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21 janvier, 2020

Mon intervention à l'“Acies Ordinata” de Münich, version française

Voici la traduction que j'ai faite de mon intervention lors de la conférence de presse qui a suivi notre heure de prière publique à proximité de la résidence du cardinal Marx, président de la conférence épiscopale allemande et proche conseiller du pape François, le samedi 18 janvier. L'un des principaux organisateurs d'« Acies Ordinata » (aciesordinata.org, de la Fondazione Lepanto),  le Pr Roberto de Mattei, qui lui-même a invité à cette occasion les catholiques allemands fidèles à ne pas payer la taxe ecclésiastique, m'avait priée d'aborder la question du ministère ordonné pour les femmes qui fait partie des revendications de la « voie synodale » des Allemands : la Synodaler Weg.


Dans une lettre cosignée par le cardinal Reinhard Marx et le professeur Thomas Sternberg, président du Comité central des catholiques allemands, envoyée en décembre dernier aux fidèles de ce pays, cette invitation a été lancée : parcourir « ensemble un chemin de changement et de renouveau ». Tout a commencé avec la volonté de « faire de l'Église un lieu sûr », à la suite du scandale des abus sexuels. Sur ce « chemin de changement », qui a été mis en place par l'équipe qui orchestre le "Synodalerweg" en vue d'aller dans une seule direction , la question de la place des femmes dans l'Eglise et dans les ministères ecclésiaux est l'un des quatre thèmes principaux.

Quel est son rapport avec les abus sexuels dans l'Église ? Quasi inexistant, sauf à considérer que le fait de mettre des femmes dans le chœur empêchera une minorité de pervers d'être attirés par les garçons et les jeunes.

En lisant les conclusions de la conférence conjointe du groupe de travail sur le cheminement synodal, j'ai été frappée par leurs attaques ouvertes contre la doctrine de l'Église sur la place des femmes. Il s'agit expressément d'adapter l'enseignement traditionnel, dans le monde entier, à ce qu'ils appellent la « théologie scientifique » et à l'idée générale et floue selon laquelle les choses ont changé et qu'il faut laisser les femmes accéder à toutes les places. Y compris au diaconat et peut-être même au sacerdoce.

A une époque où l'idéologie de genre est très répandue, il peut leur sembler judicieux de proclamer une forme d'interchangeabilité entre hommes et femmes qui conduirait finalement à ordonner des femmes ou des hommes prêtres sans tenir compte de leur sexe biologique : ce serait le comble de la confusion de genre.

Ils veulent une « Église qui respecte l'équité de genre », qui serait à leurs yeux la seule « vraie » Église. Dans cette Église à laquelle ils aspirent, les femmes continueraient de faire ce qu'elles font déjà, souvent magnifiquement : enseigner le catéchisme, transmettre la foi et l'amour de Dieu… Mais ils veulent aussi une Église où les femmes feront de plus en plus ce qu'elles n'ont commencé à faire que récemment : jouer un rôle actif dans la liturgie, distribuer la communion, voire prêcher comme l'a suggéré récemment le cardinal Marx et, en général, gérer des paroisses, des diocèses et pourquoi pas des dicastères entiers.

Si on peut avoir des généraux femmes, pourquoi pas des femmes évêques ? Le seul problème avec ce soi-disant argument est qu'on ne peut même pas argumenter contre les femmes « générales » sans être déclaré coupable de sexisme et de discrimination. Il semble que la voie synodale allemande veuille faire tomber l'Église dans un piège.

Il serait politiquement incorrect aujourd'hui de se moquer de la femme du vicaire si envahissante dans les communautés protestantes, mais au fond, les réformateurs synodaux semblent vouloir multiplier au sein de l'Église catholique le nombre de toutes ces redoutables dames d'Église qui découragent peut-être les hommes d'être des pratiquants réguliers... Ils parlent même de quotas de femmes dans les postes de direction, comme si l'Église n'était pas modelée sur la famille, mais sur le monde des affaires.

La vraie égalité, mais aussi les profondes différences et la complémentarité entre hommes et femmes ont été exprimées au cours des siècles par la profonde sagesse de l'Église. Elle attend des hommes qu'ils servent Dieu en tant qu'hommes, et des femmes qu'elles le fassent en tant que femmes. Et en cela elle se trompe, disent les réformateurs – non, les révolutionnaires – qui veulent réexaminer et réévaluer même l'Évangile, et vérifier si le refus traditionnel d'ordonner les femmes est « contraignant » ou non.

