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21 février, 2020

Mgr Schneider : Querida Amazonia, “Une lueur d'espoir au milieu de la confusion actuelle” (traduction intégrale)

Chers lecteurs, je vous propose ci-dessous ma traduction intégrale du texte – véritable lettre pastorale – publié le 18 février par Mgr Athanasius Schneider sur LifeSiteNews à propos de l'Exhortation apostolique post-synodale “Querida Amazonía”.  Je la publie avec son approbation. Mgr Schneider relève les points positifs qui s'y trouvent indéniablement du point de vue de la doctrine, tout en mettant en garde contre ses faiblesses – un penchant pour le panthéisme, une préoccupation indue pour les choses terrestres alors que l'Eglise est chargée du salut des âmes. C'est un long texte mais il mérite d'être lu attentivement jusqu'au bout, tant il éclaire sur ce qu'il y a de bon, mais aussi de confus, de mauvais ou d'inquiétant dans le texte du pape François. – J.S.


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Querida Amazonía : une lueur d’espoir au milieu de la confusion actuelle
par Mgr Athanasius Schneider


La majorité des observateurs s’accordent à dire que la publication de l’Exhortation apostolique Querida Amazonía a provoqué un tremblement de terre spirituel. Dans son Exhortation apostolique, le Pape François n’a pas ouvert la porte à l’ordination des hommes mariés qualifiés de viri probati. Le pape a également rejeté la proposition d’ordonner sacramentellement les femmes au diaconat permanent, pourtant approuvée par un vote majoritaire au Synode pan-amazonien. Tant les médias anti-chrétiens traditionnels qu’un puissant réseau de cardinaux, d’évêques, de théologiens et de bureaucrates laïcs bien payés, dont l’esprit a été conformé à l’esprit incrédule et relativiste du monde, sont restés initialement sans voix, choqués – et ils ont réagi avec une frustration ouverte ou étouffée.

Le 13 février 2020, dans l’émission d’information quotidienne Tagesthemen, la chaîne publique allemande ARD a laissé son commentateur officiel critiquer le pape François en ces termes : « Le pape François nous a surpris par sa décision d’interpréter le célibat de manière stricte. Le monde était apparemment prêt, et de son côté. Ce n’est plus un secret que l’Argentin est personnellement favorable à un assouplissement de la loi catholique de continence pour le clergé. Pour de nombreux croyants, il aurait été logique d’assouplir avec précaution la loi du célibat dans un premier temps, comme l’a suggéré le Synode de l’Amazonie. Pire encore que son “non” à l’assouplissement de la règle du célibat est la décision du chef de l’Église à propos du rôle des femmes. Les femmes continuent d’être largement privées de la possibilité de poursuivre une carrière au sein de l’Église. »

Le président du Comité central des catholiques allemands (Zentralkommittee der Deutschen Katholiken) a déclaré : « Malheureusement, le pape François n’a pas eu le courage de mettre en œuvre de véritables réformes quant à l’ordination des hommes mariés et des ministères liturgiques des femmes, questions dont on débat depuis 50 ans. » Une réaction étonnamment véhémente contre le pape François s’est également manifestée de la part du père Paulo Suess, un théologien allemand qui vit au Brésil et qui fut un participant important au Synode de l’Amazonie. Il a déclaré que, dans certaines parties de l’Exhortation, la vision du pape François sur l’Église en Amazonie constitue un cauchemar.

Il ressort clairement de ces réactions que tous ces groupes et individus étaient sûrs de la victoire et attendaient avec confiance la réalisation de leur objectif tant désiré, à savoir l’abolition du célibat sacerdotal et l’approbation de l’ordination féminine. Dans un éditorial du 13 février intitulé "Habemus Coelibatum !!!", le blog allemand Im Beiboot Petri a fait ce commentaire remarquable : « Quelle journée. Les journalistes du monde occidental ont assiégé le Vatican dès les premières heures du matin afin d’être les premiers à rapporter la nouvelle sensationnelle que tous attendaient : “Enfin, le dernier bastion est tombé. C’était le résultat logique, car la ‘majorité’ d’octobre en avait ainsi décidé. Désormais, plus rien ne peut aller de travers, car si la majorité décide, ni Dieu ni le pape ne peuvent la contester. La presse militante de gauche, également connue sous le pseudonyme de MainStreamMedia, avait déjà bouclé ses articles dans ses ordinateurs, de sorte qu’une fois l’annonce officielle faite, elle pouvait se contenter d’appuyer sur le bouton d’envoi pour être la première à diffuser ces nouvelles sensationnelles dans le monde. Mais les choses se sont passées autrement. »

La norme apostolique du célibat sacerdotal et la vérité divinement révélée à propos de l’ordination sacramentelle, réservée au sexe masculin, constituaient le dernier bastion du catholicisme romain, et les réseaux sécularisés et protestants de l’Église n’ont pas encore réussi à le faire tomber. Ils ont réussi à endommager sérieusement le bastion de la loi pérenne de la prière, la lex orandi, par une mise en œuvre universelle d’éléments protestants dans la forme et le contenu des célébrations liturgiques. Ils ont réussi, en pratique, à introduire le divorce à travers l’approbation papale de normes locales permettant à des catholiques vivant en union adultère d’accéder à la Sainte Communion. Ils ont réussi à légitimer l’activité homosexuelle au sein de l’Église dans la mesure où des cardinaux et les évêques sont restés impunis alors qu’ils avaient ouvertement  soutenant les événements de la « Gay Pride » et les activistes des groupes dits « LGBT ». Ils ont réussi à détourner la hiérarchie de l’Église catholique, et concrètement le pape, de la primauté du surnaturel et de l’éternel dans la mission de l’Église, afin de donner une importance égale à la mission de prendre soin des réalités matérielles et temporelles, tels le climat, l’environnement ou le biome amazonien, assimilant ainsi le naturel au surnaturel, le royaume des cieux au royaume de la terre, le profane au sacré, sacralisant ainsi le naturel et désacralisant le surnaturel. Ils ont réussi à relativiser la vérité de la foi catholique en tant que seule vraie religion voulue par Dieu, grâce à une théorie et à une pratique relativistes de l’œcuménisme et du dialogue inter-religieux. Ils ont réussi à abolir le premier commandement du Décalogue par l’acte historiquement sans précédent d’une vénération cultuelle au Vatican (au cœur de la chrétienté catholique) d’une statue de la Pachamama, un symbole de premier plan de la religion païenne indigène des peuples autochtones d’Amérique du Sud.

À la lumière de ces attaques ciblées et bien orchestrées contre le Dépôt de la Foi et tout ce qui est authentiquement catholique, le refus du pape François d’affaiblir ou de modifier la loi du célibat sacerdotal et d’approuver une ordination diaconale féminine sacramentelle revêt une importance historique et mérite la reconnaissance et la gratitude de tous les vrais fils et filles de l’Église. La position du pape a frustré de nombreux participants influents au synode pan-amazonien. Leur agacement révèle le fait qu’ils ne s’intéressaient pas sérieusement à la réalité du peuple amazonien et à son évangélisation authentique, mais qu’ils ont utilisé le peuple amazonien comme un moyen d’atteindre impitoyablement leurs objectifs politiques ecclésiastiques. Ce faisant, ils ont créé un spectacle de cléricalisme cynique. Le théologien viennois Jan-Heiner Tück a qualifié la position du pape François de « refus provocateur ». Laissant libre cours à sa frustration, Tück a vendu la mèche en affirmant : « Pourquoi l’effort considérable d’un synode de quatre semaines à Rome, si à la fin tout reste pareil ? »

Après la publication de Querida Amazonía, le pape François a partagé avec un groupe d’évêques américains sa frustration par rapport à la réaction face à son Exhortation apostolique. Mgr William A. Wack de Pensacola-Tallahassee a rapporté ces paroles du pape François : « Il a déclaré que certaines personnes disent qu’il n’est pas courageux parce qu’il n’a pas écouté l’Esprit. Donc, ils ne sont pas fâchés contre l’Esprit. Ils sont en colère contre moi ici », a-t-il déclaré. « Pour certaines personnes, la question était avant tout le célibat et non d’Amazonie », a-t-il ajouté : « On pouvait voir sa consternation » [celle du pape François].

