15 juin, 2019

Critique cinglante du document de la Congrégation pour l’éducation catholique sur l’idéologie du genre par le Pr Gerard van den Aardweg

La récente publication par la Congrégation pour l’éducation catholique d’un document intitulé “Il les créa homme et femme” ; pour un chemin de dialogue sur la question du “genre” dans l’éducation a suscité quelque enthousiasme du fait d’une certaine critique de l’idéologie du genre qu’on y trouve.

Ce document non-magistériel, publié le 10 juin, a suscité une vague de protestations dans le monde « LGBT », notamment parce qu’il affirme clairement que les personnes humaines sont soit mâles, soit femelles. D’aucuns accusent le Vatican d’en être resté à « l’âge des ténèbres, faisant la promotion d’un enseignement erroné qui repose sur le mythe, la rumeur et les mensonges ».

Mais il ne s’agit pas là d’une garantie d’orthodoxie. Le psychiatre néerlandais Gerard van den Aardweg (membre de la nouvelle Académie Jean-Paul II pour la vie humaine et la famille), auteur d’ouvrages sur la tromperie du mariage des couples de même sexe et des revendications du lobby LGBT, estime au contraire que la Congrégation pour l’éducation catholique a publié un texte « idéologique » qui se refuse à rappeler clairement l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité et le mariage, n’apportant aucun conseil vraiment utile aux parents catholiques qui ont le devoir d’éduquer leurs enfants aux « vertus nécessaires à la vie chrétienne ».

Comment « dialoguer », en effet, avec les tenants d’une idéologie aussi radicalement contraire à la vérité que la « théorie » (ou plutôt, l’idéologie) du genre, en opposition frontale avec la doctrine de l’Eglise, cherchant en même temps à pervertir le sens des réalités et les exigences objectives de la loi naturelle ?

Diane Montagna, correspondante de LifeSiteNews à Rome, a interrogé le Pr van den Aardweg à propos du document. Ça décape… Traduction par mes soins. – J.S.


Diane Montagna : Dr van den Aardweg, quelle impression générale vous a laissée le nouveau document du Vatican sur la théorie du genre ?

Gerard van den Aardweg : Il s'agit essentiellement d'un document idéologique. Il n'est pas spécifiquement catholique, en dépit de quelques vœux pieux. Il s'agit essentiellement d'un plaidoyer en faveur d'une sorte d'éducation sexuelle athée, humaniste et socialiste, présentée comme plus ou moins catholique. Il s’extasie sur les avantages d'un modèle social d'éducation sexuelle contrôlé par des « experts professionnels » sur le fondement d'une vision de la sexualité de la part des sciences humaines actuelles qu’il suppose naïvement toujours plus approfondie. Ce document est un exemple du genre de discours illusoire et sentimental sur l'éducation et l'« affectivité » caractéristique de la psychologie humaniste immature et superficielle des années 1960 : la voici élevée au rang de « sagesse supérieure » par une Congrégation du Vatican dont les membres ont cinquante ans de retard. On en revient une nouvelle fois au « dialogue », a l’« écoute », à l’« ouverture ». Mais il n’est pas question d'écouter les enseignements divins de l'Eglise catholique sur la sexualité, le mariage et la famille (car ceux-ci semblent avoir besoin d'une « restructuration »). Enseigner et prêcher ces enseignements à un monde paganisé ne serait pas, semble-t-il, la voie à suivre. Le grand rêve est celui d’une « alliance » avec le néo-paganisme qui caractérise l'idéologie sexuelle, conjugale et familiale de l'ONU et des pays européens anti-chrétiens.

« Ecouter » ? Eh bien, en écoutant attentivement les formulations et les suggestions vagues et ambiguës du document afin de discerner vers quoi il tend, on peut discerner son objectif principal : le changement révolutionnaire.

D.M. Que pensez-vous de son analyse de la théorie du genre ?

G.v.d.A. Les observations sur la théorie du genre sont ambiguës et peu claires, ce qui les rend suspectes. Au premier abord, certaines expressions semblent correctes et « orthodoxes », comme le rejet de l’affirmation selon laquelle l'identité sexuelle n'est pas un choix de l'individu [« L’identité humaine est laissée à une option individualiste »] et les platitudes comme  « la sexualité » (le sexe) est « une composante fondamentale de la personnalité » ou chaque cellule du corps est masculine ou féminine [« les cellules de l’homme sont différentes de celles de la femme dès la conception »].

Mais ces affirmations sont dans le même temps affaiblies par des déclarations telles que (je résume) : « La bonne approche de la théorie du genre est la voie du dialogue. » Pourquoi en serait-il ainsi ? Il n’y a pas de réponse, parce que nous sommes dans le domaine de l'idéologie. A propos de quoi pourrait-on dialoguer ? Nous connaissons savons où mène le dialogue grâce à l’expérience avec les communistes. Les ennemis du christianisme vont dialoguer avec vous à leur manière, en imposant leurs conditions. Au bout du compte, on n’arrivera à rien d’autre qu’au le dialogue avec le diable. L'idéologie sexuelle néo-païenne agressive du monde n'a aucune sagesse que nous pourrions partager. La tâche de l'Eglise n'est pas de dialoguer mais d'enseigner et de corriger. Nous sommes au milieu d’une guerre spirituelle sans pitié dans le domaine de la sexualité, du mariage et de la famille.

Autre exemple : « Il ne manque pas de recherches sur le genre qui s’efforcent d’approfondir de manière appropriée », phrase suivie d’une vague référence à des ouvrages sur « la façon dont on vit dans les diverses cultures la différence sexuelle entre homme et femme ». Ici comme partout dans ce document, seules des suggestions ou des insinuations sont proposées, sans l’ombre d’une preuve. Alors, qu’entend-on ici par des « recherches » prétendument meilleures ? Je subodore que les auteurs se réfèrent aux écrits autrefois populaires de Ruth Benedict et Margaret Mead, les féministes lesbiennes qui ont tenté de montrer la relativité des rôles et fonctions sexuelles dans les sociétés non occidentales. Mais leurs affirmations ont longtemps été réfutées comme étant fondées sur des preuves fausses, et même en partie frauduleuses.

La relativisation de l’impopulaire vision biblique des relations homme-femme et des « rôles » sociaux, qui constitue un soutien apparent à l'indignation féministe (et gay ?), apparaît également dans l’invocation désinvolte de « subordinations injustes » qui auraient « tristement marqué l’histoire et  (…) eu une influence même à l’intérieur de l’Eglise ». L'Eglise aurait violé « l'égale dignité de l'homme et de la femme » du fait « d’un certain masculinisme plus ou moins camouflé derrière des motivations religieuses ». S'il ne s'agit pas d'une raillerie à l'égard des enseignements catholiques sur l'homme en tant que chef et la femme en tant que cœur de la famille, et sur le devoir de la femme d'obéir à son mari, que cherche-t-on à suggérer ? Ou bien, vu sous un angle différent, qui peut croire que les auteurs de ce texte sont encore capables de transmettre les enseignements divins immuables des Apôtres, de saint Augustin, des papes Léon XIII et de Pie XI ? Probablement, ces auteurs, aveuglés par l'esprit du temps (Zeitgeist), ne les comprennent même plus, et ils ne semblent pas non plus connaître et comprendre la vision anthropologique et psychologique correcte de sainte Edith Stein selon laquelle « la femme est par nature mère et compagne de l'homme ». Car tout catholique qui connaît et comprend cette vérité en aurait fait la pierre angulaire d'un discours sur la valeur égale de l'homme et de la femme.

Tout aussi inquiétante est l'appréciation discutable des auteurs de la famille naturelle : « La définir à travers des concepts de nature idéologique, qui n’ont une force qu’à un moment donné de l’histoire, puis périclitent signifie en trahir la valeur. » Les enseignements apostoliques susmentionnés appartiennent-ils à la catégorie des « idéologies » historiques temporaires relatives au masculin et au féminin ? Si ce n'est pas le cas, pourquoi ne sont-ils pas du tout recommandés ? Et quels sont les faux concepts idéologiques qui ont été attachés à la famille et qui ne sont pas essentiels ? Par exemple, le concept traditionnel de la famille chrétienne, considéré à la lumière des perspectives éclairées actuelles, a-t-il été rétréci par nos préjugés culturels ? En résumé, donnez une définition claire et sans ambiguïté de la famille naturelle et de la famille voulue par Dieu et rejetez sans ambiguïté la définition politique proposée par les démocrates chrétiens, entre autres.

D.M. Le document cite fréquemment Jean-Paul II. Que pensez-vous de l’utilisation de ses écrits ?

G.v.d.A. Le pape Jean-Paul II est cité, mais de manière assez hypocrite. On abuse de son prestige pour créer une impression d'orthodoxie, une caractéristique que l’écrit dans son ensemble n’est pas en droit de revendiquer. Les auteurs ont même le courage pervers de citer le nom de Don Bosco, dont les enseignements et les efforts étaient diamétralement opposés aux leurs et étaient donc vraiment exemplaires.

D.M. Le document part-il du principe que l'éducation sexuelle devrait toujours être disponible dans les écoles ? La position du document à cet égard est-elle conforme à l'enseignement constant de l'Église ?

