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09 avril, 2012

Pâques, la “mort cérébrale” et le don d'organes

Lorsque notre Sauveur rendit l'âme sur la Croix, ceux qui l'entouraient surent que le moment de sa mort était survenu, comme en atteste saint Jean, témoin oculaire. Mais les Romains, soucieux de vérifier que le condamné était vraiment mort, lui firent transpercer le côté par une lance, « et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau ». Saint Jean insiste sur l'événement : « Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez, vous aussi. » Il ajoute, entre parenthèses, « Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu'il dit vrai », ce qui est une manière d'invoquer l'autorité divine, de jurer dans le sens plénier du mot.

Ce qui atteste irrévocablement de la mort de Jésus, c'est d'une part ce qu'ont vu les témoins, le sentiment que le corps n'est plus animé, et d'autre part le fait que son Cœur ne batte plus, constaté par le Centurion.

Voici ce qu'en dit sur le plan médical le site (protestant) info-bible :

« Jésus était bien mort lorsqu'il a reçu le coup de lance, car pour une mort par asphyxie il est médicalement connu qu'il y a une poche de liquide qui se forme autour des poumons et du coeur. »
avec cette note :
« D'après un expert en diagnostique médical, A. Metherell, cité dans : Strobel, L., Jésus : la parole est à la défense, ?, Vida, 2001, p226, le crucifié doit pousser sur ses pieds pour pouvoir expirer ; lorsqu'il n'a plus la force de le faire, il s'asphyxie et meurt par arrêt cardiaque ; le choc hypovolémique, consécutif à la flagellation, accélérait le rythme cardiaque, favorisant la crise cardiaque avec pour effet une accumulation de liquide dans la membrane péricardiaque (épanchement péricardiaque) et autour des poumons (épanchement pleural). Voir aussi : C.Truman Davis, "The crucifiction of Jesus", Arizona medicine, p185-186 ; Dr Bergsma, "Did Jesus die of a broken heart?", The Calvin Forum, march 1948, p165. »

Jésus-Christ n'a pas été déclaré en état de « mort cérébrale » pour pouvoir nous nourrir et sauver nos vies avec ses organes.

La preuve de sa mort, c'est que son Divin Cœur ne batte plus.

De même que pensant aux tout débuts de la vie, les chrétiens méditent avec admiration l'épisode de la Visitation, où le Christ à peine conçu – quelques jours au plus, puisque Marie « se rendit en hâte à la montagne » – fait tressaillir de joie le petit Jean-Baptiste de six mois son aîné, encore dans le sein de sa mère, nous ferions bien de méditer à la fin de la vie en pensant à cette Mort salvatrice qui réellement, nous a rendus capables de la vie éternelle.

Alors que la fausse mort du « don d'organes » donne seulement un supplément de vie terrestre…

Si nous transposions sa Passion à l'époque contemporaine, tirant toutes les conclusions du concept de « mort clinique » ou de « mort cérébrale », on aurait pu le mettre au tombeau dès que des médecins auraient jugé qu'Il était dans cet état. Son Cœur continuant de battre, bien sûr. Mais la Résurrection, personne n'y aurait cru. Tout comme les personnes qui reviennent à la vie après avoir été considérés comme en état de mort cérébrale – les exemples ne manquent pas – ne sont pas vues comme des ressuscités : on constate juste qu'en fait, ces personnes n'ont jamais été mortes.

J'essaie d'imaginer le tollé si dans un pays appliquant la peine de mort, on utilisait un procédé permettant de détruire le cerveau mais préservant les autres fonctions vitales : activité cardiaque, circulation sanguine, respiration assistée par ventilation, et ce en vue de prélever des organes… Non : pour constater la mort des condamnés, on attend la vraie mort. (Sauf peut-être en Chine, mais c'est une autre histoire).

Il en va de même pour les euthanasiés : pas question de les prononcer morts si leur cœur bat encore, s'ils donnent encore signe de vie.

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20 mars, 2012

« Mort cérébrale » et don d’organes : IIIe partie

Manipulations sémantiques et milliards de dollars


(La première partie est ici, la deuxième .)


Voici la suite et la fin de l’entretien que nous a accordé le Dr Paul Byrne, spécialiste en néonatalogie, que ses études sur la « mort cérébrale » ont amené à contester le principe du prélèvement d’organes vitaux sur l’homme pour la transplantation. La première partie a paru dans Présent daté de mardi dernier. Il préside une fondation, Life Guardian (lifeguardianfoundation.org) qui propose de nombreux documents à ce propos, insistant sur la nécessité pour chacun de faire connaître sa volonté de ne pas être donneur d’organes vitaux si tel est son choix.

En France on est présumé donneur mais l’accord des proches est toujours demandé, on peut prendre la précaution de leur dire sa volonté « même avec des mots simples » ; il existe aussi un « registre national du refus ». Je reviendrai prochainement sur ces aspects et d’autres de la question.
En attendant, c’est une chape de silence qui entoure celle-ci. Le Sel de la Terre lui a consacré en 2010 une plaquette de 88 pages, Les dons d’organes, disponible auprès de livresenfamille.fr. Le livre Finis vitae publié à l’initiative de Roberto de Mattei, évoqué plusieurs fois par Paul Byrne au cours de l’entretien, est actuellement disponible en italien et en anglais (chez Life Guardian aux Etats-Unis, ou à la Fondazione Lepanto) et une traduction française est envisagée. – J.S.

— Beaucoup disent qu’aussi bien Jean-Paul II que Benoît XVI approuvent le don d’organes, ce dernier ayant même eu une carte de donneur avant de devenir pape ; on cite fréquemment leurs déclarations favorables à ceux qui font ce choix. Cela ne suffit-il pas à justifier la pratique ?

— La première chose à faire, c’est de voir l’ensemble des choses qu’ils ont dites sur le sujet. Je vous ai rappelé l’enseignement de Benoît XVI sur le fait qu’on ne peut pas extraire d’organes vitaux individuels sinon ex cadavere. Il se réfère ensuite au Compendium du Catéchisme qui rappelle les critères principaux : le respect de la vie du donneur doit toujours l’emporter, de telle sorte que l’extraction d’organes doit être pratiquée exclusivement dans le cas de la mort véritable du donneur ou de la donneuse.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique affirme quant à lui qu’il n’est pas moralement admissible de provoquer la mutilation handicapante ou la mort d’une personne humaine même dans le but de retarder la mort d’une autre personne. Le Concile de Vienne et le Ve Concile du Latran, ainsi que le pape Pie XII, suivi de Jean-Paul II ans Evangelium Vitae, et de Benoît XVI que j’ai cité, donnent ce même enseignement de l’Eglise. Lorsqu’un pape s’exprime, nous devons prêter attention à tout ce qu’il dit, mais nous devons nous rendre compte que lorsqu’il s’exprime en matière morale – c’est le cas de ce qu’affirme Benoît XVI sur l’ex cadavere ou Jean-Paul II sur la mort véritable – il donne l’enseignement moral de l’Eglise qui nous engage.

La première chose que j’ai lue à propos de Jean-Paul II en la matière concernait un appel au don de sang : il avait encouragé les gens à y répondre. Mais d’une façon ou d’une autre, lorsqu’on a rapporté ses propos, le « sang » est devenu « organe »… Ce genre d’approche m’inquiète beaucoup. On cite souvent le discours où il rapproche la cessation de la fonction cérébrale – ils ajoutent même le mot « irréversible » – avec celle du cerveau, du cervelet et du tronc cérébral. Mais aucun critère ne fait référence au cervelet ! Comment a-t-on pu faire cela au pape, en se servant de lui ? On en vient ainsi à parler du cerveau, du cervelet et du tronc cérébral – mais jamais du diencéphale, qui forme pourtant une grande partie du cerveau… Voyez-vous, lorsque le pape emploie ce type de langage, il a fallu auparavant que quelqu’un lui donne des informations. Qui ? Des médecins, je l’espère… Mais on en est réduit à espérer que cette information ait été à tout le moins entière, complète, et pas inexacte.

Je ne dis rien de plus, quant à moi : j’ai rappelé l’enseignement de l’Eglise catholique. J’ai demandé à de nombreux évêques de m’avertir s’ils trouvaient dans ce que je présente quoi que ce soit d’erroné. Aucun d’entre eux ne l’a fait.

