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07 mai, 2020

Les cardinaux Gerhard Müller, Joseph Zen et Janis Pujats ont signé un appel lancé à l’initiative de Mgr Carlo Maria Viganò « pour l’Eglise et pour le monde »

Les cardinaux Gerhard Müller, Joseph Zen et Janis Pujats ont signé un appel lancé à l’initiative de Mgr Carlo Maria Viganò « pour l’Eglise et pour le monde » rendu public ce jeudi 7 mai à 19 h 30. Des évêques et prêtres, de nombreux laïcs –médecins, universitaires, écrivains, juristes, responsables d’associations, journalistes, la liste provisoire est en fin d'article – ont d’ores et déjà également apporté leur soutien à cet appel qui veut dénoncer l’utilisation du « prétexte de l’épidémie de Covid-19 » pour violer les droits des citoyens et porter atteinte aux libertés fondamentales. Y compris l’exercice de la liberté de culte, d’expression et d’aller et de venir.

(Addendum : Tard dans la soirée de jeudi, le cardinal Robert Sarah, mentionné comme signataire de l'appel, s'en est distancé par deux tweets. Je commente cela ici. La réponse de Mgr Viganò est ici.)

L'hebdomadaire Valeurs actuelles a publié l'intégralité de l'appel en ligne ici.
Ces limitations à la liberté en laissent présager d’autres, qui passent notamment par le « contrôle des personnes » et le « suivi de leurs mouvements ». Les signataires estiment qu’on peut craindre de voir l’utilisation de la « panique », les mesures de confinement et la crise économique profonde qui s’y associe conduire vers la création d’un « gouvernement mondial hors de tout contrôle » et des « répercussions sociales et politiques graves » dans les pays soumis à « ces formes d’ingénierie sociale ».
On ne s’étonnera pas de trouver parmi les signataires Mgr Athanasius Schneider, qui a déjà dénoncé avec vigueur la « dictature sanitaire » qui s’est mise en place.
Les signataires, parmi lesquels une dizaine de médecins italiens, soulignent d’ailleurs que cette « panique » est entretenue, alors que « les doutes croissent quant à l’effective contagiosité, à la dangerosité et à la résistance du virus: de nombreuses voix faisant autorité dans le monde de la science et de la médecine confirment que l’alarmisme à propos du Covid-19 amplifié par les médias ne semble absolument pas justifié ».
Sur le plan médical, l’appel souligne également que des remèdes « efficaces, souvent peu coûteux », ont été « pénalisés » et invitent la communauté scientifique à veiller à ce que des « intérêts iniques » ne dictent les choix des gouvernements en la matière.
« Nous rappelons également, en tant que Pasteurs, que pour les Catholiques, il est moralement inacceptable de recevoir des vaccins dans lesquels du matériau provenant de fœtus avortés est utilisé », soulignent-ils. Des associations de bioéthiciens catholiques ont d’ores et déjà insisté pour que l’on évite l’utilisation de lignées de cellules souches ayant leur origine dans un bébé avorté en 1972, comme c’est le cas pour l’un des essais actuellement menés à Oxford.
L’appel lancé par Mgr Viganò vise également à préserver la liberté des citoyens de refuser les systèmes de suivi et de localisation :
« Il faut considérer également la contradiction flagrante dans laquelle se trouvent ceux qui poursuivent des politiques de réduction drastique de la population et qui se présentent en même temps comme des bienfaiteurs de l’humanité sans aucune légitimité politique ou sociale. Enfin, la responsabilité politique de ceux qui représentent le peuple ne peut absolument pas être confiée à des techniciens qui vont jusqu’à revendiquer pour eux-mêmes des formes inquiétantes d’immunité pénale. »
Et de dénoncer également les « formes subtiles de dictature » qui passent par la censure médiatique : « Nous demandons instamment aux médias de s’engager activement dans une information objective qui ne pénalise pas la dissidence en recourant à des formes de censure, comme cela se produit couramment sur les réseaux sociaux, dans la presse et à la télévision. »
Le texte s’achève sur le rappel des droits de l’Eglise catholique et du culte :
« Enfin, Nous rappelons, en tant que Pasteurs responsables du Troupeau du Christ, que l’Église revendique fermement son autonomie dans le gouvernement, dans le culte, dans la prédication. Cette autonomie et cette liberté sont un droit inhérent que le Seigneur Jésus-Christ lui a donné pour la poursuite de ses propres fins. Pour cette raison, en tant que Pasteurs, Nous revendiquons fermement le droit de décider de manière indépendante de la célébration de la Messe et des Sacrements, tout comme nous exigeons une autonomie absolue dans les questions qui relèvent de notre juridiction immédiate, telles que les normes liturgiques et les méthodes d’administration de la Communion et des Sacrements. L’État n’a pas le droit de s’ingérer, pour quelque raison que ce soit, dans la souveraineté de l’Église. La collaboration de l’Autorité ecclésiastique, qui n’a jamais été refusée, ne peut impliquer de la part de l’Autorité civile des formes d’interdiction ou de limitation du culte public ou du ministère sacerdotal. Les droits de Dieu et des fidèles sont la loi suprême de l’Église à laquelle elle ne veut ni ne peut déroger. Nous demandons que les limitations à la célébration des fonctions publiques du culte soient supprimées. »
Face à l’horreur de la dictature sanitaire, il y a pourtant l’espoir :
« Nous nous trouvons en train de lutter contre un ennemi invisible, qui sépare les citoyens entre eux, les enfants des parents, les petits-enfants des grands-parents, les fidèles de leurs pasteurs, les étudiants des enseignants, les clients des vendeurs. Ne permettons pas que des siècles de civilisation chrétienne soient anéantis sous le prétexte d’un virus, en laissant s’établir une tyrannie technologique haineuse dans laquelle des personnes anonymes et sans visage peuvent décider du sort du monde en nous confinant dans une réalité virtuelle. Si tel est le plan auquel les puissants de la terre entendent nous plier, sachez que Jésus-Christ, Roi et Seigneur de l’Histoire, a promis que « les portes des Enfers ne prévaudront pas » (Mt 16, 18). »
Pour signer l’appel (comme je l’ai d’ailleurs fait) :

Le site sera actif à partir du matin du 8 mai.
La lettre intégrale est disponible ici en pdf. Prenez quelques minutes pour la lire.

Et voici la liste des signataires en l'état actuel :


PRELATS ET PRETRES

Mgr Carlo Maria Viganò, Archevêque, Nonce apostolique
Cdl Joseph Zen Ze-kiun, Evêque émérite de Hong Kong
Cdl Janis Pujats, Archevêque émérite de Riga
Cdl Gerhard Müller, ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi

Mgr Luigi Negri, Archevêque émérite de Ferrara-Comacchio
Mgr Thomas Peta, Archevêque métropolitain d’Astana
Mgr Athanasius Schneider, Evêque auxiliaire d’Astana
Mgr Jan Pawel Lenga, Archevêque émérite de Karaganda
Mgr Rene Henry Gracida, Archevêque émérite de Corpus Christi
Mgr Andreas Laun, Evêque auxiliaire de Salzbourg
Mgr Robert Mutsaerts, Evêque auxiliaire de Bois-le-Duc

P. Serafino Lanzetta, théologien
P. Alfredo Maria Morselli, theologien
P. Curzio Nitoglia, theologian
Abbé Guy Pagès
P. Frank Unterhalt, Communio Veritatis
P. Albert Engelmann, rédacteur-en-chef Der Dreizehnte

JOURNALISTES, EDITEURS, ECRIVAINS

Dr Aldo Maria Valli, journaliste
Dr Magdi Cristiano Allam, écrivain
Dr Giulio Meotti, journaliste
Dr Marco Tosatti, journaliste
Claudio Messora, directeur de Byoblu.com
Dr Robert Moynihan, écrivain, journaliste
Dr Cesare Sacchetti, journaliste
Pr Giorgio Nicolini, directeur de Tele Maria
Michael J. Matt, rédacteur-en-chef de “The Remnant”
John-Henry Westen, co-fondateur, rédacteur-en-chef de LifeSiteNews.com
Vittoria Alliata di Villafranca, journaliste et écrivain
Maria Guarini, éditeur
Pr Francesco Lamendola
António Carlos de Azeredo, éditeur
José Narciso Pinto Soares, conseiller éditorial
Dr Massimo Rodolfi
Riccardo Zenobi, écrivain
Danilo Quinto, écrivain
Jeanne Smits, journaliste
Olivier Figueras, journaliste
Olivier Valette, écrivain
Marion Duvauchel, écrivain
Pascal Bernardin, écrivain


