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29 octobre, 2019

La prière à Pachamama de la Fondation des missions des évêques italiens



Une prière à Pachamama, la « Terre Mère » vénérée par des tribus indigènes telles que les Aymaras et les Quechua dans les Andes mais aussi dans les plaines du nord de l'Argentine et au Brésil, près de la Bolivie et du Pérou, se trouve en bonne place dans un livret officiel de la Fondazione Missio de la Conférence des évêques d'Italie.
La prière est présentée sans la moindre mise en garde quant au fait qu'elle ne s'adresse pas au vrai Dieu. D'ailleurs, une autre prière qui est présentée dans cette brochure avec la même typographie et dans le même contexte illustratif s'adresse à la « Très Sainte Trinité ». La prière à Pachamama, elle, a pour sujet une divinité païenne, à laquelle on demande la prospérité matérielle et qui dans la religion indigène vise à calmer les esprits de la Terre.
La brochure fait partie d'une série de ressources présentant le travail et les objectifs de la mission catholique et de ses missionnaires, avec un accent particulier sur le Synode de l'Amazonie qui a eu lieu à Rome du 6 au 27 octobre.
Le livret dont il est question a été publié bien avant l'ouverture du synode, au mois d'avril dernier semble-t-il. La présence de la "Pachamama" dans une publication officielle de l'agence missionnaire des évêques italiens consacrée au synode suggère que le groupe des indigènes de la région amazonienne et leurs accompagnateurs de type européen, aussi bien que la hiérarchie catholique à Rome étaient pleinement conscients de la nature du culte à la « Terre Mère » aux accents chrétiens syncrétiques qui s'est déroulé dans les jardins du Vatican et à l'église Santa Maria in Traspontina, à la Basilique Saint Pierre, dans une Via Crucis "amazonienne" et peut-être ailleurs.
Cela éclaire d'un jour nouveau la présence d'images en bois sculpté de femmes enceintes et nues que le pape François lui-même a désignées comme des statuettes de la « Pachamama ».
Les 30 pages du livret consacré à « l'animation » et à la « formation » des fidèles en vue du Synode amazonien sont disponibles ici (en italien) sous letitre Sinodo sull'Amazzonia. Le livret explique comment le REPAM, le réseau ecclésiastique de la région panamazonienne, a été créé en 2014 pour aider l'Église à « marcher ensemble » avec ses habitants, en particulier les tribus indigènes qui y vivent encore selon leurs traditions ancestrales, et dont certaines refusent tout contact avec le reste du monde.
Il contient des déclarations étonnantes, comme celle-ci : « Le bassin amazonien contient 20 % de l'eau douce non gelée de la planète. Sur 5 verres d'eau que vous buvez, un vient du fleuve Amazone. »
Remarquablement, le livret utilise aussi de multiples phrases et concepts qui se retrouvent désormais dans le Document final du Synode, tiré du Document préparatoire (2018) et du Document de travail (Instrumentum laboris, juin 2019). Ni l'un ni l'autre n'employait le mot « Pachamama » mais le second mentionnait fréquemment la Madre Tierra qui est la traduction espagnole du concept de Pachamama, "Terre Mère » ou « Mère de l'Univers ».
Les cérémonies indigènes à la Pachamama comportent différents rites, dont le plus important a lieu au début du mois d'août, lorsque la « Terre Mère » est censée être fatiguée et usée. Le rite consiste à chanter, danser et boire autour d'une couverture sur laquelle sont déposées des offrandes, certaines brûlées ou fumées rituellement, pour « nourrir » la Terre qui nourrit, mais qui détruit et tue aussi par tremblements de terre et autres catastrophes quand les hommes utilisent par trop ses ressources, comme l'expliquent les légendes païennes – et le discours sur le réchauffement climatique d'origine anthropique et celui sur l'épuisement de la planète. Le rituel est dirigé par un chaman local.
Souvent, un trou est creusé dans le sol, symbolisant l'utérus de la Pachamama, et les offrandes, éventuellement brûlées – y compris les très recherchés fœtus de lama censés apporter chance et richesse – sont rituellement versées dans ce trou.
Des chamans, hommes et femmes, participent à la conduite de ces cérémonies.
Historiquement, avant l'arrivée des conquérants espagnols, le culte inca à Pachamama s'accompagnait de sacrifices humains, souvent des enfants de 7 ou 8 ans dont la mort était censée apaiser la « divinité » terrestre, pour éviter sa colère et obtenir la prospérité. C'est ainsi que 200 jeunes ont été sacrifiés à l'occasion du couronnement de Pachacutec à Cuzco, quelque part entre 1430 et 1440. Le sacrifice consistait souvent à congeler les enfants qui mouraient de froid après avoir été drogués à la coca, la plante sacrée de nombreuses tribus indigènes d'Amérique du Sud. Des momies d'enfants sacrifiés ont été retrouvées, qui confirment la réalité de la pratique du sacrifice humain à Pachamama en particulier.
Dans les années 1960 on rencontrait des vestiges du culte de la Pachamama, mais depuis lors, la rhétorique de la « Terre Mère » est devenue plus présente, à défaut d'être dominante, parmi certaines communautés indigènes des régions andines. Evo Morales, président autochtone de Bolivie depuis 2006, a joué un rôle important dans la remise à l'honneur des coutumes et des rites précolombiens ; il est même allé jusqu'à faire mentionner la « cosmogonie » syncrétique des autochtones dans la constitution bolivienne.
En novembre 2014, le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, a participé à un rite pachamama au cours duquel le principal officiant et représentant de l'Institut des cultures autochtones (ICA), Victor Acebo, présentait un long discours plaintif sur la « spiritualité » païenne de la « Terre Mère ». Le discours, en espagnol, était clairement compréhensible sur le site Internet « Atrio de los gentiles », dans la vidéo mise en ligne par ses responsables ; elle semble avoir été retirée du site depuis. Le « Parvis des Gentils » (2009) était une initiative du Pape Benoît XVI par laquelle il cherchait à inviter les intellectuels non-catholiques et les athées à découvrir la foi catholique. En Argentine, en 2014, c'est donc l'inverse qui s'est produit.
La Pachamama n'était donc pas tout à fait inconnue à Rome lorsqu'une série de statuettes brunes et noires de femmes autochtones, nues, enceintes, avec leurs utérus rouge sang et leurs fœtus clairement visibles – comme dans les représentations modernes de la Terre Mère – a envahi la Ville.
On ne peut pas non plus ignorer la signification et le sens de la « prière » à la Pachamama incluse dans un livret officiel de l'agence missionnaire de la Conférence épiscopale italienne, d'autant plus que l'on peut trouver ce document sur certains sites web des diocèses italiens, comme celui de Bergame.
MichaelHichborn de l'Institut Lepanto aux Etats-Unis a publié une traduction anglaise du texte italien de la prière sur sa page Facebook.
Voici la prière complète, telle que traduite de l'italien :
Pachamama de ces lieux,