L’une des dernières choses qu’a écrites Jean-Paul II, justement à ce sujet, est que chaque être humain est vivant précisément dans la mesure où il est « corpore et anima unus » : il cite Gaudium et Spes pour ajouter que cet être humain reste vivant aussi longtemps qu’existe l’unité psycho-physique totale de la personne…

Je n’ai pas conscience d’avoir jamais dit quoi que ce soit qui aille contre l’enseignement de l’Eglise, et je soutiens les papes à 100 %, tout comme les évêques. Mais je précise cependant que lorsque nous lisons ce que le pape dit, comme par exemple : « Je suis heureux d’accueillir ce groupe aujourd’hui », cela ne signifie pas qu’il est ravi de tout ce qui est dit et fait par ce groupe. Il faut retenir au contraire ce que dit l’actuel pape sur l’extraction d’organes ex cadavere : quand je vois ces mots en latin, je sais qu’ils sont graves et que je dois y faire attention, comme tout le monde d’ailleurs.

— Ai-je bien compris que les médias n’y font pas attention, et manipulent au contraire le message ?

— Cela est probablement vrai, mais la grande majorité, y compris parmi les médias, les médecins, les législateurs, et même le clergé, n’est pas informée. Ils n’ont aucun moyen de connaître la vérité. Moi, je l’ai étudiée. J’ai mis deux ans à comprendre ce qu’était lacessation du fonctionnement par rapport à la cessation de la fonction, par rapport à la destruction, par rapport à la mort.

A l’inverse, quand une personne est morte, on constate la destruction du cerveau, le fonctionnement du cerveau a disparu, il ne fonctionnera plus jamais.

Quand on « revient » de la mort il est clair qu’on fait le chemin inverse, mais on ne « revient » alors que d’une cessation du fonctionnement, qu’il s’agisse de la conscience, de la parole, de la respiration ou de quoi que ce soit. L’absence de fonctionnement ne signifie pas que nous autres médecins ne puissions pas fournir un ventilateur, ou un traitement capable de restaurer le fonctionnement. Tout cela ne dit rien sur le fait qu’il y ait ou non destruction d’une partie, et encore moins de la totalité : l’unité psycho-physique totale de la personne.

Oui, j’ai étudié beaucoup et je continue. J’ai attendu deux ans avant de publier quoi que ce soit, et au départ je ne l’ai fait que dans des revues médicales et juridiques dont les contenus sont préalablement soumis à un comité de lecture scientifique. Je ne parlais pas aux journalistes à ce moment-là – ce n’est pas pour les dénigrer ! – préférant m’exprimer dans des revues scientifiques. Plus tard, cependant, pour mieux communiquer avec les non-scientifiques, j’ai commencé à écrire dans des journaux grand public, pour faire connaître la vérité.

— Toute cette affaire repose largement sur l’usage ou le détournement des mots…

— Oui, ce sont des mots. Voyez l’usage du mot « ressusciter », que l’on emploie en américain pour dire « réanimer ». Lorsque nous « ressuscitons » un patient, il ne « ressuscite » pas, car il n’est pas mort. Les mots pour désigner les machines de réanimation – on dit « life support », « soutien de la vie », en américain, sont eux aussi des jeux de mots. Nous, médecins, nous soutenons les activités vitales que sont la circulation, la respiration, mais tout cela ne fonctionne que parce que la vie est là, donnée et maintenue par Dieu.

— La conséquence de ce que vous dites, et sans doute la raison pour laquelle tant de personnes ne veulent pas l’entendre, est que la récupération d’organes vitaux est toujours moralement condamnable lorsque cela se fait sur une personne vivante, et vous montrez qu’il est impossible de faire autrement. On se demande forcément : si moi, si l’un de mes enfants en avions besoin, ne puis-je donc pas emprunter ce chemin-là ?

— Si c’était l’un de mes enfants, ou si c’était moi, ma réponse serait : je ne peux pas faire cela. Si vous me demandiez conseil, je serais obligé de vous répondre la même chose pour vos enfants à vous. La réponse, telle que je la vois avec mon expérience, et avec ce que mes travaux m’ont appris, est autre. En tant que spécialiste en néonatalogie, j’ai joué un rôle dans la mise en œuvre de plusieurs avancées significatives dans le domaine médical. Et la raison pour laquelle cela s’est fait, c’est que je ne cautionnais pas ce que faisaient nombre de médecins. Je cherchais autre chose.

Voici ce qui se produit : si nous nous maintenons fermes auprès de Dieu, si nous n’allons pas contre sa Volonté, Dieu permet que d’autres choses se présentent, pour nous. Par exemple : cet entretien. Ce n’est pas moi qui ai fait qu’il ait lieu. Je n’avais pas d’endroit pour parler à Paris, et je suis venu quand même. J’ai dit à Dieu : « Si je dois parler, s’il vous plaît, organisez quelque chose. » Et nous voilà.

— Vous avez écrit quelque part que bien des recherches sont abandonnées parce que l’on dispose d’une solution facile – mais immorale – à portée de main. Etes-vous en train de dire que la recherche serait de meilleure qualité, et plus complète, si nous respections la loi divine ?

— Oui, absolument. C’est la seule façon de faire. La recherche c’est, au fond, chercher à découvrir ce que Dieu a déjà fait ou ce qu’Il peut faire.

L’un des domaines de recherche concerne le simple fait de donner de l’hormone thyroïdienne. On l’administre à ceux sur qui on veut prélever des organes, pour que ceux-ci soient en meilleur état et puissent attendre plus longtemps avant d’être acheminés aux receveurs. Mais on ne la donne pas à celui qui est là et dont les parents disent aux médecins de faire « tout ce qu’ils peuvent » pour le sauver. On ne fait pas de recherche dans cette direction, et on devrait la faire.

— En France, l’une des questions très présentes dans le débat public est celle du traitement excessif, l’acharnement thérapeutique. Celui qui est vieux, malade, avec une toute petite espérance de vie, ne devrait pas être soumis à des traitements douloureux et inconfortables et il faut le laisser mourir naturellement. Je crois que le débat sur la mort cérébrale raisonne un peu de la même manière : celui qui est en état de « mort cérébrale », dit-on, ne devrait pas recevoir tant de traitements, ne devrait pas être soumis à un ventilateur, puisque son destin est de mourir. Que répondez-vous à cela ?

— Le défi que nous lance parfois la médecine est de considérer les personnes les plus malades et d’essayer les solutions les plus innovantes sur elles. Pour ce qui est des personnes ayant un certain âge, eh bien je pense justement qu’il vaut mieux ne pas utiliser le critère de l’âge pour déterminer si l’on donne un traitement ou non. Il s’agit plutôt de prendre en compte le diagnostic et le traitement adéquat. Prenez la pneumonie : celle-ci est souvent causée par une bactérie que l’on peut combattre très efficacement avec la pénicilline. Pourtant on peut imaginer que l’on dise, lorsque le patient a atteint un certain âge – 70, 80, 90 ans… – qu’il ne faut pas lui donner d’antibiotiques. Eh bien, c’est simplement de la sottise. Quel que soit l’âge, si le patient a une pneumonie causée par une bactérie contre laquelle la pénicilline sera efficace, je dirais qu’il faut évidemment la lui donner. A l’inverse, pour qu’un traitement ait un effet il faut qu’il soit donné à une personne vivante, et il sera évidemment plus efficace si la personne était en bonne condition avant d’en avoir besoin. N’importe lequel d’entre nous, s’il se couche et reste au lit une semaine, sera plus faible en se levant qu’il ne l’était avant. La question n’est pas là : elle est de savoir si la personne est vivante, et si c’est le cas, il nous appartient de protéger et de préserver sa vie, ce qui nous est possible uniquement tant que Dieu dit que cette vie est là et qu’Il veut qu’elle soit là.
En tant que médecin, je n’ai jamais réussi à maintenir en vie une personne qui doit mourir de toute façon. C’est impossible. Tout ce que peuvent faire médecins et infirmières, c’est de protéger et de préserver la vie qui est là ; nous ne pouvons pas faire qu’elle y soit, nous ne pouvons pas donner le don de la vie. Même pour le don d’organes, dont le slogan aux Etats-Unis est précisément « le don de la vie ». Mais c’est une façon de manipuler les gens et de manœuvrer leur esprit. Tout couple marié le sait : la seule manière dont ils ont pu obtenir un bébé est par le « oui » de Dieu. Le don de la vie ne vient que du Créateur.

