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02 décembre, 2014

Sénégal : la Fédération internationale des droits de l’homme dénonce l’interdiction de l’avortement

Un rapport de la FIDH, en partenariat avec la ligue sénégalaise des droits de l’homme et la Raddho assure que l’interdiction de l’avortement au Sénégal « met la vie des femmes en danger ».
Paradoxe : dans ce pays, l’avortement est justement autorisé lorsque la vie de la mère est en danger. Pour la FIDH, cela ne suffit pas : les cas de viol et d’inceste doivent aussi être prévus dans ce pays où les femmes qui avortent encourent deux ans de prison.
En fait la FIDH – comme dans tous les pays où il a été fait campagne pour la légalisation de l’avortement – voudrait au fond voir légalisé l’avortement tout court puisque l’avortement clandestin se pratique « dans les pires conditions » au Sénégal. « 8 à 13 % » des décès maternels y sont liés, selon le rapport de la FIDH.
Celle-ci affirme ne pas demander la légalisation de l’avortement au Sénégal, « mais seulement d’autoriser l’avortement pour ces cas de viol et d’inceste ; c’est bien le minimum », affirme Aboubacry Mbodju de la Rencontre afrircaine de défense des droits de l’homme.
De qui se moque-t-on ? Si l’avortement clandestin est ce qui cause les morts maternelles, ce n’est pas son autorisation dans ces cas de viol et d’inceste qui va sensiblement faire baisser leur nombre.
Mais ainsi fonctionne l’agit-prop, avec l’espérance d’enfoncer la porte une fois le doigt passé dans l’ouverture. 

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Cour de justice de l'UE : comment se prouver homosexuel pour obtenir le droit d’asile ?


Il y a des jours où l’on n’en croit pas trop ses yeux. La Grande chambre de la Cour de justice (qui fait partie de la Cour de justice de l'UE) s’est prononcée aujourd’hui sur des questions préjudicielles posées par les Pays-Bas à propos de demandes d’asile présentées par des personnes s’affirmant homosexuelles, en risque de « persécution » dans leur pays d’origine. Epineux dossiers : que peut-on demander, ou non, à de telles personnes, pour étayer leur demande ; quels types de preuves peut-on accepter ?
Les questions préjudicielles du Conseil d’Etat des Pays-Bas visaient à connaître l’avis de la Cour avant de régler les dossiers des demandeurs A, B et C.
La réponse, je vous la donne tout de suite : il n’est pas question de soumettre les homosexuels à un interrogatoire pour qu’ils détaillent leurs pratiques sexuelles. Les autorités doivent s’abstenir de tout interrogatoire « fondés sur la seule base de notions stéréotypées concernant des homosexuels » (par exemple, faisaient-ils partie d’un groupe homosexuel dans leur pays d’origine) parce que chaque être humain est unique…
Encore un peu et il sera discriminatoire de mettre en doute l’homosexualité de celui qui, ayant tout du comportement de l’« hétéro », s’annonce « gay » pour obtenir l’asile dans les pays qui évitent les stéréotypes de genre… Bon, trêve de plaisanterie, cela ne va pas jusque-là : il s’agit d’obtenir une sorte de conviction fondée sur les éléments fournis dans laquelle le doute bénéficie à l’intéressé, étant entendu que celui-ci peut par culture ou par son histoire personnelle éprouver des difficultés à parler de son « orientation sexuelle ».
Et quand le demandeur d’asile propose de se soumettre à des « tests » d’homosexualité ou même de se livrer à un acte homosexuel pour prouver qu’il dit vrai ? Les autorités néerlandaises avaient rejeté l’offre du demandeur « A » en ce sens ; la Cour de justice leur donne raison sur ce point.
On ne saurait davantage accepter l’offre de preuve présentée par le demandeur « C » qui avait carrément remis aux autorités « un enregistrement vidéo d’actes intimes avec une personne du même sexe ». La Cour a estimé qu'e le relevé d’une telle « preuve » porterait atteinte à la dignité humaine, aurait un effet incitatif à l’égard d’autres demandeurs en leur imposant de facto de telles preuves, et au demeurant ne prouverait rien. En tout cas, pas l’orientation sexuelle du demandeur…
C’était toute la difficulté du dossier B, à qui le Secrétaire d’Etat avait refusé l’asile au motif que la « crédibilité de l’orientation sexuelle alléguée par ce dernier n’était pas établie ». La Cour de justice a répondu que le seul fait que B n’ait pas allégué son orientation sexuelle lors d’une première demande infructueuse ne justifiait pas une appréciation de manque de crédibilité lorsqu’il s’en est souvenu par la suite lors d’une nouvelle demande.
Il ressort de tout cela que la preuve objective de l’homosexualité est bien difficile à faire, même avec la meilleure volonté du monde : stéréotypes interdits, incertitude même face à des actes homosexuels, équilibre délicat entre le respect de la vie privée et le rassemblement de faits favorables à la crédibilité de l’« orientation sexuelle ».
Le texte complet de la réponse de la Cour de justice est par là. Bonne chance !
PS. Une première version de cet article faisait une référence erronée à la Cour européenne des droits de l'homme qui statue pour les pays membres du Conseil de l'Europe. Bien évidemment les règles communes du droit d'asile relèvent de l'Union européenne et cette décision concerne les 28 pays de l'Union. Je devais être hébétée par la lecture de la décision…

