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24 novembre, 2010

Un professeur mis à pied parce qu'il est anti-avortement…

Une histoire qui demande quelques précisions.


Voici ce que l'on peut lire sur le site du Parisien, via Le Salon beige :

Il avait projeté une vidéo anti-avortement à des élèves de deux classes de seconde. Un professeur d'histoire du lycée des Iscles de Manosque vient d'être suspendu par le recteur de l'Académie d'Aix-Marseille à la demande du ministre de l'Education Nationale.
« J'ai demandé au recteur de suspendre à titre conservatoire » ce professeur et « une procédure disciplinaire va être engagée à son encontre », a déclaré mercredi , sur RTL.
Selon le quotidien La Provence, cette vidéo - diffusée aux élèves mi-octobre - montrait des foetus brûlés et amputés. Un tract condamnant la loi Veil, qui a légalisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG), aurait ensuite été distribué aux élèves. « Au début, on est resté tétanisé », a réagi un des élèves interviewé dans La Provence. « C'était écoeurant », ajoute une autre lycéenne. A la suite de cette diffusion, certains parents avaient carrément interdit à leur enfant d'assister au cours du professeur.
« Ce qui s'est passé est inacceptable, les professeurs sont tenus à un principe de neutralité, de respect de la personne », a expliqué le ministre.
Nous manquons d'éléments pour savoir si le professeur en question, pour courageux et convaincu qu'il soit, a agi avec la prudence requise.

Il existe toutes sortes de documents montrant ce qu'est un enfant à naître à différents âges de sa vie : des documents sans charge émotionnelle autre que l'émerveillement, qui montrent l'enfant vivant bien protégé dans le sein de sa mère, d'autres qui montrent par des photos à quoi ressemble un "produit d'avortement", images très parlantes, certaines moins, d'autres davantage ; et enfin des vidéos qui vous font suivre pas à pas l'opération, que je trouve à titre personnel trop insoutenables pour les visionner. Il y a aussi "Le cri silencieux", images d'échographie qui restent discrètes mais convainquent sans doute moins. 


Dans tous les cas, ce ne sont pas matériellement des "films anti-avortement violents" mais de films documentaires sur l'avortement, qui sont de ce fait violents.

Pour l'heure nous ne savons pas exactement ce qui a été montré aux élèves de seconde du lycée en question. 

Si – comme certains lycéens l'affirment, mais comme rien ne le prouve pour l'instant – les images projetées étaient vraiment de la variété "insoutenable", je ne pense pas qu'un professeur soit bien avisé de les imposer à l'ensemble de sa classe et sans avertissement préalable. Je tiens et je sais que l'avortement est un crime abominable mais en tant que parent, je ne voudrais pas qu'un de mes enfants même adolescent, soit contraint d'en voir dans de telles conditions la réalité traumatisante ; les parents ont leur mot à dire par rapport à cela et le jeune aussi. Ce n'est pas du libéralisme ou du relativisme, mais la conséquence du respect que l'on doit avoir pour les adolescents et leur manière personnelle de se développer.

L'argument "ils en voient bien d'autres" n'est pas en l'occurrence probant, pas plus qu'il ne l'est lorsqu'on veut en tant que parent s'opposer à une soi-disant "éducation sexuelle" à l'école (qui se trouve être crue, technique et sans dimension morale, mais que l'on pourrait aussi récuser si elle était parfaite : les parents sont et restent les premiers responsables du choix de l'heure et de la manière).

Encore une fois, il se peut bien que le document projeté n'ait pas eu un caractère aussi choquant, mais en attendant, il me semble qu'il vaut mieux éviter les réactions trop rapidement approbatrices sans réserve. 


En revanche, cela n'empêche pas de dénoncer la fausseté de l''objectif de "neutralité" affiché par la hiérarchie du jeune professeur. Montrer les faits entre parfaitement dans le champ de la neutralité, ou plutôt de l'objectivité, s'ils sont à ce point dérangeants c'est bien qu'il y a une rupture par rapport à cette objectivité de la part de ceux qui prônent le "droit à l'avortement". 

Et ceux qui le prônent, ce sont les programmes scolaires eux-mêmes qui le présentent comme un "acquis" des femmes.

Il faut rappeler pour finir que le film 4 mois, trois semaines et 2 jours qui dépeint quasiment tous les détails d'un avortement tardif a été récompensé du Prix de l'Education nationale et peut être visionné dans le cadre de l'école secondaire. On peut donc se demander où est le problème. 

