Un petit air de déjà vu pour ce fait divers sordide brésilien : tout le monde se souvient de l'affaire de la petite fille de Recife, tombée enceinte à 9 ans de jumelles à la suite de viols répétés par son beau-père et dont l'avortement donna lieu à une énorme kabbale contre Mgr Cardoso Sobrinho, l'évêque de Recife qui avait essayé de sauver les trois vies en cause. Aujourd'hui, ce qui se passe à Rio Branco do Sul dans l'Etat du Parana est en quelque sorte à l'opposé de cette histoire-là.
Une jeune fille de 14 ans à peine vient de perdre les jumeaux qu'elle portait parce que sa mère et son beau-père voulaient dissimuler les abus sexuels « constants » dont elle avait été victime depuis l'an dernier. C'est avec le consentement de sa concubine que le « beau-père » passait un jour sur deux avec celle-là, l'autre avec sa fille, en présence de sa sœur qui avait un an de moins à laquelle ledit « beau-père » offrait des jouets, des robes et des souliers pour abuser d'elle aussi.
C'est lorsque la jeune fille a su qu'elle était enceinte de jumeaux et que sa mère l'a découvert que la tragédie a pris un nouveau tournant : c'était samedi dernier. La mère et son concubin l'ont violemment attaquée avec l'intention de la faire avorter : lui en l'asphyxiant, elle en se laissant tomber à genoux de tout son poids sur le ventre de l'adolescente. Celle-ci, voulant sauver sa propre vie et celle de ses enfants, s'était enfuie, réussissant à rejoindre un conseil de tutelle qui l'a conduite auprès de la police pour faire sa déposition.
Un examen médical devait alors révéler que la jeune fille était effectivement enceinte de jumeaux, « mais malheureusement les bébés étaient morts », a déclaré le délégué du conseil de tutelle qui s'est occupé de son cas, Voltaire Garcia. Après une hospitalisation de quelques jours la jeune fille a été conduite vers un abri, alors que la mère et le beau-père ont été arrêtés lundi dernier. D'après un journal local, c'est en apprenant la mort de ses jumeaux que la jeune fille, révoltée, a tout dit sur les agressions dont elle avait été victime.
Pourquoi vous dire ces faits affreux, mais, somme toute, seulement de l'ordre du fait divers ?
Parce que le fait divers est ici révélateur.
Parce qu'ici l'avortement de deux bébés, fussent-ils le fruit d'un abominable abus d'une jeune fille par le concubin de sa mère, n'est pas présentée comme un bien. Parce que la presse a pris fait et cause pour la victime adolescente, mais aussi pour ses jumeaux, personne ne s'avisant de les traiter de « fœtus ». L'acte violent, et en l'occurrence meurtrier, de l'homme et de la femme complices dans l'horreur, apparaît pour ce qu'il est.
L'avortement légal, dans ce cas précis, aurait constitué une solution de facilité pour la mère dénaturée et son concubin – solution qui aurait permis de tout enterrer.
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Affichage des articles dont le libellé est Mgr Cardoso Sobrinho. Afficher tous les articles
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16 avril, 2011
22 mars, 2010
Instrumentalisation du double avortement de Recife : au Brésil, l'affaire est relancée
C'était l'événement que les mouvements féministes pro-avortement attendaient : c'est à peu près ce qu'ont dit les représentantes de plusieurs d'entre eux le 5 mars dernier en lançant, à l'Hôpital universitaire de Pernambouc (Brésil), la première projection publique d'une vidéo de 29 minutes sur l'affaire de la fillette violée de Recife, soumise à un double avortement en mars 2009 malgré l'opposition de son père légitime.
Liz Silveira, de l'ONG internationale Ipas, a expliqué que le documentaire est le matériel qui manquait pour outiller les professeurs d'écoles d'infirmiers et de médecine dans leurs discussions avec leurs élèves. L'idée étant de lutter contre la résistance qui persiste, malgré la croissance des chiffres, à l'avortement légal au Brésil, puisque celui-ci est actuellement permis en cas de viol ou de risque grave pour la santé de la mère. Alors que 3.241 interventions de ce type ont été enregistrées en 2008 au Brésil, les ONG féministes déplorent que 50 % des médecins des services d'obstétrique de référence refusent de pratiquer l'avortement même dans ce cadre légal, et se contentent de rediriger les femmes vers un collègue ou vers un autre établissement.
Tout en menant leur combat pour faire légaliser l'avortement de manière générale – comme le fait par exemple Ipas dans le monde entier – les ONG cherchent d'ores et déjà, plus ou moins ouvertement, à faire tomber les barrières de l'objection de conscience qui entravent leur projet.
Et pour cela, rien de tel que de faire vibrer la corde sensible. Le documentaire insiste beaucoup sur le jeune âge de la fillette, et l'horreur qu'elle a vécue.
Le compte-rendu de cette première projection dans un journal médical affirme sans complexes que seule l'intervention de « mouvements de femmes » a permis à la mère de la fillette, dans un premier temps, de faire sa demande d'avortement dans le centre médical IMIP de Recife, où elle fut contrée « par » Mgr Cardoso Sobrinho, l'archévêque du lieu et – c'est plus important – par le père légitime de la fillette. « La procédure ne put finalement se faire que lorsque les féministes ont persuadé la mère de la transférer au Centre de santé Amaury de Medeiros. Le rôle déterminant de ces activistes est ainsi souligné par elles-mêmes, et elles osent même maintenir qu'à ce jour, la fillette pense avoir été traitée pour une histoire de ver solitaire…
Mgr Cardoso Sobrinho, que j'avais interrogé à ce sujet, m'a assuré que la jeune fille savait être enceinte et qu'elle avait même dit vouloir donner l'une des jumelles (on sut plus tard que c'étaient des filles) à quelqu'un de sa famille, et garder l'autre « pour jouer avec elle ».
Le documentaire a donc un objectif clair : pour Liz Silveira, de Ipas, cité par la revue en lien ci-dessus, il s'agit que « la société voie et reconnaisse que les femmes, adolescentes et jeunes filles sont sujets de droits, autonomes face aux décisions concernant leur sexualité et la reproduction, de manière consciente et informée ».
Autrement dit, outre les verrous de l'objection de conscience et de la légalisation de l'avortement, il y en a un autre à faire sauter : celui de l'autorité paternelle, et de façon générale, celui du droit du père devant la décision d'avorter.
Si bien que les différentes ONG, et notamment Ipas vont promouvoir la projection de la vidéo dans différentes universités du Brésil et la faire présenter dans des salles de cours, des séminaires (professionnels, on suppose !) et des congrès sur les droits humains, sexuels et reproductifs. Si d'aucuns ont pu dénoncer la publicité donnée à l'affaire par l'intervention de l'Eglise pour éviter la mort à deux enfants conçus, elle est ridicule par rapport à la manipulation, l'utilisation, l'exploitation qui en est faite par les féministes pro-avortement…
C'est ici que l'on mesure à quoi peut mener le soutien à l'avortement dans les « cas limite », fût-il ambigu.
On apprend au passage que le « beau-père » – en fait un jeune cousin, amant de la mère de la fillette d'Alagoinha – s'est repenti de ses actes en prison et que la procédure le concernant vient tout juste de se déclencher vraiment, puisque pendant une longue période aucun avocat n'a accepté de le défendre. La mère n'a finalement pas été traduite devant la justice en l'absence de preuves de sa conscience des méfaits. Elle vit avec ses deux filles dans une autre ville sous la protection de la secrétairerie du droit des femmes.
On peut voir ici la relation de la projection par une télévision brésilienne où l'on voit que l'on n'a pas hésité à intégrer dans la vidéo des images de la fillette (de dos) et de son agresseur (qui a moins de la moitié de l'âge de sa mère).
Enfin, mais c'est anecdotique, un an jour pour jour après le début des démarches pour faire avorter la fillette, la terre a tremblé à Alagoinha, endommageant une dizaine de maisons. La plus forte des 15 répliques qui ont affolé la population locale les jours suivants a atteint une magnitude de 3,2 sur l'échelle de Richter. D'aucuns font le lien. Le fait est que les secousses ont propulsé de nouveau la ville d'Alagoinha au centre des infos, un an après...
© leblogdejeannesmits.
Liz Silveira, de l'ONG internationale Ipas, a expliqué que le documentaire est le matériel qui manquait pour outiller les professeurs d'écoles d'infirmiers et de médecine dans leurs discussions avec leurs élèves. L'idée étant de lutter contre la résistance qui persiste, malgré la croissance des chiffres, à l'avortement légal au Brésil, puisque celui-ci est actuellement permis en cas de viol ou de risque grave pour la santé de la mère. Alors que 3.241 interventions de ce type ont été enregistrées en 2008 au Brésil, les ONG féministes déplorent que 50 % des médecins des services d'obstétrique de référence refusent de pratiquer l'avortement même dans ce cadre légal, et se contentent de rediriger les femmes vers un collègue ou vers un autre établissement.
Tout en menant leur combat pour faire légaliser l'avortement de manière générale – comme le fait par exemple Ipas dans le monde entier – les ONG cherchent d'ores et déjà, plus ou moins ouvertement, à faire tomber les barrières de l'objection de conscience qui entravent leur projet.
Et pour cela, rien de tel que de faire vibrer la corde sensible. Le documentaire insiste beaucoup sur le jeune âge de la fillette, et l'horreur qu'elle a vécue.
Le compte-rendu de cette première projection dans un journal médical affirme sans complexes que seule l'intervention de « mouvements de femmes » a permis à la mère de la fillette, dans un premier temps, de faire sa demande d'avortement dans le centre médical IMIP de Recife, où elle fut contrée « par » Mgr Cardoso Sobrinho, l'archévêque du lieu et – c'est plus important – par le père légitime de la fillette. « La procédure ne put finalement se faire que lorsque les féministes ont persuadé la mère de la transférer au Centre de santé Amaury de Medeiros. Le rôle déterminant de ces activistes est ainsi souligné par elles-mêmes, et elles osent même maintenir qu'à ce jour, la fillette pense avoir été traitée pour une histoire de ver solitaire…
Mgr Cardoso Sobrinho, que j'avais interrogé à ce sujet, m'a assuré que la jeune fille savait être enceinte et qu'elle avait même dit vouloir donner l'une des jumelles (on sut plus tard que c'étaient des filles) à quelqu'un de sa famille, et garder l'autre « pour jouer avec elle ».
Le documentaire a donc un objectif clair : pour Liz Silveira, de Ipas, cité par la revue en lien ci-dessus, il s'agit que « la société voie et reconnaisse que les femmes, adolescentes et jeunes filles sont sujets de droits, autonomes face aux décisions concernant leur sexualité et la reproduction, de manière consciente et informée ».
Autrement dit, outre les verrous de l'objection de conscience et de la légalisation de l'avortement, il y en a un autre à faire sauter : celui de l'autorité paternelle, et de façon générale, celui du droit du père devant la décision d'avorter.
Si bien que les différentes ONG, et notamment Ipas vont promouvoir la projection de la vidéo dans différentes universités du Brésil et la faire présenter dans des salles de cours, des séminaires (professionnels, on suppose !) et des congrès sur les droits humains, sexuels et reproductifs. Si d'aucuns ont pu dénoncer la publicité donnée à l'affaire par l'intervention de l'Eglise pour éviter la mort à deux enfants conçus, elle est ridicule par rapport à la manipulation, l'utilisation, l'exploitation qui en est faite par les féministes pro-avortement…
C'est ici que l'on mesure à quoi peut mener le soutien à l'avortement dans les « cas limite », fût-il ambigu.
On apprend au passage que le « beau-père » – en fait un jeune cousin, amant de la mère de la fillette d'Alagoinha – s'est repenti de ses actes en prison et que la procédure le concernant vient tout juste de se déclencher vraiment, puisque pendant une longue période aucun avocat n'a accepté de le défendre. La mère n'a finalement pas été traduite devant la justice en l'absence de preuves de sa conscience des méfaits. Elle vit avec ses deux filles dans une autre ville sous la protection de la secrétairerie du droit des femmes.
On peut voir ici la relation de la projection par une télévision brésilienne où l'on voit que l'on n'a pas hésité à intégrer dans la vidéo des images de la fillette (de dos) et de son agresseur (qui a moins de la moitié de l'âge de sa mère).
Enfin, mais c'est anecdotique, un an jour pour jour après le début des démarches pour faire avorter la fillette, la terre a tremblé à Alagoinha, endommageant une dizaine de maisons. La plus forte des 15 répliques qui ont affolé la population locale les jours suivants a atteint une magnitude de 3,2 sur l'échelle de Richter. D'aucuns font le lien. Le fait est que les secousses ont propulsé de nouveau la ville d'Alagoinha au centre des infos, un an après...
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19 mars, 2010
Jean d'Ormesson et Recife
Donc, Jean d'Ormesson, pour montrer combien la légalisation de l'avortement est un mal nécessaire, a invoqué l'affaire de Recife. Et a utilisé, une nouvelle fois, l'arme du pathos pour ridiculiser la position catholique sur l'avortement, interdit même dans les cas limite comme l'a rappelé en juillet la Congrégation pour la doctrine de la Foi. J'ai reproduit ses paroles ici.
Je pensais remettre une nouvelle fois en évidence la mauvaise foi qui entoure cette affaire, et montrer les mensonges par omission auxquels s'est livré – sans doute par ignorance, c'est ce qui arrive lorsqu'on se contente des gros médias – Jean d'Ormesson. Mais le résultat de la « compassion », du pathos sans la rectitude de la pensée est manifeste dans son propos. Mgr Cardoso Sobrinho s'est rendu coupable d'un manque d'humanité à l'égard de la fillette, la même inhumanité qu'a dû affronter Simone Veil de la part des rigoristes catholiques qui ne voulaient pas de sa loi en 1974.
J'allais le faire lorsque je pris connaissance du compte-rendu de la manifestation et de la réception de Simone Veil par l'abbé Laguérie. Et là, surprise. Voici ce qu'écrit l'abbé :
Je pensais remettre une nouvelle fois en évidence la mauvaise foi qui entoure cette affaire, et montrer les mensonges par omission auxquels s'est livré – sans doute par ignorance, c'est ce qui arrive lorsqu'on se contente des gros médias – Jean d'Ormesson. Mais le résultat de la « compassion », du pathos sans la rectitude de la pensée est manifeste dans son propos. Mgr Cardoso Sobrinho s'est rendu coupable d'un manque d'humanité à l'égard de la fillette, la même inhumanité qu'a dû affronter Simone Veil de la part des rigoristes catholiques qui ne voulaient pas de sa loi en 1974.
J'allais le faire lorsque je pris connaissance du compte-rendu de la manifestation et de la réception de Simone Veil par l'abbé Laguérie. Et là, surprise. Voici ce qu'écrit l'abbé :
« Mais Jean d’Ormesson a plus d’un tour dans son sac. Il cite le cas, plus récent, de cette enfant de neuf ans, au Brésil, violée par son beau-père, (elle fait un mètre-trente et pèse trente-six kilos) qui tombe enceinte de deux jumeaux. On se souvient tous de l’affaire. Sa mère l’a fait avorter et l’évêque de Recife ne trouve rien de plus malin que de rappeler la loi de l’Eglise qui sanctionne l’avortement d’une excommunication. Jusqu’où mène la couardise ? Et de tâcher de nous émouvoir avec ça. Franchement, M. l’académicien, c’est malhonnête. D’autant que vous semblez connaître la doctrine catholique et que vous avez, avec beaucoup d’adresse, fait peser, à mi-mots, une responsabilité sur l’Eglise en la stupidité d’un seul de ses membres, fût-il évêque.
Vous avez raison de dire que c’est le beau-père qui aurait du être excommunié. Là eût été son courage. La pédophilie, incestueuse ou non, lorsqu’elle avérée, devrait faire l’objet d’une censure, de l’excommunication. Même si ce n’est pas dans le droit de l’Eglise (On devrait sérieusement y songer à Rome, par une « latae »), l’évêque a ce pouvoir dans son diocèse ( par une « ferendae ») et c’est ce qu’aurait dû faire l’évêque de Recife, au lieu de se retrancher courageusement derrière le droit de l’Eglise, contre une enfant de neuf ans et sa (pauvre) mère.