En tant que femme, journaliste – j'ai été auparavant directrice et rédactrice en chef de plusieurs publications – et catholique, je ne peux que dire combien je trouve pathétique cette approche égalitaire. Elle est pathétique et elle est même dangereuse pour ma foi et pour l'Église que j'aime, parce qu'elle est prête à bouleverser toute l'économie de la Rédemption, la vérité et la beauté des rôles respectifs de notre Seigneur Jésus, Fils de Dieu, et de la plus parfaite de toutes les créatures humaines, sa Vierge Mère.

Celle-ci n'a pas fait pression pour obtenir un rôle de premier plan, elle a tourné tous nos yeux vers Lui, son Fils, et pour cela elle savait que toutes les générations l'appelleraient bienheureuse. Elle était au pied de la Croix, non pour immoler mais pour offrir. Elle a souffert avec son Fils divin pour racheter l'humanité, mais elle n'a pas offert son propre corps aux clous et à la lance des bourreaux. Elle a reçu là la mission d'être la Mère miséricordieuse de nous tous. Son honneur était de servir, comme il est aussi, maintenant, de régner sur tout l'Univers, en tant que Reine, même des Anges. Il n'y a pas de meilleure théologienne qu'elle, qui a porté le Logos dans son esprit, dans son coeur et dans son sein.

Je crois que c'est un exemple plus que suffisant, et très difficile à suivre, même pour une femme. Je regrette que l'Église catholique en Allemagne tente de minimiser le rôle clef traditionnel des femmes afin de les laisser jouer à l'homme. C'est injuste pour les hommes, et c'est injuste pour les femmes, mais surtout, ce n'est pas juste envers Dieu, qui a défini le rôle de chacun dès le début, et qui a donné à une femme la toute première place, en raison de son humilité.

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24 février, 2018

Les évêques d’Allemagne approuvent l’accès à la communion des époux protestants dans les couples mixtes





La décision d’autoriser au cas par cas l’accès à la communion des époux protestants membres d’un couple mixte, où l’un des conjoints est catholique, a été annoncée le jeudi 22 février, jour de la fête de la Chaire de Saint-Pierre, par les évêques d’Allemagne… Et c’est le cardinal Reinhard Marx, qui refuse de condamner clairement l’idée de bénir les unions homosexuelles – là encore au cas par cas – qui a claironné l’information…

Lire la suite ici sur reinformation.tv : Les évêques d’Allemagne approuvent l’accès à la communion des époux protestants dans les couples mixtes



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03 février, 2018

Le cardinal Reinhard Marx ouvre la porte à la bénédiction des unions homosexuelles

Les prêtres catholiques peuvent organiser des cérémonies de bénédiction pour les couples homosexuels : tel est l'avis du cardinal Reinhard Marx, président de la conférence épiscopale d'Allemagne et membre du groupe des neuf cardinaux nommé par le pape François peu après son élection pour piloter la réforme de la Curie romaine. « Il ne peut y avoir de règles à ce propos », a-t-il déclaré lors d'un entretien avec la radio publique du Länd de BavièreBayerischer Rundfunk BR, ce samedi 3 février. La décision de bénir un couple de même sexe devrait revenir au prêtre ou au travailleur pastoral et prise au cas par cas. On peut écouter l'entretien en allemand ici.

Le cardinal a explicitement fait référence aux « orientations fondamentales » données par le pape François pour affirmer l'importance de la prise en compte de la situation des individus, au titre du « soin pastoral ». Pour chacun, l'Eglise doit prendre en compte « le visage de sa vie, sa biographie, les déchirures qu'il a vécues, les espoirs qui se manifestent, les relations qu'il vit, ou qu'elle vit. »

Il répondait à une question de son interlocutrice faisant état du « vœu » de nombreux catholiques (allemands, suppose-t-on) de voir l'Eglise accepter de bénir les couples homosexuels, de mettre en place des diaconesses et de lever l'obligation du célibat sacerdotal.

Le cardinal estime donc qu'il faut mieux prendre en compte les situations individuelles et surtout « concrètes »,  notamment en ce qui concerne les homosexuels dans la mesure où ils ont besoin d'un « soin des âmes » et peuvent aussi le « désirer ».

« Il faut également encourager les prêtres et les travailleurs pastoraux à donner un encouragement aux personnes dans des situations concrètes. Je ne vois pas vraiment de problème ici », a ajouté le cardinal. « Autre est la question de savoir s'il faut faire cela ouvertement à travers une cérémonie liturgique. Ce sont des choses qu'il faut considérer avec soin et auxquelles il faut bien réfléchir. »

Loin de rappeler le caractère intrinsèquement désordonné des relations homosexuelles, interrogé sur le fait de savoir s'il imaginait vraiment une manière de bénir les couples homosexuels dans l'Eglise, le cardinal Marx s'est contenté de dire : « Oui il ne peut pas y avoir de règle générale » –  il s'agirait simplement du «  soin pastoral des individus », des domaines « où nous ne pouvons poser une règle, ou bien où nous n'avons pas de règle », a-t-il dit.

