04 novembre, 2011

Pour l’honneur du Christ… et la vérité sur Castellucci

La mobilisation de jeunes catholiques contre la profanation subventionnée du visage du Christ dans la pièce de Romeo Castellucci, actuellement jouée au Théâtre 104 à Paris, se trouve dénoncée, contrée voire ridiculisée et même violemment par un certain nombre de catholiques – l’abbé Grosjean, Myriam Picard (rédactrice aussi à Riposte Laïque !), Jacques de Guillebon, Yves Daoudal – qui nous livrent leur interprétation de la pièce. Profondément chrétienne, disent-ils : à la gloire finalement de ce Dieu qui nous cherche, nous appelle et nous aime toujours malgré notre déchéance figurée par les excréments déversés par litres au long de chaque représentation.

Castellucci devient ainsi un homme travaillé, voire torturé par une profonde spiritualité, abusant de la m… certes mais inquiet de faire passer un message sur l’amour de Dieu et la Résurrection qui est notre espérance, quels qu’aient été les affres de la Passion.

Je veux bien. Ils sont libres de leur interprétation. Nos amis auraient pu dire tout cela sans moquer, mépriser, laisser passer pour des « fondamentalistes » les catholiques qui au nom du Christ ont supporté la bastonnade policière, des gardes à vue menées au mépris de leurs droits élémentaires, qui ont prié pacifiquement, qui ont mis le doigt sur le néant de la culture de mort qui ne vit que de l’atteinte au beau, au vrai et au bien.

Ils auraient pu mesurer que les actions judiciaires de l’AGRIF pour faire respecter l’honneur des chrétiens et faire cesser le scandale innommable de la représentation subventionnée de la Face du Christ couverte d’excréments allaient en être singulièrement compliquées. Le référé contre la décision de représenter la pièce au « 104 » a été balayé d’un revers de main par le juge qui a simplement dit qu’il n’y a là pas l’ombre d’une atteinte à l’ordre et à la loi. Allez-y, souillez les icônes, profanez ce que les chrétiens ont de plus cher, la chasse est ouverte !

D’autres « lectures » de la pièce, moins complaisantes, moins intellectualisantes voire moins snobs sont pourtant diffusées désormais. Les chrétiens ne se sont pas jetés dans la rue sans savoir, et ce que l’on voit sur scène confirme leur dégoût et leur douleur. Une remarquable analyse a été faite vendredi matin par un lecteur du Salon beige qui en a publié de larges extraits. Un journal comme MetroFrance confirme ce que Castellucci avait tenté de dissimuler dans ses entretiens publics : c’est au moment où le Christ d’Antonello da Messina se « voile de noir » comme il dit qu’est répandue dans la salle l’odeur d’excréments.

Il faudra lire et méditer l’analyse… psychanalytique de Sur le concept du Visage du Fils de Dieu qu’en fait « Avenir de la Culture » (un texte qui sera publié in extenso dans le prochain numéro de Reconquête). Elle permet de comprendre l’obsession freudienne de l’excrément qui est traduite sur scène par Castellucci.

Mais je voudrais aussi vous présenter « ma » lecture de la pièce, qui ne contredit en rien la précédente.
« Qui me voit, voit le Père », disait Notre-Seigneur, « en ce temps-là » et pour tous les temps. Sur la scène de Castellucci, c’est la même chose. Le tableau d’Antonello da Messina en fond de scène renvoie à cette relation entre Père et Fils qui se joue, d’une manière abjecte, devant lui, entre le père incontinent, ricanant méchamment de ce qu’il fait subir à sa progéniture, et ce fils qui se révèle incapable de nettoyer la m… répandue sur scène.