Je dis pauvre mère, parce qu’elle arrive bien trop tard dans cette histoire, celle-là. La morale catholique permet d’évacuer le fruit d’un viol, considéré alors comme un injuste agresseur. Voyez les bouquins. Elle aurait évité l’avortement et devait cela à sa petite, qui en avait assez vu, non ?
La petite n’encourrait aucune excommunication, n’ayant même pas l’âge requis de quatorze ans. Non plus que la lucidité, tant pour elle que pour la mère, d’ailleurs, on le suppose.
Quant à l’ordinaire de Recife qui fait de la publicité sur une excommunication inexistante et n’excommunie point le violeur incestueux : il n’engage que lui, M. l’académicien, et sûrement pas l’Autorité qui l’a investi. Et utiliser des procédés aussi prosaïques devant trois présidents de la République, dont deux sont complices, est indigne d’un chrétien. On respecte sa mère. »
Et là, j'avoue que les bras m'en tombent un peu. M. l'abbé n'a-t-il pas pris connaissance des circonstances réelles de ce drame ? De la compassion qui a été celle du curé d'Alagoinha, d'où la fillette était originaire ? Des démarches de « travailleuses sociales » qui militent pour l'avortement légalisé au Brésil, qui ont fait pression sur la mère et sur le père légitime de l'enfant et qui en ont fait une affaire médiatique pour faire pleurer Margot ? De l'aide apportée par Mgr Cardoso Sobrinho pour aider la fillette à sauver sa vie et celle des deux jumeaux qu'elle portait, et qui avaient déjà 15 semaines ? De sa mère qui s'est mise en concubinage avec un jeune cousin deux fois plus jeune qu'elle, et qui n'a rien remarqué des viols subis de son fait par ses deux filles depuis trois ans ? De la décision de l'hôpital où la fillette était soignée de ne pas procéder à l'intervention ? Du fait que, contre la volonté expresse de son père légitime, la fillette a été enlevée et embarquée pour subir un avortement dans un autre hôpital ? Elle qui se savait enceinte, on lui a dit qu'elle était soumise à un « vermifuge »...
Cette affaire a été instrumentalisée par la presse et accueillie comme une justification inattendue par tous les groupes qui revendiquent 'avortement légal au moins dans les « cas limite », sachant très bien que c'est la voie royale pour légaliser l'avortement tout court.
Que l'Eglise puisse excommunier les violeurs d'enfant, cela n'aurait rien de choquant. De fait ils sont - en cas de pleine responsabilité – en état de péché mortel de par leur acte. Et tous savent que ce péché est grave. (Vous remarquerez tout de même que dans le droit commun de bien des pays, le viol, et même le viol sur mineur, est moins puni que le meurtre ou l'assassinat.)
Ce que j'ai cru comprendre, c'est que l'excommunication automatique qui frappe les auteurs d'un avortement, – et donc les médecins qui ne sont pas passionnellement impliqués dans les souffrances causées par une grossesse résultant d'un viol – est destiné à faire réfléchir ceux qui envisagent de tuer de sang-froid ; et que cette excommunication a été maintenue précisément parce que le sens du péché, la conscience du mal est en notre temps largement atténué en ce qui concerne l'avortement. Alors que pour les actes pédophiles ils sont (et je ne m'en plains pas) plutôt exacerbés.
Mgr Cardoso Sobrinho n'a pas brandi l'excommunication comme une arme de haine. Il a publiquement rappelé, avant que l'avortement ne soit consommé et que le père de la fillette était désespérément à sa recherche, que la décision de la faire avorter et que la commission de l'avortement encourraient une excommunication automatique. C'est autre chose. C'est le souci des âmes. C'est la volonté de sauver trois vies. Il l'a dit (et il me l'a personnellement redit) par la suite.
On a su d'ailleurs par la suite que les médecins qui ont pratiqué l'intervention se vantaient publiquement de n'en être point du tout à leur premier avortement, et de revendiquer ce droit de vie et de mort sur les tout petits en certains cas. Les cas de « détresse », évidemment. En quoi Simone Veil a-t-elle fait autre chose ?
Je pense que l'abbé Laguérie n'a pas suivi tout cela en son temps, et c'est avec respect que je me permets de le redire ici publiquement. Il me semble que l'honneur de Mgr Cardoso Sobrinho l'exige.
Enfin j'aimerais comprendre ce que veut dire Monsieur l'abbé en disant : « La morale catholique permet d'évacuer le fruit d'un viol, considéré alors comme un injuste agresseur. » J'ai lu « les bouquins », et je n'ai jamais vu cela. Parlons-nous de la même chose ? Le « fruit » d'une relation sexuelle me semble devoir désigner l'œuf fécondé, l'embryon, le fœtus, l'enfant : un être à l'image de Dieu, malgré les circonstances dramatiques de sa conception. Mais peut-être s'agit-il de la semence masculine simplement ? Le germe, alors, et non le fruit... Mais pour que la mère intervînt, il eût fallu qu'elle le fasse dès le premier attouchement constaté. Et elle aurait pu se contenter alors de jeter à la rue son concubin.
Que l'abbé me pardonne de le contredire ainsi publiquement. Je ne le ferais pas si je n'estimais que la vérité l'exige. Je ne le ferais pas non plus si je n'attendais pas sincèrement une explication sur ce qu'il semble présenter non comme une circonstance atténuante, mais comme une justification de l'avortement, fût-il très précoce.
05 mars, 2010
Affaire Fisichella : le Pr Josef Seifert s'exprime à son tour, plus vigoureusement encore que les précédents
Un 7e membre de l'Académie pontificale pour la vie (APV) vient de rompre le silence à propos de l'assemblée annuelle de l'institution où Mgr Rino Fisichella avait refusé, en février, de lever l'ambiguïté née de la lettre qu'il avait publiée dans L'Osservatore Romano à propos de la petite fille de Recife soumise à l'avortement de ses jumeaux. Le Pr Josef Seifert avait été en première ligne au printemps dernier lorsque l'affaire avait éclaté et à vrai dire j'avais trouvé étrange l'absence de son nom au bas de la déclaration par laquelle Mgr Schooyans, Christine de Marcellus Vollmer et trois autres académiciens avaient exprimé leur défiance à l'égard de Rino Fisichella comme président de l'APV.
Sollicité par LifeSiteNews, le Pr Josef Seiferta répondu par écrit pour dire son entier soutien aux cinq signataires (après celui de Judie Brown, voir ici). « Il est à craindre que Mgr Fisichella demeure véritablement, de manière ferme et irrévocable, sur les positions exprimées dans son article, ne regrettant même pas en privé » les « conséquences immensément dommageables » de la justification implicite de l'avortement qu'il contenait.
Josef Seifert raconte que lors de l'assemblée de l'APV à Rome en février, cherchant à obtenir une solution à la crise « dans la paix et dans la vérité », il avait préparé un document réaffirmant l'enseignement de l'Eglise dont il voulait solliciter la signature par Mgr Fisichella et par tous les autres membres de l'Académie.
Le Pr Josef Seifert, fondateur et recteur de l'Académie internationale de philosophie du Liechtenstein, enseigne au Vatican et dans diverses universités du monde, spécialiste des questions du respect de la vie, réclame lui aussi la démission de Mgr Fisichella.
On pourra se reporter à l'interview qu'il m'avait donnée pour Présent que j'ai republiée ici sur ce blog.
Ci-dessous, ma traduction d'extraits de sa longue déclaration écrite à LifeSite, avec quelques résumés par mes soins (en italique).
Le Pr Seifert estimant que tout avait été dit par les cinq signataires de la déclaration, pensant aussi que la Clarification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en juillet avait mis fin à l'affaire qui est désormais entre les mains du Saint-Père, s'était abstenu de réagir publiquement. Il jugeait que lui, en tant que laïc, n'avait pas à intervenir publiquement.
Le Pr Seifert rappelle alors qu'il s'était estimé obligé l'an dernier de se désolidariser publiquement de l'article publié par Mgr Rino Fisichella qui équivalait à la « justification par un évêque de l'avortement lors de certaines circonstances tragiques, abandonnant ainsi son troupeau et le nourrissant d'erreurs pernicieuses plutôt que de la vérité ». Il réagit désormais notamment à la fausse affirmation d'harmonie au sein de l'APV par Mgr Fisichella.
Le Pr Seifert détaille en suite les quatre affirmations de l'article de Fisichella : • il suggère que l'avortement n'est pas forcément un mal et qu'il peut s'agir un acte de miséricorde pour sauver la vie, • il dit que dans le cas de Recife, les médecins n'encouraient (ne « méritaient ») pas l'excommunication automatique attachée à l'acte d'avortement, • il affirme que l'excommunication est n'est pas un acte de miséricorde alors qu'il a pour but le salut éternel de la personnel, et • il affirme que dans des circonstances dramatiques comme celui de la petite fille de Recife (qui n'était pas en danger de mort, rappelle-t-il) les médecins sont seuls avec leur conscience plutôt que d'être guidés par la vérité.
Ces quatre points méritent d'être traduits in extenso et j'espère pouvoir le faire dans les jours à venir.
Le Pr Seifert souligne combien les Clarifications de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi exposent excellemment l'enseignement de l'Eglise à ce propos, ajoutant que Fisichella n'a jamais rétracté ce qu'il avait écrit de contraire mais qu'il avait au contraire en quelque sorte tiré ces Clarifications à lui pour donner l'impression qu'elles justifiaient ce qu'il avait écrit. D'où la proposition de la part de Josef Seifert d'obtenir une Communio et Pax in Veritate à travers la signature commune d'une réaffirmation des vérités défendues par l'APV : il explique qu'il n'aurait jamais évoqué cette proposition ni le refus de Fisichella si celui-ci n'avait injustement attaqué ceux qui l'avaient conteste, et s'il n'avait pas présenté comme une « harmonie » au sein de l'APV le respectueux silence de ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui et qui restaient dans l'attente d'une décision pontificale.
© leblogdejeannesmits.
Sollicité par LifeSiteNews, le Pr Josef Seiferta répondu par écrit pour dire son entier soutien aux cinq signataires (après celui de Judie Brown, voir ici). « Il est à craindre que Mgr Fisichella demeure véritablement, de manière ferme et irrévocable, sur les positions exprimées dans son article, ne regrettant même pas en privé » les « conséquences immensément dommageables » de la justification implicite de l'avortement qu'il contenait.
Josef Seifert raconte que lors de l'assemblée de l'APV à Rome en février, cherchant à obtenir une solution à la crise « dans la paix et dans la vérité », il avait préparé un document réaffirmant l'enseignement de l'Eglise dont il voulait solliciter la signature par Mgr Fisichella et par tous les autres membres de l'Académie.
« Je l'ai montré à Mgr Fisichella avec l'intention que nous puissions le distribuer ensemble. Il a refusé. »
Le Pr Josef Seifert, fondateur et recteur de l'Académie internationale de philosophie du Liechtenstein, enseigne au Vatican et dans diverses universités du monde, spécialiste des questions du respect de la vie, réclame lui aussi la démission de Mgr Fisichella.
On pourra se reporter à l'interview qu'il m'avait donnée pour Présent que j'ai republiée ici sur ce blog.
Ci-dessous, ma traduction d'extraits de sa longue déclaration écrite à LifeSite, avec quelques résumés par mes soins (en italique).
Le Pr Seifert estimant que tout avait été dit par les cinq signataires de la déclaration, pensant aussi que la Clarification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en juillet avait mis fin à l'affaire qui est désormais entre les mains du Saint-Père, s'était abstenu de réagir publiquement. Il jugeait que lui, en tant que laïc, n'avait pas à intervenir publiquement.
« Mais après beaucoup de réflexion et de prière, me rappelant le rôle décisif exercé par la critique du laïcat de l'arianisme professé par la majorité des évêques catholiques pendant l'une des plus grandes crises de l'Eglise, en vue de prévenir la fatale hérésie arienne, et le rôle crucial joué par la critique – y compris du pape – exprimée par la jeune Catherine de Sienne pour la réforme de l'Eglise de son temps, il m'a semblé juste et nécessaire de ne pas rester silencieux, y compris à l'égard des médias, à propos d'une affaire doctrinale de très grande importance, affaire qui met en péril la vie de bien des enfants à naître, et aussi des âmes et qui a donc de très importantes retombées pratiques, éthiques et spirituelles. En outre, puisque les médias a été gravement désinformée à propos de la réunion de notre assemblée, j'ai pensé que le temps du silence était révolu. »
Le Pr Seifert rappelle alors qu'il s'était estimé obligé l'an dernier de se désolidariser publiquement de l'article publié par Mgr Rino Fisichella qui équivalait à la « justification par un évêque de l'avortement lors de certaines circonstances tragiques, abandonnant ainsi son troupeau et le nourrissant d'erreurs pernicieuses plutôt que de la vérité ». Il réagit désormais notamment à la fausse affirmation d'harmonie au sein de l'APV par Mgr Fisichella.
« Alors qu'il n'est certainement pas faux que l'article de Mgr Fisichella a été abusivement utilisé et manipulé afin d'en tirer la conclusion que l'enseignement de l'Eglise sur tout avortement provoqué, et compris l'avortement thérapeutique, a changé, il demeure aussi totalement évident que les fausses affirmations clairement rejetées par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sont de fait présentes dans l'article de l'archevêque dans L'Osservatore Romano, et pas seulement dans les interprétations erronées et les manipulations de ses paroles, ainsi que Mgr Fisichella l'interprète, donnant l'impression que la Clarifiaction confirmait de nouveau et justifiait son article et son refus persistant de reprendre ne serait-ce qu'une seule de ses affirmations. »
Le Pr Seifert détaille en suite les quatre affirmations de l'article de Fisichella : • il suggère que l'avortement n'est pas forcément un mal et qu'il peut s'agir un acte de miséricorde pour sauver la vie, • il dit que dans le cas de Recife, les médecins n'encouraient (ne « méritaient ») pas l'excommunication automatique attachée à l'acte d'avortement, • il affirme que l'excommunication est n'est pas un acte de miséricorde alors qu'il a pour but le salut éternel de la personnel, et • il affirme que dans des circonstances dramatiques comme celui de la petite fille de Recife (qui n'était pas en danger de mort, rappelle-t-il) les médecins sont seuls avec leur conscience plutôt que d'être guidés par la vérité.
Ces quatre points méritent d'être traduits in extenso et j'espère pouvoir le faire dans les jours à venir.
Le Pr Seifert souligne combien les Clarifications de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi exposent excellemment l'enseignement de l'Eglise à ce propos, ajoutant que Fisichella n'a jamais rétracté ce qu'il avait écrit de contraire mais qu'il avait au contraire en quelque sorte tiré ces Clarifications à lui pour donner l'impression qu'elles justifiaient ce qu'il avait écrit. D'où la proposition de la part de Josef Seifert d'obtenir une Communio et Pax in Veritate à travers la signature commune d'une réaffirmation des vérités défendues par l'APV : il explique qu'il n'aurait jamais évoqué cette proposition ni le refus de Fisichella si celui-ci n'avait injustement attaqué ceux qui l'avaient conteste, et s'il n'avait pas présenté comme une « harmonie » au sein de l'APV le respectueux silence de ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui et qui restaient dans l'attente d'une décision pontificale.
« Il se peut bien que Mgr Fisichella ait refusé la distribution et la signature du texte que je lui ai soumis pour diverses raisons légitimés (quoiqu'erronées à mon avis). Mais après la série d'événements décrits par les cinq signataires de la réponse précédente à vos demandes et la manière constante dont il a évité d'affirmer son rejet des graves erreurs qu'aussi bien des pro-vie que des pro-avortement ont vues dans son article, il est à craindre que Mgr Fisichella ne demeure véritablement, de manière ferme et irrévocable, sur les positions exprimées dans son article, ne regrettant même pas en privé, au sein de l'APV, et encore moins publiquement, les conséquences immensément dommageables et les interprétations de ses paroles qui peuvent être comprises comme justifiant l'avortement dans les cas où un grand dommage pourrait résulter d'une naissance.