Ce « oui », soit dit en passant, sonnait davantage comme une ponctuation, une prise en compte des propos de la journaliste, que comme une réponse positive.

« Cette question, je dois vraiment la laisser au pasteur local et à l'accompagnement de cette personne. On peut y réfléchir dans le cadre d'un dialogue – et aujourd'hui, une telle discussion est menée – c'est-à-dire, savoir comment gérer cette question, mais je dirais que je laisserais cela fortement entre les mains du pasteur local, dans une situation très concrète, sans demander de règles dans ce domaine. Il y a des choses qui ne se laissent pas régler », a-t-il insisté.

Le fait de ne pas répondre simplement « non » aux questions de la journaliste a été interprété avec justesse, malgré le caractère assez vague du propos, comme une forme d'approbation de la bénédiction des couples homosexuels : selon les titres de la grande presse allemande, elle a été présentée comme « possible », ou « prévisible » de manière générale. Le site américain OnePeterFive y voit « l'ouverture d'une porte ».  Il s'agit bien de cela : de laisser les prêtres faire comme ils l'entendent en indiquant de manière assez nette que cela ne leur sera pas reproché.

En parlant d'une discussion déjà ouverte, le cardinal Marx faisait une allusion à peine voilée à l'appel à « entamer la discussion » sur la question de la bénédiction des unions homosexuelles par le vice-président de la conférence des évêques d'Allemagne, Mgr Franz-Jozef Bode qui a déclaré au début du mois de janvier qu'il « y a beaucoup de positif » dans ce type de relation.

Comme le note l'écrivain et blogueur pro-vie allemand Matthias von Gersdorff, l'idée d'une bénédiction privée suggérée par le cardinal Marx, « n'est rien d'autre qu'une feuille de vigne ». « Dès lors qu'il est acceptable de bénir des couples homosexuels dans des cas individuels, cela signifie que l'homosexualité (active) n'est plus un obstacle », observe-t-il.

Ce qui s'affirme en haut de la hiérarchie catholique allemande (catholique ?…) est déjà mis en pratique dans le diocèse allemand du Limbourg où l'évêque, Mgr Georg Bätzing a explicitement encouragé des initiatives allant dans le sens de l'établissement d'une bénédiction liturgique officielle des couples homosexuels, observe de son côté Maike Hickson pour OnePeterFive. L'évêque a fait savoir à LifeSiteNews qu'il avait à plusieurs reprises parlé de cela avec le doyen de la ville de Francfort, le chanoine Johannes zu Eltz et considérait les propositions de ce dernier comme une bonne base de discussion. Zu Eltz Propose de mettre en place une « bénédiction théologiquement justifiée » pour les couples homosexuels, « remariés » ou qui pour une quelconque raison ne se sentent pas «  suffisamment dignes » du sacrement de mariage.  Il verrait bien une « célébration liturgique » d'où l'on omette «  l'échange d'alliances ou l'expression du consentement matrimonial ». on pourrait plutôt, «  dans le respect d'un partenariat fiable », demander la bénédiction de Dieu «  pour l'heureux avenir de quelque chose qui existe déjà ».

Ne nous attendons pas à le voir rappelé à l'ordre par ses supérieurs hiérarchiques en Allemagne.

Il n'y a pas de raison non plus de croire que Mgr Bode et le cardinal Marx seront sanctionnés pour leurs prises de position qui, pour être relativement prudentes dans l'expression, sont proprement scandaleuses.

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17 octobre, 2015

Pour l'histoire : l'intervention du cardinal Reinhard Marx en faveur de la communion aux divorcés remariés au synode

Au synode, cette semaine, le cardinal allemand Reinhard Marx a porté plus loin que jamais la revendication de donner aux divorcés remariés l'accès à la communion. Le cardinal Kasper s'est lui tenu en retrait, prononçant un court texte sur la miséricorde. Le cardinal Marx est clair : la proposition vaut pour des personnes dont le mariage précédent n'a pas été déclaré nul et n'a pas à l'être ; elle doit être ouverte dans des cas particuliers à des personnes remariées civilement.

