Patrice de Plunkett, sur son blog, s'en prend de nouveau violemment aux « catholiques plus papistes que le pape » qu'il accuse de faire circuler un dossier anonyme et mensonger sur l'affaire de la petite fille d'Alagoinha, en vue de discréditer Mgr Fisichella de l'Académie pontificale pour la vie qui avait désavoué Mgr Cardoso Sobrinho.
Sur ce blog, j'ai fait paraître sous mon nom, en toute loyauté, plusieurs analyses que j'ai voulues aussi précises et honnêtes que possible, en donnant nombre de mes sources. Je ne sais s'il en a pris connaissance au-delà d'une ou deux citations qu'un lecteur a pu lui envoyer. Je sais que l'article principal, paru dans Présent du 19 mars, m'a valu des félicitations assez inattendues de la part de personnalités que nul ne suspectera d'intégrisme ni même de traditionnalisme.
Le noeud de la question est bien le pronostic vital de la petite fille. J'invite Patrice de Plunkett à se réinformer à ce propos. Je n'ai pas encore noté, mais le fais donc ici, le fait que les assistantes sociales qui demandaient l'avortement immédiat insistaient pour qu'il soit fait au plus vite pour des raisons psychologiques, au motif que le traumatisme serait d'autant moins grand que l'intervention aurait lieu tôt pendant la grossesse. Il ne s'agissait pas de prendre une décision devant un risque mortel immédiat, bien au contraire : le directeur de l'IMIP où elle fut hospitalisée à Recife dans un premier temps a même déclaré devant témoins que, correctement suivie, la petite fille pouvait mener sa grossesse à bien, c'est-à-dire au moins jusqu'à un stade où on aurait pu donner une chance de survie aux deux petits enfants qui sont les grands oubliés de cette affaire.
Ce témoignage-là me paraît capital. Je n'ai jamais cru que Mgr Fisichella en avait été informé avant d'écrire pour la simple raison qu'il parle de ces cas de conscience que l'on rencontre quotidiennement dans les « salles de réanimation » : le regard porté changerait en effet si des médecins connus et respectés (et donc non habituellement avorteurs) s'étaient trouvés devant une fillette risquant de mourir au bout de son sang et avaient dû prendre une décision immédiate. L'acte d'avortement resterait alors objectivement mauvais (voir ici) mais les circonstances changeraient le degré de responsabilité.
Patrice de Plunkett parle de « sophisme » à propos du fait que la fillette n'aurait pas pu quitter l'IMIP (institut maternel et infantile de Pernambuco) si elle avait été en danger de mort. Il se trouve que le personnel de l'IMIP aurait été prêt à réaliser lui-même l'avortement si elle avait été dans une situation d'urgence, il y a renoncé explicitement parce qu'elle n'était pas en danger de mort. Il a été dit aussi explicitement que l'IMIP n'aurait pu la garder dans ses murs que dans le cas où elle aurait été en danger de mort, et que son transfert l'aurait mise en péril. Et il est encore établi qu'elle a été transférée pour aller dans l'établissement CISAM qui lui, était prêt à réaliser l'intervention bien qu'elle ne fût pas en danger immédiat.
Il ne s'agit pas, une fois de plus, de n'avoir pas de compassion pour cette petite jeune fille, mais de raisonner en vérité. Il s'agit aussi de dire que la miséricorde de Dieu est pour tous. Pour le père légitime, l'amant violeur, la mère abusée ou complice, les médecins avorteurs et le curé d'Alagoinha, Mgr Cardoso Sobrinho - jadis professeur de droit canonique à Rome, pour Patrice de Plunkett et même, je l'espère, pour moi.
