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06 février, 2016

Le cardinal brésilien Odilo Scherer condamne l’avortement pour microcéphalie, mais l’utilisation du préservatif, dit-il, est une « décision personnelle »

Pour regarder des extraits de l'entretien,
c'est par là
Interrogé par la BBC sur les recommandations actuelles autour du virus Zika, au Brésil, le cardinal-archevêque de São Paulo a clairement condamné l’avortement pour microcéphalie, car « personne ne peut décider de la vie et de la mort d’un être humain ». Mais alors que dans de nombreux pays d’Amérique latine les autorités recommandent aux mères de remettre à plus tard une grossesse, le cardinal Odilo Scherer a répondu de manière beaucoup moins nette sur le préservatif, assurant que l’Eglise catholique laisse « beaucoup de place à la décision personnelle de chacun ».
Celui qu’on donnait pour « papabile » après la renonciation de Benoît XVI n’a pas voulu donner d’indication claire sur l’enseignement de l’Eglise en matière de contraception : on le voit tenter d’éluder la question, souriant, gêné…
Le cardinal Scherer a encouragé les femmes enceintes d’un enfant microcéphale à considérer son accueil comme une « mission, mettant en garde contre l’« eugénisme » que constituerait l’avortement à la suite d’un dépistage. « C’est un être humain. En formation, mais c’est un être humain. L’enfant à naître, qu’il en soit seulement à 12 semaines de gestation ou à 20 semaines, est homme depuis le premier moment de la conception. S’il ne l’est pas au départ, il ne peut pas l’être ensuite… »

Le virus Zika utilisé pour promouvoir l’avortement et le préservatif au Brésil

En revanche, le recours aux contraceptifs est « très différent », a-t-il dit. « Il n’y a pas de solution simpliste : utilisez-les ou ne les utilisez pas. Les couples savent très bien comment éviter une grossesse non désirée. Ce n’est pas moi qui vais leur apprendre. »
L’enseignement de l’Eglise est pourtant clair : recourir à des moyens artificiels pour entraver la possibilité d’une conception est un acte gravement peccamineux : « Dom Odilo » ne le saurait-il pas ? Il explique : « Dans le cas des contraceptifs, il n’est pas question d’une vie déjà engendrée, mais d’éviter la génération d’une nouvelle vie. Dans le cas de l’avortement, on intervient pour supprimer une vie. »

Le cardinal Odilo Scherer dit que l’utilisation des contraceptifs relève d’une décision personnelle

« C’est à chacun de prendre ses responsabilités », a-t-il insisté, demandent qu’on n’attende pas de lui qu’il dise : « L’Etat le permet ; l’Eglise le permet. » « Si on prend la responsabilité d’utiliser » des préservatifs ou des contraceptifs, « alors il faut assumer cette responsabilité, en tenant compte de sa propre responsabilité… Evidemment, l’Eglise pose un cadre, donne des références. Mais l’Eglise dit aussi : maintenant, c’est vous qui décidez, et votre décision engage votre responsabilité personnelle. »
Ce n’est en effet pas lui qui veut apprendre au catholiques comment ils doivent vivre ; ni leur rappeler la gravité de l’enseignement de Humanae vitae.
Tel est le pouvoir du moustique porteur du virus Zika…


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23 avril, 2013

Ghana : rappel de 100 millions de préservatifs défectueux

En Afrique noire, le Ghana fait partie des pays où l'infection par le virus du sida est importante. Et comme partout ou presque, les autorités ont décidé de lutter contre la propagation de la maladie en recommandant le port du préservatif. Trop cher pour la population locale ? Qu'à cela ne tienne : des associations et des centres de santé les distribuent gratuitement. A la fin de 2012, pas moins de 100 millions de préservatifs ont été commandés en Chine, sans doute à moindre coût, pour être ainsi offerts.

Mais la marque Be safe (soyez en sécurité) n'est pas à la hauteur de ses promesses. Plusieurs semaines après le début de la distribution, les autorités sanitaires du pays ont brusquement battu le rappel des objets. La Food and Drug Authority locale venait de procéder à des tests. Trop petits, trop fins, de mauvaise qualité, sujets aux déchirures, ils ont tous les défauts. Et même des trous. « Qui exposent les utilisateurs à des grossesses non désirées et à des maladies sexuellement transmissibles. »

Autrement dit, ils ne servent à rien et, pire, ils créent l'illusion de la « protection », ce qui naturellement incite à plus d'imprudences.

Comme le dit la presse africaine :
« Alors qu’un représentant de l’ONUSIDA a confirmé, interrogé par RFI, cette situation, une réunion doit avoir lieu aujourd’hui au ministère de la Santé Ghanéen destinée à mieux identifier les dysfonctionnements qui ont conduit à ce scandale. Il s’agira notamment de déterminer comment ces préservatifs ont pu commencer à être distribués alors que les résultats des contrôles n’étaient pas encore connus. L’affaire inquiète beaucoup les responsables de santé au Ghana et au-delà le reste de l’Afrique où les préservatifs “made in China” suscitent depuis longtemps une certaine défiance. Ainsi, en 2011, un tribunal sud-africain avait interdit au gouvernement d’acheter à la Chine 11 millions de préservatifs en raison des doutes sur leur qualité et de leur taille inadaptée. Outre la survenue de grossesses non désirées et la hausse des infections sexuellement transmissibles (et notamment de la transmission du VIH), les responsables sanitaires ghanéens redoutent que cette crise ne favorise un rejet plus général du préservatif. »
L'abstinence et la fidélité sont pourtant de loin le meilleur plan !


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09 juin, 2012

Canada : audience d'appel pour un homme condamné pour “agression sexuelle”

Craig Jaret Hutchinson
L'affaire est révélatrice. Craig Jaret Hutchinson a été condamné pour « agression sexuelle » l'an dernier au cours d'une procédure qui l'a  déjà mené devant la Cour suprême du Nova Scotia pour avoir percé les préservatifs qu'il a utilisé lors de rapports avec sa petite amie. Lors d'un deuxième procédure devant une cour d'appel l'avocat du jeune homme a plaidé lundi qu'une telle condamnation aurait des conséquences incalculables, notamment au bénéfice d'hommes qui chercheraient à échapper à leurs responsabilités vis-à-vis des enfants qu'ils engendrent.

Les faits remontent à 2006. Hutchinson pensait pouvoir sauver sa relation chancelante avec sa petite amie si elle tombait enceinte, d'où ses manœuvres. Une grossesse était effectivement survenue mais la jeune femme avait avorté ; une infection utérine s'en était suivie.

Une première procédure devant la Cour suprême du Nova Scotia pour « agression sexuelle aggravée »,  avait abouti à la relaxe de Hutchinson même si ses actes ont été qualifiés de frauduleuses et de lâches. La cour d'appel devait exiger alors que l'affaire soit rejugée au motif que la jeune femme n'était pas consentante pour un « acte sexuel non protégé ». La condamnation – à 18 mois de prison ! – tomba le 28 septembre dernier. Sans toutefois aller aussi loin que ce qu'avait réclamé le procureur : celui-ci avait accusé Hutchinson d'avoir mis la vie de sa fiancée en danger en « sabotant » les préservatifs. Le juge Richard Coughlan estima que le lien entre la grossesse et le percement des préservatifs n'avait pas été prouvé, et il précisa que la grossesse ne constitue par une menace pour la vie.

Hutchinson a évité la prison grâce à une caution de 5.000 $. Et a fait appel de nouveau.

Son avocat essaie désormais de faire accepter le fait que la tromperie à laquelle s'est livrée son client est certes « immorale » mais non « criminelle ». Luke Craggs a souligné lundi qu'une condamnation serait la porte ouverte à la procédure à l'encontre de toute personne qui ne serait pas honnête par rapport à son utilisation de moyens anticonceptionnels et pourrait conduire au refus d'hommes de payer une pension alimentaire pour un enfant parce que leur partenaire leur aurait fait croire qu'il n'y avait pas de risque de grossesse.

Le procureur a reconnu que la logique voudrait en effet qu'on puisse aussi poursuivre une femme qui aurait menti à son partenaire en lui faisant croire qu'elle prenait la pilule.

Pour une histoire compliquée, c'est une histoire compliquée. Mais elle est somme toute dans la logique des choses à partir du moment où l'on considère que la grossesse, au même titre qu'une maladie sexuellement transmissible, est une conséquence généralement indésirable de l'acte sexuel, et qui ne devient acceptable qu'en cas d'accord des deux partenaires.