Dans le même temps il démonte l'enseignement de l'Eglise sur la contraception – une affaire de conscience lorsque l'ouverture à la vie est en « conflit » avec la sauvegarde de la famille ; sur le caractère peccamineux de l'acte sexuel en dehors du mariage légitime ; sur la réalité de l'adultère du second mariage civil ; sur la désignation d'une situation de péché grave qui « exclut » celui qui est ainsi montré du doigt.

J'ai traduit ce texte à partir de la traduction anglaise donnée ici par le bloggueur néerlandais Mark de Vries sur son blog In caelo et terra. Le texte allemand original est par là.

On notera dans le texte du cardinal Marx la référence au tristement célèbre synode de l'ombre qui s'est tenu en mai dernier et où les interventions prônaient l'ouverture aux divorcés « remariés » et même l'abandon de la notion subjective de péché pour les relations homosexuelles.

Le cardinal Reinhard Marx fait partie du « G9 » nommé par le pape François peu après son élection à la chaire de Pierre. – J.S.


Il y a 50 ans de deuxième Concile Vatican II a de nouveau fait de l'Évangile une source d'inspiration pour la vie des individus et de la société. Il en va de même pour l'Évangile de la famille du pape François. Dans la Constitution pastorale Gaudium et spes le Concile a développé une doctrine du mariage qui a été davantage approfondi par les papes après le Concile. Même s’il n’a pas répondu à toutes les questions qui nous préoccupent aujourd'hui il a posé des fondations théologiques qui nous aident à répondre à nos questions actuelles.
Mgr Reinhard Marx avait une réputation
de conservatisme avant d'être fait cardinal
Le Concile considère le mariage comme une « communauté profonde de vie et d’amour » (Gaudium et spes 48) et développe la doctrine du mariage dans le contexte d'une théologie de l'amour. L'amour entre un homme et une femme « va d’une personne vers une autre personne en vertu d’un sentiment volontaire, cet amour enveloppe le bien de la personne tout entière ; il peut donc enrichir d’une dignité particulière les expressions du corps et de la vie psychique et les valoriser comme les éléments et les signes spécifiques de l’amitié conjugale. » Cet amour « imprègne toute leur vie ; bien plus, il s’achève lui-même et grandit par son généreux exercice » (GS, 49). Le concile met l'accent sur le fait que cet amour entre l'homme et la femme requiert le cadre institutionnel et légal du mariage, afin de se développer et d’être gardé en permanence aussi bien dans les jours donc dans les jours mauvais. Ce n'est pas en dernier lieu que l'institution du mariage sert le bien-être des enfants (GS, 50). »
A l'aide de cette théologie de l'amour et aussi de la théologie de l'Alliance, dont on ne peut parler que très rapidement ici, le concile a réussi à rendre de nouveau compréhensible la sacramentalité du mariage. L'amour conjugal devient d'une image de l'amour du Christ pour son Eglise et le lieu où l'amour du Christ devient tangible. C'est aussi pour exprimer ce lien entre le divin et l'humain de manière verbale, que le Concile parle de l'alliance du mariage. Enfin, la fidélité indissoluble est un signe efficace de l'amour du Christ en ce monde.
A la fin, le Concile voit la sexualité humaine comme une expression d'amour et suggère qu'une nouvelle direction soit prise pour l'éthique sexuelle. « Cette affection a sa manière particulière de s’exprimer et de s’accomplir par l’œuvre propre du mariage. En conséquence, les actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécus d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance (GS, 49). » A cette richesse appartiennent sans doute aussi, mais pas seulement, la conception et l'éducation des enfants. Car les Pères conciliaires mettent expressément l'accent sur le fait que le mariage sans enfant « comme communauté et communion de toute la vie, demeure, et il garde sa valeur et son indissolubilité (GS, 50). »
Il appartient à ce Synode des évêques d'approfondir et de développer cette théologie respectivement de l'amour et de l'Alliance, dont le concile a établi les aspects fondamentaux, mais qui n'est pas encore totalement reflétée dans le droit canonique, en tenant compte des défis actuels dans la pastorale du mariage et de la famille. J'aimerais m'arrêter sur deux défis : le conseil et le préparation au mariage, et la question d'une attitude raisonnable à l'égard des fidèles dont le mariage a échoué et de ceux, pas peu nombreux, qui ont divorcé et qui sont civilement remariés.
