07 janvier, 2019

L’hystérectomie en vue d’éviter une conception peut être licite, affirme (bizarrement) la Congrégation pour la Doctrine de la foi

La Congrégation pour la Doctrine de la foi a répondu le 3 janvier dernier à des dubia – des interrogations qualifiées de « doutes » – qui lui ont été soumis à propos de cas concrets « très spécifiques » concernant la licéité de l’ablation de l’utérus chez des femmes en âge de procréer. La réponse, signée du préfet de la Congrégation, le cardinal Luis Ladaria, et dont la publication a été approuvée par le pape François, affirme que lorsque l’utérus n’est certainement « plus » capable de mener une grossesse jusqu’au point de viabilité de l’enfant conçu, l’hystérectomie serait licite, car l’opération ne constituerait pas, selon la note, une « stérilisation ».

Voilà qui soulève quelques doutes quant au raisonnement de la Congrégation pour la Doctrine de la foi à propos de ces dubia

La note de la CDF intégralement publiée par le site press.vatican.va en plusieurs langues ne donne certes pas tous les détails des dubia soumis, mais assez pour comprendre de quoi il s’agit : déterminer si l’ablation de l’utérus sur une femme fertile et capable de concevoir un enfant est conforme à la morale catholique dès lors que celle-ci, en raison d’un problème médical clairement identifié, verrait certainement selon des médecins « experts » toute grossesse aboutir à une fausse couche, la mort de l’enfant conçu avant la viabilité se présentant comme l’issue inéluctable de la fécondation.

La note commence par faire le lien avec les « Réponses » de la CDF à propos de dubia soulevés quant à l’hystérectomie en 1993, et en réaffirme la validité :

« La Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait publié, le 31 juillet 1993, les Réponses à des doutes soulevés sur “l’isolement de l’utérus” et d’autres questions. Ces réponses, toujours valables, considèrent comme moralement licite l’ablation de l’utérus (hystérectomie), lorsqu’il constitue réellement un grave danger pour la vie ou la santé de la mère ; elles jugent au contraire illicites cette ablation ainsi que la ligature des trompes (isolement de l’utérus) comme moyen de stérilisation directe, en vue d’empêcher une éventuelle grossesse qui pourrait comporter un risque pour la mère. »

Les cas examinés dans le cadre de ces nouveaux dubia de 2019 n’ont en réalité pas grand chose à voir avec ces cas déjà anciens, résolus de manières différentes selon qu’il est question d’un geste médical visant à soigner la femme gravement menacée dans sa santé ou d’un évitement systématique de la grossesse, même si celle-ci devait lui faire courir un risque mortel.

La CDF affirme se trouver dans la même logique aujourd’hui dès lors qu’elle pose qu’il n’y a pas stérilisation dans les cas examinés, la problématique étant selon elle renversée dès lors d’il s’agit « d’un couple qui n’est plus en mesure de procréer » du fait de la « certitude » de voir l’enfant conçu mourir avant d’atteindre le stade de la viabilité.

Cela suppose quelques redéfinitions et glissements de sens, notamment des mots « stérilisation » et « procréation », auxquels se livre allègrement la CDF :

« La stérilisation a pour objet propre de faire obstruction au fonctionnement des organes de reproduction ; sa malice consiste dans le refus de la progéniture : elle agit contre le bonum prolis », affirme la note.

Et elle poursuit :

« En revanche, dans le cas examiné on sait que les organes de reproduction (…) ne peuvent plus jouer leur fonction naturelle d’engendrement.  La finalité du processus de procréation est de donner naissance à une créature ; or, dans ce cas, la naissance d’un fœtus vivant n’est pas possible du point de vue biologique. C’est pourquoi on ne se trouve plus face au fonctionnement imparfait ou risqué des organes de reproduction, mais à une situation dans laquelle leur finalité naturelle – donner naissance à une progéniture – n’est plus envisageable. »

Voilà une argumentation bien curieuse, puisque le but de l’ablation de l’utérus est bien dans ce cas précis de « faire obstruction au fonctionnement des organes de reproduction » qui restent capables d’accueillir une fécondation et de faire vivre au moins un temps l’embryon, puis le fœtus. En toute logique, il s’agit bel et bien d’une stérilisation.

Mais dès lors que la malice de celle-ci est (re-) définie comme le simple « refus de la progéniture », et que la procréation est décrite, puis définie, par rapport à sa seule finalité présentée comme l’aboutissement à la « naissance d’une créature », le raisonnement est faussé. Ce que l’on comprend bien en lisant la suite de la note de la CDF, qui affirme : « L’intervention médicale ne peut être jugée anti-procréatrice, car elle se situe dans un contexte objectif où ne sont possibles ni la procréation, ni, par conséquent, l’action anti-procréatrice. »

Voilà d’un coup de plume annihilée la procréation dans son acception classique qui signifie l’engendrement d’un nouvel être – sa conception par la rencontre des gamètes qui une fois normalement unis, deviennent un être humain unique et irremplaçable, doté d’une âme immortelle. Empêcher activement la conception se fait au moyen de moyens contraceptifs ou de la stérilisation (au contraire de l’abstinence qui se contente de l’éviter), et c’est cela qui n’est pas conforme à la loi divine ; c’est cela qui constitue très précisément le refus de la vie, le refus de la procréation, dont l’objectif du point de vue catholique est d’augmenter le nombre des élus.

La réponse de la CDF considère pratiquement que l’enfant conçu mais non viable n’est pas le fruit d’une vraie procréation : c’est presque comme s’il n’avait pas une dignité humaine intrinsèque et comme s’il n’était pas appelé, comme tout être humain, à jouir de la vie immortelle auprès de Dieu.
On pourrait ici, du point de vue catholique, arguer que l’enfant mort-né, n’ayant pas, par définition, reçu le baptême, ne saurait entrer au paradis, se voyant relégué pour l’éternité dans les limbes. Une situation à éviter par le jeu de l’hystérectomie, donc ?

Mais il y a à cela plusieurs objections. Premièrement, rien ne dit que dans les cas visés par la CDF, il s’agissait de femmes donnant naissance à des enfants mort-nés incapables de recevoir le baptême : on sait seulement qu’ils n’étaient pas viables. Deuxièmement, de l’avis de la Commission théologique internationale, avis auquel on peut supposer que la CDF adhère, les petits enfants morts sans baptême entrent au paradis par l’effet de la miséricorde de Dieu : pourquoi présenter dès lors la conception d’un enfant certainement non viable comme une non-procréation et juger que l’empêchement de cette conception est moralement licite ? Troisièmement, l’être est un bien, pourquoi dès lors présenter l’empêchement délibéré de la conception d’un petit être humain comme un bien supérieur au motif que sa vie sera courte ?

Il faut préciser que la CDF propose d’autres solutions :

« La réponse à ce doute n’affirme pas que la décision de pratiquer l’hystérectomie soit toujours la meilleure, mais seulement qu’il s’agit, dans les conditions susmentionnées, d’une décision moralement licite, qui n’exclut pas d’autres options (par exemple, le recours à des périodes infertiles ou l’abstinence totale). Il appartient aux époux, par un dialogue avec les médecins et avec leur guide spirituel, de choisir la voie à suivre, en appliquant les critères de gradualité de l’intervention médicale, selon leur cas et leur situation. »

Tout se passe comme si l’objectif était principalement d’éviter à une femme victime d’avortements spontanés à répétition et inéluctables les souffrances que cela entraîne pour elle. Objectif en soi louable, mais pourquoi n’avoir pas insisté sur le fait que l’évitement d’une conception par l’abstinence est la bonne solution, au lieu de créer une nouvelle confusion qui risque d’aboutir à de nouvelles erreurs ?

On se demande en effet dans quelle mesure le statut de l’embryon et du fœtus avant la viabilité ne sera pas affecté dans la doctrine catholique par cette réponse étrange. Quant à la procréation in vitro, qui à l’évidence se fait d’emblée dans un milieu incapable d’assurer la croissance jusqu’à la viabilité, elle ne pourra qu’en être davantage banalisée, puisque l’embryon conçu dans ce cadre finirait par tirer son « intérêt » de son implantation dans un utérus en état de fonctionner.