Dans leur frustration, le clergé et les laïcs qui doivent leur poste grâce à l’influence d’une « nomenklatura » ecclésiastique d’esprit mondain s’emploient désormais désespérément à limiter des dégâts. Tout à leurs fantasmes, ils répètent, comme un mantra, des phrases telles que « Le dernier mot n’a pas encore été prononcé », « Cette discussion va se poursuivre » et « ce n’est en aucun cas un sujet tabou ». Semant encore plus de confusion, le cardinal Christoph Schönborn a déclaré : « Ces décisions du synode amazonien peuvent encore mûrir ; les portes ouvertes n’ont pas été refermées. »

D’autres se consolent à l’idée que le Document final du synode panamazonien fait partie du magistère papal ordinaire.  Pourtant, les représentants du Saint-Siège ont rejeté ce point de vue. Lors de la conférence de presse où Querida Amazonía a été présentée, le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du Synode des évêques, a précisé que le pape François parle dans l’Exhortation apostolique de « présentation » et non d’« approbation » du Document final du synode. Le porte-parole du Vatican, Matteo Bruni, a déclaré : « L’Exhortation apostolique [Querida Amazonía] fait partie du magistère. Le Document final n’est pas du magistère. »

Avec la publication de Querida Amazonía, nous avons assisté à un événement quelque peu similaire, dans les circonstances et les réactions, à ce qui s’est produit lors de la publication de l’encyclique Humanae vitae de Paul VI en 1968. La position du pape François concernant la loi du célibat sacerdotal et par rapport à l’ordination féminine est un soulagement pour tous les vrais catholiques, le clergé et les fidèles laïcs. Le rocher de Pierre, qui au cours du pontificat actuel a été presque continuellement enveloppé de brume, est devenu au moins pour un temps un rocher dans le ressac, résistant à la pression des vagues déferlantes ; il a été illuminé par un rayon de la promesse divine du Christ.

En remerciant sincèrement le pape François d’avoir résisté à la pression d’assouplir la loi du célibat sacerdotal et d’approuver une ordination sacramentelle féminine, il faut aussi, en toute justice, souligner le fait que le texte de la Querida Amazonía dans son ensemble représente une amélioration par rapport au document final du synode amazonien. Pour ne citer que quelques exemples : Querida Amazonía parle de « conversion intérieure » (n. 56), alors que le Document final comporte des chapitres entiers regroupés sous le titre de « conversion intégrale » et de « conversion écologique » qui évoquent même la « conversion écologique de l’Église et de la planète » (n. 61). Le thème de la « maison commune » est largement discuté dans le Document final, alors qu’il n’est mentionné qu’une seule fois en Querida Amazonía, dans une citation. Les mots « changement climatique » et « climatique » sont absents dans Querida Amazonía, alors que le Document final les utilise par deux fois et parle même de « l’émission de dioxyde de carbone (CO2) » (n. 77). Le mot « écologie » est utilisé 27 fois dans le Document final et presque toujours dans l’expression « écologie intégrale », alors que l’expression « écologie humaine » est absente dans le Document final. Querida Amazonía, au contraire, n’utilise qu’une seule fois l’expression « écologie intégrale » et parle trois fois d’« écologie humaine » (n. 41) dans le sens proposé par le Pape Benoît XVI.

Le Document final ne parle pas des limites de la culture et du mode de vie des peuples d’origine, alors que Querida Amazonía mentionne deux fois ces limites, dans un sens moral (voir n. 22 et n. 36). Querida Amazonía met en garde contre un « indigénisme » fermé, alors que le Document final est muet sur ce sujet. Il est intéressant de citer l’affirmation suivante de Querida Amazonía : « Mon intention n’est donc pas de proposer un indigénisme complètement fermé, anhistorique, figé, qui se refuserait à toute forme de métissage. Une culture peut devenir stérile lorsqu’“elle se ferme sur elle-même et cherche à perpétuer des manières de vivre vieillies, en refusant tout échange et toute confrontation au sujet de la vérité de l'homme ” » (n. 37). Le Document final ne parle que de « transformation sociale », alors que Querida Amazonía parle davantage de transformation spirituelle et en particulier de la nécessité pour la culture d’être transformée par l’action du Saint-Esprit : « L’Esprit Saint enrichit sa culture par la puissance transformatrice de l’Évangile »(n. 68). Le Document final évite de parler d’une nécessaire attitude critique envers les diverses cultures, alors que Querida Amazonía fait cette déclaration avec justesse : « Les défis des cultures invitent l’Église à “un sens critique aigu mais aussi [à la] confiance” » (n. 67). Dans le Document final, les mots « immanence » et « vide moral » manquent, alors que Querida Amazonía lance cet avertissement réaliste : « Ce qui nous unit c’est ce qui nous permet de vivre dans le monde sans que l’immanence terrestre, le vide spirituel, l’égocentrisme confortable, l’individualisme de consommation et d’autodestruction nous dévorent. » (n. 108).

Les mots « droit » et « droits » sont utilisés dans le Document final dans un sens essentiellement humaniste. Le document parle avec insistance et dans un but évidemment idéologique du « droit fondamental » à la célébration de l’Eucharistie et à l’accès à celle-ci (n. 109). Querida Amazonía ne parle pas du « droit à l’Eucharistie », mais du droit des peuples autochtones à entendre l’Evangile (cf. n. 64), thème sur lequel le Document final reste muet. Le Document final évite de parler du danger qu’une communauté ecclésiastique devienne une ONG. Querida Amazonía, en revanche, fait l’audacieuse déclaration suivante : « Sans cette annonce passionnée, toute structure ecclésiale se transformera en une ONG de plus, et ainsi, nous ne répondrons pas à la demande de Jésus-Christ : “Allez dans le monde entier, et proclamez l’Évangile à toute la création”, (Mc 16, 15) » (n. 64).

Le mot « adoration » est absent du Document final alors qu’il est mentionné dans Querida Amazonía. Au lieu de parler de « théologie inculturée » (Document final), Querida Amazonía parle de « spiritualité inculturée ». Le Document final n’utilise que deux fois le mot « grâce », et ce de manière anthropocentrique, alors que Querida Amazonía nomme dix fois la grâce dans un sens plus théologique, comme on peut le voir par exemple dans les formulations suivantes : « Le Christ est la source de toute grâce » (n. 87) ; dans les sacrements la nature est élevée pour qu’elle soit le lieu et l’instrument de la grâce » (n. 81) ; la présence de Dieu par la grâce (note n. 105). L’indispensable citation biblique de 1 Co 9,16, sur la tâche missionnaire de l’Église, est absente du Document final, alors que Querida Amazonía parle en termes clairs de cette tâche avec la citation complète de 1 Co 9,16 : « Mais nous ne renonçons pas, en tant que chrétiens, à la proposition de la foi que nous recevons de l’Évangile. Même si nous voulons lutter avec tous, coude à coude, nous n’avons pas honte de Jésus-Christ. Pour ceux qui l’ont rencontré, vivent dans son amitié et s’identifient à son message, il est impossible de ne pas parler de lui et de proposer aux autres sa proposition de vie nouvelle : “Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !” (1Co 9, 16). » Le Document final ne parle pas du sens authentique de la Tradition de l’Eglise, alors que Querida Amazonía parle de la Tradition comme de la racine d’un arbre en croissance constante. Citant la célèbre formule de saint Vincent de Lérins, l’Exhortation rappelle que « la doctrine chrétienne est consolidée par les années, élargie par le temps, affinée par l’âge » (Commonitorium, 23, cité dans la note 86).

Pourtant, tout en relevant les améliorations apportées à l’Exhortation Querida Amazonía, on ne peut passer sous silence les regrettables ambiguïtés et erreurs doctrinales qu’elle contient, ainsi que ses dangereuses tendances idéologiques. Par exemple, l’approbation implicite d’une spiritualité panthéiste et païenne par Querida Amazonía est très problématique, lorsqu’elle parle de la terre matérielle comme d’un « mystère sacré » (n. 5) ; de l’entrée en communion avec la nature : « nous entrons en communion avec la forêt » (n. 56) ; du biome amazonien comme « lieu théologique » (n. 57). L’affirmation selon laquelle le fleuve Amazone est « l’éternité cachée » (n. 44) et que « seule la poésie, avec sa voix humble, pourra sauver ce monde » (n. 46) se rapproche du panthéisme et du paganisme. Un chrétien ne peut souscrire à de telles idées et expressions.

Les juifs et les chrétiens n’ont jamais été autorisés à « recueillir d’une certaine manière » les symboles religieux autochtones païens. Dieu a interdit à son peuple élu de reprendre le symbole indigène du veau d’or et de Baal. Lorsqu’ils mirent le feu au port de Jamnia (voir 2 Mac 12:7-8), les soldats de Judas Macchabée considérèrent qu’il était possible de « recueillir » des symboles indigènes « d’une certaine manière » sans nécessairement considérer cela comme de l’idolâtrie, puisqu’il ne s’agissait que d’offrandes votives dans les temples (cf. 2 Mac 12:40). Cependant, Dieu condamne cette « recueil de symboles autochtones d’une certaine manière » et, comme chacun a pu le constater, c’est pour cette raison que ces soldats ont été tués. Toute la communauté a fait des actes d’expiation pour ce péché : « Se mettant en prières, ils demandèrent que la faute qui avait été commise fût livrée à l’oubli. (…) Et, après avoir fait une collecte, (Judas) envoya douze mille drachmes d’argent à Jérusalem, afin qu’un sacrifice fût offert pour les péchés des morts » (2 Mac 12, 42-43).

