Affichage des articles dont le libellé est Fisichella. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fisichella. Afficher tous les articles

15 octobre, 2010

Le Nobel pour l'IVF, l'Académie pontificale pour la vie, et le père abbé de Montserrat : messages brouillés sur la culture de vie

Robert G. Edwards, « père » de la fécondation in vitro (FIV), et par ce biais de la naissance de quelque 4 millions de bébés dans le monde, a donc été jugé digne du prix Nobel. L'affaire ayant été largement commentée par ailleurs dans les médias et dans la blogosphère française, je me borne ici à noter cet événement d'une pierre noire. Il faut avoir le courage de reconnaître que, malgré le bonheur que la fécondation peut et a pu apporter à des couples stériles, la fabrication d'êtres humains dans des éprouvettes présente de multiples dangers (porte ouverte à la recherche sur les embryons, au tri embryonnaire, à la chosification de l'être humain) tout en étant en soi une pratique inacceptable, quels que soient les donateurs des gamètes utilisés, du point de vue de la dignité de l'homme.

L'Eglise catholique est seule à dire cela et elle se fait pour cette raison vilipender et ridiculiser.

Mais l'avenir risque, cruellement, de lui donner raison : quelles seront les séquelles de ces pratiques inhumaines sur le plan psychologique, et quelles seront ses séquelles sanitaires que la science actuelle laisse déjà deviner ? Risques accrus de malformations, de stérilités, etc., sont déjà constatés chez les bébés éprouvettes. On commence à comprendre que dans une fécondation normale, l'ovule « choisit » le spermatozoïde qui le fécondera ; on commence à comprendre que l'environnement chimique où se produit la fécondation modifie profondément les spermatozoïdes pour permettre leur maturation en vue de la fécondation. Bref, c'est tout une alchimie qui précède et accompagne l'apparition d'une nouvelle vie et nous ne savons pas les conséquences à long terme du parti pris de l'ignorer…

Michael Cook de BioEdge souligne cette semaine qu'un des membre du comité d'attribution du prix Nobel commentait tranquillement la semaine dernière que tous les problèmes éthiques se rapportant à la FIV avaient été « résolus » il y a des décennies. Il s'en étonne, et cela se discute en effet…

Donc, l'Eglise parle clair sur cette question. Mais pas toujours. Le nouveau président de l'Académie pontificale pour la vie, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, a fait une critique bien faible de la scandaleuse récompense offerte à Robert G. Edwards. Yves Daoudal a décortiqué l'affaire de manière définitive sur son blog et plus encore dans Daoudal-Hebdo. A lire absolument.

C'est un message bien brouillé qu'envoie l'Académie pontificale pour la Vie (ce qui a pu faire dire en substance à l'un de ses membres, Mgr Michel Schooyans, qu'on voulait la peau de cette institution). Son ancien président, Mgr Rino Fisichella, qui avait ouvert une porte à « l'avortement thérapeutique », en a été limogé… Mais non sans refuser le fauteuil épiscopal de Sienne qui ne garantit pas l'obtention du chapeau de cardinal. Il est le premier président du tout nouveau conseil pontifical pour la Nouvelle évangélisation, dont il a présenté le Motu Proprio de création le 12 octobre. On doit sans doute se réjouir qu'il ait présenté la promotion du Catéchisme de l'Eglise catholique comme primordiale, assurant toutefois que celui-ci est « un des fruits majeurs de la ligne conciliaire, car il rassemble harmonieusement tout le patrimoine dogmatique » : on peut dire pour le moins que le fruit a mis du temps à mûrir. Et rappeler que Fisichella lui-même n'a jamais clairement rectifié sa note indulgente pour les avorteurs dans L'Osservatore Romano (n'appelons pas « Lettre » ce texte dont il y a fort à parier que sa destinataire, la petite fille de Recife avortée de ses jumelles, ne l'a jamais lu). Il a même, selon des membres très respectables de l'Académie pontificale pour la vie, fait modifier la clarification doctrinale de la Congrégation pour la doctrine de la vie dans un sens plus favorable à sa personne. Non, je ne peux pas avoir confiance en Mgr Fisichella…

S'y ajoute la polémique suscitée par Mgr Jacques Suaudeau, lui aussi de l'APV, qui avait du plusieurs fois rectifier dans La Nef des déclarations plus qu'ambiguë sur « l'avortement médical » : vous trouverez tous ces textes sous le libellé « Recife » dans ce blog.

La confusion continue – cette fois ce n'est plus à l'APV – avec la récente déclaration du père abbé de Montserrat, prestigieuse abbaye catalane, qui au cours d'une causerie publique organisée par le Forum Europa Tribuna Catalunya s'est dit « pour la vie en tant que croyant », et qui a dénoncé la nouvelle loi d'avortement espagnole en ce qu'elle ouvre un droit à l'avortement. Mais il a ajouté que dans un état démocratique, si des avortements sont effectivement pratiqués, il fait bien les « réguler ». Autrement dit, les légaliser.

Sur l'excellent blog de Luis Fernando Perez Bustamante d'InfoCatolica on peut lire le salutaire coup de gueule de l'auteur qui supplie l'autorité ecclésiastique de sanctionner et de rectifier, notant que cette prise de position d'une des abbayes bénédictines les plus connues d'Espagne semble venir à point – dans le sens contestataire – pour préparer la très proche venue de Benoît XVI en Espagne et plus particulièrement à Barcelone.

« L'Eglise n'est pas un lieu où l'on peut prendre des positions opposées sur les thèmes graves. Le magistère a toujours été radical en ce qui concerne l'avortement. On ne peut d'aucune manière permettre l'existence d'un cadre légal qui le régule pour le permettre en une, plusieurs ou beaucoup de circonstances », note Perez Bustamante. « Nous ne pouvons pas dire au Pape et à la curie ce qu'ils ont à faire. Cela ne nous appartient pas. Mais nous leur demandons, si, de faire quelque chose, et de le faire vite, avant que le Saint Père ne vienne en Espagne, en Catalogne, à Barcelone. S'il n'en était pas ainsi  nous autres fidèles, qui combattons de toutes nos forces contre toute loi qui permette l'avortement, nous nous sentirions abandonnés, oubliés et dévalorisés. »


© leblogdejeannesmits.

11 mars, 2010

Affaire Fisichella : vifs échanges entre Christine de Vollmer et le porte-parole du Vatican

Christine de Marcellus Vollmer, l'un des auteurs de la déclaration initiale demandant la démission de Mgr Fisichella de la présidence de l'Académie pontificale pour la vie, a demandé il y a quelques jours au Père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, de rectifier la manière « fausse » dont il a présenté et condamné leur démarche.

« Il ne s'agissait par d'une “requête” au Saint-Père » qui dispose de la prérogative exclusive de nommer le président et les membres de l' Académie pontificale pour la vie (APV), souligne sa lettre au P. Lombardi. « Notre déclaration faisait la lumière sur des faits importants et elle corrigeait la fausse image d'unité présentée à la presse le 12 février par notre président ».

Mme de Vollmer souligne ensuite que Mgr Fisichella avait réservé une part importante de son discours d'ouverture à assurer que les « Clarifications » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi donnaient raison à son article du 15 mars 2009 dans L'Osservatore Romano, « montrant aux académiciens qu'il continue d'avoir la ferme conviction que les médecins peuvent décider quand un avortement direct peut être pratiqué dans les “cas difficiles” ».

Elle rappelle que ces « Clarifications » publiées en juillet 2009 avaient pleinement rappelé l'enseignement de l'Eglise sur le caractère sacré de la vie, ce qui de l'avis de tous avait clos l'affaire.

« Mais lorsque, à notre grande consternation, le président de l'APV en est arrivé à dire que son article avait été “approuvé” par la Congrégation pour la doctrine de la Foi, il est devenu évident que le danger de confusion se présentait de nouveau pour les catholiques. Notre déclaration a eu pour effet de faire comprendre aux fidèles qui œuvrent pour la défense de la vie humaine innocente qu'il ne parlait pas pour l'APV dans sa totalité. »

Et de lui demander « formellement de rectifier la fausse image donnée de » leurs actions.

Le père Lombardi a réagi vivement en dénonçant que cette lettre, qui lui avait été adressée, avait été en même temps communiquée à divers sites internet. Il récuse notamment l'accusation de  Mme de Vollmer à propos de la manière dont il avait commenté des paroles du Pape lors de sa visite en Afrique. Selon Sandro Magister, ces paroles du P. Lombardi, qui laissaient entendre que l'Eglise ne condamnait pas l'avortement thérapeutique dans certains cas, ont été incorrectement rapportées par la presse. Il a formellement réaffirmé la doctrine classique de l'Eglise à propos de l'avortement dit « thérapeutique » alors, et s'étonne que la version par lui démentie puisse circuler encore un an après.

Le P. Lombardi redit à titre personnel qu'il juge « inconvenante » la publication d'une lettre qui lui était personnellement adressée, « ce qui n'est pas conforme au service de l'union au sein de l'Eglise, et probablement, en dernière analyse, pas non plus conforme aux valeurs que l'on prétend ainsi vouloir défendre ».

Dont acte. Il est vrai qu'en France aussi, les paroles du P. Lombardi avaient été présentées par l'ensemble des comptes-rendus journalistiques comme désolidarisant le Pape de l'affaire de l'excommunication de Recife, et il semble que la rectification n'ait été faite que de manière confidentielle.

Tout cela ne change rien de toute manière à la manière dont a été discréditée la démarche initiale des académiciens qui porte sur un sujet de fond. Qu'il n'y ait pas dans cette affaire une « affaire Lombardi », comme le souligne Sandro Magister, c'est une bonne nouvelle. Mais il reste un fâcheux désordre.

© leblogdejeannesmits.

Un diocèse pour Mgr Fisichella ? C'est ce que croit savoir le blog de Sandro Magister

On apprend par le blog de Sandro Magister que Mgr Rino Fisichella, très contesté par des membres influents de l'Académie pontificale pour la vie, serait en voie d'obtenir un siège épiscopal. Celui de Sienne, croit savoir le vaticaniste qui a suivi de près les protestations des académiciens contre le manque de clarté des positions prises par leur président. Celui-ci aurait déjà refusé l'évêché de Modène, proposé il y a quelques mois, et il rêverait de celui de Turin, traditionnellement assorti d'un chapeau de cardinal. Vrai ? Faux ? Mgr Fisichella a-t-il vraiment de ces ambitions ? Il serait inconvenant de l'affirmer. Je préfère m'en tenir à ce qui est avéré : sa « lettre » à la fillette de Recife a répandu l'idée selon laquelle l'Eglise excuse, voire bénit la décision d'avorter dans des cas limite, et il a pour préoccupation depuis non pas de rectifier personnellement ce qu'il a signé d'ambigu, mais de le justifier.

© leblogdejeannesmits.

05 mars, 2010

Affaire Fisichella : le Pr Josef Seifert s'exprime à son tour, plus vigoureusement encore que les précédents

Un 7e membre de l'Académie pontificale pour la vie (APV) vient de rompre le silence à propos de l'assemblée annuelle de l'institution où Mgr Rino Fisichella avait refusé, en février, de lever l'ambiguïté née de la lettre qu'il avait publiée dans L'Osservatore Romano à propos de la petite fille de Recife soumise à l'avortement de ses jumeaux. Le Pr Josef Seifert avait été en première ligne au printemps dernier lorsque l'affaire avait éclaté et à vrai dire j'avais trouvé étrange l'absence de son nom au bas de la déclaration par laquelle Mgr Schooyans, Christine de Marcellus Vollmer et trois autres académiciens avaient exprimé leur défiance à l'égard de Rino Fisichella comme président de l'APV.

Sollicité par LifeSiteNews, le Pr Josef Seiferta répondu par écrit pour dire son entier soutien aux cinq signataires (après celui de Judie Brown, voir ici). « Il est à craindre que Mgr Fisichella demeure véritablement, de manière ferme et irrévocable, sur les positions exprimées dans son article, ne regrettant même pas en privé » les « conséquences immensément dommageables » de la justification implicite de l'avortement qu'il contenait.

Josef Seifert raconte que lors de l'assemblée de l'APV à Rome en février, cherchant à obtenir une solution à la crise « dans la paix et dans la vérité », il avait préparé un document réaffirmant l'enseignement de l'Eglise dont il voulait solliciter la signature par Mgr Fisichella et par tous les autres membres de l'Académie.