— Pensez-vous que les nouvelles pratiques en Belgique, le prélèvement consenti d’organes, et plus exactement de poumons, sur des personnes juste avant leur euthanasie (qui devenait assez superflue), sont significatives de tendances nouvelles ?

— Je ne pense pas que cette tendance va se développer. Car dans toutes les cultures existe le respect du corps décédé. Un respect qui n’a rien à voir avec la manière dont on respecterait un corps de ragondin, ou même celui de son propre chien. Le respect du corps de la personne défunte est lié non pas à la mort, ni à la carcasse, mais à la personne. Lorsque nous faisons des choses dégradantes à un cadavre, cela porte atteinte à la personne. Même si les lois le permettent, même si des gens font cela en Belgique, cela ne signifie pas qu’il y aura une acceptation générale d’une telle dégradation. La plupart du temps, la raison pour laquelle des choses se passent est que les gens ne sont pas informés. S’ils sont informés de la vérité, ils peuvent prendre une décision en conscience. Si on les empêche d’accéder à la vérité, ils n’ont aucune chance. La raison pour laquelle les choses sont comme elles sont, c’est que les gens en général – y compris les médecins, le clergé, les législateurs – ont été tenus à l’écart de la vérité.

Nous avons tendance à faire confiance aux médecins, et à juste titre parce qu’ils ont cherché à faire ce qu’il fallait. Mais en ce qui concerne la mort cérébrale et la transplantation d’organes, même les médecins qui sont impliqués ne sont pas pleinement conscients de ce qui se passe.

Des enquêtes à Cleveland ont montré que seules 33 % des personnes impliquées dans des transplantations d’organes connaissaient les critères de la mort cérébrale. On tend à faire ce qui se fait, plutôt que d’y réfléchir. J’espère qu’on n’interprétera pas cela comme voulant dire que je considère ces médecins comme irréfléchis, je veux juste souligner que parfois, il est très important d’utiliser le sens commun que nous avons reçu de notre père et de notre mère : savoir la différence entre le bien et le mal. Je crois pouvoir dire que je pourrais montrer à n’importe quel enfant de 7 ou 8 ans un patient en réanimation, sous ventilateur, puis un cadavre ; si je lui posais la question de savoir lequel des deux a des organes en bonne santé, il saurait la différence. N’importe qui la sait. Chaque membre des équipes pastorales en hôpital connaît la différence entre une personne en réanimation, déclarée en état de mort cérébrale, et ce que cette personne sera lorsqu’elle sera un cadavre. Comme la connaît chaque être humain doué de sens commun.

Si nous aimons nos proches, nous ne permettrons pas qu’on leur fasse des choses qui fassent du tort – même à leur cadavre.

— Vous avez publié une déclaration sur la « mort cérébrale » à l’issue d’une réunion à Rome en compagnie de scientifiques, de médecins, de philosophes, de neurologues et même de deux évêques, Mgr Bruskewitz et Mgr Vasa. Un panel impressionnant, mais vous demeurez une minorité. Comment expliquez-vous cela ?

— Je ne considère pas que nous soyons véritablement une minorité. Je pense que la majorité n’est pas informée. Selon mon expérience, beaucoup de médecins qui étaient pour la mort cérébrale et pour la transplantation d’organes posent des questions : lorsque je leur donne des réponses ils changent d’avis et s’opposent à la mort cérébrale et à la transplantation d’organes. D’autres sont arrivés seuls au point où je me trouve aussi. Mais je ne connais aucun médecin qui, ayant été opposé à la « mort cérébrale », ait changé d’avis pour y devenir favorable à l’issue d’une étude sérieuse. Le résultat d’une étude approfondie de la question aboutit à ce qu’on soit de plus en plus nombreux à arriver au point où je me trouve, moi.

— L’Académie pontificale pour la vie a-t-elle adopté une position pro-vie en la matière ?

— L’APV a étudié cette question il y a un certain nombre d’années : à ce moment-là on ne voulait pas que je présente mes travaux, ils ne voulaient même pas que je me trouve parmi le public. L’Académie pontificale des sciences a également étudié le sujet, et a publié en 1985 et 1989, et encore en 2005 à la demande de Jean-Paul II – ce qui était une claire indication de ce qu’il n’était pas satisfait de la situation. Les actes de cette réunion ont été publiés dans le livre Finis Vitae (la mort cérébrale est-elle la mort véritable ?) : ils ont en fait été rassemblés par l’Académie pontificale des sciences, et quelqu’un de haut placé au Vatican en a empêché l’impression. Le conseil de recherche et moi-même l’avons donc fait imprimer et publié. Nous avons invité des médecins du Japon, du Liechtenstein, d’Angleterre, d’Allemagne… – un grand nombre de médecins, de juges, de philosophes : ils ont présenté leurs travaux à l’Académie pontificale des sciences et aujourd’hui ils sont accessibles à tous à travers ce livre.

— Vous évoquez des pressions, jusque dans le Vatican. Est-ce une affaire d’argent ?

— Lorsqu’on me demande pourquoi quelqu’un d’autre agit d’une certaine façon, je réponds toujours que je ne peux pas entrer dans son esprit. Je ne peux pas savoir avec certitude les raisons qui poussent tel ou tel à agir comme il le fait. Mais ce que je sais, car c’est un fait, c’est que la transplantation d’organes est une industrie qui s’évalue en milliards de dollars. Cela dépasse, et de très loin, l’argent mis en jeu dans l’industrie de l’avortement qui en représente déjà beaucoup. Ce qui fait agir les gens, ou les pousse à ne pas agir, c’est pourtant avant tout la vérité, et la vérité est simple : notre vie nous est donnée, et une fois que nous l’avons reçue, elle est un continuum jusqu’à la mort véritable. Et pendant cette période où nous avons notre vie, les médecins et les infirmières peuvent la protéger et la préserver, mais ils ne peuvent pas la donner, pas plus qu’ils ne peuvent la prolonger une seconde de plus que Dieu ne le veut.
Mon objectif final en étudiant tout cela n’était pas, au départ, de m’opposer aux transplantations d’organes, mais seulement de savoir si la mort cérébrale est la mort véritable. Eh bien elle ne l’est pas, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais.

— Il s’agit donc non pas de travailler sur la transplantation d’organes, mais d’orienter la recherche vers des solutions pour guérir les malades.

— C’est exactement cela. Et lorsque nous le ferons, Dieu nous donnera des moyens de guérir les gens. Comment cela se fera, je ne le sais pas. Il y a les cellules souches adultes : on a réussi à fabriquer une trachée pour un malade qui en avait besoin. Je ne sais pas ce que Dieu fera, je sais seulement qu’Il nous aime beaucoup et lorsque les médecins essaient de rester en contact avec lui Il les récompense à travers les progrès qu’ils réalisent. Par exemple : je vous ai raconté le cas du médecin de Brooklyn qui a découpé un cœur sur un bébé de trois jours pour le transplanter sur un bébé de 18 jours. Ce médecin-là n’a jamais recommencé. Cela lui était insupportable aussi…

Propos recueillis par Jeanne Smits





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26 février, 2012

Don d'organes et mort cérébrale : une conférence exceptionnelle à Paris

Ce mercredi 29 février 2012, saisissant au pied levé l’occasion du passage à Paris du Dr Paul Byrne, néonatologue et directeur du service de pédiatrie du “St-Charles Mercy Hospital” d’Oregon, Ohio, professeur de pédiatrie à la faculté de médecine de l’université de Toledo, Ohio, ancien président de la “Catholic Medical Association” des Etats-Unis, j’ai le plaisir d’organiser une conférence où il s’exprimera sur le thème :

“Mort cérébrale et don d’organes : la “mort cérébrale” est-elle vraiment la mort ?”

Le Dr Paul Byrne s’intéresse depuis plus de vingt ans aux aspects scientifiques de cette question et s’exprime souvent, dans la presse, à la télévision ou lors de conférences dans de nombreux pays, sur cette question qui le tient à cœur. Car elle présente de nombreuses interrogations sur le plan éthique, vu les différences objectives entre les critères de fin de vie adoptés d’un pays à l’autre, et la redéfinition de la “mort” qu’a entraînée le besoin de disposer d’organes vitaux.