MEDECINS, IMMUNOLOGISTES, VIROLOGISTES, CHERCHEURS

Dr Stefano Montanari, directeur scientifique du laboratoire Nanodiagnostics, Modena
Dr Antonietta Gatti, responsable de recherche, laboratoire Nanodiagnostics, Modena
Pr Alessandro Meluzzi, psychiatre
Dr Anna Rita Iannetti, médecin, PNEI et médicine biointégrée
Dr Fabrizio Giudici, traumatologue orthopédique
Dr Rosa Maria Roccaforte, cardiologue
Dr Silvana De Mari, médecin
Dr Maria Grazia Sordi, psychologue
Dr Roberto Marrocchesi, nutritionniste
Dr Mario Sinisi
Dr Antonio Marcantonio


JURISTES

Dr Angelo Giorgianni, magistrat
João Freire de Andrade, juriste
Francesco Fontana, avocat
Luigi Valenzise, avocat
Fabio Candalino, avocat
Claudio Ademollo, avocat
Luca Di Fazio, avocat
Massimo Meridio, avocat
Dr Gianni T. Battisti, avocat
Piero Peracchio, avocat
Paola Bragazzi, avocat
Luís Freire de Andrade, avocat
Heitor A. Buchaul, avocat
Me André Bonnet, avocat


CONFERENCIERS , PROFESSEURS , SPECIALISTES

Hon. Prof. Vittorio Sgarbi, critique d’art, essayiste
Pr Matteo D’Amico
Pr Mafalda Miranda Barbosa
Pr Francesca Maimone
Pr Martino Mora, philosopher
Pr Massimo Viglione, historien, essayiste
Pr Elisabetta Sala, professeur, écrivain
Dr Ing. Alessandro Peracchio
Dr Luca Scantamburlo
Pr Rosa Maria Bellarmino
Steven Mosher, président, Population Research Institute
Pr Emeterio Ferrés Arrospide, Université de Coimbra
Pr Ibsen Noronha
Pr. ing. Amadeu Teixeira Fernandes, Université de Georgetown
Dr José Filipe Sepúlveda da Fonseca
Dr Alfonso Martone, CNR, Italie
Dr Luís Ferrand d’Almeida
Ing. Roberto Imparato
Jean-Pierre Maugendre, délégué général de Renaissance Catholique
Reynald Secher, historien, écrivain
Guillaume Bernard, historien du droit et politologue
François Billot de Lochner, président de Liberté politique
Dr Philippe Pichot Bravard, historien du droit



ASSOCIATIONS

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Riprendiamoci Il Pianeta Association - Président Magda Piacentini
Movimento 3V - Vaccini Vogliamo Verità - Secrétaire Luca Teodori
Association Libera Scelta - Président Alessandra Bocchi
Iustitia in Veritate - Directors
Una Vox Association - President Calogero Cammarata
Comitato Famiglia e Vita - Président Franco Rebecchi
Confederazione dei Triarii
AURET, Autismo, Ricerca e Terapie – Président, Me Roberto Mastalia 
Vita al Microscopio Association - Président Nino Ferri
Texas Right to Life - Jim Graham
Cleveland Right to Life - Molly Smith

Photo : ©Olivier Figueras

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19 mars, 2020

Coronavirus : le cardinal Müller appelle au sens des fins dernières et à la confiance en Dieu

Le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a publié une court commentaire sur la crise actuelle du coronavirus, paru notamment en anglais sur LifeSiteNews. Je vous en propose ici ma traduction autorisée.





Avoir confiance en Dieu en temps de crise

Par Gerhard Cardinal Müller, Rome

Le coronavirus mortel s’est répandu, et il a quasiment pris possession du monde tout entier. Il n’existe toujours pas de vaccin qui pourrait empêcher la propagation de la maladie contagieuse et guérir les personnes touchées.

Les dirigeants politiques prennent toutes les mesures à leur disposition pour protéger la population. Ils imposent des restrictions sur la vie publique et invitent les gens à éviter les contacts sociaux dans la mesure du possible. Les scientifiques des laboratoires travaillent d’arrache-pied pour trouver un antidote à cette maladie insidieuse, qui a déjà fait des milliers de victimes.

Bien que la situation ne soit certainement pas comparable aux dangers et aux troubles du temps de guerre, l’impression d’impuissance dont nous faisons l’expérience leur ressemble. Nul ne sait si, ni quand le virus  l’affectera ou si des personnes de son entourage vont être en danger. Comme en temps de peste et de choléra, de mauvaises récoltes et de famines, nous avons à nouveau conscience à des limites du possible. Tout le monde le sait : les possibilités de se protéger contre l’infection sont limitées. Rien ne garantit qu’elle ne m’affectera pas, moi – entre tous. Nous restons à la maison et nous passons le temps. Nous sommes nombreux à nous ennuyer et les occasions nous manquent d’avoir une activité de travail ou de loisirs.

Mais lorsque nous sommes ainsi renvoyés vers nous-mêmes, nous avons aussi la possibilité de réfléchir à ce qui est important sans que notre attention ne soit distraite par les nombreuses distractions de la vie moderne.

Le croyant le sait : notre vie est entre les mains de Dieu. Nous n’avons pas de foyer permanent ici-bas. Après notre mort, nous devrons répondre de nos actes et de tout le déroulement de notre vie devant le tribunal de Dieu. Mais nous pouvons compter sur la miséricorde de Dieu dans la vie comme dans la mort, si seulement nous nous y recommandons.

Même si nous faisons tout ce qui est humainement possible sur le plan de la médecine et que nous utilisons la raison que Dieu nous a donnée pour optimiser les conditions de vie de l’homme, nous atteignons toujours les limites de nos possibilités. Nous ne savons pas quand ce sera, mais nous savons que l’heure de l’adieu à ce monde viendra.

L’apôtre Paul a toute la misère de l’humanité sous les yeux lorsqu’il écrit à la jeune communauté chrétienne de Rome : « Car j’estime que les souffrances du temps présent n’ont pas de proportion avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous. Aussi la créature attend-elle d’une vive attente la manifestation des enfants de Dieu. Car la créature a été assujettie à la vanité, non pas volontairement, mais à cause de celui qui l’(y) a assujettie avec espérance ; en effet, la créature aussi sera elle-même délivrée de cet asservissement à la corruption, pour participer à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. »

Plaçons aujourd’hui, pendant ce Carême qui précède Pâques, toute notre espérance en Dieu. Son Fils est le Serviteur de Dieu tel que le prophétisait l’Ancien Testament, « vraiment il a porté nos langueurs, et il s’est chargé lui-même de nos douleurs ». C’est ainsi que nous confessons Jésus : « Par ses meurtrissures nous avons été guéris" (Isaïe 53, 4 et ss.).
Profitons de ce temps passé à la maison pour réfléchir : Qui suis-je ? Comment puis-je servir la communauté avec mes talents dans la vie ?  Est-ce que j’aime Dieu de tout mon cœur et de toute mon âme, et est-ce que j’aime mon prochain comme moi-même ? Est-ce que je mets mon espoir en Jésus-Christ seul, dans la vie comme dans la mort ?
Avant sa Passion et sa Mort sur la croix, Notre Seigneur a réconforté ses disciples qui étaient dans la crainte et la confusion par ces paroles : « Dans le monde, vous aurez des afflictions ; mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jean 16:33).

© leblogdejeannesmits pour la traduction

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27 novembre, 2019

Le cardinal Gerhard Müller parle des catholiques amazoniens « scandalisés » par l’idolâtrie de la Pachamama

L’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Müller,  a averti que des « centaines de milliers » de catholiques de la région amazonienne quitteront l’Église parce qu’ils ont été scandalisés par les vidéos de l’idolâtrie de la Pachamama lors de cérémonies à Rome à l’occasion du récent synode sur  l’Amazonie.

Il a tenu ces propos dans un entretien accordé à Die Tagespost, journal catholique allemand, déclarant que les photographies des statuettes de la Pachamama avaient exacerbé les sentiments anticatholiques dans la région. Elles vont provoquer le départ massif de catholiques, estime-t-il.

« Toute cette triste histoire viendra au secours de nombreuses sectes agressivement anti-catholiques en Amérique du Sud et ailleurs qui, dans leurs polémiques contre les catholiques, affirment que ceux-ci sont des idolâtres et que le Pape auquel ils obéissent est l’Antichrist », a déclaré le cardinal Müller.

« Des centaines de milliers de catholiques dans la région amazonienne, mais aussi dans tous les lieux où les vidéos de ce spectacle qui s’est produit à Rome ont été vues, quitteront l’Église en signe de protestation », a-t-il poursuivi.

« A-t-on seulement pensé à ces conséquences ou les a-t-on tout simplement acceptées comme faisant partie du lot ? », a-t-il demandé.

Invité à s’exprimer une nouvelle fois sur les actions d’Alexander Tschugguel, qui a jeté cinq statuettes de la Pachamama récupérées à Santa Maria in Traspontina dans le Tibre, le cardinal Müller a fait remarquer que les prophètes de l’Ancien Testament se comportaient bien plus violemment contre les idoles.

Il a également cité saint Boniface, l’apôtre des Allemands, qui abattit un chêne consacré au dieu Thor et fit élever une chapelle chrétienne à sa place.

