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15 janvier, 2014

Bataille pour protéger la vie d'une femme enceinte décrétée en « mort cérébrale »

Marlise Munoz
Un Texan vient d’introduire un recours en justice contre le maintien en vie de son épouse, Marlise
Munoz, victime d’un arrêt cardiaque le 26 novembre dernier. La jeune femme a été placée sous assistance respiratoire et bénéficie d’un soutien médical parce qu’elle est enceinte et que son bébé continue de se développer. La loi texane interdit de « débrancher » les femmes enceintes tant que leur bébé n’est pas viable, même en présence de directives anticipées comportant l’ordre de ne pas réanimer en cas de très grave accident de santé.

Erick Munoz, soutenu par des activistes pro-avortement qui ont également introduit une demande judiciaire contre l’Etat du Texas, se fonde sur l’affirmation de médecins selon laquelle son épouse est en état de « mort cérébrale ».

Ses avocats, Heather King et Jessica Hall, affirment qu’elle est « morte » : « Elle avait donné des instructions claires à son mari et à sa famille pour dire qu’elle ne voulait pas rester branchée à des appareils prolongeant artificiellement la vie, tels des ventilateurs. Il n’y a aucune raison pour que (l’hôpital) puisse avoir le droit de continuer de procurer un traitement médical au corps sans vie de Marlise Munoz », ont-elles déclaré. Elles demandent que la cour ordonne que la jeune femme soit débranchée.

Mais une porte-parole du John Peter Smith Hospital, Jill Labbe, a rétorqué que la vie de l’enfant à naître de Marlise Munoz passe avant les souhaits de son mari. JPS Hospital avait déjà refusé à plusieurs reprises de confirmer que la patiente serait en état de mort cérébrale, affirmant simplement qu’elle est « enceinte et dans un état grave ». Et que la loi du Texas interdit de refuser ou de retirer les traitements nécessaires pour maintenir en vie une femme enceinte, tant que son enfant arrivé à viabilité n’aura pas été accouché par césarienne : c’est seulement après cet événement qu’une demande de débranchement pourrait être suivie d’effet.

Il s’agit tout simplement de sauver la vie du deuxième patient dans l’affaire.

Et aussi de noter l’absurdité de prétendre que Marlise est déjà morte, puisque sa grossesse continue de se dérouler normalement.

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11 janvier, 2014

« Mort cérébrale » : La vie sauvée de Jahi McMath

Jahi McMath est-elle morte ou vive ? Pour les lois de Californie, elle n’est plus qu’un cadavre. Cette petite jeune fille a été déclarée en état de mort cérébrale le 12 décembre dernier, et les Etats-Unis se passionnent pour la bataille judiciaire victorieusement menée par sa famille pour empêcher que son ventilateur artificiel ne soit débranché, ce qui aurait entraîné… la cessation de ses fonctions vitales : l’arrêt cardiaque et respiratoire. Soit, pour employer un terme plus cru, plus technique, radicalement exact : la mort. Mais donc, elle n’est pas morte, malgré le certificat de décès établi à son nom vendredi dernier et portant la date du 12 décembre !

Nailah Winkfield n’est pas seulement sa maman, une maman blessée au cœur par les souffrances de sa fille, c’est une maman chrétienne, très croyante. Qui respecte la vie et qui veut voir la vie de sa fille Jahi, 13 ans, respectée jusqu’au bout – tout en priant pour qu’elle guérisse. Elle a obtenu dimanche dernier le transfert de sa fille, que l’hôpital pour enfants d’Oakland, Californie, refusait de soigner, vers un établissement médical catholique qui a accepté enfin de ne pas débrancher son ventilateur, de la nourrir et de lui donner les antibiotiques et les soins dont elle a besoin.

A l'heure qu'il est, rien ne dit que Jahi vivra. Il n'y a peut-être rien à faire : l'état de l'adolescente ne peut que se détériorer, répètent des experts dans la presse américaine. Mais là n'est pas la question. Il ne s'agit pas de nier la mort qui surviendra peut-être, ni de maintenir artificiellement en vie un corps qui serait déjà décédé, mais de reconnaître que le corps de Jahi « fonctionne » comme une unité vivante, son cœur bat, son sang circule, lorsqu'on la nourrit et qu'on l'hydrate, son état s'améliore.

Existe-t-il une obligation morale absolue de continuer de ventiler un patient dans un tel état ? C'est-à-dire : de retirer un moyen mécanique externe qui soutient la vie existante avec la quasi certitude que le patient en mourra ? Sans doute non. C'est dans la situation concrète qu'une telle décision se prend, au terme d'un discernement qui ne peut évacuer les questions morales ni la volonté des proches.

Mais dans l'affaire de Jahi, la question est posée à l'envers. Existe-t-il une obligation absolue de cesser de ventiler et de soigner un patient sous prétexte qu'il a été décrété en état de mort cérébrale (notion fluctuante et qui fait l'objet d'une multitude de définitions juridiques divergentes) ? C'est ainsi que la posent les autorités médicales de Californie, et elles répondent oui. Le problème fondamental de cette approche est bien qu'elle considère comme déjà mort un corps encore vivant.

Un problème qui se manifeste dans les cas, certes rares mais pas inédits, où des patients en « mort cérébrale » se réveillent – parfois au moment où leurs organes vont être prélevés en vue d'une transplantation. L'approche aboutit aussi à décréter purement « réflexe » toute réaction constatée par les proches sur leur malade lorsqu'ils lui parlent ou le touchent.

Dans le cas de Jahi, tout commence le 9 décembre avec une banale opération des amygdales et des végétations nécessaire pour en finir avec ses apnées du sommeil. La jeune adolescente se réveille normalement – elle qui avait si peur avant l’opération de rester pour toujours endormie – et réclame une glace. Elle a mal. Et elle commence à saigner. Les soignants demandent à Nailah de recueillir le sang qui coule de sa bouche. Le récipient qu’ils lui ont donné n’y suffit pas : de gros caillots remontent, Nailah appelle au secours. On lui tend un récipient plus grand…

Ce n’est que lorsque Jahi, à force de perdre du sang, subit un arrêt cardiaque, que les médecins se dérangent enfin. Massage cardiaque, soins intensifs : le cœur de Jahi recommence à battre. Mais le 12 décembre, la jeune fille est prononcée en état de mort cérébrale : on explique à sa mère que son cerveau est définitivement sans activité. Tous les soins, la nourriture sont à partir de ce moment-là coupés. Jahi a toujours un ventilateur – qui insuffle l’air, mais c’est elle qui expire – que les médecins veulent retirer au plus vite. L’hôpital ne l’évoque plus par son prénom : on parle du « corps ».


« Elle veut hurler ! »


Nailah refuse. « Je la sens. Je sens ma fille. J’ai le sentiment qu’elle est prisonnière dans son propre corps. Elle veut hurler, et me dire quelque chose ! » Avec l’aide de toute sa famille et d’un avocat rompu aux confrontations avec les puissants, elle obtient le 18 décembre que le ventilateur de Jahi ne soit pas coupé. Et le 5 janvier, l’hôpital a dû plier, en mettant en mesure la jeune fille de quitter les lieux avec le minimum nécessaire pour qu’elle ne meure pas pendant le transfert entre les mains du médecin légiste, qui l’a remise à sa famille. L’avocat, Chris Dolan, avait plaidé le respect de la vie privée et des convictions religieuses de la famille de Jahi, contre le droit revendiqué aux termes de la loi californienne par l’hôpital d’Oakland de prendre unilatéralement la décision de « débrancher ».

Ledit avocat a été l’objet de maintes menaces de mort pour avoir donné de « faux espoirs » à la famille et profité de leur détresse. Ce que les journaux ne disent généralement pas, c’est qu’il la défend bénévolement, sans demander un sou : « J’ai des tonnes d’argent. Ça m’est égal. Je perdrai de l’argent. C’est peut-être pour cela que les gens ont tant de mal à comprendre ce qui m’anime. Cette dame m’a demandé d’empêcher que sa fille soit tuée. »

Jeudi matin, l’alimentation de la jeune fille, coupée depuis le 12 décembre, a pu être rétablie et une trachéotomie facilite sa respiration. Son état de dénutrition avait fait craindre le pire jusqu’à mercredi – l’oncle de Jahi, Omari Sealey, expliquait alors : « Si son cœur cesse de battre pendant qu’elle est ventilée, nous pouvons l’accepter. »

Ce qu’ils n’acceptent pas ? Qu’elle ait été maintenue pendant un mois dans une sorte de « couloir de la mort », comme le dit Nailah. Qu’on la considère morte alors qu’elle est chaude, qu’elle respire, qu’elle digère, que ses organes fonctionnent en maintenant son intégrité corporelle – et qu’elle réagit lorsque sa mère lui parle et la touche, comme en atteste sa grand-mère, infirmière.