« Puisqu'il est presque impossible d'éviter d'en tirer cette conclusion, je suis en plein accord avec les auteurs de la lettre que vous avez reçue de la part de cinq membres distingués de l'APV, parmi lesquels l'auteur des analyses théologiques les plus approfondies de l'article de Mgr Fisichella, Mgr Michel Schooyans, et à mon avis, nonobstant le fait qu'une telle décision relève de la seule autorité du pape, Mgr Fisichella est absolument inapte à être président de l'APV.
« Cependant, si les auteurs de la lettre indiquent qu'ils espèrent ou s'attendent à ce que le Saint-Père lui donne une tâche plus conforme à ses aptitudes, je me sens obligé d'ajouter une remarque très ouverte : même si Mgr Fisichella est un esprit brillant, qu'il bénéficie d'une superbe éducation dans bien des domaines, qu'il possède un talent linguistique qui lui permet de s'exprimer dans toutes les langues de l'APV, et bien d'autres forces qui montrent une extraordinaire préparation à des tâches plus hautes, j'ai tendance à penser que sa déclaration directement contraire à l'enseignement limpide de deux Encycliques et contre la déclaration dogmatique d'Evangelium Vitae selon laquelle n'importe quel type d'avortement, dans tous les cas, est gravement mauvais, rendrait impossible sa nomination en tant qu'évêque d'un diocèse, et encore moins d'un diocèse attaché au chapeau et au rang de cardinal. Bien que je ne sois évidemment point pape et même pas Monseigneur, mais un misero laico, un minable laïc, comme mon cher ami le cardinal Caffara m'appelait plaisantant à demi, j'estime néanmoins de mon devoir de rappeler aux plus hautes autorités de l'Eglise, que ce n'est pas la politique, ni l'efficacité pour mettre en œuvre des changements législatifs désirés par l'Eglise ou pour empêcher ceux dont elle ne veut pas, ni les talents et dons intellectuels les plus élevés, mais seul l'engagement inébranlable et courageux au service de l'intégralité de l'enseignement de l'Eglise qui peut qualifier une personne pour les positions d'influence et de responsabilité du troupeau pour lequel le Christ a déposé sa vie, et aucun respect humain, aucune attache cléricale, aucune habitude cléricale mais seule la vérité doit conduire l'Eglise à nommer un homme à une chaire d'évêque pour devenir successeur des Apôtres et plus haut représentant du Magistère après le Pape et les Conciles de l'Eglise. J'ajouterais : si j'étais évêque et avais devant moi le plus brillant et le plus savant des séminaristes au monde, qui me demanderait de l'ordonner prêtre en ayant exprimé de telles opinions sur l'avortement, je ne l'ordonnerais jamais prêtre et si je devais tout de même le faire, craindrais pour mon salut éternel.
« Il est inutile de dire que ce n'est ni la rancune ni le ressentiment qui ont conduit six d'entre nous à écrire ce que nous avons écrit avec un cœur qui saigne, ce n'est pas non plus un intérêt fanatique pour les batailles et les guerres intestines, mais seulement un engagement inconditionnel pour la vérité que nous avons juré de défendre. Et j'espère encore que Mgr Fisichella, pour qui je prie tous les jours en le nommant, en viendra à le comprendre et qu'il entera dans une communion et une paix fondées sur la vérité. »Dans un prochain message, je publierai la traduction du texte que Mgr Fisichella n'a pas voulu signer ni proposer à la signature des membres de l'APV.
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26 février, 2010
Affaire Fisichella : le commentaire d'un prêtre italien
L'excellent blog benoit-et-moi a mis en ligne des commentaires intéressants sur l'affaire Fisichella et publie la traduction des réflexions du Père Scalese, prêtre italien, sur la publication de la déclaration des cinq membres de l'Académie pontificale pour la vie mettant en cause leur président. C'est ici.
23 février, 2010
Affaire Fisichella : comment un commentateur en vue perçoit sa lettre...
Le très populaire Il Giornale a offert dimanche une tribune au non moins populaire Alessandro Meluzzi, psychiatre, pour dénoncer l'initiative des cinq membres de l'Académie pontificale pour la Vie (APV) qui dans une lettre, demandaient la démission de Mgr Fisichella. Meluzzi y porte involontairement de l'eau à leur moulin en interprétant la lettre de Mgr Fisichella publiée par L'Osservatore Romano le 15 mars 2009, « Du côté de la petite fille de Recife », comme justifiant l'avortement dans les cas limites. C'est justement en raison de cette interprétation – à vrai dire la plus limpide qui soit – que la majorité des membres de l'APV avaient demandé à Mgr Fisichella de rectifier (ce qu'il ne fit point), puis à Benoît XVI de faire lever l'ambiguïté, ce qui fut fait par une « Mise au point » ou « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi en juillet.
Meluzzi dénonce dans sa tribune le « pharisaïsme » des « critiques et des hypercritiques » de l'APV, leur « dogmatisme rationaliste et nominaliste » qui rejoint celui des « excommunicateurs » de Recife, toutes personnes qui ont oublié le devoir d'humanité et la « solidarité avec la souffrance » et que Meluzzi met dans un même sac avec le « camp laïciste et scientiste qui invoquent l'idée abstraite de la qualité de la vie » pour déterminer si elle vaut ou non d'être vécue.
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Meluzzi dénonce dans sa tribune le « pharisaïsme » des « critiques et des hypercritiques » de l'APV, leur « dogmatisme rationaliste et nominaliste » qui rejoint celui des « excommunicateurs » de Recife, toutes personnes qui ont oublié le devoir d'humanité et la « solidarité avec la souffrance » et que Meluzzi met dans un même sac avec le « camp laïciste et scientiste qui invoquent l'idée abstraite de la qualité de la vie » pour déterminer si elle vaut ou non d'être vécue.
« Dans leur volonté d'infliger à une fillette de onze ans [NDLR : non, 9 ans] un poids insupportable, en lui faisant courir un risque de mort ou de suicide [NDLR : non, le rapport médical soumis à l'archévêque de Recife établissait qu'elle n'était pas en danger de mort], à l'occasion d'une grossesse par inceste [NDLR : la pauvre petite fille était violée à répétition par l'amant de sa mère, jeune cousin de celle-ci], ils semblent avoir perdu de vue non seulement la miséricorde, mais aussi la centralité incarnée de la Vérité, point névralgique d'une Bonne nouvelle évangélique, où la fête du sabbat est faite pour l'homme et non l'homme pour le sabbat. »
Il y a donc des cas où l'avortement direct est acceptable ? La réponse, pour Meluzzi, est claire, c'est celle qu'il a lue dans la lettre de Fisichella, et même dans les détails de celle-ci qui saluait les médecins pour avoir agi selon leur conscience dans un cas difficile.
Meluzzi reprend ce thème : c'est même ce qu'il voit de plus grave dans les critiques faites à Fisichella qui nient « au nom d'une idée abstraite le discernement concret qui est l'apanage des médecins lorsqu'il s'agit de choisir quelle vie sauver ».
Suit une étrange et approximative dénonciation des pratiques des cours européennes dont les cryptes regorgent de jeunes princesses et de jeunes mères qui, contraintes par la raison d'Etat de mettre au monde des héritiers mâles, mouraient en couches parce qu'on préférait la vie de leurs enfants à la leur. « C'est une logique tragique que de grandes saintes récentes, comme Gianna Beretta Molla, ont célébrée en acceptant de mourir pour sauver leur propre enfant, mais cela ne peut s'imposer ni aux femmes ni aux médecins par décret », commente Meluzzi. Il oublie l'essentiel : à Gianna Beretta Molla il n'était pas proposé d'avorter, l'avortement direct étant considéré comme un péché grave (et à ce titre, susceptible de miséricorde) en toute circonstance, mais de subir un traitement contre son cancer mortel qui aurait eu pour conséquence non voulue la mort de l'enfant qu'elle portait. Son héroïsme consiste à avoir refusé un traitement licite.
Meluzzi félicite Fisichella d'avoir été plus sensible au mystère de la vie, aux détails de la vie réelle où s'exprime le mystère de Dieu et de l'Amour. Discernement dont ses « détracteurs, rancuniers et simplistes », sont évidemment incapables.
On retrouve ici les thèmes chers aux partisans de l'avortement pour faire accepter leur volonté politique : on parle de compassion avec les femmes dans des situations extrêmes, des grossesses qui menacent leur vie (bien suivies, il y en a de moins en moins dans les pay offrant un minimum de suivi des grossesses, et dans le cas de la petite fille brésilienne, une césarienne était envisageable à une date où ses deux bébés auraient eu au moins une chance de survie), du viol, de l'inceste, du risque de suicide (la petite fille de Recife, loin d'y penser, rêvait de jouer avec ses bébés). Sur ces cas limites le langage de l'Eglise ne varie pas : pour dramatiques qu'ils soient, ils ne justifient pas la mise à mort directe d'un être humain innocent. Et d'ailleurs, raisonner en ce sens aboutit à élargir de plus en plus le champ de la compassion. N'est-ce pas ainsi que l'avortement légal s'est imposé dans nos sociétés ? Des millions de victimes plus tard, n'est-il pas temps de saluer la clairvoyance de l'Eglise ?
LifeSite, à qui je dois la découverte de cet article très éclairant, souligne le parcours bariolé d'Alessandro Meluzzi. La journaliste Hilary White rappelle que cet ancien des jeunesses communistes italiennes est devenu socialiste. Il s'est certes converti à la religion catholique mais s'est affiché tour à tour écologiste en vue, franc-maçon, penseur du NewAge. Ancien député, ancien sénateur, ce psychiatre est intervenu des centaines de fois lors d'émissions de télévision et reste une personnalité médiatique très connue en Italie.
Son exégèse de l'affaire est désormais publique. Elle est claire ; elle entretient la confusion (pour le moins) à propos de la doctrine de l'Eglise telle qu'elle est perçue depuis la publication de la lettre de Fisichella.
Une mise au point semble s'imposer de sa part. Viendra-t-elle ?
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Affaire Fisichella : un autre membre de l'Académie pontificale pour la vie réagit
Il s'agit de Judie Brown, co-fondatrice et présidente de l'American Life League. Daniel Hamiche propose l'intégralité de la traduction de sa lettre de soutien aux cinq signataires de la lettre demandant la démission de Mgr Fisichella de la tête de l'Académie pontificale pour la vie, avec de nouveaux éléments sur les protestations provoquées par sa lettre « Du côté de la petite fille brésilienne » suggérant que dans des cas dramatiques, des médecins peuvent en conscience prendre la décision d'avorter.
C'est sur Americatho, et le lien direct est ici.
C'est sur Americatho, et le lien direct est ici.
21 février, 2010
Des nouvelles de l'affaire Fisichella
Vu sur LifeSite : Christine de Vollmer, l'une des signataires de la lettre demandant la démission de Mgr Fisichella de l'Académie pontificale pour la vie (voir ici), a contacté le site pro-vie pour lui signaler qu'elle a demandé à la Catholic News Agency, l'agence d'informations de la Conférence des évêques des Etats-Unis, de rectifier une fausse impression que celle-ci avait créée en citant ses paroles de manière trompeuse.
L'article de CNA datait du 12 février, en pleine réunion de l'assemblée de l'Académie pontificale pour la vie, et citait des paroles de Mme de Vollmer affirmant que toute la polémique à propos de la lettre de Mgr Fisichella sur les avortements subis par la petite fille de Recife avait été résolue et que « toute confusion possible relative à ses propos avait été clarifiée ».
Certes, signale Mme de Vollmer, l'auteur de l'article, Carole Glatz, avait souligné que son interview de l'Académicienne avait été réalisée le 9 février, soit deux jours avant le début de l'assemblée de l'APV. Mais en plaçant cette phrase à la fin du compte-rendu qui reflétait les affirmations de Mgr Fisichella sur l'unité de l'APV et sur l'atmosphère « sereine et calme » de ses réunions, l'article créait l'impression que Christine de Vollmer était d'accord avec ce point de vue.
« Ce qu'elle cite de moi sera pris par beaucoup de lecteurs comme la preuve que je suis d'accord avec le tableau de douceur et lumière que Mgr Fisichella tente de décrire. Hélas, cette image est fausse. »
Mme de Vollmer explique à LifeSite que ses propos d'avant la réunion concernaient la clarification par la Congrégation pour la doctrine de la foi qui avait réaffirmé l'enseignement de l'Eglise après les propos de Fisichella sur le double avortement de Recife. Elle rappelle que les cinq signataires protestent au contraire contre l'attitude de Mgr Fisichella lors de son allocution introductive lors de l'assemblée de l'APV et la manière dont il a soutenu, au cours de la réunion, que sa lettre à la petite fille de Recife publiée par L'Osservatore Romano l'avait totalement justifié.
LifeSite précise qu'avant de publier cette information, un délai de 24 heures a été respecté pour laisser CNS ou Carole Glatz donner leur point de vue. Ni l'agence ni la journaliste n'ont répondu aux appels ou aux messages laissés.
Par ailleurs, interrogé sur l'affaire, le P. Lombardi, porte-parole du Vatican, a répondu que ni le cardinal Bertone, ni Benoît XVI n'avaient eu connaissance de la lettre des Académiciens.
On se souviendra que le P. Lombari avait de sa propre initiative, en les commentant, édulcoré des paroles du Pape en Afrique à propos de l'avortement dans des circonstances extrêmes.
On se souviendra aussi que Mgr Burke, aujourd'hui à la tête de la Signature apostolique, avait en janvier 2009 demandé à ses confrères américains de réformer la CNS afin de revoir la manière dont l'agence « couvre l'enseignement moral et social de l'Eglise ».
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L'article de CNA datait du 12 février, en pleine réunion de l'assemblée de l'Académie pontificale pour la vie, et citait des paroles de Mme de Vollmer affirmant que toute la polémique à propos de la lettre de Mgr Fisichella sur les avortements subis par la petite fille de Recife avait été résolue et que « toute confusion possible relative à ses propos avait été clarifiée ».
Certes, signale Mme de Vollmer, l'auteur de l'article, Carole Glatz, avait souligné que son interview de l'Académicienne avait été réalisée le 9 février, soit deux jours avant le début de l'assemblée de l'APV. Mais en plaçant cette phrase à la fin du compte-rendu qui reflétait les affirmations de Mgr Fisichella sur l'unité de l'APV et sur l'atmosphère « sereine et calme » de ses réunions, l'article créait l'impression que Christine de Vollmer était d'accord avec ce point de vue.
« Ce qu'elle cite de moi sera pris par beaucoup de lecteurs comme la preuve que je suis d'accord avec le tableau de douceur et lumière que Mgr Fisichella tente de décrire. Hélas, cette image est fausse. »
Mme de Vollmer explique à LifeSite que ses propos d'avant la réunion concernaient la clarification par la Congrégation pour la doctrine de la foi qui avait réaffirmé l'enseignement de l'Eglise après les propos de Fisichella sur le double avortement de Recife. Elle rappelle que les cinq signataires protestent au contraire contre l'attitude de Mgr Fisichella lors de son allocution introductive lors de l'assemblée de l'APV et la manière dont il a soutenu, au cours de la réunion, que sa lettre à la petite fille de Recife publiée par L'Osservatore Romano l'avait totalement justifié.
LifeSite précise qu'avant de publier cette information, un délai de 24 heures a été respecté pour laisser CNS ou Carole Glatz donner leur point de vue. Ni l'agence ni la journaliste n'ont répondu aux appels ou aux messages laissés.
Par ailleurs, interrogé sur l'affaire, le P. Lombardi, porte-parole du Vatican, a répondu que ni le cardinal Bertone, ni Benoît XVI n'avaient eu connaissance de la lettre des Académiciens.
On se souviendra que le P. Lombari avait de sa propre initiative, en les commentant, édulcoré des paroles du Pape en Afrique à propos de l'avortement dans des circonstances extrêmes.
