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10 mars, 2022

Mgr Hector Aguer soutient Mgr Daniel Fernández Torres, destitué de son siège à Porto Rico pour avoir défendu l’objection de conscience par rapport au “vaccin” anti-COVID

Mgr Hector Aguer, archevêque émérite de La Plata en Argentine qui a dû quitter son siège épiscopal quasiment du jour au lendemain dans des circonstances invraisemblables pour laisser la place à Mgr Victor Manuel “Tucho” Fernandez, très proche du pape François, vole au secours dans un communiqué à son confrère d’Arecibo, Porto Rico, « miséricordié » comme il dit pour avoir défendu l’objection de conscience face au “vaccin” expérimental contre le COVID. C’est en termes particulièrement forts, que je vous livre ici au terme d’une traduction rapide, que le prélat argentin s’indigne devant la sanction romaine.

J’y ajoute la traduction de la belle lettre écrite par Mgr Fernandez à tous les catholiques de son diocèse, où il dit son incompréhension devant une mesure qui ne respecte même pas les exigences les plus simples du droit canonique. – J.S.

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Un bon évêque « miséricordié »



Le progressisme imposé par le Saint-Siège avance sans relâche, sans se soucier des victimes qu’il fait parmi des hommes de Dieu dont l’action fait pourtant fleurir l’Église. L’évêque d'Arecibo, à Porto Rico, Mgr Daniel Fernández Torres, a été renvoyé de son diocèse pour avoir défendu l’[objection de conscience face à la ridicule « obligation morale » de la vaccination imposée par le Saint-Siège.

Mgr Daniel Fernandez Torres
L’Église d’aujourd'hui ne se préoccupe plus de Dieu, ni du mandat d'évangélisation du Christ, mais uniquement d'imposer de « nouveaux paradigmes » et d’adhérer aux principes d’un Nouvel Ordre Mondial, qui est étranger au droit naturel et à la révélation chrétienne. Le cas de Mgr Fernandez Torres est un exemple clair de la manière dont l’Église s’éloigne de ce que devrait être sa mission. Peu importe que le diocèse d’Arecibo ait connu une floraison de vocations, et qu’il se distingue par le plein exercice de ce que devrait être la mission de l’Église. Un faux concept de « synodalité » oblige les bons évêques à se plier aux absurdités décidées par les conférences épiscopales, ou les par groupuscules officialisés qui adhèrent aux nouvelles positions de Rome.

Il y a quelques années, j’ai été invité par Mgr Daniel à prêcher les Exercices spirituels auxprêtres de son diocèse. J’ai alors pu voir comment une Église particulière s’épanouit lorsque son évêque est un homme de Dieu, fidèle à la grande Tradition ecclésiale. Mais Rome ne s’intéresse pas à cela. Comme jamais avant ce temps, la « centralité » de Rome est imposée au nom de l’« unité ». Ces positions nous font aspirer à la liberté que les grands papes ont favorisée, en soutenant l’épiscopat engagé au service de la croissance de l’Église et de l’évangélisation de ceux qui étaient encore hors de son sein.

Par ces lignes, je souhaite assurer Mgr Fernandez Torres, son vicaire général et tout le clergé de ce cher diocèse de ma proximité spirituelle et de mes prières. Je prie également pour que cette mesure injuste, et draconienne, ne conduise pas à la destruction de tant d’initiatives véritablement catholiques qui y ont vu le jour et s’y sont développées. Que Dieu fasse en sorte que les autres évêques de Porto Rico se souviennent de ce qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (Actes 5:29), même si ces hommes vivent au Vatican.

+ Héctor Aguer
Archevêque émérite de La Plata

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Lorsque vous recevrez la nouvelle de mon remplacement comme évêque à la tête du diocèse d’Arecibo, je veux que vous sachiez qu’il ne m’appartient pas de vous expliquer une décision que je ne peux pas expliquer moi-même, bien que je l’accepte avec la patience du Christ pour le bien de l’Église. Il ne vous appartient pas non plus de juger ce que seuls Dieu et l’histoire feront en temps voulu.

En réagissant à ce qui s’est passé, je me considère bienheureux d’avoir à souffrir la persécution et la calomnie (cf. Mt 5, 10-11) pour avoir proclamé la vérité de la dignité de l’homme dans des circonstances comme celles que nous vivons actuellement, comme celui qui « nous incommode, et qui est contraire à notre manière d'agir » (Sg 2, 12). Aujourd’hui, je peux garder la tête haute et même si je suis imparfait et pécheur, je sais que j’ai fait ce qui était juste, et cela me procure une grande paix intérieure. Je suis également réconforté par la signification hébraïque du nom Daniel, que j’ai providentiellement reçu lors de mon baptême, « Dieu est mon juge ».