bois et mange autant que tu le voudras de ces offrandes,

afin que cette terre soit féconde.
Pachamama, bonne Mère

Sois propice ! Sois propice !
Que les bœufs marchent bien,

et qu'ils ne se fatiguent pas.

Donnez un bon goût à la graine,
que rien de mal ne lui arrive,
que le gel ne puisse le perturber,
qu'il produise de la bonne nourriture.

Nous te le demandons :

donne-nous tout.

Sois propice ! Sois propice !
(Prière à la Terre Mère des peuples Incas)

Il est intéressant de noter que la version originale quechua de la prière et sa traduction espagnole contemporaine sont légèrement différentes.
Les deux premières lignes se lisent comme suit dans la prière quechua :
Pachamama de ces lieux,
Bois, mâche de la coca et mange autant que tu voudras de ces offrandes… 
Apparemment, la Fondazione Missio s'est méfiée des mots évoquant la mastication de
la coca, la coca étant illégale dans presque tous les pays de monde, sauf en Bolivie et quelques autres où son utilisation traditionnelle est autorisée. Considérée par l'ONU comme une substance addictive, la feuille de coca est tenue pour sacrée par les tribus indigènes des Andes et sa mastication est créditée de nombreuses vertus : elle est riche en vitamines, elle réduit l'appétit et agit comme un stimulant.
D'autre part, bien que la production de cocaïne à partir de la feuille de coca nécessite un certain nombre de processus chimiques complexes, elle agit comme une drogue même lorsqu'elle est simplement mâchée, provoquant des hallucinations et d'autres effets qui sont ceux d'un stupéfiant naturel. En tant que tel, le coca était largement utilisé dans les rites indigènes traditionnels. Il joue un rôle important dans le rituel de la Pachamama, en particulier en raison de ses caractéristiques « stimulantes », et il est aussi utilisé pour prévoir l'avenir. Cela fait désordre, alors on censure !
La version expurgée de la prière à la Pachamama a été utilisée lors d'une veillée missionnaire à Vérone, selon une photo d'une partie du dépliant de la cérémonie publiée par un commentateur sous le message Facebook de Michael Hichborn.