Source : LifeSite.

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27 novembre, 2011

Préservatif : à l'ONU, le Vatican tient bon

John-Henry Westen de LifeSite rapporte les propos clairs du représentant du Saint-Siège auprès de l'ONU, le P. Philippe Bené, lors d'une réunion du Troisième comité de l'Assemblée générale mardi dernier. Il a réitéré l'opposition du Vatican au préservatif, y compris dans le but d'éviter le sida. Il est intéressant de noter que l'on discutait précisément à propos des Droits de l'enfant, ce qui évoque à la fois le fait de ne pas « éviter » l'enfant comme une MST, et le devoir de ne pas imposer aux jeunes une fausse moralité contraire à leur dignité d'être humains en leur prêchant la capote.

« Le Saint-Siège n'approuve d'aucune manière la contraception ou l'utilisation de préservatifs, que ce soit comme moyen de planification familiale ou dans le cadre de programmes visant à éviter le virus HIV et le sida », a-t-il déclaré.

Ce n'est qu'une répétition mais elle est en soi une nouvelle dans la mesure où une certaine presse voudrait croire que depuis l'an dernier et le livre d'entretiens de Benoît XVI avec Peter Seewald la position du Pape et du Vatican auraient évolué vers plus de « libéralisme » ou de « tolérance » : des journaux et des commentateurs réputés sérieux ont soutenu alors que le Saint-Père justifiait le recours au préservatif s'il s'agissait d'éviter de transmettre le sida, voire qu'il l'approuvait tout à fait dans ce cadre.

On y avait même vu une tentative de revenir sur une tempête médiatique après des propos de Benoît XVI lors de sa première visite papale en Afrique, où il avait déclaré que la politique du préservatif était même de nature à aggraver les problèmes de contamination virale. Cela lui avait été si peu pardonné que des gouvernements occidentaux (France, Espagne, etc) avaient dénoncé ses propos et le parlement belge s'était même offert le luxe du ridicule en condamnant la prise de position par 95 voix contre 18.

Lors de son voyage au Bénin la semaine dernière Benoît XVI n'a pas évoqué directement le préservatif mais a souligné que le sida est un « problème éthique » dont les solutions se trouvent dans « l'abstinence sexuelle, le rejet de la promiscuité sexuelle et la fidélité au sein du mariage » : pas exactement une justification du préservatif, mais certains journaux ont encore voulu y voir une édulcoration de la doctrine morale catholique.

Les propos du P. Bené montrent qu'il n'en est rien.

Westen commente : « Cela démontre qu'il existe une nouvelle stratégie de la hiérarchie de l'Eglise catholique de se confronter à la culture de manière directe même sur les cas les plus difficiles. Il semble que la tactique souvent utilisée – et inefficace – d'éviter les situations difficiles, d'obscurcir les questions ou de s'engager dans la compromission, soit en train d'être mise de côté. »

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10 avril, 2011

De quoi Philippe Isnard est-il coupable ?

Un soutien inattendu pour Philippe Isnard


Avec son aimable autorisation, je publie ci-desssous la réflexion d'« Elisseievna », membre de Riposte laïque et du CERF (Centre d'étude de réformes féministes), sur la révocation de Philippe Isnard par le ministre de l'Education nationale. Il y a – c'est peu de le dire – beaucoup de points de vue de ce blog qu'elle ne partage sans doute pas. Mais son raisonnement, vigoureux et libre, est des plus intéressants. Merci, donc, à Elisseievna de défendre comme elle le fait le droit et le devoir de chercher ce qui est vrai. Situation où demeure toujours beaucoup d'espoir. – J.S.


Etant féministe, athée, pour la loi Veil, au moins dans sa version initiale, et pour l’information sur la contraception et son usage, et ayant appris la révocation de Philippe Isnard par Luc Chatel, qui m’a révoltée,  j’ai relu les accusations dont il a fait l’objet de la part de celles qui l’ont demandée.

Aucune ne me parait justifier de dire comme il a été dit, que ses éléves auraient été « victimes » d’un comportement condamnable de sa part, au point que son renvoi eût été nécessaire

La première remarque est que tout ce qui lui a été reproché de dire sur l’avortement et la contraception, n’a rien de religieux, un athée soucieux de la protection de la vie, un athé qui raisonnerait par récurrence en demandant : «  Si on admet l’avortement à tel stade, pour telle malformation, alors jusqu’où l’admet-on ? » pourrait tenir exactement les propos qui sont reprochés à Philippe Isnard.  Il n’y a donc pas là  en soi de problème de laïcité. Il est accusé par contre d’avoir « prôné la doctrine catholique comme supérieure à tout » :  est ce vrai ou non, mais à moins qu’il ne passe ses cours à cela et ne note les élèves en fonction de leur adhésion, la sanction parait pour le moins disproportionnée.

La deuxième remarque est qu’à part une mère d’élève interviewée par une télévision et critiquant la violence du film montré aux élèves, il n’a été montré par les journalistes aucune preuve que des élèves aient été en fait choqués par cette projection : si des plaintes avaient eu lieu, si les services psychologiques avaient reçu des élèves, les journalistes en auraient sans doute fait état …

Reprenons donc les accusations portées contre Philippe Isnard :

-          Projection du film «  No need to argue" devant des élèves de seconde âgés de 14 à 16 ans, au cours duquel « se succèdent en musique des images, sans lien entre elles, mais toutes plus horribles les unes que les autres »
-          Refus de laisser sortir hors la classe des élèves qui ne voulaient pas le voir et auquel le professeur a « a enjoint d'aller au fond de la classe »
-          Dénonciation de la loi Veil
-          Fait de prôner la foi catholique comme  supérieure à tout
-          Présenter la pilule ou le stérilet comme des moyens abortifs qu’il faut proscrire
-          Affirmer que le préservatif, loin de protéger des maladies sexuellement transmissibles, encourage les comportements à risque et donc la transmission du SIDA
-          « Stigmatiser » le rôle du Planning familial, « dont les subventions seraient mieux placées selon lui pour subvenir aux besoins des mères en détresse et des enfants non désirés. »

J’ai vu le film en cause, il est effectivement mauvais, présentant des images chocs sans aucune explication sur l’histoire des petits cadavres et les circonstances de leur mort, mais étant donné que justement il n’y a aucun commentaire et juste de la musique, les élèves envoyées au fond de la classe pour ne pas le voir, ne pouvaient rien entendre de choquant non plus … Il n’empêche qu’aussi mauvais qu’il soit, il montre des embryons ou fœtus pouvant très bien avoir été détruits par des avortements légaux selon la législation de différents pays qui permettent l’avortement jusqu’à la viabilité ou sans limite et les méthodes d’aspiration, de curetage, et jusqu’à il y a quelques années aux USA par « naissance partielle ».

Si les anti-ivg ou pro-vie voulaient vraiment faire des films « gore », ils pourraient montrer bien pire en réalité. Le site de l’ANCIC par exemple explique en détail les méthodes d’avortement des embryons jusqu'à douze puis quatorze semaines d’absence de règles : on prend une seringue, on aspire le contenu de l’utérus, et on prend une plus grosse pince pour retirer les « fragments ovulaires plus volumineux », c'est-à-dire la tête. Sachant qu’à ce stade l’embryon humain fait jusqu'à 10 cm et 45 ou 50 grammes, a des bras et des jambes, un visage, bougeant « par réflexe », sachant que l’on peut aussi prendre un rat nouveau né et lui aspirer les boyaux devant une caméra pour montrer vraiment de quoi l’on parle… somme toute, les anti-ivg sont assez pudiques en ne montrant que les cadavres.

Dénonciation de la loi Veil : j’ai déjà expliqué quel problème pose le fait de faire de cette dénonciation un crime dans mon texte «  Je suis pour l’avortement … », en résumé, dans une démocratie, les citoyens ont le droit de débattre des lois, sinon, l’on n’est plus en démocratie, mais un Etat basé sur des dogmes, où la souveraineté n’appartient plus au peuple, mais à l’oligarchie prenant le droit de décider des dogmes reconnus. Mais heureusement, tant que ces dogmes sont détachés de cette horreur de notion de dieu, les défenseurs de la laicité peuvent les défendre au nom de la liberté et de « ni dieu ni maitre »  n’est ce pas ? A zut, ils ont oublié « ni maîtres » … Ils sont d’un distrait tout de même !