G.v.d.A. Les droits parentaux en matière d’éducation sont professés avec des mots, mais dans son ensemble et par essence l'organisation socialiste-bureaucratique visant à éduquer la « sexualité et l'affectivité » des enfants et des jeunes dont rêvent ces utopistes va sans doute bientôt réduire les droits des parents jusqu’à les faire disparaître totalement. Les « professionnels » de l'éducation proposés à l'intérieur et à l'extérieur de l'école, avec leur « éducation permanente » qui leur vient des « universités », etc., forts de leur association étroite avec les organisations laïcistes (« locales, nationales et internationales » !) avec leurs nouveaux « supports, guides pédagogiques et
manuels didactiques », payés par qui d'autre que l'Etat, garantiront une éducation sexuelle politiquement correcte. Le document propose une « alliance éducative entre la famille, l'école et la société » idéalisée : venez aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Grande-Bretagne pour voir comme elle fonctionne bien... Personne ne s'y oppose : aucune école, aucun collectif de parents catholiques, sauf parfois tel rare professeur catholique, tel solitaire, quelques parents catholiques exceptionnels, qui refusent de coopérer avec ces joyeux « programmes » violent l'innocence de leurs élèves et de leurs enfants. En effet, comme le fait remarquer ce document du Vatican, « la famille ne peut être laissée seule face au défi éducatif. » Et l'« autorisation » des parents est un bon principe, mais « dans une certaine mesure ».

D.M. Avez-vous d'autres commentaires ?

G.v.d.A. La conclusion du document, bien qu'elle évite elle aussi un langage honnête, simple et sans ambiguïté, aide à en saisir le sens et les objectifs réels. Considérez ces déclarations de haut vol : « Les éducateurs ont la fascinante mission éducative d’“enseigner plutôt un cheminement quant aux diverses expressions de l’amour, à l’attention réciproque, à la tendresse respectueuse, à la communication riche de sens” » ; « coopérer à la formation de jeunes ouverts et intéressés par la réalité qui les entoure, capables de soin et de tendresse ».

C'est précisément l'argumentaire de vente du Mouvement néo-païen pour la réforme sexuelle depuis au moins un siècle. Toutes sortes de relations sexuelles ou « amoureuses » s'inscrivent dans cet idéal, qu'elles soient hors mariage ou homosexuelles. Il n'y a rien dans le texte du Vatican sur le péché sexuel, la lutte pour la chasteté, la masturbation, l'infidélité dans le mariage, la cohabitation hors mariage, la chasteté dans le mariage ; pas une phrase de conseils judicieux pour les parents qui essaient d'éduquer leurs enfants aux vertus nécessaires à une vie chrétienne et contre la pression du milieu néo-païen, de l'école, voire de l'église ; rien sur la contraception, la stérilisation, l'avortement.

Pour finir, le style de ce document est épouvantable : il est imprégné d'un langage pompeux et sentimental, d'une onction hypocrite. Le niveau intellectuel est médiocre. Aucun concept utilisé n'est défini, aucune affirmation n'est prouvée ni même soutenue par quelque argumentation ; les références et remarques relatives à l'anthropologie et à la psychologie (« les sciences humaines ») sont déplacées ou carrément absurdes, et pourtant elles sont présentées sans rire comme une sagesse supérieure.
Une Congrégation du Vatican qui ose produire et émettre un tel document devrait sérieusement envisager de mettre la clef sous la porte.

Propos recueillis par Diane Montagna pour LifeSiteNews© leblogdejeannesmits pour la traduction. Crédit photo : Steve Jalsevac.



Voulez-vous soutenir matériellement ce blog ? C'est désormais possible !


Ce blog est d'accès gratuit ; son objectif est de toucher le plus grand nombre de personnes possible. La très grande majorité des textes et traductions publiés ici le sont de manière bénévole. Pour pouvoir maintenir, voire améliorer le rythme des parutions – puisqu'écrire est mon métier, et que je fais ici un travail non rémunéré de « bloggeur professionnel » – votre aide financière serait précieuse. D'avance grand merci à ceux d'entre vous qui verseront une libre participation via ce lien (facture adressée par mail sur simple demande ; contactez-moi via les commentaires si vous souhaitez contribuer et ne disposez pas de PayPal) :

paypal.me/SmitsJeanne


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner







12 juin, 2019

Texte de l’homélie de Mgr Léonard à Chartres, lundi de Pentecôte 2019 (retranscription intégrale)

Puisque j'ai eu à retranscrire l'homélie de Mgr André Léonard à l'occasion du pèlerinage de Chrétienté en la cathédrale de Chartres, Lundi de Pentecôte, je vous en propose ici le texte intégral.

En prime, à la fin du texte retranscrit, quelques photos (crédit : Olivier Figueras).

L'ancien Primat de Belgique a prêché sans notes, de l'abondance du cœur, visiblement ému par ce qu'il voyait et vivait en cette messe si recueillie malgré la fatigue des pèlerins.

Après son sermon , donné avec humour et vigueur, au moment du Credo, Mgr Léonard ponctuait de fermes gestes de la main les mots : « Je crois en l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique ! » – J.S.



 Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, AMEN !

Nous connaissons tous, mes frères et mes sœurs, les multinationales qui font du commerce à travers le monde entier. Eh bien, ceci est un scoop, la plus belle multinationale du monde, c'est l'Église catholique répandue parmi toutes les nations. Et nous la devons à l'Esprit-Saint et à saint Pierre, dans la lecture des Actes des Apôtres d'aujourd'hui. Pierre est allé chez Corneille, un païen, un militaire romain, avec tout son entourage ; il est entré dans sa maison – ce qui est interdit pour un juif ! – et voilà qu’à la demande de Corneille il l'évangélise, il lui parle de Jésus, vrai Dieu, vrai homme, crucifié et ressuscité. À peine a-t-il terminé son serment que l'Esprit-Saint tombe sur Corneille et tous ses familiers… et Pierre se trouve devant un problème. Ils ont déjà reçu le sacrement de la confirmation, comment pourrait-on leur refuser l'eau du baptême ? Et il va baptiser ces païens après un catéchuménat extrêmement court.

C'est grâce, donc à l'Esprit Saint, et grâce à Pierre et puis après à Paul que l'Église est devenue une véritable multinationale non plus liée à un seul peuple, mais la multinationale de la foi, de l'espérance et de la charité à travers le monde. Et c'est ce qui nous a permis à nous ici, Gaulois,  Celtes, Attuatiques, Nerviens et Eburons et autres peuplades de l'époque d'entrer finalement dans l'Église catholique. Et cette Eglise catholique, nous osons dans le Credo dire qu'elle est une, sainte, catholique et apostolique. J'entends parfois des gens, par les temps qui courent, après la révélation de tant de scandales qui nous on fait du mal, qui disent : « Est-ce qu'on peut encore dire que l'Église est une, sainte !, catholique et apostolique ? » Eh bien oui, elle est sainte bien qu'elle soit composée de pécheurs – la preuve, c'est que nous sommes là. Elle est composée de pécheurs.

Mais elle est sainte parce que le Saint de Dieu, Jésus, est sa tête, parce que l'Esprit-Saint est son âme, parce que la Très Sainte Vierge Marie est son cœur ; parce que pour la guider sur le chemin de l'histoire elle est soutenue par la sainte Tradition qui vient des apôtres, et illuminée par les Saintes Ecritures, et parce qu'au cœur de la vie de l'Eglise il y a ce que nous faisons maintenant, il y a le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie. Et par surcroît, à travers les siècles, l'Eglise à partir des pécheurs qui la composent est capable de produire des saints et des Saintes – et nous allons tous devoir le devenir tôt ou tard.



Et pour remplir sa mission, l'Eglise dispose comme source d'espérance et comme source de paix de ce que nous avons entendu dans l'Évangile : ce sont des deux versets les plus précieux de tout le Nouveau Testament : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que quiconque croit en lui ne périsse pas mais au contraire ait la vie éternelle, car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé. » C’est une pure merveille.

Saint Paul la résumée dans sa seconde lettre aux Corinthiens au chapitre 5, verset 21, quand il dit : «  Celui qui n'avait pas connu le péché, le Saint de Dieu » – c'est ainsi que le démon s'adresseait à Jésus, « nous savons qui tu es, Jésus de Nazareth, tu es le Saint de Dieu » – eh bien, dit Paul, « celui qui était sans péché, le Saint de Dieu,  Dieu l'a pour nous identifié au péché, il l'a mis au rang des pécheurs pour que nous pécheurs, nous ayons part à la sainteté de Dieu. »

Si nous réalisons cela, pourquoi Jésus est descendu si bas dans un abîme de solitude, de déréliction, d'effroi, d'angoisse, se sentant abandonné par ses disciples, et même, apparemment, abandonné par son Père jusqu'à crier : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » ; s'il est descendu si bas c'est pour rejoindre tout homme, tout femme, aussi profonde que puisse être sa déchéance.

Eh bien celui qui croit en cela, qui met sa foi en Jésus descendu au fond de l'abîme, est habité par une espérance inépuisable et reçoit le don de la paix – mais à quel prix, payé par celui qui nous a sauvés. Le soir de Pâques dans l'Évangile de Jean, Jésus s'adresse par deux fois aux disciples en leur disant : « La paix soit avec vous. » Et il leur montre les plaies de ses mains et la plaie de son côté — le prix qu'il a payé pour, remontant de l'abîme, nous faire le don de la paix.

A la droite de Mgr André Léonard, l'abbé Hervé Hygonnet de la Fraternité Saint-Pierre,
que Mgr Léonard avait nommé vicaire à la paroisse des Minimes à Bruxelles.