Les apôtres n’ont jamais permis que l’on reprenne « d’une certaine manière » les symboles indigènes de la société gréco-romaine, comme la statue d’Artémis ou de Diane à Éphèse (voir Actes 19, 23 et suivants). Saint Paul « persuade et détourne un grand nombre de personnes, en disant : Ce ne sont pas des dieux, ceux qui sont faits par la main des hommes » (Actes 19:26). Les habitants d’Éphèse protestèrent contre la position intransigeante de saint Paul quant à l’adoption de symboles indigènes en déclarant : « (il y a danger) que le temple de la grande Diane ne soit tenu pour rien, et la majesté de celle que toute l'Asie et tout l'univers honorent commencera à s'anéantir » (Actes 19:27). Avec saint Paul, nous devrions nous écrier : « Quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles et les symboles religieux indigènes ? » (cf. 2 Cor 6:16). Saint Vladimir n’a pas repris les symboles indigènes utilisés dans sa religion païenne, pas plus que saint Boniface en Allemagne. Ils suivaient ainsi le commandement de Dieu rapporté dans les Saintes Écritures et dans l’enseignement des Apôtres. Il est certain qu’aucun des Apôtres ou des saints missionnaires n’aurait pu tranquillement rester sans rien faire ni accepter volontiers l’affirmation de Querida Amazonía : « Il est possible de recueillir d’une certaine manière un symbole autochtone sans le qualifier nécessairement d’idolâtrie » (n. 79).

La désignation par Querida Amazonía de la Sainte Vierge Marie comme « mère de toutes les créatures » (n. 111) est également très problématique sur le plan théologique. La Sainte et Immaculée Mère de Dieu n’est pas la mère de toutes les créatures, mais seulement de Jésus-Christ, Rédempteur de l’humanité, et elle est donc aussi la mère spirituelle de tous les hommes rachetés par son divin Fils. On trouve l’idée et l’expression « mère de la création ou des créatures » dans les religions païennes, par exemple dans le culte de la Pachamama et dans le mouvement New Age, comme on peut le voir dans la description suivante : « La Terre-Mère, dans les religions anciennes et modernes non alphabétisées, est une source éternellement féconde de tout. Elle est tout simplement la mère, rien n’est séparée d’elle. Tout provient d’elle, tout retourne à elle, tout est elle. La forme la plus archaïque de la “Terre-Mère” est une Terre-Mère qui produit tout, inépuisablement, à partir d’elle-même » (Encyclopaedia Britannica). Les hymnes védiques parlent d’« Aditi », la déesse primitive du panthéon hindou, comme de la « mère de toutes les créatures ». Saint Anselme fournit la conception juste et la bonne terminologie, en disant « Dieu est le Père du monde créé et Marie la mère du monde recréé. Dieu est le Père par qui la vie a été donnée à toutes choses, et Marie est la mère de Celui, par qui une nouvelle vie a été donnée à toutes choses. Car Dieu a engendré le Fils, par lequel toutes choses ont été faites, et Marie lui a donné naissance en tant que Sauveur du monde. Sans le Fils de Dieu, rien ne peut exister ; sans le Fils de Marie, rien ne peut être racheté » (Oratio 52). Marie est la « Reine du ciel, la Regina cœli » et la « Reine de la création », mais elle n’est pas la « mère de toutes les créatures ».

Une des principales tendances erronées de Querida Amazonía est sa promotion du naturalisme, et de légers échos du panthéisme et d’un pélagianisme caché. Ces tendances peuvent être détectées dans l’importance et la valeur excessives qu’elle accorde à la prise en compte des réalités naturelles, terrestres et temporelles. Un tel réductionnisme confine l’existence des créatures et de l’humanité principalement dans le domaine de l’ordre naturel. Cette tendance naturaliste et néopélagienne est, en fait, la maladie spirituelle qui a le plus caractérisé et abîmé la vie de l’Église depuis le Concile Vatican II. Querida Amazonía fournit une preuve de cette tendance, bien que sous une forme quelque peu atténuée par rapport au Document final du Synode amazonien.

La tendance excessive à exalter et à promouvoir les réalités temporelles et naturelles affaiblit considérablement le mandat de l’Église, qui lui a été donné par son divin Rédempteur dans ces enseignements clairs de la Sainte Écriture : « Et en y allant, prêchez, et dites : Le royaume des Cieux est proche » (Mt 10,7) ; « qu’on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations » (Lc 24,47) ; « Cherchez donc d’abord le royaume de Dieu et Sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. » (Mt 6,33) ; « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde » (Jean 8:23) ; « Il n'est pas juste que nous abandonnions la parole de Dieu, pour faire le service des tables. (…) Pour nous, nous nous appliquerons entièrement à la prière et au ministère de la parole » (Actes 6:2.4) ; « Si c'est pour cette vie seulement que nous espérons dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes » (1 Cor. 15:19) ; et «  la figure de ce monde passe » (1 Cor. 7:31). La signification et la prédication premières et authentiques de l’Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ sont en train d’être déformées et déplacées vers un but interne au monde. La mission première de Jésus-Christ, le Rédempteur de l’humanité, n’était pas de prendre soin du bien-être matériel de la planète ou du biome amazonien, mais de sauver les âmes immortelles pour la vie éternelle dans le ciel : « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Jésus-Christ n’a pas dit : « Dieu a donné son Fils unique, afin que cette planète et ses nombreuses parties comme le biome amazonien ne périssent pas mais aient une vie naturelle abondante. »Jésus n’a pas dit non plus : « Va et proclame que le royaume de la Terre Mère est proche. »

La création matérielle souffre précisément de l’absence de la vie surnaturelle de la grâce du Christ dans l’âme des hommes. La Parole de Dieu nous enseigne cela : « Aussi la créature attend-elle d’une vive attente la manifestation des enfants de Dieu. Car la créature a été assujettie à la vanité, non pas volontairement, mais à cause de celui qui l’(y) a assujettie avec espérance ; en effet, la créature aussi sera elle-même délivrée de cet asservissement à la corruption, pour participer à la glorieuse liberté des enfants de Dieu.  Car nous savons que toute créature gémit et est dans le travail de l’enfantement jusqu’à cette heure. Et non seulement elles, mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous gémissons en nous-mêmes, attendant l’adoption des enfants de Dieu, la rédemption de notre corps. Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or l’espérance que l’on voit n’est plus de l’espérance ; car ce qu’on voit, peut-on l’espérer ? » (Rom. 8:19-24). Plus l’Église affaiblit aujourd’hui sa mission et son activité primaires et surnaturelles, plus elle porte atteinte, aux yeux de Dieu et de l’éternité, à la rédemption et à la sanctification de la création naturelle.

L’évolution actuelle de la vie de l’Église (et malheureusement aussi du Saint-Siège et du Pape) vers la promotion du naturel et du temporel, au détriment du surnaturel et de l’éternel, peut être résumée à juste titre par les paroles d’un des plus grands papes, Saint Grégoire le Grand, qui a dit que la poussière des préoccupations terrestres aveugle les yeux de l’Église (terrena studia Ecclesiae oculos pulvis caecat) : « Alors que les occupations terrestres occupent l’esprit du pasteur, la poussière aveugle les yeux de l’Église » (Regula pastoralis II, 7). Par son attention et son occupation excessives aux réalités terrestres – jusqu’à s’immiscer dans des questions scientifiques, techniques et économiques qui ne sont pas de sa compétence, comme les questions concernant le climat ou la flore et la faune d’un biome concret – l’Église de nos jours outrepasse les limites de son propre pouvoir et commet ainsi la faute d’un nouveau type de cléricalisme. Cet enseignement de Léon XIII est utile à cet égard : « Dieu a donc divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile ; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d’elles en son genre est souveraine ; chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite, dans laquelle chacune exerce son action jure proprio » (Encyclique Immortale Dei, 13).

Le penchant actuel de l’Église vers un pélagianisme et un naturalisme masqués est cause de dommages considérables pour le bien et le salut des âmes. Une fois encore, les paroles de Saint Grégoire le Grand sont d’une grande actualité : « Les sujets sont incapables d’appréhender la lumière de la vérité, car, tandis que les poursuites terrestres occupent l’esprit du pasteur, la poussière, poussée par le vent de la tentation, aveugle les yeux de l’Eglise. (…) La poussière ne peut nullement gêner et obscurcir l’œil orienté vers le haut afin de regarder vers l’avant. (…) L’ornement de l’Église, c’est-à-dire les bergers, auraient dû être libres de pénétrer les mystères intérieurs pour ainsi dire dans les lieux secrets du tabernacle, mais ils cherchent les voies larges des causes séculières à l’extérieur » (Regula pastoralis II, 7).