La petite Jahi a failli être victime, volée de sa guérison espérée ou de sa mort naturelle, des lois sur la « mort cérébrale » qui toutes, rappelle le pédiatre Paul Byrne, ont été adoptées en vue de faciliter le prélèvement d’organes vitaux « à cœur battant ». Le Dr Paul Byrne (qui avait accordé un long entretien à Présent, dans nos numéros des 6 et 10 mars 2011, repris ici sur ce blog) a examiné Jahi et constaté qu’elle est en vie, qu’elle répond par des mouvements à la voix de sa grand-mère. « Je suis sûr qu’elle est en train de guérir de son amygdalectomie. La guérison ne se produit que chez une personne vivante. » « Les gens ne deviennent pas “morts” parce que des médecins les déclarent “morts” », a-t-il commenté sur le site pro-vie LifeSiteNews : « Si les médecins y arrivent, ils prendront les organes de cette jeune fille. »

Il s’exprimait alors que Jahi était encore dans l’hôpital qui voulait programmer sa mort. Aujourd’hui il y a un espoir – ténu – pour que Jahi, soignée, aille mieux. Et en tout cas la certitude que sa vie sera respectée jusqu’au bout.

Cela vaut la peine de se battre. Et cela vaut la peine de saluer cette bataille alors que ce samedi 11 janvier, un arrêt de mort – une décision d’euthanasie par arrêt de l’alimentation – risque d’être signé en France par un médecin de Reims contre Vincent Lambert qui, lui, est en état de conscience minimale, capable de ressentir bien-être ou douleur.

• Article paru dans le n° 8018 de Présent, du vendredi 10 janvier 2014, et mis à jour le 11 janvier.

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20 août, 2013

La mort du prince Friso des Pays-Bas : euthanasie, “laisser mourir” ou décès naturel ?

Le prince Friso des Pays-Bas, 44 ans, deuxième fils de la reine Beatrix et frère du roi régnant, Willem-
Alexander, est mort la semaine dernière dans la résidence de sa mère, la Huis ten Bosch à La Haye. Ainsi s’achevait un long « coma » de 18 mois où le prince était tombé à la suite d’un accident aux sports d’hiver en Autriche, à Lech, où il avait été victime d’une avalanche le 17 février 2012.

Il était soigné depuis mars 2012 en Angleterre et a été rapatrié aux Pays-Bas le 9 juillet dernier, et y est mort un mois plus tard. Agatha Christie aurait fait dire à Hercule Poirot ou à Miss Marple : il est venu aux Pays-Bas pour y mourir.

L’histoire serait plus banale à première vue, s’il ne s’agissait pas d’un prince de sang royal qui par amour pour une femme, Mabel Wisse-Smit, a renoncé, pour lui-même et pour sa descendance, à la succession au trône, son mariage n’ayant pas été approuvé par le Parlement – car Mabel avait eu jadis une relation avec un baron de la drogue et le prince avait décidé – naïvement, devait-il juger plus tard – de ne pas faire la demande d’approbation obligatoire auprès de la représentation du peuple néerlandais.
Mais l’histoire de la mort du prince Friso, au-delà de son côté « people », est riche d’informations et jette un jour cru sur la manière dont aux Pays-Bas on traite les victimes de coma.

La grande question posée par la presse néerlandaise ces jours-ci, la voici : a-t-il été euthanasié ?

Le consensus médiatique penche pour une réponse négative : en cas d’euthanasie, une affaire très encadrée et programmée, il eût été improbable que la famille de Friso ne fût pas là pour assister à ses derniers instants. Or la famille royale était en Grèce au moment du décès et sa femme Mabel, présente dans le palais royal, y fêtait son anniversaire la veille.

Un décès « inattendu », donc.

Mais des questions restent sans réponse, en tout cas à mon sens.

L’accident de Lech avait causé des lésions cérébrales importantes chez le prince qui avait été privé d’oxygène pendant les 25 minutes passées sous la neige ; il avait fallu une heure pour le réanimer.
Après deux semaines passées dans un hôpital autrichien, le prince Friso avait été amené à Londres, son lieu de résidence, pour y être soigné à l’hôpital Wellington qui  réunit d’excellents spécialistes et offre des soins de pointe pour les personnes en coma. Le transfert vers le Royaume-Uni n’allait pourtant pas de soi, on s’attendait même à ce qu’il soit rapatrié aux Pays-Bas. Mais voilà : un patient ayant subi des lésions cérébrales de la gravité de celles de Friso n’y a pour ainsi dire aucune chance. Les comateux y sont rapidement privés de soins.

« Si le patient ne se réveille pas, on attend 72 heures. (…) A défaut de réveil pendant cette période, nous entreprenons un examen neurologique. Nous appliquons une stimulation électrique sur le pouls, et nous recherchons une réaction dans le cortex cérébral. Si nous ne voyons aucune réaction, il est certain que cette personne ne se réveillera jamais. Aux Pays-Bas, nous cessons alors les soins, après quoi le patient décède. Cette procédure est moins habituelle à l’étranger », explique le Dr  Gerritsen, spécialiste en soins intensifs.

De fait, seule une trentaine de personnes en état « végétatif » ou souffrant d’autres types de comas ou d’états de conscience minimale survivent aujourd’hui aux Pays-Bas en recevant des soins appropriés.
Décryptons : la « cessation des soins », comme la qualifie le corps médical néerlandais, consiste en l’arrêt de tous les soins et non des traitements médicaux : on cesse donc d’alimenter et d’hydrater le patient jusqu’à ce que, et même pour que mort s’ensuive. Ce qui constitue une euthanasie lente, et bien une mise à mort volontaire.

La rapidité et le caractère quasi systématique de sa mise en œuvre est caractéristique de la médecine des Pays-Bas, sans qu’on considère la procédure comme une euthanasie, mais c’est bien dans un contexte où la justification de l’euthanasie se fait de plus en plus large.

Cela explique qu’après son accident le prince Friso a été transféré dare-dare à Londres, où l’on avait certes moins à craindre une solution extrême aussi rapide, mais où en outre on a l’habitude de prendre en charge de tels problèmes, ce qui n’est plus guère le cas dans les hôpitaux néerlandais.

Par ailleurs, à l’époque de son accident, la presse néerlandophone s’était interrogée sur le fait de savoir s’il ne pouvait pas être euthanasié purement et simplement. Réponse : pas question. La famille royale néerlandaise est intimement liée au protestantisme et elle ne pouvait même pas envisager de choquer de cette manière une part importante de la population néerlandaise parmi laquelle se trouvent nombre d’opposants à l’euthanasie pour motifs religieux.

Jusqu’en novembre dernier, le prince Friso était en état de coma végétatif. C’est alors qu’il a montré quelques signes de réveil, réagissant par exemple à un baiser de sa femme Mabel qui, selon son habitude quotidienne, était venue à son chevet. Depuis la fin de 2012, selon un communiqué de la famille royale, il était en état de conscience minimale (ou pauci-relationnel, tel Vincent Lambert). Un état qui n’évoluait pas, cependant.

C’est au début de juillet de cette année, après que des rumeurs dans la presse néerlandaise et allemande eurent fait état de « réflexions » parmi ses proches sur la possible euthanasie du prince, que Friso fut transféré vers le palais de sa mère aux Pays-Bas. Un communiqué de la maison royale expliquait alors que le prince n’avait plus besoin de traitements à l’hôpital Wellington et que si son état de santé inspirait toujours « l’inquiétude » il avait été décidé de le ramener chez lui afin que l’on décide au cours de l’été des possibilités de soins sur le long terme aux Pays-Bas. « Dans les semaines qui viennent toutes les options seront étudiées avec les médecins », affirmait ce communiqué du 9 juillet ; le prince serait soigné à domicile par une équipe comprenant plusieurs neurologues pendant cette période.

Mais le prince est mort le 12 août « des suites des complications des lésions cérébrales dont il a été victime », annonçait le même jour un communiqué officiel de la maison royale.

Un mois après son transfert…

Pourvu de soins pourtant…

On peut trouver étonnant, et c’est mon cas, que des « complications » surviennent ainsi tout d’un coup après l’arrivée aux Pays-Bas. Quelles complications ? Une infection ? Une lésion subite et impossible à traiter ? L’imprécision du communiqué laisse songeur. Et le délai qu’il a fallu pour que le prince passe de vie à trépas est lui aussi intéressant : il s’accorde en tout cas avec un arrêt de l’alimentation de Friso avec hydratation minimale. Vincent Lambert a vécu ainsi un mois et était au bord de la mort lorsqu’une décision judiciaire ordonna sa réalimentation.

Si c’est ce qui s’est passé pour Friso, l’absence des proches peut s’expliquer : c’est elle qui a permis de couper court aux rumeurs d’euthanasie, et en même temps elle s’inscrirait alors dans l’idée que le patient en état végétatif ou pauci-relationnel ne possède pas une telle conscience de ce qui se passe autour de lui pour que la présence de ceux qu’il aime puisse le réconforter au moment de la mort.
Et ce d’autant que la presse néerlandaise répète depuis des mois qu’il est en état de mort cérébrale – un article très critiqué soulignait même que le fait de le reconnaître permettrait d’utiliser ses organes pour sauver d’autres vies, Friso étant un donneur idéal…

Mais je n’oserais affirmer ici positivement que la mort de Friso a été programmée par ce que les médecins néerlandais appellent « l’arrêt des soins ». Tout au plus peut-on souligner que de leur point de vue, cela n’aurait rien de choquant.

