09 février, 2019

Le Manifeste pour la foi du cardinal Müller (texte français intégral) : une quasi « correction » du pontificat du pape François

Manifeste pour la foi

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14, 1)


Face à la confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi, de nombreux évêques, prêtres, religieux et fidèles laïcs de l’Eglise catholique m’ont demandé de rendre témoignage publiquement à la vérité de la Révélation. Les Pasteurs ont l’obligation de guider ceux qui leur sont confiés sur le chemin du Salut. Cela n'est possible que si cette voie est connue et qu’ils la suivent. A ce sujet, voici ce que l'Apôtre affirme : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu » (1 Co 15, 3). Aujourd'hui, beaucoup de chrétiens ne sont même plus conscients des enseignements fondamentaux de la foi, de sorte qu'ils risquent toujours plus de s’écarter du chemin qui mène à la vie éternelle. Pourtant, la mission première de l’Eglise est de conduire les hommes à Jésus-Christ, la Lumière des nations (cf. Lumen Gentium, 1). Une telle situation pose la question de la direction qu’il faut suivre. Selon Jean-Paul II, le « Catéchisme de l'Église catholique » est une « norme sûre pour l’enseignement de la foi » (Fidei Depositum, IV). Il a été publié pour renforcer la fidélité de nos frères et sœurs chrétiens dont la foi est gravement remise en question par la « dictature du relativisme » .

1. Le Dieu unique et trinitaire, révélé en Jésus-Christ

La confession de la Très Sainte Trinité se situe au cœur de la foi de tous les chrétiens. Nous sommes devenus disciples de Jésus, enfants et amis de Dieu, par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. La distinction entre les trois Personnes dans l'unité du même Dieu (254) établit une différence fondamentale entre le christianisme et les autres religions tant au niveau de la croyance en Dieu que de la compréhension de ce qu’est l'homme. Les esprits se divisent lorsqu’il s’agit de confesser Jésus le Christ. Il est vrai Dieu et vrai homme, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie. Le Verbe fait chair, le Fils de Dieu, est le seul Rédempteur du monde (679) et le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (846). Par conséquent, la première épître de saint Jean présente celui qui nie sa divinité comme l’Antichrist (1 Jn 2, 22), puisque Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est de toute éternité un seul et même Etre avec Dieu, son Père (663). La rechute dans les anciennes hérésies, qui ne voyaient en Jésus-Christ qu'un homme bon, un frère et un ami, un prophète et un moraliste, doit être combattue avec une franche et claire détermination. Jésus-Christ est essentiellement le Verbe qui était avec Dieu et qui est Dieu, le Fils du Père, qui a pris notre nature humaine pour nous racheter, et qui viendra juger les vivants et les morts. C’est Lui seul que nous adorons comme l’unique et vrai Dieu dans l’unité du Père et de l'Esprit Saint (691).

2. L’Eglise

Jésus-Christ a fondé l'Église en tant que signe visible et instrument du Salut. Cette Eglise est réalisée dans l'Église catholique (816). Il a donné une constitution sacramentelle à son Église, qui est née « du côté du Christ endormi sur la croix » (766), et qui demeure jusqu'au plein achèvement du Royaume (765). Le Christ-Tête et les fidèles de l’Eglise en tant que membres du Corps, constituent le « Christ total » (795) ; c'est pourquoi l'Église est sainte, parce que le seul et unique Médiateur a constitué et soutient continuellement sa structure visible (771). Par l’Eglise, l'œuvre de la Rédemption du Christ est rendue présente dans le temps et dans l'espace dans la célébration des sacrements, en particulier dans le Sacrifice eucharistique, la Sainte Messe (1330). Par l’autorité du Christ, l'Église transmet la Révélation divine qui s'étend à tous les éléments qui composent sa doctrine, « y compris morale, sans lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou observées » (2035).

3. L’ordre sacramentel

L'Église est le sacrement universel du Salut en Jésus-Christ (776). Elle ne brille pas par elle-même, mais elle reflète la lumière du Christ qui resplendit sur son visage. Cette réalité ne dépend ni de la majorité des opinions, ni de l'esprit du temps, mais uniquement de la vérité qui est révélée en Jésus-Christ et qui devient ainsi le point de référence, car le Christ a confié à l'Église catholique la plénitude de la grâce et de la vérité (819) : Lui-même est présent dans les sacrements de l'Église.
L'Église n'est pas une association créée par l’homme, dont la structure serait soumise à la volonté et au vote de ses membres. Elle est d'origine divine. « Le Christ est Lui-même la source du ministère dans l'Église. Il l'a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité » (874). L'avertissement de l'Apôtre, selon lequel « soit anathème quiconque annonce un Evangile différent, y compris nous-mêmes ou un ange du ciel » (Ga 1,8), est toujours d’actualité. La médiation de la foi est indissociablement liée à la fiabilité de ses messagers qui, dans certains cas, ont abandonné ceux qui leur avaient été confiés, les ont déstabilisés et ont gravement abîmé leur foi. A ce propos, la Parole de la Sainte Ecriture s'adresse à ceux qui ne se conforment pas à la vérité et, ne suivant que leurs propres caprices, flattent les oreilles de ceux qui ne supportent plus l’enseignement de la saine doctrine (cf. 2 Tm 4, 3-4).

La tâche du Magistère de l'Église est de « protéger le peuple des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique » (890). Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les sept sacrements. La Sainte Eucharistie est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (1324). Le Sacrifice eucharistique, dans lequel le Christ nous unit à son Sacrifice accompli sur la Croix, vise à notre union la plus intime avec le Christ (1382). C'est pourquoi, au sujet de la réception de la sainte Communion, la Sainte Ecriture contient cette mise en garde : « Celui qui mange le pain ou boit à la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du Corps et du Sang du Seigneur » (1 Co 11, 27). « Celui qui est conscient d’un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d’accéder à la communion » (1385). Il résulte clairement de la logique interne du Sacrement que les chrétiens divorcés et remariés civilement, dont le mariage sacramentel existe devant Dieu, de même que les chrétiens qui ne sont pas pleinement unis à la foi catholique et à l'Église, comme tous ceux qui ne sont pas aptes à communier, ne reçoivent pas avec fruit la Sainte Eucharistie (1457) ; en effet, celle-ci ne leur procure pas le Salut. Affirmer cela fait partie des œuvres spirituelles de miséricorde.

L’aveu des péchés dans la sainte confession, au moins une fois par an, fait partie des commandements de l'Eglise (2042). Lorsque les croyants ne confessent plus leurs péchés et ne font plus l'expérience de l’absolution des péchés, alors la Rédemption tombe dans le vide, car Jésus-Christ s'est fait homme pour nous racheter de nos péchés. Le pouvoir de pardonner, que le Seigneur ressuscité a conféré aux apôtres et à leurs successeurs dans le ministère des évêques et des prêtres, s'applique autant aux péchés graves que véniels que nous commettons après le baptême. La pratique actuelle de la confession montre clairement que la conscience des fidèles n'est pas suffisamment formée. La miséricorde de Dieu nous est offerte afin qu’en obéissant à ses commandements, nous ne fassions qu'un avec sa sainte Volonté, et non pas pour nous dispenser de l'appel à nous repentir (1458).
« Le prêtre continue l'œuvre de la Rédemption sur la terre » (1589). L'ordination sacerdotale « lui confère un pouvoir sacré » (1592), qui est irremplaçable, parce que par elle Jésus-Christ devient sacramentellement présent dans son action salvifique. C'est pourquoi les prêtres choisissent volontairement le célibat comme « signe d’une vie nouvelle » (1579). En effet, il s'agit du don de soi-même au service du Christ et de son Royaume à venir. Pour conférer les trois degrés de ce sacrement, l'Eglise se sait « liée par le choix du Seigneur lui-même. C'est pourquoi l’ordination des femmes n’est pas possible » (1577). Ceux qui estiment qu’il s’agit d’une discrimination à l'égard des femmes ne font que montrer leur méconnaissance de ce sacrement, qui n’a pas pour objet un pouvoir terrestre, mais la représentation du Christ, l'Epoux de l'Eglise.

