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05 juillet, 2014

Une nouvelle affaire d'arrêt de soins devant la justice

C'était ce soir, en urgence, devant le tribunal administratif de Paris. Me Jérôme Triomphe plaidait un « référé-liberté » pour obtenir qu'un homme de 73 ans, gravement malade – mais pas forcément mourant – obtienne la dialyse dont il a besoin pour sous peine de mourir dans un délai qui pourrait être court.

Hospitalisé en réanimation pour la deuxième fois depuis le début de cette année dans un grand hôpital parisien, cet homme souffre de diverses affections graves. Une nouvelle dialyse pourrait provoquer, compte tenu de son état général, un infarctus. Il y a quatre jours, l'équipe qui le soigne, sous la responsabilité du chef de service, a décidé de ne pas lui donner ce traitement nécessaire à sa survie. Au motif que son état général est trop mauvais, que ses affections sont « irréversibles ». Seuls lui seront donnés les soins palliatifs qui doivent lui assurer une mort aussi douce que possible.

Mais voilà : cet homme est conscient. Devant le juge des référés – soucieux de juger « en humanité » autant que faire se peut – on s'est interrogé sur la volonté de ce patient, qui aux termes de la loi Kouchner sur le droit des patients et de la loi Leonetti sur la fin de vie, doit décider, souverainement en quelque sorte, de la poursuite ou non des traitements.

La famille du malade, venue d'Israël où elle a émigré tandis que le père de famille lui-même avait choisi de rester en France, s'est insurgée contre le fait que, sans avoir été consultée, elle ait été mise devant le fait accompli de l'arrêt du traitement qui lui permet de vivre. Elle ne l'a su que deux jours plus tard. Et elle soutient, video à l'appui enregistrée à 17 h vendredi, que le malade veut recevoir soins et traitements, quitte à être transféré vers Israël où la pratique consiste à soigner, toujours. Les réponses du patient aux questions précises ne laissent en effet guère de place au doute.

De son côté, le professeur chef de service a expliqué que vendredi matin, il avait lui-même pris soin de mener cette conversation difficile avec le malade, lui disant que s'il décidait de ne pas poursuivre la dialyse, il serait entouré et accompagné vers la mort. Le malade, témoigne le professeur, acquiesça.

Voilà qui soulève d'épineuses questions. Jusqu'où faut-il aller dans les traitements médicaux ? Les médecins laissent-ils toujours la chance à la vie, quand elle existe ? Dans un contexte où la bioéthique fait bouger les frontières entre « soins utiles » et « soins futiles », où en sont les médecins confrontés aux cas réels ? Comment marquer la frontière entre le traitement qui fait « trop » souffrir pour être raisonnablement entrepris et celui qui pourra ajouter des jours aux jours et des mois aux mois ?

En réalité, on ne saurait, sans être totalement au fait du dossier et avoir une connaissance précise du patient, avoir un avis totalement tranché. Mais dans cette affaire le malade, tout en affirmant que ses traitements sont lourds, voire difficiles à supporter, a clairement dit qu'il voulait vivre.

Ecouter ce que veut le patient, ne pas chercher à le décourager, c'est sans doute cela que doit faire la médecine. Mais aussi l'administration hospitalière – et voilà toujours, en filigrane, la question des coûts…

Quelle est la part, dans une telle décision médicale, de cet élément-là ? Aux Pays-Bas – dans un contexte d'euthanasie légale – certains soins ne sont plus donnés aux personnes très âgées ou très malades, quand cela ne sert plus à rien. Logique utilitariste qui séduit à l'heure où les possibilités thérapeutiques sont de plus en plus nombreuses, et souvent de plus en plus chères.

Dans cette affaire, aux dires du médecin, il n'y a justement plus de possibilité thérapeutique. On ne prolonge pas la vie à tout prix. Mais d'un autre côté, en privant le malade de la dialyse on l'envoie avec certitude vers la mort… alors même qu'il a fait preuve, depuis son premier séjour de deux mois en réanimation au début de l'année, d'une exceptionnelle résistance ?

Au final – et ce ne doit pas être fréquent, sans doute est-ce même une forme de première – le juge a conduit les parties à s'entendre sur une décision rédigée en quelque sorte collectivement. Le malade bénéficiera de toutes les analyses et de tous les soins nécessaires à l'évaluation de son état et de son maintien en vie, en attendant qu'il puisse clairement exprimer sa volonté en présence des parties qui s'opposent et s'il le faut, devant le juge qui se déplacera à cette fin. Et s'il veut être transféré dans un hôpital où il sera traité, ou vers Israël, il sera soigné de manière à ce que cela se fasse dans les meilleures conditions.

C'est en somme ce que dit la loi : le malade doit recevoir les meilleurs soins possibles, et c'est lui qui décide de les recevoir, ou non.

Le transfert sera aux frais de la famille, bien sûr, a rappelé la direction de l'hôpital où il se trouve, qui dépend de l'APHP (assistance publique-hôpitaux de Paris).

L'insistance sur ce point éclaire à sa manière le dossier.

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© leblogdejeannesmits



05 août, 2011

Refus de soins pour « prolonger » la vie : en Italie, un nouveau cas met la pression

Le Salon beige a déjà reproduit de larges extraits de cet article publié dans Présent daté du 6 août. Je le remets ici sur mon blog car il est à verser au dossier des pratiques à la marge de l'euthanasie qu'il faudra bien éclaircir davantage un jour.

C’est un cas si compliqué que la presse française n’y a rien compris. Une femme de Trévise, témoin de Jéhovah, âgée de 48 ans et atteinte d’une grave maladie dégénérative, provoque actuellement une polémique en Italie par sa demande de ne recevoir aucun traitement médical, quitte à en mourir. C’est en janvier dernier qu’elle a obtenu du juge des tutelles du tribunal de Trévise, Clarice di Tullio, un décret l’autorisant à refuser tout médicament capable de la maintenir en vie ; son mari se voyait octroyer le même droit en tant que personne désignée comme « administrateur de soutien ».

