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20 décembre, 2015

Mgr Marcelo Sánchez Sorondo affirme que l’enseignement de Laudato si’ a la même autorité magistérielle que la condamnation de l’avortement

Les déclarations du pape François sur les dangers du « réchauffement climatique » ont la même autorité magistérielle que l’enseignement de l’Eglise catholique sur le caractère peccamineux de l’avortement, vient de déclarer un évêque de la Curie, Mgr Marcelo Sánchez Sorondo. Une déclaration proprement ahurissante à plus d’un titre, et en premier lieu parce que Mgr Sorondo est un proche du pape François, chancelier à la fois de l’Académie pontificale des sciences et de l’Académie pontificale des sciences sociales. A ce titre, il a été en première ligne lors de la présentation de l’encyclique Laudato si’ qu’il évoquait en faisant sa déclaration sur le « magistère ».
Mgr Sorondo s’exprimait en ces termes lors d’un colloque de l’Acton Institute « pour l’étude de la religion et de la liberté » à Rome le 3 décembre dernier à l’université de la Sainte-Croix, sur le thème : « En dialogue avec Laudato si’ : les marchés libres peuvent-ils nous aider à prendre soin de notre Maison commune ? »
Précisons d’abord que le prélat parlait en son nom propre, et qu’il n’engage nullement le pape.
Mais ajoutons aussi qu’il ne semble pas que Mgr Sorondo ait été publiquement rappelé à l’ordre pour cette divagation publique.
Les déclarations de Mgr Sorondo ont suscité de vives réactions parmi les intervenants et les quelque 200 participants au colloque dès lors qu’il a dit : « Pour la premier fois dans le magistère, (le pape François) a dénoncé les causes scientifiquement identifiables de ce mal, en affirmant que “de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l'activité humaine.” »
Il devait préciser un peu plus tard : « Foi et raison, la connaissance philosophique et la connaissance scientifique sont réunies pour la première fois dans le magistère pontifical dans Laudato si’. »
Aussitôt, le président-fondateur de l’Acton Institute, le P. Robert Sirico, a rétorqué qu’il est « important de souligner la distinction entre la dimension théologique de Laudato si’ et ses assertions empiriques, scientifiques et économiques. (…) L’Eglise ne prétend pas parler avec la même autorité en matière d’économie et de sciences (…) que lorsqu’elle se prononce en matière de foi et de morale. »
Le P. Sirico a rappelé, citant le Compendium de la doctrine sociale catholique : « Le Christ n’a pas laissé à l’Eglise une mission dans l’ordre politique, économique ou social ; le but qu’il lui a assigné est religieux… Cela signifie que l’Eglise n’intervient pas dans les questions techniques avec sa doctrine sociale, pas plus qu’elle ne propose ni n’établit des systèmes ou des modèles d’organisation sociale. Cela ne fait pas partie de la mission qui lui a été confiée par le Christ. »
Cela fait partie, en fin de compte, de la distinction entre le spirituel et le temporel. Cela ne veut pas dire qu’un prêtre ou un religieux, ou l’Eglise ne saurait s’intéresser aux sciences naturelles, mais dans ces domaines elle n’a pas une autorité différente de celle des scientifiques laïques. Domaine de l’hypothèse, de l’expérimentation et de la vérification, les sciences sont ouvertes à la contestation et l’histoire est truffée de cas où ce qui faisait « consensus » à telle époque se révèle totalement erroné à la suivante, à mesure que la connaissance du monde sensible progresse.
Ce qu’enseigne l’Eglise en matière de foi et de morale, en revanche, protégé par l’infaillibilité pontificale, est incontestable, s’impose à chaque catholique et ne saurait varier.
Interrogé sur le poids des opinions du pape sur le réchauffement climatique exprimée dans Laudato si’, Mgr Sorondo a distingué entre les déclarations infaillibles, et celles relevant de son « magistère ordinaire » qui ne requièrent pas l’adhésion inconditionnelle des fidèles, même si ceux-ci doivent s’y soumettre selon un « assentiment religieux de la volonté et de l’esprit ».