C'était le thème de votre pèlerinage : être missionnaire de la paix. Mais cela comporte un prix, et un prix auquel il nous faut réfléchir. Car il est dit dans l'Evangile de Jean dans la suite des versets que je viens de citer : « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière et nous devons, nous, choisir la lumière et nous conformer à la volonté, agir suivant la volonté du Seigneur sur nous. » Et cela va poser un combat.

Jésus est venu nous donner la paix. Il le dit explicitement le soir de la Dernière Cène : « Je vous donne la paix, je vous donne ma paix. Je ne la donne pas comme le monde la donne. » Et dans les évangiles synoptiques, Matthieu, Marc, Luc, on entend cette parole un peu surprenante : « Pensez-vous, dit Jésus, que je suis venu apporter la paix ? Non,  mais plutôt la division et le combat. »

Eh bien, mes frères et mes sœurs, missionnaires de l'espérance et missionnaires de la paix, il y aura un combat à mener de toute manière. Nous vivons actuellement une grande confusion en Europe sur le plan politique. Il y aura des combats à mener.






Il y a aussi beaucoup de confusion actuellement dans l'Église catholique parce que sur des points importants qui touchent l'indissolubilité du mariage, le rapport de l'Alliance conjugale avec l'Alliance du sacrement de l'Eucharistie, sur la question de l'indissolubilité du mariage, sur la question des pratiques homosexuelles, sur la question du célibat des prêtres dans l'Eglise latine et sur tant d'autres sujets : une grande confusion. Et ça va dans tous les sens. Et nous devons être reconnaissants lorsque sur certains de ces points notre pape actuel, le pape François parle d'une manière claire. Et nous pouvons aussi continuer à nous inspirer de l'enseignement très clair et aussi très miséricordieux que nous a donné Benoît XVI, le pape émérite, que nous a donné saint Jean-Paul II. Nous allons devoir mener des combats avec fermeté, avec bienveillance, avec écoute, avec miséricorde, mais il y aura des combats à mener.

Et Jésus nous a prévenus : dans le monde vous aurez à souffrir mais confiance, moi, j'ai vaincu le monde.

Je termine par un petit mot. J'ai été très impressionné de voir toutes les familles qui sont ici rassemblées avec des gens qui ont déjà leur état de vie, qui sont mariés, ou bien qui sont célibataires par choix, ou bien qui sont célibataires en raison des circonstances de la vie. Il y a des ministres ordonnés, il y a des personnes consacrées… Mais aussi plein de jeunesse !



Alors, mes chers jeunes ici présents, fréquentez Jésus de très près, c'est source de paix mais ça peut être aussi très dérangeant. Il va demander à une majorité d'entre vous de fonder un jour un foyer solide, c'est-à-dire un homme et une femme et le Seigneur au milieu : un beau ménage à trois, un homme, une femme et le Seigneur qui est l'unité profonde au d'un couple. Il va demander à certains de vivre un célibat forcé qu'on n’a pas choisi parce qu'on n’a jamais trouvé une âme sœur dans la vie. Et il va demander à ces personnes de vivre leur célibat dans la vérité.

Mais il va certainement vouloir trouver parmi vous les jeunes, des filles qui trouvent que c'est Jésus le plus beau et qui pour ses beaux yeux vont embrasser une forme ou l'autre de vie consacrée. Soyez sur vos gardes, et soyez accueillantes, mesdemoiselles ! Et parmi les jeunes garçons, il va vouloir en trouver certains qui accepteront de devenir prêtre pour le service de l'Eglise. Dans tous les diocèses de France et d'Europe en commençant quand même par le diocèse de Chartres on a partout besoin de jeunes qui sont tellement passionnés par Jésus qu'ils décident de lui consacrer toute leur vie, à lui ainsi qu'au peuple qu'il aime.

N'ayez pas peur. Dans le monde,  vous aurez à souffrir et à faire des choix exigeants mais confiance, nous dit Jésus, moi j'ai vaincu le monde.  Amen, alléluia !

Mgr André Léonard
Chartres, Lundi de Pentecôte 2019






A la droite de l'abbé Marc Guelfucci, curé de Saint-Eugène Sainte-Cécile,
l'abbé Jean-Marc Fournier
Aumônier des pompiers de Paris
qui mit le Saint-Sacrement et la Couronne d'Epines
à l'abri lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris







Dans la crypte après la messe

Action de grâces


© Olivier Figueras pour les photos.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner









10 juin, 2019

Note explicative à propos de la “Déclaration sur les vérités concernant les erreurs les plus communes dans la vie de l´Église de notre temps”

“Une vaste léthargie dans l’exercice du Magistère
 à différents niveaux de la hiérarchie de l'Église”

Voici la note explicative accompagnant la Déclaration sur les vérités concernant les erreurs les plus communes dans la vie de l'Eglise de notre temps publiée ce matin par le cardinal Raymond Burke, le cardinal Janis Pujats, Mgr Tomash Peta, Mgr Jan Pawel Lenga et Mgr Athanasius Schneider, (en ligne ici sur ce blog) en une traduction française qu'ils m'ont aimablement fait parvenir.

Note explicative à propos de la “Déclaration sur les vérités concernant les erreurs les plus communesdans la vie de l´Église de notre temps”


De nos jours l'Église vit une des plus graves épidémies spirituelles qu’Elle ait eues à subir, c'est à dire une confusion et une désorientation doctrinale presque universellement répandues. Ce fait représente un danger sérieux et contagieux pour la santé spirituelle et pour le salut éternel de beaucoup d’âmes. Dans le même temps nous devons constater une vaste léthargie dans l’exercice du Magistère à différents niveaux de la hiérarchie de l'Église. Ceci est dû en grande partie à la non-observation du devoir Apostolique, tel qu’il a également été réaffirmé par le Concile Vatican II, c'est-à-dire d'être “attentifs à écarter toutes les erreurs qui menacent leur troupeau” (Lumen gentium, 25).

Notre époque se caractérisé par une faim spirituelle aiguë chez les fidèles catholiques du monde entier, la faim d'une réaffirmation de vérités obscurcies, sapées et niées par les erreurs les plus dangereuses de notre temps. Les fidèles qui souffrent d’une telle faim spirituelle se sentent abandonnés dans une sorte de périphérie existentielle. Une telle situation exige d'urgence un remède concret. Par conséquent, une déclaration publique sur les vérités relatives à ces erreurs ne peut pas permettre d'attendre plus longtemps. Il faut rappeler les paroles intemporelles du pape saint Grégoire le Grand : « Que nous ne laissions pas notre langue s’engourdir, lorsqu’il faut vous exhorter, et qu’après avoir accepté la charge de la prédication, nous ne soyons pas condamnés auprès du juste Juge par notre silence. (…) Ceux qui nous sont confiés abandonnent Dieu, et nous nous taisons. Ils gisent dans leur dépravation, et nous ne leur tendons pas la main en les corrigeant. » (In Ev. hom. 17, 3. 14)

Nous sommes conscients de notre grave responsabilité d’évêques catholiques selon l´admonition de saint Paul, quand il enseigne que Dieu a donné à son Église « les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ, afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, le Christ. C'est de Lui, et grâce à tous les liens de Son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s'édifie lui-même dans la charité » (Eph. 4, 11-16).

Dans un esprit de charité fraternelle, nous publions cette Déclaration sur les vérités comme une aide spirituelle concrète, de sorte que des évêques, des prêtres, des paroisses, des couvents religieux, des associations de fidèles laïques et des particuliers puissent avoir l’opportunité de confesser, en privé comme en public, ces vérités qui, de nos jours, sont les plus niées ou défigurées. L’exhortation suivante de l´apôtre Paul doit être adressée aussi à chaque évêque et fidèle laïque de notre époque : « « Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as fait une belle confession en présence d'un grand nombre de témoins. Je te recommande, devant Dieu qui donne la vie à toutes choses, et devant Jésus-Christ, qui fit une belle confession devant Ponce Pilate, de garder le commandement, et de vivre sans tache, sans reproche, jusqu’à l’apparition de notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Tm. 6, 12-14)

Aux yeux du divin juge et en sa propre conscience, chaque évêque, prêtre et fidèle laïc a le devoir moral de témoigner d’une manière non équivoque de ces vérités. Des actes publics et privés, qui déclarent ces vérités, pourront être à l’origine d’un mouvement de confession de la vérité, de défense et de réparation pour les péchés contre la Foi, pour les péchés d’apostasie – cachée ou affichée – de la Foi catholique de la part d’un nombre non négligeable tant du clergé que des fidèles laïques. Il faut cependant considérer qu’un tel mouvement ne doit pas être une question de nombre, mais de vérité, comme l’a formulé saint Grégoire de Nazianze au milieu de la confusion doctrinale générale créée par la crise arienne, en disant que Dieu ne trouve pas plaisir dans les nombres (cf. Or. 42, 7).

En portant témoignage de l’immuable Foi catholique, le clergé et les fidèles se rappelleront cette vérité : « la collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient de celui qui est Saint (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier lorsque, des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel » (Lumen gentium, 12).

Que les Saints et les grands évêques qui ont vécu aux époques de crises doctrinales intercèdent pour nous et nous guident par leurs paroles, comme par exemple saint Augustin qui s’était adressé de cette manière au pape saint Boniface I : « Puisque la vigilance pastorale est commune à nous tous qui exerçons le ministère épiscopal, bien que tu en aies la primauté en raison du siège le plus haut, je fais ce que je peux, selon la petitesse de ma charge et selon ce que le Seigneur daigne me donner avec l’aide de tes prières. » (Contra ep. Pel. I, 2).

