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25 juin, 2019

Synode pan-amazonien : réunion discrète de cardinaux et évêques pour promouvoir leurs idées progressistes

Je vous propose ici une traduction rapide de l'article publié aujourd'hui par Maike Hickson sur LifeSiteNews à propos des manœuvres en cours dans certains cercles romains pour faire accepter leurs projets progressistes. Entre autres : la fin du célibat sacerdotal, un régime indigéniste pour les prêtres d'Amazonie, l'ordination des femmes… Ci-contre, une photo de Mgr Erwin Kräutler, cité en fin d'article. – J.S.

Un groupe de cardinaux et d'évêques qui participent à la préparation du synode sur l'Amazonie et qui sont favorables à la suppression du célibat sacerdotal, et qui affichent d'autres positions progressistes contraires à l'enseignement catholique pérenne, se réunissent en toute tranquillité près de Rome en vue de préparer le prochain synode, a révélé aujourd'hui à LifeSiteNews une source bien informée.

Les principaux participants à cette rencontre sont les cardinaux Lorenzo Baldisseri, Claudio Hummes, Walter Kasper, Christoph Schönborn, ainsi que les évêques Franz-Josef Overbeck et Erwin Kräutler. Le professeur Wolf (Münster) et Josef Sayer, ami et conseiller du cardinal Oscar Maradiaga, sont également présents. Mme Doris Wagner-Reisinger - cette ancienne religieuse dont les accusations à l'encontre d'un fonctionnaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi ont récemment été rejetées par un tribunal du Vatican – est également présente.

Le vaticaniste Marco Tosatti vient de publier son propre article sur cette rencontre secrète, confirmant ainsi notre propre source indépendante. Edward Pentin, correspondant à Rome pour le National Catholic Register a également confirmé les informations concernant cette rencontre.

« Une réunion secrète pour discuter de la stratégie en vue du prochain synode amazonien et impliquant principalement des prélats et des intellectuels de langue allemande a eu lieu aujourd'hui dans un monastère à Rome. Cardinaux Hummes, Baldisseri, Kasper, Schoenborn, Schoenborn y ont participé, +Krautler, +Overbeck de Essen. D'autres infos bientôt », a-t-il tweeté aujourd'hui.

Les participants à la rencontre préparatoire sont en favorables à un plan progressiste au sein de l'Église.

• Le cardinal Baldisseri a joué un rôle clef dans la préparation des deux synodes sur la famille qui ont abouti à l'exhortation apostolique Amoris laetitia du Pape François qui a soulevé l'idée de donner accès aux sacrements à certains couples « remariés ». Baldisseri avait parlé au Dr Frédéric Martel des méthodes du synode : « Notre ligne était essentiellement celle de Kasper. »

• Le cardinal Claudio Hummes est en faveur des prêtres mariés pour la région amazonienne, et souhaite qu'ils soient indigènes. Il a déclaré en 2016 : « Il ne devrait y avoir que du clergé, des prêtres et des évêques indigènes, y compris certains sans formation académique. »

• Le cardinal Walter Kasper est l'homme qui avait promu l'idée de donner la Sainte Communion à certains divorcés « remariés » sans qu'ils aient à changer leur mode de vie.

• Le cardinal Schönborn a dit un jour qu'il pouvait imaginer des prêtres et des évêques de sexe féminin, et il y a quelques jours seulement, il a affirmé que la cause de la crise des abus sexuels n'était pas la révolution culturelle des années 1960 (comme le pape Benoît XVI l'a récemment affirmé), mais « la fixation excessive de l'Eglise sur le sixième commandement » ainsi que les « systèmes clos ».