Saint Irénée disait que la gloire de Dieu est l’homme vivant. Cependant, la vraie vie de l’homme n’est pas naturelle mais surnaturelle et consiste en la vision de Dieu. L’homme le plus vrai est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné : « Gloria enim Dei vivens homo, vita autem hominis visio Dei » (Adversus haereses IV, 20). L’affirmation suivante de Querida Amazonía, au contraire, souligne de manière excessive la valeur des créatures matérielles : « À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en n’avons pas le droit » (n. 54).  Cette affirmation semble ignorer la dure réalité de la mort spirituelle de tant d’âmes humaines, créées à l’image et à la ressemblance de Dieu (voir Gn. 1, 27), qui par leur vie dans le péché et l’ignorance ne rendent pas gloire à Dieu mais au contraire l’offensent. Tant d’êtres humains offensent Dieu et ne Lui rendent pas gloire à cause du péché d’omission commis par l’Église de notre temps, qui assouplit la proclamation de la Révélation divine en tolérant les ambiguïtés doctrinales et les hérésies. En conséquence, beaucoup ne connaissent pas l’unicité de Jésus-Christ et de son œuvre rédemptrice ; ils ne connaissent pas non plus la sainte volonté de Dieu et ne Lui rendent donc plus gloire. La situation dans laquelle l’Église de nos jours a laissé l’humanité et le monde peut se résumer à juste titre dans les paroles de saint Paul : « Ils courent au hasard et combattent comme on frappe l’air » (1 Cor. 9:26).

Entrecoupée de ses nombreuses expressions théologiques problématiques, douteuses et ambiguës, Querida Amazonía contient également de précieuses affirmations, telles celles-ci, à propos des prêtres : « C’est son grand pouvoir qui peut être reçu seulement dans le sacrement de l’Ordre. C’est pourquoi lui seul peut dire : “Ceci est mon corps.” Il y a d’autres paroles que lui seul peut prononcer : “Je te pardonne tes péchés”, parce que le pardon sacramentel est au service d’une célébration eucharistique digne. Le cœur de son identité exclusive se trouve dans ces deux sacrements » (n. 88) ; « le Seigneur a voulu manifester son pouvoir et son amour à travers deux visages humains : celui de son divin Fils fait homme et celui d’une créature qui est une femme, Marie » (n. 101) ; « Nous croyons fermement en Jésus comme unique Rédempteur du monde, nous cultivons une profonde dévotion envers sa Mère » (n. 107) ; « Nous sommes unis dans la conviction que tout ne s’achève pas dans cette vie, mais nous sommes appelés à la fête céleste » (n. 109). Le pape François offre une vision surnaturelle et pieusement catholique à la fin de Querida Amazonía en priant : « Mère, fais naître ton Fils dans leurs cœurs » (n. 111), « Mère, règne toi-même en Amazonie, avec ton Fils » (n. 111).

Ce dont l’Église d’aujourd’hui et les autorités du Saint-Siège à Rome ont besoin, ce n’est pas d’une conversion aux réalités du monde intérieur, mais aux réalités surnaturelles de la grâce du Christ et de son œuvre rédemptrice. En affirmant que « Cette conversion intérieure est ce qui permettra de pleurer pour l’Amazonie et de crier avec elle devant le Seigneur » (n. 56), Querida Amazonía semble méconnaître et sous-estimer l’urgence d’une véritable conversion à Dieu. L’Église entière – à commencer par le Pape – ne devrait pas pleurer sur la région amazonienne, mais sur la mort spirituelle de tant d’âmes immortelles à cause de leur rejet de la Révélation divine et de la volonté divine telle qu’elle est révélée dans Ses commandements et la loi naturelle. Le Pape, les évêques et l’Église entière devraient pleurer à cause des péchés horribles d’apostasie, de trahison du Christ, de blasphèmes et de sacrilèges perpétrés par un nombre non négligeable de catholiques et de membres du clergé, et même du haut clergé. D’une manière particulière, le pape, les évêques et l’Église tout entière doivent également pleurer sur l’indicible et horrible génocide des innocents enfants à naître.

La conversion la plus urgente n’est pas une conversion écologique, ni une conversion en vue de pleurer sur le biome amazonien. La conversion la plus urgente est la conversion à Dieu, à son règne, à sa grâce. Le Pape et les évêques sont les premiers à devoir prier avec des larmes : « Convertissez-nous, Seigneur, et nous serons convertis : renouvelez nos jours, comme ils étaient au commencement (converte nos, Domine, ad Te, et convertemur, sicut a principio) » (Lam. 5,22). Le Seigneur dit aussi : « Revenez à moi, et je reviendrai à vous » (convertimini ad Me, et convertar ad vos) (Zacharie 1:3). Qu’elles sont belles et consolantes, les paroles du Psaume 84, que le prêtre et les fidèles récitent au début de chaque Sainte Messe dans la forme constante du Rite Romain, selon l’usage le plus ancien du Rite Romain (usus antiquior) : « Deus, Tu conversus vivificabis nos, et plebs Tua laetabitur in Te (Tournez-vous vers nous, ô Dieu, et donnez-nous la vie, et votre peuple se réjouira en vous) ».

Compte tenu des attaques spirituelles dramatiques qui visent le roc de Pierre, la publication de Querida Amazonía – où pape François prend position en faveur de la norme apostolique du célibat sacerdotal et de la vérité divine de l’ordination sacramentelle réservée au sexe masculin – est, malgré ses limites et ses erreurs théologiques, une lueur d’espoir au milieu de la confusion permanente.

Que tous les petits de l’Église, qui ont été repoussés à la périphérie par l’establishment ecclésiastique mondain, prient désormais pour que cette lueur se développe en une lumière rayonnante, et que le pape François proclame avec sa plus haute autorité d’enseignement, c’est-à-dire ex cathedra, cette vérité divinement révélée, que le Magistère universel de l’Église a toujours cru et pratiqué, à savoir que le sacrement de l’Ordre, dans ses trois degrés du diaconat, du presbytérat et de l’épiscopat, est par institution divine réservé au sexe masculin.

Une telle lumière qui rayonnerait du roc de Pierre serait plus éclatante encore si le pape François publiait une déclaration concernant la norme apostolique du célibat sacerdotal qui correspond à la position prise par tous les pontifes romains. Car malgré les pressions exercées pour assouplir la loi du célibat, tous les pontifes romains ont toujours résisté et tenu bon. Une telle déclaration pourrait être similaire à celle de Benoît XV, dans laquelle celui-ci déclarait : (Étant l’un des principaux ornements du clergé catholique et la source des plus hautes vertus) « loin d’abroger la loi sacrée et très salutaire du célibat ecclésiastique, jamais le Saint-Siège n’en tempérera par une partielle atténuation » (Allocution Consistoriale, 16 décembre 1920).

Puissions-nous tous écouter ces paroles opportunes de Notre Seigneur, qu’il adressa à Sainte Brigitte : "Ô Rome, si tu connaissais tes jours, tu pleurerais sûrement et ne te réjouirais pas. Rome était autrefois comme une tapisserie teinte dans de belles couleurs et tissée de fils nobles. Sa terre était teinte en rouge, c’est-à-dire dans le sang des martyrs, et tissée, c’est-à-dire mélangée avec les os des saints. Aujourd’hui, ses portes sont abandonnées, dans la mesure où leurs défenseurs et gardiens se sont tournés vers l’avarice. Ses murs sont abattus et laissés sans surveillance, car personne ne se soucie de la perte des âmes. Au contraire, le clergé et le peuple, qui sont les murs de Dieu, se sont dispersés pour travailler à des fins charnelles. Les vases sacrés sont vendus avec mépris, en ce sens que les sacrements de Dieu sont administrés pour des faveurs mondaines » (Livre des Révélations, 3, 27).

Et voici les paroles du Christ adressées au Pape, son Vicaire sur terre : « Commencez à réformer l’Eglise que j’ai achetée de mon propre sang afin qu’elle soit réformée et ramenée spirituellement à son premier état de sainteté » (Livre des Révélations, 4, 142).

Historiquement, la cause profonde des crises particulièrement désastreuses de l’Église romaine a toujours été le détournement du pape et de la Curie romaine de la primauté des tâches surnaturelles et spirituelles au profit des réalités temporelles et terrestres. L’actuelle Curie romaine traverse une grande crise en raison d’une nouvelle immixtion excessive dans les affaires temporelles et terrestres, à tel point que le Saint-Siège est devenu – selon certains commentateurs – une sorte de filiale des Nations unies. De fait, le Saint-Siège est utilisé comme un outil efficace pour la mise en œuvre d’une idéologie naturaliste mondiale unique à travers le « Pacte global pour l’éducation », et d’une uniformisation de toutes les religions à travers le concept fascinant de « Fraternité humaine ». Le Seigneur interviendra sûrement pour purifier Rome et la papauté, comme Il l’a fait tant de fois par le passé.