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06 novembre, 2014

Le “droit fondamental à l’IVG” à l’Assemblée nationale

Sous réserve de son dépôt, une proposition de résolution tendant à affirmer le « droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse » est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale le mercredi 26 novembre, lit-on sur son programme de travail déterminé par la Conférence des Présidents le mardi 4 novembre.
Le Salon beige souligne que ce sera le 40e anniversaire du discours de Simone Veil sur l’avortement à l’Assemblée nationale.
La « résolution » est une relative nouveauté : depuis la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008, l’Assemblée peut émettre un avis sur une question donnée par cette voie. Elle peut être déposée au nom d’un groupe par son président ou par tout député, est portée devant la Conférence des Présidents par un président de commission ou de groupe pour être inscrite à l’ordre du jour, cette inscription pouvant être bloquée par le gouvernement si elle met en cause sa responsabilité ou contient des injonctions à son égard. Ce qui n’a pas été fait.
Cela veut dire que cette résolution est passée entre les mains du Premier ministre et a donc été visée.
Quel est donc l’intérêt d’un vote visant simplement à affirmer l’avis de l’Assemblée sur l’« IVG », « droit fondamental » ?
Il peut paraître mineur mais la démarche est en réalité lourde de sens. C’est une revendication qui revient régulièrement dans les discours féministes et, après le retrait par Mariano Rajoy, le 23 septembre, du projet de loi restreignant les conditions d’accès à l’avortement, les députés socialistes au Parlement européen avaient annoncé une initiative inscrivant le droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
Obtenir l’aval de l’Assemblée nationale française s’inscrit sans doute dans cette démarche sur le plan européen ; pour ce qui est de la France, c’est une manière de justifier l’interdiction de toute objection de conscience, de toute tentative de restriction.
Si l’avortement est un droit fondamental, l’Etat doit aussi le protéger, le faciliter, le rendre accessible.
Mais les objectifs sont aussi globaux : cela fait des années que la lutte se poursuit au niveau de l’ONU pour faire reconnaître l’avortement comme faisant partie des droits protégés par les conventions internationales. Aucune ne le fait, mais faute d’en avoir l’affirmation littérale dans les textes, le lobby de l’avortement veut l’imposer comme s’il faisait partie de leur esprit, de leurs conséquences logiques.
A ce titre, une affirmation parlementaire française apporterait de l’eau à leur moulin.
Barack Obama avait affirmé que l’avortement est un « droit constitutionnel fondamental », le 23 janvier 2012, à l’occasion du 39e anniversaire de Roe v. Wade. Les comptes-rendus de cet arrêt affirment volontiers aujourd’hui qu’il affirme textuellement le « droit fondamental à l’avortement », mais ce n’est pas le cas. Il parle du droit à la vie privée et affirme que l’Etat ne doit pas se mêler de la décision médicale prise par le médecin et la femme pendant le 1er trimestre.
La Cour constitutionnelle colombienne a elle aussi déclaré l’avortement « droit fondamental » ; cette décision de 2010 est régulièrement invoquée pour contester le droit à l’objection de conscience des médecins dans les cas où l’avortement est dépénalisé (viol, malformation fœtale, danger pour la vie de la mère).

