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12 janvier, 2013

Où l'on reparle de l'avortement post-natal

Francesca Minerva
Leur proposition avait fait le tour du monde, et suscité une indignation que j'oserai décrire comme paradoxale : Francesca Minerva et Alberto Giubilini, deux chercheurs italiens en Australie, plaidaient début 2012 pour qu'on puisse tuer les bébés après leur naissance pour les mêmes motifs qui autorisent leur élimination avant leur naissance.

Vendredi, à l'université de Turin, ils ont remis ça, rapporte Lucia Bellaspiga dans l'Avvenire. En une phrase on ne peut plus claire :

« Si nous pensons que l'avortement est moralement permis parce que les fœtus n'ont pas encore les caractéristiques qui confèrent le droit à la vie, vu que ces caractéristiques font aussi défaut aussi bien aux nouveau-nés, l'avortement post-natal devrait lui aussi être autorisé. »

Cela dépasse, note avec justesse la journaliste, le cas des enfants à naître souffrant d'une malformation : puisque la détresse économique « justifie » des avortements au motif que le fœtus n'a pas le statut de personne, pourquoi ne pas permettre cet « avortement post-natal » en ce cas.

Les deux chercheurs de l'université de Melbourne, d'origine italienne, ont indiqué qu'il s'agissait de la première fois où ils ont été invités à parler en Italie et que c'est pour eux une occasion très importante.

Ils ont signalé que leur pensée n'est pas novatrice, puisque dès les années 1970 Peter Singer en exprimait de semblables : ce qui change chez Giubilini et Minerva, c'est leur « volonté de rendre explicites certaines conséquences normatives et tenir compte des implications socio-économiques : si celles-ci sont importantes pour autoriser l'avortement, alors elles le sont aussi si l'enfant est déjà né. »

Singer, l'utilitariste, lui, parlait d'enfants trisomiques ou souffrant d'autres imperfections qui rendraient leur vie indigne d'être vécue. « Nous acceptons que la trisomie 21 et les autres maladies sont une bonne raison pour avorter, afin de protéger ainsi les intérêts de ceux qui auront la charge d'élever cette personne, mais la cohérence veut que cela vaille aussi pour tuer un nouveau-né après la naissance. »

Pour accéder au statut de personne, il ne suffirait pas de ressentir la douleur ou le plaisir mais « un développement neurologique supérieur » et pouvoir prévoir par rapport aux attentes futures qu'il existe « un intérêt pour la vie : un nouveau-né ne l'a pas ».

Maurizio Mori, directeur du Master de bioéthique de l'université de Turin, a félicité les deux jeunes chercheurs d'avoir fait progresser le débat et surtout d'avoir inventé le nom d'« avortement post-natal ».

Francesa Minerva venait de rendre compte des menaces de mort et autres insultes subies à la suite de leur première publication.

Ce qui est tout à fait paradoxal. Si cela a tant ému les gens, pourquoi ne se mobilisent-ils pas contre l'avortement tout court ?

D'aucuns avaient d'ailleurs pensé que Giubilini et Minerva avaient tenu leur raisonnement dans le seul but de faire réfléchir à l'avortement lui-même : si la logique qui le permet devrait autoriser l'infanticide, comment justifier la logique et par tant comment admettre l'avortement ?

Sans que cet aspect des choses soit totalement clarifié, force est de constater qu'à leur prestation turinoise ils ont été félicité par un maître qui par ailleurs a fait la promotion de la mise à mort des personnes en coma végétatif, et que ce même Maurizio Mori a été interpellé par plusieurs de ses pairs qui ont été profondément choqués de le voir donner une tribune aux thèse des deux bioéthiciens de Melbourne.

« Il n'est pas vrai que l'on puisse parler de tout à l'université, lui a fait savoir Assuntina Morresi, membre du comité national de bioéthique : il n'existe pas de neutralité dans le monde académique : de même que personne ne songerait à soutenir en chaire le négationnisme de la Shoah ou une thèse discriminatoire envers les Noirs, de même l'homicide des nouveau-nés est un thème qu'on ne peut recevoir. Faire abstraction de cela veut dire embrasser une idéologie dangereuse qui nous permet de tout faire. »

Mais à cette aune-là, on ne devrait pas non plus discuter de la thèse de l'acceptation de l'avortement…

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21 août, 2012

Peter Singer : il ne suffit pas d'appartenir à l'espèce humaine pour avoir droit au respect de la vie


Hilary White, de LifeSite, rapporte un récent article d’un autre bioéthicien, Peter Singer, professeur à Princeton et l’un des penseurs mondiaux les plus influents dans ce domaine.