• Le professeur Hubert Wolf a récemment affirmé que « le célibat sacerdotal est un facteur de risque en ce qui concerne les abus[sexuels] ». Face à la crise des abus, ce théologien appelle à des « changements fondamentaux », y compris en ce qui concerne « l'accès au sacerdoce »
.
• Mgr Franz-Josef Overbeck a récemment déclaré qu'après le Synode sur l'Amazonie, « rien ne sera plus pareil » dans l'Eglise. Il espère une remise en question de l'enseignement de l'Église sur la sexualité et l'accès au sacerdoce. Overbeck est l'expert des évêques allemands pour l'Amérique latine et responsable des dons destinés à cette région, via l'organisation caritative des évêques allemands Adveniat.

• Mgr Erwin Kräutler est favorable aux prêtres mariés et à l'ordination des femmes. Il va même jusqu'à prétendre que le pape François serait ouvert à la possibilité d'ordonner des femmes.

LifeSiteNews a contacté les cardinaux Kasper et Schönborn pour obtenir leurs commentaires. Nous mettrons à jour cet article au fur et à mesure que nous recevrons plus d'informations.

Maike Hickson


© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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15 juillet, 2017

La réponse aux Dubia : le cardinal Schönborn a-t-il validé la communion pour les divorcés remariés



Le jeudi 13 juillet, le cardinal Christoph Schönborn a donné une conférence à Dublin dans le cadre des activités de préparation de la Rencontre mondiale des familles organisée par l'Eglise catholique en Irlande en 2018. A cette occasion, il s'est permis – à la place du pape ?, en tant que porte-parole du pape ? – de donner sa réponse aux cinq Dubia soumis par les quatre cardinaux (Brandmüller, Burke, Caffarra et feu le cardinal Meisner) au pape François. C'est en tout cas ce qu'affirme Greg Daly du quotidien The Irish Catholic qui a tweeté, pendant que la conférence se déroulait : « A propos des Dubia, le cardinal Schönborn dit que l'on peut répondre “oui” à toutes les questions. Il a même dit qu'il l'a affirmé à l'un des cardinaux des Dubia. » Etant donné que l'une de ces questions portait sur le fait de savoir si un divorcé remarié n'ayant pas obtenu de déclaration de nullité de son mariage pouvait accéder en certaines circonstances à la communion, cette réponse positive confirme l'interprétation littérale d'Amoris laetitia qui  l'affirme de manière sournoise mais nette dans une note de bas de page.


Ce tweet, qui correspond manifestement à des notes prises au vol au cours de la conférence par le journaliste, n'a pas été démenti à ma connaissance à l'heure d'écrire ces lignes, ni par son auteur, ni par le cardinal.

La réponse aux Dubia suscités par l'exhortation post-synodale est attendue du pape François lui-même. Il semble tout à fait décidé à ne pas la donner, mais il n'a pas fait mystère  du fait que le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, est son porte-parole privilégié en la matière ; il a déjà renvoyé des journalistes qui posaient des questions sur Amoris laetitia aux écrits de Schönborn.

Les cinq questions (in extenso ici) peuvent être résumées ainsi :

1. Les personnes vivant dans un état d’adultère habituel peuvent-elles recevoir la sainte communion ? 
2. Existe-t-il des normes morales absolues qu'il faut respecter « sans exception » ? 
3. Est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ? 
4. L'enseignement suivant est-il encore valide, selon lequel, quel que soit le degré d'atténuation de culpabilité d'un individu du fait des circonstances, les dites circonstances ne peuvent transformer un acte intrinsèquement mauvais en un acte subjectivement bon
5.  L'enseignement de l'Église selon lequel en appeler à la conscience ne peut pas surmonter les normes morales absolues est-il toujours vrai ? ?

En bonne doctrine, elles attendent cinq réponses : dans l'ordre, non, oui, oui, oui et oui.

Comme le note Steve Skojec de OnePeterFive, les questions – sous cette forme condensée – sont tellement simples  qu'il ne faudrait pas plus de 30 secondes au pape François pour y apporter une réponse conforme à l'enseignement de l'Eglise (il pourrait même, ironise le journaliste, les donner depuis la cabine pressurisée d'un avion, environnement qui à l'évidence, « stimule la loquacité du pape »).

