20 février, 2009

Congé d'accompagnement de fin de vie : danger ?

L’adoption à l’unanimité par l’Assemblée nationale, mercredi, d’une loi prévoyant l’indemnisation d’un congé pris, de droit, pour accompagner un proche mourant, peut certes être considéré comme une « bonne nouvelle ».

Mais la proposition de loi soulève aussi des questions et des inquiétudes, et des interrogations plus générales devant ce qui relève tout de même d’un interventionnisme croissant de l’Etat, dans absolument tous les domaines. N’est-il pas plus urgent de rendre leur liberté aux familles ?
Le bénéfice de ce congé de trois semaines est réservé à « un ascendant, un descendant, un frère, une sœur ou une personne partageant » le domicile d’un patient « en phase avancée ou terminale d’une affection grave ou incurable ». Il ne pourra être accordé qu’à un seul bénéficiaire au titre d’un seul patient.

« Trois semaines » : pas un jour de plus. Et même plutôt moins : l’allocation quotidienne de 49 euros sera versée jusqu’au lendemain du décès effectif. Mme Dominique Orliac, partisane haute en paroles de l’euthanasie, notait pendant les débats que si le patient n’a pas l’à-propos de mourir avant la fin de la période, on est dans les ennuis : comment revenir sur une décision d’hospitalisation à domicile, seule concernée par le congé. Que faire, en effet ? Achever le malade ?

« Phase avancée ou terminale » ? Que veulent dire au juste ces paroles gravées dans la loi ? Si le malade est en phase terminale, on peut sans doute prévoir, à quelques jours près, le décès… Encore que certains s’accrochent à la vie avec la dernière énergie. S’il est en « phase avancée », comment prévoir une mort à 21 jours… à moins qu’elle ne soit programmée ?
Le débat est en réalité celui des soins palliatifs. Mais là encore, il n’est peut-être plus tout à fait celui qu’on croit. Bien sûr, la progression du recours aux soins palliatifs, qui visent à apporter tout le confort possible aux personnes en fin de vie, est une excellente chose, et l’on y a certainement trop peu recours. Pouvoir les administrer à domicile adoucit la mort à plus d’un titre. Mais au vu des débats qui ont précédé l’adoption unanime de la loi, leur définition est en train de glisser.

C’est Gaëtan Gorce, l’un des auteurs de la proposition de loi – et partisan discret de l’euthanasie – qui a vendu la mèche. Plaçant cette affaire sous le signe de « l’appel déchirant de Marie Humbert », il a déclaré à propos de « l’euthanasie » et des « soins palliatifs » : « Nous allons inéluctablement vers un déplacement, voire un brouillage de frontières entre ces deux notions. » Et, plus loin, il salue « notre loi du 22 avril 2005 (loi Leonetti) dont nous pouvons nous honorer, comme en témoigne la terrible affaire qui a récemment agité l’Italie ».

Mais oui, en France il n’y aurait pas eu d’affaire Eluana, puisque la loi autorise l’arrêt de l’alimentation sur une personne qui n’est pas en « phase terminale ».

Et oui encore : aux Pays-Bas, où l’euthanasie est autorisée, sa forme dite « active » est un peu moins employée depuis qu’on a développé des « sédations terminales » qui consistent à cesser l’alimentation en augmentant l’endormissement, protocole qui permet… de programmer la mort en quelques jours.

Il me semble que c’est à cette lumière qu’il faut évaluer la loi sur l’accompagnement des mourants, d’autant que Jean Leonetti s’est ému pendant les débats de ce que pour un Hervé Pierra, « l’arrêt de traitement » (arrêt d’alimentation d’un malade incurable mais dont la vie n’était pas menacée) ait été aussi un « arrêt d’accompagnement ». La « sédation en phase terminale » qu’il souhaite voir développer va décidément bien avec un congé aux contours précis.

Et au coût nul : on économisera sur les frais hospitaliers, sur les arrêts maladie complaisants qui aujourd’hui permettent le plus souvent à un proche s’assister un malade hospitalisé à domicile, et sur les « deuils pathologiques » des proches qui se reprochent de ne pas avoir été là.

Peut-être suis-je trop pessimiste. Mais enfin, alors que les familles sont appauvries par des prélèvements obligatoires qui prennent bien plus de 50% des salaires réels, alors que beaucoup de femmes doivent, du coup, travailler alors que naturellement elles voudraient pouvoir soigner leurs proches, sans dépendre du bon vouloir de l’Etat ou d’une rémunération publique toujours menaçante pour les libertés, n’est-il pas plus prudent de soulever cette question ?

Article paru dans Présent daté du 21 février 2009

19 février, 2009

Cellules souches embryonnaires et cancer : la tragédie d’un petit garçon israélien

Un petit garçon israélien emmené à Moscou pour y subir un traitement d’injection de cellules souches embryonnaires a développé plusieurs tumeurs cancéreuses, au cerveau et à la moelle épinière. C’est ce qu’affirment des médecins du centre médical Sheba de Tel Aviv.

Le petit patient est atteint d’une maladie génétique rare, une ataxia telangiecstasia.

Les cellules employées avaient été prélevées sur deux fœtus avortés, et étaient de types différents. Les tumeurs analysées chez le petit garçon sont constituées d’un mélange de types de cellules diverses.

