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04 novembre, 2014

Chili : une fillette de 13 ans utilisée pour promouvoir l’avortement

L’histoire, tragique, est toujours à peu près la même en cette Amérique latine où bien des repères sont perdus, mais où l’avortement demeure dans la plupart des cas un crime. L’histoire d’une petite jeune fille – elle a 13 ans – victime de viols, au Chili. Elle est enceinte. L’enfant qu’elle porte n’est pas viable. La presse s’est saisie de l’affaire, après l’intervention de groupes féministes : pourquoi cette petite fille n’a-t-elle pas accès à l’avortement ? N’est-il pas urgent de changer la loi ?
Le site publimetro.cl ajoute aussitôt : un sondage réalisé au mois de juin montre que 71 % des Chiliens seraient d’accord avec une légalisation de l’avortement « thérapeutique », au cas où le fœtus ne serait pas viable, ou fruit d’un viol. C’est le projet de la présidente Michelle Bachelet qui entend bien présenter un texte avec son gouvernement.
La petite jeune fille, du gros bourg de Caharue en Araucanie, est enceinte de 33 semaines. Si son

bébé naissait maintenant ce serait un bébé prématuré, mais à peine. Il présente des malformations cardiaques. Sont-elles réellement incompatibles avec la vie ? C’est ce que répète la presse après les déclarations d’une Claudia Dides, présidente de l’ONG pro-avortement Miles, disant qu’il est urgent de légiférer pour ce type de cas afin que l’avortement soit légalisé. On s’occupe bien de la fillette à l’hôpital, a-t-elle précisé, mais – « Nous ne voulons plus avoir des cas de jeunes filles violées qui n’aient pas le droit de choisir. »
Le président de la commission de la santé du Sénat chilien, Guido Girardi, a renchéri en affirmant qu’il appuierait les projets de loi déposés depuis le mois de mars en essayant de les fusionner pour aller plus vite : « Qu’une jeune fille de 13 ans violée, avec une grossesse non viable, qui se trouve dans une situation dramatique, puisse devoir aller en prison si elle interrompt sa grossesse, ou que le médecin qui pratique l’interruption de grossesse puisse aller en prison, ou qu’on la contraigne de rester dans cette situation est d’une cruauté infinie. »
« Il me semble que le Chili ne peut désormais prétendre rester dans une situation aussi dramatique, d’une telle cruauté, d’un tel autoritarisme », a-t-il ajouté.
Tout est dit pour donner l’impression que la fillette a été « forcée » par la loi à garder cet enfant qui ne vivra pas. Notez que s’il était viable on aurait tenu le même discours ou quasi : comment oser imposer cette naissance ? Comment oser imposer une adoption ? Du point de vue féministe, le seul « choix » qui vaille est celui de l’avortement…
La sénatrice UDI Jacqueline van Rysselberghe, membre de la même commission, a déclaré au contraire que la légalisation de l’avortement thérapeutique équivaudrait à mettre en place un « contrôle qualité de la race humaine ».
ACIPrensa, site catholique, publiait le 26 août dernier le témoignage d’une femme chilienne tombée enceinte il y a 40 ans après avoir été violée par un proche alors qu’elle avait seulement 12 ans. Elle n’a pas eu le « choix ». Ce sont ses parents qui l’ont fait avorter, elle a été embarquée sans qu’on lui demande rien.
Aujourd’hui elle raconte : le grand problème de sa vie n’a pas été le viol, mais l’avortement. Elle a enchaîné les dépressions, les tentatives de suicide, dès 14 ans. « J’ai pardonné à la personne qui m’a violée. On peut faire ça. Mais j’ai lutté toute ma vie pour essayer de me pardonner à moi-même. » Car même si elle n’avait justement pas le choix, elle pense toujours à ce que se serait passé si elle avait pu l’éviter. Elle a donné un nom à son enfant. Et c’est en Dieu qu’elle dit avoir trouvé enfin l’équilibre.

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18 août, 2012

Morte pour ne pas avoir obtenu un avortement médical ? Le nouveau montage pro-mort

Rosaura Almonte, 16 ans, (ou « Rosalba », selon les sources) est morte vendredi matin en République dominicaine des suites d'une leucémie. Celle que la presse appelait « Esperancita » pour protéger son identité était aussi enceinte. Elle a été victime d'une fausse couche spontanée la veille. C'est une histoire tragique – dont on veut faire un moteur pour en finir avec les lois qui protègent la vie de l'enfant à naître.

Pour la presse internationale, Rosaura est morte parce qu'au nom de la Constitution pro-vie de la République dominicaine, qui criminalise l'avortement, les médecins ont retardé la chimiothérapie qui aurait pu lui sauver la vie au détriment de celle de l'enfant qu'elle portait. « Elle est morte à cause de l'article 37 de la Constitution », hurlaient les féministes.

L'affaire est pourtant loin d'être aussi claire, ce qui peut se subodorer à la vue même des commentaires des féministes et des pro-avortement qui se plaignent aussi bien de ce que le traitement aurait été retardé que de ce que Rosaura n'ait pas obtenu « un avortement qui aurait pu lui sauver la vie ». Le Collectif Femme et santé ( « Mujer y Salud ») affirme en tout cas qu'elle n'a pas bénéficié d'un « avortement thérapeutique » et assure qu'elle a été victime d'un « acte de torture, cruel et inhumain ». La coordinatrice du Foro Feminista, Sergia Galvan, crie au « féminicide d'Etat ».

En vérité, la protection de l'être humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle, affirmée par l'article 37 de la Constitution dominicaine, proscrit forcément l'avortement thérapeutique. Mais on ne peut pas en dire autant d'une chimiothérapie qui peut indirectement et involontairement entraîner la mort d'un enfant à naître lorsqu'elle est administrée à une femme enceinte pour qui elle constitue le seul espoir de survie. Libre à elle de la refuser, héroïquement. Mais y avoir recours ne constitue pas – ni en morale ni en droit positif – un assassinat.

La jeune Rosaura a-t-elle été privée de traitements qui auraient pu lui sauver la vie, au nom de l'interdiction de l'avortement ?

En fait, elle est entrée à l'hôpital le 2 juillet, en très mauvais état. La nature précise de son cancer a été diagnostiquée le 19 juillet, a précisé la directrice de hôpital du Seguro Médico de Maestros lors d'une conférence de presse ce matin, entourée des médecins qui ont soigné la jeune fille. La chimiothérapie a démarré… le 20 juillet. Mais on savait déjà qu'il y avait peu d'espoir : « Le pronostic était très mauvais pour la patiente en raison de son âge, 16 ans, et parce qu'elle avait beaucoup de globules blancs et qu'elle était très anémiée. »

Alors, morte d'avoir été privée de chimiothérapie, comme le dit la presse ? Ou morte de ce qu'on lui ait refusé l'avortement, comme le disait aujourd'hui sa mère, Rosa Hernandez, à l'unisson de nombre de groupes féministes ? « Mujer y Salud » en est à se demander si la jeune fille n'est pas morte d'hémorragie utérine à la suite de sa fausse couche, vendredi, du fait de l'expulsion de « l'embryon » : la jeune fille était enceinte de trois mois, moyennant quoi l'association affirme qu'elle aura été victime des « défenseurs à outrance du droit du zygote à la vie ». (Pour mémoire : le zygote, dans le développement embryonnaire humain, est l'œuf pendant la première semaine de gestation ; on parle d'embryon jusqu'à la huitième semaine.)

En fait, l'état de la jeune fille s'est dégradé rapidement cette semaine : elle présentait des fièvres correspondant aux limites de la régénération du sang causées précisément par la chimiothérapie ; elle a reçu alors transfusions et plaquettes, selon le protocole habituel, mais n'a pas réagi à ce traitement. Elle a présenté des hémorragies du nez et du vagin qui ont provoqué son transfert en réanimation. Elle est morte de cette perte de sang, de détresse respiratoire, et c'est au cours de ce processus qu'elle a subi un avortement spontané.

Le cardinal Nicolas de Jesus Lopez, archevêque de Santo Domingo a rejeté les accusations qui visaient la loi pro-vie de la République dominicaine en affirmant :


« Ce sont des canailleries, des canailleries ! Peu importe qui l'ait dit, nous, nous défendons la vie humaine parce qu'il faut la défendre. Ainsi, dans ce cas précis, on a fait tout ce qui était humainement possible pour qu'elle puisse recevoir les plaquettes. Ils oublient que ce n'est pas la grossesse qui l'a tuée, mais très évidemment, un problème grave qu'elle avait : la leucémie. »

Il a invité les commentateurs à « être un peu plus honnêtes dans leur manière de raisonner ». Et d'ajouter que le fait de pratiquer un avortement sur la jeune fille n'aurait pas garanti sa survie.

Cela sent en effet la manipulation à plein nez et avec très peu d'efforts la presse internationale s'enflammera, à l'instar de CNN qui a publié un article confus, tirant sur la corde sensible, qui donnait ce matin la parole à Rosa Hernandez, la mère de Rosaura qui y déclare savoir que l'avortement est un péché, mais que la vie de sa fille devait passer d'abord. Encore un peu et ce sera une nouvelle « affaire de Recife »…

Dans d'autres déclarations, Rosa Hernandez regrettait que Rosaura n'ait jamais connu son père, résidant en Floride, qui n'a même pas pu venir assister à l'enterrement de la petite ce samedi matin. Lors de l'enterrement de sa fille, et dans des déclarations à la presse, le prêtre qui s'est occupée de cette famille éprouvée a souligné qu'il fallait maintenant tout faire pour entourer la mère.

Mais il faut le dire avec force : il semble bien que tout a été fait, dans le cadre d'une bataille presque impossible à gagner, pour sauver la vie de Rosaura Almonte. Tout ce qui était humainement et médicalement possible. Avec l'aide de l'Eglise catholique qui a pris à sa charge nombre des traitements. Ne comptez pas sur la presse pour vous dire tout cela !