« En  ces temps d’autosécularisation de l’Église, certains disciples – en une joyeuse harmonie avec ceux qui le crucifièrent – auraient condamné le Christ lui-même pour dommages matériels et coups et blessures lorsqu’il chassa les marchands du Temple. Ils auraient dénoncé le manque de disposition du Christ pour le dialogue parce qu’Il agit alors avec un saint zèle, parce que les monnayeurs et les marchands de bêtes avaient transformé la maison de son Père en marché », dit-il avec vigueur.

Le cardinal a ajouté que les cérémonies de prosternation et de danse autour des figurines de la Pachamama – nom que devait leur donner le pape François lui-même – ne peuvent pas être justifiées en tant qu’exercice d’inculturation.

« Il n’est pas possible de juger toute cette affaire – sponsorisée à coups d’innombrables euros – inoffensive, comme une simple inculturation ou un signe de respect pour d’autres cultures, ou encore de voir dans ces figures peintes de fertilité féminine un symbole pro-vie », a-t-il ajouté.

Le cardinal a rappelé la frontière nette qui existe entre la vénération des saints chrétiens et le culte des symboles païens. Les représentations des saints et de leurs reliques n’en sont que des « souvenirs », a-t-il expliqué : on les honore comme témoins de la grâce de Dieu. Ils ne sont pas vénérés et glorifiés comme s’ils étaient Dieu.

Le culte des idoles n’a pas sa place dans la foi catholique, a insisté le cardinal Müller, rappelant que les baptisés d’Amazonie n’ont nullement le droit de participer à des rites « païens ou non-catholiques ». Quant à ceux qui ne le sont pas, le cardinal a déclaré :

« S’ils ne sont pas catholiques, ils n’appartiennent pas à l’Eglise, Corps du Christ et Temple du Saint-Esprit. Ils n’ont aucun droit de pratiquer leurs rites païens ou non-catholiques dans l’espace liturgique catholique. »


Cet article est pour partie emprunté à celui de Dorothy Cummings MacLean publié lundi par LifeSite, par voie de traduction.

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28 juillet, 2019

Traduction intégrale de texte du Cardinal Gerhard Müller à propos du processus synodal en Allemagne et du synode sur l’Amazonie

Le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, s'en est pris aux visées des ses confrères allemands progressistes qui cherchent à imposer leur vision de l'Eglise – une nouvelle Eglise, en fait – à la faveur de leur « chemin synodal » et du synode à venir sur l'Amazonie utilisé pour redéfinir le sacerdoce catholique.

Je vous propose ici ma traduction de travail intégrale de ce texte paru en allemand dans Die Tagespost, et dans des traductions autorisées en italien sur Corrispondenza Romana, en anglais sur LifeSite (par ma consœur Maike Hickson), en espagnol sur Infovaticana.

Les projets du synode pan-amazonien suscitent des réactions vigoureuses et c'est une bonne nouvelle ! – J.S.

Traduction intégrale de texte du Cardinal Gerhard Müller à propos
 du processus synodal en Allemagne et du synode sur l’Amazonie


« Ne vous conformez pas à ce siècle ; mais transformez-vous
par le renouvellement de votre esprit »
(Rom. 12:2).

A propos du processus synodal en Allemagne et du Synode pour l’Amazonie

par le Cardinal Gerhard Müller 

1. La sécularisation de l’Église est la cause de la crise et non son remède

Celui qui croit que «  le Christ aussi a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier » (Eph 5, 25), ne peut qu’être choqué par la nouvelle la plus récente qui nous vient d’Allemagne, à savoir qu’en 2018 plus de 216.000 catholiques ont abandonné leur patrie spirituelle en quittant explicitement l’Église, tournant ainsi brutalement le dos à leur mère dans la foi. Il se peut bien que les motivations de ces personnes qui sont devenues membres du Corps ecclésial du Christ par leur baptême soient aussi diverses que le sont les êtres humains eux-mêmes. Il est clair, cependant, que la plupart d’entre eux quittent l’Église dans l’état esprit de celui qui annule son adhésion à une organisation séculière ; ou de celui qui se détourne de son parti politique de toujours, pour s’en être détaché ou pour avoir été profondément déçu par celui-ci. Ils ne savent même pas – à moins qu’on ne le leur ait jamais appris – que l’Église, bien que composée d’hommes imparfaits jusque parmi ses plus hauts représentants, est, dans son essence et son mandat, une institution divine. Parce que le Christ a établi son Église comme sacrement du salut du monde, comme « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier » (Lumen Gentium 1).

L’auteur de la Lettre aux Hébreux est bien conscient de la difficulté pastorale « Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont été rendus participants de l'Esprit-Saint, 5qui ont également goûté la bonne parole de Dieu et les vertus du siècle à venir, 6et qui sont tombés soient renouvelés et ramenés à la pénitence, eux qui crucifient de nouveau pour leur malheur le Fils de Dieu, et le livrent à l'ignominie » (Hebr. 6:4-6).

La principale raison qui les conduit à quitter l’Église sans se rendre compte qu’ils pèchent gravement contre l’amour du Christ notre Rédempteur et mettent ainsi en péril leur salut éternel, est l’idée que l’Église serait une association séculière. Ils ne savent en rien que l’Église pèlerine est nécessaire au salut et qu’elle est indispensable pour tous ceux qui sont venus à la foi catholique. «  L’incorporation à l’Église, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien “de corps” au sein de l’Église, mais pas “de cœur” » (Lumen Gentium 14).

Cette crise qui se traduit par les départs massifs de l’Église et le déclin de la vie de l’Église (faible participation à la messe, peu de baptêmes et de confirmations, séminaires vides, déclin des monastères) ne peut être surmontée à l’aide d’une sécularisation renforcée ainsi que d’une auto-sécularisation de l’Église. Ce n’est pas parce que l’évêque est si bon et encourageant – proche des gens et n’hésitant jamais à exprimer des banalités – que les gens reviennent dans la communauté salvifique du Christ ou participent pieusement à la célébration de la Divine Liturgie et aux sacrements. C’est plutôt parce qu’ils reconnaissent la vraie valeur de la liturgie et des sacrements comme moyens de la grâce. Si l’Eglise devait essayer de se légitimer devant un monde déchristianisé d’une manière séculière en se présentant comme lobby naturalo-religieux du mouvement écologique, ou si elle essayait de se présenter comme une agence d’aide aux migrants en donnant beaucoup d’argent, elle perdrait encore plus son identité de sacrement universel du Salut dans le Christ, et elle ne recevrait absolument pas cette reconnaissance tant souhaitée de la part du courant vert de la gauche.

L’Église ne peut servir les hommes dans leur recherche de Dieu et d’une vie dans la Foi, qu’en proclamant à tous les hommes l’Évangile au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et en les faisant disciples de Jésus par le baptême. Elle est le Corps du Christ, de sorte que Jésus-Christ, sa Tête, demeure présent par elle et en elle, jusqu’à la fin du monde (voir Mt 28,19 et ss). Le Christ nous parle dans les paroles de l’homélie ; Il rend présent son propre Sacrifice sur la Croix dans la sainte Messe ; Il se donne à nous comme nourriture pour la vie éternelle ; Il pardonne les péchés et transmet l’Esprit Saint aux serviteurs de l’Église par lesquels les évêques et prêtres ordonnés – au nom de Jésus Christ, grand prêtre de la Nouvelle Alliance – agissent et le rendent ainsi visible dans la paroisse (Sacrosanctum Concilium 41).

Ce qu’on appelle le parcours synodal de la classe dirigeante de l’Église en Allemagne, cependant, vise à une plus grande sécularisation de l’Église. Au lieu d’un renouveau de l’esprit de l’Evangile, grâce à la catéchèse, à la mission, à la pastorale, à la mystagogie [une explication mystique] des sacrements, on s’appuie plutôt aujourd’hui – et c’est ce qui se fait déjà depuis un demi-siècle – sur d’autres thèmes, espérant ainsi recevoir l’approbation de l’opinion publique du monde occidental et plaire à cette pensée qui réduit l’homme à une image matérialiste.

Par son essence, le chemin synodal vise :

1. La modification du sacrement de l’Ordre en un système professionnel de fonctionnaires bien rémunérés ;

2. Le passage du « pouvoir », considéré comme politique, des évêques et des prêtres aux laïcs, avec cette clause supplémentaire : si les qualifications sont les mêmes, il faudra privilégier les femmes. Ce qui est agaçant pour elles.

3. La disqualification de la morale chrétienne, telle qu’elle découle de la nouvelle vie dans le Christ, parce qu’elle est « contre le corps » et, suppose-t-on, incompatible avec les normes de la science sexuelle moderne.