J’ai dit que la note de la CDF suscitait à mon avis quelques doutes – bien graves en vérité. Peut-être ai-je tort. La discussion est ouverte ; et de mon côté, je continue de chercher des avis autorisés, dont je vous ferai part.

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17 décembre, 2018

Vient de paraître : “Les Contes de la Malle aux Mille Trésors”. Je vous les recommande !

Contes de la Malle…
Le premier recueil de contes de La Malle aux Mille Trésors vient de paraître – et pour moi, c’est un peu un « bébé » qui voit le jour, puisque j’ai eu l’honneur et la joie d’y participer : sur les dix-huit histoires pour la plupart inédites rassemblées dans ce bel album cartonné, j’en ai signé deux, Le chevalier de la Pâquerette et La flûte en argent.

Je suis fière de les voir voisiner avec les récits palpitants, édifiants, drôles, pleins de fantaisie, de rois et de princes, de bons anges et de méchantes sorcières, de sages vieilles et même d’un dromadaire ou d’un macaque ici ou là… Ce joli livre brille par sa joyeuse diversité de styles, de tons, d'époques, d'illustrations – un vrai trésor où les enfants peuvent puiser en lisant ou en se faisant lire des histoires qui font rêver et grandir.

De la saynète tirée d’une histoire du père Brown de Chesterton aux aventures d’un petit chouan ou d’un gardien de phare, du conte de chasse au récit traditionnel de Norvège, de la réédition des Trois petits grains de blé, conte catéchétique paru chez Casterman en 1948 aux contes de Noël, les histoires se suivent et ne se ressemblent pas… Mais si ! Il y a un fil rouge : tout cela s’inscrit résolument dans un contexte chrétien, fait d’émerveillement devant tout ce qui est beau, bien et vrai. Les happy ends ne font pas défaut, mais s’il y a de jolies princesses qui se marient et ont beaucoup d’enfants, on y trouve aussi de bons garçons qui deviendront prêtres et même des vies offertes et des conversions gagnées de haute lutte.



Il n’y a rien de plus difficile, d’impressionnant, me semble-t-il, pour qui vit de sa plume, que d’écrire pour les enfants. Il faut que le ton soit juste, le vocabulaire choisi pour captiver l’imagination sans jamais sombrer dans la facilité. Les Contes de La Malle aux Mille Trésors (« revue catholique destinée aux enfants et à ceux qui leur ressemblent ») répondent bellement à ces exigences. Du moins je l’espère, en ce qui concerne les miens !

Découvrez, offrez donc ces Contes (excellent cadeau de Noël pour les enfants de cinq ans et plus), et vous me direz ce que vous en pensez !

Pour commander, suivez vite ce lien (règlement par chèque ou en ligne par carte bancaire). Pensez à préciser dans les commentaires que vous venez de ma part, et on glissera un exemplaire gratuit de La Malle aux Mille Trésors dans votre colis. Et préparez-vous à retrouver une âme d’enfant !

Jeanne Smits

• Edité par le Mouvement Catholique des Familles, 38 Avenue Niel, F-75017 Paris.
Contes parus dans la revue catholique pour enfants “La Malle aux Mille Trésors” BP 26, F-56220 Malansac.

Album cartonné, 96 pages.


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11 décembre, 2018

Robert Spaemann est mort le lundi 10 décembre 2018 : défenseur de la messe traditionnelle, il dénonçait aussi “Amoris laetitia”

Le Pr Robert Spaemann a été rappelé à Dieu le lundi 10 décembre, au terme d'une longue maladie. Cet ami personnel du pape émérite, Benoît XVI, était un penseur catholique attaché à la philosophia perennis,  et – par un goût somme toute voisin parce que cohérent – à la forme traditionnelle de la liturgie latine, et en particulier de la messe. Il fut conseiller de Jean-Paul II, mais c’est seulement après l’élection au pontificat de son cher compatriote Josef Ratzinger qu’il a vu la messe tridentine retrouver son droit de cité. Après l'élection du pape François, il devait annoncer clairement son opposition non seulement aux interprétations hétérodoxes d’Amoris laetitia mais à au moins une contradiction directe à l'égard de l'enseignement traditionnel de l'Eglise contenue dans cette Exhortation apostolique.

J'emprunte à Rorate-Caeli quelques éléments de la biographie insolite de ce philosophe profondément traditionnel. Né en 1927 à Berlin, il fait son entrée dans le monde dans un milieu on ne peut plus éloigné du catholicisme. Son père, Heinrich Spaemann, est un écrivain socialiste d'origine protestante ; sa mère, Ruth Krämer, disciple de Mary Wigman, est danseuse d’avant-garde. Leur conversion en 1930 va bouleverser leur vie. Cette année-là, le petit Robert est baptisé catholique. Ruth meurt en 1936 ; Heinrich se plonge dans des études de théologie et sera ordonné prêtre en 1942 par le bienheureux Clemens von Galen, évêque de Münster. Robert a 15 ans.

Lui-même a étudié la philosophie, histoire, la théologie et les langues latines avant d'entamer une carrière d'universitaire dont la mise en place le mènera de Louis de Bonald et des origines de la sociologie qu'il explore dans sa thèse de doctorat, à une monographie sur la controverse entre Fénelon et Bossuet qui lui vaudra sa nomination de professeur. Les universités de Münster, Stuttgart, Heidelberg et Münich l'accueilleront au fil des ans.

Robert Spaemann, en une époque malade du relativisme et du nominalisme – qui atteint son paroxysme dans l'idéologie du genre – s'est imposé comme un penseur réaliste dans le sillage d'Aristote dont il défend la réflexion téléologique sur la nature. En 1978, dans un essai remarqué, Nature, Spaemann explique même que l'oubli de cette compréhension de la nature appuyée sur la finalité a dès les débuts de la modernité ouvert la voie à la crise actuelle de la civilisation.
Il n'est pas non plus affecté par le défaut du moralisme – choses à avoir à l'esprit en considérant sa manière d'aborder les confusions actuelles dans l’Eglise –  puisqu'avec Aristote et la pensée chrétienne il voit dans le bonheur le fondement de l’éthique. Le bonheur selon sa conception classique, s’entend… Cohérence toujours : c'est au nom de cette éthique du bonheur qu'il s'oppose aux utopies marxistes et même à toutes les utopies politiques en général. En tant que philosophe, il a vigoureusement défendu le droit de vivre des enfants à naître.

Rorate-Caeli rappelle que Spaemann avait assisté à la conférence liturgique de 2001 à Fontgombault avec son ami le ardinal Ratzinger. La nécrologie publiée par ce site anglophone rapporte une anecdote contée par Robert Spaemann à sa rédaction en 2016 :
« J’ai assisté un jour à une procession de Fête-Dieu dans le diocèse de Feltkirch en Autriche. Elle était présidée par l’évêque, qui est membre de l’Opus Dei. Aux autels reposoirs, l’évêque tournait le dos à l'ostensoir en récitant les prières. Je me suis dit que si un enfant voyait cela, il lui serait désormais impossible de croire que le Seigneur est présent dans la sainte Hostie, car les petits savent très bien que lorsqu'on parle à quelqu'un, on ne lui tombe pas le dos. Des choses comme celles-là sont très importantes. Cela ne sert à rien que l'enfant étudie son catéchisme si ce qu'il apprend est contredit sous ses propres yeux. Je crois donc que la première chose à faire est de retourner l’autel. Il me semble que cela est plus important que le retour au latin. Personnellement, j'ai de nombreuses raisons d'apprécier le latin, mais ce n'est pas la question la plus fondamentale. Pour ma part, j'aimerais mieux une messe traditionnelle dite en allemand à une nouvelle messe dite en latin. »
Ces dernières années, Robert Spaemann s'est exprimé à plusieurs reprises sur la confusion semée par Amoris laetitia à la suite des deux synodes sur la famille.

