30 mai, 2007

A l’UNESCO : « Population, de l’explosion à l’implosion ? »

La vieillesse du monde… n’inquiète plus personne

L'importance du sujet m'incite à mettre en ligne le long compte-rendu de la réunion qui s'est tenue à l'UNESCO le 22 mai dernier, très révélatrice à mon sens des objectifs du mondialisme. Il a paru dans Présent daté du 26 mai.

Une brochette de personnalités mondialement influentes devant un parterre disparate, composé aussi bien d’étudiants, d’universitaires que de retraités du quartier : drôle de rencontre, mardi soir, dans le grand amphithéâtre de l’UNESCO à Paris ! C’est dans le cadre des « Entretiens du XXIe siècle » organisés par le Bureau de la prospective de l’organisme culturel onusien et son directeur, Jérôme Bindé, que s’inscrit cette conférence de vulgarisation ouverte à quiconque veut prendre la peine de décrocher son téléphone et s’y inscrire. Le 22 mai, c’était donc l’occasion d’écouter Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l’ONU, Hania Zlotnik, directrice de la Division de la population de l’ONU (FNUAP), Jeremy Rifkin, économiste et « futuriste » américain proche de plusieurs dirigeants mondiaux, et Hervé Le Bras, démographe français bien en cour.

Disons-le donc d’emblée : ici, c’est un discours officiel qui est divulgué, et non point des stratégies ou des batailles sémantiques discrètement arrêtées au sein d’un cénacle réservé à quelques initiés. Un discours éventuellement divers, d’où le débat n’est pas exclu, même si d’emblée tout le monde est d’accord pour présenter l’accroissement de la population mondiale comme la pire des perspectives.

L’intérêt de la démarche est précisément là : en de telles occasions, il nous est donné d’entendre ce qu’il « faut » croire, souhaiter, faire progresser. Un point de mire sur la pensée unique qui ne se montre peut-être pas dans tous ses ressorts cachés, mais en tout cas dans son expression la moins ambiguë possible pour le citoyen ordinaire auquel elle prend le risque de s’adresser. Il faut savoir écouter ces hommes d’influence : en décrivant le monde de demain, ils le dessinent et le modèlent…

On démarra avec des chiffres. Beaucoup de chiffres, de courbes, et de cartes savamment colorées pour faire paraître en rouge les zones du monde qui seront encore en croissance démographique en 2050 – l’Afrique sub-saharienne, seulement, mais avec une espérance de vie de 66 ans tout au plus, contre une moyenne de 70 ans dans le reste du monde – et en vert tendre ou plus soutenu celles, toutes les autres, où enfin il naîtra moins d’enfants qu’il ne vivra de vieux. Pour nous dire tout cela, Hania Zlotnik, née à Mexico, spécialiste de la démographie et des mouvements migratoires. La cinquantaine si peu ridée qu’on la croirait liftée à bloc – et bien plus vieille que son âge. Sourire froid, cheveux orange vif.

Et c’est d’un ton dépassionné qu’elle détailla les prévisions actuelles de la « Division population » de l’ONU sur l’avenir de l’humanité : un milliard d’être humains en 1810, 6,6 aujourd’hui ; en 2050, le chiffre se stabilisera à 9,2 milliards, avec une fécondité à 1,85 enfant par femme en moyenne. (Drôle de « stabilité », qui se contentera d’un taux en dessous du seuil de renouvellement des générations !) Dans l’hypothèse d’une fécondité mondiale haute, l’ONU prévoit 10,8 milliards d’humains. Avec un demi-enfant de moins par femme (ça ne vous fait pas penser à Salomon ?) on arrivera à 7,8 milliards.

Un important facteur explique cette croissance globale, comme il a déjà lourdement pesé sur l’accroissement démographique : c’est la chute vertigineuse de la mortalité grâce aux antibiotiques, aux anti-infectieux et aux insecticides. Nous sommes plus nombreux parce que nous vivons plus vieux. Mais il y a aussi la poussée démographique des pays du Sud. Certes, assure Hania Zlotnik, la baisse de la mortalité infantile a tendance à faire baisser la fécondité, « le couple a besoin de moins d’enfants pour assurer sa descendance » ; pour elle, en tout cas, il est urgent de faire baisser la fertilité dans les pays pauvres. « Il le faut, c’est tout », martèlera-t-elle en souriant à l’issue de la rencontre.

En revanche, et on ne sait pas trop pourquoi, elle table sur une remontée de la fécondité en Europe, qui passerait de 1,46 enfant par femme aujourd’hui à 1,76 en 2042. Pourquoi cet « optimisme » ? Parce que les sondages en Europe font état d’un désir des femmes d’avoir plus d’enfants qu’elle n’en ont effectivement, c’est tout…

En attendant, dès 2045, et certainement en 2050, toute l’Europe hormis la France, et aussi le Japon, la Russie et le Mexique connaîtront une diminution de leur population, tandis que l’âge médian atteindra souvent 40 ans (plus de 50 ans dans les pays de l’Est et en Italie) : la moitié de la population aura plus que cet âge.

Concrètement, c’est un vieillissement massif qui se dessine, qui sévit déjà dans de nombreux pays. Aujourd’hui, l’Europe compte 1,9 « travailleur par dépendant » : en 2050, la FNUAP en envisage 1,4.

C’est une révolution ; une révolution dont on devine les conséquences colossales dans de nombreux pays…

En bonne statisticienne, Mme Zlotnik n’en a pas détaillé les aspects humains : outre la charge financière qui pèsera sur les actifs, pourtant, il y aura aussi les besoins énormes créés par la nécessité de soigner et d’aider une population de plus en plus âgée et dépendante… A quoi il faut ajouter la situation explosive qui commence à se révéler dans les pays les plus populeux, la Chine et l’Inde, où déjà des millions de petites filles manquent à l’appel. Elles ne seront pas là dans quarante ou cinquante ans pour s’occuper des anciens.

Je m’attendais, vu cette avalanche de mauvais chiffres et de signes d’épuisement de l’humanité, et spécialement de l’humanité qui peuple les vieux pays d’Europe, à au moins quelques déclarations alarmistes, voire à un petit appel à une meilleure politique familiale comme même les instances les plus européistes osent désormais en lancer parfois.

Il n’en fut rien. C’est la décroissance que l’ONU attend, et avec impatience encore : rien n’a changé depuis qu’elle a préconisé la contraception et la limitation des naissances pour tous, elle se félicite au contraire de ce que toutes ces politiques aient marché globalement.