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06 avril, 2012

Deux fillettes deviennent mère en Colombie : où sont les médias ?

En Colombie, une fillette de dix ans vient de donner le jour à une petite fille à 39 semaines de grossesse. La mère et l'enfant se portent, bien, selon l'expression consacrée, et c'est quasiment un miracle. L'une des plus jeunes mamans du monde n'avait consulté aucun médecin pendant que son ventre s'arrondissait et elle est arrivée à l'hôpital en situation d'urgence, saignant abondamment et criant de douleur lors des contractions qui avaient commencé. Il a été aussitôt décidé de pratiquer une césarienne qui a permis de sauver les deux vies. Le bébé était tout à fait viable.

La fillette, qui n'a pas vraiment idée de la maternité, a refusé d'allaiter l'enfant. Ses parents attendent qu'elle sorte de l'hôpital pour la ramener chez eux avec le bébé : chez eux, dans la petite ville de Manaure sur une péninsule colombienne où vit la tribu des wayuu, dont elle est membre.

Et voilà pourquoi cette affaire n'a pas fait les gros titres comme celle de la petite fille de Recife, pour qui des organisations féministes avaient réclamé et obtenu l'avortement au Brésil il y a quelques années. Dans la tribu des Wayuu, la maternité précoce fait partie de la « culture », et cette culture est protégée par un certain degré de souveraineté. Il est fort probable, compte tenu de l'état du droit colombien, qu'il n'y ait pas d'enquête ni de poursuites contre le père de l'enfant, sur l'identité duquel les membres de la tribu restent silencieux. La presse colombienne parle d'un jeune de 15 ans ou d'un homme de 30 ans. En tout cas de quelqu'un qui a manifestement abusé de la jeunesse et de l'innocence d'une fillette que ses parents n'ont pas protégée.

Peut-être parce que cela ne se fait pas chez les Wayuu…

Mais, fait caractéristique, on n'a pas entendu les organisations féministes réclamer l'avortement : au nom de la diversité ethnique peut-être ?

La Colombie reste un pays profondément pro-vie malgré des pressions, notamment de la Cour suprême, pour imposer l'avortement au moins dans les cas limites. Et incontestablement, celui-ci en était un, à la fois en raison de l'âge de la petite jeune fille et du manque de suivi qui a permis que sa situation se dégrade jusqu'à menacer sa vie. Mais elle s'en est tirée vivante, avec l'enfant. L'avortement n'était donc pas la seule solution envisageable.

Une affaire similaire s'est produite fin mars lorsqu'une autre fillette wayuu, âgée de 11 ans cette fois, a donné elle aussi le jour à un bébé, sans complications puisqu'elle a pu être suivie de près pendant sa grossesse. Elle apprend à allaiter sa petite fille.

L'Instituto Colombiano de Bienestar Familiar, organisme gouvernemental de soutien aux familles, est intervenue dans un premier temps pour aider la fillette enceinte, mais il se mobilise aussi maintenant parce que le père présumé de l'enfant, un jeune de 15 ans semble-t-il, qui avait été identifié par les proches de la jeune fille comme ayant eu des relations avec elle, a refusé de reconnaître le bébé et assure qu'il « n'est pas de lui ».

Vu la gravité que revêt la défaillance du père, l'ICBF entend rechercher une bonne solution pour l'enfant qui « a droit à un nom et à une famille », comme le précise la Constitution colombienne.

Les autorités se heurtent là encore aux coutumes wayuu : ce qui en Occident relève du viol, est tout à fait acceptable chez eux, du moment que le jeune homme paye une dot, une sorte de « droit » ancestral qui officialise la cohabitation du couple.

Que faire pour ces indigènes qui conservent leur droit propre ? Selon le gynécologue qui s'est occupé de la fillette, il s'agit d'abord d'arriver à trouver les jeunes filles qui ont besoin d'un traitement et d'un suivi : la fillette en question, il a fallu aller la chercher. Parlant peu de wayunaiki et pas du tout d'espagnol, la jeune maman était trop ignorante pour demander de l'aide elle-même. L'« éducation sexuelle » est-elle la solution portée aux tribus les plus reculées est-elle la solution, comme l'a dit ce gynécologue ? L'éducation tout court, plutôt. Les maternités aussi précoces ne sont pas un bien, mais alors les relations sexuelles précoces non plus.

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17 janvier, 2012

Argentine : encore une histoire de fillette enceinte…

Cette fois il s'agit d'une fillette de onze ans et dix mois, originaire d'une famille très simple de General Campos en la province d'Entre Rios, Argentine. Les premières dépêches annonçant que sa famille demandait l'avortement pour la jeune fille dont la grossesse a été découverte la semaine dernière expliquaient qu'elle était tombée enceinte à la suite de relations sexuelles avec un autre jeune, un mineur de 17 ans.

Au fil des articles le jeune est devenu un violeur et le rapport un abus sexuel – de toute façon le consentement à l'acte sexuel est juridiquement impossible avant l'âge de 13 ans en Argentine – et cela est nécessaire du point de vue des pro-mort pour « justifier » l'avortement. Le code pénal argentin interdit l'avortement de manière générale mais le dépénalise en cas de viol sur personne vulnérable ou danger pour la vie de la mère…

C'est la représentante légale de la famille, Maria Susana Benitez, qui réclame en justice le droit de faire pratiquer l'avortement sur la fillette enceinte de 12 semaines et demi, tandis que la représentante du Consortium pour les droits sexuels et reproductifs, Silvia Prima, rue dans les brancards en disant qu'il ne faudrait même pas passer devant la justice puisque les conditions de la dépénalisation sont réunies et ouvrent automatiquement le droit à l'avortement (c'est l'un des chevaux de bataille des partisans de l'assouplissement de la loi en Argentine).

C'est le point de vue repris par les médias argentins qui prennent clairement parti en disant que dans des cas comme celui-ci le feu vert de la justice est inutile et que loin d'avoir à attendre la permission de pratiquer l'avortement, les médecins en ont carrément l'obligation puisqu'il n'est pas punissable.

Cependant – chose intéressante à noter alors que l'avortement est si volontiers présenté comme la solution aux problèmes de santé des femmes – l'ensemble de l'équipe médicale concernée de l'hôpital où la fillette se trouve actuellement, a déclaré qu'il n'y a aucune raison thérapeutique de pratiquer l'avortement sur la jeune fille. Aucun « risque obstétrique » ne justifie l'« avortement thérapeutique », ont souligné les médecins, alors qu'au contraire le stade de la grossesse qui va entrer dans son deuxième trimestre rend l'avortement plus dangereux. Viol ou pas. La grossesse, elle, se déroule normalement.

Le ministre de la santé de la province d'Entre Rios, Hugo Cettour, a-t-il fait savoir qu'il s'opposait à l'avortement sur la fillette, tout en soulignant que la justice devait encore se prononcer au vu notamment des évaluations psychiatriques – mais de ce côté-là, aussi, on s'oriente vers un « accompagnement attentif » de la jeune fille.

L'affaire fait la une de la presse argentine et elle est déjà exploitée pour dénoncer la dureté des « pro-vie » et obtenir une modification de la loi.

En l'occurrence, il s'agit pourtant de protéger la santé de la fillette autant que celle de l'enfant qu'elle porte. Et de se demander pourquoi sa famille n'a pas dénoncé les abus sexuels, que l'on invoque aujourd'hui, à la police, se bornant à réclamer le droit de faire avorter la jeune fille.

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03 janvier, 2012

Argentine : une vie sauvée… Non, deux !

Une fillette de treize ans violée et enceinte de 26 semaines ne subira pas l'avortement en Argentine, au motif que cette intervention mettrait sa vie en péril au point on en est arrivée la gestation.

L'avortement a été sollicité par la mère de la fillette, mercredi dernier, sur le fondement de la loi argentine qui dépénalise l'avortement en cas de viol ou pour le moins dans certains cas de viol : soutenue par la commission des femmes de la municipalité et un groupe d'avocats, elle a affirmé que la fillette avait été violée par son oncle par alliance. L'adolescente vivait chez sa tante et le mari de celle-ci – soupçonné, donc, de viol – dans une maison voisine de celle de sa mère, pour des raisons de commodité et d'espace, selon ses proches (l'enquête publique portera notamment sur ce dernier point). Le corps médical de l'Hôpital interzonal général de Agudos José Penna de Bahia Blanca l'a examinée et constaté l'état avancé de la grossesse.

La semaine dernière, le comité de bioéthique de l'hôpital a décidé de refuser l'avortement, le délai où l'intervention pouvait être réalisée « sans risque » pour la jeune fille ayant été dépassé de 4 semaines.

C'est une décision intéressante, puisqu'elle tend à montrer qu'il est moins dangereux pour une jeune adolescente de donner la vie que de subir un avortement, passé un certain délai de gestation.

En même temps qu'elle sauve indirectement l'enfant à naître pour préserver la vie de la mère, la décision préserve aussi la santé psychologique et morale de cette dernière qui n'aura pas à vivre avec la mort de son propre enfant sur la conscience, quelle que soit la difficulté de la situation où elle se trouve aujourd'hui.

Le procureur de Bahia Blanca chargé des délits sexuels, Maria Marta Corrado, a fait savoir que l'accusation de viol a été prise au sérieux, mais a annoncé que la jeune fille ne sera pas tout de suite appelée à témoigner : « Nous allons nous montrer prudents, pour ne pas la tourmenter », a-t-elle déclaré. L'oncle accusé de viol a tenté de se pendre et se trouve actuellement dans le même hôpital que celui dont le comité de bioéthique a examiné le cas de la fillette.