Patrice de Plunkett note que le père légitime, hostile à l'avortement, était évangélique, comme si ceci expliquait cela et prouvait son manque d'humanité. J'ai trouvé trace de cette assertion dans certains journaux nationaux brésiliens présentant très brièvement l'affaire ; mais rien de plus. Au contraire il a été positivement affirmé lors d'une interview (du curé de la paroisse, semble-t-il) que toute la famille concernée était catholique. Chose que semble corroborer le fait que le père légitime, M. Erivaldo, s'est fait assister du curé et qu'il a tenté de faire interdire l'avortement en s'appuyant sur les services diocésains d'Olinda et Recife, se faisant accompagner par leurs représentants médicaux, psychologiques et religieux. La question reste pour le moins ouverte.
Je n'ai nulle part dans la presse brésilienne trouvé trace de manifestations évangéliques près de l'hôpital où la fillette était suivie et où, selon plusieurs témoins, elle se trouvait bien et jouait tranquillement lorsqu'ils l'avaient vue.
Nulle part, même pas sur des sites évangéliques. Est-ce à dire qu'il n'y en eut point ? Peut-être pourrait-on connaître quelques sources à ce propos ; les miennes, je les ai données sur mon blog...
Plunkett écrit que la fillette était « rachitique » et dénutrie et que ses « organes étaient à peine formés ». Que « ses souffrances étaient insupportables ». Le pronostic vital était engagé sans l'ombre d'un doute.
Où est-il allé chercher cela ?
Rachitique ? Les photos de la fillette parues dans la presse brésilienne ne le laissent pas deviner, et je ne trouve pas cette mention dans les relations de l'affaire dans la presse régionale de Recife ou d'Alagoinha, même s'il en est fait état sur des sites ouvertement anti-chrétiens.
Dénutrie ? A 9 ans, elle mesure 1m30 et pèse 36 kilos. La courbe de croissance moyenne des petites filles françaises indique pour cet âge 1m28 et 27 kilos.
Ses organes étaient-ils à peine formés ? Une conversation avec un médecin gynécologue m'a permis de comprendre que, son cycle menstruel ayant commencé, il n'y avait pas d'insuffisance en soi à ce niveau-là. Une autre conversation avec un prêtre que j'aime bien, absolument pas suspect de traditionnalisme, tournait autour du cas d'une fillette de 6 ans (!) dont son père médecin avait eu connaissance : la petite fille avait mené à bien une grossesse à cet âge-là...
Défendre la vie, c'est essayer de défendre toutes les vies innocentes. Il ne s'agit pas là d'une quelconque hérésie « vitaliste » : ce que nous dit l'Eglise, c'est qie nous devons être prêts à donner notre vie pour ceux que nous aimons. Mais pas de prendre celle des autres...
C'est bien pour cela que cette question a créé une telle polémique. Elle se résume essentiellement en cette question : doit-on admettre que l'avortement est permis et même recommandé dans un cas comme celui-ci ? Je suis certaine, à lire la lettre de Mgr Fisichella, que ce n'est pas ce qu'il dit, ni ce qu'il a voulu dire, puisqu'il parle de situation d'urgence absolue et dit son respect de médecins dont il a pu ignorer au moment d'écrire qu'ils mettent leur point d'honneur à pratiquer des avortements. Mais c'est en ce sens que sa lettre a été interprétée par une presse trop contente de voir l'Eglise, comme cette presse voulait le croire, justifier l'avortement en lui-même.
On peut dire que l'affaire de Recife a eu pour conséquence un grand désordre, et pour cause la circulation d'informations fausses.
Elle aura été aussi l'occasion d'une invraisemblable attaque contre le milieu pro-vie, accusé de « religion de la vie biologique substituée à la religion chrétienne », selon un théologien orthodoxe cité par Plunkett : et même une « obsession raciale identitaire » qui caractérise selon Plunkett ces gens piqués d'un « virus néo-païen ».
Ce ne sont pas des accusations anodines, que ces dénonciations pour haine, pour pharisianisme, etc. Je cherche en vain la charité et la douceur dans ces propos. Pour ma part je ne crois pas avoir manifesté de haine, en tout cas je l'espère. Vu l'enjeu, je crois à l'importance de la recherche de la vérité. Pourquoi interdire son expression ? Pourquoi ne pas engager le débat loyalement ?