« Un taux positif, si petit soit-il, n’est pas soutenable ! » Ainsi Hania Zlotnik conclut-elle son exposé, précisant que même le sida n’aurait qu’un « effet modeste » sur l’accroissement dans les pays à forte fécondité. « Réduction de la fécondité et vieillissement doivent être vus comme le résultat du succès de l’humanité à gérer son avenir de façon responsable et positive », ajouta-t-elle, et encore : « Le déclin de la population et le vieillissement sont des choses positives, indispensables au développement, soutenables : reste à s’adapter au vieillissement. »

Comment ? Ce n’était pas le sujet de la soirée, mais alors pas du tout. De problèmes, il n’était pas question. On considérait comme acquis le fait que les nations les plus atteintes sauraient faire appel à l’immigration pour compenser leurs déficits : un million de personnes par an en Europe, n’est-ce pas un minimum raisonnable ? Pour le reste, l’absence de bébés est une telle satisfaction, tellement en accord avec les besoins du développement durable, qu’il serait inconvenant de la mettre en balance avec des difficultés collatérales.

Si bien que, lorsque j’interrogeai ensuite la conférencière en lui demandant si une dégringolade après 2050 n’allait pas créer de nouveaux problèmes importants, elle me répondit que de toute façon, les chiffres retenus par la FNUAP n’étaient peut-être pas exacts, parce que le réchauffement climatique n’y était pas pris en compte, et que celui-ci pouvait aboutir à faire disparaître une part importante de la population mondiale en faisant reculer les littoraux. Et la population baisserait encore plus vite que prévu !

Succédant à Mme Zlotnik, mais plus « pessimiste » qu’elle sur les taux de fécondité de demain (un pessimisme tout relatif), Hervé Le Bras estima que si les démographes du début du XXe s’étaient massivement trompés sur la population française d’aujourd’hui avec des estimations incroyablement basses, ceux d’aujourd’hui imaginent des remontées de fécondité que rien ne justifie vu la baisse quasi universelle qui ne donne aucun signe de vouloir s’arrêter.

Ainsi les Iraniennes avaient-elles en moyenne 6 enfants en 1985 ; plus que 2 aujourd’hui. Et la Chine a un taux « plus bas que le plus bas taux prévu ». « On peut penser que, dès 2025, la population mondiale baissera de plus en plus vite », assure Hervé Le Bras, qui veut à tout le moins ne pas exclure cette hypothèse.

« Est-ce grave ? Faut-il parler d’une implosion de la population ou d’une diminution de la population ? » La réponse, suggère Hervé Le Bras, est chez les écologistes qui ont inventé la notion de caring capacity pour désigner notre capacité à prendre soin de ceux qui en ont besoin, et qui est limitée : « La balance va peser en faveur de ceux-ci. Le monde ne peut pas subsister avec le modèle de consommation américain. »

On peut en effet tourner l’affaire dans tous les sens : dans le monde qui pense et qui détermine nos politiques (encore) nationales, c’est le dogme écologiste qui prime, et l’idée que l’humanité telle qu’elle existe et se multiplie est la principale ennemie de la nature.

Face à un tel discours, comment défendre encore la vie ? Sinon en affirmant clairement que cette idolâtrie de la planète Terre est peut-être au-delà de la culture de mort, un culte de la mort.

A Boutros Boutros-Ghali l’Egyptien revenait la tâche plus politique, plus poétique peut-être de dépeindre les deux rivages de la Méditerranée tels qu’ils ne se rencontrent plus et tels qu’il aimerait les réunifier. Visions d’effroi d’une Europe atteinte d’un vieillissement et d’un rétrécissement sans précédent « depuis les grandes pandémies du Moyen Age », ne représentant bientôt, en 2050, que 4% de la population mondiale contre 8% aujourd’hui. La Turquie comptera alors une population augmentée de 46%, l’Egypte, de 76%, la Syrie, de 176%... « Au Sud, en 2050, près de 50% de la population seront des jeunes de moins de 15 ans. »

Et le voici, ayant dressé cet épouvantail qui n’a rien d’imaginaire, qui nous vante l’immigration nécessaire, non sans avoir dit toutefois : « Pour la première fois depuis le Moyen Age, l’islam est une réalité dans l’Europe chrétienne. » Non sans avoir dénoncé, non plus, l’amalgame entre islam et terrorisme apporté par le 11 septembre, ou l’immigration vers le Nord qui relève d’une politique de type néocolonial : c’est l’importation de main-d’œuvre pour réaliser des travaux pénibles ou ingrats. »

C’est cette politique, ce nouvel « apartheid », dit Boutros-Ghali, qui peut être facteur d’ « implosion des sociétés européennes », car bien entendu ce sont elles qui ont tout faux, elles qui nourrissent dans leur sein des populations pauvres et ghettoïsées où les jeunes réagissent, forcément, par des « désordres ».

« Il y a une nécessité pour l’Union européenne d’une stratégie européenne, l’Europe ne pourra être l’Europe que si elle s’engage pour la non-Europe ! »

Et savez-vous comment cela se fera ? Par des « actions réciproques », de part et d’autre de la Méditerranée : « enseignement de l’arabe ou du turc, traduction des œuvres, mise en place de coûts d’installation généreux pour le logement de ceux qui arrivent, et d’assistanat ».

En clair : immigration soutenue, mélange des cultures et discrimination positive financée sans compter, car « tant que les coûts d’installation resteront insuffisants, on peut s’attendre à des troubles qui risquent de déstabiliser la société européenne », explique Boutros Boutros-Ghali.
Et si vous doutez d’avoir bien lu, écoutez-le s’exclamer : « L’Europe est-elle capable d’accepter une ponction véritable sur les revenus de sa population pour intégrer la population du Sud ? »
Parce qu’il appelait ainsi à une politique « généreuse et humaniste », l’ancien Secrétaire général des Nations unies, aujourd’hui haut responsable à l’UNESCO et vice-président du Haut Conseil de la Francophonie fut le plus longuement applaudi.