« Je l'ai montré à Mgr Fisichella avec l'intention que nous puissions le distribuer ensemble. Il a refusé. »

Le Pr Josef Seifert, fondateur et recteur de l'Académie internationale de philosophie du Liechtenstein, enseigne au Vatican et dans diverses universités du monde, spécialiste des questions du respect de la vie, réclame lui aussi la démission de Mgr Fisichella.

On pourra se reporter à l'interview qu'il m'avait donnée pour Présent que j'ai republiée ici sur ce blog.

Ci-dessous, ma traduction d'extraits de sa longue déclaration écrite à LifeSite, avec quelques résumés par mes soins (en italique).

Le Pr Seifert estimant que tout avait été dit par les cinq signataires de la déclaration, pensant aussi que la Clarification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en juillet avait mis fin à l'affaire qui est désormais entre les mains du Saint-Père, s'était abstenu de réagir publiquement. Il jugeait que lui, en tant que laïc, n'avait pas à intervenir publiquement.

« Mais après beaucoup de réflexion et de prière, me rappelant le rôle décisif exercé par la critique du laïcat de l'arianisme professé par la majorité des évêques catholiques pendant l'une des plus grandes crises de l'Eglise, en vue de prévenir la fatale hérésie arienne, et le rôle crucial joué par la critique – y compris du pape – exprimée par la jeune Catherine de Sienne pour la réforme de l'Eglise de son temps, il m'a semblé juste et nécessaire de ne pas rester silencieux, y compris à l'égard des médias, à propos d'une affaire doctrinale de très grande importance, affaire qui met en péril la vie de bien des enfants à naître, et aussi des âmes et qui a donc de très importantes retombées pratiques, éthiques et spirituelles. En outre, puisque les médias a été gravement désinformée à propos de la réunion de notre assemblée, j'ai pensé que le temps du silence était révolu. »

Le Pr Seifert rappelle alors qu'il s'était estimé obligé l'an dernier de se désolidariser publiquement de l'article publié par Mgr Rino Fisichella qui équivalait à la « justification par un évêque de l'avortement lors de certaines circonstances tragiques, abandonnant ainsi son troupeau et le nourrissant d'erreurs pernicieuses plutôt que de la vérité ». Il réagit désormais notamment à la fausse affirmation d'harmonie au sein de l'APV par Mgr Fisichella.

« Alors qu'il n'est certainement pas faux que l'article de Mgr Fisichella a été abusivement utilisé et manipulé afin d'en tirer la conclusion que l'enseignement de l'Eglise sur tout avortement provoqué, et compris l'avortement thérapeutique, a changé, il demeure aussi totalement évident que les fausses affirmations clairement rejetées par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sont de fait présentes dans l'article de l'archevêque dans L'Osservatore Romano, et pas seulement dans les interprétations erronées et les manipulations de ses paroles, ainsi que Mgr Fisichella l'interprète, donnant l'impression que la Clarifiaction confirmait de nouveau et justifiait son article et son refus persistant de reprendre ne serait-ce qu'une seule de ses affirmations. »

Le Pr Seifert détaille en suite les quatre affirmations de l'article de Fisichella : • il suggère que l'avortement n'est pas forcément un mal et qu'il peut s'agir un acte de miséricorde pour sauver la vie, • il dit que dans le cas de Recife, les médecins n'encouraient (ne « méritaient ») pas l'excommunication automatique attachée à l'acte d'avortement, • il affirme que l'excommunication est n'est pas un acte de miséricorde alors qu'il a pour but le salut éternel de la personnel, et • il affirme que dans des circonstances dramatiques comme celui de la petite fille de Recife (qui n'était pas en danger de mort, rappelle-t-il) les médecins sont seuls avec leur conscience plutôt que d'être guidés par la vérité.


Ces quatre points méritent d'être traduits in extenso et j'espère pouvoir le faire dans les jours à venir.


Le Pr Seifert souligne combien les Clarifications de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi exposent excellemment l'enseignement de l'Eglise à ce propos, ajoutant que Fisichella n'a jamais rétracté ce qu'il avait écrit de contraire mais qu'il avait au contraire en quelque sorte tiré ces Clarifications à lui pour donner l'impression qu'elles justifiaient ce qu'il avait écrit. D'où la proposition de la part de Josef Seifert d'obtenir une Communio et Pax in Veritate à travers la signature commune d'une réaffirmation des vérités défendues par l'APV : il explique qu'il n'aurait jamais évoqué cette proposition ni le refus de Fisichella si celui-ci n'avait injustement attaqué ceux qui l'avaient conteste, et s'il n'avait pas présenté comme une « harmonie » au sein de l'APV le respectueux silence de ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui et qui restaient dans l'attente d'une décision pontificale.

« Il se peut bien que Mgr Fisichella ait refusé la distribution et la signature du texte que je lui ai soumis pour diverses raisons légitimés (quoiqu'erronées à mon avis). Mais après la série d'événements décrits par les cinq signataires de la réponse précédente à vos demandes et la manière constante dont il a évité d'affirmer son rejet des graves erreurs qu'aussi bien des pro-vie que des pro-avortement ont vues dans son article, il est à craindre que Mgr Fisichella ne demeure véritablement, de manière ferme et irrévocable, sur les positions exprimées dans son article, ne regrettant même pas en privé, au sein de l'APV, et encore moins publiquement, les conséquences immensément dommageables et les interprétations de ses paroles qui peuvent être comprises comme justifiant l'avortement dans les cas où un grand dommage pourrait résulter d'une naissance.
« Puisqu'il est presque impossible d'éviter d'en tirer cette conclusion, je suis en plein accord avec les auteurs de la lettre que vous avez reçue de la part de cinq membres distingués de l'APV, parmi lesquels l'auteur des analyses théologiques les plus approfondies de l'article de Mgr Fisichella, Mgr Michel Schooyans, et à mon avis, nonobstant le fait qu'une telle décision relève de la seule autorité du pape, Mgr Fisichella est absolument inapte à être président de l'APV.
« Cependant, si les auteurs de la lettre indiquent qu'ils espèrent ou s'attendent à ce que le Saint-Père lui donne une tâche plus conforme à ses aptitudes, je me sens obligé d'ajouter une remarque très ouverte : même si Mgr Fisichella est un esprit brillant, qu'il bénéficie d'une superbe éducation dans bien des domaines, qu'il possède un talent linguistique qui lui permet de s'exprimer dans toutes les langues de l'APV, et bien d'autres forces qui montrent une extraordinaire préparation à des tâches plus hautes, j'ai tendance à penser que sa déclaration directement contraire à l'enseignement limpide de deux Encycliques et contre la déclaration dogmatique d'Evangelium Vitae selon laquelle n'importe quel type d'avortement, dans tous les cas, est gravement mauvais, rendrait impossible sa nomination en tant qu'évêque d'un diocèse, et encore moins d'un diocèse attaché au chapeau et au rang de cardinal. Bien que je ne sois évidemment point pape et même pas Monseigneur, mais un misero laico, un minable laïc, comme mon cher ami le cardinal Caffara m'appelait plaisantant à demi, j'estime néanmoins de mon devoir de rappeler aux plus hautes autorités de l'Eglise, que ce n'est pas la politique, ni l'efficacité pour mettre en œuvre des changements législatifs désirés par l'Eglise ou pour empêcher ceux dont elle ne veut pas, ni les talents et dons intellectuels les plus élevés, mais seul l'engagement inébranlable et courageux au service de l'intégralité de l'enseignement de l'Eglise qui peut qualifier une personne pour les positions d'influence et de responsabilité du troupeau pour lequel le Christ a déposé sa vie, et aucun respect humain, aucune attache cléricale, aucune habitude cléricale mais seule la vérité doit conduire l'Eglise à nommer un homme à une chaire d'évêque pour devenir successeur des Apôtres et plus haut représentant du Magistère après le Pape et les Conciles de l'Eglise. J'ajouterais : si j'étais évêque et avais devant moi le plus brillant et le plus savant des séminaristes au monde, qui me demanderait de l'ordonner prêtre en ayant exprimé de telles opinions sur l'avortement, je ne l'ordonnerais jamais prêtre et si je devais tout de même le faire, craindrais pour mon salut éternel.
« Il est inutile de dire que ce n'est ni la rancune ni le ressentiment qui ont conduit six d'entre nous à écrire ce que nous avons écrit avec un cœur qui saigne, ce n'est pas non plus un intérêt fanatique pour les batailles et les guerres intestines, mais seulement un engagement inconditionnel pour la vérité que nous avons juré de défendre. Et j'espère encore que Mgr Fisichella, pour qui je prie tous les jours en le nommant, en viendra à le comprendre et qu'il entera dans une communion et une paix fondées sur la vérité. »
Dans un prochain message, je publierai la traduction du texte que Mgr Fisichella n'a pas voulu signer ni proposer à la signature des membres de l'APV.

© leblogdejeannesmits.

26 février, 2010

Affaire Fisichella : le commentaire d'un prêtre italien

L'excellent blog benoit-et-moi a mis en ligne des commentaires intéressants sur l'affaire Fisichella et publie la traduction des réflexions du Père Scalese, prêtre italien, sur la publication de la déclaration des cinq membres de l'Académie pontificale pour la vie mettant en cause leur président. C'est ici.

24 février, 2010

Erreurs de traduction du discours de Benoît XVI à l'APV

Le site du Vatican a mis aujourd'hui en ligne la traduction officielle en français par la Libreria Editrice Vaticana du discours de Benoît XVI à l'Académie pontificale pour la vie. Dans le contexte de l'affaire de Recife et de la demande de démission de Mgr Fisichella par cinq académiciens, et de la dénonciation par Mgr Schooyans, de l'APV, de la « fausse compassion », ce discours comporte une phrase éclairante. Le Pape venait de rappeler que la reconnaissance de la dignité humaine est « inviolable ». Voici comment elle a été traduite en français :

« Sans le principe fondamental de la dignité humaine, il serait très difficile de trouver une source des droits de la personne, et impossible d'arriver à un jugement éthique face aux conquêtes de la science qui interviennent directement dans la vie humaine. Il est par conséquent nécessaire de répéter avec fermeté qu'il n'existe pas de compréhension de la dignité humaine liée seulement à des éléments extérieurs comme le progrès de la science, les étapes de la formation de la vie humaine, ou une piété facile devant des situations limites. »
« Piété », vraiment ? Pourquoi pas « piétisme » – traduction facile, à défaut d'être exacte du mot « pietismo » employé en italien par le Pape ? Les deux choix n'ont de toute façon aucun sens.

Le dictionnaire italien Sabatini Coletti donne le sens juste dans le contexte : le « piétisme » est une « attitude de compassion et d'indulgence excessives », selon un usage attesté depuis le XVIIIe siècle.

Cela est cohérent et semble d'ailleurs répondre à l'article de Mgr Michel Schooyans.

Passons maintenant à la traduction anglaise des propos du Pape, déjà en ligne sur le site du Vatican depuis plusieurs jours :

« It is necessary, therefore, to repeat firmly that there can be no understanding of human dignity as linked merely to external elements, such as scientific progress, graduality in the formation of human life or facile pietism in the face of limited situations. »
« Pietism » en anglais désigne le mouvement religieux allemand du même nom ou une dévotion ou des pratiques de piété excessives ou fausses. « Limited situations » signifie « des cas limités » ou « un nombre restreint de cas », mais certainement pas ce que le Pape a dit, à savoir des « situations limites ».

La traduction espagnole publiée par www.vatican.va fait le même contresens sur « pietismo », qui dans cette langue désigne seulement le mouvement protestant allemand suscité par réaction à l'austérité calviniste et luthérienne.

La traduction portugaise officielle reprend elle aussi le terme de « pietismo » qui, outre le sens religieux désigné plus haut, s'utilise familièrement comme un synonyme de « fanatisme ».

Accuser les traducteurs du Vatican de falsification serait chose grave. Mais leur incompétence est manifeste, et elle a pour conséquence de minimiser, voire de contredire les propos du Pape.

© leblogdejeannesmits.

Des précisions sur la lettre des cinq membres de l'Académie pontificale pour la vie sur Fisichella

LifeSiteNews signale les dernières péripéties à propos de la déclaration des cinq Académiciens pour la vie demandant la démission de Mgr Fisichella de la présidence de l'Académie pontificale pour la vie.

