Des statistiques officielles dévoilées en Roumanie révèlent qu'entre 1958 et 2008 les cliniques d'Etat ont réalisé 22.178.906 avortements, alors même que la population actuelle de ce pays victime de la dictature communiste de Ceausescu dépassait en 2008 à peine les 21,5 millions d'habitants. Et ce au nom d'une politique démographique d'augmentation de la population, qui a confisqué aux Roumains, pendant de longues années, leur responsabilités personnelles et parentales, dans un contexte de misère entretenue. Rapportés à la population féminine en âge de procréer, ces chiffres indiquent une moyenne mathématique de trois avortements par femme – étant entendu que certaines femmes ont avorté bien plus souvent que cela.
Ces chiffres ne tiennent même pas compte des avortements clandestins.
C'est en 1957 que le décret 463 légalisant l'avortement est entré en vigueur : la Roumanie est alors en plein régime communiste et l'avortement atteint un pic en 1965, avec plus d'un million et demi d'interventions légales. L'année suivant son arrivée dans l'équipe au pouvoir en 1965, Ceausescu va développer un programme de montée en puissance de la Roumanie par le biais de l'accroissement démographique de plus en plus coercitif, en interdisant à la fois l'avortement et toute forme de contraception. Le « droit » à l'avortement sera rétabli après sa chute en 1989, et 1990 est de nouveau une année noire avec 992.265 avortements officiellement enregistrés.
De fait, pendant l'époque communiste, les femmes roumaines ont été amenées à considérer l'avortement comme le seul moyen d'espacer ou d'éviter des naissances et cette « culture » de l'avortement reste, aujourd'hui encore, très présente dans un pays où le taux de mortalité maternelle à l'accouchement était exceptionnellement élevé. Si ces deux statistiques sont en voie de réduction, les chiffres roumains demeurent importants par rapport à la moyenne européenne.
Les chiffres publiés ces derniers jours servent-ils à justifier l'idée selon laquelle une meilleure « couverture » contraceptive permet de faire diminuer le nombre d'avortements ?
Sans doute. Et c'est ainsi que la presse (comme ici) et les organisations favorables au planning familial les interprètent, de manière univoque.
Est-ce une raison pour rejeter – par exemple – l'interdiction catholique de la contraception, et pour hurler avec les loups que la diffusion de l'éducation sexuelle et l'accès aisé, éventuellement gratuit, voire étendu aux mineures est le seul moyen d'éviter le drame de l'avortement ?
Il faut chercher la réponse ailleurs.
Le contexte roumain était particulièrement atroce pendant les années noires du communisme qui dépersonnalise, déshumanise, démoralise par nature. Les Roumains ont eu à faire face à une situation où, sans liberté personnelle, ils voyaient l'avenir coupé, la misère s'installer, la répression s'abattre avec violence. Les femmes de moins de quarante ans devaient « fournir » des enfants au régime ; quatre, voire cinq, éventuellement recueillis dans des orphelinats abominables, sans humanité et sans même le minimum de soins dont a besoin un petit d'homme. Entre horreur, terreur et absence de formation morale, voulue par un régime athée, comment s'attendre à autre chose que ce génocide volontaire ?
La réponse n'est pas dans le maintien de l'absence de formation morale (qui est le fait de l'éducation sexuelle moderne qui encourage à la promiscuité), ni dans la diffusion massive de la contraception – à l'occasion ou souvent contragestive selon la méthode utilisée – dont il faut avoir le courage de dire qu'elle aboutit elle aussi à de multiples avortements très précoces, impossibles à comptabiliser. Le massacre est simplement moins visible.
La réponse est double : dans l'interdit de principe de causer volontairement la mort d'un innocent, et dans une nécessaire politique d'accueil de la vie et de soutien à la famille. Dans la reconnaissance, aussi, du droit des parents de déterminer eux-mêmes le nombre d'enfants qu'ils veulent et peuvent accueillir, et – corrélativement – dans l'éducation aux méthodes naturelles de régulation des naissances. Cela suppose évidemment une réforme intellectuelle et morale de fond. Et c'est pour cela qu'il est si important de dire à ce propos toute la vérité, et non de proposer des moyens bancals qui enfoncent dans la misère.