On se souviendra aussi que Mgr Burke, aujourd'hui à la tête de la Signature apostolique, avait en janvier 2009 demandé à ses confrères américains de réformer la CNS afin de revoir la manière dont l'agence « couvre l'enseignement moral et social de l'Eglise ».
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18 février, 2010
Cinq membres de l'Académie pontificale pour la vie demandent le remplacement de son président, Mgr Rino Fisichella
Cinq membres de l’Académie pontificale pour la vie ont publié mercredi une déclaration où ils font part de leur manque de confiance à l’égard du président de cette institution, Mgr Rino Fisichella, à la suite de l’assemblée de ladite Académie du 11 au 13 février derniers au Vatican. Les cinq signataires estiment que seuls les personnes responsables de sa nomination au poste de président peuvent désormais rectifier une situation devenue « absurde » puisque Mgr Fisichella ne leur semble pas comprendre ce que signifie « le respect absolu de la vie humaine innocente ».
La fronde de ces membres de l’APV – Mgr Michel Schooyans, le Pr Luke Gormally (ancien directeur de 1981 à 2000 du centre Linacre pour l'éthique des soins), Mme Christine de Marcellus Vollmer, membres ordinaires, et le Dr Maria Smereczynska et le Dr Thomas Ward, membres correspondants – a pour origine la lettre de Mgr Fisichella à propos de l’avortement pratiqué sur une petite fille à Recife, où il désavouait l’évêque local qui avait déclaré que les responsables adultes de l’avortement s’excommunieraient par leur participation à cet acte et laissait entendre que l’Eglise peut le tolérer dans des cas extrêmes.
La déclaration, communiquée à LifeSite qui l’a intégralement publiée en langue anglaise, répond aux affirmations de Mgr Fisichella à la Catholic News Service le 12 février dernier selon lesquelles il règne un esprit « d’harmonie » à l’APV et que son assemblée fut « sereine et calme ». Il y accusait ses adversaires d’avoir mal interprété sa lettre publiée en mars 2009 par l’Osservatore Romano « à des fins d’exploitation politique ».
Les cinq signataires de la déclaration affirment s’être gardés de chercher la confrontation ouverte avec Mgr Fisichella qui aurait tout naturellement reçu l’appui de la Curie mais estiment que la nécessité de le remplacer à la tête de l’APV est désormais bien perçue au Vatican.
Ils mettent particulièrement en avant le fait que le prélat a constamment refusé de revenir sur ses propos qui avaient scandalisé de nombreux responsables pro-vie et conduit des partisans catholiques de la licéité de l’avortement dans certains cas à saluer un changement de la doctrine romaine à ce propos.
Pour l’heure, même si la déclaration émane d’une petite partie seulement des membres ordinaires et correspondants de l’APV, la rédaction de LifeSite affirme avoir eu des contacts avec un membre qui fait état du malaise d’un nombre plus grand de ses collègues devant la défense de Fisichella qui se pose en victime sans s’exprimer sur le fond des choses : il n’est en tout cas plus question d’une réelle unité au sein de l’APV. D'autant que les signataires affirment que Mgr Fisichella a fait modifier la rédaction de la « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi pour se poser en victime d'une « manipulation ».
J'ai publié la traduction intégrale de la déclaration ci-dessous (lien permanent).
Pour compléter la documentation en ligne sur cette affaire je publie également l'interview exclusive que j'avais faite du Pr Josef Seifert : c'est ici.
© leblogdejeannesmits.
La fronde de ces membres de l’APV – Mgr Michel Schooyans, le Pr Luke Gormally (ancien directeur de 1981 à 2000 du centre Linacre pour l'éthique des soins), Mme Christine de Marcellus Vollmer, membres ordinaires, et le Dr Maria Smereczynska et le Dr Thomas Ward, membres correspondants – a pour origine la lettre de Mgr Fisichella à propos de l’avortement pratiqué sur une petite fille à Recife, où il désavouait l’évêque local qui avait déclaré que les responsables adultes de l’avortement s’excommunieraient par leur participation à cet acte et laissait entendre que l’Eglise peut le tolérer dans des cas extrêmes.
La déclaration, communiquée à LifeSite qui l’a intégralement publiée en langue anglaise, répond aux affirmations de Mgr Fisichella à la Catholic News Service le 12 février dernier selon lesquelles il règne un esprit « d’harmonie » à l’APV et que son assemblée fut « sereine et calme ». Il y accusait ses adversaires d’avoir mal interprété sa lettre publiée en mars 2009 par l’Osservatore Romano « à des fins d’exploitation politique ».
Les cinq signataires de la déclaration affirment s’être gardés de chercher la confrontation ouverte avec Mgr Fisichella qui aurait tout naturellement reçu l’appui de la Curie mais estiment que la nécessité de le remplacer à la tête de l’APV est désormais bien perçue au Vatican.
Ils mettent particulièrement en avant le fait que le prélat a constamment refusé de revenir sur ses propos qui avaient scandalisé de nombreux responsables pro-vie et conduit des partisans catholiques de la licéité de l’avortement dans certains cas à saluer un changement de la doctrine romaine à ce propos.
Pour l’heure, même si la déclaration émane d’une petite partie seulement des membres ordinaires et correspondants de l’APV, la rédaction de LifeSite affirme avoir eu des contacts avec un membre qui fait état du malaise d’un nombre plus grand de ses collègues devant la défense de Fisichella qui se pose en victime sans s’exprimer sur le fond des choses : il n’est en tout cas plus question d’une réelle unité au sein de l’APV. D'autant que les signataires affirment que Mgr Fisichella a fait modifier la rédaction de la « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi pour se poser en victime d'une « manipulation ».
J'ai publié la traduction intégrale de la déclaration ci-dessous (lien permanent).
Pour compléter la documentation en ligne sur cette affaire je publie également l'interview exclusive que j'avais faite du Pr Josef Seifert : c'est ici.
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Déclaration à propos de la présidence de l’Académie pontificale pour la vie à la suite de l’assemblée de l’Académie, 11-13 février 2010, Cité du Vatican.
(Traduction par mes soins, texte intégral.)
La contestation de la position de l’archevêque Mgr Rino Fisichella à la présidence de l’Académie pontificale pour la vie, attendue par nombre de commentateurs, n’a pas eu lieu la semaine dernière lors de l’assemblée de l’Académie. Pourquoi ? Essentiellement en raison d’une décision politique prise par nombre des signataires de la lettre du 2 avril 2009 à Mgr Fisichella et d’une lettre subséquente adressée au cardinal Levada, le 1er mai 2009, cherchent à obtenir la correction d’une impression gravement trompeuse à propos de l’enseignement de l’Eglise à propos de l’avortement direct créée par l’article de Mgr Fisichella dans L’Osservatore Romano du 15 mars 2009. Les raisons de cette décision politique furent doubles : (a) une contestation ouverte de Fisichella lors de l’assemblée aurait divisé l’Académie, pas nécessairement parce que les membres de l’Académie étaient en accord avec son comportement mais parce que nombre d’entre eux auraient considéré inapproprié le fait de traiter ainsi une personnalité nommée par le Pape, qui se trouve être également archevêque. De plus, une contestation ouverte par des Académiciens laïcs auraient fait courir le risque de voir la Curie serrer les rangs autour de Fisichella en raison de la culture cléricale de cette entité, et ce malgré l’absence de soutien à son égard à plusieurs endroits. (b) Il existe une information crédible selon laquelle Fisichella est largement perçu au sein de la Curie comme étant un président de l’APV inadéquat et il existe un espoir raisonnable que le Saint-Père soit amené à reconnaître qu’il est nécessaire de lui fournir une occupation mieux adaptée à ses capacités.
L’absence d’une contestation ouverte à l’égard de Fisichella a créé la malencontreuse impression que les Académiciens soutiennent sa présidence, de manière résignée ou autrement. Cette impression, il a évidemment tout intérêt à la faire circuler. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, et l’une des principales raisons pour laquelle cela est faux réside dans l’allocution gravement inconsidérée qu’il a prononcée lors de l’ouverture de l’assemblée. Il n’a pas fait montre de la moindre prise de conscience des effets gravement dommageables de son article dans L’Osservatore Romano du 15 mars 2009 ni de sa propre responsabilité par rapport à ces effets. Il a décrit les efforts respectueusement menés par les académiciens en vue d’en obtenir une rectification par lui (qu’il avait rejetés à l’époque) comme des attaques personnelles à son encontre motivée par la « rancune » : aucun des signataires n’avait la moindre raison d’entretenir de tels sentiments vis-à-vis de lui. Il a soutenu que la « Clarification » publiée par la suite le 11 juillet 2009 par la Congrégation pour la doctrine de la Foi lui avait donné raison. En d’autres termes, il ne rétractait rien de ce qu’il avait dit dans son article. Fisichella est en mesure de soutenir cela avec une certaine vraisemblance en raison du malencontreux premier paragraphe de cette « Clarification » qui est ainsi libellé :
Loin de créer l’unité et l’harmonie authentique au sein de l’Académie, l’allocution de Mgr Fisichella le 11 février a eu pour effet de confirmer dans les esprits de beaucoup d’académiciens l’impression que nous sommes conduits par un ecclésiastique qui ne comprend pas ce qu’entraîne le respect absolu des vies humaines innocentes. C’est un état de fait absurde au sein d’une Académie pontificale pour la Vie, mais il ne peut être rectifié que par ceux qui sont responsables de sa nomination au poste de président.
Professeur Luke Gormally, membre ordinaire de l’Académie ; ancien Directeur (1981-2000), The Linacre Centre for Healthcare Ethics, Londres, Royaume-Uni.
Mme Christine de Marcellus de Vollmer, membre ordinaire de l’Académie ; présidente de l’Alliance pour la Famille, Venezuela.
Mgr Michel Schooyans, membre ordinaire de l’Académie, Professeur émérite de l’Université de Louvain, Belgique.
Dr Maria Smereczynska, membre correspondant de l’Academie, Pologne.
Dr Thomas Ward, membre correspondant de l’Academie, president de l’Association nationale des familles catholiques, médecin généraliste à la retraite, Royaume-Uni.
16 février 2010.
La contestation de la position de l’archevêque Mgr Rino Fisichella à la présidence de l’Académie pontificale pour la vie, attendue par nombre de commentateurs, n’a pas eu lieu la semaine dernière lors de l’assemblée de l’Académie. Pourquoi ? Essentiellement en raison d’une décision politique prise par nombre des signataires de la lettre du 2 avril 2009 à Mgr Fisichella et d’une lettre subséquente adressée au cardinal Levada, le 1er mai 2009, cherchent à obtenir la correction d’une impression gravement trompeuse à propos de l’enseignement de l’Eglise à propos de l’avortement direct créée par l’article de Mgr Fisichella dans L’Osservatore Romano du 15 mars 2009. Les raisons de cette décision politique furent doubles : (a) une contestation ouverte de Fisichella lors de l’assemblée aurait divisé l’Académie, pas nécessairement parce que les membres de l’Académie étaient en accord avec son comportement mais parce que nombre d’entre eux auraient considéré inapproprié le fait de traiter ainsi une personnalité nommée par le Pape, qui se trouve être également archevêque. De plus, une contestation ouverte par des Académiciens laïcs auraient fait courir le risque de voir la Curie serrer les rangs autour de Fisichella en raison de la culture cléricale de cette entité, et ce malgré l’absence de soutien à son égard à plusieurs endroits. (b) Il existe une information crédible selon laquelle Fisichella est largement perçu au sein de la Curie comme étant un président de l’APV inadéquat et il existe un espoir raisonnable que le Saint-Père soit amené à reconnaître qu’il est nécessaire de lui fournir une occupation mieux adaptée à ses capacités.
L’absence d’une contestation ouverte à l’égard de Fisichella a créé la malencontreuse impression que les Académiciens soutiennent sa présidence, de manière résignée ou autrement. Cette impression, il a évidemment tout intérêt à la faire circuler. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, et l’une des principales raisons pour laquelle cela est faux réside dans l’allocution gravement inconsidérée qu’il a prononcée lors de l’ouverture de l’assemblée. Il n’a pas fait montre de la moindre prise de conscience des effets gravement dommageables de son article dans L’Osservatore Romano du 15 mars 2009 ni de sa propre responsabilité par rapport à ces effets. Il a décrit les efforts respectueusement menés par les académiciens en vue d’en obtenir une rectification par lui (qu’il avait rejetés à l’époque) comme des attaques personnelles à son encontre motivée par la « rancune » : aucun des signataires n’avait la moindre raison d’entretenir de tels sentiments vis-à-vis de lui. Il a soutenu que la « Clarification » publiée par la suite le 11 juillet 2009 par la Congrégation pour la doctrine de la Foi lui avait donné raison. En d’autres termes, il ne rétractait rien de ce qu’il avait dit dans son article. Fisichella est en mesure de soutenir cela avec une certaine vraisemblance en raison du malencontreux premier paragraphe de cette « Clarification » qui est ainsi libellé :
« Diverses lettres sont récemment parvenues au Saint-Siège, notamment de la part de hautes personnalités de la vie politique et ecclésiale, qui nous ont informé de la confusion créée dans plusieurs pays, surtout en Amérique Latine, suite à la manipulation et à l'instrumentalisation d'un article de Mgr Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, sur les tristes événements concernant la “petite fille brésilienne”. » [C’est nous qui soulignons.]Ce qui n’est pas généralement connu du public, c’est qu’il ne s’agit pas là de la rédaction originelle du paragraphe introductif qu’il était prévu de publier dans L’Osservatore Romano. Fisichella a eu accès au texte avant sa publication et a demandé que le paragraphe d’origine soit modifié afin de paraître tel qu’il a finalement été publié. Ainsi obtenait-il la possibilité de décliner, avec l’autorité apparente de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, toute responsabilité quant à l’impact dommageable de son article sur la défense de vies humaines innocentes à naître. La responsabilité de ces dommages causés par son article est ainsi entièrement imputable à la manière dont d’autres l'ont « manipulé et instrumentalisé » ! Mais non content de décliner toute responsabilité à propos des dommages causés par son article, Fisichella, dans son allocution à l’assemblée le 11 février, a soutenu que la justification portait sur l’ensemble de son article. Cette assertion est vraiment grave dans la mesure où l’implication évidente de la lettre de son article est bien qu’il est des situations difficiles où les médecins jouissent d’une latitude quant à l’exercice autonome de la conscience lorsqu’il s’agit de décider s’il faut ou non pratiquer un avortement direct. Il semblerait, dès lors, que la « Clarification » de la Congrégation pour la doctrine de la Foi n’est pas parvenue à clarifier l’esprit de Mgr Rino Fisichella, et, si c’est le cas, une question troublante en résulte quant à l’efficacité réelle qu’a eue la « Clarification » pour dissiper la compréhension erronée de l’enseignement de l’Eglise à propos de l’avortement direct répandue par l’article du 15 mars 2009.
Loin de créer l’unité et l’harmonie authentique au sein de l’Académie, l’allocution de Mgr Fisichella le 11 février a eu pour effet de confirmer dans les esprits de beaucoup d’académiciens l’impression que nous sommes conduits par un ecclésiastique qui ne comprend pas ce qu’entraîne le respect absolu des vies humaines innocentes. C’est un état de fait absurde au sein d’une Académie pontificale pour la Vie, mais il ne peut être rectifié que par ceux qui sont responsables de sa nomination au poste de président.
Professeur Luke Gormally, membre ordinaire de l’Académie ; ancien Directeur (1981-2000), The Linacre Centre for Healthcare Ethics, Londres, Royaume-Uni.
Mme Christine de Marcellus de Vollmer, membre ordinaire de l’Académie ; présidente de l’Alliance pour la Famille, Venezuela.
Mgr Michel Schooyans, membre ordinaire de l’Académie, Professeur émérite de l’Université de Louvain, Belgique.
Dr Maria Smereczynska, membre correspondant de l’Academie, Pologne.
Dr Thomas Ward, membre correspondant de l’Academie, president de l’Association nationale des familles catholiques, médecin généraliste à la retraite, Royaume-Uni.