Image de la Création : d’un Dieu le Père qui répand le mal et la mort et assiste, impuissant et complice, à la déchéance finale de son œuvre. Entre eux – observait une auditrice de Radio Courtoisie – l’Esprit, symbolisé sur scène par les déjections du vieillard. Et de fait, Castellucci qui se vante de faire un théâtre « hors sens » a dit qu’au fond il voulait montrer « the spirit of the shit » (pas la peine de traduire).
Cette idée d’un Dieu-Père nuisible, impotent et malveillant est celle que véhicule l’anti-culture de notre temps – on le retrouve, tel quel, dans un roman pour la jeunesse à succès de Philip Pullman (A la croisée des mondes).

Elle est précisément celle de Castellucci dans sa pièce Gènesi, relecture de la Genèse où Dieu crée puis laisse son œuvre s’enfoncer dans le mal, le malheur, la mort. On retrouve sa fondamentale inversion dans sa trilogie sur la Divine Comédie, où le ciel est le lieu sans espoir où l’homme est confronté à l’ennui éternel de devoir louer Dieu, et l’enfer celui où, finalement, il lui est possible de conserver son identité et de s’exprimer.

Quant à ceux qui doutent de ses intentions blasphématoires, je les renvoie au Ministre au voile noir (prochainement programmé en Italie), qui lors d’une précédente mise en scène montrait le héros, ministre du culte protestant, s’enfiler des éclats de verre dans l’anus en disant trois fois le nom de Notre Seigneur.
Pardonnez-nous, Seigneur… Vous seul pouvez laver cette fange.

6 commentaires:

SheepMan a dit…

Avez vous vu le spectacle ? Beaucoup de commentateurs qui s'expriment sur cette polémique affirment qu'ils n'ont pas assisté à la représentation. Avez-vous eu ce courage ? Cordialement.

Jeanne Smits a dit…

Il m'en faudrait, en effet, du courage, pour voir cette accumulation de diarrhées. Non, j'ai regardé toutes les vidéos existantes, lu de très nombreux comptes-rendus dans la presse française, et surtout constaté que le contenu est assez fluctuant d'un endroit à l'autre voire d'une soirée à l'autre. Ce qui permet toutes sortes d'interprétations.

Mais ce qui m'importe avant tout c'est le fait : la profanation objective.

SheepMan a dit…

Eh bien il me semble que cette idée de profanation se dégonflerait bien vite si vous aviez le courage d'aller comprendre l'autre. Vous verriez que le Christ n'est pas souillé, que le père ne ricane pas mais pleure, que le message délivré est un message sur la foi, sur la permanence de l'amour du Christ malgré la violence du monde et les tentatives de l'étouffer. Bref un message qui renforce votre foi. Je n'ai vu aucune profanation. Voir un homme coller son visage sur les lèvres d'un Christ paisible pour y trouver réconfort et salut ne me semble pas être de la profanation. Montrer que malgré la souffrance, malgré la déchirure, malgré l'obscurantisme, la figure du Christ reste, perdure, stable et magnifique, me redonne espoir. Moi qui doute, ce spectacle m'a redonné foi. Mais une analyse comme la vôtre, qui ne prend même pas la peine d'avoir vu l'objet qu'elle critique, me replonge dans le doute. Pardonnez-moi, mais je ne peux taire la profonde tristesse qu'un tel manque d'honnêteté me procure. Mais je suis subjectif. Cordialement.

Madinx a dit…

BONJOUR
J’ai lu sur « Salon Beige » l’Analyse par rapport à « La pièce de Castellucci : image de l'âme désespérée qui finit par se retourner contre Dieu ». Est-ce cela que vous appelez « Analyse » une simple description de la pièce suivie d’affirmations successives ?
Voici mon message à propos de votre action ou plutôt « réaction » :