Il ne s’agit donc pas du tout  de la « maintenir artificiellement en vie », comme le dit la presse française, – d’ailleurs sa vie ne serait actuellement pas en danger – mais de lui permettre de refuser les médicaments – même une aspirine si celle-ci était en mesure d’éviter son décès.

La patiente a déjà refusé une trachéotomie et une transfusion.

Et elle a déclaré par « testament de vie » (actuellement non réglementé par le droit italien) : « Je ne veux pas que ma vie soit prolongée si les médecins sont raisonnablement convaincus que mon cas est sans espoir. »

Ce qui va loin en effet, permettant un refus global de tous soins, sans que l’on sache si cela concerne la nourriture et l’hydratation, qui seuls sont dus même si les soins médicaux sont arrêtés, ou refusés par le patient.

Le décret du juge di Tullio « voudrait concourir à introduire le suicide assisté et programmé que notre ordre juridique ne permet pas. Seul le Parlement peut prendre des décisions aussi importantes, j’espère qu’il ne le fera jamais », a dénoncé le ministre du Travail Maurizio Sacconi, catholique affirmé.
Argument balayé par Massimo Cozza, du syndicat de médecins CGIL Medici (gauche) : « Ce jugement ne constitue pas une aide au suicide assisté et programmé, mais une garantie du respect des volontés exprimées comme le prévoit le code de déontologie des médecins. »

Le 12 juillet dernier, la Chambre des députés a voté une loi pro-vie interdisant le recours à l’euthanasie et introduisant la possibilité d‘établir une sorte de testament biologique, tout en disposant que l’alimentation et l’hydratation ne peuvent jamais être suspendues, sauf lorsqu’elles « ne sont plus efficaces ou adaptées aux conditions de vie du patient », ce qui traduit exactement l’exigence de ne pas porter atteinte volontairement à la vie.
Si cette loi est approuvée par le Sénat, la situation de la Trévisienne pourrait être modifiée car c’est alors le médecin qui exercerait l’autorité de tutelle en ce qui concerne les médicaments à administrer. Ce qui devrait lui revenir de droit, estime le bioéthicien Francesco d’Agostino.

Dans cette affaire assez confuse, on notera au moins ceci : les médias l’utilisent pour promouvoir le droit de se laisser mourir sans se poser de questions précises sur les soins qu’il est légitime, ou non, de refuser.

www.present.fr.

D'autres informations sur leblogdejeannesmits.

17 mai, 2010

Suède : distinguer entre euthanasie et arrêt des soins

L'affaire de la Suédoise paraplégique qui a obtenu le débranchement de son respirateur au titre de son droit de refuser des soins a provoqué quelques commentaires contradictoires.  Le Salon beige a parlé d'« assassinat légal » ce qui ne me paraît pas justifié. Je reçois du Docteur Jean-Pierre Dickès, président de l'ACIM (Association catholique des infirmières, médecins et professionnels de santé) la mise au point suivante :
La grande presse a mis en exergue le cas d’une Suédoise qui avait reçu l’autorisation dans son pays d’une « euthanasie passive ». Elle était dépendante d’un appareil respiratoire branché sur la trachée artère, un entraînement systolique du cœur, une alimentation par perfusions, sondes, extraction manuelle des selles. Elle demande à être débranché ce qui lui a été accordé par les instances médicales supérieures de son pays. Jeanne Smits estime que cette personne se trouvait dans un cas d’acharnement thérapeutique (soins disproportionnés) et que sa demande était tout à fait légitime (Présent du 7 mai). Nous ajoutons que l’ACIM rejette formellement le terme d’euthanasie passive diffusé par la grande presse.
Tout médecin sait qu’un jour il ne pourra plus lutter pour soigner son malade. Il doit rendre les armes, se contentant tout simplement d’humaniser la mort et la rendre aussi supportable que possible. Il n’y a nullement d’euthanasie. Nous rappelons d’ailleurs la position de Pie XII sur la question. Nul n’est tenu à recevoir (pour le patient) et à donner des soins extraordinaires (pour les médecins), dont l’issue péjorative est fatale et imminente à court ou moyen terme. Ce ne saurait être de l’euthanasie.
Alors in fine Jeanne Smits de poser la question de savoir et de dire le pourquoi du terme d’euthanasie passive. Tout simplement pour faire croire aux médecins qu’ils pratiquent déjà l’euthanasie et que les patients sont déjà habitués à cette notion. Le stade suivante étant bien sûr l’euthanasie active, c'est-à-dire l’assassinat des patients par la seringue de l’infirmière ou du médecin comme dans l’affaire Humbert et Sébire. Il s’agit simplement de glisser d’un mot vers l’autre.
Merci au Dr Dickès pour ces précisions.

Je rappelle que sont toujours dus, sauf dans la mesure où ils causeraient un inconfort inacceptable ou n'apporteraient plus aucun bien au patient en raison de l'imminence du décès, les « soins ordinaires » disponibles : nourriture, hydratation, soins de confort – abri, chaleur, etc… On parle correctement d'euthanasie par omission lorsque l'arrêt de l'alimentation est décidé en vue de provoquer le décès qui ne surviendrait pas autrement. Arrêter un soin « extraordinaire » consiste à arrêter le soin qui empêche le malade de mourir de sa maladie.

Le vote solennel de la loi sur l’aide à mourir, dans l’oubli de l’essentiel

La loi sur l’aide à mourir sera solennellement votée mardi, dans l’oubli de l’essentiel   A deux jours de l’adoption solennelle de la loi su...