 Paul Byrne a également témoigné comme expert sur les questions relatives au respect de la vie auprès du législateur de l’Ohio depuis 1967.

La conférence, et le débat qui ne manquera pas de s’instaurer, s’annoncent intéressantes, et même cruciaux pour ceux qui souhaitent être informés exactement des pratiques médicales actuelles et de leur degré de respect de la vie humaine.

La conférence aura lieu le mercredi 29 février à 20 heures précises dans une salle mise à disposition par le Centre Charlier, 70 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris.





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10 novembre, 2011

Don d'organes vitaux : non, les « donneurs » ne sont pas toujours morts !

Voilà, on y est, et au nom de la fin de l'hypocrisie encore. Trois spécialistes des unités de soins intensifs, de la bioéthique et de la médecine ont vendu la mèche : prétendre que l'opération de prélèvement d'organes vitaux ne se fait que sur des personnes décédées est souvent faux, et résulte d'une définition purement idéologique de la mort, une « stratégie idéologique », disent-ils, formulée dans le but d'élargir le champ des prélèvements possibles.

Et qui varie d'un pays à l'autre, pourrions-nous ajouter.

Le Dr Neil Lazar, directeur de l'unité de soins intensifs de l'hôpital de Toronto, le Dr Maxwell J. Smith de l'université de Toronto et David Rodriguez-Arias de l'université du Pays-Basque en Espagne, se sont exprimés en ce sens lors d'une conférence de bioéthique en octobre après avoir publié leurs propos dans l'American Journal of Bioethics au mois d'août. Ils évoquaient le cas particulier des prélèvements après la mort circulatoire (DCD, donation after circulatory death) qui sont faits aussi rapidement que possible après l'arrêt cardiaque : parfois 75 secondes plus tard.

Voici l'abstract, dont je propose ma traduction :

« En dépit des controverses qui se poursuivent à propos du statut vital à la fois des donneurs en état de mort cérébrale et de ceux qui se soumettent à la procédure de donation après la mort circulatoire (DCD), le respect de la règle du donneur mort (dead donor rule, DDR) demeure le cadre moral de base pour le prélèvement d'organes. La DDR augmente le nombre d'organes disponibles sans mettre en péril la confiance à l'égard des systèmes de transplantation, en rassurant la société quant au fait que les donneurs ne subiront aucun mal au cours du prélèvement.
Alors que la présomption selon laquelle on ne peut faire de mal aux individus qui sont déjà morts est raisonnable dans le cadre des protocoles relatifs à la mort cérébrale, nous soutenons, que la DDR ne constitue pas une stratégie acceptable pour assurer la protection des donneurs de tout dommage dans le cadre des protocoles DCD. Nous proposons une triple alternative en vue de justifier les pratiques de prélèvements d'organes :
1. S'assurer que les donneurs sont suffisamment protégés du dommage,
2. S'assurer qu'on les respecte à travers le consentement informé,
3. S'assurer que la société est pleinement informée du caractère intrinsèquement discutable de tout critère de définition de la mort. » 
Leur prestation, il faut le dire, a rencontré de vives contestations, que les spécialistes pourront aller voir, pour des raisons avouables, sans doute, mais sans doute aussi pour d'autres qui le sont moins : la peur de voir les candidats au don d'organes y réfléchir à deux fois.

Leur franchise – on prélève souvent sur des vivants – est de fait une contradiction frontale de tout le discours des promoteurs du dons d'organes. Mais loin de dénoncer la pratique, ils proposent au contraire d'en finir avec la règle du donneur mort – le le DDR – afin de pouvoir instituer des protocoles de prélèvement comprenant des procédures de lutte contre la douleur, par exemple, afin d'éviter toute souffrance au donneur.

« Au bout du compte, ce qui importe pour assurer la protection et le respect des donneurs potentiels n'est pas de faire signer un certificat de décès, mais bien plutôt d'être sûrs qu'ils ne sont plus en état de souffrir et de garantir le respect de leur autonomie », écrivent-ils, cités ici par Kathleen Gilbert de LifeSite.

Pour LifeSite, le Dr Paul Byrne, professeur de pédiatrie à l'université de Toledo aux Etats-Unis et néonatalogiste, a réagi sans étonnement :

« Tous ceux qui participent à la transplantation d'organes savent que les donneurs ne sont pas véritablement morts. Comment obtenir des organes sains sur un cadavre ? C'est impossible. »
Le Dr Byrne a précisé que l'administration d'analgésiques aux donneurs se fait de manière habituelle. Les médecins qui prélèvent des organes sur les donneurs en état de mort cérébrale « sont obligés de les paralyser afin qu'ils ne bougent pas lorsqu'ils les découpent pour prélever des organes, et lorsqu'ils les paralysent sans anesthésiants, leur fréquence cardiaque augmente, ainsi que leur pression sanguine. Ce n'est pas quelque chose qui survient chez quelqu'un de véritablement mort ».

Il affirme qu'en réalité la règle du donneur mort mort n'existe pas, « on essaie juste d'y faire croire ».

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08 juillet, 2011

Canada : « Si nous avions décidé de donner ses organes, ils l'auraient tuée »

Le Salon beige rendait compte, lundi, à la suite de genethique.org, de ce cas très significatif d'une femme canadienne de 76 ans déclarée en état de mort cérébrale par plusieurs médecins. On l'avait déclarée apte au don de certains organes. Mais prenant de court le corps médical, elle s'était réveillée… pour avaler un yaourt. La vieille dame reconnaît parfaitement sa famille, elle a recouvré la marche et la parole.

Cette affaire jette une nouvelle fois le discrédit sur la mise en œuvre actuelle des critères de la mort ouvrant le droit au prélèvement d'organes vitaux, et plus largement sur la nature même de ces critères et procédures de vérification dont il faut savoir qu'eux-mêmes varient considérablement d'un pays à l'autre. Dans quelle mesure ces critères sont-ils taillés pour permettre de récolter au plus tôt des organes irrigués, oxygénés ?

Car il faut savoir que chez la personne en état de mort cérébrale, le cœur bat et la respiration est maintenue, fût-ce par ventilation artificielle.

L'histoire de Madeleine Gauron commence la semaine dernière avec une banale inflammation des gencives nécessitant une petite intervention chirurgicale à l'hôpital Sainte-Croix de Drummondville. Alors que cela faisait déjà quelque temps qu'elle n'avalait plus, chez elle, que des purées, et alors qu'elle venait tout juste d'être opérée d'une opération de la bouche, le personnel de l'hôpital lui apporta de la nourriture solide et la laissa se restaurer sans surveillance. Madeleine Gauron fit une fausse route, et tomba dans le coma après des tentatives de réanimation infructueuse.

Les médecins se hâtèrent de la prononcer en état de mort cérébrale et prirent contact avec la famille pour expliquer que les yeux de Madeleine Gauron étaient « particulièrement viables ». La famille voulait-elle bien consentir au prélèvement ?

Sans être du tout hostile au don d'organes celle-ci demanda des vérifications et de tests médicaux supplémentaires.

Cela a sans doute laissé le temps à Madeleine Gauron de « prouver » elle-même qu'elle était bel et bien en vie, en se réveillant spontanément dès le lendemain de cet échange entre médecins et proches.

« Si nous avions décidé de donner ses organes, ils l'auraient tuée », devait déclarer son fils…

Une récente étude réalisée auprès d'infirmières suédoises révèle le caractère problématique pour les soignants du diagnostic de mort cérébrale. Elle fera l'objet d'un prochain post.

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10 juin, 2011

Belgique : euthanasie et don de poumons, 4 cas répertoriés

On en sait aujourd'hui un peu plus sur une affaire que j'évoquais ici le 15 janvier dernier : l'existence en Belgique de procédures de prélèvement d'organes vitaux dans le cadre d'euthanasies assorties d'une volonté de don d'organes. Mon message d'alors comporte des liens vers les critères de procédure présentés par des médecins de Louvain et d'ailleurs lors d'un symposium professionnel.

Je découvre aujourd'hui un communiqué de presse de Pabst Science Publishers qui, à l'occasion de la sortie d'un livre sur le don d'organes, fait le point sur les transplantations de poumons réalisées en Belgique à l'hôpital de Louvain entre janvier 2007 et décembre 2009. Il semble que ce ne s'agisse pas là des premiers prélèvements d'organes sur des patients euthanasiés, puisque l'on trouve des cas répertoriés en Belgique à partir de 2005. La nouveauté sur la période 2007-2009 porte sur le nombre de transplantations des poumons. Sur un total de 17 opérations isolées de ce type après prélèvement sur des personnes en « mort cardiaque » (mort après un arrêt subit du cœur), 4 ont été faites dans le cadre de l'euthanasie légale.

