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19 mars, 2020

Mgr Crepaldi de Trieste évoque le coronavirus – et dénonce le panthéisme, le mondialisme, les abandons de souveraineté, les attaques contre la vie et la famille

La morale devra changer pour être de nouveau fondée sur autre chose qu'elle-même, et la société devra retrouver le sens de Dieu et de la religion : telle est l'appel à la vérité et au réel lancé par Mgr Giancarlo Crepaldi, évêque de Trieste, à propos de la crise du coronavirus.

Dans un passionnant article publié en exclusivité il y a quelques minutes par Marco Tosatti sur son blog Stilum curiae, Mgr Crepaldi souligne comment le COVID-19 met à mal les grandes erreurs du temps : le naturalisme qui enseigne la bonté de la nature et notre devoir de « connexion » avec elle, le panthéisme, mais aussi le rejet de la doctrine sociale de l'Eglise et son principe de subsidiarité nié par le mondialisme supranational.

Et de rappeler aussi que le mot latin « Salus » signifie certes santé, mais aussi salut, et que le salut n'est pas forcément la santé ici-bas comme le savaient bien les martyrs.

Il est vrai que Mgr Crepaldi fait partie des évêques qui sont sortis de leurs cathédrales pour bénir leurs villes avec le Saint Sacrement alors que les fidèles ne peuvent plus venir à la messe.

Le texte est revigorant. Je vous en propose ci-desssous, avec l'aimable autorisation de Marco Tosatti, ma traduction. – J.S.


*

Plus rien ne sera comme avant


L'épidémie liée à la propagation de la "COVID-19" a un fort impact sur de nombreux aspects de la coexistence entre les hommes et pour cette raison, elle nécessite également une analyse du point de vue de la Doctrine Sociale de l'Eglise. La contagion est avant tout un événement sanitaire et cela suffit à relie directement à l'objectif du bien commun. La santé en fait certainement partie. En même temps, elle pose le problème de la relation entre l'homme et la nature et nous invite à surmonter le naturalisme qui est répandu aujourd'hui et je rappelle que, en l'absence de gouvernement de la part de l'homme, la nature produit aussi des catastrophes et qu'une nature uniquement bonne et d'emblée exempte de contamination n'existe pas.

Elle pose ensuite le problème de la participation au bien commun et de la solidarité, en nous invitant à aborder, sur la base du principe de subsidiarité, les différentes contributions que les acteurs politiques et sociaux peuvent apporter à la solution de ce grave problème et à la reconstruction de la normalité, une fois l'épidémie derrière nous. Il est devenu évident que ces contributions doivent être articulées entre elles, convergentes et coordonnées. Le financement des soins de santé, un problème que le coronavirus met très clairement en évidence, est un problème moral central dans la poursuite du bien commun. Il est urgent de réfléchir tant aux objectifs du système de santé qu'à sa gestion et à l'utilisation des ressources, car l'examen du passé récent laisse constater une réduction significative du financement des établissements de soins de santé. L'épidémie menace en effet la fonctionnalité des filières productives et économiques, et leur blocage, s'il se prolonge, entraînera des faillites, du chômage, de la pauvreté, des difficultés et des conflits sociaux. Le monde du travail sera soumis à de grands bouleversements, de nouvelles formes de soutien et de solidarité seront nécessaires et des choix drastiques devront être faits. La question économique renvoie à celle du crédit et à la question monétaire et, par conséquent, aux relations de l'Italie avec l'Union européenne dont dépendent dans notre pays les décisions finales dans ces deux domaines. Cela soulève à nouveau la question de la souveraineté nationale et de la mondialisation, faisant ressortir la nécessité de réexaminer la mondialisation comprise comme une machine systémique mondialiste, qui peut aussi être très vulnérable précisément en raison de son interrelation interne rigide et artificielle, de sorte que, lorsqu'un point névralgique est touché, elle provoque des dommages systémiques globaux difficiles à corriger. Lorsque les niveaux sociaux inférieurs sont soustraits à la souveraineté, tous seront emportés. D'autre part, le coronavirus a également mis en évidence les « fermetures » des États, incapables de coopérer réellement même s'ils sont membres des institutions supranationales auxquelles ils appartiennent. Enfin, l'épidémie a posé le problème de la relation du bien commun avec la religion catholique et de la relation entre l'État et l'Église. La suspension des messes et la fermeture des églises ne sont que quelques aspects de ce problème.