Les articles scientifiques publiés à ce propos, ici par exemple, annoncent qu’il s’agit de la première « complication » de ce type documentée en matière de thérapie au moyen de cellules souches embryonnaires. Et ajoutent que le protocole suivi par les médecins russes n’aurait pas été accepté aux Etats-Unis, notamment en raison du mélange de types de cellules utilisé.
Mais les cellules souches embryonnaires sont par nature cancérigènes : c’est même ce qui permet de les reconnaître. Peu importe : au vu du drame vécu par le petit patient et sa famille, des scientifiques occidentaux invités à commenter l’information ont affirmé qu’il ne fallait surtout pas interrompre la recherche dans ce domaine. Comme l’a affirmé le Dr Marius Wernig, de l’université de Stanford : « Si des gens se précipitent là-bas sans vraiment savoir ce qu’il font… c’est vraiment contre-productifs et pourrait même forcer l’arrêt de tout ce champ de recherches. »

Autrement dit, ce qui les ennuie le plus, c’est la mauvaise presse…

Source : BioEdge.

13 février, 2009

Il faut protéger les « LGBT » : le Conseil de l'Europe nomme un comité d'experts

Un nouveau pas vient d’être accompli vers la protection légale des « droits homosexuels » dans leur version la plus extrémiste. Le Comité directeur pour les droits de l’homme, instance du Conseil de l’Europe, a officiellement mandaté un comité d’experts sur « la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (DH-LGBT) ». Celui-ci se réunira par deux fois : du 18 au 20 février, puis, en principe, au début du mois de juin, et devra rédiger une « recommandation » signée par le Comité des ministres compétents.

On sait que les résolutions, rapports et autres encouragements n’ont pas fait défaut ces derniers temps, ni de la part de l’Union européenne ni dans le cadre du Conseil de l’Europe. La nouveauté, c’est la dimension « exécutive » d’une recommandation portant l’approbation des gouvernements des Etats-membres. Sans avoir encore de pouvoir contraignant, les recommandations « ont une valeur politique significative car elles résultent d’un accord du Comité des ministres sur des objectifs communs à atteindre dans un domaine donné », précise le texte du mandat adressé aux experts. Ledit Comité peut ensuite demander aux Etats-membres de rendre des comptes. En outre, une recommandation peut, depuis 1994, être adoptée à la majorité et non plus à l’unanimité des votants.

Plus de 32 000 euros ont été débloqués pour la rémunération des experts et les frais d’interprétariat. Tout cela pour que les experts, ayant des « qualités pertinentes en matière des droits des personnes LGBT, puissent « élaborer une recommandation sur les mesures visant à combattre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, à assurer le respect des droits de l’homme des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels et à promouvoir la tolérance à leur égard ».

Le Comité des ministres prend soin, au passage, de noter que « les situations de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, ainsi que l’homophobie et l’intolérance à l’égard des personnes transsexuelles sont malheureusement encore courantes en Europe ». Et d’invoquer la Charte des droits fondamentaux, pas encore adoptée puisque faisant partie du traité de Lisbonne, pour légitimer une action concertée de la part des gouvernements…

Un long rappel de la jurisprudence européenne, qui s’est auto-investie du pouvoir de juger en la matière, vient éclairer le mandat. Depuis la dépénalisation des actes homosexuels et du « droit au mariage » jusqu’au refus d’adoption opposé aux homosexuels. Il y est question de l’« angoisse » ressentie par les homosexuels devant des législations répressives…
Le mandat cite également la déclaration récemment signée par 66 pays dans le cadre de l’ONU pour protéger les « LGBT », sous l’impulsion de la France… Ce texte reste toutefois relativement discret dans son expression.

Trop pour le Comité des ministres qui a choisi d’annexer les « Principes de Yogyakarta » aux documents de travail du comité d’experts : c’est une charte de 29 principes de défense des droits des homosexuels signée par une série d’experts et de personnalités, qui sert aujourd’hui de référence aux militants de tous niveaux. Ils visent expressément le « droit de fonder une famille, y compris à travers l’accès à l’adoption ou à la procréation assistée sans discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ». Ils revendiquent l’égalité parfaite en matière d’« allocations sociales familiales et autres subventions publiques », de mariage et d’union civile. Il faut que « le bien de l’enfant soit une priorité, et que l’orientation sexuelle et l’identité de genre de l’enfant ou de n’importe quel autre membre de la famille ou d’une autre personne ne soient pas déclarées incompatibles avec ce bien ».

Mieux : les « multiples opinions, convictions et croyances relatives aux questions d’orientation sexuelle (…) » ne doivent pas « être entreprises d’une manière incompatible avec les droits humains ».

Quelle place, dans ce monde-là, pour l’expression de la morale traditionnelle ? On se le demande bien.

Source : Présent du 14 février 2009.

11 février, 2009

Mgr Charles Chaput : Construire et promouvoir une culture de la vie

Un point de vue américain

Mgr Charles Chaput, archevêque de Denver (Colorado) rendait dimanche visite, en Irlande, au chapitre local de Human Life International. A l’heure où l’on s’interroge en France sur la meilleure stratégie pro-vie, c’est une véritable feuille de route qu’il propose. Les déclarations du cardinal Vingt-Trois, très en retrait par rapport à la Marche pour la Vie, et le choix épiscopal de tout miser sur le « dialogue » à l’occasion des états généraux de la bioéthique, sont autant de défis qui sont lancés. Je vous propose ici ma traduction de l’allocution de Mgr Chaput : elle est certainement à verser au débat, même si l’on imagine d’avance la réaction d’aucuns – il est américain, nous n’avons pas la même culture. Ni la même conception de la laïcité, dira-t-on (quoique…). Mais rien n’interdit de réfléchir et de confronter des points de vue. Justement si, sur tel point ou tel autre, on aurait envie d’apporter un éclaircissement ou de marquer une différence.