NOM DE DIEU !
Avignon, après la destruction du «Piss Christ» par des chrétiens, croyants que «L’Honneur du christ les y obliges» voici que des intégristes catholiques crient au blasphème et censurent une pièce de théâtre à Paris.
Est-ce là des agissements de chrétiens animés de la sainte motivation –on ne peut plus naïve, de défendre Dieu ? J’en doute. Mais à supposer.., je dirai alors, étant chrétien moi-même : que je reste critique envers ceux qui systématiquement se font les défenseurs de Dieu générant des violences du genre «inquisitionel» cela au nom de Dieu, comme Simon Pierre hier, et d’autres aujourd’hui, qui commettent des actes extrémistes en croyant servir Dieu en tant que défenseur. Lors de l’arrestation du Christ : «Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui coupa l’oreille droite. Jésus dit à Pierre: Remets ton épée dans le fourreau» (Evangile selon Jn Chap 18). Laissons le Christ se livrer à ses soit dits «ennemis» et non seulement à ses si pieuses brebis, car IL EST POUR TOUS. Le Christ a les épaules assez solides. Il n’est pas le petit Jésus qu’il faut protéger de tout et de tous en le remettant dans les jupes de sa maman ou son tabernacle, à la moindre offensive. C’est devenu un grand garçon, une personne d’une trentaine d’années. Soyons à l’écoute et en dialogue avec ces autres personnes qui vocifèrent contre Dieu... Car ces soi-disant «blasphémateurs» ne s’attaquent pas forcément à Dieu lui-même, mais à une certaine représentation de Dieu avec laquelle ils se débattent ou ne sont pas d'accord, et que leur à d’ailleurs transmise en partie l’Église lors de son règne «tout puissant».
Moi même qui me suis converti à 27 ans, il m’a fallu laisser mourir en mon fort interne, bien des représentations de Dieu, avant que se révèle plus distinctement le Visage de ce Dieu de Jésus Christ qui m’anime à ce jour. Il ne nous appartient pas de décider où l’autre devrait en être spirituellement. Il y a une manière d’évangéliser qui utilise une «Épée de fer» qui fait couler le sang, ou fait que les gens se font du «mauvais sang» c’est l’épée dont se servent tous les extrémistes. Il est une autre Épée qui elle, permet de faire couler du sens, réconcilie et apaise les cœurs.
Je ne dis pas .…ignorer que se manifeste actuellement une répulsion envers les religions qui me parait plus qu’irraisonnée, et cela sous couvert de la sacro-sainte laïcité que certains érigent en religion de substitution tant leurs propos se révèlent plus moralistes, sectaires, extrêmes, que les «religieux» qu’ils critiquent. Est-ce qu’une répulsion autant épidermique envers les religions, peut par simple réaction, produire des œuvres (artistiques ou non) qui favorisent le «vivre ensemble» si ce n’est «l’être ensemble».
Et toujours à propos de laïcité. L’une de ses plus belles épopées n’est-elle pas qu’à l’obscurantisme des religions l’on ait dans l’histoire opposé le «siècle des Lumières» fondées sur la «raison éclairée» et sur l’idée de liberté. Néanmoins, parmi ceux qui s’opposent aux religions, tous ne font pas forcement preuve de raisonnement et de liberté leur permettant de produire leur propre réflexion, leur propre pensée. Pensée capable d’élever chacun au-delà de ses propres intérêts partisans. Ma critique vaut autant pour des chrétiens (et croyants de toute(s) confession(s) que pour des Laïques…..