L’assimilation entre l’enseignement du pape François sur le réchauffement et celui sur le caractère peccamineux de l’avortement pose pourtant la question. Le pape Jean-Paul II s’était exprimé en ces termes dans Evangelium vitæ : « C’est pourquoi, avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Evêques – qui ont condamné l'avortement à différentes reprises et qui, en réponse à la consultation précédemment mentionnée, même dispersés dans le monde, ont exprimé unanimement leur accord avec cette doctrine –, je déclare que l'avortement direct, c'est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d'un être humain innocent. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l'Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel. »
Bien des commentateurs ont souligné le caractère particulièrement solennel de cette condamnation qui s’appuie explicitement sur l’autorité apostolique pour porter un jugement moral sur l’avortement.
Il va de soi que rien dans ce qui est dit dans Laudato si’ du réchauffement climatique ne présente une telle solennité – au contraire : le pape François rappelle que l’Eglise se doit généralement en matière scientifique de respecter la « diversité des opinions ». Mettre les deux types d’enseignement sur le même plan est déjà un abus du sens des mots.
Dans la discussion qui a suivi, Mgr Sorondo n’a pas hésité à renforcer encore sa comparaison entre gravité de l’avortement et celle du « réchauffement » : « Ce jugement doit être considéré comme faisant partie du magistère : ce n’est pas une opinion. » « C’est selon le magistère ordinaire que l’avortement est un péché grave – il s’agit du magistère ordinaire parce que cela ne résulte pas de la révélation. » Il y a une présomption de « doctrine morale » selon laquelle, même si l’opinion majoritaire va dans le sens contraire,  « l’avortement est un péché grave » et que cela relève magistère.
Le journaliste Riccardo Cascioli s’est publiquement rebellé, rappelant que les catholiques n’ont pas à se soumettre à des affirmations qui relèvent de « théories scientifiques » plutôt qu’a celles disant « la foi et la morale ».
Réponse de Sorondo : « Lorsque le pape a pris cela à son compte, il s’agit du magistère de l’Eglise que cela vous plaise ou non – c’est le magistère de l’Eglise tout comme l’avortement est un péché grave – égal (c’est la même chose)… C’est le magistère de l’Eglise… Que cela vous plaise ou non. »
Cascioli a alors souligné que les catholiques devaient pouvoir suivre leur conscience à propos de question scientifiques théoriques, pour s’attirer cette réponse de Sorondo : « Si vous étiez scientifique et que vous aviez une différence sérieuse d’opinion », alors oui, « mais puisque vous êtes journaliste il vaut mieux que vous suiviez l’opinion du pape » ! Et de souligner qu’il est lui-même « au sein de l’Académie des sciences du pape ».
C’est le grand retour de l’argument d’autorité dans le domaine où il a le moins de poids, celui des sciences…
Et s’il est vrai que la foi et la raison sont étroitement liées, et que l’une ne se détache pas de l’autre sans dommage, nous en arrivons ici au point où la théorie scientifique est confondue avec la vérité de foi. Foi et raison n’ont-elle jamais été réunies dans l’enseignement pontifical ? On croit rêver. Mais il est vrai que Veritatis splendor n’a pas bonne presse parmi les progressistes… Vrai encore que la philosophie réaliste, avec ses distinctions et ses précautions méthodologiques, est devenue ringarde.
Chacun aura noté la passion, pour ne pas dire la colère des réponses de Mgr Sorondo. L’important pour lui est de faire du réchauffement climatique une affaire morale : celle de la « conscience écologique » affirmée dans Laudato si’, avec un ensemble de croyances et de règles de conduite qui s’imposeraient à chaque catholique avec toute la force du Credo et des Dix commandements.