Jeremy Rifkin, à l’inverse des autres orateurs, quitta l’estrade et « prêcha », tel un évangéliste sans paroisse et sans foi (il se définit comme juif non croyant), parmi l’assistance. Il croit, lui, que la décroissance de la population est directement fonction de l’accès à l’énergie. Plus on a de charbon, d’électricité, de pétrole… moins il faut de bras pour faire tourner la machine et moins on a donc d’enfants. Les deux révolutions industrielles rendues possibles grâce aux énergies fossiles : le charbon, puis le pétrole, allèrent toutes deux de pair avec une baisse spectaculaire de la natalité. Aujourd’hui, nous rétrécissons le temps et l’espace grâce à la communication, mais une moitié de l’humanité n’a jamais passé un coup de fil, et c’est cette moitié-là qui est si prolifique. « Nous avons déjà atteint un niveau de population non viable ! »

Que faire ? Pour Jeremy Rifkin – qui a l’oreille du gouverneur Schwarzenegger, d’Angela Merkel, de Zapatero, de Romano Prodi – il faut s’engager dans la troisième révolution industrielle en misant tout sur les énergies renouvelables, celles qu’on trouve « hors sol » et qui demain, par le biais de cellules qui stockeront cette puissance sous forme d’hydrogène, pourront être partagées d’individu à individu entre « frères et sœurs » du monde entier. Pour cela, il faut un nouveau « plan Marshall global » destiné à donner l’énergie au peuple (le pouvoir au peuple : Power to the people) et à casser la « machine centralisée paternaliste à distribuer l’énergie ».
Et voilà qui remplacera les naissances…

Parce que les naissances sont de l’énergie, et que le monde n’en aura plus besoin.
De ce prêche se dégage une vision d’enfer d’une humanité branchée jouissant d’une débauche de technique et de communications virtuelles, mais pour Jeremy Rifkin c’est la solution, celle qui permettra aux espèces que nous côtoyons de subsister, celle qui permettra au monde de continuer d’exister.

Il y a là, bien sûr, un paradoxe : dans un monde affranchi des « émissions de CO2 », un monde propre où chacun pourrait vivre sans menacer ses voisins, pourquoi donc limiter le nombre de ces voisins ? Si cet espoir existe réellement, pourquoi continuer à affoler le monde et à le pousser au suicide collectif ?

Parce que ces dames et ces messieurs, sous couleur de respect de la nature et d’engagement au service des plus pauvres, sont des idéologues. Avec Boutros Boutros-Ghali, ils croient sans doute à la « disparition de l’Etat-nation », à une « nouvelle société trans-nationale » grâce à laquelle « l’utopie d’aujourd’hui sera la réalité de demain ».

Cela explique quelques déclarations étranges, comme celle d’Hervé Le Bras assurant que la France « fait » plus d’enfants parce qu’elle se replie sur elle même, parce qu’elle a peur de l’avenir et de la mondialisation…

Cela justifie le thème des « Rencontres du XXIe siècle » voulues par Jérôme Bindé dans le cadre de l’UNESCO : lui qui conclut la soirée en déclarant que « l’éducation est le meilleur contraceptif », tout en ajoutant que même dans les pays à faible niveau d’instruction on constate une spectaculaire réduction de la fertilité. Pourquoi ? « Grâce aux telenovelas et aux feuilletons qui créent un nouveau modèle pour les femmes » : chose à méditer.

Et pour ceux que tout cela laisse songeurs, et inquiets devant un monde qui a choisi de vieillir, il y a toujours cette étonnante réponse apportée à la question du début : « La seule réponse cohérente au vieillissement est l’éducation et la formation, tout au long de la vie, pour tous. »

Cela ne fait guère le poids, face à un sourire d’enfant…

29 mai, 2007

“4 mois, 3 semaines et 2 jours”

Un film gris, sans musique, sobre et choquant, avec de très longs plans sans coupure pour accentuer son naturel : le jury du Festival de Cannes a primé le long-métrage 4 mois, 3 semaines et 2 jours du jeune cinéaste roumain Cristian Mengiu, description sans douceur d’un avortement clandestin sous le régime de Ceausescu.

4 mois, 3 semaines et 2 jours : c’est l’âge du bébé mis à mort, et sur la réalité de cette mise à mort, le film ne laisse planer aucun doute. C’est l’aspect de cette œuvre qui devra tempérer les légitimes critiques et notre indignation devant cette promotion de la culture de mort.
Que c’en soit une, cela ne fait pas de doute. L’argument de Cristian Mengiu, 39 ans, est de montrer que sous le régime communiste de Ceausescu qui interdisait l’avortement à toute femme ayant moins de 4 enfants, le recours à l’opération illégale ne donnait lieu qu’à deux sentiments : la peur de se faire prendre, et une forme de solidarité et d’entraide par laquelle les femmes et les jeunes filles tentaient de tourner la loi.

Loi qui n’était en aucun cas dictée par des préoccupations morales, mais uniquement un souci démographique et qui n’offrait pas aux femmes l’assistance dont elles pouvaient avoir besoin face à l’arrivée d’une nouvelle vie dans l’univers sans espoir du communisme. D’ailleurs Mengiu a expliqué le choix de son sujet en rappelant la statistique (vraie ? fausse ?) selon laquelle 500 000 femmes sont mortes au cours d’avortements clandestins sous l’empire de Ceausescu. Et d’ajouter, une fois le film sorti, que nombre de ses amies et connaissances s’étaient reconnues dans l’histoire sordide qu’il raconte.

C’est celle de Gabita, 17 ans, enceinte de plus de quatre mois, épaulée par son amie Otilia, qui va demander à un avorteur infâme, « Monsieur Bébé », de mettre fin à sa grossesse. Celui-ci se fera payer en nature par les deux jeunes filles (ce qui donne lieu à des plans paraît-il discrets) avant de décrire, on ne peut plus clairement, ce qu’il fera subir à Gabita et à son enfant, et de passer à l’acte. Et là, la caméra ne cèle rien. Gros plan sur le petit corps déchiqueté, et sur Otilia qui se charge de le faire disparaître…

La leçon que l’on en tirera, que les partisans de l’avortement tirent depuis longtemps de l’expérience roumaine, c’est que l’interdiction de « l’IVG » est une barbarie. C’est d’ailleurs Jane Fonda qui a remis la Palme d’Or à Mengiu ; et son long-métrage a reçu le prix de l’Education nationale pour sa valeur pédagogique : on en tirera des DVD qui pourront être vus et commentés dans le cadre scolaire. C’est un scandale en soi.

Mais il y a deux autres aspects du film que Mengiu lui-même met en lumière. Il a voulu réfléchir sur les conséquences du régime totalitaire sur les individus : comment le communisme a poussé les gens à tenter de s’opposer au système tout en négociant avec lui et entre eux, jusqu’à faire disparaître toute considération morale et, le cas échéant, toute dignité personnelle.

Mengiu a ainsi affirmé qu’il voulait amener les femmes à se préoccuper non plus de la crainte d’être prises, qui écrasait toute question de conscience, mais aux « conséquences » de leurs actes, ce qui l’avait conduit à filmer avec insistance l’enfant mort.

Drôle de morale : finalement, faut-il attendre l’avortement légalisé pour que les questions morales puissent émerger ?

Ce sont là toute la confusion et toute l’ambiguïté véhiculées par ce film… Qui tout de même, comporte la seule image, la seule scène qui aujourd’hui pourrait mettre nos consciences anesthésiées en face de l’horrible réalité de la mise à mort d’un tout-petit.

Cet article a paru dans Présent daté du mercredi 30 mai 2007.