Je regrette beaucoup que dans l’Église, où l’on prêche tant la miséricorde, certaines personnes n’aient pas, dans la pratique, le moindre sens de la justice. Je n’ai pas été poursuivi, ni accusé formellement de quoi que ce soit. Un jour le délégué apostolique m’a simplement informé, verbalement, que Rome me demandait de démissionner. Aujourd’hui un successeur des apôtres est remplacé sans même qu’on ait engagé la procédure canonique qu’on ouvrirait pour révoquer un curé.

J’ai été informé de ce que je n’avais commis aucun crime, mais que j’avais prétendument « manqué d’obéissance au pape et n’avais pas été suffisamment en communion avec mes frères évêques de Porto Rico ». Il m’a été suggéré que si je démissionnais du diocèse, je resterais au service de l’Église au cas où l’on aurait besoin de moi à un autre poste ; une offre qui prouve en fait mon innocence. Cependant, je n’ai pas démissionné parce que je ne voulais pas me rendre complice d’une action totalement injuste dont j’ai encore du mal à croire qu’elle puisse se produire au sein de notre Église.

Cette expérience personnelle, en revanche, m’a aidé à prendre conscience d’une manière nouvelle de la sérieuse responsabilité qui incombe à tous les évêques dans le gouvernement de l’Église, qui est apostolique et non pyramidale, synodale et non autocratique. Je crois que depuis un certain temps, beaucoup d’entre nous, évêques, observons avec inquiétude ce qui se passe dans l’Église et hésitons à croire ce qui se passe. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous rappeler notre vocation à être des prophètes.

Nous vivons des moments difficiles, mais ne perdons pas espoir. Les paroles du pape émérite Benoît XVI, s’exprimant en tant que prêtre, peuvent nous encourager : « Il me semble certain que des temps très difficiles attendent l’Église. Sa crise véritable a à peine commencé. Il faut s’attendre à des secousses considérables. Mais je suis certain aussi de ce qui restera à la fin : non l’Église du culte politique, qui est déjà exsangue, mais l’Église de la foi. Elle ne dominera jamais plus la société avec la puissance qu’elle a eue jusqu’à une époque récente. Mais elle va fleurir de nouveau et elle se manifestera aux hommes comme une patrie qui leur donne vie et espérance au-delà de la mort. »

Je célèbre humblement ce que nous avons pu faire ensemble dans le cadre du diocèse d’Arecibo, au cours de ces presque douze années, dans la pastorale des jeunes et des vocations, dans la lutte pour la dignité de l’amour humain, la famille et le respect de la vie, dans la liberté de l’Église face aux interférences politiques, dans la formation de saints prêtres et dans le fait d’avoir donné une « Maison » à la Vierge dans notre sanctuaire diocésain. Si, en essayant d’être fidèle à Dieu, je suis remplacé dans ma fonction, cela en vaut la peine, car en tant qu’évêque, je peux être utile à l’Église par mon propre témoignage. Je me souviens des paroles de saint Jean d’Avila : « combien, à chercher l’honneur de Dieu, nous sommes honorés à être déshonorés ».

J’exprime ma communion dans la foi catholique, avec le Pape et mes frères dans l’épiscopat, malgré ma perplexité face à un arbitraire incompréhensible. Et si, à partir de maintenant, je peux vous rendre un quelconque service, je vous fais part de mon entière disponibilité.

Aujourd’hui comme toujours, mes plus grands remerciements vont à Dieu et à Notre Dame du Perpétuel Secours, notre patronne. Je remercie également tous les prêtres, parce qu’ils constituent un clergé bon et fdèle. Merci à tous les fidèles de mon cher diocèse d’Arecibo pour votre affection et vos prières. Merci à tout le personnel de l’évêché, parce qu’il forme vraiment une famille élargie. Merci à ma famille pour son soutien inconditionnel, comme toujours. Merci également à mes frères et sœurs de différentes confessions chrétiennes pour les moments où, ensemble, nous avons élevé la voix pour défendre la famille.

Que Dieu vous bénisse tous.

Dans le Christ mort et ressuscité,

+Daniel
(Mgr Daniel Fernandez Torres)



© leblogdejeannesmits pour la traduction.