Mais s'il faut en croire Greg Daly, le cardinal Schönborn répond « oui » à cette première question, dont voici la retranscription complète, telle qu'elle a été posée dans les Dubia :

« 1.    Il est demandé si, en conséquence de ce qui est affirmé dans Amoris lætitia aux n. 300-305, il est maintenant devenu possible d’absoudre dans le sacrement de Pénitence et donc d’admettre à la Sainte Eucharistie une personne qui, étant liée par un lien matrimonial valide, vit more uxorio avec une autre personne, sans que soient remplies les conditions prévues par Familiaris consortio au n. 84 et réaffirmées ensuite par Reconciliatio et pænitentia au n. 34 et par Sacramentum caritatis au n. 29. L’expression “dans certains cas de la note 351 (n. 305) de l’exhortation Amoris lætitia peut-elle être appliquée aux divorcés remariés qui continuent à vivre more uxorio ? »

Le « oui » du cardial Schönborn rend incohérentes les réponses subséquentes. Si l'on répond « oui » aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième questions, la première ne peut en toute logique recevoir une réponse positive. Si l'on ouvre la porte à la communion des divorcés « remariés » qui continueraient de vivre dans l'adultère, n'ayant pas obtenu de déclaration de nullité pour tout mariage antérieur, le détricotage de la doctrine est tel qu'il faut bien dès lors affirmer qu'il existe des actes intrinsèquement mauvais, des « normes morales absolues, obligatoires sans exception » comme celles concernant le mariage qui ne sont plus considérées comme telles. Répondre « non » à la première question revient encore à interdire de dire de manière systématique qu'« une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ».

Même chose pour la validité de l'enseignement de Veritatis splendor qui affirme : « Les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête ou défendable comme choix », car dire possible l'accès de la communion à des divorcés remariés s'appuie précisément sur des conditions de circonstance ou d'intention. Le raisonnement est le même pour la cinquième question.

Avec Amoris laetitia, c'est bien le principe d'identité qui prend un coup que les adversaires de la vérité voudraient mortel puisque que les interprétations reviennent à dire que deux choses contradictoires peuvent être vraies en même temps et sous le même rapport, comme le démontre abondamment la réponse du cardinal Schönborn : les cinq « oui » sont impossibles en même temps (en vérité, les quatre questions qui suivent le premier des Dubia ne font que dérouler sous forme interrogative les conséquences logiques d'un premier « oui ») mais cela ne semble déranger personne parmi les partisans d'une « pastorale » déconnectée de la doctrine.

D'après l'article de Greg Daly, le cardinal Schönborn est allé au delà de ces remarques en soi contraires à l'enseignement traditionnel de l'Eglise. Il le cite comme ayant déclaré  que l'Eglise catholique fait tout ce qu'elle peut pour renforcer la famille, y compris des familles souvent considérées comme non traditionnelles. « Favoriser la famille ne signifie pas de défavoriser d'autres formes de vie – même les personnes vivant au sein d'un partenariat de même sexe ont besoin de leurs familles », a-t-il déclaré de manière assez ambiguë, car s'il ne fait pas de doute que chaque personne s'insère dans une famille par la filiation et en a besoin,  cela laisse sous-entendre que la « famille » homosexuelle remplirait ce rôle.

Le cardinal Schönborn a soutenu que le nombre des « dénommées situations irrégulières » (l'expression est de Greg Daly mais figure plusieurs fois dans Amoris laetitia)  a énormément augmenté en raison des « grands changements du cadre de la société » : alors que chacun peut se marier, « ils sont très nombreux à choisir de ne pas le faire ». Et d'ajouter : « Mais n'oublions pas que le mariage, tel que nous l'avons aujourd'hui, est un privilège qui était assez rare au cours des siècles passés, où un tiers au plus de la population pouvait se marier. » Le cardinal a rappelé la situation dans ce qu'on appelle aujourd'hui la République tchèque, au temps de l'empire autrichien, où les servants et servantes n'avaient pas le droit de se marier. Mais il faudrait ajouter, si la chose est vraie, qu'il ne s'agit pas là d'une loi de l'Eglise mais d'un abus de pouvoir qui méconnaît les droits fondamentaux de l'être humain.