26 mai, 2007

Les médecins catalans contre la pilule du lendemain

Cela fait deux ans que la pilule du lendemain est gratuitement distribuée dans tous les centres de « santé sexuelle » de Catalogne. Et bien plus longtemps que le Collège des médecins de Barcelone ne brille pas précisément par ses prises de position pro-vie, lui qui est resté muet lorsqu'on a mis au jour le scandale des avortements très tardifs pratiqués dans des cliniques de sa ville. Mais c'est lui qui s'alarme, à l'heure où l'on n'attend plus que le feu vert du ministère de la santé pour mettre la pilule du lendemain en vente libre dans toutes les pharmacies, et qui qualifie sa distribution si facile de « faute » et d'« erreur ».

Comme partout on a fait accepter l'idée de la distribution sans contraintes de la pilule du lendemain pour le noble motif de la réduction des avortements.

Or on dispose depuis janvier de données précises qui contredisent de manière tragique ces promesses de modération abortive.

• En 2000, la pilule du lendemain n'est pas distribuée ; le ministère de la santé espagnol évalue le nombre d'avortements à 60.000 dans le pays. Sur 1.000 femmes de moins de 20 ans, 7,5 ont avorté cette année-là.

• En 2001, 160.000 pilules du lendemain sont distribuées. On dénombre 70.000 avortements officiellement répertoriés par le ministère de la santé. 8,26 femmes de moins de 20 ans pour mille ont avorté.

• En 2005, 506.000 pilules du lendemain sont distribuées ; on passe à 91 000 avortements, soit 50 % de plus par rapport à l'époque où la pilule du lendemain n'est pas distribuée ; 11,5 pour mille jeunes femmes de moins de 20 ans avortent, soit 12.883 jeunes femmes.

Ce sont ces chiffres qui ont fait réagir les médecins de Barcelone, comme le note l'excellent site de résistance populaire HazteOir : il s'agit de statistiques significatives, et alarmantes. D'autant qu'en Catalogne, les principales utilisatrices de la pilule du lendemain sont les jeunes de 18 à 22 ans, suivies des adolescentes de 13 à 17 ans.

Objectif raté, donc, mais le problème comporte d'autres facettes : c'est, pour le Collège des médecins, le signe de l'échec d'un moyen anti-conceptionnel qui ne devrait être distribuée que dans le cadre d'une consultation pour pouvoir éviter d'y avoir recours par la suite (or l'accès libre empêche tout suivi et toute identification personnelle de celles qui « récidivent »). Le Collège ajoute que dans certains cas la prise de cette pilule très fortement dosée en hormones est contre-indiquée et ne devrait pas être aussi facile d'accès.

Les médecins de Barcelone observent également qu'une utilisatrice sur deux de la pilule du lendemain gratuite n'y a eu recours qu'une fois ; 31 % l'ont avalée à deux reprises, 8 % y ont eu recours trois fois et parmi les quelque 10 % restantes, quelques-unes l'ont prise jusqu'à 8 ou 9 fois.

Rappelons que la distribution gratuite de la pilule du lendemain a été décidée par un gouvernement PP (Partido popular), « droite ».

Irlande : “Miss D” a effectivement avorté

LifeSiteNews rendait compte, ici, de la décision de « Miss D », cette Irlandaise qui avait obtenu le droit de se rendre en Angleterre pour y subir l'avortement de son enfant anencéphale, de renoncer à l'opération. Ayant visité des sites pro-vie, vu des photos d'avortements, la jeune femme avait dit que son bébé ne méritait pas cela et qu'elle voulait pour lui un vrai lieu de sépulture. Elle annonçait cependant vouloir donner naissance par déclenchement médical du travail et projetait de « ramener » le corps de son enfant pour le faire enterrer. Le ramener... d'où ?

Eh bien, d'Angleterre. Elle n'a pas du tout renoncé à son voyage, mais simplement à ce qu'elle considérait comme une méthode d'avortement psychologiquement insupportable, l'avortement chirurgical : au stade de sa grossesse, 16 à 18 semaines, il s'agit de la dilatation et évacuation qui exige le démembrement du fœtus in utero, ou la brûlure par injection de sel dans l'utérus, suivie habituellement par le déclenchement spontané du travail.

Les interviews données avant son départ par « Miss D » avaient pu laisser croire qu'elle avait opté, simplement, pour l'accélération de sa grossesse afin de donner naissance de manière prématurée. Peut-être l'a-t-elle cru elle-même : elle avait trouvé des termes poignants pour parler de son enfant qui « méritait de vivre ». Procédure en elle-même discutable puisque la vie de son enfant s'en trouverait volontairement écourtée, et ce d'autant plus qu'on ne peut actuellement rien pour un bébé né à ce stade de prématurité.

Des précisions apportées ultérieurement par les journalistes concernés ont montré que dans le cas de « Miss D », on avait eu recours à un avortement médical (terme habituellement réservé aux procédures précoces de prises de pilules abortives) : on lui avait administré des médicaments destinés à rendre son enfant « non viable » avant de déclencher les contractions qui allaient aboutir à la naissance d'un enfant mort-né.

La procédure était-elle indispensable pour protéger la santé de la mère ? Certes non : le fait de porter un enfant anencéphale ne comporte aucun risque pour elle et l'enfant est considéré viable jusqu'au terme de la grossesse. Aucune raison médicale ne justifie son déclenchement prématuré.

Consciente ou non de ce qu'elle a réellement subi, « Miss D » devra désormais vivre avec le souvenir de cette petite vie coupée court. Et avec la conscience d'avoit été la cause (mais a-t-elle été instrumentalisée ?) d'un probable changement du droit irlandais, qui se trouve désormais aux prises avec une jurisprudence assurant que nul ne peut empêcher une Irlandaise de voyager, même si nul n'ignore qu'elle part se faire avorter en Angleterre.

Source : ici.

23 mai, 2007

Loi Leonetti : déjà une loi d'euthanasie

J'avais omis, en son temps, de mettre en ligne ces quelques réflexions sur une analyse très pertinente de la loi Leonetti sur la « fin de vie » par l'archevêque et par le grand rabbin de Paris. Leurs observations se doivent d'être archivées dans le cadre de ce blog. L'article ci-dessous a été publié le 6 avril 2007 sur www.present.fr.

La loi Leonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de la vie présente une « réelle ambiguïté » par rapport à l’euthanasie, constate une déclaration commune juive et catholique signée par l’archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, et le Grand rabbin de Paris, David Messas. Il s’agit d’une lecture lucide et profonde de la loi à la lumière des exigences de la loi naturelle ; lecture menée par un groupe de réflexion officiellement constitué par les responsables des deux religions dans le cadre de leurs commissions pour le dialogue interreligieux. Elle s’appuie explicitement sur le « commandement biblique : “Tu ne tueras pas” » et cherche à bien préciser dans quelles conditions, dans le contexte d’une évolution rapide de la médecine, celui-ci peut et doit être en tout temps respecté.