Présenter la pilule et le stérilet comme des moyens abortifs : techniquement, si l’on veut être précis, même si cette présentation parait ridicule au premier abord :  c’est vrai, la pilule et le stérilet font mourir l’ovule fécondé, c'est-à-dire l’embryon à son premier stade.

…des moyens abortifs qu’il convient de proscrire : même remarque que pour la contestation de la loi Veil : pourquoi un professeur ne pourrait il dire sa conviction à ses éléves là-dessus, puisque le Planning  et d’autres professeurs peuvent leur dire qu’ils sont eux, pour la contraception et l’avortement ?  Je dois être sourde, pour ne pas avoir entendu une seule justification rationnelle à l’appui de l’affirmation qu’il serait scandaleux que les élèves entendent autre chose que l’apologie de la loi Veil.

 Nous sommes revenus au « moyen-âge », il y a les dogmes  auxquels il faut croire, qu’il n’est pas besoin de démontrer rationnellement car ils sont «évidents », et ceux qui n’y croient pas sont les suppôts de Satan, aux arguments desquels on se contente d’opposer une métaphore, la mauvaise odeur de leurs idées, qui n’est d’ailleurs que la reprise d’une vieille caractéristique du satanique, l’odeur délétère opposée à l’odeur de sainteté. Mais que l’on se rassure, puisque ce sont de fervents (zut qu’ai-je dis) partisans de la laïcité qui emploient ces images, elles ne peuvent être que débarrassées de leurs miasmes (zut …cela m’a encore échappé) religieux, c’est évident, là encore, n’est ce pas ?

L’argument que je préfère : critique de la capote qui favoriserait l’expansion des MST. Je suis pour l’usage des préservatifs, pour minimiser les risques, mais le Pape a tout à fait raison de dire que la publicité en faveur de l’usage du préservatif au lieu de la fidélité favorise les risques de transmission. Aucun moyen technique n’est fiable à 100 %, donc encourager les gens,  comme le font plusieurs publicité en été par exemple, à avoir des relations sexuelles avec des gens qu’ils ne connaissent pas et sans auparavant de période d’abstinence suffisante pour s’assurer que l’on n’est pas porteur du HIV, c’est effectivement leur faire courir un risque, et pas un petit risque, juste un risque mortel.  J’ajoute que la vision de distributeurs de capotes dans les rues ou le métro, (super pour les marchands de préservatifs…) me fait toujours penser à une affiche qui dirait au passant «  Un petit besoin urgent  de vide-couille ?  je te fournis l’anti-Mst supersur à 110%, tu n’as plus qu’à trouver l’ustensile, la meuf quoi ». Nos rues sont pleines de poésie n’est il pas ? Bref, qui est dangereux pour les adolescents ? Ceux qui les encouragent à avoir un comportement avec un risque certes faible, mais certainement pas nul, et juste mortel, ou bien ceux avec le Pape qui les encouragent à un comportement zéro risque ? Les seconds sont des rabats joie et affreux intégristes, bouh !, mais les premiers ils sont quoi ?…

« Stigmatiser » et subventionner le planning au lieu d’aider les mères en détresse :  je ne vois pas pourquoi opposer les deux, étant donné que le planning a la mission d’informer sur la vie sexuelle et donc de prévenir les situations de détresse, je me réjouis au contraire que l’information sur la sexualité et la fécondité soit disponible alors qu’elle était précédemment interdite, et je rappelle aux chrétiens qui prônent des méthodes de contrôle (moins fiable mais de contrôle tout de même) de la fécondité non médicamenteuses, qu’ils devraient remercier les féministes car auparavant même ces méthodes là, qui relèvent pourtant de la « médecine douce », ne pouvaient être rendues publiques… Il n’empêche que je n’arrive pas à comprendre, ce qu’il y a de si nocif pour les élèves dans le fait de leur dire que l’on souhaite plus d’aide pour les mères et moins pour le planning. Mais si, suis-je bête : c’est la « stigmatisation » bien sur ! Tenir des propos « racistes planningophobe » en pleine classe, voilà bien qui peut être une cause de traumatisme à vie pour les élèves, mais bien sur ! …

Bon, sérieusement, parlons maintenant de ce que les élèves entendent et se voient imposer de vraiment grave pour eux, et qui ne fait l’objet d’aucune sanction. J’ai été témoin de propos antisémites, en cours magistral en pleine classe. Nombre de professeurs ont entrainé leurs élèves dans des manifestations politiques à plusieurs reprises et de plus en plus fréquemment.  L’information sur la sexualité en classe est certes indispensable, mais elle est extrêmement délicate à donner sans agresser les élèves. J’ai été témoin de questions posées aux élèves qui sont un vrai viol de leur pudeur et en public devant toute la classe, sans aucune mauvaise intention bien sur, mais pourtant … Je rappelle aussi la lecture dans plusieurs classes de passages pornographique du livre de Azouz Begag «  Le gône du chaaba ». « "- Et si on s’enculait comme les grands ?... etc » (Le Figaro 05.03.2004 Le bloc-notes Ivan RIOUFOL).  N’y voyez aucune atteinte à la pudeur des adolescents, aucune sanction, des félicitations …

Mais le monstre, c’est Philippe Isnard surement … ?

Elisseievna

Avril 2011

04 avril, 2011

Amérique du Sud : une révolutionnaire choisit la vie

Amparo Medina, 45 ans, femme énergique, avait commencé sa « vie active » comme militante au sein du Mouvement de la gauche révolutionnaire en Equateur. Elle allait dans les quartiers pauvres de sa ville pour apprendre le sport aux jeunes désœuvrés. Pleine d'idéal, elle voulait changer le monde. Elle a fini catholique. Et lutte maintenant pour la fin de l'avortement – et la contraception.

Amparo Medina avait commencé sur une tout autre voie. Après des études de pédagogie sociale, elle avait étudié le « leadership » en Israël et travaillé au sein d'organisations internationales comme l'Organisation des Etats Américains, l'UNICEF et l'ONU, sur le thème de la santé sexuelle et reproductive. Elle s'aventura dans les zones sauvages de la forêt amazonienne pour aider les populations à défendre leur terre, si nécessaire par la force, organisa des crèches dans la brousse pour que les femmes puissent aller au travail, leur enseignait même à rendre coup pour coup lorsque leurs maris les frappaient. Bien sûr elle militait pour l'avortement.

Au point qu'elle fut prise par l'armée équatorienne et frappée quasiment à mort : guérie, elle se jeta avec une volonté renouvelée dans des groupes révolutionnaires opérant dans son pays, au Chili et en Colombie. Avant d'être reprise et, dit-elle, torturée pendant sept jours par les militaires.

Puis vint la conversion.

Elle fut le fruit d'un choc. Amparo accompagnait une amie très proche qui était tombée enceinte à la suite d'une relation extra-conjugale. Elle en était à sa neuvième semaine de gestation.

« Je me rappelle la salle, la peur et la douleur qui transparaissaient sur le visage de mon amie, le bruit de l'aspirateur et moi, moi qui lui disais de ne pas avoir peur, de continuer, de songer que l'opération était simple et qu'elle lui ferait du bien », raconte la jeune femme, toujours hantée par la scène.

Car elle se sent coupable, jusqu'à aujourd'hui : du coup elle a fondé une association pour aider les pères et les mères à surmonter la dépression post-abortive.

« J'ai compris qu'aucune femme n'avorte par plaisir ; la souffrance est immense et elle laisse des traces qu'on n'effacera jamais. »


Amparo Medina estime que la réponse ne passe pas par les préservatifs mais par un juste enseignement de la sexualité, ses risques et surtout les responsabilités qu'elle comporte. Les contraceptifs ne sont pour elle qu'un moyen de plus pour enrichir les multinationales. Parole d'une femme qui connaît les réalités des couches pauvres de la société de l'intérieur.