C’est une bénédiction d’être ici aujourd’hui. Les Irlandais forment décidément une tribu privilégiée. Vous vivez dans un pays dont l’esprit missionnaire a changé la face de la vie catholique à travers tout le monde anglophone, et spécialement aux Etats-Unis.

Laissez-moi donc d’emblée honorer les milliers de prêtres irlandais, les religieux et les laïcs qui ont traversé l’Atlantique pour construire une nouvelle vie. Ils y ont réussi au-delà de tout ce que l’on aurait pu imaginer. Et ils ont infusé dans leur nouvelle vie en Amérique la Foi catholique et l’Evangile de Jésus-Christ. L’Eglise aux Etats-Unis leur est immensément redevable. Que vos ancêtres, donc, soient une inspiration en ce moment que nous passons ensemble.

Mon sujet est le suivant : « Construire la culture de vie : un point de vue américain. » Mais mon but est de vous proposer quelques leçons acquises au fil de l’expérience américaine que les Irlandais pourraient trouver utiles. La Cour suprême américaine a renversé les lois restreignant l’avortement aux Etats-Unis en 1973. La décision a de fait légalisé l’avortement à la demande. Depuis lors, l’avortement a tué plus de 40 millions d’enfants américains à naître. Il a également porté atteinte à la vie de millions de femmes et d’hommes. L’importance numérique de cette tragédie a eu un effet très curieux sur la mentalité américaine, parce que les Américains ont toujours formé un peuple très religieux – spécialement à l’aune européenne d’aujourd’hui. Les Américains ont développé une sorte de schizophrénie à propos de l’avortement. La plupart pensent que l’avortement est un mal. Mais la plupart souhaitent également qu’il soit légal en certains cas limités.

Cette dichotomie dans l’esprit américain a deux effets. Voici la première conséquence. Les Etats-Unis possèdent une industrie de l’avortement importante et bien financée. Cette industrie bénéficie de « lobbyeurs » politiques très avisés. Mais aussi d’une « machine à relations publiques » qui ferait apparaître le ministère de la Vérité de George Orwell comme une équipe d’amateurs. De fait, cette industrie fonctionne grâce à une machine à mensonges très persuasifs.

Vous connaissez certains de ces mensonges. Je suis sûr que vous les avez entendus en Irlande. Comme le mensonge selon lequel l’enfant à naître n’est pas « pleinement humain ». Ou celui selon lequel l’avortement est une décision purement privée sans conséquences publiques. Le mensonge qui veut que nous puissions être « pro-choix » et ne pas être impliqués dans les conséquences de nos choix : à savoir la mise à mort d’un enfant à naître.

Et voici la deuxième conséquence. A côté de l’industrie de l’avortement, il y a aux Etats-Unis un mouvement pro-vie très vigoureux. Les défenseurs de la vie américains ont connu beaucoup d’échecs. Ils n’ont jamais assez d’argent. Les médias ne les traitent pas de façon équitable. Trop de leurs chefs se disputent trop souvent entre eux. Mais ils refusent d’abandonner la lutte ou de mourir. Et ils ont obtenu un bon nombre de victoires juridiques modestes, mais importantes. Dans le même temps ils continuent de travailler en vue du but stratégique de renverser la décision Roe v. Wade de 1973.

Laissez-moi donc partager avec vous, d’après leur expérience, ces quelques choses « à faire » et « à ne pas faire » de l’action pro-vie.
I. D’abord six choses « à ne pas faire ».
Premièrement : ne vous laissez pas imposer frauduleusement un complexe d’infériorité.

Ceux qui nous critiquent aiment à dire que la religion divise, qu’elle est intellectuellement arriérée. Cette pensée fausse est désormais si largement partagée que toute action politique à fondement religieux peut être présentée comme traversant la frontière entre les affaires de l’Eglise et celles de l’Etat.

Cela est absurde. La démocratie dépend du principe que des gens de conviction portent leurs convictions dans le débat public – de manière respectueuse, légale et non-violente, mais vigoureusement et sans s’excuser. Si le fait d’être chrétiens nous met mal à l’aise dans le débat public, alors nous avons déjà perdu la guerre. En Amérique, le mot « pluralisme » est souvent brandi comme une sorte de bouclier voudou pour empêcher les personnes religieuses de parler du bien et du mal. En réalité, nos croyances morales façonnent toujours les choix politiques. Le véritable pluralisme exige au contraire que les gens ayant des croyances diverses défendent celles-ci de manière énergique dans la sphère publique. C’est de cette seule manière qu’un débat public peut être honnête et fécond. Nous ne devons jamais nous excuser d’être catholiques.

• Deuxièmement : ne laissez pas les divisions prendre racine.

L’unité est une marque du Saint-Esprit. La division renvoie vers quelqu’un de très différent. Comme l’affirmait saint Augustin, nous devons être unis sur l’essentiel, libres en ce qui est ouvert au débat, charitables en tout. Des opinions diverses dans le combat pro-vie font partie de la richesse de ce mouvement. En tant qu’évêque, j’ai été abasourdi par la quantité d’énergie gaspillée en disputes internes. Nous ne devons jamais laisser nos différences prendre un tour personnel. L’acrimonie à l’intérieur du mouvement pro-vie n’est qu’un cadeau pour ceux d’en face. Elle est également une forme de vol à l’égard des enfants à naître qui souffriront des conséquences de nos divisions.