A en oublier presque le salut des âmes…

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24 octobre, 2015

Ettore Gotti-Tedeschi parle des environnementalistes, de la gnose, de la guerre contre la religion catholique et du synode : un entretien exclusif

Chers lecteurs, je vous propose aujourd'hui un texte exceptionnel, à méditer alors que le synode sur la famille se termine et que la confusion qui l'entoure est loin d'être dissipée. Ettore Gotti-Tedeschi, économiste, financier, banquier et ancien directeur de l’IOR (Institut des œuvres religieuses, la banque du Vatican) a bien voulu m'accorder une longue interview. Dans cet entretien passionnant, il propose un regard original et lucide sur le monde d’aujourd’hui. Un regard d’économiste frappé par la dimension malthusienne de la crise qui n’en finit pas, et un regard de chrétien qui voit la logique infernale des événements en cours. Je vous invite à découvrir ce texte et à le partager. Et je remercie chaleureusement Ettore Gotti-Tedeschi de bien avoir voulu réserver les propos ci-dessous à ce blog. – J.S.



— Ettore Gotti-Tedeschi, vous avez parlé récemment  du risque d’une Troisième Guerre mondiale, mais en soulignant qu’elle a déjà éclaté et qu’il s’agit d’une guerre contre la vraie foi. Parlons d’abord de ceux qui mènent cette guerre de l’extérieur : qui sont-ils ? Par quoi sont-ils animés ?
— J’ai en réalité évoqué un danger, mis en avant surtout par la culture laïque qui, dans le contexte actuel de la mondialisation, voit les fondamentalismes religieux, les nationalismes et les racismes comme sources du risque d’une troisième guerre mondiale. On dirait qu’à ce stade de la mondialisation, interrompue et déformée par les crises économiques, l’on redoute un processus d’autoprotection de la part des nations, des cultures, des ethnies, en même temps que l’on recherche l’exact opposé : l’homogénéisation morale, culturelle, législative, religieuse, et naturellement aussi celle du modèle de gouvernement.
Ce sont surtout les modèles sociaux à forte identité (comme la famille) ou des valeurs morales et religieuses qui se réfèrent à des dogmes (catholicisme, islam) qui se trouvent en travers de cette « nécessité ». Le processus de relativisation culturelle et religieuse s’oppose donc surtout à la religion catholique « absolutiste » : le pape y est « infaillible », la liberté individuelle y est subordonnée à la Vérité, la conscience ne vaut que si elle est formée par le Magistère de l’Eglise, cette Eglise qui est apostolique et qui a le devoir d’évangéliser.
Ces religions dogmatiques et absolutistes dont on suppose qu’elles peuvent donner naissance à des conflits dans le monde globalisé, il faut donc y substituer une religion universelle, commune à tous : l’environnementalisme, qui non seulement rassemble l’humanité tout entière, mais qui relativise – et paganise même – les religions. Et qui correspond à la phase de « désendettement », de deleveraging des systèmes économiques de post-crise. L’environnementalisme est malthusien, il est immanentiste, c’est-à-dire qui se touche du doigt…
— Quels sont les leviers de cette guerre ?