• Mgr Fisichella, interrogé par l'Associated Press, a déclaré qu'il n'avait aucune intention de démissionner  malgré la perte de confiance exprimée par ces cinq membres importants de l'APV. « Je ne répondrai pas à ces gens. On leur a déjà donné bien trop de place », s'est-il contenté de dire selon l'agence de presse.

• L'un des signataires de la déclaration, Luke Gormally, membre ordinaire (c'est-à-dire plénier, par opposition aux correspondants), a expliqué à LifeSite la genèse de cette déclaration : elle constituait au départ une réponse à une interrogation du site pro-vie à propos du déroulement de l'assemblée de l'APV. A l'AP, dans la dépêche précitée, il précisait qu'il s'était senti obligé de réagir après les propos introductifs de Fisichella à l'assemblée et ses affirmations selon laquelle tout allait pour le mieux à l'Académie. « Dire que tout n'était que douceur et lumière, c'était une désinformation », assure Gormally. A LifeSite, Gormally précise qu'ayant eu sa déclaration sous les yeux, quatre autres académiciens qui avaient été comme lui choqués par l'attitude de Fisichella ont demandé à la signer eux aussi, puis les cinq l'ont communiquée à d'autres organes médiatiques.

Luke Gormally a assuré que pour sa part il en restera là dans la mesure où la déclaration a atteint son but en exposant au public ce qu'il croit être la situation réelle à l'APV.

• C'est le P. Lombardi, porte-parole du Vatican, qui a jeté le discrédit sur leur démarche en assurant que, chose « étrange » le texte n'était pas parvenu aux autorités compétentes (notamment le Pape lui-même). « C'est étonnant et il semble incorrect qu'un tel document circule en public ».

Mais c'était précisément cela : une déclaration publique...

Rappelons que le P. Lombardi, lors du voyage du Pape en Afrique en mars 2009, quelques jours après la publication de la lettre ouverte de Fisichella demandant le respect pour médecins qui avaient avorté la petite fille de Recife parce qu'ils avaient en conscience agi pour sauver sa vie, a pris sur lui d'affirmer que dans un de ses discours publics, Benoît XVI n'avait d'aucune façon cherché à condamner « l'avortement thérapeutique » et n'avait pas dit que celui-ci doit toujours être rejeté, qu'il n'avait pas davantage à l'esprit l'affaire de Recife.

Evoquant le Protocole de Maputo sur la santé reproductive, Benoît XVI avait déclaré :

« Je dois également mentionner un autre grave sujet de préoccupation: les politiques de ceux qui, dans l'illusion de faire progresser l'“édifice social”, en menacent les fondements mêmes. Combien est amère l'ironie de ceux qui promeuvent l'avortement au rang des soins de la santé des mamans ! Combien est déconcertante la thèse de ceux qui prétendent que la suppression de la vie serait une question de santé reproductive ! »
© leblogdejeannesmits.

23 février, 2010

Affaire Fisichella : comment un commentateur en vue perçoit sa lettre...

Le très populaire Il Giornale a offert dimanche une tribune au non moins populaire Alessandro Meluzzi, psychiatre, pour dénoncer l'initiative des cinq membres de l'Académie pontificale pour la Vie (APV) qui dans une lettre, demandaient la démission de Mgr Fisichella. Meluzzi y porte involontairement de l'eau à leur moulin en interprétant la lettre de Mgr Fisichella publiée par L'Osservatore Romano le 15 mars 2009, « Du côté de la petite fille de Recife », comme justifiant l'avortement dans les cas limites. C'est justement en raison de cette interprétation – à vrai dire la plus limpide qui soit – que la majorité des membres de l'APV avaient demandé à Mgr Fisichella de rectifier (ce qu'il ne fit point), puis à Benoît XVI de faire lever l'ambiguïté, ce qui fut fait par une « Mise au point » ou « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi en juillet.

Meluzzi dénonce dans sa tribune le « pharisaïsme » des « critiques et des hypercritiques » de l'APV,  leur « dogmatisme rationaliste et nominaliste » qui rejoint celui des « excommunicateurs » de Recife, toutes personnes qui ont oublié le devoir d'humanité et la « solidarité avec la souffrance » et que Meluzzi met dans un même sac avec le « camp laïciste et scientiste qui invoquent l'idée abstraite de la qualité de la vie » pour déterminer si elle vaut ou non d'être vécue.

« Dans leur volonté d'infliger à une fillette de onze ans [NDLR : non, 9 ans] un poids insupportable, en lui faisant courir un risque de mort ou de suicide [NDLR : non, le rapport médical soumis à l'archévêque de Recife établissait qu'elle n'était pas en danger de mort], à l'occasion d'une grossesse par inceste [NDLR : la pauvre petite fille était violée à répétition par l'amant de sa mère, jeune cousin de celle-ci], ils semblent avoir perdu de vue non seulement la miséricorde, mais aussi la centralité incarnée de la Vérité, point névralgique d'une Bonne nouvelle évangélique, où la fête du sabbat est faite pour l'homme et non l'homme pour le sabbat. »


Il y a donc des cas où l'avortement direct est acceptable ? La réponse, pour Meluzzi, est claire, c'est celle qu'il a lue dans la lettre de Fisichella, et même dans les détails de celle-ci qui saluait les médecins pour avoir agi selon leur conscience dans un cas difficile.

Meluzzi reprend ce thème : c'est même ce qu'il voit de plus grave dans les critiques faites à Fisichella qui nient « au nom d'une idée abstraite le discernement concret qui est l'apanage des médecins lorsqu'il s'agit de choisir quelle vie sauver ».
Suit une étrange et approximative dénonciation des pratiques des cours européennes dont les cryptes regorgent de jeunes princesses et de jeunes mères qui, contraintes par la raison d'Etat de mettre au monde des héritiers mâles, mouraient en couches parce qu'on préférait la vie de leurs enfants à la leur. « C'est une logique tragique que de grandes saintes récentes, comme Gianna Beretta Molla, ont célébrée en acceptant de mourir pour sauver leur propre enfant, mais cela ne peut s'imposer ni aux femmes ni aux médecins par décret », commente Meluzzi. Il oublie l'essentiel : à Gianna Beretta Molla il n'était pas proposé d'avorter, l'avortement direct étant considéré comme un péché grave (et à ce titre, susceptible de miséricorde) en toute circonstance, mais de subir un traitement contre son cancer mortel qui aurait eu pour conséquence non voulue la mort de l'enfant qu'elle portait. Son héroïsme consiste à avoir refusé un traitement licite.

Meluzzi félicite Fisichella d'avoir été plus sensible au mystère de la vie, aux détails de la vie réelle où s'exprime le mystère de Dieu et de l'Amour. Discernement dont ses « détracteurs, rancuniers et simplistes », sont évidemment incapables.

On retrouve ici les thèmes chers aux partisans de l'avortement pour faire accepter leur volonté politique : on parle de compassion avec les femmes dans des situations extrêmes, des grossesses qui menacent leur vie (bien suivies, il y en a de moins en moins dans les pay offrant un minimum de suivi des grossesses, et dans le cas de la petite fille brésilienne, une césarienne était envisageable à une date où ses deux bébés auraient eu au moins une chance de survie), du viol, de l'inceste, du risque de suicide (la petite fille de Recife, loin d'y penser, rêvait de jouer avec ses bébés). Sur ces cas limites le langage de l'Eglise ne varie pas : pour dramatiques qu'ils soient, ils ne justifient pas la mise à mort directe d'un être humain innocent. Et d'ailleurs, raisonner en ce sens aboutit à élargir de plus en plus le champ de la compassion. N'est-ce pas ainsi que l'avortement légal s'est imposé dans nos sociétés ? Des millions de victimes plus tard, n'est-il pas temps de saluer la clairvoyance de l'Eglise ?

LifeSite, à qui je dois la découverte de cet article très éclairant, souligne le parcours bariolé d'Alessandro Meluzzi. La journaliste Hilary White rappelle que cet ancien des jeunesses communistes italiennes est devenu socialiste. Il s'est certes converti à la religion catholique mais s'est affiché tour à tour écologiste en vue, franc-maçon, penseur du NewAge. Ancien député, ancien sénateur, ce psychiatre est intervenu des centaines de fois lors d'émissions de télévision et reste une personnalité médiatique très connue en Italie.

Son exégèse de l'affaire est désormais publique. Elle est claire ; elle entretient la confusion (pour le moins) à propos de la doctrine de l'Eglise telle qu'elle est perçue depuis la publication de la lettre de Fisichella.

Une mise au point semble s'imposer de sa part. Viendra-t-elle ?


© leblogdejeannesmits.

Affaire Fisichella : un autre membre de l'Académie pontificale pour la vie réagit

Il s'agit de Judie Brown, co-fondatrice et présidente de l'American Life League. Daniel Hamiche propose l'intégralité de la traduction de sa lettre de soutien aux cinq signataires de la lettre demandant la démission de Mgr Fisichella de la tête de l'Académie pontificale pour la vie, avec de nouveaux éléments sur les protestations provoquées par sa lettre « Du côté de la petite fille brésilienne » suggérant que dans des cas dramatiques, des médecins peuvent en conscience prendre la décision d'avorter.

C'est sur Americatho, et le lien direct est ici.

21 février, 2010

Des nouvelles de l'affaire Fisichella

Vu sur LifeSite : Christine de Vollmer, l'une des signataires de la lettre demandant la démission de Mgr Fisichella de l'Académie pontificale pour la vie (voir ici), a contacté le site pro-vie pour lui signaler qu'elle a demandé à la Catholic News Agency, l'agence d'informations de la Conférence des évêques des Etats-Unis, de rectifier une fausse impression que celle-ci avait créée en citant ses paroles de manière trompeuse.

L'article de CNA datait du 12 février, en pleine réunion de l'assemblée de l'Académie pontificale pour la vie, et citait des paroles de Mme de Vollmer affirmant que toute la polémique à propos de la lettre de Mgr Fisichella sur les avortements subis par la petite fille de Recife avait été résolue et que « toute confusion possible relative à ses propos avait été clarifiée ».

Certes, signale Mme de Vollmer, l'auteur de l'article, Carole Glatz, avait souligné que son interview de l'Académicienne avait été réalisée le 9 février, soit deux jours avant le début de l'assemblée de l'APV. Mais en plaçant cette phrase à la fin du compte-rendu qui reflétait les affirmations de Mgr Fisichella sur l'unité de l'APV et sur l'atmosphère « sereine et calme » de ses réunions, l'article créait l'impression que Christine de Vollmer était d'accord avec ce point de vue.

« Ce qu'elle cite de moi sera pris par beaucoup de lecteurs comme la preuve que je suis d'accord avec le tableau de douceur et lumière que Mgr Fisichella tente de décrire. Hélas, cette image est fausse. »

Mme de Vollmer explique à LifeSite que ses propos d'avant la réunion concernaient la clarification par la Congrégation pour la doctrine de la foi qui avait réaffirmé l'enseignement de l'Eglise après les propos de Fisichella sur le double avortement de Recife. Elle rappelle que les cinq signataires protestent au contraire contre l'attitude de Mgr Fisichella lors de son allocution introductive lors de l'assemblée de l'APV et la manière dont il a soutenu, au cours de la réunion, que sa lettre à la petite fille de Recife publiée par L'Osservatore Romano l'avait totalement justifié.

LifeSite précise qu'avant de publier cette information, un délai de 24 heures a été respecté pour laisser CNS ou Carole Glatz donner leur point de vue. Ni l'agence ni la journaliste n'ont répondu aux appels ou aux messages laissés.

Par ailleurs, interrogé sur l'affaire, le P. Lombardi, porte-parole du Vatican, a répondu que ni le cardinal Bertone, ni Benoît XVI n'avaient eu connaissance de la lettre des Académiciens.

On se souviendra que le P. Lombari avait de sa propre initiative, en les commentant, édulcoré des paroles du Pape en Afrique à propos de l'avortement dans des circonstances extrêmes.

On se souviendra aussi que Mgr Burke, aujourd'hui à la tête de la Signature apostolique, avait en janvier 2009 demandé à ses confrères américains de réformer la CNS afin de revoir la manière dont l'agence « couvre l'enseignement moral et social de l'Eglise ».