• Troisièmement : ne vous laisser pas enfermer dans la politique ; et spécialement la politique partisane.

La politique est un champ où l’action pro-vie peut obtenir des résultats très concrets. Jean-Paul II a dit dans son exhortation Christifideles laici que « les accusations de carriérisme, d’idolâtrie du pouvoir, d’égoïsme et de corruption visant les personnes au gouvernement, dans les parlements ou les partis politiques » sont souvent injustifiées. Tout comme l’est « l’opinion commune selon laquelle la participation à la vie politique constitue un danger moral absolu » ; au contraire ces choses « ne justifient absolument pas, ni le scepticisme, ni l’absence des chrétiens dans la vie publique ».

Mais le pas rapide de la politique de partis, et l’illusion selon laquelle la politique dirige les « sommets » depuis lesquels notre société est réglée et peut permettre d’accomplir nos obligations sociales de chrétiens, fait que la vie politique peut vite devenir une addiction. Et cette illusion devient dangereuse lorsque la défense de la vie à naître s’identifie par trop à un homme politique en particulier ou, pire, à un parti spécifique. Plus il y aura de défenseurs de la vie attachés à un seul parti politique, moins ils pourront s’adresser à la société au sens large. Aux Etats-Unis, des catholiques – à droite comme à gauche – ont trop souvent commis l’erreur de devenir les supporters d’un candidat spécifique.

• Quatrièmement : ne créez pas de fausses oppositions, et ne les acceptez pas.

La pensée dialectique, et par là je veux désigner l’idée selon laquelle la plupart de nos options impliquent des choix « ou ceci, ou cela », est généralement anti-chrétienne. Lors des dernières élections américaines, nous avons assisté à l’émergence de soi-disant organisations pro-vie qui étaient d’avis de cesser le combat légal à propos de l’avortement. Au lieu de quoi nous aurions dû nous entendre avec les « pro-choix » pour chercher des « positions communes ».

Leur argument était simple : pourquoi mener un combat perdant sur le front légal, culturel et moral puisque – de leur avis – nous n’avons pas encore obtenu de sérieux progrès pour faire cesser l’avortement légal ? Laissons tomber la bataille politique qui divise, disaient-ils : travaillons tous, plutôt, à prendre à bras-le-corps les problèmes économiques et sanitaires dont la résolution pourra, à terme, réduire le nombre d’avortements.

Mais en regardant l’histoire américaine récente, les Américains ont ils pris un chemin progressif d’amélioration sociale pour « réduire » le racisme ? Non : nous avons obtenu le « Civil Rights Act » de 1964. Je n’ai jamais non plus entendu qui que ce soit proposer d’en finir avec le meurtre, le viol ou la violence domestique en améliorant l’accès à la santé et au travail. Nous criminalisons le viol – même si nous savons que cette tragédie se produira tout de même à l’occasion – parce que le viol est un mal grave. C’est un acte de violence, et la loi doit le proscrire. Evidemment, nous avons dans le même temps le devoir d’améliorer les conditions sociales qui peuvent engendrer la violence domestique et sexuelle. Mais cela ne change rien à la nécessité de la loi.

De même, si nous pensons réellement que l’avortement est un acte intime de violence, alors nous ne pouvons rien vouloir de moins que la fin de l’avortement. Peu importe qu’il y ait toujours eu des avortements, et qu’il y en aura toujours. Si nous pensons réellement que l’avortement tue une vie qui se développe en attendant de naître, alors nous ne pourrons jamais nous satisfaire de simple « réductions » du nombre des victimes.

Les évêques des Etats-Unis ont souligné depuis plus de 30 ans que le gouvernement doit apporter une amélioration aux conditions économiques qui conduisent certaines femmes à avorter. Mais un bon programme de justice économique n’absout jamais les catholiques de mener le combat juridique pour mettre fin à l’avortement. La protection de l’enfant à naître n’est pas un choix « ou bien, ou bien ». Il s’agit de faire les deux, l’un et l’autre. Nous devons aider les femmes confrontées à des grossesses à problème en leur fournissant aide sanitaire et soutien économique ; et nous devons faire passer des lois qui mettront fin à l’avortement légal. Nous devons faire les deux.

• Cinquièmement : ne haïssez pas l’adversaire.

Notre adversaire nous est opposé, mais il n’est jamais notre « ennemi ». Notre ennemi est le Malin. Les législateurs pro-avortement et les organisations qui œuvrent en ce sens, et même ceux qui nous détestent pour ce que nous croyons, ne sont pas nos ennemis. Ils sont nos frères et nos sœurs. Nous devons avoir confiance en la puissance de l’amour – la vraie puissance de Dieu. Saint Irénée de Lyon avait mis en garde les premiers chrétiens : nous sommes des agneaux envoyés parmi les loups. Dès l’instant où nous devenons nous-mêmes des loups, nous perdons

J’ai toujours été ému par l’histoire de Norma McCorvey, cette femme dont le cas a abouti à la décision de la Cour suprême qui a légalisé l’avortement permissif aux Etats-Unis. Au fil des ans qui ont suivi sa victoire judiciaire, McCorvey a commencé à regretter son avortement [NDLR : son rôle dans la légalisation de l’avortement et son travail dans des cliniques d’avortement – en fait, elle n’a jamais avorté], à examiner sa vie, puis elle s’est convertie à la cause pro-vie avant d’embrasser la Foi catholique.