Tel semble donc être le tableau complexe des problèmes posés par l'épidémie du coronavirus. Ce sont des sujets qui interpellent la doctrine sociale de l'Église, c'est pourquoi notre Observatoire se sent appelé à proposer une réflexion, en sollicitant d'autres contributions dans ce sens. L'encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI, écrite en 2009 au moment d'une autre crise, affirme : « La crise nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles et à trouver de nouvelles formes d’engagement, à miser sur les expériences positives et à rejeter celles qui sont négatives. La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets. » (n. 21).

La fin du naturalisme idéologique

Les sociétés étaient et sont toujours traversées par diverses formes idéologiques de naturalisme que l'expérience de cette épidémie pourrait corriger. L'exaltation d'une nature pure et originellement non contaminée dont l'homme serait le pollueur était intenable ; elle l'est encore moins aujourd'hui. L'idée d'une Terre-Mère dotée à l'origine de son propre équilibre harmonieux avec l'esprit de laquelle l'homme devrait se connecter pour trouver la bonne relation avec les choses et avec lui-même est une absurdité que cette expérience pourrait faire disparaître. La nature doit être gouvernée par l'homme et les nouvelles idéologies panthéistes (et pas seulement elles) postmodernes sont inhumaines. La nature, au sens naturaliste du terme, produit également des déséquilibres et des maladies et c'est pourquoi elle doit être humanisée. Ce n'est pas l'homme qui doit se naturaliser, mais la nature qui doit être humanisée.

La Révélation nous enseigne que la création est confiée à la garde et à la gouvernance de l'homme en vue du but ultime qui est Dieu. L'homme a le droit, parce qu'il en a le devoir, de gérer la création matérielle, de la régir et d'en tirer ce qui est nécessaire et utile pour le bien commun. La création est confiée par Dieu à l'homme, à son intervention selon la raison et à sa capacité de sage domination. L'homme est le régulateur de la création, et non l'inverse.

Les deux sens du mot “Salus”

Le terme « Salus » signifie santé, au sens sanitaire du terme, et il signifie également salut, au sens éthico-spirituel et surtout religieux. L'expérience actuelle du coronavirus témoigne une fois de plus que les deux significations sont liées. Les menaces pour la santé du corps induisent des changements dans les attitudes, dans la façon de penser, dans les valeurs à défendre. Ils mettent à l'épreuve le système moral de référence de la société tout entière. Elles exigent des comportements éthiquement valables, elles remettent en cause des attitudes égoïstes, désengagées, indifférentes, d'exploitation. Elles mettent en évidence des formes d'héroïsme dans la lutte commune contre la contagion et, en même temps, des formes de pillage de ceux qui profitent de la situation. La lutte contre la contagion exige une recomposition morale de la société en termes de comportement sain, solidaire et respectueux, peut-être plus importante que la recomposition des ressources. Le défi de la santé physique est donc lié au défi de la santé morale. Nous devons repenser en profondeur les dérives immorales de notre société, à tous les niveaux. Souvent, les malheurs naturels ne sont pas entièrement naturels, mais ont derrière eux les attitudes moralement désordonnées de l'homme. L'origine du COVID-19 n'est pas encore définitivement clarifiée ; elle pourrait même s'avérer ne pas être d'origine naturelle. Mais même si son origine purement naturelle est admise, son impact social remet en cause l'éthique communautaire. La réponse n'est pas et ne sera pas seulement scientifico-technique, mais aussi morale. Après la réponse technique, la grave crise du coronavirus devrait faire revivre la moralité publique sur une nouveau fondement solide.