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12 juillet, 2013

Une femme se réveille du coma juste avant le prélèvement de ses organes

De nombreux titres de la presse américaine rendent compte de ce fait divers très significatif : à Syracuse (Etat de New York) une femme déclarée en état de mort cérébrale s'est réveillée dans la salle d'opération juste avant d'être ouverte en vue de récolter ses organes.

Les faits remontent à 2009 : Colleen S. Burns, 41 ans, était conduite aux urgences, victime d'une surdose de drogues. Les médecins de l'hôpital Saint-Joseph la déclarèrent en état de mort cérébrale puis réclamèrent à ses proches la permission de récupérer ses organes. C'est seulement parce que la patiente a ouvert les yeux sur la table d'opération que l'extraction de son cœur et de ses autres organes vitaux n'a pas eu lieu.

L'équipe médicale de Saint-Joseph a dû subir une enquête dont les résultats font aujourd'hui état de graves manquements à la fois sur le plan du diagnostic et de la communication avec les personnels soignants : les médecins ont confondu, selon l'enquête du Département de la Santé, l'état de mort cérébrale et le coma provoqué par la surdose de stupéfiants, et ignoré les indications d'une infirmière selon lesquelles l'état de Colleen Burns s'ameliorait ; ils n'ont pas réalisé d'indispensables scanners pour confirmer leur diagnostic ; ils n'avaient même pas pris soin de pratiquer les lavages nécessaires pour empêcher la drogue absorbée par la victime de se répandre dans son système digestif. Pas même pour assurer la bonne qualité de ses organes au moment de la « récolte »…

Le rapport indique ainsi qu'à la veille de l'opération de récupération, Colleen Burns avait répondu à des stimulations, et qu'au moment d'être transportée vers la salle d'opération, elle respirait sans ventilation et remuait ses lèvres. On choisit plutôt de lui administrer une sédation sans le noter pour autant dans son dossier médical.

Un spécialiste de cardiologie, le Dr David Mayer, a expliqué à la presse que le simple fait qu'on administre un sédatif ou un anti-douleur avant de récolter des organes indique clairement que le patient est encore en vie – mais dans de nombreux cas et notamment en France, c'est là le protocole normal en raison des réactions des patients au moment des prélèvements. On explique seulement que c'est pour le confort des équipes médicales qui pourraient être gênées par des réactions de douleur « réflexes »…

Hélas, 16 mois après avoir été sauvée in extremis Colleen Burns s'est suicidée, elle qui était déjà dépressive avant sa surdose et qui n'en a pas voulu aux médecins d'avoir voulu l'« exploiter » en lui ôtant la vie parce qu'au fond c'est ce qu'elle voulait. Voilà du moins ce que dit sa famille qui n'a pas poursuivi l'équipe médicale de Saint-Joseph.

L'hôpital s'en tire donc avec une amende de 6.000 dollars, quelques obligations de sécurité et l'injonction d'embaucher un neurologue capable de mieux diagnostiquer la mort cérébrale.

C'est le choix qui va être difficile. Selon les pays, les époques, et même les Etats américains la définition  de la « mort » cérébrale est très différente, les protocoles de vérification sont diverses et les critères variés. Il est vrai que c'est un concept inventé en 1968 en vue de faciliter la récolte d'organes vitaux sur des personnes dont le cœur bat normalement et dont la fonction respiratoire est simplement assistée d'une ventilation. Et qu'on l'a élargi progressivement. L'industrie de la transplantation représente un marché colossal…

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29 juin, 2013

Bientôt les greffes de tête ?

On serait moins étonné de cette information un 1er avril. Mais il semble qu'elle soit exacte. C'est le Nouvel Obs qui la répercute : « Un neurologue italien annonce pouvoir transplanter des têtes humaines, sur d'autres corps humains dans les deux ans. L'opération  a déjà été menée avec succès sur des singes. »

La technique pourrait venir en aide aux tétraplégiques par exemple, ou aux malades du cancer qui auraient toute leur tête…

C'est donc, en réalité, une greffe de corps.

Où le greffon est pris sur une personne décrétée en état de « mort célébrale » – donc avec une circulation sanguine et un système respiratoire qui fonctionnent – dont le corps est en bon état.

Après il faut prendre la peine de refroidir la tête du receveur (avant ou après de la couper ?), puis de recoudre tête et corps « donné » sans se tromper, en assurant notamment la continuité de la moelle épinière, ce qui fonctionne déjà bien sur les singes.

Celui qui entend étendre cette technique à l'homme, le Dr Sergio Canavero, voit bien des problèmes éthiques : l'utilisation de prisonniers par exemple au profit de vieux milliardaires chinois en mal de jeunesse.

En attendant les échanges de têtes, peut-être. Après tout, pourquoi pas ?

*

P.S. Beaucoup de réponses très négatives à cet article – il va pourtant de soi que cette info n'est pas donnée de manière complaisante, mais horrifiée.

Un correspondant remet en cause le fait que l'on puisse assurer de nouveau la continuité de la moelle épinière après qu'elle a été sectionnée, même sur un singe. Le Dr Canavero s'appuie sur la disponibilité aujourd'hui de molécules chimiques qui permettraient selon lui la reconnexion des tissus en cause. Là où la presse française parle de « deux ans », l'article de Surgical Neurology (disponible intégralement ici) évoque « a couple of years » ce qui est beaucoup plus imprécis : « dans quelques années » aurait été une meilleure traduction.

*

Quoi qu'il en soit, avec de telles élucubrations, la guillotine risque de ne plus être ce qu'elle était.

L'histoire rappelle en tout cas une affaire citée dans Finis vitae, ouvrage réalisé sous la direction de Roberto de Mattei, qui recueille une série de conférences de scientifiques défavorables au don d'organes vitaux puisque ceux-ci sont obligatoirement recueillis sur des personnes en « mort cérébrale » au prix d'une redéfinition discutable de la mort. C'est celle de la pendaison d'une Anglaise (au XVIIe, de mémoire) qui resta plus d'une demi heure pendue, qu'on recueillit enfin, et qui à la surprise générale revint à la vie. Il faisait ce jour-là un froid intense ; on suppose que l'hypothermie, en mettent en quasi arrêt ses fonctions vitales, permit d'éviter la mort.

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02 juin, 2012

Prélèvement d'organes : la grande hypocrisie

Paul E. Morrissey
Toujours en pointe, attentif et précis dans ses informations, le site australien BioEdge rapporte aujourd'hui la dernière péripétie dans l'affaire complexe de la « mort cérébrale » et du prélèvement d'organes. Cette affaire illustre comment s'opèrent les glissements pour répondre aux besoins d'une industrie multi-milliardaire. (A ce propos, voir aussi le message du Salon beige, ici.)

Face à la pénurie mondiale de donneurs de reins – la transplantation étant aujourd'hui la principale option thérapeutique proposée dans les cas graves, quelles que soient ses difficultés et les souffrances associées – un bioéthicien a proposé une nouvelle règle pour le prélèvement dans la dernière livraison de l'American Journal of Bioethics. Paul E. Morrissey, de la Brown University à Rhode Island, verrait bien prélever les deux reins sur des personnes ayant subi un traumatisme cérébral et survivant grâce aux soins de réanimation. Comme de toute façon elles sont appelées à mourir à brève échéance, pourquoi ne pas prendre les reins tout de suite ? Cela se situerait si près de la mort effective que le prélèvement pourrait raisonnablement ne pas être considéré comme la cause du décès. Ainsi la règle du « donneur mort » aujourd'hui en vigueur, serait respectée, dit-il. Il appelle cela la « donation premortem ».

Et ce même si la vie sans reins est « habituellement courte », comme le note l'auteur.

Mais qui connaît l'espérance de vie d'une personne ayant subi un traumatisme cérébral ? Son pronostic exact ? La possibilité pour le patient de survivre quand même, malgré le retrait de la ventilation ? Les erreurs ne sont pas inconnues en ce domaine et cela devrait suffire à invalider la proposition.

Celle-ci est de toute manière irrecevable puisqu'elle consiste tout simplement à envisager de se servir en organes vitaux sur un patient vivant, même si le prélèvement le provoque pas immédiatement la mort comme c'est le cas pour le cœur ou le foie.

D'où des protestations multiples : on retiendra celle qui accuse Morrisson de vouloir violer le serment d'Hippocrate qui enjoint de « ne pas nuire ».