4. La pierre d’achoppement depuis la Réforme protestante et depuis le naturalisme des Lumières étant bien sûr, le célibat sacerdotal. Mais aussi les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) de la vie consacrée avec vœux solennels. Dans une Église qui, en tant que simple institution humaine aux buts purement séculiers, a abandonné son identité de médiatrice du salut dans le Christ, et qui a perdu toute référence transcendante et eschatologique au Seigneur qui vient, le célibat librement choisi « pour le Royaume » (Mt. 19:12), ou, pour pouvoir « s’inquiéter des choses du Seigneur » (1 Cor. 7:32), est maintenant perçu comme une gêne– comme un élément étranger ou un déchet résiduel dont il faut se libérer aussi vite et aussi complètement que possible. Au mieux, ce célibat pourrait être accordé à certains peuples exotiques comme une forme masochiste d’autodétermination extrêmement autonome.

2. Les Allemands et le peuple amazonien dans un seul bateau

Comme ce fut déjà le cas pour les synodes sur la famille, l’« Eglise allemande » revendique son hégémonie sur l’Eglise universelle et se vante avec fierté et arrogance d’être la pionnière d’un christianisme en paix avec la modernité – malgré la lettre du pape François du 29 juin 2019 au peuple pèlerin de Dieu en Allemagne. Cependant, il n’a pas été expliqué – et cela est même difficile à comprendre pour tout observateur intéressé – pourquoi, face à l’état désolant de l’Église (allemande) dans son propre pays, on se sent maintenant appelé à être un modèle pour les autres. On utilise l’expression neutre, et qui sonne bien, d’une « saine décentralisation » (Instrumentum Laboris 126) et d’une dé-Romanisation de l’Église catholique (jadis, on appelait cela l’aversion antiromaine) ; mais ce qui est véritablement mis en avant, c’est la mythologie de l’Amazonie et de la théologie écologique occidentale, élevées au rang de Révélation ; tout comme l’hégémonie de leurs idéologues est portée plus haut  que l’autorité spirituelle des apôtres dans leur office apostolique.

Dans l’ecclésiologie catholique, il ne s’agit pas d’un rapport de forces entre le centre et la périphérie, mais plutôt de la responsabilité commune du Pape – qui est assisté par l’Église romaine sous la forme du Collège des cardinaux et de la Curie romaine – ainsi que par les évêques de l’Église universelle, qui consiste en et des églises particulières sous la direction d’un évêque (Lumen Gentium 23).

Ma proposition est la suivante : si l’on veut vraiment faire du bien à l’Église en ce qui concerne les deux éléments, il faut s’abstenir, par exemple, de renvoyer des évêques sans une procédure canonique régulière (qui inclut le droit à la défense) et aussi de fermer des monastères sans même donner de raisons, ou – sous prétexte qu’on n’est pas une filiale de Rome – de compromettre la souveraineté judiciaire et magistrale propres au Pape. Je recommanderais aussi de traiter d’une manière chrétienne les confrères et les employés qui n’ont commis aucune faute – si ce n’est d’avoir défendu une position légitime, dans le cadre d’une pluralité légitime d’opinions et de styles, mais qui s’écartait, cependant, de l’opinion privée de leurs supérieurs.

Le processus synodal dans le cadre de la Conférence épiscopale allemande est désormais lié au synode su l’Amazonie, et ce pour des raisons ecclésiales-politiques, afin de s’en servir comme levier pour la restructuration de l’Église universelle. De plus, dans le cadre de ces deux activités, les protagonistes sont presque identiques, et ils sont même liés financièrement et de man
ière organisationnelle par l’intermédiaire des organismes d’aide de la Conférence épiscopale allemande. Il ne sera pas facile de contrôler cette avalanche destructrice. Une fois le processus achevé, plus rien ne sera comme avant, et il a été dit qu’alors on ne reconnaîtra même plus l’Église. Ainsi s’exprimait l’un des protagonistes, révélant ainsi le véritable but.

Peut-être s’agit-il d’une erreur de calcul, à l’image de celle du roi Crésus de Lydie (590-541 av. J.-C.).  Celui-ci demanda un jour à l’Oracle de Delphes quelles étaient ses chances de victoire s’il attaquait l’Empire persan, mais interpréta mal, ensuite, la réponse prophétique : « Quand vous franchirez l’Halys, vous détruirez un grand empire. » Nos Halys sont la constitution divine de la doctrine, de la vie et du culte de l’Église catholique (Lumen Gentium).

Malheureusement, en Amérique du Sud jadis presque entièrement catholique, les catholiques, tout comme en Allemagne, ont quitté l’Église catholique par millions, sans que l’on se soucie de comprendre les racines de cette catastrophe, ni de faire preuve d’une détermination sincère à favoriser le renouveau en Jésus-Christ. La solution ici n’est pas une « pentecôtisation » de l’Église, c’est-à-dire sa protestantisation libérale à la manière latino-américaine, mais la redécouverte de sa catholicité. Les évêques peuvent désormais, tout comme le « Saint Synode » du Concile Vatican II, « tourner en premier lieu sa pensée vers les catholiques. Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, il enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église. (…) Sont incorporés pleinement à la  société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et les moyens de salut qui lui ont été donnés, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion. » (Lumen Gentium 14).

La diversité pittoresque d’opinions contradictoires et l’arbitraire dans la décision de conscience ne sont pas catholiques devant la Sainte Volonté de Dieu ; est catholique plutôt l’unité du peuple dans la foi qui nous introduit dans l’union avec le Père et le Fils dans l’Esprit Saint. « Afin que tous soient un, comme vous, Père, êtes en moi, et moi en vous, afin qu’ils soient, eux aussi, un en nous, pour que le monde croie que vous m’avez envoyé » (Jean 17:21). Et c’est pourquoi il nous est dit de prendre à cœur de s’efforcer de « conserver l’unité de l’esprit dans le lien de la paix. Soyez un seul corps et un seul esprit, comme vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Il y a un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui agit par tous, et qui réside en nous tous. » (Eph. 4, 3-6).

L’Instrumentum Laboris et le processus synodal en Allemagne, comme moyen supposé de sortir de la crise de l’Église, reposent tous deux sur une sécularisation plus poussée de l’Église. Lorsque, dans toute l’herméneutique du christianisme, on ne commence pas par l’autorévélation historique de Dieu dans le Christ ; quand on commence par incorporer l’Église et sa liturgie dans une vision mythologique du monde entier ; ou quand on transforme l’Église pour en faire une partie d’un programme écologique pour sauver notre planète, alors la sacramentalité – et surtout la charge ordonnée des évêques et prêtres dans la succession apostolique – devient vagues et indéterminée. Qui voudrait vraiment construire sa vie entière, avec l’exigence d’un dévouement total, sur une base aussi fragile ?

3. Le sacrement de l’Ordre sacré comme point central de la crise

Parce que le Christ a permis leur participation à son ordination et à sa mission (Lumen Gentium 28), les Apôtres et leurs successeurs dans l’office épiscopal – celui-ci représentant également l’unité de l’Église locale avec les prêtres, les diacres et tous les fidèles baptisés – exercent leur autorité au nom et avec l’autorité du Christ (Lumen Gentium 20). Ce n’est pas une puissance politico-sociologique, mais l’autorité donnée par l’Esprit Saint pour sanctifier, enseigner et gouverner le peuple de Dieu. « Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté. Ils président à la place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement » (Lumen Gentium 20). Il ne s’agit pas de trois charges différentes qui auraient été regroupés par un accident de l’histoire, que l’on pourrait démonter ou remonter d’une manière différente.

Il n’est pas non plus opportun de faire une comparaison avec le pouvoir mondain des monarques absolus face auquel on présente à juste titre – en se référant au baron de Montesquieu – le modèle de la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire). Et ce parce qu’il s’agit ici du service unique du Christ Maître, Pasteur et Prêtre, qui est exercé par les Apôtres et leurs successeurs au nom du Christ et dans la puissance de l’Esprit Saint. Et il ne s’agit pas d’une forme de pouvoir sur les autres, mais plutôt d’un service, pour eux et pour leur salut (Mt 23,11). C’est pourquoi le fait que certains évêques se soient publiquement déclarés prêts à renoncer librement au « pouvoir » n’est pas l’expression de leur modestie, mais plutôt un signe de leur manque de compréhension de ce qu’est un évêque catholique. La forme de « pouvoir » auquel ils veulent aujourd’hui renoncer, il valait mieux qu’ils ne l’eussent jamais eu ; quant à l’autorité spirituelle qu’ils ont reçue du Christ à leur ordination, ils ne peuvent la donner, car elle ne leur appartient pas en propre et ils ne peuvent proposer de la distribuer. Tout au plus ils pourraient-ils demander à être déchargés de la juridiction de leur diocèse, parce qu’ils ne sont plus capables d’assumer leurs responsabilités.

Il est frappant de constater que l’Instrumentum Laboris pour le synode amazonien et le chemin synodal allemand ne part pas de fondements bibliques et ne s’oriente pas ensuite en fonction de l’enseignement de l’Église qui s’est développé par la Tradition et des décisions doctrinales définitives des conciles et du Pape. Au lieu de cela, ils tirent leurs normes et leurs règles des nécessités sociologiques présumées du monde globalisé, ou des formes traditionnelles d’organisation des tribus amazoniennes.