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28 septembre, 2014

Comme Ban Ki-moon, faites-vous photographier avec une pancarte anti-homophobe !



A l'Assemblée générale des Nations unies qui se tenait cette semaine à New York, les dirigeants mondiaux, les employés de l'ONU et les visiteurs ont été invités à se faire photographier avec une pancarte afficheant leur soutient à lutte contre l'« Homophobie ».

C'est au pied de l'escalier d'apparat près de l'entrée principale qu'ils ont pu faire une halte au photomaton installé à cet effet pour faire comme Ban Ki-moon : le secrétaire général de l'ONU avait donné l'exemple le 17 mai dernier à l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et lk la transphobie. 

Le photomaton était opérationnel de 9 h à 18 h. Chaque utilisateur était assuré de recevoir non seulement l'impression « papier » de sa photo mais aussi sa version électronique par courriel ou par les réseaux sociaux.

L'histoire ne dit pas si l'on pouvait se faire tirer ainsi le portrait gratuitement ou si – comme dans n'importe quel photomaton du monde – il fallait payer son écot. Ni si le gadget a eu du succès.

Ce qui est sûr, c'est que l'affaire a mobilisé du monde. « Cette initiative est le résultat d'une collaboration entre le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) et le Groupe inter-régional LGBT », assure le communiqué officiel.

Ce groupe comprend l'Argentine, le Brésil, la Colombie, la Croatie, El Salvador, Israël, le Japon, le Monténégro, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l'Uruguay, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Union européenne et, bien sûr, la France.

Un mot sur le « message » : « Les droits de l'homme sont pour tous = qui que vous soyez ou qui que vous aimiez. » Bien sûr : droit de ne pas être traité injustement, droit de ne pas être torturé, persécuté, de ne pas subir de violences… Mais derrière les bons sentiments, il y a le militantisme pour des droits LGBT : droit à l'union civile, au « mariage », à la procréation, etc, toujours au nom de l'« égalité ».


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11 novembre, 2013

Trois Irlandaises demandent à l'ONU d'imposer l'avortement « médical »

Trois femmes irlandaises « obligées » de voyager jusqu'en Grande-Bretagne pour obtenir l'avortement à la suite d'un diagnostic d'impossibilité de survie de leur enfant en dehors du sein maternel entendent saisir les Nations unies de leur affaire au motif que l'interdiction de l'avortement en cas d'anomalies fœtales mortelles constitue un « traitement cruel, inhumain et dégradant ».

Les trois femmes sont militantes de « Terminations for Medical Reasons » (avortements pour raisons médicales) – ou cornaquées par ce groupe –  et soutenues par le Center for Reproductive Rights, une association pro-avortement basée à New York qui les assistera lors de leur conférence de presse à Dublin mercredi. Siobhain Murphy, Ruth Bowie et Amanda Millet ont également reçu l'appui des Doctors for Choice en Irlande.

Deux d'entre elles avaient fait connaître leur drame personnel l'an dernier : enceintes et très heureuses de leurs « grossesses désirées », elles avaient mal vécu le fait de ne pas pouvoir hâter la mort de leurs bébés atteints d'affections très graves incompatibles avec un développement normal après la naissance.

Pour Ruth Bowie, c'était une anencéphalie : celle-ci qui n'implique pas la mort immédiate puisque des bébés anencéphaliques ont survécu plusieurs mois.

Elle se présente comme une femme de foi.