Un autre événement providentiel allait entraîner sa conversion. Participant à la lutte armée des indigènes, elle s'est trouvée un beau jour face à la milice. Une balle siffle, éraflant sa joue gauche. Elle tombe, inconsciente. « C'est là que j'ai eu la vision d'une jeune fille de 16 ou 17 ans qui disait qu'elle m'aimait. Je suis sûre que c'était la Vierge Marie. » Amparo est devenue catholique. Et elle dit aujourd'hui : « Je ne suis qu'une pièce dans un engrenage qui me dépasse de beaucoup. »


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16 février, 2011

Baisse spectaculaire du sida au Zimbabwe

Même si le niveau d'infection par le virus HIV y reste l'un des plus importants au monde – 10 % de la population adulte – le Zimbabwe a connu une baisse spectaculaire : - 50 % entre 1997 et 2007.  Et ce n'est pas par le biais de la distribution de préservatifs que ce résultat excellent a été obtenu, mais par la crainte qu'inspire le virus et par le changement des comportements.

L'information a fait l'objet d'une dépêche de l'Agence France presse que l'on peut notamment lire ici et sur de multiples sites francophones africains. Le texte souligne que l'étude, dont l'auteur principal est le Pr Simon Gregson de l'Ecole de Santé publique de l'Imperial College de Londres a voulu comprendre ce qui avait permis cette inversion d'une situation exceptionnellement tragique, là où « le changement était le moins probable ».

Ce sont donc « l'éducation » et « l'information » qui ont le plus joué, poussant les hommes à réduire – apparemment fortement – le nombre de leurs parternaires sexuels extra-maritaux et les rapports occasionnels. Si la crise économique que vit le Zimbabwe depuis 2004 a pu un peu accentuer cela, souligne l'étude, en ce que les hommes avaient moins de moyens matériels pour entretenir de multiples partenaires, la tendance s'était installée bien avant.

Les auteurs de l'étude soulignent même que les bons résultats sont liés au bon niveau de formation de la population et à la solide tradition du mariage qui y est établie. (Il faudrait préciser que 70 % de la population adhère au catholicisme, à l'anglicanisme ou au méthodisme.)

Alors ? Alors, le co-auteur des travaux, le Dr Timothy Hallett « espère que le Zimbabwe et les autres pays dans le sud de l'Afrique tirent les leçons de cette baisse remarquable ».

Abstinence et fidélité sont donc les moteurs de ce remarquable retournement, deux mots qui doivent écorcher la plume de la moyenne des journalistes puisqu'on ne les retrouve pas ou dans les comptes-rendus francophones de cette bonne nouvelle qui, il est vrai, met à mal la doctrine du tout-préservatif. Même si l'usage du préservatif demeure recommandé au Zimbabwe en cas de rapports occasionnels il est clair que la population ne lui fait plus confiance et qu'elle est davantage frappée par les morts et les souffrances causées par le sida.


A telle enseigne, rapporte LifeSite, que les hommes du Zimbabwe ne considèrent plus comme naguère les MST comme une sorte de trophée mais comme une honte. L'étude met fortement et explicitement l'accent sur les bienfaits de la fidélité et d'un comportement sexuel responsable.

Le Dr Edward C. Green, qui était venu au secours de Benoît XVI lors de la controverse sur le préservatif  en 2009, a précisé à LifeSite que « lorsque les gens craignent d'attraper le sida, ils ont tendance à laisser jouer leur bon sens et ils réduisent leur tendance à la promiscuité ».

Précisons que l'étude du Dr Gregson et autres avait été commandée par la FNUAP et par ONUSida.

Et que la présentation de ses résultats, selon que l'on se réfère aux gros médias ou aux commentaires pro-vie, quoique disant matériellement des choses similaires, aboutissent à une image globale très différente dans les deux cas. Faut croire que la réussite d'un programme d'information qui accentue aussi fortement la recommandation de ne pas multiplier les partenaires sexuels et qui ne présente le préservatif que comme un dernier recours, n'est pas politiquement correcte du tout.

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27 décembre, 2010

Préservatif : un médecin de l'APV s'associe à la “demande instante” de l'abbé Barthe

Je le découvre à l'instant sur Osservatore Vaticano : le Dr  Philippe Schepens, médecin belge membre de l'Académie pontificale pour la vie (APV) s'est associé à l'appel de l'abbé Barthe à propos de « l'affaire du préservatif », publié sur ce blog.

11 décembre, 2010

Les sophismes autour de l'affaire du préservatif : la réponse de Mgr Schooyans sur le “Safe Sin”

L'article et les textes publiés aujourd'hui par Sandro Magister – souvent si sûr et si fiable – ont de quoi surprendre. J'y reviendrai sans doute un peu plus tard de manière plus personnelle, mais face à cette affaire qui finit par justifier la diffusion du « caoutchouc » il faut une réponse bien plus autorisée que la mienne.

Je reçois à l'instant de Mgr Michel Schooyans un texte qu'il écrivit en 2005, dont il souhaite à juste titre la diffusion car tout y est dit. Texte long assurément, mais nullement ardu car d'une grande limpidité. C'est la réponse que j'attendais.

Le sida et le préservatif
par
Michel Schooyans


Il est bien connu que certaines personnes ont été frappées par le sida sans que leur responsabilité morale soit le moins du monde engagée. Cette maladie peut avoir été transmise à l’occasion d’une transfusion sanguine, d’une erreur médicale ou de contacts accidentels. Il y a aussi des membres du personnel soignant qui contractent le mal en se dévouant à des malades séropositifs. 

Ce ne sont pas ces cas que nous examinerons ici. Nous nous pencherons sur des déclarations émises ces dernières années et émanant de diverses personnalités en vue dans le monde académique et/ou ecclésiastique, le plus souvent des moralistes et des pasteurs. Nous les appellerons des dignitaires. Nous nous abstiendrons de les citer nommément pour éviter de personnaliser le débat et pour concentrer notre attention sur la discussion morale. (1)

Désarroi et confusion 

Portant sur le recours au préservatif en cas de sida, ces déclarations ont souvent semé un profond désarroi dans l’opinion publique et dans l’Église. Elles sont souvent assorties de propos surprenants concernant la personne et la fonction du Pape, ainsi que l’autorité de l’Église. Dans la foulée, on retrouve aussi les habituels cahiers de doléances à propos de la morale sexuelle, du célibat, de l’homosexualité, de l’ordination des femmes, de la communion donnée aux divorcés remariés et aux avorteurs, etc. Une occasion comme une autre de globaliser les problèmes... 

Ces dignitaires se sont exprimés avec une complaisance certaine dans des médias grand public. Ils y ont plaidé en faveur du préservatif en cas de risque de contamination du partenaire sain par le sida. L’Église devrait, selon eux, changer sa position à ce sujet. 

Ces déclarations provoquent beaucoup de confusion dans l’opinion publique ; elles troublent les fidèles, divisent les prêtres, ébranlent l’épiscopat, discréditent le corps cardinalice, minent le magistère de l’Église et visent frontalement le Saint-Père. D’autres, à présent retraités ou défunts, avaient déjà mené la fronde dans ces domaines. Aujourd’hui cependant, ces propos ont souvent provoqué la consternation, car les gens s’attendent à plus de prudence, de rigueur morale, théologique et disciplinaire de la part de ces dignitaires. Influencés par des idées à la mode dans certains milieux, ces dignitaires s’évertuent à « justifier » l’usage du préservatif en bricolant une « argumentation » avec des trucs passe-partout comme le moindre mal ou le double effet. 

Un de ces dignitaires est allé jusqu’à faire du recours au préservatif un devoir moral si l’on veut éviter d’enfreindre le Ve commandement. En effet, argumente-t-il, si une personne atteinte du sida refuse de pratiquer l’abstinence, elle doit protéger son partenaire et le seul moyen de le faire, dans ce cas, c’est de recourir au préservatif.

De tels propos ont pourtant de quoi laisser perplexes et ils sont révélateurs d’une connaissance partielle et partiale de la morale la plus naturelle et en particulier de la morale chrétienne (2). Leur façon de présenter les choses est pour le moins étonnante. 

Un problème de morale naturelle
Des propos rassurants mais mensongers

L’argumentation des dignitaires au sujet du préservatif est d’un simplisme inattendu, et on recommanderait volontiers aux intéressés de prendre connaissance d’études scientifiques et cliniques qui font autorité plutôt que de ressasser et d’accréditer des ragots depuis longtemps démentis par les tests-achats de n’importe quel magazine de consommateurs.