Se sentant utilisée, puis jetée par l’industrie de l’avortement, McCorvey s’est battue avec la dépression et a connu une profonde confusion dans sa vie. Un jour un mouvement pro-vie, représenté par un jeune couple chrétien avec leurs enfants, s’est installé à côté de son travail. Ils la traitaient toujours avec gentillesse. Ils la laissaient parler et jouer avec leurs enfants. Elle craignait toujours qu’ils ne découvrent son identité : pas seulement « une » ennemie mais « l’ennemie », la femme qui a permis la légalisation de l’avortement.

Norma devait découvrir qu’ils avaient toujours su qui elle était. L’expérience de leur gentillesse inconditionnelle fut pour elle le premier pas de son voyage vers la Foi catholique, et, aujourd’hui, une vie consacrée à mettre fin à l’avortement.

• Sixièmement et pour finir : ne laisser pas votre adversaire fixer l’ordre du jour.

Lors de sa première semaine en fonctions, le président Barack Obama a renversé la politique de Mexico City, qui a empêché l’utilisation de l’argent fédéral américain pour la promotion de l’avortement dans les pays en voie de développement. Pour justifier cet ordre de l’exécutif il a donné la raison qu’il était temps de placer cette « question qui divise » derrière nous, une fois pour toutes.

Il y a quelque chose de bizarre dans la rhétorique selon laquelle nous sèmerions la division, et dans les leçons adressées à des citoyens adultes à propos de ce que nous devons contester, et quand nous devons cesser de le faire. Dans une démocratie, nous devons justement pouvoir décider de cela nous-mêmes. Je suis donc heureux qu’un représentant catholique pro-vie ait immédiatement proposé un texte bi-partisan, la résolution 708, demandant la rentrée en vigueur de la politique de Mexico City. Un problème qui implique la vie et la mort d’enfants à naître et la subversion de sociétés traditionnelles tout entières ne peut pas être placée « derrière nous » par le fait d’une signature exécutive.

Pendant le temps qui nous reste, j’aimerais vous présenter la partie positive de ma causerie :
II. Ce qu’il faut faire.

• Premièrement, et avant tout : c’est très simple, devenez bien des martyrs.


J’ai dit que c’était simple. Je n’ai pas dit que c’était facile. Soyez prêts à payer le prix ultime.

Le pape Jean-Paul II a, de manière très avisée, choisi saint Thomas More, martyr, comme saint patron des avocats et des hommes politiques. Thomas More et son ami, l’évêque John Fisher, tous deux exécutés par le même roi en raison de leur fidélité à la Foi catholique, sont les modèles de l’endroit où nous devons être prêts à aller pour notre foi.

Dans le monde d’aujourd’hui, il se peut qu’il ne nous soit jamais demandé de payer le prix ultime. Mais nous voyons bien l’assassinat moral et les calomnies qui visent les bonnes gens tous les jours dans les médias. Et nous devons être prêts à payer ce prix-là, aussi. Nous avons quelques très bons exemples récents d’heroïsme. Il y a deux mois, le Grand-Duc Henri du Luxembourg a rejeté une loi légalisant l’euthanasie votée par les législateurs de son pays.

Le Grand-Duc est le petit-fils de la Grande-Duchesse Charlotte, héroïne du pays pendant la Seconde guerre mondiale, qui fut la dernière personne à recevoir du Pape la Rose d’Or, la plus haute distinction papale qui puisse être offerte à une femme souveraine catholique.

Bien évidemment, certains hommes politiques ont immédiatement demandé que la constitution du Luxembourg soit modifiée pour dépouiller le Duc de son pouvoir.

Une bataille similaire a eu lieu en Belgique il y a deux décennies lorsque le roi Baudouin a refusé de donner son Assentiment royal à une loi légalisant l’avortement. Son refus n’était que formel, puisque le roi avait très peu de pouvoir réel. Mais c’était un acte sans précédent de la part de Baudoin, qui était un catholique profondément croyant. Le Parlement belge l’a déclaré incapable de régner. Il abdiqua pour un jour, et la loi fut promulguée sans son approbation.

La leçon de tout cela, c’est que rien, pas même notre bonne réputation, ne doit nous empêcher de faire ce que nous savons être juste.

• Deuxièmement : garder l’espérance bien vivante.

Cultiver la joie chrétienne n’est pas un acte d’auto-déception. C’est une manière de professer que Dieu est de notre côté, et que la nature humaine, créée par Dieu, même abîmée par le péché originel, est aussi de notre côté. Rien n’inspire davantage que des guerriers joyeux. J’espère qu’il y en aura parmi vous qui iront voir sur Internet quelques photos de la Marche annuelle pour la vie à Washington D.C. C’est un événement plein de prière, de charité et de confiance. Parmi les marcheurs, beaucoup sont des jeunes joyeux, rayonnant de confiance en l’avenir – non les espoirs superficiels des slogans politiques, mais la vraie espérance chrétienne qui est le fruit du sacrifice de soi et de la lutte pour accomplir la volonté de Dieu.

Je n’ai jamais de ma vie vu un événement pro-avortement joyeux. J’ai toujours pensé que c’était instructif.

• Troisièmement : soyez stratégiques.