« Devoir vous promener dans Birmingham alors que vous venez de mettre fin à la vie de votre bébé, que vous avez subi une anesthésie, que vous saignez et souffrez de crampes… Je crois en un Dieu aimant et bon, qui nous comprend, et je crois que je ne serai pas damnée pour ce que j'ai fait… Tout ce que je veux dire aux gens qui voudraient nous juger : où est votre compassion ? Où est l'amour dans tout ça ? », disait-elle l'an dernier alors qu'elle venait de faire publier sa photo et s'apprêtait à faire le tour des élus irlandais pour obtenir le changement de la loi.

Jenny McDonald, Ruth Bowie, Amanda Mellet et Arlette Lyons
revendiquaient l'an dernier leur « avortement médical » à l'étranger.
Pour Amanda Mellet, dont l'enfant – à 21 semaines de grossesse – avait fait l'objet d'un diagnostic de trisomie 18 et de malformations cardiaques congénitales, les perspectives étaient encore plus sombres : il menaçait de mourir in utero ou sinon très rapidement après la naissance. Son bébé a été avorté à Liverpool le 2 décembre 2011.

Dans aucun des cas il n'y avait de risque pour la santé de la mère.

Toutes ces femmes se plaignent de n'avoir pas été bien traitées en Irlande par le système médical non pas au moment du diagnostic – là c'était « parfait » – mais après, une fois le voyage de la mort consommé.

Au moment des faits l'avortement était illégal dans tous les cas en Irlande. L'affaire Savita Halappanavar a contribué à enfoncer un coin dans la loi, puisque désormais le danger pour la vie de la mère – y compris par le biais d'une menace de suicide – a été accepté comme justifiant la dépénalisation de l'acte, mais l'état de santé de l'enfant à naître n'a pas été pris en compte.

Ce qui veut dire que ces femmes, souvent croyantes, et certes marquées par leur drame personnel, se sont lancées dans l'activisme pour un nouvel élargissement de la loi.

La première lettre du Center for Reproductives Rights à propos de leur démarche a été adressée en août au Comité des droits de l'homme des Nations unies qui précisément évalue la conformité de l'Irlande avec la Convention internationale sur les droits politiques et civiques ; le CRR y ajoute les cas d'avortements après un viol ou un inceste, en les présentant comme des cas « internationalement reconnus » comme justifiant toujours l'avortement. Ce qui est faux ; aucun instrument international n'impose à ce jour la légalisation de l'avortement.

Mais il est vrai que le Comité onusien pour les droits humains favorise cette interprétation mensongère, ayant établi en 2005 dans le cas KL v. Pérou que « le fait de refuser un service d'avortement en cas de défauts fœtaux fatals, indépendamment de leur légalité, constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant ». Il faudrait donc que les Etats retirent toute disposition contraire.

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08 mai, 2013

Aristote ou Rousseau ? Les fondements philosphiques du débat sur le « mariage » pour tous (II)

Ce remarquable article sur les questions philosophiques qui sous-tendent l’affaire du « mariage » des couples de même sexe vient d’être publié par le site australien MercatorNet. Son auteur, Robert R. Reilly, est ancien membre de l’Administration de Reagan, spécialiste des affaires internationales et de l’islam. Voici ma traduction de la deuxième partie de ce texte, dont j'ai publié la première partie le 29 avril, sous le titre : « Rousseau a pavé le chemin du “mariage” homosexuel ». C'est par ici.

Il s’agit de comprendre, en effet, ce qui sépare fondamentalement les partisans et les adversaires du « mariage pour tous », et de préciser les notions de nature et de « contre-nature » de manière à mieux aborder les débats, les conflits et les attaques qui vont se multiplier dans les mois qui viennent.

Après la première partie sur la philosophie classique et réaliste, cette deuxième livraison montre comment Rousseau et les « Lumières » ont subverti le sens du mot nature. – J.S.