Homme à la pensée claire, attaché au sens des mots et à leur relation avec la réalité, Spaemann refusait ainsi de tourner autour du pot en ce qui concerne certains propos contenus dans le cette exhortation apostolique du pape François. Interrogé sur le fait de savoir si une lecture d’Amoris laetitia conforme à la tradition de l’Eglise est possible, il répondait en avril 2016 à la Catholic News Agency :

« Cela est possible pour la majeure partie, et ce même alors que sa ligne générale permet des interprétations qu'il n'est pas possible de rendre compatibles avec l'enseignement de l'Eglise. Mais l'article 305 ainsi que la note 351, où il est dit que les fidèles qui se trouvent dans une “situation objective de péché” peuvent être admis aux sacrements en raison de “circonstances atténuantes”, contredit directement l'article 84 de l'exhortation Familiaris consortio de Jean-Paul II. »

J'ai traduit l'ensemble de cet entretien sur ce blog, c'est vraiment à lire dans son intégralité. Spaemann achevait ses propos par un appel à professer droitement l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et l’eucharistie :

« Chaque cardinal, mais aussi chaque évêque et chaque prêtre est appelé à la mesure de son pouvoir de maintenir pleinement la discipline catholique des sacrements et de la professer publiquement. Dans l'hypothèse où le pape n'est pas disposé à apporter des corrections, il appartiendra à un pontificat ultérieur de remettre officiellement de l’ordre. »
Il n'avait pas manqué au passage d'avertir du risque de schisme dans la situation actuelle, ajoutant cette mise en garde :

« Il faut s’attendre à une nouvelle poussée vers la sécularisation et à une nouvelle diminution du nombre des prêtres dans d’importantes parties du monde. On constate déjà depuis longtemps que les évêques et les diocèses qui ont une attitude sans équivoque en matière de foi et de morale ont aussi le plus de prêtres pour la relève. On pense aux paroles de Saint-Paul dans sa lettre aux Corinthiens : “Si la trompette ne rend qu’un son confus, qui se préparera au combat (du Saint Esprit) ?” (1 Cor, 14, 8). »

Sur le même sujet, Robert Spaemann avait confié dès août 2014 une tribune à First Things, que j’ai traduite ici – c’était à la suite des propositions Kasper en vue du  synode extraordinaire sur la famille qui allait se tenir quelque mois plus tard.

Le site « benoit-et-moi » publiait en 2016 la traduction française de l'interview donnée par Spaemann à La nuova bussola où il apportait son soutien aux cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner qui venaient d’adresser leurs questions sur Amoris laetitia sous forme de « doutes » (Dubia) au pape François – des questions toujours restées sans réponse. Il disait, notamment : « Il est regrettable que quatre cardinaux seulement aient pris l'initiative dans cette histoire. »

N’oublions pas de prier pour le repos de l’âme de ce grand défenseur de la foi, de la vérité et de l’intelligence occidentale.

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06 décembre, 2018

Jamie Schmidt, martyre de la chasteté ? Cette femme est morte pour avoir refusé de céder à son violeur, « au nom de Dieu »


Jamie Schmidt : plutôt la mort
que la souillure
 L’histoire que je vais vous raconter est terrifiante et magnifique – et surtout, elle est vraie. C’est celle d’une femme ordinaire, la cinquantaine, mariée, trois enfants. Elle s’appelle Jamie Schmidt. S’appelait, plutôt. Car elle est morte assassinée, pour avoir préféré la pudeur, la chasteté et la fidélité conjugale à la souillure. Il y a quelque chose de sainte Maria Goretti dans cette histoire, quelque chose de saint Charles Lwanga et ses compagnons ; peut-être bien la foi et le sang d’une martyre… La première sainte martyre née sur le sol des Etats-Unis ? Déjà, un prêtre plaide sa cause…

Tout s’est déroulé très vite, le 19 novembre dernier à Saint-Louis, Missouri. Jamie Schmidt, 53 ans, paroissienne zélée, aimable et pieuse, mais aussi discrète et modeste, allait faire ses courses au Catholic Supply local de la Manchester Road où elle s’apprêtait à acheter des fournitures pour fabriquer des chapelets – son apostolat à elle. Sur place, deux employées, l’une d’une vingtaine d’années, l’autre, la cinquantaine aussi. En ce milieu d’après-midi, le magasin était calme. Il n’y avait personne d’autre.

Thomas Bruce, identifié
comme le tueur
Voici pourtant qu’entre un homme trapu, d’âge moyen. Il jette un coup d’œil, constate la présence des trois femmes, puis annonce qu’il a laissé sa carte de crédit dans la voiture. Il dit qu’il va la chercher parce qu’il voudrait faire quelques achats. Mais ce n’est pas une carte bancaire qu’il rapporte : il revient dans le magasin, revolver au poing.

C’est sous la menace de son arme qu’il oblige les trois femmes à se rassembler dans l’arrière-boutique, terrorisées. Là, horreur, il oblige sa première victime à se dévêtir entièrement. Et la viole, ou plus exactement la sodomise. La deuxième femme subit le même traitement.

Mais lorsque vient le tour de Jamie, celle-ci – malgré le choc, malgré le revolver braqué sur sa tête et la mort qui menace – refuse, calmement, avec assurance. Elle regarde son agresseur droit dans les yeux. Et elle dit (les deux autres victimes en ont témoigné) : « Au nom de Dieu, je n’enlèverai pas mes vêtements. »

(« En nom Dieu, je ne crains pas les gens d’armes », disait Jeanne d’Arc…)

Cela met son agresseur en rage : le coup de feu part aussitôt, à bout portant ; Jamie est gravement blessée à  la tête. Elle s’écroule. Mais alors qu’elle gît là, mortellement touchée, elle murmure le Notre Père – l’une des survivantes en atteste.

Le criminel, lui, s’est enfui. L’ambulance est arrivée vite, Jamie a été emmenée toutes sirènes hurlantes à l’hôpital le plus proche, mais il n’y avait aucun espoir pour elle. De l’espérance, ça oui… Le soir même, en rendant son dernier soupir, Jamie avait encore sur les lèvres les mots, à peine audibles, du Notre Père. Sa Volonté, elle l’avait acceptée, elle l’avait faite. Elle a préféré la résistance héroïque, au prix du sacrifice de sa vie, aux exigences démoniaques d’un sadique, à la solution apparemment plus facile : se soumettre sous la contrainte.

Le criminel a été retrouvé grâce aux descriptions précises fournies par les deux victimes survivantes dès le mercredi 21 novembre. Thomas Bruce – désormais incarcéré – est un ancien pasteur chrétien, marié, vivant dans un parc à caravanes avec sa femme à Imperial à trente kilomètres de Saint-Louis. Il ne connaissait pas les victimes, il n’avait rien contre elles sur le plan personnel. Pourquoi a-t-il choisi un magasin catholique ? L’instruction de son procès pour meurtre, séquestration et sodomie le dira peut-être.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le geste héroïque de Jamie Schmidt a été dicté par sa foi. Elle n’a pas transigé. Elle n’a pas choisi l’option de subir d’abord, et de se plaindre ensuite. Elle n’a rien cédé. Elle a proclamé, haut et fort, son attachement à la décence et à la chasteté conjugale, son refus de l’adultère et de la perversion.

Par les temps qui courent, quelle leçon ! « En nom Dieu »…


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04 décembre, 2018

Mgr Carlo Maria Viganò répond aux accusations d'escroquerie à l'héritage utilisées pour discréditer son témoignage à propos du pape François

Les avocats de Mgr Carlo Maria Viganò viennent de réagir de manière très précise aux informations qui ont circulé à propos d'un différend judiciaire qui l'opposait à un de ses frères, prêtre et handicapé, dans le cadre du règlement d'une succession un peu compliqué. Mgr Viganò nie catégoriquement avoir escroqué son frère, Lorenzo, de la somme de 1,8 million d’euros qu'un récent jugement du tribunal de Milan vient d'ordonner à l’ancien nonce apostolique à Washington de rétrocéder à son frère. S’il n'a pas été fait appel de ce jugement, devenu de ce fait définitif, celui qui a fait les gros titres de la presse à travers ses témoignages mettant en cause le pape François, notamment dans le dossier de l’ex-cardinal Theodore McCarrick, a tenu à fournir des explications. Le jugement du 9 octobre dernier du tribunal de Milan a en effet été largement utilisé, depuis que les journaux en ont eu connaissance à la mi-novembre, pour discréditer ces témoignages.

