu’un club de bienfaisance où il importe de se sentir bien et d’ouvrir ses portes à chacun, ce langage aurait toute sa place. Mais l’Eglise est le Corps du Christ ; sur cette terre elle a pour objectif maternel d’amener chacun à la Rédemption en l’arrachant à l’éternelle damnation qui serait notre lot sans le sacrifice du Christ – et Il n’a pas prêché une morale de situation. Accueil des pécheurs ? L’Eglise est là pour ça et nous en sommes tous : mais elle ne nous présente pas un « idéal », mais le chemin, le seul, de la Vérité et de la Vie.
Où sont passés le ciel et l’enfer ?
On cherche en vain dans le rapport d’étape du synode, qui est censé exprimer l’enseignement catholique et déterminer comment amener les catholiques à y adhérer, une phrase sur les fins dernières de l’homme et la raison surnaturelle pour laquelle il importe, en définitive, chaque homme est appelé à suivre Jésus, Pasteur exemplaire qui a demandé à chacun de porter sa croix. Ses mots les plus durs ont été pour ceux qui « scandalisent » les petits en leur laissant croire que le mal peut être un bien, les entraînant ainsi au péché.
Alors, quand la relatio parle d’accueillir les personnes dans les situations « les plus disparates » (n° 11) pour encourager « le désir de Dieu et la volonté de se sentir pleinement partie intégrante de l’Eglise », on ne contestera certes pas l’importance pour chacun de trouver Dieu et le devoir de l’Eglise de l’y aider, mais cela ne peut pas être au prix d’une redéfinition de la miséricorde, comme si celle-ci pouvait contredire la vérité. C’est Dieu qui juge en toute justice, en tenant compte des faiblesses et du pardon demandé : mais on ne demande pas pardon pour un mal avec la ferme intention d’y demeurer.
Le n° 14 de la relatio est un monument de mauvaise foi.
« 14. Jésus Lui-même, en se référant au dessein premier sur le couple humain, réaffirme l'union indissoluble entre l'homme et la femme, tout en comprenant que “en raison de votre dureté de cœur (que) Moise vous a permis de répudier vos femmes ; mais dès l'origine, il n'en fut pas ainsi” (Mt 19,8). De cette manière, Il montre combien la condescendance divine accompagne toujours le chemin de l'homme, l'orientant vers son principe, non sans passer par la croix. »
Le Christ censuré
Comme si Jésus Lui-même, en disant cela, n’avait pas ajouté ces paroles de feu : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » De quel droit ont-ils escamoté ces mots essentiels ? Jésus ne parlait pas à un public plus réceptif que celui du XXIe siècle, pourtant… Pour l’analyse de ce passage du rapport, voyez le blog d’Yves Daoudal, c’est par ici.
C’est encore lui qui démonte la tromperie des n° 17 à 20 , qui prétend trouver des éléments positifs dans les cohabitations et les « remariages », non point des non chrétiens mais ceux des catholiques des « semini Verbi répandus hors des frontières sacramentelles ». Autant il est vrai que tout bien vient de Dieu, ce qui permet de discerner les éléments de vérité qu’il peut y avoir dans la religiosité naturelle ou dans le mariage de non chrétiens respectueux de ses fins naturelles, autant on est là dans l’affirmation qu’une situation objective de péché pourrait être un début de bien en soi, à faire évoluer vers une plénitude de bien. C’est la confusion entre les actes objectivement bons que chacun peut poser, et le cadre objectivement mauvais où il a choisi de se placer.
Demander à l’Eglise de « se tourner avec respect vers ceux qui participent à sa vie de manière incomplète et imparfaite, appréciant plus les valeurs positives qu’ils conservent que leurs limites et leurs manquements » (n°20) relève de la même confusion volontaire : confusion entre le respect pour les personnes et le jugement à apporter sur leur état de vie – jugement miséricordieux en ce qu’il entend dire que cet état est synonyme de mort spirituelle dont il est possible de sortir.
La valeur du concubinage
Le n° 22 propose de considérer la cohabitation stable, sanctionnée ou non par un mariage civil, « marquée par une affection profonde, par la responsabilité vis-à-vis des enfants, par une capacité à résister dans les épreuves », « comme un bourgeon à accompagner dans son développement vers le sacrement du mariage ». Confusion encore : bien sûr qu’il faut essayer les couples catholiques (et même les autres, appelés au même salut !) qui choisissent l’union de fait ou le mariage civil, à s’engager dans le mariage sacramentel. Bien des pasteurs soulignent d’ailleurs combien ces engagements gagnent à se faire après une période de continence pour marquer, précisément, la différence entre les deux états et la reconnaissance de ce que le mariage sacramentel représente. Mais en cherchant le « bien » dans les unions libres ou civiles on les désigne comme bonnes. Pour les parents chrétiens, quelle claque ! Doivent-ils désormais accompagner leurs enfants vers l’union libre parce que celle-ci est un « bourgeon » de mariage sacramentel ? Seront-ils « discriminants » s’ils osent souligner d’abord le mal et le danger de ces unions ? S’agit-il de démissionner collectivement au nom du « changement anthropologique » ?