La conclusion que Schönborn en tire est de ce fait sans objet : « Amoris laetitia vous dit que le mariage et la famille sont possibles aujourd'hui », comme s'ils ne l'étaient pas jadis et ce en raison de la rigueur de la loi de l'Eglise. Selon lui – rapporte Daly –, la réception de l'exhortation doit se faire au terme d'un long processus à travers des négociations et des discussions.

Le cardinal Schönborn en a profité pour décocher une flèche en direction des cardinaux des Dubia, qu'il a accusés de manière vive (voir ici sur le site du Catholic Herald), alors que le cardinal Meiser, mort au début du mois, n'étais pas encore enterré. « Que des cardinaux, qui devraient être les plus proches collaborateurs du pape, tentent de lui mettre la pression et de l'obliger à faire une réponse publique à leur lettre largement diffusée constitue un comportement absolument inconvenant », a-t-il dit selon Greg Daly. Schönborn a précisé lors d'une rencontre avec la presse : «  Je crains ceux qui ont des réponses rapides et claires en politique et en économie, mais aussi en religion. Les rigoristes et les laxistes ont des réponses claires et rapides, mais ils oublient de regarder la vie. Le rigoriste évite l'effort du discernement, de regarder la réalité de près. Le laxiste laisse filer tout ce qu'il peut, il n'y a pas de discernement. Ils sont les mêmes, mais à l'opposé. » Blanc et noir se rejoignent dans la pensée moderne !

Evoquant devant les journalistes le chapitre 8 d'Amoris laetitia, à propos des divorcés « remariés », le cardinal Schönborn a dénoncé la manière d'aborder le sujet : « Le plus souvent, le sujet est réduit à une seule question : “Peuvent-ils recevoir la communion ? Oui ou non !”  Le pape François a dit : “C'est un piège !” En se focalisant sur cette seule question l'objet principal d'Amoris laetitia est oublié : regardez de près et discernez. »

A propos de ce «  discernement pastoral »,  le cardinal a déclaré que, au vu de l'immense diversité des situations qui peuvent  exister pour des couples rencontrant des difficultés, « il est compréhensible qu'on ne puisse attendre ni du synode ni de cette Exhortation qu'ils apportent une nouvelle série de règles générales, canoniques par nature et applicables à tous les cas ».

Cette réponse, qui rejette l'existence de la norme absolue ou à tout le moins son applicabilité à chacun, est parfaitement cohérente avec les cinq « oui » attribués au cardinal.


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17 avril, 2016

L’accès aux sacrements des divorcés remariés a-t-il changé ? « Je peux dire oui. Point. », dit le pape François. « Lisez le cardinal Schönborn ! »