Participation au bien commun

La participation éthique est nécessaire parce que le bien commun est en jeu. L'épidémie du coronavirus contredit tous ceux qui ont soutenu que le bien commun en tant que fin morale n'existe pas. Si tel était le cas, à quoi s'engageraient et pour quoi se battraient toutes les personnes à l'intérieur et à l'extérieur des institutions ? À quel engagement les citoyens seraient-ils appelés par des ordonnances restrictives si ce n'est à un engagement moral pour le bien commun ? Sur quelle fondement dit-on qu'un certain comportement est « obligatoire » en ce moment ? Ceux qui ont nié l'existence du bien commun ou qui en ont confié la mise en œuvre aux seules techniques, mais non à l'engagement moral pour le bien, sont aujourd'hui contredits par les faits. C'est le bien commun qui nous dit que la santé est un bien que nous devons tous promouvoir. C'est le bien commun qui nous dit que le mot Salus a deux significations.

Cette expérience du coronavirus va-t-elle être portée au point d'approfondir et d'élargir cette notion de bien commun ? Alors que nous nous battons pour sauver la vie de tant de personnes, les procédures d'avortement procurés ne cessent pas, ni la vente de pilules abortives, ni les pratiques euthanasiques, ni les sacrifices d'embryons humains et bien d'autres pratiques contre la vie et la famille. Si l'on redécouvre le bien commun et la nécessité d'une participation commune et concertée en sa faveur dans la lutte contre l'épidémie, il faut avoir le courage intellectuel et la volonté d'étendre le concept aussi loin qu'il doit naturellement l'être.

La subsidiarité dans la lutte pour la santé

La mobilisation permanente contre la propagation du coronavirus a impliqué de nombreux niveaux d'action, parfois bien coordonnés, parfois moins. Il existe différentes tâches que chacun a effectuées en fonction de ses responsabilités. Une fois la tempête passée, on pourra faire le point de ce qui n'a pas fonctionné correctement dans la chaîne de subsidiarité, et redécouvrir l'important principe de subsidiarité afin de mieux l'appliquer – et de l'appliquer dans tous les domaines. Une expérience en particulier doit être valorisée : la subsidiarité doit être « pour » et non comme une « interdiction de » : elle doit être pour le bien commun et, par conséquent, elle doit avoir un fondement éthique et non pas seulement politique ou fonctionnaliste. Un fondement éthique fondé sur l'ordre naturel et finalisé de la vie sociale. L'occasion est propice à l'abandon des visions conventionnelles des valeurs et des objectifs sociaux.

Un point important maintenant mis en évidence par la crise coronavirus est le rôle subsidiaire du crédit. Le blocage de grands secteurs de l'économie pour assurer une plus grande sécurité sanitaire et réduire la propagation du virus provoque une crise économique, notamment en termes de liquidités, pour les entreprises et les ménages. Si la crise dure longtemps, on s'attend à une crise de la circularité de la production et de la consommation, avec le spectre du chômage. Face à ces besoins, le rôle du crédit peut être fondamental et le système financier pourrait se racheter des nombreuses délabrements condamnables du passé récent.

Souveraineté et mondialisation

L'expérience actuelle du coronavirus nous oblige également à reconsidérer les deux concepts de mondialisation et de souveraineté nationale. Il existe une mondialisation qui voit la planète entière comme un « système » de connexions et d'articulations rigides, une construction artificielle régie par des initiés, une série de vases communicants apparemment inébranlables. Cependant, un tel concept s'est également avéré faible car il suffit de frapper le système à un moment donné pour créer un effet domino d'avalanche. L'épidémie peut mettre en crise le système de santé, les quarantaines mettent en crise le système productif, ce qui provoque l'effondrement du système économique, la pauvreté et le chômage faisant que le système de crédit n'est plus alimenté, l'affaiblissement de la population l'expose à de nouvelles épidémies et ainsi de suite dans une série de cercles vicieux de dimension planétaire. La mondialisation présentait jusqu'à hier ses splendeurs et ses gloires de fonctionnement technico-fonctionnel parfait, de certitudes incontestables sur l'obsolescence des États et des nations, de valeur absolue de la « société ouverte » : un seul monde, une seule religion, une seule morale universelle, un seul peuple mondialiste, une seule autorité mondiale. Mais un virus peut alors suffire à faire tomber le système, puisque les niveaux de réponse non globaux ont été désactivés. L'expérience que nous vivons nous met en garde contre une « société ouverte » ainsi comprise, à la fois parce qu'elle se place entre les mains du pouvoir de quelques-uns et parce que quelques autres mains pourraient la faire tomber comme un château de cartes. Cela ne signifie pas qu'il faille nier l'importance de la collaboration internationale qu'exigent les pandémies, mais cette collaboration n'a rien à voir avec les structures collectives, mécaniques, automatiques et systémiques mondiales.