Ces quatre donneurs souffraient d'une condition « non maligne » mais « insupportable » et avaient fait connaître leur volonté de donner leurs organes une fois leur demande d'euthanasie acceptée, selon le communiqué.

La procédure décrite par Dirk van Raemsdonck consistait à préparer un cathéter veineux central prêt à utiliser sur le patient qui avait pris rendez-vous avec la mort. Celui-ci se présentait à l'hôpital quelques heures avant la procédure d'euthanasie. On lui administrait un anticoagulant juste avant de recevoir un cocktail lytique de la part du médecin traitant qui avait accepté d'administrer l'euthanasie.

Le constat de la mort ne prenait alors en compte que les critères respiratoire et cardiologique, à l'exclusion du critère cérébral ; il était fait par trois médecins indépendants. Dès ce constat – c'est-à-dire, suppose-t-on, immédiatement après l'arrêt cardiaque – le « donneur » était sur-le-champ transféré en salle d'opération et intubé, rasé, nettoyé, puis soumis à une sterno-laparotomie rapide.

Une équipe se chargeait alors de la préservation et du refroidissement du foie et des reins en les au moyen d'une canule insérée dans l'aorte abdominale. L'« équipe thoracique » ouvrait ensuit les cavités pleurales pour inspecter les poumons avant de les refroidir à la saline glacée. Puis on s'occupait de l'extraction du cœur, tout en ventilant les poumons et en effectuant d'autres manœuvres pour assurer leur conservation.

Leur extraction et leur transport vers l'hôpital du receveur était alors organisé.

On notera – le détail a son importance – que le Pr van Raemsdonck a été formé et enseigne à l'université catholique de Louvain…

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21 avril, 2011

Benoît XVI, le coma profond et l'âme humaine

Je lis dans une dépêche de l'AFP reproduite par La Croix la réponse de Benoît XVI à une question sur le coma profond posée par la mère d'un jeune homme en « état végétatif », donnée en avant-première par l'Osservatore Romano avant la diffusion de la séance de questions et réponses diffusée par la RAI demain.

Extraits :

Le pape Benoît XVI assure que « l'âme est bien présente » dans une personne en coma profond (…). 
Selon le quotidien du Vatican, (…) le pape expose sans prononcer ce mot, l'opposition de l'Eglise à toute forme d'euthanasie, thème très sensible, qui divise notamment l'Italie. (…)
Cette mère, qui a voulu être filmée à côté du lit de son fils, confie son « calvaire » au pape : « Sainteté, l'âme de mon fils Francesco qui est dans un état végétatif depuis le jour de Pâques 2009, a-t-elle abandonné son corps, vu qu'il n'est plus conscient, ou est-elle encore en lui ? »
Le débat sur l'euthanasie avait été relancé en 2009 en Italie par l'affaire Eluana, une Italienne restée 17 ans dans le coma jusqu'à ce que sa famille obtienne en justice le droit de suspendre son alimentation.
Benoît XVI s'explique par une métaphore : « La situation est un peu celle d'une guitare dont les cordes sont détruites et ne peuvent dès lors plus vibrer. » « L'instrument qu'est le corps, est lui aussi fragile », poursuit-il en ajoutant : « Il est vulnérable, et l'âme ne peut résonner, pour ainsi dire, mais elle est bien présente. » 
Le pape se dit « certain que cette âme cachée ressent en profondeur » l'amour des siens, « même si elle n'en comprend pas les détails, les paroles, etc ». « Cette présence entre dans la profondeur de cette âme cachée », affirme-t-il.
« Cet acte est également un témoignage de foi en Dieu, de foi en l'homme », dit le pape.
 Ce que répond le Pape est évidemment intéressant et important du point de vue de l'euthanasie. Mais ses paroles renvoient aussi, peut-être de manière moins nette mais en ouvrant au moins la question, vers la définition de la mort cérébrale. Celle-ci, diversement appréciée selon les pays et qui est déclarée alors que le cœur du malade bat, et que la mise en place d'une ventilation artificielle prolonge cet état – parfois de longues années – ouvre le droit au prélèvement d'organes vitaux.

La réponse de Benoît XVI place la réflexion au niveau de la subsistance de l'âme. Comment peut-on affirmer que celle-ci disparaît avec la « mort » – plus ou moins certaine – de la concsience « physique » rendue possible par l'activité cérébrale, mais qui en dernière analyse ne s'y résume pas ? Ne peut-on pas penser que dans le corps abîmé, incapable de vibrer, l'âme préside toujours à ce qui reste de vie ?

Mais alors le prélèvement d'organes vitaux avant l'arrêt des toutes les principales fonctions vitales est inacceptable et constitue une atteinte homicide…

02 mars, 2011

« La survivante » : coma, « mort cérébrale » et don d'organes…


Il faut prendre le temps d'aller voir, et surtout d'écouter cette vidéo, signalée aujourd'hui par Le Salon beige. C'est le témoignage d'une femme dans le coma, jugée morte par les médecins et sur le point d'être débranchée au bout de deux semaines et demie – alors que, totalement prisonnière de son corps qui ne répondait plus à aucun stimulus, elle entendait tout, et sentait tout.

Au-delà des souffrances de cette femme, de son courage extraordinaire, et du côté si poignant de son récit (elle entendait les préparatifs pour ses funérailles !), ce qu'elle rapporte devrait sonner comme une alarme rouge dans le débat sur le don d'organes vitaux. Débat étouffé : il n'est pas de bon ton de remettre en question une pratique qui permet de sauver des vies. Mais son histoire montre en direct, in vivo, très exactement, quelle prudence devrait être de mise devant le mystère de la mort.

C'est une larme qui a sauvé la patiente : celle qui a coulé, le jour de son anniversaire de mariage, alors qu'on évoquait son « débranchement ». Elle a d'abord pleuré, puis a réussi à bouger son petit doigt. A force de volonté.

Pour les médecins, c'était la stupeur : l'un d'entre eux, spécialiste de la question, ne l'avait-il pas violemment pincé devant ses confrères pour déduire de l'absence de réaction : « Vous voyez, elle est morte » ? Il expliquait que seul son cœur battait, et qu'il n'y avait rien d'autre. On ne s'était pas donné la peine de lui faire une IRM du cerveau.

Il se trouve que cette femme était donneuse d'organes. Elle a paniqué, pendant son coma, à l'idée qu'on puisse lui prendre son cœur, son foie… Pas moyen de crier qu'elle était vivante. Elle était emmurée dans le noir. Le savait-elle ? Le prélèvement d'organes se fait, cœur battant, sur une personne jugée en état de mort cérébrale. Peut-être aurait-on pris la précaution de faire un examen complémentaire avant de passer à la récolte. Peut-être n'avait on pas l'intention de profiter de son statut de donneuse (encore que cela me paraisse peu probable.) On ne saura sans doute jamais si seulement la patiente avait une activité cérébrale mesurable – pour les médecins, il était plus que clair qu'il n'y en avait absolument aucune.

Voilà qui devrait ouvrir un vaste champ de réflexion.

Je vous renvoie, une fois de plus, au texte fondamental de mon confrère Yves Daoudal, qui à ce propos me semble avoir dit l'essentiel : c'est ici, en conclusion du message.

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06 février, 2011

Don d'organes et mort cérébrale : le débat continue

Je découvre sur le blog Osservatore vaticano de mon bon confrère, Vini Ganimara, cette information ou plutôt cette mise au point : depuis son élection à la chaire de Pierre, Joseph Ratzinger n'est plus donateur de ses organes. Le corps du souverain pontife appartiendra en effet à l'Eglise.

La mise au point a été faite récemment par lettre par le secrétaire du Pape, Mgr Georg Gänswein, qui réagissait à l'invocation de l'exemple donné par celui qui était alors le cardinal Ratzinger par un médecin de Münich pour promouvoir le don d'organes.

Si cette situation ne résulte pas d'un rejet officiel de la pratique, la mise au point est une occasion de rappeler que le débat est très loin d'être clos quant au caractère « éthique » ( ou non) du prélèvement d'organes vitaux sur un être humain en état de mort cérébrale.