© leblogdejeannesmits.

18 février, 2010

Cinq membres de l'Académie pontificale pour la vie demandent le remplacement de son président, Mgr Rino Fisichella

Cinq membres de l’Académie pontificale pour la vie ont publié mercredi une déclaration où ils font part de leur manque de confiance à l’égard du président de cette institution, Mgr Rino Fisichella, à la suite de l’assemblée de ladite Académie du 11 au 13 février derniers au Vatican. Les cinq signataires estiment que seuls les personnes responsables de sa nomination au poste de président peuvent désormais rectifier une situation devenue « absurde » puisque Mgr Fisichella ne leur semble pas comprendre ce que signifie « le respect absolu de la vie humaine innocente ».


La fronde de ces membres de l’APV – Mgr Michel Schooyans, le Pr Luke Gormally (ancien directeur de 1981 à 2000 du centre Linacre pour l'éthique des soins), Mme Christine de Marcellus Vollmer, membres ordinaires, et le Dr Maria Smereczynska et le Dr Thomas Ward, membres correspondants – a pour origine la lettre de Mgr Fisichella à propos de l’avortement pratiqué sur une petite fille à Recife, où il désavouait l’évêque local qui avait déclaré que les responsables adultes de l’avortement s’excommunieraient par leur participation à cet acte et laissait entendre que l’Eglise peut le tolérer dans des cas extrêmes.

La déclaration, communiquée à LifeSite qui l’a intégralement publiée en langue anglaise, répond aux affirmations de Mgr Fisichella à la Catholic News Service le 12 février dernier selon lesquelles il règne un esprit « d’harmonie » à l’APV et que son assemblée fut « sereine et calme ». Il y accusait ses adversaires d’avoir mal interprété sa lettre publiée en mars 2009 par l’Osservatore Romano « à des fins d’exploitation politique ».

Les cinq signataires de la déclaration affirment s’être gardés de chercher la confrontation ouverte avec Mgr Fisichella qui aurait tout naturellement reçu l’appui de la Curie mais estiment que la nécessité de le remplacer à la tête de l’APV est désormais bien perçue au Vatican.

Ils mettent particulièrement en avant le fait que le prélat a constamment refusé de revenir sur ses propos qui avaient scandalisé de nombreux responsables pro-vie et conduit des partisans catholiques de la licéité de l’avortement dans certains cas à saluer un changement de la doctrine romaine à ce propos.

Pour l’heure, même si la déclaration émane d’une petite partie seulement des membres ordinaires et correspondants de l’APV, la rédaction de LifeSite affirme avoir eu des contacts avec un membre qui fait état du malaise d’un nombre plus grand de ses collègues devant la défense de Fisichella qui se pose en victime sans s’exprimer sur le fond des choses : il n’est en tout cas plus question d’une réelle unité au sein de l’APV. D'autant que les signataires affirment que Mgr Fisichella a fait modifier la rédaction de la « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi pour se poser en victime d'une « manipulation ».

J'ai publié la traduction intégrale de la déclaration ci-dessous (lien permanent).

Pour compléter la documentation en ligne sur cette affaire je publie également l'interview exclusive que j'avais faite du Pr Josef Seifert : c'est ici.

© leblogdejeannesmits.

Déclaration à propos de la présidence de l’Académie pontificale pour la vie à la suite de l’assemblée de l’Académie, 11-13 février 2010, Cité du Vatican.

(Traduction par mes soins, texte intégral.)

La contestation de la position de l’archevêque Mgr Rino Fisichella à la présidence de l’Académie pontificale pour la vie, attendue par nombre de commentateurs, n’a pas eu lieu la semaine dernière lors de l’assemblée de l’Académie. Pourquoi ? Essentiellement en raison d’une décision politique prise par nombre des signataires de la lettre du 2 avril 2009 à Mgr Fisichella et d’une lettre subséquente adressée au cardinal Levada, le 1er mai 2009, cherchent à obtenir la correction d’une impression gravement trompeuse à propos de l’enseignement de l’Eglise à propos de l’avortement direct créée par l’article de Mgr Fisichella dans L’Osservatore Romano du 15 mars 2009. Les raisons de cette décision politique furent doubles : (a) une contestation ouverte de Fisichella lors de l’assemblée aurait divisé l’Académie, pas nécessairement parce que les membres de l’Académie étaient en accord avec son comportement mais parce que nombre d’entre eux auraient considéré inapproprié le fait de traiter ainsi une personnalité nommée par le Pape, qui se trouve être également archevêque. De plus, une contestation ouverte par des Académiciens laïcs auraient fait courir le risque de voir la Curie serrer les rangs autour de Fisichella en raison de la culture cléricale de cette entité, et ce malgré l’absence de soutien à son égard à plusieurs endroits. (b) Il existe une information crédible selon laquelle Fisichella est largement perçu au sein de la Curie comme étant un président de l’APV inadéquat et il existe un espoir raisonnable que le Saint-Père soit amené à reconnaître qu’il est nécessaire de lui fournir une occupation mieux adaptée à ses capacités.

L’absence d’une contestation ouverte à l’égard de Fisichella a créé la malencontreuse impression que les Académiciens soutiennent sa présidence, de manière résignée ou autrement. Cette impression, il a évidemment tout intérêt à la faire circuler. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, et l’une des principales raisons pour laquelle cela est faux réside dans l’allocution gravement inconsidérée qu’il a prononcée lors de l’ouverture de l’assemblée. Il n’a pas fait montre de la moindre prise de conscience des effets gravement dommageables de son article dans L’Osservatore Romano du 15 mars 2009 ni de sa propre responsabilité par rapport à ces effets. Il a décrit les efforts respectueusement menés par les académiciens en vue d’en obtenir une rectification par lui (qu’il avait rejetés à l’époque) comme des attaques personnelles à son encontre motivée par la « rancune » : aucun des signataires n’avait la moindre raison d’entretenir de tels sentiments vis-à-vis de lui. Il a soutenu que la « Clarification » publiée par la suite le 11 juillet 2009 par la Congrégation pour la doctrine de la Foi lui avait donné raison. En d’autres termes, il ne rétractait rien de ce qu’il avait dit dans son article. Fisichella est en mesure de soutenir cela avec une certaine vraisemblance en raison du malencontreux premier paragraphe de cette « Clarification » qui est ainsi libellé :

« Diverses lettres sont récemment parvenues au Saint-Siège, notamment de la part de hautes personnalités de la vie politique et ecclésiale, qui nous ont informé de la confusion créée dans plusieurs pays, surtout en Amérique Latine, suite à la manipulation et à l'instrumentalisation d'un article de Mgr Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, sur les tristes événements concernant la “petite fille brésilienne”. » [C’est nous qui soulignons.]
Ce qui n’est pas généralement connu du public, c’est qu’il ne s’agit pas là de la rédaction originelle du paragraphe introductif qu’il était prévu de publier dans L’Osservatore Romano. Fisichella a eu accès au texte avant sa publication et a demandé que le paragraphe d’origine soit modifié afin de paraître tel qu’il a finalement été publié. Ainsi obtenait-il la possibilité de décliner, avec l’autorité apparente de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, toute responsabilité quant à l’impact dommageable de son article sur la défense de vies humaines innocentes à naître. La responsabilité de ces dommages causés par son article est ainsi entièrement imputable à la manière dont d’autres l'ont « manipulé et instrumentalisé » ! Mais non content de décliner toute responsabilité à propos des dommages causés par son article, Fisichella, dans son allocution à l’assemblée le 11 février, a soutenu que la justification portait sur l’ensemble de son article. Cette assertion est vraiment grave dans la mesure où l’implication évidente de la lettre de son article est bien qu’il est des situations difficiles où les médecins jouissent d’une latitude quant à l’exercice autonome de la conscience lorsqu’il s’agit de décider s’il faut ou non pratiquer un avortement direct. Il semblerait, dès lors, que la « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi n’est pas parvenue à clarifier l’esprit de Mgr Rino Fisichella, et, si c’est le cas, une question troublante en résulte quant à l’efficacité réelle qu’a eue la « Clarification » pour dissiper la compréhension erronée de l’enseignement de l’Eglise à propos de l’avortement direct répandue par l’article du 15 mars 2009.

Loin de créer l’unité et l’harmonie authentique au sein de l’Académie, l’allocution de Mgr Fisichella le 11 février a eu pour effet de confirmer dans les esprits de beaucoup d’académiciens l’impression que nous sommes conduits par un ecclésiastique qui ne comprend pas ce qu’entraîne le respect absolu des vies humaines innocentes. C’est un état de fait absurde au sein d’une Académie pontificale pour la Vie, mais il ne peut être rectifié que par ceux qui sont responsables de sa nomination au poste de président.

Professeur Luke Gormally, membre ordinaire de l’Académie ; ancien Directeur (1981-2000), The Linacre Centre for Healthcare Ethics, Londres, Royaume-Uni.


Mme Christine de Marcellus de Vollmer, membre ordinaire de l’Académie ; présidente de l’Alliance pour la Famille, Venezuela.


Mgr Michel Schooyans, membre ordinaire de l’Académie, Professeur émérite de l’Université de Louvain, Belgique.


Dr Maria Smereczynska, membre correspondant de l’Academie, Pologne.


Dr Thomas Ward, membre correspondant de l’Academie, president de l’Association nationale des familles catholiques, médecin généraliste à la retraite, Royaume-Uni.

16 février 2010.

08 février, 2010

Une interview de Professeur Josef Seifert, membre de l’Académie pontificale pour la vie, parue le 26 mai 2009 dans “Présent”

L’avortement « thérapeutique » serait-il devenu acceptable ?



Le Pr Joseph Seifert, fondateur et recteur de l'Académie internationale pour la Philosophie au Liechtenstein, enseigant au Vatican, professeur à l’Université pontificale au Chili, autorité reconnue sur les affaires de doctrine, de morale et de philosophie relatives au respect de la vie, a bien voulu, pour les lecteurs de Présent, approfondir des observations publiées sur l'affaire en répondant à mes questions.

– Pourquoi avez-vous écrit une lettre ouverte à Mgr Fisichella ?

– Il ne s’agissait pas d’une lettre ouverte, en réalité, même si elle a été présentée comme telle dans un premier temps par des sites qui ont mis mes réflexions sur Internet. Nous (plusieurs membres de l’Académie pontificale pour la vie) avons écrit une lettre privée à notre président. Mon texte n’est pas une lettre, c’est une série de remarques : on m’a en effet demandé d’exprimer mon opinion parce qu’il y a eu, au niveau mondial, une grande confusion. On s’est demandé s’il n’y avait pas eu un changement dans l’enseignement de l’Eglise sur l’avortement, j’ai donc écrit quelques remarques à ce propos. Mais il ne s’agissait pas d’une lettre adressée à Mgr Fisichella.

– Mais ces observations et remarques étaient indispensables à vos yeux, et vous les maintenez…

– Oui, elles m’ont paru nécessaires du fait que, parmi tous les cercles pro-avortement, à travers d’innombrables articles, comme ceux de Mme Kissling et de beaucoup d’autres, l’article de Mgr Fisichella a été interprété comme constituant un changement radical de l’enseignement de l’Eglise, que d’ailleurs ils accueillent avec enthousiasme. Ils disent croire que l’avortement dit « thérapeutique » est acceptable aux yeux de l’Eglise. Il ne s’agit pas à mon avis d’une fausse interprétation de l’article de Mgr Fisichella, bien que celui-ci affirme au début de son article que la doctrine de l’Église sur l’avortement ne change pas. J’espère assurément que Mgr Fisichella ne maintient pas vraiment cette position mais il est certain que son article crée cette impression, à la fois auprès des opposants et des partisans de l’avortement. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il y avait une urgente nécessité à en parler, y compris en public. Et j’espère que l’Eglise s’exprimera sur le sujet, avec autorité.

– Vous avez écrit que plusieurs membres de l’Académie pontificale pour la vie ont évoqué ce sujet en privé. Savez-vous si la discussion continue ?