Mort par coronavirus de l'Union européenne

L'expérience de ces jours a montré une fois de plus une Union européenne divisée et fantôme. Des différends égoïstes sont apparus entre les États membres plutôt que la coopération. L'Italie est restée isolée, elle a été laissée seule. La Commission européenne est intervenue tardivement et la Banque centrale européenne est intervenue mal. Face à l'épidémie, chaque État a pris des mesures pour se fermer. Les ressources nécessaires à l'Italie pour faire face à la situation d'urgence, qui en d'autres temps aurait été les siennes propre comme par exemple avec la dévaluation de la monnaie, dépendent maintenant des décisions de l'Union devant lesquelles elle doit se prosterner.

Le coronavirus a définitivement démontré le caractère artificiel de l'Union européenne, incapable de faire coopérer entre eux les États auxquels elle a été superposée par l'acquisition de la souveraineté. Le manque de liant moral n'a pas été compensé par un liant institutionnel et politique. Il faut prendre acte de cette fin peu glorieuse, par coronavirus, de l'Union européenne et penser qu'une collaboration entre les Etats européens dans la lutte pour la santé est également possible en dehors des institutions politiques supranationales.

L'État et l'Église

Le mot Salus signifie, comme nous l'avons vu, aussi le salut, et pas seulement la santé. La santé n'est pas le salut, comme les martyrs nous l'ont appris, mais dans un certain sens, le salut donne aussi la santé. Le bon fonctionnement de la vie sociale, avec ses effets bénéfiques également sur la santé, a également besoin du salut promis par la religion : « L'homme ne se développe pas uniquement par ses propres forces » (Caritas in Veritate, 11).

Le bien commun est de nature morale et, comme nous l'avons dit plus haut, cette crise devrait conduire à la redécouverte de cette dimension, mais la morale ne vit pas de sa vie propre, car elle est incapable en dernière analyse d'être son propre fondement. Se pose ici le problème de la relation essentielle que la vie politique entretient avec la religion, celle qui garantit le mieux la vérité de la vie politique. L'autorité politique affaiblit la lutte contre le mal, comme c'est le cas également avec l'épidémie actuelle, lorsqu'elle assimile les saintes messes à des initiatives récréatives, pensant qu'elles devraient être suspendues, peut-être même avant de suspendre d'autres formes de rassemblement qui sont certainement moins importantes. Même l'Église peut se tromper lorsqu'elle n'affirme pas, pour le même bien commun authentique et complet, la nécessité publique des saintes messes et de l'ouverture des églises. L'Église apporte sa contribution à la lutte contre l'épidémie sous les différentes formes d'assistance, d'aide et de solidarité qu'elle sait mettre en œuvre, comme elle l'a toujours fait par le passé dans des cas similaires. Il convient toutefois de rester très attentif à la dimension religieuse de sa contribution, afin qu'elle ne soit pas considérée comme une simple expression de la société civile. C'est la raison de l'importance ce que le pape François a dit lorsqu'il a prié le Saint-Esprit de donner aux « pasteurs la capacité pastorale et le discernement nécessaires pour prendre des mesures qui ne laissent pas seul le peuple fidèle de Dieu. Que le peuple de Dieu se sente accompagné par les pasteurs et le réconfort de la Parole de Dieu, des sacrements et de la prière », naturellement avec le bon sens et la prudence que la situation exige.