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16 avril, 2011

Brésil : la jeune fille, la mère, le beau-père et les jumeaux…

Un petit air de déjà vu pour ce fait divers sordide brésilien : tout le monde se souvient de l'affaire de la petite fille de Recife, tombée enceinte à 9 ans de jumelles à la suite de viols répétés par son beau-père et dont l'avortement donna lieu à une énorme kabbale contre Mgr Cardoso Sobrinho, l'évêque de Recife qui avait essayé de sauver les trois vies en cause. Aujourd'hui, ce qui se passe à Rio Branco do Sul dans l'Etat du Parana est en quelque sorte à l'opposé de cette histoire-là.

Une jeune fille de 14 ans à peine vient de perdre les jumeaux qu'elle portait parce que sa mère et son beau-père voulaient dissimuler les abus sexuels « constants » dont elle avait été victime depuis l'an dernier. C'est avec le consentement de sa concubine que le « beau-père » passait un jour sur deux avec celle-là, l'autre avec sa fille, en présence de sa sœur qui avait un an de moins à laquelle ledit « beau-père » offrait des jouets, des robes et des souliers pour abuser d'elle aussi.

C'est lorsque la jeune fille a su qu'elle était enceinte de jumeaux et que sa mère l'a découvert que la tragédie a pris un nouveau tournant :  c'était samedi dernier. La mère et son concubin l'ont violemment attaquée avec l'intention de la faire avorter : lui en l'asphyxiant, elle en se laissant tomber à genoux de tout son poids sur le ventre de l'adolescente. Celle-ci, voulant sauver sa propre vie et celle de ses enfants, s'était enfuie, réussissant à rejoindre un conseil de tutelle qui l'a conduite auprès de la police pour faire sa déposition.

Un examen médical devait alors révéler que la jeune fille était effectivement enceinte de jumeaux, « mais malheureusement les bébés étaient morts », a déclaré le délégué du conseil de tutelle qui s'est occupé de son cas, Voltaire Garcia. Après une hospitalisation de quelques jours la jeune fille a été conduite vers un abri, alors que la mère et le beau-père ont été arrêtés lundi dernier. D'après un journal local, c'est en apprenant la mort de ses jumeaux que la jeune fille, révoltée, a tout dit sur les agressions dont elle avait été victime.

Pourquoi vous dire ces faits affreux, mais, somme toute, seulement de l'ordre du fait divers ?

Parce que le fait divers est ici révélateur.

Parce qu'ici l'avortement de deux bébés, fussent-ils le fruit d'un abominable abus d'une jeune fille par le concubin de sa mère, n'est pas présentée comme un bien. Parce que la presse a pris fait et cause pour la victime adolescente, mais aussi pour ses jumeaux, personne ne s'avisant de les traiter de « fœtus ». L'acte violent, et en l'occurrence meurtrier, de l'homme et de la femme complices dans l'horreur, apparaît pour ce qu'il est.

L'avortement légal, dans ce cas précis, aurait constitué une solution de facilité pour la mère dénaturée et son concubin – solution qui aurait permis de tout enterrer.

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15 octobre, 2010

Le Nobel pour l'IVF, l'Académie pontificale pour la vie, et le père abbé de Montserrat : messages brouillés sur la culture de vie

Robert G. Edwards, « père » de la fécondation in vitro (FIV), et par ce biais de la naissance de quelque 4 millions de bébés dans le monde, a donc été jugé digne du prix Nobel. L'affaire ayant été largement commentée par ailleurs dans les médias et dans la blogosphère française, je me borne ici à noter cet événement d'une pierre noire. Il faut avoir le courage de reconnaître que, malgré le bonheur que la fécondation peut et a pu apporter à des couples stériles, la fabrication d'êtres humains dans des éprouvettes présente de multiples dangers (porte ouverte à la recherche sur les embryons, au tri embryonnaire, à la chosification de l'être humain) tout en étant en soi une pratique inacceptable, quels que soient les donateurs des gamètes utilisés, du point de vue de la dignité de l'homme.

L'Eglise catholique est seule à dire cela et elle se fait pour cette raison vilipender et ridiculiser.

Mais l'avenir risque, cruellement, de lui donner raison : quelles seront les séquelles de ces pratiques inhumaines sur le plan psychologique, et quelles seront ses séquelles sanitaires que la science actuelle laisse déjà deviner ? Risques accrus de malformations, de stérilités, etc., sont déjà constatés chez les bébés éprouvettes. On commence à comprendre que dans une fécondation normale, l'ovule « choisit » le spermatozoïde qui le fécondera ; on commence à comprendre que l'environnement chimique où se produit la fécondation modifie profondément les spermatozoïdes pour permettre leur maturation en vue de la fécondation. Bref, c'est tout une alchimie qui précède et accompagne l'apparition d'une nouvelle vie et nous ne savons pas les conséquences à long terme du parti pris de l'ignorer…

Michael Cook de BioEdge souligne cette semaine qu'un des membre du comité d'attribution du prix Nobel commentait tranquillement la semaine dernière que tous les problèmes éthiques se rapportant à la FIV avaient été « résolus » il y a des décennies. Il s'en étonne, et cela se discute en effet…

Donc, l'Eglise parle clair sur cette question. Mais pas toujours. Le nouveau président de l'Académie pontificale pour la vie, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, a fait une critique bien faible de la scandaleuse récompense offerte à Robert G. Edwards. Yves Daoudal a décortiqué l'affaire de manière définitive sur son blog et plus encore dans Daoudal-Hebdo. A lire absolument.

C'est un message bien brouillé qu'envoie l'Académie pontificale pour la Vie (ce qui a pu faire dire en substance à l'un de ses membres, Mgr Michel Schooyans, qu'on voulait la peau de cette institution). Son ancien président, Mgr Rino Fisichella, qui avait ouvert une porte à « l'avortement thérapeutique », en a été limogé… Mais non sans refuser le fauteuil épiscopal de Sienne qui ne garantit pas l'obtention du chapeau de cardinal. Il est le premier président du tout nouveau conseil pontifical pour la Nouvelle évangélisation, dont il a présenté le Motu Proprio de création le 12 octobre. On doit sans doute se réjouir qu'il ait présenté la promotion du Catéchisme de l'Eglise catholique comme primordiale, assurant toutefois que celui-ci est « un des fruits majeurs de la ligne conciliaire, car il rassemble harmonieusement tout le patrimoine dogmatique » : on peut dire pour le moins que le fruit a mis du temps à mûrir. Et rappeler que Fisichella lui-même n'a jamais clairement rectifié sa note indulgente pour les avorteurs dans L'Osservatore Romano (n'appelons pas « Lettre » ce texte dont il y a fort à parier que sa destinataire, la petite fille de Recife avortée de ses jumelles, ne l'a jamais lu). Il a même, selon des membres très respectables de l'Académie pontificale pour la vie, fait modifier la clarification doctrinale de la Congrégation pour la doctrine de la vie dans un sens plus favorable à sa personne. Non, je ne peux pas avoir confiance en Mgr Fisichella…

S'y ajoute la polémique suscitée par Mgr Jacques Suaudeau, lui aussi de l'APV, qui avait du plusieurs fois rectifier dans La Nef des déclarations plus qu'ambiguë sur « l'avortement médical » : vous trouverez tous ces textes sous le libellé « Recife » dans ce blog.

La confusion continue – cette fois ce n'est plus à l'APV – avec la récente déclaration du père abbé de Montserrat, prestigieuse abbaye catalane, qui au cours d'une causerie publique organisée par le Forum Europa Tribuna Catalunya s'est dit « pour la vie en tant que croyant », et qui a dénoncé la nouvelle loi d'avortement espagnole en ce qu'elle ouvre un droit à l'avortement. Mais il a ajouté que dans un état démocratique, si des avortements sont effectivement pratiqués, il fait bien les « réguler ». Autrement dit, les légaliser.

Sur l'excellent blog de Luis Fernando Perez Bustamante d'InfoCatolica on peut lire le salutaire coup de gueule de l'auteur qui supplie l'autorité ecclésiastique de sanctionner et de rectifier, notant que cette prise de position d'une des abbayes bénédictines les plus connues d'Espagne semble venir à point – dans le sens contestataire – pour préparer la très proche venue de Benoît XVI en Espagne et plus particulièrement à Barcelone.

« L'Eglise n'est pas un lieu où l'on peut prendre des positions opposées sur les thèmes graves. Le magistère a toujours été radical en ce qui concerne l'avortement. On ne peut d'aucune manière permettre l'existence d'un cadre légal qui le régule pour le permettre en une, plusieurs ou beaucoup de circonstances », note Perez Bustamante. « Nous ne pouvons pas dire au Pape et à la curie ce qu'ils ont à faire. Cela ne nous appartient pas. Mais nous leur demandons, si, de faire quelque chose, et de le faire vite, avant que le Saint Père ne vienne en Espagne, en Catalogne, à Barcelone. S'il n'en était pas ainsi  nous autres fidèles, qui combattons de toutes nos forces contre toute loi qui permette l'avortement, nous nous sentirions abandonnés, oubliés et dévalorisés. »


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04 septembre, 2010

Un “cas limite” au Mexique qui finit bien...

La petite Amalia, 10 ans, jeune fille Maya vivant dans l'Etat mexicain de Quintana Roo, a fait la une des journaux au mois de mars lorsque, alerté par sa mère, un médecin constata qu'elle était enceinte de 4 mois. Le coupable ? D'après la fillette, son « beau-père » Isaac Santiago Martinez, dit « le sorcier », qui vit avec sa mère depuis 7 ans. L'homme est actuellement en détention préventive.

L'affaire fut immédiatement exploitée par le lobby féministe mexicain qui réclamait à cor et à cris, pour la petite Amalia, un avortement dépénalisé. Revendication relayée complaisamment par la presse.