Comment passer sous silence que l’effet de contention que semble opérer le préservatif est largement illusoire ? Il l’est dans la mesure où ledit préservatif est mécaniquement fragile, où il incite à la multiplication des partenaires, où il favorise la variété des expériences sexuelles, et où pour toutes ces raisons il augmente les risques au lieu de les diminuer.

Quant à la seule prévention vraiment efficace, elle est à chercher dans la renonciation aux comportements à risques et dans la fidélité.

De ce point de vue, la qualification morale de l’usage du préservatif est un problème d’honnêteté scientifique et de morale naturelle. L’Église a non seulement le droit mais aussi le devoir de se prononcer à ce sujet.

« L’échec, c’est la mort à tout coup » 

Or les interventions des dignitaires omettent de faire état d’études récentes et de valeur scientifique incontestable, telle celle du Dr Jacques Suaudeau (3). A défaut d’être informés des études récentes, les auteurs pourraient au moins tenir compte de mise en gardes antérieures, émanant elles aussi des plus hautes autorités scientifiques. En 1996, par exemple, on lit dans le rapport du Professeur Henri Lestradet, de l’Académie nationale de Médecine (Paris) (4) : 
« Il convient [...] de faire remarquer que le préservatif a été initialement préconisé comme moyen contraceptif. Or [...] le taux “d’échec” varie de l’avis général entre 5 à 12 % par couple et par année d’utilisation. 
A priori, [...] on voit mal comment le VIH cinq cent fois moins volumineux qu’un spermatozoïde bénéficierait d’un taux d’échec inférieur. Il y a toutefois une énorme différence entre ces deux situations. En effet lorsque, comme moyen de contraception le préservatif n’est pas parfaitement efficace, l’échec a pour conséquence le développement d’une nouvelle vie alors qu’avec le VIH, l’échec c’est la mort à tout coup. » (5)
Considérant ensuite le cas des séropositifs, le même rapport fait remarquer que 
« La seule attitude responsable de la part d’un homme séropositif est en réalité de s’abstenir de tout rapport sexuel, protégé ou non. [...] Si une relation stable de couple est envisagée, les recommandations devraient être les suivantes : faire chacun un test de dépistage, le recommencer trois mois plus tard et dans l’intervalle s’abstenir de tout rapport sexuel (avec ou sans préservatif). Ensuite privilégier la fidélité réciproque. » (6)
Les dignitaires, auteurs des propos que nous analysons, feraient bien de prêter attention à une conclusion dramatique de l’étude médicale que nous citons : 
« L’affirmation mille fois proclamée (par les responsables de la santé, le Conseil supérieur du Sida et les associations de lutte contre le sida) de la sécurité totale apportée en toutes circonstances par le préservatif est sans aucun doute à la source de très nombreuses contaminations dont on se refuse actuellement à trouver l’origine. » (7)
Des campagnes internationales sont menées dans les sociétés « exposées » pour inonder celles-ci de préservatifs. Des autorités religieuses sont invitées à leur donner leur éminent patronage. Or malgré ces campagnes, et probablement à cause de ces campagnes, des progrès de la pandémie sont régulièrement observés.

En juillet 2004, l’une des plus hautes autorités mondiales en matière de Sida, le médecin belge Jean-Louis Lamboray, a donné sa démission au Programme des Nations Unies contre le Sida (ONUSIDA). Il motivait sa démission par « l’échec des politiques pour freiner la propagation de cette maladie. » Ces politiques ont échoué parce que « ONUSIDA a oublié que les véritables mesures préventives “se décident dans les maisons des gens et non dans les bureaux des experts” ». (8)

Avant de lancer des déclarations péremptoires, les dignitaires pourraient se souvenir de ce que déclarait un médecin très médiatisé et peu suspect de sympathies pour les positions de l’Église. Voici ce qu’écrivait en 1989 feu le Professeur Léon Schwartzenberg : 
« Ce sont, bien sûr, principalement les jeunes qui vont être les propagateurs [du sida] ; or, ils ne sont absolument pas conscients du drame du sida, qui pour eux est une maladie de vieux. Ils sont confortés dans cette conviction par l’attitude de la classe politique, beaucoup plus vieille qu’eux et qui organise une propagande débile : la publicité officielle pour les préservatifs a l’air d’être faite par des gens qui n’en utilisent jamais pour des gens qui ne veulent pas en utiliser. » (9)
Les auditeurs, lecteurs et téléspectateurs ne peuvent donc prendre pour argent comptant les propos imprudents que leur adressent les dignitaires, sans quoi ils risquent, comme eux, des se voir accusés tôt ou tard d’être « à la source de très nombreuses contaminations. » 

Un problème de morale chrétienne

Il est en outre spécieux d’affirmer que l’Église n’a pas d’enseignement officiel sur le sida et le préservatif. Même si le Pape Jean-Paul II évite systématiquement d’utiliser ce dernier mot, les problèmes moraux posés par l’usage du préservatif sont abordés dans tous les grands enseignements portant sur les relations conjugales et les fins du mariage. Lorsqu’on traite du sida et du préservatif à la lumière de la morale chrétienne, il faut avoir à l’esprit que rappeler celle-ci comporte des points essentiels : l’union charnelle doit se faire dans le cadre du mariage monogamique de l’homme et de la femme ; la fidélité conjugale est le meilleur rempart contre les maladies sexuellement transmissibles et le sida ; l’union conjugale doit être ouverte à la vie, à quoi il faut ajouter le respect de la vie d’autrui. 

Conjoints ou partenaires ? 

Il s’ensuit que l’Église n’a pas à prêcher une « morale » du partenariat sexuel. Elle doit enseigner et enseigne une morale conjugale et familiale. Elle s’adresse aux époux, aux couples unis sacramentellement dans le mariage, qui est monogamique et hétérosexuel. Les propos divulgués à propos du préservatif par les dignitaires concernent des partenaires, que ceux-ci entretiennent des relations pré- ou extra-matrimoniales, épisodiques ou suivies, hétérosexuelles, homosexuelles, lesbiennes, sodomiques, etc. On ne voit pas pourquoi l’Église, et moins que quiconque des dignitaires investis d’autorité magistérielle, devraient, au risque de scandaliser, venir à la rescousse du vagabondage sexuel et gérer les péchés de ceux qui, dans la plupart des cas, se moquent complètement, pratiquement et souvent théoriquement, de la morale chrétienne. « Péchez, mes frères, mais en sécurité ! » Après le « Safe Sex », voici le « Safe Sin » [péché sans danger] !

L’Église et ses dignitaires n’ont donc point pour mission d’expliquer comment faire pour pécher confortablement. Ils abuseraient de leur autorité s’ils se mettaient à prodiguer des conseils sur la façon de conclure un divorce, puisque l’Église considère que le divorce est toujours un mal. C’est même endurcir le pécheur que de lui montrer comment il devrait s’y prendre pour échapper aux conséquences indésirables de son péché.

D’où la question : est-il admissible que des dignitaires, normalement gardiens de la doctrine, occultent les exigences de la morale naturelle et de la morale évangélique, et qu’ils ne lancent pas plutôt un appel à un changement de conduite ?

Il est inadmissible et irresponsable que des dignitaires donnent leur caution à l’idée de safe sex, utilisée pour rassurer les usagers du préservatif, alors qu’on sait que cette expression est mensongère et conduit à l’abîme. Ces distingués dignitaires devraient donc se demander si non seulement ils n’incitent pas à mépriser le VIe commandement de Dieu, mais à bafouer aussi le Ve commandement, « Tu ne tueras point ». La fausse sécurité offerte par le préservatif, loin de réduire les risques de contamination, les multiplie. Le reproche de ne pas honorer le Ve commandement se retourne contre ceux-là même qui l’adressaient aux « partenaires » qui ne font pas usage du préservatif.

L’argumentation invoquée pour tenter de « justifier » l’usage « prophylactique » du préservatif est ainsi réduite à néant tant au regard de la morale naturelle que de la morale chrétienne.

Peut-être aurait-il été plus simple de dire que, si des conjoints s’aiment vraiment, et si l’un est atteint de choléra, de peste bubonique ou de tuberculose pulmonaire, ils s’abstiendront de contacts pour éviter la contagion. 