Il faut le croire, puisque la relatio propose non que la mission obtienne la conversion des brebis égarées, mais que s’père une « conversion missionnaire », « requise ». En d’autres termes, que celui qui dit le bien renonce au mal qu’on n’hésite pas à  pointer chez lui : « Il ne faut pas se limiter à une annonce purement théorique et détachée des problèmes réels des personnes. » C’est au n°28, qui poursuit : « Il ne faut jamais oublier que la crise de la foi a comporté une crise du mariage et de la famille et, par conséquent, la transmission de la foi des parents aux enfants a été souvent interrompue. »
La crise de la foi
Et pourquoi cela ? Parce que la foi n’a plus été enseignée. C’est bien parce que des hommes d’Eglise ont abandonné l’annonce systématique et argumentée de la vérité sur le mariage – que rien n’empêche d’être libératrice et enthousiasmante, justement parce que la vérité rend libre et que l’enthousiasme est étymologiquement une manifestation de la présence divine – que le mariage est en crise. Je me souviens, petite fille passant mes vacances aux Pays-Bas à la fin des années 1960, de la jubilation des grandes cousines : « On peut faire ce qu’on veut ! C’est le curé qui vient de nous le dire. » Cela concernait, je l’ai mieux compris plus tard, l’activité sexuelle hors mariage et la contraception.
Attardons-nous encore un instant sur le n° 28. Il se termine avec ces mots : « Lorsqu’elle est confrontée par une foi solide, l’imposition de certaines perspectives culturelles qui affaiblissent la famille et le mariage n’a pas d’importance. » Autrement dit une foi forte préserve des errances du temps, du « monde » dont nous ne sommes pas. Le plus urgent n’est-il donc pas d’enseigner la « foi forte », sans édulcorer son contenu, sans affadir son sel ?
Au n° 30, les rapporteurs s’offrent un petit détour par le dialogue interreligieux en expliquant que « beaucoup ont insisté sur une approche plus positive des richesses contenues dans les différentes expériences religieuses, sans passer sous silence les difficultés. Dans les différents contextes culturels, il faut d’abord saisir les possibilités, puis, à la lumière de celles-ci, repousser les limites et les radicalisations ». Et cela de la part de l’Eglise, qui a les paroles de la vie éternelle !
Le n° 36 revient sur « la réalité positive des mariages civils et, compte tenu de leurs différences, des concubinages » : voici le mariage sacramentel relégué au rang d’« idéal » auquel on peut aspirer ou duquel on se détache. Le n° 37 invite l’Eglise à « aller en aide » à ceux qui sont dans un concubinage « ad experimentum » (mariage à l’essai) ou dans un « mariage par étapes » à la mode africaine, en étant pour tous « la maison ouverte du Père ». On songe à la parabole de l’enfant prodigue : c’est en rompant avec sa vie dissolue et en reconnaissant sa faute, poussé par la misère qui s’avère pour lui miséricorde, qu’il revient au Père et y trouve la porte toujours ouverte.
Le n° 38 parle des difficultés matérielles pour se marier et de la peur des engagements définitifs, et des retards pris « non par rejet des valeurs chrétiennes relatives à la famille et au mariage, mais surtout du fait que se marier est un luxe ». Du prix de la fête au prix de la dot… Mais la réponse de l’Eglise doit-elle vraiment se centrer sur le fait que « dans ces unions aussi, on peut voir des valeurs familiales authentiques, ou du moins le désir de celles-ci » ? A force de « positiver », pourquoi s’inquiéter ? Pourquoi suggérer ensuite ce qui est considéré comme impossible d’emblée ?
Passons sur la simplification des procès de reconnaissance de nullité, cela mérite des développements à part.