Les médias italiens avaient ouvert le bal en accusant Mgr Viganò de « fraude », d’« escroquerie », de « détournements de fonds » et de « vol » à l’encontre du P. Lorenzo, faisant apparaître l’affaire comme preuve de la fondamentale malhonnêteté du prélat :  le grand accusateur pris la main dans le sac, en quelque sorte.

Il faut savoir que le jugement de Milan est tombé neuf ans après l’ouverture de la procédure par le P. Lorenzo, prêtre du diocèse de Pavie vivant actuellement à Chicago, et six semaines après  la publication du premier témoignage de Mgr Viganò. Le 19 octobre suivant, celui-ci publiait son  troisième et dernier témoignage en date. La concordance des dates est  pour le moins troublante : disons que l'affaire judiciaire tombe à point nommé pour permettre l'allumage d'un contre-feu.

Le  communiqué rendu public par les avocats de Mgr Viganò explique que celui-ci ne fait pas appel dans l'intérêt de la paix et qu'il espère retrouver de bonnes relations avec son frère. La somme de 1,8 million d’euros ainsi que les frais judiciaires afférents ont déjà été versés.

Pour comprendre la lecture du communiqué, il faut d'abord connaître certains faits tels qu’ils ont été résumés par LifeSiteNews.

Les Viganò étaient des industriels de Lombardie, à la tête d’une fortune considérable, fruit de l’aciérie familiale. A la mort du père, les actifs furent partagés parmi les huit enfants, chacun recevant ce qui correspondait à son sens le mieux à leur état de vie : les affaires industrielles échurent aux garçons, d'autres actifs revinrent aux filles, tandis que les deux fils prêtres, Carlo Maria et Lorenzo héritèrent de très riches terres agricoles à proximité de Milan, dont la gestion pourrait être confiée à un bon intendant, de telle sorte que les deux  hommes puissent se vouer sans réserve à leur mission sacerdotale. Ils disposaient d'un pouvoir conjoint sur leur part qu'ils administraient de concert : celle-ci représentait 20 millions d’euros pour ce qui est des terres et de 6 millions d'euros en liquidités. Chaque frère pouvait  agir au nom de l’autre. Ensemble, ils avaient décidé d'allouer une part importante de leurs biens à des œuvres charitables : des bourses étudiantes pour des jeunes venant de pays pauvres, la construction du monastère carmélite « Fiat Pax » à Gitega, au Burundi…

Les bâtiments de ce monastère ont coûté plus de 2 millions d'euros : les deux frères les ont dédiés à leurs parents, Adeodato et Sophia, comme le rappelle une plaque commémorative sur place :

Le carmel “Fiat Pax” à Gitega, Burundi, financé par les frères Viganò



La plaque commémorative au carmel “Fiat Pax”
En 1996, le P. Lorenzo a été victime d’un AVC qui l’a laissé dans le coma pendant deux semaines. Il devait en sortir mais garder des séquelles importantes, puisqu'il était désormais hémiplégique. Mais pour ce qui est des relations avec son frère, elles se dégradèrent, comme l'explique le communiqué des avocats de Carlo Maria, en novembre 2008, date à laquelle le père Lorenzo cessa subitement et totalement de communiquer avec Mgr Viganò, affirmant que ce dernier cherchait à le kidnapper. C'est à ce moment-là qu'il devait fuir Milan.

LifeSite a appris qu'en 2009, le père Lorenzo annula la procuration réciproque qui permettait aux deux frères de gérer leur héritage l’un pour l’autre. C'est depuis ce moment-là que tout leur patrimoine immobilier a été géré par des avocats, Lorenzo refusant définitivement de reprendre contact avec son frère.

Au cours de la procédure qui a abouti à la décision du tribunal de Milan évoquée plus haut, selon LifeSite, le P. Lorenzo a nié qu'il eût accepté d'allouer des fonds pour la construction du monastère carmélite du Burundi. En faisant le bilan de leur héritage commun, il a donc été décidé par le tribunal que cette dépense devait être intégralement imputée sur la part de Mgr Viganò ;  c'est notamment pour cette raison qu'il lui a été ordonné de restituer 1,8 millions d’euros à son frère.

Voici ma traduction complète du communiqué des avocats de Carlo Maria Viganò, à l’aide notamment de la traduction officielle en anglais publié par LifeSiteNews dans le cadre d'un article signé Diane Montagna. – J.S.

« Au vu de récentes informations sans fondement publiées par de multiples journaux et médias, relative à une supposée condamnation pour « fraude », « vol » ou détournement de fonds, au détriment de son frère, le P. Lorenzo Viganò, Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque, déclare ce qui suit : 
1. Le tribunal de Milan, par un jugement numéro 10.359/2018 du 9 octobre 2018, a commandé à Mgr Vigano de payer, à la suite d'une requête judiciaire en vue de la division des actifs et de l'ajustement des débits et crédits mutuels avec son frère Don Lorenzo Viganò, la somme principale d’environ 1,8 million, 1 m en regard avec une demande initiale de don Lorenzo Viganò portant sur près de 40 millions d’euros, chiffre macroscopiquement irréaliste compte tenu de la valeur effective des biens détenus en commun par les deux frères ; 
2. Dans le cadre de ladite sentence, dont aucune des deux parties n'a fait appel et qui est donc devenue définitive, le tribunal de Milan a rejeté toutes les autres demandes présentées par Don Lorenzo Viganò, qui avait enclenché la procédure contre son frère en refusant toute médiation de la part de la famille ; 
3. Mgr Viganò a déjà spontanément soldé toutes les sommes fixées par la sentence ; 
4. Don Lorenzo Viganò, à l'issue de cette sentence, a perçu substantiellement ce qu'il aurait reçu s'il avait accepté les propositions de transaction formulées par son frère, pro bono pacis, au cours de la procédure ; 
5. Depuis plus de dix ans Don Lorenzo Viganò a soumis Mgr Viganò à un siège judiciaire et à une véritable campagne de diffamation dans la presse, omettant d'informer les journalistes complaisants que les accusations du P. Lorenzo Viganò  ont dû être abandonnées ou ont été écartées dans le cadre des 10 poursuites civiles, criminelles et administratives intentées à ce jour ; 
6. Néanmoins, Mgr Viganò a toujours subi en silence ces agressions, pour éviter de futures instrumentalisations des affaires judiciaires familiales, qui n’ont rien à voir avec les autres « affaires » institutionnelles bien connues dans lesquelles il a été impliqué ;
7. Les biens meubles et immeubles sont parvenus aux deux frères en tant qu’héritage indivis de leurs parents, qui étaient entrepreneurs dans le domaine industriel ; 
8. Mgr Viganò a affecté la plus grande partie du dit patrimoine à des œuvres caritatives et religieuses, parmi lesquelles la construction d’un séminaire au Nigeria et un Carmel au Burundi, et il continuera de le faire ; 
9. Quant aux douloureux rapports personnels avec son frère, Mgr Viganò aime profondément son frère Don Lorenzo et il ne cessera jamais d’espérer et de prier pour que son frère refasse la paix avec lui et reprenne avec lui les relations que celui-ci a unilatéralement, totalement et subitement fait cesser à la fin novembre 2008, lorsqu’il s’est enfui de Naples en accusant son frère, Mgr Carlo Maria, de chercher à le séquestrer. C’est aussi pour ce motif, alors qu’il avait des raisons valables pour ce faire, que Mgr Viganò n’a pas fait appel du jugement de première instance alors même qu’il l’estime, par de nombreux côtés, erronée et injuste. 
10. Mgr Viganò a l’intention de confier à ses avocats la charge de poursuivre en correctionnelle toute tentative de diffamation à son égard. »
Communiqué traduit par Jeanne Smits

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28 novembre, 2018

Je donnerai une conférence à Saumur vendredi à 19:00





1 ex. du “Pape dictateur” forfait de livraison inclus :




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27 novembre, 2018

Conférence de Jeanne Smits à Saumur le 30 novembre

L'association « Français, réveillez-vous » de Saumur
m'invite à donner une conférence sur l'actualité de Rome et du Vatican,

le 

Vendredi 30 novembre 2018 à 19 h 00

en tant qu'animatrice de ce blog et 
traductrice d’un ouvrage sur le pape Francois
par Henry Sire, 
ancien chevalier de l’Ordre de Malte.