— C’est la gnose qui coordonne cette « guerre » contre la foi catholique : c’est la « connaissance », celle que le fameux serpent voulait donner à Adam et Eve. La gnose se propose donc de modifier la Création imparfaite. Les leviers utilisés – scientifiques, techniques, culturels – sont divers. Ils se sont focalisés par le passé sur la croissance de la population (pendant les années 1970 avec le néomalthusianisme), alors qu’aujourd’hui ils semblent s’occuper de la dégradation de l’environnement due à l’homme, « cancer » de la nature. En réalité, il s’agit d’une guerre contre la foi. Mais parce que la foi catholique défend la dignité et la valeur unique de l’homme fils de Dieu, le véritable ennemi à combattre est la créature. Pensons à la Genèse, qui dit : « Et Dieu créa l'homme ; il le créa à l'image de Dieu ; il les créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit, disant : Croissez et multipliez, remplissez la terre, et dominez sur elle ; soyez maîtres des poissons de la mer, et des oiseaux du ciel, et de tous les bestiaux. » La gnose répond en opposant la théorie du genre au « masculin et féminin » ; la théorie malthusienne au « Croissez et multipliez » ; la théorie environnementaliste au « Remplissez la terre et soumettez-la » ; la théorie animaliste à « Soyez maîtres de tous les êtres vivants ». Voilà les quatre leviers utilisés par la gnose pour combattre les religions qui croient en la Genèse (les religions judéo-chrétiennes). L’environnementalisme devient en fait la religion de la gnose : il est l’incarnation sur terre de l’ange rebelle et tentateur de la Genèse…
— Y a-t-il aussi à votre avis une guerre contre la foi à l’intérieur même de l’Eglise et si oui, comment se manifeste-t-elle ?
— Cela me paraît évident. Mais ce sont les papes eux-mêmes qui l’ont affirmé au cours de ces dernières décennies. La guerre contre l’Eglise a été menée jusqu’à il y a, disons, cent ans, depuis l’extérieur. Les ennemis de l’Eglise se sont rendus compte que persécuter l’Eglise revenait à créer des martyrs qui la rendaient plus forte. Ils ont ainsi compris qu’il serait plus facile et plus efficace de s’insinuer à l’intérieur et de modifier leur stratégie d’attaque. Le pape Léon XIII a vu des démons sur le dôme de Saint-Pierre ; Paul VI a senti les fumées de Satan ; Jean-Paul II et Benoît XVI ont vu la saleté, et perçu les ennemis dans leur dos. François dénonce les quinze maladies de la Curie vaticane… Comment se manifeste cette guerre ? Surtout en cédant devant les pressions de la modernité, en acceptant que le magistère soit relativisé et qu’il y ait une séparation entre la doctrine et la pratique, en cédant sur les thèmes anthropologiques, la sexualité, la loi naturelle, etc. Le monde veut une Eglise consolatrice et charitable plutôt que maîtresse avant tout. Une Eglise qui obéit au monde aidera la doctrine catholique à se transformer en éthique socialement utile, et à devenir elle-même un organisme sans but lucratif. Pauvre, naturellement, de telle sorte qu’elle sera inutile pour les pauvres, que ce soit sur le plan spirituel ou matériel.
— Êtes-vous préoccupé par les attaques contre la famille, largement victorieuses déjà dans le monde sécularisé, mais qui aujourd’hui semblent porter au cœur même de l’Eglise ?
— C’est même ma plus grande préoccupation, puisque, privée de la famille naturelle et catholique, la société elle-même perd son identité et se déresponsabilise, elle perd ses aspirations et tout ce qui la motive. Du point de vue économique cela mettrait fin au cycle économique vertueux – fait de production-épargne-investissement-redistribution interne dans le sens de l’assistance d’assistance, l’auto-production du rendement, etc. – qu’engendre l’existence de la famille lorsqu’elle possède et gère ce cycle. On a vu au cours de ces trente dernières années comment la famille a été empêchée de se développer : nous sommes devenus pauvres, ignorants et moins autonomes. Le fait est que la famille s’oppose au contrôle de l’individu et de la société par le « pouvoir », de telle sorte qu’elle est accusée de créer des ruptures sociales et des inégalités jusque dans l’éducation subjective qu’elle donne à ses membres. On l’accuse aussi de priver la femme de sa liberté de s’exprimer par le travail (?). Elle est accusée d’être obsédée par le sacrement de l’indissolubilité, etc. C’est pourquoi ce qui sera mis en avant au cours du synode sur la famille est préoccupant. L’impression de beaucoup de théologiens experts est que l’on veut aller vers une conception de la famille qui adopte un modèle « néo-luthérien » : c’est l’intention de récupérer les divorcés, d’accepter une tolérance du péché qui devient même salvifique, c’est l’avilissement du sacrement du mariage mais aussi de ceux de la confession et de l’Eucharistie. La famille ne se soutient qu’en dehors de toute confusion, les prêtres sont encouragés à sanctifier la famille et non à justifier l’erreur et le péché. La miséricorde signifie – avant tout – « corriger », et non seulement pardonner. Mais va-t-on pardonner même à ceux qui ne se sont pas repentis ? Il est indispensable qu’il y ait un Magistère sur ces questions, mais aussi que la pratique, l’action, ou la pastorale, ne le contournent et ne le contredisent pas.