Y a-t-il un changement de la « discipline » de « l’accès aux sacrements » des divorcés « remariés », Amoris laetitia. Il ne sera plus possible d’arguer que le pape s’est contenté, dans ce texte long et propre à semer la confusion, de rappeler la doctrine en encourageant les fidèles en situation « dite irrégulière » (ce sont les mots d’Amoris laetitia) à se rapprocher de plus en plus de la vie « en Eglise ».
avec de « nouvelles possibilités quin'existaient pas jusqu'ici » ? « Je peux dire oui. Point. » : en quelques mots dits avec force, répondant à une question de journaliste lors du point presse dans l’avion qui le ramenait de Lesbos, le pape François a levé les ambiguïtés de l’Exhortation post-synodale
Non, là, c’est clair et net, et d’autant plus que le pape François a invité à s’en référer à la présentation de l’Exhortation faite par le cardinal Schönborn de Vienne : « Mais ce serait une réponse trop courte. Je vous recommande à tous de lire la présentation qu'a faite le cardinal Schönborn, qui est un grand théologien qui connaît la doctrine de l’Eglise », a déclaré le pape François. 
En l’espace de quelques mots le pape a déclenché un séisme dans l’Eglise. Il ne faut pas se méprendre sur la portée de cette annonce d’un « changement » : à beaucoup d’égards, notre génération, trop jeune pour connaître Vatican II, mais qui se souvient, et combien, de la révolution liturgique qui lui a fait suite, retrouve une situation similaire où Rome ne semble plus être dans Rome.
Mais pour que tout soit bien clair, il faut rappeler que personne, pas même le pape, ne peut modifier l’enseignement que transmet l’Eglise, gardienne du dépôt de la foi confié aux apôtres. Il ne faut pas non plus en conclure que le pape ne serait pas le pape : ses exhortations relèvent du magistère ordinaire qui ne bénéficie pas de l’infaillibilité, et ses libres propos quelque part en altitude – ce ne sont pas les premiers du genre, mais ce sont cette fois les plus évidemment contraires à la tradition de l’Eglise – ne font pas autorité. N’en soyons donc pas ébranlés.
En revanche, il importe plus que jamais de rechercher la vérité, et d’essayer de l’exposer et de la rappeler avec respect et fermeté. Dans les semaines qui viennent, on peut espérer que des évêques et des cardinaux le feront. En attendant, aucun catholique n’en est dispensé.
Qu’avait donc dit le cardinal Schönborn, jadis classé parmi les conservateurs mais qui, plus récemment, a invité l’Eglise à embrasser les « éléments positifs » des unions homosexuelles, lors de la présentation d’Amoris laetitia qui lui avait été confiée aux côtés du cardinal Baldisseri ? Ses propos que l’on pouvait jusqu’ici aborder de manière plus détendue ont acquis un poids plus lourd, les voici :
Naturellement cela pose la question : que dit le pape par rapport à l'accès aux sacrements pour les personnes vivant en situation « irrégulière » ? Le pape Benoît XVI avait déjà dit qu'il n'y a pas de « recettes faciles » (Amoris laetitia 298, note 333 ». Le pape François redit la nécessité de discerner la situation avec soin, dans la continuité de Familiaris consortio de saint Jean-Paul II (84) (AL 298). «  Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations. En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu. » (AL 305). Il nous rappelle également une phrase importante d’Evangelii gaudium, 44 : « Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés » (AL 305). Dans le sens de cette « via caritatis » (AL 306), le pape affirme, d'une manière humble et simple, dans une note (351) que l'aide des sacrements peut également être donnée « dans certains cas ». Mais à cette fin il ne nous propose pas d'études de cas ni de recettes, mais au lieu de cela nous rappelle simplement deux de ses phrases les plus célèbres : « Aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » (EG 44), et que l'Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » (EG 47).
 Est-ce un défi trop lourd pour les pasteurs, pour les guides spirituels et pour les communautés si le « discernement des situations » n'est pas régulé de manière plus précise ? Le pape François reconnaît l'existence d'une inquiétude : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion. » (AL 308). Cependant il remet cela en question, remarquant que « Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile » (AL 311).