Salle de la Cocasserie, rue Bonnemère, 49400 Saumur


Parking place de la Mairie
entrée 6 euros ( réduc pour couples et ados)



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22 novembre, 2018

Le cardinal Gerhard Müller s’exprime sur la crise des abus sexuels et sur celle de la foi dans l’Eglise : une interview de Maike Hickson pour LifeSiteNews

Dans un important entretien mené par Maike Hickson pour LifeSiteNews, l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Müller parle avec franchises des problèmes actuels au sein de l’Eglise, qu’il s’agisse de la gestion de la crise des abus sexuels de la part de clercs, de la question de l’homosexualité et de la reconnaissance dont celle-ci bénéficie de plus en plus, de sa propre éviction de ce qui était jadis le Saint-Office. Le problème n’est pas le cléricalisme, dit-il, mais l’athéisme qui s’est répandu au sein même de l’Eglise à travers le rejet de ce que l’on pourrait résumer sous les termes, droits de Dieu. Il n’est guère besoin de lire beaucoup entre les lignes pour comprendre que l’ancien gardien de la Doctrine estime celle-ci gravement menacée par la faute de la hiérarchie ecclésiastique elle-même. Voilà une interview importante, menée de la manière la plus directe par Maike Hickson, longue certainement mais qui mérite d’être lue attentivement jusqu’au bout. – J.S.

Le cardinal Müller répond aux questions de Maike Hickson pour LifeSiteNews


LifeSite : Les évêques des Etats-Unis viennent d’achever leur session d’automne à Baltimore ; à cette occasion ils n’ont pas été autorisés à voter sur les directives nationales à propos de l’implication épiscopale dans des cas d’abus sexuels (que ce soit par commission ou par omission ou par occultation), parce que le Vatican leur a dit de ne pas le faire. Les nouvelles directives auraient été notamment constituées d’un code de conduite et elles prévoyaient la mise en place d’un organisme de surveillance sous direction laïque chargé d’enquêter sur les évêques accusés d’inconduite. De nombreux catholiques aux Etats-Unis étaient dans l’attente de mesures concrètes, et ils sont aujourd’hui indignés. Pensez-vous que cette décision soit sage, ou pensez-vous que les évêques des Etats-Unis auraient dû pouvoir mettre en place leurs propres directives nationales et leur propre commission, de même que l’ont fait les évêques de France au début du mois ?

Cardinal Gerhard Müller : Il faut faire une distinction stricte entre les crimes sexuels et les enquêtes à leur sujet par la justice civile – aux yeux de laquelle tous les citoyens sont égaux (de telle sorte qu’une lex séparée pour l’Eglise catholique contredirait l’état moderne, démocratique du droit) – et les procédures canoniques visant les clercs, où l’autorité ecclésiastique établit les pénalités relatives à toute inconduite qui contredit frontalement l’éthique sacerdotale.

L’évêque dispose de la juridiction canonique vis-à-vis de chaque clerc au sein de son diocèse, en lien, pour les cas spéciaux, avec la Congrégation pour la Doctrine de la foi, qui agit de par l’autorité du pape. Si un évêque n’agit pas conformément à sa responsabilité, alors il peut être tenu pour responsable par le pape. Les conférences épiscopales peuvent établir des directives pour la prévention et pour les poursuites canoniques, ces deux choses constituant pour l’évêque dans son propre diocèse un instrument de valeur.

Nous devons  garder l'esprit clair au milieu de cette situation de crise aux Etats-Unis. Nous n'arriverons à rien en nous aidant d’une loi de lynchage ou dans le cadre d’une suspicion générale visant l'épiscopat tout entier, ou « Rome ». Je ne considère pas que ce soit une bonne solution de voir les laïcs prendre le contrôle désormais, simplement parce que les évêques (comme le croient certains) ne sont pas capables de le faire de leurs propres forces. Nous ne pouvons pas compenser les manques en mettant sens dessus dessous la constitution hiérarchique-sacramentelle de l’Eglise. Catherine de Sienne en a appelé franchement et sans cesse aux consciences des papes et des évêques, mais elle ne les a pas remplacés dans leur position hiérarchique. C'est toute la différence avec Luther, à cause duquel nous souffrirons toujours de la scission de la chrétienté. Il serait important de voir la conférence des évêques des Etats-Unis assumer sa responsabilité avec indépendance et de manière autonome. Les évêques ne sont pas des employés du pape, sujets à des directives ; ils ne sont pas non plus, comme dans l'armée, des généraux qui doivent une obéissance absolue au haut commandement. Au contraire, ils portent ensemble avec le successeur de Pierre, en tant que pasteurs désigné par le Christ lui-même, la responsabilité de l'Eglise universelle. Mais nous pouvons attendre de Rome qu'elle serve l'unité dans la foi et dans la communion des sacrements. L’heure est à la bonne collaboration en vue de surmonter la crise, et non à la polarisation et au compromis, qui font qu'à Rome on est en colère à propos des évêques des Etats-Unis, et qu'aux Etats-Unis, les gens sont en colère à propos de Rome.

LifeSite : Une part essentielle des discussions au cours de la réunion de la conférence des évêques des Etats-Unis a continué de porter sur le scandale McCarrick,  et sur le fait de savoir comment il a été possible qu'une personne comme McCarrick ait pu s'élever aux plus hautes sphères de l'Eglise catholique aux Etats-Unis, disposant par voie de conséquence d’une importante influence à Rome. Quelles sont vos propres réflexions sur l’affaire McCarrick et sur ce que l'Eglise devrait apprendre du fait  qu'un réseau de silence ait entouré un homme qui au cours de sa vie, a constamment bravé les lois de l'Eglise en pratiquant l'homosexualité, en  séduisant des séminaristes qui dépendaient de lui, les conduisant vers le péché, et pire que tout, en abusant de mineurs ?

Müller : Je ne le connais pas et je veux m'abstenir de tout jugement. J'espère qu'il aura bientôt un procès canonique à la Congrégation pour la foi, qui permette aussi de faire la lumière sur les crimes sexuels commis avec de jeunes séminaristes. Lorsque j'étais préfet de la Congrégation pour la foi (2012-2017) personne ne m'a rien dit de ce problème, très probablement parce qu'on aurait craint de ma part une réaction trop « rigide ». Que McCarrick, avec son clan et au moyen d'un réseau homosexuel, ait pu faire des ravages, telle une mafia, au sein de l'Eglise, cela est lié à la sous-estimation de la dépravation morale des actes homosexuels entre adultes. Même si à Rome on a supposément seulement eu connaissance de quelques rumeurs, il fallait enquêter sur l’affaire et vérifier la véracité des accusations, et s'abstenir également de toute promotion épiscopale au très important diocèse de la ville capitale, et s'abstenir de la même manière de le nommer cardinal de la Sainte Eglise romaine. Etant donné qu'en outre on a même acheté le silence de certains – ce qui constitue l'aveu de ses crimes sexuels  à l'égard de jeunes hommes – toute personne raisonnable se demande comment une telle personne ait pu être conseiller du pape pour les nominations épiscopales. Je ne sais pas si cela est vrai, mais  c'est une chose qu'il faut clarifier. Le mercenaire aide à chercher de bons pasteurs pour le troupeau de Dieu : nul ne peut comprendre cela. Dans un tel cas, il faut une explication publique très claire à propos de ces événements et des liens personnels, sans compter la question de savoir quel était le degré de connaissance des autorités ecclesiales impliquées à chaque étape. Une telle explication pourrait très bien inclure la reconnaissance d’une mauvaise évaluation des personnes et des situations.

LifeSite : Avez-vous au cours de ces cinq dernières années été témoin de cas où celui qui était alors le cardinal McCarrick s’est vu attribuer influence importante ou a été chargé de missions spécifiques, soit par le pape, soit par le Vatican ?

Müller : Comme je l'ai déjà dit, je n'étais informé de rien. On disait que la Congrégation de la foi était simplement responsable des abus sexuels sur mineurs, mais non des affaires concernant des adultes – comme si les infractions sexuelles commises par un clerc, soit avec un autre clerc ou bien avec un laïc ne constituaint pas également une grave violation de la foi et du caractère sacré des sacrements. J'ai insisté encore et encore pour dire que la conduite homosexuelle des clercs ne peut en aucun cas être tolérée ; et que la moralité sexuelle de l’Eglise ne saurait être relativisée par l'acceptation mondaine de l’homosexualité. Il faut également faire la différence entre la conduite peccamineuse dans un cas individuel, un crime, et une vie vécue dans un état peccamineux continuel.