Ce n'est pas par hasard que le concile parle de la croissance dans l'amour. Cela est vrai en ce qui concerne la vie commune dans le mariage, mais ce l’est aussi pour le temps de préparation du mariage. Il faut développer un soin pastoral qui montre plus clairement qu’à ce jour, la dimension de cheminement propre au fait d’être chrétien, également en ce qui concerne le mariage et la famille. Nous sommes tous appelés à la sainteté (cf. Lumen gentium, 39), mais le chemin vers la sainteté ne finira qu’au Dernier jour, lorsque nous nous tiendrons devant le siège de jugement du Christ. Ce chemin n'est pas toujours droit et il ne conduit pas toujours directement vers le but recherché. En d'autres termes, le chemin de la vie des époux a des moments de sentiments intenses et des temps de déception, de projets communs réussi, et de plans qui échouent, des temps de rapprochement et des temps d'éloignement.
Souvent les difficultés et les crises, lorsqu'elles sont surmontées ensemble, sont celles qui renforcent et consolident le lien conjugal. Le conseil et la préparation au mariage offerts par l’Eglise ne peuvent pas être déterminés par un perfectionnisme moraliste. Il ne doit pas être un programme du « tout ou rien ». Ce qui est plus important, c’est que nous voyions les différentes situations de vie et les expériences des gens d'une manière différenciée. Nous devons moins regarder ce qui n'a pas encore été accompli dans la vie, ou peut-être ce qui a complètement échoué, et regarder davantage ce qui a déjà été accompli. Généralement les gens ne sont pas motivés à progresser sur le chemin vers la sainteté par le doigt accusateur, mais par la main tendue. Nous avons besoin d'un soin pastoral qui mette en valeur les expériences des gens qui se trouvent au sein de relations aimantes, et qui sache éveiller un désir spirituel. Le sacrement du mariage doit en premier lieu être proclamé en tant que don qui enrichit et affermit le mariage et la vie de famille, et moins comme un idéal qui ne peut être atteint par les moyens humains. Aussi indispensable qu’est la fidélité tout au long de la vie pour le développement de l'amour, ainsi la sacramentalité du mariage ne doit pas être réduite à son indissolubilité. C'est une relation globale qui se développe.
Le moment où l'on reçoit le sacrement du mariage est en effet le début du chemin. Le sacrement n’a pas seulement lieu au moment du mariage, où les deux époux expriment leur amour mutuel et leur fidélité, mais se développe dans le chemin qu'ils prennent ensemble. Il est de la responsabilité des époux de donner une forme à la vie commune dans le mariage. Le soin pastoral de l'Eglise peut et doit soutenir les époux, mais doit respecter leur responsabilité. Nous devons donner davantage de place aux consciences des époux dans la proclamation et dans le soin pastoral. Il est certainement du devoir de l'Eglise de former les consciences des fidèles, mais le jugement de la conscience des gens ne peut pas être remplacé. Cela est particulièrement vrai dans les situations où les époux doivent prendre des décisions dans un conflit de valeurs, par exemple lorsque l'ouverture à la conception d'enfants et la préservation du mariage et de la vie de famille sont en conflit.
Mais le soin pastoral positif et encourageant ne peut pas empêcher tous les mariages d'échouer, il ne peut pas empêcher que des époux mettent fin à leur alliance de vie et d'amour et se séparent. La nouvelle procédure de déclaration de nullité d'un mariage ne peut pas couvrir tous les cas convenablement. Souvent la fin d'un mariage n'est ni le résultat de l'immaturité humaine ni d'un manque de volonté de se marier. S'occuper des fidèles dans les mariages dont les mariages ont échoué et qui, bien souvent, se sont engagés dans un nouveau mariage civil après un divorce civil, demeure ainsi un problème pastoral aigu dans de nombreuses parties du monde. Pour de nombreux fidèles, y compris ceux dont les mariages sont intacts, c'est une question de crédibilité de l'Eglise. Je sais cela par le biais de beaucoup de conversation et de lettres.
Heureusement, les papes Jean-Paul II et Benoît XVI n'ont pas laissé de doute sur le fait que les fidèles divorcés et remarié civilement font aussi partie de l'Eglise, et ils les ont invités de manière répétée à prendre une part active dans la vie de l'Église. Il est donc de notre devoir de développer une pastorale accueillante en direction de ses fidèles et de les impliquer toujours davantage dans la vie des communautés. À leur égard l'Église doit témoigner de l'amour du Christ, qui s'applique en premier lieu à ceux qui ont failli dans leurs intentions et leurs efforts. Car ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin du médecin, ce sont les malades. C'est la mission de l'Eglise de guérir les plaies causées par l'échec d'un mariage et la séparation des époux, et de montrer que Dieu est avec eux, également dans ces temps difficiles. Pouvons-nous vraiment guérir sans permettre le sacrement de la réconciliation ?