C’est beaucoup d’importance accordée au cours d’une conférence de presse à une petite note en bas de page dans un document de plus de 250 pages adressé à l’ensemble des pasteurs catholiques et des fidèles mariés qui forment la majorité du « troupeau » dont le pape François a la charge. Cette petite minorité, parmi les divorcés « remariés », qui peuvent vouloir revenir à la pratique religieuse – appelés qu’ils sont à la conversion, et sûrs de recevoir les grâces nécessaires pour répondre à cet appel, si seulement ils le veulent réellement – mais qui ne veulent pas pour autant renoncer à leur seconde union, justifiait-elle que l’on en fasse l’un des points centraux des synodes sur la famille ?
Il est vrai que le pape François a tout fait pour cela, et on a pu suivre pas à pas les diverses manœuvres qui ont fait de la « communion des divorcés remariés » l’un des thèmes les plus médiatisés à propos du synode et des informations relatives à l’Eglise depuis que le cardinal Kasper a lancé son « ballon d’essai » en février 2014 au consistoire des cardinaux.
Dans son intervention très préparée, très étudiée, le cardinal Schönborn a donc voulu mettre l’accent sur cela, à l’entière satisfaction du pape. Et il a tenu à souligner que le pape n’était pas d’accord avec ceux qui préfèrent « un soin pastoral plus rigoureux ». Affirmer la doctrine de l’Eglise de manière rigoureuse, c’est-à-dire exacte, c’est donc faire preuve d’excès, de rigorisme, comprend-on. A leur intention, on brandit volontiers la parabole du « fils prodigue » : les voilà catalogués comme des « fils aînés » incapables de comprendre ni d’accepter la bonté du Père !
Et pourtant, le fils prodigue, lui, avait déjà radicalement rompu avec sa vie dissolue, et s’il aspirait à l’amour de son père, il ne pensait pas y avoir « droit » de revenir à la table familiale, alors même qu’il avait déjà changé de conduite…
Ici il faut rappeler que les papes et à travers eux les pasteurs que le Christ nous a donnés ont reçu le pouvoir de dispenser sa Miséricorde, d’absoudre les péchés, de parler au nom de l’Eglise : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les Cieux ; tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans les Cieux. »
Mais ce pouvoir n’est pas absolu : il doit s’exercer en cohérence avec le dépôt de la Foi. Et sur la question du mariage, le Christ Lui-même dit avec une clarté tranchante : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare point. »
Autrement dit, un mariage validement conclu par les époux eux-mêmes, par un vœu fait devant Dieu, ne peut être dissous par aucune autorité. Et pour ce qui est de dire que pour une raison ou une autre il n’a jamais existé, cela ne peut être subjectivement décidé dans le secret du « for interne » ou de la discussion avec un directeur spirituel – sans préjuger des intentions ou de la culpabilité personnelle des intéressés. Tant que le premier mariage existe du fait que les époux sont tous les deux en vie, ou qu’il n’a pas été déclaré nul à l’issue d’une procédure dont l’objectif est de rechercher la vérité, les époux sont liés par lui et ne peuvent contracter un nouveau mariage.
Saint Jean-Paul II, dans Familiaris consortio, exposait très clairement qu’en cas de nouvelle union irrégulière, l’accès à la communion est impossible :
L'Eglise, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l'Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d'y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d'amour entre le Christ et l'Eglise, telle qu'elle s'exprime et est rendue présente dans l'Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si l'on admettait ces personnes à l'Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l'Eglise concernant l'indissolubilité du mariage.
Les raisons ne sont pas disciplinaires, ni « sociales » même si l’exemple donné n’est pas négligeable : elles sont théologiques.
Elles sont en rapport avec la réalité de l’Eucharistie à laquelle le mariage sacramentel est étroitement lié, avec la notion de liberté, de péché, d’état de grâce, du sens du sacrifice et de la souffrance « pour le Royaume ».