– Il ne m’appartient pas de parler des opérations internes à l’Académie, ou des membres de l’Académie, mais je puis vous dire que plusieurs d’entre eux espéraient que Mgr Fisichella s’exprimerait sur le sujet, que certains lui ont écrit conjointement, et d’autres personnellement. Pourtant, il n’a été apporté aucune rectification, aucun changement à l’opinion qu’il a publiée. Voilà tout ce que je puis dire ; je ne souhaite pas donner à la presse des informations quant aux noms ou au nombre des personnes qui ont réagi.

– Toute cette affaire a tourné autour de l’excommunication, et sur la question de savoir si Mgr Cardoso Sobrinho a eu raison de parler d’excommunication. Il y a deux aspects à relever à ce propos. D’une part, dans nos médias occidentaux, il a été dit que la fillette d’Alagoinha était sur le point de mourir, ce qui n’était pas vrai. Mais quoi qu’il en soit et d’autre part : cela eût-il été vrai, pensez-vous que l’excommunication automatique n’aurait pas eu lieu en raison de la peur, de la part de la mère, que la petite fille ne meure ?

– Avant toute chose, rappelons que l’archevêque de Recife a apporté des corrections à ce qui a été dit, corrections que j’ai ajoutées à mes observations publiées sur Internet. Il n’a pas excommunié cette fillette de neuf ans qui a subi un avortement. Et il n’a pas davantage excommunié les personnes responsables de l’avortement : il leur a dit qu’elles étaient automatiquement excommuniées. Mgr Fisichella rappelle d’ailleurs ce fait au début de son article. Il ne s’agissait pas de l’excommunication directe des personnes concernées mais d’une déclaration publique de l’archevêque constatant que celles-ci étaient excommuniées latae sententiae. C’est ce que dit le Codex Juris canonici, et aussi, me semble-t-il, Evangelium vitae. Il ne s’agissait nullement d’une excommunication nouvelle et pas davantage de l’excommunication d’une fillette de neuf ans.

La fillette n’était pas réellement en danger de mort ; il ne s’est nullement agi d’un acte pour sauver sa vie comme cela est dit dans cet article. Ce fut simplement un avortement pratiqué sur une fillette de neuf ans, abusée sexuellement par son beau-père. C’était une affaire très triste, certainement, et de ce point de vue-là Mgr Fisichella avait raison de parler d’un cas extrêmement tragique ; mais à tout le moins, l’archevêque de Recife en était totalement conscient.

Celui-ci, en réalité, n’a pas « communiqué » de manière insatisfaisante : il a joué son rôle de pasteur et il a essayé de faire tout ce que l’on pouvait imaginer pour montrer de l’amour et de la charité à cette petite fille, mais aussi à sa mère et à son père, or c’est une fausse impression laissée par l’article de Mgr Fisichella qu’il aurait négligé ses devoirs pastoraux et se serait borné à agiter cruellement un drapeau d’excommunication en direction d’une fillette de neuf ans.

Si elle avait véritablement été en péril de mort il y aurait eu quand même excommunication : l’avortement, aux yeux de l’Eglise, même pour sauver telle vie, est un crime très grave. Cela tomberait de toute façon sous le coup de cette sanction. Mais quoi qu’il en soit, ce n’était pas le cas ici.

– Non, en effet, ce n’était pas le cas. Je crois qu’il s’agit davantage dans cette affaire de la sensibilité des Occidentaux qui ne sont plus catholiques, et qui ne comprennent pas le sens de l’excommunication. Etes-vous d’accord avec cela ?

– Oui, sans aucun doute. Je crois qu’une sorte d’hystérie a entouré cette affaire d’excommunication, mais l’archevêque de Recife a fait part de sa conviction que dans cette situation précise, au vu de la discussion publique qui l’avait accompagnée, il semblait nécessaire, pastoralement et du point de vue de la charité, de faire cette déclaration publique.

Comme nous avons pu le voir après l’article de Mgr Fisichella, beaucoup de personnes catholiques ou considérées comme catholiques veulent prétendre que désormais l’on peut pratiquer des avortements thérapeutiques. Mme Kissling elle-même était jadis présidente d’une association qui est une contradiction dans les termes : « Catholics for choice » (catholiques pour la liberté de l’avortement). Au Canada, il y eut à ce propos des déclarations très franches, y compris de la part d’un archevêque, tirant les mêmes conclusions de l’article de Mgr Fisichella. Il y a eu beaucoup de confusios et je pense que l’archevêque a eu raison de dire que si l’on n’en parle pas du tout, l’impression qui demeure est celle que le fait de tuer des enfants à naître innocents n’est pas un crime abominable, parce que cette idée a si largement disparu de la société. Il y a tant de pays où l’avortement est légal qu’à mon avis, son argument est très juste.

Je pense que c’est à cause de cela que la réaction aux déclarations de l’archevêque a été quasi hystérique : comme s’il n’avait parlé que d’excommunication, comme s’il n’avait rien fait pour le soin pastoral de cette petite fille et pour ses bébés, comme s’il s’était exprimé froidement, excommuniquant de but en blanc tous ceux qui étaient concernés par l’avortement. La déclaration du diocèse de Recife met cela en lumière de façon très juste.

– Vous avez employé le mot « charité », ce qui me paraît très intéressant. Vous avez souligné que l’archevêque de Recife a eu la « charité » de dire la vérité dans cette affaire. J’aimerais que vous précisiez ce point : vous dites que l’Eglise est charitable lorsqu’elle indique au monde qu’une chose est moralement très mauvaise.

– Si en vérité le fait de tuer les enfants à naître constitue un grand crime, si c’est une chose grave qui met en péril l’âme de tous ceux qui pratiquent des avortements ou qui participent à l’avortement, alors il s’agit d’un manque de charité que de rester silencieux à propos de sa véritable nature.

L’archevêque a non seulement montré sa charité en mentionnant l’excommunication, mais aussi dans ses multiples efforts pour sauvegarder la vie des enfants et la santé et le bien spirituel de la fillette; elle s’est manifestée dans le service pastoral qu’il a offert à la fillette et à sa mère. Sa charité ne s’est pas limitée à faire des déclarations sur l’excommunication de la mère et des autres responsables de l’avortement, mais à mon avis il a aussi été charitable en leur affirmant qu’aux yeux de l’Eglise, qui enseigne la vérité opportune-importune, il est des actions qui séparent les personnes de la communauté de l’Eglise et que ces actions constituent aussi de grands dangers pour leurs âmes. Il n’est certainement pas charitable de ne pas avertir les gens d’un tel danger et de leur donner la fausse tranquillité d’un sentiment selon lequel ils auraient bien agi, selon lequel ils viendraient de sauver la vie d’une jeune fille. Cela vaut pour n’importe quel danger. Avertir quelqu’un du fait que s’il s’approche de quelque chose de très dangereux et qu’il risque de mourir est un acte de charité, ne pas le lui dire est un manque de charité : pourquoi ne serait-il pas charitable d’avertir quelqu’un que par ses actes, il risque de perdre sa vie éternelle ? Le Christ, qui est Dieu et donc Amour (Charité) nous rappelle en de très nombreuses occurrences le danger de l’enfer. Je crois qu’il faut voire les paroles de Mgr Sobrinho à cette lumière.

Cela dit, dans une société où l’on en est arrivé à un consensus à peu près général sur l’idée qu’il n’existe pas de péril pour quelque âme que ce soit, qu’il n’y a pas de péché, ou di moins de péché mortel, ou de péché grave, là il paraîtrait extrêmement vieux-jeu, mal élevé et peu charitable de dire une telle chose. Et cela serait vrai si le péché et le risque de la damnation n’étaient que des contes de fées. Mais s’ils existent, « l’excommunication charitable » existe et le fait de voir n’importe quelle excommunication, même précédée d’une charité ardente et de soins pastoraux spirituels, comme contraire à la charité relèverait d’une erreur profonde.

– Craignez-vous, à la lumière de ce qui se passe, que la doctrine de l’Eglise ne soit réellement en train de changer… ou plutôt qu’elle n’est pas proclamée comme elle devrait l’être ?

– Je n’ai pas peur que la doctrine de l’Eglise sur le caractère intrinsèquement mauvais de l’avortement et de la mise à mort d’embryons humains par n’importe quel autre moyen (pilules abortives, recherche sur les cellules souches embryonnaires, etc) vienne à changer, car en tant que catholique je crois que l’Eglise est guidée par le Saint Esprit qui empêchera que jamais elle ne déclare des choses fausses sur des questions très importantes de moralité ou de doctrine. A vue purement humaine, j’aurais très peur en raison du silence prolongé du Vatican sur une question aussi importante et urgente, un silence que je juge néfaste, et c’est pourquoi qu’il y sera bientôt mis fin. Mais Gamaliel, dans les Actes des Apôtres, donne un argument en faveur de la véracité de l’Eglise et de son fondement divin, qu’il exprime en termes très forts, et que l’on trouve aussi cyniquement suggérée dans le Decamerone de Boccace. Il affirme que les Juifs ne doivent pas tuer les Apôtres car si leur œuvre est purement humaine, elle disparaîtra d’elle-même en une génération, tandis que si elle est divine les Juifs seraient en train de combattre Dieu en tuant les Apôtres.

De fait l’enseignement de l’Eglise n’a pas varié en deux mille ans malgré quelques papes tout à fait horribles – et nous avons été bénis par la Providence qui nous a donné des papes merveilleux en la personne de Benoît XVI et de Jean-Paul II ! Certains papes ont vraiment été épouvantables, mais en deux mille ans d’histoire, parfois d’histoire de corruption, de mondanité et même de points de vues hérétiques jusqu’au Vatican, l’enseignement n’a changé sur aucun point essentiel. Même les plus grands des philosophes, comme Platon, ont vu leurs plus nobles réflexions contestées au sein de leurs propres écoles quelques décennies après leur disparition. Combien plus une religion guidée par des hommes, qui enseigne de tels immenses mystères ne devrait-elle pas s’éparpiller en des milliers de sectes si elle ne jouissait pas du don divin de l’infaillibilité et d’une conduite par Dieu lui-même ? Je crois à ce miracle de l’Eglise catholique dont parlait le juif Gamaliel, et donc – seulement parce qu’il s’agit d’une œuvre divine – je ne pense pas que l’Eglise changera jamais sa doctrine.

Mais c’est une autre chose pour un évêque, qui peut facilement se tromper, ou même pour une Congrégation pour la Foi, ou un pape, de proclamer avec suffisamment de force un enseignement de l’Eglise. Jean-Paul II le Grand l’a fait magnifiquement dans Evangelium Vitae en ce qui concerne la vie humaine et l’avortement, et j’espère que cela se fera de nouveau, spécialement après cet article qui sème la confusion qui rend nécessaire une réitération rapide, sans ambiguïté et publique de cette doctrine. Mais évidemment il n’y a pas de garantie qu’à tout moment tous les évêques ou les cardinaux responsables, voire le Pape lui-même (sans même parler de L’Osservatore Romano, qui dernièrement a non seulement publié l’article de Fisichella en différentes langues bien que ses erreurs à propos de Mgr Sobrinho fussent déjà clairement connues, mais aussi une série d’autres articles scandaleux sur les questions relatives à la vie, y compris certains critiquant implicitement les 80 évêques américains qui avaient dénoncé la décision de l’université Notre-Dame d’accorder à Obama, le président américain le plus pro-avortement de tous les temps, un doctorat de droit honoris causa) proclameront de manière suffisamment forte les enseignements de l’Eglise. Sainte Catherine de Sienne a fustigé ce grand mal du silence non charitable dans l’Eglise de son temps. J’ai peur que nous-mêmes et les autorités de l’Eglise ne proclamions jamais suffisamment la vérité. Mais je pense fortement qu’il faut tout faire pour exprimer le désir et l’espoir et prier que cela se fasse.

– J’aimerais vous soumettre l’argument d’un journaliste catholique français –que je précise ne pas partager – qui s’est montré très en colère à propos du geste de Mgr Cardoso Sobrinho : il a soutenu que tous ceux qui applaudissent l’archevêque participent d’une hérésie « vitaliste » qui exprime un respect excessif de la vie humaine biologique. Comment réagissez-vous à ce type de raisonnement ?

– Je crois que l’hérésie vitaliste, qui consisterait à surestimer ou à idolâtrer la valeur de la vie humaine terrestre constitue un danger quasi nul dans l’Eglise aujourd’hui. Je crois que c’est bien plutôt l’hérésie de ce que Jean-Paul II appelait la « culture de mort » qui menace. Je ne comprends pas bien ce que veut dire ce journaliste mais s’il appelle le fait d’insister sur la dignité sublime et le caractère moralement contraignant de la dignité de chaque personne humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort une hérésie, il s’agit d’un emploi totalement abusif de ce terme.