Mais voilà : la Constitution du Quintana Roo affirme depuis 2009 le respect de la vie conçue. Et même si des cas de dépénalisation ont été conservés, aucun de ceux-ci n'était applicable : il s'agit de l'avortement à la suite d'un accident (résultant par exemple d'une conduite imprudente de la mère, de l'avortement à la suite d'un viol, mais seulement pendant les 90 premiers jours de la grossesse, d'une grave malformation du fœtus ou du danger pour la vie de la mère.

Le seul cas techniquement envisageable dans l'affaire en question, où le délai fixé par la loi était dépassé, était le dernier : danger pour la vie de la mère, cette fillette qui allait sur ses onze ans et qui à ce titre avait suscité l'intérêt des partisans de l'avortement légal au Mexique. Mais justement, les médecins qui la traitaient rejetaient la « solution » de l'avortement comme trop risquée pour la santé de la fillette.

Tollé des féministes.

Tollé d'autant plus absurde que la fillette elle-même, tout comme sa mère Zeyda Morales, ne désirait pas du tout que son enfant soit avorté ! Au contraire, selon Carlos Polo, du Population Research Institute (voir cet entretien à Zenit en mai dernier), après avoir été embarqué dans le tourbillon des pro-« IVG »  – qui auraient tranquillement disparu, une fois l'avortement perpétré – la mère comme la fille furent extrêmement soulagées de se voir proposer des solutions pour que le tout-petit puisse vivre.

La grossesse d'Amalia allait être suivie au centre Maternel et Infantile de la ville de Chetumal où la fillette fêta ses 11 ans en avril et où elle reçut toutes les assistances nécessaires, notamment sur le plan psychologique.

Le 25 août dernier, la jeune fille a mis au monde une petite fille par césarienne : 2,5 kg, 51 cm et une nouvelle vie qui assurément ne mérite pas de souffrir pour le mal que son père a infligé à sa mère. Le bébé comme la fillette sont en « excellente santé », ont fait savoir les autorités de l'hôpital, et devaient quitter rapidement l'hôpital.

Cette affaire, vue dans le contexte de celle de la fillette de Recife de mars 2009 (amplement commentée par ailleurs dans ce ce blog), suscite plusieurs réflexions.

1. Convenablement surveillée par un personnel médical prêt à intervenir, une grossesse chez une fillette de cet âge n'est assurément pas souhaitable, mais ne représente pas d'elle-même un danger pour sa vie. C'est pourtant de ce danger qu'arguent les pro-avortement en réclamant à tout pris la mise à mort de « l'intrus »…

2. Dans ce genre d'affaires, ni la jeune fille abusée, ni ses proches ne sont forcément favorables à l'avortement.

3. Les activitistes pro-avortement sont toujours prêts à sauter sur ces faits divers et à faire relayer leur discours par la presse, même si la principale intéressée ne partage en rien leur point de vue. la grand-mère d'Amalia, interrogée par la presse mexicaine au mois d'avril, se plaignait de ce que des tas de gens aient voulu exiger un avortement sur sa petite-fille sans jamais demander ni prendre en compte l'avis de celle-ci ou de sa mère.

4. Ce qui conduit à s'interroger sur les grands silences du discours du lobby pro-avortement. Pourquoi, au nom de la prévention et de la précaution, ne s'élève-t-il pas d'abord contre la fréquence des abus sexuels sur mineurs, souvent au sein même de la famille, dans certaines zones où il va glaner ses « cas limite » pour faire changer les lois sur l'avortement ? Pourquoi ne lutte-t-il pas d'abord pour la moralité publique ? Pour la sauvegarde de l'idée et de la réalité du mariage et pour le respect de la femme (le respect de Zeyda, par exemple, battue par son mari dès l'instant où elle attendit Amalia, séparée de lui 3 ans après) ? Pourquoi omettre de prêcher un message de chasteté et de vérité dans cette région du Mexique où – selon la presse – 16 % des grossesses résultent de viols ?

Ces chiffres sont abominables, mais on les tolère mieux semble-t-il que les petites vies innocentes qui se cachent derrière eux, dont la mise à mort n'arrangerait rien. Dont la vie peut être respectée et, même, une fois qu'elle est là, présente, désirée malgré tout.

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27 août, 2010

Human Life International : le P. Euteneuer s'en va…

Le Père Thomas Euteneuer, président de Human Life International, vient de se voir appeler par son évêque à reprendre son ministère dans le diocèse de West Palm Beach en Floride, après près de dix années passées à la tête de l'organisation pro-vie fondée aux Etats-Unis par le P. Paul Marx.

Le P. Euteneuer s'est distingué par son franc-parler et son énergie et s'il quitte sa charge le cœur serein, voyant dans la décision de son évêque la volonté du Seigneur, il a déclaré que le monde a plus que jamais besoin du travail des pro-vie au vu de « l'activité des marchands de mort à l'échelle mondiale ».

Le P. Euteneuer avait été en pointe dans l'affaire de Recife : c'est HLI qui avait remis à Mgr Cardoso Sobrinho une distinction pour son attitude dans cette affaire où une fillette de onze ans avait été soumise contre la volonté de son père à un double avortement.

Il sera provisoirement remplacé par Mgr Ignacio Barreiro Carambula, directeur exécutif de HLI à Rome.

HLI est un organisme à la fois important et, à son échelle, original aux Etats-Unis : il se distingue en tant qu'association ouvertement catholique par son refus de la contraception.

Lors d'une visite du P. Paul Marx en France, je me souviens qu'il voyait là une absolue nécessité du vrai combat pro-vie, un point de vue qui n'est pas partagé par les associations non-confessionnelles.

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08 juillet, 2010

Affaire Suaudeau : une tribune dans “La Nef”

Après mes articles sur « l'affaire Suaudeau » (où le directeur de l'Académie pontificale pour la vie affirmait la possibilité de l'avortement thérapeutique dans les cas de danger pour la mère), qui a suscité plusieurs mises au point dans La Nef, Christophe Geffroy m'a aimablement ouvert ses colonnes pour revenir indirectement sur ces avortements de « cas limite ». C'est encore avec son autorisation que je reproduis ici ma tribune parue dans La Nef datée de juillet-août 2010.


Je reviendrai plus tard plus directement sur cette affaire qui à mon sens, n'est pas totalement éclaircie.


Tribune libre
Avortement : la vigilance


Les lois d’avortement s’adoptent à la marge. Le cas extrême, qui fait la une des journaux, sert alors de prétexte pour imposer une règle qui aura tôt fait de modifier l’approche de l’ensemble d’une matière, certains prélats l’ont quelque peu oublié. En France, on connaît la musique : de l’avortement pour détresse, on est arrivé au « droit à l’IVG » en partant de la jurisprudence de Bobigny.

Mais il est bien des États où l’avortement demeure ce qu’il est : un crime. Dans certains pays de culture catholique, perdure une forte conscience du mal commis ; l’excommunication qui frappe tout avortement volontaire y reste une peine lourde de sens.
Cela explique l’empressement des organisations supranationales et d’ONG favorables à l’avortement à prendre l’Église catholique pour cible. Il faut la faire passer pour inhumaine, insensible ! L’Église (disent-ils) est prête même à sacrifier la vie des femmes à son obsession de respect de la vie naissante.

Cible bien choisie : seule l’Église catholique tient à ce sujet un discours à la fois inébranlablement ferme et parfaitement cohérent : affirmant que la maternité n’est pas un fardeau mais une manière magnifique de coopérer à l’œuvre créatrice de Dieu, elle s’en tient à un principe sûr : « Tu ne tueras pas l’innocent. » Lâchez ce principe, la logique du respect de la vie se détricotera à plus ou moins vive allure. Ici affaire de mois, là de décennies.

Cette fermeté est-elle nécessaire ? Oui ! C’est la ligne claire par laquelle l’Église montre qu’on ne tue pas davantage un enfant à naître qu’un enfant déjà né, fût-ce pour assurer la santé, l’équilibre, ou même la vie de celle qui lui a donné la sienne. Une mère peut-elle seulement concevoir de faire assassiner son enfant déjà né pour qu’elle-même vive, sans qu’on la considère comme un monstre ?

Pourtant c’est là un de ces cas marginaux utilisés pour faire accepter l’avortement légal, par la petite porte. Le langage de l’Église demeure pour ce cas très net : pas d’acte homicide sur l’enfant, jamais. Si bien que dans le cas (relativement fréquents : une grossesse sur 60 en France) de grossesse extra-utérine, qui comporte un risque mortel pour la mère, l’Église enseigne qu’on peut ôter tout ou partie de la trompe « malade », quitte à entraîner indirectement la mort de l’embryon. Les directives éthiques de la conférence des évêques des États-Unis pour les centres de soins catholiques, révisées en 2001, excluent toujours l’élimination directe de l’embryon, sauf s’il est déjà mort.
Ainsi l’Église reste fidèle à ce qu’elle croit. Et cela n’est pas contredit lorsque, dans des cas très rares, on doit fait naître avant sa date de viabilité un enfant en cas d’urgence vitale immédiate pour la mère qui entraîne les deux vers une mort certaine : il n’y a alors pas d’intention de tuer, pas de mise à mort matérielle, mais extraction de l’enfant d’un milieu déjà devenu hostile.

Cela fait actuellement l’objet d’une campagne pro-vie en Irlande. Ses visuels mettent en scène des femmes qui ont perdu leur enfant dans de telles circonstances. Elles crient leur douleur d’être considérées comme ayant voulu la mort de l’enfant dont elles portent douloureusement le deuil. « Avortement thérapeutique » ? Jamais de la vie !

02 juin, 2010

L'avortement direct pour sauver la vie de la mère ? Questions et réponses (II)

Voici la suite et la fin du document du diocèse de Phoenix, Arizona, sur les avortements « thérapeutiques » en cas de danger de mort pour la mère. (Première partie : ici.) J'apprends par CNN que sœur Margaret McBride, sous le coup d'une excommunication automatique pour avoir donné son feu vert « éthique »  un avortement direct à 11 semaines pour sauver la vie de la mère (on ne sait si celle-ci était immédiatement menacée), aurait exprimé son repentir auprès de l'évêque ; elle a de fait intégré d'autres fonctions dans l'hôpital catholique où elle travaille et conserve son état religieux.