Mise à jour :  Infovaticana nous apprend qu'un chant à la Pachamama a accompagné la procession d'entrée de la messe en la cathédrale de Lima au Pérou le 1er septembre dernier, présidée par Mgr Carlos Castillo, archevêque du lieu. C'est par ici, avec le texte complet du chant en espagnol et la video.

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25 octobre, 2014

Traduction intégrale du message de Benoît XVI à l'Université Urbaniana

Georg Gänswein, son secrétaire privé, a lu un message du pape émérite à l'occasion de la réouverture après réfection, mardi dernier, de la grande salle de conférences de 1800 places de l'Université pontificale Urbaniana à Rome, qui a reçu le nom de Benoît XVI. L'Urbaniana est consacrée à la formation du clergé missionnaire et des étudiants venus des territoires de mission. Texte passionnant en ces moments où l'on reparle de la nécessité pour l'Eglise de s'adapter aux réalités de notre temps, de dialogue inter-religieux et de paix dans le monde. Je vous en propose ici ma traduction. — J.S. 
Je voudrais en premier lieu exprimer mon plus cordial remerciement au Recteur magnifique et aux autorités académiques de l'Université pontificale, aux officiers majeurs et aux représentants des étudiants pour leur proposition de donner mon nom à l'Aula Magna restructurée. Je voudrais remercier de façon toute particulière le grand chancelier de l'Université le cardinal Fernando Filoni, d’avoir accueilli cette initiative. C'est un motif de grande joie pour moi que de pouvoir être ainsi toujours présent aux travaux de l'Université pontificale.
Au cours des différentes visites que j'ai pu y faire comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j'ai toujours été frappé par l'atmosphère d’universalité que l'on respire dans cette université où des jeunes venant de quasiment tous les pays de la terre se préparent pour le service de l'Évangile dans le monde d'aujourd'hui. Aujourd'hui encore,  je vois intérieurement devant moi dans cette salle une communauté composée de tant de jeunes qui nous font percevoir de manière vivant l'extraordinaire réalité de l'Église catholique.
« Catholique » : cette définition de l'Eglise qui appartient à la profession de foi depuis les temps les plus anciens porte en elle quelque chose de la Pentecôte. Elle nous rappelle que l'Eglise de Jésus-Christ n'a jamais concerné un seul peuple ou une seule culture, mais qu’elle était depuis le début destinée à l'humanité. Les dernières paroles que Jésus a dites à Ses disciples furent celles-ci : « Faites de tous les peuples mes disciples » '(Mt 28,19). Et au moment de la Pentecôte, les apôtres ont parlé toutes les langues, pouvant ainsi manifester par la force de l'Esprit Saint, toute l’étendue de leur foi.
 Depuis lors l'Église a réellement grandi sur tous les continents. Votre présence, chères étudiantes et chers étudiants,  reflète le visage universel de l'Eglise. Le prophète Zacharie avait annoncé un règne messianique qui irait d'une mer à l'autre et qui serait un règne de paix. Et de fait, chaque fois que l'Eucharistie est célébrée et que les hommes, à partir du Seigneur, deviennent ensemble un seul corps, quelque chose de cette paix que Jésus-Christ avait promis de donner à Ses disciples est présent. Vous, chers amis, vous êtes les coopérateurs de cette paix que dans un monde défiguré et violent, il devient toujours plus urgent de construire et de garder. C'est pourquoi le travail de votre université est si important, où vous voulez apprendre et connaître de plus près Jésus-Christ, pour pouvoir devenir Ses témoins.
Le Seigneur ressuscité a chargé Ses apôtres, et à travers eux les disciples de tous les temps, de porter Sa parole jusqu'aux confins de la Terre et de faire des hommes Ses disciples. Le concile Vatican II, reprenant dans le décret Ad Gentes une tradition constante, a mis en lumière les raisons profondes de cette tâche missionnaire, et l’a ainsi redonnée avec une force renouvelée à l'Eglise d'aujourd'hui.