Etre des brebis parmi les loups ne signifie pas que nous avons aussi le droit d’être stupides comme des pierres. Thomas More a fini par être martyr – mais il était également un penseur d’une grande finesse, et s’est montré un chef politique avisé, intelligent et prudent pendant qu’il essayait d’éviter sa propre exécution. Les forces pro-avortement dépenseront toujours davantage que les organisations. Tous nos efforts sont écrasés par leur argent. Nous n’avons que très rarement accès à des médias bienveillants, aux fondations et aux cercles du pouvoir. Mais il peut s’agir là d’une bénédiction déguisée en malédiction. Cela nous force à être créatifs, à penser sur le long terme et à tirer le plus possible de nos modestes moyens.

Etre stratégique veut dire avoir des plans à long terme, fixer l’ordre du jour, travailler ensemble et surpasser nos adversaires en intelligence. Pour atteindre ces buts, nous avons besoin d’une forte dose de réalisme. Nous ne devons jamais rêver ou pleurnicher à propos de toutes les choses que nous pourrions faire avec les millions d’euros que nous n’avons pas. Nous devons nous focaliser sur les dix euros que nous avons effectivement.

Deux poissons et cinq pains, bien investis – en d’autres termes, donnés au Seigneur – ont rassasié une multitude. L’histoire montre que les guerres de guérilla, bien planifiées et bien exécutées, peuvent remporter la victoire sur de grandes armées. Et nous ne devons jamais oublier que le plus grand chef guérillero de tous n’était pas Mao ou le Che, mais un jeune berger nommé David, qui est devenu roi.

• Quatrièmement : utilisez les meilleurs moyens pour répandre votre message, spécialement les nouvelles technologies.

Les nouvelles technologies d’aujourd’hui ne sont pas sans inconvénients sociaux. Mais elles sont bon marché et peuvent être très efficacement employées par les pro-vie. Tandis que les gros médias traditionnels, y compris la presse écrite, perdent de leur influence, les blogs, les réseaux sociaux, et les canaux de YouTube prospèrent. Et ils offrent des possibilités immenses au combat pro-vie.

Voici un exemple. Lila Rose est une jeune femme de 19 ans qui vient de recevoir l’un des six prestigieux prix pro-vie attribués par la « Gerard Health Foundation » aux Etats-Unis. Depuis l’âge de 15 ans, armée d’un peu de courage, de beaucoup d’astuce, d’un enregistreur audio et d’une petite caméra vidéo, Rose a mené plusieurs enquêtes incognito, y compris celle qui a révélé le racisme du Planning familial et une affaire de viol criminel occultée par cette institution. Son arme principale : les vidéos YouTube qui se transformèrent pour ainsi dire en virus jusqu’à être citées par les gros médias, forçant le Planning familial à présenter des excuses et à renvoyer certains collaborateurs.

Lila Rose et bien d’autres utilisateurs agiles des nouvelles technologies ont montré que le nouvel Internet, bien utilisé, peut casser le mur du silence qu’oppose souvent aux pro-vie l’établissement des gros médias malveillants à leur égard.

• Cinquièmement et pour finir : rappelez-vous que le renouvellement de la culture, et non la conquête du pouvoir, est notre but ultime.

La culture est tout. La culture est notre « écologie humaine ». C’est l’environnement dans lequel nous autres êtres humains ne respirons par seulement l’air qui nous entoure, mais les idées, les croyances, les valeurs.

Le stratège de la campagne de Bill Clinton, James Carville, a su forger un slogan qui a mené son boss à la Maison Blanche en 1992. Pour maintenir la campagne autour de ce message, Carville suspendit son affiche dans le QG de Clinton à Little Rock : « It’s the economy, stupid ! » (« c’est l’économie, idiot »).

La phrase est habile, et elle porta ses fruits – si le but était bien l’exercice du pouvoir par Bill Clinton à court terme. Mais ce n’est pas cela, la mission des pro-vie. Notre véritable tâche, et notre but à long terme, et bien plus important, est de réaliser ce que Jean-Paul II appelait « l’évangélisation de la culture ».

Bien des choses dans notre monde développé d’aujourd’hui travaillent à la promotion d’un esprit de lucre, de désespoir et d’auto-illusion. Nos adversaires disposent bien souvent de bien plus de ressources que l’Eglise et le mouvement pro-vie ne pourront jamais accumuler.

Mais les tendances culturelles peuvent être changées. Et je vais le prouver. Les gros médias nous disent depuis une décennie que le public américain est également réparti entre ceux qui se disent pro-vie et ceux qui se décrivent comme « pro-choix ».

Cela est vrai, en gros. Mais le diable (ou, en ce cas précis, Dieu) est dans les détails.

Un sondage national réalisé par Harris Interactive il y a deux mois a révélé que moins de dix pour cent des Américains sont favorables à l’avortement légal tel qu’il existe aujourd’hui. 95 % sont favorables à des lois restreignant la pratique de l’avortement à des médecins reconnus. 88 % sont favorables à une législation de « consentement éclairé » – en d’autres termes, l’obligation légale pour les fournisseurs d’avortement de donner aux femmes des informations sur les risques que l’avortement peut faire courir à leur santé, et aussi sur l’existence d’autres options que l’avortement. 76 % soutiennent les lois exigeant que les parents puissent intervenir si leur fille mineure veut recourir à l’avortement. 68 % sont favorables aux lois interdisant l’avortement par naissance partielle. 63 % sont favorables aux loix qui empêchent l’utilisation de l’argent des contribuables pour l’avortement.