Questions et réponses
à propos de la situation à Saint-Joseph (suite et fin)

Cela veut-il dire que toutes les femmes qui ont avorté sont excommuniées ?
— Oui, toute femme ayant avorté est automatiquement excommuniée. Mais le sont aussi tous ceux qui ont encouragé à avorter, qui ont contribué à payer l'avortement, ou pratiqué l'avortement, y compris ceux qui ont directement contribué à sa réalisation.

Que signifie l'excommunication ?
— La personne excommuniée ne peut pas participer aux Sacrements, y compris la célébration de l'Eucharistie ou les autres actes du culte public. Elle ne peut détenir une fonction ministérielle dans l'Eglise ou exercer une quelconque autorité. Pour le dire en quelques mots : sa propre action l'a placée en dehors de l'Eglise.

— Quel est le but de l'excommunication ?
— Son but est de réparer un scandale, de restaurer la justice et d'obtenir l'amendement du pécheur. C'est un scandale pour l'Eglise entière qu'une religieuse puisse consentir à un avortement et encourager à sa commission. C'est un autre scandale qu'un hôpital catholique puisse procéder à un acte aussi répréhensible. Il s'agit en outre d'une grave injustice à l'égard de l'enfant qui a été tué, et à l'égard de la mère à qui il a été dit que cela était licite. Pour finir, une personne qui a été excommuniée sait clairement que par sa propre action mauvaise, elle s'est coupée de la communion avec l'Eglise. L'action d'excommunier constitue un appel à la repentance et à conversion.

— Comment une personne excommuniée peut-elle revenir à la pleine communion avec l'Eglise catholique ?
— Puisque c'est la loi (le droit canonique) qui a imposé la peine par la vertu du crime commis, il faut une procédure canonique pour lever la peine. Cela s'accomplit par la confession sacramentelle auprès d'un prêtre. Outre l'absolution du péché confessé, le prêtre doit aussi lever l'excommunication au cours du rite de la Pénitence. Historiquement, l'avortement est un « péché réservé » dont l'absolution et la résolution de la peine sont réservées à un évêque diocésain. Cependant, la plupart des évêques diocésains accordent aux prêtres de leurs diocèses la faculté de lever l'excommunication. Tous les prêtres du diocèse de Phoenix ont reçu cette faculté de lever l'excommunication en cas d'avortement.
    Une deuxième étape, cruciale, pour la résolution de l'excommunication existe parce que souvent, un grave scandale a été créé par les actes de la personne excommuniée. Dans ces situations il peut être nécessaire que celle-ci participe aux efforts pour réparer le scandale qu'elle a contribué à créer. Cela s'accomplirait alors après consultation avec l'évêque diocésain.

— Attend-on encore autre chose de la part d'une religieuse qui a participé à un avortement ?
— Oui. Le Droit canonique exige que le membre d'une communauté religieuse soit démis de la vie religieuse à moins que son supérieur ne décide que ce renvoi n'est pas absolument nécessaire et que l'amendement de la personne, le rétablissement  de la justice et la réparation du scandale puisse être suffisamment obtenus d'une autre manière.

— L'hôpital Saint-Joseph court-il le risque de perdre l'agrément de la part de Mgr Olmsted ,
— Mgr Olmsted tente de travailler avec l'hôpital Saint-Joseph et Catholic Healthcare West pour essayer d'accomplir ce que est requis de la part de n'importe quelle institution qui revendique d'être catholique. Il est hélas clair en ce cas que Saint-Joseph n'a pas été fidèle à l'enseignement moral catholique (tel qu'il est décrit dans les Directives éthiques et religieuses). En outre, Catholic Healthcare West n'a pas suivi les Directives éthiques et religieuses de l'Eglise dans l'une au moins de ses institutions, Chandler Regional Hospital. Ces faits constituent un scandale pour les fidèles et doivent cesser si CHW veut conserver sa reconnaissance en tant qu'institution catholique dans le diocèse de Phoenix.
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31 mai, 2010

L'avortement direct pour sauver la vie de la mère ? Questions et réponses (I)

Le bureau de la communication du diocèse de Phoenix, a publié le 18 mai une série de questions et de réponses à propos de la doctrine de l'Eglise catholique sur les avortements « thérapeutiques » pratiqués pour sauver la vie de la mère. Son évêque, Mgr Thomas Olsted, est sous le feu continu des médias – et notamment du New York Times ces derniers jours – pour avoir rappelé que l'excommunication automatique a frappé sœur Margaret McBride qui avait approuvé la mise à mort directe d'un fœtus de 11 semaines au motif que la poursuite de la grossesse aurait pu faire courir un risque mortel à sa mère qui était atteinte d'une hypertension pulmonaire. L'affaire s'est déroulée dans un établissement catholique de la ville, l'hôpital Saint-Joseph.


Aujourd'hui la presse canonise sœur Margaret – une sainte, une femme d'un dévouement extraordinaire auprès des pauvres, face à un évêque qui a passé quatorze ans de sa vie à Rome (noyé dans ses ors, ses fastes et ses pizzas sans doute !). Et dénonce en Mgr Olsted un catholique rigoriste, partisan de l'occultation des scandales pédophiles dans son diocèse, plus préoccupé de son équilibre financier que des victimes, porteur d'habits surannés, hermétique à toute forme de compassion. Et pourquoi pas « fasciste » ?


Alors que la polémique enfle il n'est pourtant pas inutile de revenir à l'enseignement de l'Eglise, et d'entendre les explications de l'évêque, car la question est brûlante. Les partisans de l'avortement légalisé attendent précisément une bénédiction de l'Eglise dans les cas limite pour s'engouffrer dans la brèche. Le cas de cette mère de trois enfants, enceinte à 27 ans de son quatrième bébé, a par le fait même vocation à faire les titres des journaux.


Y avait-il vraiment risque de mort immédiate ? Cette question-là demeure ouverte, même si elle a reçu un éclairage médical théorique (voir ici) qui laisse penser que cela pouvait ne pas être le cas.


Mais ce n'est pas en termes d'urgence que le diocèse de Phoenix a raisonné. Je vous propose ci-dessous une première partie du document mis en ligne par le diocèse de Phoenix. Comme pièce apportée au débat ouvert – sans doute involontairement – par Mgr Suaudeau dans La Nef du mois d'avril, et qui n'est pas encore clos.


Questions et réponses
à propos de la situation à Saint-Joseph

L'avortement est-il jamais permis, même pour sauver la vie de la mère ?
— Non, l'avortement n'est jamais permis, ni comme fin, ni comme moyen. L'avortement est toujours immoral car il constitue la mise à mort directe d'un enfant à naître.

— Que peut-on faire lorsque la vie d'une femme enceinte est menacée ?
— La condition médicale sous-jacente doit être soignée. Sa vie n'est pas menacée par l'enfant, mais par une pathologie ou une maladie actuelle. Cette maladie doit être traitée et gérée avec le respect dû également à la santé de l'enfant. Nous devons toujours nous rappeler dans une telle situation que nous nous occupons de deux patients.

— Si l'enfant ne peut survivre en dehors de l'utérus et que la mère risque de mourir, ne vaut-il pas mieux de sauver au moins une vie ?
— D'abord, nous devons nous rappeler qu'un médecin ne peut pas être sûr à 100 % que la mère mourrait si la grossesse se poursuivait.
Deuxièmement, la vie de la mère ne peut être préférée à celle de l'enfant. Leurs vies sont égales, les deux ont une âme immortelle et les deux sont créées par Dieu. Nul n'a le droit de tuer directement une vie innocente, quel que soit le stade de développement de son existence.
Il ne vaut pas mieux sauver une vie en assassinant l'autre. Il ne vaut pas mieux que la mère vive pour le restant de ses jours en ayant fait tuer son enfant.

— Et si les soins prodigués à la mère ont pour effet la mort de son enfant à naître ?
— Sans aucun doute, le médecin doit tenter de protéger les deux vies. Si l'enfant peut dépasser le délai de la viabilité et être accouché à ce moment-là, cela est toujours préférable. Si toutefois un soin nécessaire a pour effet d'entraîner indirectement la mort de l'enfant il peut être licite. La dilatation et curetage, ou la dilatation-extraction ne peuvent constituer un tel soin puisqu'il s'agit de la mise à mort directe de l'enfant à naître et constitue, moralement parlant, un avortement.

— Pourquoi sœur McBride a-t-elle été excommuniée ?
— Sœur McBride occupait une position d'autorité à l'hôpital et on la consultait fréquemment à propos de questions éthiques. Elle a consenti à dire que l'avortement était un acte moralement bon et licite selon l'enseignement de l'Eglise. En outre, elle a avoué cela directement à Mgr Olmsted. Puisqu'elle a donné son consentement et a encouragé la commission d'un avortement elle s'est automatiquement excommuniée de l'Eglise. « La coopération formelle à un avortement constitue une faute grave. L'Eglise sanctionne d'une peine canonique d'excommunication ce délit contre la vie humaine. » (Catéchisme de l'Eglise catholique n° 2272.) Cette peine canonique est imposée en vertu du canon 1398 : « Qui procure un avortement, si l'effet s'ensuit, encourt l'excommunication latæ sententiæ. »

26 mai, 2010

Argentine : le « droit » d'avorter dans la province de Chubut

On se souviendra que j'avais rendu compte entre autres ici d'autorisations pour avorter accordées à des jeunes filles violées et enceintes par les tribunaux de la province argentine de Chubut. Un peu plus tard, dans la province de Rio Negro, un juge d'instruction de San Carlos de Bariloche signifiait à une une jeune fille dans la même situation qu'elle pouvait subir l'intervention sans jugement (l'avortement a été réalisé mais la décision du juge d'instruction a depuis été annulée). Dans chaque cas, des groupes féministes partisans de l'avortement ont fait pression et apporté leur « soutien » aux jeunes filles et à leur famille, arguant toujours des circonstances dramatiques de ces grossesses.