Madinx a dit…

…NOM DE DIEU (Suite)……Mais, s’indigner en chrétiens par ces mots : «Imaginez si l’on faisait de même envers l’Islam ou le judaïsme». N’est-ce pas là un prétexte qui va dans le sens de «l’esprit du monde» ? Il est des chrétiens qui se réduisent au seul statut de religion et sont en simple concurrence avec d’autres religions, qui toutes, telles des multinationales, se disputent le marché de la foi. Cette démarche ne révèle-t-elle pas la véritable déchristianisation, celle de chrétiens eux-mêmes si ce n’est celle de l’Église Catholique ?. Plutôt que de faire siennes les dérives des autres religions, et ainsi : régresser, pourquoi le christianisme ne se sentirait-il pas appeler -a être et agir autrement face à la soit dite «christianophobie» ?.
Le christianisme n’est pas qu’une religion, mais porte un «en-soi», une intériorité, une spiritualité inspirée de la personne(s) du Christ et non pas en premier lieu déterminée par ce que font les autres religions ou des provocations éventuelles provenant de la «laïcité» et sa «libre expression» encore bien immature (se voulant dénué de toute limite).
«L’honneur du Christ les y appelle (et non pas -les y oblige)» : Que les chrétiens qui se disent l’être le deviennent (Chrétien) !. Si un chrétien est une personne qui répond à l’appel du Christ « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». je me demande quel est le «comme» auquel certains chrétiens se référent. Quel est en effet le «faire mémoire, l’anamnèse» de l’expérience d’Amour que ces chrétiens sont censés avoir reçu et accueilli en lien avec le Christ. A en croire leurs propres agissements envers les autres, il semblerait que le premier « acte d’amour » ou le premier sacrement, que chacune de ces personnes à reçu du Christ leur à été davantage une «tuile qui leur tombe sur le coin de la gueule» qu’une «Bonne Nouvelle».
Aussi, je me désolidarise spirituellement de certains chrétiens qui ont fait leur crédo de cette équation : Christianisme = Français = Identité = race blanche, et l’instrumentalisation d’une identité chrétienne par pure opposition à l’Islam, etc. Que ceux qui se sentent obligés par «l’Honneur» du Christ, ne s’imaginent pas faire «Honneur» au Christ en adoptant des comportements régressifs de plus en plus extrémistes. Tout appel ne provient pas du Christ, surtout celui qui vous «OBLIGE».
En lien avec ce sujet et suite aux événements récents qu’a connus le journal « Charlie Hebdo » je dis simplement : Il est des représentations de Dieu qui tuent ! Ces représentations caricaturales de Dieu, se sont aussi les croyants, les ayants-foi, quelles que soient leurs confessions religieuses, qui les fabriques, les diffusent et les imposes, et cela, sans le moindre humour que celui qui rend -capable d’une certaine distanciation. Ce qui signifie que ces croyants fusionnent totalement avec leur propre représentation caricaturale à l’image de laquelle, ils voudraient refaire le portait des autres. « Sainte Colère » prétendez-vous. Je vous le demande : «Colère enceinte de quel fruit» ? Est ce bien le « Nom de Dieu » qui l’aurait engendré ce fruit ?. Il fut un temps ou l'on utilisait l'expression "Non de Dieu" à la place de "Merde" ou de "Putain". Comme quoi il ne suffit pas de dire "Seigneur, Seigneur" !

Père Madinx

Denis Merlin a dit…

Votre article reprend malheureusement la fausse information selon laquelle seuls des catholiques se sont manifesté. Or ce n'est pas le cas. Il y a eu des athées, des musulmans, des protestants (dont un pasteur) etc.

En réduisant l'attaque de Castellucci à la "christianophie", vous absolvez Castellucci de ses attaques contre l'homme réduit à un producteur d'excréments et vous ne tenez pas compte non plus de son attaque des droits des enfants (employés contre leurs droits à une éducation au bien), ni son de son attaque contre la santé publique (un individu défèque en montrant son anus au public et produit des matières fécales dangereuses pour la santé qui sont ensuite utilisés dans le spectacle), ni de son attaque contre la liberté religieuse en prenant arbitrairement une croyance à partie, la mettant en accusation sans argument rationnel, mais en la déformant gratuitement, arbitrairement.

Bref, les partisans de Castellucci sont très contents, ils peuvent comme cela invoquer la liberté d'expression qu'ils violent en réalité (si je couvre quelqu'un d'injures, si je le traite de salaud, si je me moque de lui, si je le prends à partie sur ses convictions surnaturelles, si en plus j'utilise les fonds publics et que je dispose de moyens qu'il n'a pas, je viole sa liberté d'expression de sa foi, sa liberté religieuse).

 
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