Assurément ce type-là de dialogue, qui ne prétend à aucun faux oecuménisme, est celui dont nous avons besoin dans une société où le laïcisme équivaut à un refus de Dieu et de sa Loi.

La « réelle ambiguïté » de la loi réside dans son acceptation du fait de couper l’alimentation, considérée explicitement dans ses travaux préparatoires comme un « traitement médical », et ce dès lors que le traitement ne pourrait améliorer l’état du malade, qu’il soit conscient ou non. Vincent Humbert aurait pu, par exemple, « bénéficier » de cette forme d’« euthanasie par omission » (selon l’expression du Vatican) dans le cadre de la loi Leonetti alors même qu’il ne se trouvait pas en phase terminale.

Cette ambiguïté, Présent l’avait soulignée et expliquée dès avant le vote de la loi, alors même que, semble-t-il, personne ne voulait se hasarder à condamner la loi Leonetti, présentée alors à peu près partout comme un texte providentiel de protection de la vie (voir notamment nos numéros des 9 et 15 avril 2005).

L’étude sérieuse présentée par Mgr Vingt-Trois et le Grand rabbin Messas éclaire ce point de façon tardive mais lumineuse. Voyez plutôt :

« Le fait de ne pas entreprendre (ou de ne pas maintenir) pour un malade déterminé, tel ou tel traitement médical, ne dispense pas du devoir de continuer à prendre soin de lui. Juifs et catholiques, nous jugeons qu’il est de la plus haute importance de chercher le moyen et la manière les plus adéquats d’alimenter le malade, en privilégiant dans toute la mesure du possible la voie naturelle, et en ne recourant aux voies artificielles qu’en cas de nécessité. »

Ce sont les fameux « soins ordinaires » qui sont toujours dus : « Seules des raisons graves dûment reconnues (non assimilation des nutriments par l’organisme, souffrance disproportionnée entraînée par l’apport de ceux-ci, mise en danger du malade du fait de risques d’infection ou de régurgitation) peuvent conduire dans certains cas à limiter voire suspendre l’apport de nutriments. Une telle limitation ou abstention ne doit jamais devenir un moyen d’abréger la vie », poursuit la déclaration. Elle demande que les « instances compétentes favorisent et garantissent cette interprétation de la loi ». Cela s’avère, ajouterons- nous, d’autant plus nécessaire que les travaux préparatoires de la loi ne sont pas ambigus du tout : s’ils récusent l’arrêt de l’hydratation au nom des grandes souffrances qu’elle entraîne (comme pour Terri Schiavo…), ils inscrivent totalement le refus d’alimenter dans les bonnes pratiques médicales.

L’ensemble de la déclaration commune juive et catholique mérite d’être lue. Et d’abord dans cette affirmation du principe général : « Le commandement biblique : “tu ne tueras pas”, exige de la famille et des soignants de ne pas chercher à hâter la mort du malade, et des malades de ne pas attenter à leurs jours, ni de demander l’aide d’autrui dans cet objectif. En nous appuyant sur ce commandement nous exprimons une opposition très ferme à toute forme d’assistance au suicide et à tout acte d’euthanasie, celle-ci étant comprise comme tout comportement, action ou omission, dont l’objectif est de donner la mort à une personne pour mettre ainsi fin à ses souffrances. »

La déclaration constate aussi tout ce que la loi Leonetti a de bon en ce qu’elle préconise le recours aux soins palliatifs et distingue clairement entre la fin recherchée et l’effet mortel non recherché d’un traitement destiné à soulager un malade. Mais elle insiste sur la nécessité que ces principes justes soient « observés dans la pratique »…

15 mai, 2007

Brésil : vers l'adoption homosexuelle

Deux coiffeurs homosexuels vivant ensemble depuis 15 ans à Ribeirao Preto (Brésil) viennent d'obtenir un droit de tutelle provisoire sur une fratrie de 4 enfants, trois filles et un garçon de 3 à 10 ans, droit qui pourrait se transformer en adoption définitive.

Joao, 34 ans, et Paulo, 40 ans, avaient déjà élevé ensemble les deux fils du second. Ils ont accueilli les quatre nouveaux enfants chez eux à Noël après que le juge Paulo Cesar Gentile, qui vient de prononcer le jugement de tutelle, les eut averti que le père biologique toxicomane venait de perdre ses droits.

C'est la nounou engagée pour s'occuper des enfants qui recevra un cadeau lors de la fête des mères, qui aura lieu dimanche prochain au Brésil...

Pour autant les enfants n'auront pas de maman.

Source : ici.

Le Brésil contre l'avortement

Le président Lula a réitéré aujourd'hui son opposition (seulement) personelle à l'avortement, après la fin de la visite de Benoît XVI dans son pays, mais il continue d'affirmer que sa dépénalisation constitue une affaire de santé publique que son gouvernement pourra promouvoir à sa guise.

ACI Prensa publie aujourd'hui les résultats d'un sondage Datafolha réalisé les 19 et 20 mars auprès de quelque 6 000 personnes de plus de 16 ans dans 236 villes à travers le pays. Il en ressort :

- que 82 % des athées déclarés sont opposés à la dépénalisation de l'avortement ; 80 % sont contre tout élargissement des exceptions, refusant l'intervention même en cas d'anencéphalie.

- que les pratiquants des religions afro-brésiliennes ne sont pas aussi nombreux que les athées à refuser la légalisation de l'avortement.

- que 90 % de la population est de toute façon à la libéralisation totale, tandis que 74 % ne veulent ni d'exceptions nouvelles ni d'une modification de la loi en vigueur.

Autrement dit, la défense de la vie n'est pas un thème religieux.

On peut être sûr, en revanche, que l'entrée en vigueur d'une loi de dépénalisation ferait disparaître cette quasi unanimité, en habituant les consciences au mal...

DPI : éliminer les strabismes

La clinique de procréation médicalement assistée de London Bridge a obtenu l'accord officiel de la « Human Fertilisation and Embryology Authority » (HFEA) pour pratiquer un diagnostic préimplantatoire sur les embryons d'un couple obtenus après fécondation in vitro. Le père souffre, comme son grand-père avant lui, d'un strabisme.

On prélèvera donc pour examen une cellule sur une série d'embryons au stade de huit cellules pour en sélectionner un qui ne présenté pas le gêne défectueux susceptible de causer le même défaut. Pour les autres, ce sera le rebut.