Une voix commune des Pasteurs et des fidèles, dans une déclaration précise des vérités, sera sans aucun doute un moyen efficace d’aide fraternelle et filiale pour le Souverain Pontife dans la situation extraordinaire actuelle de confusion doctrinale générale et de la désorientation dans la vie de l’Église de nos jours.

Nous faisons cette déclaration publique dans un esprit de charité chrétienne, qui se manifeste par le souci de la santé spirituelle tant des Pasteurs que des fidèles, c’est-à-dire de tous les membres du corps du Christ, qui est l’Église, en rappelant les paroles suivantes de saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : « Afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. » (1 Cor. 12, 25-27), et dans la lettre aux Romains : « Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n'ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps dans le Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. Puisque nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été accordée, que celui qui a le don de prophétie l'exerce selon l'analogie de la foi ; que celui qui est appelé au ministère s'attache à son ministère ; que celui qui enseigne s'attache à son enseignement, et celui qui exhorte à l'exhortation. Que celui qui donne le fasse avec libéralité ; que celui qui préside le fasse avec zèle ; que celui qui pratique la miséricorde le fasse avec joie. Que la charité soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. Par amour fraternel, soyez pleins d'affection les uns pour les autres ; par honneur, usez de prévenances réciproques. Ayez du zèle, et non de la paresse. Soyez fervents d'esprit. Servez le Seigneur. » (Rom 12, 4-11).

Les cardinaux et évêques signataires de cette Déclaration sur les vérités la confient au Cœur Immaculé de la Mère de Dieu sous l’invocation « Salus populi Romani », vu la signification spirituelle privilégiée que cette image a pour l’Église Romaine. Puisse l’Église catholique tout entière sous la protection de la Vierge Immaculée et Mère de Dieu, « combattre de manière intrépide le bon combat de la Foi, persévérer fermement dans l’enseignement des Apôtres et avancer sûrement au milieu des tempêtes du monde, jusqu’à parvenir à la cité céleste » (Préface de la Sainte Messe en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie « Salut du peuple Romain »).

31 mai 2019

Cardinal Raymond Leo Burke, Patron de l´Ordre Souverain et Militaire de Malta

Cardinal Janis Pujats, Archevêque émérite de Riga

Tomash Peta, Archevêque de l´archidiocèse de Sainte Marie en Astana

Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque émérite de Karaganda

Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l´archidiocèse de Sainte Marie en Astana



• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


“Déclaration sur les vérités concernant les erreurs les plus communes dans la vie de l´Église de notre temps” (cardinal Burke, Mgr Schneider…)

“Deux cardinaux et trois évêques rappellent le magistère… à la place du pape ?” L'abbé Claude Barthe commente sous ce titre le texte des cardinaux Burke et Pujats et de Mgr Athanasius Schneider et les deux autres évêques du Kazakhstan rappelant de nombreux textes exposant la doctrine sûre de l'Eglise sur des points aujourd'hui contestés jusqu'en son sein. Je vous propose ici la traduction de ce texte. Il s'accompagne d'un commentaire important que j'ai mis en ligne ici avec l'accord du cardinal Burke et de Mgr Schneider.

Erreurs les plus courantes dans la vie de l'Eglise de notre temps
« L’Eglise est la maison de Dieu, la colonne et la base de la vérité. » (1 Tim 3:15)


Déclaration des vérités relatives à certaines des erreurs les plus courantes dans la vie de l'Église de notre temps

Les fondamentaux de la foi

1. Le sens exact des expressions « tradition vivante », « magistère vivant », « herméneutique de la continuité » et « développement de la doctrine » comprend cette vérité : quelles que soient les nouvelles compréhensions qui peuvent être exprimées concernant le dépôt de la foi, elles ne peuvent cependant en aucun cas être contraires à ce que l'Eglise a toujours proposé dans le même dogme, dans le même sens et la même pensée (voir Concile Vatican I, Dei Filius, Sess. 3, c. 4 : « in eodem dogmate, eodem sensu, eademque sententia »).

2. « Quant au sens des formules dogmatiques, il demeure toujours vrai et identique à lui-même dans l’Église, même lorsqu’il est éclairci davantage et plus entièrement compris. Les fidèles doivent donc bien se garder d’accueillir l’opinion que l’on peut résumer ainsi : tout d’abord les formules dogmatiques ou certaines catégories d’entre elles seraient incapables de signifier d’une manière déterminée la vérité mais n’en signifieraient que des approximations changeantes, lui apportant une déformation, une altération, ensuite ces mêmes formules ne signifieraient la vérité que d’une manière indéterminée, comme un terme à chercher toujours au moyen des approximations susdites. Ceux qui adopteraient cette opinion n’échapperaient pas au relativisme dogmatique et ils corrompraient le concept de l’infaillibilité de l’Église, lequel se réfère à la vérité enseignée et tenue d’une manière déterminée. » (Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Mysterium Ecclesiae  sur la doctrine catholique  concernant l’Eglise en vue de la protéger contre les erreurs d’aujourd’hui, 5).

Le Credo

3. « Nous confessons que le royaume de Dieu commencé ici-bas en l'Église du Christ n'est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de  la technique humaines, mais qu'elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l'amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes. Mais c'est ce même amour qui porte l'Église à se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes.  Ne cessant de rappeler à ses enfants qu'ils n'ont pas ici-bas de demeure permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout aux plus pauvres et aux plus malheureux.  L'intense sollicitude de l'Église, épouse du Christ, pour les nécessités des hommes, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs efforts, n'est donc rien d'autre que son grand désir de leur être présente pour les illuminer de la lumière du Christ et les rassembler tous en lui, leur unique Sauveur.  Elle ne peut signifier jamais que l'Eglise se conforme elle-même aux choses de ce monde, ni que diminue l'ardeur de l'attente de son Seigneur et du royaume éternel. » (Paul VI, Lettre apostolique Solemni hac liturgia (Credo du peuple de Dieu), 27). Est donc erronée l’opinion affirmant que Dieu est glorifié principalement par le fait même du progrès dans les conditions temporelles et terrestres de la race humaine.

4. Après l'institution de l'Alliance nouvelle et éternelle en Jésus-Christ, nul ne peut être sauvé par l'obéissance à la loi de Moïse seule, sans la foi au Christ, vrai Dieu et unique Sauveur de l'humanité (voir Rom 3:28 ; Gal 2:16).

5. Les musulmans et autres qui n'ont pas la foi en Jésus-Christ, Dieu et homme, même les monothéistes, ne peuvent rendre à Dieu la même adoration que les chrétiens, c'est-à-dire le culte surnaturel en Esprit et en Vérité (voir Jn 4, 24 ; Ep 2, 8) de ceux qui ont reçu l'Esprit d'adoption filiale (voir Rom 8, 15).

6. Les spiritualités et les religions qui promeuvent n’importe quelle forme d'idolâtrie ou de panthéisme ne peuvent être considérées ni comme des « semences » ni comme des « fruits » du Verbe divin, car ce sont des tromperies qui empêchent l'évangélisation et le salut éternel de leurs fidèles, comme l'enseigne la Sainte Ecriture : «  Les infidèles dont le dieu de ce siècle a aveuglé les esprits, afin que ne brille pas pour eux la lumière du glorieux Evangile du Christ, qui est l'image de Dieu » (2 Co 4,4).

7. Le véritable œcuménisme vise à faire entrer les non-catholiques dans l'unité que l'Église catholique possède déjà indestructiblement en vertu de la prière du Christ, toujours entendue par son Père, « afin qu'ils soient un » (Jean 17,11), et qu'elle professe dans le Symbole de la foi, « Je crois en l’Église une » . L'œcuménisme ne peut donc avoir légitimement pour but l'établissement d'une Église qui n’existe pas encore.

8. L'enfer existe et ceux qui sont condamnés à l'enfer pour n’importe quel péché mortel dont ils ne se sont pas repentis y sont punis éternellement par la Justice divine (voir Mt 25, 46). Ce ne sont pas seulement les anges déchus qui sont damnés éternellement, mais aussi des âmes humaines (voir 2 Thess 1:9 ; 2 P 3:7). Les êtres humains éternellement damnés ne seront pas anéantis, puisque leur âme est immortelle selon l'enseignement infaillible de l'Église (voir le Ve Concile du Latran, sess. 8).

9. La religion née de la foi en Jésus-Christ, le Fils incarné de Dieu et le seul Sauveur de l'humanité, est la seule religion positivement voulue par Dieu. Est donc erronée l’opinion affirmant que de même que Dieu veut positivement la diversité des sexes masculin et féminin et la diversité des nations, de même Il voudrait aussi la diversité des religions.

10. « Notre religion [chrétienne] instaure effectivement avec Dieu un rapport authentique et vivant que les autres religions ne réussissent pas à établir, bien qu’elles tiennent pour ainsi dire leurs bras tendus vers le ciel » (Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 53).

11. Le don du libre arbitre dont Dieu le Créateur a doté la personne humaine accorde à l'homme le droit naturel de choisir seulement ce qui est bien et vrai. Aucune personne humaine n'a donc le droit naturel d’offenser Dieu en choisissant le mal moral du péché, l'erreur religieuse de l'idolâtrie, le blasphème ou une fausse religion.

La loi de Dieu

12. Une personne justifiée a la force suffisante avec la grâce de Dieu pour accomplir les exigences objectives de la loi divine, puisque tous les commandements de Dieu sont possibles pour les justifiés. La grâce de Dieu, lorsqu'elle justifie le pécheur, produit par nature la conversion par rapport à tout péché grave (voir Concile de Trente, sess. 6, Décret sur la justification, c. 11 ; c. 13).