S’exprimant dans le cadre d’une tribune libre dans le Scotsman, il a justifié l’avortement en expliquant que « l’appartenance à l’espèce Homo sapiens n’est pas suffisante pour bénéficier d’un droit à la vie ».
« Les opposants rétorqueront que l’avortement, par sa nature même, est très dangereux – pour le fœtus. Ils soulignent que l’avortement tue un être humain vivant unique. Il est difficile de nier cette assertion – du moins si par le mot “humain” nous désignons un membre de l’espèce Homo sapiens. (…) Il est également vrai que nous ne pouvons pas simplement invoquer le “droit de choisir” de la femme pour éviter la question éthique du statut moral du fœtus. Si le fœtus avait réellement le même statut moral de n’importe quel autre être humain, il serait difficile de soutenir que le droit de la femme enceinte de choisir inclut le droit de provoquer la mort du fœtus, sauf peut-être lorsque la vie de la femme est en jeu. 
L’erreur de l’argument contre l’avortement réside dans le glissement de l’affirmation scientifiquement exacte selon laquelle le fœtus est un individu vivant de l’espèce Homo sapiens vers l’affirmation éthique selon laquelle le fœtus aurait donc le même droit à la vie que n’importe quel autre être humain », écrit Singer.
Peter Singer, pionnier des droits des animaux
Une telle prise de position a au moins le mérite de souligner qu’il est impossible de considérer l’embryon ou l’enfant à naître comme autre chose qu’un membre de l’espèce humaine. Et ce n’est qu’au prix d’une pirouette que Singer glisse vers une redéfinition de la personnalité humaine qui est la marque de fabrique de sa philosophie : pour lui, conscience et autonomie sont les critères de la personnalité, au nom de quoi il justifie aussi bien l’avortement que l’infanticide précoce et l’euthanasie qui doit viser selon lui le bien des proches survivants, incommodés, dérangés, empêchés de vivre par la proximité d’un être ayant perdu un minimum de capacités cognitives.

Cet utilitarisme des plus classiques, mais poussé à l’extrême, lui fait écrire dans The Scotsman : « Nous pouvons soutenir de manière plausible que nous ne devons pas tuer, contre leur volonté, des êtres qui désirent continuer de vivre. Nous pouvons considérer cela comme une violation de leur autonomie, ou comme une entrave à ce qui constitue leur préférence. Mais pourquoi le potentiel d’un être à devenir conscient de soi de manière rationnelle ferait-il qu’il serait mauvais de mettre fin à sa vie avant qu’il n’ait la capacité de la rationalité ou de la conscience de soi ? »

Ainsi le nouveau-né ne devrait-il être reconnu légalement reconnu comme « personne » qu’à partir du feu vert donné par ses parents ou ses soignants. « Si l’on en arrive au conflit entre les intérêts supposés d’êtres potentiellement rationnels mais pas encore conscients et les intérêts vitaux de femmes rationnelles en acte, nous devons donner la préférence aux femmes, sans exception. »

Il serait faux de croire qu’il s’agit là d’une élucubration de savant. Au contraire, c’est déjà cette idée qui est en œuvre dans la loi française sur la conservation d’embryons qui autorise leur destruction dès lors qu’ils ne font pas l’objet d’un « projet parental », ce projet parental étant largement considéré comme conférant seul humanité et droits à l’enfant pas encore né.

Soulignant que les idées de Peter Singer ont envahi à son corps défendant la sagesse populaire, Hilary White conclut quant à elle :
«  Il ne s’agit pas de renverser Roe v. Wade ou l’“Abortion Act” de 1967. Il s’agit de vaincre toute une culture philosophique nouvelle, un système de pensée qui gouverne toute l’action humaine. C’est cet ensemble de nouvelles idées qui a créé le régime avortiste et pansexualiste que nous combattons, au sein du mouvement pro-vie. La révolution sexuelle n’a pas paru ex nihilo en 1965. »


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15 juin, 2012

Peter Singer, défenseur de l'infanticide et de la bestialité, fait Compagnon de l'Ordre d'Australie

Le bioéthicien australien Peter Singer a été honoré lundi dernier de la plus haute distinction civile existant dans son pays lorsque, à l’occasion de l’anniversaire de la reine d’Angleterre, il a été fait Compagnon de l’Order of Australia. Peter Singer est connu pour ses prises de position extrêmes au nom de l’utilitarisme de l’écologie et des droits des animaux. Ainsi il justifie l’infanticide sur les nouveau-nés défectueux, la bestialité pourvu que l’être humain et l’animal y trouvent une satisfaction, et même l’inceste : c’était l’an dernier à l’université de Sydney. Il n’y mettait que deux conditions : que les partenaires soient consentants et qu’ils utilisent un contraceptif.

Singer est ainsi décoré pour « éminents services rendus à la philosophie et à la bioéthique, en tant que leader du débat public et communicateur d’idées ». Pour obtenir ce hochet-là, on est supposé avoir « mérité au plus haut degré à travers les services rendus à l’Australie ou à l’humanité en général ».