Ces chiffres sont très révélateurs. Ils montrent que le travail des pro-vie a résulté en de réels progrès quant à la prise de conscience du caractère sacré de la vie à naître. Ces bons résultats auraient peut-être été inconcevables il y a vingt ans.

Nous devons travailler pour changer la culture. Voilà qui exige un engagement, tout au long de la vie, pour l’éducation, pour la formation chrétienne et, au bout du compte, la conversion. Seuls les saints changent véritablement le monde. Et là se cache notre victoire ultime : si nous changeons un cœur à la fois, pendant que nous sauvons un enfant à naître à la fois, viendra le jour où nous n’aurons plus à nous soucier de sauver des bébés, parce qu’ils seront entourés d’une culture aimante et accueillante.

Verrai-je ce jour de mes yeux ? Je ne peux pas retenir ma respiration aussi longtemps. Mais d’un autre côté, je n’aurais jamais espéré voir un pape polonais, ni la chute du Rideau de Fer. Peut-être ne verrons-nous pas ce jour pendant nos vies, mais les enfants de vos petits-enfants, eux, le verront. L’avenir dépend de nos choix et de nos actions, ici, maintenant, aujourd’hui – ensemble.

Quelle que soit votre fatigue, quelque rude soit le travail, et peu importe qui vous loue et qui vous condamné, la seule chose qui importe au bout du compte est celle-ci : Jésus-Christ est le Seigeur, Il est venu pour nous donner la vie, et la vie en abondance. A cause du mystère de la Croix et de la Résurrection, l’avenir est à nous. Et le meilleur est encore à venir.

Dieu vous bénisse !

Eluana Englaro est morte : chronique d’un assassinat délibéré

Alors même que le Sénat italien était en plein débat à propos d’un texte qui aurait pu lui sauver la vie, Eluana Englaro, l’Italienne de 38 ans plongée dans un « coma végétatif » depuis 17 ans, à la suite d’un accident de la route, est morte lundi soir vers 20 heures. Brusquement – mais opportunément ? Son hydratation et son alimentation avaient été interrompues depuis vendredi – ou plutôt, selon des sources pro-vie américaines, « arrêtées graduellement ». Le Sénat a observé une minute de silence avant de reprendre la discussion d’un texte qui pourra, espère-t-il, protéger d’autres qu’Eluana d’une mise à mort semblable. Des veillées de prières ont été organisées près de la clinique « La Quieta » d’Udine où la jeune femme est morte.

« La mort d’Eluana clôt la polémique sur l’euthanasie », titrait mardi Le Figaro : il faut oser. Comme s’il n’y avait plus aucun problème de droit, de justice, de morale, de déontologie médicale.

Car l’affaire ne fait que commencer, et ses conséquences – dans un sens ou dans l’autre – seront profondes. Soit l’affaire Eluana permettra une prise de conscience, que l’Eglise appelle de ses vœux : Mgr Javier Lozano Barraga a donné le ton en déclarant : « Que le Seigneur l’accueille et pardonne à ceux qui l’ont conduite à cela. » Soit des instances de pouvoir italiennes, contrant la volonté de Silvio Berlusconi qui a tout fait pour empêcher que le crime soit consommé – comme le président Napolitano, ancien communiste, refusant de signer vendredi le décret ordonnant l’alimentation de la jeune femme – tirent argument de l’affaire pour promouvoir cette forme d’euthanasie par omission. S’appuyant sur une opinion italienne divisée, mais surtout manipulée à l’occasion de faits tragiques.

Le drame, le supplice vécus par ceux qui voient un proche dans une situation sans issue sont bien réels. Pour autant la vie – point fragile, puisqu’elle était en excellente santé – d’Eluana Englaro ne pesait pas sur sa famille : elle était soignée par des religieuses qui ne demandaient qu’à poursuivre l’administration des soins ordinaires qui lui permettaient de vivre. Tous ses organes fonctionnaient. Elle était simplement incapable de s’alimenter par ses propres moyens.

C’est pourquoi il n’est pas exagéré de parler de crime, et d’assassinat délibéré : l’alimentation et l’hydratation ne lui ont pas été refusées (à la suite d’une décision judiciaire obtenue par son père) parce qu’elles lui causaient du tort, ou la faisaient souffrir, ou parce qu’elles ne servaient plus à rien, mais dans l’intention expresse de causer sa mort.

Sa mort en moins de quatre jours ? Voilà l’aspect plus qu’étrange de cette affaire. Une heure avant son décès, le neurologue qui était aux côtés d’Eluana affirmait que tout se passait normalement et que la mort devrait intervenir dans les 12 ou 14 jours. La cause de la mort est quant à elle décrite diversement selon les sources : crise cardiaque à la suite de la déshydratation ? Détresse respiratoire ? A l’heure d’écrire, il n’est pas encore certain qu’une autopsie ait été ordonnée. Mais on s’interroge. Dans des cas similaires : Terri Schiavo aux Etats-Unis, Hervé Pierra en France, il avait fallu bien plus de temps avant que les forces ne quittent leurs pauvres corps abandonnés. Et Eluana était « en excellente santé ». Selon les mêmes sources pro-vie américaines, les artisans de la mort d’Eluana avaient prévu de lui administrer de lourds sédatifs.