4. La loi morale

La foi et la vie sont inséparables, car la foi privée des œuvres accomplies dans le Seigneur est morte (1815). La loi morale est l'œuvre de la Sagesse divine et elle mène l'homme à la Béatitude promise (1950). Ainsi, « la connaissance de la loi morale divine et naturelle montre à l’homme la voie à suivre pour pratiquer le bien et atteindre sa fin » (1955). Pour obtenir le Salut, tous les hommes de bonne volonté sont tenus de l’observer. En effet, ceux qui meurent dans le péché mortel sans s'être repentis sont séparés de Dieu pour toujours (1033). Il en résulte, dans la vie des chrétiens, des conséquences pratiques, en particulier celles-ci qui, de nos jours, sont souvent occultées (cf. 2270-2283; 2350-2381). La loi morale n'est pas un fardeau, mais un élément essentiel de cette vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32), grâce à laquelle le chrétien marche sur le chemin qui le conduit au Salut ; c’est pourquoi, elle ne doit en aucun cas être relativisée.

5. La vie éternelle

Face à des évêques qui préfèrent la politique à la proclamation de l'Évangile en tant que maîtres de la foi, beaucoup se demandent aujourd'hui à quoi sert l'Eglise. Pour ne pas brouiller notre regard par des éléments que l’on peut qualifier de négligeables, il convient de rappeler ce qui constitue le caractère propre de l’Eglise. Chaque personne a une âme immortelle, qui, dans la mort, est séparée de son corps ; elle espère que son âme s’unira de nouveau à son corps lors de la résurrection des morts (366). Au moment de la mort, la décision de l'homme pour ou contre Dieu, est définitive. Immédiatement après sa mort, toute personne doit se présenter devant Dieu pour y être jugée (1021). Alors, soit une purification est nécessaire, soit l'homme entre directement dans le Béatitude du Ciel où il peut contempler Dieu face à face. Il y a aussi la terrible possibilité qu'un être humain s’obstine dans son refus de Dieu jusqu'au bout et, en refusant définitivement son Amour, « se damne immédiatement pour toujours » (1022). « Dieu nous a créés sans nous, Il n’a pas voulu nous sauver sans nous » (1847). L'existence du châtiment de l'enfer et de son éternité est une réalité terrible qui, selon le témoignage de la Sainte Ecriture, concerne tous ceux qui « meurent en état de péché mortel » (1035). Le chrétien préfère passer par la porte étroite, car « elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent » (Mt 7,13).

Garder le silence sur ces vérités et d'autres vérités de la foi, et enseigner avec cette disposition d’esprit, est la pire des impostures au sujet de laquelle le « Catéchisme » nous met en garde avec vigueur. Elle fait partie de l'épreuve finale de l'Église et conduit à une forme d’imposture religieuse de mensonge, « au prix de l’apostasie de la vérité » (675) ; c’est la duperie de l'Antichrist. « Il séduira avec toute la séduction du mal, ceux qui se perdent du fait qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés » (2 Th 2, 10).

Appel


En tant qu'ouvriers envoyés dans la vigne du Seigneur, nous tous avons la responsabilité de rappeler ces vérités fondamentales en adhérant fermement à ce que nous-mêmes avons reçu. Nous voulons encourager les hommes de notre temps à suivre le chemin de Jésus-Christ avec détermination afin qu’ils puissent obtenir la vie éternelle en obéissant à ses commandements (2075).

Demandons au Seigneur de nous faire connaître la grandeur du don de la foi catholique, qui nous ouvre la porte de la vie éternelle. « Car celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges » (Mc 8,38). Par conséquent, nous nous engageons à renforcer la foi en confessant la vérité qui est Jésus-Christ Lui-même.

Nous, évêques et prêtres, nous sommes plus particulièrement interpellés par cet avertissement que saint Paul, l'Apôtre de Jésus-Christ, adresse à son collaborateur et successeur Timothée : « Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère » (2 Tm 4, 1-5).

Que Marie, la Mère de Dieu, implore pour nous la grâce de demeurer fidèles à la vérité de Jésus-Christ sans vaciller.

Unis dans la foi et la prière.


Gerhard Cardinal Müller



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Mgr Athanasius Schneider rappelle que la foi chrétienne est la seule religion voulue par Dieu (traduction intégrale)

Je vous propose bien volontiers ma traduction d'un texte que m'a communiqué Mgr Athanasius Schneider, paru sur Rorate-cæli et LifeSiteNews en anglais et sur Corrispondenza romana en italien. C'est une réaction au document d'Abou Dhabi signé au nom de la paix et de la lutte contre la violence par le pape François et l'imam al-Tayyeb de l'université Al-Azhar du Caire, dans lequel on peut lire que « les diversités de religion (…) sont une sage volonté divine ».

Sans citer directement ce texte, l'évêque auxiliaire d'Astana rappelle la doctrine multi-séculaire de l'Eglise à ce sujet, fondée sur les paroles mêmes de Dieu. 

On y remarquera de clairs rappels du Magistère et d'heureuses formules sur le « changement climatique » contre laquelle la lutte est la plus urgente : le « changement climatique spirituel ».

Mgr Schneider rappelle aussi que si Dieu avait voulu la diversité des religions, et que saint Remi se fût conformé à cette « volonté », il n'y aurait pas eu de France, « Fille aînée de l'Eglise ».

Plus fondamentalement, il conteste la notion faussée de l'homme « fils de Dieu », oublieuse de la nécessité de la foi et du baptême. – J.S.


Le don de l’adoption filiale

La foi chrétienne, seule religion valide et voulue par Dieu

La Vérité de l'adoption filiale en Jésus-Christ, vérité intrinsèquement surnaturelle, constitue la synthèse de toute la Révélation divine. Etre adopté par Dieu comme fils constitue toujours un don gratuit de la grâce, le don le plus sublime de Dieu à l'humanité. On ne l'obtient, cependant, qu'à travers la foi personnelle en Jésus-Christ et par la réception du baptême, ainsi que le Seigneur l'a lui-même enseigné : « En vérité, en vérité, je te le dis, aucun homme, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit. Ne t’étonnes pas de ce que je t’ai dit : “Il faut que vous naissiez de nouveau.” » (Jn 3, 5-7).

Au cours de  ces dernières décennies on a souvent entendu – y compris de la bouche de certains représentants de la hiérarchie de l'Eglise – des déclarations à propos de la théorie des « chrétiens anonymes ». Cette théorie affirme ce qui suit : la mission de l'Eglise dans le monde consisterait au bout du compte à faire naître la conscience que tous les hommes doivent avoir de leur salut en Jésus-Christ, et par voie de conséquence, de leur adoption filiale en Jésus-Christ. Car, selon cette même théorie, chaque être humain possède déjà la filiation divine dans les profondeurs de sa personnalité. Cependant, une telle théorie contredit directement la Révélation divine, telle que le Christ l'a enseignée, et que ses apôtres et l'Eglise l'ont toujours transmise au long de plus de 2.000 ans, sans changement et sans l'ombre d'un doute.

Dans son essai Le mystère des juifs et des gentils dans l’Eglise (Die Kirche aus Juden und Heiden) Erik Peterson, converti et exégète bien connu, a depuis bien longtemps – c'était en 1933 – mis en garde contre le danger d'une telle théorie, affirmant que l'on ne peut réduire le fait d'être chrétien (« Christsein ») à l'ordre naturel, où les fruits de la rédemption acquise par Jésus-Christ seraient généralement imputés à chaque être humain comme une sorte d'héritage du seul fait que celui-ci partagerait la nature humaine avec le Verbe incarné. Mais l'adoption filiale en Jésus-Christ n'est pas un résultat automatique qui serait garanti par l'appartenance à la race humaine.