Mais deux autres bioéthiciens américains sont d'un autre avis – et c'est là que cela devient intéressant. Franklin G. Miller et Robert D. Truog soutiennent que le raisonnement de Morrisson est très juste. « Probablement certains s'y opposeront en invoquant la pente dangereuse : le prélèvement des deux reins premortem servira de levier pour abandonner la règle du donneur mort. Si l'on considère la réalité de nos pratiques courantes, cependant, il devient évident que la règle du donneur mort n'est conservée qu'en tant que fiction. »

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09 avril, 2012

Pâques, la “mort cérébrale” et le don d'organes

Lorsque notre Sauveur rendit l'âme sur la Croix, ceux qui l'entouraient surent que le moment de sa mort était survenu, comme en atteste saint Jean, témoin oculaire. Mais les Romains, soucieux de vérifier que le condamné était vraiment mort, lui firent transpercer le côté par une lance, « et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau ». Saint Jean insiste sur l'événement : « Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez, vous aussi. » Il ajoute, entre parenthèses, « Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu'il dit vrai », ce qui est une manière d'invoquer l'autorité divine, de jurer dans le sens plénier du mot.

Ce qui atteste irrévocablement de la mort de Jésus, c'est d'une part ce qu'ont vu les témoins, le sentiment que le corps n'est plus animé, et d'autre part le fait que son Cœur ne batte plus, constaté par le Centurion.

Voici ce qu'en dit sur le plan médical le site (protestant) info-bible :

« Jésus était bien mort lorsqu'il a reçu le coup de lance, car pour une mort par asphyxie il est médicalement connu qu'il y a une poche de liquide qui se forme autour des poumons et du coeur. »
avec cette note :
« D'après un expert en diagnostique médical, A. Metherell, cité dans : Strobel, L., Jésus : la parole est à la défense, ?, Vida, 2001, p226, le crucifié doit pousser sur ses pieds pour pouvoir expirer ; lorsqu'il n'a plus la force de le faire, il s'asphyxie et meurt par arrêt cardiaque ; le choc hypovolémique, consécutif à la flagellation, accélérait le rythme cardiaque, favorisant la crise cardiaque avec pour effet une accumulation de liquide dans la membrane péricardiaque (épanchement péricardiaque) et autour des poumons (épanchement pleural). Voir aussi : C.Truman Davis, "The crucifiction of Jesus", Arizona medicine, p185-186 ; Dr Bergsma, "Did Jesus die of a broken heart?", The Calvin Forum, march 1948, p165. »

Jésus-Christ n'a pas été déclaré en état de « mort cérébrale » pour pouvoir nous nourrir et sauver nos vies avec ses organes.

La preuve de sa mort, c'est que son Divin Cœur ne batte plus.

De même que pensant aux tout débuts de la vie, les chrétiens méditent avec admiration l'épisode de la Visitation, où le Christ à peine conçu – quelques jours au plus, puisque Marie « se rendit en hâte à la montagne » – fait tressaillir de joie le petit Jean-Baptiste de six mois son aîné, encore dans le sein de sa mère, nous ferions bien de méditer à la fin de la vie en pensant à cette Mort salvatrice qui réellement, nous a rendus capables de la vie éternelle.

Alors que la fausse mort du « don d'organes » donne seulement un supplément de vie terrestre…

Si nous transposions sa Passion à l'époque contemporaine, tirant toutes les conclusions du concept de « mort clinique » ou de « mort cérébrale », on aurait pu le mettre au tombeau dès que des médecins auraient jugé qu'Il était dans cet état. Son Cœur continuant de battre, bien sûr. Mais la Résurrection, personne n'y aurait cru. Tout comme les personnes qui reviennent à la vie après avoir été considérés comme en état de mort cérébrale – les exemples ne manquent pas – ne sont pas vues comme des ressuscités : on constate juste qu'en fait, ces personnes n'ont jamais été mortes.

J'essaie d'imaginer le tollé si dans un pays appliquant la peine de mort, on utilisait un procédé permettant de détruire le cerveau mais préservant les autres fonctions vitales : activité cardiaque, circulation sanguine, respiration assistée par ventilation, et ce en vue de prélever des organes… Non : pour constater la mort des condamnés, on attend la vraie mort. (Sauf peut-être en Chine, mais c'est une autre histoire).

Il en va de même pour les euthanasiés : pas question de les prononcer morts si leur cœur bat encore, s'ils donnent encore signe de vie.

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20 mars, 2012

« Mort cérébrale » et don d’organes : IIIe partie

Manipulations sémantiques et milliards de dollars


(La première partie est ici, la deuxième là.)


Voici la suite et la fin de l’entretien que nous a accordé le Dr Paul Byrne, spécialiste en néonatalogie, que ses études sur la « mort cérébrale » ont amené à contester le principe du prélèvement d’organes vitaux sur l’homme pour la transplantation. La première partie a paru dans Présent daté de mardi dernier. Il préside une fondation, Life Guardian (lifeguardianfoundation.org) qui propose de nombreux documents à ce propos, insistant sur la nécessité pour chacun de faire connaître sa volonté de ne pas être donneur d’organes vitaux si tel est son choix.

En France on est présumé donneur mais l’accord des proches est toujours demandé, on peut prendre la précaution de leur dire sa volonté « même avec des mots simples » ; il existe aussi un « registre national du refus ». Je reviendrai prochainement sur ces aspects et d’autres de la question.
En attendant, c’est une chape de silence qui entoure celle-ci. Le Sel de la Terre lui a consacré en 2010 une plaquette de 88 pages, Les dons d’organes, disponible auprès de livresenfamille.fr. Le livre Finis vitae publié à l’initiative de Roberto de Mattei, évoqué plusieurs fois par Paul Byrne au cours de l’entretien, est actuellement disponible en italien et en anglais (chez Life Guardian aux Etats-Unis, ou à la Fondazione Lepanto) et une traduction française est envisagée. – J.S.

— Beaucoup disent qu’aussi bien Jean-Paul II que Benoît XVI approuvent le don d’organes, ce dernier ayant même eu une carte de donneur avant de devenir pape ; on cite fréquemment leurs déclarations favorables à ceux qui font ce choix. Cela ne suffit-il pas à justifier la pratique ?

— La première chose à faire, c’est de voir l’ensemble des choses qu’ils ont dites sur le sujet. Je vous ai rappelé l’enseignement de Benoît XVI sur le fait qu’on ne peut pas extraire d’organes vitaux individuels sinon ex cadavere. Il se réfère ensuite au Compendium du Catéchisme qui rappelle les critères principaux : le respect de la vie du donneur doit toujours l’emporter, de telle sorte que l’extraction d’organes doit être pratiquée exclusivement dans le cas de la mort véritable du donneur ou de la donneuse.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique affirme quant à lui qu’il n’est pas moralement admissible de provoquer la mutilation handicapante ou la mort d’une personne humaine même dans le but de retarder la mort d’une autre personne. Le Concile de Vienne et le Ve Concile du Latran, ainsi que le pape Pie XII, suivi de Jean-Paul II ans Evangelium Vitae, et de Benoît XVI que j’ai cité, donnent ce même enseignement de l’Eglise. Lorsqu’un pape s’exprime, nous devons prêter attention à tout ce qu’il dit, mais nous devons nous rendre compte que lorsqu’il s’exprime en matière morale – c’est le cas de ce qu’affirme Benoît XVI sur l’ex cadavere ou Jean-Paul II sur la mort véritable – il donne l’enseignement moral de l’Eglise qui nous engage.

La première chose que j’ai lue à propos de Jean-Paul II en la matière concernait un appel au don de sang : il avait encouragé les gens à y répondre. Mais d’une façon ou d’une autre, lorsqu’on a rapporté ses propos, le « sang » est devenu « organe »… Ce genre d’approche m’inquiète beaucoup. On cite souvent le discours où il rapproche la cessation de la fonction cérébrale – ils ajoutent même le mot « irréversible » – avec celle du cerveau, du cervelet et du tronc cérébral. Mais aucun critère ne fait référence au cervelet ! Comment a-t-on pu faire cela au pape, en se servant de lui ? On en vient ainsi à parler du cerveau, du cervelet et du tronc cérébral – mais jamais du diencéphale, qui forme pourtant une grande partie du cerveau… Voyez-vous, lorsque le pape emploie ce type de langage, il a fallu auparavant que quelqu’un lui donne des informations. Qui ? Des médecins, je l’espère… Mais on en est réduit à espérer que cette information ait été à tout le moins entière, complète, et pas inexacte.

Je ne dis rien de plus, quant à moi : j’ai rappelé l’enseignement de l’Eglise catholique. J’ai demandé à de nombreux évêques de m’avertir s’ils trouvaient dans ce que je présente quoi que ce soit d’erroné. Aucun d’entre eux ne l’a fait.

L’une des dernières choses qu’a écrites Jean-Paul II, justement à ce sujet, est que chaque être humain est vivant précisément dans la mesure où il est « corpore et anima unus » : il cite Gaudium et Spes pour ajouter que cet être humain reste vivant aussi longtemps qu’existe l’unité psycho-physique totale de la personne…

Je n’ai pas conscience d’avoir jamais dit quoi que ce soit qui aille contre l’enseignement de l’Eglise, et je soutiens les papes à 100 %, tout comme les évêques. Mais je précise cependant que lorsque nous lisons ce que le pape dit, comme par exemple : « Je suis heureux d’accueillir ce groupe aujourd’hui », cela ne signifie pas qu’il est ravi de tout ce qui est dit et fait par ce groupe. Il faut retenir au contraire ce que dit l’actuel pape sur l’extraction d’organes ex cadavere : quand je vois ces mots en latin, je sais qu’ils sont graves et que je dois y faire attention, comme tout le monde d’ailleurs.