En soins palliatifs, cela se défend. A une personne à l’agonie il est légitime d’administrer des calmants qui peuvent avoir pour effet indirect de hâter la mort. Dans les cas d’euthanasie par refus d’alimentation et d’hydratation, ces sédatifs sont théoriquement (dans la logique des euthanasieurs) inutiles, puisque par définition on tient que le patient ne souffre ni ne ressent rien. Mais l’objectif étant bien de faire mourir, pourquoi se priver de cet adjuvant ?

Ou bien il faut supposer que l’équipe qui a soigné (ou plutôt qui a refusé les soins) craignait tout de même qu’Eluana conserve une forme de conscience. Il y a un peu plus d’un an, une équipe de chercheurs britanniques n’affirmait-elle pas que dans 40% des cas, le diagnostic de syndrome végétatif persistant est erroné ? On compte désormais bien des exemples de personnes plongées dans un coma végétatif qui en sont sorties, totalement ou partiellement.

Le débat qui agite l’Italie (et qui n’est pas « clos » par la mort d’Eluana !) est assurément un signe d’espérance, puisque l’Eglise s’y exprime haut et fort, et est entendue. En France, la loi Leonetti permet déjà de considérer l’alimentation comme un traitement, un soin « médical » dont on peut s’abstenir s’il n’est pas susceptible d’apporter une « amélioration » de l’état du patient.

Source : Présent du 11 février 2009

04 février, 2009

Refus d'adoption homosexuelle à Emmanuelle B. : une décision ambiguë

Le conseil général du Jura est sous le feu des projecteurs : son nouveau président, Jean Raquin (divers droite) est accusé d’« homophobie » parce qu’au nom des services de l’institution qu’il préside il vient de refuser à une paire de lesbiennes un agrément d’adoption internationale. Emmanuelle B., institutrice, 47 ans, et Laurence R., psychologue scolaire, 44 ans, avaient fait ensemble cette démarche, la deuxième du genre. Malgré des rapports favorables des services sociaux et des psychologues rencontrés, le conseil général a estimé qu’il y avait un désaccord entre les deux femmes sur l’âge des enfants à adopter (ce qu’elles contestent) ; le conseil général reproche en outre à Laurence de se positionner en tiers dans la relation mère-enfant.

Les termes du refus – mais personne ne le souligne – laissent absolument pantois. Défendant la décision, Laurent Bourguignat, directeur de cabinet de Jean Raquin, s’inquiétait d’abord de souligner ceci : « A aucun moment, l’homosexualité n’est évoquée pour justifier ce refus. Je défie quiconque de trouver un propos homophobe dans la lettre du président. »

Préoccupation ahurissante dans la mesure où l’adoption homosexuelle est et demeure interdite en France, le Code civil disposant que « nul ne peut être adopté par plusieurs personnes si ce n’est par deux époux ». En l’occurrence, la demande d’adoption proprement dite était certes présentée par la seule Emmanuelle B. Mais elle a été traitée comme une demande à deux, puisque Laurence R. s’était associée à la procédure, et elle n’a pas été rejetée en tant que telle. Le conseil général du Jura au contraire a décidé que le projet ne tenait pas la route : en caricaturant on pourrait dire que c’est parce que l’enfant adopté n’aurait pas l’assurance de trouver une bonne seconde mère en la personne de la concubine de sa mère adoptante.

De vous à moi, il semble bien que le refus soit fondé sur l’homosexualité du couple, mais les contorsions de langage et de critères sur lesquelles se fondait le refus indique la très grande peur d’être condamné pour homophobie. C’est dire que l’économie générale de la question a déjà basculé en faveur de l’adoption homosexuelle.

C’est une longue histoire que celle de ces deux employées de l’Education nationale. Emmanuelle B. avait déposé seule une demande d’adoption en 1998, rejetée à l’époque (déjà) en raison du manque d’« implication » de sa concubine, et de l’absence de « référant paternel ». Une longue procédure avait abouti, en janvier 2008, à une décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour qui la référence implicite à l’homosexualité de la requérante était constitutive d’une « différence de traitement » qui, se rapportant « uniquement à l’orientation sexuelle », constitue une « discrimination » punissable selon la Convention européenne des droits de l’homme. Pris par la Grande Chambre de la CEDH, et à ce titre particulièrement solennel, l’arrêt consacrait en droit l’impossibilité pour les Etats membres de refuser une adoption au seul titre de l’homosexualité.

C’est une révolution dont Emmanuelle B. a bien sûr perçu la portée et c’est forte de cette décision qu’elle a de nouveau, le 28 avril 2008, déposé une demande d’adoption, faisant cette fois-ci intervenir sa concubine dans toute l’enquête administrative qui s’en est suivie. On n’oubliera pas de noter que le rapport du psychologue, de l’avis de Judith Silberfeld du magazine gay en ligne Yagg, était « dithyrambique ». Par le refus d’agrément, lit-on ailleurs sous sa plume, on a « interdit » à Emmanuelle B. « d’être mère »…

Les deux femmes se défendent de vouloir utiliser leur affaire pour faire avancer la cause de l’adoption homosexuelle, mais uniquement pour répondre à leur désir d’offrir un foyer à des enfants. Quoi qu’il en soit, leur manière de procéder est menée de manière à obtenir des décisions de principe. Elles ont d’ailleurs annoncé leur intention de saisir la terre entière : aux recours administratifs, s’ajouteront la saisine de la HALDE, celle du conseil des ministres chargé du suivi de l’exécution des arrêts de la CEDH et le commissaire aux droits de l’homme.

Source : Présent du 4 février 2009.

 
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