Et dénoncer avec énergie la manière dont a été présentée (par les médias, et cela correspond probablement à la réalité) la suspension du jeune professeur, sanctionné explicitement parce qu'il est anti-avortement. 


Dernière minute : le Salon beige fait état d'informations (présentées au conditionnel) selon lesquelles le film projeté à Manosque serait Le Cri silencieux. Et alors c'est la rigueur ministérielle qui est insoutenable !

© leblogdejeannesmits.

29 mai, 2007

“4 mois, 3 semaines et 2 jours”

Un film gris, sans musique, sobre et choquant, avec de très longs plans sans coupure pour accentuer son naturel : le jury du Festival de Cannes a primé le long-métrage 4 mois, 3 semaines et 2 jours du jeune cinéaste roumain Cristian Mengiu, description sans douceur d’un avortement clandestin sous le régime de Ceausescu.

4 mois, 3 semaines et 2 jours : c’est l’âge du bébé mis à mort, et sur la réalité de cette mise à mort, le film ne laisse planer aucun doute. C’est l’aspect de cette œuvre qui devra tempérer les légitimes critiques et notre indignation devant cette promotion de la culture de mort.
Que c’en soit une, cela ne fait pas de doute. L’argument de Cristian Mengiu, 39 ans, est de montrer que sous le régime communiste de Ceausescu qui interdisait l’avortement à toute femme ayant moins de 4 enfants, le recours à l’opération illégale ne donnait lieu qu’à deux sentiments : la peur de se faire prendre, et une forme de solidarité et d’entraide par laquelle les femmes et les jeunes filles tentaient de tourner la loi.

Loi qui n’était en aucun cas dictée par des préoccupations morales, mais uniquement un souci démographique et qui n’offrait pas aux femmes l’assistance dont elles pouvaient avoir besoin face à l’arrivée d’une nouvelle vie dans l’univers sans espoir du communisme. D’ailleurs Mengiu a expliqué le choix de son sujet en rappelant la statistique (vraie ? fausse ?) selon laquelle 500 000 femmes sont mortes au cours d’avortements clandestins sous l’empire de Ceausescu. Et d’ajouter, une fois le film sorti, que nombre de ses amies et connaissances s’étaient reconnues dans l’histoire sordide qu’il raconte.

C’est celle de Gabita, 17 ans, enceinte de plus de quatre mois, épaulée par son amie Otilia, qui va demander à un avorteur infâme, « Monsieur Bébé », de mettre fin à sa grossesse. Celui-ci se fera payer en nature par les deux jeunes filles (ce qui donne lieu à des plans paraît-il discrets) avant de décrire, on ne peut plus clairement, ce qu’il fera subir à Gabita et à son enfant, et de passer à l’acte. Et là, la caméra ne cèle rien. Gros plan sur le petit corps déchiqueté, et sur Otilia qui se charge de le faire disparaître…

La leçon que l’on en tirera, que les partisans de l’avortement tirent depuis longtemps de l’expérience roumaine, c’est que l’interdiction de « l’IVG » est une barbarie. C’est d’ailleurs Jane Fonda qui a remis la Palme d’Or à Mengiu ; et son long-métrage a reçu le prix de l’Education nationale pour sa valeur pédagogique : on en tirera des DVD qui pourront être vus et commentés dans le cadre scolaire. C’est un scandale en soi.

Mais il y a deux autres aspects du film que Mengiu lui-même met en lumière. Il a voulu réfléchir sur les conséquences du régime totalitaire sur les individus : comment le communisme a poussé les gens à tenter de s’opposer au système tout en négociant avec lui et entre eux, jusqu’à faire disparaître toute considération morale et, le cas échéant, toute dignité personnelle.

Mengiu a ainsi affirmé qu’il voulait amener les femmes à se préoccuper non plus de la crainte d’être prises, qui écrasait toute question de conscience, mais aux « conséquences » de leurs actes, ce qui l’avait conduit à filmer avec insistance l’enfant mort.

Drôle de morale : finalement, faut-il attendre l’avortement légalisé pour que les questions morales puissent émerger ?

Ce sont là toute la confusion et toute l’ambiguïté véhiculées par ce film… Qui tout de même, comporte la seule image, la seule scène qui aujourd’hui pourrait mettre nos consciences anesthésiées en face de l’horrible réalité de la mise à mort d’un tout-petit.

Cet article a paru dans Présent daté du mercredi 30 mai 2007.

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