Mais pour le cardinal Schönborn, il est temps de passer à autre chose. Il a déclaré au vaticaniste Edward Pentin qu’Amoris laetitia a adopté l’approche qui est déjà la sienne dans son diocèse, et qui permet à certains divorcés « remariés » d’avoir accès aux sacrements après un processus de discernement qui porte sur plusieurs questions. On a ainsi entendu parler, au long du processus synodal, de l’absence de haine ou de rancœur à l’égard de l’époux ou de l’épouse dont on a divorcé, la prise en compte de ses besoins et de ceux des enfants.… Pour le laïc ordinaire qui est dans l’air du temps, il s’agit en somme de « discerner » si le divorce s’est « bien » passé, le moins douloureusement possible, ce qui peut être intéressant lorsqu’il n’y a absolument aucune conciliation possible entre les partenaires et qu’il y aurait danger, pour cause de violence par exemple, à demeurer ensemble… mais cela ne justifie pas une nouvelle union.
Au cours de son entretien avec Pentin, le cardinal Schönborn avait précisé : « Nous connaissons tous de nombreux prêtres » qui permettent à des divorcés remariés de communier « sans discussion et sans interrogation, et c’est un fait (…) difficile à gérer pour un évêque ».
Donc, on va faciliter la gestion en créant des conditions à la marge qui autorisent en quelque sorte à se faire justice à soi-même.
Mais attention, ce ne sera pas la pratique universelle de l’Eglise : ce que font les Allemands ou les Autrichiens, les « conservateurs » africains ne sauraient l’admettre, c’est tout le sens des solutions différenciées admises dans Amoris laetitia au nom de l’« inculturation »… Dire que cela n’est pas « catholique », c’est évidence même.
Ce qu’il y a de curieux, c’est que personne ne semble s’interroger sur la régularité ni même sur l’existence de la seconde union des divorcés « remariés ».
Pour parler cru : pour un catholique, les seuls actes sexuels autorisés sont les actes conjugaux accomplis au sein d’un mariage et dans le respect de leur signification de don total et exclusif, ouvert à la vie. Cela est garanti par les vœux échangés par les époux qui se promettent fidélité jusqu’à la mort et obtiennent ainsi que leur union soit bénie de Dieu. Tout acte sexuel accompli en dehors du mariage constitue objectivement la matière d’un péché grave, qui peut être absous dans le cadre de la confession sacramentelle. Si ce péché est en quelque sorte « institutionnalisé » au sein d’un « remariage » après divorce, dont les partenaires n’ont nulle intention de sortir, l’absolution devient impossible du fait de l’absence de volonté de rompre avec cette situation de péché affirmée qui plus est à la face du monde.
Les divorcés « remariés » – et il s’agit bien dans cette insupportable controverse de personnes qui n’ont pas pour divers motifs obtenu la reconnaissance de la nullité de leur premier mariage – se trouvent par définition au sein d’une union illégitime (et non seulement « dite irrégulière » comme le dit Amoris laetitia). Au regard de l’Eglise, ce sont des concubins qui sont dans l’impossibilité de se donner le sacrement de mariage.
Tout cela est si vrai que, lorsque les circonstances le justifient, ils peuvent continuer de vivre sous le même toit mais ne peuvent rectifier leur situation – quand le ou les mariages de part et d’autre n’ont pas été dissous ou déclarés nuls – qu’en s’engageant à ne pas avoir de rapports sexuels : à vivre « comme frère et sœur ». Décision admirable à dire vrai, car elle rend pleinement témoignage à la réalité du sacrement et à la volonté de se conformer à la loi divine.
Mais Amoris laetitia s’écarte de cette « voie étroite », la disant trop difficile, dans une scandaleuse relecture de Gaudium et spes qui évoquait la continence entre époux dans le cadre de la régulation naturelle des naissances…
En admettant que des divorcés « remariés », vivant comme mari et femme et usant des actes propres au mariage, de manière institutionnalisée et sans intention de modifier cet était de fait, puissent accéder à la communion, il s’agirait donc en quelque sorte de régulariser l’union… Mais alors comment ? Par une bénédiction ? Un « remariage » sacramentel ? Impossible. La solution adoptée (en toute cohérence pour le coup) dans l’Eglise orthodoxe contredit la doctrine catholique. Alors, est-on en train de reconnaître l’union civile entre catholiques divorcés comme produisant les effets d’un mariage sacramentel ?
J’attends vraiment qu’on m’explique.

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