Peter Singer peut paraître avoir des idées marginales ou extrêmes. Pour autant il est tout sauf marginalisé : il occupe une prestigieuse chaire de bioéthique à l’université américaine de Princeton depuis 1999, et il est professeur lauréat à Melbourne University, dans son pays d’origine. La reconnaissance dont il vient de faire l’objet ne constitue sans doute pas une approbation de toutes ses idées, mais elle les rend encore un peu plus acceptables, dignes d’être considérées dans le contexte d’un débat rationnel. On en fait rarement autant pour ceux qui affirment le respect de la vie – à part le prix Nobel pour Mère Teresa peut-être.

Dans un excellent commentaire sur le site australien The Punch http://www.thepunch.com.au/articles/peter-singer-doesnt-deserve-an-order-of-australia/, Xavier Symons dit sans ambages que Singer « ne mérite pas » sa décoration. Oui, il est connu, oui, il a contribué au débat philosophique, oui, il lui arrive même de se montrer préoccupé par le sort des plus pauvres, oui, il a une influence « réelle » dans le monde de la politique et de la bioéthique (rappelons qu’il a rédigé le premier programme des Verts australiens dont il était membre fondateur). « Mais l’influence qu’il a eue sur notre société est vraiment détestable. »

Dans la droite ligne de Darwin et de Locke, rappelle l’auteur, Singer rejette toute différence de nature entre l’homme et l’animal : à Locke, il emprunte sa définition de la personnalité en la définissant comme une « conscience de soi rationnelle ». Singer en tire les conclusions extrêmes : on peut envisager de tuer celui qui n’est pas conscient de soi : l’enfant à naître, l’enfant à peine né – « Tuer un enfant défectueux n’est pas équivalent, au plan moral, au fait de tuer une personne. Parfois il n’y a aucun mal à le faire. »

De même, une personne qui n’est plus consciente d’elle-même et qui n’a plus la capacité de communiquer devrait pouvoir être éliminée, c’est à faire régler par des commissions et des groupes qui s’exprimeraient « au nom » de ces handicapés.

A l’autre bout de l’échelle, Singer plaide pour les droits des animaux et la libération animale : son livre Animal rights est aujourd’hui la bible des militants de PETA qui luttent contre le « spécisme » qui discrimine contre les animaux non-humains, et ont déjà obtenu quelques succès législatifs, en Autriche, en Suisse et en Espagne notamment.

De nombreux groupes pro-vie australiens ont crié au scandale en apprenant la nouvelle de la décoration décernée à Singer : « folie », « déshonneur », aberration alors que le « politiquement correct » impose une chape de plomb sur tant de sujets.

Peter Singer a un vrai mérite pourtant : c’est celui de tirer logiquement et sans fausse pudeur toutes les conséquences des idées et des philosophies qui justifient les transgressions actuelles de la loi naturelle. Si l’on peut tuer un enfant dans le sein de sa mère, pourquoi se l’interdire lorsqu’il vient de naître ? S’il n’y a ni âme, ni nature humaine, pourquoi ne pas traiter l’animal comme un homme et l’homme comme un animal ? Si ce qui compte, c’est la satisfaction de ses propres désirs dans le respect de ceux des autres, pourquoi imposer une morale sexuelle ?


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25 février, 2012

“Avortement post-natal” : une idée qui fait son chemin

Francesca Minerva
Voilà qui a au moins le mérite de la clarté et de la cohérence. Deux chercheurs en bioéthique, Francesca Minerva de l'Université de Melbourne et Alberto Giubilini, de l'Université de Milan, viennent de co-signer un article dans le Journal of Medical Ethics où ils plaident pour le droit de supprimer des nouveau-nés de la même manière que l'on peut supprimer des enfants avant leur naissance.
Alberto Giubilini

On pourrait croire qu'ils argumentent par l'absurde. Pour frapper les imaginations. Bien des gens qui acceptent sans difficulté (et surtout sans réfléchir) l'idée de l'avortement légal, rejetteraient avec horreur celle de l'infanticide. Et en ce sens, la logique de cette revendication est imparable. Mais non : Minerva et Giubilini sont on ne peut plus sérieux : ils estiment que la mise à mort d'un enfant non désiré devrait être possible jusqu'après la naissance…

Voici ce que résume l'« abstract » de leur article, publié en ligne avant-hier :
« L'avortement est largement accepté, même pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la santé du fœtus. En montrant que (1) à la fois les fœtus et les nouveau-nés n'ont pas le même statut moral que des personnes véritables, (2) le fait qu'ils sont tous deux des personnes potentielles est moralement sans importance et (3) que l'adoption n'est pas toujours dans l'intérêt de gens véritables, les auteurs soutiennent que ce que nous appelons l'« avortement post-natal » (la mise à mort d'un nouveau-né) doit pouvoir être permis dans tous les cas où l'avortement l'est, y compris le cas où le nouveau-né n'est pas handicapé. »
Michael Cook, de BioEdge, attire l'attention sur cette nouvelle prise de position utilitariste qui affirme la priorité des intérêts des personnes entourant le nouveau-né ou le fœtus par rapport aux intérêts de ces derniers : ainsi les auteurs évoquent le cas de nouveau-nés qui peuvent avoir l'espoir de vivre une vie « au moins acceptable, mais où le bien-être de la famille qui les entoure est menacé ». Il n'est même pas question d'euthanasie, souligne Michael Cook ; l'euthanasie est censée servir l'intérêt de celui qui en « bénéficie », l'« avortement post-natal » sert celui de l'entourage.