— En tant qu’économiste, vous avez fait le lien entre le rejet de la loi naturelle, le refus de la vie, et les crises économiques que nous vivons, spécialement en Europe. Pourquoi ?
— C’est très simple. Je vais répondre par une question : comment le PIB peut-il croître si la population ne croît pas ? Les réponses évidentes ou démenties par la réalité mises à part (comme la croissance de la productivité et les exportations), la vraie réponse est unique. C’est celle que nous avons pu voir au cours de ces trente dernière années : le PIB, si la population ne croît pas, ne peut progresser qu’en faisant progresser la consommation individuelle. Cela s’est produit en inventant le phénomène du « consumérisme » qui a réduit l’homme à sa seule satisfaction matérielle, et non plus sa satisfaction intellectuelle et spirituelle. Pour en arriver là il a fallu détruire l’épargne, en la transformant en consommation ; en rendant le travail précaire, parce que la production a été transférée vers des pays à bas coût de production pour importer des biens à des prix plus bas. A la fin il a fallu arriver à faire consommer de plus en plus à crédit, ce qui a rendu la famille de plus en plus fragile. Par voie de conséquence la population a vieilli, les coûts fixes ont augmenté – santé et pensions – absorbés par une croissance proportionnelle des taxes qui ont pesé de plus en plus lourd sur le pouvoir d’achat et les investissements, ce qui a aggravé encore le cycle. Voilà ce qui arrive lorsqu’on nie l’une des lois naturelles les plus importantes de la Création.
— Pour sortir de ces crises, la première réponse consisterait-elle en ce que les familles retrouvent leur stabilité, leur vocation et leur fécondité ? Est-ce humainement possible ?
— Humainement, oui. Peut-être qu’avec de meilleures incitations économiques en ce sens, les choses iraient mieux. Mais il reste toujours le problème socioculturel : la famille est désacralisée, et cela rend difficile la mise en œuvre de ce projet. Par ailleurs nous savons bien qu’il n’est pas facile de ramener l’homme au vrai sens de la vie. C’est ce qu’affirme Benoît XVI dans Caritas in veritate, lorsqu’il explique que pour sortir d’une crise, ce ne sont pas seulement les instruments qu’il faut changer, mais l’homme… Dans Lumen Fidei il explique qui doit le faire, et comment : l’Eglise, avec la prière, le Magistère, les sacrements…
— Vous avez réagi à l’encyclique Laudato si’ en montrant le lien entre consumérisme et exploitation de l’environnement, entre malthusianisme et pauvreté. Quelle réponse concrète peut-on apporter à cette situation, alors que les familles nombreuses peinent à vivre dans des sociétés où tout favorise la famille de petite taille et où les femmes sont poussées à travailler en dehors de chez elles ?
— Je répondrai en paraphrasant la célèbre question : « Qui de l’œuf ou de la poule est apparu en premier ? », faut-il être riche pour faire une famille et des enfants, ou devient-on riche en faisant une famille et des enfants ? La réponse, cette fois, je vais la laisser au lecteur afin qu’il réfléchisse…
— Que pensez vous du concept de « décroissance », très en vogue dans certains milieux catholiques ?