D'éminents membres de la hiérarchie catholique – et même plusieurs papes – ont, depuis plusieurs décennies, souligné la « beauté » et la « charité » de l'acte qui consiste à laisser récupérer ses organes après sa mort pour donner une chance de survie à une personne gravement malade.

Le problème fondamental est dès lors celui de la définition du moment – mystérieux entre tous – de la mort, qui se trouve être très fluctuante d'un pays à l'autre, mais qui, du fait d'un consensus que l'on pourrait qualifier d'utilitaire, situe toujours la « mort » à un point qui précède très largement le moment où, traditionnellement, elle était constatée. En clair : pour pouvoir « récolter » des organes en état de fonctionner dans un nouveau corps, il est indispensable que plusieurs fonctions vitales du corps ne se soient pas arrêtées : oxygénation et circulation sanguine. On a donc redéfini le moment de la mort pour ne retenir que l'arrêt de la fonction cérébrale (comme si le cerveau était le siège de la vie, de l'âme, que sais-je), diversement apprécié selon les pays.

Pour être encore plus claire : le prélèvement des organes vitaux se fait sur un corps dont le cœur bat, et qui respire – fût-ce par ventilation artificielle. Et si ces corps ne sont pas véritablement morts, c'est le prélèvement des organes vitaux qui serait la cause directe de la mort.

Intéressant article à ce propos de la correspondante romaine de LifeSite, Hilary White : elle commente une interview donnée à Zenit par E. Christian Brugger, universitaire catholique spécialiste des questions d'éthique et docteur en philosophie, où celui-ci pose d'emblée que le prélèvement de cellules souches adultes  ou d'organes comme les yeux sur une personne décédée qui a fait part de sa volonté d'être donateur est « parfaitement licite ».

Mais il rappelle que la véritable question éthique concerne la définition de la mort. Si Jean-Paul II tout comme Benoît XVI ont salué la principe de la donation d'organes ils ont précisé que le prélèvement ne peut se faire que sur une personne dont la mort est certaine, d'une « certitude morale », disait Jean-Paul II en 2000. C'est à dire au carrefour d'une description philosophique et théologique (la mort étant définie comme « la séparation de l'âme et du corps ») et de critères pratiques qui permettent de constater que la mort a eu lieu, explique Brugger.

Jean-Paul II a défini la mort comme « un événement unique, qui consiste dans la désintégration totale de l'ensemble unitaire et intégré qui est la personne elle-même », dont la science ne peut définir l'instant précis mais dont des signes biologiques subséquents permettent de constater de manière empirique qu'elle s'est produite. Dans son discours au Congrès de la transplantation à Rome en 2000, Jean-Paul II ajoutait que le critère neurologique – le constat de la mort cérébrale – « ne semble pas être en conflit avec les éléments essentiels d'une anthropologie sérieuse », justifiant ainsi la récolte d'organes vitaux dans cette situation.

L'emploi du conditionnel est toutefois à souligner : Jean-Paul II posait un principe, celui de la «  certitude
morale » de le mort, mais laissait ouverte la possibilité d'une évolution des connaissances scientifiques à ce sujet, la question technique n'étant pas de sa compétence directe.

« Il est clair que la fiabilité de la prémisse scientifique repose entièrement sur la justesse des données scientifiques et de l'interprétation de ces données. De telle sorte que l'affirmation papale selon laquelle le critère neurologique est un indicateur fiable de la mort ne trouve pas son fondement dans une vérité de foi ou  morale », répond Brugger. Ainsi, si la définition de la mort donnée par le Pape est irréprochable et « conforme à la conception de la personne humaine enracinée dans la tradition catholique », la connaissance scientifique, elle, peut évoluer et apporter une réponse différente quant au constat empirique de la mort, sans toucher au principe.

Brugger cite alors des recherches récentes, notamment du Dr Alan Shewmon, professeur de neurologie pédiatrique, qui vont dans le sens d'une insuffisance du critère neurologique, qui l'amènent à poser ce qui suit :

« Il semble s'ensuivre qu'une absence apparente de certains signes biologiques de désintégration somatique peut faire surgir un doute raisonnable quant au fait de savoir si la mort a eu lieu. »


Brugger poursuit :

« La recherche de Shewmon démontre de manière concluante que les corps de certaines personnes justement diagnostiquées comme étant en état de mort cérébrale complète expriment une unité corporelle intégrative à un degré assez élevé.
« Les corps en état de mort cérébrale ne peuvent respirer de manière autonome puisque leur réflexe involontaire de respiration se fait par la médiation du tronc cérébral, qui est victime d'une destruction complète. Ainsi ces corps doivent être soutenus par une ventilation mécanique, qui maintient les fonctions d'inspiration et d'expiration. Mais avec le soutien de cette ventilation, il a été montré que les corps des personnes en état de mort cérébrale subissent une respiration au niveau cellulaire (ce qui entraîne des échanges d'O2 et de CO2) ; ils assimilent de la nourriture (ce qui suppose l'activité coordonnée des systèmes digestifs et circulatoires) ; ils luttent contre l'infection et les corps étrangers (ce qui implique l'interaction coordonnée du système immunitaire, du système lymphatique, de la moëlle osseuse et de la microvascularisation) ; ils maintiennent l'homéostase (ce qui implique une quantité innombrable de d'intervenants chimiques, d'enzymes et de macromolécules) ; ils éliminent, détoxifient et recyclent des déchets cellulaires dans la totalité du corps ; ils maintiennent la température corporelle ; ils grandissent de manière proportionnelle ; ils guérissent de leurs plaies (c'est la défense immunologique du soi par rapport à ce qui n'est pas soi) ; ils font preuve de réactions cardiovasculaires et de stress face aux stimuli nuisibles comme les incisions ; ils peuvent assurer la gestation d'un fœtus (y compris à travers la prise de poids, la redistribution de la circulation sanguine au bénéfice de l'utérus, et la tolérance immunologique à l'égard du fœtus) ; ils peuvent même expérimenter la puberté. »
Certains n'y voient que des « activités biologiques résiduelles n'exprimant pas davantage de vie que les mouvements de la queue amputée d'un lézard », note Brugger. « D'autres, y compris des scientifiques et et plusieurs philosophes et théologiens qui, comme moi, acceptent l'enseignement magistériel, sont moins à l'aise à l'idée de les mettre de côté comme n'étant pas des signes possibles d'une véritable intégration somatique. » Il précise que selon lui les constatations de Shewmon ne permettet pas d'affirmer que ces corps en état de mort cérébrales sont des personnes vivantes – très handicapées – mais soulèvent suffisamment de doutes de nature à exclure une « certitude morale » quant au fait que les corps en état de mort cérébrale artificiellement ventilés seraient des cadavres.

Dans son article de LifeSite, Hilary White rappelle qu'en 2009, Benoît XVI s'est exprimé lors d'un prestigieux congrès sur la transplantation. Sans s'exprimer sur le principe ni sur le caractère acceptable du critère neurologique de la mort, le pape a déclaré que la donation d'organes ne peut être licite  que dans la mesure où elle « ne crée par un risque sérieux » pour la santé du donneur.

« Il ne doit pas y avoir le moindre soupçon d'arbitraire. Là où l'on ne peut aboutir à une certitude, le principe de précaution doit prévaloir », disait-il.

Plusieurs conférences organisées à Rome montrent que le consensus des penseurs et scientifiques catholiques au sujet du critère de la mort cérébrale existe de moins en moins, même si les opposants ont du mal à faire entendre leur voix, y compris au Vatican. Ainsi le très intéressant recueil de conférences publié à l'initiative de Roberto de Mattei (Finis vitae, en italien et en anglais) pose des questions de fond qui incitent fortement (m'a en tout cas incitée) à pencher du côté de ceux qui n'acceptent pas ou plus le critère de la mort cérébrale.