L’inversion d’Aristote par Rousseau


Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) a mis la notion de nature selon Aristote sens dessus dessous. Aristote disait que la nature est définie non seulement par ce qu’est l’homme, mais par ce qu’il doit être. Rousseau, au contraire, soutient que la nature n’est pas une fin (une telos) mais un commencement : la fin de l’homme est son début. Il n’a pas une nature immuable. « Nous ne savons pas ce que notre nature nous permet d’être », écrivait Rousseau dans son Emile. Ce point de vue a été décliné pour le XXe siècle par John Dewey qui affirmait : « La nature humaine est de ne pas avoir de nature. » Il n’y a pas de devenir « obligé » pour l’homme, pas d’impératif moral. Il n’y a pas de dessein, ni pour l’homme, ni dans la nature ; par conséquent, l’existence est dépourvue de tout principe rationnel. Cela signifie qu’il n’y a pas d’entéléchie, rien qui ressemble au fait « d’avoir sa propre fin en soi » comme le disait Aristote. Et même, la raison elle-même n’est pas naturelle à l’homme, selon Rousseau – alors que pour Aristote elle est l’essence même de l’homme. Pour Rousseau, les racines de la raison plongent dans ce qui est irrationnel. La raison est la servante des passions, et non de la vérité.

A l’inverse d’Aristote, Rousseau affirmait que l’homme, par nature, n’est pas un animal social et politique doué de raison. A la différence d’Aristote, Rousseau ne part pas de la famille, mais d’un individu isolé à l’état de nature, où le pur « sentiment de sa propre existence » était tel qu’« on se suffisait à soi-même, comme Dieu ». La nature devient un substitut profane au jardin d’Eden. Mais ce dieu satisfait de lui était asocial, amoral et pré-rationnel. Ses accouplements avec des femmes se faisaient au hasard et ne formaient aucun attachement durable. La famille ne lui était pas naturelle. Comme l’écrivait Rousseau dans son Discours sur l’origine des inégalités, « La faim, d’autres appétits lui faisant éprouver tour à tour diverses manières d’exister, il y en eut une qui l’invita à perpétuer son espèce ; et ce penchant aveugle, dépourvu de tout sentiment du cœur, ne produisait qu’un acte purement animal. Le besoin satisfait, les deux sexes ne se reconnaissaient plus, et l’enfant même n’était plus rien à la mère sitôt qu’il pouvait se passer d’elle. » (Rousseau, de fait, abandonna ses cinq enfants.) Le Marquis de Sade exprima un sentiment en tous points rousseauiste dans Juliette, en écrivant que « toutes les créatures naissent isolées et sans aucun besoin les unes des autres ».

Ce n’est qu’au moment où, par un « accident » inexplicable, un homme dut s’associer avec un autre, que son autonomie semblable à celle d’un dieu prit fin. « L’homme est bon par nature », disait Rousseau, mais d’une façon ou d’une autre nous sommes tombés de cet état de nature. Ce que l’homme est devenu est le résultat non de la nature mais de cet « accident », qui d’une certaine manière a également déclenché son usage de la raison. Rousseau insiste sur le caractère accidentel de l’association de l’homme au sein de la société pour mettre l’accent sur son caractère non naturel et artificiel. Elle n’était pas nécessaire. Mieux : elle n’aurait jamais dû se produire. Aristote enseignait que l’on n’arrive pas seul à la perfection ; l’homme a besoin de la société et de l’ordre politique pour développer pleinement son potentiel. La polis lui est nécessaire. Rousseau assurait au contraire que l’homme commence dans un état de perfection, que la constitution de la société lui arrache.