LifeSite : L'un des problèmes de l’affaire McCarrick est que, en 2005 déjà, et en 2007, il y eut des règlements judiciaires pour certaines de ses victimes, et pourtant l'archidiocèse de Newark – à l'époque sous la conduite de Mgr John J. Meyers – n’en a pas informé le public, ni ses propres prêtres. Il a tu ainsi une information vitale pour ceux qui continuaient de travailler avec McCarrick ou qui lui faisait confiance. Il en a été de même pour le cardinal Joseph Tobin,  lorsqu'il est devenu en janvier 2017 archevêque de Newark. A ma connaissance, ni Myers ni Tobin n'ont  présenté d’excuses pour cette omission ni pour la rupture de la confiance à l'égard de leurs prêtres. Pensez-vous que l'archidiocèse aurait dû rendre publique l'existence de ces règlements judiciaires, spécialement dans la mesure où  en 2002, la charte de Dallas avait exigé davantage de transparence ?

Müller : En des temps plus anciens, on partait du principe que de tels cas difficiles pouvaient être réglé de manière silencieuse et discrète. Mais cela permettait aussi au coupable de continuer d'abuser de la confiance de son évêque. Dans la situation actuelle, les catholiques et le public ont un droit moral de voir ces choses rendues publiques. Il ne s'agit pas d'accuser quiconque, mais de tirer les leçons des erreurs.

LifeSite : Un tel problème moral trouvera-t-il jamais une solution par la mise en place de nouvelles directives, ou avons-nous besoin dans l'Eglise d'une conversion plus profonde des cœurs ?

Müller : L'origine de toute cette crise se situe dans une sécularisation de l'Eglise et dans la réduction du prêtre au rôle de fonctionnaire. C'est au bout du compte l'athéisme qui s'est répandu au sein de l’Eglise. Conformément à cet esprit mauvais, la Révélation au sujet de la foi et de la morale est en train d’être adaptée au monde sans Dieu afin qu’elle n'interfère plus avec une vie menée selon les convoitises et les besoins de chacun. Seuls 5 % environ des coupables sont considérés comme souffrant de pédophilie pathétique [pathologique ? NDT], alors que la grande majorité des contrevenants ont largement piétiné le Sixième commandement en raison de leur propre immoralité, défiant ainsi de manière blasphématoire la sainte Volonté de Dieu.

LifeSite : Que pensez-vous de l’idée d'établir une nouvelle loi de l’Eglise proposant d’excommunier les prêtres coupables d’abus sexuels ?

Müller : L'excommunication est une peine coercitive qui doit être levée immédiatement en cas de repentir du coupable. Dans le cas d’abus sérieux et d'autres offenses à l'égard de la foi et de l'unité de l’Eglise, on peut imposer un renvoi permanent de l'état clérical, c'est-à-dire une interdiction permanente d’agir comme prêtre.

LifeSite : L'ancien code de droit canonique de 1917 définissait des peines précises encourues par le prêtre responsable d’abus, ainsi que par un prêtre activement homosexuel. Ces peines concrètes ont largement disparu du code de 1983 qui est plus vague et qui ne mentionne même plus explicitement les actes homosexuels. Pensez-vous, à la lumière de la grave crise des abus sexuels, que l'Eglise doive revenir à un ensemble plus rigoureux de peines automatiques dans  ce type d'affaires ?

Müller : Ce fut une erreur désastreuse. Les contacts sexuels entre personnes du même sexe contredisent complètement et directement le sens et la finalité de la sexualité fondée dans la création. Ils sont l’expression d'un désir et d'un instinct désordonné, et en même temps le signe de la relation brisée entre l'homme et son Créateur depuis la chute de l’homme.

Le prêtre célibataire et le prêtre marié de rite oriental doivent être des modèles pour le troupeau et ils doivent aussi donner l’exemple de la rédemption qui englobe également le corps et les passions corporelles. Ce n'est pas la convoitise déchaînée de la satisfaction, mais le don de soi charnel et spirituel dans l’agapè à une personne de l'autre sexe qui constitue le sens et la finalité de la sexualité. Cela conduit à la responsabilité à l'égard de la famille et des enfants que Dieu a donnés.

LifeSite : Au cours de la récente réunion de Baltimore, le cardinal Blase Cupich a déclaré qu'il fallait « faire la différence » entre les actes sexuels consentis entre adultes et les abus sur mineurs, suggérant que les relations homosexuelles d'un prêtre avec un autre adulte ne constituent pas un problème majeur. Quelle est votre propre réponse à ce type d'approche ?

Müller : On peut tout différencier – et même se considérer alors comme un grand intellectuel – mais pas un péché grave qui exclut une personne du Royaume de Dieu, du moins en tant qu’évêque que le devoir contraint de ne pas afficher les goûts de son temps mais qui doit au contraire défendre la vérité des Evangiles. Il semble que le temps est venu où « les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils amasseront autour d’eux des docteurs selon leurs désirs ; et éprouvant aux oreilles une vive démangeaison, ils détourneront l’ouïe de la vérité, et ils la tourneront vers des fables » (2 Tim. 4, 3-4).

LifeSite : Dans le cadre de votre travail comme préfet de la CDF, vous aviez à  surveiller les nombreux cas d’abus sexuels de la part du clergé sur lesquels la CDF a enquêté. Est-il vrai que la majorité des victimes dans ces affaires étaient des adolescents mâles ?

Müller : Plus de 80 % des victimes de ces délinquants sexuels sont des adolescents de sexe mâle. On ne peut pas en déduire, cependant, que la majorité des prêtres sont enclins à la fornication homosexuelle, mais au contraire, simplement que la majorité des délinquants ont recherché, dans le profond désordre de leur passion, des victimes mâles. De la totalité des statistiques relatives à cette criminalité, nous pouvons savoir que la majorité des responsables d'abus sexuels sont les parents proches, et même les pères à l'égard de leurs propres enfants. Mais nous ne pouvons pas en conclure que la majorité des pères sont enclins à de tels crimes. Il faut toujours faire très attention de ne pas faire de généralisation à partir de cas concrets de manière à ne pas tomber dans les slogans et les préjugés anticléricaux.

LifeSite : Si tel est le cas – et l'enquête sur les abus sexuels menés par les évêques d'Allemagne, tout comme le rapport John Jay – ont fait état de chiffres similaires, l'Eglise ne devrait-elle pas alors s'occuper  plus directement du problème de la présence de prêtres homosexuels ?

Müller : De mon point de vue, il n'existe pas d'hommes homosexuels ni même de prêtres homosexuels. Dieu a créé l'être humain homme et femme. Mais il peut y avoir les hommes et des femmes ayant des passions désordonnées. La communion sexuelle a exclusivement sa place dans le mariage entre un homme et une femme. En dehors de cela, il n'existe que la fornication et l’abus de la sexualité, les deux choses soit avec des personnes du sexe opposé ou dans l’intensification contre nature du péché avec les personnes du même sexe. Seul celui qui a appris à se contrôler lui-même remplit la pré-condition morale  en vue de la réception de l'ordination sacerdotale (voir 1 Tim. 3, 1-7).

LifeSite :  Nous semblons actuellement confrontés à une situation dans l'Eglise où il ne semble même pas y avoir de consensus sur le fait que des prêtres ayant une activité homosexuelle jouent un rôle important dans la crise des abus sexuels. Même certains documents du Vatican continuent de parler de «  pédophilie » ou de « cléricalisme » comme constituant l'essentiel du problème. Le journaliste italien Andrea Tornielli va jusqu’à prétendre que McCarrik n'avaient pas de relations homosexuelles, mais que tout cela consistait plutôt une manière d'exercer son pouvoir sur autrui. En même temps, nous en avons d'autres : tel le P. James Martin SJ, qui parcourt le monde (et qui a même été invité à la rencontre mondiale des familles en Irlande) pour promouvoir l'idée des « catholiques LGBT » et qui prétend même que certains saints étaient probablement homosexuels. Tout cela pour dire qu'il existe aujourd'hui une forte tendance au sein de l’Eglise à minimiser le caractère peccamineux des relations de même sexe. Etes-vous d’accord pour dire cela, et si c'est le cas, comment peut-on et doit-on y remédier ?