13. « Les fidèles sont tenus de reconnaître et de respecter les préceptes moraux spécifiques déclarés et enseignés par l'Eglise au nom de Dieu, Créateur et Seigneur. (…) L'amour de Dieu et l'amour du prochain sont inséparables de l'observance des commandements de l'Alliance, renouvelée dans le sang de Jésus Christ et dans le don de l'Esprit. » (Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 76). Selon l'enseignement de la même encyclique, l'opinion de ceux qui « croient pouvoir justifier, comme moralement bons, des choix délibérés de comportements contraires aux commandements de la Loi divine et de la loi naturelle » est fausse. Ainsi, « ces théories ne peuvent se réclamer de la tradition morale catholique » (ibid.).

14. Tous les commandements de Dieu sont également justes et miséricordieux. Est donc fausse l’opinion affirmant qu'une personne peut, en obéissant à une interdiction divine – par exemple, le sixième commandement qui interdit l’adultère - pécher contre Dieu par cet acte d'obéissance, ou se nuire moralement, ou pécher contre autrui.

15. « Aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite dans le cœur de tout homme, discernable par la raison elle-même et proclamée par l'Eglise » (Jean-Paul II, Encyclique Evangelium Vitae, 62). Il y a dans la Révélation divine et dans la loi naturelle des principes moraux et des vérités morales contenus qui comportent des interdictions négatives interdisant absolument certains types d'actions, dans la mesure où ces types d'actions sont toujours gravement illicites en raison de leur objet. Par conséquent, l'opinion selon laquelle une bonne intention ou une bonne conséquence est (ou pourrait jamais être) suffisante pour justifier la commission d'un tel acte est fausse (voir Concile de Trente, sess. 6 de iustificatione, c. 15 ; Jean-Paul II, Exhortation apostolique, Reconciliatio et Paenitentia, 17 ; Encyclique Veritatis Splendor, 80).

16. La loi naturelle et divine interdit à une femme qui a conçu un enfant en son sein de tuer cette vie humaine qu’elle porte, qu’elle le fasse elle-même ou le fasse faire par d'autres, directement ou indirectement (voir Jean Paul II, Encyclique Evangelium Vitae, 62).

17. « Les procédures visant à réaliser la conception en dehors de l'utérus «  sont moralement inacceptables parce qu'elles séparent la procréation du contexte intégralement humain de l'acte conjugal » (Jean Paul II, Encyclique Evangelium Vitae, 14).

18. Aucun être humain ne peut jamais trouver une justification morale à se suicider ou à se faire mettre à mort par d'autres, même dans l’intention d'échapper à la souffrance. « L'euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite; elle est transmise par la Tradition de l'Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel » (Jean-Paul II, Encyclique Evangelium Vitae, 65).

19. Le mariage, par ordonnance divine et de par la loi naturelle, est l’union indissoluble d'un homme et d'une femme (voir Gn 2, 24 ; Mc 10, 7-9 ; Ep 5, 31-32). « C’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement » (Concile Vatican II, Gaudium et spes, 48).

20. Par la loi naturelle et divine, aucun être humain ne peut exercer volontairement et sans péché ses facultés sexuelles en dehors d'un mariage valide. Il est donc contraire aux Saintes Écritures et à la Tradition d'affirmer que la conscience peut vraiment et justement juger que les actes sexuels entre des personnes qui ont contracté un mariage civil peuvent parfois avoir moralement raison, voire répondre à une demande ou même à un commandement de Dieu, alors que l'une de ces personnes (ou les deux) soit sacramentellement mariée avec une autre personne (voir 1 Co 7, 11 ; Jean Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio, 84).

21. La loi naturelle et divine interdit «  toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation » (Paul VI, Encyclique Humanae Vitae, 14).

22. Quiconque, époux ou épouse, a obtenu un divorce civil du conjoint avec lequel il est validement marié et qui a contracté un mariage civil avec une autre personne du vivant de son conjoint légitime, et qui vit maritalement avec ce partenaire civil, et qui choisit de rester dans cet état en pleine connaissance  de la nature de l'acte, et avec plein consentement de la volonté à cet acte, est dans un état de péché mortel et ne peut donc recevoir la grâce sanctifiante et croître en charité. Par conséquent, ces chrétiens, à moins qu'ils ne vivent comme « frère et sœur », ne peuvent recevoir la Sainte Communion (voir Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio, 84).

23. Deux personnes du même sexe commettent un grave péché lorsqu'elles recherchent un plaisir vénérien l'une auprès de l'autre (voir Lv 18,22 ; Lv 20,13 ; Rom 1,24-28 ; 1 Co 6,9-10 ; 1 Tim 1,10 ; Jude 7). Les actes homosexuels « ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (Catéchisme de l'Eglise catholique, 2357). Par conséquent, est contraire à la loi naturelle et à la Révélation divine l’opinion affirmant que, de même que le Dieu Créateur a donné à certains êtres humains une disposition naturelle à ressentir le désir sexuel pour les personnes du sexe opposé, de même Il aurait donné aux autres une disposition naturelle à ressentir un désir sexuel pour des personnes du même sexe, et que Dieu aurait l'intention que cette dernière disposition soit mise en pratique dans certaines circonstances.

24. Ni la loi humaine, ni quelque puissance humaine que ce soit, ne peut donner à deux personnes du même sexe le droit de se marier, ou déclarer mariés deux personnes du même sexe, car cela est contraire à la loi naturelle et divine. « Dans le projet du Créateur, la complémentarité sexuelle et la fécondité font partie de la nature même du mariage » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, 3 juin 2003, 3).

25. Les unions qui portent le nom de mariage sans en avoir la réalité, étant contraires à la loi naturelle et divine, ne sont pas capables de recevoir la bénédiction de l'Eglise.

26. Le pouvoir civil ne peut pas établir des unions civiles ou légales entre deux personnes de même sexe qui imitent manifestement l'union du mariage, même si ces unions ne reçoivent pas le nom de mariage, puisque de telles unions encourageraient au péché grave personnes qui y vivent et seraient une cause de scandale grave pour les autres (voir Congrégation pour la doctrine de la foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, 3 juin 2003, 11).

27. Les sexes masculin et féminin, homme et femme, sont des réalités biologiques créées par la sage volonté de Dieu (voir Gen. 1, 27 ; Catéchisme de l'Église catholique, 369). Constitue donc une rébellion contre la loi naturelle et divine, et un péché grave, le fait pour un homme de tenter de devenir une femme en se mutilant lui-même, ou même en se déclarant simplement telle, ou le fait pour une femme de tenter de la même manière de devenir un homme, ou de soutenir que l'autorité civile a le devoir ou le droit de faire comme si ces choses étaient ou pouvaient être possibles et légitimes (voir Catéchisme de l'Eglise catholique, 2297).

28. Conformément à la Sainte Écriture et à la tradition constante du Magistère ordinaire et universel, l'Eglise n'a pas commis d'erreur en enseignant que le pouvoir civil peut légalement exécuter la peine capitale sur les malfaiteurs lorsque cela est véritablement nécessaire pour préserver l'existence ou l'ordre juste des sociétés (voir Gen 9:6 ; Jean 19:11 ; Rom 13:1-7 ; Innocent III, Professio fidei Waldensibus praescripta ; Catéchisme romain du concile de Trente, p. III, 5, n. 4 ; Pie XII, Discours aux juristes catholiques du 5 décembre 1954).

29. Toute autorité sur la terre comme au ciel appartient à Jésus-Christ ; par conséquent, les sociétés civiles et toutes les autres associations des hommes sont soumises à sa royauté de sorte que « le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne l'homme individuellement et socialement » (Catéchisme de l'Église catholique, 2105 ; voir Pie XI, Encyclique Quas primas, 18-19, 32).

Les sacrements

30. Dans le très saint sacrement de l'Eucharistie, il se produit un changement merveilleux, à savoir celui de toute la substance du pain qui devient le corps du Christ et de toute la substance du vin qui devient son sang, changement que l'Église catholique appelle très justement transsubstantiation (voir le quatrième Concile du Latran, ch. 1 ; Concile de Trente, sess. 13, ch. 4). « Toute explication théologique qui cherche à comprendre quelque chose de ce mystère doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que dans la réalité même, indépendamment de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d'exister après la Consécration, de sorte que c'est l'adorable Corps et Sang du Seigneur Jésus qui est désormais réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin » (Paul VI, Lettre apostolique Solemni hac liturgia – Credo du peuple de Dieu – 25).

31. Les formulations par lesquelles le Concile de Trente a exprimé la foi de l'Église en la sainte Eucharistie conviennent aux hommes de tous les temps et de tous les lieux, car elles constituent une « doctrine toujours valable » (Jean-Paul II, Encyclique Ecclesia de Eucharistia, 15).

32. Dans la Sainte Messe, un sacrifice véritable et juste est offert à la Sainte Trinité et ce sacrifice est propitiatoire tant pour les hommes vivant sur terre que pour les âmes du Purgatoire. Est donc erronée l’opinion selon laquelle le sacrifice de la Messe consiste simplement dans le fait pour le peuple d’offrir un sacrifice spirituel de prières et de louange, ainsi que l'opinion selon laquelle la Messe peut ou doit être définie seulement comme le Christ se donnant aux fidèles comme leur nourriture spirituelle (voir Concile de Trente, sess. 22, c. 2).