— Mais nous sommes déjà en décroissance depuis sept ans ! La crise économique a révélé le bluff de la croissance des trente dernières années, qu’on peut évaluer à près de 30 %. L’explosion de la crise a entraîné un désendettement (« deleveraging ») équivalent. Que faut-il faire de plus ? Attention cependant au concept économico-social  d’une décroissance voulue, imposée, et peut-être même béate. J’en parle toujours en rappelant que Caïn aussi était pour la décroissance. De fait il a tué Abel parce que celui-ci était de trop : il dégradait l’environnement en élevant trop de brebis, il polluait l’air en immolant trop d’animaux en sacrifice à Dieu – en les brûlant…
— Vous avez parlé d’une « gnose du XXIe siècle ». Pourriez-vous la définir ? N’y a-t-il pas – dans cet ordre d’idées – aujourd’hui une volonté de faire adorer la Terre-Mère, idolâtrée dans un nouveau panthéisme qui fait de la « Planète » l’objet des louanges et des sacrifices imposés à chacun ?
— La gnose, la connaissance, comme je l’ai déjà dit, est cette connaissance que Dieu n’a pas voulu donner aux hommes et qu’à l’inverse, le « grand tentateur » prétendait leur donner. C’est exactement ce qu’a essayé le serpent avec Eve… Le serpent s’est réfugié, il s’est incorporé dans la terre mère. La terre devient ainsi une divinité à protéger contre l’homme qui veut l’utiliser en la soumettant, et contre la religion qui justifie la soumission naturelle que l’homme doit en faire. Appelée terre mère, ou Sophia, ou par d’autres noms – elle devient le divin. L’homme « perfide » lui fait du mal. L’idée est alors de d’éliminer l’homme. Il y a quelques années on l’a tenté par le néomalthusianisme (qui n’a pas fonctionné, il a au contraire créé la crise en cours) ; aujourd’hui c’est plus directement, par l’environnementalisme (un problème créé par le néomalthusianisme), que les habituels gnostiques exaltent encore plus sur le plan médiatique grâce à l’Encyclique. La prochaine phase ne pourra être autre chose qu’une autorisation de la « chasse à l’homme ».
— Pour évoquer maintenant un autre sujet très actuel : quelle est la juste réponse à la « crise des migrants » ?
— Quels migrants ? Venant d’où ? Nous disposons de diverses classifications pour parler du processus des migrations. Celles-ci vont des véritables réfugiés fuyant la guerre, aux migrants à la recherche de solutions économiques, aux terroristes déguisés en migrants, en passant par les « évangélisateurs » des religions qui doivent entrer en Europe pour chercher à la conquérir après avoir subi diverses défaites au cours de l’histoire ; et enfin aux migrants « soutenus » politiquement pour compenser le déficit de population qui s’est créé en Europe ces trente dernières années, etc. Pour chaque classification, il y a une réponse différente. Mais le problème n’est pas seulement de savoir quelle est la réponse juste, il est de savoir qui décide et ce qui se passe si une nation (encore souveraine) en décide autrement.
— « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et le reste vous sera donné par surcroît » : êtes-vous d’accord pour dire que ce commandement et cette promesse du Christ ont un sens précis et urgent pour la vie politique, économique et sociale ?
— Ce sera ma réponse finale : pour détruire l’homme il suffit de l’éloigner de Dieu… C’est ainsi qu’il perd le sens de la vie, le sens de l’action, et qu’il se perd : les moyens deviennent des fins et vice versa, on sépare la foi et les œuvres, on perd l’unité de la vie… Mais à qui revient la responsabilité de tout cela ? Qui doit enseigner le sens de la vie ? Est-il donc possible que nous autres, pauvres laïcs, nous devions rappeler aux pasteurs qu’ils doivent nous protéger des loups ? Aujourd’hui comment peut-on penser, sans prier pour obtenir un miracle, que celui qui n’a pas su l’enseigner depuis des décennies va apprendre à le faire demain matin, par enchantement ? Désolé, mais je crois davantage aux miracles : allons donc tous à Lourdes, Fatima ou Medjugorje…
Propos recueillis par Jeanne Smits

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03 octobre, 2015

Homosexualité : le verset « oublié » dans “Laudato si’” pourrait intéresser le synode

Un père du synode resté anonyme relisait très récemment l’encyclique Laudato si’ pour mieux préparer les semaines qui s’annoncent. Le vaticaniste Sandro Magister raconte aujourd’hui sur son blog que ce père s’est alors rendu compte d’une curieuse omission. Il manque un verset de la Bible sur l’homosexualité.