Mais cela vaut-il encore pour aujourd'hui ?, se demandent de nombreuses personnes à l'intérieur et à l'extérieur de l'Eglise : la mission est-elle vraiment encore d'actualité ? Ne serait-il pas plus approprié de se retrouver dans le dialogue entre les religions et de servir ensemble à cause de la paix dans le monde ? La question inverse est celle-ci : Le dialogue peut-il se substituer à la mission ? Beaucoup partagent en effet aujourd'hui l'idée que les religions devraient se respecter et devenir, à travers leur dialogue, une force commune pour la paix. Dans cette manière de penser on considère le plus souvent comme acquis le fait que les diverses religions sont des variantes d'une seule et même réalité ; que la religion serait le genre commun qui assume des formes différentes selon les différentes cultures, mais qui exprime de toute façon une seule réalité. La question de la vérité qui depuis l'origine a préoccupé les chrétiens plus que toute autre, est ici mise entre parenthèses. On présuppose qu'il serait impossible d'atteindre en dernière analyse l'authentique vérité sur Dieu, et que l'on pourrait tout au plus rendre présent ce qui est ineffable seulement à travers une variété de symboles. Cette renonciation à la vérité semble réaliste et utile à la paix entre les religions dans le monde.
Mais cette renonciation est mortelle pour la foi. En réalité la foi perd son caractère contraignant et son sérieux, si tout s’y réduit à des symboles au fond interchangeables, capables de renvoyer seulement de loin à l'inaccessible mystère du divin.
Chers amis, vous voyez que la question de la mission se pose non seulement face aux questions fondamentales de la foi, mais aussi par rapport à celle de ce qu'est l’homme. Dans le cadre d'un bref propos de salutation, je ne peux évidemment pas tenter d'analyser de manière exhaustive cette problématique qui aujourd'hui nous concerne profondément, chacun de nous. Je voudrais cependant au moins mentionner les directions que devrait prendre notre pensée. Je le fais à partir de deux points de départ différents.
I.
1.  L'opinion commune voudrait que les religions soient pour ainsi dire côte à côte, comme les continents et les pays sur les cartes géographiques. Cependant cela n'est pas exact. Les religions sont en mouvement sur le plan historique, de même que sont en mouvement les peuples et les cultures. Il existe des religions en attente. Les religions tribales sont de ce type : elles ont leur moment historique et elles sont toujours en attente d'une rencontre plus grande qui les porte vers la plénitude.
Nous, en tant que chrétiens, sommes convaincus de ce que dans le silence, elles attendent la rencontre avec Jésus-Christ, la lumière qui vient de Lui, qui seule peut les conduire complètement vers leur vérité. Et le Christ les attend. La rencontre avec Lui n’est pas l’irruption d'un étranger qui détruit leur propre culture et leur propre histoire. Elle est au contraire l’entrée dans quelque chose de plus grand, vers quoi ils sont en chemin. C'est pourquoi cette rencontre est toujours, à un moment donné, purification et maturation. Par ailleurs la rencontre est toujours réciproque. Le Christ est attentif à leur histoire, à leur sagesse, à leur vision des choses.
Aujourd'hui nous voyons de manière toujours plus nette un autre aspect : tandis que dans les pays de sa grande histoire le christianisme est devenu, par tant de côtés, las, et que certaines branches de ce grand arbre qui a grandi à partir du grain de sénevé de l'Évangile sont devenus sèches et tombent à terre, une nouvelle vie surgit de la rencontre du Christ avec les religions en attente. Là où il n’y avait d’abord que lassitude, de nouvelles dimensions de la foi se manifestent et portent la joie.
2. La religion n'est pas en soi un phénomène unitaire. On y trouve toujours plusieurs dimensions distinctes. D'un côté il y a la grandeur de pouvoir tendre, au-delà du monde, vers le Dieu éternel. Mais de l’autre on y trouve des éléments qui proviennent de l'histoire des hommes et de leur pratique de la religion. On peut certes y retrouver des choses belles et nobles, mais aussi des choses viles et destructrices, là où l'égoïsme de l'homme a pris possession de la religion, et au lieu d'une ouverture, l’a transformée en renfermement dans son propre espace.
 C'est pourquoi la religion n'est plus simplement un phénomène uniquement positif ou uniquement négatif : l'un et l'autre aspect y sont mélangés. A ses débuts, la mission chrétienne a perçu de manière très forte surtout les éléments négatifs des religions païennes qu'elle rencontrait. Pour cette raison, l'annonce chrétienne fut dans un premier temps extrêmement critique vis-à-vis des religions. Ce n'est qu'en dépassant leurs traditions qu'elle considérait pour partie même démoniaques que la foi pouvait développer sa force rénovatrice. Sur la base d'éléments de ce genre, le théologien évangélique Karl Barth met en opposition religion et foi, jugeant la première de manière absolument négative, comme le comportement arbitraire de l'homme qui tente, à partir de lui-même, de saisir Dieu.