Et de citer ce passage de l'article de Minerva et Giubilini :
« Si des critères comme les coûts (sociaux, psychologiques, économiques) à supporter par les parents potentiels sont d'assez bonnes raisons pour recourir à l'avortement, même lorsque le fœtus est en bonne santé, si le statut moral du nouveau-né est le même que celui du nourrisson et si aucun des deux n'a de valeur morale du fait d'être une personne potentielle, alors les mêmes raisons qui justifient l'avortement doivent aussi justifier la mise à mort de la personne potentielle lorsqu'elle est au stade de nouveau-né. »
Les auteurs ne donnent pas de délai précis où ce « droit » devrait pouvoir s'exercer : ils laissent sa détermination aux neurologues et aux psychologues, tout en signalant qu'il faut au moins quelques semaines au nouveau-né pour acquérir la conscience de soi qui selon eux en font une personne à part entière qu'on ne pourrait plus éliminer.

Voilà deux universitaires, payés par leurs universités respectives et des instituts de bioéthique, qui peuvent faire ces demandes que l'on aurait pu croire marginales (comme celles de Peter Singer, le bioéthicien australien souvent cité sur ce blog), qui sont publiés par des journaux très sérieux, et que personne n'ose taxer d'extrémisme ou de nazisme…

Alberto Giubili n'est pas un inconnu en France : le jeudi 17 mars 2011, il était invité à participer à un colloque « Ethique famille » organisé à la mairie du XVIe arrondissement de Paris sous l'égide du CNRS, de l'université Paris-Descartes, de l'Union nationale des Associations familiales, avec Axel Kahn et la présence annoncée de Jean-Paul Huchon, président de la Région Ile-de-France (je n'ai pas pu vérifier si ce dernier a participé).


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11 novembre, 2010

Un texte pour réfléchir : “Le mot « fœtus » est injurieux, déshumanisant et manipulateur”

Un professeur de droit de l’Université d’Oxford soutient que l’utilisation du mot « fœtus » obscurcit notre perception de la réalité morale.


Ce texte est extrait d’un débat, à la mi-octobre, sur le « Statut moral du fœtus » avec Peter Singer et Maggie Little à l’Université de Princeton, où le Pr John Finnis soutient que le statut moral n’est pas question de choix, de concession, ou de convention, mais de la reconnaissance d’un autrui qui a une importance en tant qu’égal que cela nous plaise ou non. Je vous en donne ici ma traduction avec l’aimable autorisation de The Public Discourse qui l’a retranscrit à l'origine et mis en ligne ici. Merci de ne pas le citer sans renvoyer à cette traduction et à la source d'origine. Le texte est un peu long – pour un blog ! – mais il est très riche d'enseignement et de réflexion. Et il indique dans quelle direction ira inéluctablement la culture de mort si l'on ne revient pas à des concepts conformes au réel pour parler de nos semblables. – J.S.


Pr John M. Finnis
La dernière fois que j’ai eu l’occasion de débattre avec Peter Singer était en mai 1998 à la Philosophy Society d’Oxford, juste derrière le Collège où nous avons été collègues, un temps, dans les années 1070. Le sujet en 1970 était « la mort cérébrale », et nous nous étions trouvé assez d’accord sur le fait que les tests et critères contemporains permettant d’affirmer la mort cérébrale constituaient une mesure insatisfaisante pour déterminer si la mort était survenue. Mais nous étions en désaccord sur plusieurs choses. L’une d’elles était la question éthique de savoir s’il est parfois juste de choisir de tuer des êtres humains vivants, comme Peter le pense, et comme moi, je ne le pense pas, parce que j’estime que chacun a également le droit de ne pas être délibérément tué en vue, précisément, du bien-être d’un tiers. Un autre point de désaccord était que Peter voulait (et, j’en suis sûr, veut encore) considérer la question de savoir si quelqu’un est mort comme une « question éthique » – ou pour reprendre le jargon de cet après-midi, la question du statut moral des bébés anencéphales, des gens en état végétatif persistant (PVS), et ainsi de suite. Je considère qu’il s’agit d’une question de fait – de comprendre, si vous voulez, de manière philosophique et biologique, ce qu’est pour un organisme d’une certaine sorte substantielle le fait d’avoir cessé d’être un organisme de cette sorte substantielle (ce qui est essentiellement ce qui se produit lorsque cet organisme meurt).