Mais il me semble vain d'aborder cette question sans tenir compte de la réflexion qui suit, publiée par Yves Daoudal dans le deuxième numéro de Daoudal Hebdo et qu'il avait republiée intégralement ici, sur le Forum catholique. J'en cite ci-dessous la lumineuse conclusion :

Je voudrais ajouter qu’il ne s’agit pas seulement d’une question scientifique et morale, mais aussi d’une question symbolique. Et je relève que personne ne paraît s’en soucier. 
Il n’est pas anodin que le centre de la personne humaine, dans toute la Sainte Ecriture, soit le cœur, conformément au fait que le cœur est au centre du corps humain. On pourrait multiplier les citations. Prenons seulement ce que dit le Christ dans l’évangile de saint Marc : « Ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé. (…) Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées mauvaises. » 
Quand on dit que quelqu’un a le « cœur pur », on ne veut pas dire que son sang est sans toxine. 
La Bible parle sans cesse du cœur de l’homme. Elle ne parle jamais de son cerveau. Au contraire, l’homme moderne fait le plus grand cas du cerveau, qu’il voit comme l’organe qui lui permet d’être comme Dieu et de pouvoir se passer de Dieu, parce que, croit-il, c’est l’organe de sa pensée souveraine, alors que ce n’est qu’une sorte d’interface entre l’âme et ses propres mécanismes physico-chimiques, permettant d’exprimer des pensées et des sentiments et d’avoir une conscience consciente de soi . 
Les auteurs spirituels ont toujours mis en garde contre cette tentation. A cause du péché originel, la personne humaine est éclatée entre son cœur, son cerveau et son sexe, les deux derniers se battant pour prendre le pouvoir. Les pères montraient qu’il fallait dompter le cerveau (l’intellect), et le « faire descendre » dans le cœur, de même qu’il faut « faire monter » le sexe (la libido) dans le cœur, afin de recentrer la personne sur ce qui la relie directement à la Vie. 
Le Sacré Cœur, pas le Cerveau Sacré 
On sait comment, y compris dans l’Eglise, certains se moquèrent du culte du Sacré Cœur. Ils appelaient les propagateurs de cette dévotion des « cordicoles », et trouvaient absurde qu’on puisse adorer ce qui n’était qu’un muscle, même chez le Christ. 
Pourtant le culte du Sacré Cœur est devenu un élément capital dans l’Eglise latine. Et il n’y a jamais eu de tentative d’instaurer une dévotion au « Cerveau Sacré » du Sauveur. Jamais. Alors que selon la pensée moderne, c’est de son cerveau que venait son enseignement. Mais le chrétien, même moderne, ne peut qu’être mal à l’aise devant une telle formule. Car il sait que cet enseignement venait de Dieu. Et il ne pouvait venir de Dieu que par le centre de l’humanité du Christ : son cœur, dont est sorti, après le coup de lance, l’eau du baptême et le sang de l’eucharistie, c’est-à-dire la vie de l’Eglise et du chrétien. 
Le Christ étant une personne divine, son cœur (son Sacré Cœur) est véritablement le lieu de la communication divine (comme cela apparaît clairement dans les visions de sainte Gertrude), donc la voie de l’amour, car Dieu est amour. 
Dans la pensée biblique, le sang est la vie. Le cœur est l’organe vital par excellence. En envoyant le sang, il donne la vie au corps. Et le sang du Christ, qu’épanche son Sacré Cœur, donne la vie divine. 
Le cerveau ne donne pas la vie. Donc il ne met pas fin à la vie quand il s’arrête de fonctionner. C’est quand le cœur ne donne plus la vie que la mort intervient. Ou plus exactement la vie est alors transférée du cœur humain au Cœur de Dieu. 
Quand il s’agit de la vie et de la mort, les considérations scientifiques et morales sont insuffisantes. Il est à espérer que le débat rouvert par l’article de l’Osservatore Romano se poursuive. Et prenne de la hauteur. Il va falloir que la mort aussi redescende du cerveau vers le cœur.
 Alors que la révision des lois bioéthiques bat son plein, personne ne semble se soucier beaucoup du volet de la loi sur le don d'organes. Comme si le problème éthique n'existait pas. Il faudra bien y réfléchir, pourtant.

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25 janvier, 2011

Belgique : et maintenant, récolter des organes en cours d'euthanasie ?

A vrai dire, je n'y avais pas pensé. Mais c'est bien sûr : avec la multiplication des motifs d'euthanasie et son extension à des patients de plus en plus jeunes, voire simplement dépressifs, ce serait vraiment du gaspillage de ne pas récupérer tous les matériaux « recyclables » sur ces morts parfaitement programmées.

L'Institut européen de bioéthique, basée à Bruxelles, publie cette information qui annonce à sa manière le Meilleur des Mondes. Lors d'un symposium sur le don d'organes à Bruxelles organisé en décembre dernier par l'Académie royale de médecine, les participants ont évoqué les « “quelques cas au cours des dernières années, en Belgique, chez des donneurs ayant demandé l’euthanasie, le prélèvement ayant lieu après leur décès, et dans tous les cas à leur propre demande”, soulignant que s’il n’y avait pas de pénurie d’organes à transplanter, la question du recours à cette “donation extrême” ne serait pas posée », écrit l'IEB.

Celui-ci poursuit :

« La présentation des Professeurs Dirk Ysebaert, Dirk Van Raemdonck, Michel Meurisse (Hôpitaux universitaires d’Anvers, de Louvain et de Liège) – Organ Donation after Euthanasia. Belgian experience: medical & practical aspects – propose des directives concrètes aux comités d’éthique des hôpitaux concernés par ces prélèvements après euthanasie. 
Les « candidats » à ces dons seraient les personnes qui, souffrant d’une dégénérescence neuromusculaire, demanderaient l’euthanasie dans le cadre de la loi, et pourraient aussi se porter donneurs pour plusieurs organes tels que le foie, les reins, et les poumons.
Précisons qu’en 2008, les personnes ayant été euthanasiées pour dégénérescence neuromusculaire représentaient 20% du total des euthanasies, soit 141 personnes, qui pourraient, selon les professeurs précités, être des donneurs potentiels.
Malgré le cadre strict et renforcé par rapport à la procédure normale d’euthanasie mais aussi de la transplantation d’organes, certains médecins craignent que la personne demandant l’euthanasie ne trouve un incitant supplémentaire et une justification malsaine dans le fait de donner ses organes qui sauveraient une vie alors qu’elle-même demande la mort. »
Complétant l'information, Careful, le site contre l'euthanasie du réseau MercatorNet, renvoie vers une présentation PowerPoint réalisée par les médecins en question pour le symposium du 9 décembre dernier. Les diapositives rappellent les conditions et les statistiques de l'euthanasie en Belgique, pour aboutir à l'idée que sur 705 euthanasies (déclarées) en 2008, quelque 20 % portaient sur des malades dont l'affection permettait la récupération d'organes en excellent état.

Mais ces euthanasies ne se réalisent pas comme les autres. D'abord, elles se pratiquent nécessairement à l'hôpital, alors que l'euthanasie est souvent « consommée » à domicile ; et dans le cadre de la salle d'opération – et pour cause. Pas question en effet de donner d'emblée une dose létale de produits euthanasiques qui gâcheraient tout.

Après une préparation psychologique serrée – au cours de laquelle le désir profond du futur mort de donner ses organes est établi – et une présentation précise de la procédure au futur donneur, les médecins se soumettent à des critères plus rigoureux, l'équipe de transplantation devant être totalement distincte de l'équipe tueuse (encore qu'ici, les frontières se brouillent, comme vous allez le voir). Après consultation du comité d'éthique de l'hôpital, l'euthanasie est pratiquée par trois médecins dont un neurologue-psychiatre.

Elle consiste en l'administration d'une surdose de barbituriques, de relaxants musculaires et d'analgésiques, puis d'héparine (un anticoagulant).

Puis vient le constat de la « mort clinique » par les 3 médecins.

Suivie de l'intubation et de la ventilation.

Autrement dit : le patient respire, quoique sous assistance, son cœur bat, tout marche sauf le cerveau (ou une partie du cerveau, tout dépend des critères de la mort clinique dans le pays où l'on se trouve).

Alors, vite, vite, une autre équipe prend le relais pour récupérer le foie, les deux reins, les poumons, d'eventuels autres tissus. Il va de soi que c'est l'ablation de ces organes vitaux qui cause ce que l'homme ordinaire appelle la mort. Soit l'arrêt du cœur et de la respiration. Il me semble bien que c'est la deuxième équipe qui donne la mort véritable. Question disputée, je le sais. Mais enfin beaucoup de données militent en ce sens et le cynisme de la procédure que ces médecins belges semblent avoir utilisée au moins deux ou trois fois devrait au moins inciter à la réflexion.