Pour le Dr Gedis Grudzinkas, il ne s'agit pas d'un simple défaut esthétique, dans la mesure où une fibrose des muscles extra-oculaires peut induire un strabisme divergeant jusqu'à 90° de l'orientation du visage. Cela dit cette condition n'a aucune incidence sur la santé ni sur l'espérance de vie, ni même sur la capacité de séduction, puisque le père et le grand-père dans cette histoire ont par définition réussi à convaincre leurs femmes de partager leurs vies...

A combien de degrés, désormais, un strabisme sera-t-il considéré comme acceptable ?

L'octroi de l'agrément administratif signe un nouveau pas dans la logique eugéniste, et traduit concrètement la volonté affirmée en mai dernier par la HFEA britannique d'élargir les cas où le DPI serait considéré comme acceptable.

14 mai, 2007

Pour qui travaillent les femmes ?

Quelle est la proportion de nos revenus qui alimentent les caisses de l'Etat et autres instances d'assurance obligatoire ? Enorme : souvent près de la moitié des salaires, toutes charges salariales et patronales comprises ; à cela il faut ajouter les taxes directes et indirectes (aucune famille n'échappe à la TVA, ni à la taxe sur les produits pétroliers), et les taxes locales pour tous et l'impôt sur le revenu pour beaucoup, et j'en passe bien sûr.

Il est devenu très difficile pour une famille « normale » de subsister sans l'apport d'un deuxième salaire. Celui de la mère. Obligée à travailler, souvent conduite à limiter le nombre de ses enfants.

Et pour payer quoi ? Les prélèvements obligatoires citées ci-dessus !

Ou, comme l'écrit ici David Warren, éditorialiste à Crisis Magazine (dans un article intitulé « Motherhood ») : quelle que soit la force de l'instinct de procréation, « il semble avoir été emporté par les politiques étatiques qui rendent obligatoire le modèle des familles à deux salaires, en portant le poids de la taxation à un tel niveau que dans la plupart des pays de l'OCDE, l'un des revenus sert à faire vivre la famille, et l'autre à faire vivre le gouvernement ».

Je n'y avais jamais pensé !

Dans cet article, David Warren commente la chute dramatique de la fécondité dans les pays développés à partir d'un document de l'OCDE qui cherche à déterminer les solutions politiques (ou plus exactement les politiques de subventions publiques pour soutenir la démographie, au moyen de taxes de plus en plus lourdes) de nature à combattre la dénatalité.

Il conclut : « Sur cet arrière-plan esquissé plus haut, une proposition de premier plan commence à se préciser. La maternité est la clef pour se battre en catholiques dans les tranchées laïques. La clef, parce que nous possédons en vérité le secret qui permettra de sauver l'Occident de l'extinction. C'est notre affaire de contester directement les pré-supposés économiques, idéologiques et bureaucratiques qui ont détourné la maternité de sa gloire et de ses conquêtes pour en faire une grise question économique.

Via Lifesite.net.

Mexique : la force injuste de la loi...

Le cardinal de Guadalajara (Mexique) vient de déclarer que la dépénalisation de l'avortement causera un « grave dommage à la conscience de la majorité des Mexicains, parce qu'ils pourront penser que cette pratique étant permise par la loi, elle n'est pas chose mauvaise ». Et ce d'autant plus que l'avortement sera fourni par des établissements d'Etat. Le cardinal Juan Sandoval Iñiguez a qualifié la dépénalisation d'« erreur monumentale ».

En effet, c'est la loi qui dicte les mœurs et non l'inverse. La loi autorisant l'avortement émousse ou abrutit les consciences. On dit qu'il faudra rectifier les consciences pour espérer revenir, en France par exemple, sur la légalisation de l'avortement. N'est-il pas plus exact de dire que la repénalisation de l'avortement, fût-elle progressive, serait le meilleur moyen de changer « l'opinion » ?

C'est en tout cas ainsi qu'on a procédé - par la voie répressive - pour faire diminuer les « violences routières » (qui tuent près de quarante fois moins que l'avortement)...

Choisir la vie... en Angleterre

Le Daily Mail, quotidien très populaire outre-Manche, racontait vendredi l'histoire d'Anna Chernocke, photographe et illustratrice freelance. « Pourquoi j'ai changé d'avis quelques secodes avant de subir un avortement », proclame le titre de l'article.

La jeune femme venait de rompre avec son petit ami. Etant sous contraceptifs chimiques, elle n'a eu connaissance de sa grossesse qu'à seize semaines, après avoir consulté pour des troubles apparemment digestifs. Pas question de garder le bébé : elle était seule, et affectée d'une maladie cardiaque qui rendait sa grossesse dangereuse. Trouver deux médecins pour déclarer justifiée l'intervention tardive fut un jeu... d'enfant. Et Anna obtint un rendez-vous pour avortement à 4 mois et demi.

Dans la salle d'attente de l'hôpital, elle n'attendait plus que l'appel de la salle d'opération où elle devait subir un avortement par dilatation et extraction. On lui avait administré des prostaglandines par voie vaginale pour faciliter l'ouverture du col. On venait seulement de lui expliquer en quoi consistait l'intervention : on allait chercher le cœur du fœtus, lui injecter un poison, puis le démembrer « délicatement » et l'extraire. Elle sentait le bébé bouger. Elle commença à lui parler, ne trouvant qu'un seul mot : « Pardon. »

Arrivée au bloc elle se trouve devant le médecin, la cinquantaine paternelle. Il lui demande gentiment si elle a quelque chose à dire.

« Je suis vraiment désolée, mais j'ai changé d'avis. »

Et là, euphorie. Le médecin, tout sourire, la saisit par l'épaule : « Félicitations ! Bien joué, vous ne le regretterez pas. » Des deux infirmières qui l'ont conduite dans la salle, l'une explique que cela fait des années qu'elle tente d'avoir un enfant, sans succès... L'autre lui dit que le fait de devenir mère a été la meilleure chose qui lui soit arrivée dans sa vie : « Vous n'allez jamais regretter la décision que vous venez de prendre. C'est une chose merveilleuse, magnifique. »

Trois ans plus tard, Anna est d'accord. Et elle est enceinte de son deuxième enfant.

Quant aux médecins britanniques, ils sont de plus en plus nombreux à réclamer l'interdiction de l'avortement : ils sont près de 20 % désormais, tandis que plus de 50 % des généralistes voudraient voir réduit le délai légal de 24 semaines, notamment en raison du traumatisme que subissent les femmes, mais aussi les personnels médicaux lors d'avortements tardifs. Près d'un quart refuse de signer les demandes d'avortement et certains affichent même en salle d'attente leur refus de toute consultation de demande d'avortement.

Un choix que n'a pas fait le Dr Tammie Downes : elle préfère la dissuasion, et souvent, cela marche (pour les anglophones, c'est ici).

10 mai, 2007

Moins d’euthanasies aux Pays-Bas ?