— Ai-je bien compris que les médias n’y font pas attention, et manipulent au contraire le message ?

— Cela est probablement vrai, mais la grande majorité, y compris parmi les médias, les médecins, les législateurs, et même le clergé, n’est pas informée. Ils n’ont aucun moyen de connaître la vérité. Moi, je l’ai étudiée. J’ai mis deux ans à comprendre ce qu’était lacessation du fonctionnement par rapport à la cessation de la fonction, par rapport à la destruction, par rapport à la mort.

A l’inverse, quand une personne est morte, on constate la destruction du cerveau, le fonctionnement du cerveau a disparu, il ne fonctionnera plus jamais.

Quand on « revient » de la mort il est clair qu’on fait le chemin inverse, mais on ne « revient » alors que d’une cessation du fonctionnement, qu’il s’agisse de la conscience, de la parole, de la respiration ou de quoi que ce soit. L’absence de fonctionnement ne signifie pas que nous autres médecins ne puissions pas fournir un ventilateur, ou un traitement capable de restaurer le fonctionnement. Tout cela ne dit rien sur le fait qu’il y ait ou non destruction d’une partie, et encore moins de la totalité : l’unité psycho-physique totale de la personne.

Oui, j’ai étudié beaucoup et je continue. J’ai attendu deux ans avant de publier quoi que ce soit, et au départ je ne l’ai fait que dans des revues médicales et juridiques dont les contenus sont préalablement soumis à un comité de lecture scientifique. Je ne parlais pas aux journalistes à ce moment-là – ce n’est pas pour les dénigrer ! – préférant m’exprimer dans des revues scientifiques. Plus tard, cependant, pour mieux communiquer avec les non-scientifiques, j’ai commencé à écrire dans des journaux grand public, pour faire connaître la vérité.

— Toute cette affaire repose largement sur l’usage ou le détournement des mots…

— Oui, ce sont des mots. Voyez l’usage du mot « ressusciter », que l’on emploie en américain pour dire « réanimer ». Lorsque nous « ressuscitons » un patient, il ne « ressuscite » pas, car il n’est pas mort. Les mots pour désigner les machines de réanimation – on dit « life support », « soutien de la vie », en américain, sont eux aussi des jeux de mots. Nous, médecins, nous soutenons les activités vitales que sont la circulation, la respiration, mais tout cela ne fonctionne que parce que la vie est là, donnée et maintenue par Dieu.

— La conséquence de ce que vous dites, et sans doute la raison pour laquelle tant de personnes ne veulent pas l’entendre, est que la récupération d’organes vitaux est toujours moralement condamnable lorsque cela se fait sur une personne vivante, et vous montrez qu’il est impossible de faire autrement. On se demande forcément : si moi, si l’un de mes enfants en avions besoin, ne puis-je donc pas emprunter ce chemin-là ?

— Si c’était l’un de mes enfants, ou si c’était moi, ma réponse serait : je ne peux pas faire cela. Si vous me demandiez conseil, je serais obligé de vous répondre la même chose pour vos enfants à vous. La réponse, telle que je la vois avec mon expérience, et avec ce que mes travaux m’ont appris, est autre. En tant que spécialiste en néonatalogie, j’ai joué un rôle dans la mise en œuvre de plusieurs avancées significatives dans le domaine médical. Et la raison pour laquelle cela s’est fait, c’est que je ne cautionnais pas ce que faisaient nombre de médecins. Je cherchais autre chose.

Voici ce qui se produit : si nous nous maintenons fermes auprès de Dieu, si nous n’allons pas contre sa Volonté, Dieu permet que d’autres choses se présentent, pour nous. Par exemple : cet entretien. Ce n’est pas moi qui ai fait qu’il ait lieu. Je n’avais pas d’endroit pour parler à Paris, et je suis venu quand même. J’ai dit à Dieu : « Si je dois parler, s’il vous plaît, organisez quelque chose. » Et nous voilà.

— Vous avez écrit quelque part que bien des recherches sont abandonnées parce que l’on dispose d’une solution facile – mais immorale – à portée de main. Etes-vous en train de dire que la recherche serait de meilleure qualité, et plus complète, si nous respections la loi divine ?

— Oui, absolument. C’est la seule façon de faire. La recherche c’est, au fond, chercher à découvrir ce que Dieu a déjà fait ou ce qu’Il peut faire.

L’un des domaines de recherche concerne le simple fait de donner de l’hormone thyroïdienne. On l’administre à ceux sur qui on veut prélever des organes, pour que ceux-ci soient en meilleur état et puissent attendre plus longtemps avant d’être acheminés aux receveurs. Mais on ne la donne pas à celui qui est là et dont les parents disent aux médecins de faire « tout ce qu’ils peuvent » pour le sauver. On ne fait pas de recherche dans cette direction, et on devrait la faire.

— En France, l’une des questions très présentes dans le débat public est celle du traitement excessif, l’acharnement thérapeutique. Celui qui est vieux, malade, avec une toute petite espérance de vie, ne devrait pas être soumis à des traitements douloureux et inconfortables et il faut le laisser mourir naturellement. Je crois que le débat sur la mort cérébrale raisonne un peu de la même manière : celui qui est en état de « mort cérébrale », dit-on, ne devrait pas recevoir tant de traitements, ne devrait pas être soumis à un ventilateur, puisque son destin est de mourir. Que répondez-vous à cela ?

— Le défi que nous lance parfois la médecine est de considérer les personnes les plus malades et d’essayer les solutions les plus innovantes sur elles. Pour ce qui est des personnes ayant un certain âge, eh bien je pense justement qu’il vaut mieux ne pas utiliser le critère de l’âge pour déterminer si l’on donne un traitement ou non. Il s’agit plutôt de prendre en compte le diagnostic et le traitement adéquat. Prenez la pneumonie : celle-ci est souvent causée par une bactérie que l’on peut combattre très efficacement avec la pénicilline. Pourtant on peut imaginer que l’on dise, lorsque le patient a atteint un certain âge – 70, 80, 90 ans… – qu’il ne faut pas lui donner d’antibiotiques. Eh bien, c’est simplement de la sottise. Quel que soit l’âge, si le patient a une pneumonie causée par une bactérie contre laquelle la pénicilline sera efficace, je dirais qu’il faut évidemment la lui donner. A l’inverse, pour qu’un traitement ait un effet il faut qu’il soit donné à une personne vivante, et il sera évidemment plus efficace si la personne était en bonne condition avant d’en avoir besoin. N’importe lequel d’entre nous, s’il se couche et reste au lit une semaine, sera plus faible en se levant qu’il ne l’était avant. La question n’est pas là : elle est de savoir si la personne est vivante, et si c’est le cas, il nous appartient de protéger et de préserver sa vie, ce qui nous est possible uniquement tant que Dieu dit que cette vie est là et qu’Il veut qu’elle soit là.
En tant que médecin, je n’ai jamais réussi à maintenir en vie une personne qui doit mourir de toute façon. C’est impossible. Tout ce que peuvent faire médecins et infirmières, c’est de protéger et de préserver la vie qui est là ; nous ne pouvons pas faire qu’elle y soit, nous ne pouvons pas donner le don de la vie. Même pour le don d’organes, dont le slogan aux Etats-Unis est précisément « le don de la vie ». Mais c’est une façon de manipuler les gens et de manœuvrer leur esprit. Tout couple marié le sait : la seule manière dont ils ont pu obtenir un bébé est par le « oui » de Dieu. Le don de la vie ne vient que du Créateur.

— Pensez-vous que les nouvelles pratiques en Belgique, le prélèvement consenti d’organes, et plus exactement de poumons, sur des personnes juste avant leur euthanasie (qui devenait assez superflue), sont significatives de tendances nouvelles ?

— Je ne pense pas que cette tendance va se développer. Car dans toutes les cultures existe le respect du corps décédé. Un respect qui n’a rien à voir avec la manière dont on respecterait un corps de ragondin, ou même celui de son propre chien. Le respect du corps de la personne défunte est lié non pas à la mort, ni à la carcasse, mais à la personne. Lorsque nous faisons des choses dégradantes à un cadavre, cela porte atteinte à la personne. Même si les lois le permettent, même si des gens font cela en Belgique, cela ne signifie pas qu’il y aura une acceptation générale d’une telle dégradation. La plupart du temps, la raison pour laquelle des choses se passent est que les gens ne sont pas informés. S’ils sont informés de la vérité, ils peuvent prendre une décision en conscience. Si on les empêche d’accéder à la vérité, ils n’ont aucune chance. La raison pour laquelle les choses sont comme elles sont, c’est que les gens en général – y compris les médecins, le clergé, les législateurs – ont été tenus à l’écart de la vérité.