Il est intéressant de noter que le Daily Mail, journal britannique à très forte diffusion, présente les « avortées » du régime de Ceausescu comme des victimes, ce qu'elles sont effectivement dans la mesure où elles ont subi massivement l'horreur de l'avortement, dans une situation où elles pensaient n'avoir pas le choix. Le journal cite ainsi une femme, Raluca Ionescu, qui avoue avoir subi 32 avortements à l'époque Ceausescu – le premier à 13 ans, accompagnée par sa mère.
Cette misère-là aussi crie vengeance.
© leblogdejeannesmits.
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23 février, 2011
29 mai, 2007
“4 mois, 3 semaines et 2 jours”
Un film gris, sans musique, sobre et choquant, avec de très longs plans sans coupure pour accentuer son naturel : le jury du Festival de Cannes a primé le long-métrage 4 mois, 3 semaines et 2 jours du jeune cinéaste roumain Cristian Mengiu, description sans douceur d’un avortement clandestin sous le régime de Ceausescu.
4 mois, 3 semaines et 2 jours : c’est l’âge du bébé mis à mort, et sur la réalité de cette mise à mort, le film ne laisse planer aucun doute. C’est l’aspect de cette œuvre qui devra tempérer les légitimes critiques et notre indignation devant cette promotion de la culture de mort.
Que c’en soit une, cela ne fait pas de doute. L’argument de Cristian Mengiu, 39 ans, est de montrer que sous le régime communiste de Ceausescu qui interdisait l’avortement à toute femme ayant moins de 4 enfants, le recours à l’opération illégale ne donnait lieu qu’à deux sentiments : la peur de se faire prendre, et une forme de solidarité et d’entraide par laquelle les femmes et les jeunes filles tentaient de tourner la loi.
Loi qui n’était en aucun cas dictée par des préoccupations morales, mais uniquement un souci démographique et qui n’offrait pas aux femmes l’assistance dont elles pouvaient avoir besoin face à l’arrivée d’une nouvelle vie dans l’univers sans espoir du communisme. D’ailleurs Mengiu a expliqué le choix de son sujet en rappelant la statistique (vraie ? fausse ?) selon laquelle 500 000 femmes sont mortes au cours d’avortements clandestins sous l’empire de Ceausescu. Et d’ajouter, une fois le film sorti, que nombre de ses amies et connaissances s’étaient reconnues dans l’histoire sordide qu’il raconte.
C’est celle de Gabita, 17 ans, enceinte de plus de quatre mois, épaulée par son amie Otilia, qui va demander à un avorteur infâme, « Monsieur Bébé », de mettre fin à sa grossesse. Celui-ci se fera payer en nature par les deux jeunes filles (ce qui donne lieu à des plans paraît-il discrets) avant de décrire, on ne peut plus clairement, ce qu’il fera subir à Gabita et à son enfant, et de passer à l’acte. Et là, la caméra ne cèle rien. Gros plan sur le petit corps déchiqueté, et sur Otilia qui se charge de le faire disparaître…
La leçon que l’on en tirera, que les partisans de l’avortement tirent depuis longtemps de l’expérience roumaine, c’est que l’interdiction de « l’IVG » est une barbarie. C’est d’ailleurs Jane Fonda qui a remis la Palme d’Or à Mengiu ; et son long-métrage a reçu le prix de l’Education nationale pour sa valeur pédagogique : on en tirera des DVD qui pourront être vus et commentés dans le cadre scolaire. C’est un scandale en soi.
Mais il y a deux autres aspects du film que Mengiu lui-même met en lumière. Il a voulu réfléchir sur les conséquences du régime totalitaire sur les individus : comment le communisme a poussé les gens à tenter de s’opposer au système tout en négociant avec lui et entre eux, jusqu’à faire disparaître toute considération morale et, le cas échéant, toute dignité personnelle.
Mengiu a ainsi affirmé qu’il voulait amener les femmes à se préoccuper non plus de la crainte d’être prises, qui écrasait toute question de conscience, mais aux « conséquences » de leurs actes, ce qui l’avait conduit à filmer avec insistance l’enfant mort.