La dernière fois que j’ai eu l’occasion de discourir sur le thème d’aujourd’hui était à l’Association américaine de science politique, en 2000, lors d’un débat avec le philosophe politique Rawlsien, Jeffrey Reiman. Reiman est un libéral, mais lui non plus, comme Peter Singer, ne croit pas en l’égalité humaine. Peter devra parler pour lui, mais dans ses publications datant de cette époque-là, il s’accorde avec Reiman pour dire que la naissance n’a pas de signification morale réelle, ou peu. La position de Reiman est bien assez claire : le bébé n’a pas davantage de droits, ne peut davantage prétendre au respect, au cours des minutes ou des heures, ou des jours, ou des semaines après la naissance, qu’au cours des minutes ou des heures, ou de jours, ou des semaines avant la naissance. Jusque-là Peter et lui sont d’accord. Puis ils divergent : pour Reiman, l’enfant ne va pas acquérir le statut moral d’égalité lui donnant des droits propres pendant plusieurs années, tant qu’il n’aura pas commencé « à avoir un intérêt conscient à la poursuite de sa vie » – tandis que pour Peter le statut moral d’égalité et de droit à la vie doit être affirmé (je ne sais pas exactement pourquoi) un mois après la naissance. (Dans le débat qui avait suivi cet exposé, Singer avait précisé que sa proposition d’« un mois » date de 1984 et n’avait pas d’autre intention que de fournir un repère législatif pragmatique, et que son point de vue fondamental et actuel est proche de celui de Reiman.)

Ainsi, partant du point de vue de Reiman (et, je le suppose, de celui de Peter), s’il doit y avoir une loi contre l’infanticide dès la naissance, cela ne repose certainement pas sur les droits moraux, ou le statut moral, du jeune nourrisson – il n’en a pas – mais seulement sur les sentiments et les dispositions des adultes. Et Reiman s’empresse d’ajouter ceci : puisque l’enfant à naître, tout comme l’enfant né, pendant tout une période, n’a pas droit à la vie, le droit de la mère à son avortement n’est pas seulement le droit d’être soulagée de la présence de ce qui grandit dans son corps, mais le droit de s’assurer qu’il sera tué, qu’il ait ou non été délivré ou expulsé vivant.

Tous les éléments de ce point de vue sont rejetés par notre droit, et, veux-je ajouter, par notre civilisation. En 2002 les deux chambres du Congrès ont unanimement adopté la loi de Protection des enfants nés vivants, avec cet objectif affiché : « Pour rejeter la notion erronée selon laquelle le droit à l’avortement signifie le droit à un bébé mort, quel que soit l’endroit où l’acte de tuer se produit. » C’était en réponse à la décison « Farmer » de la cour d’appel du Troisième circuit en 2000 qui semblait vouloir dire que même un enfant entièrement mis au monde pouvait être mis à mort si la raison de sa mise au monde était un avortement. Dans le même temps la Cour Suprême avait déclaré que si le bébé est aux deux-tiers dehors et pour un tiers « dedans », sa mère a le droit d’employer quelqu’un pour le tuer. Le médecin qui a développé cette procédure, Martin Haskell, a témoigné devant le Congrès du fait que selon la version standardisée de sa procédure (déclarée hors la loi dans 30 Etats mais jugée acceptable par la Cour Suprême) il serait possible de délivrer le bébé entièrement, en pleine santé et sans dommages, si la femme recevait plus longtemps des médicaments induisant la dilatation, mais qu’on ne le fait pas parce que « l’idée ici, c’est que vous essayer de pratiquer un avortement… [L’idée n’est pas] de voir comment je peux manœuvrer dans cette situation pour obtenir au contraire une naissance vivante ».

Haskell vidait ainsi le crâne d’un bébé vivant et en bonne santé, presque entièrement délivré d’une mère en bonne santé physique à 22, 23, 24, 25 ou 26 semaines de gestation ou de grossesse. Ma fille pédiatre soigne des bébés prématurés ayant certains de ces âges. Alors qu’il peut y avoir des questions qui vous torturent à propos de la futilité ou du bénéfice médical d’un traitement médical, aucune personne impliquée dans son travail – les mères, les infirmiers, les médecins – n’avait le moindre doute à propos de la nature du bébé en tant qu’être humain, ni, par conséquent, quant à son statut moral de porteur d’intérêts et de droits, malgré son état d’inconscience qui peut durer des jours ou des semaines. Ainsi donc il y a des bébés nés, des bébés à moitié nés, et des bébés qui vont naître bientôt. Depuis 1973, la loi constitutionnelle des Etats-Unis autorise l’avortement pour ainsi dire complètement librement pendant 11 à 15 semaines au-delà de l’étape que je viens de mentionner.