L’objectif : le grand chambardement
Une erreur de méthode

Au début de cette analyse, nous signalions que les dignitaires qui préconisent le préservatif associaient fréquemment à leur plaidoyer d’autres causes que celle des « partenaires » sexuels prévoyants et organisés. En fait, on monte ce cas en épingle pour mettre en question tout l’enseignement de l’Église sur la sexualité humaine, ensuite sur le mariage, ensuite sur la famille, ensuite sur la société, ensuite l’Église elle-même. C’est ce qui explique en partie l’absence presque totale d’intérêt de ces dignitaires pour les conclusions scientifiques et les données de la morale naturelle. C’est pourtant celles-ci, les conclusions et les données, que les dignitaires devraient prendre en compte préalablement aux considérations sur la morale chrétienne. En raison de cette erreur – volontaire ou non – de méthode, les dignitaires veulent ouvrir la voie à un chambardement de la morale chrétienne. Ils veulent même chambarder la dogmatique chrétienne, puisqu’ils se réservent le droit d’en appeler à leurs opinions pour convoquer toute l’institution ecclésiale à une réforme susceptible d’avaliser leur morale et leur dogmatique. Ils entendent ainsi participer, à leur niveau, à cette nouvelle révolution culturelle.

Toutefois, comme ces dignitaires ont commis, dès le point de départ, une erreur de méthode, en négligeant des données essentielles du problème qu’ils prétendent traiter, ils s’engagent inévitablement sur une voie savonneuse. A partir de prémisses fausses, on ne peut aboutir qu’à des conclusions fausses. Il est facile de voir où conduisent les considérations erratiques des dignitaires concernés. On peut les résumer en trois sophismes démontables par n’importe quel collégien.

Trois sophismes 

• Premier sophisme : 

Majeure : Le préservatif est la seule protection contre le sida. 
Mineure : Or l’Église est contre le préservatif. 
Conclusion : Donc l’Église favorise le sida. 
Ce pseudo-syllogisme repose sur une assertion abusive énoncée dans la majeure, à savoir que le préservatif est la seule protection contre le sida. Nous sommes en présence d’une pétition de principe. Il s’agit ici d’un raisonnement fallacieux où, la première prémisse étant présentée comme incontestable, il va de soi que le reste l’est aussi. On affirme comme vrai ce qui devrait être démontré, à savoir que le préservatif est la seule protection contre le sida. 

• Deuxième sophisme : 

Majeure : Ne pas utiliser de préservatif favorise le sida. 
Mineure : Or favoriser le sida, c’est favoriser la mort. 
Conclusion : Donc ne pas utiliser le préservatif c’est favoriser la mort. Ce raisonnement tordu repose sur l’idée que se protéger, c’est utiliser le préservatif. Les partenaires peuvent être plusieurs. La fidélité n’est même pas envisagée. Les pulsions sexuelles étant supposées irrésistibles et la fidélité conjugale impossible, le seul moyen de ne pas contracter le sida est de faire usage du préservatif. 

• Un cas de polysyllogisme :

Voici finalement un exemple de pseudo-polysyllogisme, un sorite sophistique, auquel les dignitaires ne devraient pas rester indifférents : 

Majeure : L’Église est contre le préservatif ; 
Mineure : Or le préservatif empêche les grossesses non désirées ;
Conclusion/Majeure : Donc l’Église favorise les grossesses non désirées.
Mineure : Or les grossesses non désirées sont évitées par l’avortement ;
Conclusion : Donc l’Église favorise l’avortement. 

En résumé, le renouveau de la morale et de l’ecclésiologie chrétiennes n’a rien à attendre de l’exploitation perfide des malades et de leur mort. 


Première publication de ce texte en 2005.
Divulgation libre et souhaitée.


Mgr Michel Schooyans fut professeur à l’Université Catholique de São Paulo et ensuite à l’Université Catholique de Louvain. Il a enseigné la philosophie politique et les politiques de population. Conseiller du Conseil Pontifical pour la Famille, Michel Schooyans est membre fondateur de l’Académie Pontificale des Sciences Sociales et membre de l’Académie Pontificale pour la Vie. Il est également membre correspondant de l’Académie Mexicaine de Bioéthique. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages qui font autorité. 

Notes
1. Source: Michel Schooyans et Anne-Marie Libert, Le terrorisme à visage humain, 2e édition, Paris, Éditions F.-X. de Guibert, 2008, pp. 173-179.

2. Le Cardinal Alfonso López Trujillo, Président du Conseil Pontifical pour la Famille, a consacré une Reflection vigoureuse, précise et très documentée à la question que nous examinons ici. Voir son article « Family Values versus Safe Sex », daté du 1 décembre 2003. Ce texte est accessible sur . Le même Cardinal a également exposé la position de l’Église sur cette question dans un retentissant programme de TV de la BBC du dimanche 12 octobre 2003.

3. Dr Jacques Suaudeau, article « Sexualité sans risques » dans le Lexique, déjà cité à la note 1 de la Présentation ; voir pp. 905-926. 

4. Henri Lestradet, Le Sida, Propagation et prévention. Rapports de la commission VII de l’Académie nationale de Médecine, avec commentaires, Paris, Éditions de Paris, 1996. 

5. Le Sida, o. c. à la note précédente ; cf. p. 42.

6. Le Sida, cf. p. 46.

7. Le Sida, cf. pp. 46 s.

8. Cf. la dépêche de l’ACI du 6 juillet 2004.

9. Léon Schwartzenberg, Interview dans La Libre Belgique (Bruxelles), 13 mars 1989, p. 2.



06 décembre, 2010

Affaire du préservatif : ce que Benoît XVI a dit aux évêques des Philippines

Le préservatif est-il considéré comme un moyen possible de lutter contre le sida ? Après la confusion semée par l'exploitation médiatique de quelques propos du Pape recueillis par Peter Seewald dans La Lumière du Monde, le monde politique philippin a fait comme si. Mieux, il en a tiré prétexte pour promouvoir une proposition de loi sur la santé reproductive que l'Eglise combat pied à pied.

Benoît XVI recevait précisément les évêques des Philippines en visite ad limina il y a une semaine, le 29 novembre dernier, dans la foulée de la tempête mondiale sur le préservatif. Et il s'est exprimé, indirectement, sur l'actualité brûlante des évêques philippins.

Pour le bien des droits des hommes ou lorsque la « rédemption des âmes » l'exige, a rappelé le Pape aux évêques philippins, l'Eglise doit être libre de « prononcer des jugements moraux dans les affaires qui regardent l'ordre public » :
« A la lumière de cette tâche prophétique, je félicite l'Eglise aux Philippines pour sa volonté de jouer son rôle dans la défense de la vie humaine depuis la conception jusqu'à la mort naturelle, et dans sa défense de l'intégrité du mariage et de la famille. Dans ces domaines vous défendez des vérités sur la personne humaine et sur la société qui ne surgissent pas seulement de la révélation divine mais aussi de la loi naturelle, un ordre qui est accessible à la raison humaine et qui fournit ainsi une base au dialogue et au discernement plus profond de la part de toutes les personnes de bonne volonté. Je note également avec satisfaction le travail de l'Eglise pour abolir la peine de mort dans votre pays. »
 Dès le 1er décembre, le service d'information de la Conférence des évêques des Philippines, CBCPNews, a publié un article annonçant que la hiérarchie catholique des Philippines avait trouvé dans ces paroles du Pape encore davantage de raisons pour s'opposer « aux mesures proposées de contrôle des naissances ». Le président de la Conférence épiscopale, Mgr Nereo Odchimar, a déclaré :
« Nous somme  grandement encouragés par les paroles du Saint Père Benoît  XVI sur les entreprises de l'Eglise aux Philippines. Le message du Pape au premier groupe des évêques philippins fortifie le ferme engagement de la Conférence des évêques de prêcher et de défendre l'Evangile de la Vie à temps et à contre-temps. »
© leblogdejeannesmits.

04 décembre, 2010

Affaire du préservatif

Sandro Magister publie les réactions de plusieurs personnes qui se sont exprimées sur  le scandaleux traitement médiatique de l'affaire du préservatif, notamment celles des évêques du Kenya, du P. Fessio et de Christine Vollmer. C'est à lire ici.

Par ailleurs une lectrice, que je remercie, m'apprend que Pr Luke Gormally, que je citais ici, vient d'être désigné comme récipiendaire, pour 2011, du Paul Ramsey Award pour l'excellence en bioéthique, pour son travail de recherche et l'ensemble de son travail universitaire et ses nombreuses publications dans une grande fidélité à l'enseignement de l'Eglise et avec le souci inébranlable du respect de la vie.