16 février 2010.
09 février, 2010
Affaire de Recife : enfin la vérité sur la lettre de Fisichella ?
Dans l'affaire de Recife au Brésil (voir les deux messages précédents) on se souviendra des réactions pavloviennes d'une partie de l'épiscopat français qui se répandirent dans les médias pour dire leur compassion à l'égard de la fillette soumise au double avortement de ses jumeaux et, surtout, à sa mère et aux médecins « excommuniés » pour avoir demandé et pratiqué l'opération. Vint ensuite la désormais célèbre lettre de Mgr Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie (APV), qui prenait « le parti » de la filllette brésilienne en suggérant que les médecins, agissant en conscience en choisissant pour elle l'avortement, lui avaient sauvé la vie, et que cela était bien.
Ceux qui osèrent exprimer un point de vue contraire (à la suite de l'étude précise du dossier) n'étaient évidemment que des extrémistes et, sans être jamais nommément cités, firent l'objet d'une polémique où l'on vit notamment Patrice de Plunkett, sur son blog, écrire à propos de la « lettre bouleversante » de Mgr Fisichella que « chaque mot » en avait été « soumis au pape ». Mgr Cardoso Sobrinho, qui avait tout fait pour que la petite fille soit entourée et que sa vie, ainsi que celle des jumeaux qu'elle portait, puisse être sauvée, était déclaré coupable d'un « dérapage » et tous ceux qui cherchèrent à expliquer et éclairer la réalité de son attitude dénoncés comme les « inhumains ».
Pour autant la Congrégation pour la doctrine de la Foi devait publier au mois de juillet une mise au point dans L'Osservatore Romano (ici) pour rappeler l'intégralité de l'enseignement de l'Eglise au sujet du respect de la vie de tout enfant conçu. La mise au point ne s'accompagna point d'une réparation ou d'une amende honorable à l'égard de Mgr Cardoso Sobrinho : cette injustice-là demeure mais on notera que les dénonciateurs de l'archevêque ne jugèrent en général même pas utile de donner un quelconque écho à la mise au point doctrinale qui les désavouait de fait.
La note publiée aujourd'hui par Sandro Magister, vaticaniste aux analyses toujours intéressantes, apporte des précisions inédites sur l'affaire qui confirment celle qui m'avaient été apportées de manière plus sibylline cet été par Mgr Schooyans, membre permanent de l'APV. Annonçant que la prochaine réunion de l'APV cette semaine risque de voir Mgr Fisichella mis en difficulté, il apporte la genèse de la cabbale contre Mgr Cardoso Sobrinho. Je sais qu'à l'époque des prélats français se sont plaints d'avoir été désinformés à propos de cette affaire (malgré des articles bien documentés, notamment dans Présent dès le 15 mars, dont je sais qu'ils ont circulé à Rome, sinon à Paris...) : nous savons maintenant comment. Le tollé médiatique et épiscopal, en France notamment, a joué un rôle de premier plan.
Sandro Magister écrit :
Notant que l'article avait été applaudi par les partisans de l'avortement, Sandro Magister rappelle les demandes répétées de Mgr Cardoso Sobrinho de voir son point de vue exposé là où il avait été calomnié, dans L'Osservatore Romano. Le 4 avril, 27 membres de l'APV écrivent un lettre à Fisichella demandant une rectification : il refusera par écrit.
Ils seront ensuite 21 - révèle Magister - à saisir la Congrégation pour la doctrine de la foi : le cardinal Levada transmet cette lettre le 4 mai au cardinal Bertone, le secrétaire d'Etat étant à l'origine de la lettre de Fisichella. Pas de réponse.
Du coup, nouvelle mobilisation. Christine de Marcellus Vollmer sera entendue avec quatre autre membres de l'APV par le pape Benoît XVI à l'issue d'une audience du mercredi :
Il faut lire le texte entier de Mgr Schooyans sur la « fausse compassion ». Je l'ai mis en ligne ici. Il place l'affaire de Recife dans le contexte plus grand des « compassions » écologiques, des « compassions » eugéniques, des « compassions » coupables à l'égard des affaires de prêtres pédophiles. Cette affaire va bien au-delà de la controverse journalistique suscitée par peur d'encourir la désapprobation du monde. Elle pose la question de certains médias catholiques, qui ont fait barrage, plus ou moins visiblement et complètement, à l'information juste diffusée - par exemple - dans L'homme nouveau ou Présent. Elle montre jusqu'ou la complicité peut mener.
Photo Olivier Figueras : Christine de Vollmer lors du Congrès mondial des familles, Amsterdam, août 2009
© leblogdejeannesmits.
Ceux qui osèrent exprimer un point de vue contraire (à la suite de l'étude précise du dossier) n'étaient évidemment que des extrémistes et, sans être jamais nommément cités, firent l'objet d'une polémique où l'on vit notamment Patrice de Plunkett, sur son blog, écrire à propos de la « lettre bouleversante » de Mgr Fisichella que « chaque mot » en avait été « soumis au pape ». Mgr Cardoso Sobrinho, qui avait tout fait pour que la petite fille soit entourée et que sa vie, ainsi que celle des jumeaux qu'elle portait, puisse être sauvée, était déclaré coupable d'un « dérapage » et tous ceux qui cherchèrent à expliquer et éclairer la réalité de son attitude dénoncés comme les « inhumains ».
Pour autant la Congrégation pour la doctrine de la Foi devait publier au mois de juillet une mise au point dans L'Osservatore Romano (ici) pour rappeler l'intégralité de l'enseignement de l'Eglise au sujet du respect de la vie de tout enfant conçu. La mise au point ne s'accompagna point d'une réparation ou d'une amende honorable à l'égard de Mgr Cardoso Sobrinho : cette injustice-là demeure mais on notera que les dénonciateurs de l'archevêque ne jugèrent en général même pas utile de donner un quelconque écho à la mise au point doctrinale qui les désavouait de fait.
La note publiée aujourd'hui par Sandro Magister, vaticaniste aux analyses toujours intéressantes, apporte des précisions inédites sur l'affaire qui confirment celle qui m'avaient été apportées de manière plus sibylline cet été par Mgr Schooyans, membre permanent de l'APV. Annonçant que la prochaine réunion de l'APV cette semaine risque de voir Mgr Fisichella mis en difficulté, il apporte la genèse de la cabbale contre Mgr Cardoso Sobrinho. Je sais qu'à l'époque des prélats français se sont plaints d'avoir été désinformés à propos de cette affaire (malgré des articles bien documentés, notamment dans Présent dès le 15 mars, dont je sais qu'ils ont circulé à Rome, sinon à Paris...) : nous savons maintenant comment. Le tollé médiatique et épiscopal, en France notamment, a joué un rôle de premier plan.
Sandro Magister écrit :
Lucetta Scaraffia, commentatrice de pointe de "L'Osservatore Romano", était à Paris à ce moment-là. Elle a alerté le directeur du journal du Vatican, Giovanni Maria Via
Celui-ci, en accord avec son éditeur, le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone, a demandé à Mgr Fisichella d’écrire un article qui calme ces attaques contre l’Église et contre le pape.
Fisichella l’a écrit. Bertone l’a examiné et approuvé mot par mot, sans le faire contrôler au préalable par la congrégation pour la doctrine de la foi, comme le veut la règle au Vatican, pour les prises de position qui concernent la doctrine.(On se demande comment le cardinal Bertone a pu approuver le choix de mots de Fisichella écrivant qu'il fallait « avant tout défendre, embrasser, caresser » la fillette... qui subissait des viols depuis trois ans.)
Notant que l'article avait été applaudi par les partisans de l'avortement, Sandro Magister rappelle les demandes répétées de Mgr Cardoso Sobrinho de voir son point de vue exposé là où il avait été calomnié, dans L'Osservatore Romano. Le 4 avril, 27 membres de l'APV écrivent un lettre à Fisichella demandant une rectification : il refusera par écrit.
Ils seront ensuite 21 - révèle Magister - à saisir la Congrégation pour la doctrine de la foi : le cardinal Levada transmet cette lettre le 4 mai au cardinal Bertone, le secrétaire d'Etat étant à l'origine de la lettre de Fisichella. Pas de réponse.
Du coup, nouvelle mobilisation. Christine de Marcellus Vollmer sera entendue avec quatre autre membres de l'APV par le pape Benoît XVI à l'issue d'une audience du mercredi :
Ce quelque chose, ce fut la note de la Congrégation pour la doctrine de la foi - mais seulement sous la pression de Christine de Marcellus Vollmer, et de 16 autres académiciens qui l'ont rejointe, menaçant ensemble de démissionner de l'APV. Sandro Magister pointe les insuffisances de la note et l'impunité de Fisichella et Bertone.Les cinq académiciens ont remis à Benoît XVI un solide dossier contenant un grand nombre d'articles de presse qui affirmaient tous que, grâce à l'article de Fisichella, l'Eglise avait définitivement ouvert la porte à l'avortement thérapeutique.
Le pape Joseph Ratzinger s'est montré stupéfait et attristé. Il a murmuré : « Il faut faire quelque chose... On va faire quelque chose. »
Il faut lire le texte entier de Mgr Schooyans sur la « fausse compassion ». Je l'ai mis en ligne ici. Il place l'affaire de Recife dans le contexte plus grand des « compassions » écologiques, des « compassions » eugéniques, des « compassions » coupables à l'égard des affaires de prêtres pédophiles. Cette affaire va bien au-delà de la controverse journalistique suscitée par peur d'encourir la désapprobation du monde. Elle pose la question de certains médias catholiques, qui ont fait barrage, plus ou moins visiblement et complètement, à l'information juste diffusée - par exemple - dans L'homme nouveau ou Présent. Elle montre jusqu'ou la complicité peut mener.
Photo Olivier Figueras : Christine de Vollmer lors du Congrès mondial des familles, Amsterdam, août 2009
© leblogdejeannesmits.
08 février, 2010
Affaire de Recife : le texte intégral de l'interview donnée par Mgr Cardoso à “Présent” en mai 2009
Puisque l'affaire de la petite fille de Recife revient à l'ordre du jour je voudrais contribuer à compléter le dossier sur l'internet francophone en publiant l'intégralité de l'interview accordée par Mgr Cardoso Sobrinho au journal Présent le vendredi 29 mai 2009 (publiée sur ce blog en anglais ici). D'après LifeSite, l'Académie pontificale pour la Vie joue ces jours-ci son avenir, son habituelle réunion publique ayant été annulée cette année en faveur d'une réunion à huis-clos.
Un universitaire philosophe membre de l'APV, qui a préféré garder l'anonymat, a déclaré à LifeSite qu'une profonde division s'est déclarée au sein de l'Académie, provoquant une « perte de confiance » relaitf à un problème « doctrinal, moral et canonique », depuis qu'une lettre de son président Mgr Rino Fisichella a laissé croire que des médecins avaient correctement agi en pratiquant un avortement sur la fillette brésilienne de 9 ans d'Alagoinha enceinte de jumeaux à la suite de viols répétés commis par l'amant de sa mère.
Cet universitaire assure que la plupart des membres de l'APV étaient restés silencieux, et que quelques-uns avaient approuvé la démarche de Fisichella, ce qui ne concorde pas avec ce que m'avait confié il y a quelques mois Mgr Schooyans qui faisait état de la fronde de 26 des 40 membres permanents de l'APV contre leur président. Quoi qu'il en soit l'universitaire estime que « l'avenir de l'Académie est en jeu », ce qui correspond à l'analyse d'alors de Mgr Schooyans qui voyait dans l'affaire une manière de la décrédibiliser tout à fait.
Voici donc, pour mémoire, l'interview que j'avait faite de Mgr Cardoso Sobrinho :
Un universitaire philosophe membre de l'APV, qui a préféré garder l'anonymat, a déclaré à LifeSite qu'une profonde division s'est déclarée au sein de l'Académie, provoquant une « perte de confiance » relaitf à un problème « doctrinal, moral et canonique », depuis qu'une lettre de son président Mgr Rino Fisichella a laissé croire que des médecins avaient correctement agi en pratiquant un avortement sur la fillette brésilienne de 9 ans d'Alagoinha enceinte de jumeaux à la suite de viols répétés commis par l'amant de sa mère.
Cet universitaire assure que la plupart des membres de l'APV étaient restés silencieux, et que quelques-uns avaient approuvé la démarche de Fisichella, ce qui ne concorde pas avec ce que m'avait confié il y a quelques mois Mgr Schooyans qui faisait état de la fronde de 26 des 40 membres permanents de l'APV contre leur président. Quoi qu'il en soit l'universitaire estime que « l'avenir de l'Académie est en jeu », ce qui correspond à l'analyse d'alors de Mgr Schooyans qui voyait dans l'affaire une manière de la décrédibiliser tout à fait.
Voici donc, pour mémoire, l'interview que j'avait faite de Mgr Cardoso Sobrinho :
Présent, Vendredi 29 mai 2009© leblogdejeannesmits.
L’affaire de la petite fille brésilienne
Avortement, excommunication, bien commun de l’Eglise
Mgr Cardoso Sobrinho répond aux questions de “Présent”
— Après l’affaire de la petite fille violée d’Alagoinha, et le désaveu par L’Osservatore Romano de vos déclarations sur l’excommunication automatique de ceux qui ont décidé ou pratiqué son avortement, une tendance se dessine dans les médias pour dire que la doctrine de l’Eglise a changé sur la question de savoir si l’avortement en cas de danger de mort ou d’autres circonstances particulières est un mal, est un péché. D’un autre côté, les mensonges médiatiques qui ont entouré cette affaire ont été particulièrement nombreux et graves, même si beaucoup de personnes vous ont exprimé leur admiration. Voudriez-vous nous expliquer ce qui s’est réellement passé ?
— Je tiens avant tout à remercier, et dire ma profonde gratitude, à ceux qui m’ont soutenu. J’ai reçu des messages, des centaines de messages de solidarité, du monde entier : de prêtres, d’évêques, de laïcs, qui approuvent mon choix d’avoir parlé clair sur la loi actuelle de l’Eglise. J’ai reçu un prix de Human Life International, et tout récemment encore un autre prix de l’association Pro Vida de São Paolo. Grâce à Dieu, donc, beaucoup de personnes approuvent ma démarche.
Cependant il y a quelques personnes, en France, au Canada, y compris des évêques, qui ont écrit des articles pour dire leur désaccord. Dans un esprit de dialogue, je voudrais d’abord dire qu’il n’est pas vrai de dire que nous – c’est-à-dire moi-même, mais aussi le curé de la petite fille – n’avons pas fait preuve d’une particulière attention à son égard. Nous avons donné toute notre attention et tous nos soins à la fillette enceinte. Ce qui a été malheureusement publié n’est tout simplement pas vrai : nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour l’aider.