Voici la manière dont Rousseau posait cette thèse dans son Discours sur l’origine de l’inégalité : « Cet état [de nature] était le moins sujet aux révolutions, le meilleur à l’homme, et il n’en a dû sortir que par quelque funeste hasard qui, pour l’utilité commune, eût dû ne jamais arriver. L’exemple des sauvages qu’on a presque tous trouvés à ce point semble confirmer que le genre humain était fait pour y rester toujours, que cet état est la véritable jeunesse du monde, et que tous les progrès ultérieurs ont été en apparence autant de pas vers la perfection de l’individu, et en effet vers la décrépitude de l’espèce. »

Dans le Discours sur les sciences et les arts, Rousseau se faisait fort de montrer les influences délétères de la civilisation et du « progrès » sur l’homme, dont les « âmes ont été corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection ». Dans son Rousseau, juge de Jean-Jacques, il se décrit lui-même comme ayant affirmé le « grand principe que la nature a fait l?homme heureux et bon, mais que la société le déprave et le rend misérable. (…) Le vice et l?erreur, étrangers à sa constitution, s?y introduisent du dehors et l?altèrent insensiblement ». Rousseau écrit qu’« il nous fait voir l?espèce humaine meilleure, plus sage et plus heureuse dans sa constitution primitive, aveugle, misérable et méchante à mesure qu?elle s?en éloigne ».

La société résultant de ce « fatal événement » du hasard a corrompu l’homme. C’est ce que Rousseau substitue au péché originel. Par son association avec autrui, l’homme a perdu le sentiment auto-suffisant « de sa propre existence ». Il a commencé à vivre par rapport à l’estime d’autrui (amour-propre) plutôt que dans l’estime de lui-même (amour de soi). De cette manière, l’homme a été « aliéné » de lui-même et est devenu esclave des autres. Voilà ce que voulait dire Rousseau en écrivant : « L’homme est né libre et partout il est dans les fers. » Nous trouvons ainsi chez Rousseau l’origine de l’idée marxiste de l’exploitation, menée plus avant en des temps plus récents par l’assertion existentielle de Jean-Paul Sartre : « L’enfer, c’est les autres. » Si l’enfer, c’est les autres, alors le ciel doit être soi.

Néanmoins, Rousseau savait que l’état pré-rationnel, asocial d’un paradisiaque isolement à l’état de nature était perdu pour toujours, à la manière du jardin de l’Eden. Mais il pensait qu’un Etat tout-puissant pouvait améliorer la situation de l’homme aliéné. Pour approcher au plus près de la rédemption profane, l’homme doit abolir ces formes d’association dépendante qui l’ont rendu esclave d’autres hommes et toujours maintenu en dehors de lui-même. Il doit couper, autant que faire se peut, ses relations avec les autres membres de la société afin de pouvoir se rendre à lui-même le sentiment de son existence. Comment faire ?

L’Etat exige une dépendance totale

Rousseau a décrit l’accomplissement de cette condition : « Chaque personne serait alors totalement indépendante par rapport à tous les autres hommes, et dépendrait totalement de l’Etat. » L’Etat pourrait restaurer un simulacre de ce bien-être originel en éliminant toutes les relations sociales subsidiaires de l’homme. En détruisant les attaches familiales, sociales et politiques, l’Etat pourrait rendre chaque individu dépendant de l’Etat et indépendant par rapport à autrui. L’Etat est le véhicule permettant de rapprocher les gens afin qu’ils puissent être séparés : une sorte d’individualisme radical sponsorisé par l’Etat.

Le programme de Rousseau consistait à politiser totalement la société et sa première cible fut le fondement de la société – le premier moyen par lequel les hommes sont éloignés de cet égocentrisme où Rousseau aimerait les voir retourner : la famille. Pour détruire la famille, Rousseau proposait de lui enlever sa fonction première d’éduquer ses enfants, et que cette fonction soit dévolue à l’Etat. « L’autorité publique, en prenant la place du père et en se chargeant de cette importante fonction, devrait acquérir ses droits en le déchargeant de ses devoirs. » Le père est censé se consoler avec la pensée qu’il lui reste encore quelque autorité par rapport à ses enfants en tant que « citoyen » de l’Etat. Sa relation avec ses enfants s’est métamorphosée en relation purement politique.