Müller : Cela fait partie de la crise que de refuser d’en voir les vraies causes et de les occulter à l’aide des termes de propagande du lobby homosexuel. La fornication avec des adolescentes et des adultes est un péché mortel qu’aucune puissance au monde ne peut qualifier de moralement neutre. C’est le travail du diable – contre lequel le pape François met fréquemment en garde – que de déclarer le péché, bon. « Quelques-uns abandonneront la foi, s’attachant à des esprits d’erreur et à des doctrines de démons, par suite de l’hypocrisie d’hommes proférant le mensonge et dont la conscience porte la marque de l’infamie (cautérisée) » (1 Tim. 4, 1 et ss.). Il est en effet absurde que subitement, des autorités ecclésiastiques utilisent les slogans de combat anti-Eglise des jacobins, des nazis et des communistes contre des prêtres sacramentellement ordonnés. Les prêtres ont l’autorité pour proclamer le les Évangiles et administrer les sacrements de la grâce. Si l'un d'entre eux abuse de sa juridiction en vue d'atteindre des buts égoïstes, il n'est pas lui-même clérical de manière exagérée, mais au contraire, il est plutôt anticlérical car il renie le Christ qui veut œuvrer à travers lui. L'abus sexuel de la part de clercs devrait donc être tout au plus qualifié d’anticlérical. Mais il est évident – et cela ne peut être nié que par celui qui veut demeurer aveugle – que les péchés contre le Sixième commandement du décalogue trouvent leurs racines dans des inclinations désordonnées et constituent ainsi des péchés de fornication qui excluent du Royaume de Dieu, du moins tant que l’on ne s'en est pas repenti et qu'on ne les a pas réparés, et tant que n'existe pas la ferme résolution d'éviter de tels péchés à l’avenir. Toute cette tentative d'obscurcissement de ces choses et un mauvais signe de la sécularisation de l’Eglise. On pense comme le monde, et non comme Dieu le veut.

LifeSite : Lors du récent synode sur la jeunesse à Rome, on a pu entendre un ton analogue. Le document de travail utilise pour la première fois le terme « LGBT » et le document final insiste sur  la nécessité  d'accueillir des homosexuels dans l’Eglise ;  il a même rejeté « toute forme de discrimination » à leur encontre. Mais de telles déclarations ne sapent-elles pas en fait la pratique établie de l’Eglise de ne pas engager des homosexuels pratiquants, par exemple comme enseignant dans les écoles catholiques ?

Müller : L’idéologie LGBT est fondée sur une fausse anthropologie qui nie Dieu comme Créateur. Puisqu'elle est dans son principe athée, ou n'a peut-être de rapport avec une conception chrétienne de Dieu qu’à la marge, elle n’a aucune place dans les documents de l’Eglise. Il s'agit là d'un exemple de l'influence rampante de l'athéisme au sein de l’Eglise, qui a été responsable de la crise de l’Eglise pendant un demi-siècle. Malheureusement, il  ne cesse pas de fonctionner dans les esprits de certains pasteurs qui, croyant naïvement être modernes, ne se rendent pas compte du poison qu’ils avalent jour après jour, et qu’ensuite ils proposent à boire aux autres.

LifeSite :  Ne pouvons-nous pas dire maintenant que nous avons affaire à un fort « lobby gay » parmi les rangs de l'Eglise catholique ?

Müller : Je ne peux pas le savoir car de telles personnes ne se montrent pas à moi. Mais il se pourrait que cela leur ait fait plaisir que je ne sois plus chargé à la Congrégation pour la Doctrine de régler les affaires de crimes sexuels, spécialement aussi à l'encontre d'adolescents mâles.

LifeSite : Vous avez récemment révélé que, alors que vous travailliez à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le pape a mis sur pied une commission qui devait conseiller la CDF à propos des peines possibles pour les prêtres coupables d’abus sexuels. Cette commission a cependant eu tendance à se montrer plus indulgent à l’égard de tels prêtres, contrairement à vous qui souhaitiez la réduction à l'état laïc dans les cas graves (comme l'affaire du P. Mauro Inzoli). Il se trouve que le magazine jésuite America a révélé l'an dernier – au moment de votre renvoi de votre position de préfet de la CDF – que «  nombre de cardinaux avaient demandé à François de renvoyer le cardinal Muller de ce poste parce qu'il avait à diverses occasions manifesté publiquement son désaccord où s'était éloigné des positions du pape, et ils avaient le sentiment que cela portait atteint à l’office et au magistère pontificaux ». Voyez-vous à titre personnel un lien possible entre vos normes plus strictes et  votre attitude à l'égard des prêtres coupables d'abus sexuels et un groupe de cardinaux proches du pape qui souhaitaient une approche plus clémente ? Si ce n'est pas le cas, diriez-vous tout de même que vous avez été renvoyé en raison de votre défense plus ferme de l’orthodoxie ?

Müller : La primauté du pape est sapée par les sycophantes et les carriéristes à la cour pontificale – c'est ce que disait déjà le célèbre théologien Melchior Cano au XVIe siècle – et non par ceux qui conseillent le pape de manière compétente et responsable. S'il est vrai qu'il y a un groupe de cardinaux qui m'a accusé devant le pape d'idées déviantes, alors l'Eglise est en bien mauvais état. S'il s'était agi d’hommes courageux et droits, ils auraient parlé avec moi directement, et ils auraient su qu'en tant qu'évêque et cardinal je dois représenter l'enseignement de la foi catholique, et non pour justifier les opinions privées différentes d'un pape. Son autorité s’étend à la foi révélée de l'Eglise catholique et non aux opinions théologiques individuelles – les siennes ou celles de ses conseillers. Ils peuvent peut-être m’accuser d’interpréter Amoris laetitia d'une manière orthodoxe, mais ils ne peuvent pas prouver que je dévie de la doctrine catholique. En outre, il est irritant de voir des personnes sans éducation théologique promues au rang d’évêques qui à leur tour, pensent devoir en remercier le pape au moyen d’une soumission puérile. Peut-être auraient-ils pu lire mon livre Le pape, mission et mandat (édition Herder Verlag,  disponible en allemand et en espagnol ; les traductions italiennes et anglaises sont en voie de réalisation). Nous pourrions alors continuer de discuter à ce niveau-là.

Le magistère des évêques et du pape est établi sous la parole de Dieu dans la Sainte Ecriture et la Tradition, et Le sert. Il n'est pas du tout catholique de dire que le pape en tant que personne individuelle reçoit la Révélation directement du Saint Esprit est qu'il peut désormais l’interpréter selon ses propres caprices, tous les autres devant le suivre, aveugles et sourds. Amoris laetitia doit être absolument en accord avec la Révélation, et ce n'est pas à nous d’être en accord avec Amoris laetitia, du moins pas dans l'interprétation qui contredit, de manière hérétique, la Parole de Dieu. Et ce serait un abus de pouvoir que de sanctionner ceux qui insistent pour une interprétation orthodoxe de cette exhortation apostolique et de tous les documents magistériels pontificaux. Seul celui qui est en état de grâce peut aussi recevoir avec fruit la sainte communion. Cette vérité révélée ne peut être renversée par aucune puissance au monde, et aucun catholique ne peut jamais croire le contraire, ni être obligé d'accepter le contraire.

LifeSite : Dans quel domaine avez-vous été vous-même en tant que préfet de la CDF le plus opposé à des innovations proposées pour l’Eglise ? Quels éléments de votre témoignage vous paraissent, avec le recul, avoir contribué le plus à votre renvoi et au fait que vous avez été traité de manière telle qu'on ne vous a même pas donnée une autre charge au Vatican ?