Eh bien, cette mobilisation paye.

Dans la province de Chubut, où les cas des jeunes filles violées et enceintes avaient été fortement médiatisés, la Législature de la province vient d'adopter une loi qui affirme le droit sans autorisation judiciaire préalable de tout avortement pratiqué sur une femme violée ou dont la santé serait mise en danger par une grossesse. Pire : pour les médecins, l'atermoiement ou la réticence à pratiquer l'avortement seront passibles de sanctions administratives et de poursuites civiles et pénales. Il suffira du consentement de la femme adulte demandant l'avortement ou d'un représentant légal, pour les mineures.

Cette loi qui a été votée à l'unanimité et semble bénéficier du soutien du gouverneur de la province de Chubut, Mario Das Neves, qui doit la promulguer.

Pour le lobby de l'avortement, c'est une loi doublement importante : d'une part elle évite les interprétations restrictives des cas d'avortement non punissable dans les conditions définies par la loi, tant par les professionnels de la santé que par les représentants du pouvoir judiciaire – au point que l'autorisation d'avorter était de plus en plus rarement accordée –, d'autre part elle pose le principe d'un quasi droit à l'avortement dans lesdites conditions. Notamment s'il y a allégation de viol : quel contrôle, quelle instruction permettront de vérifier sa réalité ? De fait, la loi prévoit une simple déclaration sous serment, et l'on ne pourra même pas exiger de la femme une déposition de plainte pénale. Quant aux risques de la santé, elles seront évaluées par un médecin qui devra obligatoirement consulter un praticien reconnu de la psychologie.

Si les provinces de Buenos Aires, Neuquén et Santa Fe procèdent de fait sans passer par l'autorisation judiciaire, aux termes de guides d'action imposées au corps médical, la loi de Chubut est la première en son genre en Argentine, puisqu'une tentative similaire dans la province de La Pampa s'était heurtée au veto du gouverneur Mario Jorge. Veto qui, après recours du parti socialiste argentin, se trouve en voie d'examen par la Cour suprême argentine.

Il est intéressant de noter que le législateur s'est clairement appuyé sur les deux récents cas d'autorisation judiciaire d'interprétation large qui ont conduit à l'avortement de bébés de plus de trois mois de gestation à Comodoro Rivadavia dont j'avais longuement rendu compte sur ce blog. Ce sont même ces affaires qui ont permis au député Mariana Ripa, initiatrice du projet de loi il y a deux ans déjà, de le faire inscrire à l'ordre du jour.

Aux termes de cette loi, l'avortement sollicité dans les circonstances d'exception prévues par le code pénal argentin, devra être pratiqué dans les cinq jours de la demande. L'objection de conscience est permise de manière individuelle mais non collective puisqu'aucun service public ne pourra refuser de procéder à l'intervention comme cela a été concrètement le cas ces derniers mois dans les affaires qui ont servi de moteur à l'évolution législative. L'objection de conscience devra en outre être signifiée par le professionnel de santé dès l'entrée en vigueur de la loi ou dès son entrée dans un nouvel établissement.

On retiendra aussi la formulation de l'article 10 :

« La décision de la femme ne doit pas être soumise à des jugements fondés sur des considérations personnelles, religieuses ou axiologiques de la part des professionnels de santé, sa volonté libre et autonome devant prévaloir. »
Toute exigence supplémentaire par rapport à celles posées par la loi serait considérée comme « attentatoire aux droits de la femme et de nature à augmenter les risques pour sa santé ». C'est en ce sens que les « manœuvres dilatoires, la fourniture d'informations fausses et la réticence pour mener à son terme la réalisation de l'avortement » autorisé, « de la part des professionnels de la santé et des autorités hospitalières, constitueront des actes relevant de la responsabilité administrative, civile et (ou) pénale correspondante ».

Dans le cas de femmes majeures et dotées de la capacité juridique, il sera en outre interdit au personnel hospitalier de consulter l'époux, le concubin, le père, la mère ou n'importe quelle autre personne à propos de l'avortement projeté, « même si l'on prétend ainsi porter une meilleure attention » à la femme, puisqu'il s'agirait d'une violation du devoir de confidentialité.

La formulation de la loi laisse prévoir une possibilité d'interprétation extrêmement large, notamment par le biais de la définition de la mise en danger de la santé psychologique de la mère, comme cela a été le cas dans bien des pays « développés » où l'avortement légal, puis le droit à l'avortement se sont imposés ainsi.

Et la tactique est extrêmement bien rodée, invariable : on part d'un « cas limite » le plus sordide, révoltant ou « compassionnel » possible, pour aller ensuite à marches forcées vers la mise en place d'une loi qui dépasse très largement ce cadre.

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16 avril, 2010

Nouvelle affaire de Recife : l'évêque s'explique et rejette l'avortement

Don Fernando Saburido, archévêque d'Olinda et Recife au Brésil, a fait publier sur le site de son diocèse une « clarification » à propos des déclarations ambiguës qu'il avait faites sur l'avortement procuré à une fillette de dix ans enceinte de 16 semaines à la suite de viols de son père. Voir ici et ici. Le prélat avait évoqué l'excommunication automatique, sur sollicitation d'un journaliste, mais au Diario de Pernambuco il avait également dit ceci :

« La décision appartient aux parents, qui ont toute liberté pour agir de la manière qu'ils jugent la plus opportune. S'il existe un consensus médical pour dire que la vie de la mère court un risque, l'avortement fait partie des choses à envisager. Pour autant l'Eglise est opposée à la procédure. Je n'irais pas prendre les devants parce qu'il s'agit d'une décision de la famille de la fillette. Et je suis pour la préservation de la vie. »


Ces déclarations ont soulevé les protestations de blogs pro-vie brésilien et de Human Life International, ainsi que de LifeSite.

Tout en rappelant la doctrine de l'Eglise, en effet, Mgr Saburido a paru vouloir respecter l'absolue liberté de conscience des responsables de la fillette et c'est cela, et cela seulement, qui a été mis en exergue par la presse brésilienne. S'est-il vraiment fait abuser par la journaliste du Diario de Pernambuco, qui en multipliant la questions l'a conduit à tenir des propos apparemment trop lénifiants, ou s'est il fait remontrer les bretelles archiépiscopales devant l'immédiate exploitation pro-avortement de ceux de ses propos qui ne condamnaient pas clairement le crime sur un tout-petit ? Il n'a pas démenti les propos rapportés mais a dénoncé la manière dont ils ont été obtenus.

Dans sa « Note de clarification » sur le site du diocèse, Mgr Saburido formalise sa position.
Devant le malentendu qui a entouré une interview que j'ai donnée au Diario de Pernambuco, publiée le 10 avril dernier, à propos de l'AVORTEMENT, je voudrais apporter les éclaircissements suivants :
1. Je suis en communion, dans tous les sens du terme, avec l'orientation de notre sainte Eglise qui défend la vie et qui n'admet en aucune hypothèse qu'elle soit éliminée parce qu'elle est un don de Dieu et qu'il appartient à Lui seul de la retirer.
2. Dans notre pays l'avortement n'est pas pénalisé dans certains cas spécifiques. Avec l'Eglise j'entends que cette norme est contraire aux principes de base de l'éthique chrétienne et qu'on ne peut l'accepter, s'agissant d'une loi qui tue.
3. Dans le cas précis de la fillette de 10 ans, enceinte de quatre mois, victime de viols de la part de son beau-père et soumise à l'avortement, je suis en désaccord avec la solution qui a été retenue. Je l'ai considérée antichrétienne parce qu'elle a détruit une vie qui pouvait parfaitement être sauvée. Il n'aurait pas manqué une famille qui aurait été disposée à adopter le bébé, en lui offrant affection et dignité.
4. En ce même jour du 10 avril, j'ai donné des interviews à la presse du Pernambuco, et l'on peut facilement comparer et vérifier, dans la quasi totalité des cas, ma position contraire à l'avortement dans n'importe quelle situation.
5. Dans le cas précis du Diario de Pernambuco, je considère que l'interview a été faite de manière tendancieuse, avec des questions répétitives, et je reconnais que j'ai pu manquer de clarté, laissant la place à des doutes que je veux lever par le biais de cette note.
6. Je suis sûr que tous ceux qui me connaissent et savent mon histoire, n'auront jamais de doutes quant à mon amour pour l'Eglise et ma fidélité à son magistère.
Recife, 15 avril 2010.
Quel que soit le contexte de cette rectification, elle est des plus claires et des plus bienvenues.

Mais il est a noter que si elle est intégralement reprise sur des blogs et par une agence catholique comme ACIPrensa, la presse brésilienne ne semble pas s'être précipitée pour répercuter la mise au point à l'heure qu'il est.

14 avril, 2010

Retour sur la « nouvelle affaire de Recife »

Dans mon post sur le nouveau cas d'avortement sur une fillette violée par son beau-père j'ai mis en exergue le fait que Mgr Saburido, interrogé sur ce point par JC Online, avait comme Mgr Cardoso Sobrinho souligné le fait que le catholique qui participe à un avortement s'excommunie lui-même puisque cette peine est automatique.