Les attaques de Rousseau contre la famille et son recours exclusif à l’Etat comme véhicule exclusif de la rédemption de l’homme constituent le prototype pour tous les révolutionnaires ultérieurs. Le programme est toujours le même : la société, responsable de tous les maux, doit être détruite. En vue de promouvoir la « fraternité » universelle, la seule source où le mot « frère » puisse trouver son sens – la famille – doit être éliminée. Une fois la société atomisée, dès lors que la famille aura cessé de s’interposer entre l’individu et l’Etat, l’Etat sera libre de transformer par la force l’individu isolé pour en faire n’importe quel type d’« homme nouveau » que les visionnaires révolutionnaires auront imaginé.

La famille artificielle

Nous voici donc arrivés à un moment de la plus haute signification pour notre réflexion. Si la famille est artificielle par ses origines, ainsi que l’affirmait Rousseau, alors elle peut être changée et réaménagée de n’importe quelle façon qui puisse être voulue par l’Etat, ou par autrui. Il s’agit simplement d’un glissement conventionnel, quelque chose qui change dans un artefact culturel. Nous pouvons modifier les relations humaines de n’importe quelle façon. Celui qui a suffisamment de pouvoir peut faire ces modifications à sa propre guise. Il n’y a pas de critère dans la nature auquel il faille adhérer ou à l’aune duquel on puisse le juger. S’il n’y a pas de nature, alors il ne peut d’aucune façon y avoir un problème par rapport aux actes homosexuels ou au mariage des couples de même sexe – ni avec bien d’autres choses non plus. Faire remarquer qu’il n’a jamais rien existé dans l’histoire de comparable à un mariage homosexuel est superflu, de ce point de vue, puisque la « nature » de l’homme est malléable. Elle est le produit de l’histoire. L’histoire avance et l’homme change avec elle. Ou plutôt : l’homme peut se changer lui-même selon ses désirs, aussi longtemps qu’il a les moyens de le faire. Puisque les choses n’ont pas leur fin en elles-mêmes, quiconque est assez puissant pour le faire peut la leur attribuer.

Telle est la philosophie du sophiste Calliclès dans Gorgias, lorsqu’il dit à Socrate : « La vérité, que tu prétends chercher, Socrate, la voici : le luxe, l’incontinence et la liberté, quand ils sont soutenus par la force, constituent la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces belles idées, ces conventions contraires à la nature, ne sont que niaiseries et néant » (492c). Avec le concours de la force, la vertu devient exactement ce que vous voulez. Il ne s’agit pas de conformer son comportement aux fins rationnelles de la nature, mais de conformer les choses à ses désirs. La raison devient alors l’instrument qui permet de le faire. Pour Rousseau, l’homme est une créature de désirs et d’appétits, auxquels sa raison est subordonnée. L’hôte de Rousseau en Angleterre, David Hume, a écrit dans son Traité sur la nature humaine : « La raison est, et ne devrait être davantage que l’esclave des passions et ne doit jamais prétendre à aucun office que de les servir et de leur obéir. » La raison n’est plus, dès lors, le moyen par lequel l’homme atteint sa fin dans la connaissance et la contemplation du bien. Elle est un outil pour assouvir les passions. L’inversion d’Aristote est ainsi complète.

Lois naturelles ou droits naturels ?

Calliclès, en version contemporaine, ne s’exprimerait pas avec autant de franchise qu’il le fait devant Socrate. Il envelopperait son inversion de la loi naturelle du langage du « droit naturel », de manière à ce que cela puisse paraître la même chose, tout en étant l’exact contraire – ainsi que le fit Rousseau. Si vous êtes un homosexuel actif, vous revendiquez un « droit » aux actes sodomites et au mariage homosexuel. Alors que « droit naturel » sonne comme « loi naturelle » ce n’est, comme l’a expliqué le P. James Schall, pas du tout la même chose.

« La théorie moderne du droit naturel », écrit-il, « est une théorie de la volonté, une volonté qui n’a pas d’autre présupposé qu’elle-même. Dans sa version politisée, elle aura été l’alternative la plus durable et la plus dangereuse à une loi naturelle basée sur la réalité ontologique de ce qu’est l’homme.