Nous pouvons espérer que les prières, les sacrifices et la fidélité à la foi catholique des petits dans l’Église obtiendront la grâce nécessaire pour que le pape François puisse accomplir au moins les deux actes indispensables de son ministère pétrinien mentionnés ci-dessus, pour le plus grand honneur du sacerdoce du Christ et la sanctification de la hiérarchie sacrée, puisque toute vraie réforme de l’Église doit commencer par la tête et ensuite s’étendre à tout le corps.

« Que le Seigneur garde le Souverain Pontife et le fasse vivre ; qu'il ne le livre pas aux mains de ses ennemis. (Dominus conservet eum et non tradat eum in animam inimicorum eius). »

 18 février 2020 
+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Sainte Marie à Astana


© leblogdejeannesmits pour la traduction.



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30 juillet, 2019

Le cardinal Brandmüller parle des dangers de rupture du “chemin synodal” et du synode amazonien pour l'Eglise catholique

Voici la traduction intégrale d'un entretien accordé par le cardinal Walter Brandmüller à Die Tagespost en langue allemande à propos des dangers que représentent le « chemin synodal » prôné par de nombreux évêques allemands, ainsi que le prochain synode sur l'Amazonie. Il s'agit d'une traduction intégrale par mes soins.

Le vaticaniste Sandro Magister publiait le mois dernier un premier texte de mise en garde du cardinal Brandmüller sur l'Instrumentum laboris, présenté comme hérétique et apostat.  – J.S.

*

Traduction intégrale de l'interview du cardinal Walter Brandmüllerpar “Die Tagespost” le 27 juillet 2019


Eminence, que disent les chiffres récemment publiés par l’Eglise catholique en Allemagne sur le départ massif de fidèles de l’avenir de l’Église ?

Ces statistiques des départs constituent un symptôme extrêmement alarmant de l’état spirituel de l’Église catholique et de l’Eglise évangélique (EKD, luthérienne) en Allemagne. Mais il faut souligner en même temps que nous ne devons pas nous étonner de l’apostasie à l’aune des déclarations de Notre Seigneur Jésus Christ dans le Nouveau Testament. Jésus avertit dans l’Evangile de Matthieu : l’amour de beaucoup se refroidira, et beaucoup de faux prophètes apparaîtront et séduiront un grand nombre.

Mais lorsqu’il s’agit de la véritable Église du Christ, cela suppose naturellement que l’Église – les chrétiens et leurs bergers – ne se considère pas comme une association pieuse, qui peut aussi à l’occasion modifier ses statuts, mais sache qu’elle est portée par une mission qui lui est confiée par son Seigneur.

Avec le « chemin synodal », les évêques allemands veulent agir contre la crise de l’Eglise, qui a été aggravée par la publication des résultats de l’étude sur les abus il y a un an. Les interventions des évêques qui ont été entendus à ce sujet jusqu’à présent vous inspirent-elles confiance ?

En aucun cas. Cela dit, le terme « chemin synodal » est une tautologie. On est ensemble, on marche sur un chemin, mais tout semble un peu flou. Mais encore : à ce jour, personne ne sait, premièrement, comment cette voie commune sera empruntée et, deuxièmement, où elle doit mener.

Si l’on considère les déclarations d’un certain nombre d’évêques, on peut dire que ce « chemin synodal » mène à la catastrophe. C’est-à-dire, si Rome doit au bout du compte agir pour que l’Église en Allemagne ne s’écarte pas de l’unité avec l’Église universelle, comme il est dit dans la lettre du Pape au peuple de Dieu en Allemagne, vers une énorme frustration.

L’évêque d’Essen Franz-Josef Overbeck, qui, en tant que président de la commission Adveniat, a soutenu la préparation du Synode sur l’Amazonie et qui a également participé à diverses réunions préparatoires, parle du point de rupture que représenterait l’Assemblée épiscopale de Rome représenterait, mais évoque aussi dans ce cadre le « chemin synodal ». De quel genre de rupture pourrait-il s’agir ?

En tout cas, cette chose ne sera plus l’Église catholique. Car la rupture est une catégorie qui est totalement contraire à la notion d’organisme, à un développement organique. Une rupture qui aurait pour résultat que rien ne serait plus comme avant signifierait la fin de l’Eglise.

L’essence de l’Église est la transmission de la foi des apôtres à jusqu’au second avènement du Seigneur – mais elle n’est en pas une évolution progressive dans laquelle l’essence de l’Église changerait.

Tant dans la préparation du synode sur l’Amazonie que dans celle de le « chemin synodal », il est question d’une valorisation des laïcs et des femmes en particulier. Cela équivaudrait-il à la fin de l’Église cléricale ?

Plutôt que de parler d’une Eglise cléricale, parlons de l’Eglise où la consécration sacerdotale a existé dès le début. Vu sous cet angle, la fin de l’Eglise cléricale signifierait probablement que l’Eglise imaginée par Martin Luther dans ses écrits de combat de 1520, serait réalisée. Et ce ne serait plus l’Église catholique.

Pour Luther, tous les baptisés étaient déjà pape, évêque et prêtre. Dans l’Église catholique, en revanche, le prêtre qui se tient devant l’autel agit en vertu de l’imposition sacramentelle des mains lors de la consécration « in persona Christi », c’est pourquoi il partage aussi le mode de vie de son Seigneur, à savoir le célibat. Voilà pour le célibat, qui est probablement aussi à l’ordre du jour du « chemin synodal » et du synode sur l’Amazonie.

Comment les objectifs des « réformateurs » à Rome et en Allemagne affecteraient-ils la vie de l’Eglise ?

On peut s’imaginer ce qu’il adviendrait des anciennes églises catholiques en regardant l’état des communautés de l’EKD.

© leblogdejeannesmits pour la traduction

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28 juillet, 2019

Traduction intégrale de texte du Cardinal Gerhard Müller à propos du processus synodal en Allemagne et du synode sur l’Amazonie

Le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, s'en est pris aux visées des ses confrères allemands progressistes qui cherchent à imposer leur vision de l'Eglise – une nouvelle Eglise, en fait – à la faveur de leur « chemin synodal » et du synode à venir sur l'Amazonie utilisé pour redéfinir le sacerdoce catholique.

Je vous propose ici ma traduction de travail intégrale de ce texte paru en allemand dans Die Tagespost, et dans des traductions autorisées en italien sur Corrispondenza Romana, en anglais sur LifeSite (par ma consœur Maike Hickson), en espagnol sur Infovaticana.

Les projets du synode pan-amazonien suscitent des réactions vigoureuses et c'est une bonne nouvelle ! – J.S.

Traduction intégrale de texte du Cardinal Gerhard Müller à propos
 du processus synodal en Allemagne et du synode sur l’Amazonie


« Ne vous conformez pas à ce siècle ; mais transformez-vous
par le renouvellement de votre esprit »
(Rom. 12:2).

A propos du processus synodal en Allemagne et du Synode pour l’Amazonie

par le Cardinal Gerhard Müller 

1. La sécularisation de l’Église est la cause de la crise et non son remède

Celui qui croit que «  le Christ aussi a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier » (Eph 5, 25), ne peut qu’être choqué par la nouvelle la plus récente qui nous vient d’Allemagne, à savoir qu’en 2018 plus de 216.000 catholiques ont abandonné leur patrie spirituelle en quittant explicitement l’Église, tournant ainsi brutalement le dos à leur mère dans la foi. Il se peut bien que les motivations de ces personnes qui sont devenues membres du Corps ecclésial du Christ par leur baptême soient aussi diverses que le sont les êtres humains eux-mêmes. Il est clair, cependant, que la plupart d’entre eux quittent l’Église dans l’état esprit de celui qui annule son adhésion à une organisation séculière ; ou de celui qui se détourne de son parti politique de toujours, pour s’en être détaché ou pour avoir été profondément déçu par celui-ci. Ils ne savent même pas – à moins qu’on ne le leur ait jamais appris – que l’Église, bien que composée d’hommes imparfaits jusque parmi ses plus hauts représentants, est, dans son essence et son mandat, une institution divine. Parce que le Christ a établi son Église comme sacrement du salut du monde, comme « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier » (Lumen Gentium 1).

L’auteur de la Lettre aux Hébreux est bien conscient de la difficulté pastorale « Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont été rendus participants de l'Esprit-Saint, 5qui ont également goûté la bonne parole de Dieu et les vertus du siècle à venir, 6et qui sont tombés soient renouvelés et ramenés à la pénitence, eux qui crucifient de nouveau pour leur malheur le Fils de Dieu, et le livrent à l'ignominie » (Hebr. 6:4-6).

La principale raison qui les conduit à quitter l’Église sans se rendre compte qu’ils pèchent gravement contre l’amour du Christ notre Rédempteur et mettent ainsi en péril leur salut éternel, est l’idée que l’Église serait une association séculière. Ils ne savent en rien que l’Église pèlerine est nécessaire au salut et qu’elle est indispensable pour tous ceux qui sont venus à la foi catholique. «  L’incorporation à l’Église, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien “de corps” au sein de l’Église, mais pas “de cœur” » (Lumen Gentium 14).