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24 novembre, 2016

Mgr Athanasius Schneider prend la défense des “Quatre Cardinaux” qui ont exprimé leurs “dubia” au pape François

Mgr Athanasius Schneider, l'un des prélats qui ont pris le plus courageusement et le plus clairement la défense de la doctrine traditionnelle de l'Eglise face aux ambiguïtés et aux interprétations hétérodoxes d'Amoris laetitia, vient de publier une lettre en défense des “Quatre Cardinaux” qui ont exprimé leurs « dubia », ou « doutes » au pape François en lui demandant de faire la clarté, au nom de sa charge pontificale.

Mgr Schneider m'a demandé de traduire son texte, paru mercredi soir sur le site du Remnant en langue anglaise, vers le français. Je vous prie d'excuser les inélégances liées au délai très court dont je disposais ; je précise notamment que ce délai ne m'a pas laissé le temps de trouver les traductions autorisées des Pères de l'Eglise cités par le prélat. 

Mais c'est le texte qui importe. Un document à verser aux archives de l'histoire pour rendre compte de l'engagement de quelques-uns au service de la vérité en des temps de grande confusion. Que Mgr Schneider en soit à son tour remercié, au nom des simples fidèles que nous sommes. 

Cette traduction est publiée également sur le site de L'Homme nouveau– J.S.

« Nous ne pouvons rien contre la vérité, mais seulement pour la vérité. » (2 Cor. 13: 8)