Certains, lorsqu’ils parlent de la publicité donnée à cette affaire, affirment qu’il n’était pas « opportun » de parler d’excommunication. Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue. On me dit presque qu’il aurait fallu oublier ce que dit le Droit canon à propos de l’excommunication. Mon opinion est différente. Je dis que cette loi existe pour le bien de l’Eglise. Et ce n’est pas moi qui ai excommunié quiconque, comme je l’ai répété maintes fois. Ceux qui m’accusent affirment que c’est moi qui ai « excommunié », et c’est totalement faux : j’ai simplement attiré l’attention sur une loi qui existe dans l’Eglise, le canon 1398. Et je me demande : convient-il de faire silence, comme beaucoup le prétendent ? Aurait-il mieux valu que je ne parle pas du tout d’excommunication ? Eh bien, je réponds que je ne suis pas d’accord. C’est une loi de l’Eglise, pour le bien de l’Eglise. Elle existe depuis plusieurs siècles. Le nouveau Code de droit canonique, promulgué en 1983 par le serviteur de Dieu Jean-Paul II, réitère cette loi, tout comme le Catéchisme de l’Eglise catholique, publié par le même pape en 1992, répète cette loi et la commente. Vaudrait-il donc mieux se taire ? Eh bien, à mon avis, il est de la plus haute importance d’attirer l’attention de tous et surtout des fidèles catholiques sur la gravité du crime de l’avortement. C’est pour cela que la loi existe. Nous autres, dans notre diocèse, avons reçu tant de messages de tant de personnes qui me disent : « Aujourd’hui, je comprends mieux la gravité de l’avortement, et je vais changer ma conscience. » A mon avis, le fait d’attirer l’attention sur l’existence de cette excommunication produit un bien spirituel chez les fidèles catholiques, mais aussi chez les autres qui réalisent en apparence tranquillement des avortements et qui vont désormais, je le crois, peser dans leur conscience la gravité de ce qu’ils font. Et telle est la finalité de cette loi de l’Eglise, de cette pénalité d’excommunication : elle est médicinale. C’est un remède en vue de la conversion de tous. Et pour la personne qui l’encourt, un moyen de lui faire comprendre qu’elle va devoir répondre de son acte devant Dieu. Avec l’Eglise, nous désirons que tous, même ceux qui suivent aujourd’hui un chemin d’erreur, se remettent à vivre en accord avec la loi de Dieu. Nous ne voulons la condamnation éternelle de personne. A mon avis, le silence – ne pas parler d’excommunication – causerait un grave tort à l’Eglise.
Plus encore, j’ai l’impression que certains parmi ceux qui s’expriment contre moi sont quasiment en train d’insinuer qu’il vaudrait mieux abroger le canon de l’excommunication. Mais l’Eglise ne pense pas cela. L’Eglise maintient cette loi, parce que pour le bien commun de l’Eglise, il est nécessaire, quand il s’agit de délits gravissimes, qu’il y ait une loi claire, et que cette pénalité soit appliquée. Ce sont des principes d’une très grande importance. Pour moi, le silence équivaudrait à de la complicité. Nous savons – les journaux du monde entier l’affirment – qu’il se pratique chaque année dans le monde quelque 50 millions d’avortements. Ici au Brésil, on parle d’environ un million d’avortements tous les ans. J’ai dans ma conscience la conviction qu’il faut parler, réveiller la conscience de tous, parce que le silence peut être interprété comme une approbation.
— Dans une conversation avec le professeur Joseph Seifert, qui s’est exprimé dans les médias pour prendre votre défense, celui-ci a décrit l’excommunication comme une « charité » à l’égard de celui qu’elle vise, pour lui faire prendre conscience du tort qu’il subit dans sa vie spirituelle. Emploieriez-vous cette expression ?
— C’est un remède spirituel. L’Eglise est investie d’une mission, qui est de mener tous les hommes au salut éternel, et de les faire vivre dans la grâce de Dieu. De fait, il est des personnes qui font « tranquillement » des avortements, et qui disent tout aussi tranquillement qu’elles vont continuer. Nous autres, en tant que catholiques, et surtout les pasteurs de l’Eglise, ne pouvons rester silencieux, comme si tout cela était très bien. C’est pourquoi je répète que ne pas parler, ne pas attirer l’attention sur la gravité, sur le sérieux de ce problème, et surtout sur le fait que l’Eglise, pour le bien commun, applique cette pénalité, serait de la complicité. Cela reviendrait quasiment à accepter cette situation si grave.
Ici au Brésil, on est en train de préparer une loi de légalisation de l’avortement. Nous, les catholiques, devons parler en premier lieu de la responsabilité morale. Il y a évidemment des catholiques dans notre Parlement qui défendent la loi de Dieu, mais il y en a d’autres qui soutiennent ce projet, à commencer par le président de la République. Nous ne pouvons pas rester silencieux !
— Lorsque vous avez parlé d’excommunication automatique de la mère de la fillette et des médecins participant à l’avortement, l’avez-vous fait avant ou après le moment où celui-ci fut accompli ?
— J’en ai parlé avant et après, comme cela a été clairement exprimé dans la note publiée par l’archidiocèse de Recife en réponse à l’article de Mgr Fisichella : dès le 3 mars, veille du jour où l’avortement fut accompli, j’évoquai devant des journalistes la « peine médicinale » du canon 1398. Malheureusement, l’article de Mgr Fisichella affirme que la première fois où je m’exprimai devant la presse sur cette affaire, je n’ai parlé que d’excommunication. Cela est totalement faux. J’ai parlé plusieurs fois parce que cette affaire d’une fillette de neuf ans enceinte avait attiré l’attention de toute la presse. Et surtout, nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour sauver trois vies : pas seulement celle de la petite fille, mais les trois vies. Lorsque pour finir l’avortement a eu lieu, j’ai rappelé simplement une nouvelle fois quelle est la loi de l’Eglise. Toute personne qui – en pleine conscience évidemment – commet des avortements est excommuniée : voilà le sens de ma déclaration.
— Est-il vrai que la petite fille était rachitique, ou dénutrie ?
— Pas du tout ! Cette petite fille enceinte, même lorsqu’elle fut hospitalisée, vivait avec d’autres enfants et jouait avec eux ; elle vivait une vie normale d’enfant.
— Savait-elle qu’elle attendait deux enfants ?
— Oui, évidemment ! Non seulement elle le savait, mais elle disait qu’un de ses enfants serait pour un membre de sa famille, et l’autre pour elle pour qu’ils puissent jouer ensemble. On a su par la suite qu’il s’agissait de deux petites filles…
— On dit que le père légitime de la petite fille, qui était opposé à l’avortement, est un chrétien évangélique. Est-ce vrai ?
— Oui, c’est vrai, il n’est pas catholique. Cela dit, il était totalement avec nous. Je l’ai reçu ici dans ma maison toute une journée ; il n’acceptait pas l’avortement.
— Il y a eu beaucoup d’émotion…
— Oui. Il est venu de sa petite ville d’Alagoinha qui est à 230 km d’ici. Il est resté avec nous : avec moi, avec le P. Edson Rodrigues qui est le curé de sa paroisse, avec mon avocat, avec le président des tribunaux d’ici pour voir s’il était possible d’intervenir avant l’avortement, pour voir si nous pouvions l’empêcher par des moyens légaux. Mais comme vous le savez l’avortement a été accompli après que la fillette eut été emmenée à notre insu vers un « centre de santé » habituée à pratiquer cette intervention.
— Y a-t-il eu des manifestations contre l’avortement à proximité de la clinique où se trouvait initialement la fillette ?
— Non, dans les rues pas du tout. En revanche, dans les journaux et à la télévision il y eut beaucoup de pressions pour l’avortement, et des associations « féministes », comme vous le savez, sont intervenues pour promouvoir l’avortement de la fillette.
— La fillette a-t-elle été à aucun moment en danger de mort ?
— Non, jamais. Les médecins me l’ont affirmé explicitement.
— Mais si elle avait été en danger de mort, l’avortement n’aurait pas été justifié pour autant…
— Cette éventualité a été clairement envisagée par les médecins. Ils espéraient qu’à six mois de grossesse, il serait possible de pratiquer une césarienne. Mais comme ce groupe de « féministes » voulait l’avortement, ils sont venus à l’IMIP (Institut maternel et infantile de Pernambuco) où la fillette était hospitalisée pour l’emmener vers l’autre « centre de santé » et l’avortement a été pratiqué dans les heures suivant son arrivée. Ils l’ont embarquée le soir et dès le lendemain, l’intervention s’est achevée vers 10 heures du matin. C’est une clinique dont on sait très bien par ici qu’elle pratique habituellement des avortements.
Il m’importe beaucoup de rappeler que les médecins qui ont réalisé l’avortement ont déclaré qu’ils pratiquent des avortements depuis longtemps, et avec « fierté ». Et ils affirment qu’ils continueront. Nous ne pouvons rester silencieux face à cela. Et nous pouvons encore moins affirmer qu’il y avait un « doute », comme l’a malheureusement écrit Mgr Fisichella. Il affirmait que nul ne sait si au moment d’agir le médecin n’avait pas eu des doutes sur ce qu’il devait faire ou ne pas faire : nous savons au contraire que ces médecins ont déclaré publiquement qu’ils vivent en pratiquant des avortements et qu’ils n’ont aucun « doute » à ce sujet. Ils veulent continuer à le faire.
Il y a évidemment ici d’autres médecins catholiques qui affirment à l’inverse qu’ils ne pratiquent pas l’avortement parce qu’ils croient en Dieu et respectent sa loi.
— Monseigneur, auriez-vous réagi autrement si la petite fille avait véritablement été en péril de mort ?
— Non, pas du tout. Nous savons que même en cas de danger de mort, l’avortement n’est jamais licite. C’est la loi de Dieu telle que l’Eglise la proclame. Même en cas de danger de mort, il fallait attendre l’évolution naturelle des choses, et tenter de sauver les trois vies. C’est un principe fondamental de la loi de Dieu et aussi de la loi naturelle : la fin ne justifie pas les moyens. Je peux avoir un objectif excellent : sauver la vie de la petite fille enceinte ; mais le moyen pour parvenir à cette fin ne peut en aucun cas être la suppression de deux vies innocentes. C’est un principe naturel que la logique humaine peut comprendre. Pour évoquer un exemple que je donne ici au Brésil pour me faire comprendre : si je veux trouver de la nourriture pour la donner aux pauvres, et nous en avons tant ici, je n’ai pas le droit pour cela de braquer une banque, de prendre l’argent des autres pour faire une œuvre bonne.
Et comme l’a dit mon équipe d’assesseurs – le vicaire général, mon avocat catholique et les autres signataires de la note que j’évoquais plus haut – il ne nous appartient pas de changer la loi de Dieu, même si l’opinion publique suit un autre chemin. Notre mission, si importante, est de la proclamer pour tous, même dans les cas comme celui-ci où cela n’est pas facile.
Il faut bien le comprendre : dès les tout premiers siècles, il y a eu des lois d’excommunication dans l’Eglise. Elles visent à protéger le bien commun de la société ecclésiale : c’est pour cela qu’il faut un droit canonique, l’aspect juridique de l’Eglise en tant que société humaine est indispensable. Nous ne pouvons espérer simplement que chacun suive sa conscience. L’Eglise doit évidemment d’abord prendre soin de la vie spirituelle de chacun, mais le bien commun, au sens technique, est très important aussi : il s’agit d’un environnement adéquat où chacun puisse vivre tranquillement. Les pénalités prévues par le Code de droit canonique ont aussi cette finalité.
— Avez-vous eu connaissance de ce qui se dit à propos de Mgr Fisichella : qu’il a écrit cette note « trompé et forcé » ?
— Cette information m’est arrivée indirectement. Certaines personnes au Brésil, y compris des évêques, ont appelé Mgr Fisichella, et elles me disent qu’il leur a répondu cela : qu’il aurait suivi les indications de supérieurs hiérarchiques.
— Le fait est qu’aujourd’hui la presse internationale en arrive à dire que l’Eglise est d’accord avec les avortements thérapeutiques. Cela me paraît très grave : comment peut-on lutter contre cette impression ?
— C’est notre mission que de proclamer toujours la loi de Dieu. Vous savez qu’en Afrique Benoît XVI a parlé clairement sur des questions morales et que la presse, notamment en France, ne l’a pas accepté. C’est pourtant la mission de l’Eglise : nous ne pouvons pas nous taire pour des raisons de convenance sociale. Dans la liberté démocratique, qui est une bonne chose, il y a abus à vouloir légitimer, même dans le cadre de la loi, des usages ou des actes qui vont contre la loi de Dieu. Notre mission, celle de l’Eglise, est de proclamer la loi de Dieu et l’Evangile de Jésus-Christ, même si ce n’est pas facile.
— Et vos relations avec les autres évêques du Brésil ?
— Elles sont très bonnes. Il y a deux semaines nous étions réunis en Assemblée nationale des évêques à São Paolo : tous les évêques avec qui j’ai parlé m’approuvent ; aucun n’est contre moi. En revanche, j’ai lu ce qu’ont écrit certains évêques français. Il me semble qu’ils ne connaissaient pas toutes les circonstances. Ils ont lu l’article de Mgr Fisichella et ils ont pensé que c’était la vérité.
— Ils sont peut-être aujourd’hui en mesure de constater qu’ils ont réagi sur des informations fausses… Mais comment réparer ?
— Il me semblerait important que L’Osservatore Romano publie mes réponses. C’est ce que nous essayons d’obtenir, et c’est ce que nous avons fait depuis le début. Nous avons envoyé à Rome la réponse de l’archidiocèse à l’article de Mgr Fisichella. C’est un droit naturel que de répondre si quelqu’un publie des choses fausses, pour on ne sait quels motifs : il faut que les lecteurs du journal romain puissent connaître aussi l’autre point de vue.
J’ai quant à moi la conscience tranquille. Je n’attendais pas et je ne souhaitais pas ces répercussions qui ont atteint des dimensions internationales. Je répète que le bien commun de l’Eglise a besoin de ces lois latae sententiae, qui servent d’alerte permanente et qu’elle n’abrogera jamais. Elle a toujours condamné l’avortement et elle a toujours expliqué pourquoi : parce qu’il ne fait pas seulement du tort à la personne mais aussi à toute la société. Aujourd’hui, je le répète, nous en sommes à 1 million d’avortements tous les ans au Brésil, 50 millions dans le monde, et notre silence serait connivence.
Je tiens à vous remercier de m’avoir permis d’exposer ces choses qui me paraissent importantes pour le bien spirituel des âmes. Et je vous prie de dire aux lecteurs de Présent que je les bénis très volontiers.
Propos recueillis par Jeanne Smits
Une interview de Professeur Josef Seifert, membre de l’Académie pontificale pour la vie, parue le 26 mai 2009 dans “Présent”
L’avortement « thérapeutique » serait-il devenu acceptable ?
Le Pr Joseph Seifert, fondateur et recteur de l'Académie internationale pour la Philosophie au Liechtenstein, enseigant au Vatican, professeur à l’Université pontificale au Chili, autorité reconnue sur les affaires de doctrine, de morale et de philosophie relatives au respect de la vie, a bien voulu, pour les lecteurs de Présent, approfondir des observations publiées sur l'affaire en répondant à mes questions.
– Pourquoi avez-vous écrit une lettre ouverte à Mgr Fisichella ?
– Il ne s’agissait pas d’une lettre ouverte, en réalité, même si elle a été présentée comme telle dans un premier temps par des sites qui ont mis mes réflexions sur Internet. Nous (plusieurs membres de l’Académie pontificale pour la vie) avons écrit une lettre privée à notre président. Mon texte n’est pas une lettre, c’est une série de remarques : on m’a en effet demandé d’exprimer mon opinion parce qu’il y a eu, au niveau mondial, une grande confusion. On s’est demandé s’il n’y avait pas eu un changement dans l’enseignement de l’Eglise sur l’avortement, j’ai donc écrit quelques remarques à ce propos. Mais il ne s’agissait pas d’une lettre adressée à Mgr Fisichella.
– Mais ces observations et remarques étaient indispensables à vos yeux, et vous les maintenez…
– Oui, elles m’ont paru nécessaires du fait que, parmi tous les cercles pro-avortement, à travers d’innombrables articles, comme ceux de Mme Kissling et de beaucoup d’autres, l’article de Mgr Fisichella a été interprété comme constituant un changement radical de l’enseignement de l’Eglise, que d’ailleurs ils accueillent avec enthousiasme. Ils disent croire que l’avortement dit « thérapeutique » est acceptable aux yeux de l’Eglise. Il ne s’agit pas à mon avis d’une fausse interprétation de l’article de Mgr Fisichella, bien que celui-ci affirme au début de son article que la doctrine de l’Église sur l’avortement ne change pas. J’espère assurément que Mgr Fisichella ne maintient pas vraiment cette position mais il est certain que son article crée cette impression, à la fois auprès des opposants et des partisans de l’avortement. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il y avait une urgente nécessité à en parler, y compris en public. Et j’espère que l’Eglise s’exprimera sur le sujet, avec autorité.
– Vous avez écrit que plusieurs membres de l’Académie pontificale pour la vie ont évoqué ce sujet en privé. Savez-vous si la discussion continue ?