Cette urgence du coronavirus peut être vécue par tous « comme si Dieu n'existait pas » et en ce cas, la phase suivante, lorsque l'urgence prendra fin, appliquera également une telle vision des choses comme une suite logique. De cette façon, cependant, le lien entre la santé physique et la santé morale et religieuse que cette douloureuse urgence a mis au jour aura été oublié. Si, au contraire, on ressent le besoin de revenir à la reconnaissance de la place de Dieu dans le monde, alors les relations entre la politique et la religion catholique et entre l'État et l'Église pourront également prendre le bon chemin.

L'urgence de l'épidémie actuelle interpelle profondément la doctrine sociale de l'Église. Il s'agit d'un patrimoine de foi et de raison qui, à l'heure actuelle, peut apporter une grande aide dans la lutte contre l'infection, lutte qui doit concerner tous les niveaux de la vie sociale et politique. Surtout, il peut apporter une aide en vue du post-coronavirus. Nous avons besoin d'une vue d'ensemble qui n'exclut aucune perspective vraiment importante. La vie sociale exige cohérence et synthèse, surtout en cas de difficultés. C'est pourquoi, dans les difficultés, les hommes qui savent regarder en profondeur et vers le haut peuvent trouver des solutions et même des occasions d'améliorer les choses par rapport au passé.