03 décembre, 2010

“Demande instante” de l'Abbé Claude Barthe

L'Abbé Claude Barthe me fait l'honneur de choisir ce blog pour présenter sa « Demande instante » à propos de « l'affaire du préservatif ». Je vous invite à découvrir ce texte qui cherche à lever des confusions qui sont en train de s'installer, sans pour autant rejeter l'humanité et la miséricorde avec laquelle l'Eglise considère les hommes pécheurs. – J.S.

Demande instante

Dans son livre livre-entretien intitulé Lumière du monde, le pape a dit :

« Il peut y avoir des cas individuels fondés, comme par exemple lorsqu'un prostitué utilise un préservatif, où cela peut être un premier pas vers une moralisation (1), un premier acte de responsabilité pour développer à nouveau la conscience du fait que tout n’est pas permis, et qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut. Toutefois, ceci n’est pas le vrai moyen pour vaincre l’infection du HIV. Une humanisation de la sexualité est vraiment nécessaire. »

Et il a dit aussi : 

« [L’Eglise catholique] ne considère naturellement pas [l’utilisation du préservatif] comme une solution véritable et morale. Dans l’un ou l’autre cas, cependant, dans l’intention de réduire le risque de contamination, l’utilisation d’un préservatif peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine ».

Les médias ont certes fait un usage odieux du propos, mais c’était un risque inhérent à l’exercice. En outre, si l’autorité du propos, en soi, est celle d’un théologien privé, le pape ayant d’ailleurs précisé ensuite : « Chacun est libre de me contredire »,  il reste que les paroles du pape, quelles que soient en l’espèce leur force contraignante ou leur absence d’autorité, ont un très grand retentissement.
Des contradictions sont en effet venues de théologiens amis du pape, de voix bien plus autorisées et compétentes que la mienne (voir : chiesa.espresso), en divers lieux du monde.

Considérant toute la miséricorde que le Christ a témoigné aux pécheurs, tout en exerçant envers la première des miséricordes, celle qui consiste à leur demander de quitter leur péché, sous réserve, il va de soi, d’un meilleur jugement, et me soumettant par avance à celui de l’Église, je fais une double remarque : 

I – En soi un acte intrinsèquement mauvais modifié dans la vue de ne pas transmettre de virus possiblement mortel est ainsi déclaré fondé :

Le propos du pape est, il est vrai, peu clair : « lorsqu'un prostitué utilise un préservatif », le pape le déclare fondé à agir ainsi dans la mesure où cela peut être le premier pas vers une moralisation, mais en spécifiant que l’Église ne considère pas cet usage comme « moral ». Or, un acte humain volontaire est ou n’est pas moralement bon. S’il est fondé, comment serait-il immoral ? Et s’il est immoral, comment serait-il fondé ?

En toute hypothèse, le fait qu’il soit déclaré fondé ne peut qu’apparaître comme un jugement moral positif. Or, il concerne un acte homosexuel, qui entre dans la catégorie des actes intrinsèquement mauvais, c’est-à-dire contraires en soi à la loi naturelle (2).

Dans le cas évoqué par le pape, celui qui va commettre un péché de cette qualité, l’aménagerait par un moyen physique, pour ne pas risquer de transmettre un virus possiblement mortel. Il serait ainsi fondé, non pas à commettre son péché, mais à préférer commettre un péché moins grave. Et par conséquent, il serait moralement bon de l’inciter à commettre son péché de cette manière.

On pourrait se trouver dans l’hypothèse des traités de théologie morale concernant le « conseil de moindre mal ». De nombreux moralistes (dont saint Alphonse de Liguori) considèrent qu’il est probablement permis de conseiller à quelqu’un qui a l’intention arrêtée de commettre le mal, de commettre un péché moindre que celui qu’il s’apprête à accomplir. Ex. : si un gangster s’apprête à tuer pour dévaliser, on peut lui conseiller de seulement voler ; ou bien, on pourrait lui donner un conseil « purement doctrinal » (saint Alphonse) pour le détourner de voler un pauvre, en lui expliquant qu’il est moins grave de voler un riche qu’un pauvre.
Dans toutes ces hypothèses évoquées par la casuistique (au bon sens du terme), il peut sembler qu’on ne conseille pas un mal à strictement parler, mais qu’on déconseille un autre mal plus grave et par ailleurs certain, sachant que le pécheur auquel on donne ce conseil va possiblement commettre un mal moindre que celui qu’on lui déconseille. Cela pourrait être un cas extrême du principe de l’acte à double effet : il est permis, dans certaines conditions, de poser un acte qui produit un effet bon directement voulu, même si cet acte peut causer aussi un effet mauvais concomitant.
Mais quoi qu’il en soit de cette hypothèse morale, elle n’intervient pas dans le cas évoqué par le pape. Ici on ne détourne nullement le pécheur d’un péché grave vers un autre péché moins grave, mais on modifie seulement sa manière d’accomplir le péché intrinsèquement mauvais qu’il va commettre pour que ce péché n’ait pas des conséquences éventuellement mortelles. Autrement dit, le nœud de la question morale ici posée est l’unicité de l’acte considéré, qui est un acte intrinsèquement mauvais. En effet, on ne voit pas comment on pourrait séparer deux actes, dont un serait bon et conseillable et l’autre intrinsèquement mauvais : d’une part, l’usage du préservatif, acte seulement physique du côté duquel serait l’intention de ne pas tuer ; et d’autre part, l’acte sexuel intrinsèquement mauvais. Même si l’acte modifié par l’usage du préservatif est possiblement de moindre conséquence, il n’y a cependant qu’un seul acte intrinsèquement mauvais, accompli d’une autre manière : c’est bien pour commettre un acte intrinsèquement mauvais que la personne considérée va user d’un préservatif. Qui plus est, l’usage du préservatif va même lui permettre de continuer sans risque (croit-on) à commettre le mal et à pratiquer son métier. Déclarer fondé l’usage du préservatif dans ce cas, c’est nécessairement déclarer fondé cet acte intrinsèquement mauvais sous sa nouvelle forme.

On remarquera au reste que rien n’oblige le prostitué à commettre cet acte et que l’on n’est pas dans l’urgence (révolver sur la tempe) des cas évoqués pour le « conseil de moindre mal ».

On peut imaginer divers cas analogues :

 supposons le cas d’un médecin dans la brousse qui pratique des avortements de manière artisanale, ce qui provoque de nombreux décès de femmes. On ne peut estimer fondé, comme un premier pas vers une moralisation et comme un premier acte de responsabilité, le fait qu’il se procurerait des instruments chirurgicaux modernes, de telle sorte qu’il n’y aurait plus de danger pour les femmes avortées : cet acte modifié reste un acte intrinsèquement mauvais. En réalité, moralement, la seule chose à lui conseiller est de cesser de pratiquer des avortements. Il serait par ailleurs immoral pour une société de vente de matériels chirurgicaux de coopérer à la transformation de ses pratiques en lui vendant du matériel moderne d’avortement.
• Il est vrai que c’est un cas qui peut ne pas paraître convainquant de nos jours, parce qu’il porte sur l’avortement, incontestablement bien plus grave que l’acte homosexuel. De fait, tant l’avancée de la mentalité contraceptive que arrivée des lois d’avortement, ont fait reculer d’un cran la défense catholique : on se bat désormais pour la vie, la bataille pour la morale dans les actes du mariage devenant moins importante. Un autre recul se dessine d’ailleurs : se battre non plus contre l’avortement dès la conception (pilule contraceptives qui, à 90%, opèrent par détachement de l’ovule fécondé ; pilule « du lendemain »), mais seulement contre l’avortement d’embryon visiblement formés, l’acte d’élimination d’un ovule fécondé ou d’un ensemble de cellules semblant moins grave. 
 supposons encore le cas d’une personne qui se livre à la masturbation avec l’aide d’une autre personne. On ne peut estimer fondé, comme un premier pas vers une moralisation, le fait, au lieu de se servir d’une personne que le pécheur fait coopérer à son péché, d’user d’images pornographiques ou d’instruments divers. Ici encore, on doit inciter le pécheur à abandonner sa pratique perverse et non l’inciter à la modification de sa pratique, ce qui revient à lui conseiller un acte intrinsèquement mauvais modifié pour qu’il ait moins de conséquences.
• Mais même de telles considérations paraîtront aujourd’hui odieusement rigides, tant la mentalité utilitariste a été largement intégrée par le catholicisme actuel.
II – Par voie de conséquence, d’autres actes, qui étaient considérés comme moralement condamnables, semblent devenir également fondés : 

1. On ne voit pas comment le jugement estimant que la modification de son acte par le prostitué est fondé ne s’appliquerait pas aussi à tout acte sexuel qui va être commis par une personne porteuse de virus mortel ou susceptible de contracter ce virus, hors du mariage et dans le mariage. Va-t-on aussi parler, si cette personne use d’un préservatif, de premier acte de responsabilité pour développer à nouveau la conscience du fait que tout n’est pas permis, et qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut ?