– Il ne m’appartient pas de parler des opérations internes à l’Académie, ou des membres de l’Académie, mais je puis vous dire que plusieurs d’entre eux espéraient que Mgr Fisichella s’exprimerait sur le sujet, que certains lui ont écrit conjointement, et d’autres personnellement. Pourtant, il n’a été apporté aucune rectification, aucun changement à l’opinion qu’il a publiée. Voilà tout ce que je puis dire ; je ne souhaite pas donner à la presse des informations quant aux noms ou au nombre des personnes qui ont réagi.
– Toute cette affaire a tourné autour de l’excommunication, et sur la question de savoir si Mgr Cardoso Sobrinho a eu raison de parler d’excommunication. Il y a deux aspects à relever à ce propos. D’une part, dans nos médias occidentaux, il a été dit que la fillette d’Alagoinha était sur le point de mourir, ce qui n’était pas vrai. Mais quoi qu’il en soit et d’autre part : cela eût-il été vrai, pensez-vous que l’excommunication automatique n’aurait pas eu lieu en raison de la peur, de la part de la mère, que la petite fille ne meure ?
– Avant toute chose, rappelons que l’archevêque de Recife a apporté des corrections à ce qui a été dit, corrections que j’ai ajoutées à mes observations publiées sur Internet. Il n’a pas excommunié cette fillette de neuf ans qui a subi un avortement. Et il n’a pas davantage excommunié les personnes responsables de l’avortement : il leur a dit qu’elles étaient automatiquement excommuniées. Mgr Fisichella rappelle d’ailleurs ce fait au début de son article. Il ne s’agissait pas de l’excommunication directe des personnes concernées mais d’une déclaration publique de l’archevêque constatant que celles-ci étaient excommuniées latae sententiae. C’est ce que dit le Codex Juris canonici, et aussi, me semble-t-il, Evangelium vitae. Il ne s’agissait nullement d’une excommunication nouvelle et pas davantage de l’excommunication d’une fillette de neuf ans.
La fillette n’était pas réellement en danger de mort ; il ne s’est nullement agi d’un acte pour sauver sa vie comme cela est dit dans cet article. Ce fut simplement un avortement pratiqué sur une fillette de neuf ans, abusée sexuellement par son beau-père. C’était une affaire très triste, certainement, et de ce point de vue-là Mgr Fisichella avait raison de parler d’un cas extrêmement tragique ; mais à tout le moins, l’archevêque de Recife en était totalement conscient.
Celui-ci, en réalité, n’a pas « communiqué » de manière insatisfaisante : il a joué son rôle de pasteur et il a essayé de faire tout ce que l’on pouvait imaginer pour montrer de l’amour et de la charité à cette petite fille, mais aussi à sa mère et à son père, or c’est une fausse impression laissée par l’article de Mgr Fisichella qu’il aurait négligé ses devoirs pastoraux et se serait borné à agiter cruellement un drapeau d’excommunication en direction d’une fillette de neuf ans.
Si elle avait véritablement été en péril de mort il y aurait eu quand même excommunication : l’avortement, aux yeux de l’Eglise, même pour sauver telle vie, est un crime très grave. Cela tomberait de toute façon sous le coup de cette sanction. Mais quoi qu’il en soit, ce n’était pas le cas ici.
– Non, en effet, ce n’était pas le cas. Je crois qu’il s’agit davantage dans cette affaire de la sensibilité des Occidentaux qui ne sont plus catholiques, et qui ne comprennent pas le sens de l’excommunication. Etes-vous d’accord avec cela ?
– Oui, sans aucun doute. Je crois qu’une sorte d’hystérie a entouré cette affaire d’excommunication, mais l’archevêque de Recife a fait part de sa conviction que dans cette situation précise, au vu de la discussion publique qui l’avait accompagnée, il semblait nécessaire, pastoralement et du point de vue de la charité, de faire cette déclaration publique.
Comme nous avons pu le voir après l’article de Mgr Fisichella, beaucoup de personnes catholiques ou considérées comme catholiques veulent prétendre que désormais l’on peut pratiquer des avortements thérapeutiques. Mme Kissling elle-même était jadis présidente d’une association qui est une contradiction dans les termes : « Catholics for choice » (catholiques pour la liberté de l’avortement). Au Canada, il y eut à ce propos des déclarations très franches, y compris de la part d’un archevêque, tirant les mêmes conclusions de l’article de Mgr Fisichella. Il y a eu beaucoup de confusios et je pense que l’archevêque a eu raison de dire que si l’on n’en parle pas du tout, l’impression qui demeure est celle que le fait de tuer des enfants à naître innocents n’est pas un crime abominable, parce que cette idée a si largement disparu de la société. Il y a tant de pays où l’avortement est légal qu’à mon avis, son argument est très juste.
Je pense que c’est à cause de cela que la réaction aux déclarations de l’archevêque a été quasi hystérique : comme s’il n’avait parlé que d’excommunication, comme s’il n’avait rien fait pour le soin pastoral de cette petite fille et pour ses bébés, comme s’il s’était exprimé froidement, excommuniquant de but en blanc tous ceux qui étaient concernés par l’avortement. La déclaration du diocèse de Recife met cela en lumière de façon très juste.
– Vous avez employé le mot « charité », ce qui me paraît très intéressant. Vous avez souligné que l’archevêque de Recife a eu la « charité » de dire la vérité dans cette affaire. J’aimerais que vous précisiez ce point : vous dites que l’Eglise est charitable lorsqu’elle indique au monde qu’une chose est moralement très mauvaise.
– Si en vérité le fait de tuer les enfants à naître constitue un grand crime, si c’est une chose grave qui met en péril l’âme de tous ceux qui pratiquent des avortements ou qui participent à l’avortement, alors il s’agit d’un manque de charité que de rester silencieux à propos de sa véritable nature.
L’archevêque a non seulement montré sa charité en mentionnant l’excommunication, mais aussi dans ses multiples efforts pour sauvegarder la vie des enfants et la santé et le bien spirituel de la fillette; elle s’est manifestée dans le service pastoral qu’il a offert à la fillette et à sa mère. Sa charité ne s’est pas limitée à faire des déclarations sur l’excommunication de la mère et des autres responsables de l’avortement, mais à mon avis il a aussi été charitable en leur affirmant qu’aux yeux de l’Eglise, qui enseigne la vérité opportune-importune, il est des actions qui séparent les personnes de la communauté de l’Eglise et que ces actions constituent aussi de grands dangers pour leurs âmes. Il n’est certainement pas charitable de ne pas avertir les gens d’un tel danger et de leur donner la fausse tranquillité d’un sentiment selon lequel ils auraient bien agi, selon lequel ils viendraient de sauver la vie d’une jeune fille. Cela vaut pour n’importe quel danger. Avertir quelqu’un du fait que s’il s’approche de quelque chose de très dangereux et qu’il risque de mourir est un acte de charité, ne pas le lui dire est un manque de charité : pourquoi ne serait-il pas charitable d’avertir quelqu’un que par ses actes, il risque de perdre sa vie éternelle ? Le Christ, qui est Dieu et donc Amour (Charité) nous rappelle en de très nombreuses occurrences le danger de l’enfer. Je crois qu’il faut voire les paroles de Mgr Sobrinho à cette lumière.
Cela dit, dans une société où l’on en est arrivé à un consensus à peu près général sur l’idée qu’il n’existe pas de péril pour quelque âme que ce soit, qu’il n’y a pas de péché, ou di moins de péché mortel, ou de péché grave, là il paraîtrait extrêmement vieux-jeu, mal élevé et peu charitable de dire une telle chose. Et cela serait vrai si le péché et le risque de la damnation n’étaient que des contes de fées. Mais s’ils existent, « l’excommunication charitable » existe et le fait de voir n’importe quelle excommunication, même précédée d’une charité ardente et de soins pastoraux spirituels, comme contraire à la charité relèverait d’une erreur profonde.
– Craignez-vous, à la lumière de ce qui se passe, que la doctrine de l’Eglise ne soit réellement en train de changer… ou plutôt qu’elle n’est pas proclamée comme elle devrait l’être ?
– Je n’ai pas peur que la doctrine de l’Eglise sur le caractère intrinsèquement mauvais de l’avortement et de la mise à mort d’embryons humains par n’importe quel autre moyen (pilules abortives, recherche sur les cellules souches embryonnaires, etc) vienne à changer, car en tant que catholique je crois que l’Eglise est guidée par le Saint Esprit qui empêchera que jamais elle ne déclare des choses fausses sur des questions très importantes de moralité ou de doctrine. A vue purement humaine, j’aurais très peur en raison du silence prolongé du Vatican sur une question aussi importante et urgente, un silence que je juge néfaste, et c’est pourquoi qu’il y sera bientôt mis fin. Mais Gamaliel, dans les Actes des Apôtres, donne un argument en faveur de la véracité de l’Eglise et de son fondement divin, qu’il exprime en termes très forts, et que l’on trouve aussi cyniquement suggérée dans le Decamerone de Boccace. Il affirme que les Juifs ne doivent pas tuer les Apôtres car si leur œuvre est purement humaine, elle disparaîtra d’elle-même en une génération, tandis que si elle est divine les Juifs seraient en train de combattre Dieu en tuant les Apôtres.
De fait l’enseignement de l’Eglise n’a pas varié en deux mille ans malgré quelques papes tout à fait horribles – et nous avons été bénis par la Providence qui nous a donné des papes merveilleux en la personne de Benoît XVI et de Jean-Paul II ! Certains papes ont vraiment été épouvantables, mais en deux mille ans d’histoire, parfois d’histoire de corruption, de mondanité et même de points de vues hérétiques jusqu’au Vatican, l’enseignement n’a changé sur aucun point essentiel. Même les plus grands des philosophes, comme Platon, ont vu leurs plus nobles réflexions contestées au sein de leurs propres écoles quelques décennies après leur disparition. Combien plus une religion guidée par des hommes, qui enseigne de tels immenses mystères ne devrait-elle pas s’éparpiller en des milliers de sectes si elle ne jouissait pas du don divin de l’infaillibilité et d’une conduite par Dieu lui-même ? Je crois à ce miracle de l’Eglise catholique dont parlait le juif Gamaliel, et donc – seulement parce qu’il s’agit d’une œuvre divine – je ne pense pas que l’Eglise changera jamais sa doctrine.
Mais c’est une autre chose pour un évêque, qui peut facilement se tromper, ou même pour une Congrégation pour la Foi, ou un pape, de proclamer avec suffisamment de force un enseignement de l’Eglise. Jean-Paul II le Grand l’a fait magnifiquement dans Evangelium Vitae en ce qui concerne la vie humaine et l’avortement, et j’espère que cela se fera de nouveau, spécialement après cet article qui sème la confusion qui rend nécessaire une réitération rapide, sans ambiguïté et publique de cette doctrine. Mais évidemment il n’y a pas de garantie qu’à tout moment tous les évêques ou les cardinaux responsables, voire le Pape lui-même (sans même parler de L’Osservatore Romano, qui dernièrement a non seulement publié l’article de Fisichella en différentes langues bien que ses erreurs à propos de Mgr Sobrinho fussent déjà clairement connues, mais aussi une série d’autres articles scandaleux sur les questions relatives à la vie, y compris certains critiquant implicitement les 80 évêques américains qui avaient dénoncé la décision de l’université Notre-Dame d’accorder à Obama, le président américain le plus pro-avortement de tous les temps, un doctorat de droit honoris causa) proclameront de manière suffisamment forte les enseignements de l’Eglise. Sainte Catherine de Sienne a fustigé ce grand mal du silence non charitable dans l’Eglise de son temps. J’ai peur que nous-mêmes et les autorités de l’Eglise ne proclamions jamais suffisamment la vérité. Mais je pense fortement qu’il faut tout faire pour exprimer le désir et l’espoir et prier que cela se fasse.
– J’aimerais vous soumettre l’argument d’un journaliste catholique français –que je précise ne pas partager – qui s’est montré très en colère à propos du geste de Mgr Cardoso Sobrinho : il a soutenu que tous ceux qui applaudissent l’archevêque participent d’une hérésie « vitaliste » qui exprime un respect excessif de la vie humaine biologique. Comment réagissez-vous à ce type de raisonnement ?
– Je crois que l’hérésie vitaliste, qui consisterait à surestimer ou à idolâtrer la valeur de la vie humaine terrestre constitue un danger quasi nul dans l’Eglise aujourd’hui. Je crois que c’est bien plutôt l’hérésie de ce que Jean-Paul II appelait la « culture de mort » qui menace. Je ne comprends pas bien ce que veut dire ce journaliste mais s’il appelle le fait d’insister sur la dignité sublime et le caractère moralement contraignant de la dignité de chaque personne humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort une hérésie, il s’agit d’un emploi totalement abusif de ce terme.
Et c’est spécialement cela que l’encyclique Evangelium vitae déclare – de façon dogmatique, puisque le pape invoque l’autorité de Pierre et de ses successeurs – très clairement : que la vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort, doit jouir d’un entier respect sans exception, et que toute mise à mort directe d’une vie innocente est clairement un crime. De ce point de vue, je pense que toute déclaration qui relativise cette affirmation, comme le fait de dire que l’avortement thérapeutique est acceptable, ou qu’il y a incertitude sur le fait de savoir qu’il est permis ou non, est en réalité une hérésie « de mort » à la lumière de la déclaration dogmatique d’Evangelium vitae.
On peut bien sûr parler d’hérésie « vitaliste » dans le cas d’écologistes pour qui aucune forme de vie, même de vie bactérienne, ne doit être tuée. Si nous parlons d’un droit absolu de chaque organisme vivant, animaux ou plantes, et disons que nous devons tous être végétariens ou ne manger que des fruits, alors il peut être question d’une « hérésie vitaliste » – comme quand on fait avec Brigitte Bardot un énorme scandale parce que des moutons sont abattus pour la plus grande fête religieuse des Musulmans au Maroc.
Mais je crois que c’est un abus de langage choquant que de qualifier le respect entier et inconditionnel de chaque vie humaine d’hérésie. Qu’on ne doive jamais prendre aucune vie humaine innocente ne constitue pas seulement d’un point de vue de l’éthique naturelle ou une intuition éthique objective que Socrate a pu affirmer même en dehors du contexte de la Révélation (lorsqu’il refuse de tuer l’innocent Léon, même au péril de sa propre vie, alors que le gouvernement lui demande de le faire), mais d’une doctrine de l’Eglise clairement affirmée, notamment dans Evangelium vitae.
Propos recueillis par Jeanne Smits
Le Pr Joseph Seifert, fondateur et recteur de l'Académie internationale pour la Philosophie au Liechtenstein, enseigant au Vatican, professeur à l’Université pontificale au Chili, autorité reconnue sur les affaires de doctrine, de morale et de philosophie relatives au respect de la vie, a bien voulu, pour les lecteurs de Présent, approfondir des observations publiées sur l'affaire en répondant à mes questions.
– Pourquoi avez-vous écrit une lettre ouverte à Mgr Fisichella ?
– Il ne s’agissait pas d’une lettre ouverte, en réalité, même si elle a été présentée comme telle dans un premier temps par des sites qui ont mis mes réflexions sur Internet. Nous (plusieurs membres de l’Académie pontificale pour la vie) avons écrit une lettre privée à notre président. Mon texte n’est pas une lettre, c’est une série de remarques : on m’a en effet demandé d’exprimer mon opinion parce qu’il y a eu, au niveau mondial, une grande confusion. On s’est demandé s’il n’y avait pas eu un changement dans l’enseignement de l’Eglise sur l’avortement, j’ai donc écrit quelques remarques à ce propos. Mais il ne s’agissait pas d’une lettre adressée à Mgr Fisichella.