 En ce qui concerne les divorcés remariés civilement qui prennent une part active à la vie de la communauté, de nombreux fidèles demandent pourquoi l'Église leur refuse, sans exception, la participation à la communion sacramentelle. Ils sont nombreux dans nos communautés à ne pas comprendre comment l'on peut être en pleine communauté avec l'Eglise et en même temps exclu des sacrements de confession et de l'Eucharistie. Le fait que les divorcés remariés civilement vivent objectivement dans un état d'adultère et sont en tant que tels en contradiction avec ce qui est emblématiquement présent dans l’Eucharistie, la fidélité du Christ à son Eglise, est donné comme raison. Mais cette réponse fait-elle justice à la situation de ces personnes ? Et est-elle contraignante théologiquement-sacramentallement ? Des personnes qui sont considérées comme étant en situation de péché grave peuvent-elles vraiment avoir le sentiment de nous appartenir complètement ?
A la Conférence des évêques d'Allemagne nous nous sommes nous aussi occupés intensément ces dernières années de la théologie et du ministère pastoral du mariage et de la famille. Nous avons pris la demande du Saint-Père au sérieux ; nous avons réfléchi à ce thème, nous en avons discuté et nous l’avons approfondi pendant le temps qui a séparé les deux synodes. La Conférence des évêques d'Allemagne à organisé une journée d'étude à ce sujet, avec les conférences des évêques de France et de Suisse en mai 2015, dont les contributions ont également été publiées. Dans les facultés de théologie également, on s’est occupé de ces sujets et on en a débattu selon des perspectives bibliques, théologiques, exégétique, canoniques et théologiques-pastorales. En outre il y a eu des conversations avec des théologiens et des publications. Nous avons compris que le travail théologique à ce propos doit continuer à l'avenir.
Au sujet des fidèles divorcé et remariés civilement les évêques allemands ont eux-mêmes publié en juin de l'année dernière d'autres considérations et des questions que j'aimerais exposer brièvement.
Celui qui après l'échec d'un mariage est entré dans un nouveau mariage civil, où souvent des enfants naissent, a une responsabilité morale à légal à l'égard du nouveau partenaire et des enfants, à laquelle il ne peut renoncer sans encourir une nouvelle culpabilité. Même si le rétablissement de la relation antérieure est possible, ce qui n'est généralement pas le cas, la personne se trouve dans un dilemme moral objectif, sans issue théologiquement et morale claire. Le conseil de s'abstenir des actes sexuels dans la nouvelle relation paraît déraisonnable pour  beaucoup. Il y a aussi la question de savoir si les actes sexuels peuvent être jugés isolément du contexte de la vie. Pouvons-nous juger les actes sexuels d'un second mariage civil comme constituant sans aucune exception des adultères ? Indépendamment de la prise en compte de cette situation particulière ?
Du point de vue théologique sacramentel il faut considérer deux choses. Pouvons-nous dans tous les cas et avec une conscience tranquille, exclure les fidèles qui sont divorcés remariés civilement du sacrement de réconciliation ? Pouvons-nous leur refuser la réconciliation avec Dieu et l'expérience sacramentelle de la miséricorde de Dieu même lorsqu'ils regrettent sincèrement leur culpabilité par rapport à l'échec du mariage ? En ce qui concerne la question de permettre l'accès à la communion sacramentelle, il faut considérer que l’Eucharistie ne rend pas seulement présente l'alliance du Christ avec son église, mais qu'elle la renouvelle toujours et raffermit les fidèles sur leur chemin vers la sainteté. Les deux principes de l'accès à l'Eucharistie, à savoir le témoignage de l'unité de l'Eglise et la participation au moyen de la grâce, peuvent parfois être en conflit l’un avec l’autre. Dans la déclaration Unitatis redintegratio, le concile affirme : [la communicatio in sacris] « est, la plupart du temps, interdite du point de vue de l’expression de l’unité ; la grâce à procurer la recommande quelquefois. »
Au-delà de l’œcuménisme cette déclaration est également d'une importance pastorale fondamentale. Dans sa lettre apostolique Evangelii gaudium le Saint-Père ajoute, faisant référence aux enseignements des Pères de l'Église, ajoute : « L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace (N° 47). »
À partir des fondations théologiques établies par le Concile Vatican II nous devons sérieusement envisager la possibilité – fondée sur le cas individuels et non de manière générale – de permettre à des fidèles divorcés et remariés civilement de recevoir les sacrements de confession et de communion, lorsque la vie dans la dans le mariage canoniquement valide a définitivement échoué et que ce mariage ne peut pas être annulé, que tous les engagements à l'égard de ce mariage sont réglés, qu'il y a un regret par rapport à la culpabilité quant à la fin de cette vie commune conjugale et qu'il y a une volonté honnête de vivre le second mariage civil dans la foi et d'élever les enfants dans la foi.