Pour mieux faire comprendre la manipulation en cours, je précise que je n'ai trouvé ces propos rapportés que par un journal qui les a d'ailleurs sollicités. L'ensemble de la presse brésilienne locale et nationale dont j'ai pu lire la relation des faits n'évoque pas cette réaction mais met l'accent sur ces mots de l'évêque d'Olinda et Recife :

« La décision appartient aux parents, qui ont toute liberté pour agir de la manière qu'ils jugent la plus opportune. S'il existe un consensus médical pour dire que la vie de la mère court un risque, l'avortement fait partie des choses à envisager. »
Cette formulation, fausse du point de vue de la morale catholique du respect de la vie qu'il est chargé d'enseigner, envisage la possibilité ou du moins la compréhension à l'égard des avortements dans les cas limite. Cela explique que la presse brésilienne a titré dans son ensemble sur le « refus de condamner » de ce bon Mgr Saburido, voire, dans un cas au moins, sur le fait qu'il aurait « autorisé » l'avortement dans ce cas précis. C'est la brèche, le coin dans l'édifice dont avaient besoin les promoteurs de l'avortement légalisé, et s'il est possible que ses propos plus qu'ambigus aient été détournés ou mal présentés, leur matérialité peut se vérifier dans des enregistrements accessibles sur internet.


Il rejoint – curieuse coïncidence – les récentes déclarations de Mgr Suaudeau dans La Nef  annonçant ceci :
« On ne peut considérer un avortement provoqué comme licite moralement que s’il n’y a pas d’autre solution pour sauver la vie de la mère. »
Nous sommes en présence d'un désordre majeur puisqu'il ouvre la porte à beaucoup de dérives.


© leblogdejeannesmits.



Une nouvelle affaire de Recife...

Elle fait moins de bruit dans la presse mondiale mais elle n'est pas tellement différente de celle qui a déclenché un hallali contre l'archévêque d'Olinda et Recife, Mgr José Cardoso Sobrinho. Il faut croire que les objectifs poursuivis par les exploiteurs médiatiques de l'affaire de 2009 sont atteints et qu'il 'est plus nécessaire de mettre en branle la machine internationale.

Les faits : une petite fille de 10 ans, se plaignant de douleurs abdominales, est emmenée par sa mère chez le médecin. Nous sommes le 5 avril. Il prescrit une échographie qui constate une grossesse de 16 semaines. La fillette trouve alors le courage de dénoncer son beau-père et précise qu'il abusait d'elle depuis deux ans...  Il vient d'ailleurs de la violer à nouveau très peu de temps avant cet examen. L'homme de 44 ans a été arrêté et inculpé et encourt de 8 à 15 ans de prison.

Avec l'accord de la mère de la petite, l'avortement a été pratiqué dès vendredi dernier au Centre de santé Amaury de Medeiros, là-même où la fillette de neuf ans enceinte de jumeaux avait été conduite l'an dernier à l'insu de son père légitime pour y subir un avortement contre le gré de celui-ci. On voit que les médecins du CISAM, dont on (Mgr Fisichella) affirmait qu'il fallait respecter les décisions prises en conscience dans les cas difficiles, n'hésitent pas à pratiquer les avortements qui leur sont demandés. Cette fois-ci, on n'a même pas pris la peine de monter une campagne médiatique autour du « danger pour la vie de la fillette ».

On apprend même que l'avortement – à seize semaines ! – a été pratiqué de manière chimique, par l'administration d'une drogue abortive, le misoprostol, par voie endovaginale, le fameux cytotec qui déclenche artificiellement le travail mais, semble-t-il, ne provoque pas la mort du fœtus (voir ici par exemple, avec une mise en garde contre l'utilisation sauvage dans le cadre d'avortements clandestins). En France cette molécule est utilisée associée au mifespristone mais son usage est formellement déconseillé au-delà de 49 jours de grossesse. La méthode est présentée comme dangereuse au-delà, et très douloureuse. Les avortement par cytotec seul ont donné lieu à des accidents graves (décès d'une jeune mère au Portugal, par exemple). L'idéal pour une fillette de dix ans, évidemment ! L'expulsion du fœtus a eu lieu le samedi, a précisé l'équipe médicale (8 personnes dont certaines avaient participé à l'avortement de l'an dernier, selon Fatima Maia du CISAM) et la fillette a subi un curetage, avant d'obtenir son droit de sortie, dimanche.

La presse brésilienne explique que dans cette affaire de 2010, où tout est allé très vite entre le constat de la grossesse et l'avortement, le nouvel évêque de Recife, Mgr Fernando Saburido, a su éviter le ton « polémique » de son prédécesseur, Mgr Cardoso Sobrinho, qui avait « excommunié » les médecins avorteurs du CISAM et la mère de la fillette d'Alagoinha. (Nous savons qu'il n'en est rien, il les avait mis en garde contre l'excommunication automatique).

Mgr Saburido, donc, s'est lui aussi exprimé. Je ne saurais vous dire s'il a fait entourer la fillette et sa famille de la même sollicitude dont avait fait preuve Mgr Cardoso l'an dernier, mais voici ce qu'il a déclaré à JC Online qui l'a contacté par téléphone :

L'Eglise catholique, comme chacun sait, défend la vie dans tous les cas. Je suis triste de voir ce qui est en train de se produire. Je pense qu'aussi bien la famille que les médecins devraient tenter de sauver les deux vies.
Selon le même journal, il a su éviter les « dégâts » encourus par son prédécesseur en affirmant simplement que les catholiques sont eux-mêmes responsables de leur propre excommunication, dès lors qu'ils adoptent des attitudes contraires à la pensée chrétienne :
Personne n'excommunie personne. Il s'agit de ce que nous appelons une excommunication latae sententiae, c'est-à-dire, celle qui se produit lorsque le catholique commet l'acte condamné par la religion. Celui qui craint Dieu n'adopterait pas cette attitude.
Franchement, où est la différence avec ce qu'avait dit Dom Cardoso avant que l'avortement ne soit consommé, que l'absence de danger imminent pour la vie de la fillette était établi et que son propre père s'opposait formellement à l'intervention ?

Pour la presse, elle est immense, car l'évêque ne s'est pas mobilisé pour la vie de la fillette et celle de son enfant, il n'a en rien gêné la bonne marche des affaires des assistantes sociales et des médecins avorteurs qui exécutent sans que leur soient opposés des obstacles l'avortement qui est dépénalisé au Brésil en cas de grossesse consécutive à un viol. C'est ainsi que l'avortement légal s'installe avant de s'étendre.

Le Diario de Pernambuco a lui aussi interrogé Mgr Saburido, qui tout en se déclarant « triste » et rappelant que l'Eglise est « contre » l'avortement, a répondu :

« La décision appartient aux parents, qui ont toute liberté pour agir de la manière qu'ils jugent la plus opportune. S'il existe un consensus médical pour dire que la vie de la mère court un risque, l'avortement fait partie des choses à envisager. Pour autant l'Eglise est opposée à la procédure. Je n'irais pas prendre les devants parce qu'il s'agit d'une décision de la famille de la fillette. Et je suis pour la préservation de la vie. »

Et pour ces paroles il lui sera médiatiquement beaucoup pardonné.

L'affaire laisse tout de même comprendre combien les paroles épiscopales peuvent être lourdes de conséquences : les titres de la presse brésilienne assurent que Mgr Saburido a éviter d'opposer son veto à l'avortement, et tout le monde l'en félicite.

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12 avril, 2010

Dans “La Nef”, Mgr Jacques Suaudeau définit étrangement la doctrine catholique sur l'avortement...

J'essaie d'apporter à cette réflexion toute la nuance requise. Merci de ne pas la citer de manière à faire disparaître l'existence de ces nuances qui me semblent indispensables pour qu'une discussion puisse avoir lieu de façon respectueuse. J'espère ne pas avoir moi-même failli à ce devoir d'honnêteté.


La première partie d'une longue interview de Mgr Jacques Suaudeau recueillie par Christophe Geffroy dans le numéro d'avril de Le Nef  comporte une présentation étrange de la position de « l'Eglise » à propos des avortements pratiqués pour sauver la vie de la mère.

Une phrase de Mgr Suaudeau, directeur scientifique de l'Académie pontificale pour la vie (APV) est mise en exergue dans la version imprimée de l'article – c'est celle-ci :

« On ne peut considérer un avortement provoqué comme licite moralement que s’il n’y a pas d’autre solution pour sauver la vie de la mère. »

On me dira que je la sors de son contexte. Je répondrai qu'elle l'a été visuellement pour la mise en page de l'article... et qu'elle est matériellement contraire à l'enseignement de l'Eglise sur ce point selon lequel n'est jamais licite une intervention qui provoque directement la mort du fœtus.

Telle qu'elle est formulée, désignant explicitement la licéité de « l'avortement provoqué » sous certaines conditions, cette phrase marque une rupture avec l'enseignement de l'Eglise qui de manière traditionnelle, ne considère comme licite en cas de danger grave pour la santé de la mère que les interventions en soi non abortives qui pourraient avoir comme conséquence indirecte et non voulue la mort de l'enfant à naître.

Il faut cependant préciser que cette assertion de Mgr Suaudeau est assortie de précisions qui la rendent moins brutale, non sans poser à leur tour des questions que l'on pouvait croire résolues. Voici donc le passage en entier :

Dans les avortements provoqués, il est d’usage de distinguer les avortements réalisés pour une raison médicale sérieuse, mettant en jeu la vie ou la santé de la mère, et les avortements de confort, pour raisons économiques, sociales ou psychologiques. Ces derniers représentent la majorité des avortements perpétrés dans le monde, les raisons médicales d’interrompre une grossesse, même largement interprétées, étant rares de nos jours. Il y a cinq mille « interruptions médicales de grossesse » (IMG) par an en France pour 200 000 « interruptions volontaires de grossesse » (IVG) et 700 000 naissances. On a parlé pour désigner ces interruptions volontaires de grossesse pour raison médicale sérieuse d’« avortement thérapeutique », une expression fort peu adéquate, car l’avortement provoqué n’est jamais thérapeutique : il ne guérit rien. Ce qu’il fait, c’est de mettre fin à une grossesse qui pouvait porter une menace sur la vie de la mère ou sa santé, passé le délai légal permettant une IVG (12 semaines en France). 