+ Giancarlo Crepaldi




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03 octobre, 2014

Lettre ouverte au synode : soutenez le mariage, soutenez les enfants

Lettre ouverte au synode sur le véritable soutien à la famille
Une cinquantaine de personnalités attachées à la défense du mariage et de la famille ont publié une lettre ouverte à l’approche de l’ouverture du synode extraordinaire sur la famille à Rome, dimanche. Je vous propose ici la traduction de ce document important, réalisé par des experts catholiques ou non, tous d’accord cependant sur le chemin à prendre pour le bien de cette institution indispensable à toute société humaine.
On notera, parmi de nombreux signataires connus ou moins connus, la présence de Mary Ann Glendon, l’envoyée du pape Jean-Paul II à la Conférence de Pékin pour y contrer, déjà, l’idéologie du genre (ici, la conférence d’Yves Daoudal qui l’évoque) – J.S.
Le texte original de la lettre est ici.
Très Saint Père, Eminences, Excellences,
Nous nous réjouissons de ce que le Saint-Père ait capté l’attention du monde entier, suscitant tant de bienveillance à l’égard de la foi chrétienne ! Comme beaucoup nous sommes profondément émus par ses expressions d’amour et de miséricorde, qui se font l’écho de l’amour et de la miséricorde du Christ, spécialement à l’égard de ceux qui sont sans défense et abandonnés.
C’est dans ce contexte que nous accueillons avec enthousiasme la décision de réunir un synode extraordinaire d’évêques pour examiner les défis auxquels sont confrontés le mariage et la famille. Comme chacun de vous, nous croyons que la famille, à l’instar de l’Eglise elle-même, la plus grande manifestation institutionnelle de l’amour du Christ. Pour ceux qui veulent aimer comme Il veut que nous aimions, le mariage et la famille sont indispensables, à la fois comme moyens de rédemption et comme remparts de la société humaine.
Les derniers papes ont souligné cela de la manière la plus claire. Par exemple, le pape Benoît XVI a écrit que « le mariage est véritablement un instrument de rédemption, non seulement pour ceux qui sont mariés mais pour la société tout entière ». Et dans Evangelii Gaudium, Votre Sainteté avez écrit que « l’indispensable contribution du mariage à la société transcende les sentiments et les besoins momentanés du couple ».
Ce synode est une occasion d’exprimer les vérités intemporelles du mariage. Pourquoi ces vérités sont-elles importantes ? Comment représentent-elles l’« amour véritable », et non « l’exclusion », le « préjugé » ou toutes les autres accusations aujourd’hui portées contre le mariage ? Les hommes et les femmes ont désespérément besoin d’entendre la vérité sur la raison pour laquelle ils doivent d’emblée décider de se marier. Et une fois mariés, pourquoi le Christ et l’Eglise désirent qu’ils restent fidèles l’un à l’autre tout au long de leur vie sur cette terre. Que, lorsque le mariage devient difficile – comme c’est le cas pour la plupart des couples – l’Eglise sera source de soutien, non seulement pour chaque époux pris individuellement, mais pour le mariage lui-même.
Vous avez écrit de manière si puissante, Saint Père, à propos de l’importance d’une nouvelle évangélisation au sein de l’Eglise : « Une communauté qui évangélise s’implique par la parole et par le geste dans la vie quotidienne des gens ; elle jette des ponts entre les points éloignés, elle est prête à s’abaisser si nécessaire et elle embrasse la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le prochain. »
Permettez-nous de suggérer humblement que dans le contexte du mariage et de la famille, vos paroles sont un appel à la responsabilité personnelle, non seulement pour nos propres époux et enfants, mais pour les mariages de ceux que Dieu a placés à nos côtés : nos parents et amis, ceux qui sont dans nos églises et dans nos écoles.
Les enjeux sont importants. Selon un rapport international de Child Trends en 2013 : « Des augmentations dramatiques de la cohabitation, du divorce, et des naissances hors mariage dans les Amériques, en Europe et en Océanie ces dernières quatre décennies laissent penser que l’institution du mariage a beaucoup moins d’importance dans ces parties du monde. » Aux Etats-Unis, le taux de nuptialité est le plus bas jamais enregistré, la cohabitation non maritale devient rapidement une alternative acceptable par rapport au mariage, et plus de la moitié des naissances chez les femmes de moins de 30 ans se produisent aujourd’hui hors mariage. Parmi les innombrables effets négatifs de ces tendances, chacune d’entre elles a été corrélée à moins de valeur nette et de mobilité économique, à la pauvreté, et aux aides sociales – particulièrement pour les femmes et les enfants.
Parmi les mariages existants, il en est beaucoup qui sont fragiles ou tendus. Entre 40 et 50 % de tous les premiers mariages aux Etats-Unis sont considérés comme devant se terminer par un divorce. Ce taux augmente rapidement à chaque remariage et la recherche suggère que la raison n’en est pas une faible qualité du mariage, mais le défaut d’engagement.