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28 mai, 2015

La rencontre « confidentielle » à la Grégorienne à Rome autour du cardinal Marx. Objectif : faire basculer le synode vers l’acceptation des unions homosexuelles

Ce n’est pas moi qui le dis, mais le vaticaniste anglophone Edward Pentin, généralement bien informé. Il a rendu compte dans le National Catholic Register de la rencontre confidentielle qui a eu lieu lundi à Rome autour du cardinal Reinhard Marx, ou du moins de ce que l’on peut en savoir. L’objectif ? Il est simple : il s’agit de promouvoir les « innovations pastorales » mises en route par le cardinal Kasper et qui se sont invitées au synode extraordinaire sur la famille en octobre dernier. Organisée de manière confidentielle, discrète ou secrète, selon le point de vue, la réunion d’un jour a eu lieu à l’Université pontificale grégorienne. Le Rhin se jette une nouvelle fois dans le Tibre…
Voici ce qu’en dit Pentin. La rencontre a rassemblé une cinquantaine de participants : des théologiens, des évêques et même des représentants des médias, à l’invitation des présidents des conférences épiscopales d’Allemagne, de Suisse et de France, soit le cardinal Marx, Mgr Markus Büchel et Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille. Tout cela, on le sait, en revanche, la réunion s’est tenue à huis-clos et l’un des thèmes clefs, selon des participants qui ont tout de même parlé, était de déterminer comment  l’Eglise peut mieux accueillir les personnes se trouvant au sein d’unions stables de même sexe. Il semblerait que « personne » ne se soit opposé à la reconnaissance par l’Eglise de ces unions comme étant valides.
Incise.
— S’il y avait des représentants des médias, la rencontre ne peut pas avoir été confidentielle et discrète, et encore moins secrète !, direz-vous.
Mais si, justement. Un journaliste sait se taire, c’est même une de ses principales et paradoxales qualités. Il sait quoi dire, et jusqu’où. Il semble, s’il faut en croire Edward Pentin, ou plutôt un observateur qu’il cite, que ces représentants des médias soient importants dans le dispositif, leur rôle étant de promouvoir les thèmes soulevés et leur traitement, conformément aux choix de ce Rhineland Group qui pivote autour de l’épiscopat allemand, dans les semaines qui précéderont le synode sur la famille à l’automne prochain. Pour la France, des journalistes de La Croix  et d’I-Media étaient présents selon The New Catholic Register qui affirme être en possession de la liste complète des participants.
Quoi qu’il en soit la rencontre aura été à la fois une opération discrète et une opération de communication. S’agit-il de préparer les esprits à une tentative massive de modification de l’enseignement multi-séculaire – et surtout certain ! – de l’Eglise catholique ?
Outre le nouveau regard sur les unions homosexuelles, les participants ont évoqué, selon Pentin, la nécessité de « développer » l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité humaine, afin de remplacer la « théologie du corps » de saint Jean-Paul II par une « théologie de l’amour ». Sur l’outrecuidance de ce discours je vous renvoie au blog d’Yves Daoudal, qui cite le communiqué des évêques allemands sur ce point, publié par leur « conférence » à l’issue de la réunion : « Un second temps a pris en compte les données d’une théologie de l’amour, réfléchissant notamment à la sexualité comme langage de l’amour et don précieux de Dieu. Cette théologie est en attente de propositions nouvelles, qui noue un dialogue intense entre la théologie morale traditionnelle et les meilleurs apports de l’anthropologie contemporaine et des sciences humaines. »
Comme si le monument de la théologie du corps n’avait pas existé…
Mais poursuivons avec Pentin. « Un prêtre suisse a mis en avant « l’importance de la libido humaine » ; un autre participant, parlant de la communion pour les divorcés remariés, demande : « Comment pouvons-nous la refuser, comme si c’était une punition pour les gens qui ont eu un échec et qui ont trouvé un nouveau partenaire avec qui commencer une nouvelle vie ? »