Si l’on ordonne prêtres en Amazonie des hommes d’âge mûr dans des partenariats considérées comme stables (que ce soit dans un mariage canoniquement valide ou non ?), afin de fournir (!) les sacrements à la communauté – même sans formation théologique (IL 129,2) – pourquoi ne serait-ce pas là aussi le levier pour introduire enfin les viri probati en Allemagne, où le célibat n’est plus accepté dans la société et où de nombreux théologiens du mariage seraient disponibles afin de combler, en tant que prêtres, les postes laissés vacants du clergé célibataire ?

On ne peut déduire de l’appel des «  sept hommes de bon renom, pleins de l'Esprit-Saint et de sagesse » (Ac 6, 3) au service des tables (Ac 6, 1-7) – que l’on liera plus tard au degré des diacres sacramentellement ordonnés – la conclusion cléricalo-théologique selon laquelle l’Église pourrait créer à n’importe quel moment de nouveaux offices sacramentels, ni même qu’elle est autorisée à le faire a priori. La triple charge sacerdotale est née, d’une part, de la nécessité d’organiser la succession des Apôtres et de leur mandat d’annoncer l’Évangile, de servir sacramentellement de médiateurs de la grâce et de diriger, en bons bergers, le bercail du Christ. De l’autre côté, elle est issue de la formation des Eglises particulières en tant que représentants locaux de l’Eglise universelle. Ici, donc, l’un des prêtres est le Premier parmi le Collège des Presbytres, avec les diacres ; et, à partir du 2e siècle, il est de plus en plus exclusivement appelé évêque (Ignace d’Antioche, Mag. 6,1). Dans l’évêque, l’unité de l’Église locale est représentée sacramentellement, ainsi que l’unité avec les origines apostoliques, dans la mesure où l’ensemble des évêques, avec le Pape en tête, suit le Collège des Apôtres avec saint Pierre à leur tête (Première épître de Clément, 42:44 ; Lumen Gentium 20 ss).

4. Un office sacramentel pour les femmes ?

La triple charge – telle qu’elle est née historiquement de l’apostolat de l’Église primitive institué par le Christ – existe en vertu d’une « institution divine » (Lumen Gentium 20), et elle est exercée par ceux qui, selon la terminologie actuelle, sont « appelés évêques, prêtres, diacres » (Lumen Gentium 28). Dans des temps meilleurs, les évêques allemands s’opposèrent unanimement à la Kulturkampf de Bismarck en déclarant : « La constitution de l’Église est fondée, pour tous les points essentiels, sur l’ordre divin et est exempte de tout arbitraire humain » (DH 3114)*. Fait partie de cela l’idée que l’évêque, le prêtre et le diacre ne sont que des degrés de l’unique sacrement de l’Ordre. « Nul ne peut douter que la sainte ordination est vraiment et essentiellement l’un des sept sacrements de la Sainte Église – unum ex septem sacramentis. » (Trente, Décret sur le sacrement de l’Ordre : DH 1766 ; 1773). C’est pourquoi il est absurde d’assortir l’« Ordinatio sacerdotalis » (1994) de l’interprétation spécieuse selon laquelle aucune décision n’a été prise sur l’indivisibilité du sacrement de l’Ordre dans son ensemble, mais seulement sur les degrés de l’épiscopat et de la charge de prêtre que seuls les hommes peuvent recevoir.

L’analyse théologique des faits doctrinaux et historico-ecclésiastiques, dans le contexte des déclarations contraignantes concernant le sacrement de l’Ordre, montre très clairement que l’ordination sacramentelle, dans le degré et avec le titre officiel de « diacre », n’est pas et n’a jamais été administrée aux femmes dans l’Eglise catholique.

Il découle de la « constitution divine de l’Église », comme le Pape Jean-Paul II l’a décidé de manière incontestable, que l’Église n’a aucune autorité pour administrer l’ordination sacerdotale aux femmes. Ce n’est pas une conclusion tirée de l’histoire : elle s’enracine plutôt dans la constitution divine de l’Église. Cela s’applique bien sûr aux trois degrés de l’ordre. Il est devenu habituel dans le grand public et dans le vocabulaire actuel de l’Église d’utiliser le mot ouvert « serviteur », dans la version grecque « diakonos », comme terme technique pour désigner le premier des trois degrés de l’ordre. Pour autant, il n’est pas utile aujourd’hui de parler des diacres féminins non sacramentels, établissant ainsi l’illusion qu’il s’agit de faire revivre une institution passée – mais limitée dans le temps et dans l’espace – des diaconesses de l’Église primitive.

Cela contredit aussi l’essence de la charge épiscopale et de la charge sacerdotale, que l’on réduit à la sanctification pour pouvoir ensuite laisser des laïcs – c’est-à-dire des hommes et des femmes dans un service non sacramentel – prononcer l’homélie pendant la messe célébrée par un prêtre ou un évêque. On ferait ainsi des prêtres des « altaristes » [ou des « autellistes »]  (« Altaristen » : un mot humiliant pour désigner les prêtres qui célèbrent la messe sans homélie et sans attention pastorale ; c’est un abus que Luther a identifié et utilisé au service de ses polémiques ; G.M.], ce qui à l’époque a déclenché la protestation de la Réforme. La Messe est – en tant que liturgie de la Parole et du Corps et Corps de Notre Seigneur – « un seul acte d’adoration » (Sacrosanctum concilium 56). C’est pourquoi il appartient aux évêques et aux prêtres de prêcher et, tout au plus, de laisser occasionnellement le diacre ordonné prononcer une homélie. Le service dans la Parole et dans le Sacrement a une unité intérieure. L’office le plus important des évêques est la proclamation, d’où découlent aussi de manière cohérente les devoirs sacramentels (Lumen Gentium 25). De même que les Apôtres sont « serviteurs de la Parole » (Lc. 1, 2 ; Ac. 6, 2), la tâche des prêtres (évêques, presbytres) est également définie comme service « de la Parole et de la Doctrine » (1 Tim. 5, 17).
Lors de l’ordination, il n’y a pas de transfert de compétences individuelles particulières sans ordre interne ni interconnexion. C’est un service unique de la Parole, par lequel l’Église est réunie en tant que communauté de foi, où les sacrements de la foi sont célébrés et dans lequel le troupeau de Dieu est gouverné par ses bergers désignés, au nom et sous l’autorité du Christ. Voilà pourquoi les fonctions sacerdotales de la doctrine, du culte et de la gouvernance sont unies à la racine et sont simplement différentes dans leurs aspects théologiques, sous lesquels nous les examinons (Presbyterorum Ordinis 4-6). Dans la première description du rite de la messe à Rome vers l’an 160, le martyr et philosophe Justin dit que pendant la liturgie dominicale, après les lectures tirées des livres bibliques, le président (évêque, presbytre) donne l’homélie, et qu’ensuite il célèbre la Sainte Eucharistie avec offrande, consécration et communion (voir Justin, II. Apologia 65-67).

Les sacrements sont des signes et des instruments de la grâce divine, avec l’aide desquels Dieu édifie le chrétien individuel et l’Église dans son ensemble. C’est pourquoi on ne peut pas s’adresser aux autorités laïques et revendiquer, au nom des droits de l’homme, le droit d’être ordonné (ni en tant qu’homme ni en tant que femme), car les droits de l’homme sont instillés dans la nature de l’homme. En ce qui concerne l’ordre de la grâce et l’ordre de l’Église, l’autorité civile n’a aucune compétence. Seul un catholique du sexe masculin peut être ordonné – s’il est appelé et si l’Église, représentée par l’évêque, reconnaît l’authenticité de cette vocation et ordonne ensuite le candidat approprié selon les conditions canoniques comme évêque, prêtre ou diacre.

Mais ceux qui ont des difficultés avec cette vision des choses considèrent l’Église au mieux comme une institution séculière et ne reconnaissent donc pas l’office ordonné comme une institution divine. De telles personnes ne voient en définitive dans le titulaire d’une charge chrétienne qu’un simple fonctionnaire d’une organisation religieuse-sociale. Comment pourrait-on, dans ce cas, exhorter les fidèles avec ces paroles ? « Obéissez à vos guides et soyez-leur soumis ; car ils veillent, comme devant rendre compte pour vos âmes ; et il faut qu'ils le fassent avec joie, et non en gémissant ; ce qui ne vous serait pas avantageux. » (Héb. 13:17)

Le Magistère du Pape et des évêques n’a aucune autorité sur la substance des sacrements (Trente, Décret sur la communion sous les deux espèces, DH 1728 ; Sacrosanctum Concilium 21). Par conséquent, aucun synode – avec ou sans le Pape – ni aucun concile œcuménique, ni le Pape seul, même s’il parlait ex cathedra, ne pourrait rendre possible l’ordination des femmes comme évêque, prêtre ou diacre. Ils seraient en contradiction avec la doctrine clairement définie de l’Église. Cela serait invalide. Indépendamment de cela, il y a l’égalité de tous les baptisés dans la vie de la grâce et dans la vocation à toutes les charges et fonctions ecclésiales pour lesquelles l’exercice du sacrement de l’Ordre n’est pas nécessaire.