Je laisse la parole à Sandro Magister :
Sandro Magister, vaticaniste
« Dans le deuxième chapitre de l’encyclique, celui qui s’intitule “L’Evangile de la création”, et qui s’ouvre sur une timide question au lecteur : “Pourquoi inclure dans ce texte, adressé à toutes les personnes de bonne volonté, un chapitre qui fait référence à des convictions de foi ?”, le pape François commence par rappeler la création de l’homme et de la femme “à l’image et à la ressemblance de Dieu” ; il continue avec la manière dont Dieu confie à l’homme la garde de tous les autres êtres créés, et un peu plus loin, au paragraphe 68, il écrit :
“Cette responsabilité vis-à-vis d’une terre qui est à Dieu implique que l’être humain, doué d’intelligence, respecte les lois de la nature et les délicats équilibres entre les êtres de ce monde, parce que ‘lui commanda, eux furent créés, il les posa pour toujours et à jamais sous une loi qui jamais ne passera’ (Ps 148, 5b-6). C’est pourquoi la législation biblique s’attarde à proposer à l’être humain diverses normes, non seulement en relation avec ses semblables, mais aussi en relation avec les autres êtres vivants.” »
C’est ici que le pape cite le Deutéronome : « Si tu vois tomber en chemin l’âne ou le bœuf de ton frère, tu ne te déroberas pas [...] Si tu rencontres en chemin un nid avec des oisillons ou des œufs, sur un arbre ou par terre, et que la mère soit posée sur les oisillons ou les œufs, tu ne prendras pas la mère sur les petits. » (Dt 22, 4.6)
Les points de suspension dans l’extrait cité signalent une omission : celle du verset 5. Magister note que le précepte « sauté » est très « politiquement incorrect » :
« Une femme ne prendra point un vêtement d’homme, et un homme ne prendra point un vêtement de femme, car celui qui le fait est abominable devant Dieu. »
Sandro Magister note que ledit père du synode à mis un marque-page dans sa Bible, et qu’il compte bien citer le verset lorsqu’on en viendra à discuter des relations homosexuelles.
S’il y a omission, on ne peut pas parler d’escamotage ; les deux versets que cite Laudato si’ ont un rapport évident avec le thème de la sauvegarde et du respect de la création… Le verset 5 eût été hors sujet…
Quoique. S’il se trouve là, entrecoupant une série de préceptes sur l’accueil de l’étranger et de respect de la vie et de la nature, ce n’est sans doute pas sans raison. Il s’agit de respecter l’ordre voulu par Dieu ; un ordre de charité et de justice. Cela suppose que tout soit à sa place.
Comme dit à de multiples reprises le pape François dans Laudato si’ : « Tout est lié ! »

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03 septembre, 2015

Leonardo Boff affirme avoir participé à la rédaction de “Laudato si’”, et se félicite de ce que l’avortement soit désormais pardonné (comme s’il ne l’avait jamais été)

Leonardo Boff, grande figure de la théologie de la Libération, vient de déclarer qu’il avait indirectement participé à la rédaction de l’encyclique du pape François sur l’écologie, Laudato si’. Il l’a affirmé au cours d’un entretien accordé à BBC Mundo, le service hispanophone du média britannique. Dans ce même entretien, il se félicite du nouveau « paradigme » dans lequel s’inscrit le souverain pontife, celui de « l’écologie intégrale » qui se décline dans tous les domaines : politique, économique, spirituelle. « Le pape est en train d’inaugurer un autre type d’Eglise, en adéquation avec la globalisation », a-t-il dit avec satisfaction. Il a également salué la décision du pape de permettre l’absolution du péché d’avortement par le confesseur lui-même, sans obligation de passer par l’autorité supérieure comme c’est le cas habituel pour les péchés qui entraînent l’excommunication.