Saint Athanase (cf. Oratio contra Arianos II, 59) nous a laissé une explication à la fois simple et pertinente à propos de la différence entre l'état naturel des hommes en tant que créatures de Dieu et la gloire de celui qui est fils de Dieu en Jésus-Christ. Saint Athanase tire son explication des paroles du saint Evangile selon saint Jean, qui affirment : « Mais, à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ; à ceux qui croient en son nom, qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. » Jean utilise l'expression « ils sont nés » pour dire que les hommes deviennent fils de Dieu non par nature, mais par adoption. Cela montre l'amour de Dieu, le fait que Celui qui est leur créateur devient aussi alors, par la grâce, leur Père. Cela se produit lorsque, comme le dit l'Apôtre, les hommes reçoivent dans leur cœur l'esprit du Fils incarné, qui crie en eux : « Abba, Père ! »

Saint Athanase poursuit son explication en disant qu'en tant qu'être créé, les hommes ne peuvent devenir fils de Dieu que par la foi et le baptême, lorsqu'ils reçoivent l'Esprit du véritable Fils de Dieu, le Fils de Dieu par nature (verus et naturalis Filius Dei). C'est précisément pour cette raison que le Verbe est devenu chair, afin de rendre les hommes capables d'adoption en tant que fils de Dieu et de participation à la nature divine. Par conséquent, par nature, Dieu n'est pas au sens propre le Père de tous les êtres humains. C'est seulement si une personne accepte consciemment le Christ et est baptisée qu'elle pourra crier en vérité : « Abba, Père » (Rom 8, 15 ; Gal 4, 6).

Depuis les débuts de l'Eglise cette affirmation a existée, comme en témoignait Tertullien : « On ne naît pas chrétien, mais on devient chrétien » (Apol., 18, 5). Et saint Cyprien de Carthage a formulé cette vérité avec justesse, en affirmant : « Il ne peut pas avoir Dieu pour père, celui qui n'a pas l'Eglise pour mère » (De unit., 6).

La tâche la plus urgente de l'Eglise en notre temps est de se soucier du changement climatique spirituel et de la migration spirituelle, à savoir de ce que le climat de non croyance en Jésus-Christ, le climat du rejet de la royauté du Christ, puissent être changés en climat de foi explicite en Jésus-Christ, en climat d’acceptation de sa royauté, et que les hommes puissent migrer depuis la misère de l'esclavage spirituel de l'incroyance vers le bonheur d'être fils de Dieu, et depuis une vie de péché vers l'état de grâce sanctifiante. Voilà les migrants dont il est urgent que nous prenions soin.

Le christianisme est la seule religion voulue par Dieu. Donc, il ne peut jamais être mis côte à côte avec les autres religions comme s'il en était complémentaire. Ceux-là violeraient la vérité de la révélation divine, telle qu'elle est affirmée sans équivoque dans le Premier commandement du Décalogue, qui affirmeraient que la diversité des religions est voulue par Dieu. Selon la volonté du Christ, la foi en lui et en son enseignement divin doit remplacer les autres religions, cependant non pas par la force, mais par la persuasion aimante, tel que cela est exprimé dans l’hymne des Laudes de la fête du Christ Roi : “Non Ille regna cladibus, non vi metuque subdidit : alto levatus stipite, amore traxit omnia” (« Il assujettit les peuples ni par l'épée, ni par la force ni la peur, mais élevé sur la croix Il attire amoureusement toutes choses à Lui »).

Il n'y a qu'un chemin vers Dieu, et c'est Jésus-Christ, car Lui-même a dit : « Je suis le chemin » (Jn 14, 6). Il n'y a qu'une vérité, et c'est Jésus-Christ, car Lui-même a dit : « Je suis la vérité » (Jn 14, 6). Il n'y a qu'une vraie vie surnaturelle de l’âme, et c'est Jésus-Christ, car Lui-même a dit : « Je suis la vie » (Jn, 14, 6).

Le Fils incarné de Dieu a enseigné qu'en dehors de la foi en Lui il ne peut y avoir de religion vraie et agréable à Dieu : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn, 10, 9). Dieu a commandé à tous les hommes, sans exception, d’écouter son Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-Le ! » (Marc, 9, 7). Dieu n'a pas dit : « Vous pouvez écouter mon fils ou vous pouvez écouter d'autres fondateurs de religion, car c'est ma volonté qu’il y ait diverses religions. » Dieu nous a interdit de reconnaître la légitimité de la religion d'autres dieux : « Tu n’auras point d’autres dieux (étrangers) devant moi » (Ex. 20, 3) et : « Ne portez pas un même joug avec les infidèles ; car quelle union y a-t-il entre la justice et l'iniquité ? ou quelle association entre la lumière et les ténèbres ? ou quel accord entre le Christ et Bélial ? ou quelle part entre le fidèle et l'infidèle ? quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles ? » 52 Cor. 6, 14-16).

Si d'autres religions correspondaient de la même manière à la volonté de Dieu, il n'y aurait jamais eu la condamnation divine de la religion du Veau d'or au temps de Moïse (cf. Ex. 32, 4-20) ; et s’il en était ainsi, les chrétiens d'aujourd'hui pourraient impunément cultiver la religion d'un nouveau Veau d'or, puisque toutes les religions sont, selon cette théorie, des chemins qui plaisent aussi à Dieu. Dieu a donné aux Apôtres, et à travers eux à l'Eglise, pour tous les temps, l'ordre solennel d'instruire toutes les nations et les croyants de toutes les religions dans l'unique Foi véritable, en leur apprenant à observer tous ses commandements divins et en les baptisant (cf. Mt. 28, 19-20). Depuis les prédications des Apôtres et du premier pape, l'apôtre saint Pierre, l'Eglise a toujours proclamé qu'il n'y a de salut en aucun autre nom, c'est-à-dire, en aucune foi sous le ciel, par lequel les hommes doivent être sauvés, mais au Nom et dans la Foi en Jésus-Christ (cf. Actes 4, 12).

Avec les mots de saint Augustin l'Eglise a enseigné de tout temps [à propos de la religion chrétienne] : « Voilà cette religion qui nous ouvre la voie universelle de la délivrance de l’âme, voie unique, voie vraiment royale, par où on arrive à un royaume qui n’est pas chancelant comme ceux d’ici-bas, mais qui est appuyé sur le fondement inébranlable de l’éternité » (La Cité de Dieu, 10, 32, 1).

Ces paroles du grand pape Léon XIII témoignent du même enseignement immuable du Magistère de tous les temps, lorsqu'il affirmait : « Mettre sur le pied de l'égalité toutes les formes religieuses (…) à lui seul, ce principe suffit à ruiner toutes les religions, et particulièrement la religion catholique, car, étant la seule véritable, elle ne peut, sans subir la dernière des injures et des injustices, tolérer que les autres religions lui soit égalées » (Encyclique Humanum genus n°16).

A une époque récente, le Magistère a présenté en substance le même enseignement immuable dans le document Dominus Iesus (6 août, 2000), dont nous citons ces affirmations pertinentes :

« Cette distinction n'est pas toujours présente dans la réflexion actuelle, ce qui provoque souvent l'identification entre la foi théologale, qui est l'accueil de la vérité révélée par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une expérience religieuse encore à la recherche de la vérité absolue, et encore privée de l'assentiment à Dieu qui se révèle. C'est là l'un des motifs qui tendent à réduire, voire même à annuler, les différences entre le christianisme et les autres religions » (n° 7). 
«  Les solutions qui envisageraient une action salvifique de Dieu hors de l'unique médiation du Christ seraient contraires à la foi chrétienne et catholique » (n° 14). 
« On se propose souvent d'éviter en théologie des termes comme “unicité”, “universalité”, “absolu”, parce qu'ils donneraient l'impression d'une insistance excessive sur le sens et la valeur de l'événement salvifique de Jésus-Christ vis-à-vis des autres religions. Or, ce langage exprime en fin de compte la fidélité à la Révélation » (n° 15). 
« Il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Eglise comme un chemin de salut parmi d'autres. Les autres religions seraient complémentaires à l'Eglise, lui seraient même substantiellement équivalentes, bien que convergeant avec elle vers le Royaume eschatologique de Dieu » (n° 21). 
« Cette vérité de foi (…) exclut radicalement la mentalité indifférentiste “imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que ‘toutes les religions se valent’ (Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio 36)” » (n° 22).
On aurait épargné le martyre aux Apôtres et aux innombrables martyrs chrétiens de tous les temps, spécialement ceux des trois premiers siècles, s'ils avaient dit : « La religion païenne et son culte est un chemin qui correspond aussi à la volonté de Dieu. » Il n'y aurait pas eu par exemple de France chrétienne, pas de « Fille aînée de l'Eglise », si saint Remi avait dit à Clovis, roi des Francs : « Ne méprisez pas la religion païenne que vous avez adorée jusqu'à présent, et adorez désormais le Christ que vous avez persécuté jusqu'à maintenant. » Le saint évêque a en réalité parlé très différemment, même si c'est d'une manière assez rude : « Adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. »

La vraie fraternité universelle ne peut se réaliser qu’en Jésus-Christ, et précisément entre personnes baptisées. La pleine gloire de fils de Dieu ne sera atteinte que dans la vision béatifique de Dieu au ciel, comme l'enseigne la Sainte Ecriture : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et que nous le soyons en effet. Si le monde ne nous connaît pas, c’est parce qu’il ne l’a pas connu. Bien-aimés, nous sommes dès maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que, lorsque ce sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jn 3, 1-2).