« Dès lors que le droit naturel devient le fondement accepté de la vie politique, l’Etat est libre d’y placer n’importe quel contenu, comme il le désire, y compris la réécriture ou l’élimination de la loi naturelle. La tradition constitutionnelle de jadis pensait que l’Etat était, en lui-même, à la fois le résultat naturel de la nature de l’homme et, et tant que tel, un frein pour l’Etat. Mais si l’homme n’a pas de “nature”, il est libéré de cette contrainte. Le droit naturel moderne signifie que rien ne limite l’homme ou l’Etat, si ce n’est ce que l’homme veut. Il peut vouloir toute chose qu’il est capable de faire arriver, qu’elle soit tenue ou non pour contraire à la loi naturelle. »

Ce qui se joue actuellement dans la bataille du mariage des couples de même sexe n’est rien de moins que cela.

Sans parler directement de Calliclès ou de Rousseau, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger a dit dans Le sel de la terre quelque chose qui caractérise cette école de pensée : « L’idée que la “nature” a quelque chose à dire n’est plus admissible ; l’homme doit disposer de la liberté de se remodeler à volonté. Il doit être libéré de toutes les données antérieures de son essence. Il fait de lui-même ce qu’il veut, et c’est seulement de cette manière qu’il est véritablement “libre” et libéré. Derrière cette approche se trouve une rébellion de la part de l’homme contre les limites qui sont les siennes en tant qu’être biologique. A la fin, c’est une révolte contre notre état de créatures – une édition moderne, nouvelle, des tentatives immémoriales d’être Dieu, d’être comme Dieu. »

Voilà la perspective anthropologique et métaphysique au sein de laquelle le mouvement en faveur du mariage des couples de même sexe argumente son cas. Accepter le mariage des couples de même sexe revient à accepter l’ensemble de la perspective d’où elle émane, y compris l’assertion selon laquelle « la nature humaine est de ne pas avoir de nature ». Mais la nature humaine n’est rien d’autre que ce qui fait que l’on est un être humain. Rejeter cela, c’est nier l’humanité, nier ce qui est.

Robert Reilly


© leblogdejeannesmits pour la traduction.



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09 mars, 2013

ONU : l'interdiction absolue de l'avortement, une torture ?

Le rapporteur spécial de l'ONU sur la « torture » et les autres peines « cruelles, inhumaines ou dégradantes » a déclaré lors de sa présentation annuelle devant le Conseil des droits de l'homme à Genève que le refus de services, les sanctions ou les représailles à l'encontre des femmes dans le cadre de l'avortement légal pourraient constituer une « torture ».

Juan E. Mendez a résumé son point de vue ainsi : « Les Etats dont la législation nationale autorise l'avortement dans diverses circonstances doivent veiller à ce que celui-ci soit réellement accessible sans conséquences négatives pour la femme ou pour le professionnel de santé. » Les femmes doivent également avoir accès au soins post-avortement dans tous les cas « sans craindre des sanctions pénales ou des représailles 7.

Selon le rapporteur, les organismes internationaux et régionaux de droits humains ont commencé à reconnaître que les mauvais traitements infligés à des femmes qui réclament des services de santé reproductive « peuvent causer des souffrances physiques et émotionnelles énormes et durables, provoqués pour des motifs de genre ».

Cela commence ainsi, avec un couplet sur les pressions exercées sur des femmes demandant des soins post-avortement – comme la condition de « se confesser » pour avoir accès – et un autre sur la difficulté d'obtenir un avortement à la suite d'un viol, mais la suite est bien plus révélatrice :

« Le Comité contre la torture a exprimé de manière répétée sa préoccupation devant le fait que les restrictions à l'accès à l'avortement et les interdictions absolues de celui-ci tombent sous le coup de l'interdiction de la torture et des mauvais traitements. »

Le rapporteur dénonce également le refus de soins aux personnes gays, lesbiennes et transgenre, ce qui peut mener loin dès lors que les « soins » en question relèvent non du simple devoir d'humanité mais de revendications concernant par exemple le changement de sexe.


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