Les conséquences du divorce et du concubinage pour les enfants et les adultes sont nombreuses et diverses : depuis la pauvreté et un moindre niveau d’études jusqu’à une moins bonne santé ; d’un engagement marital plus déficient à l’âge adulte à la mortalité plus précoce. Et tandis que chaque nation est unique, les études montrent que ces tendances se retrouvent sur l’ensemble du globe. Un petit échantillon de ces études : Chine, Finlande, Suède, Uruguay, Mexique, GrèceAfrique, and Les nations du Pacifique et de l’Asie orientale
Le prix à payer pour la diffusion de la pornographie dans les sociétés est significatif. Les études d’impact de la pornographie sur les relations de couple suggèrent qu’il s’agit là d’un facteur majeur de destruction des mariages. Malheureusement, la recherche sur le long terme des effets de la pornographie sur les mariages sont pour ainsi dire inexistantes.
Ce qu’on appelle le « divorce sans faute » aux Etats-Unis et dans beaucoup d’autres nations a donné naissance à un système où les juges et les avocats facilitent la dissolution des mariages, souvent contre la volonté d’époux qui restent fermes dans leur engagement matrimonial.
Malgré les perspectives maussades dessinées par ces tendances, nous sommes encouragés et affermis par l’exhortation du Saint-Père : « Les défis existent pour être surmontés ! Soyons des réalistes, mais sans perdre notre joie, notre audace et  notre engagement plein d’espérance. »
Peut-être la manière la plus audacieuse d’évangéliser les couples mariés (et par extension les futurs mariages de leurs enfants) est-elle de construire de petites communautés de couples mariés qui se soutiennent mutuellement et sans conditions dans leur vocation à la vie conjugale. Ces communautés apporteraient des réseaux de soutien fondés sur les liens de la foi et de la famille, l’engagement en faveur du mariage pour la vie, et la responsabilité de l’un envers l’autre et pour l’autre.
Voici quelques moyens pratiques de créer et de soutenir de telles communautés :
• Donner mission au Conseil pontifical pour la famille d’engager des recherches inter-disciplinaires, longitudinales sur le rôle de la pornographie et du divorce « sans faute » dans la crise du mariage. 
• Eduquer les séminaristes. Fournir des cours obligatoires incluant les données sociologiques sur les bienfaits du mariage, les menaces sur le mariage, et les conséquences du divorce et du concubinage pour les enfants et pour la société. 
• Apprendre aux prêtres à mettre en évidence dans leurs homélies la valeur spirituelle et sociale du mariage, les défis contemporains auquel il est confronté, et l’aide paroissiale aux mariages en difficulté. Une étude récente a montré que pour 72 % des femmes américaines, l’homélie hebdomadaire est leur source principale pour connaître la foi. 
• Créer des réseaux petits mais actifs de couples mariés solides comme mentors au niveau paroissial, qui soient disponibles pour donner aux époux les outils nécessaires pour un mariage sain et pour la vie. 
• Eduquer les paroissiens afin qu’ils connaissent l’extraordinaire influence qu’ils peuvent avoir sur les mariages de leurs amis et de leur famille. Les données de la sociologie montrent que la présence d’amis et de parents divorcés fait grandir le risque du divorce pour soi. A l’inverse, ces données ont suggéré que les membres de la famille et les amis peuvent augmenter le niveau d'engagement et de satisfaction du mariage de ceux qu’ils aiment grâce à leur exemple et à leur soutien. 
• Encourager et aider à la réconciliation des couples mariés qui se sont séparés ou qui ont obtenu un divorce devant les tribunaux civils. 
• Demander aux évêques du monde entier de mettre en place des prières régulières à l’occasion de la messe du dimanche pour demander des mariages solides et fidèles. 
• Soutenir les efforts pour préserver ce qu’il y a de bon et de juste dans les lois existantes du mariage, s’opposer à tous les changements dans ces lois qui affaibliraient davantage l’institution, et de restaurer les dispositions légales qui protègent le mariage en tant qu’union conjugale d’un homme et d’une femme, qui y entrent en étant ouverts au don des enfants, et qui soit vécu fidèlement et se manière permanente comme fondement de la famille naturelle. 
• Soutenir la liberté religieuse devant les tribunaux de divorce. Un grand nombre de personnes ignore que la liberté religieuse est fréquemment violée par les juges du divorce qui laissent de côté ou méprisent le point de vue de l’époux qui cherche à sauver son mariage, maintenir ses enfants dans une école confessionnelle, ou empêcher l’époux parti d’exposer les enfants à un partenaire sexuel non marié. Mettre en place un consortium d’avocats et de législateurs de manière à combattre ce problème.
L’accomplissement de n’importe lequel de ces buts à l’échelle internationale serait un grand pas en avant pour les mariages et pour les familles. Les accomplir tous pourrait renverser totalement la crise mondiale du mariage.