Cette crise qui se traduit par les départs massifs de l’Église et le déclin de la vie de l’Église (faible participation à la messe, peu de baptêmes et de confirmations, séminaires vides, déclin des monastères) ne peut être surmontée à l’aide d’une sécularisation renforcée ainsi que d’une auto-sécularisation de l’Église. Ce n’est pas parce que l’évêque est si bon et encourageant – proche des gens et n’hésitant jamais à exprimer des banalités – que les gens reviennent dans la communauté salvifique du Christ ou participent pieusement à la célébration de la Divine Liturgie et aux sacrements. C’est plutôt parce qu’ils reconnaissent la vraie valeur de la liturgie et des sacrements comme moyens de la grâce. Si l’Eglise devait essayer de se légitimer devant un monde déchristianisé d’une manière séculière en se présentant comme lobby naturalo-religieux du mouvement écologique, ou si elle essayait de se présenter comme une agence d’aide aux migrants en donnant beaucoup d’argent, elle perdrait encore plus son identité de sacrement universel du Salut dans le Christ, et elle ne recevrait absolument pas cette reconnaissance tant souhaitée de la part du courant vert de la gauche.

L’Église ne peut servir les hommes dans leur recherche de Dieu et d’une vie dans la Foi, qu’en proclamant à tous les hommes l’Évangile au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et en les faisant disciples de Jésus par le baptême. Elle est le Corps du Christ, de sorte que Jésus-Christ, sa Tête, demeure présent par elle et en elle, jusqu’à la fin du monde (voir Mt 28,19 et ss). Le Christ nous parle dans les paroles de l’homélie ; Il rend présent son propre Sacrifice sur la Croix dans la sainte Messe ; Il se donne à nous comme nourriture pour la vie éternelle ; Il pardonne les péchés et transmet l’Esprit Saint aux serviteurs de l’Église par lesquels les évêques et prêtres ordonnés – au nom de Jésus Christ, grand prêtre de la Nouvelle Alliance – agissent et le rendent ainsi visible dans la paroisse (Sacrosanctum Concilium 41).

Ce qu’on appelle le parcours synodal de la classe dirigeante de l’Église en Allemagne, cependant, vise à une plus grande sécularisation de l’Église. Au lieu d’un renouveau de l’esprit de l’Evangile, grâce à la catéchèse, à la mission, à la pastorale, à la mystagogie [une explication mystique] des sacrements, on s’appuie plutôt aujourd’hui – et c’est ce qui se fait déjà depuis un demi-siècle – sur d’autres thèmes, espérant ainsi recevoir l’approbation de l’opinion publique du monde occidental et plaire à cette pensée qui réduit l’homme à une image matérialiste.

Par son essence, le chemin synodal vise :

1. La modification du sacrement de l’Ordre en un système professionnel de fonctionnaires bien rémunérés ;

2. Le passage du « pouvoir », considéré comme politique, des évêques et des prêtres aux laïcs, avec cette clause supplémentaire : si les qualifications sont les mêmes, il faudra privilégier les femmes. Ce qui est agaçant pour elles.

3. La disqualification de la morale chrétienne, telle qu’elle découle de la nouvelle vie dans le Christ, parce qu’elle est « contre le corps » et, suppose-t-on, incompatible avec les normes de la science sexuelle moderne.

4. La pierre d’achoppement depuis la Réforme protestante et depuis le naturalisme des Lumières étant bien sûr, le célibat sacerdotal. Mais aussi les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) de la vie consacrée avec vœux solennels. Dans une Église qui, en tant que simple institution humaine aux buts purement séculiers, a abandonné son identité de médiatrice du salut dans le Christ, et qui a perdu toute référence transcendante et eschatologique au Seigneur qui vient, le célibat librement choisi « pour le Royaume » (Mt. 19:12), ou, pour pouvoir « s’inquiéter des choses du Seigneur » (1 Cor. 7:32), est maintenant perçu comme une gêne– comme un élément étranger ou un déchet résiduel dont il faut se libérer aussi vite et aussi complètement que possible. Au mieux, ce célibat pourrait être accordé à certains peuples exotiques comme une forme masochiste d’autodétermination extrêmement autonome.

2. Les Allemands et le peuple amazonien dans un seul bateau

Comme ce fut déjà le cas pour les synodes sur la famille, l’« Eglise allemande » revendique son hégémonie sur l’Eglise universelle et se vante avec fierté et arrogance d’être la pionnière d’un christianisme en paix avec la modernité – malgré la lettre du pape François du 29 juin 2019 au peuple pèlerin de Dieu en Allemagne. Cependant, il n’a pas été expliqué – et cela est même difficile à comprendre pour tout observateur intéressé – pourquoi, face à l’état désolant de l’Église (allemande) dans son propre pays, on se sent maintenant appelé à être un modèle pour les autres. On utilise l’expression neutre, et qui sonne bien, d’une « saine décentralisation » (Instrumentum Laboris 126) et d’une dé-Romanisation de l’Église catholique (jadis, on appelait cela l’aversion antiromaine) ; mais ce qui est véritablement mis en avant, c’est la mythologie de l’Amazonie et de la théologie écologique occidentale, élevées au rang de Révélation ; tout comme l’hégémonie de leurs idéologues est portée plus haut  que l’autorité spirituelle des apôtres dans leur office apostolique.

Dans l’ecclésiologie catholique, il ne s’agit pas d’un rapport de forces entre le centre et la périphérie, mais plutôt de la responsabilité commune du Pape – qui est assisté par l’Église romaine sous la forme du Collège des cardinaux et de la Curie romaine – ainsi que par les évêques de l’Église universelle, qui consiste en et des églises particulières sous la direction d’un évêque (Lumen Gentium 23).

Ma proposition est la suivante : si l’on veut vraiment faire du bien à l’Église en ce qui concerne les deux éléments, il faut s’abstenir, par exemple, de renvoyer des évêques sans une procédure canonique régulière (qui inclut le droit à la défense) et aussi de fermer des monastères sans même donner de raisons, ou – sous prétexte qu’on n’est pas une filiale de Rome – de compromettre la souveraineté judiciaire et magistrale propres au Pape. Je recommanderais aussi de traiter d’une manière chrétienne les confrères et les employés qui n’ont commis aucune faute – si ce n’est d’avoir défendu une position légitime, dans le cadre d’une pluralité légitime d’opinions et de styles, mais qui s’écartait, cependant, de l’opinion privée de leurs supérieurs.

Le processus synodal dans le cadre de la Conférence épiscopale allemande est désormais lié au synode su l’Amazonie, et ce pour des raisons ecclésiales-politiques, afin de s’en servir comme levier pour la restructuration de l’Église universelle. De plus, dans le cadre de ces deux activités, les protagonistes sont presque identiques, et ils sont même liés financièrement et de man
ière organisationnelle par l’intermédiaire des organismes d’aide de la Conférence épiscopale allemande. Il ne sera pas facile de contrôler cette avalanche destructrice. Une fois le processus achevé, plus rien ne sera comme avant, et il a été dit qu’alors on ne reconnaîtra même plus l’Église. Ainsi s’exprimait l’un des protagonistes, révélant ainsi le véritable but.

Peut-être s’agit-il d’une erreur de calcul, à l’image de celle du roi Crésus de Lydie (590-541 av. J.-C.).  Celui-ci demanda un jour à l’Oracle de Delphes quelles étaient ses chances de victoire s’il attaquait l’Empire persan, mais interpréta mal, ensuite, la réponse prophétique : « Quand vous franchirez l’Halys, vous détruirez un grand empire. » Nos Halys sont la constitution divine de la doctrine, de la vie et du culte de l’Église catholique (Lumen Gentium).

Malheureusement, en Amérique du Sud jadis presque entièrement catholique, les catholiques, tout comme en Allemagne, ont quitté l’Église catholique par millions, sans que l’on se soucie de comprendre les racines de cette catastrophe, ni de faire preuve d’une détermination sincère à favoriser le renouveau en Jésus-Christ. La solution ici n’est pas une « pentecôtisation » de l’Église, c’est-à-dire sa protestantisation libérale à la manière latino-américaine, mais la redécouverte de sa catholicité. Les évêques peuvent désormais, tout comme le « Saint Synode » du Concile Vatican II, « tourner en premier lieu sa pensée vers les catholiques. Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, il enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église. (…) Sont incorporés pleinement à la  société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et les moyens de salut qui lui ont été donnés, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion. » (Lumen Gentium 14).