Les indications les plus fréquentes d’interruption médicale de grossesse sont les malformations fœtales et les anomalies chromosomiques. Aucune de ces anomalies, notons-le, ne met en danger la vie de la mère ni n’affecte sa santé. Il s’agit simplement de ne pas permettre la naissance d’un enfant gravement handicapé, dont la vie, du reste, serait brève pour les malformations majeures. Les anciennes indications qui étaient réellement en rapport avec la santé de la mère – néphropathies, cardiopathies, diabète grave, par exemple – ont pratiquement disparu, car on sait bien les équilibrer aujourd’hui. Demeurent les très rares indications de chorioamniotite (infection du placenta et des membranes pouvant résister au traitement antibiotique) et de crise d’éclampsie grave, dans lesquelles la vie de l’enfant serait de toute façon compromise, et où il s’agirait effectivement de sauvegarder la vie de la mère.
Sur toutes ces questions, l’Église s’est amplement prononcée : on ne peut considérer un avortement provoqué comme licite moralement que s’il n’y a pas d’autre solution pour sauver la vie de la mère, et ceci ne concerne que les deux cas très rares qui viennent d’être cités. Dans tous les autres cas de pathologie maternelle, l’avortement serait un facteur aggravant qu’il vaudrait mieux éviter médicalement, et les avortements pour anomalie fœtale sont moralement inacceptables : l’enfant à naître garde sa valeur d’individu humain, même anencéphalique.
Reprenons : Mgr Suaudeau retient comme « indications » possibles d'« interruption médicale de grossesse » deux maladies (chorioamniotite et éclampsie grave) ou « la vie de l'enfant serait de toute façon compromise » (ce qui en français ne veut pas dire « condamnée »), cas où donc l'avortement direct serait permis. Sous-entendu : de toute façon les enfants à naître seraient voués à la mort. L'Eglise s'est elle « amplement prononcée sur ces questions » ? Mgr Suaudeau ne donne pas de références mais si l'on reprend la « clarification » récente de la Congrégation pour la doctrine de la Foi ce n'est pas ce qu'on y lit :

Quant à la problématique de traitements médicaux déterminés afin de préserver la santé de la mère, il faut bien faire la distinction entre deux tenants et aboutissants différents : d'une part une intervention qui provoque directement la mort du fœtus, appelée parfois de manière inappropriée avortement « thérapeutique », qui ne peut jamais être licite puisqu'il s'agit du meurtre direct d'un être humain innocent ; d'autre part, une intervention en soi non abortive qui peut avoir, comme conséquence collatérale la mort de l'enfant.
La Clarification cite alors longuement le texte de Pie XII sur le volontaire indirect.

Ces indications de risque grave pour la mère, explique pourtant Mgr Suaudeau, étaient plus nombreuses autrefois : néphropathies, cardiopathies, diabète grave. Au vu du contexte, on serait tenté d'en tirer la conclusion qu'autrefois, les indications d'avortement direct licite étaient plus fréquentes que maintenant : j'espère me tromper dans mon analyse et j'espère qu'il clarifiera ce propos.

Mais ce qui est certain, c'est que ce propos ne tient compte que des excellents soins médicaux qui entourent la grossesse et l'accouchement dans les pays riches. Si chez nous la mortalité maternelle a pour ainsi dire disparu il n'en va pas de même dans les pays où les soins de base sont inaccessibles à un très grand nombre de femmes enceintes et où « l'indication » d'« interruption médicale de grossesse » (selon la terminologie que Mgr Suaudeau semble accepter) peut être perçue comme plus fréquente.

Ce en quoi, très probablement malgré lui, il rejoint les revendications des partisans de l'avortement « sûr » partout dans le monde qui en exigent la possibilité pour les cas où la vie de la mère serait en danger.

Il n'est pas inutile à cet égard de rappeler la réaffirmation solennelle faite par Jean-Paul II dans Evangelium Vitae « par son autorité de Pasteur Suprême de l'Eglise » :

Avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Evêques - qui ont condamné l'avortement à différentes reprises et qui, en réponse à la consultation précédemment mentionnée, même dispersés dans le monde, ont exprimé unanimement leur accord avec cette doctrine -, je déclare que l'avortement direct, c'est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d'un être humain innocent. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite; elle est transmise par la Tradition de l'Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel.
Mgr Suaudeau réagit ensuite à la « polémique » qui s'est développée autour de l'affaire de Recife, dans laquelle le président de l'APV, Mgr Fisichella, avait dénoncé l'action de Mgr Cardoso Sobrinho et affirmé son respect de la conscience des médecins qui avaient pratiqué un double avortement sur une fillette enceinte de jumeaux. J'y reviendrai dans un prochain message.

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22 mars, 2010

Instrumentalisation du double avortement de Recife : au Brésil, l'affaire est relancée

C'était l'événement que les mouvements féministes pro-avortement attendaient : c'est à peu près ce qu'ont dit les représentantes de plusieurs d'entre eux le 5 mars dernier en lançant, à l'Hôpital universitaire de Pernambouc (Brésil), la première projection publique d'une vidéo de 29 minutes sur l'affaire de la fillette violée de Recife, soumise à un double avortement en mars 2009 malgré l'opposition de son père légitime.

Liz Silveira, de l'ONG internationale Ipas, a expliqué que le documentaire est le matériel qui manquait pour outiller les professeurs d'écoles d'infirmiers et de médecine dans leurs discussions avec leurs élèves. L'idée étant de lutter contre la résistance qui persiste, malgré la croissance des chiffres, à l'avortement légal au Brésil, puisque celui-ci est actuellement permis en cas de viol ou de risque grave pour la santé de la mère. Alors que 3.241 interventions de ce type ont été enregistrées en 2008 au Brésil, les ONG féministes déplorent que 50 % des médecins des services d'obstétrique de référence refusent de pratiquer l'avortement même dans ce cadre légal, et se contentent de rediriger les femmes vers un collègue ou vers un autre établissement.

Tout en menant leur combat pour faire légaliser l'avortement de manière générale – comme le fait par exemple Ipas dans le monde entier – les ONG cherchent d'ores et déjà, plus ou moins ouvertement, à faire tomber les barrières de l'objection de conscience qui entravent leur projet.

Et pour cela, rien de tel que de faire vibrer la corde sensible. Le documentaire insiste beaucoup sur le jeune âge de la fillette, et l'horreur qu'elle a vécue.

Le compte-rendu de cette première projection dans un journal médical affirme sans complexes que seule l'intervention de « mouvements de femmes » a permis à la mère de la fillette, dans un premier temps, de faire sa demande d'avortement dans le centre médical IMIP de Recife, où elle fut contrée « par » Mgr Cardoso Sobrinho, l'archévêque du lieu et – c'est plus important – par le père légitime de la fillette. « La procédure ne put finalement se faire que lorsque les féministes ont persuadé la mère de la transférer au Centre de santé Amaury de Medeiros. Le rôle déterminant de ces activistes est ainsi souligné par elles-mêmes, et elles osent même maintenir qu'à ce jour, la fillette pense avoir été traitée pour une histoire de ver solitaire…

Mgr Cardoso Sobrinho, que j'avais interrogé à ce sujet, m'a assuré que la jeune fille savait être enceinte et qu'elle avait même dit vouloir donner l'une des jumelles (on sut plus tard que c'étaient des filles) à quelqu'un de sa famille, et garder l'autre « pour jouer avec elle ».

Le documentaire a donc un objectif clair : pour Liz Silveira, de Ipas, cité par la revue en lien ci-dessus, il s'agit que « la société voie et reconnaisse que les femmes, adolescentes et jeunes filles sont sujets de droits, autonomes face aux décisions concernant leur sexualité et la reproduction, de manière consciente et informée ».

Autrement dit, outre les verrous de l'objection de conscience et de la légalisation de l'avortement, il y en a un autre à faire sauter : celui de l'autorité paternelle, et de façon générale, celui du droit du père devant la décision d'avorter.

Si bien que les différentes ONG, et notamment Ipas vont promouvoir la projection de la vidéo dans différentes universités du Brésil et la faire présenter dans des salles de cours, des séminaires (professionnels, on suppose !) et des congrès sur les droits humains, sexuels et reproductifs. Si d'aucuns ont pu dénoncer la publicité donnée à l'affaire par l'intervention de l'Eglise pour éviter la mort à deux enfants conçus, elle est ridicule par rapport à la manipulation, l'utilisation, l'exploitation qui en est faite par les féministes pro-avortement…

C'est ici que l'on mesure à quoi peut mener le soutien à l'avortement dans les « cas limite », fût-il ambigu.

On apprend au passage que le « beau-père » – en fait un jeune cousin, amant de la mère de la fillette d'Alagoinha – s'est repenti de ses actes en prison et que la procédure le concernant vient tout juste de se déclencher vraiment, puisque pendant une longue période aucun avocat n'a accepté de le défendre. La mère n'a finalement pas été traduite devant la justice en l'absence de preuves de sa conscience des méfaits. Elle vit avec ses deux filles dans une autre ville sous la protection de la secrétairerie du droit des femmes.

On peut voir ici la relation de la projection par une télévision brésilienne où l'on voit que l'on n'a pas hésité à intégrer dans la vidéo des images de la fillette (de dos) et de son agresseur (qui a moins de la moitié de l'âge de sa mère).

Enfin, mais c'est anecdotique, un an jour pour jour après le début des démarches pour faire avorter la fillette, la terre a tremblé à Alagoinha, endommageant une dizaine de maisons. La plus forte des 15 répliques qui ont affolé la population locale les jours suivants a atteint une magnitude de 3,2 sur l'échelle de Richter. D'aucuns font le lien. Le fait est que les secousses ont propulsé de nouveau la ville d'Alagoinha au centre des infos, un an après...

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