– Mais ces observations et remarques étaient indispensables à vos yeux, et vous les maintenez…
– Oui, elles m’ont paru nécessaires du fait que, parmi tous les cercles pro-avortement, à travers d’innombrables articles, comme ceux de Mme Kissling et de beaucoup d’autres, l’article de Mgr Fisichella a été interprété comme constituant un changement radical de l’enseignement de l’Eglise, que d’ailleurs ils accueillent avec enthousiasme. Ils disent croire que l’avortement dit « thérapeutique » est acceptable aux yeux de l’Eglise. Il ne s’agit pas à mon avis d’une fausse interprétation de l’article de Mgr Fisichella, bien que celui-ci affirme au début de son article que la doctrine de l’Église sur l’avortement ne change pas. J’espère assurément que Mgr Fisichella ne maintient pas vraiment cette position mais il est certain que son article crée cette impression, à la fois auprès des opposants et des partisans de l’avortement. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il y avait une urgente nécessité à en parler, y compris en public. Et j’espère que l’Eglise s’exprimera sur le sujet, avec autorité.
– Vous avez écrit que plusieurs membres de l’Académie pontificale pour la vie ont évoqué ce sujet en privé. Savez-vous si la discussion continue ?
– Il ne m’appartient pas de parler des opérations internes à l’Académie, ou des membres de l’Académie, mais je puis vous dire que plusieurs d’entre eux espéraient que Mgr Fisichella s’exprimerait sur le sujet, que certains lui ont écrit conjointement, et d’autres personnellement. Pourtant, il n’a été apporté aucune rectification, aucun changement à l’opinion qu’il a publiée. Voilà tout ce que je puis dire ; je ne souhaite pas donner à la presse des informations quant aux noms ou au nombre des personnes qui ont réagi.
– Toute cette affaire a tourné autour de l’excommunication, et sur la question de savoir si Mgr Cardoso Sobrinho a eu raison de parler d’excommunication. Il y a deux aspects à relever à ce propos. D’une part, dans nos médias occidentaux, il a été dit que la fillette d’Alagoinha était sur le point de mourir, ce qui n’était pas vrai. Mais quoi qu’il en soit et d’autre part : cela eût-il été vrai, pensez-vous que l’excommunication automatique n’aurait pas eu lieu en raison de la peur, de la part de la mère, que la petite fille ne meure ?
– Avant toute chose, rappelons que l’archevêque de Recife a apporté des corrections à ce qui a été dit, corrections que j’ai ajoutées à mes observations publiées sur Internet. Il n’a pas excommunié cette fillette de neuf ans qui a subi un avortement. Et il n’a pas davantage excommunié les personnes responsables de l’avortement : il leur a dit qu’elles étaient automatiquement excommuniées. Mgr Fisichella rappelle d’ailleurs ce fait au début de son article. Il ne s’agissait pas de l’excommunication directe des personnes concernées mais d’une déclaration publique de l’archevêque constatant que celles-ci étaient excommuniées latae sententiae. C’est ce que dit le Codex Juris canonici, et aussi, me semble-t-il, Evangelium vitae. Il ne s’agissait nullement d’une excommunication nouvelle et pas davantage de l’excommunication d’une fillette de neuf ans.
La fillette n’était pas réellement en danger de mort ; il ne s’est nullement agi d’un acte pour sauver sa vie comme cela est dit dans cet article. Ce fut simplement un avortement pratiqué sur une fillette de neuf ans, abusée sexuellement par son beau-père. C’était une affaire très triste, certainement, et de ce point de vue-là Mgr Fisichella avait raison de parler d’un cas extrêmement tragique ; mais à tout le moins, l’archevêque de Recife en était totalement conscient.
Celui-ci, en réalité, n’a pas « communiqué » de manière insatisfaisante : il a joué son rôle de pasteur et il a essayé de faire tout ce que l’on pouvait imaginer pour montrer de l’amour et de la charité à cette petite fille, mais aussi à sa mère et à son père, or c’est une fausse impression laissée par l’article de Mgr Fisichella qu’il aurait négligé ses devoirs pastoraux et se serait borné à agiter cruellement un drapeau d’excommunication en direction d’une fillette de neuf ans.
Si elle avait véritablement été en péril de mort il y aurait eu quand même excommunication : l’avortement, aux yeux de l’Eglise, même pour sauver telle vie, est un crime très grave. Cela tomberait de toute façon sous le coup de cette sanction. Mais quoi qu’il en soit, ce n’était pas le cas ici.
– Non, en effet, ce n’était pas le cas. Je crois qu’il s’agit davantage dans cette affaire de la sensibilité des Occidentaux qui ne sont plus catholiques, et qui ne comprennent pas le sens de l’excommunication. Etes-vous d’accord avec cela ?
– Oui, sans aucun doute. Je crois qu’une sorte d’hystérie a entouré cette affaire d’excommunication, mais l’archevêque de Recife a fait part de sa conviction que dans cette situation précise, au vu de la discussion publique qui l’avait accompagnée, il semblait nécessaire, pastoralement et du point de vue de la charité, de faire cette déclaration publique.
Comme nous avons pu le voir après l’article de Mgr Fisichella, beaucoup de personnes catholiques ou considérées comme catholiques veulent prétendre que désormais l’on peut pratiquer des avortements thérapeutiques. Mme Kissling elle-même était jadis présidente d’une association qui est une contradiction dans les termes : « Catholics for choice » (catholiques pour la liberté de l’avortement). Au Canada, il y eut à ce propos des déclarations très franches, y compris de la part d’un archevêque, tirant les mêmes conclusions de l’article de Mgr Fisichella. Il y a eu beaucoup de confusios et je pense que l’archevêque a eu raison de dire que si l’on n’en parle pas du tout, l’impression qui demeure est celle que le fait de tuer des enfants à naître innocents n’est pas un crime abominable, parce que cette idée a si largement disparu de la société. Il y a tant de pays où l’avortement est légal qu’à mon avis, son argument est très juste.
Je pense que c’est à cause de cela que la réaction aux déclarations de l’archevêque a été quasi hystérique : comme s’il n’avait parlé que d’excommunication, comme s’il n’avait rien fait pour le soin pastoral de cette petite fille et pour ses bébés, comme s’il s’était exprimé froidement, excommuniquant de but en blanc tous ceux qui étaient concernés par l’avortement. La déclaration du diocèse de Recife met cela en lumière de façon très juste.
– Vous avez employé le mot « charité », ce qui me paraît très intéressant. Vous avez souligné que l’archevêque de Recife a eu la « charité » de dire la vérité dans cette affaire. J’aimerais que vous précisiez ce point : vous dites que l’Eglise est charitable lorsqu’elle indique au monde qu’une chose est moralement très mauvaise.
– Si en vérité le fait de tuer les enfants à naître constitue un grand crime, si c’est une chose grave qui met en péril l’âme de tous ceux qui pratiquent des avortements ou qui participent à l’avortement, alors il s’agit d’un manque de charité que de rester silencieux à propos de sa véritable nature.
L’archevêque a non seulement montré sa charité en mentionnant l’excommunication, mais aussi dans ses multiples efforts pour sauvegarder la vie des enfants et la santé et le bien spirituel de la fillette; elle s’est manifestée dans le service pastoral qu’il a offert à la fillette et à sa mère. Sa charité ne s’est pas limitée à faire des déclarations sur l’excommunication de la mère et des autres responsables de l’avortement, mais à mon avis il a aussi été charitable en leur affirmant qu’aux yeux de l’Eglise, qui enseigne la vérité opportune-importune, il est des actions qui séparent les personnes de la communauté de l’Eglise et que ces actions constituent aussi de grands dangers pour leurs âmes. Il n’est certainement pas charitable de ne pas avertir les gens d’un tel danger et de leur donner la fausse tranquillité d’un sentiment selon lequel ils auraient bien agi, selon lequel ils viendraient de sauver la vie d’une jeune fille. Cela vaut pour n’importe quel danger. Avertir quelqu’un du fait que s’il s’approche de quelque chose de très dangereux et qu’il risque de mourir est un acte de charité, ne pas le lui dire est un manque de charité : pourquoi ne serait-il pas charitable d’avertir quelqu’un que par ses actes, il risque de perdre sa vie éternelle ? Le Christ, qui est Dieu et donc Amour (Charité) nous rappelle en de très nombreuses occurrences le danger de l’enfer. Je crois qu’il faut voire les paroles de Mgr Sobrinho à cette lumière.
Cela dit, dans une société où l’on en est arrivé à un consensus à peu près général sur l’idée qu’il n’existe pas de péril pour quelque âme que ce soit, qu’il n’y a pas de péché, ou di moins de péché mortel, ou de péché grave, là il paraîtrait extrêmement vieux-jeu, mal élevé et peu charitable de dire une telle chose. Et cela serait vrai si le péché et le risque de la damnation n’étaient que des contes de fées. Mais s’ils existent, « l’excommunication charitable » existe et le fait de voir n’importe quelle excommunication, même précédée d’une charité ardente et de soins pastoraux spirituels, comme contraire à la charité relèverait d’une erreur profonde.
– Craignez-vous, à la lumière de ce qui se passe, que la doctrine de l’Eglise ne soit réellement en train de changer… ou plutôt qu’elle n’est pas proclamée comme elle devrait l’être ?
– Je n’ai pas peur que la doctrine de l’Eglise sur le caractère intrinsèquement mauvais de l’avortement et de la mise à mort d’embryons humains par n’importe quel autre moyen (pilules abortives, recherche sur les cellules souches embryonnaires, etc) vienne à changer, car en tant que catholique je crois que l’Eglise est guidée par le Saint Esprit qui empêchera que jamais elle ne déclare des choses fausses sur des questions très importantes de moralité ou de doctrine. A vue purement humaine, j’aurais très peur en raison du silence prolongé du Vatican sur une question aussi importante et urgente, un silence que je juge néfaste, et c’est pourquoi qu’il y sera bientôt mis fin. Mais Gamaliel, dans les Actes des Apôtres, donne un argument en faveur de la véracité de l’Eglise et de son fondement divin, qu’il exprime en termes très forts, et que l’on trouve aussi cyniquement suggérée dans le Decamerone de Boccace. Il affirme que les Juifs ne doivent pas tuer les Apôtres car si leur œuvre est purement humaine, elle disparaîtra d’elle-même en une génération, tandis que si elle est divine les Juifs seraient en train de combattre Dieu en tuant les Apôtres.
De fait l’enseignement de l’Eglise n’a pas varié en deux mille ans malgré quelques papes tout à fait horribles – et nous avons été bénis par la Providence qui nous a donné des papes merveilleux en la personne de Benoît XVI et de Jean-Paul II ! Certains papes ont vraiment été épouvantables, mais en deux mille ans d’histoire, parfois d’histoire de corruption, de mondanité et même de points de vues hérétiques jusqu’au Vatican, l’enseignement n’a changé sur aucun point essentiel. Même les plus grands des philosophes, comme Platon, ont vu leurs plus nobles réflexions contestées au sein de leurs propres écoles quelques décennies après leur disparition. Combien plus une religion guidée par des hommes, qui enseigne de tels immenses mystères ne devrait-elle pas s’éparpiller en des milliers de sectes si elle ne jouissait pas du don divin de l’infaillibilité et d’une conduite par Dieu lui-même ? Je crois à ce miracle de l’Eglise catholique dont parlait le juif Gamaliel, et donc – seulement parce qu’il s’agit d’une œuvre divine – je ne pense pas que l’Eglise changera jamais sa doctrine.
Mais c’est une autre chose pour un évêque, qui peut facilement se tromper, ou même pour une Congrégation pour la Foi, ou un pape, de proclamer avec suffisamment de force un enseignement de l’Eglise. Jean-Paul II le Grand l’a fait magnifiquement dans Evangelium Vitae en ce qui concerne la vie humaine et l’avortement, et j’espère que cela se fera de nouveau, spécialement après cet article qui sème la confusion qui rend nécessaire une réitération rapide, sans ambiguïté et publique de cette doctrine. Mais évidemment il n’y a pas de garantie qu’à tout moment tous les évêques ou les cardinaux responsables, voire le Pape lui-même (sans même parler de L’Osservatore Romano, qui dernièrement a non seulement publié l’article de Fisichella en différentes langues bien que ses erreurs à propos de Mgr Sobrinho fussent déjà clairement connues, mais aussi une série d’autres articles scandaleux sur les questions relatives à la vie, y compris certains critiquant implicitement les 80 évêques américains qui avaient dénoncé la décision de l’université Notre-Dame d’accorder à Obama, le président américain le plus pro-avortement de tous les temps, un doctorat de droit honoris causa) proclameront de manière suffisamment forte les enseignements de l’Eglise. Sainte Catherine de Sienne a fustigé ce grand mal du silence non charitable dans l’Eglise de son temps. J’ai peur que nous-mêmes et les autorités de l’Eglise ne proclamions jamais suffisamment la vérité. Mais je pense fortement qu’il faut tout faire pour exprimer le désir et l’espoir et prier que cela se fasse.
– J’aimerais vous soumettre l’argument d’un journaliste catholique français –que je précise ne pas partager – qui s’est montré très en colère à propos du geste de Mgr Cardoso Sobrinho : il a soutenu que tous ceux qui applaudissent l’archevêque participent d’une hérésie « vitaliste » qui exprime un respect excessif de la vie humaine biologique. Comment réagissez-vous à ce type de raisonnement ?
– Je crois que l’hérésie vitaliste, qui consisterait à surestimer ou à idolâtrer la valeur de la vie humaine terrestre constitue un danger quasi nul dans l’Eglise aujourd’hui. Je crois que c’est bien plutôt l’hérésie de ce que Jean-Paul II appelait la « culture de mort » qui menace. Je ne comprends pas bien ce que veut dire ce journaliste mais s’il appelle le fait d’insister sur la dignité sublime et le caractère moralement contraignant de la dignité de chaque personne humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort une hérésie, il s’agit d’un emploi totalement abusif de ce terme.
Et c’est spécialement cela que l’encyclique Evangelium vitae déclare – de façon dogmatique, puisque le pape invoque l’autorité de Pierre et de ses successeurs – très clairement : que la vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort, doit jouir d’un entier respect sans exception, et que toute mise à mort directe d’une vie innocente est clairement un crime. De ce point de vue, je pense que toute déclaration qui relativise cette affirmation, comme le fait de dire que l’avortement thérapeutique est acceptable, ou qu’il y a incertitude sur le fait de savoir qu’il est permis ou non, est en réalité une hérésie « de mort » à la lumière de la déclaration dogmatique d’Evangelium vitae.
On peut bien sûr parler d’hérésie « vitaliste » dans le cas d’écologistes pour qui aucune forme de vie, même de vie bactérienne, ne doit être tuée. Si nous parlons d’un droit absolu de chaque organisme vivant, animaux ou plantes, et disons que nous devons tous être végétariens ou ne manger que des fruits, alors il peut être question d’une « hérésie vitaliste » – comme quand on fait avec Brigitte Bardot un énorme scandale parce que des moutons sont abattus pour la plus grande fête religieuse des Musulmans au Maroc.
Mais je crois que c’est un abus de langage choquant que de qualifier le respect entier et inconditionnel de chaque vie humaine d’hérésie. Qu’on ne doive jamais prendre aucune vie humaine innocente ne constitue pas seulement d’un point de vue de l’éthique naturelle ou une intuition éthique objective que Socrate a pu affirmer même en dehors du contexte de la Révélation (lorsqu’il refuse de tuer l’innocent Léon, même au péril de sa propre vie, alors que le gouvernement lui demande de le faire), mais d’une doctrine de l’Eglise clairement affirmée, notamment dans Evangelium vitae.
Propos recueillis par Jeanne Smits
Affaire de Recife : Mgr Schooyans revient sur l'attitude de Mgr Fisichella
Le président de l'Académie pontificale pour la vie, Mgr Fisichella, est de nouveau sous le feu des projecteurs. L'un des membres permanents de ladite Académie apporte des éléments d'analyse sur sa note dans l'Osservatore Romano qui avait laissé croire que l'Eglise accepte l'avortement dans certaines situations dramatiques. A l'époque, pas moins de 26 des 40 membres permanents avaient protesté contre leur président.
L'analyse de Mgr Schooyans a été publiée par Sandro Magister.
Je reviendrai sur cette affaire ici.
© leblogdejeannesmits.
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