Drôle de morale : finalement, faut-il attendre l’avortement légalisé pour que les questions morales puissent émerger ?
Ce sont là toute la confusion et toute l’ambiguïté véhiculées par ce film… Qui tout de même, comporte la seule image, la seule scène qui aujourd’hui pourrait mettre nos consciences anesthésiées en face de l’horrible réalité de la mise à mort d’un tout-petit.
Cet article a paru dans Présent daté du mercredi 30 mai 2007.
4 mois, 3 semaines et 2 jours : c’est l’âge du bébé mis à mort, et sur la réalité de cette mise à mort, le film ne laisse planer aucun doute. C’est l’aspect de cette œuvre qui devra tempérer les légitimes critiques et notre indignation devant cette promotion de la culture de mort.
Que c’en soit une, cela ne fait pas de doute. L’argument de Cristian Mengiu, 39 ans, est de montrer que sous le régime communiste de Ceausescu qui interdisait l’avortement à toute femme ayant moins de 4 enfants, le recours à l’opération illégale ne donnait lieu qu’à deux sentiments : la peur de se faire prendre, et une forme de solidarité et d’entraide par laquelle les femmes et les jeunes filles tentaient de tourner la loi.
Loi qui n’était en aucun cas dictée par des préoccupations morales, mais uniquement un souci démographique et qui n’offrait pas aux femmes l’assistance dont elles pouvaient avoir besoin face à l’arrivée d’une nouvelle vie dans l’univers sans espoir du communisme. D’ailleurs Mengiu a expliqué le choix de son sujet en rappelant la statistique (vraie ? fausse ?) selon laquelle 500 000 femmes sont mortes au cours d’avortements clandestins sous l’empire de Ceausescu. Et d’ajouter, une fois le film sorti, que nombre de ses amies et connaissances s’étaient reconnues dans l’histoire sordide qu’il raconte.
C’est celle de Gabita, 17 ans, enceinte de plus de quatre mois, épaulée par son amie Otilia, qui va demander à un avorteur infâme, « Monsieur Bébé », de mettre fin à sa grossesse. Celui-ci se fera payer en nature par les deux jeunes filles (ce qui donne lieu à des plans paraît-il discrets) avant de décrire, on ne peut plus clairement, ce qu’il fera subir à Gabita et à son enfant, et de passer à l’acte. Et là, la caméra ne cèle rien. Gros plan sur le petit corps déchiqueté, et sur Otilia qui se charge de le faire disparaître…
La leçon que l’on en tirera, que les partisans de l’avortement tirent depuis longtemps de l’expérience roumaine, c’est que l’interdiction de « l’IVG » est une barbarie. C’est d’ailleurs Jane Fonda qui a remis la Palme d’Or à Mengiu ; et son long-métrage a reçu le prix de l’Education nationale pour sa valeur pédagogique : on en tirera des DVD qui pourront être vus et commentés dans le cadre scolaire. C’est un scandale en soi.
Mais il y a deux autres aspects du film que Mengiu lui-même met en lumière. Il a voulu réfléchir sur les conséquences du régime totalitaire sur les individus : comment le communisme a poussé les gens à tenter de s’opposer au système tout en négociant avec lui et entre eux, jusqu’à faire disparaître toute considération morale et, le cas échéant, toute dignité personnelle.
Mengiu a ainsi affirmé qu’il voulait amener les femmes à se préoccuper non plus de la crainte d’être prises, qui écrasait toute question de conscience, mais aux « conséquences » de leurs actes, ce qui l’avait conduit à filmer avec insistance l’enfant mort.
Drôle de morale : finalement, faut-il attendre l’avortement légalisé pour que les questions morales puissent émerger ?
Ce sont là toute la confusion et toute l’ambiguïté véhiculées par ce film… Qui tout de même, comporte la seule image, la seule scène qui aujourd’hui pourrait mettre nos consciences anesthésiées en face de l’horrible réalité de la mise à mort d’un tout-petit.
Cet article a paru dans Présent daté du mercredi 30 mai 2007.
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