5. Sur ce qui est important à l’égard de l’office sacerdotal

Au cours des 2000 ans d’histoire de l’Eglise, les constellations culturelles et les conditions politico-sociologiques de la vie de l’Eglise ont aussi parfois changé de manière dramatique. Cependant, la fonction sacerdotale a toujours été la même dans ses éléments essentiels, que ce soit dans une société féodale, ou dans le système ecclésiastique germanique, pendant la période des cours et des princes évêques, ou à l’époque de l’Office de Pierre jusqu’en 1870 avec les avantages et les charges des Etats pontificaux. Comme aujourd’hui, il s’est toujours agi du service de la Parole et des Sacrements pour le salut du monde : tel est le devoir du berger qui, comme Jésus, le « berger et évêque de vos âmes » (1 Pierre 2,25), le « Berger suprême », donne sa vie pour les brebis qui lui ont été confiées (1 Pierre 5 1,4). La substance des sacrements n’est pas sujette à l’autorité de l’Église. Et l’on ne peut pas construire un nouveau modèle de sacerdoce, à l’aide d’éléments isolés des Écritures et de la Tradition et en omettant de faire la distinction entre décisions dogmatiquement contraignantes et de développements d’aspects mineurs. Les images sacerdotales développées par les stratèges pastoraux ne sont pas davantage importantes : seule importe l’image unique du Christ, le Grand Prêtre de la Nouvelle Alliance, qui est éternellement imprimée sur l’âme des consacrés et au nom et par la force de laquelle ils sanctifient, enseignent et gouvernent les fidèles (Presbyterorum Ordinis 2:12).

Cependant, les maîtres à penser allemands engagés dans le processus synodal ont dénigré l’affirmation centrale selon laquelle les prêtres agissent – en vertu du caractère qu’ils ont reçu à leur ordination – comme les Apôtres, « in persona Christi »(2 Co 2, 10 ; 2 Co 5, 20), le chef de l’Église (Presbyterorum ordinis 2), en présentant cette affirmation comme cause du cléricalisme et même cause des abus sexuels des jeunes. C’est d’abord une insulte incroyable à tant de pasteurs zélés. Mais plus gravement cela revient à contredire Jésus qui l’a d’abord dit aux douze Apôtres et ensuite aux 72 autres disciples : « Celui qui vous écoute, m’écoute ; celui qui vous méprise, me méprise. Et celui qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé. » (Luc 10,16). Un professeur de liturgie allemand s’est involontairement présenté sous un mauvais jour, et en contradiction ouverte avec le Concile Vatican II, lorsqu’il a affirmé que la célébration quotidienne de l’Eucharistie – dans laquelle le sacrifice de Jésus sur la Croix par amour pour les hommes, devient présent au monde – est à l’origine des abus pédophiles et homophiles de la sexualité. Car que le Concile affirme : «  Dans le mystère du sacrifice eucharistique, où les prêtres exercent leur fonction principale, c’est l’œuvre de notre Rédemption qui s’accomplit sans cesse. C’est pourquoi il leur est vivement recommandé de célébrer la messe tous les jours » (Presbyterorum ordinis 13). Si au cours du processus synodal en Allemagne, le thème essentiel de la transmission de la Foi n’est pas abordé, le rythme du déclin s’accélérera encore.

Peut-être sommes-nous en passe de devenir un « petit troupeau ». Mais cette parole de Jésus n’est pas à prendre dans un sens sociologique, et il n’a rien à voir avec les petits ou les grands nombres. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2:4), avec l’aide de l’unique médiateur Jésus Christ, dans la « maison de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité » (1 Tim. 3:15).

L’Église est le peuple de Dieu au milieu des peuples. Et si, au sein d’une nation, la majorité de la population est catholique, et que donc la société et l’État y sont imprégnés par la culture chrétienne, cela est certainement la volonté de Dieu. Le « petit » troupeau, c’est ce que nous sommes par rapport de la majorité ou dans une diaspora, car être chrétien à la suite du Seigneur Crucifié n’est pas une question d’adaptation à la culture dominante ni de contradiction, mais bien plus une décision personnelle de suivre le Seigneur crucifié et ressuscité.

Il est beau certainement d’être sur les rives du Rhin et de rêver à l’Amazonie. Mais la vue de ces fleuves majestueux ne peut calmer le désir ardent du cœur humain, ni leurs eaux étancher la soif de la vie éternelle. Seule l’eau que Jésus, Verbe incarné de Dieu, nous donne, devient en nous « une source d’eau qui jaillit jusqu’à la vie éternelle » (Jean 4,14).

Cardinal Gerhard Müller

© leblogdejeannesmits pour cette traduction de travail.

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18 juillet, 2019

Synode sur l'Amazonie : le cardinal Müller dénonce l'“Instrumentum Laboris”

Le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a publié une dénonciation vigoureuse de la teneur de l'Instrumentum laboris en vue du synode sur l'Amazonie qui se tiendra du 6 au 27 octobre prochains à Rome. Il en décrit le verbiage, les ambiguïtés, les aspects
« autoréférentiels » qui relèvent du progressisme allemand, la flagornerie envers le pape François, les erreurs  d'attribution.

Mais plus encore, après quelques protestations courtoises qu'on devine de pure forme, le cardinal Müller en signale les erreurs fondamentales, aberrantes, scandaleuses même – pour reprendre le ton de sa critique – et n'hésite pas à faire remarquer la dimension inquiétante d'un texte qui s'incline devant les rituels païens à travers « une cosmovision avec ses mythes et la magie rituelle de Mère “Nature”, ou ses sacrifices aux “dieux” et aux esprits. »

Je vous propose ici ma traduction intégrale de ce texte paru en allemand. Je me suis principalement aidée de la traduction vers l'anglais de Maike Hickson pour LifeSiteNews.

Trois remarques, avant de vous livrer le texte : d'abord, celui-ci émane d'un cardinal électeur, qui en toute logique – si son mandat à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi n'avait pas fait l'objet d'un inhabituel non renouvellement au terme de ses premières cinq années à ce poste – devrait encore être à la tête de ce qui était autrefois le Saint-Office, gardien de la pureté du magistère. Deuxièmement : le cardinal a publié ce texte dans un journal allemand, Die Tagespost, sous forme de tribune, ce qui en dit long sur la situation actuelle de l'Eglise. La vérité se réfugie dans les médias… Et troisièmement, ce texte très critique d'un document assumé par le Vatican et qui doit servir de base aux discussions du synode en octobre s'adresse à tout un chacun.

C'est donc à chacun que le cardinal veut confier ces vérités, donnant par le fait même mission aux laïcs de réfléchir, et de préserver le dépôt de la foi.

*

Sur le concept de la Révélation tel qu’on le trouve dans
l'“Instrumentum Laboris” pour le Synode sur l'Amazonie


Par le Cardinal Gerhard Müller 

1. Sur la méthode de l'“Instrumentum Laboris” (IL)

Personne ne penserait à remettre en question la bonne volonté de ceux qui sont impliqués dans la préparation et la mise en œuvre du synode pour l'Eglise en Amazonie, ni leur intention de tout faire pour promouvoir la foi catholique parmi les habitants de cette grande région et ses paysages fascinants. 
La région amazonienne doit servir pour l'Eglise et pour le monde « comme une pars pro toto, comme un paradigme, comme une espérance pour le monde entier » (IL 37). Déjà, cette définition de la tâche à accomplir montre l'idée d'un développement « intégral » de tous les hommes dans notre unique maison de la terre, dont l'Eglise se déclare responsable. Cette idée se retrouve encore et encore dans l'Instrumentum Laboris (IL). Le texte lui-même est divisé en trois parties : 1) La voix de l'Amazonie ; 2) L'écologie intégrale : Le cri de la terre et des pauvres ; 3) Une Eglise prophétique en Amazonie : Défis et espoir. Ces trois parties sont construites selon le schéma qu'utilise aussi la Théologie de la Libération : Voir la situation – juger à la lumière des évangiles – agir en vue de l'établissement de meilleures conditions de vie.

2. Ambivalence dans la définition des termes et des objectifs

Comme il arrive souvent lors de la rédaction de tels textes selon la technique  de l’atelier, il y a toujours des équipes de personnes ayant un état d'esprit similaire qui travaillent sur des partie distinctes, ce qui entraîne des redondances fastidieuses. Si l'on enlevait rigoureusement toutes les répétitions, le texte pourrait facilement être réduit à la moitié de sa longueur, voire moins.