33. « La messe, célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l'Ordre et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du Calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur lors de la dernière Cène ont été changés en son Corps et son Sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés en Corps et Sang du Christ glorieux intronisé au ciel, et nous croyons que la présence mystérieuse du Seigneur, sous l’apparence de ce qui continue de s’offrir à nos sens comme avant, est une présence vraie, réelle et substantielle" (Paul VI, Lettre apostolique Solemni hac liturgia (Crédo du peuple de Dieu), 24).

34. « L’immolation non sanglante par le moyen de laquelle, après les paroles de la consécration, le Christ est rendu présent sur l’autel en état de victime, est accomplie par le seul prêtre en tant qu’il représente la personne du Christ, non en tant qu’il représente la personne des fidèles. (…) 
Que les fidèles, par les mains du prêtre, offrent le sacrifice, cela ressort avec évidence du fait que le ministre de l’autel représente le Christ en tant que chef offrant au nom de tous ses membres ; c’est pourquoi l’Église universelle est dite, à bon droit, présenter par le Christ l’offrande de la victime. Si le peuple offre en même temps que le prêtre, ce n’est pas que les membres de l’Église accomplissent le rite liturgique visible de la même manière que le prêtre lui-même, ce qui revient au seul ministre délégué par Dieu pour cela, mais parce qu’il unit ses vœux de louange, d’impétration, d’expiation et d’action de grâces aux vœux ou intentions mentales du prêtre, et même du Souverain Prêtre, afin de les présenter à Dieu le Père dans le rite extérieur même du prêtre offrant la victime. » (Pie XII, Encyclique Mediator Dei, 92).

35. Le sacrement de pénitence est le seul moyen ordinaire par lequel les péchés graves commis après le baptême peuvent être remis, et de par la loi divine tous ces péchés doivent être confessés par nombre et par espèce (voir Concile de Trente, sess. 14, can. 7).

36. De par la loi divine, le confesseur ne peut violer le sceau du sacrement de pénitence pour quelque raison que ce soit ; aucune autorité ecclésiastique n'a le pouvoir de le dispenser du sceau du sacrement et le pouvoir civil est totalement incompétent pour l'y contraindre (voir Code de Droit Canonique 1983, can. 1388 § 1 ; Catéchisme de l'Église catholique, 1467).

37. En vertu de la volonté du Christ et de la Tradition immuable de l'Église, le sacrement de la Sainte Eucharistie ne peut être donné à ceux qui sont dans un état public de péché objectivement grave, et l'absolution sacramentelle ne peut être donnée à ceux qui expriment leur refus de se conformer à la loi divine, même si leur refus ne porte que sur une seule affaire grave (voir Concile de Trente, Sess. 14, ch. 4 ; Jean-Paul II, Message au Cardinal William W. Baum, le 22 mars 1996).

38. Selon la Tradition constante de l'Église, le sacrement de la Sainte Eucharistie ne peut être donné à ceux qui nient toute vérité de la foi catholique en professant formellement leur adhésion à une communauté chrétienne hérétique ou officiellement schismatique (voir Code de droit canonique 1983, can. 915 ; 1364).

39. La loi par laquelle les prêtres sont tenus d'observer la continence parfaite dans le célibat découle de l'exemple de Jésus-Christ et appartient à la tradition immémoriale et apostolique selon le témoignage constant des Pères de l'Église et des Pontifes Romains. Pour cette raison, cette loi ne devrait pas être abolie dans l'Église romaine par l'innovation d'un célibat sacerdotal facultatif, que ce soit au niveau régional ou universel. Le témoignage éternel et valide de l'Église affirme que la loi de la continence sacerdotale « ne commande pas de nouveaux préceptes ; ces préceptes doivent être observés, parce qu'ils ont été négligés par certains par ignorance et paresse. Ces préceptes, cependant, remontent aux apôtres et ont été établis par les Pères, comme il est écrit : “Restez donc fermes, frères, et gardez les traditions que nous vous avons enseignées, soit par la parole, soit par la lettre” (2 Thess. 2.15). Il y en a en effet beaucoup qui, ignorant les statuts de nos ancêtres, ont violé la chasteté de l'Église par leur présomption et ont suivi la volonté du peuple, sans craindre le jugement de Dieu" (Pape Siricius, Decretal Cum in unum de l'an 386).

40. Par la volonté du Christ et la constitution divine de l'Église, seuls les hommes baptisés (viri) peuvent recevoir le sacrement de l'Ordre, que ce soit dans l'épiscopat, le sacerdoce ou le diaconat (voir Jean-Paul II, Lettre apostolique, Ordinatio Sacerdotalis, 4). En outre, l'affirmation selon laquelle seul un Concile œcuménique peut définir cette question est fausse, car l'autorité pédagogique d'un Concile œcuménique n'est pas plus étendue que celle du Souverain Pontife romain (voir le 5e Concile du Latran, sess. 11 ; Concile Vatican I, sess. 4, c. 3, n. 8).

Le 31 mai 2019
Cardinal Raymond Leo Burke, Patron de l'Ordre Souverain Militaire de Malte
Cardinal Janis Pujats, archevêque émérite de Riga
Tomash Peta, archevêque de l'archidiocèse de Sainte Marie à Astana
Mgr Jan Pawel Lenga, archevêque-évêque émérite de Karaganda
Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l'archidiocèse Sainte-Marie d'Astana

© leblogdejeannesmits pour la traduction

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. 








08 juin, 2019

Cardinal George Pell : l'audience d'appel tourne à son avantage dans l'affaire des abus sexuels qui lui sont imputés



L'audience d’appel dans l’affaire des actes pédophiles imputés au cardinal George Pell s’est achevée jeudi avec une impression positive pour la défense. Le cardinal avait interjété appel contre sa condamnation pour abus sexuels sur mineurs à Melbourne, en Australie, au cours des années 1990.

La presse anglophone rapporte que le procureur Christopher Boyce a « bredouillé et bafouillé » au cours de son réquisitoire jeudi après-midi, tandis que les trois magistrats, Anne Ferguson, Chris Maxwell Mark Weinberg ont fait plusieurs remarques plutôt favorables à la version du Cardinal.

Les juges ont mis leur décision en délibéré et le cardinal Pell est retourné en prison, où il fêtait ce samedi son 78e anniversaire dans sa cellule où il est maintenu isolé 23 heures par jour. Il a déjà passé trois mois de sa peine de six ans dans une prison à sécurité maximale et ne pourra solliciter la libération conditionnelle avant d'avoir purgé trois ans et huit mois.

Si les juges d’appel lui donnent raison, il sera libéré immédiatement, à moins qu’ils n'ordonnent un nouveau procès. S'il est à nouveau reconnu coupable, le cardinal pourrait saisir la Haute Cour, mais contrairement à cette cour d'appel australienne, ne décide que très rarement d’approuver l'annulation de verdicts de jurés populaires réservés à la première instance.

La décision de la cour d'appel devrait en principe être rendue dans les deux prochaines semaines, mais aucune date n'a été fixée.

Des photos ont été diffusées dans les médias du monde entier montrant comment le cardinal Pell, l'ancien chef du conseil des conseillers du pape François, a été emmené menotté à la cour. Les manchettes les plus agressives l'ont qualifié de « pédophile condamné » ; les médias de gauche ont soutenu que les arguments en faveur de la poursuite ont été présentés de manière convaincante jeudi.

Pell lui-même n'a jamais cessé de proclamer son innocence ; sa défense était fondée sur le fait que le verdict était « déraisonnable » parce que le seul témoin survivant dans l'affaire n'était pas fiable, et parce qu'il y avait deux grandes irrégularités dans son procès, ce qui rendait le verdict de culpabilité du jury « douteux ».

La défense du Cardinal a été présentée mercredi par une équipe juridique renouvelée dirigée par l’avocat Bret Walker, basé à Sydney. Celu-ci a soutenu que le jury s'était gravement trompé en déclarant le Cardinal Pell coupable et qu'il y avait treize obstacles à sa condamnation qui auraient dû être pris en compte.

S'adressant aux juges qui, au cours des dernières semaines, ont étudié de très près le dossier et les vidéos de l'affaire, et qui se sont également rendus à la cathédrale où les abus allégués ont eu lieu, Walker a souligné toutes les « impossibilités » qui font selon lui que le témoignage de la victime n’est pas digne de foi.

L'un de ses principaux arguments était que le cardinal Pell, au moment où l'une des agressions aurait eu lieu, rencontrait des paroissiens à la porte ouest de la cathédrale St Patrick de Melbourne, à une distance de la sacristie qui aux yeux du droit était « aussi loin que l’autre rive du Tasman ».
« S'il était à la porte ouest, la loi de la physique signifie qu'il est littéralement et logiquement impossible que le délit se soit produit », a-t-il expliqué.

Walker a ajouté que le choriste qui a témoigné des faits était un menteur qui avait laissé libre cours à sa fantaisie.

Lors du premier interrogatoire de Pell, enregistré sur vidéo et diffusé au public, le cardinal disait d’emblée à la police que si les crimes allégués avaient eu lieu après la messe un grand jour de fête dans la sacristie (où les portes étaient toujours ouvertes et qui était toujours pleine de monde après les grand-messes) aux heures et aux endroits nommés par le témoin, il ne pouvait les avoir commis. Il avait même demandé à la police de répéter tous les détails, se montrant alors convaincu que toute accusation à son encontre tomberait d’elle-même.