Divorcés « remariés »
Le n° 46 parle des divorcés remariés (sans guillemets puisque le mariage civil a des aspects positifs…) : « Les situations des personnes divorcées remariées exigent aussi un discernement attentif et un accompagnement empreint de respect, évitant tout langage ou attitude qui les feraient sentir discriminées. Prendre soin de ces personnes ne représente pas pour la communauté chrétienne un affaiblissement de sa foi et de son témoignage de l’indissolubilité du mariage, au contraire, c’est par ces soins qu’elle exprime sa charité. » On goûtera le « au contraire » qui confond foi et charité. Bien sûr, l’Eglise doit apporter son secours – la communication de la grâce – à tous les hommes qui en ont besoin. Mais de cela il n’est pas question.
Le n° 47 est un autre monument :
« 47. Quant à la possibilité d’accéder aux sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, certains ont argumenté en faveur de la discipline actuelle en vertu de son fondement théologique, d’autres se sont exprimés en faveur d’une plus grande ouverture à des conditions bien précises, quand il s’agit de situations qui ne peuvent pas être dissoutes sans entraîner de nouvelles injustices et souffrances. Pour certains, il faudrait que l’éventuel accès aux sacrements soit précédé d’un chemin pénitentiel – sous la responsabilité de l’évêque diocésain –, et avec un engagement évident en faveur des enfants. Il s’agirait d’une situation non généralisée, fruit d’un discernement réalisé au cas pas cas, suivant une règle de gradualité, qui tienne compte de la distinction entre état de péché, état de grâce et circonstances atténuantes. »
Du sac de Rome à celui du mariage
Voilà, c’est le point névralgique, le point de basculement recherché, tant il est vrai que le divorce est à la racine de toutes les autres destructions de la famille, de la filiation, de la société. On se demande en passant quel peut être cet « engagement évident en faveur des enfants ». Jamais on n’entend les partisans de cette communion accordée sans intention de sortir d’une situation objectivement et gravement désordonnée préciser de quels enfants il s’agit : ceux du « premier » mariage ? Ceux de la nouvelle union ? Et puis : y a-t-il désormais des étapes entre l’état de péché et l’état de grâce où l’on pourrait se trouver un peu, en raison des « circonstances atténuantes » ?
Les derniers paragraphes concernent l’accueil des personnes homosexuelles ; il semblerait que le cardinal Peter Erdö, qui a présenté le rapport à la presse, en ait été marri, n’ayant semble-t-il pas pris la peine d’en prendre connaissance avant la présentation : il s’agirait de l’opinion du rédacteur très libéral, Mgr Bruno Forte. Après avoir plaidé pour l’accueil des personnes, ce qui n’a rien de scandaleux en soi, l’article 50 parle de ces homosexuels qui « souhaitent rencontrer une Eglise qui soit une maison accueillante ». « Nos communautés peuvent-elles l’être en acceptant et en évaluant leur orientation sexuelle, sans compromettre la doctrine catholique sur la famille et le mariage ? » Dans le contexte, on comprend mal le choix d’« évaluant » pour traduire le mot italien originel « valutando » : commet « évaluer » une orientation sexuelle ? « Apprécier » se comprendrait mieux, au sens de « valoriser ». Et là, cela se passe de commentaires…
Valoriser l’homosexualité
Mais le paragraphes qui a fait le plus plaisir aux médias est celui-ci, nonobstant le précédent qui évoque pour les dénoncer les « organismes internationaux » qui « soumettent les aides financières à la condition d’introduire des lois s’inspirant de la l’idéologie du gender » :
52. Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu’il existe des cas où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires. De plus, l’Église prête une attention spéciale aux enfants qui vivent avec des couples du même sexe, en insistant que les exigences et les droits des petits doivent toujours être au premier rang. »
On retombe dans les erreurs à propos des unions de fait en faisant abusivement la confusion entre des actes objectivement bons et le cadre où ils se réalisent. La presse y a vu une reconnaissance des unions homosexuelles, et eu égard à la lettre de ce n° 52, cela ne se justifie pas. Mais c’est bien d’impression qui domine. Alors qu’ailleurs, le document suggère que nos contemporains raisonnent de plus en plus avec leurs tripes, c’est elle qui reste ; on pouvait même le dire d’avance.
Debout !
Ce « tremblement de terre » à tous les étages aura du moins le mérite de réveiller les assoupis. Colère et interrogations ont semble-t-il accueilli le texte de la relatio – « Qu’est devenue la notion de péché ? », a demandé un évêque.
La doctrine de l’Eglise ne changera pas. Mais en attendant la voici exposée, attaquée, ridiculisée, au point que ceux qui la défendent passeront pour des Pharisiens. Où l’on comprend à quel point l’Eglise est la seule forteresse qui tienne debout face aux assauts de la culture de mort. Une forteresse d’un type un peu particulier, puisqu’elle est prête à offrir sa protection à tous les hommes de bonne volonté.

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