Mais le principal problème n'est pas la longueur quantitativement excessive, mais le fait que les termes clefs ne sont pas clarifiés et qu'ils sont utilisés à l’excès : qu'est-ce qu'un chemin synodal, qu'est-ce que le développement intégral, qu'est-ce qu'une Eglise samaritaine, missionnaire, synodale et ouverte, ou une Eglise tendant la main, l'Eglise des pauvres, l'Eglise de l'Amazone, et plus ? Cette Eglise est-elle différente du Peuple de Dieu ou doit-elle être comprise simplement comme la hiérarchie du Pape et des évêques, ou en fait-elle partie, ou se trouve-t-elle du côté opposé, celui du peuple ? Le Peuple de Dieu est-il un terme sociologique ou théologique ? N'est-ce pas plutôt la communauté des fidèles qui, avec leurs bergers, sont en pèlerinage vers la vie éternelle ? Est-ce aux évêques d'entendre le cri du peuple, ou est-ce Dieu qui, comme Il l'a fait avec Moïse pendant la captivité d'Israël en Egypte, dit aujourd’hui aux successeurs des Apôtres de conduire les fidèles hors du péché et en dehors de l'impiété du naturalisme séculariste et de l'immanence à son salut dans la Parole de Dieu et dans les Sacrements de l'Eglise ?

3. L'herméneutique à l'envers

L'Eglise du Christ a-t-elle été placée par son Fondateur comme une sorte de matière première entre les mains des évêques et des papes, dont ils peuvent aujourd’hui – éclairés par le Saint Esprit – assurer la reconstruction pour en faire un instrument actualisé, avec des objectifs séculiers ? 
La structure du texte affiche un revirement radical dans l'herméneutique de la théologie catholique. La relation entre l'Ecriture Sainte et la Tradition Apostolique, d'une part, et le Magistère de l'Eglise, d'autre part, a été classiquement définie pour montrer que la Révélation est pleinement contenue dans l'Ecriture Sainte et la Tradition, tandis qu'il appartient au Magistère – uni au sens de la foi de l'ensemble du peuple de Dieu – de faire des interprétations authentiques et infaillibles. Ainsi, l'Ecriture Sainte et la Tradition sont des principes constitutifs de la connaissance pour la Profession de Foi catholique et sa réflexion théologico-académique. Le Magistère, en revanche, ne s’active que de manière interprétative et régulatrice (Dei Verbum 8-10 ; 24).

Dans le cas de l’IL, cependant, c'est exactement le contraire. Toute sa réflexion tourne de manière circulaire et autoréférentielle autour des documents les plus récents du Magistère du pape François, meublés de quelques références à Jean-Paul II et Benoît XVI. Les Saintes Ecritures sont peu citées, et les Pères de l'Eglise presque pas du tout, et encore d'une manière purement illustrative, et dans le but de soutenir des convictions qui existent déjà pour d'autres raisons. Peut-être veut-on ainsi manifester une fidélité particulière envers le Pape, ou se croit-on capable d'éviter les défis du travail théologique en se référant constamment à ses mots-clefs connus et souvent répétés, que les auteurs appellent – d'une manière assez brouillonne – « son mantra » (IL 25). Cette flagornerir est alors portée à son comble lorsque les auteurs ajoutent – à la suite de leur déclaration selon laquelle « les sujets actifs de l'inculturation sont les peuples indigènes eux-mêmes » (IL 122) – cette formulation étrange : « Comme l'a affirmé le Pape François, la grâce suppose la culture. » Comme si c’était lui qui avait découvert cet axiome - qui est bien évidemment un axiome fondamental de l'Eglise catholique elle-même. Dans sa version originale, c'est la grâce qui présuppose la nature, tout comme la foi présuppose la raison (voir Thomas d'Aquin, S. th. I q.1 a.8). 

Outre la confusion des rôles entre celui Magistère d'un côté et de l'Ecriture Sainte de l'autre, l’Instrumentum laboris va même jusqu'à affirmer qu'il existe de nouvelles sources de Révélation. L'IL 19 affirme : « Nous pouvons dire que l’Amazonie – ou tout autre espace territorial indigène ou communautaire –  n'est pas seulement un ubi (un espace géographique), mais que c'est aussi un quid,  c’est-à-dire, un lieu de sens pour la foi ou l'expérience de Dieu dans l'histoire. Le territoire est un lieu théologique depuis lequel on vit la foi, c'est aussi une source singulière de révélation de Dieu. Ces espaces sont des épiphanies où se manifeste la réserve de vie et de sagesse pour la planète, une vie et une sagesse qui parlent de Dieu. »

Si ici un territoire déterminé est présenté comme « source particulière de la Révélation de Dieu », alors il faut dire qu'il s'agit d'un faux enseignement, dans la mesure où depuis 2000 ans, l'Eglise catholique a enseigné infailliblement que l'Ecriture Sainte et la Tradition Apostolique sont les seules sources de Révélation et que l'histoire ne peut plus ajouter de Révélation. Comme le dit Dei Verbum, « nous n'attendons plus de nouvelle révélation publique » (4). Les Saintes Ecritures et la Tradition sont les seules sources de la Révélation, comme l'explique Dei Verbum (7) : « Cette sainte Tradition et la Sainte Ecriture de l’un et l’autre Testament sont donc comme un miroir où l’Eglise en son cheminement terrestre contemple Dieu, dont elle reçoit tout jusqu’à ce qu’elle soit amenée à le voir face à face tel qu’il est. » « La sainte Tradition et la Sainte Ecriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Eglise » (Dei Verbum 10).

Outre ces déclarations et références frappantes, l'organisation Rete Ecclesiale Panamazzonica (REPAM) – qui a été chargée de la préparation de l'IL et qui a été fondée précisément à cette fin en 2014 – ainsi que leurs auteurs, tenants de ce qu’on appelle la Theologia india (théologie indienne), se citent eux-mêmes le plus souvent.

Il s'agit d'une société fermée de personnes ayant absolument la même vision du monde, comme on peut facilement le voir sur la liste des noms des personnes ayant participé à des réunions pré-synodales à Washington et à Rome : elles contiennent un nombre disproportionné d'Européens de langue allemande.

Elle est à l'abri des objections sérieuses, parce que celles-ci ne peuvent se fonder que sur le doctrinalisme et le dogmatisme monolithiques, ou le ritualisme (IL 38 ; 110 ; 138), ainsi que sur le cléricalisme incapable de dialogue (IL 110), et sur la pensée rigide des Pharisiens et sur l’orgueil de la raison du côté des scribes. Ce serait une perte de temps et un gaspillage d'efforts que de discuter avec de telles personnes. 

Toutes n'ont pas l'expérience de l'Amérique du Sud ; elles ne sont présentes que parce qu'elles pensent être en conformité avec la ligne officielle, et parce qu'elles contrôlent les thèmes du chemin synodal de la Conférence épiscopale allemande et du Comité central des catholiques allemands (abolition du célibat, la présence des femmes dans le sacerdoce et dans les postes clefs du pouvoir contre le cléricalisme et le fondamentalisme, adaptation de la morale sexuelles révélées à l’idéologie du genre et à la valorisation des pratiques homosexuelles) – ce chemin synodal qui est mis en œuvre actuellement.

J'ai moi-même été actif dans le domaine pastoral et théologique au Pérou et dans d'autres pays pendant 15 années consécutives, sur des périodes de 2 à 3 mois à chaque fois. C'était principalement dans des paroisses et des séminaires d'Amérique du Sud, par conséquent le jugement que je porte maintenant n’émane pas d’une perspective purement eurocentrique, comme certains se plairaient volontiers à me le reprocher.

Tout catholique sera d'accord avec une intention importante de l'IL, à savoir que les peuples de l'Amazonie ne doivent pas demeurer l'objet du colonialisme et du néocolonialisme, l'objet de forces qui ne pensent qu'au profit et au pouvoir, au prix du bonheur et de la dignité d’autrui. Il est clair qu’aussi bien dans l'Eglise, la société et l’Etat où vivent ces personnes – en particulier nos frères et sœurs catholiques – sont des agents égaux et libres dans leur vie et leur travail, leur foi et leur morale – dans notre responsabilité commune devant Dieu. Mais comment y parvenir ?

4. Le point de départ est la Révélation de Dieu en Jésus-Christ

Sans doute, l'annonce de l'Evangile est-elle un dialogue, qui correspond à la Parole (Logos) de Dieu qui nous est adressée et à notre réponse dans le don gratuit d'obéissance à la Foi (Dei Verbum 5). Parce que la mission vient du Christ Dieu-Homme et parce qu'Il a transmis sa Mission du Père à ses Apôtres, l’alternative d'une approche dogmatique « d'en haut » opposée à une approche pédagogique et pastorale « d'en bas » n’a aucun sens, à moins de rejeter « le principe divino-humain du soin pastoral" (Franz Xaver Arnold). 