Nous avons tendance à faire confiance aux médecins, et à juste titre parce qu’ils ont cherché à faire ce qu’il fallait. Mais en ce qui concerne la mort cérébrale et la transplantation d’organes, même les médecins qui sont impliqués ne sont pas pleinement conscients de ce qui se passe.

Des enquêtes à Cleveland ont montré que seules 33 % des personnes impliquées dans des transplantations d’organes connaissaient les critères de la mort cérébrale. On tend à faire ce qui se fait, plutôt que d’y réfléchir. J’espère qu’on n’interprétera pas cela comme voulant dire que je considère ces médecins comme irréfléchis, je veux juste souligner que parfois, il est très important d’utiliser le sens commun que nous avons reçu de notre père et de notre mère : savoir la différence entre le bien et le mal. Je crois pouvoir dire que je pourrais montrer à n’importe quel enfant de 7 ou 8 ans un patient en réanimation, sous ventilateur, puis un cadavre ; si je lui posais la question de savoir lequel des deux a des organes en bonne santé, il saurait la différence. N’importe qui la sait. Chaque membre des équipes pastorales en hôpital connaît la différence entre une personne en réanimation, déclarée en état de mort cérébrale, et ce que cette personne sera lorsqu’elle sera un cadavre. Comme la connaît chaque être humain doué de sens commun.

Si nous aimons nos proches, nous ne permettrons pas qu’on leur fasse des choses qui fassent du tort – même à leur cadavre.

— Vous avez publié une déclaration sur la « mort cérébrale » à l’issue d’une réunion à Rome en compagnie de scientifiques, de médecins, de philosophes, de neurologues et même de deux évêques, Mgr Bruskewitz et Mgr Vasa. Un panel impressionnant, mais vous demeurez une minorité. Comment expliquez-vous cela ?

— Je ne considère pas que nous soyons véritablement une minorité. Je pense que la majorité n’est pas informée. Selon mon expérience, beaucoup de médecins qui étaient pour la mort cérébrale et pour la transplantation d’organes posent des questions : lorsque je leur donne des réponses ils changent d’avis et s’opposent à la mort cérébrale et à la transplantation d’organes. D’autres sont arrivés seuls au point où je me trouve aussi. Mais je ne connais aucun médecin qui, ayant été opposé à la « mort cérébrale », ait changé d’avis pour y devenir favorable à l’issue d’une étude sérieuse. Le résultat d’une étude approfondie de la question aboutit à ce qu’on soit de plus en plus nombreux à arriver au point où je me trouve, moi.

— L’Académie pontificale pour la vie a-t-elle adopté une position pro-vie en la matière ?

— L’APV a étudié cette question il y a un certain nombre d’années : à ce moment-là on ne voulait pas que je présente mes travaux, ils ne voulaient même pas que je me trouve parmi le public. L’Académie pontificale des sciences a également étudié le sujet, et a publié en 1985 et 1989, et encore en 2005 à la demande de Jean-Paul II – ce qui était une claire indication de ce qu’il n’était pas satisfait de la situation. Les actes de cette réunion ont été publiés dans le livre Finis Vitae (la mort cérébrale est-elle la mort véritable ?) : ils ont en fait été rassemblés par l’Académie pontificale des sciences, et quelqu’un de haut placé au Vatican en a empêché l’impression. Le conseil de recherche et moi-même l’avons donc fait imprimer et publié. Nous avons invité des médecins du Japon, du Liechtenstein, d’Angleterre, d’Allemagne… – un grand nombre de médecins, de juges, de philosophes : ils ont présenté leurs travaux à l’Académie pontificale des sciences et aujourd’hui ils sont accessibles à tous à travers ce livre.

— Vous évoquez des pressions, jusque dans le Vatican. Est-ce une affaire d’argent ?

— Lorsqu’on me demande pourquoi quelqu’un d’autre agit d’une certaine façon, je réponds toujours que je ne peux pas entrer dans son esprit. Je ne peux pas savoir avec certitude les raisons qui poussent tel ou tel à agir comme il le fait. Mais ce que je sais, car c’est un fait, c’est que la transplantation d’organes est une industrie qui s’évalue en milliards de dollars. Cela dépasse, et de très loin, l’argent mis en jeu dans l’industrie de l’avortement qui en représente déjà beaucoup. Ce qui fait agir les gens, ou les pousse à ne pas agir, c’est pourtant avant tout la vérité, et la vérité est simple : notre vie nous est donnée, et une fois que nous l’avons reçue, elle est un continuum jusqu’à la mort véritable. Et pendant cette période où nous avons notre vie, les médecins et les infirmières peuvent la protéger et la préserver, mais ils ne peuvent pas la donner, pas plus qu’ils ne peuvent la prolonger une seconde de plus que Dieu ne le veut.
Mon objectif final en étudiant tout cela n’était pas, au départ, de m’opposer aux transplantations d’organes, mais seulement de savoir si la mort cérébrale est la mort véritable. Eh bien elle ne l’est pas, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais.

— Il s’agit donc non pas de travailler sur la transplantation d’organes, mais d’orienter la recherche vers des solutions pour guérir les malades.

— C’est exactement cela. Et lorsque nous le ferons, Dieu nous donnera des moyens de guérir les gens. Comment cela se fera, je ne le sais pas. Il y a les cellules souches adultes : on a réussi à fabriquer une trachée pour un malade qui en avait besoin. Je ne sais pas ce que Dieu fera, je sais seulement qu’Il nous aime beaucoup et lorsque les médecins essaient de rester en contact avec lui Il les récompense à travers les progrès qu’ils réalisent. Par exemple : je vous ai raconté le cas du médecin de Brooklyn qui a découpé un cœur sur un bébé de trois jours pour le transplanter sur un bébé de 18 jours. Ce médecin-là n’a jamais recommencé. Cela lui était insupportable aussi…

Propos recueillis par Jeanne Smits





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12 mars, 2012

« Mort cérébrale » et don d’organes : « l’une des racines de la culture de mort » (II)

Suite de l'interview dont la première partie a paru ici.



L'interview du Dr Paul Byrne, spécialiste en néonatalogie qui étudie la mort cérébrale depuis vingt ans, dont je publie la deuxième partie ci-dessous, ainsi qu'une deuxième de taille équivalente, ont été publiées dans Présent datés de mardi et de samedi de la semaine dernière. Le sujet est rarement traité dans les médias francophones, voilà pourquoi je choisis de les mettre en ligne en plusieurs épisodes que je vous invite à suivre avec attention, car c'est un sujet primordial dans le domaine de la culture de mort. Non par le nombre de personnes dont les organes vitaux sont prélevées en France chaque année, qui reste modeste, mais en raison du principe qu'au nom d'une bonne conscience apparemment universelle, il est possible de porter atteinte à la vie de l'un pour rendre possible la vie de l'autre.



— Est-il donc impossible de prélever des organes vitaux sur un corps mort ?

— Exactement. Et presque tout le monde le sait. Car on sait ce qu’est une personne vivante : regardez-vous vous-même, ou regardez-moi ou n’importe quelle autre personne vivante. Mais un cadavre ? On sait ce que c’est quand on a veillé un mort, quand on a rendu visite à un funérarium. Combien d’organes pensez-vous que l’on puisse prélever sur un cadavre ? Aucun qui soit apte à la transplantation.

— Vous avez dit que la transplantation d’organes était à la racine de la culture de mort, et même du culte de la mort. La plupart des gens citeraient plutôt l’avortement, la recherche destructrice sur l’embryon, etc.

— C’est pour faire des transplantations d’organes qu’ils ont inventé la mort cérébrale. Je parle de cette « racine » après avoir étudié la mort cérébrale pendant de longues années. Il m’a fallu deux ans au moins pour comprendre le langage. J’ai continué de chercher, en laissant de côté la transplantation d’organes, car j’avais confiance en mes confrères médecins, persuadé que les « transplanteurs » étaient des gens honorables. Au fil des ans j’ai commencé à regarder de plus près ce qu’ils faisaient, et il est devenu clair pour moi que la raison pour laquelle on nous parlait de mort cérébrale était en vue de justifier la transplantation d’organes. On avait essayé de faire des transplantations de cœurs prélevés sur des personnes mortes, mais cela ne marchait pas. Il fallait pouvoir disposer d’un cœur battant prélevé sur une personne vivante. La première opération était celle du Dr Christiaan Barnard en Afrique du Sud en 1967. La deuxième transplantation eut lieu peu après à Brooklyn, New York, où l’on a découpé le cœur battant d’un bébé âgé de trois jours pour le transplanter sur un bébé de 18 jours. Ces deux bébés étaient innocents ; je pense que les parents l’étaient probablement aussi, ils ont été conduits là où ils étaient par les médecins. A la fin de cette journée, les médecins avaient tué deux bébés. C’est le début de toute cette histoire.