La voix prophétique de Quatre Cardinaux de la Sainte Eglise catholique romaine




Mus par une profonde préoccupation pastorale, quatre Cardinaux de la Sainte Eglise catholique romaine, Son Eminence Joachim Meisner, archevêque émérite de Cologne (Allemagne), Son Eminence Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne (Italie), Son Eminence Raymond Leo Burke, Patron de l’Ordre militaire souverain de Malte, et Son Eminence Walter Brandmüller, président émérite de la Commission pontificale des sciences historiques, ont publié le 14 novembre 2016 le texte de cinq questions, appelées dubia ( le mot latin signifiant « doutes ») que préalablement, le 19 septembre 2016, ils avaient adressées au Saint-Père et au Cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, accompagnées d’une lettre. Les Cardinaux demandent au pape François de mettre fin au « grave désarroi » et à la « grave confusion » à propos de l’interprétation et de l’application pratique – en particulier du chapitre 8 – de l’Exhortation apostolique Amoris laetitia et ses passages relatifs à l’accès des divorcés remariés aux sacrements, et à l’enseignement moral de l’Eglise.
Dans leur déclaration, qui a pour titre Faire la clarté. Problèmes non résolus posés par Amoris lætitia, les Cardinaux affirment que « pour beaucoup de personnes – des évêques, des prêtres de paroisse, des fidèles – ces paragraphes font allusion à, voire enseignent de manière explicite, un changement dans la discipline de l’Eglise en ce qui concerne les divorcés qui vivent au sein d’une nouvelle union. » En s’exprimant ainsi, les Cardinaux ont simplement mis en évidence des faits réels de la vie de l’Eglise. Ces faits sont attestés par des orientations pastorales de la part de plusieurs diocèses et par des déclarations publiques de certains évêques et cardinaux, affirmant que dans certains cas, des catholiques divorcés et remariés peuvent accéder à communion alors même qu'ils continuent d’user des droits réservés par la loi divine aux époux validement mariés.
En publiant un appel à la clarté dans une matière qui touche simultanément à la vérité et à la sainteté des trois sacrements du mariage, de la pénitence et de l’Eucharistie, les Quatre Cardinaux n’ont fait que remplir leur devoir fondamental d’évêques et de cardinaux, qui consiste à contribuer activement afin que la révélation transmise à travers les apôtres puisse être gardée comme sacrée et interprétée fidèlement. Le concile Vatican II a spécialement rappelé tous les membres du collège des évêques, en tant que successeurs légitimes des apôtres, « de par l’institution et le précepte du Christ, à cette sollicitude qui est, pour l’Eglise universelle, éminemment profitable, même si elle ne s’exerce pas par un acte de juridiction. Tous les évêques, en effet, doivent promouvoir et servir l’unité de la foi et la discipline commune de l’ensemble de l’Eglise » (Lumen Gentium, 23 ; cf. également Christus Dominus, 5-6).
En adressant un appel public, les évêques et les cardinaux doivent une véritable affection collégiale à l’égard du successeur de Pierre et du Vicaire du Christ sur terre, conformément à l’enseignement du concile Vatican II (cf. Lumen Gentium, 22) ; ce faisant ils rendent « service au ministère primatial » du pape (cf. Directoire pour le ministère pastoral des évêques, 13).
Toute l’Eglise, de nos jours, doit réfléchir au fait que le Saint Esprit n’a pas inspiré en vain à saint Paul d’évoquer, dans la Lettre aux Galates, l'incident de sa correction publique de Pierre. On doit avoir confiance en ce que le pape François puisse accepter cet appel public des Quatre Cardinaux dans l'esprit de l’apôtre Pierre, lorsque saint Paul lui offrit une correction fraternelle pour le bien de toute l’Eglise. Que les paroles de ce grand docteur de l’Eglise, saint Thomas d'Aquin, nous illuminent et nous réconfortent tous : « Lorsqu’il existe un danger pour la foi, les sujets sont tenus de réprouver leurs prélats, même publiquement, puisque Paul, qui était sujet à Pierre, en raison du danger du scandale, l’a réprouvé publiquement. Et Augustin commente : “Pierre lui-même a donné un exemple aux supérieurs en ne dédaignant pas d’être corrigé par ses sujets lorsqu’il leur est apparu qu’il s’était écarté du bon chemin”. » (Summa theol., I-II, 33, 4c).
Le pape François appelle souvent à un dialogue franc et sans crainte parmi tous les membres de l’Eglise dans les domaines relatifs au bien spirituel des âmes. Dans l’Exhortation apostolique Amoris laetitia, le pape évoque la nécessité « de continuer à approfondir librement certaines questions doctrinales, morales, spirituelles et pastorales. La réflexion des pasteurs et des théologiens, si elle est fidèle à l’Église, si elle est honnête, réaliste et créative, nous aidera à trouver davantage de clarté » (n°2). En outre, les relations à tous les niveaux au sein de l’Eglise doivent être libres d’un climat de peur et d’intimidation, ainsi que le pape François l’a demandé lors de ses diverses déclarations.
A la lumière de ces déclarations du pape François et du principe de dialogue et d'acceptation de la légitime pluralité des opinions, qui a été encouragé par les documents du concile Vatican II, les réactions inhabituellement violentes et intolérantes de la part de certains évêques et cardinaux face à la sollicitation calme et prudente des Quatre Cardinaux provoquent un grand étonnement. Parmi de telles réactions intolérantes, on trouve par exemple des affirmations comme celles-ci : les Quatre Cardinaux sont écervelés, naïfs, schismatiques, hérétiques, et même comparables aux hérétiques ariens.