La première fois où j’ai débattu des mérites et des démérites de l’avortement (ce que je ne suis pas venu faire aujourd’hui, puisque je dois limiter mon intervention au « statut moral » du « fœtus »), c’était par la plume interposée avec Judith Jarvis Thomson, auteur  d’un article justement célèbre à propos du violoniste kidnappé, le premier article philosophique à argumenter un droit de la femme à un avortement, article dont la thèse sur l’enchevêtrement intime entre la mère et l’enfant à naître a été développée et étendue par Margaret Little. Bien sûr, cela remonte à 1971, et par conséquent Thomson, tout en plaidant âprement pour ce droit moral, refusait d’aller jusqu’à dire qu’il existe un droit à avoir le bébé mort. (Depuis lors, les cœurs se sont endurcis.) Voilà ce qu’elle avait à dire à propos du sujet qui nous occupe cet après-midi : « J’ai tendance à penser aussi que nous allons probablement avoir à nous mettre d’accord pour dire que le fœtus est devenu une personne humaine bien avant la naissance. On est même surpris la première fois où l’on apprend à quel point il commence à acquérir des caractéristiques humaines tôt dans sa vie. A la dixième semaine, par exemple, il a déjà un visage, des bras et des jambes, des doigts et des orteils ; il a des organes internes et l’on peut détecter une activité cérébrale. »

C’était en 1971 et depuis lors, la technique de l’échographie a contribué à rendre tout cela moins surprenant. Et une fois que Roe v. Wade, et – encore plus important – Doe v. Bolton sont arrivés en janvier 1973, on est devenu plus déterminé que Judith Jarvis Thomson à nier que ce que l’on voyait est un bébé humain, une personne humaine, doté d’un statut moral.

Toutes sortes d’étapes ont été proposées pour « devenir une personne » ou pour « acquérir un statut moral » : l’implantation, le développement de la ligne primitive, la vie cérébrale, la capacité de ressentir, la première perception des mouvements fœtaux par la mère, la viabilité en dehors de l’utérus, la naissance elle-même, la naissance elle-même sauf si elle fait suite à un avortement provoqué, la formation des désirs, la formation des concepts, la formation de la conscience de soi, avoir le sens de la valeur de sa propre existence – mais toutes ces étapes s’excluent mutuellement, et de toute façon, puisque l’on requalifie maintenant le seuil pour parler des désirs, de la conscience de soi, ou de l’envie consciente de rester en vie, nous plongeons désormais loin, très loin dans le territoire de l’infanticide avec Peter Singer et Jeffrey Reiman. Ce sont des positions qui, bon gré, mal gré, sont incompatibles avec l’affirmation non-arbitraire de la possession de la personnalité chez les adultes qui sont dans un état d’inconscience, même temporaire. Et ce qui cloche dans le principe de leurs positions est qu’ils nient l’égalité humaine, en élevant divers animaux sub-rationnels de leur choix au-dessus de jeunes bébés en bonne santé pendant les semaines, les mois et même des années après la naissance, et au-dessus des handicapés profonds, physiques ou mentaux.

Ce qu’il faut dire à propos du statut moral, si vous croyez de près ou de loin à la moralité, c’est qu’il n’est pas une affaire  de choix, ou de concession, ou de convention, mais de reconnaissance. Si vous entendez quelqu’un parler de conférer ou d’accorder un statut moral, vous savez tout de suite que cette personne est dans un état de confusion très profonde en ce qui concerne la moralité et le statut moral. L’idée même des droits et du statut de l’homme implique qu’il a de l’importance, que cela nous plaise ou non, et même lorsque personne ne pense à lui ; et qu’il a de l’importance, que cela nous plaise ou non, comme étant au fond un égal, parce que semblable à nous dans sa nature en tant qu’être substantiel.

Cette importance est la base immédiate du respect, et même du respect de soi, et de la culpabilité ou du remords quand on trahit autrui. Elle se situe dans le territoire de ce que nous appelons le « sens », qui transcende le temps et le lieu, et nous force à parler de l’esprit ou  de l’âme, et de la liberté de choix. Si nous pensons de manière consciente aux réalités du domaine de l’intériorité partageable, nous savons ce que c’est que d’être une personne développée et consciente : un être qui constate qu’il a lui-même (ou elle-même) une nature rationnelle et des capacités qui combinent l’intelligibilité et l’intelligence. Une nature qui se constate et qui se reconnaît, et qui ne se confère pas.

Si l’on s’interroge sur ses propres origines personnelles, on peut remonter vers ses tout premiers souvenirs, puis vers les premières photographies, celles qui précèdent les souvenirs subsistants  mais qui vous montrent comme un centre de vie personnelle ; puis encore vers le vie avant la naissance qui était à peine ou pas du tout consciente, mais qui peut être documentée dans les photos d’échographies qui vous montrent comme un mâle blanc suçant son pouce, ou une vigoureuse boxeuse féminine chinoise, ou quoi que ce soit. Nous ne sommes alors qu’à quelques mois de notre conception. Mais il est certain que nous avons commencé avant.

A moins de faire partie des 1 % de jumeaux identiques, nous avons commencé comme Louise Brown, le premier bébé FIV, a commencé grâce aux soins appliqués du Pr Robert Edwards qui a eu le prix Nobel pour cela la semaine dernière. « Elle était belle alors », dit-il à sa naissance, montrant sa photo au stade d’une cellule, « et elle est belle maintenant ». Edwards fait le récit dynamique de l’unité auto-directionnelle de l’être embryonnaire qui même au stade d’une cellule plus petite d’une tête d’épingle a des vingtaines de millions de composants moléculaires, tous organisés, à ce moment précis, pour faire d’elle ou de lui… eh bien « elle », ou « lui », à la peau foncée, jaune, noire ou blanche, fûté ou pas très fûté, malhabile ou pas trop malhabile, et tant d’autres choses, par nature.