La diversité pittoresque d’opinions contradictoires et l’arbitraire dans la décision de conscience ne sont pas catholiques devant la Sainte Volonté de Dieu ; est catholique plutôt l’unité du peuple dans la foi qui nous introduit dans l’union avec le Père et le Fils dans l’Esprit Saint. « Afin que tous soient un, comme vous, Père, êtes en moi, et moi en vous, afin qu’ils soient, eux aussi, un en nous, pour que le monde croie que vous m’avez envoyé » (Jean 17:21). Et c’est pourquoi il nous est dit de prendre à cœur de s’efforcer de « conserver l’unité de l’esprit dans le lien de la paix. Soyez un seul corps et un seul esprit, comme vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Il y a un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui agit par tous, et qui réside en nous tous. » (Eph. 4, 3-6).

L’Instrumentum Laboris et le processus synodal en Allemagne, comme moyen supposé de sortir de la crise de l’Église, reposent tous deux sur une sécularisation plus poussée de l’Église. Lorsque, dans toute l’herméneutique du christianisme, on ne commence pas par l’autorévélation historique de Dieu dans le Christ ; quand on commence par incorporer l’Église et sa liturgie dans une vision mythologique du monde entier ; ou quand on transforme l’Église pour en faire une partie d’un programme écologique pour sauver notre planète, alors la sacramentalité – et surtout la charge ordonnée des évêques et prêtres dans la succession apostolique – devient vagues et indéterminée. Qui voudrait vraiment construire sa vie entière, avec l’exigence d’un dévouement total, sur une base aussi fragile ?

3. Le sacrement de l’Ordre sacré comme point central de la crise

Parce que le Christ a permis leur participation à son ordination et à sa mission (Lumen Gentium 28), les Apôtres et leurs successeurs dans l’office épiscopal – celui-ci représentant également l’unité de l’Église locale avec les prêtres, les diacres et tous les fidèles baptisés – exercent leur autorité au nom et avec l’autorité du Christ (Lumen Gentium 20). Ce n’est pas une puissance politico-sociologique, mais l’autorité donnée par l’Esprit Saint pour sanctifier, enseigner et gouverner le peuple de Dieu. « Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté. Ils président à la place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement » (Lumen Gentium 20). Il ne s’agit pas de trois charges différentes qui auraient été regroupés par un accident de l’histoire, que l’on pourrait démonter ou remonter d’une manière différente.

Il n’est pas non plus opportun de faire une comparaison avec le pouvoir mondain des monarques absolus face auquel on présente à juste titre – en se référant au baron de Montesquieu – le modèle de la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire). Et ce parce qu’il s’agit ici du service unique du Christ Maître, Pasteur et Prêtre, qui est exercé par les Apôtres et leurs successeurs au nom du Christ et dans la puissance de l’Esprit Saint. Et il ne s’agit pas d’une forme de pouvoir sur les autres, mais plutôt d’un service, pour eux et pour leur salut (Mt 23,11). C’est pourquoi le fait que certains évêques se soient publiquement déclarés prêts à renoncer librement au « pouvoir » n’est pas l’expression de leur modestie, mais plutôt un signe de leur manque de compréhension de ce qu’est un évêque catholique. La forme de « pouvoir » auquel ils veulent aujourd’hui renoncer, il valait mieux qu’ils ne l’eussent jamais eu ; quant à l’autorité spirituelle qu’ils ont reçue du Christ à leur ordination, ils ne peuvent la donner, car elle ne leur appartient pas en propre et ils ne peuvent proposer de la distribuer. Tout au plus ils pourraient-ils demander à être déchargés de la juridiction de leur diocèse, parce qu’ils ne sont plus capables d’assumer leurs responsabilités.

Il est frappant de constater que l’Instrumentum Laboris pour le synode amazonien et le chemin synodal allemand ne part pas de fondements bibliques et ne s’oriente pas ensuite en fonction de l’enseignement de l’Église qui s’est développé par la Tradition et des décisions doctrinales définitives des conciles et du Pape. Au lieu de cela, ils tirent leurs normes et leurs règles des nécessités sociologiques présumées du monde globalisé, ou des formes traditionnelles d’organisation des tribus amazoniennes.

Si l’on ordonne prêtres en Amazonie des hommes d’âge mûr dans des partenariats considérées comme stables (que ce soit dans un mariage canoniquement valide ou non ?), afin de fournir (!) les sacrements à la communauté – même sans formation théologique (IL 129,2) – pourquoi ne serait-ce pas là aussi le levier pour introduire enfin les viri probati en Allemagne, où le célibat n’est plus accepté dans la société et où de nombreux théologiens du mariage seraient disponibles afin de combler, en tant que prêtres, les postes laissés vacants du clergé célibataire ?

On ne peut déduire de l’appel des «  sept hommes de bon renom, pleins de l'Esprit-Saint et de sagesse » (Ac 6, 3) au service des tables (Ac 6, 1-7) – que l’on liera plus tard au degré des diacres sacramentellement ordonnés – la conclusion cléricalo-théologique selon laquelle l’Église pourrait créer à n’importe quel moment de nouveaux offices sacramentels, ni même qu’elle est autorisée à le faire a priori. La triple charge sacerdotale est née, d’une part, de la nécessité d’organiser la succession des Apôtres et de leur mandat d’annoncer l’Évangile, de servir sacramentellement de médiateurs de la grâce et de diriger, en bons bergers, le bercail du Christ. De l’autre côté, elle est issue de la formation des Eglises particulières en tant que représentants locaux de l’Eglise universelle. Ici, donc, l’un des prêtres est le Premier parmi le Collège des Presbytres, avec les diacres ; et, à partir du 2e siècle, il est de plus en plus exclusivement appelé évêque (Ignace d’Antioche, Mag. 6,1). Dans l’évêque, l’unité de l’Église locale est représentée sacramentellement, ainsi que l’unité avec les origines apostoliques, dans la mesure où l’ensemble des évêques, avec le Pape en tête, suit le Collège des Apôtres avec saint Pierre à leur tête (Première épître de Clément, 42:44 ; Lumen Gentium 20 ss).

4. Un office sacramentel pour les femmes ?

La triple charge – telle qu’elle est née historiquement de l’apostolat de l’Église primitive institué par le Christ – existe en vertu d’une « institution divine » (Lumen Gentium 20), et elle est exercée par ceux qui, selon la terminologie actuelle, sont « appelés évêques, prêtres, diacres » (Lumen Gentium 28). Dans des temps meilleurs, les évêques allemands s’opposèrent unanimement à la Kulturkampf de Bismarck en déclarant : « La constitution de l’Église est fondée, pour tous les points essentiels, sur l’ordre divin et est exempte de tout arbitraire humain » (DH 3114)*. Fait partie de cela l’idée que l’évêque, le prêtre et le diacre ne sont que des degrés de l’unique sacrement de l’Ordre. « Nul ne peut douter que la sainte ordination est vraiment et essentiellement l’un des sept sacrements de la Sainte Église – unum ex septem sacramentis. » (Trente, Décret sur le sacrement de l’Ordre : DH 1766 ; 1773). C’est pourquoi il est absurde d’assortir l’« Ordinatio sacerdotalis » (1994) de l’interprétation spécieuse selon laquelle aucune décision n’a été prise sur l’indivisibilité du sacrement de l’Ordre dans son ensemble, mais seulement sur les degrés de l’épiscopat et de la charge de prêtre que seuls les hommes peuvent recevoir.

L’analyse théologique des faits doctrinaux et historico-ecclésiastiques, dans le contexte des déclarations contraignantes concernant le sacrement de l’Ordre, montre très clairement que l’ordination sacramentelle, dans le degré et avec le titre officiel de « diacre », n’est pas et n’a jamais été administrée aux femmes dans l’Eglise catholique.

Il découle de la « constitution divine de l’Église », comme le Pape Jean-Paul II l’a décidé de manière incontestable, que l’Église n’a aucune autorité pour administrer l’ordination sacerdotale aux femmes. Ce n’est pas une conclusion tirée de l’histoire : elle s’enracine plutôt dans la constitution divine de l’Église. Cela s’applique bien sûr aux trois degrés de l’ordre. Il est devenu habituel dans le grand public et dans le vocabulaire actuel de l’Église d’utiliser le mot ouvert « serviteur », dans la version grecque « diakonos », comme terme technique pour désigner le premier des trois degrés de l’ordre. Pour autant, il n’est pas utile aujourd’hui de parler des diacres féminins non sacramentels, établissant ainsi l’illusion qu’il s’agit de faire revivre une institution passée – mais limitée dans le temps et dans l’espace – des diaconesses de l’Église primitive.