Aucune autorité sur terre – pas même l'autorité suprême de l'Eglise – n’a le droit de dispenser les gens d'autres religions de la foi explicite en Jésus-Christ en tant que Fils incarné de Dieu et seul sauveur de l'humanité, et ce avec l'assurance que les différentes religions sont voulues en tant que telles par Dieu lui-même. Elles restent indélébiles – car écrites du doigt de Dieu et d’une clarté cristalline – les paroles du Fils de Dieu : « Celui qui croit en Lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu » (Jn, 3, 18). Cette vérité a valu jusqu'à maintenant pour toutes les générations chrétiennes, et elle restera valide jusqu'à la fin des temps, indépendamment du fait que certaines personnes dans l'Eglise en notre temps si capricieux, si lâche, si avide de sensationnel et conformiste, réinterprète cette vérité dans un sens contraire à sa formulation évidente, présentant ainsi cette réinterprétation comme si elle constituait une continuité du développement de la doctrine.

En dehors de la foi chrétienne, aucune autre religion ne peut être un chemin vrai, voulu par Dieu, puisque la volonté explicite de Dieu est celle-ci : que tous croient en son Fils : « La volonté de mon Père qui m’a envoyé, c’est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle » (Jn 6, 40). En dehors de la foi chrétienne, aucune autre religion n'est capable de transmettre la vraie vie surnaturelle : « Or la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Jn, 17, 3).

8 février 2019
+ Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Sainte-Marie à Astana

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© Jeanne Smits pour la traduction.

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31 janvier, 2019

“Ecclesia Dei” : l'étrange commentaire de Mgr de Moulins-Beaufort sur sa suppression

Mgr Eric de Moulins-Beaufort
La suppression de la commission Ecclesia Dei par le récent Motu proprio du pape François nous vaut un étrange commentaire de Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France et archevêque de Reims. C'est le signe, dit-il, que « le Saint-Père (…) ne se résout pas au schisme », dans la mesure où l'intégration du champ d'action  d'Ecclesia Dei dans les compétences de la Congrégation pour la Doctrine de la foi montre que les communautés qui en dépendaient « relèvent du droit ordinaire de l'Eglise » et que la « nécessité de discussions doctrinales approfondies avec la Fraternité Saint-Pie-X » existe toujours.

Dans son texte publié sur le site de la Conférence des évêques de France, il conclut :

« Les points en jeu ne sont pas des détails. Il ne suffit pas d’insister sur la réalité sacrificielle de l’Eucharistie, encore faut-il préciser ce qu’est ce sacrifice qui, en régime chrétien, ne saurait être une prolongation des sacrifices païens ni même des sacrifices du Temple ; il ne suffit pas de se réclamer de la Tradition, encore faut-il rendre clair ce qu’est la Tradition du Christ à ses Apôtres qui ne saurait n’être que le poids du passé s’imposant à toutes les générations ; il ne suffit pas d’affirmer que la religion catholique est la seule vraie, encore faut-il expliquer en quoi cette vérité exclusive honore la puissance salvifique du Christ qui a acquis le pouvoir de répandre son Esprit-Saint en tous les hommes pour attirer tous les hommes. »

Voilà des mots bien lapidaires, et finalement bien courts, qui semblent considérer la Fraternité Saint-Pie X dans l'ensemble attachée au fixisme.

Ils révèlent une gêne certaine à l'égard de la notion de la messe et tant que sacrifice, non sanglant certes, mais réel, du Fils unique de Dieu à son Père, sacrifice propitiatoire qui détourne des hommes la condamnation pour leurs péchés : la « colère de Dieu », en somme, autre notion volontiers considérée aujourd'hui comme inconvenante.

Le sacrifice païen n'est-il pas un sacrifice « en négatif », vrai sacrifice qui se trompe de cible, offert aux fausses divinités (aux démons) ? Mais le sacrifice d'Abraham plaît à Dieu qui de fait, va substituer à Isaac l'Agneau véritable, son propre « Premier-né ». Et si les sacrifices du Temple ne pouvaient être le Sacrifice parfait, parfaitement expiatoire, ils étaient voulus par Dieu et Lui étaient agréables. En ce sens, il est difficile de dire que le sacrifice toujours renouvelé de Notre Seigneur n'en est pas, d'une certaine manière, le prolongement : il les dépasse, mais accomplit pleinement le sacrifice voulu par le Père.


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12 janvier, 2019

Des étudiants d’Oxford veulent la peau d’un professeur : John Finnis, catholique, a critiqué l’homosexualité

A 77 ans, John Finnis, professeur émérite de droit et de philosophie du droit dans l’une des plus prestigieuses universités au monde n’a plus rien à prouver sur le plan de l’érudition et du savoir. Mais des étudiants d’Oxford réclament son licenciement – il enseigne toujours – en raison de propos « discriminatoires » qu’il aurait tenus à l’égard de l’homosexualité. Cet enseignant catholique, assurent ces étudiants de la génération « flocon de neige », constitue par sa présence sur le campus une menace pour les gays. John Finnis est « particulièrement connu », paraît-il, pour son « homophobie » et sa « transphobie ». Il « a même conseillé au gouvernement des Etats-Unis de ne pas offrir de protection légale aux personnes LGBTQ+ qui souffrent de discrimination ».

Près de 500 étudiants ont à ce jour signé la pétition demandant le départ de John Finnis, accusé pour le simple fait d’avoir affirmé – en 1994 et 2011 notamment – la loi naturelle dans des écrits universitaires. Loi naturelle conforme à la doctrine catholique, forcément. Etant donné, donc, qu’il affirme simplement la loi naturelle et la morale catholique, cela veut bien dire que ce sont elles qui sont en réalité dans le viseur des nouveaux censeurs.

La bonne nouvelle, c’est que les autorités académiques ont décidé de soutenir le professeur – et ce n’était pas gagné par les temps qui courent – au nom de la liberté propre à la recherche universitaire. « Le débat académique vigoureux ne constitue pas du harcèlement dès lors qu’il est mené de manière respectueuse et sans violation de la dignité d’autrui », selon les autorités d’Oxford.

La pétition sur change.org donne quelques exemples des déclarations « haineuses » de John Finnis : on lui reproche d’avoir comparé les relations homosexuelles à la bestialité, de qualifier le fait d’être gay de « mauvais » et « destructeur », entre autres affirmations certes vigoureuses. Mais il est également dans le collimateur pour avoir dénoncé les malheurs à venir liés à la « diversité culturelle » et qualifié l’immigration moderne à une sorte de « colonisation à l’envers ».

Choses d’autant plus graves, selon les pétitionnaires, que Finnis assure des séminaires obligatoires pour les étudiants en droit de troisième cycle – il serait grand temps que l’université d’Oxford révise et étende ses mesures de protection des minorités et de politique d’égalité.

La citation complète concernant la bestialité est celle-ci, issue de Loi, moralité et orientation sexuelle, un essai publié en 1994 : « La copulation d’êtres humains avec des animaux est rejetée parce qu’elle traite l’activité de la sexualité humaine et de sa satisfaction comme recherchée d’une manière appropriée alors qu’à l’instar de l’accouplement des animaux, elle est séparée de l’expression d’un bien commun intelligible – et traite de la sorte la vie humaine corporelle, dans l’une de ses activités les plus intenses, comme simplement animale. L’accouplement génital délibéré de personnes du même sexe est rejetée pour une raison très similaire. »

Le Pr Finnis a réagi à la pétition dans les colonnes de The Oxford Student en déclarant :
« La pétition travestit ma position ainsi que mon témoignage dans le cadre du litige constitutionnel américain. Quiconque consulte le site internet de la faculté de droit ou suite les liens fournis par la pétition peut constater les nombreuses erreurs de celle-ci. J’assume tous ces écrits. Ils ne contiennent pas l’ombre d’une phrase “phobique”. L’essai de 1994 met en avant une critique classique et strictement philosophique de tout acte sexuel non marital et il a été republié à de nombreuses reprises. »
Mais pourquoi essayer de réfléchir lorsque la pensée unique est de votre côté ?