De tels jugements apodictiques et sans miséricorde ne révèlent pas seulement l’intolérance, le refus du dialogue, et la rage irrationnelle, mais apportent également la preuve d’une capitulation devant l’impossibilité de dire la vérité, une capitulation face au relativisme dans la doctrine et dans la pratique, dans la foi et dans la vie. La réaction cléricale sus-mentionnée contre la voix prophétique des quatre cardinaux fait parader en dernière analyse l’impuissance face à la vue de la vérité. Une réaction aussi violente n’a qu’un seul but : faire taire la voix de la vérité, qui dérange et agace l’ambiguïté nébuleuse et apparemment paisible de ces critiques cléricaux.
Les réactions négatives à la déclaration publique des Quatre Cardinaux ressemblent à la confusion doctrinale généralisée de la crise arienne au quatrième siècle. Il est utile à tous de citer, dans cette situation de confusion doctrinale de notre temps, certaines affirmations de saint Hilaire de Poitiers, l’« Athanase de l’Occident ».
« Vous [les évêques de Gaule] qui demeurez avec moi fidèles au Christ, n’avez pas cédé lorsque vous avez été menacés par l’apparition de l’hérésie, et maintenant, en faisant face à cette apparition vous avez brisé toute sa violence. Oui, mes frères, vous avez vaincu, à la joie abondante de ceux qui partagent notre foi : et votre constance sans faille a obtenu la double gloire de garder une conscience pure tout en donnant un exemple d’autorité » (Hil. De Syn., 3).
« Votre foi invincible, [évêques de Gaule], conserve la distinction honorable de la valeur consciencieuse et, se satisfaisant de répudier l’action rusée, vague ou hésitante, demeure en toute sûreté dans le Christ, en préservant la profession de sa liberté. Car comme nous avons tous souffert d’un mal profond et douloureux devant les actions des méchants contre Dieu, c’est uniquement à l’intérieur de nos frontières que la communion dans le Christ a pu être trouvée depuis le temps où l’Eglise a commencé à être harassée par des troubles telles l’expatriation des évêques, la déposition des prêtres, l’intimidation du peuple, des menaces contre la foi, et la définition du sens de la doctrine du Christ par la volonté et la puissance humaines. Votre foi ferme ne prétend pas ignorer ces faits, ni elle ne professe qu’elle peut les tolérer, conscient de ce que par l’acte d’un sentiment hypocrite elle s'amènerait elle-même devant le tribunal de la conscience » (Hil. De Syn., 4).
« J’ai parlé de ce que j’ai moi-même cru, conscient que c’était mon devoir de soldat au service de l’Eglise de vous envoyer par ces lettres, en accord avec l’enseignement de l’Evangile, la voix de l'office que je remplis dans le Christ. Il nous appartient de discuter, de prévoir et d’agir, afin que la fidélité inviolable où vous vous tenez puisse être gardée toujours par des cœurs consciencieux, et afin que vous puissiez continuer de garder ce que vous gardez maintenant » (Hil. De Syn., 92).
Les paroles suivantes de saint Basile le Grand, adressées aux évêques latins, peuvent être dans certains aspects appliqués la situation de ceux qui, en notre temps, demandent la clarté doctrinale, y compris nos Quatre Cardinaux : « L’unique charge qui aujourd’hui est sûre d’attirer une punition sévère, c’est la garde attentive des traditions des Pères. Nous ne sommes pas attaqués à cause des richesses, de la gloire, ou de quelque avantage temporel. Nous nous tenons dans l'arène pour lutter pour notre héritage commun, pour le trésor de la foi certaine, transmise par nos pères. Lamentez-vous avec nous, vous tous qui aimez les frères, devant le bâillonnement de nos hommes de vraie religion, et devant l'ouverture des lèvres enhardies dans le blasphème de tous ceux qui disent des iniquités contre Dieu. Les piliers et la fondation de la vérité sont éparpillés en tous sens. Nous autres, dont l’insignifiance a permis qu'on ne nous remarque pas, sommes privées de notre droit de libre parole » (Ep. 243, 2,4).
Aujourd’hui ces évêques et ces cardinaux, qui demandent la clarté et qui essaient de remplir leur devoir de garder en tant que trésor sacré, et d’interpréter fidèlement la divine Révélation qui nous a été transmise par rapport aux sacrements de mariage et de l’Eucharistie, ne sont plus exilés comme l’étaient les évêques Nicéens pendant la crise arienne. Contrairement à ce qui passait à l’époque de la crise arienne, aujourd’hui, comme l’écrivait Rudolf Graber, l’évêque de Ratisbonne, en 1973, l’exil des évêques est remplacé par des stratégies d’étouffement et par des campagnes de diffamation (cf. Athanasius und die Kirche unserer Zeit, Abensberg 1973, p. 23).