2. Selon les principes de la morale naturelle et chrétienne la vente par un pharmacien d’un produit contraceptif ou d’un préservatif acquis dans l’intention d’en user pour un acte sexuel était tenu, non pas pour une coopération matérielle, mais pour une coopération formelle, impossible de ce fait à justifier moralement (sauf, bien entendu, la considération miséricordieuse de circonstances diverses qui peuvent atténuer la responsabilité, notamment la méconnaissance des principes de la morale naturelle aujourd’hui très répandue chez les catholiques).

Or, le fait de ne pas vouloir coopérer à des actes intrinsèquement mauvais par la vente de contraceptifs et de préservatifs, on le sait, a engendré de graves persécutions et de lourds dommages pour des pharmaciens catholiques héroïques, avec parfois des conséquences crucifiantes pour leurs familles.

Concrètement, ce sont eux et non les prostitués qui posent des questions aux prêtres et confesseurs. Va-t-on désormais leur conseiller d’abandonner leur « objection de conscience » ? Ou bien leur conseiller de la réserver aux produits et instruments abortifs (comme, de fait, la plupart des pilules contraceptives) ? Ou bien seulement de la réduire à certains produits et instruments abortifs (pilule du lendemain, stérilet) ? Ou uniquement de refuser la délivrance de ces instruments et produits lorsqu’ils ne sont pas prescrits par une ordonnance médicale ? Ou pour finir de leur conseiller d’abandonner purement et simplement toute « objection de conscience » en ce domaine ?

Le prêtre qui donnerait des conseils chargeant les âmes d’un fardeau indu endosserait une responsabilité pharisaïque intolérable. Mais inversement, si la coopération du pharmacien est effectivement peccamineuse, le prêtre qui la conseille participe à son péché de coopération au mal, et en prend même, devant le Christ qu’il représente, la part la plus lourde. Il paraît donc nécessaire que les membres de l’Église enseignante se prononcent sur ce point.

L’abbé Claude Barthe


(1) « Es mag begründete Einzelfälle geben, etwa wenn ein Prostituierter ein Kondom verwendet, wo dies ein erster Schritt zu einer Moralisierung sein kann. »


(2) Cette catégorie permet notamment de savoir que de tels actes – plus ou moins graves – ne peuvent en aucune façon être considérés comme des actes licites d’où pourraient découler un effet bon. A propos de tels actes (mensonge, le meurtre de l’innocent ou l’usage des moyens abortifs, une politique de dissuasion nucléaire qui inclut l’intention, même conditionnelle, de tuer les innocents que sont a priori les non combattants), il n’est plus possible de douter de l’application du principe de Rm 3, 8 : « Devrions-nous faire le mal pour qu’il en sorte un bien ? »


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29 novembre, 2010

Le Pape et le préservatif : dégâts collatéraux, quelques réponses (3)

Je trouve cette lettre fort intéressante du cardinal Joseph Ratzinger, en tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à Mgr Pio Laghi, alors pro-nonce apostolique aux Etats-Unis, datée du 29 mai 1988. Je n'en ai pas trouvé le texte français. Voici donc un essai de traduction de ce texte qui répondait à ce document épiscopal qui affirmait l'insuffisance du safe sex mais qui dans la sphère publique, notamment dans l'éducation, justifiait l'information et même les recommandations techniques sur le recours aux « prophylactiques », c'est-à-dire au préservatif pour arrêter la propagation du sida.
La vive discussion, élargie et parfois déformée par la presse mondiale, qui a suivi la publication par le bureau administratif de la conférence nationale des évêques de son document très connu, « Les multiples visages du sida », où étaient impliqués des représentants distingués de l'épiscopat, a engendré chez de nombreux fidèles, et pas seulement aux Etats-Unis, d'une importante confusion à propos de la position catholique authentique à propos des questions morales en question. Le Saint-Siège désire donc exprimer son profond souhait de voir clairement et publiquement manifestée l'union si nécessaire parmi les évêques quant à l'enseignement de la doctrine morale chrétienne.
En premier lieu, et sur un plan plus général, on doit avoir présent à l'esprit le problème posé par la réaction mondiale qui accompagne certains documents publiés par différentes conférences épiscopales. Cela exige un sens particulier des responsabilités et la prudence dans le choix des thèmes traités, et la manière dont ces déclarations sont publiées, sans même parler de la composition attentive des textes eux-mêmes. Au moins dans certains cas, lorsque les sujets en discussion présentent un intérêt pour l'Eglise universelle, il paraîtrait opportun de consulter au préalable le Saint-Siège.
Deuxièmement, en ce qui concerne le problème moral précis en question ici, je veux attirer l'attention sur la clarification qui a paru dans l'édition du 10 mars de L'Osservatore Romano, dans un article non signé intitulé « Prévention du sida : aspect éthique chrétien », et je cite :
« Rechercher une solution au problème de l'infection en faisant la promotion de l'utilisation du préservatif consisterait à s'embarquer dans une voie qui n'est pas seulement insuffisamment fiable du point de vue technique, mais qui surtout et pardessus tout, est inacceptable du point de vue moral. Une telle proposition en vue du safe sex [sexe sans danger] ou à tout le moins du safer sex [sexe moins dangereux] – comme ils disent – ignore la vraie cause du problème, à savoir la permissivité qui, dans le domaine du sexe comme dans celui lié à d'autres formes d'abus, corrompt la fibre morale du peuple. »
Dans le cas en discussion ici, il semble vraiment peu pertinent de faire appel au principe classique de la tolérance du moindre mal de la part de ceux qui exercent une responsabilité pour le bien temporel de la société. En fait, même lorsque le problème concerne les programmes d'éducation promus par le gouvernement civil, on ne serait pas en présence simplement d'une forme de tolérance passive mais plutôt avec une sorte de comportement qui aboutirait pour le moins à la facilitation du mal.
Le problème des programmes éducatifs dans des écoles et institutions spécifiquement catholiques requiert une attention particulière. Ces institutions sont appelées à apporter leur propre contribution à la prévention du sida, en pleine fidélité à la doctrine morale de l'Eglise, sans en même temps s'engager dans des compromissions qui peuvent même donner l'impression de vouloir justifier des pratiques immorales : par exemple, des instructions techniques pour l'utilisation du préservatif.
Dans une société qui semble de plus en plus dévaloriser la valeur de la chasteté, de la fidélité conjugale et de la tempérance, et se préoccuper parfois presque exclusivement de la santé physique et du bien-être temporel, la responsabilité de l'Eglise est de donner le genre de témoignage qui lui est propre, à savoir un témoignage sans équivoque de la solidarité efficace et sans réserve avec ceux qui souffrent et, dans le même temps, un témoignage de défense de la dignité de la sexualité humaine qui ne peut se réaliser que dans le contexte de la loi morale. Il est de même crucial de noter, comme le fait la déclaration du Bureau, que le seul moyen médicalement sûr de prévenir le sida est justement de respecter exactement les types de comportement qui sont conformes à la loi divine et à la vérité sur l'homme que l'Eglise a toujours enseignées et qu'elle est toujours appelée aujourd'hui à enseigner avec courage.
J'ai confiance de voir ces considérations, qui sont connues de Sa Sainteté et qui ont son entier soutien, seront bien accueillies par le cardinal et les évêques membres de la conférence et je souhaite exprimer mon espoir le plus sincère de voir conclure avec succès cette réunion importante de tout l'épiscopat des Etats-Unis.
Joseph cardinal Ratzinger
Préfet, Sacrée congrégation pour la Doctrine de la Foi
Le premier paragraphe du texte prend un relief particulier ces jours-ci…

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