Dietrich Bonhoffer a repris ce point de vue on se prononçant en faveur du christianisme « sans religion ». Il s'agit sans aucun doute d'une vision unilatérale qui ne peut pas être acceptée. Il est toutefois correct d'affirmer que toutes les religions, pour demeurer dans le juste, doivent aussi être en même temps toujours critiques à l’égard des religions. Cela vaut clairement, depuis ses origines et sur la base de sa nature, pour la foi chrétienne qui, d'un côté, considère avec un grand respect la profonde attente et la profonde richesse des religions, mais qui de l'autre côté, voit aussi de manière critique ce qui est négatif. Il va de soi que la foi chrétienne doit toujours de nouveau développer cette force critique même à l’égard de sa propre histoire religieuse.
Pour nous chrétiens Jésus-Christ est le Logos de Dieu, la lumière qui aide à distinguer entre la nature des religions de la religion et leur distorsion.
3. En notre temps la voix de ceux qui veulent nous persuader que la religion en tant que telle est dépassée devient toujours plus forte. Seule la raison critique devrait orienter l'agir de l'homme. Derrière une telle conception se trouve la conviction qu'avec la pensée positiviste la raison dans toute sa pureté aurait définitivement acquis la suprématie. En réalité, cette façon de penser et de vivre est elle aussi historiquement conditionnée et liée à des cultures historiques déterminées. La considérer comme seule valide diminuerait l’homme, lui enlèverait une dimension essentielle de son existence. L'homme devient plus petit, et non plus grand lorsqu’il n'y a plus d'espace pour un éthos qui, sur le fondement de son authentique nature, renvoie au loin le pragmatisme ; lorsqu’il n'y a plus d'espace pour le regard tourné vers Dieu. Le lieu propre de la raison positiviste se trouve dans les grands champs d'action de la technique et d'économie, et celles-ci n’épuisent toujours pas l’humain.  Ainsi, à nous qui croyons, il nous appartient d'ouvrir toujours de nouveau les portes qui, au-delà de la simple technique et du pur pragmatisme, conduisent à toute la grandeur de notre existence, à la rencontre avec le Dieu vivant.
II.
1. Ces réflexions, quoiqu'un peu difficile, devraient montrer que même aujourd'hui, dans un monde profondément changé, la tâche de communiquer aux autres l'Évangile de Jésus-Christ demeure raisonnable.
Mais il y a aussi une deuxième façon, plus simple, de justifier aujourd'hui cette tâche. La joie exige d'être communiquée. L'amour exige d'être communiquée. La vérité exige d'être communiquée. Celui qui a reçu une grande joie ne peut la garder simplement pour lui : il doit la transmettre. La même chose vaut pour le don de l'amour, pour le don de la reconnaissance de la vérité qui se manifeste.
Lorsqu’André rencontre le Christ il ne peut rien faire d'autre que de dire à son frère : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). Et Philippe, à qui avait été donnée la même rencontre, ne peut rien faire d'autre que de dire à Nathanaël qu’il avait trouvé celui à propos duquel avaient écrit Moïse et les prophètes (Jn 1, 45). Nous annonçons Jésus-Christ non pour procurer à notre communauté le plus de membres possible ; et encore moins par la force. Nous parlons de Lui parce que nous sentons le devoir de transmettre cette joie qui a été donnée.
Nous serons des annonciateurs crédibles de Jésus-Christ lorsque nous L’aurons véritablement rencontré dans les profondeurs de notre existence, lorsque par l'intermédiaire de la rencontre avec Lui, nous sera donnée la grande expérience de la vérité, de l'amour et la joie.
2. Elle fait partie de la nature de la religion, cette profonde tension vers l'offrande mystique à Dieu, dans laquelle on se consacre totalement à Lui, tout comme la responsabilité pour le prochain et pour le monde qu'll a créé. Marthe et Marie sont toujours indissociables même si, dans tel ou tel cas, l'accent peut être mis sur l'une ou sur l'autre. Le point de rencontre entre ces deux pôles est l'amour où nous touchons en même temps Dieu et Ses créatures. « Nous avons connu l'amour et nous y avons cru » (1 Jn 4, 16) : cette phrase exprime la nature authentique du christianisme. L'amour qui se réalise et se reflète de manière multiforme dans les saints de tous les temps, est la preuve authentique de la vérité du christianisme.
Benoît XVI

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