C’est à une question du journaliste de la BBC sur sa participation à Laudato si’ que Leonardo Boff a répondu :
« Il n’est pas bon de parler de cela. Mais par trois, il m’a été demandé d’envoyer des documents par le biais de l’ambassadeur d’Argentine près le Saint-Siège. Avec grande joie, j’ai constaté que beaucoup de choses avaient été utilisées. Mais l’encyclique est celle du pape, ce n’est pas la mienne. Ce qu’il y a de nouveau dans l’encyclique, c’est qu’elle dépasse la vision de l’écologie comme d’un environnementalisme. Ce n’est pas une encyclique verte, c’est une encyclique de l’écologie intégrale, politique, économique, spirituelle, et pas seulement sur la relation avec la nature. Le pape part déjà du nouveau paradigme. »
Vrai ? Faux ? A-t-il réellement été « sollicité », comme il le dit – lui qui a vu condamner par le Vatican en 1985 son livre Eglise, charisme et pouvoir ? Lui qui vit au Brésil, interdit d’enseigner, dans une zone rurale de l’Etat de Rio de Janeiro ? Nous n’avons que sa parole. Mais ce que l’on peut constater au moins, c’est qu’il adhère à de nombreux thèmes de l’encyclique et les reconnaît comme siens.
Le reste de l’entretien n’est pas moins intéressant, même si l’on y perçoit une manière pas très honnête de tirer la couverture à soi et d’interpréter les gestes du pape dans le sens le plus progressiste possible.
Leonardo Boff explique ainsi que la décision de laisser pardonner le péché « réservé » de l’avortement par les prêtres directement, au nom de la miséricorde, est une manifestation de la manière dont le pape veut gouverner : « non par le pouvoir mais par l’amour et la miséricorde ». « Dieu aime d’un amour inconditionnel et sa miséricorde n’a pas de limites. Seul un christianisme doctrinaire, apologétique, je dirais presque machiste et sans miséricorde, est dur en cela », déclare Boff.
C’est malhonnête dans le sens où l’existence de péchés réservés – commettre l’avortement provoque l’excommunication automatique – n’implique pas du tout qu’il ne puissent être pardonnés. La procédure particulière pour en obtenir l’absolution est une manière de souligner la gravité de l’avortement pour sa victime, pour la société, pour la personne qui s’en rend coupable et vis-à-vis de Dieu. La levée temporaire de cette obligation est bien une miséricorde qui facilite le recours au sacrement de pénitence, mais elle n’est pas une manière de « dévaluer » le péché d’avortement… Boff juge quant à lui qu’il s’agit d’une « porte ouverte » ; « une porte, une fois ouverte, ne se referme plus ».
Le journaliste rebondit : « Pensez-vous que cela annonce un changement de doctrine à l’intérieur de l’Eglise ? »
Leonardo Boff : « Je crois que le pape ne va pas discuter à propos de doctrines. Il dit toujours que la réalité est au-dessus des doctrines. Si la réalité dit qu’il y a beaucoup de divorces, le concept de la famille change toujours plus, et pour lui, ce qui importe, c’est qu’il y ait de l’amour. Là où il y a de l’amour, que ce soit dans le premier ou dans le deuxième mariage, il y a quelque chose de Dieu. »
Il y a un péché cependant pour lequel il ne peut y avoir d’indulgence ni de miséricorde, si on lit bien ce que raconte Leonardo Boff. C’est celui de la pédophilie des prêtres, parce qu’ils portent atteinte aux innocents.
L’avortement ne porterait-il pas atteinte aux innocents, par hasard ?


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