C’est au cours de la première année suivant ces opérations qu’on a monté un comité à Harvard pour étudier la question, ce qui aboutit à la première série de critères de la mort cérébrale, suivie d’une trentaine d’autres en 10 ans, chacune moins rigoureuse que la précédente. Les critères de Harvard exigent l’absence de fonctionnement du cerveau pendant vingt-quatre heures. Ce délai a été ramené à douze heures, puis à six, et trois, et même à une heure. On n’arrête pas de raccourcir cette durée. Pour une certaine série de critères on retient que si on retire le ventilateur d’un patient il suffit de 30 à 60 secondes sans respiration pour le prononcer en mort cérébrale.

Voilà exactement la manière dont il ne faudrait pas pratiquer la médecine : normalement, on développe une meilleure précision et théoriquement les critères devraient devenir plus stricts.

Beaucoup pensent que la « mort cérébrale » suppose des tests sophistiqués, mais non, cela se réduit souvent à l’observation clinique faite sur le patient dans son lit. On peut faire des tests plus sophistiqués mais quiconque a été à l’hôpital sait que même une simple tomographie – une radiographie informatisée – ne peut être faite au bord du lit, pas plus qu’une IRM, impossible à pratiquer s’il y a du métal dans l’environnement. On ne fait donc pas de tests sophistiqués mais des observations cliniques et des tests relativement simples.

Les personnes dont la vie est en danger sont celles qui ont les organes les plus sains : celles qui ont entre 16 et 30 ans. Si une telle personne est blessée à la tête, on va immédiatement chercher à garder ses organes en forme alors que les soins devraient viser à la maintenir, elle, en bonne forme. Ce n’est plus la personne qui est soignée, mais les organes.

Par exemple, nous savons que si le cerveau est endommagé, s’il y a un œdème, il n’y a pas beaucoup de place sous le crâne : il faut donc donner des doses minimales de liquide pour empêcher l’œdème de s’aggraver. J’ai pu voir l’historique de traitements où le patient recevait des quantités massives de fluides dès le départ – pour maintenir en forme les reins et le foie – bien que cela aggrave la pathologie du cerveau.

Aux Etats-Unis, les apprentis conducteurs sont invités à devenir donneurs d’organes, c’est presque de l’intimidation. Aucune des personnes que l’on sollicite en ce sens ne reçoit l’information selon laquelle on ne transplante que des organes sains venant d’une personne qui a encore la circulation et la respiration. Elles pensent que les organes sont prélevés après la mort véritable et lorsqu’elles disent « oui », elles donnent leur accord sur une chose à propos de laquelle elles n’ont pas été pleinement informées. Impossible pour elles de faire une décision en pleine conscience, quelle que soit cette décision d’ailleurs. A mon avis il doit en aller à peu près ainsi dans le monde entier.

— Vous me faites penser à la culture aztèque : on y prenait des cœurs battants pour faire vivre le soleil, dans la nôtre, on prend des cœurs, des foies, pour faire vivre d’autres personnes.

— C’est tout à fait ça. Les choses sont similaires. Je crois que la majorité des gens, lorsqu’ils m’entendent, sont d’accord avec ce que je dis et l’acceptent volontiers, car c’est la vérité. Ceux qui font partie de l’industrie de la transplantation d’organes, et ceux qui ont dit à d’autres qu’ils peuvent bien donner leurs organes, sont plus réticents par rapport à ce que j’ai à dire mais cela se comprend, car s’ils reconnaissaient avoir tort, il leur faudrait reconnaître aussi avoir aidé quelqu’un d’autre à mourir. La population en général accepte volontiers, au contraire, parce que la vérité est tellement simple.

— Certes il relève du sens commun qu’il y a une différence entre un vivant et un cadavre et c’est bien ce qu’on dit aux gens. Mais on explique à propos du « mort cérébral » qu’il est en survie artificielle, et qu’il ne vivrait pas sans cela, et par conséquent qu’il vit d’une vie dont il ne devrait pas vivre. Ou pour le dire autrement, il devrait déjà être mort. Que répondez-vous à cela ?

— Il faut se référer à la notion de « ressusciter » [mot anglais pour « réanimer »]. Le mot « ressuscité », appliqué au Christ, renvoie à la résurrection qui intervient après la mort effective d’une personne. En anglais, on donnera l’ordre pour un patient de ne pas le « ressusciter » (de ne pas le réanimer) : le terme est incorrect. Nous médecins, nous ne soutenons pas la vie, mais l’activité vitale : le soutien de la vie vient du Créateur qui donne et qui maintient la vie : une fois que la vie a disparu, nous médecins ne pouvons rien faire. Ce qui est en notre pouvoir, c’est de préserver et de protéger.

Pour ces patients qui sont reliés à un ventilateur, il faut savoir qu’il s’agit d’un appareil qui pousse l’air dans les poumons, mais il ne pousse pas l’air vers l’extérieur, chose que seul fait le corps vivant. Si on relie un cadavre à un ventilateur, on peut pousser l’air à l’intérieur mais il n’en sort pas. Si le ventilateur fonctionne, c’est bien parce qu’il y a un cœur qui bat et la circulation qui va vers les poumons et vers le reste du corps. Si cela fonctionne, c’est parce que le tissu muqueux très sophistiqué du fond des poumons permet de capter l’oxygène dans l’air et d’expulser le dioxyde de carbone. Cela ne peut pas se produire dans un cadavre.

— Les organes comme le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils fonctionner en l’absence de tout fonctionnement cérébral ?

— Oui, ils le peuvent.

— Les critères de la mort cérébrale, si je peux essayer de résumer, disent : pas de fonctionnement cérébral, pas de conscience, pas de vie. N’est-ce pas un point de vue très dangereux ?

— Oui, c’est terriblement dangereux. Quand je reçois mes petits-enfants à la maison, nous prions avec eux avant qu’ils n’aillent dormir, et nous remercions Dieu lorsqu’ils s’éveillent. Je leur explique que lorsque nous dormons, ce n’est pas moi qui prends soin d’eux, pas plus que de moi-même. Qui prend soin de nous alors ? Lorsque nous dormons, ce n’est pas la même chose que de ne pas être conscient, mais dormir et être inconscient, c’est différent d’être mort. La mort, c’est la séparation de l’âme et du corps, la séparation du principe de vie et du corps : Jean-Paul II l’a définie comme la dissolution de la totalité de la personnalité psychophysique d’un homme : il faut la disparition de toute la conscience, et de tout le physique. Si l’on parle de réanimation – et dans cette affaire tout repose sur l’utilisation des mots – on semble dire que l’âme est partie, et qu’elle est revenue, ou qu’il y a une autre âme. L’Eglise catholique enseigne clairement que l’âme est là – on sait qu’elle est là – dès la conception. La vie sur cette terre est un processus continu, depuis la conception jusqu’à la mort véritable. La vie est le fait substantiel de l’unité de l’âme et du corps ; la mort est leur séparation. Par rapport à la personne, nous connaissons la réalité de la vie comme de la mort à travers le corps. Ce que nous avons recommandé et publié dans une revue juridique, c’est que la mort ne doit pas être déclarée à moins qu’il n’y ait destruction des systèmes circulatoire et respiratoire ainsi que de la totalité du cerveau, destruction à constater au moyen de critères universellement acceptés. Nous ne devrions pas déclarer morte une personne dont le cœur bat et qui a une pression artérielle, et qui respire, même si la respiration est soutenue par un ventilateur.

— La plupart des gens auraient un mouvement de recul s’ils savaient que l’on récupère des organes sur des « corps » chauds et roses.

— La plupart des gens n’auraient pas seulement un mouvement de recul, la plupart ne le feraient pas. La plupart ne donneraient pas leur accord pour être découpés ou pour qu’on découpe un fils chéri pour récupérer son cœur battant. Ils ne feraient rien pour hâter sa mort.

— Pouvez-vous nous rappeler le critère de la récupération d’organes donné par Benoît XVI ?

— Son enseignement moral sur ce point est assez clair. Il dit que des organes vitaux individuels ne peuvent être extraits sinon « ex cadavere ». Il a dit cela en latin. Comment un corps vivant devient-il un cadavre ? Il faut qu’il passe par la mort véritable. La mort cérébrale, quelle que soit cette réalité, n’est pas la mort véritable.
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11 mars, 2012

« Mort cérébrale » et don d’organes : « l’une des racines de la culture de mort »

Une interview du Dr Paul Byrne

L'interview ci-dessous, ainsi qu'une deuxième de taille équivalente, ont été publiées dans Présent datés de mardi et de samedi de la semaine dernière. Le sujet est rarement traité dans les médias francophones, voilà pourquoi je choisis de les mettre en ligne en plusieurs épisodes que je vous invite à suivre avec attention, car c'est un sujet primordial dans le domaine de la culture de mort. Non par le nombre de personnes dont les organes vitaux sont prélevées en France chaque année, qui reste modeste, mais en raison du principe qu'au nom d'une bonne conscience apparemment universelle, il est possible de porter atteinte à la vie de l'un pour rendre possible la vie de l'autre.

Voici donc la 1e partie.