Grâce à votre conduite, nous aiderons les mariages à réussir et à fleurir en donnant la plus grande valeur à l’engagement matrimonial – à tous les niveaux de la société, dans tous les coins du monde. Nous remercions Votre Sainteté, Vos Eminences et Excellences de vous charger de cette tâche vitale ; vous pouvez être assurés de nos prières pour son grand succès.
Greg and Julie Alexander
Fondateurs, The Alexander House Apostolate, Texas
Ryan T. Anderson
William E. Simon Membre de Religion and a Free Society, The Heritage Foundation, Washington, DC
Erika Bachiochi, Esq., juriste et écrivain, Massachusetts
Monsignor Renzo Bonetti, fondateur et président, Fondazione Famiglia Dono Grande, Italy 
Gerard Bradley, professeur de droit, University of Notre Dame Law School
Ana María Celis Brunet, Professeur de Droit, Pontificia Universidad Católica de Chile
Mary Eberstadt, Senior Fellow, Ethics and Public Policy Center, Washington, DC
Jason and Crystalina Evert, fondateurs, Chastity Project, Colorado 
Patrick Fagan, directeur, The Marriage and Religion Research Institute, Family Research Council, Washington, DC
Thomas Farr, professeur et directeur associé, The Religious Freedom Project, Georgetown University
Silvio Ferrari, professeur de droit, Université de Milan, Italy
Richard Fitzgibbons, directeur, The Institute for Marital Healing, Pennsylvania
Juan G. Navarro Floria, professeur, Pontificia Universidad Católica Argentina
Matthew Franck, William E. and Carol G. Simon Center on Religion and the Constitution, The Witherspoon Institute, New Jersey
Robert P. George, professeur McCormick de Jurisprudence, Princeton University
Mary Ann Glendon, professeur de droit Learned Hand, Harvard University
Bruce and Jeannie Hannemann, co-Directeurs, co-fondateurs RECLAiM Sexual Health, Elizabeth Ministry International
George A. Harne, président, The College of Saint Mary Magdalen
Mary Hasson,  Fellow, Catholic Studies Program, Ethics and Public Policy Center, Washington DC
Alan J. Hawkins, professeur de vie familiale, Brigham Young University
Kent R. Hill, International Development leader, Washington DC
Byron Johnson, Distinguished Professor of the Social Sciences and Director, Institute for Studies of Religion, Baylor University
Thomas Lickona, directeur, Center for the 4th and 5th Rs (Respect and Responsibility) State University of New York at Cortland
John McCarthy, doyen, School of Philosophy, The Catholic University of America
Rocco Mimmo, Chairman, Ambrose Centre for Religious Liberty, Sydney, Australia
Gloria M. Moran, professeur de droit, chaire de Droit, religion et politique, University of La Coruña Spain.
Jennifer Roback Morse, présidente, Ruth Institute, California
Melissa Moschella, professeur assistant de philosophie, The Catholic University of America
Rafael Navarro-Valls, professeur émérite de droit, université Complutense, Espagne, secrétaire général de l’Académie royale de jurisprudence et de législation 
Rafael Palomino, professeur de droit, université Complutense, Espagne
Marcello Pera, ancien président du Sénat italin, professeur à l’université pontificale du Latran, Rome
Vicente Prieto, Universidad de La Sabana, Bogotá, Colombia
P. Juan Puigbó, diocèse d’Arlington, Virginie
David Quinn, directeur, The Iona Institute, Ireland
Mark Regnerus, professeur associé de sociologie, University of Texas, Austin
Balázs Schanda, professeur de droit, université catholique Pázmány Péter, Hongrie 
Alan E. Sears, président, directeur exécutif, Alliance Defending Freedom
Reverend Charles Sikorsky, président, The Institute for the Psychological Sciences, Virginia
O. Carter Snead, professeur de droit, directeur William P. and Hazel B. White, Center for Ethics and Culture, University of Notre Dame
Reverend D. Paul Sullins, professeur de sociologie, The Catholic University of America Senior Fellow for Family Studies, Family Research Council
President, The Leo Institute, Washington, DC
Rebecca Ryskind Teti, Center for Family Development, Our Lady of Bethesda
Mervyn Thomas, Chief Executive, Christian Solidarity Worldwide, United Kingdom
Javier Martinez-Torron, professeur de droit, chaire du département de droit et de religion, Complutense
Hilary Towers, psychologue, Manassas, Virginia
D. Vincent Twomey, professeur émérite de théologie morale, Pontifical University, Maynooth, Ireland
Paul C. Vitz, Senior Scholar and Professor, The Institute for the Psychological Sciences, Virginia
Rick Warren, fondateur et pasteur, Saddleback Church, Lake Forest, California
Robert Wilken, professeur émérite William R. Kenan, Jr. d’histoire du christianisme, University of Virginia



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18 octobre, 2006

L'avortement dans la doctrine sociale de l'Eglise

Le Conseil pontifical Justice et Paix et l’Association internationale pour l’Enseignement social catholique ont organisé une conférence sur "La défense de la vie : une mission pour l’enseignement social catholique." A lire sur Le Salon beige.

Le vote solennel de la loi sur l’aide à mourir, dans l’oubli de l’essentiel

La loi sur l’aide à mourir sera solennellement votée mardi, dans l’oubli de l’essentiel   A deux jours de l’adoption solennelle de la loi su...