En outre, il n'y avait pas d'autres témoins des abus allégués. Le deuxième choriste qui aurait subi des attouchements sexuels est mort, depuis, d'une overdose. Mais auparavant, il avait nié qu'il y ait eu des abus.

Il n'y a pas eu davantage de témoin d'un deuxième incident au cours duquel le cardinal Pell a été reconnu coupable d'avoir « tripoté » le premier enfant de chœur, alors même que le plaignant assurait que cela s'était produit au milieu d'une chorale de 50 personnes, dans un corridor bondé où se trouvaient les autres enfants, en présence d'au moins un autre prêtre.

Bien d'autres contradictions et divergences abondent. La victime principale a modifié son témoignage à plusieurs reprises, évoquant des moments et des détails différents et contradictoires au cours de déclarations successives.

Jeudi, le procureur Christopher Boyce a semblé secoué par les questions des juges et a aggravé sa situation en nommant presqu’immédiatement, par accident, le plaignant, dont le nom n'aurait pas dû être révélé, car il était mineur à l'époque des faits allégués.

Boyce a qualifié le témoignage de l'accusateur de « convaincant » en raison notamment de sa disposition à « concéder » certaines « erreurs » qu’il avait faites. Il affirma également d’une manière quelque peu incohérente que si l'accusation avait été si improbable, pourquoi l'accusateur l'aurait-il inventée ? « Vous répondez à votre propre question », répondit sèchement le juge Maxwell.

En fait, les arguments de Boyce en faveur de la culpabilité de Pell semblaient reposer sur le fait que l'ancien choriste avait décrit avec précision la sacristie où les premières agressions auraient eu lieu.
Boyce s’est trouvé bien embarrassé pour expliquer comment le prélat avait pu remonter l’aube qui lui arrivait à la cheville, vêtement sans ouverture attachée par un cordon, ainsi qu'une chasuble, et tenir ses vêtements tout en tenant la tête du garçon de ses deux mains, en réponse à une question que lui avait posée le juge Weinberg.

Les journalistes présents à l'audience ont également raconté que, lorsqu'on a demandé au maître de cérémonie Mgr Charles Portelli d'expliquer comment un prêtre portant l’ensemble de ses ornements rend aux toilettes, il a répondu : « On n’y va pas. »

Boyce a généralement fait mauvaise impression, allant même jusqu’à reconnaître que « répéter des platitudes n'est peut-être pas très utile ». Il a déjà été accusé par certains d'avoir à ce point raté son intervention que l'accusation va perdre l’affaire.

De fait, les juges n'ont pas hésité à souligner ses contradictions. Ils l'ont notamment réduit au silence en soulignant que, contrairement à ce qu'il affirmait, le témoignage de l’ancien choriste n'avait pas été si convaincant puisque, lors du premier procès, le jury n'avait pu s'entendre à l'unanimité sur la culpabilité du cardinal Pell. C’est bien pour cela que tout a été remis à plat et jugé en présence d’un nouveau jury.

Ils ont également souligné certaines faiblesses de la ligne de défense de l’avocat du Cardinal Pell appuyée sur l'« impossibilité » des agressions alléguées. Le juge Weinberg a fait remarquer que cela avait peut-être induit le jury en erreur en l'a amenant à répondre à une mauvaise question : l'abus sexuel était-il « possible » ? Telle ne devait pas être la question, a-t-il insisté. Le jury aurait dû prendre sa décision en tenant compte du fait que les procureurs doivent prouver leur cause « au-delà de tout doute raisonnable » et pas seulement démontrer que les événements étaient « tout à fait possibles » comme l'accusation l'avait soutenu.

Selon la Financial Review, le même juge a déclaré : « J'ai déjà dit dans des jugements que les jurys prennent presque toujours la décision qui convient, mais le mot important est “presque”. » Plus tard, il devait ajouter qu’« on a connu beaucoup de cas où le témoin avait semblé être véridique et crédible, mais où le verdict du jury avait été jugé douteux ».

D'autres sources ont fait remarquer que le cardinal Pell semblait s’être détendu au fur et à mesure des deux jours d'audience, prenant de nombreuses notes et « riant » à certaines plaisanteries des juges.
Le site pro-vie anglophone LifeSite a rapporté que des observateurs critiques du procès de Pell ont trouvé des similitudes frappantes entre le témoignage du principal plaignant et celui fait au cours d’une affaire qui avait été rapportée en détail par le magazine Rolling Stone il y a quelques années.

© Crédit photo : Steve Jalsevac, LifeSiteNews

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner





06 juin, 2019

Noa Pothoven, la jeune Néerlandaise violée qui s’est laissée mourir de soif (avec l’aide des médecins)


La mort de Noa Pothoven, 17 ans, a fait la une des journaux du monde entier au début de la semaine alors que la presse internationale décrivait l'« euthanasie » de la jeune Néerlandaise à Arnhem, Pays-Bas. Les réactions de choc ont été nombreuses, d'autant plus que sa mort, dimanche dernier, a été associée à de profondes souffrances psychologiques consécutives à des abus sexuels à 11 et 12 ans et à un double viol à l'âge de 14 ans. Il ne s'agissait pas d'une patiente atteinte d'un cancer en phase terminale qui ne supportait plus la douleur physique, mais d'une adolescente dynamique qui avait subi « un sort pire que la mort » quand elle n'était qu'une enfant, et dont la dépression l'avait finalement amenée à refuser la vie elle-même.
Ces réactions étaient saines. Mais l’histoire avait une faille : aucun « fact-checking », fût-il sommaire, n’avait été fait. Les médias « de référence »qui condamnent avec tant d'empressement les « fake news » ont répercuté l'information sans vérifier les sources néerlandaises qui étaient pourtant très claires sur la cause du décès de Noa : elle avait volontairement cessé de manger et de boire,  afin de mourir. Alors ? Il n'y a pas eu d'euthanasie...
Les gros médias ont rectifié leurs reportages, tandis que les agences de vérification ont évoqué des « reportages erronés ou exagérés » aussi bien dans les tabloïds ainsi que de « médias nationaux habituellement fiables », condamnant du même coup leur approche « sensationnaliste ». Certes, Noa Pothoven est morte, mais il n'était plus question d'euthanasie ni même de suicide assisté, donc, probablement, tout allait bien.
Ou non ?
Sa mort était-elle vraiment, au moins d'une certaine façon, « normale », et même « due à des causes naturelles » comme l'indique son certificat de décès ? Sa vie tragiquement abrégée ne soulève-t-elle pas les mêmes questions que l'euthanasie directe d'un mineur ? Mourir de faim avec l'aide de soignants médicaux vaudrait-il en quelque sorte « mieux » que de recevoir une injection mortelle ?
Jusqu'à l'âge de 11 ans, Noa Pothoven était une jeune fille joyeuse, intelligente et heureuse. Elève brillante, elle s'était intégrée sans effort au collège et avait un don pour l'écriture, son activité préférée.
Puis elle est allée à une fête à l'école, où elle a subi des attouchements de la part d’un homme. Un an plus tard, la même chose s'est produite lors d’une autre fête pour adolescents. Encore deux ans, et la jolie jeune fille blonde était violée par deux hommes quelque part à Arnhem. Elle ne l'a jamais dit à ses parents, « par peur et par honte ». Si elle a fini par signaler les faits à la police, plusieurs années plus tard, c’est sans déposer plainte, de peur d’avoir à reparler des actes qu’elle avait subis.