Cela contredit aussi l’essence de la charge épiscopale et de la charge sacerdotale, que l’on réduit à la sanctification pour pouvoir ensuite laisser des laïcs – c’est-à-dire des hommes et des femmes dans un service non sacramentel – prononcer l’homélie pendant la messe célébrée par un prêtre ou un évêque. On ferait ainsi des prêtres des « altaristes » [ou des « autellistes »]  (« Altaristen » : un mot humiliant pour désigner les prêtres qui célèbrent la messe sans homélie et sans attention pastorale ; c’est un abus que Luther a identifié et utilisé au service de ses polémiques ; G.M.], ce qui à l’époque a déclenché la protestation de la Réforme. La Messe est – en tant que liturgie de la Parole et du Corps et Corps de Notre Seigneur – « un seul acte d’adoration » (Sacrosanctum concilium 56). C’est pourquoi il appartient aux évêques et aux prêtres de prêcher et, tout au plus, de laisser occasionnellement le diacre ordonné prononcer une homélie. Le service dans la Parole et dans le Sacrement a une unité intérieure. L’office le plus important des évêques est la proclamation, d’où découlent aussi de manière cohérente les devoirs sacramentels (Lumen Gentium 25). De même que les Apôtres sont « serviteurs de la Parole » (Lc. 1, 2 ; Ac. 6, 2), la tâche des prêtres (évêques, presbytres) est également définie comme service « de la Parole et de la Doctrine » (1 Tim. 5, 17).
Lors de l’ordination, il n’y a pas de transfert de compétences individuelles particulières sans ordre interne ni interconnexion. C’est un service unique de la Parole, par lequel l’Église est réunie en tant que communauté de foi, où les sacrements de la foi sont célébrés et dans lequel le troupeau de Dieu est gouverné par ses bergers désignés, au nom et sous l’autorité du Christ. Voilà pourquoi les fonctions sacerdotales de la doctrine, du culte et de la gouvernance sont unies à la racine et sont simplement différentes dans leurs aspects théologiques, sous lesquels nous les examinons (Presbyterorum Ordinis 4-6). Dans la première description du rite de la messe à Rome vers l’an 160, le martyr et philosophe Justin dit que pendant la liturgie dominicale, après les lectures tirées des livres bibliques, le président (évêque, presbytre) donne l’homélie, et qu’ensuite il célèbre la Sainte Eucharistie avec offrande, consécration et communion (voir Justin, II. Apologia 65-67).

Les sacrements sont des signes et des instruments de la grâce divine, avec l’aide desquels Dieu édifie le chrétien individuel et l’Église dans son ensemble. C’est pourquoi on ne peut pas s’adresser aux autorités laïques et revendiquer, au nom des droits de l’homme, le droit d’être ordonné (ni en tant qu’homme ni en tant que femme), car les droits de l’homme sont instillés dans la nature de l’homme. En ce qui concerne l’ordre de la grâce et l’ordre de l’Église, l’autorité civile n’a aucune compétence. Seul un catholique du sexe masculin peut être ordonné – s’il est appelé et si l’Église, représentée par l’évêque, reconnaît l’authenticité de cette vocation et ordonne ensuite le candidat approprié selon les conditions canoniques comme évêque, prêtre ou diacre.

Mais ceux qui ont des difficultés avec cette vision des choses considèrent l’Église au mieux comme une institution séculière et ne reconnaissent donc pas l’office ordonné comme une institution divine. De telles personnes ne voient en définitive dans le titulaire d’une charge chrétienne qu’un simple fonctionnaire d’une organisation religieuse-sociale. Comment pourrait-on, dans ce cas, exhorter les fidèles avec ces paroles ? « Obéissez à vos guides et soyez-leur soumis ; car ils veillent, comme devant rendre compte pour vos âmes ; et il faut qu'ils le fassent avec joie, et non en gémissant ; ce qui ne vous serait pas avantageux. » (Héb. 13:17)

Le Magistère du Pape et des évêques n’a aucune autorité sur la substance des sacrements (Trente, Décret sur la communion sous les deux espèces, DH 1728 ; Sacrosanctum Concilium 21). Par conséquent, aucun synode – avec ou sans le Pape – ni aucun concile œcuménique, ni le Pape seul, même s’il parlait ex cathedra, ne pourrait rendre possible l’ordination des femmes comme évêque, prêtre ou diacre. Ils seraient en contradiction avec la doctrine clairement définie de l’Église. Cela serait invalide. Indépendamment de cela, il y a l’égalité de tous les baptisés dans la vie de la grâce et dans la vocation à toutes les charges et fonctions ecclésiales pour lesquelles l’exercice du sacrement de l’Ordre n’est pas nécessaire.

5. Sur ce qui est important à l’égard de l’office sacerdotal

Au cours des 2000 ans d’histoire de l’Eglise, les constellations culturelles et les conditions politico-sociologiques de la vie de l’Eglise ont aussi parfois changé de manière dramatique. Cependant, la fonction sacerdotale a toujours été la même dans ses éléments essentiels, que ce soit dans une société féodale, ou dans le système ecclésiastique germanique, pendant la période des cours et des princes évêques, ou à l’époque de l’Office de Pierre jusqu’en 1870 avec les avantages et les charges des Etats pontificaux. Comme aujourd’hui, il s’est toujours agi du service de la Parole et des Sacrements pour le salut du monde : tel est le devoir du berger qui, comme Jésus, le « berger et évêque de vos âmes » (1 Pierre 2,25), le « Berger suprême », donne sa vie pour les brebis qui lui ont été confiées (1 Pierre 5 1,4). La substance des sacrements n’est pas sujette à l’autorité de l’Église. Et l’on ne peut pas construire un nouveau modèle de sacerdoce, à l’aide d’éléments isolés des Écritures et de la Tradition et en omettant de faire la distinction entre décisions dogmatiquement contraignantes et de développements d’aspects mineurs. Les images sacerdotales développées par les stratèges pastoraux ne sont pas davantage importantes : seule importe l’image unique du Christ, le Grand Prêtre de la Nouvelle Alliance, qui est éternellement imprimée sur l’âme des consacrés et au nom et par la force de laquelle ils sanctifient, enseignent et gouvernent les fidèles (Presbyterorum Ordinis 2:12).

Cependant, les maîtres à penser allemands engagés dans le processus synodal ont dénigré l’affirmation centrale selon laquelle les prêtres agissent – en vertu du caractère qu’ils ont reçu à leur ordination – comme les Apôtres, « in persona Christi »(2 Co 2, 10 ; 2 Co 5, 20), le chef de l’Église (Presbyterorum ordinis 2), en présentant cette affirmation comme cause du cléricalisme et même cause des abus sexuels des jeunes. C’est d’abord une insulte incroyable à tant de pasteurs zélés. Mais plus gravement cela revient à contredire Jésus qui l’a d’abord dit aux douze Apôtres et ensuite aux 72 autres disciples : « Celui qui vous écoute, m’écoute ; celui qui vous méprise, me méprise. Et celui qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé. » (Luc 10,16). Un professeur de liturgie allemand s’est involontairement présenté sous un mauvais jour, et en contradiction ouverte avec le Concile Vatican II, lorsqu’il a affirmé que la célébration quotidienne de l’Eucharistie – dans laquelle le sacrifice de Jésus sur la Croix par amour pour les hommes, devient présent au monde – est à l’origine des abus pédophiles et homophiles de la sexualité. Car que le Concile affirme : «  Dans le mystère du sacrifice eucharistique, où les prêtres exercent leur fonction principale, c’est l’œuvre de notre Rédemption qui s’accomplit sans cesse. C’est pourquoi il leur est vivement recommandé de célébrer la messe tous les jours » (Presbyterorum ordinis 13). Si au cours du processus synodal en Allemagne, le thème essentiel de la transmission de la Foi n’est pas abordé, le rythme du déclin s’accélérera encore.

Peut-être sommes-nous en passe de devenir un « petit troupeau ». Mais cette parole de Jésus n’est pas à prendre dans un sens sociologique, et il n’a rien à voir avec les petits ou les grands nombres. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2:4), avec l’aide de l’unique médiateur Jésus Christ, dans la « maison de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité » (1 Tim. 3:15).

L’Église est le peuple de Dieu au milieu des peuples. Et si, au sein d’une nation, la majorité de la population est catholique, et que donc la société et l’État y sont imprégnés par la culture chrétienne, cela est certainement la volonté de Dieu. Le « petit » troupeau, c’est ce que nous sommes par rapport de la majorité ou dans une diaspora, car être chrétien à la suite du Seigneur Crucifié n’est pas une question d’adaptation à la culture dominante ni de contradiction, mais bien plus une décision personnelle de suivre le Seigneur crucifié et ressuscité.

Il est beau certainement d’être sur les rives du Rhin et de rêver à l’Amazonie. Mais la vue de ces fleuves majestueux ne peut calmer le désir ardent du cœur humain, ni leurs eaux étancher la soif de la vie éternelle. Seule l’eau que Jésus, Verbe incarné de Dieu, nous donne, devient en nous « une source d’eau qui jaillit jusqu’à la vie éternelle » (Jean 4,14).

Cardinal Gerhard Müller

© leblogdejeannesmits pour cette traduction de travail.

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