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07 janvier, 2019

L’hystérectomie en vue d’éviter une conception peut être licite, affirme (bizarrement) la Congrégation pour la Doctrine de la foi

La Congrégation pour la Doctrine de la foi a répondu le 3 janvier dernier à des dubia – des interrogations qualifiées de « doutes » – qui lui ont été soumis à propos de cas concrets « très spécifiques » concernant la licéité de l’ablation de l’utérus chez des femmes en âge de procréer. La réponse, signée du préfet de la Congrégation, le cardinal Luis Ladaria, et dont la publication a été approuvée par le pape François, affirme que lorsque l’utérus n’est certainement « plus » capable de mener une grossesse jusqu’au point de viabilité de l’enfant conçu, l’hystérectomie serait licite, car l’opération ne constituerait pas, selon la note, une « stérilisation ».

Voilà qui soulève quelques doutes quant au raisonnement de la Congrégation pour la Doctrine de la foi à propos de ces dubia

La note de la CDF intégralement publiée par le site press.vatican.va en plusieurs langues ne donne certes pas tous les détails des dubia soumis, mais assez pour comprendre de quoi il s’agit : déterminer si l’ablation de l’utérus sur une femme fertile et capable de concevoir un enfant est conforme à la morale catholique dès lors que celle-ci, en raison d’un problème médical clairement identifié, verrait certainement selon des médecins « experts » toute grossesse aboutir à une fausse couche, la mort de l’enfant conçu avant la viabilité se présentant comme l’issue inéluctable de la fécondation.

La note commence par faire le lien avec les « Réponses » de la CDF à propos de dubia soulevés quant à l’hystérectomie en 1993, et en réaffirme la validité :

« La Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait publié, le 31 juillet 1993, les Réponses à des doutes soulevés sur “l’isolement de l’utérus” et d’autres questions. Ces réponses, toujours valables, considèrent comme moralement licite l’ablation de l’utérus (hystérectomie), lorsqu’il constitue réellement un grave danger pour la vie ou la santé de la mère ; elles jugent au contraire illicites cette ablation ainsi que la ligature des trompes (isolement de l’utérus) comme moyen de stérilisation directe, en vue d’empêcher une éventuelle grossesse qui pourrait comporter un risque pour la mère. »

Les cas examinés dans le cadre de ces nouveaux dubia de 2019 n’ont en réalité pas grand chose à voir avec ces cas déjà anciens, résolus de manières différentes selon qu’il est question d’un geste médical visant à soigner la femme gravement menacée dans sa santé ou d’un évitement systématique de la grossesse, même si celle-ci devait lui faire courir un risque mortel.

La CDF affirme se trouver dans la même logique aujourd’hui dès lors qu’elle pose qu’il n’y a pas stérilisation dans les cas examinés, la problématique étant selon elle renversée dès lors d’il s’agit « d’un couple qui n’est plus en mesure de procréer » du fait de la « certitude » de voir l’enfant conçu mourir avant d’atteindre le stade de la viabilité.

Cela suppose quelques redéfinitions et glissements de sens, notamment des mots « stérilisation » et « procréation », auxquels se livre allègrement la CDF :

« La stérilisation a pour objet propre de faire obstruction au fonctionnement des organes de reproduction ; sa malice consiste dans le refus de la progéniture : elle agit contre le bonum prolis », affirme la note.

Et elle poursuit :

« En revanche, dans le cas examiné on sait que les organes de reproduction (…) ne peuvent plus jouer leur fonction naturelle d’engendrement.  La finalité du processus de procréation est de donner naissance à une créature ; or, dans ce cas, la naissance d’un fœtus vivant n’est pas possible du point de vue biologique. C’est pourquoi on ne se trouve plus face au fonctionnement imparfait ou risqué des organes de reproduction, mais à une situation dans laquelle leur finalité naturelle – donner naissance à une progéniture – n’est plus envisageable. »

Voilà une argumentation bien curieuse, puisque le but de l’ablation de l’utérus est bien dans ce cas précis de « faire obstruction au fonctionnement des organes de reproduction » qui restent capables d’accueillir une fécondation et de faire vivre au moins un temps l’embryon, puis le fœtus. En toute logique, il s’agit bel et bien d’une stérilisation.

Mais dès lors que la malice de celle-ci est (re-) définie comme le simple « refus de la progéniture », et que la procréation est décrite, puis définie, par rapport à sa seule finalité présentée comme l’aboutissement à la « naissance d’une créature », le raisonnement est faussé. Ce que l’on comprend bien en lisant la suite de la note de la CDF, qui affirme : « L’intervention médicale ne peut être jugée anti-procréatrice, car elle se situe dans un contexte objectif où ne sont possibles ni la procréation, ni, par conséquent, l’action anti-procréatrice. »

Voilà d’un coup de plume annihilée la procréation dans son acception classique qui signifie l’engendrement d’un nouvel être – sa conception par la rencontre des gamètes qui une fois normalement unis, deviennent un être humain unique et irremplaçable, doté d’une âme immortelle. Empêcher activement la conception se fait au moyen de moyens contraceptifs ou de la stérilisation (au contraire de l’abstinence qui se contente de l’éviter), et c’est cela qui n’est pas conforme à la loi divine ; c’est cela qui constitue très précisément le refus de la vie, le refus de la procréation, dont l’objectif du point de vue catholique est d’augmenter le nombre des élus.

La réponse de la CDF considère pratiquement que l’enfant conçu mais non viable n’est pas le fruit d’une vraie procréation : c’est presque comme s’il n’avait pas une dignité humaine intrinsèque et comme s’il n’était pas appelé, comme tout être humain, à jouir de la vie immortelle auprès de Dieu.
On pourrait ici, du point de vue catholique, arguer que l’enfant mort-né, n’ayant pas, par définition, reçu le baptême, ne saurait entrer au paradis, se voyant relégué pour l’éternité dans les limbes. Une situation à éviter par le jeu de l’hystérectomie, donc ?

Mais il y a à cela plusieurs objections. Premièrement, rien ne dit que dans les cas visés par la CDF, il s’agissait de femmes donnant naissance à des enfants mort-nés incapables de recevoir le baptême : on sait seulement qu’ils n’étaient pas viables. Deuxièmement, de l’avis de la Commission théologique internationale, avis auquel on peut supposer que la CDF adhère, les petits enfants morts sans baptême entrent au paradis par l’effet de la miséricorde de Dieu : pourquoi présenter dès lors la conception d’un enfant certainement non viable comme une non-procréation et juger que l’empêchement de cette conception est moralement licite ? Troisièmement, l’être est un bien, pourquoi dès lors présenter l’empêchement délibéré de la conception d’un petit être humain comme un bien supérieur au motif que sa vie sera courte ?

Il faut préciser que la CDF propose d’autres solutions :

« La réponse à ce doute n’affirme pas que la décision de pratiquer l’hystérectomie soit toujours la meilleure, mais seulement qu’il s’agit, dans les conditions susmentionnées, d’une décision moralement licite, qui n’exclut pas d’autres options (par exemple, le recours à des périodes infertiles ou l’abstinence totale). Il appartient aux époux, par un dialogue avec les médecins et avec leur guide spirituel, de choisir la voie à suivre, en appliquant les critères de gradualité de l’intervention médicale, selon leur cas et leur situation. »

Tout se passe comme si l’objectif était principalement d’éviter à une femme victime d’avortements spontanés à répétition et inéluctables les souffrances que cela entraîne pour elle. Objectif en soi louable, mais pourquoi n’avoir pas insisté sur le fait que l’évitement d’une conception par l’abstinence est la bonne solution, au lieu de créer une nouvelle confusion qui risque d’aboutir à de nouvelles erreurs ?