L'entretien de décembre 2018 est par là (en néerlandais)
« Je revis cette peur, cette douleur, tous les jours », a-t-elle dit à un intervieweur de télévision en décembre dernier, à l'âge de 16 ans. « J'ai toujours peur, je suis toujours sur mes gardes. Et encore aujourd'hui, mon corps est toujours sale. Ma maison, mon corps a été cambriolé, et cela ne pourra jamais être défait. »
Noa Pothoven est devenue déprimée et anorexique après les agressions. Elle avait des troubles du comportement et s'automutilait. Plusieurs tentatives de suicide ont suivi et, à un moment donné, elle a été hospitalisée dans un hôpital où elle a reçu une alimentation entérale pendant plusieurs mois et a même été placée dans le coma, en attendant une place dans un établissement psychiatrique spécialisé pour adolescents. Elle a été déplacée d'une clinique à l'autre, ne trouvant jamais le traitement qu'elle espérait pour la sauver de son désespoir.
Lisette et Frans Pothoven n'ont découvert le désir de mort de leur fille que lorsqu'ils sont tombés dans sa chambre sur une enveloppe remplie de lettres d'adieu à ses parents, sa famille et ses amis. Ils n’arrivaient pas à comprendre. « Noa est douce, belle, intelligente, sociable et toujours joyeuse. Comment peut-elle vouloir mourir ? », déclaré sa mère à un journaliste lors de cette même interview télévisée.
Ils n'ont appris les abus sexuels et les viols que leur fille avait subis que lorsque celle-ci avait 15 ans et avait déjà commencé à se priver de nourriture.
Entre-temps, les thérapeutes ont encouragé Noa à écrire sur ses pensées et ses sentiments. Ses écrits se sont transformés en livre, publié en décembre de l'année dernière, Gagner ou apprendre. Elle a expliqué qu'en écrivant, elle s’est rendu compte de plus en plus qu'elle ne voulait plus continuer à vivre. « Oui, l’idée s’est développée lentement », a-t-elle dit au journaliste : « Le sentiment que ce serait peut-être mieux si je n'étais plus là, parce qu'alors les autres ne seraient plus dérangés par moi et je ne le serais plus par moi-même. »
Lors de l'entretien, en décembre dernier, Noa Pothoven expliquait que tout cela l’avait conduite à une « trajectoire d'euthanasie ». On sait qu'elle s'est rendue à la Clinique de Fin de vie qui s'occupe des demandes d'euthanasie que les médecins ne veulent pas honorer ; elle a été refoulée parce qu'elle ne remplissait pas les conditions légales.
Elle s'est plainte de ce que l'euthanasie lui était refusée parce qu'elle était trop jeune : les médecins lui ont expliqué que le cerveau humain est encore en pleine maturation à l'adolescence et que ces demandes pour des raisons psychiatriques ne sont prises en compte qu'après les 21 ans du patient. « Ça m'a vraiment brisée : je ne peux pas attendre si longtemps », a-t-elle dit à la journaliste.
Son histoire se lit comme la chronique d'une mort annoncée. Non seulement Noa voulait mourir, mais le monde entier le savait grâce à son livre. Ce qu'elle avait omis ou craint de dire à sa famille, elle l'a finalement révélé à tous. Des journalistes et des lecteurs ont discuté de sa volonté de mourir. Elle n'a jamais obtenu l'aide et la guérison qu'elle avouait rechercher.
 Elle s'est plainte d'avoir été internée de force dans des établissements psychiatriques par des « personnes en robe de juge » qui lui donnaient l’impression d’être « presque comme une criminelle ».
Noa a-t-elle jamais bénéficié d'une aide spirituelle ? Elle ou ses parents croyaient-ils en une vie après la mort, ou en la justice ultime pour ceux qui souillent les jeunes ? Et ne faudrait-il pas parler d'une forme de complaisance malsaine de la part des médias à l'égard de sa souffrance tragique, suivie jusqu'à ce que, finalement, elle en meure ?
Sa mère, Lisette Pothoven, déclarait en décembre 2018 qu'elle espérait que le fait de rendre l'histoire publique aiderait à trouver une solution, se plaignant qu'il n'y ait pas une seule institution aux Pays-Bas où les besoins, tant psychologiques que physiques, de Noa seraient réellement pris en compte dans un milieu fermé. La jeune fille a été inscrite à plusieurs reprises sur des listes d'attente. Elle était prête à tout essayer, y compris le traitement par électrochocs, qui a finalement été refusé selon une source.
Ses parents espéraient que quelque chose changerait. Dans l'entretien télévisé de décembre 2018, Lisette Pothoven a reconnu avec tristesse que sa fille prenait la voie de choisir sa propre mort : « Nous sommes à son opposé à ce sujet. Nous, ses parents, voulons qu'elle choisisse le chemin de la vie. En réalité, Noa ne veut pas mourir du tout. Elle n'aspire qu'au repos. »
Noa était d'accord : « Oui, je veux me reposer. Je ne veux plus ressentir la douleur. »
On ne peut qu'imaginer comment, quand et pourquoi ses soignants et sa famille ont accepté quelques mois plus tard que la jeune fille « s'abstienne de manger et de boire pour accélérer la mort », comme on dit aux Pays-Bas. Les Pothoven, qui ont été submergés de demandes d'interviews et d'informations par les médias étrangers depuis la mort de leur fille dimanche dernier, ont supplié qu’on les laisse seuls pourqu’ils puissent vivre leur deuil dans la paix.
Ce qui est certain, c'est qu'elle est morte dans un lit d'hôpital installé dans le salon de ses parents, recevant des soins spécifiques pour ceux qui choisissent d'arrêter de vivre en s'abstenant de se nourrir pour mourir de soif et de dénutrition. Il s'agit d'une mort particulièrement horrible, mais elle est ouverte à tous ceux qui le souhaitent aux Pays-Bas, et les soignants sont tenus d'apporter leur aide pendant la procédure.
Remarquablement, cependant, les soignants qui ont des objections de conscience – qu’elles soient émotionnelles, morales ou religieuses – sont autorisés à prendre du recul pour laisser agir des personnes prêtes à « accompagner » une telle « mort choisie », à condition qu'elles donnent des soins en cas d'urgence quand personne d'autre n’est disponible.
Le fait même que l'objection de conscience soit possible dans cette situation montre qu'il ne s'agit pas d'une chose ordinaire et qu'elle soulève de graves questions morales.
En effet, selon les directives officielles de la KNMG (Association Royale des Médecins des Pays-Bas), « s'abstenir consciemment de manger et de boire » pour hâter la mort (ou dans le cas de Noa, pour la provoquer rapidement et directement) est « explicitement découragé » avant 60 ans lorsque le patient ne souffre pas d'une « maladie en phase terminale ».
Pour les personnes de plus de 60 ans, en revanche, cette exigence n'existe pas et toute personne peut demander de l'aide en vue de ce choix de fin de vie, sur le fondement de "l'autonomie du patient", l'idée étant que tout patients est en droit de refuser les traitement, les soins et les soins ordinaires comme ils le souhaitent. « C'est un choix que tout le monde a le droit de faire et peut faire », affirment les directives de la KNMG.
Ce document de 64 pages constitue une lecture intéressante et même terrifiante. Bien que les médecins et les autres soignants soient encouragés à dissuader les patients de choisir d'arrêter de recevoir nourriture et liquides et à rechercher des solutions qui les aideront à continuer à vivre, les directives suggèrent que la procédure peut être l’alternative proposée lorsque l'euthanasie est refusée.
Ils ajoutent que les patients souffrant de dépression ne devraient pas être empêchés, à ce titre, de choisir un tel décès parce qu'ils sont encore capables de prendre leurs propres décisions en connaissance de cause.
Aucune mention n'est toutefois faite des patients mineurs. Dans le cas de Noa Pothoven, il n'est pas clair si ses parents ont été amenés à signer les documents demandant la procédure pour leur fille mineure, mais ils étaient certainement d'accord avec elle. Sous quelle pression ? Et quel a été le rôle joué par la mentalité euthanasique qui s'est infiltrée si profondément dans la société néerlandaise ?
Les directives officielles prennent soin d'expliquer que le fait de « s'abstenir consciemment » de manger et de boire ne peut pas être considéré comme une euthanasie ou un suicide assisté, car le processus est lent et peut être arrêté si le patient décide que c'est trop difficile de tenir, ou qu'il décide de continuer à vivre malgré tout.
Mais ce sophisme est difficile à accepter. On est certainement face à une décision de mettre fin prématurément à une vie. Dans le cas d'une jeune fille anorexique et dépressive, le refus de manger est au cœur de sa maladie mentale et la responsabilité morale, si elle existe, est difficile à évaluer. Les proches peuvent être amenés à accepter la chose lorsqu'ils sont à bout de désespoir, à la recherche d'une aide qui n'arrive pas. Mais cela ne rend pas leur décision objectivement correcte.
D'autre part, la coopération active des médecins, des infirmières et des soignants est beaucoup plus discutable. Les directives de la KNMG les dégagent de toute responsabilité en assimilant la procédure au refus de la ventilation artificielle, de la chimiothérapie, des antibiotiques et d'autres types de traitement dont le retrait entraînerait finalement la mort. Cet argument repose sur la confusion entre traitement médical et soins ordinaires qui sont toujours dus au patient.
Un deuxième argument indique clairement que la procédure requiert de la part des soignants des actes qui ne sont pas en relation directe avec la « mort accélérée » du patient. C'est vrai. Soulager la douleur, prendre soin des symptômes si épouvantables de la mort par déshydratation, s'assurer que le patient n'est pas mal à l'aise et même de lui administrer une sédation palliative (aussi légèrement que possible quand cela devient nécessaire pour soulager la souffrance, affirment les directives) ne sont pas des actes qui provoquent le décès.
Mais il est difficile de ne pas les voir comme faisant partie du suicide, aussi lent soit-il. Cela revient certainement à ne pas aider une personne qui est en péril de mort. Mais l'idée est de tolérer une alternative à l'euthanasie et au suicide assisté, qui n'a pas tout à fait l’allure brutale de ces deux crimes objectifs.
Les directives de la KNMMG donnent de nombreux détails techniques sur les problèmes et les douleurs et souffrances spécifiques à le type de mort que Noa a choisi de provoquer. La soif terrible est l'un des symptômes, et plus le patient est jeune, plus elle est ressentie. L'insuffisance organique, la constipation, l'impossibilité d'uriner, l’affaiblissement des muscles ne sont que quelques-uns des effets de l'arrêt de boire et de manger.
Souvent, le délire s'installe. Les lignes directrices soulignent que dans leur confusion, les patients mourants commencent parfois à mendier de l'eau. Ils indiquent clairement qu'il est très important que les membres de la famille et les soignants ne cèdent pas à la supplication du patient, parce que celui-ci ne peut plus à ce moment-là exprimer valablement sa volonté consciente de boire et parce que le fait de donner des liquides empêcherait le décès que le patient souhaite.
 Les médecins sont encouragés à expliquer cela à leurs patients et à leur faire signer des formulaires précisant qu'à aucun moment ils ne doivent recevoir des liquides, même s'ils en font la demande lorsqu'ils sont jugés incapables d'exprimer leur volonté de façon valide.
Selon la même logique, la sédation palliative peut être appliquée sans le consentement du patient, bien que sa famille puisse être consultée à ce sujet.
Comment tout cela est-il censé être humain et « digne » ? En quoi une telle procédure n'est-elle pas une aide délibérée à mourir fournie à une personne vulnérable ?

Et qui donc pense à l'âme immortelle de Noa Pothoven ?




• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner






 
[]