De retour de Rome où il venait d’assister à l’assemblée annuelle de l’Académie pontificale pour la Vie, Paul Byrne, spécialisé en néonatalogie, est passé par Paris pour y faire connaître une réalité qu’il s’est donné pour tâche de répandre aussi largement que possible face à une industrie brassant des millions de dollars et d’euros : celle de la transplantation d’organes.

Son expérience personnelle avec un bébé déclaré en « mort cérébrale », et qui a si bien vécu qu’il est aujourd’hui le père de trois enfants, a poussé le médecin et enseignant dans des écoles de médecine de l’Ohio, sur le chemin d’une enquête qui l’a amené jusqu’à un constat choc : pour transplanter avec succès un organe vital, il faut qu’il soit oxygéné et alimenté en sang. Et que donc, il ne soit pas prélevé sur un cadavre.

C’est une redéfinition de la « mort » qui a permis le tour de passe-passe.

Le Dr Paul Byrne, médecin spécialisé mais aussi catholique convaincu – ce père de douze enfants fut longtemps le président de l’Association des médecins catholiques des Etats-Unis – ne cache pas ses convictions pro-vie. Il a longtemps conseillé le législateur de l’Ohio sur les questions relatives au respect de la vie et a participé à de nombreux débats et présentations dans le monde entier.

Il a également préfacé le livre Finis vitae (actuellement disponible en anglais et en italien) publié à l’initiative de Roberto de Mattei après que les nombreuses communications hostiles aux critères de la mort cérébrale lors d’une réunion de l’Académie pontificale des sciences eurent été – semble-t-il après un ordre venu d’une personnalité du Vatican – purement et simplement éliminées des Actes du congrès. Livre passionnant, qui rassemble les points de vue de médecins, neurologues, de philosophes et de moralistes.

Un long entretien avec Paul Byrne m’a fait découvrir un homme fort dans la foi et sûr de ce qu’il avance. Cela va à l’encontre de beaucoup d’idées qui passent aujourd’hui pour reçues. Je vous propose de vous faire découvrir son point de vue en deux épisodes. Avec toujours en tête les images qu’il a présentées lors d’une conférence à Paris mercredi soir : tirées d’un manuel informatique de médecine, elles montraient la découpe du corps d’un jeune homme, à l’aspect frais et rose. Les tissus étaient humides et élastiques. On lui ouvrait le tronc depuis le cou jusqu’au pubis, pour découvrir et récupérer son cœur battant. Energiquement battant.

Voilà une affaire qui mérite réflexion, qui doit être connue, dans ses origines et dans ses implications…
 
— Vous êtes venu en France avec l’espoir de présenter une vérité qui dérange à propos du don d’organes. J’aimerais que vous me parliez un peu de vous, pourquoi cette question vous intéresse, et comment vous en êtes venu à adopter une position qui est si radicalement différente de la position dominante.

— Je suis spécialiste en néonatalogie, et je suis même un pionnier en ce domaine. Je ne suis pas le premier, mais j’ai joué un rôle dans l’invention d’un moyen de prendre la tension artérielle des prématurés, celle d’un monitoring d’incubateur – ce qui m’a valu d’avoir ma photo dans l’Encyclopaedia Americana dans son édition annuelle de 1967 : je suis donc un médecin tenace et je l’ai toujours été.
C’est dans ce contexte que j’ai eu en 1975 à soigner un nouveau-né qui avait des ondes cérébrales plates – une ligne droite. Cela a été interprété comme correspondant à la mort cérébrale.

L’électroencéphalogramme plat était considéré comme équivalent à la mort cérébrale. On suggéra que je cesse de le soigner, ce que j’ai refusé. J’ai continué de le soigner, et avec le temps le petit Joseph devait aller à l’école, obtenir d’excellentes notes, faire de la course à pied, jouer au baseball, se marier et avoir trois enfants.

C’est à cause de lui que j’ai commencé à étudier le sujet de la mort cérébrale. Très vite, j’ai cherché à trouver la preuve que la mort cérébrale était un critère au moins aussi correct que celui précédemment à la disposition des médecins pour faire des constats de décès. Nous attendions alors qu’il y ait arrêt total de la circulation, pas de respiration, pas de pouls, pas de réaction, pas de réflexes.

Voici que surgit une nouvelle façon de constater la mort, dont on disait que c’était la définition du coma irréversible. Mais celui qui est dans le coma est vivant, et non mort, quelle que soit la manière dont on tourne les choses. L’idée de la mort cérébrale est apparue dans un rapport du comité ad hoc de Harvard de 1968 ; il s’intitulait : Une définition du coma irréversible. J’ai donc examiné ce qu’il présentait : il n’y avait aucune étude sur les chiens, ou les chats, ou les rats, il n’y avait aucune donnée sur des patients, il a été tout simplement publié. Sans apporter la moindre preuve, le comité a déclaré qu’il s’agissait d’une nouvelle façon de faire.

J’ai donc attendu l’article suivant. Celui-ci comportait l’étude de neuf patients seulement, dont deux avaient encore des ondes cérébrales : ils en ont conclu qu’il ne serait plus nécessaire de mesurer les ondes cérébrales pour établir un constat de décès. C’est ce qu’on a appelé les critères du Minnesota.
Pour mettre cela en perspective, les critères britanniques n’exigent pas non plus l’enregistrement des ondes cérébrales. A telle enseigne que la BBC a produit en 1981 un documentaire intitulé : « Les donneurs sont-ils vraiment morts ? » (Are the Donors really Dead ?), parce qu’il arrive que des personnes avec des électroencéphalogrammes plats se rétablissent. Et pourquoi se rétablissent-elles ? Parce qu’elles ne sont pas véritablement mortes. Le documentaire a été diffusé en Grande-Bretagne mais pour autant que je sache on n’en a pas autorisé la diffusion dans d’autres pays du monde.

Les choses ont continué ainsi pendant un certain temps. L’étude la plus importante dans la littérature scientifique atteste que 10 % des personnes en « mort cérébrale » n’avaient pas de pathologie cérébrale au moment de leur mort. Cette étude-là portait sur quelque 500 patients, dont 44 ne sont même pas morts.
Il ne s’agit pas là de science médicale sérieuse. J’utilise les termes « science médicale » parce que celle-ci n’est pas du même type que la biochimie ou la biologie ou la physique, qui tendent à chercher et à découvrir ce que Dieu a déjà fait. La science médicale s’occupe de patients : chaque patient est unique et irremplaçable, et c’est une autre sorte de science.

Certes, il y a bien de la science dans la médecine – mais il n’y avait pas de science à l’origine du concept de « mort cérébrale ». Depuis le rapport de Harvard, en 1968, jusqu’en 1978, on a publié trente séries de critères différents dans les revues scientifiques, et chaque série de critères était moins stricte que la précédente. Il y en a eu bien d’autres depuis.

Pour en venir à l’époque actuelle, un rapport dans le journal Neurology atteste qu’il n’y a pas de consensus parmi les médecins sur la série de critères à utiliser. Un rapport encore plus récent affirme que cela ne se fonde pas sur la pratique clinique. « Evidence-based » – fondé sur la pratique clinique – ce sont les mots modernes pour dire qu’il existe au moins une forme de preuve que tel diagnostic est exact ou que tel traitement est adapté. Il n’y a donc aucun fondement tiré de la pratique clinique à propos de la mort cérébrale. Aujourd’hui de nombreux articles scientifiques montrent que de nombreux auteurs de nombreux pays affirment que la mort cérébrale n’est pas la mort véritable.

Je ne suis pas en accord avec un grand nombre d’entre eux, car ils sont nombreux à dire que cela ne change rien : ils veulent quand même prendre les organes, et sont prêts à les prendre dans ces conditions.
L’une des principales racines de la culture de mort moderne est la transplantation d’organes, parce qu’à chaque fois qu’un organe est transplanté, il doit s’agir d’un organe sain. Où trouver des organes sains sinon chez des personnes vivantes ? Lorsqu’on excise un organe vital chez une personne vivante, celle-ci devient morte, ou alors plus faible, immanquablement. Le prélèvement cause la mort ou une mutilation handicapante du corps. Il faut donc poser la question : peut-on transplanter n’importe quel organe ? 

Précisons en passant qu’un organe est différent des tissus qui peuvent être obtenus en vue de la transplantation après l’arrêt de la circulation. La cornée, par exemple, est spéciale parce qu’elle n’a pas d’apport sanguin, elle tire l’oxygène qui lui est nécessaire de l’environnement, à travers les larmes. Si elle avait un apport sanguin, il nous faudrait voir à travers des vaisseaux sanguins : Dieu l’a faite sans apport sanguin de telle sorte que la cornée, spécialement si le corps est réfrigéré, peut être transplantée plusieurs heures après l’arrêt de la circulation. On peut prendre des os, des ligaments, les valves du cœur qui n’ont pas besoin de circulation puisqu’il s’agit d’un tissu assez stable. Mais pour ce qui est des organes, aucun ne peut être transplanté lorsque la circulation s’arrête, et si on ne les soumet pas à un traitement avant l’arrêt de la circulation.


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