Le concept clef, ici, est la capacité radicale. L’embryon humain dès ses débuts possède la capacité radicale de penser, de rire et de faire des jeux de mots ; tout ce dont il (ou elle) a besoin est de temps et de nourriture, rien de plus ; c’est la capacité actuelle et active, de second ordre, ou radicale, inscrite dans sa constitution moléculaire et cellulaire, de développer des capacités de premier ordre, immédiatement utilisables comme celle d’apprendre une langue ici et maintenant.

Au cours de la discussion, j’avais proposé à Singer l’hypothèse suivante, que je dois à Patrick Lee. Supposons qu’à mon retour chez moi, on me diagnostique une tumeur au cerveau, rare et mortelle, curable uniquement à condition d’exciser une partie de mon cerveau telle que tous mes souvenirs de la vie, des gens, des langues datant d’avant l’opération seront irréversiblement détruits, mais que je garderai la capacité, au bout de neuf mois d’inconscience à la suite de l’opération, de reconstruire un nouveau stock de souvenirs, de langage, de compétences, d’affections, etc. Juste après cette opération mon « statut moral », ou plus exactement, ma réalité en tant que personne, ne serait-elle pas essentiellement celle du nouveau-né et même celle du jeune embryon ? (Hélas, Singer ne fut pas invité à répondre à ma question.) Le président du panel, le Pr Arthur Caplan, intervint pour dire que je ne serais pas moi (JMF – John M. Finnis). Evidemment je contredis cela complètement : je serais JMF avant, pendant et après l’opération, quelqu’un qui subirait une perte terrible lors de l’opération et de ses suites, mais qui retiendrait, tel l’embryon et le nouveau-né, la capacité radicale pour continuer sa vie comme la personne tout à fait unique que je suis déjà.

Mais on ne m’a pas demandé de discuter du statut moral de l’embryon, mais du fœtus. On cesse d’être appelé – par convention – un embryon au bout de 56 jours de votre vie, et vous devenez alors, dans le jargon médical – mais la limite est purement conventionnelle – un fœtus, et vous le resterez, pour les besoins des discussions entre médecins – fœtus jusqu’à la mise au monde. Mais évidemment, un site internet décrivant la procédure d’échographie pour futures mères ne parle pas de son fœtus mais de son bébé, comme le font aussi les médecins d’une future mère, à moins d’être ses avorteurs ou de penser qu’elle a été ou est  à ce moment-là intéressée par l’avortement. Il y a donc un thème qui est le statut moral du fœtus, et il y a aussi le thème du statut moral de l’expression « le fœtus ».

Pour ce qui est du statut moral du fœtus, je soutiens qu’il est clair, au-delà du doute, après quarante ans de discussions philosophiques intenses, qu’il n’y a pas de moyen terme crédible entre, d’un côté, reconnaître que – que cela nous plaise ou non – le fœtus, et même le bébé embryonique dès le départ, a la même égalité radicale de nature que nous avons tous malgré des myriades de différences, et de l’autre, rejoindre Peter et Jeffrey dans leur négation de deux choses :
1. dans leur négation du fait que la question première est une question de fait : une nature partagée d’être qui ont ou qui sont capables de développer (à condition seulement d’être nourris et protégés) des caractéristiques et des activités rationnelles, et
2. dans leur négation de l’égalité ou d’un droit éthique ou moral à différents droits comme celui de vivre jusqu’à quelque temps après la naissance (et à cet égard, je crois que la position de Reiman se révèlera plus défendable dans sa cohérence que celle de Peter, en fixant ce délai à plusieurs années après la naissance ; mais bien évidemment aucun des deux ne peuvent limiter leur négation de l’égalité humaine aux conditions de l’enfance ; la négation s’étend à diverses sortes de handicaps et de décadence).
Les deux se fourvoient dès le départ en faisant du « statut moral » le prédicat fondamental pour la discussion, au lieu de prédicats du genre « personne » « nature rationnelle », « sorte d’être ».

A propos du statut moral de l’expression « le fœtus », je dirai seulement ceci. Telle qu’elle est utilisée dans le programme de cette conférence et sur le site internet, en dehors du contexte médical, elle est injurieuse, déshumanisante, pleine de préjugés, manipulatrice. Utilisée dans ce contexte, exclusivement et en priorité par rapport à d’autres expressions possibles, c’est un mot obscène, à mettre dans la même catégorie que l’emploi du mot « Juif » et d’autres mots de ce style que nous connaissons, qui ont aujourd’hui ou qui ont eu une signification acceptable dans un contexte approprié mais qui, utilisés dans un contexte plus large, deviennent le symbole de la sujétion aux préjugés et aux préférences des plus puissants. Ce n’est pas un mot loyal, et il n’est pas le signe d’un cœur ouvert. Ceux d’entre vous qui avez un esprit ouvert ou un cœur loyal pourraient essayer d’écouter chaque conférencier ici, pour voir s’ils sont disposés à parler, au moins quelquefois, de l’enfant à naître ou du bébé pas encore né, et à le faire sans restriction oratoire et sans ironie.