On se demande en effet dans quelle mesure le statut de l’embryon et du fœtus avant la viabilité ne sera pas affecté dans la doctrine catholique par cette réponse étrange. Quant à la procréation in vitro, qui à l’évidence se fait d’emblée dans un milieu incapable d’assurer la croissance jusqu’à la viabilité, elle ne pourra qu’en être davantage banalisée, puisque l’embryon conçu dans ce cadre finirait par tirer son « intérêt » de son implantation dans un utérus en état de fonctionner.

J’ai dit que la note de la CDF suscitait à mon avis quelques doutes – bien graves en vérité. Peut-être ai-je tort. La discussion est ouverte ; et de mon côté, je continue de chercher des avis autorisés, dont je vous ferai part.

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17 décembre, 2018

Vient de paraître : “Les Contes de la Malle aux Mille Trésors”. Je vous les recommande !

Contes de la Malle…
Le premier recueil de contes de La Malle aux Mille Trésors vient de paraître – et pour moi, c’est un peu un « bébé » qui voit le jour, puisque j’ai eu l’honneur et la joie d’y participer : sur les dix-huit histoires pour la plupart inédites rassemblées dans ce bel album cartonné, j’en ai signé deux, Le chevalier de la Pâquerette et La flûte en argent.

Je suis fière de les voir voisiner avec les récits palpitants, édifiants, drôles, pleins de fantaisie, de rois et de princes, de bons anges et de méchantes sorcières, de sages vieilles et même d’un dromadaire ou d’un macaque ici ou là… Ce joli livre brille par sa joyeuse diversité de styles, de tons, d'époques, d'illustrations – un vrai trésor où les enfants peuvent puiser en lisant ou en se faisant lire des histoires qui font rêver et grandir.

De la saynète tirée d’une histoire du père Brown de Chesterton aux aventures d’un petit chouan ou d’un gardien de phare, du conte de chasse au récit traditionnel de Norvège, de la réédition des Trois petits grains de blé, conte catéchétique paru chez Casterman en 1948 aux contes de Noël, les histoires se suivent et ne se ressemblent pas… Mais si ! Il y a un fil rouge : tout cela s’inscrit résolument dans un contexte chrétien, fait d’émerveillement devant tout ce qui est beau, bien et vrai. Les happy ends ne font pas défaut, mais s’il y a de jolies princesses qui se marient et ont beaucoup d’enfants, on y trouve aussi de bons garçons qui deviendront prêtres et même des vies offertes et des conversions gagnées de haute lutte.



Il n’y a rien de plus difficile, d’impressionnant, me semble-t-il, pour qui vit de sa plume, que d’écrire pour les enfants. Il faut que le ton soit juste, le vocabulaire choisi pour captiver l’imagination sans jamais sombrer dans la facilité. Les Contes de La Malle aux Mille Trésors (« revue catholique destinée aux enfants et à ceux qui leur ressemblent ») répondent bellement à ces exigences. Du moins je l’espère, en ce qui concerne les miens !

Découvrez, offrez donc ces Contes (excellent cadeau de Noël pour les enfants de cinq ans et plus), et vous me direz ce que vous en pensez !

Pour commander, suivez vite ce lien (règlement par chèque ou en ligne par carte bancaire). Pensez à préciser dans les commentaires que vous venez de ma part, et on glissera un exemplaire gratuit de La Malle aux Mille Trésors dans votre colis. Et préparez-vous à retrouver une âme d’enfant !

Jeanne Smits

• Edité par le Mouvement Catholique des Familles, 38 Avenue Niel, F-75017 Paris.
Contes parus dans la revue catholique pour enfants “La Malle aux Mille Trésors” BP 26, F-56220 Malansac.

Album cartonné, 96 pages.


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11 décembre, 2018

Robert Spaemann est mort le lundi 10 décembre 2018 : défenseur de la messe traditionnelle, il dénonçait aussi “Amoris laetitia”

Le Pr Robert Spaemann a été rappelé à Dieu le lundi 10 décembre, au terme d'une longue maladie. Cet ami personnel du pape émérite, Benoît XVI, était un penseur catholique attaché à la philosophia perennis,  et – par un goût somme toute voisin parce que cohérent – à la forme traditionnelle de la liturgie latine, et en particulier de la messe. Il fut conseiller de Jean-Paul II, mais c’est seulement après l’élection au pontificat de son cher compatriote Josef Ratzinger qu’il a vu la messe tridentine retrouver son droit de cité. Après l'élection du pape François, il devait annoncer clairement son opposition non seulement aux interprétations hétérodoxes d’Amoris laetitia mais à au moins une contradiction directe à l'égard de l'enseignement traditionnel de l'Eglise contenue dans cette Exhortation apostolique.

J'emprunte à Rorate-Caeli quelques éléments de la biographie insolite de ce philosophe profondément traditionnel. Né en 1927 à Berlin, il fait son entrée dans le monde dans un milieu on ne peut plus éloigné du catholicisme. Son père, Heinrich Spaemann, est un écrivain socialiste d'origine protestante ; sa mère, Ruth Krämer, disciple de Mary Wigman, est danseuse d’avant-garde. Leur conversion en 1930 va bouleverser leur vie. Cette année-là, le petit Robert est baptisé catholique. Ruth meurt en 1936 ; Heinrich se plonge dans des études de théologie et sera ordonné prêtre en 1942 par le bienheureux Clemens von Galen, évêque de Münster. Robert a 15 ans.

Lui-même a étudié la philosophie, histoire, la théologie et les langues latines avant d'entamer une carrière d'universitaire dont la mise en place le mènera de Louis de Bonald et des origines de la sociologie qu'il explore dans sa thèse de doctorat, à une monographie sur la controverse entre Fénelon et Bossuet qui lui vaudra sa nomination de professeur. Les universités de Münster, Stuttgart, Heidelberg et Münich l'accueilleront au fil des ans.

Robert Spaemann, en une époque malade du relativisme et du nominalisme – qui atteint son paroxysme dans l'idéologie du genre – s'est imposé comme un penseur réaliste dans le sillage d'Aristote dont il défend la réflexion téléologique sur la nature. En 1978, dans un essai remarqué, Nature, Spaemann explique même que l'oubli de cette compréhension de la nature appuyée sur la finalité a dès les débuts de la modernité ouvert la voie à la crise actuelle de la civilisation.
Il n'est pas non plus affecté par le défaut du moralisme – choses à avoir à l'esprit en considérant sa manière d'aborder les confusions actuelles dans l’Eglise –  puisqu'avec Aristote et la pensée chrétienne il voit dans le bonheur le fondement de l’éthique. Le bonheur selon sa conception classique, s’entend… Cohérence toujours : c'est au nom de cette éthique du bonheur qu'il s'oppose aux utopies marxistes et même à toutes les utopies politiques en général. En tant que philosophe, il a vigoureusement défendu le droit de vivre des enfants à naître.

Rorate-Caeli rappelle que Spaemann avait assisté à la conférence liturgique de 2001 à Fontgombault avec son ami le ardinal Ratzinger. La nécrologie publiée par ce site anglophone rapporte une anecdote contée par Robert Spaemann à sa rédaction en 2016 :
« J’ai assisté un jour à une procession de Fête-Dieu dans le diocèse de Feltkirch en Autriche. Elle était présidée par l’évêque, qui est membre de l’Opus Dei. Aux autels reposoirs, l’évêque tournait le dos à l'ostensoir en récitant les prières. Je me suis dit que si un enfant voyait cela, il lui serait désormais impossible de croire que le Seigneur est présent dans la sainte Hostie, car les petits savent très bien que lorsqu'on parle à quelqu'un, on ne lui tombe pas le dos. Des choses comme celles-là sont très importantes. Cela ne sert à rien que l'enfant étudie son catéchisme si ce qu'il apprend est contredit sous ses propres yeux. Je crois donc que la première chose à faire est de retourner l’autel. Il me semble que cela est plus important que le retour au latin. Personnellement, j'ai de nombreuses raisons d'apprécier le latin, mais ce n'est pas la question la plus fondamentale. Pour ma part, j'aimerais mieux une messe traditionnelle dite en allemand à une nouvelle messe dite en latin. »
Ces dernières années, Robert Spaemann s'est exprimé à plusieurs reprises sur la confusion semée par Amoris laetitia à la suite des deux synodes sur la famille.