Selon La Stampa, Anne-Marie Pelletier, docteur en science des religions, lauréate du Prix Ratzinger en 2014, a salué le dialogue qui a eu lieu entre théologiens et évêques comme un « vrai signe des temps ». L’Eglise doit entrer « dans une dynamique d’écoute mutuelle », a-t-elle dit selon le quotidien italien, où le magistère continuera de guider les consciences mais ne pourra le faire de manière efficace qu’en se faisant « l’écho des paroles des baptisés ». Et d’ajouter que la réunion avait « prix le risque de la nouveauté, dans la fidélité au Christ ». Un autre participant cité par La Stampa a déclaré, selon celui-ci, que le synode serait un « échec » qu’il continuait simplement d’affirmer ce que l’Eglise a toujours enseigné.
« Fidélité au Christ » ? On peine à y croire.
Cette nouvelle « écoute » de l’Eglise, réclamée par les évêques de Suisse, et d’Allemagne est revendiquée à l’heure où les laïcs de ces pays ont répondu massivement aux questionnaires dressés dans la foulée des Lineamenta du synode en réclamant une adaptation de l’enseignement de l’Eglise à la réalité du monde sécularisé.
Edward Pentin rapporte que le cardinal Reinhard Marx est sorti de la réunion en insistant sur le fait qu’elle n’était pas « secrète », mais pressé de questions sur le manque de publicité qui lui avait été donnée, il s’est irrité, affirmant qu’il était là de manière « privée » et qu’il avait tous les droits de s’y rendre comme il voulait.
Personne ne se trompe en tout cas sur les grands objectifs de la rencontre, discrète ou pas, puisque le cardinal Marx ne cache pas sa volonté de voir modifier l’approche de l’Eglise vis-à-vis des homosexuels : dimanche dernier, jour de la Pentecôte, son homélie appelait à une « culture de l’accueil » de la part de l’Eglise à l’égard des homosexuels : « Ce ne sont pas les différences qui comptent, mais ce qui nous unit. »
Parmi les participants, Edward Pentin évoque la présence du chef de la conférence épiscopale suisse, Mgr Büchel de Sankt-Gallen qui préconise l’ordination des femmes. Mgr Pontier, également présent, ne brille pas par la rigueur de ses déclarations. Le Père jésuite Hans Langendörfer, secrétaire général de la conférence épiscopale d’Allemagne, a été la cheville ouvrière de lois du travail allemandes qui permettent aux divorcés remariés et aux couples homosexuels de travailler au sein d’institutions catholiques.
Une mention spéciale pour le P. Eberhard Schockendorff, théologien moral : les catholiques allemands de tournure plus traditionnelle y voient le « cerveau » des attaques contre l’enseignement certain de l’Eglise au sein de l’épiscopat allemand. Il est connu comme critique de Humanae vitae et comme soutien du clergé homosexuel, ainsi que de tous ceux qui demandent une modification de l’éthique sexuelle. Dès 2010, il donnait une interview où il rendait hommage à la permanence et à la solidarité que l’on constate au sein de certaines unions homosexuelles, d’une réelle « valeur éthique », disait-il. Toute évaluation des actes homosexuels « doit être reléguée au siège arrière » parce que les fidèles se distancient toujours davantage de la « morale sexuelle catholique » qui leur paraît « irréaliste et hostile », disait-il. Le pape et les évêques « doivent prendre cela au sérieux et ne pas rejeter ces idées comme laxistes », disait-il. Sans surprise, il propose de « libérer » la théologie morale de la « loi naturelle » et que la conscience doit s’appuyer sur « l’expérience de vie des fidèles ».
Il est partisan de l’accès des divorcés remariés à la communion au motif que cela « ne remet pas sérieusement en cause l’indissolubilité du mariage », ce qui est le signe soit d’un ramollissement cérébral soit d’une totale absence de foi en la présence réelle de Notre Seigneur dans l’Eucharistie…
Edward Pentin cite encore parmi les présents Marco Impagliazzo, président de la communauté laïque Sant’Egidio, le père jésuite Andreas Battlogg, professeur de philosophie et de théologie, rédacteur en chef du journal de gauche Zimmen der Zeit, et le salésien Mgr Markus Graulich, auditeur prélat de la Rote romaine, l’un des rares représentants officiels de la Curie à prendre part à ce qu’il faut bien appeler cet exercice subversif.
On voit bien où tendait la rencontre, quels étaient ses objectifs, quelle est sa stratégie de présence médiatique. Pourquoi le demi-secret ? C’est Jean-Marie Guénois du Figaro qui a le premier annoncé le rendez-vous :  ce « fuitage » a-t-il été délibérément organisé ou l’affaire a-t-elle échappé des mains des organisateurs ?
Ils peuvent se vanter en tout cas d’avoir remis au centre de la discussion des questions qui sont closes depuis longtemps. Qui se lèvera pour résister ?

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