Au moment du prélèvement, les allocataires sont déjà connus : on les avertit même quatre heures avant l'intervention…

Maintenant, on parle de « potentiel » et d'« avenir ». L'euthanasie, c'est aussi un marché !

30 août, 2010

Australie : Un bébé revit deux heures après avoir été déclaré mort

Voici une jolie histoire australienne présentée par Hilary White de LifeSite. Cela se passait en avril dernier : un bébé né prématurément à 27 semaines ne respirait pas. Après 20 minutes d'efforts pour le réanimer, le médecin se résigna à le déclarer mort et le remit à sa mère qui, pour lui dire à Dieu, le prit contre sa peau et l'y garda pendant 2 heures en lui parlant : de lui et du nom que ses parents avaient choisi pour lui – Jamie –de sa sœur jumelle, Emily, née en même temps que lui, de la vie que ses parents espéraient pour lui, en somme de l'amour qu'elle et son mari voulaient lui donner.

Au bout de ces deux heures le petit garçon commença à happer de l'air. Un acte « réflexe », dirent les assistants hospitaliers. Mais il happait de l'air de plus en plus régulièrement. Kate Ogg, la maman, mit un peu de son lait sur les lèvres du bébé. Et il se mit à respirer normalement.

Dès qu'il avait commencé à bouger les parents de Jamie avaient demandé que le médecin revienne, mais il refusé, chargeant la sage-femme d'aller dire que le bébé passait par les mouvements de l'agonie. David Ogg, le père, fit alors demander le médecin pour qu'il vienne leur réexpliquer pourquoi l'enfant était mort : tactique qui le fit revenir en effet et qui permit au médecin de crier au miracle en voyant vivre cet enfant qu'il avait sincèrement cru mort. Mais deux heures passèrent encore avant que l'enfant ne reçoive les soins habituels.

Un problème se pose maintenant : les parents de Jamie craignent qu'il n'ait souffert des dommages cérébraux parce que le médecin, en tardant à revenir, a pu être à l'origine d'un retard des soins.

Quoi qu'il en soit Kate Ogg a retrouvé son fils qui était « mort ».

Et cette aventure pose une nouvelle fois la question de la définition du moment de la mort, chose bien trop mystérieuse pour que l'on puisse se contenter de protocoles qui varient de pays à pays dont le seul objectif est de permettre le prélèvement d'organes vitaux vivants.

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18 juillet, 2010

Bon pour la mort... mais la vie est plus forte !

Voilà déjà quelques jours que la presse britannique se passionne pour le cas de Richard Rudd, 43 ans, victime le 23 octobre 2009 d'un accident de moto qui l'avait laissé dans un « état végétatif persistant ». Complètement paralysé, ne présentant aucune réaction, ce père de deux enfants survivait grâce à la respiration artificielle et l'alimentation par sonde. Sans avoir laissé de testament de fin de vie, il s'était quand même clairement exprimé peu de temps avant son accident sur sa volonté de ne pas être maintenu en vie si jamais il devait se retrouver dans un tel état. C'était à propos d'un membre de sa famille qui avait perdu l'usage de ses deux jambes lors d'un accident… Du coup ses proches, et notamment son père, la mort dans l'âme, s'étaient mis d'accord avec l'équipe soignante pour le « débrancher ».

Mais le médecin responsable devait s'apercevoir peu après que Richard Rudd, quoique victime de lésions cérébrales importantes, avait gardé sa conscience, puisque par des mouvements des yeux il répondait correctement à toutes ses questions : à gauche pour oui, à droite pour non. Le Pr David Menon décida de ne pas stopper les machines qui le maintenaient en vie. Ce n'est qu'au bout de six mois qu'il lui posa solennellement la question : « Voulez-vous que nous continuons vos traitements ? » Et la réponse vint, par trois fois : regard vers la gauche… « Oui ! »

Prisonnier de son propre corps, victime d'une situation qui fait partie de celles qui impressionnent et effraient le plus les bien-portants (le bien-portant qu'il avait été !) Richard Rudd a malgré tout la volonté de vivre. De vivre, même « comme ça ». Celui que l'on croyait devenu légume possède sa pleine conscience et sa mémoire longue, il peut sourire et faire la grimace, il s'exprime à sa façon et les médecins espèrent lui rendre au moins la possibilité de communiquer en utilisant sa langue, ses yeux et ses muscles faciaux.

L'affaire pose bien sûr de multiples questions, et d'abord celle des « testaments de vie » qui ne peuvent exprimer que le point de vue de celui qui est en pleine possession de ses moyens. Sur un lit d'hôpital, on peut changer d'avis : mais comment le faire connaître lorsque la communication semble devenue impossible ?

Elle pose la question du diagnostic : comment juger de l'état cérébral d'un malade, en étant sûr de ne pas se tromper ? Qu'on se rappelle l'affaire Terri Schiavo, supposée être dans un état végétatif persistant malgré ses capacités de réaction à certains stimuli, et privée de nourriture et d'hydratation jusqu'à ce qu'une mort atroce s'ensuive, à la demande de son mari et contre la volonté de sa famille.

Elle pose la question de l'acharnement thérapeutique. A partir de quand les soins sont-ils disproportionnés ? Dans le cas de Richard Rudd, il y avait une assistance lourde, comprenant l'administration d'oxygène par un respirateur artificiel : une de ces situations qui ne se seraient pas présentées il y a seulement vingt ans en arrière, parce qu'il aurait succombé à ses très graves blessures. La question de la frontière entre le devoir d'apporter les soins ordinaires et la possibilité de stopper un traitement « extraordinaire » ne peut évidemment être déterminé par la loi et relève d'un jugement prudentiel, ici facilité par la volonté clairement exprimée par le patient. Sa volonté apporte en tout cas la preuve que la vie, même diminuée à l'extrême, peut être perçue comme bonne et valant la peine d'être vécue.

Elle pose enfin indirectement la question des dons d'organes et de la définition de la mort ou du moment où le prélèvement d'organes vitaux peut se faire (pour certains, ce prélèvement ne peut se faire qu'avant l'arrêt respiratoire et cardiaque). Un mouvement se dessine en effet pour redéfinir encore le moment déjà discutable de la « mort cérébrale » qui selon les pays et les académies est déclarée à divers stades de la perte d'activité du cerveau : ici et là, on envisage déjà de cueillir des organes sur des personnes en état de coma végétatif. En faisant sauter la définition traditionnelle de la mort (arrêt des trois grandes fonctions, cardiaque, respiratoire et neurologique) on a déjà ouvert la porte à des abus qui peuvent se révéler effrayants.

Le site BioEdge met en ligne les liens vers le documentaire de la BBC sur le cas de Richard Rudd.

© leblogdejeannesmits.

02 août, 2007

Récolte d'organes : un médecin trop impatient...

Pour la première fois aux Etats-Unis, une procédure a été ouverte lundi par le tribunal de San Luis Obispo County, en Califorie, contre un médecin accusé d'avoir hâté la mort d'un patient pour pouvoir récolter ses organes. Le Dr Hootan Roozrokh, exerçant à San Francisco, qui avait en l'occurrence “soigné” un homme handicapé âge de 25 ans, travaillait aussi avec un groupe qui se chargeait de la récolte et de la transplantation d'organes. Il encourt 8 ans de prison.

Le patient, Ruben Navarro, handicapé mental et physique de naissance, avait été placé sous assistance respiratoire le 29 janvier, car il souffrait d'un désordre métabolique rare, mais, semble-t-il, pas forcément mortel. Sollicitée par le Dr Roozrokh, sa mère, Rosa Navarro, ignorant la spécialité dudit médecin, consentait au don d'organes au nom de son fils. Le 3 février, sans l'accord de Rosa Navarro, on lui ôtait le respirateur, pour lui administrer dans la foulée 200 mg de morphines et 80 mg d'un sédatif : des doses largement supérieures à la normale, selon les termes de la poursuite.

La mort n'intervenant pas dans la demi-heure, le délai maximal pour procéder au prélèvement des organes, le jeune homme fut laissé à son sort ; il devait décéder 9 heures plus tard.

Le Dr Roozrokh devra répondre de l'administration des sédatifs, mais aussi du non-respect d'une loi californienne qui interdit aux médecins transplanteurs de soigner eux-mêmes les patients donneurs avant leur mort.


Sources : ici et BioEdge.

 
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