Homme à la pensée claire, attaché au sens des mots et à leur relation avec la réalité, Spaemann refusait ainsi de tourner autour du pot en ce qui concerne certains propos contenus dans le cette exhortation apostolique du pape François. Interrogé sur le fait de savoir si une lecture d’Amoris laetitia conforme à la tradition de l’Eglise est possible, il répondait en avril 2016 à la Catholic News Agency :

« Cela est possible pour la majeure partie, et ce même alors que sa ligne générale permet des interprétations qu'il n'est pas possible de rendre compatibles avec l'enseignement de l'Eglise. Mais l'article 305 ainsi que la note 351, où il est dit que les fidèles qui se trouvent dans une “situation objective de péché” peuvent être admis aux sacrements en raison de “circonstances atténuantes”, contredit directement l'article 84 de l'exhortation Familiaris consortio de Jean-Paul II. »

J'ai traduit l'ensemble de cet entretien sur ce blog, c'est vraiment à lire dans son intégralité. Spaemann achevait ses propos par un appel à professer droitement l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et l’eucharistie :

« Chaque cardinal, mais aussi chaque évêque et chaque prêtre est appelé à la mesure de son pouvoir de maintenir pleinement la discipline catholique des sacrements et de la professer publiquement. Dans l'hypothèse où le pape n'est pas disposé à apporter des corrections, il appartiendra à un pontificat ultérieur de remettre officiellement de l’ordre. »
Il n'avait pas manqué au passage d'avertir du risque de schisme dans la situation actuelle, ajoutant cette mise en garde :

« Il faut s’attendre à une nouvelle poussée vers la sécularisation et à une nouvelle diminution du nombre des prêtres dans d’importantes parties du monde. On constate déjà depuis longtemps que les évêques et les diocèses qui ont une attitude sans équivoque en matière de foi et de morale ont aussi le plus de prêtres pour la relève. On pense aux paroles de Saint-Paul dans sa lettre aux Corinthiens : “Si la trompette ne rend qu’un son confus, qui se préparera au combat (du Saint Esprit) ?” (1 Cor, 14, 8). »

Sur le même sujet, Robert Spaemann avait confié dès août 2014 une tribune à First Things, que j’ai traduite ici – c’était à la suite des propositions Kasper en vue du  synode extraordinaire sur la famille qui allait se tenir quelque mois plus tard.

Le site « benoit-et-moi » publiait en 2016 la traduction française de l'interview donnée par Spaemann à La nuova bussola où il apportait son soutien aux cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner qui venaient d’adresser leurs questions sur Amoris laetitia sous forme de « doutes » (Dubia) au pape François – des questions toujours restées sans réponse. Il disait, notamment : « Il est regrettable que quatre cardinaux seulement aient pris l'initiative dans cette histoire. »

N’oublions pas de prier pour le repos de l’âme de ce grand défenseur de la foi, de la vérité et de l’intelligence occidentale.

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06 décembre, 2018

Jamie Schmidt, martyre de la chasteté ? Cette femme est morte pour avoir refusé de céder à son violeur, « au nom de Dieu »


Jamie Schmidt : plutôt la mort
que la souillure
 L’histoire que je vais vous raconter est terrifiante et magnifique – et surtout, elle est vraie. C’est celle d’une femme ordinaire, la cinquantaine, mariée, trois enfants. Elle s’appelle Jamie Schmidt. S’appelait, plutôt. Car elle est morte assassinée, pour avoir préféré la pudeur, la chasteté et la fidélité conjugale à la souillure. Il y a quelque chose de sainte Maria Goretti dans cette histoire, quelque chose de saint Charles Lwanga et ses compagnons ; peut-être bien la foi et le sang d’une martyre… La première sainte martyre née sur le sol des Etats-Unis ? Déjà, un prêtre plaide sa cause…

Tout s’est déroulé très vite, le 19 novembre dernier à Saint-Louis, Missouri. Jamie Schmidt, 53 ans, paroissienne zélée, aimable et pieuse, mais aussi discrète et modeste, allait faire ses courses au Catholic Supply local de la Manchester Road où elle s’apprêtait à acheter des fournitures pour fabriquer des chapelets – son apostolat à elle. Sur place, deux employées, l’une d’une vingtaine d’années, l’autre, la cinquantaine aussi. En ce milieu d’après-midi, le magasin était calme. Il n’y avait personne d’autre.

Thomas Bruce, identifié
comme le tueur
Voici pourtant qu’entre un homme trapu, d’âge moyen. Il jette un coup d’œil, constate la présence des trois femmes, puis annonce qu’il a laissé sa carte de crédit dans la voiture. Il dit qu’il va la chercher parce qu’il voudrait faire quelques achats. Mais ce n’est pas une carte bancaire qu’il rapporte : il revient dans le magasin, revolver au poing.

C’est sous la menace de son arme qu’il oblige les trois femmes à se rassembler dans l’arrière-boutique, terrorisées. Là, horreur, il oblige sa première victime à se dévêtir entièrement. Et la viole, ou plus exactement la sodomise. La deuxième femme subit le même traitement.

Mais lorsque vient le tour de Jamie, celle-ci – malgré le choc, malgré le revolver braqué sur sa tête et la mort qui menace – refuse, calmement, avec assurance. Elle regarde son agresseur droit dans les yeux. Et elle dit (les deux autres victimes en ont témoigné) : « Au nom de Dieu, je n’enlèverai pas mes vêtements. »

(« En nom Dieu, je ne crains pas les gens d’armes », disait Jeanne d’Arc…)

Cela met son agresseur en rage : le coup de feu part aussitôt, à bout portant ; Jamie est gravement blessée à  la tête. Elle s’écroule. Mais alors qu’elle gît là, mortellement touchée, elle murmure le Notre Père – l’une des survivantes en atteste.

Le criminel, lui, s’est enfui. L’ambulance est arrivée vite, Jamie a été emmenée toutes sirènes hurlantes à l’hôpital le plus proche, mais il n’y avait aucun espoir pour elle. De l’espérance, ça oui… Le soir même, en rendant son dernier soupir, Jamie avait encore sur les lèvres les mots, à peine audibles, du Notre Père. Sa Volonté, elle l’avait acceptée, elle l’avait faite. Elle a préféré la résistance héroïque, au prix du sacrifice de sa vie, aux exigences démoniaques d’un sadique, à la solution apparemment plus facile : se soumettre sous la contrainte.

Le criminel a été retrouvé grâce aux descriptions précises fournies par les deux victimes survivantes dès le mercredi 21 novembre. Thomas Bruce – désormais incarcéré – est un ancien pasteur chrétien, marié, vivant dans un parc à caravanes avec sa femme à Imperial à trente kilomètres de Saint-Louis. Il ne connaissait pas les victimes, il n’avait rien contre elles sur le plan personnel. Pourquoi a-t-il choisi un magasin catholique ? L’instruction de son procès pour meurtre, séquestration et sodomie le dira peut-être.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le geste héroïque de Jamie Schmidt a été dicté par sa foi. Elle n’a pas transigé. Elle n’a pas choisi l’option de subir d’abord, et de se plaindre ensuite. Elle n’a rien cédé. Elle a proclamé, haut et fort, son attachement à la décence et à la chasteté conjugale, son refus de l’adultère et de la perversion.

Par les temps qui courent, quelle leçon ! « En nom Dieu »…


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04 décembre, 2018

Mgr Carlo Maria Viganò répond aux accusations d'escroquerie à l'héritage utilisées pour discréditer son témoignage à propos du pape François

Les avocats de Mgr Carlo Maria Viganò viennent de réagir de manière très précise aux informations qui ont circulé à propos d'un différend judiciaire qui l'opposait à un de ses frères, prêtre et handicapé, dans le cadre du règlement d'une succession un peu compliqué. Mgr Viganò nie catégoriquement avoir escroqué son frère, Lorenzo, de la somme de 1,8 million d’euros qu'un récent jugement du tribunal de Milan vient d'ordonner à l’ancien nonce apostolique à Washington de rétrocéder à son frère. S’il n'a pas été fait appel de ce jugement, devenu de ce fait définitif, celui qui a fait les gros titres de la presse à travers ses témoignages mettant en cause le pape François, notamment dans le dossier de l’ex-cardinal Theodore McCarrick, a tenu à fournir des explications. Le jugement du 9 octobre dernier du tribunal de Milan a en effet été largement utilisé, depuis que les journaux en ont eu connaissance à la mi-novembre, pour discréditer ces témoignages.