Et c’est spécialement cela que l’encyclique Evangelium vitae déclare – de façon dogmatique, puisque le pape invoque l’autorité de Pierre et de ses successeurs – très clairement : que la vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort, doit jouir d’un entier respect sans exception, et que toute mise à mort directe d’une vie innocente est clairement un crime. De ce point de vue, je pense que toute déclaration qui relativise cette affirmation, comme le fait de dire que l’avortement thérapeutique est acceptable, ou qu’il y a incertitude sur le fait de savoir qu’il est permis ou non, est en réalité une hérésie « de mort » à la lumière de la déclaration dogmatique d’Evangelium vitae.

On peut bien sûr parler d’hérésie « vitaliste » dans le cas d’écologistes pour qui aucune forme de vie, même de vie bactérienne, ne doit être tuée. Si nous parlons d’un droit absolu de chaque organisme vivant, animaux ou plantes, et disons que nous devons tous être végétariens ou ne manger que des fruits, alors il peut être question d’une « hérésie vitaliste » – comme quand on fait avec Brigitte Bardot un énorme scandale parce que des moutons sont abattus pour la plus grande fête religieuse des Musulmans au Maroc.

Mais je crois que c’est un abus de langage choquant que de qualifier le respect entier et inconditionnel de chaque vie humaine d’hérésie. Qu’on ne doive jamais prendre aucune vie humaine innocente ne constitue pas seulement d’un point de vue de l’éthique naturelle ou une intuition éthique objective que Socrate a pu affirmer même en dehors du contexte de la Révélation (lorsqu’il refuse de tuer l’innocent Léon, même au péril de sa propre vie, alors que le gouvernement lui demande de le faire), mais d’une doctrine de l’Eglise clairement affirmée, notamment dans Evangelium vitae.

Propos recueillis par Jeanne Smits

21 novembre, 2009

Argentine : une petite fille handicapée mentale subit un avortement « thérapeutique »

Agustina n'a que dix ans. Comme la fillette d'Alagoinha (Brésil), elle a été violée à répétition par son « beau-père », sans doute depuis plusieurs années. Handicapée mentale, elle a commencée à se plaindre de douleurs abdominales sévères il y a une dizaine de jours. Sa mère l'emmène chez le médecin. Qui constate une grossesse de deux mois révolus... L'homme est en fuite. On n'en parle guère...

La mère, la sœur et la tante de la petite Agustina ont aussitôt demandé un « avortement thérapeutique », légal en Argentine en cas de danger pour la santé de la mère ou de viol. Au centre hospitalier maternel et infantile Florencio Escardo de Tigre, on a évalué ce vendredi l'état de santé de la fillette. On s'en réfère aux critères posés par l'Organisation mondiale de la santé : la grossesse pose des risques pour sa santé physique, psychique et sociale, c'est un cas de viol et la mineure présente un retard mental. On peut donc avorter...

L'intervention a eu lieu en début de journée à Tigre.

Le directeur de l'hôpital, Lionel Cracco, a justifié la décision de l'équipe médicale devant la presse, expliquant :

Retombée lointaine de l'affaire de Recife, où les déclarations de Mgr Fisichella avaient donné au monde l'idée qu'en certains cas, l'avortement n'est pas seulement acceptable, mais en quelque sorte la seule bonne décision en conscience ? Lionel Cracco a expliqué que dans son établissement, l'arrivée d'une mineure enceinte n'est pas chose inouïe, même si seulement 1 % des jeunes filles en question ont moins de 15 ans : et la politique de l'hôpital, c'est à la fois d'accompagner la grossesse jusqu'au bout et d'aider les jeunes à porter plainte et se défendre.
« Nous avons décidé d'interrompre la grossesse de la fillette. Ici il ne s'agit pas d'être pour ou contre l'avortement. Parfois, la situation exige de laisser de côté les postures personnelles et de s'en tenir à la loi. »


Dans l'affaire de Tigre, qui présente beaucoup de similarités, il ne semble pas que l'Eglise se soit manifestée, ou du moins la presse ne s'en est pas fait l'écho. Il n'y a pas eu, ou du moins la presse n'en parle pas, un curé pour s'occuper de la détresse où se trouve la petite fille et sa famille : détresse physique, sociale, psychologique, spirituelle. Il n'y a pas eu de Mgr Cardoso Sobrinho pour entourer ces gens de sa sollicitude pastorale, et pour rappeler aussi que la petite vie portée par la fillette était exactement cela : une vie. Un rabbin s'est exprimé, pour dire qu'en un tel cas l'avortement es admissible.

Il n'y aura pas de retentissement médiatique formidable non plus, gageons-le. Pourtant, la petite Agustina a-t-elle moins souffert ? Son « beau-père » n'est il pas tout aussi coupable que le violeur de la fillette d'Alagoinha ? Agostina ne souffrira-t-elle pas dans sa chair et dans son esprit d'avoir été le cercueil de son enfant ? Non, c'est et cela restera - toutes choses étant égales - un fait divers... Même si, aux dires de Cracco, ce qui a d'abord fait penser les médecins à une grossesse quand Agostina est arrivée à l'hôpital, c'est le comportement fuyant de la fillette et les réponses peu claires de sa mère.

Pauvre fillette... Qui, dans la presse bien pensante, s'empressera d'être « de son côté » ?

© leblogdejeannesmits.

10 juillet, 2009

Affaire de Recife : la mise au point de la Congrégation pour la doctrine de la Foi

Après les demandes d'éclaircissements présentées par l'archevêque de Recife, Mgr Cardoso Sobrinho, plusieurs membres de l'Académie pontificale pour la vie, et de la manière la plus pressante, par Mgr Schooyans (voir la note publiée ici le 11 juin dernier) la Congrégation pour la doctrine de la Foi viet de publier une mise au point qui ne laisse la place à aucune ambiguïté. Non, l'avortement n'est jamais permis, même dans des circonstances dramatiques comme celui de la fillette de neuf ans enceinte de jumeaux à la suite de viols répétés : aucune atteinte directe à la vie humaine innocente ne peut être justifiée.

Ainsi Mgr Cardoso Sobrinho, victime d'une levée de boucliers pour avoir osé avertir ceux qui allaient faire avorter la fillette, au mois de mars, de la gravité de cet acte en rappelant l'excommunication automatique qui y est attachée, obtient-il justice dans un article publié ce 10 juillet par L'Osservatore Romano, là-même où il avait été gravement mis en cause par Mgr Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, dont l'article était invoqué depuis lors par les partisans du « droit » à l'avortement pour annoncer un changement dans la doctrine de l'Eglise sur le sujet.

Au temps, donc, pour tous ceux qui ont vu dans la récente acceptation par Benoît XVI de la démission de Mgr Cardoso Sobrinho, atteint par la limite d'âge, un désaveu de ses actes dans cette affaire.

Il faut préciser que cette mise au point doctrinale des plus complètes n'est pas synonyme d'inhumanité. Il s'agit au contraire de dire la dignité de chaque vie humaine innocente. De même que le rappel de l'excommunication automatique est une façon d'appeler ceux qui l'encourent de recourir à l'océan de la miséricorde divine.

Zenit.org a mis en ligne dès aujourd'hui la traduction intégrale de la note dont voici les premières lignes en lien :

« Diverses lettres sont récemment parvenues au Saint-Siège, notamment de la part de hautes personnalités de la vie politique et ecclésiale, qui nous ont informé de la confusion créée dans plusieurs pays, surtout en Amérique Latine, suite à la manipulation et à l'instrumentalisation d'un article de Mgr Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, sur les tristes événements concernant la « petite fille brésilienne ». Cet article, publié dans L'Osservatore Romano le 15 mars 2009, proposait la doctrine de l'Eglise, tout en tenant compte de la situation dramatique de cette enfant qui - comme cela a été révélé par la suite - a été accompagnée avec beaucoup de délicatesse pastorale... »

Articles précédents sur ce blog : ici.

11 juin, 2009

Affaire de Recife : Mgr Michel Schooyans prend position

Le site pro-vie LifeSiteNews vient de publier la réaction très pointue de Mgr Michel Schooyans, spécialiste des questions démographiques et du droit de la vie, à l'affaire de la petite fille de Recife. Professeur émérite de philosophie politique à l'université de Louvain, le prélat a jugé que l'« Affaire de Recife » est d'une « extrême gravité » pour l'Eglise, dans la mesure où la note publiée par Mgr Fisichella dans L'Osservatore Romano introduit une « morale de situation » et même un « relativisme total » à travers le respect de la liberté de choix dans des situations concrètes, relève LifeSite.

Il va jusqu'à écrire dans le résumé de ses commentaires : « Qu'il soit simplement établi que Rino Fisichella justifie ici l'avortement direct. »

Mgr Schooyans est membre de l'Académie pontificale des sciences sociales.

Pour les anglophones, voici le texte complet de son commentaire, toujours sur LifeSite.

En français, voici un résumé de l'article avec quelques-uns de ses « temps forts » dont je vous propose ma traduction.

A propos de l'article de Mgr Fisichella, dont il note le caractère « quelque peu démagogique » et les erreurs de fait, il écrit :

« Le titre de l'article en lui-même fournit une indication claire quant à la position de Mgr Fisichella dans cette affaire : il s'est focalisé sur les intérêts de “Carmen” (ndlr : nom donné pour l'occasion à la fillette). Le caractère unilatéral de ce choix va si loin qu'on ne trouve pratiquement aucun mot de compassion pour les jumeaux victimes d'un double avortement. »

Mgr Schooyans lui reproche d'avoir accepté sans vérification l'affirmation selon laquelle la fillette aurait été en danger de mort : « S'est-il laissé tromper par les journalistes ? A-t-il écrit sous la pression ou la contrainte ? (...) Ce qui aurait dû être prouvé, à savoir que l'avortement était le seul moyen de sauver la mère, dont on considérait la vie en danger, est présenté comme un fait établi."

Mgr Schooyans note alors que le dossier médical de la fillette établit le contraire : « On ne pouvait d'aucune façon invoquer un quelconque état de nécessité. »

« “Carmen portait une vie innocente”, poursuit Mgr Fisichella, ajoutant : “Dans son cas, la vie et la mort se sont trouvées face à face.” Des affirmations théâtrales, mais inexactes. Carmen portait deux vies innocentes, et ces deux vies - aurait-il dû écrire noir sur blanc - ont été détruites. La mort a été infligée intentionnellement et inéluctablement, sans aucune justification, sur deux bébés absolument innocents. En raison du propos délibéré de réaliser l'avortement, la vie n'a eu à aucun moment une quelconque chance de prévaloir. »

Mgr Schooyans souligne l'absurdité du propos de Mgr Fisichella sur le fait qu'on ne prend pas aisément une décision d'avorter en de tels cas, puisque ni la vie de la fillette, ni celle de ses enfants n'étaient en danger, si ce n'est de la part des « médecins qui ont choisi de pratiquer le double avortement, et des idéologues du droit de choisir ».

Et de noter que cette « flatterie » des médecins, demandant pour eux le respect, constitue une justification indirecte de l'euthanasie pour ceux qui la pratiquent dans des cas extrêmes. « Par ses paroles, Rino Fisichella a semé une grande confusion dans les consciences des médecins du monde entier à propos du respect de la vie, à ses débuts et à sa fin. »

« Rino Fisichella nous fournit une nouvelle surprise lorsqu'il se hasarde à donner des arguments relatifs à la morale fondamentale », poursuit le prélat belge. En affirmant que chaque situation est unique, « Rino Fisichella révèle son adhésion à la morale opportuniste, la morale de l'option fondamentale, la morale proportionnaliste, toutes catégoriquement condamnées par Jean-Paul II dans Veritatis splendor.