Rapport trompeur et soins palliatifs douteux…

De moins en moins d’euthanasies : aux Pays-Bas, on est passé de 3 500 cas déclarés en 2001 (selon la procédure prévue par la loi de minutie qui a légalisé la mise à mort des patients en phase terminale), à 2 325 cas en 2005. On retrouve des niveaux comparables à ceux de 1990, époque où l’euthanasie était illégale. Bravo, alléluia ? Certes non ; ces chiffres publiés jeudi par le ministère de la Santé néerlandais sont en réalité les arbres qui cachent une forêt où le geste médical de fin de vie est de moins en moins clairement défini. Ce qui ouvre la porte au contraire à une banalisation sans précédent de la « médecine » qui tue.

Sur les quelque 140 000 décès enregistrés annuellement aux Pays-Bas, la moitié sont dus désormais à une « intervention médicale ». Les soins palliatifs se développent, paraît-il. Les médecins préfèrent lutter contre les symptômes pénibles d’une maladie en phase terminale ; l’administration directe d’un cocktail lytique (détendeurs musculaires et barbituriques) est moins souvent choisie et c’est celle-ci qui est définie comme « euthanasie » aux termes de la loi.
Deux autres causes interviennent dans la baisse des chiffres : il y eut moins de décès en 2005 qu’en 2001, et parmi ceux-ci plus de morts de personnes âgées de plus de 80 ans – celles-ci sont moins nombreuses à réclamer que l’on mette fin à leurs jours (et cela mérite d’être médité !). Ces faits ne sont guère évoqués dans la presse internationale.

Celle-ci montre déjà des signes de volonté de tirer argument de cette diminution du nombre de cas déclarés pour justifier la légalité de l’euthanasie et pour vanter les progrès de la médecine palliative que cette légalité a pu entraîner, en permettant que les malades en phase terminale soient mieux entourés.

Or, il apparaît que la technique palliative employée présente de graves ambiguïtés. Il s’agit de la « sédation palliative », inventée à l’hôpital catholique Radboud de Nimègue depuis quelques années et appliquée depuis 1999 : celle-ci implique l’administration de morphine à hautes doses, de nature à pouvoir hâter la mort. Le but étant de maîtriser une douleur insupportable, ou d’éviter la pénibilité d’une mort par asphyxie, ou de calmer des personnes agitées et dans un état de confusion : on cherche à les endormir afin qu’elles ne soient pas conscientes de leur propre mort. Ce genre de médication avec intention de donner la mort a été administrée 9 700 fois en 2005 contre 8 500 en 2001 : si elle était comptée comme méthode euthanasique, il faudrait bien parler, au mieux, d’une stabilité des chiffres… Et y ajouter les 1 500 cas où la décision de donner la mort n’avait pas été explicitement prise. 33 700 cas de sédation forte ayant pu hâter la mort ont par ailleurs été répertoriés contre 29 000 en 2001.

D’autant que la « sédation palliative » ne donne lieu à aucune déclaration obligatoire. Qu’elle est perçue comme ne répondant pas aux « critères de minutie » prévus par la loi. Qu’elle suppose l’utilisation de la morphine en vue d’endormir le patient, et non de calmer la douleur, seule application légale. Et cela n’est pas sans inconvénients : la respiration est déprimée, un état de confusion peut s’ensuivre. Tous les médecins qui ont eu recours à ce moyen ont-ils répondu sincèrement à l’enquête commandée par le ministère de la Santé ? Sont-ils nombreux à avoir le sentiment d’avoir pratiqué une euthanasie par un moyen non légal, ce qui les incite à ne pas rendre compte, comme la loi les y « oblige », d’un geste mortel ? Il apparaît en effet qu’en cette matière où la frontière est si ténue entre la volonté de donner la mort et celle d’empêcher la souffrance que nombre de médecins ne savent plus s’ils ont euthanasié ou non, ce qui est sans doute la meilleure façon de banaliser la chose…

Il faut ici apporter quelques précisions. La sédation poussée à un niveau qui peut hâter la mort et même la provoquer n’est pas forcément un mal moral. Dès lors que l’effet recherché n’est pas la mort, mais le soulagement d’une extrême souffrance par des doses de plus en plus fortes d’un calmant puissant, la mort peut n’être qu’un effet indirect, une conséquence non souhaitée pour elle-même.

Cette bonne morale n’est pourtant pas, disons-le tout net, celle qui préside aux techniques de sédation palliative qui semblent se généraliser aujourd’hui aux Pays-Bas.

Premier point : aux termes du rapport du 10 mai, nombre de médecins qui l’ont pratiquée avouent ouvertement y avoir eu recours en vue de hâter la mort. Cela montre que la pratique, délicate, du soulagement du malade est de plus en plus perçue comme autorisant une intervention directe pour provoquer sa mort à court terme : sans aucun doute il s’agit là d’une conséquence de l’euthanasie légale.

Deuxième point :on peut penser que peu de commentateurs prendront la peine d’aller regarder les directives officielles de la pratique de la sédation palliative. Une vérification sommaire permet pourtant de dire que la manière dont les médecins sont invités à la pratiquer la fait relever systématiquement du domaine de l’euthanasie lorsqu’elle n’est ni temporaire, ni intermittente.

La sédation palliative « profonde et continue » est en effet réservée, dans le cadre de directives publiées en 2005, aux cas où les symptômes réfractaires d’une maladie en phase terminale (y compris la dyspnée ou le délire) entraînent des « souffrances insupportables ». Il est précisé que l’espérance de vie doit être évaluée pour le patient à une ou deux semaines maximum. Pourquoi ? Parce que l’administration de la sédation palliative doit nécessairement entraîner l’absence de toute hydratation artificielle du patient.

« Dans le cadre d’une espérance de vie supérieure à une ou deux semaines, la sédation profonde et continue aura en effet une influence sur le moment du décès. Le patient mourra plus tôt de dessèchement qu’il n’en aurait été autrement. »

Derrière le jargon et l’apparence de respect du délai naturel de la mort il y a là une gigantesque tromperie par sous-entendu : la sédation palliative s’accompagne d’un refus du soin ordinaire, du soin humanitaire de l’hydratation du malade, qui a pour issue inéluctable la mort…
Après cela on peut gloser, et assurément beaucoup de données du rapport de plus de 316 pages méritent d’être étudiées avec soin. On y apprend qu’en 2005 bien plus qu’en 2001, les médecins invoquent le « manque de dignité » des patients pour justifier le geste euthanasique, tandis que la présence d’une douleur insupportable n’est plus invoquée que dans 29% des cas.
La pratique de l’euthanasie des enfants, à la demande des parents ou de l’enfant, voire une demande d’aide au suicide, a également été évaluée chez près de 200 pédiatres. La majorité d’entre eux n’a pas été confrontée à cette question dans la pratique ; 3% avouent avoir « à l’occasion » euthanasié des enfants ; ils sont 75% à trouver ce geste parfaitement justifiable et seraient prêts à l’accomplir.