Les médias italiens avaient ouvert le bal en accusant Mgr Viganò de « fraude », d’« escroquerie », de « détournements de fonds » et de « vol » à l’encontre du P. Lorenzo, faisant apparaître l’affaire comme preuve de la fondamentale malhonnêteté du prélat :  le grand accusateur pris la main dans le sac, en quelque sorte.

Il faut savoir que le jugement de Milan est tombé neuf ans après l’ouverture de la procédure par le P. Lorenzo, prêtre du diocèse de Pavie vivant actuellement à Chicago, et six semaines après  la publication du premier témoignage de Mgr Viganò. Le 19 octobre suivant, celui-ci publiait son  troisième et dernier témoignage en date. La concordance des dates est  pour le moins troublante : disons que l'affaire judiciaire tombe à point nommé pour permettre l'allumage d'un contre-feu.

Le  communiqué rendu public par les avocats de Mgr Viganò explique que celui-ci ne fait pas appel dans l'intérêt de la paix et qu'il espère retrouver de bonnes relations avec son frère. La somme de 1,8 million d’euros ainsi que les frais judiciaires afférents ont déjà été versés.

Pour comprendre la lecture du communiqué, il faut d'abord connaître certains faits tels qu’ils ont été résumés par LifeSiteNews.

Les Viganò étaient des industriels de Lombardie, à la tête d’une fortune considérable, fruit de l’aciérie familiale. A la mort du père, les actifs furent partagés parmi les huit enfants, chacun recevant ce qui correspondait à son sens le mieux à leur état de vie : les affaires industrielles échurent aux garçons, d'autres actifs revinrent aux filles, tandis que les deux fils prêtres, Carlo Maria et Lorenzo héritèrent de très riches terres agricoles à proximité de Milan, dont la gestion pourrait être confiée à un bon intendant, de telle sorte que les deux  hommes puissent se vouer sans réserve à leur mission sacerdotale. Ils disposaient d'un pouvoir conjoint sur leur part qu'ils administraient de concert : celle-ci représentait 20 millions d’euros pour ce qui est des terres et de 6 millions d'euros en liquidités. Chaque frère pouvait  agir au nom de l’autre. Ensemble, ils avaient décidé d'allouer une part importante de leurs biens à des œuvres charitables : des bourses étudiantes pour des jeunes venant de pays pauvres, la construction du monastère carmélite « Fiat Pax » à Gitega, au Burundi…

Les bâtiments de ce monastère ont coûté plus de 2 millions d'euros : les deux frères les ont dédiés à leurs parents, Adeodato et Sophia, comme le rappelle une plaque commémorative sur place :

Le carmel “Fiat Pax” à Gitega, Burundi, financé par les frères Viganò



La plaque commémorative au carmel “Fiat Pax”
En 1996, le P. Lorenzo a été victime d’un AVC qui l’a laissé dans le coma pendant deux semaines. Il devait en sortir mais garder des séquelles importantes, puisqu'il était désormais hémiplégique. Mais pour ce qui est des relations avec son frère, elles se dégradèrent, comme l'explique le communiqué des avocats de Carlo Maria, en novembre 2008, date à laquelle le père Lorenzo cessa subitement et totalement de communiquer avec Mgr Viganò, affirmant que ce dernier cherchait à le kidnapper. C'est à ce moment-là qu'il devait fuir Milan.

LifeSite a appris qu'en 2009, le père Lorenzo annula la procuration réciproque qui permettait aux deux frères de gérer leur héritage l’un pour l’autre. C'est depuis ce moment-là que tout leur patrimoine immobilier a été géré par des avocats, Lorenzo refusant définitivement de reprendre contact avec son frère.

Au cours de la procédure qui a abouti à la décision du tribunal de Milan évoquée plus haut, selon LifeSite, le P. Lorenzo a nié qu'il eût accepté d'allouer des fonds pour la construction du monastère carmélite du Burundi. En faisant le bilan de leur héritage commun, il a donc été décidé par le tribunal que cette dépense devait être intégralement imputée sur la part de Mgr Viganò ;  c'est notamment pour cette raison qu'il lui a été ordonné de restituer 1,8 millions d’euros à son frère.

Voici ma traduction complète du communiqué des avocats de Carlo Maria Viganò, à l’aide notamment de la traduction officielle en anglais publié par LifeSiteNews dans le cadre d'un article signé Diane Montagna. – J.S.

« Au vu de récentes informations sans fondement publiées par de multiples journaux et médias, relative à une supposée condamnation pour « fraude », « vol » ou détournement de fonds, au détriment de son frère, le P. Lorenzo Viganò, Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque, déclare ce qui suit : 
1. Le tribunal de Milan, par un jugement numéro 10.359/2018 du 9 octobre 2018, a commandé à Mgr Vigano de payer, à la suite d'une requête judiciaire en vue de la division des actifs et de l'ajustement des débits et crédits mutuels avec son frère Don Lorenzo Viganò, la somme principale d’environ 1,8 million, 1 m en regard avec une demande initiale de don Lorenzo Viganò portant sur près de 40 millions d’euros, chiffre macroscopiquement irréaliste compte tenu de la valeur effective des biens détenus en commun par les deux frères ; 
2. Dans le cadre de ladite sentence, dont aucune des deux parties n'a fait appel et qui est donc devenue définitive, le tribunal de Milan a rejeté toutes les autres demandes présentées par Don Lorenzo Viganò, qui avait enclenché la procédure contre son frère en refusant toute médiation de la part de la famille ; 
3. Mgr Viganò a déjà spontanément soldé toutes les sommes fixées par la sentence ; 
4. Don Lorenzo Viganò, à l'issue de cette sentence, a perçu substantiellement ce qu'il aurait reçu s'il avait accepté les propositions de transaction formulées par son frère, pro bono pacis, au cours de la procédure ; 
5. Depuis plus de dix ans Don Lorenzo Viganò a soumis Mgr Viganò à un siège judiciaire et à une véritable campagne de diffamation dans la presse, omettant d'informer les journalistes complaisants que les accusations du P. Lorenzo Viganò  ont dû être abandonnées ou ont été écartées dans le cadre des 10 poursuites civiles, criminelles et administratives intentées à ce jour ; 
6. Néanmoins, Mgr Viganò a toujours subi en silence ces agressions, pour éviter de futures instrumentalisations des affaires judiciaires familiales, qui n’ont rien à voir avec les autres « affaires » institutionnelles bien connues dans lesquelles il a été impliqué ;
7. Les biens meubles et immeubles sont parvenus aux deux frères en tant qu’héritage indivis de leurs parents, qui étaient entrepreneurs dans le domaine industriel ; 
8. Mgr Viganò a affecté la plus grande partie du dit patrimoine à des œuvres caritatives et religieuses, parmi lesquelles la construction d’un séminaire au Nigeria et un Carmel au Burundi, et il continuera de le faire ; 
9. Quant aux douloureux rapports personnels avec son frère, Mgr Viganò aime profondément son frère Don Lorenzo et il ne cessera jamais d’espérer et de prier pour que son frère refasse la paix avec lui et reprenne avec lui les relations que celui-ci a unilatéralement, totalement et subitement fait cesser à la fin novembre 2008, lorsqu’il s’est enfui de Naples en accusant son frère, Mgr Carlo Maria, de chercher à le séquestrer. C’est aussi pour ce motif, alors qu’il avait des raisons valables pour ce faire, que Mgr Viganò n’a pas fait appel du jugement de première instance alors même qu’il l’estime, par de nombreux côtés, erronée et injuste. 
10. Mgr Viganò a l’intention de confier à ses avocats la charge de poursuivre en correctionnelle toute tentative de diffamation à son égard. »
Communiqué traduit par Jeanne Smits

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