Pourtant, Mgr Fischella a bien rappelé dans sa note la condamnation de l'avortement par l'Eglise. Mgr Schooyans relève donc la contradiction interne dans cette note publiée par le président de l'Académie pontificale pour la vie (PAV) : « Pour lui, il faut adhérer aux principes tant que la liberté de choix, avant tout, en face de situations concrètes, est respectée. Voilà ce qui détruit la morale, tant naturelle que chrétienne... »

Mgr Schooyans dénonce encore plus vigoureusement la présentation du droit canon par Mgr Fisichella : « Il y a quelque chose d'inadmissible dans la tentative d'émouvoir le lecteur en l'invitant à “regarder au-delà du cadre juridique” dont la raison d'être ici est de protéger les innocents. Il est, pourrait-on dire, blasphématoire de tordre les paroles du Seigneur de la Vie pour excuser les avorteurs, en même temps - et cela ne fait qu'aggraver l'affaire - que d'exploiter l'infortune de la mère, blessée et privée à jamais de ses deux enfants. »

Il a été reproché à Mgr Cardoso Sobrinho d'avoir fait du tort à la crédibilité de l'Eglise. « Mais l'Eglise et ses pasteurs ne méritent pas d'être crédibles s'ils ne proclament pas la vérité », affirme Schooyans. Et de rappeler que le Pape lui-même, à Luanda, le 20 mars, regrettait que l'avortement puisse être présenté comme une affaire de santé maternelle, déclaration que le P. Federico Lombardi « s'est cru autorisé à édulcorer le lendemain », non sans suggérer que l'avortement pratiqué sur la fillette de Recife était un « avortement indirect », c'est-à-dire non voulu directement.

« Est-il normal qu'un journaliste, même de haute volée, s'érige en interprète autorisé de ce que le Pape vient de dire, spécialement si son interprétation a pour effet d'arrondir les angles des déclarations du Saint-Père ? Il serait sans doute nécessaire de clarifier les niveaux d'expertise et d'autorité. Les paroles du Pape seraient-elles donc si obscures qu'elles nécessitent un déchiffrage de la part d'un magistère médiatique non officiel ? »

Mgr Schooyans souligne ensuite le trouble semé dans l'Académie pontificale pour la vie et l'atteinte à son autorité.

La gravité des prises de position de Mgr Fisichella est alors détaillée. Elles font le jeu des organismes internationaux qui se servent justement des cas extrêmes pour demander la légalisation universelle de l'avortement afin de sauver des vies maternelles. Il porte atteinte aux arguments pro-vie alors même que la bataille fait rage au Brésil et ailleurs, donnant une « légitimité » à tout ce que les mouvements anti-vie ont proclamé depuis des années. D'ailleurs les mouvements pour l'avortement ne s'y sont pas trompés, qui ont accueilli la note avec enthousiasme.

« Les positions prises par Rino Fisichella sont très voisines de celles que l'on rencontre dans les publications du Planning familial, de l'OMS, du Fonds des Nations unies pour la population et des “Catholiques pour le libre choix”. Il est permis de se demander si cette proximité est le fruit du hasard, ou si d'autres explications méritent une investigation. Les lecteurs de l'article ont l'impression qu'une main cachée a joué un rôle. Ce qui nous permet d'envisager cette hypothèse est la différence significative, quant au style et quant à la doctrine, entre l'article publié par Fisichella dans L'Osservatore Romano (...) et une interview (...) publiée par Il Corriere della Sera du 24 janvier 2009. »

En espérant que des secteurs de la Curie romaine ne soient pas imprégnés par l'influence du président Lula, qui avait pareillement attaqué Mgr Cardoso Sobrinho, Mgr Schooyans rappelle qu'une campagne pro-avortement mondiale est menée aujourd'hui par Barack Obama, intensifiée par le couple catholique Tony et Cherie Blair. Ce qui laisse prévoir que « l'Amérique latine sera bientôt sous pression afin d'adopter les “nouveaux droits humains”, y compris le “droit” à l'avortement ».

Pour Schooyans, il est urgent de se demander si la préséance de la Congrégation pour la doctrine de la Foi ne doit pas être établie à l'intérieur de la Curie. Il demande si l'article de Fisichella a été publié en accord avec d'autres autorités vaticanes : « Lesquelles ? Qui a financé, organisé et couvert cet arrangement ? Dans une lettre datée du 14 mai (PAV, ref. 4235/09), Fisichella a écrit : “Cet article a été écrit sur demande.” A la demande de qui ? Il en est qui veulent insinuer qu'une pétition a été adressée à Fisichella, voire une sommation, au niveau du bureau de la Secrétairie d'Etat... C'est une question cruciale sur laquelle la lumière doit être faite. »

Mgr Schooyans n'hésite pas à se demander, vu le nombre de désinformations qui ont conduit à cette affaire, s'il n'y a pas des taupes au Vatican, des menées pour discréditer L'Osservatore Romano, il accuse directement Fisichella de compromettre les efforts immenses déployés par l'Eglise en faveur de la famille et de la vie.

« Il serait désastreux que cette affaire soit couverte par le silence ou qu'elle se poursuive indéfiniment, vu que le trouble est grand parmi les fidèles et que des mouvements “laïques” sont à l'évidence à l'affût pour exploiter la moindre nouvelle faille dans l'unité de l'Eglise. Un silence anormalement prolongé impliquerait que le Saint-Siège confirme la répudiation de l'archevêque Cardoso, prononcée implicitement par Fisichella. »

Il faut faire cesser les multiples erreurs, ajoute Mgr Schooyans, qui utilise le mot « scandale » et parle d'urgence, d'autant que l'affaire ouvre la voie à d'autres « dissidences ».

« L'affaire de Recife souligne que l'unité de l'Eglise ne peut se résumer à une affaire d'opportunité politique. L'Eglise, ou à tout le moins certains de ses membres, est victime d'une stratégie de la tranche de salami. En rejetant Humanae vitae, certains parmi ses pasteurs ont avalé la première tranche : la contraception. L'affaire de Recife révèle que certains de ses pasteurs sont en train d'avaler la deuxième tranche, l'avortement. D'autres tranches sont en attente d'être avalées : l'euthanasie, le “mariage” de personnes de même sexe, diverses forme d'ingéniérie génétique, etc. (...) On se contente d'une vérité qui s'enracine dans l'ambiguïté. Mais cette ambiguïté conduit inévitablement à un relativisme doctrinal généralisé. Cette tendance doit-elle être encouragée ? »

Pour Schooyans, la seule solution se trouve dans une mise au point du Pape lui-même, puisque l'article de Fisichella a créé un doute à propos de la légitimité de l'avortement. « Mais il n'est pas sûr qu'à Rome, la gravité de la situation soit suffisamment perçue », regrette-t-il.

20 mai, 2009

Affaire de Recife : nouvelle initiative contre la confusion à propos de la doctrine de l'Eglise

L’Eglise catholique accepte-t-elle désormais l’avortement « thérapeutique » pratiqué pour sauver la vie de la mère ? C’est l’opinion qui s’installe de manière de plus en plus insistance au sein du lobby de l’avortement, depuis que Mgr Rino Fisichella, a publié une note dans L’Osservatore Romano où il « prenait le parti » de la « petite fille brésilienne », enceinte de jumeaux et avortée.

J'en rappelle en fin de note les termes principaux.

Bien des voix se sont élevées dans les milieux pro-vie pour demander que Mgr Fisichella rectifie ses propos (dont je tiens de plusiers sources personnelles qu’il a déclaré à différentes reprises les avoir écrits « trompé et forcé »).

La dernière demande (publique) en date émane de Mme Judie Brown, présidente et co-fondatrice de l’American Life League et membre de l’Académie pontificale pour la vie. Dans un « Commentaire » publié par le site LifeSitenews.com, elle affirme avoir écrit d’emblée à Mgr Fisichella pour lui faire part de sa « grave préoccupation », mais aucune déclaration publique n’y a répondu.

Voici le texte de la lettre de Judie Brown, qu’elle rend désormais publique sur LifeSite :

Excellence,

Nous venons de vivre une campagne d’agitation médiatique à propos du cas du Brésil, d’une petite fille enceinte de jumeaux, de sa mère et des évêques de ce pays. Ce fut très déstabilisant d’assister au badinage entre deux « officiels » du Vatican et à la décision subséquente de la Conférence des évêques du Brésil de se « rétracter » après la décision initiale d’excommunier de ceux qui avaient participé à l’acte de mise à mort de deux enfants à naître. Nous comprenons la nature du problème, et nous connaissons bien la doctrine catholique à propos de menaces supposées visant la vie de la mère. Comme Pie XII l’a exprimé si clairement :

« Tout être humain, même l’enfant dans le sein de sa mère, a le droit à la vie reçue immédiatement de Dieu, et non des parents ou de quelque société ou autorité humaine. D’où il n’y a aucun homme, aucune autorité humaine, aucune science, aucune “indication” médicale, eugénique, sociale, économique, morale qui puisse exhiber ou donner un titre juridique valable pour disposer directement et délibérément d’une innocente vie humaine, c’est-à-dire pour en disposer en vue de sa destruction envisagée soit comme but, soit comme moyen d’obtenir un but qui peut-être en soi n’est pas du tout illégitime. Ainsi, par exemple, sauver la vie d’une mère est une très noble fin ; mais la suppression directe de l’enfant comme moyen d’obtenir cette fin, n’est pas permise. » (Discours aux sages-femmes, 29 octobre 1951.)

La situation au Brésil est horrifiante, Excellence. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais le fait est que deux bébés innocents ont été assassinés par l’avortement. Et comme le déclare Pie XII, la mise à mort « directe » de l’enfant comme moyen en vue d’une fin n’est pas licite. Comment expliquer alors à nos frères catholiques pourquoi dans ce cas, l’Eglise s’est rétractée et a fourni des arguments contre l’excommunication de ceux qui étaient directement impliqués dans la mort de ces deux enfants ? N’était-il pas urgent de sauver les trois vies innocentes ? Les deux enfants à naître ne devaient-ils pas bénéficier de tous les moyens possibles de protection de leur vie, tout comme la petite fille de neuf ans ? Pourquoi ceux qui exécutent des enfants à naître innocents ne devraient-ils point être punis pour leurs abominables crimes contre l’humanité ?

Nous vous posons ces questions avec l’entier respect que nous devons à votre Excellence, mais avec une égale préoccupation à propos de l’apparente contradiction qui s’est manifestée dans cette affaire. Nous cherchons simplement à comprendre, parce que de nombreux catholiques américains sont gravement troublés à son propos.
Nous sollicitons votre conseil à propos de cette grave question, ainsi que vos commentaires supplémentaires. Merci pour votre attention ! Que le Seigneur vous bénisse et vous garde. »


Judie Brown ajoute aujourd’hui un commentaire qui fait état du « plaisir » du lobby pro-avortement à la lecture de la note de Mgr Fisichella, provoquant « confusion et consternation ». Ainsi de la réaction de Frances Kissling, ancienne présidente de « Catholics for a free choice » (catholiques pour le libre choix) et fondatrice de la Fédération nationale de l’avortement aux Etats-Unis qui écrivit :

« A travers un prodigieux glissement par rapport à la stratégie du Vatican fondée sur l’exclusion de toute contestation de sa position selon laquelle l’avortement n’est jamais licite, même pour sauver la vie d’une femme, le plus important « officiel » du Vatican sur la bioéthique, l’archevêque Rino Fisichella a livré son opinion selon laquelle les médecins brésiliens qui ont pratiqué un avortement sur une fillette de neuf ans enceinte à 15 semaines de jumeaux ne méritaient pas l’excommunication… Cette modeste déviation de la part de l’archevêque à la tête del’Académie pontificale pour la vie ouvre, pour les catholiques qui suivent l’enseignement de l’Eglise sur la reproduction, la porte à la discussion sur la possibilité qu’en certains cas, officiellement reconnus, des personnes peuvent choisir l’avortement et avoir la conscience en paix. »

L’analyse est adroite, sinon roublarde, commente Mme Brown, qui cite d’autres articles de presse présentant Fisichella comme venu au secours d’un avortement.
Elle vient d’écrire au cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Vatican, afin qu’il fasse apporter des clarifications. Et elle invite ses lecteurs à faire de même, courtoisement et filialement, en écrivant à son Eminence au Secrétariat d’Etat de Sa Sainteté, Palais Apostolique, 00120 Città del Vaticano.