Mais l'homme est le destinataire du mandat missionnaire universel de Jésus (Matthieu 28:19), « Le médiateur universel et unique du salut entre Dieu et l'humanité tout entière » (Jean 14:6 ; Actes 4:12 ; 1 Tim 2:4 et suivants). Et l'homme peut réfléchir, avec l'aide de sa raison, sur le sens de la vie entre la naissance et la mort, et sa vie est ébranlée par les crises existentielles de l'existence humaine, et il met en vie et en mort son espérance en Dieu, l’origine et la fin de tout être. 

Une cosmovision avec ses mythes et la magie rituelle de Mère « Nature », ou ses sacrifices aux « dieux » et aux esprits qui nous effraient profondément ou nous attirent par de fausses promesses, ne peut constituer une approche adéquate pour la venue du Dieu Trinité dans sa Parole et son Esprit Saint. L'approche peut encore moins se résumer à une vision du monde scientifico-positiviste propre à une bourgeoisie libérale qui n'accepte du christianisme que les restes confortables de valeurs morales et de rituels civils-religieux.

Sérieusement, la connaissance de la philosophie classique et moderne, des Pères de l'Eglise, de la théologie moderne et des Conciles, sera-t-elle remplacée dans la formation des futurs pasteurs et théologiens par la cosmovision amazonienne et la sagesse des ancêtres avec leurs mythes et rituels ?
Si l'expression « cosmovision » signifiait simplement que toutes les choses créées sont interdépendantes, ce ne serait qu’un simple lieu commun. En raison de l'unité substantielle du corps et de l'âme, l'homme se trouve à l'intersection du « tissu » de l'esprit et de la matière. Mais la contemplation du cosmos ne doit pas être autre chose que l'occasion de glorifier Dieu et son œuvre merveilleuse dans la nature et l'histoire. Le cosmos, cependant, ne doit pas être adoré comme Dieu, mais seulement le Créateur Lui-même. Nous ne tombons pas à genoux devant l'énorme puissance de la nature et devant « tous les royaumes du monde et leur splendeur » (Matthieu 4:8), mais seulement devant Dieu, « car il est écrit : tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne le serviras que Lui » (Matthieu 4:10). C'est ainsi que Jésus a rejeté le séducteur diabolique dans le désert.

5. La différence entre l'Incarnation du Verbe et l'Inculturation elle-même comme chemin d'évangélisation

La « Theologia indigena et l'éco-théologie » (IL 98) est le fruit d'un romantisme social. La théologie est la compréhension (intellectus fidei) de la Révélation de Dieu dans sa Parole dans la profession de foi de l'Eglise, et non le mélange sans cesse renouvelé de sentiments du monde et de visions du monde ou de constellations religieuses et morales du sentiment cosmique du tout en un, le mélange de la conscience de soi et du monde (hen kai pan). Notre monde naturel est la création d'un Dieu personnel. La foi, selon le sens chrétien, est donc la reconnaissance de Dieu dans sa Parole éternelle qui s'est faite chair ; c'est l'illumination dans l'Esprit Saint, afin qu’en le Christ, nous reconnaissions Dieu.  Avec la Foi, les vertus surnaturelles de l'espérance et de la charité nous sont communiquées.  C'est ainsi que nous nous comprenons comme enfants de Dieu qui, par le Christ, dit à Dieu dans l'Esprit Saint : « Abba, Père » (Rm 8, 15). Nous mettons toute notre confiance en Lui, et Il fait de nous Ses fils, qui sont libérés de la peur des forces élémentales du monde et des figures démoniaques, dieux et esprits, qui nous dressent leurs guet-apens insidieux dans l'imprévisibilité des forces matérielles du monde. 

L'Incarnation est un événement unique dans l'histoire que Dieu a librement décidé dans Sa volonté universelle de salut. Cela n'est pas l’inculturation, et l'inculturation de l'Eglise n'est pas une incarnation (IL 7;19;29;108). Ce n'est pas Irénée de Lyon, dans le 5e livre Adversus haereseses (IL 113), mais Grégoire de Nazianze qui formule le principe : « quod non est assumptum non est sanatum » – ce qui n'a pas été assumé, n'est pas non plus sauvé. (ép. 101, 32) Il s'agit ici d’affirmer l’intégréalité de la nature humaine, contre Apollinaire de Laodicée (315-390) qui pensait que le Logos dans l'Incarnation ne prenait qu'une nature, sans l’âme humaine. C'est pourquoi la phrase suivante est totalement aberrante : « La diversité culturelle exige une incarnation plus réelle afin d'embrasser des modes de vie et des cultures différents. » (IL 113)

L'Incarnation n'est pas le principe de l'adaptation culturelle secondaire, mais concrètement et avant tout le principe du salut « comme le sacrement universel du salut » dans le Christ (Lumen Gentium 1:48), dans la profession de foi de l'Eglise, dans ses sept sacrements et dans l'épiscopat avec le Pape à sa tête, par la succession apostolique. 

Les rites secondaires issus des traditions des peuples peuvent aider à enraciner dans la culture les sacrements, qui sont les moyens de salut institués par le Christ. Ils de doivent cependant pas devenir indépendants, de sorte que, par exemple, les coutumes du mariage deviennent soudainement plus importantes que le « Oui » qui est constitutif du sacrement du mariage lui-même. Les signes sacramentels, tels qu'ils ont été institués par le Christ et les Apôtres (parole et symbole matériel), ne peuvent être modifiés à aucun prix. Le baptême ne peut être valablement administré autrement qu'au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et avec de l'eau naturelle ; et dans l'Eucharistie, on ne peut remplacer par la nourriture locale le pain fait de blé et le vin de la vigne. Ce ne serait pas de l'inculturation, mais une atteinte inadmissible à la volonté fondatrice de Jésus ; et ce serait aussi une destruction de l'unité de l'Eglise en son centre sacramentel.

Quand l'inculturation se réfère à la célébration extérieure secondaire du culte divin et non aux sacrements – qui ex opere operato, par la Présence vivante du Christ, fondateur et véritable donneur de grâce, sont le signe de ces sacramentels – alors la phrase suivante est scandaleuse, ou du moins irréfléchie : « Sans cette inculturation, la liturgie peut être réduite à une “pièce de musée” ou à la “propriété d'une poignée de privilégiés”. » (IL 124)

Dieu n'est pas simplement partout et également présent dans toutes les religions, comme si l'Incarnation n'était qu'un phénomène typiquement méditerranéen. En fait, Dieu, en tant que Créateur du monde, est présent dans l'ensemble et dans chaque cœur humain (Actes 17:27sq) – même si les yeux de l'homme sont souvent aveuglés par le péché, et ses oreilles sourdes à l'amour de Dieu. Mais Il vient par sa Révélation dans l'histoire de son peuple élu Israël, et Il vient tout près de nous dans Son Verbe incarné et dans l'Esprit qui a été versé dans nos cœurs. Cette auto-communication de Dieu en tant que grâce et vie à chaque homme se répand dans le monde par l'annonce par l'Eglise de sa vie et de son culte, c'est-à-dire par la mission mondiale selon le mandat universel du Christ.
Mais il travaille déjà avec sa grâce d'aide et de prévenance dans le cœur de ceux qui ne le connaissent pas encore expressément et nommément, afin que, lorsqu'ils entendent parler de lui dans l'annonce apostolique, ils puissent l'identifier comme le Seigneur Jésus, dans l'Esprit Saint (1 Co 12,3).

6. Le critère du discernement : l'Autocommunication historique de Dieu en Jésus-Christ

Ce qui manque dans l’IL, c'est un témoignage clair de l'autocommunication de Dieu dans le Verbe Incarné, de la sacramentalité de l'Eglise, des sacrements comme moyens objectifs de la grâce plutôt que de simples symboles autoréférentiels, du caractère surnaturel de la grâce, afin que l'intégrité de l'homme ne consiste pas seulement en l'unité avec la bio-nature, mais dans la filiation divine et dans la communion pleine de grâce avec la Sainte Trinité, afin que la vie éternelle soit la récompense de la conversion à Dieu, la réconciliation avec Lui, et pas seulement avec l'environnement et notre monde commun. 

On ne peut pas réduire le développement intégral à la simple mise à disposition de ressources matérielles. Car l'homme ne reçoit sa nouvelle intégrité que par la perfection dans la grâce, ici et maintenant dans le baptême, où nous devenons une nouvelle Création, enfants de Dieu, et puis un jour dans la vision béatifique dans la communauté du Père, du Fils et du Saint Esprit, et en communion avec Ses saints. (1 Jean 1:3 ; 3:1 ss).

Au lieu de présenter une approche ambiguë avec une religiosité vague, dans une tentative futile de faire du christianisme une science du salut en sacralisant le cosmos et la nature et l'écologie de la biodiversité, il est important de regarder le centre et l'origine de notre foi : « Il a plu à Dieu dans sa bonté et sa sagesse de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Ep 1, 9) grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine » (2).

Gerhard cardinal Müller


© leblogdejeannesmits pour la traduction.



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