Une donnée qui à elle seule dément les conclusions optimistes du secrétaire d’Etat néerlandais à la Santé, Jet Bussemaker, qui a présenté ce rapport avec satisfaction en précisant toutefois : « Je trouve que la qualité de la vie et de la mort du patient doit être centrale. L’existence des soins palliatifs, pour beaux et importants qu’ils soient, ne constitue pas en elle-même une raison pour dénier à quelqu’un une euthanasie. » Il ne s’agit pas pour autant d’un droit, précise-t-elle. Ah, bon ?

Source : www.present.fr (cet article a paru dans le numéro daté du samedi 12 mai 2007).

09 mai, 2007

L'Irlandaise “Miss D” pourra avorter...

Malgré l'interdiction constitutionnelle d'avorter en vigueur en Irlande, la Haute Cour de Dublin a jugé que « Miss D », 17 ans, enceinte de 18 semaines, pourra se rendre en Angleterre pour y subir un avortement qu'elle demandait depuis 10 jours. Il y a quinze jours, la jeune femme apprenait que son enfant était atteint d'anencéphalie, handicap qui ne lui laissait une espérance de vie que de quelques jours après sa naissance. Elle n'a pas "envie" de porter l'enfant pendant neuf mois pour le voir mourir.

Mineure, la jeune femme avait été placée sous la tutelle des services de santé irlandais (HSE) qui entendaient l'empêcher de se rendre au Royaume-Uni pour avorter. La bataille juridique s'est tenue autour de son droit de se déplacer sans l'aval de son tuteur, la nécessité d'obtenir pour ce faire un ordre de la Cour, et le devoir de la police d'empêcher le voyage s'il était jugé illégal.

Le juge Liam McKechnie a estimé qu'il n'y avait aucun fondement légal ou constitutionnel à la restriction du droit de « Miss D » de se rendre en Angleterre en vue de l'opération, ce qui va probablement bien plus loin que ne l'espérait le lobby pro-avortement. D'où la satisfaction déjà affichée par le Planning familial qui réclame désormais une loi pour éviter que de nouvelles « victimes » ne doivent subir le stress et l'attente d'une procédure judiciaire.

Jusqu'à présent, et ce depuis 1992, seule les risques « réels et substantiels » encourus par la mère du fait de sa grossesse, et notamment le risque de suicide qui « Miss D » niait absolument, étaient considérés de nature à permettre la fourniture d'informations et de moyens pour aller avorter à l'étranger.

La nouvelle décision crée une jurisprudence beaucoup plus laxiste. Il fait noter que la HSE, qui s'opposait au voyage, a changé d'avis en cours de route, et que les avocats déisgnés par le ministère public pour défendre l'enfant à naître ont déclaré que rien ne s'opposait au droit de « Miss D » de voyager, bien qu'elle soit mineure et sous tutelle.

Si elle passe à l'acte, la jeune femme va devoir vivre avec la certitude d'avoir tué l'enfant qu'elle porte. Il semble que le deuil soit moins douloureux, le traumatisme moins grand chez celles qui choisissent de l'aimer jusqu'au bout.

Source : ici.

08 mai, 2007

Haro sur les familles nombreuses

L'Optimum Population Trust, composé d'universitaires britanniques, vient de publier une étude qui propose de combattre le réchauffement climatique par la méthode une méthode simple, bon marché et suprêmement efficace : réduire le nombre d'enfants par famille. L'association estime même qu'un tabou pèse sur cette solution : au lieu de se focaliser sur les économies d'énergie, la quantité de papier toilette utilisée (si, si, on a osé !) ou le débit des chasses d'eau (dernière en date des normes européennes), OPT assure que la meilleure façon « personnelle » de diminuer l'empreinte écologique de l'humanité est de limiter le nombre d'enfants que l'on met au monde, tandis que sur le plan « national » et « global » il faut une stratégie de diminution de la population.

(Championne toutes catégories de ce contrôle de la population, rappelons que la Chine est aussi l'un des plus gros pollueurs, et que les émissions de CO2 liées au transport maritime qui a explosé avec la mondialisation dépassent en valeur absolue celles des transports terrestres !)

Chaque Britannique qui ne voit pas le jour « économise » ainsi 744 tonnes de dioxide de carbone (soit 620 vols aller-retour entre Londres et New York) ; OPT cite un rapport selon lequel le coût social du CO2 est de $ 85 par tonne. Un être humain en moins = $ 63.240 d'économies, que l'on peut assurer au moyen d'un préservatif de 70 centimes de dollar.

Les avantages (ajoute OPT) sont multiples : on évite de nouvelles demandes d'énergie, les éoliennes qui défigurent les beaux paysages, les cultures intensives, le choix du nucléaire... On aura aussi « moins de taxes, de réglementations, et autres restrictions à la liberté personnelle et au droit de circuler que l'on envisage aujourd'hui pour répondre au changement climatique ».

Il faut donc « conscientiser » les familles. Car aujourd'hui « les couples qui prennent des décisions quant à la taille de leur famile croient que cela ne concerne qu'eux et leurs préférences personnelles : le débat public et la conscience des réalités qui auraient pu les conduire à penser aux conséquences de leurs choix pour eux-mêmes et pour leurs concitoyens font défaut ».

Une co-dirigeante d'OPT, Valerie Stevens, déclare ainsi : « Les mesures fiscales publiques en faveur des enfants quel que soit le nombre d'enfants d'un couple envoient un signal qui fait penser que l'accroissement de leur nombre est favorable au bien de tous. Dans un monde qui a besoin de réduire la consommation de ses ressources essentielles, spécialement l'énergie, cela n'est hélas plus vrai. »

C'est bien une haine de l'être humain, vu comme le principal obstacle à l'équilibre écologique, qui anime ce genre de réflexions. Il faut bien comprendre que le discours politique sur le réchauffement de la planète veut mener vers des solutions totalitaires.

Sources : ici, ici, et ici.

Le retour

Après un long silence, lié aux charges de travail et de famille qui m'incombent, au manque de temps et à une certaine fatigue, j'ai décidé de reprendre ce blog. Je crois qu'il peut tout de même apporter quelque chose dans le monde de l'info pour la vie. Vos commentaires seront les bienvenus : la formule vous intéresse-t-elle, souhaitez-vous que je mette en place une “newsletter” pour vous tenir périodiquement au courant des mises à jour, aimeriez-vous qu'il comporte de brèves informations françaises ?

Merci de votre intérêt !

 
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