Müller : Je ne me suis opposé à aucune innovation ou réforme. Parce que la réforme signifie le renouveau dans le Christ, et non l'adaptation au monde. On ne m'a pas dit la raison du non renouvellement de mon mandat. Cela est inhabituel parce que le pape laisse par ailleurs tous les préfets continuer leur travail. Il n'y a pas de raison que l'on oserait évoquer sans se rendre ridicule. On ne peut, après tout, déclarer en  contredisant frontalement Benoît XVI, que Müller manque des qualifications théologiques suffisantes, qu’il n'est pas orthodoxe, ou qu’il est négligent dans la poursuite des crimes contre la foi et dans les cas de crimes sexuels. C'est pourquoi on préfère rester silencieux et laisser les médias de la gauche libérale faire des commentaires rancuniers et d'une malveillante satisfaction.

LifeSite : Certains observateurs comparent actuellement votre renvoi de votre position importante au Vatican – qui est certainement dû, aussi, à votre propre résistance polie à propos d’Amoris laetitia – avec le traitement indulgent réservé à quelqu’un comme l'ancien cardinal McCarrick. Même aujourd’hui, il n'a jusqu’ici même pas été réduit à l'état laïc, en dépit de sa conduite criminelle. Ainsi certains peuvent penser que ceux qui tentent de préserver l'enseignement catholique sur le mariage et la famille tel qu'il a toujours été enseigné sont mis de côté, tandis que ceux qui favorise les innovations dans ce domaine moral bénéficient d’un traitement indulgent, voire sont promus – tels le cardinal Cupich et le P. James Martin.  Souhaitez-vous commenter cela ?

Müller : Chacun peut réfléchir aux critères selon lesquels certains sont promus et protégés, tandis que d’autres sont combattus et éliminés.

LifeSite : Dans le contexte de l'apparente suppression des ecclésiastiques orthodoxes et de la promotion de représentants progressistes, le père Ansgar Wucherpfennig, SJ, vient de recevoir du Vatican la permission de reprendre sa position de recteur d’une école universitaire de troisième degré jésuite à Francfort, malgré le fait qu'il  soutient l'ordination des femmes et la bénédiction des couples homosexuels. On lui demande même de publier des articles sur ces sujets. Quel serait votre commentaire à ce propos ?

Müller : C'est un exemple de la manière dont l'autorité de l'Eglise romaine se sape elle-même, et dont  les connaissances expertes et claires de la congrégation pour la foi sont mises de côté. Si ce prêtre qualifie la bénédiction de relations homosexuelles de développement plus avant de la doctrine, au service de laquelle il continue de travailler, ce n'est rien d'autre que la présence de l’athéisme au sein du christianisme. Il ne nie pas théoriquement l'existence de Dieu, mais plutôt, il lui dénie d'être la source de la moralité en présentant ce qui est péché devant Dieu comme une bénédiction.
Le fait que le récipiendaire du sacrement de l’ordre doive être de sexe mâle n'est pas le résultat de circonstances culturelles ou d'une loi de l’Eglise, positive mais modifiable, il est au contraire fondé dans la nature de ce sacrement et dans son institution divine, de même que la nature du sacrement du mariage requiert la différence des deux sexes.

LifeSite : A partir de vos observations, pensez-vous que l'Eglise se rapproche du moment où elle aura un contrôle suffisant et cohérent sur la crise des abus, et qu'elle a trouvé le bon remède, et si ce n’est pas le cas quel est à votre avis à ce stade le plus important obstacle à une amélioration substantielle ? Comment l'Eglise peut-elle regagner la confiance des familles catholiques ?

Müller : Toute l’Eglise, avec ses prêtres et ses évêques, doit plaire à Dieu plutôt qu'à l'homme. L'obéissance dans la foi est notre salut.

Propos recueillis par Maike Hickson, traduction par Jeanne Smits


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17 novembre, 2018

Le 22 novembre au Port-Marly, conférence de Michael O'Brien, avec Jeanne Smits, à l'école Saint-Dominique du Pecq

Rome, mai 2015 : Michael D. O'Brien m'accordait une grande interview pour “Reconquête”

Rendez-vous à ne pas manquer, jeudi prochain 22 novembre au Port-Marly : le Canadien Michael D. O'Brien, auteur de la trilogie du Père Elijah et de nombreux autres romans bouleversants (Une île au cœur du monde, Theophilos, Etrangers et de passage, L'Odysée du Père) donnera une conférence-interview que j'aurai le grand plaisir d'animer et traduire.


Il est sans aucun doute l'un des plus grands, sinon le plus grand romancier catholique contemporain. Son dernier livre paru en français aux éditions Salvator, Le journal de la peste, en est un exemple frappant, traversé qu'il est par les thèmes de la dictature du relativisme, la paternité, la famille, la littérature, la transmission en une époque de totalitarisme culturel. C'est une réflexion terriblement actuelle sur la dissidence, le bien, le mal… Un livre que j'ai dévoré. Vous pourrez le découvrir à l'occasion de cette conférence et le faire dédicacer par l'auteur qui présentera ses livres à l'occasion de sa seule intervention publique au cours de son bref séjour à Paris.




Jeudi 22 novembre 2018
à 20 h 30

Ecole Saint-Dominique,

Grande Salle bâtiment Saint-Jean Bosco
22 rue de Saint-Germain
78560 Le Port-Marly



La conférence est organisée par

“Le Club Saint-Do”

et

La Chapellenie Notre-Dame de France




Voici l'affiche officielle de sa conférence. N'hésitez pas à partager ce rendez-vous !








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11 novembre, 2018

Le document final du synode sur les jeunes : Jean-Pierre Maugendre interroge Jeanne Smits sur “Terres de Mission”

Merci à Jean-Pierre Maugendre, directeur de Renaissance catholique, qui m'a invitée à commenter le document final du synode sur les jeunes qui s'est déroulé au mois d'octobre à Rome dans le cadre de l'émission qu'il anime sur TV Libertés, Terres de mission. La vidéo est en ligne depuis aujourd'hui.




Mon analyse écrite du document final (qui n'existe pour l'heure qu'en version italienne) est accessible sur ce blog : j'ai traduit les parties qui « posent question », et commenté à chaud, c'est par ici.

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L'émission Terres de mission se poursuit avec une séquence marquant les 100 ans de l'armistice de 1918 et présente également la prochaine fête du livre de Renaissance catholique où j'aurai le plaisir, si Dieu veut, de rencontrer de nombreux lecteurs de ce blog le 9 décembre !

Et voici la synopsis de l'émission…

Eglise universelle : L’inquiétant document final du synode des évêques sur la jeunesse
Le 27 octobre a été rendu public, après 4 semaines de travaux et de rencontres, le document final du synode des évêques sur la jeunesse. Ce texte, dont l’autorité magistérielle a été renforcée par la constitution apostolique Episcopalis communio, présente de nombreuses nouveautés doctrinales et pastorales. Ainsi, les jeunes y sont identifiés comme un nouveau lieu théologique, la synodalité est présentée comme “le chemin que Dieu attend de l’Eglise du 3ème millénaire”, un appel est lancé à accroître la “présence féminine dans les organes ecclésiaux (…) y compris aux processus de décisions ecclésiaux”, etc. Rédactrice en chef de Réinformation TV, Jeanne Smits analyse ce copieux document de 60 pages.
Eglise en France : Centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918
Ancien aumônier national des Anciens Combattants, le père Michel Viot nous expose l’état des relations entre l’Eglise catholique et l’Etat français à la veille de la Première guerre mondiale. Il montre les conséquences sur l’opinion publique et le gouvernement du comportement héroïque des milliers de prêtres et de religieux qui, chassés quelques années auparavant de France, sont revenus volontairement servir sous les drapeaux alors que leur patrie était en danger. Il traite également du rôle actuel des aumôniers militaires catholiques dans les armées françaises.
Eglise en Marche : Fête du livre de Renaissance Catholique le 9 décembre à Villepreux (78)
A l’approche des fêtes de Noël, Renaissance Catholique organise sa traditionnelle fête du livre à Villepreux. Cent auteurs sont attendus pour dédicacer leurs ouvrages. Trois conférenciers : Eric Zemmour, François-Xavier Bellamy et Philippe de Villiers présenteront leurs derniers livres. Jean Guéry présente ici le déroulement de cette journée familiale qui commencera par la célébration de la messe à 10h30 et permettra d’offrir des cadeaux personnalisés et originaux à l’occasion de Noël.

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