Un autre champion de la foi catholique pendant la crise arienne était Grégoire de Nazianze. Il a rédigé une mise en scène frappante du comportement de la majorité des pasteurs de l’Eglise en ce temps-là. Cette voix du grand docteur de l'Eglise devrait constituer une mise en garde salutaire pour les évêques de tous les temps : « Certainement, les pasteurs ont agi sottement ; car à l’exception d’un très petit nombre, qui soit ont été ignorés en raison de leur insignifiance, ou qui ont résisté en raison de leur vertu, et qui devaient être nécessaires comme semences et racines pour le resurgissement et la renaissance d’Israël par les influences de l’Esprit, tous ont temporisé, se distinguant les uns des autres seulement par le fait que certains ont succombé plus tôt, et d’autres plus tard ; certains étaient les champions et les chefs de cette course vers l’impiété, et d’autres ont rejoint le deuxième rang de la bataille, ayant été vaincus par la peur, ou par l’intérêt, ou par la flatterie, ou – et c’est le plus excusable – par leur propre ignorance » (Orat. 21, 24).
Lorsqu’en 357 le pape Libère a signé l’une des dites formules de Sirmium, dans laquelle il a délibérément écarté l’expression dogmatiquement définie de « homo-ousios », et excommunié saint Athanase afin d’obtenir la paix et l’harmonie avec les évêques ariens et semi-ariens de l’Orient, des catholiques fidèles et un petit nombre d’évêques, spécialement Saint Hilaire de Poitiers, ont été profondément choqués. Saint Hilaire a transmis la lettre écrite par le pape Libère aux évêques orientaux, annonçant l'acceptation de la formule de Sirmium et l’excommunication de saint Athanase. Dans sa profonde douleur et dans son désarroi, saint Hilaire a ajouté à sa lettre, comme avec désespérance, la phrase : “Anathema tibi a me dictum, praevaricator Liberi” ( je te dis anathème, prévaricateur Liberius), cf. Denzinger-Schönmetzer, n° 141. Libère voulait la paix et l’harmonie à n’importe quel prix, même au prix de la vérité divine. Dans sa lettre aux évêques latins hétérodoxes, Ursace, Valence et Germinius, annonçant les décisions ci-dessus mentionnées, il écrivait qu'il préférait la paix et l’harmonie au martyre (cf. Denzinger-Schönmetzer, n. 142).
Quel contraste dramatique offre ce comportement du pape Libère par rapport à cette ferme affirmation de saint Hilaire de Poitiers : « Ne faisons pas la paix au prix de la vérité, en faisant des concessions en vue d'acquérir une réputation de tolérance. Nous faisons la paix en nous battant légitimement selon les règles du Saint Esprit. Il y a un danger à s’allier subrepticement avec l’incroyance sous le beau vocable de la paix » (Hil. Ad Const., 2, 6, 2).
Le bienheureux John Henry Newman a commenté ces faits tristes et inhabituels avec cette affirmation sage et équilibrée : « Alors qu’il est historiquement vrai, il n’est d’aucune manière doctrinalement faux que le pape, en tant que docteur privé, et d’autant plus des évêques, lorsqu’ils n’enseignent pas formellement, puissent errer comme nous constatons qu’ils ont en effet erré au quatrième siècle. Le pape Libère peut bien signer une formule eusébienne à Sirmium, et la masse des évêques peut bien l’avoir fait à Ariminum et pourtant, en dépit de cette erreur, ils peuvent être infaillibles dans leurs décisions ex cathedra » (Les Ariens du IVe siècle, Londres, 1876, p.465).
Les Quatre Cardinaux avec leur voix prophétique qui demande la clarté doctrinale et pastorale ont un grand mérite face à leur propre conscience, face à l’histoire, et face aux innombrables simples fidèles catholiques de nos jours, qui sont poussés vers la périphérie ecclésiastique en raison de leur fidélité à l’enseignement du Christ à propos de l’indissolubilité du mariage. Mais par-dessus tout, les Quatre Cardinaux ont un grand mérite aux yeux du Christ. A cause de leur voix courageuse, leurs noms brilleront avec éclat lors du Jugement Dernier. Car ils ont obéi à la voix de leur conscience, se rappelant les paroles de saint Paul : « Car nous ne pouvons rien contre la vérité, mais seulement pour la vérité. » (2 Cor 13.8). Certainement au Jugement Dernier, les critiques des Quatre Cardinaux mentionnés plus haut, clercs pour la plupart, ne trouveront pas de réponse facile pour rendre compte de leur attaque violente contre un acte aussi juste, digne et méritoire de ces quatre membres du Sacré Collège des cardinaux.
Les paroles suivantes, inspirées par le Saint Esprit, conservent leur valeur prophétique, spécialement par rapport à la diffusion de la confusion doctrinale et pratique à propos du sacrement du mariage en notre temps : « Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils amasseront autour d’eux des docteurs selon leurs désirs ; et éprouvant aux oreilles une vive démangeaison, ils détourneront l’ouïe de la vérité, et ils la tourneront vers des fables. Mais toi, sois vigilant, travaille constamment, fais l’œuvre d’un évangéliste, acquitte-toi pleinement de ton ministère ; sois sobre » (2 Tim. 4: 3-5).
Que tous ceux qui en notre temps prennent encore au sérieux les vœux de leur baptême et leurs promesses sacerdotales et épiscopales, reçoivent la force et la grâce de Dieu afin qu’ils puissent redire, avec saint Hilaire, ces paroles : « Que je puisse demeurer toujours en exil, si seulement la vérité recommence à être prêchée ! » (De Syn., 78). Cette force et cette grâce, nous les souhaitons de tout cœur à nos Quatre Cardinaux, et aussi à ceux qui les critiquent.
23 novembre 2016
+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte Marie d’Astana



© Traduction Jeanne Smits, avec l'aimable autorisation de Mgr Schneider.

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