Rappel des termes de la note de Mgr Fisichella :

Cette « note », avec tout le poids d’une telle publication dans le journal du Vatican, comportait de multiples erreurs sur les faits. Elle assurait que la petite fille d’Alagoinha n’était au centre de l’intérêt médiatique qu’en raison de la déclaration de l’archevêque – or cela faisait deux semaines que l’ensemble de la presse brésilienne se passionnait pour l’affaire et réclamait l’avortement à cors et à cris. Elle assurait que personne n’avait chercher à « sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Église, devrions être experts et maîtres dans l'annonce », alors que le curé d’Alagoinha et l’archevêque de Recife avaient entouré la petite fille et sa famille d’une active et constante sollicitude.

Mgr Fisichella écrivait : « C'est vrai, Carmen portait en elle d'autres vies innocentes comme la sienne, même si elles étaient le fruit de la violence, et qui ont été supprimées ; mais cela ne suffit pas pour porter un jugement qui tombe comme un couperet. » Mais il affirmait aussi que « sa vie était sérieusement mise en danger par sa grossesse en cours », ce qui n’était pas du tout le cas au moment de l’avortement.

A l’évidence mal informé, Mgr Fisichella parlait d’une « décision difficile » pour les médecins qui ont avorté la fillette enceinte de près de quatre mois ; et d’ajouter que « le respect dû au professionnalisme du médecin est une règle qui doit impliquer chacun, et ne peut permettre de parvenir à un jugement négatif sans avoir auparavant considéré le conflit qui s'est créé au fond de lui. » Mais il s’agissait ici de médecins qui pratiquent habituellement l’avortement et revendiquent cela comme une gloire et comme un honneur !

Certes Mgr Fisichella a rappelé clairement que « l'avortement provoqué a été toujours condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement demeure inchangé aujourd’hui », puni d’excommunication automatique, mais il ajoute, pour condamner les déclarations de Mgr Cardoso Sobrinho : « Il n'y avait nul besoin de tant d'urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique. » Et c’est la conclusion de son article qui jette le trouble : affirmant – à juste titre – le besoin de charité et de miséricorde, il parle de la nécessité du « signe d'un témoignage de proximité avec ceux qui souffrent, un acte de miséricorde qui, tout en maintenant fermement le principe, est capable de regarder au delà de la sphère juridique pour rejoindre ce que le droit lui-même prévoit comme finalité de l'existence : le bien et le salut de ceux qui croient en l'amour du Père »… « Ce sont d'autres personnes qui méritent l'excommunication et notre pardon, pas ceux qui t'ont permis de vivre et t'aideront à retrouver l'espoir et la confiance. »

Indiscutablement, cette conclusion laisse entendre que la recherche d’une fin bonne – la santé et le bien-être d’une petite fille qui a de fait subi d’atroces atteintes à son innocence – justifie les moyens : l’avortement direct de deux êtres innocents. Les avorteurs sont présentés comme des sauveurs. Les « méchants » étant le violeur bien sûr (et qui le contesterait ?), mais aussi ceux qui se sont montrés durs, intransigeants, claquemurés dans leurs principes.

Ainsi, malgré l’affirmation du principe, un grave désordre s’est installé, dont la manifestation ne s’est pas fait attendre dans la presse internationale puisque bien des médias, bien des partisans « catholiques » de l’avortement en ont tiré argument pour affirmer que l’Eglise ne condamne plus comme autrefois l’avortement dans les cas de viol ou de grande jeunesse de la mère.

02 mai, 2009

Du nouveau dans l'affaire de Recife : Mgr Fisichella et le P. Lombardi publiquement interpellés

La lettre de Mgr Fisichella à propos de la petite fille de Recife, et les propos subséquents du porte-parole du Vatican, le P. Lombardi, ont provoqué la protestation de représentants du mouvement pro-vie, on en connaît en provenance de 16 pays à ce jour. La lettre et les commentaires ont abouti notamment à ces titres de la part de l'Associated Press : « Un prélat du Vatican justifie l'avortement sur une fillette de 9 ans » et du Washington Post : « Un officiel du Vatican justifie l'avortement subi par une enfant ». L'article de Fisichella, qui comme tous les articles dans L'Osservatore Romano sont soumis à la Secrétairie d'Etat, et ce spécialement en une matière aussi sensible, a reçu l'approbation explicite de France Kissling, ancienne présidente du mouvement pro-avortement “Catholics for a Free Choice” qui y voyait « une déviation surprenante de la stratégie du Vatican qui ne souffait aucune dissension par rapport à sa position selon laquelle l'avortement n'est jamais permis ». (Citée ici.)

Le Pr Josef Seifert, fondateur et recteur de l'Académie internationale pour la Philosophie, enseigant au Vatican, autorité reconnue sur les affaires de doctrine, de morale et de philosophie relatives au respect de la vie, vient de réagir officiellement dans une Lettre ouverte citée par Lifesitenews.

Je vous en propose ici ma traduction intégrale (merci d'y renvoyer par un lien et de ne pas la reproduire afin que l'intégralité de son texte et l'origine non officielle de la traduction puissent être connues). Je rappelle par ailleurs que de source romaine, Mgr Fisichella se plaindrait d'avoir été « trompé » et « forcé » à publier la lettre litigieuse. Si cela est vrai, c'est une raison supplémentaire pour qu'il s'exprime enfin avec clarté.

La publication récente d’un article par le président de l’Académie pontificale pour la vie (APV), Mgr Fisichella, dans L’Osservatore Romano, ainsi que sa diffusion mondiale et son utilisation par les pro-avortement, ainsi qu’une communication de presse par le Père Lombardi, ont provoqué une crise profonde au sein de l’Académie pontificale pour la vie et, de manière encore plus importante, dans la perception publique de l’enseignement de l’Eglise sur l’avortement. D’innombrables personnes et médias à travers le monde attribuent désormais à l’APV (en raison de la haute autorité que l’on croit devoir attribuer à son président quant à l’interprétation de l’enseignement de l’Eglise à propos de la vie), et au Pape lui-même (en raison de la tournure utilisée pour défendre l’article de Fisichella par le Père Lombardi) la propagation d’une nouvelle doctrine morale diamétralement opposée aux enseignements de l’Eglise et particulièrement à ceux de l’encyclique Evangelium Vitae, qui est également la Magna Carta de l’Académie pontificale pour la vie et qui contient sa raison d’être. Malgré son insistance initiale sur l’enseignement de l’Eglise selon lequel tout acte d’avortement entraîne avec lui l’excommunication automatique (latae sententiae) de tous ceux qui pratiquent ou assistent activement à l’avortement, Mgr Fisichella écrit :

« Comment agir en de tels cas ? C’est une décision difficile pour le médecin et du point de vue du code moral lui-même. (…) le choix de devoir sauver une vie en sachant que cela fera courir un risque sérieux à une deuxième vie ne se fait jamais facilement. (…) Cependant, en faire une généralisation serait incorrect aussi bien qu’injuste. »
« Le cas de Carmen a posé l’un des problèmes moraux les plus délicats ; en traiter de façon sommaire ne ferait justice ni à la fragilité de sa personne ni à ceux qui ont été impliqués dans l’incident de diverses façons. Ainsi, cela se produit pour chaque cas d’espèce individuel, celui-ci doit être analysé dans le détail, sans généraliser. »
« D’autres méritent l’excommunication et notre pardon, pas ceux qui vous ont donné la possibilité de vivre… » (C’est moi qui souligne.)

Peu de temps après la publication de l’article de Mgr Fisichella le porte-parole officiel du Vatican, le Père Lombardi a été cité en ces termes :
« A propos des considérations de Mgr Rino Fisichella, qui dans L’Osservatore Romano a déploré l’excommunication annoncée avec trop de précipitation par l’archevêque de Recife. Aucun cas limite ne doit obscurcir le véritable sens du discours du Saint Père, qui se référait à une chose extrêmement différente. (…) Le pape n’a pas du tout parlé de l’avortement thérapeutique et il n’a pas dit qu’il doit toujours être refusé. » (http://chiesa.espresso.repubblica.it/, 23.3.2009 Mine vaganti. In Africa il preservativo, in Brasile l'aborto).

Malgré un déluge de louanges, de la part des pro-avortement, adressé à Mgr Fisichella, et l’attribution qui lui a été faite de toutes parts dans le monde d’une prise de position favorable à l’avortement thérapeutique, et nonobstant les lettres de membres distingués de l’APV et d’autres personnalités à l’archevêque, ni Mgr Fisichella ni le Père Lombardi n’ont changé ou corrigé d’aucune façon leurs déclarations à la presse, bien que celles-ci, du moins dans la manière dont leur textes sont rédigés, adoptent une position qui est directement et explicitement contraire à la grande tradition éthique depuis Hippocrate et Socrate, et contraire toute la tradition de l’enseignement de l’Eglise sur cette matière importante, et plus particulièrement contraire à la déclaration dogmatique sur l’avortement volontaire dans Evangelium vitae. Laissez-moi citer les paroles, inoubliablement belles, de l’encyclique :

« Par conséquent, avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses Successeurs, en communion avec tous les évêques de l'Eglise catholique, je confirme que tuer directement et volontairement un être humain innocent est toujours gravement immoral. Cette doctrine, fondée sur la loi non écrite que tout homme découvre dans son cœur à la lumière de la raison (cf. Rm 2, 14-15), est réaffirmée par la Sainte Ecriture, transmise par la Tradition de l'Église et enseignée par le Magistère ordinaire et universel.

« La décision délibérée de priver un être humain innocent de sa vie est toujours mauvaise du point de vue moral et ne peut jamais être licite, ni comme fin, ni comme moyen en vue d'une fin bonne. En effet, c'est une grave désobéissance à la loi morale, plus encore à Dieu lui-même, qui en est l'auteur et le garant; cela contredit les vertus fondamentales de la justice et de la charité. « Rien ni personne ne peut autoriser que l'on donne la mort à un être humain innocent, fœtus ou embryon, enfant ou adulte, vieillard, malade incurable ou agonisant. Personne ne peut demander ce geste homicide pour soi ou pour un autre confié à sa responsabilité, ni même y consentir, explicitement ou non. Aucune autorité ne peut légitimement l'imposer, ni même l'autoriser. »

Il existe une contradiction claire de ce texte dans les propos de Mgr Fisichella et du Père Lombardi affirmant que l’avortement thérapeutique pour sauver la vie de la mère (ce qui n’était PAS le cas dans l’affaire de la fillette brésilienne) n’est pas intrinsèquement et toujours mauvais.

Puisque un tort énorme a été causé à beaucoup de personnes, et qu’il est possible que beaucoup de bébés sont morts en conséquence de ces propos provenant de telles sources, et puisque la demande fraternelle adressée à Mgr Fisichella afin qu’il les corrige n’a donné aucun résultat, j’estime de mon devoir d’exprimer mon espoir ardent que les plus hautes autorités enseignantes de l’Eglise puissent rapidement et clairement exprimer l’enseignement authentique de l’Eglise sur la caractère intrinsèquement mauvais de n’importe quel avortement, et qu’elles corrigent publiquement et sans ambiguïté les déclarations évoquées, qui ont conduit beaucoup d’hôpitaux et de médecins catholiques à prendre la défense de l’abominable mal et de l’abominable meurtre que l’on désigne fallacieusement sous le nom d’« avortement thérapeutique », en appelant au secours de cette position qui est fausse même du point de vue philosophique et éthique, qui contredit la « loi morale naturelle », l’autorité d’un « nouvel enseignement de l’Eglise ».

Bien qu’Evangelium vitae et la position de l’Eglise en la matière sont d’une totale clarté, il serait à mon avis quand même nécessaire, afin de réduire le mal qui a été fait, que les plus hauts représentants du Magistère réaffirment l’enseignement d’Evangelium vitae cité plus haut et l’appliquent explicitement à l’avortement pratiqué sur des mineurs et à n’importe quel autre avortement prétendument thérapeutique.

Puisque l’article de Mgr Fisichella constitue également une grave injustice à l’égard de l’archevêque d’Olinda et Recife, dans la manière où il décrit le cas concret de la pauvre fillette de neuf ans, je veux ajouter à cette lettre les corrections officielles et très convaincantes de l’archidiocèse.

Josef Seifert

Le vote solennel de la loi sur l’aide à mourir, dans l’oubli de l’essentiel

La loi sur l’aide à mourir sera solennellement votée mardi, dans l’oubli de l’essentiel   A deux jours de l’adoption solennelle de la loi su...