Pendant quelque 12 semaines après le stade de la viabilité, quelques-uns de ces petits êtres sont dehors, soignés par le pédiatre et par tout le monde comme des bébés ; et d’autres sont encore dedans, enchevêtrés avec leur mère et soignés, dans certains cas, par des gynécologues qui reconnaissent qu’ils ont deux patients. Et dans certains cas, selon la décision de la mère (en Amérique : en Chine ce sera le représentant du Parti), ils seront menacés de destruction par son avorteur (ou celui de l’Etat) en tant que simples fœtus. Quelle que soit l’étendue des droits dus en toute équité à la mère – et ils sont étendus – ceux-ci ne sont en rien une justification pour dénier à l’enfant qu’elle porte pendant ces douze semaines-là sa juste dénomination humaine : son bébé ou son enfant – dans un article important, Margaret Little appelle cela à un moment donné « être connecté à l’enfant dans son ventre ». Donc, je vous le suggère, écoutez : c’est le révélateur, en paroles, de l’épigraphe de cette conférence.

© John M. Finnis, via MercatorNet, source : The Public Discourse
Professeur de droit et de philosophy du droit à l'université d'Oxford, Professeur de Droit « Biolchini Family » à l'Université Notre Dame.


© leblogdejeannesmits pour la traduction.

09 juin, 2010

Peter Singer, bioéthicien primé par MicroSoft et ses semblables, se demande s'il ne faut pas en finir avec la race humaine

Peter Singer, l'Australien « spéciste » qui ne veut reconnaître comme personnes les nouveau-nés qu'à partir du moment où ils sont conscients d'eux-mêmes, vient de commettre une nouvelle outrance sur le blog « tribune libre » du New York Times. « Cette génération doit-elle être la dernière ? », demande le professeur à la prestigieuse université de Princeton. « Ne pourrions-nous pas nous mettre d'accord pour nous stériliser tous, alors pus personne ne serait contraint à des sacrifices – et nous pourrions faire la fête sur le chemin de l'extinction! »

Il s'interroge en fait longuement sur le degré de bonheur prévisible qu'il faut pour se risquer à faire entrer un nouvel enfant dans le monde, sachant qu'il peut être victime d'une maladie génétique grave et pas forcément détectable avant la naissance. Puis en appelle à un défenseur sud-africain du pessimiste par excellence, Schopenhauer : David Benatar qui vient de publier un « beau livre avec un titre qui interpelle : Il aurait mieux valu ne pas être, le dommage causé par l'existence. Cet auteur estime que le mal fait aux enfants qui souffriront gravement au cours de leur existence n'est pas compensé par la vie bonne qu'auront d'autres enfants si notre espèce continue d'exister. « Donc, la reproduction persistante causera de graves torts à certains enfants, et ne bénéficiera à aucun. » (Pour ma part, je n'ai pas compris le lien de cause  à effet.)

Il explique plus loin que la plupart d'entre nous vivons la plupart du temps avec des désirs inassouvis, et que si nous savions jauger nos vies dans leur ensemble nous n'infligerions jamais rien de semblable à autrui.

Commentaire de Singer : « Les gens qui souffriront le plus du changement climatique ne sont pas encore conçus. S'il n'y avait pas de générations futures, nous aurions beaucoup moins de motifs de culpabilité… »

La stérilisation universelle – une vue de l'esprit, reconnaît Singer, mais quand même ! – « ne fait de tort à personne puisque de toute façon il n'y aura plus personne pour se trouver dans une situation plus défavorable que la précédente ».

Singer achève sa tribune en assurant que choisir ainsi l'unique survie l'univers non conscient ne serait pas la bonne option. « Pour ma part, j'estime que pour la plupart, la vie vaut d'être vécue. » Mais il repose la question, lancinante : « La perpétuation de notre espèce se justifie-t-elle malgré notre certitude que cela apportera fatalement de la souffrance à d'innocents êtres humains à venir ? »

© leblogdejeannesmits.

08 juin, 2008

Mais quand Peter Singer parle de vieillards malades...

... le discours est moins empreint d'empathie.

Où l'on découvre une défense militante de l'arrêt des « soins futiles » et du désengagement de la société par rapport aux plus vieux et des plus faibles. A lire et à méditer ici.

A propos de “dignité animale”

Voir ici les félicitations de Peter Singer, en visite à Berne quelques semaines après l'adoption de cette loi qui renforce jusqu'à l'absurde les droits des animaux...

 
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